Roland Dumas de son côté retouille la vase, dans son Œil du Minotaure, un œil qui si jamais sur lui tombe celui de l’ombrageuse famille évoquée peut se retrouver dans celui du cyclone, d’œil. Ne voici-t-il pas que resurgit, sans imparfait du subjonctif, l’idée de funérailles à la catholique qui conduisit une historienne connue pour avoir écrit un Lacan – qui du point de vue de l’historien tient la route, à se trouver mise en cause pour cause de subjonctivation d’un souvenir de vœu paradoxal.
Tout cela peut faire l’objet d’une disputatio ad infinitum, sur laquelle se pencheront ceux que ça intéresse. Là où ça se met à clocher (il aurait peut-être mieux valu trouver un autre signifiant ?) c’est avec le recours au judiciaire pour trancher en matière de débat scientifique ou littéraire.
Rappelons que Roland Dumas était un intime de Lacan et qu’il fut son avocat, celui de Laurence Bataille et de la famille Miller.
On ne peut que recommander la lecture de ce chapitre qui corrobore sur bien des points – malgré quelques erreurs – ce qu’Élisabeth Roudinesco a écrit en 1993 dans Jacques Lacan. Esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée (Fayard) et en 2011, dans Lacan envers et contre tout (Seuil).
«Cette fantaisie est aussi indispensable à qui veut comprendre bien comprendre le
«Lacan avait été élevé dans une famille catholique et conservatrice. Quand il était en verve, il se disait «fils de curé». Son frère cadet, Marc-François, sera ordonné prêtre et se fera moine. Ils avaient conservé de fort liens d’affection et il n’était pas rare qu’ils échangeassent de fructueux dialogues, par exemple sur l’exégèse des Évangiles. Jacques Lacan était passionné par le sens, la traduction, les ambiguïtés des textes sacrés. Cela ne faisait pas forcément de lui un croyant, mais il poursuivait ainsi son éternelle quête entre le langage, l’inconscient, le divin et le sacré.
Son exécutrice testamentaire était évidemment sa fille Judith mais c’est le mari de celle-ci, Jacques-Alain Miller, qui est l’exégète reconnu du maître. Lacan savait qu’après lui la zizanie règnerait parmi ses disciples et avait déclaré à propos de son gendre : «s’il n’en reste qu’un ce sera celui-là!». Miller a prétendu un moment que son beau-père était antisémite. Cette affirmation jeta un froid dans la communauté juive mais ne dépassa pas ce cercle restreint. Je n’ai jamais rien entendu dans la bouche de Lacan qui puisse le laisser croire.»