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5 décembre 2012

Non à un monde sans sexes ! L’enfant a droit à père et mère Monette Vacquin, Jean-Pierre Winter, Le Monde, 5 décembre 2012.

Nous reviendrons prochainement ici même pour en produire l’analyse critique. Il est constant qu’on peut être psychanalyste et conservateur convaincu. Nous rappelons au passage qu’on peut l’être aussi en ouverture, comme les signataires de la pétition stipulant que rien dans la théorie ni la clinique psychanalytique n’interdit d’être pour cette loi.

antidote

En attendant si vous êtes perdu, songez que l’exact antidote se trouve dans : Élisabeth Roudinesco, Mariage pour tous, les nouveaux inquisiteurs, indigne psychologie de bazar, Libération à la Une, 5 octobre 2012.

Il vous restera, confronté à ces positionnements antagonistes, à juger à la lumière de votre pratique, de vos fondements théoriques et de vos valeurs, à vous situer et prononcer. Nous avons nos préférences, à vous de définir les vôtres.

Voir aussi

1- Luc Ferry, « Pour l’homoparentalité », Le Figaro, 19 septembre 2012.

2- Gaëlle Dupont, mariage homosexuel, dossier du Monde en date du 26 septembre titré « Les couples homos font-ils de bons parents ? », auquel s’ajoute un article du sociologue Bruneau Perreau, 26 septembre 2012, Le Monde.

3- homoparentalité & psychanalystes conservateurs au Figaro, un magnifique échantillon des sottises que peuvent énoncer des « experts psys » effrayés par la question homosexuelle, Le Figaro des 2 et 3 octobre 2012.

4- Rabbin Yeshaya Dalsace, Du bien-fondé ou non du mariage homosexuel, Libération, 5 octobre 2012.

5- Élisabeth Roudinesco, Mariage pour tous, les nouveaux inquisiteurs, indigne psychologie de bazar, Libération à la Une, 5 octobre 2012.

6- Sigmund Freud (9 avril 1935), homo sapiens, 6 octobre.

7- Serge Hefez, L’homoparentalité divise la planète psy, Huffigton Post(1), 16 octobre 2012.

7 bis- Olivier Steiner, Chère Madame Boutin, 26 novembre 2012.

8- Pétition Les psychanalystes contre l’homophobie, 12 novembre 2012.

9- Catherine Kintzler, Le « mariage homo » révélateur du mariage civil (14-11-2012), intéressante critique de l’Essai du Grand rabbin de France Gilles Bernheim, 14 novembre 2012

10- Élisabeth Roudinesco, Jean-Pierre Winter et al, [Audition de psychanalystes auprès de la Commission des lois de l’Assemblée nationale >http://www.dailymotion.com/video/xv4d2l_travaux-en-commission-auditions-de-la-commission-des-lois-sur-le-projet-de-loi-visant-a-ouvrir-le-ma_news], 15 novembre 2012.

11- Collectif, Mariage gay : non à la collusion de la haine, Le Monde, 18 novembre 2012.

12- ÉDITORIAL du Monde, 17-18 novembre 2012, 17-18 novembre 2012

13- Maurice Godelier, « L’humanité n’a cessé d’inventer de nouvelles formes de mariage », 17-18 novembre 2012, Le Monde.

14- par Collectif – Claude Baty, président de la Fédération protestante de France ; Gilles Bernheim, grand rabbin de France ; Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman ; André Vingt-Trois, cardinal, archevêque de Paris, Mariage pour tous : laissons du temps au débat, Le Monde 17-18 novembre 2012.

15- Monette Vacquin, Jean-Pierre Winter, Non à un monde sans sexes ! L’enfant a droit à père et mère, Le Monde, 5 décembre 2012.

16- José Luis Rodriguez Zapatero, Grâce au mariage pour tous, la République française sera plus républicaine, Le Monde, 5 décembre 2012.

17- Olivier Py, Intolérable intolérance sexuelle de l’Église, Le Monde, 5 décembre 2012.

18- Yves Lefebvre, Mariage pour tous, quelle est la question ?, snppsy.org, 5 décembre 2012.

19- Élisabeth Roudinesco, Sébastien Lifshitz et Monique Isselé, L’invité des matins, 7 décembre 2012.

20- Philippe Grauer,

  • 1 En marge du débat on pourra lire de Serge Hefez, Sale temps pour les femmes.

  • Monette Vacquin, Jean-Pierre Winter, Le Monde, 5 décembre 2012.

    Non à un monde sans sexes ! L’enfant a droit à père et mère

    par Monette Vacquin, psychanalyste, auteur de Main basse sur les vivants, Fayard, 1999.-

    Jean-Pierre Winter, psychanalyste, auteur d’Homoparenté, Albin Michel, 2010.-

    Les mots de père et mère vont être supprimés du code civil. Ces deux mots, qui condensent toutes les différences, puisque porteurs à la fois de celle des sexes et de celle des générations, vont disparaître de ce qui codifie notre identité. Il faudrait être sourd pour ne pas entendre le souffle juvénile qui parcourt tout cela. Le coup de balai idéologique capable de renverser des siècles d’usage et de supprimer les mots auxquels nous devons la transmission de la vie doit s’appuyer sur des ambivalences inconscientes bien archaïques, et largement partagées, pour avoir la moindre chance de s’imposer et… de bientôt faire la loi.

    Cette violence, déflagratrice, n’est bien sûr pas seulement le fait d’une minorité d’homosexuels demandeurs du mariage. Sans échos collectifs du côté de la question de la perte ou du refus de tout repère transmis, cette violence aurait suscité au mieux le rire ou le malaise, pas la satisfaction pure et simple. Cet événement est cependant agi par une ultra-minorité, avec le recours indispensable d’un langage qui fait la ruine de la pensée : le politiquement correct.

    Ce déni de la différence, « une femme est un homme« , Freud le nommait déni de la castration. Cela signifie, dans le jargon psychanalytique, que la castration n’existe pas, il suffit que je la nie mentalement pour que son existence réelle soit réfutée. Quand un  » licenciement  » devient  » plan social « , on est mal à l’aise. Quand un  » ballon  » devient  » référent rebondissant « , on se demande si on rêve. Quand le  » mariage  » devient  » une discrimination légale contre les citoyens fondée sur leur orientation sexuelle « , on commence à avoir peur.

    une éthique de la haine et de la confusion

    Politiquement correct : le discours doit être poli, sans aucun tranchant. Le  » polissage  » de la forme, objet d’une surveillance idéologique pointilleuse, masque le terrorisme qu’elle fait régner et conduit à une  » éthique  » de la haine et de la confusion, au nom du bien débarrassé de toute négativité… ce que l’humanité n’est pas.

    La revendication du mariage homosexuel ne constitue pas une demande à satisfaire mais un symptôme à déchiffrer. Que signifie que le mariage déserté soit réinvesti en étant parodié ? S’agit-il de lui donner le coup de grâce ? Ou que cette place ne soit pas laissée vide ? Que signifie enfin l’identification des politiques et des médias à de tels enjeux, alors que tant de questions requièrent notre vigilance ?

    égalitarisme idéologique, synonyme de dédifférenciation

    D’un côté, des siècles et des siècles d’usage, qui font que mariage et alliance d’un homme et d’une femme sont confondus. De l’autre, la revendication d’une minorité d’activistes qui savent parler le langage que l’on désire entendre aujourd’hui : celui de l’égalitarisme idéologique, synonyme de dédifférenciation. Et manier efficacement le chantage à l’homophobie qui empêche de penser.

    Il n’appartient pas aux États d’épouser les provocations de quelques idéologues qui parlent une langue confuse mais qui la parlent avec violence, sidérant ou terrorisant leurs objecteurs par des sophismes. Encore moins de donner à ces provocations une forme institutionnelle.

    elle mêle une problématique légitime à une attaque institutionnelle sauvage

    La lutte contre l’homophobie, indispensable, est une chose. L’organisation juridique des liens entre les homosexuels qui le désirent en est une autre. Mais la destitution des institutions par ceux-là mêmes qui sont chargés de les élaborer en est encore une autre. Là réside la difficulté de penser la question du  » mariage homosexuel  » : elle mêle une problématique légitime à une attaque institutionnelle sauvage qui mobilise les forces les plus archaïques.

    notre génération n’en finit plus de franchir des limites

    Que les gouvernements sachent ce qu’ils font : on ne fait pas la loi au langage ou alors il se venge. Faut-il que les mots d’homme et de femme disparaissent aussi ? Faut-il que l’on cesse de tenir compte du sexe en droit, sinon pour l’abolir, le  » pourchasser  » au nom de l’égalité, le langage employé témoignant d’anciennes fureurs ? Notre génération n’en finit plus de franchir des limites, ou de détruire tout ce qui les incarne, plutôt que de les transmettre, avec leur part d’infondable. Homosexuels et hétérosexuels ne relèvent pas de la partition rigide à laquelle on semble souscrire aujourd’hui. Tous partagent le même monde et c’est ensemble qu’il leur appartient de prendre soin des institutions qui structurent les liens entre les hommes et entre les générations.

    on n’argumente pas contre une perversion

    Les destructions symboliques sont reconnaissables à la souffrance qu’elles causent à certains, plongés dans l’impuissance, conscients de la haine et de la destructivité, et sentant qu’on n’argumente pas contre une perversion. Elles se reconnaissent aussi à la jouissance qu’elles procurent à d’autres, plongés dans le triomphe de la  » toute-puissance  » et du déni de la loi. Il est probable que le monde absorbera cela avec indifférence, l’autre nom de la haine. C’est même à cela que nous commençons à ressembler : non plus à une humanité connue, mais à un monde indifférent. Neutre. Neutralisé.

    © Le Monde

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