Vers des États généraux de Sauvons la clinique en 2010

Vers les Etats Généraux de la Clinique en 2010.

Très bientôt nos commentaires

Depuis les pétitions du 23 mai 2007 (13000 signataires) et du 5 juillet 2008 (16285 signataires), les réunions et les assemblées générales que nous avons tenues, nous ont permis de partager les analyses de la situation actuelle et de mieux définir les buts du mouvement en cours. En même temps, l’actualité n’a cessé de confirmer les craintes qui ont été à l’origine de « Sauvons la clinique » et de la nécessité d’une réponse collective à la hauteur des menaces qui se précisent jour après jour. Il est clair aujourd’hui, que nous assistons à une convergence des forces du néolibéralisme, du scientisme et de l’utilitarisme pour imposer une vision réductrice de l’humain dont nous constatons les applications dans plusieurs domaines : l’éducation, la recherche, le soin, les libertés, etc.

C’est pourquoi nous avons dernièrement concentré nos efforts sur l’articulation de ces différents champs touchés par cette idéologie, en initiant l’appel des appels (www.appeldesappels.org) qui compte aujourd’hui 76000 signatures de soutien et plus d’une dizaine de comités locaux partout en France. Fort de cette coordination regroupant des professionnels du soin, du travail social, de la recherche, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, il est plus que jamais nécessaire de poursuivre nos efforts pour penser ce qui constitue la menace spécifique à notre secteur d’activité.

La démarche clinique reste en ligne de mire à travers des textes législatifs et administratifs, à travers des dispositifs d’évaluation quantitative, homogénéisante. Or, ce que nous appelons « clinique » correspond à une conception du soin que la communauté humaine doit au sujet souffrant, ce qui engage une politique et un choix de civilisation.

Ce choix est antinomique de la logique de la performance économique et de ses artifices déréalisant qui destinent la société à une débâcle comparable à celle de la sphère financière, que la crise actuelle vient cruellement d’actualiser. C’est pourquoi, notre intérêt pour la clinique n’est pas dissociable des intérêts de la cité et qu’il nous faut plus que jamais penser ensemble les enjeux d’aujourd’hui et de demain.

Sur la base d’une solidarité du clinique et du politique, nous appelons à la plus large participation possible à la préparation des Etats généraux, à l’horizon 2010. Les enjeux liés à la loi Bachelot, à la logique ARS et par ailleurs à la masterisation des diplômes de l’université, invitent plus que jamais à ce rassemblement et à un travail de fond pour ne pas sombrer dans ce qui se dessine et vient mettre plus que jamais à mal nos professions et la possibilité de remplir nos missions. A cette étape, la mobilisation passe par : La créa tion de comités locaux « Sauvons la clinique » à l’échelle institutionnelle, départementale, régionale, inter associative, etc. L’initiative reste ouverte à tous, à titre individuel ou collectif et suite à vos sollicitations, nous reprenons contacts avec vous pour vous encourager à la mise en place de tels dispositifs. Il revient à chaque comité de décider de la forme à donner à son action et à sa contribution. Indiquons néanmoins quelques dossiers importants :

– Etat des lieux faisant ressortir à la fois les difficultés, les menaces, les atteintes à l’activité clinique, et en même temps les expériences de refus de se soumettre, d’inventivités pratiques, théoriques et institutionnelles.

– Elaborations théoriques individuelles ou collectives autour des grands axes suivants
:

1) Qu’appelle-t-on clinique ?

2) La formation

3) L’évaluation

4) la recherche

5) Clinique et lien social

6) Pratiques clinique et politique

– Contact et sensibilisation des acteurs politiques et associatifs susceptibles d’apporter leur appui moral, logistique ou financier au mouvement « Sauvons la clinique ».

Sortir de l’isolement est un impératif catégorique de résistance, plus que jamais nécessaire. Aussi, pour témoigner dès maintenant de cette impulsion, une soirée Sauvons la Clinique s’organise à Lyon le 30 juin prochain et entend inaugurer une longue série de rencontres que nous espérons nationales. Ainsi, suite à vos initiatives locales, à vos réflexions, un premier rassemblement des comités locaux pourrait avoir lieu début 2010 afin de préparer les Etats généraux, qui ne seront utiles qu’à témoigner de nos efforts collectifs dans la durée et de produire et permettre des résultats concret dans l’exercice de nos professions engageant le soin psychique.

Dernière minute au Sénat

Peu d’amendements acceptés au Sénat, une argumentation non exempte de mauvaise foi et d’attaques diffamatoires, le spectre d’Accoyator rôdait dans les discours sécuritaires verrouillés.


Jean-Michel Fourcade nous mande, depuis le Sénat

Cet après midi le Sénat a adopté l’article 22 septies déjà voté par l’Assemblée Nationale, plus :

– l’amendement 799 du sénateur SUEUR : “Compléter le troisième alinéa de cet article par une phrase ainsi rédigée: Le diplôme de niveau master peut être délivré par l’Université dans le cadre de la validation des acquis de l’expérience“

– le sous amendement du sénateur VASSELLE à l’amendement du sénateur SUEUR adopté: “Dans le texte de cet amendement remplacer les mots ” l’Université” par les mots: un établissement d’enseignement supérieur“.

La Ministre peut à la fin de l’examen de la loi par le sénat demander un nouveau vote (à 1heure du matin …) pour que le Sénat annule ces deux textes et ainsi échapper à la Commission mixte paritaire sur l’article 22 septiès.

(À suivre)


Le débat — texte intégral

Pour en savoir plus cliquez sur Sénat mais n’oubliez pas d’écouter Armstrong.

Allez, un peu de douceur pour compenser tout cela.

MIVILUDES : erreur de cible ou campagne diffamatoire ?

Nouvel amendement Accoyer

Le Sénat débat de l’amendement Bachelot, en fait un nouvel amendement Accoyer, lequel exerce sa haute surveillance sur l’opération pour s’assurer que cette fois ça passera, strictement dans ses termes et conditions.

On méconnaît les institutions responsables on charlatanise une profession toute entière

Georges Fenech président de la Miviludes, Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, publie les résultats des travaux 2008 de la Mission. À l’occasion de quoi il lance un avertissement diffamatoire contre “les psychothérapeutes”, généreusement repris par les médias, quitte ensuite lors d’une obscure interview à nuancer son propos sur le thème ils ne sont pas tous mauvais, il y a aussi grâce à Dieu quelques bons juifs. Mais vous savez, faire le tri serait trop difficile, en se méfiant de tous on est sûr de ne jamais commettre d’erreur. Reprise du fameux “Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens”.

Paralogisme rampant

Ainsi le Rapport aborde la question de la “multiplication d’offres relatives au bien-être et à l’épanouissement personnel dépourvues de toute évaluation sérieuse, et dont certaines présentent un risque réel pour la santé“, à “l’encadrement des pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique”. Il poursuit sur la frontière sensible entre un “charlatanisme” simple, plus ou moins inoffensif quoique parfois dangereux, et la dérive sectaire, qui peut être supportée (l’auteur doit vouloir dire soutenue) ou favorisée par de telles pratiques.

Marchands de bonheur vs. praticiens de la souffrance, confusion générale

Un irrépressible glissement — faudrait-il parler de dérapage à ceux qui parlent de dérapeutes au lieu de faux thérapeutes ? — brouille la fameuse “frontière sensible”. Parti de méthodes de “bien-être” on glisse vers la pratique “à visée thérapeutique”, glissement furtif, équivoque, fallacieux, car on ne franchit pas impunément la frontière entre ces deux espaces épistémiques et scientifiques distincts, l’un s’occupe de développement personnel et de course au bonheur, l’autre de la souffrance, on confond au lieu de distinguer. Fâcheux méthodologiquement et éthiquement.

Au Temple solaire c’était des médecins

Le tout enfariné dans le “charlatanisme simple”, farine blanche, bientôt décliné en “dérive sectaire”, farine brune : les charlatans, faux thérapeutes (et non psychothérapeutes notons-le au passage), confineraient à la dérive sectaire. Possible pour certains, nous ne recevons au SNPPsy pratiquement aucune plainte de ce genre. Laquelle dérive peut aussi bien on le sait concerner des praticiens dûment diplômés. En matière de secte le diplôme ne fait rien à l’affaire et même souvent les bons sectateurs sont hyper diplômés, médecins par exemple, comme au Temple solaire proche de la circonscription du dr. Bernard Accoyer, ils se sont souciés d’une bonne couverture, eux.

Le chaînon douteux

Une chaine sémantique et logique douteuse se trouve ainsi constituée : développement personnel > “à visée thérapeutique” > “charlatans simples” (déjà dangereux) > dérive sectaire. Le premier chaînon menteur, dérapeur, abusif, étant le à visée thérapeutique.

Et voilà pourquoi votre fille est muette

Mais nous tenons le second chaînon douteux. Comme charlatan égale psychothérapeute relationnel (par extension ou contagion psychanalyste) en langage Accoyer standard, depuis le développement personnel, domaine parfaitement étranger à la psychothérapie, jusqu’à la dérive sectaire, en quatre pas vous avez disqualifié par paralogisme redoublé la psychothérapie relationnelle.

Prestidigitation : distinguer le vrai du faux devient malaisé

Il aura suffi de substituer les faux psychothérapeutes aux vrais. Il aura suffi d’ignorer que les vrais, les psychothérapeutes relationnels, de notoriété publique, ont établi la distinction depuis plus d’un quart de siècle et se sont comme le SNPPsy expressément policées pour se distinguer des pseudos. Et se sont dotés d’Écoles soigneusement critérisées aux vastes programmes où l’ouverture, la critique et l’exigence intellectuelle sont constatables par qui voudrait s’en enquérir.

Primum non nocere

Certains en effet comme en scientologie singent grossièrement la psychologie d’ailleurs davantage que la psychothérapie, encore moins la relationnelle. Qu’on les confronte à leurs turpitudes et ne nous mêle pas avec une entreprise parfaitement étrangère à nous. Au lieu malignement de nous confondre avec ceux contre qui nous luttons puisque nous faisons métier de libérer les sujets. Il n’est jamais recommandé d’user de malhonnêteté intellectuelle, disons de méthodologie incertaine, a fortiori lorsqu’on entreprend de lutter contre l’immoralisme et le désir d’emprise de sectes antidémocratiques et antihumanistes. Pour paraphraser l’adage, premièrement ne pas se nuire. Ne jamais se disqualifier soi-même dans le cadre d’une juste lutte contre toute entreprise d’asservissement de l’autre.

Pourquoi diable nous sataniser ?

On aurait souhaité en l’occurrence ne pas voir engager de combat collatéral partisan à l’occasion de la nécessaire vigilance contre les véritables sources d’aliénation. Alors, pourquoi diable (mot à ne pas prononcer ici) constate-t-on que cela s’est produit sous nos yeux sidérés ?

Hommage aux travaux de Roland Gori

Le veille de la fête de la musique ce sera à Marseille la fête à Gori.

Des études sur la passion à la dénonciation vigoureuse de la médicalisation de l’existence, Roland Gori marque notre époque et nous nous réjouissons de voir célébrer ses travaux par sa chère université de Provence.

Tous ceux qui sont libres ce jour-là, allez en profiter

Samedi 20 juin

3 place Victor Hugo

Amphi Marion

[Document : En hommage aux travaux de Roland Gori]

Autisme — halte à la désinformation !

pas l’un ou l’autre mais l’un & l’autre

Par Philippe Grauer

Toujours la même chose, ça n’est pas ou l’un ou l’autre mais l’un et l’autre. La psychanalyse et la psychothérapie (1“) sur le terrain de l’autisme n’ont pas à se voir opposées aux recherches neurologiques, l’une bonne l’autre pas. Le combat des mêmes contre les mêmes a quelque chose de lassant, mais de rassurant, c’est toujours le même combat. Celui qui se livre actuellement au Sénat et dans la campagne médiatique d’amalgame avec la charlatanerie sectaire, allons donc ! à la psychothérapie relationnelle dans le vain espoir de la liquider — il ne faut tout de même pas prendre ses rêves à ce point pour de la réalité, procède de la même inspiration.

Bien entendu nos psychopraticiens {{relationnels n’ont droit de cité à l’hôpital qu’à condition d’être aussi psychologues. Cela ne nous empêche pas, bien au contraire, de mener le combat pour la psychodiversité.

} }


Il y a des limites que nul ne devrait se permettre de franchir, pas plus certaines associations de parents d’enfants autistes que les autres. Pourtant, dans le but louable de “défendre” les autistes, l’Association Léa pour Sami, par l’intermédiaire de son président M’Hammed Sajidi, franchit de façon répétitive ces limites en prenant pour cible les pédopsychiatres en général et les psychanalystes en particulier.

Fait-on avancer la cause de ces enfants par la désinformation, la calomnie, les attaques ad hominem, les déclarations haineuses ? Jusqu’à présent, aucun professionnel n’a réagi publiquement, par respect pour la souffrance de parents touchés par la maladie de leur enfant et peinant à trouver des réponses adéquates, tant nous sommes en retard en matière de places d’accueil et de pédagogie adaptée pour les enfants autistes.

Notre silence finit par nous rendre complices consentants. Contrairement aux idées véhiculées par cette association, qui ne jure que par les méthodes éducatives dont elle prétend que les pédopsychiatres se désintéressent, l’ensemble des professionnels concernés par la psychose et l’autisme ont intégré l’apport des neurosciences, des techniques éducatives et de la psychothérapie.

Ils réorganisent leurs dispositifs avec les moyens dont ils disposent pour en faire bénéficier les enfants, avec le soutien actif des parents, dont l’adhésion est non seulement souhaitée mais indispensable.

Nul parent, même s’il encense une méthode qui a fait ses preuves pour son enfant, n’est en droit de chercher à l’imposer à tous les enfants à l’exclusion de toute autre. Nul spécialiste ne se prétend détenteur d’un savoir, ou d’une pratique, qui s’appliquerait à tous les enfants autistes en excluant toute autre approche : l’autisme, par la variété de sa clinique et probablement de ses causes, n’autorise pas la simplification, si rassurante soit-elle.

> ENFANTS “COBAYES”

C’est pourquoi la pétition et la manifestation du 2 avril à l’initiative de l’Association Léa pour Sami devant le ministère de la santé pour “demander un moratoire contre le packing” est particulièrement choquante : les médecins sont accusés de prendre les enfants pour des “cobayes” à qui on appliquerait “des méthodes scandaleuses”… Au fait, de quoi s’agit-il ? D’une technique d’enveloppement qui a des indications précises, mais
limitées, puisqu’elle concerne des jeunes se mutilant gravement ou tellement violents qu’ils mettent en péril la vie familiale, la poursuite de leurs soins et de leur intégration scolaire. Cette technique obéit à des règles éthiques précises.

Elle ne constitue qu’un élément, à un moment donné, de l’ensemble de la prise en charge de ces patients. Alors qu’elle est pratiquée depuis plus de dix ans dans le monde entier, le professeur Delion a présenté un projet d’évaluation de ses effets thérapeutiques (dossier Programme hospitalier de recherche clinique), avec avis favorable du Comité de protection des personnes du CHRU de Lille, où il exerce. C’est pour empêcher cette évaluation — réclamée par des praticiens du monde entier — que cette association mobilise d’autres parents avec des arguments injustifiables.

Il ne faut pas nous leurrer sur le sens des attaques envers le professeur Delion. Parmi les professionnels, il n’a pas à être défendu : sa compétence, son humanité, sa rigueur et son inventivité sont unanimement reconnues. Mais, à travers lui, c’est tout simplement la possibilité de délivrer des soins aux autistes quand ils en ont besoin, à leur fratrie et à leurs
parents, qui est visée.

L’autisme serait-elle la seule maladie à ne pas englober le psychisme, au prétexte qu’elle serait d’origine génétique ou neurobiologique ? C’est aussi la mort souhaitée d’une collaboration — ô combien précieuse —, entre neuroscientifiques et pédopsychiatres, dans l’élaboration d’hypothèses cognitives et psychopathologiques qui nourrissent la recherche, et à terme le traitement des autistes. C’est pourquoi il est grand temps de réagir, et
de ne plus laisser passer ces entreprises de désinformation aussi bruyantes que nocives.

Caroline Eliacheff est pédospychiatre et psychanalyste.

  • 1 Relationnelle faudrait-il spécifier, en tant que déclinaison hospitalière de la psychanalyse ?

SECTES ET PSYCHOTHÉRAPIE : amalgame de campagne

[Document : Rapport Miviludes 2008]

À part cela, continuer de suivre l’état de la question au Sénat en cliquant sur les mots soulignés ci infra.

Miviludes. Rapport au Premier ministre, rapport 2998. Paris, La Documentation française, 199 p.-

Georges Fenech — Miviludes : accusations graves sur fond d’études manquant de sérieux

À première lecture, le rapport Fenech nous a paru un peu léger en ce qui concerne la question de la psychothérapie (au sens générique du terme). Son rideau de fumée satanique masque mal une étude guère approfondie. Qu’on nous pardonne mais la recherche n’est pas une affaire de Renseignements généraux. La littérature est pourtant abondante. Va-t-il falloir que nous publions nous une bibliographie de référence pour orienter nos chercheurs administratifs dans un champ où ils paraissent bien désorientés ? Le fait de parler avec l’autorité de l’État crée obligation scientifique et de rigueur. On attendait du sérieux, on se voit offrir du médiatique. Pas forcément du meilleur.

Un vrai bazar

Consultez les pp 107-110 du rapport Fenech joint à cet éditorial sous forme de document PDF consacrées à la psychothérapie (au sens générique). Ce travail de la Miviludes, s’appuyant sur un inventaire à la Prévert juxtaposant un répertoire de méthodes de la FF2P à une liste de méthodes de bien-être englobant l’ayurvéda, la catharsis glaudienne, eh oui ! le jeûne et la supervision, nous n’inventons rien, en conclut, que conclure d’un pareil objet, en conclut que des “psychothérapeutes” aux parcours hétérogènes, comment le dire mieux, suscitent l’interrogation sur leurs parcours de formation.

Question de méthode

C’est le moins qu’on puisse penser. Ce qu’on pourrait également en dire c’est que l’étude de la Miviludes ne nous semble pas assise scientifiquement de façon bien sérieuse et que nous sommes en droit de nous interroger à notre tour sur sa méthodologie. Apparemment il s’agit de picorage dans des lieux de référence fourre-tout, sans travail critique ni référence sociologique ni psychothérapique ou psychanalytique solides(1“). De plus, ça n’est pas tant les méthodes qu’il devrait s’agir de qualifier ou disqualifier, mais bien davantage les praticiens. Là encore, c’est le moment de le répéter, question de méthode.

Nous n’avons jamais été approchés

Nous n’avons jamais en ce qui nous concerne été approchés, alors que nous figurons au centre de la nébuleuse psy dans laquelle l’auteur du rapport ne voit que fumées sataniques et brouillards dignes de méchants films de revenants ou de possession. Notre site est consultable, et facilement identifiable, on peut lui poser autant de questions qu’on veut, et nos programmes s’étalent sur l’équivalent de 100 pages. Nos textes et documents sont consultables, et même plutôt souvent consultés, mais apparemment pas par les fonctionnaires chargés de s’intéresser à notre profession et responsables devant la nation de lui en parler en connaissance de cause. Le SNPPsy a pignon sur rue, et sur internet, et est interrogeable, tout comme l’Affop : nada !

Allo l’Inserm ?

Seule l’Inserm, qui s’est mis le doigt dans l’œil en évaluant de façon parfaitement non scientifique la psychanalyse au début de la crise Accoyer, est considéré par l’auteur du rapport comme enquêteur fiable. Soit. Que ne nous a-t-il approchés ?

Qui veut noyer son chien

Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. À partir d’un concensus facile à obtenir sur la peur légitime de sectes antidémocratiques et antihumanistes, on engendre un syndrôme de purification apparenté aux fantasmes et méthodes intellectuelles de la Sainte Inquisition, c’est du Bush. Au nom de la République on lance une chasse aux sorcières vers la psychothérapie relationnelle, AVANT d’avoir fait sur elle la moindre enquête un peu sérieuse, ou plutôt en ignorant les protagonistes et interlocuteurs institutionnels dont on se propose de nettoyer le paysage psy. Les Verbatims des réunions tenues au ministère de la Santé sont pourtant à disposition, en tout cas sur notre site et celui du SNPPsy, et tant d’autres études et ouvrages !

Purification psychique

Que signifient ces procéures et ces procédés ? Prenons garde à la purification psychique. Page 104 Delphine Guérard, psychologue de son état et plutôt rigoureuse dans sa démarche, liste d’après un article de l’excellent Journal des psychologues cinq caractéristiques permettant d’identifier de la dérive sectaire. Saisissons-nous de cet outil, le seul dont dispose le rapport pour mesurer ce danger, et jugeons les Écoles et organisations historiques de la psychothérapie relationnelle à son aune.

Malhonnêteté républicaine

Au lieu de crier à tout hasard au voleur en plein milieu du marché et de risquer de faire lyncher le premier gamin aperçu en flagrant délit de courir pour rattraper son chien. N’ajoutons pas une dose de maladresse républicaine à un dossier suffisamment sensible comme cela, car il y a sûrement mieux à faire. Par exemple s’occuper des vraies sectes malfaisantes, et s’appuyer sur les psychothérapeutes honnêtes et honnêtement formés, inscrits auprès d’institutions responsables et respectables(2“), pour contraindre les autres à cesser leurs pratiques pseudopsys ou à se former sérieusement sans délais avant de les reprendre dûment encadrés, s’ils en ont les moyens intellectuels et humains (long travail sur soi, et pas n’importe quoi, c’est notre métier, nous savons de quoi nous parlons et savons l’évaluer).

Grosses évidences contre grossières agressions

Ce billet ne constitue qu’une toute première approche. Qu’on nous le pardonne, encore que par les temps qui courent, dans certaines sphères, hautes ou médiatiques, l’ambiance n’est pas, envers nous, à la mansuétude. Après tout, c’est peut-être un honneur qu’on nous fait. De grâce qu’on cesse immédiatement tout amalgame diffamatoire et tout mot d’ordre persécutif contre les bons psychothérapeutes relationnels, ayant passé par des filières identifiables et évaluables, et qu’on fasse les gros yeux aux vrais malfaiteurs. Il est regrettable de devoir aligner ainsi des évidences grossières, mais elles se mesurent à des agressions mal venues qui le sont tout autant. De grâce, revenons-en à la rationalité et à la démocratie. Revenons-en à la présomption d’innocence, à un peu de jugeotte, et tout simplement à quelque humanisme.

De 450 heures à 5 ans : doublement de “peine”

Certes faire des études n’est pas une punition. C’est pourtant ce que l’obligation inique prévue par la loi en débat se prépare à mettre en place mettre en place, au motif fallacieux de la lutte antisectes. Entre 450 heures de psychopathologie clinique universitaire obligatoire pour accéder à l’usage du titre générique de psychothérapeute si l’on est sorti d’une bonne École, proposé par le précédent ministre Xavier Bertrand, et l’actuel dispositif de la double formation imposée à sens unique : tout psychothérapeute relationnel dûment formé devra effectuer une formation complète supplémentaire de cinq années en psychologie, mais non l’inverse, un gouffre bée.

Accoyer – Terminator, le retour

Celui de l’inflexible volonté du vengeur suprême Bernard Accoyer, adossé au corporatisme des psychologues. Le rapport de la Miviludes, en pratiquant un amalgame populiste avec la question des dérives sectaires, dont précisément les institutions historiques de la psychothérapie relationnelle se sont en se fondant même, clairement démarquées, en rend pas service à sa propre cause. Il n’est jamais de bonne politique de traquer les ennemis de la démocratie et de l’humanisme là où on sait bien qu’ils ne sont pas.

  • 1 Le classement que propose Élisabeth Roudinesco dans Le patient le thérapeute et l’État. Fayard, 2004, 179 p., peut donner lieu à controverse, mais l’ignorer est difficile. Il présente le mérite de ne pas classer les psychothérapies ni la psychanalyse dans les sectes.
  • 2 On n’a qu’à les vérifier et homologuer, en leur imposant les contraintes nécessaires, certainement pas en leur imposant de recommencer entièrement des études en psychologie alors qu’ils ont déjà étudié cinq années universitaires voir davantage. On arrête la persécution, on agit raisonnablement et démocratiquement. Pourquoi pas ?

Michel Vaujour : l’enfermement qui libère

Et si le bonheur c’était la liberté ? un ancien prisonnier témoigne.

Notre profession consiste à aider ceux qui viennent nous en parler à se libérer de leurs prisons internes, qui les empêchent de vivre leur vie à eux, une vie qui ait un sens, celui qu’ils finiront peut-être par élaborer et découvrir au long cours de leur cheminement en notre compagnie.

Autant dire que le témoignage de Michel Vaujour nous intéresse. Ils sont plusieurs, d’étudiants du Cifp, à nous avoir recommandé d’aller voir ce film. Carole Bitoune la première a répondu à notre appel d’écrire son invite. La voici. Merci à elle de s’efforcer de contribuer à notre libération à nous.

Philippe Grauer


Inspiré par la révolte contre l’injustice sociale, Michel Vaujour, ce jeune homme de 17 ans, qui se décrit lui-même comme « un fils de rien » choisit de rompre avec l’ordre établi en optant pour la délinquance.

Ses braquages le conduisent en prison. L’enfermement attise son sentiment d’injustice. Son obsession pour la liberté rend son enfermement interminable. Les évasions succèdent aux évasions. Elles rallongent ses peines et le forcent à supporter l’enfer des quartiers de haute sécurité pendant dix-sept ans. Michel Vaujour se rend particulièrement célèbre en s’échappant de la prison de la Santé en 1986 au bout d’un treuil arrimé à l’hélicoptère que pilote sa compagne.

Cette fuite en avant va durer pendant un quart de sa vie d’adulte (27 ans de détention). C’est le temps qui lui faudra pour apprendre à se libérer en choisissant une autre voie.

Dans son documentaire intitulé Ne me libérez pas je m’en charge, titre inspiré d’un slogan de mai 68, Fabienne Godet retisse avec Michel Vaujour les fils de son histoire.

Libéré en 2003, il a trouvé le bonheur. C’est l’amour qui l’a sauvé en lui donnant la force de trouver le véritable chemin de sa liberté. Aujourd’hui, il goûte l’instantanéité de la vie et savoure la beauté des choses. Ses paroles simples raisonnent comme des vérités.
“Ma plus belle évasion ? C’est de la prison que je m’étais faite dans la tête. Aujourd’hui, je me sens infiniment libre ? Quant au passé, je n’en ai pas. Je sais par quoi je suis passé, mais seul le présent m’importe. C’est le résultat d’une hygiène de vie de 27 ans. Maintenant je ne me fais jamais de soucis sur l’avenir. Le cadeau c’est que je goûte à la vie ici et maintenant.”

Courez le voir !

Sectes et psychothérapie sur BFM — interview éclair, comme la fermeture du même nom

BFM TV : mais où est passé le dialogue ?

Toute personne ayant pu l’entrevoir pourrait-elle nous le signaler ? Figuration intelligente (?), manipulée pourrait-on dire tant l’expression est à la mode, sur BFM : deux répliques, une minute environ, le dernier mot revenant aux détracteurs, le président du SNPPsy pris entre le baillon et les ciseaux ça n’est pas hier soir sur BFM qu’on a pu l’entendre. Cela s’appelle paraît-il dialoguer en direct avec les téléspectateurs, étrange expression pour désigner le contraire de ce à quoi l’on procède.

Passer à la télé : passer muscade ; le phénomène sectaire en France sert de bien étranges causes apparemment. Lisez plutôt d’Arnaud Esquerre, La manipulation mentale, sociologie des sectes en France, chez Fayard, venant de sortir, une curiosité ouvrant le scandale sur la face opposée du tout permis (donc on évalue à tour de bras pour corriger cette absolue licence, ça il oublie de le mentionner)(1“). Vaguelette maccarthyste relouquée opérant sa tempête dans le verre d’eau français ?

La quasi unanimité de l’inanité impressionne. Les nuées de fantasmes mal étudiées qui vous manipuleraient le mental si l’on s’y prêtait, le vent médiatique qui les rabat sur nos ondes, tout cela semble un peu léger en définitive, mais deviendrait pesant, relativement aux enjeux et à la complexité de l’affaire.

On ne peut que se préoccuper de ces mises sous pression affolées affolantes un peu folles, — fofolles mêmes, quelqu’un parle sans frémir d’un tiers des psychothérapeutes, pas moins, relevant de la secte, le n’importe quoi n’est assurément pas loin, pourraient si l’on n’y prenait garde déboucher sur une chasse aux sorcières en direction non des sectes, elles prolifèrent nous dit-on, merci, et s’agit-il réellement de cela ? mais de la psychothérapie — exacte antidote à l’assujetissement — puis à terme de la psychanalyse.

De la psychothérapie comme nous l’entendons, relationnelle. Heureusement il ne prononcent jamais ces deux mots ensemble, ils ne nous nomment pas, cela nous épargne un peu, dans la guerre des mots et la montée de la novlangue qui se proposerait de nous anéantir nous, les honnêtes gens, bien plus que les sectes, si les citoyens de ce pays se laissaient tourner la tête et mettre sous emprise médiatique.

Nous n’en sommes pas là. Étudions ces façons de faire, et croire pouvoir façonner l’opinion. En attendant un information ouvrant vraiment sur la réflexion relisez nos Cinq critères, qui tout de même, sans tambour ni trompette, nous qualifient depuis bientôt un demi siècle au service de nos concitoyens.

  • 1 Encore une autre histoire. Ce sociologue de tendance ultra gauche des mœurs est contre le principe de toute loi. Par un autre biais et excès inverse, il nous considérerait comme secte tout autant que celles dont nous dénonçons le danger, puisqu’il est pour la liberté des sectes, à l’américaine où tout est secte et totalement libre en tant que tel. Corrélat : évaluation à mort. L’extrêmisme de partout guette. Qui prétendrait cette question facile à résoudre ? Pourvu qu’un peu de sagesse et de modération intervienne grands dieux !

    Par contre son interrogation radicale concernant la vision du monde antisectaire oblige à revenir aux fondements. En ce qui me concerne je me positionnerais, comme Élisabeth Roudinesco, à mi-chemin : il faut de la loi, et protéger qui doit l’être en matière d’inceste, d’abus sectaire et autres joyeusetés, sans pour autant verser dans l’Inquisition. On pourrait appeler cela un républicanisme modéré. L’actuelle bouffée médiatique anti psychothérapie (relationnelle) ne va pas dans ce sens.

Oui aux psychothérapeutes (relationnels), non aux charlatans

Le projet de loi sur l’hôpital menace de provoquer une erreur historique

La presse y va fort depuis la publication du rapport de la Miviludes, l’excellente Mission interministérielle de lutte contre les sectes, dont le président Georges Fenech, déclare au Figaro que “les gens qui souhaitent se tourner vers un psychothérapeute ne savent pas comment faire le bon choix”.

Ça n’est pas faute d’avoir été auprès du Ministère de la Santé depuis des décennies expliquer qui nous étions, ce que nous faisions et les garanties dont nous entourions notre pratique, encadrée par nos Cinq critères.

Non, l’idée qui conduit à nous ignorer volontairement c’est qu’il faut confier aux psychologues et aux psychiatres le soin d’administrer la psychothérapie relationnelle, non enseignée à l’université qui n’en veut rien savoir(1“). Même pas, le soin plutôt d’administrer des psychothérapies à protocoles, nous ayant disparu. En fumée ? comment nous ignorer, ingnorer notre psychothérapie du processus de subjectivation et penser magiquement qu’il suffit de fermer les yeux dans notre direction pour que nous cessions de gêner le scientisme sécuritaire ambiant ?

Enfin l la bataille médiatique fait rage, et Le Monde affiche cet article que nous vous soumettons, comme un peu d’antidote à celui de La Croix, parfait contre les sectes, odieux contre la vérité.

D’autres voix que celle de la FF2P représentent comme on sait le quartel des institutions historiques de la psychothérapie relationnelle. Dont celles du SNPPsy, du Psy’G, de l’Affop. On peut peut-être encore aujourd’hui s’autoproclamer “psychothérapeute”, mais chacun sait que nos praticiens dûment encadrés fournissent toutes les garanties requises à qui sagement désire ne pas se confier au premier venu (y compris à un psychiatre qui se prétendrait psychanalyste par exemple).

Le texte que nous vous soumettons constitue une reprise de celui que nous avons déité précédemment sur le même sujet sous l’intitulé dramatisé comme les usagers en danger. On s’y référera pour connaître notre réflexion critique à ce sujet.

Philippe Grauer


Dans le cadre du projet de loi réformant l’hôpital, le Sénat examine d’ici au 20 mai, une nouvelle formulation de la loi d’août 2004, réglementant l’usage du titre de psychothérapeute. En effet, cette loi n’a jamais pu être mise en oeuvre, le Conseil d’Etat ayant successivement rejeté tous les projets de décret d’application proposés par le gouvernement.

Bien que dans plus de 90 % des cas les psychothérapies soient aujourd’hui entreprises à l’initiative des ” usagers ” eux-mêmes, en dehors du cadre hospitalier, un article a été ajouté à ce texte de loi visant essentiellement à réformer l’hôpital, et le Sénat doit se prononcer maintenant, en ” procédure d’urgence “.

Ce nouveau texte proposé par le gouvernement, et adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, n’est pas conforme aux normes européennes et risquerait de constituer une erreur historique : en effet, il mettrait en danger des usagers psychologiquement vulnérables, en accordant la caution de l’État à des médecins et des psychologues, certes compétents dans leur domaine, mais non formés spécifiquement à la psychothérapie ; et cela en excluant paradoxalement les psychothérapeutes professionnels qualifiés, certifiés à un niveau bac + 7, dans une trentaine d’établissements d’enseignement supérieur privé. Il convient de rappeler que la pratique de la psychothérapie n’est pas, en France, enseignée à l’université publique.

Quatre millions de personnes (soit 8 % de la population adulte française) ont eu recours à la psychothérapie afin de pouvoir surmonter leurs souffrances psychosociales : dépression, stress, chômage, isolement, conflits conjugaux, familiaux ou professionnels, traumatismes psychologiques, etc.

Douze méthodes scientifiques sont largement reconnues à l’échelle européenne ; elles se répartissent en cinq courants principaux : psychanalyse, thérapies cognitivo-comportementales, thérapies familiales, psychothérapies humanistes ou psychocorporelles, psychothérapies intégratives.

La formation dispensée depuis un quart de siècle, dans des écoles et instituts privés (niveau d’entrée bac + 3 minimum, avec une sélection concernant l’équilibre et la maturité de la personnalité), comprend une psychothérapie personnelle, des cours théoriques, incluant la psychopathologie, une formation méthodologique et pratique, sous supervision étroite, et un engagement déontologique.

Il importe de souligner que beaucoup de ceux et celles qui choisissent, à 40 ans en moyenne, la psychothérapie comme second métier, ont déjà une expérience professionnelle qui les y prédispose particulièrement (travailleurs sociaux, métiers de la santé, éducateurs…). C’est eux que la loi éradiquerait de l’exercice de cette profession. Il s’agirait là d’une décision incompréhensible et impardonnable.

Cependant il est vrai que, profitant de l’absence de textes législatifs, un certain nombre de charlatans, voire de ” gourous ” de mouvements à caractère sectaire, se sont autoproclamés ” psychothérapeutes “, sans aucune formation sérieuse et représentent un danger certain d’infiltration dans le no man’s land que créerait l’adoption de la loi dans sa rédaction actuelle. Croyant viser au mieux, elle risque fort de virer au pire.

En effet, le projet d’article en débat au Sénat ne fait pas la distinction radicale qui s’impose entre ces usurpateurs et les psychothérapeutes qualifiés authentiques. Ce projet a fait l’objet du dépôt de onze amendements émanant de plusieurs courants politiques (UMP, Union centriste, PS). Le vote doit intervenir en début de semaine.

A noter qu’un manifeste initié, le 9 mai, par dix-sept professionnels incontestés, circule en ligne et a déjà été signé par plusieurs centaines de médecins, psychologues et professeurs d’université dûment formés à la psychothérapie ou à la psychanalyse dans des instituts privés, à l’issue de leurs études universitaires de base.

Ces spécialistes – parmi lesquels plusieurs personnalités mondialement connues, comme Boris Cyrulnik, Mony Elkaïm, etc. – font part de leur désaccord profond et attestent qu’ils ont acquis leur formation de psychothérapeute ou de psychanalyste en dehors du circuit universitaire traditionnel, qui se prête mal à une formation aussi spécifique et personnelle. L’avenir et la créativité d’un métier essentiel à nos sociétés modernes se trouvent ainsi gravement menacés.


Serge Ginger, président de la Commission européenne d’accréditation des instituts de formation à la psychothérapie ;

Edmond Marc, professeur émérite des universités, Paris-X ;

Armen Tarpinian, directeur de la revue de ” Psychologie de la motivation “.

Codirecteurs de l’ouvrage Être psychothérapeute, questions, pratiques, enjeux. Dunod, 2006).

© Le Monde

  • 1 Exception faite de quelques niches où l’on trouve encore une psychologie clinique d’inspiration psychodynamique, qui délivre une formation peu en rapport toutefois avec celle que nos bonnes écoles administrent

Sectes — quand des charlatans se font passer pour des thérapeutes : quand des journalistes se font passer pour vertueux

“Quand des charlatans se font passer pour des thérapeutes” — et quand des journalistes ne manquent pas d’air mais d’éthique.

Dans son dernier rapport, rendu public mardi 19 mai, la Mission interministérielle de lutte contre les sectes épingle de nouveau les psychothérapies déviantes


La photo en pleine première page de La Croix en date du mardi 19 mai

représente de neuf à dix personnes floutées, filoutées devrait-on dire, chacune avec un document sous les yeux, il s’agit de l’horreur des “psychothérapeutes déviants”, légendée Thérapie de groupe. Vous direz, il ne s’agit pas de psychothérapie, il n’y a que demi mal. En page deux, en couleur, elle est annoncée la couleur : “De 25 à 30 % de ceux qui se disent psychothérapeutes ne sont ni psychiatres, ni psychanalystes, ni titulaires d’un diplôme de psychologue”. Nulle mention des psychothérapeutes relationnels encadrés par leurs institutions historiques. Celles-ci n’existant tout simplement pas aux yeux de Marianne Gomez.

Depuis Moreno, Lewin, Bion et mon maître Max Pagès

il en passé sous les ponts de la science, jusqu’à l’excellent Un singulier pluriel du Pr. Kaès, pour valider et faire valoir l’extraordinaire instrument que constitue le groupe psychothérapique. En intitulant “Thérapie de groupe” une image représentant la malhonnêteté sectaire, La Croix pousse le bouchon un peu loin. S’attendant sans doute à ce que comme d’habitude nous laissions l’éclaboussure sècher pour tapoter la poussière le lendemain. Une fois n’est pas coutume, nous protestons.

La pratique de l’amalgame

figure de réthorique aussi vieille qu’elle, consiste à dire du mal de Pierre en indiquant plus ou moins subrepticement qu’il est aussi mauvais que Paul, qu’on attaque officiellement. Si Pierre proteste c’est qu’il s’est reconnu dans le portrait de Paul, si ce n’est toi c’est donc ton frère, CQFD. S’il ne dit rien c’est que c’était bien vrai ce qu’on disait à demi mot.

Nos institutions historiques se sont contituées également contre la menace sectaire

Allez comprendre comment il se fait qu’à la veille d’un débat au Sénat sur le titre générique de psychothérapeute, à l’occasion d’un rapport sur les sectes, on entreprenne d’éclabousser médiatiquement nos praticiens respectables avec de vieilles histoires de charlatanerie qui ne nous concernent pas ? l’hypocrisie puritaine va de pair avec la perversion. Le Seigneur nous en protège, lui dont les impénétrables voies font passer le scandale par celles de sa presse catholique.

{Quant à la Scientologie qui a transformé un simple super voltmètre, axé sur le principe du pont de Wheatstone, en “instrument du culte” vendu à prix d’or, il n’est pas révélé dans l’article consacré par le même journal à son sujet, qu’elle est protégée et favorisée par le maire UMP de Marseille, où Tom Cruise lui faisait tenir boutique sur le vieux port il y a peu.

Philippe Grauer} }


Jamais les psychothérapeutes n’ont eu autant de succès. Les « vrais », c’est-à-dire ceux qui ont été formés à des techniques éprouvées ; mais aussi les « faux », les charlatans, qui n’ont de thérapeutes que le nom. Si le phénomène n’est pas nouveau, il est en constante augmentation, alerte la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

Son rapport annuel publié mardi 19 mai parle d’une « explosion de la bulle psy accompagnée de nombreuses déviances ».

Cet engouement s’explique par un croisement de l’offre et de la demande. D’un côté, « face aux difficultés des sociétés contemporaines et devant le recul de certaines institutions, dont la famille, l’accompagnement psychologique est de plus en plus sollicité pour des publics fragiles (malades, jeunes en difficulté, personnes dépendantes…), pour gérer des situations de crise (catastrophes naturelles) ou des fléaux sociaux (violence urbaine, toxicomanie, délinquance…). Cette évolution coïncide avec un élargissement constant des pratiques et des méthodes, dont le nombre se situerait aujourd’hui entre 200 et 400 », explique le chapitre du rapport consacré au « Risque santé ».

Une enquête faite au début des années 1980 par la Fédération française de psychothérapie sur un peu plus de 8 000 Français estimait, par extrapolation, que près de 3 millions de personnes avaient suivi ou suivaient encore une psychothérapie. Mais, si l’on admet que l’entourage d’un patient en thérapie est fortement concerné, en réalité huit à dix millions de personnes en subissent les effets, souligne la Miviludes. Aujourd’hui, « il est raisonnable d’estimer l’impact des pratiques psychothérapeutiques à environ douze millions de personnes », lit-on dans son rapport.

Témoignages inquiétants
Or, de 25 à 30 % de ceux qui se disent psychothérapeutes ne sont ni psychiatres, ni psychanalystes, ni titulaires d’un diplôme de psychologue. « Ils se réclament de disciplines diverses et ont des parcours de formation hétérogènes », note la Miviludes. Car le titre de psychothérapeute n’est pas protégé : n’importe qui peut s’en réclamer. Plus pour longtemps toutefois, puisque l’article réglementant la profession devrait enfin être adopté dans le cadre de la loi sur l’hôpital. Chacun pourra alors savoir à qui il se confie.

En attendant, la Miviludes dit avoir été alertée par des témoignages inquiétants sur deux types de déviance : d’abord, la nouvelle médecine germanique, inspirée par le docteur Geerd Hamer. Celle-ci « développe la thèse que toute maladie, et en particulier les cancers,


FENÊTRE COULEUR : “De 25 à 30 % de ceux qui se disent psychothérapeutes ne sont ni psychiatres, ni psychanalystes, ni titulaires d’un diplôme de psychologue”

Mensonge par omission

Mais quel est le pourcentage de psychothérapeutes relationnels dûment titularisés au Snppsy, ou relevant de sociétés savantes titularisantes soigneusement sélectionnées, fédérées à l’Affop, répondant aux cinq critères de base du Snppsy ?

Quel pourcentage de psychothérapeutes relationnels relevant de la FF2P, autre institution historique de la psychothérapie française, filiale de l’Association européenne de psychothérapie ?

En omettant sciemment, car l’existence d’institutions historiques de la psychothérapie relationnelle est connue de tous, y compris du Ministère de la Santé, et de l’ensemble des collègues, qui savent très ce que nous sommes et représentons, que simplement le corporatisme aveugle — comme quoi on peut être excellent psychothérapeute et pas trop éthique citoyennement parlant, en omettant notre existence, à quelle manœuvre se livre La Croix ?

Notre discours et les documents que nous émettons depuis des lustres ne sauraient se voir ignorer que de qui ne veut pas savoir. Pour le coup, nous ne relevons pas du faux souvenir induit, ils se souviennent parfaitement de nous, professionnels et journalistes partiaux, mais d’un vrai savoir frappé de déni — forclusion locale non induite ou ténébreuse manipulation ? allez savoir. Nous nous rappelons ici à leur bon souvenir.


naissent de graves conflits psychologiques non résolus (…) enfouis dans l’inconscient du malade. Le décryptage de ce conflit conduit à la guérison. » Un important réseau de « thérapeutes » auto-institués s’est ainsi développé sur ces bases, en dépit de plusieurs condamnations prononcées à l’encontre du fondateur de cette théorie.

La mission de lutte contre les sectes s’inquiète aussi de la pratique des faux souvenirs induits. L’an dernier déjà, la Miviludes avait épinglé cette dérive thérapeutique consistant à persuader un patient, une femme le plus souvent, que les troubles dont elle souffre sont la conséquence de l’abus sexuel que lui aurait fait subir son père ou sa mère dans l’enfance.

Fantasme et réalité
Ce phénomène a fait son apparition aux États-Unis dans les années 1990 avant de se répandre en France au début des années 2000. Il est particulièrement difficile à combattre, souligne le docteur Erik Nortier, psychiatre, qui suit chaque année environ une dizaine de victimes à la demande de l’association Alerte faux souvenirs induits (Afsi) : « Tout le problème est d’arriver à distinguer ce qui relève du fantasme et ce qui relève de la réalité, puisque les abus sexuels sur mineurs, cela existe aussi », explique l’expert psychiatre.

Combien de victimes peut-on imputer à des thérapeutes déviants ? Impossible à dire. Mais il semble que celles-ci sont bien supérieures au nombre de personnes demandant à être aidées. Si leurs proches témoignent parfois (lire les Paroles en page suivante), les principaux intéressés, eux, se manifestent peu ou pas du tout. « Soit les victimes restent complices de ce qu’elles ont traversé, persuadées que le gourou est dans le vrai ; soit elles sont sorties de cette relation d’emprise, mais pour basculer dans un refus de contact », analyse Michel Topaloff, psychiatre et psychanalyste.

Car l’effet des pratiques charlatanesques est assimilable à un traumatisme : la personne perd toute confiance en autrui. « Ce sont des gens qui ont été trompés, trahis par celui ou celle en qui ils avaient placé tous leurs espoirs. Comme s’ils avaient vécu une histoire d’amour dans laquelle le prince charmant s’avère être un salaud.

Ils en éprouvent de la honte et, en même temps, ont les plus grandes peines du monde à se confier à un nouveau thérapeute », reprend Erik Nortier.

“Illusion groupale”
Pour ces deux psychiatres, l’adhésion à une entreprise sectaire s’apparente à l’addiction toxicomaniaque. « C’est le fruit d’une rencontre entre une fragilité personnelle, un “dealer” – le gourou – et une drogue – la secte », poursuit Erik Nortier, paraphrasant le spécialiste des drogués récemment décédé Claude Olievenstein. À partir du moment où l’on entre dans ce système de croyance, que l’on fait partie du groupe, plus rien d’autre n’a d’importance. La personne vit une « illusion groupale », telle que décrite par le psychanalyste Didier Anzieu : les membres du groupe sont unis dans l’amour du père (du gourou), ils expulsent leur agressivité vers l’extérieur et vivent dans un état d’euphorie spécifique qualifié par les psychiatres d’« élation ».

Autant d’éléments qui expliquent la difficulté qu’ont les sortants de secte à se reconstruire : il leur faut à la fois faire le deuil du « paradis perdu » qu’a constitué le groupe à un moment donné, retrouver des repères leur permettant de vivre sans l’appui du groupe et admettre que ce qu’ils ont subi n’est pas sans lien avec leur histoire personnelle. Pour ce cheminement, « il est préférable qu’ils soient entourés », estime le docteur Topaloff, qui préfère adresser ces patients à un centre de thérapie familiale.

Mais la parade essentielle reste bien évidemment la prévention. La Miviludes propose ainsi de « dresser un inventaire précis et régulièrement actualisé de l’offre à risque », « d’évaluer les contenus, les limites et la dangerosité des pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique » et « d’informer régulièrement le grand public ». Les psychiatres, eux, donnent quelques pistes sur les signes qui doivent alerter : « Il faut se méfier de quelqu’un qui promet la guérison psychique à tout coup », avertit ainsi le docteur Michel Topaloff.

En ce domaine, la solution miracle n’existe pas – cela se saurait. Quant à Erik Nortier, il met en garde contre les groupes qui proposent de soi-disant « tests psychologiques » minute : « à partir du moment où vous acceptez, vous êtes cuits, prévient-il, parce qu’ils savent que vous n’allez pas forcément très bien. » Des recommandations en apparence très simples, mais qui peuvent éviter à chacun d’entre nous d’être, un jour, pris dans un engrenage fatal.
Marianne GOMEZ