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10 juillet 2018

Élisabeth Roudinesco à l’ENS — état des lieux de la psychanalyse Programme du cours 2019 à l’École normale supérieure, accompagné d’un commentaire de Philippe Grauer

Séminaire d'histoire de la psychanalyse à l'École normale supérieure — année 2019

Élisabeth Roudinesco

Séminaire d'histoire de la psychanalyse à l'École normale supérieure — année 2019

On attendait depuis longtemps de la part de l’historienne de la psychanalyse une vue perspective sur la psychanalyse, son rapport critique à son environnement psy et péripsy, ainsi que ses perspectives au XXIè siècle.

Pour le séminaire de l’année 2019, j’étudierai l’état des lieux de la psychanalyse dans le monde d’aujourd’hui : institutions, formation des praticiens (hommes et femmes et origines sociales). Je montrerai comment cette discipline, qui a dominé toutes les approches psychiques du XXème siècle, en imprégnant toutes les cultures, est perçue au sein des sociétés occidentales (où elle s’est massivement implantée) et dans les pays non occidentaux. Pourquoi est-elle aujourd’hui en régression et appréhendée de façon négative ? Au début du XXIème siècle, un changement considérable s’est produit dans le mouvement psychanalytique qui a été confronté à la puissance de traitements chimiques efficaces, au développement des neurosciences et plus encore à une demande sociale marquée par l’individualisme et par le culte du développement personnel.

La psychanalyse est-elle devenue un dogme à force de refuser une modernité globalisée par laquelle elle avait pourtant été portée pendant un siècle ? J’aborderai en outre la question de la réglementation des psychothérapies qui a contraint, partout dans le monde, les praticiens du freudisme à être des techniciens de la santé publique, cantonnés, pour leur formation universitaire, dans des départements de psychologie dont les idéaux sont désormais éloignés de ceux des humanités classiques (psychiatrie, lettres, philosophie, anthropologie).

Agenda 2019

les mardis à 18h : 8, 15 et 29 janvier. 12 et 19 février. 12 et 26 mars. 2 et 16 avril. 14 et 21 mai.


Programme du cours 2019 à l’École normale supérieure, accompagné d’un commentaire de Philippe Grauer

Distinguer psychothérapie (terme à définition souvent vague, s’adressant à la souffrance) de développement personnel (collection de techniques d’agrément de soi, hors pathologie), afin d’éviter toute confusion et amalgame. PHG

PSYCHANALYSE, PSYCHOTHÉRAPIE ET PSYCHOTHÉRAPIE RELATIONNELLE EN FRANCE

par Philippe Grauer

1) le courant phénoménologique naît en 1900 en même temps que la psychanalyse

La psychologie humaniste, devenue La psychothérapie (des psychothérapeutes) dans les années 1980, différenciée en psychothérapie relationnelle en 2001, représente un courant issu de la phénoménologie. Laquelle naît en 1900, l’année de la Signification des rêves, avec les Recherches logiques de Edmund Husserl (disciple lui aussi de Brentano, dont Freud fréquenta les cours). Particulièrement sa variété existentialiste se développa tout au long du siècle concurremment (et pas fatalement en concurrence) à la psychanalyse. C’est le déploiement de ce courant — comportant une part de l’héritage freudien — qui finit par devenir important et se présenter en challenger de la psychanalyse à partir de son développement mondialisé des années 60-70.

Ce courant psy alternatif si l’on peut dire coule sans s’y mêler — comme on le voit à la confluence de certains fleuves dont les eaux maintiennent deux couleurs bien distinctes —, coule aux côtés d’eaux rose bonbon, constituant ce qu’on appellera le développement personnel (on laissera ici de côté la dimension spiritualiste, commune au DP et mitoyenne de la psychologie humaniste — comme de la psychanalyse avec Jung), qui se tient à sa marge et ne se mélangera jamais avec elle.

2) distinguer psychothérapie et développement personnel

Le développement personnel n’a rien à voir avec la psychothérapie. Guère davantage la « pleine conscience » et autres produits dérivés. Il importe de ne pas confondre psychothérapie existentielle et relationnelle avec le développement personnel, qui n’est même pas une « thérapie du bonheur » puisqu’il ne relève pas du champ psychothérapique. Le développement personnel ne s’occupe pas de la souffrance et ne comporte pas une théorie de son traitement. Partant il ne constitue en aucune manière une psychothérapie.

3) 1939 – 2018 — le champ psychothérapique continue de se développer

Par ailleurs et pour mémoire, Freud meurt en 1939, Rogers publie son livre événement, Counseling and Psychotherapy en 1942, et Abraham Maslow crée l’Association américaine de psychologie humaniste, dite alors Third Force en 1961. La pensée et pratique rogeriennes arrivent en France au début des années 60 (Michel Lobrot, André de Peretti et al.), ce sera Max Pagès qui fera venir Carl Rogers en France en 1966 (Dourdan et Iéna), puis introduira le Mouvement du potentiel humain en 1969 (Charbonnières). La suite est connue, syndicalisme psychothérapique français avec le SNPPsy (1981), puis Association européenne de psychothérapie (AEP, 1991), puis deux fédérations françaises (FFdP – 1995, AFFOP1998, FF2P2006). 2001 naissance de la psychothérapie relationnelle, puis en France 1999-2010, confiscation du nom de métier de psychothérapeute pour en faire un titre d’exercice professionnel à disposition des psychologues (dont les psychologues psychanalystes) et psychiatres (idem psychanalystes), et création du nom de métier alternatif de psychopraticien, et du titre d’exercice (alternatif) de psychopraticien relationnel© (2010).

4) le champ relationnel, psychanalyse comprise

En d’autres termes il y a une vie psychothérapique non après la psychanalyse mais parallèlement à elle. La relation lacanisme / psychothérapie constitue un autre volet de l’histoire. Si psychanalyse et psychothérapie relationnelle sont concevables comme disciplines de la dynamique de subjectivation, via un type de processus relationnel variable selon chacune, on peut se représenter un récit de leur évolution, produisant en articulant différemment conjonction et disjonction, deux modèles distincts, opposables ou combinables, antagonistes ou complémentaires, ensemble opposables à la médicalisation de l’existence.

 

 

 

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