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Glossairede la psychothérapie

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psychothérapie existentielle

psychothérapie existentielle

autre désignation : Daseinanalyse

par Philippe Grauer
tous droits réservés.

Le terme existentiel vient de Existenz, fortement connoté Heidegger, lequel en fin de carrière avec Médard Boss a travaillé à ce qu’on pourrait nommer une sorte d’infléchissement de sa philosophie vers le psychothérapique. Il court partout, le mot existentiel, depuis que Sartre en a, involontairement en partie, lancé ce qui devint une mode, et même le mode crade dépressif provocateur qui effraya les Perls leur faisant renoncer à l’arborer. Du coup, on ne repère pas nettement son tracé historique, et sa puissance et diversité conceptuelle risque de se diluer dans un médiatisation floue. L’enterrement de l’existentialisme fut l’œuvre des structuralistes. Où en sommes-nous maintenant, où en est la psychothérapie existentielle au moment de la psychothérapie relationnelle, dans un monde hyper médicalisé assujetti au DSM, aux neurosciences et au comportementalisme, dont il demeure – heureusement pour l’humanisme, l’irréductible antagoniste ?

Anges pleins de beauté, de joie et de lumière
Connaissez-vous l’angoisse ?

Baudelaire oui. Après Kierkegaard.

Kierkegaard

théorie générale d’une subjectivité souveraine et responsable

Qui préfère la réalité de l’existence concrète et humaine aux palais vides des vastes édifices systématiques en philosophie. Ainsi deux philosophes importants pour la psychothérapie se trouveront au XIXème siècle dans le contre champ de l’hegelianisme, Kierkegaard et Schopenhauer. Les concepts clés de Kierkegaard, le philosophe aux multiples noms d’auteurs (on pense à Pessoa en littérature), prémunissant sa pensée contre sa stérilisation en un système philosophique – sont, entre autres, l’angoisse, le désespoir (comme défi d’être soi-même), le courage, la répétition. Son intérêt pour les modes affectifs et pour une théorie de la temporalité inspirera Heidegger, qui plus tard oubliera de le reconnaître (sauf notes en bas de page dans Être et Temps). Fondateur d’une sorte de théorie générale de la subjectivité souveraine et responsable, aux yeux de laquelle – car il se préoccupera aussi de religion – la foi est une décision subjective de l’individu par laquelle il s’engage. Sa pensée religieuse le conduit au concept de choix comme saut dans l’absurde. On pourrait dire que (sauf le mot existentialisme) tout est déjà là.

Brentano

l’intentionnalité

Ou presque. Pièce suivante du dispositif, le concept d’intentionnalité [Cf. 1862]. De Brentano explorant après Aristote et Thomas d’Aquin (redécouverte récente de ce dernier) la question de la signification de l’être. D’un Brentano professeur de Husserl puis de Freud, bien entendu également de Heidegger – sans oublier que sa pensée contient les germes de la théorie de la Forme. Date de là l’orientation philosophique d’une psychologie qui dès son origine se scinde selon deux visions du monde irréductibles, l’objectiviste [Wundt, 1879] à visée biologique, prenant pour référence les sciences de la nature, ultérieurement comportementaliste (Watson, 1913), et la subjectiviste, à substrat philosophique [Socrate, Platon (le Parmenide), Aristote, en gros les athéniens] préoccupée des profondeurs de l’âme humaine, dont le référencement sciences humaines sera élaboré par Dilthey [1883]. Il faudra attendre 1913 avec la Psychopathologie générale de Karl Jaspers pour qu’apparaisse, près de 15 ans après la naissance de la psychanalyse, une psychiatrie de type existentialiste, s’opposant à la classificatrice purement descriptiviste d’une psychopathologie du nihilisme thérapeutique de Kraeppelin [1883-1909].

Otto Rank

l’ici et maintenant

Poursuivons avec Otto Rank, le fils chéri de Freud parti en Amérique prendre son large, inventer une psychothérapie plus brève, faire plus de place au concept de séparation – d’avec la mère, ce sera la seconde révolution psychanalytique – se centrer sur l‘ici et maintenant (1929-31) et marquer Carl Rogers (1936).

Ludwig Binswanger

analyse existentielle

C’est en 1930 – les années 30 sont le tournant du siècle, que Ludwig Biswanger, initié à la psychanalyse au Burghölzli puis en relation suivie avec Freud, prend son autonomie par rapport à une psychanalyse freudienne trop darwinienne pour lui, posant un problème de rupture épistémologique inaccomplie [1942, Grundformen und Erkenntnis menschlischen Daseins], et crée sa propre méthode, qui revêtira au premier Congrès international de psychiatrie de Paris (nous sommes bien en psychiatrie, d’accord ?) le nom d‘analyse existentielle en 1950. Là nous sommes rendus plus avant qu’avec l’intentionnalité, nous voici dans l’être-au-monde heidegerrien (comme antidote définitif au dualisme de la scission sujet-objet). Entre temps Sartre a popularisé l’existentialisme (1943, 1946) comme humanisme, nous avons changé d’époque, et de terminologie. Mais la bande des Perls se dégonfle et nomme gestalt-thérapie ce qui aurait dû s’appeler psychothérapie existentielle.

Médard Boss

l’intégratif fondateur

Ce sera l’extraordinairement intégratif psychanalyste Médard Boss(1) formé à l’Institut de Berlin (Eitingon), puis auprès de Jones, analysé par Karen Horney, collaborateur de Jung, ayant étudié auprès de Hans Sachs, Otto Fenichel, Wilhelm Reich, Kurt Goldstein, dans les années 30 disciple de Binswanger, plus tard en collaboration étroite avec le dernier Heidegger, qui, rompant avec ce qu’il considère comme l’inspiration médicaliste de la psychanalyse et de la psychologie, pourrait se voir considérer comme le véritable théoricien et clinicien fondateur de la psychothérapie existentielle.

Irvin Yalom

les quatre données

, universaux de la condition humaine

Il publie en 1980, pour mémoire ici, Existential Psychotherapy(2),} avec les concepts ordonnateurs des quatre données existentielles. Auxquelles Noël Salathé ajoutera la donnée de l’imperfection.

Emmy van Deurzen

les quatre axes

Selon Emmy van Deurzen (Existential counselling and psychotherapy in practice, Sage, 1988)(3), quatre axes rendent compte du positionnement de la personne par rapport à l’existence humaine, réunis dans la terminologie allemande : Umwelt (relation à l’environnement), Mitwelt (relation aux autres), Eigenwelt (relation à soi), Überwelt (relation à l’inconnu). Grille intéressante.

douze grains du chapelet psychothérapique existentiel

Ensuite vient le cortège Frankl (logothérapie), May(4), Laing et Cooper (l’antipsychiatrie lui est associée), Szasz, Yalom, Van Deurzen et Digby Tantam (ces derniers sont intéressants pour leur rôle dans le cadre de l’APE – Association de psychothérapie européenne, Emmy ayant présidé deux ans l’UKCP (**-***).


à consulter également

– Philippe Grauer, Irvin Yalom, La psychothérapie existentielle débarque en force en France [mis en ligne le 25 septembre 2007]. Référence : Irvin D. Yalom, Noël K. Salathé, CIFP, ARTEX.

– On peut aussi se référer à l’excellent

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