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30 novembre 2018

HOMÉOPATHIE : DE LA PRESCRIPTION DE PRESQUE RIEN À LA PROSCRIPTION DE PRESQUE TOUT

par Philippe Grauer

Déchiffrer la soudaine campagne virulente contre l’homéopathie, une pratique dont la preuve tient à la qualité d’attention accordée aux personnes, par des médecins qui, pour être alternatifs n’en restent pas moins médecins et n’abandonnent pas leurs patients à la seule action placébaire de gélules dont aucune mémoire de l’eau ne consolide l’hypothèse d’un principe actif même résiduel de résiduel.


Mots clés : homéopathie, médecines alternatives, relation, psychothérapie, médicalisation de l’existence

‘Oméo pa’ti, pauv’ Juliette !

De toute évidence rien d’évident, au sens de probant, comme dans « la médecine baisée par les preuves » (Evidence Based Medecine), dans l’homéopathie. Certes l’idée d’un médecin de l’extrême fin du XVIIIè siècle de prendre en charge l’organisme dans sa totalité, et de soigner le symptôme par l’administration infinitésimale d’une substance qui provoque la même chose chez un sujet sain (principe de similitude) à une époque où la médecine avait encore beaucoup de progrès à accomplir avant d’atteindre les prouesses (et les limites, principe de finitude) de la médecine scientifique contemporaine, reste intéressante. Mais de là à la controuvée mémoire de l’eau du célèbre Benvéniste, qui travailla sans succès au bout du compte à valider l’hypothèse de la rémanence d’un principe actif dans des gélules indéfiniment dilués, reste un pas, que dire, un gouffre, un hiatus, demeuré infranchissable. Pourquoi pas des dilutions pour entraîner l’organisme à faire face au mal (principe de vaccination) ? mais une goutte de n’importe quoi au milieu du lac de Genève dont un verre prélevé sur le rivage conserverait des traces supposées nano-actives, même avec des idées larges on se prend à douter que la dilution contienne quoi que ce soit, même une trace derridienne, en rapport avec votre goutte initiale. Certes l’absurde a parfois trouvé son maître dans une découverte qui le pulvérise. N’empêche qu’à ce jour preuve zéro, sinon le fameux placebo. Si efficace par ailleurs.  De mémoire d’eau, même musicale comme le soutenait Benvéniste, votre verre ne contient rien, à ce jour de repérable, pas à peu près rien, rien, de l’ombre de cette goutte d’eau dans la mer. Et rien ça n’est pas grand-chose, comme le rappelait Raymond Devos, même multiplié par trois pour produire le trois fois rien qui permet déjà de se procurer quelque chose.

para psychothérapie ?

Sauf, à base de confiance et de foi, de la guérison. Sans compter que des vétérinaires homéos, font malicieusement remarquer que le placebo avec un animal c’est peu concevable — encore que l’animal soit en relation avec les humains qui le soignent. bref les preuves par la guérison ne prouvent pas vraiment, en dehors de systèmes de vérification manquants. C’est la bouteille à l’encre (une encre si diluée qu’écrire avec elle serait impraticable). Il demeure qu’une attention positive soutenue lors d’une consultation d’une heure, chargée de questions vous obligeant à apporter beaucoup de précisions sur ce qui vous affecte, parvient à quelque chose : de la relation cela s’appelle, limite de la para psychothérapie, dont on sait que dans de nombreux cas elle peut opérer bénéfiquement sur le somatique (de plus combinable à une médication « allopathique »). Absolument insuffisant en cas de cancer — en cas de besoin de psychothérapie relationnelle également notez bien — ! ou même d’une méchante grippe, n’importe quel médecin vous le dira. Or les homéopathes le sont, médecins. Ça tombe bien, en principe ceci corrige généralement cela. Comment articuler pensée magique et pensée rationnelle ? logiquement impossible, institutionnellement engagé, pour des raisons de carence d’une hyper scientificité parfois arrogante. Alors, hyper vs. hypo le second corrigeant l’autre en dépit du bon sens ?

médecine « relationnelle » ?

L’immense question des médecines douces ou alternatives, souvent à visage humain — c’est là qu’on le rencontre encore —, pose l’autre question, celle de la médecine techno-scientifique, à l’occasion garagiste, contemporaine. Parfois superbement efficace, parfois prodiguant une superbe détestable. Efficace avec ses limites, son Big Pharma à scandales à répétition, son scientisme, son arrogance d’expertise et le possible dogmatisme protocolaire, son ignorance de la dimension humaine de la maladie, tout simplement de la relation (de nos jours un autre métier, le nôtre vs. la médicalisation de l’existence).

ellébore 36 CH

Mais d’où vient cette soudaine flambée anti homéopathique ? qu’est-ce que cette rumeur façon réseau sociaux ? vu l’insignifiance des remboursements considérés, et la rareté des accidentés de la gélule, on se prend à s’interroger. Quoi ! un complot ? simple : prenez de l’ellébore 36 CH combiné à de l’extrait de tilleul de l’Hymalaya, méditez avec la méthode Christophe André — si c’est trop fastidieux prenez en infusion le mot heureux prélevé dans ses pages (il semblerait que prélevé ailleurs ça marche aussi) avec des ciseaux en bois (pas de métal, ça altère le texte) à heures fixes (les heures paires, vouées à l’harmonie, sont préférables), et écrivez-nous sur réseau social si ça ne donne rien.

réseaux sociaux et infoxe

Reprenons notre sérieux. Élisabeth Badinter abordait dans Le Monde du 27 novembre la question du terrorisme des réseaux sociaux. En voici un exemple. L’article de Sandrine Cabut et Pascale Santi discerne qu’il s’agit d’un petit groupe, masculin, sans grande audience, qui sait manœuvrer et s’adresser à des autorités parfois, comment dire ? sensibles à ce genre de pression lobbysticales. Souvenons-nous de la position brutalement anti psychanalytique, et pas trop scientifique, de la HAS en matière d’autisme. Certes des psychanalystes imbéciles avaient sévi. Mais il fut réducteur de sanctionner bêtement, mécaniquement, sous pression de groupes surexcités, en retour, l’ensemble des praticiens de cette discipline, dans un domaine terriblement multifactoriel. Nous avons eu le rapport INSERM sur la « scientificité » des psychothérapies, parfaitement anti scientifique dans la méthode. Ça pourrait recommencer avec la HAS sur un autre mode. Prenons le temps de comprendre ce qui se passe avec l’homéopathie. S’agirait-il d’une nouvelle poussée sécuritariste ? et de cela, ça ne seront ni les gélules ni des mesures d’interdiction d’alternative quand inoffensive qui nous tireront d’affaire.

asclépio diversité

Prenons le temps d’écouter aussi sociologues et analystes politiques en enquête pour déterminer la nature du phénomène qui rend soudain urgent de s’en prendre à des praticiens qui eux ne vous menacent pas avec des produits véritablement toxiques voire mortels, ou des implants dangereux, pour des montants qui se chiffrent en milliards. Faudra-t-il combattre pour préserver le principe d’une sorte d’asclépio diversité ? quand scientisme et « irrationalisme relationnel » s’agencent en système symptômatique d’un malaise dans le monde de la santé, prenons garde que le remède se montre pire que le mal.


#Nofakemed : pourquoi cette croisade de professionnels de santé contre l’homéopathie ?

Enquête sur une colère née d’un mouvement informel sur les réseaux sociaux, qui pourrait faire vaciller les médecines alternatives.

Sandrine Cabut et Pascale Santi, Le Monde

Les médecines complémentaires et en particulier l’homéopathie sont-elles à un tournant de leur histoire en France ? Saisie cet été par le ministère de la santé sur le sujet des produits homéopathiques, la Haute Autorité de santé (HAS) devrait rendre son verdict d’ici à la fin février 2019 sur le bien-fondé de leur remboursement, actuellement pour certains d’entre eux à hauteur de 30 %. Parallèlement, plusieurs universités, comme celle de Lille ou d’Angers, ont décidé, en septembre, de suspendre leurs diplômes universitaires d’homéopathie.

La situation est inédite. Jusqu’ici, malgré moult offensives d’une partie du corps médical pointant l’absence de preuves d’efficacité des granules et le statut dérogatoire de leur mise sur le marché, le soufflé était toujours retombé. Un seul ministre de la santé (Jean-François Mattei, en 2003) avait touché au remboursement de ces traitements très populaires, faisant passer la prise en charge de 65 % à 35 %.

Lire aussi Homéopathie : entre les médecins, la guerre est déclarée

Le branle-bas de combat actuel est venu de « L’appel de 124 professionnels de la santé contre les “médecines alternatives” », une tribune publiée dans Le Figaro le 19 mars. Parmi eux, aucun soignant médiatique, certains apparaissent même sous leur pseudo Twitter. Mais leur texte, un peu brouillon et au vitriol, va mettre le feu aux poudres. Il est désormais signé par plus de 3 300, dont un tiers de médecins.

Dans la foulée s’est constituée une association : le Collectif Fakemed. Très présents sur les réseaux sociaux, dont Twitter, ses membres se sont donné pour objectif de promouvoir « la médecine, les soins et les thérapeutiques fondés sur les preuves scientifiques » et de lutter activement contre les pratiques de soins « non scientifiques, déviantes, délétères, aliénantes ou sectaires ».

« On ne va pas lâcher »

De l’autre côté, la résistance s’est aussi organisée. Jugeant les propos de la tribune peu confraternels, deux syndicats d’homéopathes ont déjà porté plainte contre soixante de ses signataires devant le Conseil de l’ordre des médecins, pour non-confraternité, principalement. En octobre, le Collectif Safemed, constitué de « patients et professionnels de santé pour une médecine intégrative », a vu le jour. Et trois industriels du secteur (Boiron, Weleda et Lehning) ont financé un sondage, selon lequel les trois quarts de Français sont opposés à un déremboursement. « On ne va pas lâcher », promet-on chez Boiron, avançant que le désengagement de l’Assurance-maladie coûterait plus de 1 000 emplois. Un quart des généralistes prescrivent de l’homéopathie, un Français sur deux en utilise, assure Valérie Poinsot, directrice générale déléguée du laboratoire.

« On a accordé trop de crédits à ces médecines alternatives. Il ne faut pas leurrer les gens. Il y a beaucoup de symptômes qui ne peuvent se guérir » . Céline Berthié, généraliste en Gironde

Mais qui sont ces militants qui ont déjà contraint les autorités sanitaires à se plonger dans le dossier homéopathie et ne comptent pas s’arrêter là ? Et que dit ce mouvement du malaise des professionnels de santé ?

La suite dans Le Monde daté du 28 novembre 2018.

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