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Glossairede la psychothérapie

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psychanalyse

Comment contenir dans la coque de noix d’un article de quelques paragraphes un édifice aussi considérable ? les intuitions et découvertes de Freud sont partout dans notre culture. L’édifice théorique, pratique, culturel, de la psychanalyse, l’une des grandes avancées en sciences humaines du XXème siècle, a mieux tenu que le communisme, car la psychanalyse n’est pas une idéologie ; elle est allée plus loin que l’existentialisme, et sa recherche reste créative. Il a explosé en de nombreuses écoles et engendré un perpétuel débat interne, vif, parfois emprunt de sectarisme, comme toute grande idée. On peut remarquer qu’il continue de cristalliser des haines tenaces, d’héberger des idolâtries désolantes — compréhensibles après tout lorsque la question, et l’angoisse, identitaires sont concernées —, et dans notre pays le marquage identitaire professionnel à la psychanalyse s’accompagne volontiers d’un mépris pour tout ce qui n’est pas elle. Faut-il y voir un mal français ? en tout cas tout cela témoigne d’une vitalité qui ne démérite pas.

La légitime référence à la psychanalyse reste forte dans notre culture, ce qui explique que pour se faire valoir une bonne stratégie peut consister à l’attaquer pour se poser en challenger, même si on ne fait pas le poids du point de vue théorique. Ainsi, un marronnier connu consiste chaque six mois à lancer pour relancer la vente d’un hebdomadaire, la grande question : pour ou contre la psychanalyse, ou enfin la fin de la psychanalyse. Cette excitation médiatique à répétition n’a évidemment pas grand-chose à voir avec le sérieux scientifique mais livre aux lecteurs de dossiers dont ils restent friands, ce qui prouve l’intérêt constant de l’opinion pour cette discipline.

Les deux mamelles de la psychanalyse seraient, si elle n’en avait que deux, le primat de la sexualité et l’inconscient. Ajoutons-y l’hypothèse de la pulsion de mort, violence fondamentale et destructivité, intriquée à celle de la libido, force de vie et de construction.

Tout le monde a entendu parler des modèles topiques et dynamiques (dits économiques), dont le dernier distingue entre ça, moi et surmoi des conflits et remaniements possibles ; des nœuds psychiques typiques comme le complexe d’Œdipe ; des périodes sensibles comme les deux premières années de la vie, pré-œdipiennes, dites archaïques, plus accessibles à l’exploration dans le rameau kleinien ; des approfondissements correlatifs concernant la théorie de la régression, ces derniers items étant familiers aux praticiens de la psychothérapie relationnelle, qui apportent là quelque chose d’original.

On accède et recourt à la psychanalyse par besoin ou curiosité (savoir qui je suis et ce qui me meut) ou les deux, au cours d’une longue expérience personnelle dont peuvent parler entre eux ceux qui se sont lancés dans l’aventure, et dont les autres parlent mus par l’envie, la fascination ou l’hostilité. Comme toute expérience humaine forte, elle est communicable partiellement seulement. Rien ne peut remplacer de l’avoir tentée soi-même pour véritablement savoir ce qu’il en est, c’est son côté « initiatique ». Rien d’exceptionnel à cela, c’est comme la différence entre la plongée sous-marine vue à la télé ou même tentée en apnée avec masque et tuba, et la réelle plongée bouteille. On s’en émerveille rien qu’à l’aborder de l’extérieur, on ne la découvre que personnellement en s’y livrant. Avant, on croit seulement savoir, ou plutôt on sait, mais on ne connaît pas.

Enfin elle n’est indiquée qu’à qui la désire, et l’appliquer hors de saison et de demande est radicalement impertinent et impossible. Ceux qui se livrent dans la presse à des exercices de voltige soit disant intellectuelle pour « psychanalyser » tel homme politique en vogue lui rendent le mauvais service de la défigurer.

On est rarement indifférent à la psychanalyse. Comme source d’inspiration elle reste fertile. Les mythes qui l’entourent sont puissants. Elle constitue un modèle incontournable de notre civilisation, naturellement ni unique ni universel, il ne s’agit pas d’une religion et rien ne serait plus desséchant que d’en faire une monoréférence, une pince conceptuelle à tout faire en anthropologie et sciences humaines. Elle ne peut par ailleurs rester vivante qu’en évoluant et en restant partagée et débattue.

La psychothérapie relationnelle, dans sa diversité et sa multiplicité de manières de faire, style méthodes actives, à la fois s’inspire d’elle, l’inspire, et, bien placée nous l’avons évoqué plus haut dans le domaine de l’exploration des zones archaïques, notamment par le travail psychocorporel et émotionnel qu’elle permet, lui fait parfois concurrence. La polémique entre les deux ne doit pas couvrir leur profonde communauté d’intérêts, scientifiques, professionnels et politiques, et pourrait se transformer en dialogue, profitable aux deux protagonistes.

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