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Glossairede la psychothérapie

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profession

profession, métier, occupation, activité

Définition référée aux professions du psychisme

voir également

il s’agit d’un réseau sémantique, c’est l’ensemble du maillage qui fait sens et construit le concept.

accréditement
autoréglementation
reconnaissance
confirmation
reconnaissance par les pairs
discipline
éthique
certification
diplôme
légitimation
métier
profession
méthode
pluralisme
multiréférentialité
psychanalyse intégrative
psychanalyse multiréférentielle
psychopraticien relationnel
psychopraticien relationnel®
psychopraticien multiréférentiel®
société savante
titre
titres
altertitre
titularisant
titularisation
terminologie

En anglais on distingue profession et occupation, qui correspondrait assez à activité reconnue, pratique sociale. Chez nous on la distinguerait plutôt du métier, en ce qu’elle serait plus distinguée, plus chic, que ce dernier. Profession libérale vs. plombier. Il s’agit en définitive d’obtenir réponse à la question : qu’est-ce que vous faites dans la vie ? précisée par : quelle activité exercez-vous pour gagner votre vie ? ou encore : vous chômez dans quelle branche ? quel est le métier dans lequel vous avez été certifié ? sachant qu’on peut s’être trouvé certifié par la vie elle-même, même et parfois surtout appris sur le tas, on sait son métier, cela se revendique.

éthique, déontologie

Cela permet de parler de métier (pratique personnelle, amour du métier) organisé en profession (l’ensemble des collègues, de ceux avec qui je partage la pratique du même métier). Nous pencherions pour une telle définition. L’amour du métier renvoie au concept d’éthique : le pratiquer dans les règles de l’art, de la discipline. L’amitié professionnelle renverrait au concept de déontologie : nous nous astreignons à une morale professionnelle commune, publiée comme telle, en code de déontologie.

Reprenons l’histoire synthétisée du mot à partir du Robert historique. Cela donne ce qui suit. Depuis la Profession de foi d’un vicaire savoyard, professer signifie déclarer, se déclarer comme, et de prononciation de vœux en prophécie (1362) on en arrive, par croisement avec le professor (1337), qui « se déclare expert dans un art ou une science« , à « métier ayant un certain prestige par son caractère intellectuel ou artistique, ou la position sociale de ceux qui l’exercent« . Par métonymie il finit par désigner « l’ensemble des personnes exerçant la même profession« .

Avec « professionnel : dont c’est le métier« , on rencontre au XXème siècle l’opposition professionnel / amateur bien connue dans le sport. Ajoutant pour notre part que ce couple se déclinerait professionnel / charlatan relativement à l’univers de la médecine.

Cela se complique si l’on se penche sur le métier. Avec mistier (881), plus ancien, on a le doublet populaire de ministère, serviteur, service, fonction, cela correspond à l’hellénique thérapeute, l’homme du soin, le serviteur. Nous voici en terrain connu. D’où le service divin auquel frère Jean des Entomures disait préférer le service du vin. Vers 1200 ça devient plus sérieux, puisqu’il est question d’un « service procurant une rémunération« . De « gens de métier » qui finit par signifier « ceux dont le métier exige des connaissances« , les lettrés (1180), on passe finalement à artisan, ouvrier au XVème siècle. Du métier signifie alors du savoir-faire – appliqué aussi bien à la littérature, ça oscille. La métonymie s’en mêlant on tombe sur le conseil du bon Boileau : Vingt fois sur le métier repassez votre ouvrage. Pour aboutir au XVIIème précisément à « profession que l’on choisit« .

Bref dans la langue rien de bien tranché entre les deux mots, mais toujours la proclamation d’une compétence à partir de connaissances acquises, un engagement personnel dans l’activité revendiquée, la prestation d’un service spécialisé, et par voie de conséquence la constitution d’un corps commun à tous ceux qui s’en réclament. Un corps de métier.

Passons à la sociologie, nous appuyant cette fois sur Catherine Paradeise. Quoi qu’il en soit une activité professionnelle requiert un corpus de savoir dans un domaine techno scientifique plus ou moins bien défini et délimité, installé dans les habitudes et pratiques sociales, savoir qui comporte un volet théorique et un pratique. Une profession requiert une filière de formation contrôlée, et une éthique de la pratique, ou une déontologie, une morale professionnelle. Elle requiert également un public destinataire du service mis à sa disposition pour satisfaire un faisceau de besoins, une demande sociale.

Enfin il faut un minimum de cadre juridique, des procédures de garantie et de plainte. Certaines professions vont jusqu’à se constituer en Ordre. Sous la houlette de l’État elles intègrent un code d’exclusion de l’exercice : ainsi l’exercice illégal de la médecine. La concurrence est éliminée et fortement réprimée. Réciproquement, l’interpénétration de l’activité professionnelle et de l’État n’est pas toujours sans inconvénients. On continue de reprocher à mots couverts à l’Ordre des médecins son origine pétainiste, et il reste délicat de préconiser la naissance d’ordres du même ordre.

Il demeure que seul un collectif de pairs est à même de se porter garant de la filière de production des professionnels – on sort (fièrement, la fierté et l’honneur professionnels renvoient aux valeurs et à l’éthique) de telle école – et de la valeur des prestations offertes au public, client ou usager (notion de service public). Cela rend compte de la dimension corporatiste d’une profession : chacun son métier, vaches bien gardées, corps social protégé, sécurité assurée pour tous. Sécuritaire en prime à l’occasion, se reporter aux 39 contre la nuit sécuritaire.

La question de la certification est double. On peut détenir un diplôme qui vous autorise et tenir son autorité également d’un collectif de pairs qui vous titularise par affiliation. On a vu que cette double autorité peut se voir contre-validée par l’État, pas toujours nécessairement. Un tel mécanisme à double détente se retrouve chez tous les protagonistes du Carré psy dès qu’ils prétendent à la clinique. Les psychothérapeutes sont des psychologues ou médecins et psychiatres, éventuellement psychanalystes de surcroît (inscriptibles sur les registres de leurs associations mais cela n’est pas indispensable), ayant fait la demande de l’usage de ce titred’exercice, en s’inscrivant sur un registre préfectoral. Les psychopraticiens relationnels après obtention du diplôme de leur École agréées (voir ces termes) doivent passer par un processus de titularisation personnelle professionnelle, à l’issue de quoi ils seront inscrits sur un registre garanti par leur corps professionnel. La seule différence provenant du caractère étatique ou non étatique de la couverture. Dans tous les cas l’honorabilité des professionnels ainsi authentifiés se voit proclamée, professée.

La certification débouche sur la question de l’occupation des places sur le marché du travail. Elle concerne le champ d’exercice. Si d’aventure des acteurs collectifs surgissent du devenir d’un domaine dont la dynamique chargée à l’origine de conflits internes évolue jusqu’à un point de rupture, les membres réunis d’une occupation peuvent œuvrer à la transformer en profession. Si l’aire de souveraineté professionnelle est neuve, pas de souci comme on dit de nos jours, elle ne mord pas sur ses voisins. En cas de superposition de domaines, surgit la problématique du repartage du gâteau. Les frontières bougent, le contrôle des territoires devient confus, la définition de nouvelles juridictions afin de pourvoir l’ensemble des nouveaux acteurs d’une « licence individuelle (permission spéciale de poursuivre une activité), et d’un mandat légal, moral et intellectuel (la charge de dire ce qui est juste et utile) », donne lieu à quelque bataille.

Or les professions évoluent, vivent, meurent, émergent. D’anciens métiers bousculés par la modernité peuvent disparaître ou changer de forme, des occupations montantes deviennent professions, progressivement, insensiblement. Des acteurs collectifs émergents se pourvoient d’organisations, d’écoles, d’institutions de référence, de syndicats, de fédérations, d’un maillage international, qui font d’eux des personnes morales scientifiques et politiques clairement identifiables, pourvues d’une autorité morale et d’une vigoureuse volonté de puissance.

L’ensemble de ces réalités concerne ce qu’on pourrait nommer aussi bien du nom d’identité. L’identité, morceau de choix de notre corps de savoir. Les professions comme identités collectives, cela ne devrait pas présenter de difficulté particulière pour des spécialistes. Par les temps qui courent en tout cas, ces identités finissent un jour ou l’autre par relever d’une carte, du même nom. En terre anglo-saxonne, ces cartes sont délivrées après qu’une mécanique juridique ait décrit les normes de la profession nouvellement reconnue. En terre latine, l’État concède le monopole du titre professionnel. C’est ce qui vient de se passer en France avec le titre de psychothérapeute.

Cela s’est passé classiquement à la suite de luttes idéologico corporatistes, issues d’un bouillonnement conflictuel remontant à un bon siècle, bousculant un instable équilibre entre médecine et psychologie, psychologie et psychanalyse, psychologie scientifique et psychologie humaniste, médecine et psychanalyse, psychanalyse et psychothérapie, psychanalyse et psychanalyse aussi bien, car il ne faut pas oublier les guerres civiles interminables, sur fond de crise de la psychiatrie, avec apparition d’un nouvel acteur issu de la psychologie humaniste travaillée par la culture alternative.

Le paradoxe réside dans le fait que la profession émergente s’est vue mettre à l’écart par les trois pôles existants coalisés, qui à l’abri de l’instauration étatique du monopole de titre d’exercice professionnel de psychothérapeute, se sont efforcées de la déloger de son habitacle au sein du Carré psy, en pensant par le jeu de passe-passe du nom confisqué, emménager sur son site.

Il n’en fut rien, les nouveau psychothérapeutes sont simplement des psychologues et des psychiatres, éventuellement psychanalystes par surcroît(1), ayant acquis le droit de porter cette nouvelle livrée sans pouvoir pour autant rayer de la carte le côté du Carré imparti à la psychothérapie relationnelle. Désormais exercée par les mêmes professionnels sous la nouvelle dénomination de psychopraticiens relationnels.

À quoi bon alors ce coup d’épée dans l’eau ? Il aura manifesté avec vigueur la réalité nouvelle de la restructuration du champ psy selon un carré apparemment intangible (précédemment il s’agissait d’un triangle, voir l’article Carré psy), attestant l’occupation d’un quart du territoire depuis le dernier tiers du XXème siècle par les nouveaux venus de la psychothérapie relationnelle. Pourvus d’une Autorité relationnelle si l’on peut dire, ils ne sont ni occupés ni cernés (c’est sans doute pourquoi on les a appelés Ninis) et ne vivent pas dans des camps. Pas de quoi vraiment se plaindre. Ils professent qu’on a de bonnes raisons de leur accorder quelque confiance et que leur exercice non paramédicalisé d’une psychothérapie du soin-souci par le dialogue dans le cadre sérieusement tenu des Cinq critères est hautement recommandable.

De leur côté les psychologues et psychologues-psychanalystes recomposent leurs manipules, s’opposent à nouveau aux psychiatres. Chacun dans le camp des universitaires se dispose à prévenir le public de l’excellence de ses services et de la qualité douteuse des barbares qui persévèrent dans l’erreur de leur être. Le public éclairé jugera sur pièce.

Philippe Grauer


14 novembre 2011 – 8 janvier 2014 – 11 mars 2014 – 2 mai 2014 –
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