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Noël Salathé, la piste From — éléments d’historiographie gestalt-thérapique existentielle

Présentation de l’action et œuvre de Noël Salathé à l’occasion des États généraux de la gestalt-thérapie de mai 2008, Paris. Son intimité avec Isadore From durant les vingt dernières années de ce dernier en fait un héritier privilégié du septième des 7 fondateurs de la gestalt-thérapie, réputé pour la densité intellectuelle et la rigueur de sa transmission. L’action de Noël Salathé pour transmettre et développer le message gestalt-thérapique en France méritait d’être décrite dans le détail, comme il se trouve ici.

 

COLLOQUE NOËL SALATHÉ

à la Rentrée – le 19 octobre 2013 : informez-vous

 



AVERTISSEMENT : ceci constitue le texte original que n’éditeront pas les autorités des États généraux de la gestalt-thérapie. En tête du condensé qu’ils se disposent à présenter, ils indiqueront la référence au présent document intégral. Qu’ils soient ici remerciés de leur courtoisie.

Noël Salathé — éléments d’historiographie gestalt-thérapique

Il importe de dessiner plus précisément le rôle de Noël Salathé dans le développement de la gestalt-thérapie en France. Son intimité de 20 ans avec Isadore From et sa stature de théoricien exigeant ont marqué toute une génération. Les quelques minutes imparties en lever de rideau aux États Généraux n’y pouvaient suffire. Nous convînmes alors qu’un article reprendrait ce qui n’avait pu être exposé. Chacun sait dans le milieu gestaltiste et au-delà ce que nous devons à l’inlassable et discrète passion de Noël pour la diffusion d’une gestalt-thérapie rigoureuse et toujours en recherche. La mémoire collective commune doit pouvoir situer et reconnaître exactement ce qui s’est passé et rien ne saurait se trouver omis sans dommage de ces racines qui constituent le patrimoine commun.

Cet article ne prétend pas à l’exhaustivité mais dégage et établit des faits pris à la source et soigneusement recoupés. J’ai parfois laissé courir le style direct de l’interview, trace des journées de travail consacrées à collecter les données ici livrées. On peut sentir la fraîcheur de l’ombre de la parole dialoguée qui donne par moments au texte son côté presque collage. À titre de traces de vie prenons le parti d’en jouir au passage. Par ce travail j’espère en tout cas avoir contribué à l’établissement d’éléments de l’histoire de la gestalt-thérapie qui ne sauraient souffrir le statut de tus.

Années de formation : 1974 et suivantes

Noël Salathé se forme auprès du CQG — Centre québecquois de gestalt, puis IFG — Institut de formation par le groupe, auprès d’Ernest Gaudin et Louise Loiseux. C’est en 1974 qu’il rencontre Isadore From, et que se crée entre les deux hommes une amitié et une intimité intellectuelle qui durera jusqu’à la mort de ce dernier.

Écoutons-le évoquer ses souvenirs. “J’ai connu, dit-il, Isadore chez Suzanne Saros dans son centre à Montréal où il venait une fois par an conduire un ou deux stages comportant une trentaine de personnes pendant deux trois jours. C’est ainsi qu’avec d’autres de l’IFG je me suis inscrit à un stage avec cet Isadore qui venait de New-York, logeait au Ritz à Montréal, se faisait envoyer le taxi le matin pour se rendre à sa formation, un personnage, dont on nous avait tant parlé.

Je suis le seul de cette première fournée. La formation se répartissait en deux stages dans l’année avec Isadore, et deux avec Laura Perls. Ils étaient très proches, Laura le recommandait souvent quand elle ne pouvait pas prendre quelqu’un in my group, allez d’abord voir disait-elle un bon thérapeute, Isadore From. Ensuite l’IFG a invité directement Isadore une ou deux fois à venir faire de la supervision pour le groupe des formateurs, puis à mettre sur pied son programme de deux ans, articulé en Approfondissement théorique puis Practicum à Montréal — c’est à partir de là que s’est répandue dans notre milieu l’appellation practicum (1*)}. C’est lors de cette seconde phase que Jean-Marie Delacroix est venu rejoindre ce petit groupe.”

Le groupe de supervision de New-York, auquel Noël Salathé n’a pas continué de participer se poursuivit. Ernest et Louise se rendaient tous les trimestres à New York. C’est alors que se noua une relation d’amitié personnelle continue avec Isadore, à partir de 1975. Par la suite après le retour en France de Noël (1980) Isadore descendait souvent chez lui. Il appréciait aussi beaucoup Béatrice sa femme, qu’il aurait volontiers disait-il épousée s’il n’avait été homosexuel(2*). Le trio demeura très lié(3*).

1978-79 avec le CQG première formation de psychothérapeutes et psychanalystes francophones en Europe — France et Belgique

À la demande de psychothérapeutes européens, essentiellement d’un groupe de psychanalystes français et belges, pas en mesure de faire cela aux États-unis avec des formateurs anglophones, le Centre québécois de gestaltCQG, s’est trouvé invité à intervenir en Europe. Ces psychanalystes et psychothérapeutes étaient venus demander au CQG — s’étant disjoint de l’IFG (Institut de formation par le groupe, vous vous souvenez ?) alors dissous, d’offrir des stages de formation de gestalt-thérapie en France. Ernest entreprit de monter deux groupes de formation pour l’Europe francophone. Une vingtaine de personnes en tout. En Bretagne à Lorient. Aussi en Belgique dans un centre VVF. 25-30 jours par an à peu près, sur deux ans. Puis un deuxième groupe, à la fin de la première année du groupe initial. Nous sommes en 1979, Ernest demande à Noël de participer à la formation dans ce deuxième groupe.

1980-84 : Noël Salathé assure le Secrétariat du programme de formation français du CIG

1980 — “Ça nous conduit en 79-80. Je rentre en France fin 80 à Mougins dans la maison familiale. Louise ne voulait plus traverser l’Atlantique pour organiser des formations. Ernest m’a demandé d’assurer le secrétariat du programme. La tête de pont France-Belgique avait donné naissance à une antenne. J’ai organisé les formations du CQG rebaptisé Centre international de Gestalt — CIG (l’organisme de Delisle en porte actuellement le titre homonyme). Ça commençait à prendre de l’extension, il y avait de la demande pour des stages ponctuels en France, auxquels j’ai participé, qui se tinrent à Lorient puis en d’autres lieux. »

La formation CIG débuta en 1983. Le travail s’est trouvé réparti entre Ernest, qui avait tenu à intervenir cette fois en premier alors que Noël le faisait d’habitude, puis Noël (théorie du Self N°1) puis André Jaques (Self N°2(4*)) , puis Jean-Yves Roy, un psychiatre pour lequel Noël marque une grande considération, puis Ernest pour finir.

1983 — Philosophie clinique

C’est toujours en 1983, en mars, au premier congrès de la SFG — Société française de gestalt, à Paris en présence de Furlaud, Robine, Ginger, Anne Ancelin, Ambrosi, Delacroix qu’il prononce « La Gestalt, une philosophie clinique. » Il y soutient qu’à l’instar de la psychologie clinique, dans le droit fil du mouvement humaniste américain il conviendrait de parler en termes de philosophie clinique. Ce qui le conduit à désigner la gestalt-thérapie comme l’antenne clinique de l’existentialisme en ces termes :

— « Sartre disait que « la première démarche de l’existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu’il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence« . Ajoutant : « Sur la façon de s’y prendre concrètement, la Gestalt(5*) peut être considérée comme une antenne thérapeutique de l’existentialisme. »

Cette avancée nous conduit à examiner certains des termes de ce qui sera appelé à faire débat. L’existentiel sartrien renvoie à l’homme responsable en situation face aux difficiles chemins de la liberté, elle nous confronte à l’inéluctabilité du choix. La phénoménologie désigne pour sa part une réalité plus large, elle dit le surgissement angoissant de l’instant de ma rencontre avec le présent du monde où je suis jeté, inaugurant une problématique co-présence dans laquelle le vécu représente l’indice de mon être au monde dans l’instant. La phénoménologie dit la manière dont je vis ma réalité et la subjectivise. C’est une deuxième chose. Elle s’attache à comprendre mon éprouvé et considère qu’il n’y a de souffrance et de pathologie qu’à la première personne du singulier. Laquelle pathologie Noël Salathé dérive systématiquement du Cycle de l’expérience, inventoriant ses points de blocage.

Pour lui la phénoménologie représente essentiellement une méthode d’investigation. Elle permet de repérer ce qui se passe si l’on essaye pour voir. Elle procède par mise en situation : tenter l’expérience de faire un peu différemment que d’habitude. Dans le moment de la relation actuelle avec le psychothérapeute, sous tension relationnelle. Rendant possible une comparaison de la qualité des vécus à partir de la nouveauté introduite, exprimée en dialogue, engageant la dynamique d’un processus. On pourrait qualifier de phénoménologie clinique la méthode expérientielle(6*).

Il s’agit de passer d’une philosophie de la perception à une clinique phénoménologique tout en se tenant dans le fil d’une pratique, théorie et méthodologie gestalt-thérapiques. Est-il encore ajusté de parler en termes d’étant (ce que je suis en train de devenir, étant devenant faudrait-il dire à la Dolto) et de thérapie phénoménologique ? Noël Salathé manifeste le souci qu’on ne recouvre pas d’un manteau terminologique proprement philosophique, limite hermétique, le corps de la gestalt-thérapie. Il interroge et l’on aimerait ouvrir après lui le débat, les trois questions fondatrices de la démarche psychothérapique de Perls, ce que vous sentez, voulez, faites, que gagne-t-on à les rebaptiser ?

Tout cela le ramène à une gestalt-thérapie sartrienne, fortement teintée de Camus, incluant les contraintes existentielles de Yalom, angoisse face à la mort, au déterminisme couplé à la liberté, à l’absurde, à la finitude, à quoi il ajoute l’imperfection. Comme il n’est pas question d’exprimer ce positionnement en termes de courant(7*), on se contentera d’y voir l’ombre d’un exemple de méthode intégrative subreptice.

1985 — La gestalt-thérapie au CIFP

En créant, Noël, Christian Chazette et moi-même en 1982 le CIFP , nous eûmes immédiatement le souci d’y donner toute sa place à la gestalt-thérapie, dans le cadre d’un carré (apparemment j’affectionne les carrés) quadridisciplinaire, à rang égal aux côtés de la psychanalyse, de l’analyse bioénergétique et du groupe psychothérapique. La philosophie, cinquième élément, vint plus tard.

Paradoxalement, avec le Noël puriste que nous connaissons, le CIFP(8*) adopta d’emblée le positionnement multiréférentiel que nous souhaitions pour l’école. Ce terme venu plus tard relève de la pensée de Jacques Ardoino, de qui nous avons tenu d’abord celui d’interdisciplinaire, tous concepts qu’il développa en Sciences de l’Éducation à Paris 8. On retrouve en partie ce paradoxe de la multiréférentialité à ARTEX (voir infra ici même). Paradoxe qui se soutient du fait que comme disait Montaigne quand je danse je danse, quand je gestaltise je gestaltise(9*), et uniquement cela. Pas question de pratiquer ni l’éclectisme, qui consisterait à introjecter des concepts venus d’ailleurs, ni l’intégrativisme qui mixerait plusieurs domaines conceptuels et pratiques(10*). Par contre rien n’interdit la posture comparatiste, consistant à considérer le contexte, à examiner dans le paradigme de la psychanalyse, du psychocorporel, du groupal ou de la philosophie comment les choses se passent, la responsabilité du théoricien gestaltiste consistant à retourner à son champ de référence propre pour formuler les choses rigoureusement dans ses termes, et j’entends encore Noël grommeler puis lancer une phrase de Goodman pour recentrer le débat.

C’est de ce point de vue que l’on peut aborder la question de l’articulation de la psychothérapie existentielle de Yalom avec la gestalt-thérapie. Noël Salathé soutient que cette dernière représente en soi une psychothérapie existentielle. Il remarque que toute la psychologie humaniste américaine se déclare humanistic existential. Il rappelle que Laura Perls voulait appeler la nouvelle discipline psychothérapie existentielle. Selon ces termes par conséquent si Yalom n’est pas gestaltiste(11*), la gestalt-thérapie, elle, est existentielle. Cela permet de poser différemment la question du courant, en incluant la gestalt-thérapie au sein de l’existentialisme.

1983 — Noël Salathé introduit l’étude de Goodman en France

C’est encore en 1983 qu’à l’EPG — École parisienne de gestalt, Noël Salathé lance l’étude de Goodman, qui ne cessera plus désormais en France d’inspirer les gestalt-thérapeutes.

1980-91 — Noël Salathé introduit les contraintes existentielles

Au moment où il quittait Montréal (1980), on parlait des contraintes(12*) à l’IFG (Institut de formation par le groupe, vous aviez déjà oublié), en particulier de la responsabilité. Il devait diriger un séminaire sur les contraintes existentielles à Montréal et finalement ne l’a pas fait. Comme il partait, Ernest lui dit pour ton stage en France, puisque tu veux parler des contraintes existentielles, il lui donne le bouquin de Yalom(13*), lis ça, ça t’intéressera.

1984 — Naissance au CIFP du projet de formation sur les contraintes existentielles en France

À partir d’une première maquette sur les contraintes existentielles créée puis expérimentée par Claude Haza dans des formations hospitalières auprès de personnels infirmiers psychiatriques, d’abord à l’hôpital de Saint-Quentin puis en plusieurs autres hôpitaux(14*), intégrée au socle des fondements Goodman, le cadre naissant du CIFP se trouva le lieu idéal pour mettre en place une formation complète reprenant l’ensemble des conceptions et recherches de Noël. Ainsi, de 1985 à 1996 naquit un programme de formation complet avec la psychopathologie intégrée à partir de l’angoisse existentielle : “— Toute une construction autour de l’angoisse existentielle, un stage sur les rêves, un sur les résistances, etc. tout y était, l’ensemble de la pathologie existentielle selon Yalom, avec son traitement(15*).”

a) 1970-1986 — Isadore From en tournée régulière en Europe

Isadore venait en Europe tous les ans, séjournant dans une propriété en Dordogne (où Hunt Cole vit actuellement), à partir des années 70. Il était très demandé, jouissant d’une réputation considérable, en Allemagne (Berlin et Düsseldorf) et en Italie, où toujours Margarita Spagnolo Lobb et son ami lui organisaient son circuit. À Berlin un psychiatre lui organisait ses stages, à Düsseldorf, Joana et Bertram Müller, lequel était directeur animateur d’une Maison des arts, tous deux psychothérapeutes, lui s’occupant beaucoup de danse. Très proches d’Isadore ayant beaucoup travaillé avec lui ils lui organisaient ses groupes. Ils avaient réuni six ou sept psychothérapeutes avec lesquels ils travaillaient, et faisaient de la supervision avec lui quand Isadore venait.

b) 1981-86 : constitution d’un groupe européen de formation avancée conduit par Isadore

Noël raconte : “— Quand je suis arrivé en France, il s’est trouvé que j’ai invité je ne sais comment le trio. Un jour voilà qu’arrivent Bertram et Joana avec Isadore à Mougins pour passer quelques jours, on est en 1981. Bertram me dit parlons : il s’agissait de réunir autour d’Isadore pour le lui offrir en quelque sorte, un groupe avancé du même type que celui de New-York pour procéder à l’épluchage du Goodman et au travail de ces fameux Practicum. Furent planifiés trois stages réguliers par an avec un groupe trié sur le volet(16*) de praticiens européens. Isadore accepte. Le groupe comprenait Joana, Bertram, Noël Salathé, deux psychothérapeutes dont un psychiatre de Düsseldorf, un thérapeute Healer (catégorie adlérienne) de Cologne, un de Milan, et un autre de Berlin. »

La formation démarra en 1981 et se poursuivit sur quatre ans. Première année Düsseldorf 1981, 1982 Mougins, 1983 Paris, 1984 Düsseldorf, 1985-6 Milan(17*). Puis Robine a demandé à participer au groupe, Noël a appuyé sa candidature, mais retenu dans le Maine il n’a pu se rendre lui-même à Milan. Par la suite il est encore parti une ou deux fois travailler avec Isadore à New-York quelques jours.

À New-York où il était présent en 1985 pour l’anniversaire des 65 ans d’Isadore. À cette date le groupe From s’arrêtait, Isadore ayant décidé de prendre sa retraite, de cesser les circuits, de voyager pour son plaisir. Il y eut encore un ou deux stages après Milan. Puis une fois aux environs de Bordeaux. Entre temps il passait par Villars chez Noël et Marie-Noëlle(18*) quand il venait en Europe rendre visite à ses grands amis de Zurich et Berlin. En route pour l’Allemagne il faisait étape en Dordogne, puis en Suisse quelques jours à Villars avec Hunt Cole et son ami de Zurich. Relation amicale familiale. Les dernières visites sous le signe de l’amitié avaient évacué le professionnel. À l’exception de l’ultime rebond qu’on trouve ci-dessous en c).

[1989 — constitution d’ARTEX, voir ci-infra]

c) 1990-94 — Isadore forme Marie-Noëlle Salathé

Joana propose à Marie-Noëlle à la cuisine :
“— Tu devrais travailler avec Isadore pendant qu’il est encore temps. — je ne parle pas l’anglais et il est à la retraite, comment cela se pourrait-il ?
—Demande-le lui quand même.”

Elle envoie une lettre à New-York, deux lignes en anglais le reste en français. Il répond d’accord je t’attends. Marie-Noëlle ira à partir de 1990 chaque année travailler avec lui cinq jours par an à domicile jusqu’à sa mort. Comme il venait à Villars tous les ans, elle le rencontrait en fait deux fois par an(19*). “Je t’attends“, ces derniers mots au téléphone résonnent encore à l’oreille de Marie-Noëlle, qui conduisirent les Salathé dans le jardin new-yorkais où furent dispersées ses cendres, c’était en 1994.

”Nous lui prêtions se souvient-elle l’appartement du boulevard Jourdan. Moi j’allais en plus le voir à Paris. Après nos séances de travail il m’invitait à dîner au parc Montsouris, payait en me disant c’est avec ton argent !”

d) 1994 — mort d’Isadore From

La célébration funéraire fut retardée d’une semaine pour donner le temps à Noël de s’y rendre. Il l’a fait avec Marie-Noëlle et Alexandre âgé alors de 8 ans, auquel Isadore portait une affection particulière.

Lorsque Isadore dit « Je n’ai rien écrit mais j’ai eu quelques bons élèves qui laissent une trace de ma pensée et de mon enseignement  » on peut rappeler que Noël Salathé figure dans cette affaire de famille à titre d’héritier majeur du petit dernier des 7 samouraïs fondateurs.

1984 — Exploration existentielle de la relation de couple, anatomie du lien, bilan et perspectives

Noël engagea avec Marie-Noëlle Salathé-Granès sa femme un travail d’équipe psychothérapique, à partir d’une maquette élaborée sur le terrain antérieurement. Il s’agit d’une clinique du couple fondée sur une analyse existentielle du lien dans un dialogue non plus à trois mais à quatre. Chacun des membres du couple consultant, après considération d’un bilan systématique, se voit accompagné jusqu’à sa décision à l’issue d’une semaine intensive de travail, de poursuivre ou non son engagement de couple, avec toutes les conséquences que cela implique. Si je m’engage qu’est-ce que je vais modifier et construire, sur quelles nouvelles bases je vais contribuer à relancer le couple. Si je romps comment je prendrai la responsabilité de conduire la séparation dans le respect de l’histoire commune, de l’autre et de mes valeurs.

Cette méthodologie, portant sur le dégagement des attentes, besoins, désirs, s’appuyant à travers un dialogue confrontatif sur une exploration sans concessions de la nature et des caractéristiques du lien, par le moyen d’échange dialogal de ce qui surgit dans l’espace relationnel à quatre voix, permet de dégager sans délai dans le cadre d’une session d’une semaine une orientation conclusive sur l’avenir du couple. Ce modèle fit ses preuves. Omettre de le mentionner au motif qu’il ne donna pas matière à transmission at large laisserait injustement dans l’ombre un pan d’activité qui se déploie sur une trentaine d’années et qui s’exerce encore.

1989 — parallèlement, constitution d’ARTEX(20*) et poursuite de sa recherche

Pendant ce temps, s’institue l’ Atelier de recherche en thérapie existentielle, ouvrant une dernière période. Depuis 1980 Noël avait rassemblé autour de lui un groupe de supervision qui finit par se fidéliser et tourna à une relation à la parole du Maître pour dire comme Lacan, mais aussi de parole fraternelle pour dire comme Rogers, et de transmission et approfondissement du cœur de la théorie gestaltiste centrée sur Goodman pour se tenir dans la dynamique de l’apport de From.

De fidèles ils devinrent un groupe d’égaux, conservant un affectueux égard pour le savoir et l’expérience de leur pilier qu’ils n’appelèrent jamais Nono la science mais quand même. Ils finirent par se muer en groupe d’études. Et changèrent définitivement de peau en devenant en 1985 nous venons de le voir Atelier de recherche en gestalt-thérapie existentielle, sous le nom d’ARTEX(21*), intégrant la dimension existentielle référencée à Yalom et Frankl(22*). Cela sous le signe d’une amitié mutuelle et d’une solidarité sans faille, où plaisanterie sérieux et confirmation mutuelle s’équilibrent et se renforcent, alimentant le plaisir toujours renouvelé de se retrouver pour travailler, on pourrait dire avec Misrahi dans la joie et qui sait avec quelque bonheur.

Une des lois fondatrices du groupe fut de s’imposer l’absence de contrainte de production écrite. Ce qui n’empêcha pas de stimuler une collatérale production externe, dont la revue Gestalt profita largement. Cette production reste en deçà du travail accompli dans le cadre des deux rencontres annuelles du groupe à Paris. Sans compter que nombre de ses membres exercent ou exercèrent des responsabilités institutionnelles importantes dans le milieu gestalt-thérapiste et au-delà. Dans le cadre d’ARTEX Noël Salathé transmit comme jamais un esprit de rigueur et d’ouverture au bénéfice de tous dans un constant dialogue théorico-clinique. D’où la multiréférentialité, paradoxalement associée au souci puristique n’était jamais exclue.

Au catalogue, une série de thèmes parmi lesquels le cycle de l’expérience, les émotions, la perversion, Nietzsche, la régression, la philosophie clinique et le bonheur (sessions spéciale chez Noël Salathé)(23*).

Noël voyant sa santé décliner se retira en 2005. ARTEX tourne actuellement comme groupe sans leader désigné, poursuivant heureusement son travail dans la même ambiance avec une efficacité tranquille qui ne démérite pas.

1992-95 — Psychothérapie existentielle, une perspective gestaltiste(24*)}

Claude Haza contribua techniquement et moralement (amical harcèlement psychique) à la mise en place de l’édition de l’ouvrage, à partir de manuscrits et polycopiés(25*) échelonnés sur la décennie 80. Ce Document à l’usage des étudiants et des cliniciens situe la gestalt-thérapie dans le cadre de la psychothérapie existentielle. Écrit dans une langue dense et claire, il donne à comprendre et réfléchir. Il comporte trois parties intégrant théorie du Self, contraintes existentielles et une contribution originale à une psychopathologie gestaltiste. Diffusion restreinte, probablement en proportion inverse de son importance.


CHRONOLOGIE

Années 70 — Isadore From en tournée régulière en Europe

1972-74 — CQG puis IFG. NS se forme à l’IFG

1974-94 — 20 ans d’amitié avec Isadore

1978-79 — NS avec le CQG première formation gestaltiste de psychothérapeutes et psychanalystes francophones en Europe —France et Belgique

1980-84 — NS assure le Secrétariat du programme de formation français du CIG

1980-1991 — Groupe de supervision NS

1983 — NS au premier congrès SFG : « pour une philosophie clinique »

Décembre 83 — Introduction à l’EPG de l’étude de Goodman

1980-91 — Introduction par NS des contraintes existentielles

1982-91 — le CIFP, promoteur avec NS du premier programme de psychothérapie existentielle gestalt

1981-85 — Constitution d’un groupe de formation avancé européen conduit par Isadore auquel appartient NS (10)

1985 — Isadore prend sa retraite. Maintien du lien IF-NS-MNS.

1985- — Le groupe de supervision NS devient ARTEX

1990-94 — Isadore forme Marie-Noëlle Salathé

1992 — Parution de Psychothérapie existentielle, une perspective gestaltiste

1994 — Les Salathé aux funérailles d’Isadore.

2005 – Retrait d’Artex.

11 juin 2013 – Mort de Noël Salathé.

19 octobre 2013 – Colloque Noël Salathé.


QUELS PROGRÈS SONT INTERVENUS DEPUIS L’ŒUVRE PRINCEPS DE PHG ?

Aux yeux de Noël Salathé les trois directions de la recherche en gestalt-thérapie sont :

— la relation d’objet : à chaque nouveauté proposée se pose la question : qu’est-ce que ça apporte de plus qu’il n’y ait pas déjà dans le corpus originel, ou que ce dernier ne suffise pas pour résoudre les problèmes cliniques qui se posent.

— la phénoménologie et l’existentialisme. On a vu au début de cet article comment Noël Salathé se situe par rapport à cela.

— la psychopathologie. Dans ce dernier domaine la psychopathologie de Noël Salathé représente une avancée. Lorsqu’il a présenté son travail sur l’hystérie à Isadore ce dernier s’est montré intéressé et l’a encouragé à poursuivre sa recherche dans ce sens.


21 juin 2008 –

 

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