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23 février 2012

Alain Vanier écrit à la HAS Alain Vanier Professeur des Universités

L’affaire est complexe. Tout le monde ayant raison, comment atteindre quelque sagesse et un peu d’ouverture de part et d’autre ? quand on attend l’ouverture de l’autre la seule solution viable c’est encore d’amorcer le processus en commençant par soi.

Il est bien vrai que « la plupart des conflits actuels menés au nom de la « science » ou de l’efficacité masquent mal des enjeux de pouvoir, d’influence, d’attribution de crédits, etc. », et que pendant qu’on s’étripe idéologiquement les moyens diminuent et créent une « carence criante des lieux d’accueil. »

Voir aussi

l’entrée autisme, qui collecte une documentation importante sur cette question à l’origine de l’actuelle confrontation de la psychanalyse à ses dogmatismes.

Notons qu’Alain Vanier est membre du Conseil d’administration d’Espace analytique.


Alain Vanier Professeur des Universités

À Monsieur le Président de la Haute autorité de Santé,

Paris, le 16 Février 2012

Monsieur le Président,

Malgré la mise au point de la HAS concernant l’élaboration des recommandations de bonnes pratiques dans la prise en charge des autistes, je me permets de vous faire part de mon inquiétude ainsi que de celles de mes collègues.

aucune étude sérieuse n’a pu évaluer…

En l’état actuel des connaissances sur l’autisme, aussi bien que des modes de prise en charge – éducatifs ou psychodynamiques (d’inspiration psychanalytique) – aucune étude sérieuse et fiable n’a pu évaluer la pertinence des méthodes prônées par ceux qui attaquent les pratiques d’inspiration psychanalytique au nom de dispositifs soi-disant rigoureusement évalués. Le Pr Laurent Mottron, titulaire de la Chaire de Recherche en neurosciences cognitives de l’Autisme à la Faculté de Médecine de l’Université de Montréal (cf. document ci-joint), dont on ne peut tenir l’avis pour partial, précise qu’il existe, à propos des méthodes d’intervention comportementales intensives dans l’autisme « une disproportion considérable entre le niveau de validité scientifique et la réputation de scientificité de ces méthodes auprès des associations et des services de santé ». Il ajoute que « les dernières études sur (…) l’apprentissage (dans l’autisme) questionnent profondément les bases rationnelles de ces méthodes. » On peut aussi citer les travaux de Victoria Shea (« A perspective on the research literature related to early intensive behavioral intervention (Lovaas) for young children with autism », Autism December 2004 vol. 8 no. 4 349-367), et de beaucoup d’autres.

praticiens marginaux

La campagne actuelle ne doit pas nous tromper : non seulement aucune des méthodes – quels que soient son orientation et ses présupposés théoriques – préconisées dans le traitement de l’autisme n’a fait ses preuves, mais de plus, en France, l’application « pure » d’une technique est le fait de praticiens marginaux. En effet, la grande majorité des prises en charge d’enfants autistes sont pluridisciplinaires et associent approche psychodynamique et méthodes éducatives.

Quant à la stigmatisation des parents, elle se réfère à des travaux qui ont plus d’une cinquantaine d’années ! S’il fallait apporter un élément de preuve supplémentaire, on peut se reporter au communiqué de la plus importante association de parents, l’UNAPEI, demandant au député Fasquelle le retrait de sa proposition de loi, en précisant que « L’UNAPEI, association de parents d’enfants handicapés mentaux, est pour une approche pluridisciplinaire. » C’est une attitude d’une grande sagesse en l’état actuel des connaissances sur l’autisme. En effet, reviendrait-il aux politiques de décider des résultats de la recherche ?

psychanalyse régulièrement attaquée

La psychanalyse est régulièrement attaquée depuis plus d’un siècle. Mais dès que l’on se penche un peu sérieusement sur sa méthode, ses enjeux et ses résultats, apparaissent des travaux qui démentent le contenu de ces attaques. Je vous renvoie entre autres à JAMA. 2008;300 (13):1551-1565 et l’éditorial de ce même numéro, relayé par le New York Times du 1er Octobre 2008, mais aussi British Journal of Psychiatry.2011, 199 : 15-22, etc. N’oublions pas que la récente évaluation des psychothérapies en France (INSERM) donnait des résultats différents de ceux obtenus par des organismes similaires, dans la plupart des autres pays ayant procédé à ce même type d’investigation. C’est de toute façon un domaine où l’évaluation est très difficile à effectuer, et la plupart des conflits actuels menés au nom de la « science » ou de l’efficacité masquent mal des enjeux de pouvoir, d’influence, d’attribution de crédits, etc.

carence criante de lieux d’accueil

Enfin, du point de vue des résultats, la France ne fait pas moins bien en matière d’autisme que la plupart des pays occidentaux, hormis la carence criante de lieux d’accueil adapté pour ces patients.

Pour toutes ces raisons, j’imagine mal qu’un organisme aussi important dans notre pays que la Haute autorité de Santé puisse anticiper sur un état de connaissances qui, pour l’heure, est plus que fragmentaire. Je crois très volontiers que le rapport diffusé dans la presse n’était qu’un des nombreux travaux préparatoires d’une commission réunissant des professionnels de santé impartiaux dont la compétence intègre les multiples courants de recherche qui travaillent sur l’autisme, avec la même volonté de comprendre un peu mieux ce trouble si complexe dans le but de mieux venir en aide à ces patients.

En vous remerciant de votre attention, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’expression de mes sentiments les plus confraternels

Alain Vanier
Professeur des Universités
Directeur de l’Unité de Recherche CRPMS-EA3522
de l’Université Paris Diderot-Paris 7
Ancien psychiatre des hôpitaux
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