jeux vidéo

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7 janvier 2009 A Paris, les enfants ne s’amusent pas…
” L’addiction aux jeux vidéo est rare “

La nuit, les parents doivent maîtriser l’accès des enfants à Internet et aux jeux. EMMANUEL PIERROT/AGENCE VU
Le psychiatre Serge Tisseron rassure les parents des adolescents adeptes de ce ” nouveau rituel d’image “

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Parmi les cadeaux les plus offerts aux enfants et aux adolescents à Noël : les jeux vidéo. Pourtant, les parents s’inquiètent de leur usage intensif. Psychiatre et psychanalyste, Serge Tisseron fait la part des choses dans un ouvrage récent intitulé Qui a peur des jeux vidéo ?

Vous considérez que les jeux vidéo comportent des aspects positifs. Quels sont-ils ?

Comme tous les jeux, ils suscitent du plaisir, celui de remporter des épreuves, de découvrir des univers esthétiques et de mettre les joueurs en compétition. Ils permettent aux enfants d’exprimer symboliquement leur agressivité, de mettre en scène leurs angoisses d’abandon, de mort ou encore d’enfermement, de se familiariser avec elles et de les dépasser.

Grâce à leurs avatars – les personnages qui les représentent dans le jeu -, enfants et adolescents peuvent aussi mettre en scène leur conflit conscient ou inconscient avec leurs proches, parents, fratrie, personnages de la saga familiale qu’ils n’ont pas forcément connus, ainsi que les histoires d’amour dont ils rêvent. C’est une manière de prendre du recul sur leur monde intérieur en le rendant visible. Ils peuvent, davantage que par le cinéma ou la télévision, être spectateur de leurs propres représentations et vivre des aventures ou créer des espaces au plus près de ce qu’ils ont en tête. Ces jeux présentent également l’avantage de favoriser la communication et la socialisation, principalement avec les jeux en réseau. Pour avancer, il faut faire des alliances, agir en équipe.

L’usage des jeux vidéo peut-il aider les enfants à passer la fameuse crise d’adolescence ?

Les adolescents ont besoin de rituels initiatiques pour entrer dans le monde adulte or ceux-ci ont quasiment disparu. Les jeux vidéo présentent l’avantage de créer de nouveaux rituels d’image. Ces rituels de passage d’un niveau à un autre suscitent une reconnaissance de la part des autres joueurs mais devraient être davantage reconnus par les adultes.

Ce sont également des espaces très gratifiants qui peuvent renforcer l’estime de soi. A force de persévérance, il est toujours possible de devenir performant. Mais cet aspect gratifiant est à double tranchant, car il risque d’attacher les jeunes aux jeux vidéo.

Au-delà de ces aspects positifs, quels sont les risques que présentent ces jeux ?

Il faut dire aux parents de ne pas paniquer. Beaucoup sont terrifiés par la violence de certains jeux. Mais rien ne montre à ce jour qu’elle soit plus problématique que celle véhiculée par la télévision ou le cinéma. En revanche, les parents doivent être attentifs aux normes. Le système de classification par âge PEGI (Pan European Game Information, système européen d’information sur les jeux) leur permet de prendre des décisions éclairées lors de l’achat de jeux vidéo.

Je vois beaucoup d’enfants de 12-13 ans jouer à Grand Theft Auto réservé aux 18 ans et plus. C’est un vrai problème. Quant au risque de repli sur soi des joueurs, souvent mis en avant par les parents, il ne faut pas confondre la cause et la conséquence. C’est parce qu’ils éprouvent le besoin de se replier sur eux-mêmes que les jeunes sont conduits à jouer de manière excessive. Il faut s’interroger sur les raisons qui les poussent à de tels comportements. Je vois beaucoup de jeunes jouer à l’excès à l’occasion de la séparation de leurs parents ou à la survenue d’un décès, voire pour trouver un refuge face à une maltraitance scolaire.

On parle beaucoup d’addiction aux jeux vidéo. Est-ce justifié ?

Je préfère parler de joueur excessif que d’addiction. L’addiction aux jeux vidéo est un phénomène rare. Il concerne surtout les jeunes adultes. Il faut éviter de coller l’étiquette ” addiction ” à un ado. A l’adolescence, tout est flottant, rien n’est jamais fixé. Il n’est pas rare de voir des joueurs très excessifs en troisième et seconde qui ne le sont plus en première ou en terminale.

Par ailleurs, des études récentes ont montré que les zones cérébrales qui permettent de contrôler les impulsions n’arrivent à maturité qu’en fin d’adolescence. Néanmoins, les parents doivent sérieusement s’inquiéter quand les résultats scolaires de leur enfant baissent ou quand les activités de loisirs et parascolaires se réduisent fortement.

Comment aider un jeune à ne pas devenir accro ?

Il est primordial de limiter le temps d’écran – en incluant télévision, ordinateur, console, DS, PSP… A partir de la fin de l’école primaire, on peut fixer un contrat annuel avec l’enfant, renégociable en fonction des résultats scolaires. Il faut aussi empêcher les adolescents de jouer la nuit, soit en plaçant l’ordinateur dans une partie commune de la maison, soit en contrôlant la connexion Internet sans fil à partir de la chambre des parents. Enfin, ceux-ci doivent s’efforcer d’être les interlocuteurs privilégiés de leurs enfants afin qu’ils leur racontent leur jeu ou l’histoire de leur avatar.

Certains jeux rendent plus dépendants que d’autres. Il faut préférer ceux dans lesquels il y a une narration forte plutôt que les jeux compulsifs, répétitifs. Les jeux en réseau, comme World of Warcraft, sont particulièrement préoccupants. Chaque nouvelle épreuve remportée permet d’avoir accès à une épreuve plus intéressante et à des univers plus esthétiques. Le jeu ne s’arrête jamais. Il faut bien sûr mener une prévention auprès des jeunes mais aussi une bataille pour que les fabricants fassent des jeux moins addictifs.

Propos recueillis par Martine Laronche

Qui a peur des jeux vidéo ?

(Ed. Albin Michel, 2008, 162 p. 13,90 ¤.)

© Le Monde

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Un pot à parapluie et une douche… A Paris, les enfants ne s’amusent pas…

Roudinesco : sécurité et inculture.

Décoder le populisme anti psy

Le discours sur la sécurité en lieu et place d’ouverture du débat politique réel, représente une constante de la politique française à droite depuis des lustres. Cela, c’est de la politique générale. Quand nos professions psys se trouvent concernées, il est de notre devoir de décoder les manipulations populistes pour affirmer notre revendication éthique et humaniste.

Élisabeth Roudinesco analyse que si le pouvoir recule c’est sous la pression — déjà ça ! — mais pas d’avoir compris quelque chose. Il faut donc maintenir et soutenir notre action et argumentation. Le coup des récidives tombe sous le sens, le cercle ne se dévicie pas comme ça. Comme la loi sur le titre de psychothérapeute, née pied bot, qu’aucun appareillage ne redressera. En tout cas pas davantage une belle chaussure orthopédique universitaire au pied de la psychanalyse, née Œdipe souvenons-nous en, ce qui fait un peu figure du comble.

Quant à l’antisémitisme dont le chiffon rouge agité trouble les analyses de certains de nos intellectuels en sorte que critiquer la politique du gouvernement d’Israël serait se montrer antisémite c’est gros, et surtout tragique. Mais il s’agit d’un autre débat, pour l’instant pas directement lié à nos histoires psys, sauf que Sartre et Foucault sur les sujets qui nous concernent représentent une ressource sans faille.

Nous vous livrons tel quel en attendant le billet paru dans Libé le 31 décembre.

Philippe Grauer


Sécurité et inculture

Élisabeth Roudinesco

       L’élection de Nicolas Sarkozy a eu une conséquence désastreuse: c’est la première fois qu’il y a à la tête de l’État, quelqu’un qui revendique son inculture et qui, du coup, lance en permanence des défis aux intellectuels. Il brouille les cartes :  tantôt il lit du Guaino, tantôt du Gallo, tantôt du Patrick Buisson. Même chose pour l’économie : tantôt il prône la dérégulation libérale, tantôt il propose des mesures de gauche. Il n’hésite pas à désavouer ses propres ministres qui pourtant mettent en oeuvre ses propres décisions et s’en trouvent mortifiés.

On peut dire qu’en 2008, le pouvoir présidentiel a été incohérent et prédateur. Il a profité de la crise de la gauche et de la crise de la société pour faire sans cesse une politique inverse de ce qui est annoncé. Pour prendre un exemple : le gouvernement a renoncé à mettre les enfants en prison dès l’âge de douze ans: très bien, j’avais signé la pétition contre cette mesure. Mais le pouvoir a reculé sous la pression de l’opinion, non  parce qu’il a compris la vérité de cette opposition. Donc il va recommencer…

       En fait, nous, les Français, avons installé un pouvoir populiste et, là où on devrait trouver l’autorité, on trouve désormais le discours sur la sécurité. Ainsi le traitement des malades mentaux et des prisonniers va-t-il à contre-courant des progrès réalisés, par exemple, en Europe du nord, où il est prouvé que plus on réinsère intelligemment les délinquants et les malades mentaux, moins il y a de récidive. C’est un cercle vicieux: l’état des prisons ne va pas s’améliorer, les services psychiatriques ne recevront pas plus de moyens, donc la réinsertion va se passer toujours plus mal et on justifiera ainsi les pires mesures.

     La France vit des années sombres et l’un des symptômes en est l’état de la vie intellectuelle. Je me rends souvent à l’étranger, notamment dans les pays anglophones et en Amérique latine, et je peux vous dire que, là-bas, on peine à comprendre les termes du débat  français. Le travail des historiens et des anthropologues bénéficie d’une solide réputation et continue d’être traduit; en revanche, la production philosophique est considéré comme réactionnaire et beaucoup se demandent pourquoi les héritiers de Sartre et Foucault abordent de façon aussi manichéenne le conflit israléo-palestinien en y mêlant à tout instant la question de l’antisémitisme, du sionisme ou de l’antisionisme.

Il me semble qu’une attitude raisonnable — si l’on aime Israël et qu’on souhaite sa survie, ce qui est mon cas — serait, au contraire, de pouvoir critiquer la mauvaise orientation de sa politique, comme le font d’ailleurs de nombreux Israéliens. Certes, la remontée spectaculaire de l’antisémitisme est un phénomène planétaire, qui va de pair avec l’islamisme radical, mais ce n’est pas une raison pour jouir de cela en croyant voir des antisémites là où ils ne sont pas. Au lieu d’intellectuels critiques, nous avons maintenant des intellectuels procureurs.

Libération, 31 décembre 2008.

Gori — les malades mentaux plus souvent victimes que criminels

Traçabilité du sujet ?

La santé, la santé mentale, le soin, tout cela relève de cette zone apparentée au médical, qui fait du soin un traitement. Il s’agit du soin des soignants. Ce soin là concerne les psychologues cliniciens, les psychiatres, et les personnels qui gravitent autour d’eux dans le cadre hospitalier. Ce sont eux que les orientations Sarkozy menacent dans la qualité et la conception même de leur tâche.

Le soin qu’on prend de soi quand n’y tenant plus on entreprend ce qu’on appelle une démarche, celle d’aller voir quelqu’un, pour clarifier une situation personnelle, familiale ou professionnelle devenue intenable (1“), ce soin apparenté au souci, ne concerne pas la santé mentale, et si d’aventure un de nos patients basculait dans ce qui demeure du ressort du système psycho médical (2“) nous le lui adresserions immédiatement, ou même, évidemment, avant alerte grave(3“).

Cela dit, nous partageons l’inquiétude du professeur Gori de voir se mettre en place “un quadrillage des individus et des populations, qu’on suivrait à la trace, avec la possibilité d’une surveillance numérique qui irait jusqu’au marqueur biométrique de l’humain“. On n’arrête pas le progrès, que Jean-Louis Ézine définissait récemment comme le fait de substituer un nouvel inconvénient au précédent, et il n’est pas sûr que la puce universelle enkystée près du nombril, qui vous empêcherait de vous perdre, ne vous conduirait pas tout droit à la perdition. Elle consacrerait la perte de votre humanité de base, que la police pourtant se décarcasserait à sécuriser.

Avec une chanson entonnée par un autre incompétent et fier de l’être, sur le thème des charlatans, conjuguée avec un petit air sur le danger sectaire, on prépara l’opinion à l’idée de réglementer l’irréglementable, et d’encadrer une psychothérapie et une psychanalyse d’État, on entama d’empiéter sur le domaine impondérable des choses de l’âme avec des enquêtes bidons de l’Inserm, sur l’air de évaluons-nous Folleville.

Avec des coups de trompette médiatiques sur le thème les monstres rôdent et nous assassinent, on nous prépare à admettre d’abord n’importe quoi, ensuite quoi ? une régression majeure dans le domaine du soin psychique, qu’il soit traitement ou souci, au diable le détail. Une régression qui va plus loin encore, qui atteint la citoyenneté, en tendant à berlusconiser l’espace politique, culturel et l’imaginaire social.

Les émotions, une de nos matières premières, ne doivent se voir traiter qu’avec un luxe de précautions éthiques. Jamais elles ne doivent servir sciemment à manipuler l’opinion. À mort ! peut-on faire crier une foule, avec quelle facilité ! Au cachot jusqu’à leur dernière heure les monstres ! monstres qualifiés par expertise. Tremblez qu’un jour on n’en vienne à vous expertiser vous, et qu’il soit trop tard pour réagir.

La question des valeurs est en cause, on ne prend jamais trop au sérieux ces choses-là. La question du totalitarisme, du réseau qui vous tient jusqu’au cœur de votre intimité par le biais de la mesure de vos déplacements, de vos écarts et de votre fichage psychologique, porte la menace de son ombre sur nous. Il appartient à l’ensemble des praticiens du carré psy de se mobiliser contre des dangers qu’ils sont bien placés pour détecter quand il est encore possible de s’y opposer.

Il appartient aux praticiens de la chose psychique opérant à partir du processus de subjectivation de se mobiliser sur la base de leur éthique et d’actionner leur solidarité au service de la cause humaniste qui leur est commune. Les praticiens en psychothérapie relationnelle savent que leur cause est indissociable de celle de leurs collègues travaillant en institution. Ils accueillent avec sympathie et soutiennent les analyses et prises de position de Roland Gori.

Philippe Grauer


Les malades mentaux sont plus souvent victimes que criminels

La fugue d’un malade mental jugé dangereux à Marseille (finalement rattrapé pendant la nuit du Nouvel An) a relancé le débat sur la psychiatrie.

Le psychanalyste et universitaire marseillais Roland Gori revient sur cet événement et sur les mesures annoncées par le président de la République début décembre, après la mort d’un étudiant grenoblois poignardé par un malade échappé d’un hôpital psychiatrique.

Roland Gori est l’un des trente-neuf premiers signataires de “La nuit sécuritaire“, une pétition qui dénonce ce plan pour la psychiatrie de Nicolas Sarkozy.

Un plan “aux conséquences dévastatrices” selon les praticiens, hospitaliers et universitaires, mais surtout révélateur de cette “politique de la peur” menée par le président de la République et son gouvernement qui, bien au-delà de la seule psychiatrie, usent et abusent du sensationnel et du fait divers pour “imposer des mesures sécuritaires”.

Sécurité et qualité des soins en milieu psychiatrique… est-il aujourd’hui possible de concilier les deux ?

Qu’il s’agisse du drame de Grenoble ou de l’évasion d’un fou dangereux de l’hôpital Edouard Toulouse de Marseille, je voudrais d’abord dire que nous sommes obligés de prendre en compte la souffrance des familles des victimes et des patients eux-mêmes.

Cependant, je ne vois pas très bien comment nos sociétés pourraient éradiquer ces événements. A moins de penser que l’on puisse supprimer la folie, ou supprimer les différents troubles liés à la souffrance psychique ou aux souffrances sociales.

La question alors est : quelles réponses peut-on apporter à ces situations? Bien souvent, on assiste à des crimes fous, heureusement isolés et statistiquement peu fréquents. Les médias jouent un rôle dans ce qu’ils donnent à voir de ces événements. Ils ne sont pas seulement un reflet, ils en sont aussi les acteurs, les déterminants.

Enfin, ce n’est pas par hasard si l’on montre les monstres. C’est souvent au moment même où l’on a besoin de préparer et de fabriquer une opinion, c’est-à-dire de faire de la publicité et de la propagande pour imposer des mesures sécuritaires.

Vous dites “des crimes statistiquement peu fréquents”…

Si vous prenez le rapport de la commission “Violence et santé mentale”, en 2005, sur 51 411 mises en examen dans des affaires pénales, 212 ont bénéficié d’un non-lieu pour irresponsabilité mentale, c’est-à-dire 0,4% des crimes et des délits. Statistiquement parlant, le nombre de crimes et délits imputables à des malades mentaux est donc très bas.

Ce que l’on sait aussi, c’est que la prévalence des crimes violents contre les patients malades mentaux est, elle, douze fois plus importante que dans la population en général… Manifestement, les malades mentaux sont beaucoup plus victimes qu’acteurs de délits ou de crimes.

Or, le gouvernement et le pouvoir politique à son plus haut niveau ont connaissance de ces chiffres. On ne dit pas aux malades mentaux: on va vous protéger des réactions de la société, ce qui est le rôle de l’Etat, d’être tiers. Non, on dit à l’opinion publique: nous allons vous protéger des malades mentaux.

Pourquoi alors instrumentaliser la maladie mentale ?

Aujourd’hui, le président de la République utilise le fait divers pour faire passer sa politique? Pour moi, l’instrumentalisation se situe à ce niveau-là, et elle est dramatique: on fait comme si une politique pouvait s’établir à partir de faits divers.

On ne fait pas une politique du soins à partir d’un schizophrène évadé d’un centre psychiatrique ou d’un drame qui se produit dans un service d’urgence, de Samu, ou autre… C’est extrêmement dangereux pour la démocratie.

Ce qui m’inquiète, c’est cette exploitation des émotions collectives, particulièrement dans un contexte de crise financière et de crise économique, qui va avec un écrasement des classes moyennes.

C’est le grand bond en arrière…

On peut alors se demander si, quelque part, nous ne sommes pas face à un renouveau du grand renfermement, tel qu’il a été à l’origine de l’hôpital. Il ne passerait pas forcément par les murs, pas une réclusion géographique, mais davantage par un quadrillage des individus et des populations, qu’on suivrait à la trace, avec la possibilité d’une surveillance numérique qui irait jusqu’au marqueur biométrique de l’humain.

Il y a cette inquiétude face à la possibilité, grâce aux moyens technologiques qui sont les nôtres, de réaliser le rêve biocratique, le rêve de biopouvoir qui était celui du totalitarisme du XXe. S’il n’y a pas de réactivité du social, du politique, du culturel face à ce quadrillage numérique des populations, jusqu’au grain le plus ténu de leur existence, ce risque est grand.

S’agira-t-il alors d’une nouvelle forme de totalitarisme ?

Oui, d’un totalitarisme light, mou, mais bien d’une forme de totalitarisme dès lors qu’on veut bien considérer qu’elle a une visée totalitaire, c’est-à-dire lorsqu’il n’y a pas de possibilité de repli intime ni de pensée qui échapperait à la surveillance du pouvoir.

Nous sommes aussi dans une culture de la réaction immédiate. C’est la culture du nouveau capitalisme, pour parler comme le sociologue Richard Sennett, avec ses nouvelles valeurs. C’est la promotion d’un homme conçu comme micro-entreprise libérale, autogérée, ouverte à la concurrence qui, sur le marché de sa relation aux semblables, doit être réactif, flexible, mobile.

Ce qui est fou, c’est qu’on vient d’avoir la preuve que cette idéologie libérale née du milieu des affaires conduit dans le mur et on essaye pourtant d’introduire ces valeurs qui ont fait la preuve de leur inefficacité dans le soin, dans l’éducation, dans l’information, dans la culture.

Comment cela se traduit-il dans notre système de soin ?

Il ne faut pas faire croire aux populations qu’on va les préserver du meurtre, de la folie, de la délinquance, parce qu’on enfermera un peu plus de fous, en passant, par exemple, de cinq unités pour malades difficiles (UMF) à neuf.

On ne dit pas qu’on a fermé un nombre de lits faramineux, qu’on a accru les cadences des soignants, qu’on a recomposé leur conception du soin, qu’on les a enfermés dans un système qui les empêche de bosser.

Ce qui compte, c’est l’acte. L’homme est réduit à ses actes, à ses productions. Et pendant qu’on nous jette en plein visage les éléments les plus monstrueux, les réformes actuelles de l’hôpital conduisent à une conception mercantile de la santé et du soin.

► Début janvier 2009, Roland Gori lancera un “Appel des Appels” pour fédérer les différents “mouvements de résistance” dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la justice et de la culture et qui réunira, dans un premier temps, une centaine de signataires. (Ecouter l’appel)

  • 1 Je n’ai pas dit ingérable car je ne réduit pas la conduite de mon existence à la gestion de la micro entreprise de moi-même, lamentable métaphore prise au pied de la lettre.
  • 2 On sait que les psychologues cliniciens ont obtenu, de façon toujours précaire, de ne pas figurer comme paramédicaux au code de la Santé, et qu’ils se battent pied à pied pour se faire respecter du corps médical sur leur lieu de travail. On sait aussi que la psychiatrie en ruine laisse monter par force l’étoile de la psychologie sur le champ opératoire de l’hopital public, champ que les dits psychologues verraient d’un bon œil s’élargir à la zone d’activité libérale qui représente l’aire naturelle d’exercice de la psychothérapie relationnelle.
  • 3 Ce qui ne veut pas dire que nous l’abandonnerions pour autant.

Santé mentale glossaire refusé

Fédération d’aide à la santé mentale

Croix-marine

58 èmes journéees nationales de formation continue — 28-29 septembre 2009, Béziers.

Nous analyserons ultérieurement le discours complexe de cette véritable institution portéiforme que constitue la Santé mentale, ici utilisée par le discours de la psychologie clinique postée en institution.

PHG

L’accompagnement et le soin de la souffrance psychique s’organisent désormais dans un vaste marché où se juxtaposent psychiatrie de l’adulte, psychiatrie de l’enfant, champ médico-social (Foyers médicalisés, maintien à domicile, scolarisation des enfants handicapés…) et social (SAVS, GEM)…
En psychiatrie adulte, les hospitalisations à temps plein se réduisent à des séjours de plus en plus courts. On se contente d’attendre souvent de ces hospitalisations brèves un amendement rapide des symptômes sans que l’on prenne le temps de construire une alliance thérapeutique permettant d’inscrire les soins dans la durée, ni de d’engager un redéploiement de moyens permettant un véritable accompagnement et des soins de qualité.
Les acteurs du champ social, de leur côté, se trouvent pris de court par l’arrivée en nombre de personnes souffrant de graves troubles psychiques : leur formation ne les a pas préparés à cette nouvelle pratique de l’accueil et de l’accompagnement, qui, pour être opérante doit nécessairement intégrer la dimension clinique.

Enfin, les équipes travaillant auprès d’enfants en difficulté psychique se trouvent confrontées à la double injonction d’accueil de leur mode d’être spécifique et de normalisation intégrant notamment la scolarisation.
Dans ce contexte, les différents praticiens, du « sanitaire », du « social » ou du « scolaire » s’observent mutuellement d’un oeil méfiant, les uns se sentant dépossédés de leur savoir clinique au profit d’autres qui, de leur côté, se sentent ignorés voire méprisés, par les premiers.

Pourtant, la clinique, qu’elle concerne la psychose, l’autisme infantile ou les troubles du développement, nous convoque au point de jonction de ces différents champs de savoir, au carrefour de l’aliénation sociale et de l’aliénation mentale qui déterminent tout être humain et servent d’appui à toute démarche clinique, qu’elle soit à dominante thérapeutique, éducative ou pédagogique.

La psychose, plus spécifiquement, pose la question de l’articulation du multiple avec l’unité de la personne et celle de la confrontation du même avec l’altérité toujours déstructurante. C’est dans la discontinuité de lieux d’accueil variés que l’enfant ou l’adulte pourront avoir une chance de trouver, ou retrouver, un sentiment interne de continuité existentielle, sans trop de risque d’effondrement ou de dissociation psychique mettant en péril les liens sociaux.

À une politique sanitaire et sociale qui classe, série et cloisonne, il faut donc savoir opposer la pratique d’une clinique de la complémentarité qui rassemble des acteurs différents œuvrant dans des champs ordinairement séparés. Sinon, nos pratiques professionnelles, quels que soient leurs champs d’exercice, tendront à se cliver soit du côté du « soin », réduit à la seule disparition d’un symptôme perçu comme morbide, soit du côté de « l’éducatif ou du pédagogique » réduit à son versant rééducatif et normalisateur.

À nous d’inventer du « trans » articulant concrètement le « médico » et le « social » pour en faire un lieu, non pas de clivage, mais de « transduction », c’est-à-dire facteur de continuité au travers du discontinu, de « commun » au travers du « différent ». Ainsi pourrons-nous constituer un vrai « paysage » qui offre la cohérence diversifiée nécessaire à l’accueil et au cheminement du singulier.

L’Appel des 39 : nuit sécuritaire au crépuscule de la psychiatrie

Ça pétitionne, sur la nuit qui s’abat sur la psychiatrie. Hier Franck Chaumon, aujourd’hui Bokobza.

Hervé Bokobza(1“), instigateur du présent Appel des 39, fut l’un des organisateurs des États généraux de la psychiatrie en 2003. Non signataire (2“) du rapport Cléry Melin qui préluda sinistrement aux amendements Accoyer qui mirent le feu aux poudres psys dans notre pays, on peut néanmoins le considérer comme ayant sa part de responsabilité dans la situation qu’il dénonce.

Il n’a pas à notre connaissance renié son assentiment à ce rapport(3“) malfaisant particulièrement … pour la psychiatrie, dont il organisait la liquidation. Mieux vaut se réveiller tard que jamais, mieux vaut encore reconnaître qu’on a personnellement contribué à la catastrophe contre laquelle à présent on s’insurge, en effet à juste titre.

0,4 % des crimes commis imputables aux malades psychiatriques, aboutissant à la séquestration à vie des “grands dangereux”ainsi qualifiés par expertise c’est de la politique frisson dans le dos à la Berlusconi. Voici pourquoi lucides sur l’ami Bokobza et résolus unitaires tout de go, nous nous inscrivons en solidarité avec cet Appel. Il importe de faire front contre de tels textes odieux et nuisibles à la citoyenneté, comme il importe qu’aucun des quatre partenaires du Carré psy, en cette occurence la psychiatrie mise à contribution pour expertise impossible ne subisse de dommages moraux et institutionnels qui par contre-coup se répartissent sur la structure d’ensemble des professionnels du psychisme.

Philippe Grauer


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Correspondance

Nous communiquons à nos abonnés et amis internautes pour information l’échange de correspondance entre Hervé Bokobza et Philippe Grauer.

1— À M. GRAUER,

Tombant par hasard sur votre site , je lis avec stupeur  que je serais signataire du rapport CLERY-MELIN !!!!
Que je serais donc partie prenante d’un plan qui a permis la liquidation de la psychiatrie !!!!
Cela n’ a jamais été: c’est exactement l’inverse qui s’est passé! !!!!!
C’est dommage que vous ayez mal lu : j’ai été auditionné et dit ce que je pensais et jamais signé quoique ce soit
Dans de nombreux textes et conférences de presse j’ai vivement condamné ce plan.
Je vous renvoie par exemple au livre “Psychjatrie en Péril”
j’ose espérer qu’il s’agit d’une grave erreur de votre part et que vous rectifierez en conséquence

Dr Hervé BOKOBZA

2 — Réponse : Cher Monsieur,

Je vous remercie de votre lettre et de votre vigilance.

Certes, vous n’avez pas signé le rapport Cléry-Melin et je reconnais volontiers avoir commis une erreur. Mais, comme vous le dites vous-même, votre nom figure parmi tous ceux qui ont été entendus. Vous dites, et je vous crois, que vous avez contesté ce rapport après ladite audition. Voulez-vous me communiquer les textes à travers lesquels vous avez pris position contre ce rapport? Je m’engage à les publier immédiatement sur mon site, sans la moindre censure, et cela fera office de réparation puisque vous me demandez de rectifier selon vos termes “une grave erreur”.

Que j’accède à votre demande, parfaitement légitime, n’empêche pas de vous rappeler quelques événements passés.

J’ai souvenir en effet d’une émission de radio dans laquelle vous attaquiez les positions de Jacques-Alain Miller, lequel, à cette époque, avait créé avec nous une Coordination psy dans laquelle étaient représentés les principaux courants de la psychothérapie relationnelle. Cette coordination était soutenue par de grands intellectuels français : Jean-Claude Milner, Catherine Clément, Bernard-Henri Lévy, Élisabeth Roudinesco et bien d’autres encore.

À l’époque, emporté par vos propos – ce qui est votre droit – vous n’avez pas eu que je sache un mot de compassion envers nous, comme d’ailleurs l’ensemble de la communauté des psychiatres et des psychanalystes.

Nous fûmes les premiers à nous retrouver victimes d’une loi incohérente, qui, désormais, se retourne contre vous, contre la psychiatrie elle-même, contre ses représentants. Contrairement à vous, nous avons eu, au-delà de certains dérapages de parole, le souci de toujours rechercher une certaine unité.

Qui sommes nous ? Rien, puisque nous voici dépossédés de notre nom par une loi qui vous permet de prendre notre place. Que serez-vous demain ? Peu de choses, hélas puisque votre discipline risque de disparaître à mesure qu’un transfert de compétences s’opérera vers les psychologues d’un côté et les neurologues de l’autre. Qu’avons nous à perdre ? Rien, puisque nous ne sommes rien et qu’en France nous n’avons jamais obtenu la moindre reconnaissance ni de l’État, ni des psychiatres, ni des psychanalystes. Qu’avez vous à perdre ? Tout, puisque vous êtes désormais menacés de n’être plus rien, comme nous le sommes.

Cher Monsieur, au lieu d’être indifférent à notre sort, vous auriez dû, vous et vos collègues, nous soutenir, dans un vaste front commun contre cette loi incohérente dénoncée par de nombreux sénateurs, et contre le rapport Cléry-Melin. Vous avez critiqué ce rapport, mais vous ne nous avez pas soutenus. Quant à moi, je n’agis pas comme vous puisque j’ai signé toutes les pétitions en votre faveur et que je les installe sur mon site.

À présent qu’à votre tour vous vous battez à juste titre pour votre survie, j’espère que la sagesse vous viendra de comprendre que dans cette affaire, nous sommes désormais, par anticipation, dans la situation qui un jour, hélas, sera peut-être la vôtre. À ceci près que, du fond de notre inexistence légale, nous compatissons à votre malheur et ne manquerons jamais de marquer notre solidarité.

Je vous propose, en guise de réparation, de publier sur mon site votre lettre et ma réponse et, si vous le voulez, la réponse que vous voudrez bien m’adresser quel que soit son contenu.
Je vous prie d’agréer, Cher Monsieur, l’expression de mes sentiments respectueux.

Philippe Grauer

3 — Réponse du Pr. Bokobza

– la conclusion du livre “psychiatrie en péril” ; tout y est.


Appel des 139

Le 2 décembre 2008, dans une enceinte psychiatrique hospitalière, se saisissant d’un crime pourtant très rare commis par un patient diagnostiqué comme schizophrène, le président Sarkozy a annoncé un plan pour la psychiatrie aux conséquences dévastatrices.

Dans ce discours, les fondements même de la psychiatrie ont été attaqués avec la plus grande brutalité, celle qui amadoue pour mieux exécuter.

Il aura suffi d’un fait divers dramatique pour relancer une politique de la peur dont le projet de centres de rétention de sûreté tout comme les soins sans consentement en ambulatoire sont le parachèvement.

En amalgamant la folie à une pure dangerosité sociale, en assimilant d’une façon calculée la maladie mentale à la délinquance, est justifié un plan de mesures sécuritaires inacceptables.

Alors que les professionnels alertent régulièrement les pouvoirs publics non seulement sur les conditions de plus en plus restrictives de leur capacité de soigner, sur l’inégalité croissante de l’accès aux soins, mais aussi sur la mainmise gestionnaire et technocratique de leurs espaces de travail et d’innovation, une seule réponse leur a été opposée : attention danger, sécurisez, enfermez, obligez, et surtout n’oubliez pas que votre responsabilité sera engagée en cas de dérapage .

Un pas vient d’être franchi, l’heure est trop grave pour que la résignation l’emporte.

Que peut signifier cette prétendue méconnaissance, en réalité cette volonté délibérée d’ignorer les réalités de la psychiatrie ?

Il y a les faits, il y a les chiffres : le rapport de la Commission “Violence et santé mentale” dénombre qu’en 2005 sur 51 411 mis en examen dans des affaires pénales (crime ou délit) 212 ont bénéficié d’un non-lieu pour irresponsabilité mentale, c’est-à-dire 0,4 % des crimes et délits ! Mais en revanche, la prévalence des crimes violents contre les patients psychiatriques est 11,8 fois plus importante que par rapport à la population générale. La proportion des vols à leur encontre est 140 fois plus importante !

Nous, soignants en psychiatrie, n’acceptons pas que la plus haute autorité de l’état répande de tels propos, qui laisseraient croire que les personnes atteintes de troubles psychiques font bien plus souffrir la société que celle-ci ne les aliène. Nous n’acceptons pas non plus que ces citoyens soient jetés en pâture à la vindicte populaire pour maintenir de manièère forcenée, irresponsable, le ferment de la peur.

“La politique de civilisation” annoncée est une politique de rupture du lien car elle tente de bafouer les solidarités sociales qui ont permis de sortir du grand enfermement de la folie. Il n’y a pas d’exercice possible de la psychiatrie sans respect constant des valeurs de la République : celles qui en énonçant le respect de la séparation des pouvoirs permettent à la démocratie de rassembler solidairement afin de ne pas exclure les plus démunis.

Devant tant de “dangerosité” construite, la psychiatrie se verrait-elle expropriée de sa fonction soignante, pour redevenir la gardienne de l’ordre social ?

Nous, citoyens, psychiatres, professionnels du soin, du travail social, refusons de servir de caution à cette dérive idéologique de notre société

Nous refusons de trahir notre responsabilité citoyenne et notre éthique des soins dans des compromissions indignes et inacceptables.

Nous refusons de voir la question des soins psychiques réduite à un pur contrôle sécuritaire criminalisant outrageusement la maladie mentale.

Nous refusons d’être instrumentalisés dans une logique de surveillance et de séquestration.

Pour maintenir la fonction soignante en articulation permanente entre le singulier et le collectif, nous refusons l’aveuglement d’une supposée culture de l’efficacité immédiate concernant des problèmes qui n’existent que peu.

Dans le champ de la psychiatrie, des actions s’opposent à la normalisation des enseignements ( sauvons la clinique ), des pratiques prédictives (pas de zéro de conduite), des dérives scientistes assignant à la psychiatrie le devoir de prévoir l’avenir (non à la perpétuité sur ordonnance, politique de la peur).

Nous soutenons et accompagnerons toute perspective de regroupement de ces initiatives car elles vont toutes dans le même sens : défendre et soutenir la dignité des patients qui nous sont confiés ou qui se confient à nous.

Faudrait-il que nous entrions en résistance par la désobéissance civile, pour soutenir la possibilité d’une psychiatrie au service des sujets en souffrance, respectueuse du sens de leur existence, et non une psychiatrie servant au maintien de l’ordre sécuritaire stigmate de l’asservissement de la population par la peur ?

“ Il faut de la crainte dans un gouvernement despotique : pour la vertu, elle n’y est point nécessaire, et l’honneur y serait dangereux .” Montesquieu


signez la pétition.

  • 1 (Psychiatre, Saint Martin de Vignogoul)
  • 2 La toute première édition de ce texte avait omis le {non devant Signataire, d’où l’échange de correspondance, à propos d’une information inexacte, relevée par H. Bokobza, comme l’indique le dialogue qui suit.
  • 3 Le professeur Bokobza rectifie dans le dialogue qui suit, quelques §§ plus bas, ce qui n’invalide pas l’argumentation sur l’absence de solidarité avec la psychothérapie relationnelle.

Dangerosité des malades mentaux ou de ceux qui la dénoncent ?

TROP C’EST TROP !

Une réponse au discours du Président de la République

Le milieu psy est en ébullition. Les hospitaliers représentent le gros de la cavalerie psy. Les psychothérapeutes relationnels, depuis que l’ANOP, l‘Association nationale des organismes de psychologie, une décennie après l’instauration du statut de psychologue (1985), les eût exclus de son sein (1“), et que les Commissions d’homologation chargées d’examiner l’équivalence des cursus des psychothérapeutes (relationnels, on les disait alors psychothérapeutes tout court, c’était eux qui étaient en train de faire de cette fonction un titre) les eussent éliminés en un tour de dossier, n’œuvrent plus en milieu hospitalier.

Cela n’empêche pas de nous porter solidaires de la lutte des psychologues cliniciens travaillant dans le cadre en pleine mutation de la Santé mentale, qui dénoncent les coups portés à leur clinique. Le travail des psychothérapeutes relationnels appartient au paradigme du travail clinique lorsque celui-ci s’inspire de la dynamique de la subjectivation. À ce titre le Cifp fait sienne la protestation humaniste de Joseph Mornet.

Il se reconnaît dans la dénonciation de “la disparition de l’enseignement de toutes les approches ne rentrant pas dans le moule de l’utilitarisme et du contrôlable“. Il protège et soutient l’idée que de bonnes Écoles non universitaires, agréées par les institutions historiques de la profession, préparent de façon irremplaçable à l’exercice de ce métier aussi difficile que spécifique. Il sait que le statut de la folie interfère avec la pratique rigoureuse du souci et soin de soi, dans l’immense majorité des cas située à la marge des pathologies mentales lourdes. Il l’intègre à son cadre de référence, elle participe de son horizon clinique et épistméologique. Il est fier de former des praticiens étrangers tant au cochage qu’au fichage.

Il appuie les Sauvons la clinique. Il appuie la mouvance des indisciplinés. Il sait que la psychothérapie relationnelle propose aux sujets en devenir de ne devenir conformes qu’à leur désir bien authentifié. Pas forcément aux injonctions présidentielles.

Philippe Grauer


La situation qui est faîte aux personnes atteintes de souffrance et de pathologie mentales aussi bien qu’à ceux et celles qui s’en occupent est devenue totalement intolérable.

Ceux là mêmes qui dénoncent la dangerosité du malade mental, la nécessité de l’enfermer et le laxisme de ceux qui en ont la charge sont précisément ceux là mêmes qui ont créé cette situation inacceptable.
Ce sont eux qui ont fermé les lits des hôpitaux, qui ont réduit la durée des séjours, qui ont étouffé le soin dans des logiques de gestions protocolaires et évaluatives et de rentabilité financière. Ce sont les mêmes qui veulent, à nouveau, traquer le futur porteur de trouble dès l’âge de trois ans, l’enfermer dès 12 ans et le ficher dès 18.

Ce sont eux qui oeuvrent à exclure de la formation du futur soignant ou éducateur toutes les disciplines qui peuvent indiscipliner par des approches sans doute jugées pas suffisamment utilitaristes ou contrôlables. Il nous faut renoncer au seul regard « sécuritaire » porté sur notre métier et sur la psychopathologie. Il nous faut refuser de réagir à ce seul plan que l’on s’évertue à nous imposer : l’accepter c’est déjà perdre, car c’est l’ouverture à l’évidence de tout ce qui en découle.

S’il y a une victime de la situation actuelle autour de la folie c’est d’abord la personne qui en souffre, son entourage et ceux et celles qui l’accueillent et la soignent.

Revenons à ce qui fonde nos pratiques, nos conceptions de l’homme et de sa liberté et celle de nos institutions et de nos groupes sociaux. Unissons-nous autour de ce que nous dénonçons mais aussi de ce que nous revendiquons.

Il ne faut jamais oublier que tout commence par la formation : « Sauvons la clinique} gravement menacée par la disparition de l’enseignement de toutes les approches ne rentrant pas dans le moule de l’utilitarisme et du contrôlable.

– Défendons une école où l’enfant ne sera pas traqué dès son plus jeune âge pour savoir quel futur citoyen il sera.

– Refusons toute forme de fichage.

Les multiples réactions qui se sont manifestées sont réjouissantes par l’espoir qu’elle soulèvent : à nous tous de savoir les transformer en actions et non pas seulement en réactions.


  • 1 Non sans auparavant s’être inspiré du code de déontologie du SNPPsy (1982) pour rédiger celui des psychologues.

Mesure pour mesure : inapplicable à ce qu’on prétend mesurer.

Le midi de l’âme au quatorze heure de la scientistique.

Quand on joue à mesurer l’incommensurable et s’efforce de faire passer l’âme sous les fourches caudines du scientisme et de la scientistique réunies, on aboutit à des absurdités dont des absurdités encore plus absurdes s’efforçant de vous tirer de là vous enfoncent davantage.

Telle s’affiche ici la morale de cette histoire, nos chercheurs se ridiculisent, à l’instar du bon Nasredine Hodja, ce héros soufi, qui cherchait autour d’un éclairage public sa clé perdue. Quelqu’un l’aide, et comme ils ne trouvent rien :

“— Êtes-vous certain de l’avoir égarée ici ?

— Pas du tout, c’est là-bas qu’elle est tombée de ma poche. Mais là-bas il n’y a pas de lumière.”

La dégénérescence de la psychiatrie en neuropsychiatrie chargée d’administrer à tous le dispositif postmoderne de la santé mentale, conduit à une modification du paysage clinique de la souffrance psychique. Il s’agit de s’assurer de la normalité de tous, y compris des normaux qui peuvent s’ils ne contribuent pas eux-mêmes à leur propre surveillance sécuritaire et celle de leurs enfants depuis la naissance — moment critique c’est bien connu, verser à tout moment dans l’anormalité la délinquance et Dieu sait quelle horreur.

Cet univers de cauchemar, post freudien en plus de post moderne, s’installe sans faire de bruit sous nos yeux grâce aux efforts émérites de nos chercheurs ridicules, établissant en épidémiologisant l’intime, le midi de l’âme aux quatorze heures de leur pseudo rationalisme, évaluateur à tout va, à rien ne va plus.

On notera au passage que dans cette communication le terme générique de psychothérapie, qui veut dire tout, son contraire et le reste, se trouve délaissé au profit de son aphérèse thérapie, ce qui élargit encore la marge d’incertitude autour du terme.

Cadeau de Noël, régalez-vous en attendant de leurs incohérences. En réalité la psychanalyse n’est pas davantage réhabilitée par le Jama qu’invalidée par l’Inserm. Ce comparatisme épidémiologique utile en médecine (avec ses limites toutefois) demeure inopérant dans le domaine psy dès que celui-ci touche à la dimension proprement humaine et subjective (cf. Carré psy, objectivation vs. subjectivation)

Philippe Grauer


Évaluations et thérapies

On se souvient du rapport de l”INSERM de février 2004 qui publiait les conclusions d’une expertise collective destinée à comparer tous les types de psychothérapies. Le rapport, très contestable que ce soit du point de vue de la “méthode statistique” utilisée ou de la problématique qui l’animait, concluait à la supériorité des TCC.

Or un rapport  vient d’être publié en octobre 2008 aux USA dans le JAMA — Journal of the American Medical Association ;  donne également les conclusions d’une comparaison des mêmes psychothérapies. La “méthode” utilisée semble analogue,  se prétend plus rigoureuse et donne des conclusions contraires à celles du rapport de l’INSERM.  

Évidemment, cela laisse rêveur. On se demandera comment des méthodes qui sont présentées comme scientifiques, parce que statistiques, peuvent conduire à des conclusions opposées. Par exemple, dans un des cas au moins la “méthode” serait-elle mal appliquée, les biais seraient-ils mal calculés, etc. Ne  faudrait-il pas admettre plutôt que dans les deux cas on s’obstine à mesurer (évaluer..) des objets qui ne relèvent pas de la mesure quantitative ? 

Vous trouverez ci-dessous un article paru très récemment dans le QUOTIDIEN du Médecin (édition réservée aux psychiatres) qui se fait l’écho du rapport en question, ainsi qu’un résumé bref du même rapport qui se trouve sur le site du JAMA. L’article est dû à Isabelle Hoppenot. 

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4 décembre 2008

Isabelle Hoppenot

Une métaanalyse de grande ampleur, dont les résultats ont été récemment publiés dans le «JAMA», démontre, chez des patients ayant des troubles mentaux complexes, la supériorité des thérapies psycho dynamiques de longue durée, comparativement à diverses approches thérapeutiques plus brèves. Une étude qui, pour le Pr. Bruno Falissard, souligne notamment l’importance d’une prise en charge au long cours et faisant intervenir la relation médecin-patient dans ce qu’elle a de plus intime.

Publiés début octobre dans l’édition en langue anglaise du « JAMA » (1), les résultats de la métaanalyse évaluant les thérapies psycho dynamiques de longue durée ont été largement commentés outre-Atlantique, « peut-être marquent- ils un certain retour en grâce de la psychanalyse ou tout au moins le retour de la place centrale de la subjectivité du patient, explique le Pr. Bruno Falissard. Il n’est pas rien que cet article ait été publié dans un organe majeur de communication de la médecine aux Etats-Unis, qui, de plus est appuyé par un éditorial élogieux. Ce qui va bien sûr a l’encontre de la doxa que l’on avait l’habitude d’entendre. » Il faut souligner que cette revue quantitative de la litterature répond a une rigueur méthodologique, qui n’est pas si évidente à obtenir en pratique. Certes, elle a des limites, qui tiennent au principe même de la métaanalyse, en l’occurrence au fait que les essais négatifs, non publiés en général, ne sont de facto pas pris en compte.

Essais randomisés et études observationnelles

L’analyse a porté sur 23 études, 11 essais randomisés et 12 études observationnelles, qui ont inclus plus de 1 000 patients présentant des troubles mentaux complexes, comme des troubles de la personnalité, des troubles mentaux chroniques, des troubles mentaux comorbides. « Afin de limiter l’impact du caractère “un peu flou” de cette définition, les données ont été recueillies par deux méthodologistes indépendants avec évaluation d’un accord inter-juge. »

Seules les psychothérapies dynamiques individuelles d’une durée supérieure à un an, ou 50 sessions, ont été comparées aux traitements contrôles, le plus souvent des psychothérapies brèves, parfois cognitives.

L’analyse des données, qui portaient sur de nombreux critères, selon une méthodologie, là encore correcte, donne des résultats convergents et conclusifs : après thérapie psycho dynamique de longue durée, les patients vont mieux. Par ailleurs, en se fondant sur un large faisceau de critères, le traitement au long cours fait plutôt mieux que l’ensemble des autres approches. « Enfin, ces patients, souligne Bruno Falissard, ont un profil qui correspond à celui de ceux rencontrés en consultation, notamment en pratique libérale. » Un élément qui donne encore plus de pertinence clinique à ce travail

Des arguments pour un traitement intensif.

« Une donnée très importante de cette méta-analyse est la corrélation entre le niveau d’efficacité de la thérapie et non pas sa durée, mais le nombre de séances. Les patients ont bénéficié en moyenne de 130 séances, dont les bénéfices ont été d’autant plus marqués qu’elles étaient rapprochées. Cela est tout à fait pertinent cliniquement et doit nous inciter à concentrer les soins plutôt qu’à les saupoudrer, poursuit Bruno Falissard.

Ce travail est également porteur d’enseignements utiles à notre réflexion sur l’évaluation des psychothérapies :

1) De tels essais sont possibles;

2) Ils ont, bien entendu, des limites (quid d’un placebo de psychothérapie, quid de la généralisation des résultats à la vraie vie, problème fréquemment rencontré dans -les études randomisées).

Il faut donc envisager des approches complémentaires, comme des études longitudinales de suivi de cas »


(1) Efficacité à long terme de la psychothérapie psychodynamique. Une métaanalyse.

Falk Leichsenring, DSc;  Sven Rabung, PhD

JAMA. 2008;300(13):1551-1565

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RÉSUMÉ

Contexte

La place de la psychothérapie psychodynamique à long terme (LTPP) en psychiatrie est controversée. Il manque une recherche de résultats convaincants concernant LTPP.

Objectif

Examiner dans une méta-analyse les effets de la LTPP, particulièrement dans les troubles mentaux complexes, comme les patients présentant des troubles de la personnalité, des troubles mentaux chroniques, des troubles mentaux multiples, et des désordres complexes dépressifs et d’angoisse (associés à des troubles mentaux d’évolution chronique et/ou multiples).

Sources des données

Les études de LTPP éditées entre le 1er janvier 1960 et le 31 mai 2008 ont été identifiées par une recherche automatisée utilisant MEDLINE, PsycINFO, et le Current Content, complété par un contact avec des experts de ce domaine.

Sélection des études

Seules étaient incluses les études ayant employé une psychothérapie psychodynamique individuelle pendant au moins une année, ou 50 sessions, avec schéma prospectif, des mesures fiables des résultats rapportés. Les essais contrôlés randomisés (ECR) et les études d’observation ont été pris en compte. Vingt-trois études faisant participer un total de 1053 patients ont été incluses (11 ECR et 12 études d’observation).

Extraction des données

Les données sur les caractéristiques des études et les résultats du traitement ont été extraites par 2 évaluateurs indépendants. Les effets taille ont été calculées pour l’efficacité globale, les problèmes de ciblage, les symptômes psychiatriques généraux, l’état fonctionnel de la personnalité, et la fonction sociale. Pour examiner la stabilité des résultats, les effets taille ont été calculées séparément à la fin pour l’évaluation en fin de traitement et lors du suivi.

Résultats

Selon les analyses comparatives des ECR, la LTPP a montré des résultats sensiblement plus élevés pour l’efficacité globale, les problèmes de ciblage, et la fonction de la personnalité que les formes plus courtes de psychothérapie. En ce qui concerne l’efficacité globale, un effet taille intergroupe de 1.8 (intervalle de confiance à 95% [IC], 0.7-3.4) montrait qu’après traitement par LTPP les patients présentant des troubles mentaux complexes étaient en moyenne mieux que 96% des patients des groupes de comparaison (P=0.002). Dans les analyses de sous-groupe, la LTPP montrait des effets taille intragroupe significatifs, importants, et stables pour des troubles mentaux divers et en particulier les troubles mentaux complexes (extrêmes, 0.78-1.98).

Conclusions

Il existe des preuves que la LTPP est un traitement efficace des troubles mentaux complexes. Il est nécessaire que plus de travaux de recherche s’intéressent aux résultats de la LTPP dans des troubles mentaux spécifiques et incluent des analyses de rentabilité.


– Textes communiqués par le Bulletin de la SIHPP.

Pychiatrie : nous refusons la politique de la peur — La pétition du Monde.

Le texte de la pétition suivante est paru dans LE MONDE du 13 décembre 2008

La psychiatrie vigoureusement attaquée par le pouvoir qui se la veut répressive et agressive contre les “dangereux”, devient une profession sinistrée. Elle a oublié de soutenir les “charlatans”, elle paye la facture. C’est toute la société française qui la paye, la facture, et le Carré psy retentit dans son ensemble du véritable changement de paradigme auquel nous assistons.

Il convient de soutenir ce qui peut rester de la psychiatrie, liée à la psychodynamique. De la psychiatrie qui ne s’est séparée de la neurologie qu’en 1968, et que la nouvelle tendance reneurologise. À bas l’inconscient, vivent les neurones ! et vive la flic-iatrie !

Évidemment cette politique à la Charles X ne saurait durer toujours. Réunissons l’ensemble des forces restée vivantes et raisonnables dans ce pays, pour barrer la route à l’ultraconservatisme autoritaire qui aimerait liquider les sciences humaines, ce qui ne manquerait pas de produire des incidences sur la vie citoyenne. Vive la psychodiversité et un bénéfique respect des “autres”, sans exceptions.

La première exception, présentée manipulation émotionnelle médiatique à la clé, légitime les suivantes, ensuite le savon sur la pente conduit au bridage des libertés publiques, et à la mise au pas des professions psys, de toutes, les professions psys. Renaissance de l’Ortf, reprise en main du secteur psy, autoritarisme en marche, même combat. Le nôtre : y faire face.

Philippe Grauer


Nous refusons la politique de la peur

En assimilant maladie mentale et danger social, le président de la République amplifie une politique sécuritaire inquiétante

Les annonces de Nicolas Sarkozy, le 2 décembre, au centre hospitalier spécialisé Erasme, à Antony, sont en remarquable continuité avec les décisions prises depuis l’époque où il était ministre de l’intérieur : loi sur la prévention de la délinquance, amputée de ses articles portant sur les malades mentaux, mais finalement réintroduits dans leur essence dans la loi de rétention de sûreté, fichier Edvige, et maintenant loi sur l’hospitalisation psychiatrique.

L’amalgame organisé depuis la loi du 30 juin 1838 entre ordre public et obligation de soins trouve aujourd’hui son achèvement en une identification du soin à la seule mesure d’ordre public au nom d’une dangerosité potentielle. Il s’inscrit dans un ensemble liberticide. Depuis environ trois ans, à chaque victime exemplairement médiatisée, répond une nouvelle loi répressive.

Cette logique démagogique ose avec arrogance déclarer ne connaître que les droits de l’homme pour la victime et subordonner les droits des ” autres ” à leur dangerosité. Logique de juriste besogneux qui se doit d’étalonner le droit à une justice d’élimination. Logique de violence sociale qui condamne la psychiatrie à repérer, contrôler et parquer à vie les marginaux, déviants, malades, désignés potentiellement dangereux. Logique de l’abus rendu légal, enfin, puisque cette dangerosité n’est ni définie ni précisément limitée, ouvrant la voie à une extension indéfinie des mesures qui la visent. Obsession qui transforme tout accident en événement intolérable, la moindre erreur en défaillance monstrueuse, légitimant des précautions sans cesse durcies et toujours condamnées à se durcir car on ne supprimera jamais la possibilité d’un risque.

A terme, nous ne serions même pas dans la mise en place d’un système de défense sociale – historiquement institué et toujours présent dans de nombreux pays européens – à côté d’un système de soins psychiatriques ” civil “, mais dans le formatage d’une ” flic-iatrie ” dans les murs d’un asile d’aliénés postmoderne comme dans la ville.

Nous tenons à alerter du danger les familles et leurs associations, les associations de patients et ex-patients. Le projet du président de la République n’est pas une obligation de soins ambulatoire, mais bel et bien une détention ambulatoire qui sur le plan des soins se résumerait à l’injection bimensuelle ou mensuelle d’un neuroleptique à action prolongée ou à la prise forcée d’un thymorégulateur. Sur le plan de la liberté individuelle, ce projet placerait le sujet sous un régime de liberté surveillée : tutelle à la personne, assignation à résidence, bracelet électronique. Tout cela sous l’égide des services préfectoraux, des services de psychiatrie publique… et de la famille.

Pourquoi, alors, pour les soignants rechercher et travailler le consentement libre et éclairé ? Pourquoi pour les services de psychiatrie se mettre dans l’obligation d’accueillir, d’écouter, de prendre soin, de soigner, d’accompagner un sujet souffrant, c’est-à-dire de le considérer dans sa dignité et sa singularité de personne, d’individu social et de sujet de droit ?

Disons aussi aux usagers et à tous les citoyens que le soutien affiché par le chef de l’Etat à la ministre de la santé pour son projet de loi ” hôpital, santé, patients et territoire “, son chantage public au soutien à ses réformes, confirme qu’il n’y a pas contradiction entre politique sécuritaire et politique de réduction des moyens pour la santé et le social. De plus, il semble aussi mettre fin à la psychiatrie de secteur comme psychiatrie généraliste.

Que de vigilance obligée, que d’énergie perdue pour défendre les moyens existants face au bulldozer administratif et comptable. Pour les internés, nous savons : des moyens pour des cellules d’isolement, des unités pour malades difficiles, des vigiles et des caméras de surveillance. Quant aux personnes qui seraient soumises au traitement psychiatrique ambulatoire contraint, selon quels critères une telle mesure serait-elle prise, ou levée ?

Que nous soyons contraints de répéter une fois de plus qu’il n’y a pas à assimiler crime ou délinquance et ” maladie mentale “, dangerosité et ” maladie mentale “, nous blesse au regard des décennies de luttes et de pratiques de progrès dans le champ de la santé mentale.

Que nous soyons contraints de répéter qu’il n’y a pas de risque zéro, que les politiques dites de ” tolérance zéro ” n’éliminent pas la dangerosité sociale, nous fait craindre que nous tendions – loi d’attaque sociale après loi d’élimination, outrances policières ou politiques après outrances policières – au système décrit et dénoncé par Hannah Arendt : le totalitarisme ne tend pas à soumettre les hommes à des règles despotiques, mais à un système dans lequel les hommes sont superflus.

Le type de pouvoir exécutif à l’oeuvre ne laisse rien échapper, intervient sans cesse sur les professionnels pour les sanctionner et les corriger au moindre accident. Il conduit ceux-ci à l’excès de zèle pour prévenir les risques de ce qui n’est même plus excusé en tant que ” bavures “. Au mieux, nous avons droit aux phrases compassionnelles du chef de l’Etat. 

La banalité du mal s’installe en même temps que les scandales s’accumulent : pour les sans-papiers, il faut faire du chiffre ; pour éduquer les collégiens contre la drogue, il faut faire une descente musclée de gendarmes ; pour que ” justice soit faite “, il faut l’affaire consternante du journaliste de Libération ou encore la menace de centres de rétention pour SDF récalcitrants.

Il ne s’agit donc guère de sagesse populaire et de vertu républicaine, mais bien d’une idéologie populiste et d’une politique sécuritaire dangereuses, qui dans le même temps poursuivent au pas de course la démolition des services publics et une politique de santé entrepreneuriale et de paupérisation. Nous nous déclarons opposants résolus à cette idéologie et à cette politique. Nous déclarons que nous continuerons d’y résister concrètement et solidairement. Nous appelons tous ceux qui agissent à élaborer un manifeste constituant d’un front du refus. 
© Le Monde


Signataires.

Francine Bavay, vice-présidente de la région Ile-de-France chargée des solidarités et du développement social, les Verts ; 
Alain Buzaré, psychiatre, responsable de service, Angers ; 
Alain Chabert, psychiatre responsable de service, Chambéry ; 
Franck Chaumon, psychiatre, psychanalyste, association Pratiques de la folie ; 
Jean Danet, universitaire,Nantes ; Gilles Devers, avocat, Lyon ; 
Claude-Olivier Doron, philosophe et anthropologue de la santé, université Paris-VII ; 
Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme ; 
Dominique Friard, vice-président du Serpsy, cadre de santé ; 
Jean Furtos, psychiatre, directeur scientifique de l’Orspere/Onsmp ; 
Claire Gékière, secrétaire de l’Union syndicale de la psychiatrie ; 
Serge Klopp, cadre de santé, militant du PCF, Paris ; 
Pénélope Komites, adjointe au maire du 12e arrondissement chargée de l’action sociale, les Verts ; 
Olivier Labouret, psychiatre responsable de service, Toulouse ; 
Jean-Claude Laumonier, responsable du secteur santé de la LCR, cadre de santé retraité ;
Christian Laval, sociologue, Orspere/Onmsp, Lyon ; 
Anne-Marie Leyreloup, psychiatre, présidente du Serpsy ; 
Claude Louzoun, président du Comité européen : droit, éthique et psychiatrie, membre de l’Union syndicale de la psychiatrie ; 
Jean-Pierre Martin, psychiatre, vice-président du Cedep ; 
Jacques Michel, Institut des sciences politiques, Lyon ; 
Marie Napoli, présidente de l’Union syndicale de la psychiatrie ; Pierre Paresys, psychiatre responsable de service, Lille ;
Marie Rajaplat, vice-présidente du Serpsy ;
Pauline Rhenter, politologue, groupe de recherche en sciences sociales ville et santé mentale, Paris ; 
Jean Vignes, secrétaire fédération SUD Santé-Sociaux.
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CINÉ PHILO: Sous le soleil de Satan

Sous le soleil de Satan

de Maurice Pialat, adaptation du roman éponyme de Georges Bernanos publié en 1926.

Un film remarquable, qui n’a pas été beaucoup vu après sa Palme d’or très mouvementée à Cannes en 1987, avec toute une gamme de sentiments et d’expériences existentielles fortes, une véritable mine pour des psys doués du sens de l’observation.


Séance suivie d’un débat philo animé par Daniel Ramirez
sur le sujet :

{L’homme faillible ou la chute des corps. Autour du Christianisme et de l’idée de redemption. }


L’Entrepôt — lieu des cultures — tel: 01 45 40 07 50

7, rue Francis de Pressensé, Paris 75014

métro Pernety

prix unique 8 €

Claude Olievenstein, psychiatre, mort à Paris le 14 décembre 2008

Fondateur du Centre Marmottan pour le traitement des toxicomanes, à Paris, Claude Olievenstein est mort à Paris, dimanche 14 décembre, des suites d’une maladie de Parkinson invalidante. Il en avait senti très tôt les effets dévastateurs, au point de consacrer l’un de ses ouvrages à cette question (Naissance de la vieillesse, Odile Jacob, 2000). L’un de ses nombreux livres. Ainsi, dans Le Non-dit des émotions , Odile Jacob, 1988, il explorait l'”indicible” au-delà de la langue ; L’Homme parano , Odile Jacob, 1992, peut être considéré comme un véritable manuel clinique des petits et des grands délires de persécution.

“J’aurais pu être un petit nazi si je n’avais été, aussi, un petit juif” : c’est ainsi que commence le livre majeur de celui que l’on appelait “Olive” et qui fut le pionnier du traitement des toxicomanes en France (Il n’y a pas de drogués heureux, Laffont, 1977). En écrivant ces lignes provocatrices, il savait pourtant qu’il avait déjà choisi son camp : celui des victimes, et non pas celui des bourreaux.

Claude Olievenstein était né à Berlin le 11 juin 1933. Enfant, il assista à une scène classique d’humiliation, celle-là même qui, à Vienne, au milieu du XIXe siècle, avait été infligée au père de Sigmund Freud. Un soir, après qu’il eut été emmené au cirque par son grand-père, avec son frère Armand, il vit un nazi gifler le vieil homme et le jeter au sol : “Je le revois à quatre pattes, et, aujourd’hui encore, je ressens en moi une incroyable montée de haine. Mon grand-père, qui était un homme fier, s’est relevé sans mot dire, a épousseté son chapeau et nous a repris par la main (…). Pour cet homme qui était très sincère, l’humiliation a été vécue comme un écroulement total, global. Et il a eu la réaction qui, vingt ans plus tard, serait la mienne : il a revendiqué sa solidarité avec son peuple.“

Par deux fois, la famille Olievenstein échappe à l’extermination. D’abord en quittant l’Allemagne pour s’installer en France et ensuite en refusant de se soumettre au port de l’étoile jaune imposé par le régime de Vichy.

Après une enfance qui lui apprit à dissimuler ses origines, Claude Olievenstein rejoint Paris, ville aimée, où il poursuivra ses études : “Nous avions désormais notre place dans le monde. Nous avions le droit d’être nous-mêmes, le problème juif avait cessé d’exister.”

Les deux frères deviennent psychiatres. Sous le nom d’Armand Olivennes (1931-2006), l’aîné sera aussi poète et auteur de nombreux ouvrages. Il épousera Maria Landau, psychanalyste, élève et chef de clinique de Jenny Aubry (1903-1987), dont il aura trois fils. Quant au cadet, tout aussi iconoclaste et d’une générosité hors du commun, il découvrira son homosexualité après avoir aimé des femmes et rédigé des pages superbes sur sa compagne et collaboratrice, Edith, analysée par Jacques Lacan (1901-1981), et qui mourra en absorbant des somnifères.

Il ne cessera par ailleurs – après avoir été l’élève d’Henri Baruk (1897-1999) et avoir soutenu sa thèse sur le LSD – d’être un militant politique, contestataire de l’ordre psychiatrique, marqué par les travaux de Michel Foucault (1926-1984), puis ami d’un autre philosophe, Jacques Derrida (1930-2004).

Il adhéra d’abord aux Jeunesses communistes, dont il sera exclu, puis à l’Union des étudiants juifs de France. Après les événements de mai 1968, il fondera, en 1971, à l’hôpital de Marmottan, hideux bâtiment de brique rouge, le Centre médical d’accueil, d’orientation, de soins pour toxicomanes non alcooliques, dont le rayonnement sera considérable, en France et à l’étranger, notamment en Amérique latine. Il sera aussi nommé, en 1987, professeur associé d’anthropologie à l’université de Lyon, où il animera un séminaire sur les exclus et les marginaux.

HOSTILE À TOUT ESPRIT DE CHAPELLE

C’est en 1958, à l’hôpital de Maison Blanche – avant Villejuif et Sainte-Anne -, qu’il croise l’aventure de la psychiatrie de secteur, dont les artisans sont alors partagés en deux tendances. Les uns sont attachés à la nosologie classique ; les autres sont portés par l’enseignement de Jacques Lacan. “Pour ma part, disait Olievenstein, j’étais évidemment un chaud partisan de la psychanalyse, d’autant que je venais de découvrir Lacan, l’homme qui, avec Merleau-Ponty, (philosophe, 1908-1961) m’a, à ce moment-là, le plus influencé.”

Hostile à tout esprit de chapelle et grand voyageur en quête d’autres cultures, Claude Olievenstein fréquentera le divan sans intégrer aucun courant. Il n’empêche que l’expérience de Marmottan s’inscrit dans la grande histoire de l’approche dynamique de la psyché. En effet, rejetant à la fois l’institutionnalisation des drogues de substitution, parmi lesquelles la méthadone et les neuroleptiques – et non pas leur usage au cas par cas -, il privilégiait à Marmottan les prises en charge de longue durée fondées sur une relation transférentielle avec les patients, seule manière de les faire émerger lentement de l’enfer de la drogue.

Il fut vivement attaqué pour s’être opposé, pendant un temps, à la vente libre des seringues, n’hésitant pas ensuite à changer d’avis lorsque survint l’épidémie du sida.

Opposé autant à la dépénalisation, qui favorisait la jouissance autodestructive des toxicomanes, qu’à une politique répressive qui risquait de les confondre avec les narcotrafiquants, il usa de son franc-parler et de sa forte présence dans les médias pour se mettre au service des victimes – manière de ne pas oublier son destin initial.

La France doit beaucoup à Claude Olievenstein dans ce domaine. Il faut se rappeler la leçon d’humanisme, de tolérance et de rigueur qui fut la sienne, et non se complaire dans une logique sécuritaire de prétendue “domestication” qui ne fera que criminaliser davantage le peuple des drogués.


Dates clés

11 juin 1933
Naissance à Berlin.

1968
Médecin psychiatre.

1971
Fonde le Centre Marmottan à Paris.

14 décembre 2008
Mort à Paris.


Article paru dans l’édition du 17.12.08
Claude Olievenstein, psychiatre
LE MONDE | 16.12.08 | 16h11 • Mis à jour le 16.12.08 | 16h11