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13 mars 2018

la psychothérapie relationnelle, un champ disciplinaire spécifique à contre-courant

la relation du degré zéro, sujet/objet, interactive, à forte sujet/sujet

par Philippe Grauer

la relation du degré zéro, sujet/objet, interactive, à forte sujet/sujet

Interaction et relation, deux univers à ne pas confondre en matière de psychothérapie, si l’on veut comprendre quelque chose au principe Relation, dont nous avons bien besoin ces derniers temps. Pour plus d’information, se procurer l’ouvrage qui vient de paraître.

  EXTRAIT LIVRE-2

1) le RELATIONNELLISME :  une spécificité

Non, contrairement à ce qu’on pourrait penser, à l’étourdie, toute psychothérapie n’est pas relationnelle. Avec la vraie relationnelle, celle sur laquelle c’est écrit dessus, s’engage un processus intersubjectif d’exploration de la dynamique de subjectivation de celui venu « voir quelqu’un ». Il s’agit de se rencontrer, d’âme à âme, au sens fort du terme (« le jour où j’ai rencontré mon mari »). Caractéristique, certains mots relatifs à la relation ont un sens fort et un sens faible, banalisé pourrait-on dire. « Venu voir quelqu’un » disions-nous. La quelqu’unitude du psychopraticien relationnel réside dans le fait qu’il accepte de s’engager à être face à celui venu le voir, au sens de rencontrer; qu’il accepte d’être cet être humain au sens plein (après le sens fort le sens plein !) auquel pouvoir s’adresser vraiment (après le fort et le plein, le vrai, ça n’arrête pas) comme il invite la personne venue le requérir à s’efforcer de le faire de son côté dans un dialogue le plus authentique[1] (n’en jetez plus !) possible[2]. Comme avec les poudres de cacao, ça dépend du pourcentage. Le reste du monde psychothérapique, exceptée la psychanalyse qui peut rouler sur des principes comparables, peut se contenter d’être interactive (taux de relation à 30% ? ceci n’est qu’une métaphore. En telle matière tout chiffrage induit en erreur). C’est intéressant et fertile, davantage sur le versant « psychologique », mais pas la même chose. J’aimerais ici participer à dissiper quelque confusion, tenace tant que n’a pas été effectuée la tâche de clarification terminologique. Un mot pour un autre, le monde psy s’embrouille et ceux qui n’y entendent rien se débrouillent pour vous piquer la place. Or notre place doit, par les temps qui courent, être maintenue.

relation : engager le dialogue ou s’engager dans le dialogue

Bref que veut dire relation (et pour qui ?) ? relationnel en psychothérapie du même nom signifie que le rapport entre les deux personnes en présence constitue la matière même mise au travail, à partir d’un cadre proposé et tenu par un psy qualifié dans cet exercice particulier où l’on n’engage pas le dialogue mais où on s’engage de part et d’autre dans le dialogue (à deux ou davantage en cas de groupe) et on laisse jouer sa dynamique, un processus qui conduise à la subjectivation de la personne venue se trouver là, à l’occasion de quelqu’un d’autre spécialisé dans ce genre de rencontre.

mettre en jeu et au jour les ressorts mêmes de la relativité de l’un à l’autre

Ce travail, cette « œuvre ouverte » en devenir, consiste à mettre en jeu et au jour les ressorts mêmes de la relativité de l’un à l’autre dans le temps même de la séance. Cela s’effectue non seulement par l’implication de la personne venue demander de l’aide, mais parce que le praticien antagoniste, impliqué de son côté, se met corrélativement en état d’ouverture psychique à son égard. Cette symétrie professionnalisée fait de lui le copilote (expérimenté) de la démarche en cours, à la fois compagnon d’exploration et de découverte, témoin, garant, vigie, déceleur. Qu’est-ce qui distingue cette étonnante co-« expertise » de la banalité « relationnelle » courante (que veut dire relation pour ceux qui l’entendent dans son acception banalisée ?) ? nous nous proposons de définir trois modes du se tenir ensemble, dont nous dégagerons les formules, qu’il n’y aura plus qu’à nommer pour commencer espérons-nous à y voir plus clair.

2) relation de TYPE ZÉRO : la file d’attente {a+b+c, etc.} ou le degré zéro de la relation

Si l’on parle psychosociologiquement en termes de groupes, organisations, institutions[3], le premier degré du se tenir ensemble c’est la série[4]. Ce que Sartre appelle, par opposition au groupe, la collection. Dans la collection les entités réunies occasionnellement, des individus[5] ont le statut d’objets. Ils se côtoient sur le mode neutre. S’ignorent. Comportement social actif codé dans « la foule solitaire[6] » urbaine, se tenir à distance respectueuse de l’intimité d’autrui. Cela peut s’écrire {1=1+1+1} où chaque (1) représente un individu. Humanisons notre formule en l’écrivant {a+b+c+d, etc.}, où chaque individu est une personne « sériale », simplifié en {a+b et sq}.

le 67 de 8 heures 10

Il s’agit de l’ensemble juxtaposé des gens qui patientent chez le dentiste ou qui attendent l’autobus. À proprement parler leur attroupement ne constitue pas un groupe, la structuration de leur assemblage (et non rassemblement) n’ayant pas acquis les caractères spécifiques du groupe. Les hôtes occasionnels de l’abri bus constituent à peine un pré-ensemble, ils ont un objet commun, et une pratique commune séparée. La queue n’est pas encore plus que la simple addition de l’ensemble de ses parties. Elle porte déjà certes un nom spécifique. « il y avait une de ces queues au cinéma ! »mais elle reste anonyme et éphémère. Relatifs à la ligne de l’entreprise de transport, les usagers entretiennent entre eux une relation d’ordre, ordinale, caractérisant leur moment d’entrée dans la file d’attente s’il y a lieu, et un tout début d’identité solidaire commune, fondée sur la tension d’attente. Ils restent isolés, pratiquent chacun pour son compte le 67 de 8 heures dix.

bonjour !

Leur non relation — son degré zéro — consiste à stationner ensemble poliment[7] — on est déjà dans le socius — sans interférer (sans se déranger en s’adressant la parole, en se regardant fixement ou en se rapprochant). Dans certains cas quelqu’un peut faire une remarque prenez la queue comme tout le monde, parlant au nom d’un tout le monde non constitué. Un tel rassemblement ne dure[8] pas très longtemps. Il peut pour certains se répéter, édifier l’amorce d’une histoire commune en filigrane, celle de se repérer comme habitués de la ligne. Minime amorce sous-groupale, restée potentielle. Ils ne se saluent pas, évitent l’intrusion, se repèrent mais ne se connaissent pas. S’ils désiraient se parler, entrer en relation, faire connaissance, il leur faudrait s’adresser la parole selon un protocole défini — à commencer par le fameux bonjour ! Entrer en relation. S’il faut y entrer, c’est bien qu’on n’y est pas.

3) relation de TYPE 1, interaction à mi distance {A & B} : A interaction B

Degré 1, organisé cette fois, voici l’ensemble interactif {A & B}. À lire « A interaction B ». Dans le système que nous proposons la relation comporte des degrés. Le degré 1 s’appellera interaction. Délicat de distinguer entre les deux termes, parfois employés l’un pour l’autre. Si nous ne prenons pas de précaution terminologique, d’ici cinq lignes personne ne saura plus de quoi il s’agit. Commençons par explorer l’univers considérable de l’interaction. L’interaction se tient à mi distance, proximité moyenne, sociale ; en psychothérapie, le professionnel mène le jeu. On est encore sujet/objet.

l’un vers l’autre

Dans son cadre les protagonistes, personnalisés relativement l’un à l’autre, s’étant présentés (d’où l’emploi de capitales, comme pour les noms propres), ont affaire ensemble. L’un va vers l’autre, deux individus séparés, disjoints au départ, se conjoignent en interagissant. L’entrée en conjonction commence par une interaction préliminaire que nous appellerons rencontre[9] : « — je l’ai rencontré pas plus tard qu’hier. » Les sociologues parlent d’interaction sociale. Avec pour unité de base un échange de courte durée. Ce qui s’échange, en terme de théorie de la communication, s’appelle de l’information. Ces unités d’échange peuvent se succéder, avec répliques inter agissantes, effets de rétroaction, influence réciproque, enclenchant un processus. Produisant une chaîne interactive qui fait sens, qu’on pourra relater[10], structurant ce qu’on appelle une histoire. Protocole social : salutations, présentation de l’objet de la rencontre, accord mutuel, traitement de l’objet, prise de congé. Cela peut durer, en épisodes susceptibles de faire évoluer la relation qui peut changer de caractère. S’établit alors une relation dont il faudra à mesure qualifier l’évolution de l’intensité, du caractère, de la nature.

« relations psychosociales « 

L’interaction, pour reprendre la définition qu’en fournissent Edmond Marc et Dominique Picard[11], reste l’objet privilégié de la psychosociologie et de la psychologie sociale. Nous sommes dans la relation au niveau social, les « relations humaines », dont chacun sait à quel point elles ne sont humaines et « relationnelles » que superficiellement, parfois par antiphrase.

Cela va de la « simple relation » à la relation d’amitié, plus ou moins proche en intimité et intensité, et la relation d’amour. Il faut compter aussi avec les relations familiales, claniques, tribales, d’affiliation. À rayon d’action, proximité affective et degré d’engagement variables.

Dans la pratique de nos métiers psychothérapiques, nous sommes habitués à l’exploration de la sphère relationnelle dans sa vérité, que nous appelons authenticité, sachant qu’elle n’est pas si simple, encore moins si l’on prend en compte le domaine de l’inconscient. Nous y sommes tant habitués que pour nous relation veut dire cela, quand des sujets se rencontrent d’âme à âme, « en vrai », en faux, de travers, révélant la façon dont leur être comme projet existentiel sonne au monde avec lequel ils sont en situation. On peut le formuler ainsi, comme encore différemment, selon la théorisation de référence. D’âme à âme signifiant de sujet à sujet, à la découverte[12]. De celui venu se chercher auprès d’un professionnel qui accepte de s’engager en relation avec lui dans cette recherche, cette démarche comme nous disons.

sujet sachant / consultant ignorant

Une relation de recherche[13] peut revêtir des aspects professionnels variés, requérant un degré d’engagement moindre, comme la consultation de spécialistes, avocat, médecins, psychologues, conseillers experts divers, coaches,  » consultants » (en réalité consultés !). On peut caractériser la relation de conseil comme de délibération en présence d’un spécialiste du champ problématique considéré, afin d’éclairer son jugement et de prendre la meilleure décision possible. En se faisant aider en cela par le spécialiste consulté. Bref une foultitude de professions d’aide experte. Ces experts, sujets sachants, traitent de l’objet qui se présente, le problème, avec un interlocuteur en position basse du point de vue du savoir, ce qui le fixe en position d’objet lui aussi (le Je-Cela de Buber). Bien entendu les protagonistes débattent ensemble, interagissent, passent par une succession de boucles rétroactives, s’attaquent sous la direction technique du conseiller à la résolution accompagnée du problème posé. Cela peut s’appeler, à l’ancienne, tenir conseil (souvent, des conseils sont dispensés, tant et si bien que certains se plaignent, il ne suit jamais mes conseils).

le point de vue systémicien

La thérapie systémique a théorisé cela et constitue une pratique d’inspiration cybernétique, souvent d’aspect hyper logique, susceptible de présenter des aspects paradoxaux très malins pour dénouer des problèmes psychologiques qu’une certaine psychothérapie individualiste ne sait pas résoudre. Le champ d’action privilégié du systémisme c’est l’interaction, astucieusement conduite par le praticien qui démêle l’inextricable familial (souvent à base de double-lien, connu depuis toujours sous l’appellation « viens ici fous le camp », qui rend fou) à coups de paradoxes créatifs. Il formule des prescriptions malines, mobilise et conjoint le cognitif et l’affectif. En hypnose éricksonienne le praticien stratège donne des consignes, influence — puisqu’aussi bien on ne peut neutraliser l’influence, feignons d’en être les organisateurs.  Donc, psychothérapie directive (autoritaire donc) interactive. Manipulatrice de la névrose au bénéfice de son porteur. Territoire épistémologique efficace, intellectuellement plaisant. Dont la tendance à convaincre par des exemples de paradoxes imparables, d’une supériorité logique et pragmatique éblouissante, peut laisser rêveur. Enfin, l’auto enthousiasme d’un système se trouvant toutes les qualités ou presque nous renvoie à une rhétorique connue, et au plaisir partagé de ceux qui le partagent.

donc « tout est relation puisque relation ! » sauf qu’il y a relation et Relation.

Eh bien me direz-vous, je vous tiens ! puisque vous définissez vous-même l’interaction comme relation — de niveau 1 certes, vous avez dit 1 ? mais qu’importe —  tout le monde est justifié à prétendre toute psychothérapie relationnelle, à l’instar de celle que vous venez d’évoquer ! Mieux, si le mot psychothérapie en tant qu’il relève de l’interactivité, comporte déjà le sème[14] relation, on est justifié à énoncer que toute psychothérapie est par nature relationnelle, ce qui ruine et votre argumentation et votre appellation. Tout à fait exact. Aurait-il alors fallu la désigner d’une autre manière ? c’est que nous voici dans un raisonnement logique à la Ionesco. Précisons.

l’interaction comme « relation faible » : praticien sujet / problème objet

Dans {A & B} soit B le dentiste. Consultation sur rendez-vous. Les protagonistes se connaissent ou vont faire connaissance[15], communiquer, interagir. Exposé du problème, exploration, diagnostic, stratégie de soin, mise en œuvre. Côté action, chez le dentiste les rôles sont caractérisés et partagés, tout comme la nature de leur relation réciproque. Comme m’avait confié un ami dentiste en plaisantant, dans certains cas ce dernier adore, que son patient bouche maintenue ouverte, ne puisse pas lui répondre. On voit ici que l’interaction avec un expert médical ne requiert pas de la part de ce dernier qu’il s’implique dans autre chose que le soin à prodiguer. On ne lui en demande d’ailleurs pas davantage, le pauvre n’est pas psy, et ça n’est pas toujours forcément plus mal (sauf que dans certains cas précisément on s’en plaigne : vivre est difficile, exercer son métier aussi). Dans le cadre de la déontologie du serment d’Hippocrate, il soigne l’abcès à la racine de la dent D2 de l’usager A. Qu’il rassure si ça se met à faire un peu mal. Leur « relation » est de type praticien — sécurité sociale et mutuelle / patient porteur d’une pathologie. On peut même retourner la proposition et soutenir qu’il s’agit d’une pathologie présentée par un porteur du nom de A (avec lequel rester courtois, avoir un « bon relationnel »). Interaction sociale connue, de l’ordre de la socialité ordinaire, de l’entente d’une plainte organique, dans le cadre d’un problème de santé[16] (nous réservons le mot souci à la dimension psychique du souci de soi). Nous voici dans l’univers de la médecine scientifique[17]. Ça se corse quand le médecin est psy ou quand le psy joue au docteur.

Quoi qu’il en soit l’interaction étant la chose au monde la mieux partagée, règne sur le monde de l’aide et du soin[18]. De caractère social indéniable, que pour cette raison on peut dire faible, comme on parle de forces faibles en physique en parlant du rayon d’action. S’agissant du psychisme l’interaction, de force faible, n’implique surtout pas que le praticien prescripteur s’engage de sujet à sujet avec son client sans trop savoir où il va, alors qu’il doit surplomber la situation, certainement pas l’y rejoindre[19]. Quant au monde du travail « les qualités relationnelles [y] deviennent nécessaires », titre Le Monde du 29 mars 2018, « le sujet est au cœur des Troisièmes Rencontres de l’emploi. » De quoi s’y perdre. Plus ils en parlent moins ils le font. Ne nous y laissons pas prendre, ne faisons pas comme eux, embarqués dans une terminologie qui rappelle fâcheusement la « confusion des langues » qu’avait repéré Ferenczi, relativement au domaine de la tendresse.

4) relation de TYPE 2, la psychothérapie relationnelle : {A ® B} : A relatio B — « relation forte » sujet/sujet

Nous avons pour le besoin de la démonstration détourné le signe ® de son sens ordinaire, pour signifier une relation d’ouverture intersubjective particulière, d’entre ouverture mutuelle au niveau de l’âme[20] même, dans un cadre rigoureusement protégé par sa professionnalité, exactement comme naguère par son caractère sacré. La personne qui entre dans un tel espace psychothérapique est venue disions-nous « voir quelqu’un », rencontrer quelqu’un d’autre professionnalisé psy, à qui elle pourra parler d’elle dans un rapport de confiance confidence fidélité (trois fois la même racine : foi) garanti par la confrérie, dans une relation d’ouverture psychique réciproque, sur fond d’acceptation amicale (considération positive inconditionnelle ou neutralité acceptante). En telle occurrence A et B sont sujets, co-sujets. Ils s’explorent et se choisissent. Le poste B est un poste de sujet a priori. Ce qui nous situe dans l’intersubjectivité vécue au moment même entre les deux protagonistes. L’espace poinçonné ® prend en charge la dynamique se développant entre A et B, l’ensemble faisant plus que la somme des parties. À vrai dire pas plus que, précisément d’un autre rang, matriciel. Et moteur : matrice motrice. Dans ce cadre, chaque protagoniste engagé au même degré d’implication, la matière relationnelle sera travaillée, sous la conduite du praticien. Le praticien engagé dans le processus devra en plus intervenir de façon à ce que ce qui se passe entre les deux à un niveau de répercussion intime s’éclaire, et favorise non seulement une prise de conscience mais une transformation. C’est l’évolution de la relation qui déterminera le processus de changement souhaité (et redouté) par la personne venue demander de l’aide pour se sortir d’une situation dont elle ne parvient pas à se dégager par elle-même. Méthode ? de plusieurs types mais exigeant une qualité d’engagement et un niveau d’écoute approfondi ménageant au processus de subjectivation de l’hôte tout son espace relatif. Quelques grandes méthodes rationalistes connues, comptables sur les doigts d’une main, en tout cas pas plus des deux. Capables de tenir une relation dont on pourrait métaphoriquement chiffrer la puissance (au sens mathématique du terme), au haut d’ « une échelle de 1 à 10 » qui veut dire moins que ça en a l’air car une telle métaphore dénature la réalité qu’elle prétend faire semblant de chiffrer.

Bien entendu le praticien est formé spécialement à cela. Il a lui-même effectué un cheminement de ce genre, sous bonne escorte, auprès de collègues bien professionnalisés. Il a appris ce métier particulier, très particulier. Inventé par Freud au siècle dernier, ayant évolué, bénéficiant de toute une histoire et d’une longue recherche collective. Un métier notons-le au passage qui ne se transmet pas à l’université[21]. Petit problème connexe. La confrérie syndicale ou associative[22] cautionnant de sa garantie solidaire la valeur éthique et technique des praticiens qu’elle confirme. Au terme rappelons-le d’un mécanisme à double détente, diplôme privé + confirmation d’une titulature d’exercice.

co-cheminement

Dans cet espace relationnel du deuxième type, le travail relationnel s’effectue dans l’ouverture d’âme à âme, le cheminement s’inventant à deux, à partir de l’évolution, de la dynamique de la relation entre les deux. Évidemment les motions psychiques sont complexes, comportant les détours du transfert, l’avènement de la catharsis (mobilisant l’instance psychocorporelle), l’irruption de surprises et d’accidents de parcours, des coups d’inconscient, de travail de rêve. Le tout selon des méthodes diverses, la psychothérapie relationnelle désignant un champ disciplinaire et non une méthode particulière. Noter que dans un cadre intégratif, la thérapie systémique comme d’autres peut se trouver mobilisée, dans la panoplie des méthodes, couplée avec une autre méthode qui procurera à l’ensemble notre dimension relationnelle 2. On comprend comment peut résider là une source de confusion.

champ / contre-champ

En baptisant la psychothérapie relationnelle de la sorte nous attirions l’attention des professionnels et du public sur la spécificité d’un champ psy qui fait contre-champ à celui qui prévaut dans l’espace de la médicalisation de l’existence où des experts armés de protocoles proposent d’éradiquer le symptôme sans avoir besoin de déterminer ce qu’il signifie pour la personne (ou le groupe familial, ou un couple) qui l’a mis en place pour sauver sa peau. Nous avions l’intention de dégager la silhouette scientifique des deux systèmes psychothérapiques s’occupant de la dynamique de subjectivation, de faire en sorte que la personne concernée parvienne à engendrer en relation quelque chose comme un sens de sa vie. Ces deux champs disciplinaires requièrent un type d’accompagnement très impliqué, la psychanalyse et la psychothérapie relationnelle, et un processus de transmission et de formation spécifique, non académique car à fort gradient d’implication personnelle et de sens du vécu.

le champ disciplinaire indispensable de l’intersubjectivité dynamique

On pourrait encore complexifier l’épure. Nous avons déjà tenté quelque chose du genre avec notre ouvrage, on ne va pas le réécrire, cet article aimerait y avoir contribué. Il insiste sur deux types ou modes relationnels, la relation 1, interactive, force faible, la relation de type 2, « force psychique forte » qui donne son nom à l’espace disciplinaire éponyme objet de tous nos soins. À nos yeux alternative paradigmatique indispensable au système évacuateur du sujet et de l’intersubjectivité que la réorganisation mondialisée du champ psy tend à imposer comme mode prépondérant sinon unique. La Résistance à l’effacement du sujet et à la médicalisation de l’existence passe par la voie de la relation au sens fort du terme, passe par le principe Relation de la « relation forte ». Il ne nous reste plus qu’à soutenir le champ disciplinaire de la psychothérapie relationnelle qui proclame et maintient, à côté de la diplomation universitaire de la République, un système de certification scientifique et rationnelle, d’encadrement et d’accréditement qui permet d’autoriser son ensemble théorico pratique. Lequel nécessite le dispositif que nous constituons, étayé au syndicalisme et au fédéralisme qui sont les nôtres. En attendant l’improbable amélioration qui consisterait en une formule du type de l’EPHEP qu’avait proposé le SNPPsy en 1994, de formation et de recherche mixte école privée/université. Cette option n’étant pas prête de se présenter dans notre pays, il nous revient l’honneur, sans nous compromettre dans des procédures d’enregistrement administratif qui dénaturent notre apport véritablement alternatif, de préserver, développer, diffuser et propager notre identité relationnelliste et ses institutions porteuses.


[1] Cette proximité à soi en vérité est difficile à pratiquer. Soit dans la problématique freudienne par étrangeté à nous-mêmes du fait du « sujet de l’inconscient », expression obscure et inquiétante, soit par incapacité de nous en tenir au « fond » de nous-même, là où précisément nous nous ignorons. On peut y opérer des percées, des moments de vérité de soi (la dimension psychocorporelle aide mais il faut s’y connaître) à vérifier vues les ruses du psychisme. Avec maintenu le principe de responsabilité. La condition humaine c’est du genre complexe.

[2] Référence, le Je-Tu de Buber. On est dans la relation de sujet à sujet. Deux quelqu’un appareillés, celui qui entreprend la démarche quelque peu en errance par rapport à sa propre subjectivité, dont le praticien fait l’hypothèse, réglant l’échange sur cette hypothèse.

[3] Georges Lapassade, Groupes, organisations, institutions, Gauthiers-Villars, [1965] 5è édition, 2006,  XLIV-272 p.

[4] Évidemment il y a le couple. Pas la place ici, sinon pour rappeler que tout commence à trois avec la naissance puis la dyade de base mère-enfant, l’attachement et tout ce qui marche avec.

[5] Dans l’histoire de l’avènement de la subjectivité moderne, le libéralisme propose une dérive individualiste faisant de l’individu comme le rappelle Roland Gori un entrepreneur de soi-même, ce qui ruine la revendication de sa subjectivité. Individu, sujet, personne, autonomie, indépendance, concepts où s’interconnectent des dimensions sociologiques, psychosociologiques, politico juridiques, éthiques, nécessitent une définition rigoureuse que nous ne fournirons pas ici, nous contentant d’évoquer le problème.

[6] Riesman, La foule solitaire, anatomie de la société moderne, Arthaud, 380 p.

[7] La politesse régule leur relation comme membres de la queue, négativement, « prenez la queue comme tout le monde », positivement, entraide aux personnes embarrassées.

[8] Qui dit durée dit lien. Une autre fois !

[9] À distinguer de la Rencontre coup de foudre, plongeant directement dans un espace hyper relationnel, sorte d’extase de la relation (à rapprocher de la « Peak expérience » de Maslow).

[10] Relater, faire une relation des faits. Même racine. À noter au passage.

[11] Edmond Marc, Dominique Picard, L’école de Palo Alto, un nouveau regard sur les relations humaines, Paris, Retz, 2004, 224 p.

[12] Le savoir du psy limité à une capacité de présence positive susceptible de favoriser l’apparition à soi dans l’entre-deux relationnel, de la subjectivité de la personne en démarche.  Il ne s’agit donc pas d’un sujet qui en saurait long sur l’autre. Que l’autre le supposât relève d’une méthode particulière.

[13] Pas forcément recherche de soi.

[14] Unité de sens.

[15] Pour cela il faut qu’ils aient fait connaissance. Faire connaissance c’est exactement entrer en relation avec quelqu’un. L’ensemble qu’ils constituent de ce fait les institue comme « relations ». On caractérise celle-ci. Relation de travail, de loisir, de voisinage, de fréquentation d’un même lieu (« vous venez ici souvent ? »), de service, de soin. « Quelle était la nature de votre relation ? — Nous fréquentions le même club mais je ne le connaissais pas plus que ça. » Une relation, de faible intensité par définition, épisodique, n’est pas un ami (relation continue de forte intensité).

[16] Rien à voir avec le souci de soi.

[17] Beaucoup à dire à propos de ce terme, qui peut transformer le médecin en garagiste. Quoi qu’il en dise.

[18] Oui mais voilà, il y a soin et soin. Soin et souci, souci de soi (et non de soin au sens médical), précisément.

[19] Nous n’examinerons pas ici les formes mixtes, intégratives, qui complexifient le débat.

[20] On pourrait dire du psychisme. L’âme c’est ce qui nous anime. Pas besoin d’aller plus loin ici.

[21] Conservatoire des métiers comme corpus de théories et méthodes procédurales, elle ne pourrait que collaborer en instituts à statut mixte, dont l’un se chargerait en toute liberté auto-encadrée de la formation au savoir-être et savoir faire être. La tendance exactement inverse prévaut actuellement, à vouloir universitairement et administrativement scientistiser un domaine par nature hétérogène au scientisme.

[22] Avec ses dangers de repli sectaire ou dogmatique, et son potentiel de percées remarquables.


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