Psychothérapeute ni plus ni moins

Avril, mai, juin 2009, Le Printemps des psychothérapeutes

Ce bloguistique témoignage d’une psychothérapeute relationnelle nous vient d’un horizon institutionnel différent de celui de notre référence. Un peu de variété aérera notre été. L’imaginaire des années 70 marque ce texte, quand le Mouvement du potentiel humain relevait des grandes espérances, expectations en anglais, souvenons-nous de Dickens, pas vraiment de la grande promesse tant les terres de promesse si souvent connaissent la désolation. Donc va provisirement pour Psycho Jurassic Park.

La présentation très Potentiel humain “un mercredi banal de mère de famille nombreuse, psychothérapeute, formatrice, conférencière, auteure, accompagnatrice d’ânes, de chèvres et de chiens, femme, amie, fille, collègue, citoyenne”, sympathique, date aussi un peu. Nous sommes devenus bien plus professionnels que ça et n’arguons plus depuis longtemps dans nos curriculums de nos talents de brodeurs sur papier recyclé et d’accompagnateurs de chèvres larzaciennes.

Il est constant que les médecins savent commettre des bévues fâcheuses s’agissant de notre mortalité et affectionnent parfois la fréquentation de Temples plus ou moins solaires, plus virulents dans l’art de la secte que bien des pseudo psychothérapeutes plombiers polonais du psychisme si chers à l’argumentaire populiste. Cela n’empêche d’avoir à se soucier, comme légitimement le législateur, de la qualité des psychothérapeutes au sens générique du terme, de la qualité de leur formation et de leur caution institutionnelle.

Là où nous interpelons le politique c’est quand, sous la pression des psychologues et médecins sans compter l’appui de certains psychanalystes, il refuse de considérer ou d’examiner le sérieux d’Écoles soigneusement agréées ni de prendre en compte les institutions historiques responsables et le considérable travail de mise en ordre par elles effectué pour certaines (SNPPsy) depuis un tiers de siècle.

La terminologie FF2P reste traditionnaliste en ce sens que dire les psychothérapeutes, sans plus, de nos jours, cautionne la terminologie ministérielle et permet de confondre ceux qui pratiquent une psychothérapie prescriptive et ceux qui la pratiquent relationnelle, avec ressort déterminant de l’interaction entre deux sujets dont l’un, le professionnel, a longuement travaillé sur lui-même et a fréquenté une École dont le mode de transmission conjoint formation et transformation, ce qui lui permet de jouer de sa subjectivité comme instrument d’exploration de l’entre-deux psychique processuel.

Quant à l’idée de nous réunir toutes méthodes confondues cela implicitement ramène la psychothérapie relationnelle à une réunion de méthodes, conception que nous ne partageons pas car nous pensons que notre métier se situe bien au-delà des méthodes et que la qualité d’un psychothérapeute relationnel tient à sa capacité psychothérapique plus qu’aux disciplines, je préfère ce terme c’est moins restreignant, à partir de quoi il l’exerce.

Enfin si mes souvenirs sont exacts, Zorro est un personnage positif, combattant à la pointe d’une élégante épée contre l’oppression. Notre ministre de la Santé dans son rôle d’agent du père de la loi qui mériterait si jamais elle est adoptée en définitive de porter son nom, faisait dans sa prestation tranquillement arrogante davantage penser à Joseph Pruhomme et son sabre qu’au héros de notre jeunesse.

Tel quel nous vous soumettons ce document comme matière à réflexion. Lisez et vivez.

Philippe Grauer


Imaginez une nouvelle île, nourrie des forces du magma, veut sortir de la mer : tremblements de terre, éruptions volcaniques, réveil d’improbables dinosaures, tambours ancestraux et chants de guerre des tribus primitives. L’île jaillit, saluée par le soleil levant de tous les possibles. Les terres alentour vacillent, puis finissent par s’apaiser pour accueillir avec joie cette sœur émergente, porteuse de nouvelles promesses, d’une nouvelle biodiversité, qui ne peut qu’enrichir l’ensemble de l’archipel. Archipel que nous nommerons “Les Psys”, île que nous nommerons “Les Psychothérapeutes”. Beau rêve ? Nous sommes bien sûr, malgré les cinquante ans d’existence de notre profession, dans la phase de réveil des improbables dinosaures.

Notre île est-elle suffisamment solide pour ne pas s’affaisser sous son propre poids, sabordée par ceux-là mêmes qui ont été ses premiers colons, partis vers d’autres cieux plus connus, ceux des psychanalystes par exemple, ou des psychologues, abandonnant leur progéniture aux sons des tambours de guerre ?

Merci aux sectes. Grâce à elles, la Psychothérapie(1“) a eu largement sa place dans les médias récemment. Elles font des dégâts, mais moins que les milliers d’erreurs médicales qui tuent chaque année de nombreuses personnes en France. Ce qui n’empêche pas, heureusement, les médecins d’exercer. Moins que les entreprises et leur taux de suicide en croissance constante ; moins que les familles avec leurs propres enfants ; moins que les couples soumis au règne de la violence conjugale ; et bien sûr moins que les pouvoirs politiques eux-mêmes, où qu’ils soient dans le monde.

Mais comme le gendarme dans les vieux théâtres de Guignol, dans l’avalanche de faits internationaux, nationaux ou plus familiers sordides à laquelle nous sommes soumis chaque jour, le mot secte continue à faire peur aux petits enfants… Et il effraie davantage les praticiens, dans leur peur de l’amalgame, que la plupart des usagers, c’est un comble.

Quelques semaines après ce débat sur les sectes, la ratification par le Sénat du texte de loi nous concernant(2“) est tombée. L’analphabétisme émotionnel, l’absence de pensée complexe et la violence pulsionnelle que montrent le discours de notre ministre, devraient être une formidable opportunité pour prendre confiance en nous. Ainsi d’ailleurs que les remarquables interventions des sénateurs qui ont défendu notre position.

Mais les psychothérapeutes, c’est un fait, peinent à prendre leur place, non dans le social, où ils sont de plus en plus présents, mais dans le champ de la reconnaissance sociale. C’est leur force, ils sont partis du besoin. C’est aussi leur faiblesse, ils sont peu armés pour prendre d’assaut les forteresses du pouvoir social.

Quel crédit accorder à cette loi ?

Nous savons tous qu’elle est destinée à défendre des intérêts particuliers. Ce n’est donc pas une loi dans le sens d’une autorité légitime, mais bien une prise de pouvoir.
Censée protéger le titre [générique NdlR] de Psychothérapeute, elle interdit à une profession bien spécifique d’exister. Bien spécifique, mais peut-être ne l’avons-nous pas encore assez spécifiée ? Et ce malgré le travail remarquable et la clarté de communication de nos associations les plus représentatives.

C’est ce genre d’attitude excluante et brutale qui provoque l’émergence des sectes, c’est-à-dire étymologiquement des “coupures”, des îlots qui revendiquent une existence séparée du social commun, se mettant alors dans certains cas à fonctionner comme des républiques bananières, avec tous les abus que cela peut engendrer. Ces abus, encore une fois, existent tout autant voire beaucoup plus dans la société, mais ils y sont noyés dans la masse du consensus politique le plus large à un moment donné.

La loi est passée [pas encore, rien n’est sûr, elle est soumise actuellement au Conseil constitutionnel — note de la Rédaction] sous prétexte de la protection des usagers, Madame Bachelot se protégeant derrière sa cape de Zorro chaque fois que quelqu’un essayait de lui apporter un avis contradictoire ; or la plupart n’en demandent pas tant. Ces personnes qui viennent nous consulter sont considérées comme a priori fragiles, et victimes potentielles de toutes sortes de charlatans, comme si l’Université avait jamais protégé quiconque des abus de pouvoir(3“). Pourquoi faudrait-il faire semblant d’y croire ?

Ces personnes, j’ai plutôt tendance à les considérer comme porteuses d’une liberté d’être leur permettant, malgré ou grâce à leur souffrance acceptée, d’oser de nouveaux territoires.

Cette loi les victimise et les infantilise. C’est un grand classique : la victimisation permet de garder soumises, sous l’emprise du supposé “sauveur” les populations concernées. Cela n’a rien à voir avec le processus indispensable qui consiste à accueillir, reconnaître, et nommer la victime d’un abus ou d’une maltraitance.

Comme on l’a dit un millier de fois, les lois françaises sont suffisantes en l’état pour protéger les personnes abusées. Elle n’est malheureusement pas suffisante pour nous protéger des criminels financiers et écologiques. Les meurtriers de la Terre, les tueurs des Arbres et des Animaux, les assassins de l’Homme peuvent encore sévir en toute impunité, eux.

La seule violence intolérable dans notre société, c’est encore et toujours celle qui menace les pouvoirs établis.

Quelles réactions attendre des psychothérapeutes ?

Certains collègues sont tentés de s’appuyer sur la réalité bien établie de leur clientèle pour éviter les conflits de pouvoir et, bien sûr, la violence psychique, qui accompagne l’émergence d’une profession nouvelle dans le champ social. Je les comprends.

Compétents dans leur pratique, mais peu sûrs d’eux face aux pouvoirs étatiques, psychiatriques ou universitaires, ils retournent dans leur forêt, en continuant d’exercer le même métier, mais en renonçant à ce titre dont ils sont pourtant les représentants les plus spécifiques. Ils se déclinent alors comme thérapeutes de tous ordres, accrochés à une de leur méthode ou école d’origine, voire en se protégeant derrière le titre de psychanalyste, ce qui est, de mon point de vue la négation de tout le travail de différenciation accompli jusqu’alors.

Mon parcours et mes formations, toutes volontaires, universitaires ou non, ainsi que mon temps de praticienne me permettront sûrement de rester psychothérapeute. Mais je pense aux jeunes collègues[4] qui ont dépensé, le plus souvent sans rien demander à personne, des milliers d’euros pour suivre des psychothérapies personnelles et des formations initiale et continue sur des années avant d’oser, trop récemment pour la loi, se nommer psychothérapeutes. Et je pense bien sûr à tous ceux qui sont encore en formation dans l’optique de le devenir. Je pense à leur angoisse, à leur sentiment aussi d’avoir été abusés, par la loi, certes, mais aussi, voire surtout, par les “anciens”, leurs écoles, leurs formateurs, leurs superviseurs, si ceux-ci arrêtent de se mobiliser pour soutenir la spécificité de cette profession. Nous devons veiller sans cesse, et individuellement, à ne pas basculer insidieusement dans l’autre camp, sous prétexte de ne pas se radicaliser. Regardez ce que cette attitude a donné pour le parti socialiste. La conflictualisation, et donc la négociation et la pacification, ne peuvent réellement intervenir qu’entre adversaires de force égale. Sinon il s’agit simplement de cannibalisme.

Le temps est donc venu de se soumettre ou de se battre. Ce métier doit être soutenu par des personnalités reconnues, par les médias, par les usagers motivés et conscients des enjeux. Mais il doit être porté aussi et surtout par ceux qui l’exercent ! Que faire si ils sont les premiers à renoncer ?

Ce qui est en train de se passer est d’une grande violence sociale et symbolique, même si nous ne sommes bien sûr pas au bout des recours et des débats. En ce qui me concerne j’espère tenir jusqu’au bout dans le positionnement que je soutiens dans cet article.

Il est important de ne pas se laisser abuser quand l’on fait partie de ceux qui vont être « autorisés » à rester psychothérapeute. C’est une tentation de laisser les autres crever dans leur coin ou se désocialiser, et une grande manœuvre réussie de manipulation sociale par l’intermédiaire de la clause du grand-père. Les chefs de tribus africaines recevaient aussi des contreparties pour vendre leurs enfants aux esclavagistes.

Une autre attitude possible ?

Il va falloir arrêter de se réfugier derrière le vocable fourre-tout de psys, ou plutôt le laisser à l’usager qui n’a pas à justifier son choix, et revendiquer encore davantage notre spécificité.

La psychothérapie est un formidable espace de liberté, qui a pu se socialiser et se médiatiser, se légitimer à de nombreux niveaux, en particulier auprès des usagers, mais pas encore se faire reconnaître, ni se légaliser. Contrairement à ce qui peut parfois être dit, elle n’est pas un outil de davantage de repli sur soi narcissique.

Elle est au contraire une contre-culture, un moteur de changement social : en permettant au sujet de s’affirmer, malgré ses souffrances, de sortir de son statut familial et social d’enfant soumis, elle participe à une véritable transformation culturelle et politique.
Il peut paraître dans un premier temps plus simple aux pouvoirs établis de fermer des écoles pour ouvrir des prisons, d’interdire les psychothérapeutes indépendants pour ouvrir des asiles… et des sectes ! Mais cette intolérance à la complexité débouche toujours inévitablement sur plus de violence sociale à moyen et long terme.

Qu’ont réussi les psychanalystes que nous n’avons pas (encore) réussi ? Cela reste une question d’importance. Pourquoi et comment ont-ils produit suffisamment de légitimité pour pouvoir se servir de ce titre de psychothérapeute sans que l’adoubement universitaire leur soit exigé ? Je vous proposerai simplement quelques éléments de réflexion. Auraient-ils mieux réussi à :

➢ ÉCRIRE

Nous devons spécifier, définir, témoigner, expliquer, en notre nom, et pas en utilisant le champ du développement personnel, ou la promotion d’une méthode unique. Les premiers ouvrages spécifiques écrits et promus par la FF2P par exemple posent des jalons fondamentaux. Mais il est nécessaire que de plus en plus d’ouvrages portent témoignage de ce métier en charge de l’intime. L’écriture a été fondamentale dans l’histoire de la psychanalyse, le langage, je parle de celui des mots, est leur thème central. La psychothérapie par complémentarité avec la psychanalyse, laisse une place prépondérante au corps et à l’émotion, ainsi qu’à la relation.

Les mots quittent la toute puissante première place pour être inclus dans un ensemble. Or les mots, la tradition écrite, sont indispensables pour faire état d’une pratique professionnelle, culturelle et humaine telle que la psychothérapie, celle qui se pratique depuis longtemps hors de l’hôpital et de l’université. Sinon elle risquera vraiment de ne pas prendre sa place dans le champ social de la reconnaissance et de la loi, un champ souvent confondu avec celui du symbolique, et donc du légitime.

Beaucoup des psychothérapeutes ayant écrit sont passés par le développement personnel qui n’a pas suffisamment été nommé, quand c’était le cas, comme biais de communication de la psychothérapie indépendante. Nombre de ces thèmes passionnent les gens, mais ne sont pas clairement identifiés comme porteurs des bases de la psychothérapie.

➢ SE DIFFERENCIER

Nous devons continuer à nommer pourquoi nous ne sommes pas, et ne voulons pas être, des psychiatres, des psychologues, des psychanalystes. Nous devons dire et redire tout ce que nous apportons de nouveau qui jamais ne pourra être enseigné à l’Université : le travail avec l’intégralité de la personne, le corps, l’émotion, la relation, la psychothérapie de groupe, la mobilisation de l’intelligence émotionnelle, et de celle de l’intime, la reprise de contact avec la nature, et j’en passe. L’approche intellectuelle et conceptuelle, certes structurante sur un plan, de l’Université, réduit l’homme à son mental. Et qui plus est, la plupart du temps, à la partie rationnelle de ce mental. C’est ainsi d’ailleurs que beaucoup de personnes ayant passé des années à ne nourrir que cette partie d’eux-mêmes, “explosent” en plein vol à un certain âge et deviennent d’excellents clients potentiels de toutes sorte d’illuminations plus ou moins sectaires, qu’ils font résolument passer à travers leur titre de médecin ou de scientifique. La rationalité seule est aride, et peu sage à long terme.

➢ SE PROTEGER

Nous devons nous fédérer, nous réunir, dialoguer, à travers nos associations et syndicats, comme c’est déjà le cas, mais aussi dans nos villes, à travers des associations locales de rencontres et d’actions entre collègues, toutes méthodes confondues. Nous sommes parfois notre pire ennemi, quand nous nous battons entre nous au lieu de mettre temporairement de coté nos divergences, et leur richesse potentielle, pour faire front face au danger commun.

➢ S’AFFIRMER, DEVELOPPER UNE BONNE ESTIME D’EUX-MÊMES

Rappelons-nous, et rappelons à Madame Bachelot et consorts, que les titres de psychiatre, psychologue et psychanalyste n’étaient pas inscrits au silex dans les grottes de Lascaux. A un moment donné, ces professions ont dû se battre elles aussi pour être reconnues. Et certaines très récemment, comme les psychologues, à la fin du siècle dernier … C’est à notre tour de dire que nous avons notre place.

Notre espèce en voie d’apparition, issue de la mutation évolutive de nombreux ancêtres éminemment respectables, doit occuper sa niche écologique pour ne pas disparaître avant que d’avoir pu produire tous ses fruits.

J’écris ce texte un mercredi, un mercredi banal de mère de famille nombreuse, psychothérapeute, formatrice, conférencière, auteure, accompagnatrice d’ânes, de chèvres et de chiens, femme, amie, fille, collègue, citoyenne …. Je le boucle dans un gymnase pendant le cours de judo des enfants, une musique héroïque prépare le spectacle de fin d’année, et me donne envie de hurler : debout peuple des psychothérapeutes ![5]
Je partage cela avec vous, car le, et plus souvent la, psychothérapeute exerce un métier de la complexité humaine et vivante, loin de la technicité prévisible, de l’espace bétonné, du temps balisé. Un métier qui souffre peut-être de ce qui a été sa force, le respect des valeurs féminines. Et donc comme tous les métiers hautement féminisés, dans leurs effectifs comme dans leur pratique, il peine à émanciper sa pensée des grands ancêtres masculins, ou féminins adoubées par eux, il doute, il investit peu le champ de la reconnaissance sociale, préférant exercer son métier dans la proximité et le quotidien, loin des enjeux de pouvoir qui menacent l’accès à l’intelligence de l’intime, à la subtilité émotionnelle, à l’empathie, à la créativité relationnelle.

Regardez les métiers du care, les sages-femmes, les infirmières, omniprésentes dans les soins, inexistantes dans la reconnaissance financière et sociale ; mais regardez aussi les psychologues et les enseignants pourtant rassurés par une autorisation paternelle d’exercer, sous la forme d’un diplôme universitaire. Regardez les mères de familles, les assistantes maternelles et les employées de maison … La parité, et même le simple respect, sont loin de régner. Même dans notre profession. Surreprésentées dans les praticiennes, sous-représentées dans les instances dirigeantes, les écrits, les débats…
Il faut donc trouver le moyen d’écrire, d’agir, de dire, de penser par nous-mêmes ; il faut développer une estime de nous qui ne nous fera plus baisser la tête trop vite face à ces abus de pouvoir. Car nous avons beaucoup de choses à dire, des choses essentielles, non seulement pour l’individu courageux qui vient explorer avec nous son monde intime le plus vulnérable, mais aussi pour l’avenir de la société, et n’ayons pas peur de le dire, de l’humanité.

Il faut poser notre pierre, et graver sur cette pierre les fondements théoriques de notre pratique psychothérapeutique, en renonçant à nous cacher derrière les portes closes des écoles et des chapelles, où derrière les portes trop grandes ouvertes du développement personnel. A quand la révolte des nonnes, et celle des prostituées ? Je sais à quel point beaucoup d’entre nous sont peu armé(e)s pour ce type de combat. Et bien nous irons avec nos propres armes, notre cœur, nos convictions humanistes, nos résultats cliniques, notre originalité de pensée. Nous ne risquons plus la mort pour nos idées, c’est une chance ; nous risquons juste la mort sociale … par décapitation ou par noyade dans le déjà existant.

➢ SORTIR DU CHAMP ET DU MODELE PSYCHOPATHOLOGIQUE

les psychanalystes, comme d’ailleurs le développement personnel, ont réussi à se différencier du champ de la pathologie mentale en devenant une vraie démarche de maturation individuelle, dont en fait tout le monde aurait besoin, sinon le monde ne serait pas ce qu’il est. Ils ont développé une véritable contre-culture à partir d’un modèle anthropologique et non psychopathologique [6] ; c’est-à-dire qu’ils ont fait la promotion d’une vision de l’homme, et non d’une vision de sa maladie. Ils n’ont d’ailleurs pas hésité à se positionner sur tous les débats d’actualité, la guerre, la politique, la violence, l’éducation.

Sûrement, au cœur de notre modèle anthropologique, trouverons-nous la souffrance. Mais la souffrance n’est pas la maladie. Il va falloir se retrousser les manches pour que le message passe davantage, y compris auprès de gens qui ont rigidifié totalement leur personnalité pour justement ne pas avoir à supporter leurs émotions, à accéder à leur douleur, comme c’est souvent le cas dans le monde du pouvoir politique. Mais pas toujours.

Par rapport à tout cela, nous sommes vraiment trop timides. Et la solution n’est pas, j’en suis certaine, de revenir dans le giron de ces glorieux ancêtres psychanalystes, mais bien au contraire d’oser nous aussi conquérir cette Agora, cet espace de parole publique, et aussi les lieux de pouvoir, simplement pour pouvoir garantir notre existence.

Les psys, c’est une vraie cour des miracles ! Et que continue à vivre cette diversité.
Pour finir temporairement, vous trouverez ci-dessous l’animal totem que j’ai trouvé pour m’inspirer dans ce travail. Il s’appelle l’Oreille volant. Ses oreilles, qui me font penser aux nôtres, lui permettent de s’envoler vers d’autres cieux, et il rebondit en permanence sur son nez, qui a la forme d’une patte de canard, lui permettant donc aussi de nager dans les eaux profondes ! Bien sûr c’est un animal chimérique, une extraordinaire histoire de biologistes imaginatifs[7], mais j’y ai cru un instant quand je l’ai vu dans un magazine pour enfants. Et les chimères peuvent être conquises, elles nous parlent toutes de la complexité de l’être humain et de son devenir.

Marie-José Sibille

Psychothérapeute intégrative

Publié dans Le métier de Psychothérapeute


[3] Ne voulant pas perdre de temps à nommer les centaines de plaintes formulées à l’encontre de certains psychiatres, psychologues et psychanalystes, non mises en parallèle avec les plaintes concernant les psychothérapeutes qui sont pourtant utilisées pour nous évincer, je vous invite à aller voir sur Internet, par exemple « Victimes des psychiatres ». Même en divisant par 2 et en tenant compte des transferts négatifs mal gérés, c’est impressionnant.

[4] J’entends jeunes par le temps de pratique car comme cela a été dit de nombreuses fois le métier de psychothérapeute est un métier de la maturité.

[5] Pour ceux qui veulent la musique allant avec cet article, allez donc vous mettre Pirates des Caraïbes sur Utube. Ça ne s’invente pas ! Quand je vous parle d’une île émergente.

[6] Dans le spécial Sciences Humaines sur les psychothérapies on voit bien la difficulté qu’à la psychothérapie à se définir autour d’un modèle anthropologique et non pathologique.

[7] Que vous pouvez découvrir sur Wikipedia, ordre des Rhinogrades.

  • 1 Une fois pour toutes, j’entends par le mot de psychothérapie la psychothérapie indépendante de l’Université, des pouvoirs médicaux, et même des psychanalystes. On peut y rajouter intégrative, relationnelle, humaniste, analytique et j’en passe, mais comme me l’a fait remarquer un lecteur non psychothérapeute, c’est soit la promotion d’une approche au détriment des autres, soit une manière d’éviter la confrontation autour du mot.
  • 2 À aller voir absolument le site de la FF2P, où vous trouverez l’intégralité des débats, onirique, dans le sens cauchemardesque ! www.ff2p.fr
  • 3 Ne voulant pas perdre de temps à nommer les centaines de plaintes formulées à l’encontre de certains psychiatres, psychologues et psychanalystes, non mises en parallèle avec les plaintes concernant les psychothérapeutes qui sont pourtant utilisées pour nous évincer, je vous invite à aller voir sur Internet, par exemple « Victimes des psychiatres ». Même en divisant par 2 et en tenant compte des transferts négatifs mal gérés, c’est impressionnant.

Pétition Geisser — signer pour un type qui se solidarise avec les tueurs ?

Chouchous musulmans

Je ne suis pas universitaire et ne sais pas comment le CNRS fonctionne ou comment il devrait fonctionner. Je trouve juste que ce Mr Illand a la réponse d’un honnête homme agressé par une petite frappe, Vincent Geisser — supporter des islamistes du monde entier, notamment des intellectualocides islamistes algériens —, qui s’est permis de traiter des universitaires comme le psychanalyste Fethi Benslama , l’islamologue Abelwahab Medded et l’anthropologue Malek Chebel, de “chouchous musulmans des médias et des intellectuels français.”

Algérie française

Ces intellectuels, prétendument novateurs, dit Vincent Geisser, ne sont en réalité que ”les suiveurs et les héritiers d’une critique interne à l’islam qui a connu son apogée durant la période coloniale et, plus particulièrement, en Algérie française“. J’espère que nombreux seront ceux qui parmi les 5000 signataires parait-il de la pétition en faveur de Geisser, retireront leurs signatures. Il n’est jamais trop tard pour bien faire !

Nos camarades assassinés

En tous cas signer pour un type qui se solidarise avec les tueurs, c’est pas honorable pour les tués, nos camarades assassinés par dizaines, le pédiatre dirigeant le comité contre la torture Belkhenchir, le romancier Djaout, le poète Sebti, la féministe Djahnine, le prof de philo Guenzet, le dramaturge Alloula, etc. Surtout en ces temps où d’autres tueurs continuent en Iran de tuer ceux qui veulent plus de liberté.

Michael Jackson & la philosophie

Notre Daniel Ramirez trouve dans le mythe de Michael Jackson le sujet d’une réflexion lyrique, de musicien philosophe qui nous rappelle qu’il est spécialiste et amoureux de la pensée de Nietzsche et que l’art est consubstantiel à la vraie vie. Nous sommes heureux de reprendre ici ce texte. L’auteur bien entendu n’engage que lui dans ses envolées.

PHG


”Il faut avoir encore du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse“

Nietzsche, Ainsi parla Zarathoustra, I,5

Des milliers

d’habitants de Los Angeles et des millions de part le monde se préparent à aller rendre hommage à cet artiste singulier, fauché par va savoir quel mélange pharmaco-financier. Que représentait-il vraiment ? Beaucoup de choses ont été dites sur le personnage. La célébrité, la fortune, la fuite en avant chirurgicale, les frasques, le refus de vieillir, etc. Tout cela est bien vrai. Toutefois quelque chose dans le ton ne me convient pas tout à fait. Peut-être convient-il de mettre les choses en ordre. C’était d’abord un artiste. et un grand. Comment ça ? Bien sûr il ne s’agit pas de sa musique en tant qu’art pur (qu’est-ce qui est pur, d’ailleurs), mais surtout de sa danse et de sa personnalité dans le spectacle.

On a connu des chanteurs qui bougent qui s’agitent ou qui dansent mais aucun comme lui. Il fallait le voir se déplacer, comme flottant dans l’air, défiant toutes les forces de la pesanteur. Seul Fred Astaire peut lui être comparé. Rares sont les danseurs qui inventent de toute pièces un mouvement unique. Bien sûr, il y avait des sources, le hip-hop naissant mais totalement marginal à cette époque, le break avec ses mouvements saccadés qui rappelle les robots, autant de formes artistiques typiques des banlieues noires américaines. Il les a fondues en une forme absolument à lui, une façon de bouger, une chorégraphie qu’il était le seul au monde à pouvoir exécuter. Ce n’est pas rien.

Sa voix aussi, fluette, criarde même, mais parfaitement dans les tons, caractéristique de ceux qui ont l’oreille absolue. S’il hurle c’est encore juste : ”Un danseur n’a-t-il pas ses oreilles dans ses orteils !“ (Nietzsche, Zar., III,1). Cet enfant prodige sans enfance, exploité dès son jeune âge, préparé de main de fer pour le monde si dur du spectacle. Lorsqu’il explose littéralement dans les années 80, dans des clips portés au statut de véritables œuvres audio-visuels, c’est toute sa jeunesse de marathonien des scènes qui s’épanouit. Sous la houlette de son mentor, Quincy Jones, artiste engagée pour les droit civiques, proche de M. Luther King et qui a étudié tout de même avec Nadia Boulanger à Fontainebleau.

Son rock évoluera à mi chemin entre la musique blanche (Elvis ; ce n’est pas sans arrière pensée qu’il a épousé la fille du King) et la tradition noire de la soul, James Brown, Stevie Wonder, Diana Ross. Pas de mélodies inoubliables chez Jackson, mais des déferlements d’énergie, des masses de sons et des pulsions rythmiques irrésistibles, comme propulsées par une hubris chtonienne et aérienne à la fois. De l’inouï. Et au milieu ce corps, son corps ; véloce et précis, comme une concentré d’énergie maîtrisée et prête à exploser, des gestes coupants comme des sabres, une calligraphie d’un autre monde. Oui, cette perfection avait quelque chose de non humain. Et c’est un peu le drame de l’homme que d’avoir un corps : même s’il atteint le sommet, comme c’est les cas des grands sportifs, c’est de si courte durée !

C’est peut être l’origine de ce qui trouble, le point où sa vie bifurque de la nôtre et c’est pour cela qu’il est adoré ou qu’il provoque la répulsion. Son androgynie par exemple. À côté de lui celle d’un David Bowie ou un Mick Jagger font figure de jeux de kermesse. Pourtant l’androgynie était une tendance forte dans la décennie précédente. Mais personne ne l’avait portée si loin.

Puis les transformations corporelles, le blanchissement de la peau, qui blesse la sensibilité de ceux qui se sont libérés du racisme avec l’idéalisation esthétique : black is beautiful. Mais l’idéal de la blancheur existe dans le font archaïque des bien de cultures, y compris africaines. Seulement personne n’avait osé cela comme lui. Il est trop simple de dire je le préférais quand il était noir. Mais lui, se préférait-il ainsi ? Bien sûr, tout cela est si politiquement incorrect !

Puis la chirurgie ; ce mal si actuel, un symptôme de riche plutôt môche. Mais lorsque c’est un jeune d’une beauté naturelle qui le fait, cela effraie. Pourquoi le fait-il ? Où va-t-il ? Le savait-t-il lui-même ?

Le refus de vieillir, bien sur, le rêve faustien d’éternelle jeunesse, devenir Dorian Gray à une époque qui ne condamne plus les Oscar Wilde. Encore là, qui ne l’a pas, quelque part, ce rêve ? Beaucoup diront que non. Sont-il crédibles ? Le malheur est que ce petit Dorian Gray est devenu lui-même son portrait, avec des relents du fantôme de l’opéra. Refus du corps devenu une pratique : une dernière influence de la ex-carnation, mauvais démon du christianisme, dont le génie était l’incarnation. Il voulu, dit pertinemment P. Bruckner, “devenir un corps glorieux et incorruptible, d’après le jugement dernier. Rencontre sur la scène du pop de Frankenstein et de saint Paul”.

Car la chair reprend ses droits. Il a été, en effet, fasciné par la question de la monstruosité. On sait qu’il à voulu acheter le squelette de John Merrick, l’homme éléphant. La beauté ne se mesure qu’à l’aune de la laideur et le sublime côtoie le monstrueux. D’accord avec Pascal il a voulu faire l’ange et il a fait la bête. Mais là encore pas n’importe quelle bête. Un prédateur, sans doute, puissant et irrésistible. Devenu proie il a joué de cette ultime métamorphose. Apprenti sorcier qui a ouvert la boîte de Pandore en pensant trouver des trésors de contes de fées, il a déclenché les furies, les Parques, réveillée les Erinnyes de notre monde.

La transgression. Oui. Il s’y connaissait. Il s’est permis de défier un des tabous les plus durs de notre époque, fournisseur de boucs émissaires si prisés par la bien-pensante : la pédophilie. Un transgresseur bien aimé et aimant : ne se priver de rien, tout réaliser. Le mythe de l’amour pur, enfantin ou adolescent, non encore défini sexuellement, celui avec lequel d’ailleurs jouent des contes pour enfants. Mais réalisé ! Pire encore : vu, exposé, trahi par la société du spectacle, exploité pour extorquer des millions ; le rêve de beauté et de jeunesse devient encore une fois laideur, intérêt, rage vengeresse. Comment un seul homme a pu déclencher autant de forces ?

Revenons un instant à la transformation corporelle. Cela se pratique un peu partout, des rites initiatiques, scarifications, aux tatouages ; marquages de la peau, body art : faire de son corps un signifiant, encore une chose si humaine. Mais qui effraie. Lui a voulu devenir, par la blancheur, un écran où se projetteraient les rêves. Tatouage total digne de Malevitch. Peau blanche sur fond d’artiste noir.

Des figures comme Orlan et bien d’autres, à force de modifications, cherchent à devenir autres que soi, autres que l’humain. Ce qui est en jeu dans cette hubris-là, c’est bien le post-humain. Pourquoi le fait de naître homme ou femme, noir ou blanc, seraient des déterminations définitives ? Normalement on les accepte, mais est-ce là le destin de l’homme ? Même l’humanisme n’était pas ce conformisme-là. Pic de la Mirandole avait fait l’éloge de l’homme, cette créature qui décidera elle-même ce qu’elle deviendra. L’a-t-on entendu ?

Il y a du religieux dans le refus de changer l’humain. C’est pourquoi Nietzsche parlait de surmonter l’homme, ”cette corde tendue entre la bête et le surhomme, tendue sur un abîme“ (Zar. I,4). Voici pourquoi l’amoralisme (contre la morale du ressentiment), pourquoi la transgression, la glorification du corps (contre saint Paul), la volonté de puissance (contre le ressentiment), le goût de la force et l’idéalisation de l’artiste comme créateur de soi-même et de ses valeurs (contre tous les philistins).

Bambi était-il nietzschéen ? Nietzsche lui-même l’était-il ? Ce grand malade cherchant le soleil du midi, finalement réduit au silence, cet Icare s’étant brulé les ailes de l’esprit par trop de proximité avec le soleil de Dionysos, cet antichrétien fasciné par les prophètes devenu martyr. Qui pourrait réussir la métamorphose de soi-même au-delà des conventions, au-delà du conformisme, au-delà du moralisme, sans se brûler ? Zarathoustra, ce sage qui dansait, peut-être. Pas nous.

Permettez-moi de ne pas cracher sur ceux qui sont allé plus loin, trop loin sans doute, et qui se sont brisés dans les limites de l’humain, trop humain. Je ne hurlerai pas avec les loups (des moutons en réalité) ni me moquerai de ceux qui n’ont pas pu devenir des êtres au monde ; ils ont essayé de devenir êtres contre le monde ou au-delà du monde ; êtres sans corps ou au-delà du corps.

Le post humain est certainement dangereux, mais aucun principe de précaution pour élus redoutant des procès ni aucune morale de petite nature ne seront efficaces. Rien n’arrêtera le rêve de devenir plus de devenir autre — encore moins avec la génétique et les bio-nanotechnologies —, l’ivresse d’aller plus loin, d’échapper aux contraintes de la nature et du destin, des couleurs et des genres, des conditions, d’origines et d’histoires. Il faudra s’y faire. Il faudra le penser, au lieu de se sauver en courant.

C’est pourquoi ceux qui ont voulu dépasser leur propre destin, vers une improbable destinée, ces prométhéens enchaînés, méritent mon intérêt et mon respect, et ceux qui l’on fait avec génie mon admiration et mon amour.

Cela n’empêche pas le jugement, rassurez-vous. Mais qui a vibré avec des courants trop puissants de la vie ne peut se contenter de petits arrangements avec la finitude. Même si l’infini tue, même si le trop détruit. Je reste avec l’image dans ma tête de ce jeune homme qui dansait comme un ange — les anges n’ont pas de couleur de peau — avant de devenir un ange déchu, un humain déchu. Terriblement mortel.

Jacques André — Les 100 Mots de la psychanalyse

Jacques André Les 100 Mots de la psychanalyse, Que sais-je ?, PUF, 126 pp., 9 euros.

Difficile de réussir un Que-sais-je ? peut-être le couronnement d’une carrière. Les réactions du public sur le site de Libération laisseraient entendre une désaffection pour la psychanalyse. Las, elle n’est plus la discipline reine à la mode des années 60 et même 70. Le raz-de marée de la psychologie humaniste, qui allait devenir la psychothérapie relationnelle, est passée depuis balayant notre paysage psy, puis ce fut — c’est, la montée en puissance du comportementalisme scientistique et neuronique. Bravo les neuro sciences mais ça n’a pas grand chose à voir, essayez voir de parler d’amour à un imageur cérébral. Ça n’est pas ou l’un ou l’autre, mais les deux ensemble, chacun sur son territoire.

Quoi qu’il en soit, pas seule au monde puisque nous occupons à ses côtés, qu’elle l’ignore ou non ne fait rien à l’affaire, une partie du territoire des disciplines du processus de subjectivation, la psychanalyse demeure indispensable à qui veut s’occuper sérieusement du malaise d’être et du sens de notre existence, au moment où la crise, pas celle de la télé, celle du management mondialisé, mais la nôtre, celle qui s’impose à nous à l’un de nos tournants, nous propulse chez celui qui va nous accompagner dans notre interrogation sur nous et notre remise en cause et peut-être en ordre, chez celui qui va nous accompagner dans notre transformation et prise en responsabilité de nous-mêmes.

Dans notre voyage au bout de notre nuit. Ce petit Que sais-je ? comme un caillou blanc sur votre chemin. Pour ceux qui n’y connaissent pas encore grand chose, un bon début. Pour ceux qui connaissent, un moment de récapitulation — Descartes prônait les fréquentes révisions — et qui sait (que sais-je ?), de critique.

À quand les 100 mots de la psychothérapie relationnelle et multiréférentielle ?

Philippe Grauer


Au départ, un projet modeste : Les 100 Mots de la psychanalyse, 120 pages dans la collection «Que sais-je ?». À l’arrivée, un petit livre lumineux et presque violent tant il touche juste. En 100 entrées, le psychanalyste Jacques André réussit à nous dire des choses limpides sur les concepts et la pratique analytiques. Il le fait dans un langage non jargonesque (ce qui est une tendance depuis une petite dizaine d’années, voir la Fin du divan, de Raymond Cahn, 2002), léger, et juste donc, à la manière de certains psychanalystes quand ils disent juste ou écrivent juste.

Ce petit livre dit énormément, il nous parle, nous fait comprendre et nous donne à penser. Ce qu’il dit a à voir avec ce que sont les hommes et les femmes d’aujourd’hui dans la société d’aujourd’hui. C’est autre chose que des notes de bas de page à l’œuvre de Freud, c’est le contraire aussi bien du galimatias technique que de la simplification démagogique et du bavardage des manuels de développement personnel.

Conflit

A l’entrée «Amour», en quelques lignes, il nous dit l’essentiel sur le bonheur et le malheur d’aimer. À «Attachement», à propos des blessures de l’enfance, il explique que, «si elles sont inconscientes, ce n’est pas d’être inacceptables comme le refoulé, mais de ne pas avoir été réparées, transformées, reconnues». Plus loin, il décrit le conflit psychique avec, d’un côté, le surmoi, qui «revêt la forme d’une autorité intransigeante, pesant comme une chape de plomb sur la vie et ses plaisirs, à l’image d’un dieu calviniste». De l’autre, le côté du ça, qui «s’exprime par une impatience pulsionnelle, “tout tout de suite”».

A propos de la culpabilité, Jacques André remarque que la psychanalyse «conduit à un élargissement considérable de la responsabilité, en un sens bien différent d’une psychologie de la conscience et du libre-arbitre. “Je ne l’ai pas fait exprès” est moins une excuse que la promesse d’une répétition. Priver le criminel de sa culpabilité en le déclarant “irresponsable” conduit régulièrement à sa destruction psychique».

À propos de l’angoisse, il relève une différence fondamentale entre les sexes : «Véritable autocastration, le moment d’impuissance replie l’homme sur lui-même ; l’angoisse de castration est fondamentalement narcissique, c’est un morceau de soi que l’on perd.» Alors que l’angoisse de la femme «est objectale, une perte d’amour : “Il ne me désire plus, il ne m’aime plus.”»Même sur «Deuil (travail de)», il réussit à nous dire des choses nouvelles, c’est dire !

On pourrait presque conseiller au lecteur de commencer sa journée en lisant «Corps», «Pulsion» ou «Fantasme», un des cent mots de la liste, comme d’autres se réveillent en méditant. De manière répétée, ce livre va à l’essentiel, sans insister : au contraire, il laisse ouvert, ce qui lance la pensée du lecteur, la laisse libre de s’envoler, au lieu de l’alourdir par un développement (laborieux ou brillant, ce n’est pas le problème). On retrouve là la manière du psychanalyste britannique Adam Phillips. S’il y a une spécificité dans la façon d’écrire la psychanalyse, c’est peut-être celle-là.

En plus des mots attendus (acte manqué, complexe d’Œdipe, hystérie…), il y en a de moins attendus (humour, tendresse, visage…). Jacques André va du noyau dur de la théorie freudienne («De l’inconscient au ça, il n’y a pas que le nom qui change, l’accent aussi, plus sombre, et l’image, plus chaotique… On pressent une puissance contraire, destructrice du désir lui-même, fascinée par le néant, une pulsion de mort») à ses échos sociaux ou politiques («Dans les sociétés où la menace de la honte, plus que la culpabilité, joue un rôle régulateur… c’est toujours au prix d’un accroissement du sentiment de persécution»).

Voyage

On appréciera aussi les pages où il réussit à parler de sa pratique et en particulier du contre-transfert avec humour et empathie. «Pour être psychanalyste, il faut deux choses, un patient et un collègue», écrit-il, citant son collègue François Perrier.

Quant à la «règle fondamentale» de l’association libre, celle qui est énoncée à l’analysant au tout début de son voyage, il rappelle que cela ne veut pas dire parler tout le temps ou passer du coq à l’âne. «Ce qui est attendu, espéré, c’est l’incident… Rien n’est plus doux à l’oreille du psychanalyste qu’une phrase qui commence par : “Ça n’a pas de rapport mais…”»

Geisser : une pétition à l’aveuglette

Libération du 25 juin 2009

Par Élisabeth Roudinesco,
historienne, directrice de recherches à l’Université de Paris VII (GHSS)

– suivi du

Droit de réponse d’Esther Benbassa


Et si demain on brûle les livres ? interpelle Esther Benbassa. La même réthorique suit son cours, excessive à l’excès. Ça n’est pas en maintenant le taux d’excitation polémique à son plus haut niveau qu’on s’y retrouvera dans cette affaire où l’invective tire plus vite que l’ombre du Prophète. S’il est fâcheux que le CNRS invite ses chercheurs à rendre des comptes sur ce qu’ils écrivent, il l’est tout autant que l’on soit sollcité à pétitionner par réflexe, sans qu’on vous explique tout de même auparavant de quoi il s’agit et si l’auteur incriminé ne serait pas quelque peu incendiaire. Pire encore, contre vous à qui on demande votre appui à son bénéfice, comme c’est le cas de Fehti Benslama et Abdelwahab Meddeb.

En tout cas cette pétition pose problème et ça n’est l’invocation ni de Vichy ni du régime nazi amateur d’autodafés qui va nous conduire sur la voie d’une réflexion mesurée et d’une réaction politique juste. Le site du Cifp, qui s’occupe de l’actualité de la psychothérapie relationnelle (aujourd’hui attaquée par une méchante loi partisane mais pas vychiste on ne confond pas tout) et de la psychanalyse, a hébergé volontiers le démarrage de la polémique en cours. Plutôt habitué du pétitionnement je n’avais pas en l’occurrence à me prononcer sur celui-ci. Je l’ai fait indirectement en appelant à ne pas prendre feu et flammes pour un pamphlétaire qui a bien le droit de forcer le trait en parlant de “national-laïcisme”, mais ne devrait pas s’étonner que l’État l’interpelle à son tour sur ses emportements ultras, qui cessent de relever de la recherche pour verser dans l’insulte politique ; pas si scientifique que ça ce Monsieur du CNRS.

Philippe Grauer


Une pétition à l’aveuglette

Chercheur au CNRS, politologue et membre de l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe (IREMAM), Vincent Geisser, auteur d’un pamphlet, La nouvelle islamophobie, 2003, destiné à dénoncer les chercheurs et intellectuels qui se permettent de critiquer, non pas l’islam, mais l’islamisme radical, a été convoqué par un Haut fonctionnaire de la sécurité défense (HFD) devant le conseil de discipline du CNRS pour y répondre de “manquement à l’obligation de réserve”.

       Cette procédure est discutable et doit être critiquée car elle met en cause l’indépendance qui a été reconnue aux professeurs d’Université par le Conseil constitutionnel dans une décision (83-165) du 20 janvier 1984 et qui a été ensuite étendue à bon nombre de chercheurs. Mais il semble que jusqu’à présent elle n’a pas été contestée au sein du CNRS : ceci est à vérifier. On aimerait comprendre avec précision quel est le statut de ces fonctionnaires, quel rôle jouent-ils, etc…              

 Toujours est-il qu’à l’initiative d’Esther Benbassa, un comité de chercheurs parmi les plus brillants de ce pays a lancé le 10 juin 2009 une pétition en faveur de Vincent Geisser afin de le soutenir au nom de la liberté d’expression. Cette pétition a reçu le soutien de nombreuses associations. Esther Benbassa a cependant omis dans son appel de mentionner que Vincent Geisser n’est pas seulement un chercheur mais aussi un défenseur officiel en France de l’islamisme radical, largement contesté pour la dangerosité de ses propos par les représentants de l’islam des Lumières, Fethi Benslama et Abdelwahab Meddeb, notamment et bien d’autres encore, qui lui reprochent de les présenter comme des “ennemis de l’islam vendus à l’Occident” et de favoriser ainsi la cause de l’extrémisme religieux. Tous deux se sont manifestés dans des mails auprès d’Esther Benbassa pour que leur protestation soit simplement entendue. Bon nombre de signataires de cette pétition n’avaient pas connaissance des interventions de Vincent Geisser quand ils ont décidé de le soutenir.

       Or, les membres du comité n’ont pas pris en compte leurs arguments ni ceux des laïques attachés à l’islam des Lumières et qui réclament que soient fermement condamnés les propos insultants de Vincent Geisser, même si par ailleurs, ils sont favorables à une contestation des procédures disciplinaires imposées à des chercheurs du CNRS. Notons que Vincent Geisser a qualifié les dirigeants de SOS racisme de “facilitateurs d’islamophobie”, qu’il a fait de même avec l’Association Ni putes ni soumises (NPNS), qu’il s’en est pris également au Recteur de la Mosquée de Paris et qu’il a qualifié de “national-laïcisme” la loi contre le port des signes religieux à l’École.

       Il a surtout comparé Le HFD Joseph Illand chargé de son dossier à un “idéologue qui traque les musulmans et leurs amis, comme à une certaine époque, on traquait les Juifs et les Justes”. Celui-ci a porté plainte pour diffamation à titre personnel. Or les deux procédures sont incompatibles : un chercheur ne peut être à la fois poursuivi au pénal et objet d’une simple enquête administrative. Il faut donc maintenant que la direction du CNRS prenne clairement position afin de montrer que cette prestigieuse institution n’est pas un nid d’espions et que les chercheurs n’y subissent aucune atteinte à leur liberté d’expression sauf quand ils cessent d’être des chercheurs pour devenir des insulteurs.
    
       En attendant que le comité qui a lancé la pétition intègre ces données dans sa prise de position — ce qui contribuera d’ailleurs à la renforcer — et ne se contente pas de faire de Vincent Geisser le martyr d’une entrave à la liberté d’expression digne du régime de Vichy, au moment même où, en Iran, les opposants à l’obscurantisme fanatique risquent leur vie en se battant pour un islam modéré, j’ai refusé de la signer après une longue discussion par mails avec les membres du comité d’organisation.

       Quand j’ai fait connaître mes motivations, j’ai reçu une avalanche de mails. Certaines personnes et même des collectifs généreux avaient signé une pétition contre une procédure sans savoir qui ils défendaient ; d’autres, plus informées, avaient refusé de la signer parce qu’elle laissait entendre que les organisateurs de ladite pétition soutenaient les propos inacceptables de Vincent Geisser. Certains ont retiré leurs signatures et demandé des explications qui ne viennent toujours pas.

       Que ce soit clair : la phrase de Voltaire sans cesse invoquée, selon laquelle on doit, au nom d’un principe, défendre absolument la liberté d’expression d’une personne, ne s’applique que lorsqu’on est informé de ce que pense cette personne. Or, dans cette affaire, ce n’était pas le cas puisque la pétition présente le chercheur comme la  victime d’un harcèlement sans faire référence au contenu de ses interventions qui ne relèvent pas d’un travail de recherche. Si la pétition avait été plus “voltairienne”, je l’aurais signée : ce n’était pas le cas; elle est manichéiste et contraire à l’idée que l’on doit toujours requérir le “consentement  éclairée” des personnes auxquelles on s’adresse et donc les informer avec le maximum d’objectivité. Tel doit être, à mon sens, le véritable débat autour de cette affaire. La discussion est désormais publique et ouverte.


Droit de réponse dans Libération : Esther Benbassa

Le cas du chercheur Vincent Geisser, convoqué devant le conseil de discipline du CNRS pour «manquement à l’obligation de réserve», divise le monde universitaire. Une pétition en sa faveur, lancée par Esther Benbassa, a été refusée par Libération (et les autres quotidiens français) : il s’agit d’un appel pour le droit à la liberté intellectuelle – nous sommes tous pour, bien sûr – mais très vague. L’historienne Élisabeth Roudinesco a pris position dans Libération le 25 juin, expliquant qu’elle aurait signé cette pétition si on n’avait pas «oublié» de présenter ce chercheur qui défend l’islamisme radical, et attaque d’autres intellectuels comme « ennemis de l’islam vendus à l’Occident. » Esther Benbassa tente de montrer, ici, que Geisser n’est pas un islamiste. Chacun se déterminera.

L’appel lancé, à mon initiative, par «un comité de chercheurs parmi les plus brillants de ce pays» (1) a rassemblé à ce jour près de 5 000 signatures. Il bénéficie du soutien d’un grand nombre d’associations professionnelles (en sociologie, anthropologie, ethnologie et sciences sociales et politiques). Le 24 juin, 46 universitaires nord-américains parmi les plus prestigieux ainsi que les California Scholars for Academic Freedom (plus de 125 personnes) ont adressé une lettre ouverte à la présidente du CNRS et relayé à leur tour notre appel au respect du principe indivisible et inaliénable de la liberté intellectuelle des chercheurs et enseignants-chercheurs.

Tous, sur les deux rives de l’Atlantique, au nom de ce principe, nous exigeons la levée de la procédure disciplinaire engagée contre Vincent Geisser, pour empêcher qu’elle fasse jurisprudence. Les intellectuels américains, qui ont connu le maccarthysme et le bushisme, savent de quoi ils parlent. Nombre de membres du comité de lancement, de signataires et moi-même ne partageons pas, loin de là, toutes les prises de position de notre collègue. Nous considérons seulement qu’exiger de lui le respect d’un devoir de réserve, qu’accepter qu’un fonctionnaire de la défense, logé au Centre national de la recherche scientifique, juge sa recherche sur l’islam sans en avoir la moindre compétence constitue un précédent gravissime et une menace pour la démocratie elle-même.

D’autres que Vincent Geisser ont été la cible du même harcèlement, jusqu’à un chercheur en sciences dures dont le blog, hébergé par un serveur CNRS, a été censuré parce qu’il évoquait cette affaire. Cette ingérence intolérable risque de devenir la règle dans des universités dont les présidents, désormais autonomes, à savoir tout puissants, pourront se sentir autorisés à imposer toutes les censures. Un bon chercheur ne sera-t-il désormais plus qu’un chercheur docile, ressassant une science inoffensive, et se pliant aux diktats des sots et des puissants ? Vincent Geisser n’est pas un islamiste. Elisabeth Roudinesco, qui a expliqué dans une tribune dans Libération jeudi dernier pourquoi elle ne s’est pas associée à l’appel, ne l’a jamais lu sérieusement.

La rumeur faisant office de jugement scientifique, voilà où nous en sommes en effet. Le laboratoire de Geisser, la commission 33 du CNRS, instance d’évaluation légitime, ont dûment protesté contre cette dérive. Mme Roudinesco qui, si elle se prévaut d’un titre universitaire, n’appartient pas, à ma connaissance, au corps des chercheurs ni à celui des enseignants-chercheurs de la fonction publique, ne pourrait d’ailleurs pas siéger dans de telles instances. Intellectuelle jamais évaluée par sa tutelle, elle jouit d’une indépendance sans risque, à la différence de Geisser. Comme Mme Fourest dans Le Monde, Mme Roudinesco dans Libération juge et condamne dans l’ignorance. Elle pense et agit en fait exactement comme l’ingénieur général Joseph Illand, le fonctionnaire de défense du CNRS.

En accusant Geisser d’être un relais de l’islamisme radical (du terrorisme en fait), elle lui fait courir un danger majeur : la perte éventuelle de son emploi ou sa rétrogradation. La tribune de Mme Roudinesco est une insulte aux 5000 signataires de notre appel, qui ne sont ni des naïfs ni des ignares. Elle est un nouveau coup porté à la liberté intellectuelle dans ce pays. Oui, Mme Roudinesco, vous faites le jeu de ceux qui nous gouvernent et qui ne se lassent pas de mépriser les intellectuels. Bravo. Tant d’articles dans la presse, tant de renvois au travail de Geisser, un site web régulièrement alimenté pour informer le public en toute transparence, et vous parlez encore de «pétition à l’aveuglette» ?

Fethi Benslama et Abdelwahab Meddeb, «représentants de l’islam des Lumières» , du témoignage desquels vous vous prévalez, ont eux signé notre appel, et je leur rends solennellement hommage sur ce point, parce qu’ils ont eu la sagesse et le courage de signer en faveur d’un homme qu’ils considèrent comme un adversaire. Eux savent, comme nous, le prix de la démocratie et de la liberté de penser – y compris de penser contre eux. J’ajoute que nous n’avons enregistré à ce jour, malgré votre action contre cette pétition, que 5 retraits de signatures. De quoi nous parlez-vous donc ? Qui manipule qui ici ? Madame, je veux bien que vous soyez «voltairienne» . Soyez seulement un peu plus modeste. Car l’aveugle, pour l’instant, c’est vous. Si l’on brûle des livres demain, «voltairienne» , le serez-vous encore ?

Mme Benbassa est Directrice d’études à l’EPHE, membre du Collectif pour la sauvegarde de la liberté intellectuelle des chercheurs et enseignants-chercheurs de la fonction publique

(1) On obtient le texte de l’appel en cliquant sur ce lien.

Sauvons la clinique à Lyon

Sauvons la clinique Lyon communique


Informez-vous. Les psychologues cliniciens pratiquent un métier différent du nôtre. Allez comparer. Cela dit nous restons solidaires de nos confrères dans leur lutte pour une meilleure condition du travail hospitalier (celui qui nous est interdit), et pour une clinique du processus de subjectivation, d’inspiration psychanalytique.

À quand les enjeux de la formation de psychothérapeute relationnel aujourd’hui ? À quand maintenons et développons notre clinique relationnelle ?

Philippe Grauer


Lettre d’information 23 juin 2009

Prochainement soirée Sauvons la Clinique à Lyon

En raison du grand nombre d’inscrits pour cette soirée, la salle a changé pour une plus grande capacité d’accueil.

Mardi 30 juin, 20H30

à LYON

l’Espace Jean Couty,

56 rue Sergent Berthet 69009 Lyon.

Le 30 juin à Lyon Entrée libre sur inscription à l’adresse suivante

Psychologues cliniciens, formation, transmissions, pratiques, état des lieux.

Ouverture: Rémy Potier, maitre de conférence en psychopathologie, ,

Institut de psychologie, Université Lumière Lyon 2

Vers une définition de la clinique

René Roussillon, Professeur en psychopathologie, Institut de Psychologie, université Lumière Lyon 2

– Table ronde:

pratiques cliniques en institution, actualités

• Yannick Milleur, psychologue clinicien, CMP de St Priest, CH St Jean de Dieu.

• Mathieu Garot, psychologue clinicien, Interface 42, CHU St Etienne

• Eliane Moulin, psychologue clinicienne, ITTAC, CH Le Vinatier

– Table ronde:

La gratification des stages, quels enjeux pour la transmission

• Noémie Bonnefoy et Aurélie Frenay, étudiantes en psychologie, Membres du collectif stage

• José Da Silva psychologue clinicien, Association Santé mentale et communauté, Membres du collectif stage

Quels enjeux pour la formation du psychologue aujourd’hui

Albert Ciccone, Professeur en psychopathologie, Institut de Psychologie, université Lumière Lyon 2


Entrée libre sur inscription

à l’adresse suivante : 30juin@sauvons-la-clinique.org

Pour se rendre à l’Espace Jean Couty :

En métro

Ligne D jusqu’à la station Gorge de Loup.

– Sortie : Rue Sergent Berthet n°pairs.

– sur la place, prendre à droite jusqu’au niveau supérieur, puis à gauche, suivre les flèches “Espace Jean Couty”. (3 mn)

En voiture

– De Bellecour, prendre le tunnel de Fourvière, puis, à la sortie du tunnel, 1ère à droite.

– Puis 1ère à droite direction Gorge de Loup, puis 1ère à gauche, et 1ère à gauche direction Parc Relais.

– Se garer dans le Parc Relais niveau 0 extérieur, situé devant la salle, (accord avec les TCL pour la sortie sans ticket).

Burka : signe de secte signe des temps signe d’obligation éthique et citoyenne

La burqa, un signe sectaire et non religieux
On oscille entre diabolisation et laxisme

Le Monde, 22 juin 2009


Signe de secte ?

Puisque sur ce site nous voici rendus au chapitre de l’islam nous vous livrons cette réflexion anthropologique d’un observateur des religions. La psychothérapie relationnelle se voit quotidiennement diffamée par une campagne Accoyer victimariste populiste, malhonnête en ce sens qu’elle impute à ceux qui s’en démarquent une collusion avec des pratiques psycho totalitaires, elle se voit diffamée donc, au motif de “dérive sectaire”, et à ce titre nous avons une petite idée de la manière dont on peut s’efforcer de discréditer n’importe quoi n’importe comment.

Cachez ce sein que je ne saurais voir

La question que pose ce vêtement cage, prison portative, du style Cachez ce sein que je ne saurais voir, mais tu n’as qu’à pas regarder ! et si tu regardes quand même interroge-toi toi-même au lieu d’entraver la vie d’autrui à cause de tes problèmes, qui fait honte de son corps à la moitié de l’humanité au bénéfice de l’autre installé de ce fait dans le statut de son propriétaire, nous concerne, nous psychothérapeutes relationnels. Nous savons le statut du corps dans le fait psychique et ce qu’il en est du moi corps , pas trop éloigné du moi peau. Nous avons quelque chose à dire à partir de notre clinique au sujet de la citoyenneté, de l’égalité des sexes et de la démocratie, et des signes extérieurs d’infériorisation ontologique de la femme.

Soutenir le principe de libération

L’articulation privé-public, intime-politique, est ici à l’œuvre. Quand et comment le fait individuel devient-il acte politique, et en faveur de quoi ? De l’oppression. Depuis quand ne devrions-nous pas soutenir le principe de libération au fondement même de la démocratie de nos sociétés, corrélativement au fondement même de la psychothérapie relationnelle, au motif qu’une secte intégriste somme toute récente prêche la régression au nom d’un islam qui n’en a jamais demandé tant, et que notre propre principe de tolérance laïque nous serait opposable ? À partir de quand avons-nous le devoir de dire non ?

De la soumission volontaire au devoir de protestation

On sait comment fonctionne la soumission volontaire. Dans notre droit, une personne n’a pas celui de se vendre comme esclave, fût-elle consentante. Jouir de la condition d’exclue n’empêche pas qu’il en soit protesté. Même, il fait un devoir de protestation à ceux qui sont témoins de cette aliénation imposée. Cela contribuera certainement à réveiller l’endormi. En tout cas à marquer le caractère de notre identité et de l’exigence de son respect, du respect des droits humains, droits universels, la question est bien là. La psychothérapie relationnelle, comme la psychanalyse, là-dessus n’a pas à marchander.

La liberté d’allure, de vesture et d’aller et venir est imprescriptible

Autant il est nécessaire d’user de discernement dans le maniement de l’argument anti sectaire qui peut se voir lui-même utilisé malhonnêtement, autant une fois qu’on a caractérisé un lieu de sectarisme totalitaire il convient de s’en tenir aux principes de la démocratie, du respect de la personne humaine sans exception dite culturelle qui annulerait la démarche. C’est valable pour les charlatans de la scientologie qui vendent comme objet de culte de simples machine à mesurer les intensités électriques, comme pour les tenants de pratiques entravant rien moins que la simple liberté d’allure et de circulation de la moitié de l’humanité.

Philippe Grauer


Rappelons que ” religion ” vient du mot latin relegere (accueillir) et religare (relier). Le croyant se ressource dans sa relation à Dieu pour aller vers les autres et trouver du sens à sa vie.

En revanche, le mot ” secte ” signifie ” suivre ” et ” séparer “. Historiquement, ce mot désignait la dissidence d’un groupe religieux mais, aujourd’hui, on l’emploie pour désigner toute ” association totalitaire qui porte atteinte aux libertés individuelles “. ” Secte ” a définitivement pris une signification péjorative en raison de l’intolérance manifestée par ces groupes, grands ou petits, vis-à-vis du monde extérieur, et des effets destructeurs constatés sur la personnalité des adeptes.

Que faut-il de plus pour interdire tout vêtement qui dépersonnalise un être humain ? La burqa ou le nikab ont ça de bien qu’ils sont clairs – si l’on peut dire – sur le but qu’ils poursuivent : il s’agit d’ériger une frontière infranchissable entre ceux qui sont ” dedans ” et ceux qui sont ” dehors “… Il s’agit de mener les adeptes à l’autoexclusion et à l’exclusion des autres, tous ceux qui ne sont pas comme eux…

Est-ce la peine d’entamer un grand débat sur de telles évidences ? Serait-ce le cas si ces groupuscules se référaient non pas à l’islam mais au christianisme ou au bouddhisme ? Car c’est un fait, lorsque la religion musulmane est en cause, chacun perd son latin et n’applique plus ses critères de raisonnement habituels. On ne sait pas où mettre le curseur : à partir de quand tel ou tel comportement relève de la liberté de conscience et à partir de quand révèle-t-il un dysfonctionnement, voire du radicalisme ? Tiraillé entre la peur d’entraver la laïcité et celle de tomber dans ” l’islamophobie “, on oscille entre diabolisation et laxisme. Celle qui porte un petit foulard rose assorti à son jean passe pour une islamiste alors que les intégristes passent pour des musulmans…

Car ne nous trompons pas : ces groupuscules qui se réclament ” salafistes ” ne s’inscrivent pas dans l’histoire musulmane, ils sont une émanation moderne de ce dernier siècle ! Ouvrir un débat pour limiter la liberté religieuse reviendrait à les considérer comme un courant musulman et non pas comme une simple secte. Toute leur stratégie consiste justement à faire passer leurs discours totalitaires comme s’ils étaient de simples commandements religieux. Selon ces gourous, pour respecter l’islam, la société est censée les accepter. Le positionnement contraire serait preuve d’islamophobie et d’ethnocentrisme.

Si un groupuscule avait la même attitude au nom d’une autre religion, cela fait longtemps que l’opinion publique aurait diagnostiqué son comportement comme préoccupant d’un point de vue psychique. À aucun moment, s’enfermer dans un drap noir n’aurait pu être rattaché à la simple application automatique d’une religion.

Cette hésitation à distinguer ce qui relève de l’islam de ce qui relève du dysfonctionnement d’une personne part, a priori, d’un bon sentiment : respecter les musulmans qui ont d’autres traditions. Mais à mieux y regarder, elle est aussi le produit de représentations négatives. Le laxisme et la diabolisation sont les deux faces d’une même pièce : tout accepter ” au nom de l’islam ” revient à avoir une bien piètre considération pour cette religion, qui continue à être perçue comme ” l’altérité même “.

Au nom du ” respect de la différence ” apparaît alors une nette tendance à tomber dans une sorte d'” enfermement dans la différenciation absolue “, qui permet d’appréhender n’importe quel dysfonctionnement comme le produit de cette religion ” restée archaïque “, puisque ” chez eux “, ce n’est pas comme ” chez nous “… Cette religion continue à incarner ” un autre monde “.

Accepter le drap noir ne serait pas un signe de respect de l’islam, ce serait au contraire perpétuer les stéréotypes datant de la période coloniale.

Dounia Bouzar

Anthropologue et chercheur associé à l’Observatoire du fait religieux


Burqa en débat

Le Monde vendredi 26 juin


Nous versons ce second texte à cet épineux dossier. PHG


Cinq ans après les débats passionnés sur le port du voile islamique à l’école et l’adoption d’une loi interdisant le port de tout signe religieux ostentatoire, la polémique rebondit aujourd’hui à propos du port du voile intégral – burqa ou niqab – par des femmes musulmanes. Lancée à la mi-juin par le député et maire (PCF) de Vénissieux, André Gérin, elle vient d’être relayée de façon spectaculaire par Nicolas Sarkozy.

Dans son discours devant le Congrès, le 22 juin, le président de la République a en effet jugé que la burqa ” n’est pas un problème religieux. C’est un problème de liberté et de dignité de la femme. C’est un signe d’asservissement. Ce n’est pas l’idée que nous nous faisons de la dignité de la femme. Je veux le dire solennellement : la burqa n’est pas la bienvenue sur le territoire de la République française “.

L’on a assez contesté, ici même, les ambivalences du chef de l’Etat sur la laïcité, notamment lors de son discours au Latran en décembre 2007, pour ne pas saluer la netteté de son propos. Adopté par les franges les plus conservatrices des sociétés musulmanes dans le monde – et par quelques milliers de femmes en France, semble-t-il -, le port du voile intégral ne peut se prévaloir d’aucune justification, ni du Coran ni de la tradition. La dissimulation radicale du corps féminin dans l’espace public soulève donc bien un problème d’égalité, de liberté et de dignité de la femme.

Mais ce constat posé – et justement posé -, que faire ? Le chef de l’Etat a prudemment demandé au Parlement de répondre à la question. Et en décidant, le 25 juin, de créer une mission d’information sur le sujet qui aura au moins six mois pour proposer un rapport, l’Assemblée nationale s’est, non moins prudemment, donné le temps de la réflexion. Sans s’enfermer, a priori, dans l’hypothèse d’une loi.

Prohiber par la loi le port de la burqa ou du niqab soulèverait, en effet, deux questions plus qu’épineuses. D’une part, au nom de quel argument ou de quel principe interdire à des femmes majeures une tenue vestimentaire, quelle qu’elle soit, dans l’espace public, sauf à confondre le législateur français avec une assemblée d’oulémas ? Ce qui a été décidé pour les établissements scolaires, précisément parce qu’il s’agissait des jeunes et de l’école, trouve, là, sa limite. D’autre part, sauf à imaginer une détestable ou ridicule police des moeurs, comment appliquer une telle interdiction, si le choix en était fait ? Beaucoup plaident avec énergie pour un islam moderne et tolérant. Ils ont raison. Il faut convaincre plutôt que légiférer.

Éditorial du Monde

Islamisme radical : soutenir une “victime” virulente contre ceux qui la soutiennent ?

A propos de l’affaire Vincent Geisser


L’affaire n’est pas du ressort strict de la psychothérapie, mais du domaine plus large des sciences humaines. Au moment ou l’Iran est soulevé par une vague de protestation sans précédent depuis des années contre celui que les manifestants par millions dénoncent comme dictateur usurpateur, il convient de ne pas s’embrouiller dans la défense d’un chercheur rappelé à l’ordre, non pour sa recherche mais pour son engagement dans une politique dont la République a le droit et le devoir de s’inquiéter.

Ne confondons pas tout, les temps sont difficiles, nous autres psychothérapeutes relationnels en passe de nous voir interdits de porter notre propre titre en savons quelque chose, mais ça n’est pas Vichy.

Élisabeth Roudinesco, applique à ce cas la méthode de chercheur en histoire soucieuse de l’établissement rigoureux des faits. Nous vous livrons sa mise au point. Il est toujours bon que les partisans des Lumières soient eux-mêmes éclairés.

Les intertitres sont de la Rédaction.

Philippe Grauer


Un chercheur pamphlétaire

Chercheur au CNRS, politologue et membre de l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe (IREMAM), Vincent Geisser, auteur d’un pamphlet (La nouvelle islamophobie, 2003) destiné à dénoncer les chercheurs et intellectuels qui se permettent de critiquer, non pas l’islam, mais l’islamisme radical, a été convoqué par un Haut fonctionnaire de la sécurité défense devant le conseil de discipline du CNRS pour y répondre de “manquement à l’obligation de réserve”.

Procédure discutable

Cette procédure est discutable et doit être critiquée, car elle met en cause l’indépendance qui a été reconnue aux professeurs d’Université par le Conseil constitutionnel dans une décision (83-165) du 20 janvier 1984 et qui a été ensuite étendue à bon nombre de chercheurs. Mais il semble que jusqu’à présent elle n’a pas été contestée au sein du CNRS : ceci est à vérifier.

Dangerosité

Toujours est-il qu’à l’initiative d’Esther Benbassa, un comité de chercheurs a lancé le 10 juin 2009 une pétition en faveur de Vincent Geisser afin de le soutenir au nom de la liberté d’expression. Cette pétition a reçu le soutien de nombreuses associations. Esther Benbassa a cependant omis dans son appel de mentionner que Vincent Geisser n’est pas seulement un chercheur mais aussi un défenseur officiel en France de l’islamisme radical, largement contesté pour la dangerosité de ses propos par les représentants de l’islam des Lumières, Fethi Benslama et Abdelwahab Meddeb notamment et bien d’autres encore, qui lui reprochent de les présenter comme des “ennemis de l’islam vendus à l’Occident” et de favoriser ainsi la cause de l’extrémisme religieux. Tous deux se sont manifestés dans des mails auprès d’Esther Benbassa pour que leur protestation soit entendue. Il semble d’ailleurs que bon nombre de signataires de cette pétition n’avaient pas connaissance des interventions de Vincent Geisser quand ils ont décidé de le soutenir.

Comdamner les propos, contester la procédure

Or, les membres du comité n’ont toujours pas pris en compte les arguments des laïques attachés à l’islam des Lumières et qui réclament que soient condamnés les propos de Vincent Geisser, même si par ailleurs, ils sont favorables à une contestation des procédures disciplinaires imposées à des chercheurs du CNRS. Notons que Vincent Geiger a également qualifié les dirigeants de SOS racisme de  “facilitateurs d’islamophobie”, qu’il a fait de même avec l’Association Ni putes ni soumises (NPNS), qu’il s’en est pris également au Recteur de la Mosquée de Paris et qu’il a qualifié de “national-laïcisme” la loi contre le port des signes religieux à l’Ecole. Il a comparé le FD à un “idéologue qui traque les musulmans et leurs amis, comme à une certaine époque, on traquait les Juifs et les Justes”. Ses interventions et les critiques qui ont été formulées contre lui sont disponibles sur l’Internet. Chacun pourra en juger et décider ou non de le soutenir.

Digne du régime de Vichy ?

En attendant que le comité qui a lancé la pétition intègre ces données dans sa prise de position et ne se contente pas de faire de Vincent de Geisser la victime d’une entrave à la liberté d’expression digne du régime de Vichy, au moment même où, en Iran, l’islam modéré combat l’obscurantisme fanatique, j’ai refusé de signer cette pétition.

SNPPsy/AFFOP communiqué commun

– Syndicat national des praticiens en psychothérapie et psychanalyse — SNPPsy

– Association fédérative française des organismes de psychothérapie et psychanalyse — AFFOP


Nos bonnes Écoles dûment agréées par nos institutions historiques responsables et reconnues, comme le CIFP, poursuivent leur tâche de transmission de la psychothérapie relationnelle dont elles continuent de détenir le monopole de la formation, conduisant bien entendu à son exercice.

Seul le titre générique de psychothérapeute se voit accaparé par la médecine et la psychologie, qui désirent l’utiliser dans le cadre de la fonction hospitalière. Nominalisme. C’est l’enseigne qui se voit captée. Notre profession reste en place au sein du carré psy, comme auparavant, dans le cadre de l’exercice libéral.

Rien ne change sur le fond puisque nous demeurons les seuls à savoir ce que nous savons, à le transmette, partager et pratiquer, au mieux des intérêts de notre profession et de ceux qui y recourent. Nos institutions tutélaires protestent, c’est la moindre des choses, puis avec elles nous poursuivons notre chemin. Nos étudiants continuent d’étudier puis de pratiquer. La vie, notre métier, continuent.

Philippe Grauer


COMMUNIQUÉ — 1er juin 2009

Vote d’une loi partisane sur le titre générique de psychothérapeute

La loi du 4 août 2004 créant le titre légal de psychothérapeute rend obligatoire une formation à la psychopathologie pour obtenir ce titre.
Le projet de loi — amendement 22 septiès de la loi sur la Reforme de l’hôpital — voté à l’Assemblée nationale et légèrement amendé au Sénat, réserve l’accès à cette formation aux titulaires d’un diplôme de médecine ou d’un master de psychologie ou de psychanalyse — soit après cinq années d’études universitaires dans une université d’État.

Si cette disposition est votée, elle aura pour effet de fermer l’accès au titre à des psychothérapeutes formés hors de l’Université par les organisations professionnelles, dont certaines représentent pourtant des garanties de haut niveau pour l’acquisition des compétences nécessaires à l’exercice de ce métier.

Les organisations professionnelles (syndicats, fédérations, écoles de formation) des psychothérapeutes relationnels ont créé depuis vingt cinq ans des règles de formation et d’exercice de ce nouveau métier qui démentent le rideau de fumée d’accusations de “sectes et charlatans” utilisées par ceux qui mêlent un souci légitime de protection du public avec la défense des intérêts corporatistes ou idéologiques des autres professionnels du psychisme.

Les psychothérapeutes relationnels qui refusent cette loi partisane continueront de combattre pour une reconnaissance légale légitime (1“), à la mesure de celle que les patients leur ont déjà manifestée.

Philippe GRAUER, président du SNPPsy

Jean-Michel FOURCADE président de l’AFFOP

  • 1 Sous le nom du titre générique de psychothérapeute. Il est bien entendu que nous sommes maintenus comme profession privée. Psychopraticiens relationnels et multiréférentiels, nous sommes libres d’exercer.

Les sans papiers du CARRE PSY : non expulsables

PHILIPPE GRAUER

Une ambition légitime

On peut estimer légitime de vouloir définir des conditions d’accès au titre générique de psychothérapeute. Il devient déraisonnable de tirer la couverture de la définition d’un côté ou de l’autre des quatre du carré psy, une couverture raccourcie découvrant l’un ou l’autre plus ou moins totalement, au lieu de tenir compte de l’existence paradigmatique de ces quatre protagonistes institutionnels des professions du psychisme.

Déshabiller Pierre pour revêtir Paul

Par manque volontaire de tissu on procéda successivement des années durant au déshabillage de Paul pour revêtir Pierre. Cela n’a jamais fonctionné. À chaque fois le déshabillé protestait qu’il était demi nu, et pourquoi lui, que c’était tant qu’à faire à l’autre de l’être, pis qu’il exigeait que ce le fût. L’opération se doublait d’ailleurs de vastes offensives de politiques universitaires d’occupation du territoire scientifique, au bénéfice généralement du cognitivisme, au détriment de la psychanalyse.

Noms d’oiseaux en vue d’un nettoyage psychique

L’hostilité s’adressait le plus souvent d’abord à la psychothérapie relationnelle, dernière arrivée au carré psy — naguère triangle, dont une rhétorique hostile refoulait jusqu’au nom, nié ou dénié, connoté à des termes diffamatoires tels que charlatanisme et dérive sectaire. Bref, il fallait procéder d’urgence à un sérieux nettoyage psychique.

Mobilisation

Une mobilisation sans précédent de l’opinion éclairée, des experts et d’une partie importante du peuple psy, fit barrage à cette vindicte. Elle n’atteignit pas ses objectifs. En face enfla la rage.

3 côtés égaux sur 4

L’article 52 étant contradictoire dans ses différents articles, aucun décret d’application ne put jamais habiller une loi bancale, demeurée du coup inapplicable. Un nouvel amendement Accoyer, car il en est l’auteur véritable, proposé récemment dans le cadre de la loi HTSP, vient remettre d’équerre la loi 52. Cette fois tout le monde sera traité pareil, réjouissons-nous s’exclame M. Le Guen, du Parti socialiste, appuyé par l’éternelle alliée du Dr. Accoyer, le Dr. Génisson. Traité de façon égale sauf pour ceux qui sont moins égaux que les autres. Les locataires des trois côtés du Carré reconstituant le triangle initial, auront accès à l’usage du titre selon les mêmes conditions, embrassons-nous ! le quatrième n’existant plus, peu importe, titre confisqué à ceux qui précisément l’avaient introduit, soutenu, maintenu et honoré, voici qu’on vous propose un Carré psy singulier, un carré triangulaire équilatéral aux trois côtés égaux certes, amputé de son côté gênant.

250 à 500 heures de psychopathologie universitaire

Le fond du problème est simple : que tout usager du titre générique de psychothérapeute ait bénéficié d’un volume d’heures — le ministre Xavier Bertrand avait chiffré à 250, c’était remonté à 450 — de psychopathologie clinique diligentée par l’université. Proposition finalement oubliée. On vient d’y substituer une issue ultra. Solution rudimentaire à la Accoyer, simplicissime : devenir préalablement psychologue, ce qui comporte pour un quart les fameuses heures, et au terme de cinq ans d’études dans une discipline qui n’a à voir que pour moins d’un quart, de l’aveu même des psychologues, avec la psychothérapie relationnelle, bénéficier du droit au titre générique. Psychologue on se trouvera dispensé même d’études sérieuses dans le domaine, autant il est vrai que pour administrer des thérapies à protocole point n’est besoin d’études spécialisées longues et difficiles. Réjouissons-nous de cette égalisation du jeu : la loi garantit que dorénavant aucun psychothérapeute officiel ne connaîtra notre métier. Docte ignorance.

Injustice redoublée

Et si l’on est consciencieux, on pourra reprendre des études en psychothérapie relationnelle sur cinq nouvelles années pour se spécialiser, que les psychologues se rassurent, d’ailleurs ils n’ont craint à aucun moment, il s’agit seulement d’une option, le législateur se désintéresse de la question. Ils protègent leur pré carré et militent pour l’ignorance de notre domaine. Manque de curiosité scientifique et injustice sur injustice.

Acharnement

Pourquoi un tel acharnement, et surtout est-il équitable de procéder ainsi ? les Écoles aux formations spécifiques que se sont données les psychothérapeutes relationnels sont variées de contenus et de niveau. Les deux fédérations de praticiens en psychothérapie relationnelle et psychanalyse connues et responsables, ainsi que les deux syndicats professionnels historiques, ont de longue date critérisé les écoles dépendant de leur système d’encadrement et de contrôle.

Certification double et à double sens

Il demeure que lesdites écoles délivrent des diplômes privés, garantis seulement par les fédérations, fussent-elles européennes elles sont surtout uniquement professionnelles, et que le niveau d’équivalence au Master 2 de psychologie n’est pas garanti. Le législateur a raison, en l’état actuel des choses la certification doit être double pour valoir pour tous. D’où l’idée du quota d’heures de psychopathologie, venant appuyer les formations spécifiques de 2000 heures (cinq années universitaires, la quotité ordinaire pour un master professionnalisant) des dites écoles. Y joindre l’idée connexe que tout psychologue ou médecin désireux d’exercer la psychothérapie relationnelle devrait venir l’apprendre de nos institutions, seules détentrices d’un savoir qu’ignore et veut continuer d’ignorer l’université française. Au grand dam de la qualité de la réflexion théorique et des soins dont on nous rebat les oreilles.

Deuxième âge

Il se trouve par ailleurs que le recrutement de nos écoles s’adresse à des personnes du deuxième âge, parvenant à cette profession par reconversion, atypiques donc par rapport à la population étudiante classique, en cela comparable aux Sciences de l’Éducation, sauf que cette dernière constitue une discipline universitaire et que pour des raisons historiques trop longues à expliquer ici la psychothérapie relationnelle n’a pour l’instant pas accédé à cette dignité, et quand elle l’eut esquissé, avec Max Pagès et Edmond Marc, l’entreprise ne survécut pas à leur magistère.

VAE : vae victis ?

Précisément le moment est venu de créer un premier système de passerelles, plutôt que de couper les ponts. La VAE, validation des acquis de l’expérience, constituerait une passerelle idéale. Obstacle majeur, les psychologues refusent systématiquement de faire jouer ce système en direction des psychothérapeutes relationnels au motif … qu’il s’agirait d’une tout autre profession.

Clans et vengeances ou juste loi

Il faudrait savoir. La rhétorique ici s’embrouille, on trouve facilement à cinq lignes de distance s’accumuler l’argument selon lequel la psychologie comprend (attention au sens ici de ce verbe) la psychothérapie, puis strictement l’inverse, que de plus il ne s’agit en aucun cas d’une profession, et le contraire. Ce cafouillage révèle l’existence d’une zone confuse, tout aussi grise que le concept de soin, entendu médicalement comme soin administré, ou philosophiquement comme souci, véridiction de soi. Il révèle également le jeu de rivalités corporatistes intenses dans ce milieu— qui n’en détient toutefois pas le monopole. Rappelons qu’il n’appartient pas au législateur d’entrer dans le jeu des clans et des vengeances, mais de proposer une juste loi.

Intégrisme contre homologation

Une autre solution consisterait à homologuer les écoles qui le peuvent, quitte à leur donner un délai raisonnable pour entrer dans des normes elles-mêmes raisonnables. Point n’est en ce domaine l’intention du ministère, inspiré jalousement par le Dr. Accoyer qui sait ce qu’il veut : une éradication. La République n’est pas intégriste, nous ne sommes pas une incarnation du mal, qu’un député à idée fixe pourrait traquer jusqu’au dernier représentant, associé à un site victimaire et à des scientistes adorateurs du Chiffre. Certains voudraient en finir avec 68, d’autres avec le processus de subjectivation en commençant par nous, au nom d’une morale populiste et de l’ignorance.

Barrer la route à l’intolérance

Jamais ils ne toléreront notre existence, jamais non plus les français n’admettront l’intolérance. Leurs groupes de pression continueront de barrer la voie à notre originalité rigoureuse en étanchéifiant tous les circuits possibles. L’entreprise est condamnée d’avance. Leur règne n’aura qu’un temps. Nous pouvons annoncer sans savoir de quelle façon cela se produira que nous avons déjà gagné. Nous serons comme l’eau, elle trouve toujours son chemin. Nous barrer la route est heureusement devenu chimérique.

Une loi partisane

Ainsi au cours de la bataille d’amendements que connut le Sénat la semaine passée, où le sénateur Sueur proposa une série de modestes aménagements (mais de bonne consistance), le verrouillage et la mauvaise foi opposés à toute amélioration de la loi mise au vote ont manifesté un souci autre que d’équité. Cela est dommage, et injuste. Il n’est jamais bon pour la République de se doter d’une loi partisane, marquée d’iniquité, d’arrogance et de contre-vérités. Cela constitue à terme un facteur de désordre et risque d’instaurer une ambiance discriminatoire ruineuse du bien vivre ensemble.

Un type de pratique clinique originale

La psychothérapie relationnelle dans ses meilleures écoles, programmes et résultats , représente une ressource au titre de la psycho diversité profitable à la recherche, à la clinique, au développement des sciences humaines dans notre pays, à la population enfin, à qui elle propose un type de pratique clinique original, inédit, honorablement efficace et autorégulé. Heureusement que nous existons, sur le terrain et par nos écoles, car si on avait compté sur l’université actuelle pour répandre notre savoir la France serait dans ce domaine un pays arriéré. Au lieu de s’occuper de discréditer et bannir nos cliniciens de la cité, mission impossible au demeurant, il serait grand temps de songer à les accueillir, en toute rigueur et sans discrimination partisane.

Une équitable psycho diversité

Notre psychothérapie ne cessera de revendiquer l’usage d’un titre générique qu’elle a su créer et de soutenir qu’il est malhonnête de le lui confisquer pour le confier à des adversaires épistémologiques. Elle trouvera ses solutions dans la situation qui vient. En aucun cas une véritable normalisation du champ psy ne doit faire jouer ce dernier terme dans son sens soviétique, sans quoi le nouveau mur qu’on aurait édifié se verrait destiné à l’issue de beaucoup de souffrances et d’injustice à voler en éclats par le simple effet d’une inévitable épiphanie institutionnelle à venir. Nous le proclamons solennellement, et appelons tous les psychothérapeutes et psychanalystes épris de conscience professionnelle et de justice de ce pays à nous rejoindre dans le combat pour la nécessaire diversité des professions du psychisme faisant pleinement place au processus de subjectivation, pour en un mot qui ici pèse de tout son poids, nous voir à notre tour traités de façon normale.

Paradigme incontournable

On peut prédire que notre psychothérapie relationnelle, sérieusement implantée comme pratique et référence théorique d’esprit pluraliste dans le tissus social de notre pays, se maintiendra et vivra, jusqu’à sa pleine et légitime reconnaissance au service de tous. Déterminés, nous demandons aux professionnels de se mobiliser pour que continue de vivre un courant psy héritier de la psychologie humaniste existentialiste américaine, inspiré de psychanalyse, paradigme inévitable des autres courants et tendances dont aucun ne doit exercer les pleins pouvoirs au détriment d’un autre.

Nous imposer sur le plan intellectuel

Il nous reste une responsabilité historique à assumer. Quelles qu’en soient les modalités, accéder au domaine de la recherche universitaire en nombre et en force, accéder au domaine du concert de la pensée, la seule vraie, la pensée scientifique (au sens de sciences humaines cliniques). Notre mouvement dispose de revues, dont certaines tiennent la route, nos congrès et colloques se succèdent, continuons d’écrire écrivons ouvrages et articles, dont certains, produits ou non par des universitaires, sont de qualité. Nous ne sommes pas absolument absents sur la scène du débat scientifique. Mais nous manquons de personnalités comme Roland Gori ou Élisabeth Roudinesco, qui nous imposeraient sur le terrain intellectuel. Français encore un effort ! Nos Écoles devront former les défenseurs de demain des valeurs et savoirs qu’elles seules sont en capacité et charge de représenter et diffuser.

Devoir de transmission

Continuons de faire fonctionner des Écoles sérieuses et dignes, soigneusement sélectionnées et encadrées par nos modestes seules forces. Ça n’est pas suffisant mais déjà nécessaire. Continuons de transmettre, comme nul part ailleurs, le cœur du message spécifique qui est le nôtre, dont nous sommes les uniques dépositaires, de l’héritage de la psychologie humaniste à son point d’articulation problématique mais fécond avec la psychanalyse. Nous avons le devoir de le maintenir, développer et remettre aux mains de la génération qui vient. Nous continuerons d’honorer ce service historique.

Saine légitimité

Parallèlement on devrait être en droit d’attendre des pouvoirs publics qu’ils fassent savoir que nous méritons le respect, en qualité de professionnels organisés et responsables, et suscitent les moyens législatifs d’exister et d’exercer en paix et saine légitimité dans une société ouverte et tolérante.

Accéder à la vérité de soi

Si tel devait ne pas être le cas, au vu de l’attitude d’une Ministre de la Santé ayant rompu avec le style d’ouverture de ses deux prédécesseurs, nous dénoncerions une loi agonistique, visant non à encadrer les pratiques psys mais à chercher à en détruire une que pour d’obscures raisons certains ne pourraient pas souffrir et ce au détriment des besoins légitimes de la population de ce pays et de son droit de recourir — ce qu’elle fait déjà et conforte notre situation sur le terrain, pour accéder à la vérité de soi aux parrésiastes de son choix.