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10 juin 2013

AUX ASSISES DE LA PSYCHIATRIE DU COLLECTIF DES 39 par Philippe Grauer

voir également

– Appel des 1000 – POUR UN AUTRE PLAN AUTISME 2013, précédé de « L’Hôpital se sépare de la Charité » par Philippe Grauer [mis en ligne 17 juin 2013]
– Assises de la psychiatriesuite [mis en ligne le 16 juin 2013]
– Éric Favereau, Tollé à Villejuif contre le plan autisme [mis en ligne le 10 juin 2013]
Bulletin des 39


par Philippe Grauer

AUX ASSISES DE LA PSYCHIATRIE

Les 39 se réunissaient le ouikinde dernier à Villejuif, invités par la mairie communiste. C’est quoi au juste les 39 ? Un mouvement pour la psychiatrie expliquent-ils de façon englobante (1). On en comptait environ 900 ça fait du monde (pas fatalement tous psychiatres, combien de psychologues et autres professions avoisinantes dans la salle ?), combien sont-ils, ces 39, représentent-ils 15 % des près de 14 000 psychiatres actuels (dont presque la moitié en pratique hospitalière, c’est ceux-là qui se réunissaient aux Assises) – dont on annonce le prochain départ à la retraite de 40% d’entre eux, la vieille garde psychodynamique ?

psychothérapie institutionnelle

Il s’agit de la mouvance et sensibilité du médico social héritier de la psychothérapie institutionnelle que représente si sympathiquement au CIFPR notre Jacques Tosquellas, à l’occasion fils de son père, quand j’en parle aux étudiants débutants ce nom là ne leur dit rien si on ne raconte pas l’Histoire elle ne va pas se transmettre toute seule non plus notre tâche en cette matière doit être prise au sérieux que vaudrait un psy qui ignorerait l’histoire de son domaine ? Claude Rabant professe que la psychothérapie institutionnelle représente le second pôle de la psychanalyse française avec Lacan. C’était eux qui se tenaient là, représentants de la psychiatrie psychanalytique en protestation et déroute.

On ne peut chiffrer précisément cette mouvance dans ses effectifs et son audience. Tenez les Pas de zéro de conduite étaient parvenus à recueillir 150 000 signatures. Une minorité déterminée peut beaucoup. Peu et beaucoup voilà où nous en sommes. Le flou des sciences humaines a parfois du bon.

la psychanalyse expulsée du territoire de l’autisme

Donc ils se réunissaient samedi dernier à Villejuif. Fernand Oury fit l’icône. Là-dessus Éric Favereau vous informe. Puis un député socialiste sympathique fit contrepoids à l’antipathisme des déclarations fermes de la ministre de la santé confirmant la politique de l’HAS d’expulsion de la psychanalyse du territoire de l’autisme. Positionnement parfaitement compréhensible, le pouvoir socialiste peut avoir en sympathie la psychanalyse et l’humanisme sans ignorer que les psychanalystes c’est autre chose, et que c’est même quelque chose dont les parents des autistes à 90 % ne veulent plus entendre parler. À qui la faute ? aux persécuteurs et ennemis perfides, ou aux psychiatres arrogants tant qu’ils ont pu arguer de la psychanalyse pour dire et commettre suffisamment disons d’erreurs pour dégoûter les parents maintenant massivement entrainés par des comportementalistes sectaires au fort vent de travers dans les voiles. Vous me direz d’un extrême à l’autre c’est pas mieux le tout éducatif comportementaliste. En effet. Des professionnels sensés comme Pierre Delion (voir L’enveloppe qui déchire) ont toujours demandé qu’on articule toutes les méthodes et disciplines au service de l’autisme. Refus virulent des comportementalistes qui vont jusqu’à parler de la pratique de l’enveloppement humide (dans des cas et selon des protocoles précis) en termes de torture, vraiment du n’importe quoi qui a blessé cet honnête homme. Pourquoi tant de haine ? on trouve des analystes pour dire avec Élisabeth Roudinesco que les psychanalystes se sont mis tout seuls dans ce pétrin et qu’il faudrait qu’ils y réfléchissent.

fin du primat de la psychanalyse comme méthode clinique

Les psychanalystes ? mais nous étions en train de débattre de la psychiatrie. Ne serions-nous pas en train de perdre le fil ? un non spécialiste au colloque des 39 rapidement ne saurait plus où il en est. La psychiatrie est une discipline et spécialité médicale – autrefois prestigieuse, il y a longtemps qu’elle a perdu son triple A. Cela dit la psychanalyse est une discipline non médicale aujourd’hui exercée à l’ombre de la psychiatrie, ah ben voilà ! ou de la psychologie. Or psychiatrie et psychologie sont travaillées par des jeux de forces puissants dont un des axes principaux est de se dégager de la psychanalyse (vous savez, le DSM). Au colloque des 39 on continue de parler en termes de primat de la psychanalyse comme méthode clinique, puisqu’on se considère comme héritiers de la psychothérapie institutionnelle, mais pas seulement. Héritiers de l’antipsychiatrie anglaise (entre autre) nos psychiatres modèle 39 se réclament par ailleurs d’une pratique influencée par le courant existentialiste, dont procède la psychologie humaniste dont nous descendons – voilà pourquoi votre fille est muette. Les interactions incessantes entre les aires culturelles, scientifiques, idéologiques et institutionnelles relevant des quatre côtés du carré psy complexifient la figure, il importe qu’elles ne la brouillent pas.

ça n’existe toujours pas pour ces gens-là

Par ces traits, psychanalyse, antipsychiatrie et psychothérapie institutionnelle, phénoménologie existentialiste, cliniquement, théoriquement et idéologiquement ces psychiatres marchent du même pas que nous les psychopraticiens relationnels. Pourtant ils ne s’en soucient guère. Dans nos milieux la remarque de Pierre Delion parlant de la psychiatrie de secteur vue par la bureaucratie du ministère de la Santé mais cela vaut plus largement, sa constatation « n’existe toujours pas pour ces gens-là » vaut pour la psychologie et la psychiatrie, et bien sûr pour les ministres à l’occasion (2), quand ils regardent de notre côté.

ces psychiatres qui ne nous ont pas appuyés lors de l’opération Accoyer

Même déni corporatiste lors de la bataille des charlatans. Ils étaient où nos sympathiques psychiatres humanistes héritiers de l’antipsychiatrie et de la psychothérapie institutionnelle quand les autres héritiers de la psychothérapie institutionnelle, nous, étaient traînés dans la boue par leur collègue médecin donc sérieux Accoyer (3) héritier en droite ligne de la politique de son prédécesseur Kouchner, un socialiste du gouvernement Jospin d’avis de remettre aux psychiatres eh oui, la responsabilité du titre de psychothérapeute ? ils étaient où quand parmi les seuls à se réveiller – avec alors Élisabeth Roudinesco et pour une part René Major, on trouva Jacques-Alain Miller, personnage complexe devenu depuis faiseur de méchants procès à tout va c’est bien la peine d’avoir des mérites pour se les gâcher tout seul par la suite. Ils n’ont pas levé le petit doigt, nos psychiatres même humanistes, cette histoire de charlatanerie ne les concernait pas. Les seuls qui nous ont épaulé furent les psychiatres de la Cause – dont certains à présent se disent relationnels. Les voici tous à présent comme nous aux prises avec un pouvoir qui les élimine, c’est leur tour. Comme c’est notre devoir de les soutenir, sans oublier que s’ils nous avaient eu soutenus quand c’était le nôtre de tour, nous serions plus forts maintenant à leurs côtés.

D’ailleurs ils protestent contre les pouvoirs publics qui malmènent avec la psychanalyse le courant de la dynamique de subjectivation mais ont-ils modifié leur regard sur nous ? que représentons-nous actuellement pour eux ? Aussi bien que représentent-ils pour nous ?

sur le terrain, travail en réseau

Eux pour nous représentent une référence, celle du courant de la psychothérapie institutionnelle avec eux depuis les années 70 partagé, celle du courant phénoménologique humaniste, celle de la psychothérapie relationnelle enfin qui fait que certains psychiatres mêmes se disent relationnels. Ils représentent la borne recours (de préférence avec une adresse libérale) sans laquelle nous ne pouvons travailler. Nous pour eux, ça dépend, au coup par coup, selon le voisinage, quand on en connaît un bon qui a compris qu’il pouvait travailler avec nous tout va bien. Le premier souci lors de l’installation c’est de s’assurer des psychiatres du voisinage. Nous avons besoin de travailler en réseau avec eux. Nous les préférons humanistes, de toute façon il nous les faut de confiance.

Pour eux, débordés comme ils sont et seront de plus en plus, pouvoir nous adresser, en dehors du circuit hospitalier (à commencer par la psychiatrie de secteur, CMP et CMPP), des patients pas trop lourds (mais quand même) capables de suivre une psychothérapie relationnelle régulière constitue une ressource locale appréciable. Le travail que nous savons faire, notre psychopratique(4) ils l’ignorent, et peuvent se rendre compte de sa qualité et efficacité (5). Généralistes et psychiatres sont parfois capables d’apprécier la capacité des praticiens formés dans nos écoles agréées par nos soins (6) à faire du bon travail. Il n’est pas indifférent que nous fréquentions leur Assises et qu’ils se rendent compte en retour que nous apprécions et appuyons leur militance puisque nous en partageons les valeurs.

Alors, aux Assises des 39 donc qu’avons-nous entendu ?

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– Philippe Grauer, Assises de la psychiatrie – suite, 16 juin 2013.

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