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Glossairede la psychothérapie

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transfert

Depuis Mesmer et le fameux rapport, qui veut (déjà) dire relation en français du XXème siècle (relation enrichie d’éléments qu’on mettra du temps à identifier clairement) comme le signale Henri Ellenberger, on devinait que la relation était composite. Le mérite de Freud fut de transformer l’inconvénient de ne pouvoir entrer en relation directe à cause de ces éléments qui l’altéraient, en processus de clarification au long cours – à longue cure.

Le transfert est amour, mais comme son nom l’indique un amour qui transite : pour reprendre la démonstration lacanienne, Alcibiade croit désirer Socrate (qui se dérobe car il n’occupe là que la place du miroir aux alouettes) alors qu’il désire Agathon. Socrate-psychanalyste s’abstient (refuse de devenir l’amant d’Alcibiade) par vertu philosophique accoucheuse de vérité, relationnelle, intersubjective.

Le transfert revêt donc le statut d’illusion relationnelle provisoire (prendre quelqu’un pour quelqu’un d’autre sans pouvoir s’en rendre compte), un provisoire qui dure, le temps de l’analyse ou de la psychothérapie relationnelle, celle qui installe le praticien dans la position de celui dont le patient suppose qu’il sait, qu’il détient un savoir (absolu, pendant qu’on y est pourquoi se gêner ?) sur lui. La désaliénation du sujet au cours du processus corrode le transfert (dont il restera toujours quelque chose) et aboutit à ce que le patient finisse par rencontrer véritablement le praticien (faut-il ajouter et réciproquement : contre-transfert ?) et lui-même dans le même mouvement psychique.

Les psychothérapies relationnelles sans inconscient ont du mal avec le transfert. Elles n’y peuvent rien, il se déploie. Je ne suis pas ton père ! ne suffit absolument pas à dissiper le phénomène, qui, avec le patient (et pourquoi pas avec le praticien) insiste. D’où la formule que j’ai inventée en dialogue entre Chazette le psychanalyste et Salathé le gestaltiste : en gestalt le transfert n’existe pas, d’ailleurs on le traite autrement.

La psychanalyse s’est longtemps singularisée comme la psychothérapie relationnelle du transfert, et par là rigoureusement comme une non-psychothérapie, les psychothérapies quelles qu’elles fussent à ses yeux se montrant aveugles à cette complexité de la relation. Cette dichotomisation du champ théorique tend à se faire moins sévère, l’universalité du phénomène du transfert ayant tendance de nos jours à être reconnue bien au-delà de la psychanalyse.

Philippe Grauer

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