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Glossairede la psychothérapie

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pratique multiréférentielle

Quand Picasso crée « Ma jolie », il n’écrit pas pour autant un article de journal, mais bien une toile. Le collage, l’emprunt d’une technique à une méthode hétérogène à son propre champ épistémique ne corrompt pas fatalement celui-ci mais y enkyste un élément étranger inséré dans sa logique propre. Un psychanalyste raconte qu’il va jusqu’à accompagner son patient phobique au train — premier aménagement du cadre puisqu’on ne fait jamais cela ; sorti du cadre décidément il fallait savoir à quoi il s’exposait, voici qu’au moment de monter dans le train notre phobique escorté hésite fortement. Le psychanalyste lui n’hésite pas, ancien boxeur, il le menace d’un coup de poing : »— Maintenant vous allez monter ! » fournissant ainsi un supplément inopinément « comportementaliste » en situation.

De tels récits abondent, courant sous le manteau car l’orthodoxie veille à l’expression psychanalytiquement correcte. Ils illustrent que sortir un moment du champ, ou l’élargir, peut relever d’une pensée clinique complexe ajustée à la situation, comportant du paradoxe, que nous qualifierions de multiréférentielle. En parler reste souvent interdit, dans les milieux monoréférencés. La stérilisation de la clinique commence là. Les puristes ont alors tendance à compenser par des hypersécrétions doctrinales. On admire beaucoup les sorties de champ de Winnicott, tout simplement parce qu’il se les est permises. Mais nombreux sont ceux qui préfèrent encore les ignorer, ou ignorer Winnicott, en tout cas ne pas aller jusqu’à penser jusque là jusqu’au bout.

Cette fable suscite deux remarques. D’abord qu’il faut extraordinairement de formation pour se permettre une fois d’en arriver là, car il demeure qu’à l’ordinaire cela ne se fait pas. Ensuite qu’il en soit débattu (supervision, communication en journée d’études) et que la communauté scientifique en tire quelque chose. En l’occurence établir que cela a correspondu à une intuition clinique juste ou non.

De façon moins frappante, la multiréférentialité permet d’évoluer entre plusieurs espaces complémentaires, tels qu’introduire une séquence psychodramatique ou d’analyse bioénergétique dans le déroulement d’une séance de groupe psychothérapique, ou inviter un patient travaillant sur le divan à fréquenter parallèlement un séminaire psychocorporel, quitte à réfléchir entre collègues en intervision pour mieux comprendre ensuite ce qui se passe, les formules engageant l’articulation de champs théoriques et méthodologiques différents sont variées. Elles nécessitent chaque fois beaucoup de rigueur dans leur mise en œuvre.

On comprendra que cet article n’est pas un plaidoyer pour une pratique aléatoire et l’autorisation de faire n’importe quoi, c’est-à-dire de travailler sans principes clairs à partir d’une formation insuffisante et simplement éclectique. La multiréférentialité est art difficile. Pour savoir en jouer il faut avoir appris. Des écoles telles que la nôtre y préparent.

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