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4 décembre 2010

Manifeste pour la psychanalyse

Marie Darrieussecq, psychanalyste et écrivain, et Yann Diener, psychanalyste, saluent la parution du «Manifeste pour la psychanalyse», un livre «éclairant et percutant».


puceinvite.jpgLa politique s’est toujours méfiée de la psychanalyse, et les psychanalystes sont souvent mal à l’aise avec la politique. Aujourd’hui où l’évaluation généralisée attaque toutes les pratiques, tous les métiers, la pratique psychanalytique est menacée de disparition par son assimilation à une psychothérapie. A rebours de la position de Freud et de Lacan, de nombreux psychanalystes ont souhaité ou accepté que la psychanalyse soit intégrée dans le marché des psychothérapies régulé par l’Etat. Ils espéraient trouver un abri dans cette réglementation : en échange d’un statut officiel, ils ont soumis leur formation, leur pratique et leur vocabulaire au contrôle d’experts en santé publique. Heureusement, d’autres psychanalystes refusent de sacrifier la singularité de leur pratique : le Manifeste pour la psychanalyse, lancé en 2004, a recueilli 970 signatures à ce jour. Six des initiateurs de ce mouvement publient aujourd’hui un livre éclairant et percutant, le Manifeste pour la psychanalyse (1). Les auteurs estiment que les psychanalystes doivent aujourd’hui s’engager publiquement pour la psychanalyse, en dépassant l’opposition artificielle entre l’individuel et le collectif.

La psychothérapie vise un soulagement du symptôme (angoisse, dépression, empêchements divers, agitation de l’enfant). Or ce symptôme est une coûteuse mais précieuse solution trouvée par le sujet pour dire son refus de rester à la place que lui assignent parents ou institutions (famille, école, travail). Grain de sable dans le système, le symptôme a une portée insurrectionnelle. Une psychanalyse peut dévaloriser la jouissance pathologique du symptôme –c’est ce qui aura un effet de guérison de surcroît– sans réprimer la rébellion portée par ce symptôme. Ce serait faire le jeu de l’Etat, qui tend à confondre les «sujets» avec l’objet de son pouvoir. Des organismes homologués commencent à former des psychothérapeutes habilités à faire purement et simplement disparaître les symptômes par rééducation, par suggestion ou par médicaments psychotropes, quand ce n’est pas en les recouvrant d’étiquettes pseudo-scientifiques mais très vendeuses («hyperactivité» pour l’enfant ou «trouble d’anxiété sociale» pour l’adulte, entre autres).

A l’opposé de cette forte tendance, c’est sur une conception du symptôme promu à la dignité d’un acte politique qu’une rencontre a eu lieu entre le Manifeste pour la psychanalyse et sa maison d’édition, La fabrique. Quand l’éditeur de Jacques Rancière, Tariq Ali ou Auguste Blanqui publie un texte de psychanalyse, c’est déjà une petite révolution. Les conditions d’un débat au-delà des cercles psychanalytiques sont réunies, parce que ce Manifeste dépasse autant la caricature du psychanalyste enfermé dans sa tour d’ivoire que celle du militant politique embarrassé par ses préjugés sur Freud, le bourgeois viennois. Parce que «l’inconscient, c’est la politique» (2).

(1)

Manifeste pour la psychanalyse, Sophie Aouillé, Pierre Bruno, Franck Chaumon, Guy Lérès, Michel Plon & Erik Porge, Paris, éditions La fabrique, septembre 2010.

(2) Jacques Lacan, Séminaire «La logique du fantasme», 10 mai 1967, inédit.

Le Manifeste pour la psychanalyse organise un débat le samedi 4 décembre

de 14h00 à 18h00, au 92 bis bd du Montparnasse, Paris (14e), en présence des auteurs du livre et de l’éditeur, Eric Hazan.

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