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25 février 2007

Ontologie et psychothérapie Geneviève MATTEI

L’homme, qui dialectise avec le monde par le langage symbolique et la force signifiante des évènements, est placé au cœur d’un champ évolutif qui lui révèle aussi bien ses limites que ses modes de dépassement et l’invite en permanence à remettre en cause ses représentations philosophiques, métaphysiques et spirituelles ce dont témoigne l’histoire de l’évolution des idées et des croyances, des cultures et de la science.

La spiritualité est envisagée sous des angles différents par les philosophies et religions orientales, par la pensée occidentale et par la science qu’elle éprouve tout particulièrement car si les sciences physiques se sont séparées des sciences humaines au 19ème siècle — les premières expliquant l’homme par la matière et les énergies physico-chimiques et les secondes interrogeant la matière à partir de l’homme — le champ scientifique se heurte aux limites d’une disjonction objectivante qui empêche de penser l’humain et le spirituel (1) et notamment de répondre à la question cruciale du sens de l’existence.

L’évolution de la psychothérapie, les recherches sur la conscience, ses états non ordinaires et la dimension transpersonnelle ont mis en évidence les mécanismes souvent mystérieux de la guérison psychologique ainsi que les étranges et pertinentes intuitions des psychothérapies primitives et/ou à dimension spirituelle procédant d’un sentiment de lien avec une force ou un ordre plus élevé — chamanisme, temple d’Esculape, psychothérapie philosophique, directeurs de consciences religieux et cures d’âmes, maître spirituel en Inde…. présentées par Henri Ellenberger dans son Histoire de la découverte de l’inconscient.

Associer spiritualité et psychothérapie conduit à chercher à repérer et distinguer leurs champs respectifs, leurs zones frontières ou mitoyennes, à en percevoir les fondements communs voire les interactions, c’est-à-dire tout à la fois à les conjoindre et à les disjoindre pour les relier et les différencier selon le paradigme de la pensée complexe chère à Edgar Morin.

Rigueur épistémique, curiosité intellectuelle et expérientielle, refus des certitudes absolues et a priori — dimension spirituelle intégrée par croyance et/ou sentimentalité ou au contraire exclue par rigidité dogmatique — permettent de s’ouvrir à l’exploration de ces frontières floues mais riches de connaissance, de conscience et de symbolique.

Flou des frontières qui renvoie le psychothérapeute à son expérience intérieure et à ses propres choix théoriques et spirituels reliés à son histoire et à sa subjectivité, l’invitant à expérimenter, questionner (2) et symboliser sans relâche y compris sous l’angle de la spiritualité, cet au-delà du savoir sur soi, sur l’autre et sur le monde et à éprouver et élaborer pas à pas dans sa pratique les limites spécifiques et structurantes du travail et du cadre psychothérapeutique.


D’où le paradoxe relevé par Edgar Morin : malgré les progrès prodigieux de la science « plus nous connaissons, moins nous comprenons l’être humain« , notre mode de connaissance inhibant notre possibilité de concevoir la complexité humaine. Il propose un nouveau paradigme pour intégrer de façon réflexive les divers savoirs humains y compris la littérature, la poésie et l’art, non pas en les additionnant mais en les liant, les articulant, les interprétant et en incluant le sujet humain qui étudie dans l’objet de son étude (Cf. L’identité humaine, Seuil).

Le paradigme de la pensée complexe repose sur l’acceptation et l’intégration de la part d’inconnu, de mystère, d’aléas et de fluctuations à laquelle l’homme est confronté et l’encourage à puiser en lui des vérités de valeur universellement humaines car il porte en lui « la forme entière de l’humaine condition » (Montaigne). À condition de les passer par l’examen épistémologique des divers présupposés de la connaissance, notamment des siens propres et de compléter l’observation et les méthodes scientifiques, par la conscience réflexive et l’introspection.

C’est là précisément la démarche de connaissance et d’élaboration du savoir de la psychothérapie multiréférentielle même si la conscience réflexive et l’introspection préconisées par Edgar Morin ne sont pas assimilables au travail sur l’inconscient tel que le conçoivent la psychanalyse et la psychothérapie relationnelle.

Par exemple : Pertinence de la réappropriation par la psychothérapie moderne, au-delà des systèmes de croyances, de certaines pratiques chamaniques, initiatiques et spirituelles ? Les rituels ancêtres du cadre thérapeutique et des voies d’accès à l’inconscient ? L’unité âme-corps et la dynamique psychocorporelle et la somatothérapie ? la place du religieux et de la religion, Freud comme Jung ayant envisagé la fonction religieuse comme une fonction psychique ? L’aspiration spirituelle à l’unité, à la fusion avec le tout est-elle toujours assimilable au retour dans l’indifférencié archaïque et l’infantile ? Comment différencier la part de l’illusion et de l’infantile de la démarche spirituelle structurante d’un sujet ? Les cinq niveaux du spectre de la conscience de Ken Wilber : états de conscience « normaux » ou pathologiques ?


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