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Glossairede la psychothérapie

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EITINGON Max

EITINGON Max

Berliner Psychoanalytisches Institut

Il y a la discipline et la science, il y a les diplômes et les professions. Il y a plus. Il y a des savoirs anomiques. La psychanalyse par exemple. À Berlin Max Eitingon en 1921 créant le Berliner Psychoanalytisches Institut(1) avait mis en place une véritable structure psychanalytique de type universitaire, qui constitua un modèle de référence, triompha jusqu’aux années 30 (le tout fut ravagé par les nazis, casseurs du siècle et d’une vigoureuse pensée judéo germanique en pleine expansion(2)), et fournit la référence restée en place pour la formation des psychanalystes de l’AIP. De type universitaire disions-nous mais de type seulement. L’Institut d’Eitingon demeura une structure privée. Et, différence notable avec le principe universitaire, un tel institut s’occupe des contrôles. Dimension personnelle et professionnelle à la fois, éthique, épistémologique et méthodologique, difficile à faire cadrer avec la dispense du seul savoir procédural universitaire. La psychanalyse n’est pas si aisément académisable. C’est sa difficulté, c’est son mérite.

Le savoir psychanalytique, un mélange détonnant d’art, de clinique et de concepts renouvelant totalement, on peut dire révolutionnant, le domaine du travail psychique, a pénétré voire colonisé les deux continents psys de l’époque, psychologie et psychiatrie, mais est resté dans une certaine mesure sur le seuil des deux temples du savoir universitaire, psychologie et psychiatrie. Le savoir psychanalytique n’avait pas vocation à vrai dire académique. Extra-territoriaux, les psychanalystes préférèrent exercer une sorte d’hégémonie d’entre-deux. Leur recrutement parmi les artistes, intellectuels et professionnels de la médecine et de la psychologie les mit à l’abri du moindre soupçon d’inculture. Ils travaillèrent d’ailleurs à recruter chez les psychiatres, avec tendance à la médicalisation pour les conservateurs de la SPP, et chez les psychologues, à partir du fameux concept de psychologie clinique ayant fini par dériver en psychopathologie du même nom.

Mieux vaudrait qualifier le modèle Eitingon de para universitaire. Il instaure un contre-savoir, et seulement cela. Pour se faire reconnaître de nos jours en France mieux vaut encore la double nationalité. Médecin ou psychologue, exercer la psychanalyse ou promouvoir la recherche dans ce domaine sous couvert d’une certification universitaire autre. Faire savoir — simple conseil, aux étudiants qu’ils ne seront que des psychologues, si peu de chose en vérité, s’ils n’empruntent pas la voie royale : une psychanalyse puis leur inscription dans une association psychanalytique. Alors tu seras un homme mon fils (ma fille plus généralement). Procéder en quelque sorte par sélection informelle. Marcher sur les deux jambes.

C’est ainsi qu’en France jamais la psychanalyse ne devint une discipline universitaire au plein sens du terme(3) On discute de sa scientificité, puisqu’assurément elle n’est pas falsifiable si l’on parle Popper, et surtout, Freud tient à son propos un discours éternellement ambivalent. Il la soutient comme science positive, dans le temps qu’il marque sa distance par rapport au fantasme neuroscientiste et plaide pour la psychanalyse des praticiens non médecins (psychologues cela ne se posait pas encore), les laïcs de l’analyse profane.

Institutionnellement, point de Département universitaire et de grades ad hoc, point de discipline. Les psychanalystes qui s’intéressent à la recherche, qui veulent évoluer dans le savoir, deviendront docteurs en psychologie et œuvreront sous les couleurs bariolées de la psychologie clinique, une psychanalyse psychologique caméléon. Psychiatres, il exerceront comme médecins ou professeurs, en médecine. La zone disciplinaire universitaire qui sera la leur s’appellera psychologie dynamique, psychologie clinique ou encore psychopathologie, cette dernière répartie entre médecine et psychologie.

Le modèle eitingonien pourtant mérite de faire école. Nos modestes écoles de formation à diverses méthodes de la psychothérapie relationnelle sont en passe de se voir rejointes en tant que secteur non universitaire dépositaire exclusif de formation et transmission de leur discipline, par les sociétés de psychanalyse, cette dernière se voyant exclue de la psychologie comme de la psychiatrie.

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