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17 janvier 2013

Mariage filiation et parentalité Marie-Claire Dolghin

Nous sommes heureux de susciter d’excellents textes. La pensée de Marie-Claire Dolghin disjoint ce qui doit l’être pour permettre de réfléchir sans se prendre les pieds dans des cordages mal disposés. Sa finesse clinique et sa pondération au service d’une réflexion commune nous promettent une soirée aussi agréable qu’instructionnante.

PHG


Marie-Claire Dolghin

À propos du mariage pour tous

MARIAGE FILIATION & PARENTALITÉ

par Marie-Claire Dolghin

cette union des sexes opposés qui assure la filiation

Les mouvements divers occasionnés à propos du projet de loi pour Le mariage pour tous montrent combien jusqu’à ce jour, dans l’esprit de nos contemporains les notions de mariage, filiation et parentalité sont étroitement liées. Il apparaît néanmoins qu’il faut les distinguer. En effet historiquement le mariage a jusqu’ici été étroitement lié à la notion de filiation. Institué qu’il a été pour unir des patrimoines, pour protéger les mères par la reconnaissance de la paternité, « incertaine » bien souvent, et engager les pères dans cette responsabilité paternelle. On comprend alors les revendications des opposants au mariage pour tous qui s’indignent d’une perversion de la notion de filiation. Il faut en effet un père et une mère pour faire un enfant, et la biologie ne peut être déniée, il faut bien deux germes, spermatozoïde et ovule, ainsi qu’un utérus maternel pour recueillir le fruit de l’union et le conduire vers la vie. Cette notion biologique ne pourra jamais être remise en cause. La notion de mariage est donc dans les esprits intimement liée à cette union des sexes opposés qui assure la filiation et c’est au fond ce que défendent les opposants.

La filiation est biologique la parentalité est psychique

Peut-on donc dissocier ces deux notions mariage et filiation ? Leur lien est-il automatique et indéfectible ? C’est à cet endroit qu’il faut commencer par distinguer filiation et parentalité. En effet la filiation, toute biologique, n’entraîne pas automatiquement, comme on pourrait le désirer, les capacités de la parentalité. De nombreuses situations sociologiques le donnent à penser. Pour rester dans le cadre de nos sociétés patrilinéaires, si la maternité est certaine et entraîne instinctivement, le plus souvent, chez la femme des conduites appropriées, la paternité est incertaine et, de tout temps, il a fallu des contraintes sociologiques pour assurer l’implication des pères géniteurs dans la parentalité. La situation sociale actuelle le souligne encore, négativement, par le nombre de femmes qui élèvent seules leurs enfants, que ce soit à la suite de divorces ou d’abandon. La filiation est biologique, la parentalité est psychique. De ce fait la parentalité peut s’exercer au delà de la stricte filiation biologique. C’est déjà le cas dans les situations d’adoption par des couples hétérosexuels ou par des célibataires. Il est dans ces cas indispensable d’informer les enfants de la distinction à faire entre parents naturels et parents adoptifs. C’est encore le cas, extrêmement complexe d’ailleurs, dans les situations de naissance par FIV avec donneur inconnu, crucial pour un donneur masculin, moins peut-être en cas de don d’ovule car l’enfant a été porté et mis au monde par la mère.

aucune étude ne montre chez les enfants les troubles incriminés

Il faut donc distinguer filiation et parentalité. Cela conduit-il cependant à la notion qu’en cas d’adoption il faut nécessairement deux parents de sexe opposé, un père et une mère « psychologiques » et que la parentalité exercée par deux parents du même sexe est néfaste ? Toutes les études actuelles, cliniques, sur des cas de ce genre, ne montre pas chez les enfants les troubles incriminés, ce qui semble prouver que l’enfant rencontre ce qu’on peut appeler les « archétypes paternel et maternel » malgré l’homosexualité de ses parents. Et comment font les enfants qui vivent en orphelinat, ceux qui vivent dans un couple monoparental ? sans rappeler que le couple hétérosexuel et le mariage ne sont pas en soi une garantie de bonne conduite, malheureusement. L’importance inégalée de la violence faite aux femmes, dans la population hétérosexuelle, étant là pour nous le rappeler. Notre activité de psychothérapeutes nous montre un peu trop souvent des familles hétérosexuelles, « politiquement correctes », où se déchainent bien des perversions.

c’est dans le sein de la famille traditionnelle que se produit l’inceste

Mais on ne verra jamais une foule défiler pour protester contre la violence faite aux femmes, sous couvert de « saine famille », ou contre les abandons paternels massifs. La bonne et sainte famille si elle est un idéal bien compréhensible est aussi bien souvent un mythe. Il faudrait encore considérer le cas des familles recomposées dites familles « mosaïques » où l’enfant rencontre parfois, en plus du père et de la mère biologiques, plusieurs beaux pères et plusieurs belles mères. Il semble donc abusif de stigmatiser le désir des couples homosexuels d’accéder à la parentalité partagée, comme si ce désir, auquel répond le projet de loi, allait conduire à la destruction pure et simple de la famille et aux perversions que sont l’inceste et les maltraitances sexuelles. Les problèmes que rencontrent les familles modernes n’ont pas attendu ce projet de loi pour se manifester : baisse des mariages, augmentations des divorces, familles monoparentales, abandons, maltraitances et abus divers. C’est dans le sein de la famille traditionnelle que se produit l’inceste.

pas mal d’hypocrisie

Pour reprendre la question du mariage entre personnes du même sexe il faut encore distinguer les deux aspects qu’entraîne cette union. D’abord l’union entre deux personnes qui s’aiment, veulent rendre leur amour public, et s’engager mutuellement, « pour le meilleur et pour le pire » comme le dit le code civil : on ne voit aucune raison de s’opposer à ce désir tout à fait légitime. Ensuite la question de la parentalité qui en découle ou peut en découler. Notre société admet l’adoption par un célibataire qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel. Que se passe-t-il quand le compagnon ou la compagne décède et que l’enfant qui a des liens affectifs avec celui-ci ou celle-ci s’en trouve privé, renvoyé à la situation d’orphelin ? Il y a là dans notre société pas mal d’hypocrisie. Si c’est un compagnon hétérosexuel il peut adopter, dans le cas contraire non ? Enfin, comme je l’ai dit plus haut les études cliniques n’ont pas montré plus de troubles chez les enfants élevés par des parents homosexuels que chez ceux élevés par des parents hétérosexuels. Et j’ai rappelé les troubles malheureusement fréquents dans les familles dites « normales ».

aucune raison de craindre un effet pervers du mariage homosexuel

Si l’on distingue convenablement filiation et parentalité, si la base irréductible de la filiation biologique est reconnue et transmise, il n’y a aucune raison de craindre un effet pervers du mariage homosexuel, engagement d’amour et de responsabilité mutuels d’une part, et d’une parentalité homosexuelle qui ne trahisse pas le fait des origines. La famille ne sera pas plus en danger par cette loi qu’elle ne l’est actuellement par une dérive sociologique qui tend à rendre bien des pères démissionnaires, quand ils ne sont pas violents.

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