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3 juin 2008

Portrait de Léon Grinberg Par Horacio Etchegoyen (ancien président de l’API), traduit par J-L Goyena

Par Horacio Etchegoyen (ancien président de l’API), traduit par J-L Goyena

UN PORTRAIT DE LEON GRINBERG (1921-2007)
R. Horacio Etchegoyen (Ancien Président de l’A.P.I.)


Leon Grimberg est mort à la fin de l’année dernière
Voici un portrait de lui dû à Horacio Etchegoyen.
Nous devons la traduction en français à José Luis Goyena auquel nous adressons nos remerciements chaleureux.

La Rédaction du Bulletin de la SIHPP


J’éprouvai une vive douleur lorsque, le 28 décembre 1997 à Barcelone, León Grinberg fut touché par la maladie, douleur qui me frappe de nouveau aujourd’hui avec l’annonce de sa mort le 25 septembre 2007. Dans l’incapacité d’exercer depuis dix ans, il était confié aux soins aimants de son épouse et de ses enfants, Daniel et Alberto, les seuls avec lesquels il entretenait des échanges affectifs, et des amis que lui rendaient visite : Mariano et Silvia Dvoskin, Valentín Baremblit et moi-même. Par pudeur vraisemblablement, il était devenu réticent à accepter les visites dont les demandes ne cessaient de lui être adressées. Le dialogue vivant et stimulant qu’il avait entretenu, des décennies durant, avec des psychanalystes, s’était interrompu à tout jamais.

Grinberg écrivit en collaboration avec son épouse Rebecca la préface à l’édition française des Études de Racker, dont Paidós avait publié la première édition en 1960. Cette version parut aux Éditions Césura en 1997, un mois avant le malheureux accident cérébral de León, dans la collection « Psychanalyse d’autres horizons » dirigée par José Luis Goyena et Claude Legrand, sous le titre Études sur la technique psychanalytique : transfert et contre-transfert . Cette édition s’acquitte d’une dette envers nombre d’analystes francophones, ce livre ayant littéralement parcouru le monde entier. Sa préface constitua tout à la fois la dernière contribution d’un psychanalyste renommé et le point culminant de son œuvre, les Grinberg, selon leurs termes, ayant été les disciples et les amis de Racker, recevant son enseignement de vive voix non seulement au sein de l’Association psychanalytique argentine (APA), mais aussi à Escobar (1) où ils passaient les week-ends. Grâce à son concept fertile de « contre-identification projective », Grinberg a complété et élargi les notions de contre-transfert concordant et complémentaire de Racker, recourant de façon plus résolue que Racker à l’idée d’identification projective. Son mérite restera d’avoir souligné la valeur communicative de ce mécanisme, que le génie de Melanie Klein n’avait jamais véritablement pris en compte.

Je dois beaucoup à Grinberg. En premier lieu, il fut mon professeur lors des séminaires de l’APA ; je me souviens encore de l’émotion produite sur moi par cet homme jeune, sympathique et érudit qui enseignait la psychanalyse comme personne. Peu après en 1979, Grinberg me fit participer à l’ouvrage qu’il écrivit en collaboration avec Marie Langer et Emilio Rodrigué, intitulé El grupo psicológico — Le groupe psychologique , ainsi qu’à ses trois précieux volumes de Prácticas psicoanalíticas comparadas en las neurosis, en las psicosis y en niños y adolescentes — Pratiques comparées dans les névroses, psychoses et chez les enfants et adolescents , tous publiés par Paidós en 1977. Là encore, il sut réunir un groupe d’analystes remarquables, chercheurs de haut niveau. Grinberg — et nous devons tous lui en savoir gré — s’est toujours efforcé de faire de la psychanalyse une entreprise intellectuelle commune, ce que sa générosité, son érudition et son autorité rendaient possible.

À mon retour de Londres en 1967, Bernardo Arensburg et moi-même travaillâmes assez longuement en supervision avec Grinberg, ainsi qu’avec Liberman. León me proposa alors d’être le rapporteur du troisième Congrès panaméricain de psychanalyse (le dernier de cette série) qui se tint à New York en 1969, où j’eus la chance de pouvoir échanger avec Elizabeth Zetzel sur « la première séance d’analyse ». (León avait pensé que j’étais le plus indiqué pour cette tâche ardue, puisque, revenu depuis peu en Argentine, j’avais quelques analysés récents).

Les années s’écoulèrent et notre amitié se fit chaque jour plus profonde, plus intime. Une fois, en Espagne, il déclara que j’étais son meilleur correspondant.

En 1987, lorsque je lui rendis visite à Madrid avec mon épouse Elida, Rebe nous hébergea chez eux dans le bel appartement de la rue Francisco Gervás. León venait d’être nommé professeur de la chaire de psychanalyse par la Junta del Gobierno de l’historique Ateneo de Madrid (2), présidé à l’époque par José Prat García. Le professeur Grinberg organisa une série de conférences d’Introduction à la théorie psychanalytique et me fit l’immense privilège de les inaugurer. Ma contribution intitulée « La naissance de la psychanalyse » fut suivie de celle de Grinberg et Juan Francisco Rodríguez avec pour thème « L’influence de Cervantès sur le futur créateur de la psychanalyse ». Cette magnifique contribution, qui captiva l’auditoire par son élégance et son érudition, avait été présentée dans le panel sur Don Quichotte, Freud et Cervantès lors du XXXe Congrès international de psychanalyse, organisé à Madrid en juillet 1983. Ce texte démontre de manière frappante l’influence de Cervantès chez le jeune Freud, qui, ayant lu Don Quichotte et les Nouvelles exemplaires, s’était enthousiasmé pour Le colloque des chiens . Avec son ami de jeunesse, ils incarnèrent Cipión (Freud) et Berganza (Silberstein), conversation qui contient déjà en germe le dialogue psychanalytique.

L’originalité de cette contribution est d’affirmer qu’avec l’ Académie castillane , la psychanalyse existait déjà dans l’esprit de Freud bien avant l’entrée en scène de Breuer et d’Anna O. Les auteurs soulignent également que Don Quichotte et Sancho Panza traitent de sujets typiquement psychanalytiques comme, entre autres, la dialectique entre réalité et fantasme, le rêve et l’état de veille et la folie comme phénomène complexe mais compréhensible en termes de motivations humaines. Cet essai magnifique fut suivi d’autres textes non moins intéressants de José Rallo, Enriqueta Moreno, Mercedes Valcarce, Jaime Tomás, Rafael Cruz Roche, María Luisa Muñoz, Isabel Luzuriaga, réunis dans un ouvrage édité dans la collection Continente/Contenido dirigée par Mercedes Velo.


Il est difficile de résumer en quelques pages la vie riche d’un analyste hors du commun comme Grinberg. León Grinberg naît à Buenos Aires le 23 février 1921, dans une famille d’émigrants juifs. Ses parents accordent une grande importance à son éducation. Il étudie la médecine à l’Université de Buenos Aires et montre très tôt un intérêt pour la psychanalyse, comme David Liberman son camarade d’études. Les deux furent des amis très proches et de brillants psychanalystes. Ce fut un vrai miracle de l’amour et l’amitié que ces deux géants n’aient jamais succombé à la rivalité fraternelle à laquelle le destin semblait les vouer.

Peu de temps après la fin de ses études, Grinberg entre à l’APA et en devient membre adhérent en 1952, à l’âge de 31 ans. Sa carrière est fulgurante. En quatre ans, il devient professeur à l’Institut de psychanalyse et analyste didacticien. Tout porte à croire que le séminaire (évoqué précédemment) auquel j’ai assisté fut son premier.

Grinberg appartient à la deuxième génération d’analystes de l’APA, avec Resnik, Bleger, les Baranger, Rodrigué, Zac, Arminda Aberasturi, Campo, Rebe Alvarez de Toledo, Mauricio Abadi, Jorge et Teresa Mom, Rolla et, naturellement, Liberman. Il fit son analyse avec Arnaldo Rascovsky et, après le départ de celui-ci aux États-Unis, avec Marie Langer jusqu’à la fin de sa carrière, et il devint par la suite le collaborateur et ami.

Avec elle et Emilio Rodrigué, il écrit deux ouvrages sur la psychothérapie des groupes. Le premier, intitulé Psicoterapia del grupo. Su enfoque psicoanalítico — Psychotéraphie du groupe, son approche psychanalytique , fut publié en 1957 par les éditions Paidós. De lecture agréable, cet essai rigoureux fut le premier de son espèce rédigé en espagnol et eut une grande influence qui n’a cessé de perdurer, aussi bien en Amérique Latine qu’en Espagne. L’axe conceptuel de cette œuvre est que le groupe constitue une unité, un ensemble psychosocial devant être défini et abordé au moyen d’une posture interprétative fondamentalement psychanalytique.

Pour des raisons de temps, de discrétion et d’opportunité, ce livre ne traitait pas d’autres domaines, les auteurs n’ayant pas choisi de présenter un matériel clinique complet. Ces lacunes sont rapidement comblées en 1959 avec la publication, aux éditions Nova, de El grupo psicológico. En la terapéutica, enseñanza e investigación — Le groupe psychologique : thérapie, enseignement et recherche . Grinberg, Langer et Rodrigué structurent le texte en plusieurs sections, partant des dynamismes et des aspects théoriques de la psychothérapie de groupe pour s’étendre ensuite à d’autres domaines afin de considérer leurs applications à l’enseignement et à la recherche. Plus de vingt spécialistes latino-américains collaborèrent à cette entreprise.

La dynamique électrisante du groupe fut l’un des stimulants qui, ces années-là, amenèrent Grinberg à étudier plus particulièrement les mécanismes régressifs du fonctionnement mental, qui s’expriment parfois dans le groupe avec une clarté diaphane. Les premiers travaux proprement psychanalytiques de Grinberg s’orientèrent vers la magie et l’animisme, appréhendés sous l’angle de la dénégation comme mécanisme de défense. Parmi les textes remarquables de ces années-là, citons Aspectos mágicos en la transferencia y la contratransferencia — Aspects magiques dans le transfert et le contre-transfert, lu à l’APA le 27 mars 1956 et publié deux ans plus tard. Dans ce travail, Grinberg introduit le concept de contre-identification projective auquel il fera référence dans nombre de ses écrits ultérieurs.

Dans son article « Pasado, presente y futuro de una trayectoria psicoanalítica », rédigé pour le XXXe anniversaire de l’APA en 1974, lorsque María Isabel Siquier dirigeait la Revista de Psicoanálisis, Grinberg dit lui-même qu’il s’orienta à ses débuts sur l’étude des processus régressifs, la magie, l’omnipotence et les mécanismes psychotiques, où la dénégation occupe une place centrale, aux côtés de mécanismes schizoïdes et de l’identification projective. Autre texte caractéristique de ces années-là, l’article Sobre algunos mecanismos esquizoides en relación con el juego de ajedrez — « Sur quelques mécanismes schizoïdes en relation avec le jeu d’échecs », publié en 1955.

Le premier livre qui consacre Grinberg comme auteur singulier est son mémorable Culpa y depresión. Estudio psicoanalítico — Culpabilité et dépression. Une étude psychanalytique , publié par Paidós en 1963. Dans ces années-là, à Buenos Aires comme dans d’autres communautés psychanalytiques, la place de la culpabilité dans le processus psychanalytique était abondamment débattue. Certains analystes défendaient ardemment l’idée qu’au centre du conflit névrotique se trouvait la négation de la culpabilité, en raison des pulsions agressives contre l’objet aimé. D’autres, avec une obstination qui n’avait rien à leur envier, cherchaient à libérer les patients d’une culpabilité qui les condamnait à la dialectique entre surmoi sadique et moi soumis et masochiste. Grinberg tranche cette polémique en postulant deux formes de culpabilité (et non une seule) : la culpabilité persécutrice et la culpabilité dépressive, qu’il associe de manière lucide à deux sortes de deuil : le normal et le pathologique. La culpabilité persécutrice est liée à la position paranoïde-schizoïde, mais se différencie toutefois de l’angoisse persécutrice. La culpabilité dépressive renvoie aux affects de peine et de sollicitude pour l’objet, qui rend possible la réparation.

La différence entre culpabilité persécutrice et culpabilité dépressive constitue un apport théorique considérable, puisqu’elle conduit aussi à distinguer entre deuil normal et deuil pathologique. Avec ce pas audacieux, Grinberg suggère que le deuil n’implique pas seulement la perte de l’objet, mais aussi des parties du moi (self) qui s’y trouvent déposées, ce qui offre une vision effectivement plus large de ce qui est perdu lors du processus de deuil.
Culpabilité et dépression inclut un chapitre de Rebecca Grinberg sur le deuil chez les enfants, dans lequel elle montre clairement comment la perte des êtres chers et la perception de la mort affectent les tout-petits.
Cette œuvre dont l’influence perdure introduit dans sa deuxième édition de 1971 quelques modifications importantes, relatives au poids des facteurs sociaux dans la culpabilité persécutrice. Pour Grinberg, la société inocule la culpabilité persécutrice sans toujours mesurer les facteurs induits chez les jeunes sous la forme de rébellion positive (nous sommes aux prémisses des conflits entre Perón et les Montoneros et de la Triple A (3)).

En 1971, León rédige en collaboration avec Rebe Identidad y cambio — Identité et changement , publié à Buenos Aires par les éditions Kargieman. À lui seul, le titre renvoie à une problématique qui remonte à Parménide et Héraclite. Comment l’être est-il possible dans le changement ? Les Grinberg étudie cette problématique selon trois axes : spatial (individuation, le moi distinct de l’autre), temporel (être toujours soi-même malgré les changements) et social, dans sa relation à l’appartenance au groupe (ou aux groupes). L’identité se définit comme la capacité à se sentir soi-même dans la succession de changements inhérente aux vicissitudes de la vie. Le changement implique d’accepter l’inconnu et l’imprévisible ; la maladie mentale peut alors se concevoir comme une tentative (désespérée) de maintenir l’unité face au changement, pour éviter ce dernier. L’évitement de la nouveauté vient confirmer l’identité et permet de faire l’économie de l’angoisse et de la dépression, mais au prix fort, celui de ne pas vivre pleinement. Comme José Enrique Rodó(4) l’avait écrit dans ses Motivos de Proteo, se renouveler c’est vivre.

Identidad y cambio établit une distinction soigneuse entre le moi et le self, à partir des travaux de Freud, Klein, Bion, Erikson et d’autres psychanalystes de la psychologie du moi. Les Grinberg utilisent comme point de départ les idées de Hartman sur le self (comme personne) et le moi (comme instance) pour le développer à partir d’Edith Jacobson, Wisdom et Erikson. La deuxième partie de l’ouvrage est consacré aux perturbations de l’identité, avec une attention particulière à la dépersonnalisation et aux migrations, qui ouvrira la voie à un autre livre, tout à la fois beau et nostalgique, des Grinberg avec pour thème la migration et l’exil, publié par Alianza Editorial à Madrid en 1984 sous le titre Psicoanálisis de la migración y el exilio — Psychanalyse du migrant et de l’exilé .

Identidad y cambio , retrace, à mon avis, le développement naturel de l’idée de deuil pour les parties perdues du moi (self) et conduit à un autre livre de Grinberg, Teoría de la Identificación , publié également par Paidós à Buenos Aires en 1976. Dans ce texte bref et brillant, il expose le développement du concept d’identification à partir de Freud et de ses disciples, ainsi que de l’école kleinienne. Il étudie de manière approfondie le concept d’identification projective introduit par Melanie Klein en 1946, pour discuter ensuite les contributions de ses disciples : Bion, Rosenfeld, Meltzer et Grinberg lui-même avec une référence spéciale à son concept de contre-identification projective.

Grinberg étudie l’identification projective dans ses aspects quantitatifs et qualitatifs et met l’accent sur les processus de communication sous-jacents inhérents à un si fertile concept. Suivant les travaux de Racker, Grinberg emploie l’identification projective pour rendre compte de la complexité et de la subtilité de ses effets dans la relation patient-analyste et culmine avec sa théorie de la contre-identification projective, largement acceptée aujourd’hui.
Peu après la parution de ce livre, au début de l’abominable dictature de Videla (5), les Grinberg s’exilent à Madrid en octobre 1976.


Si la trajectoire scientifique de Grinberg fut brillante, elle ne fut pas moindre dans la grande politique de la psychanalyse. Président de l’APA pendant trois périodes (1961, 1962, 1963), il fut également le premier psychanalyste sud-américain à faire partie du Comité exécutif de l’ Association internationale de psychanalyse — API , comme secrétaire associé d’abord (1963-1965), puis comme vice-président pendant deux périodes : de 1965 à 1967 (Congrès d’Amsterdam) et de 1967 à 1969 (Congrès de Copenhague). Il décline l’offre lorsqu’on lui fait d’être président. Celui qui avait montré si peu d’intérêt pour cette fonction fut mon plus ardent partisan lorsque je fus élu comme premier président sud-américain de l’API, lors du XXXVIIe Congrès international de Buenos Aires en 1991. Assis au premier rang aux côtés de Rebe, il suivi attentivement ma présentation, après quoi il me transmit une note, sur laquelle il avait écrit « plus lentement » : ma lecture, en effet, avait été précipitée.

León Grinberg exerça une influence considérable sur nombre de générations d’analystes. Il constitue sans nul doute le modèle du psychanalyste portègne (6), qui suit la route de Freud et de Melanie Klein, mais embrasse les analystes français et, plus largement, européens, en passant par les psychologues du moi de Vienne, Londres et des États-Unis, s’intéressant depuis toujours aux problématiques d’identité, aux mécanismes de défense et à l’identification. Il fut l’ami des grands analystes de son époque, comme Leo Rangell et Andrée Green, Jacob Arlow et Charles Brenner, Harold Blum, Bion, Hanna Segal, Donald Meltzer, Edward Weinshel, Robert Wallerstein, Riccardo Steiner, Salomón Resnik, Betty Joseph, Esther Bick et beaucoup d’autres non moins significatifs.

Un an avant son exil, il publie un livre très intéressant sur la supervision psychanalytique et, alors qu’il vivait encore à Buenos Aires, il présente Psicoanálisis. Aspectos teóricos y clínicos — Psychanalyse. Aspects théoriques et cliniques , publié par Alex Editor, grâce à l’entreprenant fils de David Liberman. Comme Grinberg le précise dans la préface, ce livre réunit une série de travaux conduits de 1955 à 1976 et ferme un cycle de sa production. Il est publié avec quelques annexes et dans un autre format par Paidós, à Barcelone, en 1981. Tâche ardue que celle consistant à sélectionner certains de ses travaux pour les évoquer ici, tant ils sont tous d’une grande valeur. Los sueños del día lunes — Les rêves de lundi , écrit en collaboration avec Rebe Grinberg en 1960, m’a toujours semblé un véritable joyau ; comment ne pas citer aussi les travaux où Grinberg évoque l’identité, le conflit et l’évolution, le contrôle omnipotent et réaliste des mécanismes obsessionnels, la créativité et bien d’autres encore ?

Au début des années soixante, Grinberg commença à étudier sérieusement l’œuvre de Bion avec un groupe d’études, qui sera suivi de beaucoup d’autres (j’assistai à l’un de ces groupes en compagnie de Benito López). Ses inquiétudes pour l’œuvre de Bion culminèrent par un ouvrage très célèbre aujourd’hui, intitulé Introducción a las ideas de Bion — Introduction aux idées de Bion , rédigé avec deux de ses étudiants, Darío Sor et Elizabeth Tabak de Bianchedi, devenus par la suite de remarquables analystes, et publié chez Nueva Visión en 1972. Ce travail méthodique et rigoureux, d’une lecture agréable, s’est diffusé dans le monde entier et fut traduit en anglais, en français, en italien, en portugais, en suédois et même en japonais. Il fut réédité en 1991 sous le titre Nueva Introducción a las ideas de Bion — Nouvelle introduction aux idées de Bion , avec quelques modifications et un chapitre sur les dernières contributions de ce grand penseur anglais. Dans les dix-huit ans qui séparent ces deux éditions, le livre s’est étoffé et modifié, pour finalement être publié à Madrid grâce aux efforts de l’infatigable Mercedes Velo dans la Collection Continente/Contenido.

Le parcours de Grinberg compte de nombreux temps forts, le plus important étant sans doute les échanges avec Anna Freud sur le concept d’acting out lors du Congrès de Copenhague (1967). Leurs deux présentations furent brillantes et Grinberg réussit à mettre en relation l’acting out avec les angoisses de séparation et l’identification projective. Dans sa conclusion, pertinente et pleine de finesse, il présentait l’acting out comme un rêve qui n’a pu être rêvé.

Les Grinberg ont vécu à Madrid près de vingt ans, au cours desquelles León fut responsable d’un magistère au sein de l’ Association psychanalytique de Madrid , où il enseigna la théorie et la technique psychanalytique, ainsi que l’œuvre de Klein, Bion et Meltzer.

The goal of psychoanalysis : identification, identity and supervision (1990) — Les buts de la psychanalyse : identification, identité et supervision , publié par Karnac, regroupe une large part de l’œuvre de Grinberg en anglais. Comme le précise Grinberg dans la préface, Riccardo Steiner et d’autres amis, désireux d’avoir son œuvre plus à portée de main, l’ont incité à entreprendre ce travail.

En 1993, alors que j’étais président de l’IPA, j’eus le plaisir de le nommer secrétaire scientifique (chair) du Comité du programme du Congrès de San Francisco (1995), où une fois encore il démontra toute son intelligence et son talent.

En 1996, les éditions Promolibro de Valence publièrent deux livres qui résument les vingt ans de travaux de Grinberg en Europe : El Psicoanálisis es cosa de dos — La psychanalyse est une affaire à deux et Psicoanálisis aplicado — Psychanalyse appliquée .

En septembre 1995, les Grinberg décident de quitter Madrid afin de s’installer à Barcelone où vivent leurs enfants et petits-enfants. Très vite, il reprend son enseignement avec un groupe plus large d’élèves ; ce fut à Barcelone que je le retrouvai au sein du Congrès international, une fois terminé mon mandat de président de l’IPA. León et Rebe me réservèrent un accueil chaleureux ; personne ne pouvait soupçonner le malheur qui allait s’abattre peu après.
Je lui rendis visite en août 2000, après le Congrès internationale de l’histoire de la psychanalyse à Versailles : ce fut notre dernière rencontre.

Le 29 Juillet 2003, l’Association psychanalytique de Buenos Aires (APdeBA), dont il fut le fondateur, le nomma membre honoraire. Il se réjouit de cet hommage, mais ce formidable orateur qu’il fut ne put les remercier avec des mots.

J’ai la vanité de penser que si le critique rigoureux que fut toujours Grinberg lisait ces lignes, il serait satisfait.

Buenos Aires, le 6 décembre 2007
(Traduit de l’espagnol par José Luis Goyena)


(1) Escobar : lieu situé à une cinquantaine de kilomètres de Buenos Aires, où les Grinberg et quelques autres analystes avaient une maison de campagne.
(2) Equivalent du Collège de France.
(3 L’auteur fait référence au conflit survenu entre le général Perón de retour au pays et l’aile gauche de son mouvement, les Montoneros, prémisses à la lutte armée et ses terribles conséquences. La triple A (Alliance Argentine Anticommuniste) était un groupe para-policier aux ordres des plus proches sbires de Perón dont le but était d’assassiner et de torturer les opposants de gauche.
(4) José Enrique Rodó ( 1872-1917) : éducateur, essayiste et philosophe uruguayen.
(5) Le général Videla (1925- ) devient président de l’Argentine après le coup d’état qui destitua Isabel Péron, qui avait elle-même succédé à son mari. Videla dirige avec l’ensemble des chefs militaires la sale guerre contre toute opposition de gauche, qui coûte au pays 30 000 disparus et 500 000 exilés.
(6) Originaire de Buenos Aires.


Una semblanza de León Grinberg (1921-2007)
R. Horacio Etchegoyen

Me causó un vivo dolor en su momento la enfermedad de León Grinberg, que lo abatió el 28 de diciembre de 1997 en Barcelona , y se renovó ahora con su muerte el 25 de septiembre. Pasó diez años inhabilitado, al cuidado amoroso de su esposa y de sus hijos, Daniel y Alberto, con los que sólo podía tener un intercambio emocional, lo mismo que con los amigos que lo visitaban, como Mariano y Silvia Dvoskin, Valentín Barenblit y yo mismo. Se había puesto renuente a recibir visitas que le llegaban de continuo, seguramente por pudor. El diálogo vivo y estimulante que mantuvo por décadas con todos los psicoanalistas se había interrumpido para siempre.

Grinberg escribió en colaboración con su esposa Rebeca el prefacio para la edición francesa de los Estudios de Racker, que había publicado Paidós en Buenos Aires en 1960. Esta versión apareció en Collection Psychanalyse, d’autres horizons, Césuras, dirigida por José Luis Goyena y Claude Legrand, con el título Études sur la technique psychoanalytic . Transfert et contre-transfert, con pie de imprenta en noviembre de 1997, un mes antes del infausto accidente cerebral de León. Esta publicación saldó una deuda de muchos años de los psicoanalistas francófonos con un libro que recorrió literalmente el mundo entero. El prólogo es el último escrito de un psicoanalista notable y era también la culminación de su obra, porque los Grinberg – como ellos mismos dicen – fueron discípulos y amigos de Racker y recibieron sus enseñanzas de viva voz no sólo en la Asociación Psicoanalítica Argentina (APA) sino también en Escobar, donde pasaban los fines de semana. Con su fértil idea de la scontraidentificación proyectivas Grinberg completó y amplió los conceptos de contratransferencia concordante y complementaria de Racker, utilizando más decididamente que él la idea de identificación proyectiva. Haber subrayado el valor comunicacional de este mecanismo, que el genio de Melanie Klein no tuvo nunca demasiado en cuenta, es un relevante mérito de Grinberg.

Es mucho lo que yo le debo a Grinberg. Fue en primer lugar mi profesor de seminarios en APA y todavía siento la conmoción que me produjo aquel hombre joven, simpático y erudito, que enseñaba el psicoanálisis como nadie. Grinberg me hizo participar, después, en el libro que escribió con Marie Langer y Emilio Rodrigué en 1979, El grupo psicológico; y también me convocó para los tres valiosos volúmenes que organizó con el título de Prácticas psicoanalíticas comparadas en las neurosis, en la psicosis y en niños y adolescentes, que publicó Paidós en 1977. Allí supo reunir, una vez más, un grupo destacado de estudiosos. Un don que todos le debemos agradecer a Grinberg fue su notable empeño para hacer del psicoanálisis una empresa intelectual común. Su generosidad, su versación y su autoridad lo hacía posible.

Cuando volví de Londres en 1967, Bernardo Árensburg y yo supervisamos un tiempo largo con Grinberg (y también con Liberman), y fue en ese momento que León me recomendó para ser relator del Tercer Congreso Panamericano de Psicoanálisis, que tuvo lugar en Nueva York en 1969 y fue el último de su serie. Allí discutí nada menos que con Elizabeth Zetzel sLa primera sesión de análisiss. (De regreso a la Argentina, tenía yo entonces varios analizados recientes y León pensó que era el más indicado para esa difícil tarea).

Pasaron los años y nuestra amistad se hizo cada vez más estrecha, más íntima. Alguna vez dijo él desde España que yo era su mejor corresponsal.
Cuando lo visité en Madrid en 1987, y Rebe nos albergó a Élida y a mí en su bello departamento de la calle Francisco Gervás, León había sido designado profesor de la cátedra de psicoanálisis por la Junta de Gobierno del histórico Ateneo de Madrid, que entonces presidía don José Prat García. El profesor Grinberg organizó una serie de conferencias de Introducción a la teoría psicoanalítica, y me concedió el privilegio de inaugurarlas. A mi disertación sEl nacimiento del psicoanálisiss siguió la de Grinberg y Juan Francisco Rodríguez sLa influencia de Cervantes sobre el futuro creador del psicoanálisiss. Este bello ensayo había sido presentado en el panel sobre sDon Quijote, Freud y Cervantess en el XXX Congreso Internacional de Psicoanálisis, celebrado en Madrid en julio de 1983, donde cautivó al auditorio por su elegancia y su erudición. Este escrito muestra concluyentemente la influencia de Cervantes en el joven Freud, que había leído el Quijote y las novelas ejemplares y se había quedado arrobado por El coloquio de los perros . Con un amigo de su juventud encarnan a Cipión (Freud) y Berganza (Silberstein), en una conversación en que está en germen el diálogo psicoanalítico. Es un aporte original de este texto afirmar que, con la sAcademia castellanas, el psicoanálisis ya existía en la mente de Freud mucho antes de que aparecieran en escena Breuer y Anna O. Los autores afirman, también, que Don Quijote y Sancho Panza abordan temas típicamente psicoanalíticos, como la dialéctica entre realidad y fantasía, sueño y vigilia y, entre otros más, la locura como un fenómeno complejo pero comprensible en términos de motivos humanos. A este espléndido escrito siguen otros no menos interesantes de José Rallo, Enriqueta Moreno, Mercedes Valcarce, Jaime Tomás, Rafael Cruz Roche, María Luisa Muñoz, Isabel Luzuriaga… Los presentó en forma de libro la Colección Continente/Contenido, dirigida por Mercedes Velo.

Es difícil resumir en unas páginas la rica vida de un analista sobresaliente como Grinberg. Nació en Buenos Aires el 23 de febrero de 1921 en un hogar de emigrantes judíos y sus padres se esmeraron mucho por su educación. Estudió medicina en la Universidad de Buenos Aires y ya entonces mostró vocación por el psicoanálisis, como su compañero de estudio David Liberman. Los dos fueron amigos entrañables y ambos llegaron a sobresalir notoriamente. Es un milagro del amor y la amistad que estos dos colosos nunca sucumbieran a la rivalidad fraterna que el destino parecía depararles.
A poco de recibirse, Grinberg ingresó a la APA, en la que llegó a miembro adherente en 1952, a los 31 años. Su carrera fue meteórica y en cuatro años llegó a profesor del Instituto de Psicoanálisis y a analista didáctico. Ya dije que asistí a su seminario como candidato y pienso con fundadas razones que fue el primero que dictó en su vida.

Grinberg pertenece a una segunda generación de analistas de la APA, como Resnik, Bleger, los Baranger, Rodrigué, Zac, Arminda Aberasturi, Campo, Rebe Álvarez de Toledo, Mauricio Abadi, Jorge y Teresa Mom, Rolla y desde luego Liberman. Se analizó con Arnaldo Rascovsky y, cuando éste se fue a Estados Unidos, siguió con Marie Langer hasta terminar su carrera; llegó a ser, después, su colaborador y amigo.

Con ella y con Emilio Rodrigué, escribió dos libros sobre psicoterapia grupal. El primero, Psicoterapia del grupo. Su enfoque psicoanalítico, fue publicado por Paidós en 1957. Agradable y riguroso, fue el primero en su género escrito en español y tuvo una gran influencia en América Latina y España, que todavía perdura. El eje conceptual de esta obra es que el grupo es una unidad y que ese conjunto psicosocial debe abordarse con una definida actitud interpretativa de base psicoanalítica.

Por razones de oportunidad, de tiempo y discreción, este libro no se había extendido en otros campos y en él sus autores no se habían animado a presentar un material clínico completo. Estas limitaciones pronto fueron subsanadas cuando la Editorial Nova publicó en 1959 El grupo psicológico. En la terapéutica, enseñanza e investigación . Grinberg, Langer y Rodrigué dividen el texto en varias secciones, que parten de los dinamismos y aspectos teóricos de la psicoterapia del grupo, para extenderse a diversas áreas y considerar por fin sus aplicaciones a la enseñanza y la investigación. Colaboran en esta empresa más de veinte especialistas latinoamericanos.

Sin duda la electrizante dinámica del grupo fue uno de los incentivos que llevaron a Grinberg en aquellos años a estudiar con especial énfasis los mecanismos regresivos del funcionamiento mental, que a veces el grupo expresa con diáfana claridad. Los primeros trabajos propiamente psicoanalíticos de Grinberg se dirigen a la magia y al animismo, con especial énfasis en la negación como mecanismo de defensa. Un texto sobresaliente de estos años es Aspectos mágicos en la transferencia y la contratransferencia , que leyó en la APA el 27 de marzo de 1956 y se publicó dos años más tarde. En este trabajo Grinberg introduce el concepto de contraidentificación proyectiva, al cual se va a referir en muchos otros escritos.

Como él mismo lo dice en su recordado artículo sPasado, presente y futuro de una trayectoria psicoanalíticas, escrito para el XXX aniversario de la APA en 1974, cuando María Isabel Siquier dirigía la Revista de Psicoanálisis, en sus comienzos la investigación de Grinberg se dirige al estudio de los procesos regresivos, la magia, la omnipotencia y los mecanismos psicóticos. La negación ocupa un lugar principal, al lado de los mecanismos esquizoides y la identificación proyectiva. Un primoroso ejemplo de aquellos años es sSobre algunos mecanismos esquizoides en relación con el juego de ajedrezs, publicado en 1955.

El primer libro que lleva a Grinberg como único autor es su perdurable Culpa y depresión. Estudio psicoanalítico , que publicó Paidós en Buenos Aires en 1963. Era un momento en que se debatía ardientemente en Buenos Aires (y en muchas otras comunidades psicoanalíticas) el lugar de la culpa en el proceso psicoanalítico. Había analistas que defendían a capa y espada que el centro del conflicto neurótico era la negación de la culpa por los impulsos agresivos contra el objeto amado, mientras otros, con similar porfía, buscaban liberar a los pacientes de una culpa que los condenaba en la dialéctica de un superyó sádico y un yo sometido y masoquista. Grinberg zanja esta polémica al darse cuenta que hay dos tipos de culpa (y no una): la culpa persecutoria y la culpa depresiva, que relaciona lúcidamente a dos clases de duelo, normal y patológico. La culpa persecutoria está ligada a la posición esquizoparanoide, pero no es lo mismo que la ansiedad persecutoria; la culpa depresiva, ésta sí, es la que se refiere a los sentimientos de pena y preocupación por el objeto, que hace posible la reparación.

La diferencia entre culpa persecutoria y depresiva es un aporte teórico de gran envergadura, que lleva a diferenciar, también, el duelo patológico del duelo normal. En un paso audaz, Grinberg propone que el duelo no sólo implica la pérdida del objeto sino también de las partes del yo (self) que están depositadas en él. Esto da una visión más amplia de lo que se pierde en el proceso de duelo.

Culpa y depresión incluye un capítulo de Rebeca Grinberg sobre el duelo en los niños, donde se muestra claramente cómo afecta a los pequeños la pérdida de sus seres queridos y la percepción de la muerte.

Obra de perdurable influencia, su segunda edición de 1971 introduce algunas modificaciones importantes, señalando el peso de los factores sociales en la culpa persecutoria, dado que la sociedad la inocula en las personas y no siempre comprende, además, los factores positivos en la rebelión de la juventud. (Estamos en los umbrales de los conflictos entre Perón y los montoneros y los comienzos de la Triple A).

En 1971, León escribe en colaboración con Rebe, Identidad y cambio , que publicó Kargieman en Buenos Aires. Ya su título plantea un gran problema, que puede remontarse a Parménides y Heráclito. ¿Cómo es posible el ser con el cambio? Los Grinberg lo estudian definiendo tres vínculos: espacial (individuación, el yo distinto del otro), temporal (ser siempre uno mismo a pesar de los cambios) y social, en cuanto a la pertenencia al grupo (o a los grupos). La identidad queda definida como la capacidad de sentirse uno mismo en la sucesión de cambios que proponen los azares de la vida. El cambio implica aceptar lo desconocido, lo imprevisible; y la enfermedad mental puede entonces definirse como un intento (desesperado) de mantener la unidad frente al cambio, para que todo siga igual. Al evitar lo nuevo se asegura la identidad y se evitan la angustia y la depresión; pero al precio de no vivir realmente. Como dijo José Enrique Rodó en sus Motivos de Proteo, renovarse es vivir.

Identidad y cambio discrimina cuidadosamente entre yo y self echando mano concienzudamente a Freud, Klein, Bion, Erikson y otros psicólogos del yo. Los Grinberg parten de las ideas de Hartman sobre el self (como persona) y el yo (como instancia) y las desarrollan a partir de Edith Jacobson, Wisdom y Erikson. En la segunda parte de este libro se estudian las perturbaciones de la identidad, con especial atención a la despersonalización y las migraciones, que abre el camino a otro libro de los Grinberg sobre la migración y el exilio, lleno de belleza y nostalgia, que Alianza Editorial publicó en Madrid en 1984, titulado Psicoanálisis de la migración y el exilio.

Identidad y cambio es, a mi juicio, el natural desarrollo de la idea de duelo por las partes perdidas del yo (self), y conduce a otro libro de Grinberg, Teoría de la identificación , que Paidós publicó en Buenos Aires en 1976. Texto breve y penetrante, expone el desarrollo del concepto de identificación a partir de Freud y sus discípulos, así como también de la escuela kleiniana. Estudia a fondo el concepto de identificación proyectiva, que Melanie Klein introdujo en 1946, y discute después los aportes de sus discípulos Bion, Rosenfeld, Meltzer y el mismo Grinberg, con especial referencia a su concepto de contraidentificación proyectiva. Grinberg estudia la identificación proyectiva en sus aspectos cuantitativos y en especial cualitativos y pone el énfasis en los procesos de comunicación que subyacen a este fértil concepto. Siguiendo de cerca los estudios de Racker, Grinberg emplea la identificación proyectiva para dar cuenta de los complejos y sutiles efectos que ejerce en la relación analista-paciente, lo que culmina con su teoría de la contraidentificación proyectiva, que aceptan actualmente la mayoría de los autores.
Poco después de aparecido este libro, los Grinberg deciden exiliarse en Madrid en octubre de 1976, cuando era el comienzo de la nefanda dictadura de Videla.

Si fue brillante la trayectoria científica de Grinberg no fue menor su desempeño en la gran política del psicoanálisis. Fue presidente de la APA por tres períodos (1961, 1962, 1963) y el primer psicoanalista de América Latina que ingresó al Comité Ejecutivo de la Asociación Psicoanalítica Internacional (API), como secretario asociado (1963-1965) y después como vicepresidente por dos períodos, de 1965 a 1967 (Congreso de Ámsterdam) y de 1967 a 1969 (Congreso de Copenhague). Le ofrecieron ser presidente pero declinó ese honor. Quien había mostrado poco interés por ese alto cargo, fue después en el XXXVII Congreso Internacional de Buenos Aires en 1991, cuando se eligió el primer latinoamericano para presidir la API, mi más ardiente partidario. Sentado al lado de Rebe en la primera fila seguía atentamente mi presentación y hasta me mandó un papelito: sMás despacios, porque yo leía demasiado aprisa.

Su influencia como maestro de muchas generaciones de analistas es notable. Es sin duda el modelo de psicoanalista porteño, que sigue la ruta de Freud y Melanie Klein, pero abarca a los analistas franceses y en general europeos, a los psicólogos del yo de Viena, Londres y Estados Unidos, interesado siempre por los problemas de la identidad, los mecanismos de defensa y la identificación. Fue amigo de los grandes analistas de su época, como Leo Rangell y André Green, Jacob Arlow y Charles Brenner, Harold Blum, Bion, Hanna Segal, Donald Meltzer, Edward Weinshel, Robert Wallerstein, Riccardo Steiner, Salomón Resnik, Betty Joseph, Esther Bick y muchos otros no menos significativos.

Un año antes de su exilio publicó un libro muy interesante sobre la supervisión psicoanalítica y, todavía en Buenos Aires, presentó Psicoanálisis. Aspectos teóricos y clínicos, que publicó Alex Editor, un emprendimiento del hijo de David Liberman. Como dice el mismo Grinberg en el prólogo, este libro reúne una serie de trabajos que van desde 1955 hasta 1976 y cierra un ciclo de su producción. Con algunos agregados y otro formato, fue presentado por Paidós (Barcelona) en 1981. No me resulta fácil escoger algunos de estos trabajos para mencionar en esta nota, porque todos me parecen valiosos. sLos sueños del día luness (1960), en colaboración con Rebe Grinberg, siempre me pareció una perla; pero ¿cómo no mencionar los trabajos en que Grinberg habla de la indentidad, del conflicto y la evolución, de los mecanismos obsesivos de control omnipotente y realista, de la creatividad y tantos otros?

A comienzo de los años sesenta Grinberg se puso a estudiar en serio la obra de Bion con un grupo de estudio, al que siguieron otros (en uno de ellos estuve yo con Benito López). Estas inquietudes culminaron en su conocido libro Introducción a las ideas de Bion, que escribió con dos de sus estudiantes, Darío Sor y Elizabeth Tabak de Bianchedi, que habrían de ser después analistas sobresalientes. Este libro fue publicado por Nueva Visión en 1972. Escrito metódico, ameno y riguroso se difundió literalmente en el mundo entero: se lo tradujo al inglés, al francés, al italiano, al portugués, al sueco y hasta al japonés. Se reeditó en 1991 como Nueva introducción a las ideas de Bion, con algunas modificaciones y un capítulo sobre las últimas contribuciones del gran pensador inglés. En los diez y ocho años que van de la primera edición a ésta, el libro se fue expandiendo y modificando, hasta que la Colección Continente/Contenido, de la incansable Mercedes Velo, lo publicó en Madrid.

La historia de Grinberg tiene muchos momentos culminantes, pero tal vez el más elevado es el de relator del Congreso de Copenhague (1967), donde discutió con Anna Freud el concepto de acting out. Fueron dos presentaciones brillantes y Grinberg se lució cuando puso en relación el acting out con las angustias de separación y la identificación proyectiva. Terminó definiéndolo con acierto y con gracia como un sueño que no pudo ser soñado.
Los Grinberg permanecieron en Madrid cerca de veinte años, en los que León ejerció un gran magisterio en la Asociación Psicoanalítica de Madrid, donde enseñó teoría y técnica psicoanalítica y la obra de Klein, Bion y Meltzer.
The goal of psicoanálisis: identification, identity and supervision (1990) , publicado por Karnac, abarca buena parte de la obra de Grinberg en inglés. Como dice Grinberg en su prólogo, Riccardo Steiner y otros amigos, deseosos de tener su obra más a mano, lo estimularon en este emprendimiento.

En 1993, en mi carácter de presidente de la API, tuve el gusto de nombrarlo secretario científico (chair) del Comité de Programa del Congreso de San Francisco (1995), donde mostró una vez más su inteligencia y su capacidad.
La Editorial Promolibro de Valencia publicó en 1996 dos libros que resumen su labor en esos veinte años en Europa: El psicoanálisis es cosa de dos y Psicoanálisis aplicado.

En septiembre de 1995 los Grinberg decidieron dejar Madrid para instalarse en Barcelona, donde vivían sus hijos y sus nietos. Allí pronto reinició su enseñanza con un grupo extendido de alumnos y allí lo encontré en el Congreso Internacional de 1997 con que terminé mi mandato. León y Rebe hicieron una hermosa recepción, sin que nadie supiera, por cierto, lo que iría a pasar poco después.

Lo visité en agosto de 2000 después del Congreso Internacional de Historia del Psicoanálisis de Versalles y fue nuestro último encuentro.
El 29 de julio de 2003 la Asociación Psicoanalítica de Buenos Aires (APdeBA), de la que fue fundador, lo nombró miembro honorario y él gozó este homenaje, aunque aquel insuperable orador no lo pudo agradecer con palabras.

Tengo la vanidad de pensar que, si el riguroso crítico que fue siempre Grinberg leyera estas notas, se sentiría satisfecho.
Buenos Aires, 6 de diciembre de 2007

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