Jacques-Alain Miller : mort aux psys ?

Polémique : mort aux psys ?

On lira dans { Le Point du 3 juillet un article de Jacques-Alain Miller relatif à l’envoi annoncé vers le Conseil d’État du décret d’application de l’article 52 de la loi du 9 août 2006 sur le titre générique de psychothérapeute. L’affaire n’est pas jouée, mais elle devient vicieuse : un arrêté à la clé est déjà tout prêt, un arrêté coupe-gorge purement et simplement liquidateur de la psychothérapie relationnelle et de la psychanalyse.

C’est à ce projet de texte scélérat que s’en prend le leader de la psychanalyse qui le premier, avec Élisabeth Roudinesco, tous deux soutenus par le sénateur Jean-Pierre Sueur, s’éleva publiquement contre l’injustice qui se fomentait. L’infamie ayant consisté alors à traiter en bloc de charlatans les psychothérapeutes relationnels et leurs institutions historiques. Il s’ensuivit cinq années de conflit dont voici un nouveau rebondissement. Jacques-Alain Miller remonte au créneau. Il n’est pas seul. La société civile n’a aucun intérêt à laisser opérer cette destruction de son tissu professionnel psy réparateur complexe et multiple, éthiquement sûr, bien organisé, de qualité et utilité publique notoires.

Philippe Grauer}


C’est une bombe à retardement que les psychanalystes pensaient avoir désamorcée. Il y a cinq ans, la profession s’était élevée contre l’amendement, déposé par le député UMP Bernard Accoyer, qui voulait réglementer la psychothérapie. La loi sur le titre de psychothérapeute ne fut jamais appliquée, faute d’un décret. Mais le Conseil d’État devait remettre en selle ce décret. L’arrêté qui doit suivre provoque la colère des psychanalystes. L’un des plus éminents prend la plume dans les colonnes du Point.


Le psy est devenu pour les Français un personnage familier. Non pas que l’on sache toujours précisément ce qui distingue le psychanalyste et le psychothérapeute, le psychiatre qui donne les médicaments et le psychologue qui n’en donne pas. Dans l’opinion publique, le psy, c’est d’abord quelqu’un qui vous écoute.

C’est quelqu’un à qui se confier, à qui se fier, devant qui on peut se livrer en toute liberté. Quelqu’un qui aide la souffrance (ou l’énigme) qui vous habite à s’exprimer et à se mettre en mots. Quelqu’un qui vous reçoit en tant que vous êtes un être à part, une exception, valant par elle-même, pas n’importe qui, pas un numéro, pas un exemplaire de votre classe d’âge ou de votre classe sociale. Dans un monde où chacun sent bien qu’il est désormais jetable, la rencontre avec le psy reste une clairière, une enclave intime, on peut même dire une oasis spirituelle.

Devant l’ampleur de ce phénomène de société, les grandes institutions et les grandes entreprises ont voulu avoir leurs psys. Mais le public ne s’y trompe pas ; il sait bien quand le psy sert d’abord le maître et quand il est d’abord au service de celui qui lui parle.

Eh bien ce monde est menacé de finir. Sachez que, dans les profondeurs de l’État, des officines obscures travaillent d’arrache-pied à la mise au point d’un prototype encore secret, destiné à mettre progressivement au rancart les psys d’antant : et le psy qui, au nom de son autonomie professionnelle, résiste à sa hiérarchie ; et le psy génial, ne devant sa clientèle qu’au bouche-à-oreille ; et le psy libéral, qui ne doit de comptes qu’à son analysant. Les psys à la poubelle ! Place au techno-psy !

Le techno-psy n’aura pas pour fonction d’accueillir chacun dans la singularité de son désir : quelle perte de temps ! Non, le techno-psy n’écoute pas, il compte, il étalonne, il compare. Il observe des comportements, il évalue des troubles, il repère des déficits. Autonomie zéro : il obéit à des protocoles, fait ce qu’on lui dit, recueille des données, les livres à des équipes de recherche. Les appareils de l’État sont là dès les premiers pas de sa formation, et il leur restera soumis au fil du temps par des évaluations périodiques.

La vérité est que le techno-psy n’est pas un psy : c’est un agent de contrôle social total, lui-même sous surveillance constante. Je sais : on croirait de la science-fiction. Même Staline n’a pas osé ça. Encore plus fort que la Stasi : elle posait des micros, là on vous branche directement un technicien sur le cerveau. C’est pourtant ce à quoi tend très précisément le texte de l’Arrêté qu’un conclave de fonctionnaires de la Santé et de l’Enseignement supérieur se vante dans Paris de faire signer par leurs ministres, dans la moiteur du mois d’août.

Ce beau projet repose sur un tour de passe-passe. Il ne suffit pas de programmer la mort du peuple psy : pour que rien n’en subsiste, il faut encore le dépouiller de son nom. Techno-psy, je te baptise … psychothérapeute ! Dès que le Conseil d’État aura adopté le décret d’application de la loi sur le titre de psychothérapeute, les masques tomberont : par simple arrêté ministériel, ce sera l’An I de l’ère du techno-psy.

On songe à Brecht : le gouvernement, mécontent du peuple, décide de le dissoudre et d’en élire un autre. Ou encore à Lewis Carroll : “La question, dit Alice, est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu’ils veulent dire — La question riposta Humty Dumty, est de savoir qui sera le maître… Un point, c’est tout.”

Le pire, pourtant, n’est pas sûr. Il m’étonnerait que Roselyne Bachelot, que Valérie Pécresse veuillent attacher leurs noms à cette infamie. Et puis, il y a aussi cette jeune femme qui a témoigné publiquement de ce qu’elle devait à la psychanalyse. Devenue la “reine de cœur” de ce pays, elle ne dira pas : “La psychanalyse ? qu’on lui coupe la tête !”

Pas de 0 de conduite, suite — un État aux “petits soins” pour surveiller nos enfants

Un appareil d’état résolument glacialement épidémiologiste et évaluativiste, ignorant la relation, continue de tenter de mettre met ses pieds d’éléphant dans les assiettes en porcelaine de l’enfance. Faisant courir le risque, dans un tel contexte, d’instrumentaliser les psys postés. Les psychologues freudiens continuent de se battre et de veiller à ceux qui se préoccupent davantage de surveiller.

Les psychothérapeutes relationnels se portent solidaires de leurs collègues travaillant en institution. Ils maintiendront précieusement leur propre indépendance, garante d’une démarche psychothérapique du souci de soi non polluée par des préoccupations de soin-santé mentale débouchant inopinément à l’occasion sur une police des âmes.

Philippe Grauer


Fin janvier 2006, l’appel « Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans » était lancé. Il débutait par ces mots : « Le gouvernement prépare actuellement un plan de prévention de la délinquance qui prône notamment une détection très précoce des « troubles comportementaux » chez l’enfant, censés annoncer un parcours vers la délinquance. Dans ce contexte la récente expertise de l’INSERM, qui préconise le dépistage du « trouble des conduites » chez l’enfant dès le plus jeune âge, prend un relief tout particulier. »

Vous vous en souvenez sans doute : dans ce rapport, « les professionnels sont invités à repérer des facteurs de risque prénataux et périnataux, génétiques, environnementaux et liés au tempérament et à la personnalité . Pour exemple sont évoqués à propos de jeunes enfants « des traits de caractère tels que la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme » et la notion « d’héritabilité (génétique) du trouble des conduites ». Le rapport insiste sur le dépistage à 36 mois des signes suivants : « indocilité, hétéroagressivité, faible contrôle émotionnel, impulsivité, indice de moralité bas», etc. » Les signataires de l’appel — et ils furent près de 200 000 — s’élevaient contre les risques de dérives des pratiques de soins, notamment psychiques, vers des fins normatives et de contrôle social et appelaient à un débat démocratique sur la prévention, la protection et les soins prodigués aux enfants, dans un esprit de clarté quant aux fonctions des divers acteurs du champ social (santé, éducation, justice…) et quant aux interrelations entre ces acteurs. »

Le 16 juin 2006, à la veille du premier colloque organisé par le Collectif PasdeOdeConduite, le gouvernement faisait savoir qu’il renonçait à inclure le dépistage précoce des troubles du comportement chez l’enfant dans le projet de loi sur la prévention de la délinquance.

Le collectif s’est constitué à l’origine sur la base du désir décidé de professionnels exerçant dans le champ de la prévention et celui de la santé. Au dépistage prédictif et stigmatisant de signes, regroupés en troubles à neutraliser, il oppose une prévention ouverte, prévenante, basée sur la rencontre. Il s’est rapidement enrichi de l’apport de professionnels d’autres champs, ceux de l’accueil de la petite enfance, de l’éducation, de la pédagogie et de la recherche mais aussi d’associations de familles et d’autres organisations engagées dans la défense des libertés. En effet, ce sont tous les champs d’interventions des professionnels exerçant auprès des enfants qui se trouvent désormais exposés au risque de l’instrumentalisation.

Le savez-vous ?

Début 2007 : la Fondation de la MGEN pour la santé publique lance une enquête dans les écoles primaires de Paris en partenariat avec l’Académie de Paris et le Service de santé scolaire de la ville de Paris. Des parents trouvent le questionnaire qui leur est destiné dans le cartable de leur enfant. Question 15 : « L’embrassez-vous ? » Un peu plus loin : « Fouillez-vous dans ses affaires ? » Question 24 : un membre de la famille « a-t-il déjà eu l’habitude de vérifier, compter ou nettoyer de façon répétitive ? » Question 30 : « Au cours de l’année écoulée, combien de fois avez-vous eu besoin d’un petit verre pour pouvoir démarrer après avoir beaucoup bu la veille ? » La Fédération des Conseils de parents d’élèves de Paris et le collectif Pasde0deConduite dénoncent cette enquête pour son caractère intrusif et non respectueux de la vie privée, elle est stoppée en mai 2007.

Mai 2008 : Le ministère de l’Education nationale lance une enquête auprès d’une petite centaine d’écoles primaires. L’objectif est de mettre au point le dispositif qui sera utilisé en mai 2009 pour évaluer la maîtrise du langage et de la langue française des élèves en fin d’école primaire.

Des syndicats d’enseignants du département des Pyrénées atlantiques (le Se-UNSA et le SNUipp-FSU), notamment, ont rapidement dénoncé le contenu de la partie 4 de cette enquête qui incluait des questions comme celles-ci :

“Es-tu né en France ?” “Ta mère est née en France ?” “Ton père est né en France” “Quelle langue parles- tu à la maison ?” “D’habitude qui vit avec toi à la maison ? a) ta mère b) une autre femme tenant le rôle de ta mère a) ton père b) un autre homme tenant le rôle de ton père ?”

Ces mêmes syndicats n’étaient pas sans noter la ressemblance de certaines de ces questions avec celles qui figuraient dans la première version du fichier BASE ELEVES. Après des actions d’information à la presse et de protestation auprès du ministère exercées par ces syndicats et la fédération des parents d’élèves, dès le 22 mai, le ministère de l’Education décidait de retirer cette partie de l’enquête. Rappelons que sous la pression de nombreuses associations et syndicats, de pétitions de professionnels et de citoyens, ces questions concernant le pays et la langue d’origine ainsi que la nationalité ont été retirées du fichier Base élèves. Cependant une forte opposition à ce fichier n’a pas fléchi : en effet, d’envergure nationale, il inclut des données sensibles concernant les enfants et leurs familles, il est partageable au moins pour partie avec les maires des communes et l’anonymat des données peut être levé pour « raisons administratives ». La Fédération des conseils de parents d’élèves des écoles publiques vient, lors de son dernier congrès, d’adopter une motion demandant l’arrêt de la mise en œuvre de Base élèves, le réexamen du fichier SCONET (l’équivalent pour les élèves du 2nd degré), et elle exige l’ouverture d’un débat public sur tous les fichiers, centralisés ou non, concernant les enfants et les jeunes.

Ce n’est pas tout : au cours de la présente année scolaire 2007-2008, le ministère de l’Éducation nationale a lancé une enquête dont l’objectif principal affiché est d’étudier les parcours des élèves de la sixième à l’enseignement supérieur. Un échantillon “représentatif” constitué de 35 000 élèves entrés en classe de sixième en septembre 2007 a été sélectionné ; ils seront suivis et régulièrement évalués au cours des années à venir…

Dans le questionnaire destiné aux familles, on trouve ces questions :

Où êtes-vous né ? (France métropolitaine, DOM TOM ou étranger)
Dans quel pays êtes vous né ?

En quelle année êtes-vous arrivé en France ?
Quelle est votre nationalité ?
Si vous êtes devenu français, quelle était votre nationalité de naissance ?
Si vous êtes de nationalité étrangère, quelle est votre nationalité ?
En quelle langue parlez-vous habituellement avec vos enfants ?

D’autres questions concernent par exemple les revenus des parents ou des activités périscolaires que peuvent avoir les enfants. Le courrier accompagnant le questionnaire précise que « cette enquête a fait l’objet d’une déclaration à la CNIL qui a délivré un avis favorable. Elle a reçu le label d’intérêt général du Conseil National de l’Information Statistique et a un caractère obligatoire » [ en gras dans le courrier ! ]

L’enfant, quant à lui, devra répondre à un « questionnaire […] au collège » dont « le contenu sera indépendant des programmes d’enseignement ».
La Fédération des Conseils de Parents d’élèves de l’Ecole publique a adressé une lettre ouverte au ministère de l’Education et Mme Nicole Borvo, sénatrice, s’est adressée au président de la CNIL en lui demandant des explications sur les raisons qui ont conduit la CNIL a donné un avis favorable à cette enquête.

Enfin, une grande enquête, dénommée « ELFE : grandir en France »*, est en cours d’expérimentation et devrait être généralisée en 2009. ELFE, pour Etude longitudinale française depuis l’enfance. Un communiqué de presse de septembre 2007 la présentait ainsi :

« Le projet Elfe consiste en la mise en place d’une cohorte, représentative au plan national, de 20000 enfants qui seront suivis de la naissance à l’âge adulte dans une approche pluridisciplinaire.
Cette étude longitudinale constituera une source unique de données permettant d’analyser le développement de l’enfant dans son milieu, avec le souci d’étudier les différents facteurs en interaction tout au long du parcours jusqu’à l’âge adulte (facteurs familiaux, sociaux, scolaires, comportementaux, environnementaux, sanitaires, nutritionnels…) et de comprendre l’impact des situations traversées durant l’enfance sur la santé, le développement physique, psychologique, social et professionnel des personnes. D’un point de vue épidémiologique, il sera notamment possible de mesurer des expositions cumulées à des conditions environnementales spécifiques, ainsi que les comportements année après année, et d’analyser leurs conséquences en termes d’inégalités sociales et de santé.

Seule une observation suivie (et non uniquement rétrospective) permet de repérer les étapes majeures de ces processus, de prendre en compte toutes ses dimensions et de mieux comprendre le sens des relations causales. »
Dans l’information à la presse qui accompagnait ce communiqué, il était indiqué : « Parallèlement, et c’est une originalité de ce projet, il sera possible de mettre en commun des informations émanant de sources diverses (caisses d’allocations familiales, assurance maladie…), de suivre les scolarités, d’établir des recoupements avec des informations environnementales sur la qualité de l’air et de l’eau grâce au codage géographique des adresses, et d’intégrer l’échantillon Elfe à d’autres études périodiques sur la santé des enfants. » On ne peut qu’être étonné de la quantité des facteurs concernés et cette possibilité de « mise en commun des informations de sources diverses ». Sans être hostile à la nécessité pour la recherche en santé publique de recourir à des enquêtes à grande échelle dans certains domaines, ne faut-il pas s’interroger sur les présupposés et la finalité d’un tel projet ?

Nous en sommes là. Que les enfants puissent grandir sans la menace de ce que j’appellerai un « dossier à charges » prêt à se constituer à tout instant, ne devrait-il pas être la règle ? Sigmund Freud, en son temps, a pu écrire qu’éduquer, soigner et gouverner étaient trois métiers impossibles. S’affronter au réel, à la complexité de l’humain et aux questions que posent le devenir, la santé et l’éducation des enfants nécessite d’autres moyens que ceux du dépistage prédictif, de la mise en fiches, en grilles et de la déduction pseudo-scientifique de données statistiques. C’est ce que Pasde0deConduite se voue à démontrer, non sans débattre, depuis sa création, par le biais de ses nombreuses interventions, interpellations, colloques et publications. En témoignait la richesse des interventions au colloque qu’il a organisé en novembre dernier à Paris sur le thème : « Enfants turbulents : L’enfer est-il pavé de bonnes préventions ? » Les actes de ce colloque viennent de paraître, sous le même titre, aux éditions Erès.
Thérèse Petitpierre


* Sous l’égide de l’Ined, l’Inserm, l’InVS, l’Insee, la DEPP, la DREES, la DGS et la Cnaf.

Ined — Institut national d’études démographiques

Inserm — Institut national de la santé et de la recherche médicale)

InVS — Institut de veille sanitaire

Insee — Institut national de la statistique et des études économiques)

DEPP — Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance : Ministère de l’Education nationale et Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche

Drees — Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques : Ministère de la santé, de la jeunesse et des sports, Ministère du travail, des relations sociales et de la solidarité, et Ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique

DGS — Direction générale de la santé : Ministère de la santé, de la jeunesse et des sports

Cnaf — Caisse nationale des allocations familiales).


Cet article provient de l’Instantané de l’InterCoPsychos N° 265

www.intercopsychos.org

Projet de décret : non aux Commissions tueuses

Projet de décret d’application

L’AFFOP et le SNPPsy COMMUNIQUENT

13 juin 2008

Le projet de décret relatif à l’usage du titre générique de psychothérapeute en application de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 article 52, communiqué par le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche au CNESER ne comporte pas de modification par rapport au projet de décret qui nous avait été communiqué en Janvier 2008. Nous réitérons le principe de notre position.

• Mesures transitoires

Comme nous en avons adressé verbalement et par écrit l’observation au Ministère de la Santé ce projet de décret demeure inacceptable en particulier sur le principe des clauses relatives aux mesures transitoires concernant les professionnels en exercice (Section III) :

— L’exigence d’avoir exercé pendant au moins trois ans pour que les non-de-droit(1“) puissent présenter leur dossier d’homologation aux Commissions régionales est contraire aux principes du droit.

— La non représentation des non-de-droit dans les Commissions régionales dans lesquelles siègeraient six représentants des de-droit sur six aboutira au rejet des demandes d’homologation.

• Expérience historique

Ces dispositions sont d’ailleurs identiques à celle naguère prises pour l’homologation au titre de psychologue (loi de 1985 et décret d’application de 1990) qui ont abouti au rejet des demandes d’homologation (pourtant bien constituées au regard des conditions prévues par le décret d’application) par les représentants des organisations de psychologues et des enseignants de psychologie membres des Commissions d’homologation. Bien que le SNPPsy ait gagné ses procès auprès du tribunal administratif le mal était fait. Nous n’avons pas l’intention de nous laisser fourvoyer une seconde fois dans de tels détours.

• Pas d’Écoles agréées par le ministère de la Santé ?

Ce projet de décret prévoit que la formation à la psychopathologie pourra être dispensée par les établissements d’enseignement supérieur publics et privés. Il ne prévoit pas d’Écoles agrées par le ministère de la Santé, clause qu’avaient envisagée les conseillers du précédent ministre. Cette restriction reviendrait à éliminer de la formation les écoles créées par des professionnels compétents qui ont prouvé leur aptitude à administrer cette formation pour les psychothérapeutes relationnels.

• Une loi n’est pas faite pour qu’on s’y faufile

Le conseil donné verbalement par le Ministère sur la manière de nous accommoder à une loi qui s’appliquerait dans son décret à ne pas reconnaître et aménager réellement nos place et rôle déjà inscrits dans le champ psy, ne règle pas la question du principe de notre légitimité.

• Une pratique légitime incontournable d’intérêt général

La position qui est historiquement la nôtre, de psychothérapeutes relationnels sérieux comme en attestent les organisations professionnelles et nos institutions créées depuis trente ans, ne saurait se voir ignorer ni maltraiter. Elles ne sont prêtes ni à disparaître ni à renoncer à protéger et soutenir leur juste cause. Celle-ci coïncide avec l’intérêt véritable des professionnels du psychisme honnêtes ouverts à la nécessaire diversité dans le maintien de l’éthique en matière de sciences humaines cliniques, et du public.

[Document : Décret projet au 12/06/08]

  • 1 On sait que l’article 52 de la loi du 9 août 2006 distingue ceux qui peuvent revendiquer le titre générique de psychothérapeute du fait qu’ils exercent la profession de médecin, de psychologue ou encore de psychanalyste. La loi leur confère le titre de droit pourvu qu’ils le revendiquent. Par un renversement dans son contraire, ceux qui ont créé de fait le titre générique de psychothérapeute et l’exercent le plus souvent dans le cadre de la psychothérapie relationnelle devraient passer devant des Commissions constituées de professionnels de droit pour s’entendre dénier leur propre légitimité en se faisant massivement refuser la dénomination identitaire qu’ils ont promue. Ainsi la loi entend leur confisquer leur nom au profit des corporations qui les jalousent. Les non de droits se trouveraient bannis de leur propre territoire. Cette figure perverse corrompt le titre générique en question et le ruine dans son principe quand le décret d’application organise l’iniquité. Une loi mal conçue dont le décret d’application ne corrige pas l’injustice est indigne de la République et demeurera une cause de tracas incessant jusqu’à son abrogation.

Psychocorporel : science ou croyance ?

On nous fait parvenir l’annonce d’un congrès de psychothérapie psychocorporelle, qui va de Reich — un Reich dont on ne disjoint pas le chapitre orgonomique, à Freud en passant par le Jung de la synchronicité et de l’inconscient collectif, via la physique quantique, les neurosciences et l’ethnopsychiatrie, cette dernière référée aux tradi-pratiques elles-mêmes connectées au Traditions avec un T majuscule, qualifiées de grandes avec une seconde majuscule, ce qui induit que le transpersonnel évoqué à cette occasion doive être entendu comme orientation spiritualiste, ce qui permet de l’aborder à la faveur des expériences proches de la mort. Eurydice, en se retournant Orphée vit une intense lumière blanche se dissoudre.

Tout cela resitue le domaine du psychocorporel dans un contexte voisin du New Age et de son nouveau paradigme. Nous voici aux années 60-70 de la nébuleuse humaniste américaine, qui englobait en effet aux yeux de certains l’ensemble de ces champs, avec déjà une tendance à la polarisation qui allait disjoindre le proprement psychothérapique de ce qu’il faut bien appeler une sorte de mysticisme psychocorporel. Nous voici aux portes de l’enfer de la confusion.

Convenons que la ligne de partage n’est pas facile à installer, et que cependant il y a nécessité à ne pas s’épargner une tâche aussi nécessaire. Chacun ayant bien le droit d’opérer comme il l’entend à partir des présupposés et de l’épistémé qui lui conviennent, fussent-ils insatisfaisants. Mais sciences humaines cliniques ne veut pas dire fausse science. Afin que le débat scientifique et rationnel ait bien lieu, il importe de disposer de positions clairement décrites, propres au débat. Croyance vs. rationalité, une vigilance à ne pas lâcher pour la psychothérapie relationnelle !


L’IIBA— l’Institut international d’Analyse bioénergétique
(Lowen) et l’EFBA-P — la Fédération européenne d’Analyse et de psychothérapie bioénergétique, dont relève notre Laurence Trilles se situent à la marge nous confie-t-on du champ de l’EABP — Association européenne de psychothérapie corporelle, dont il s’agit dans la présente annonce de Congrès. La ligne du CIFP quant à elle demeure attachée à une conception rigoureuse des sciences humaines cliniques. Elle reste ouverte à l’exploration du voisinage afin de permettre à tous de mieux différencier ce qui mérite et exige de l’être.

La dilution des frontières proposée ici constitue à nos yeux une approche méthodologique sympathique d’aspect, redoutable de méthode. S’il existe des psychothérapies spiritualistes, la Force soit avec elles, nous n’ambitionnons pas de travailler en captant ses bonnes vibrations. Mystères de l’être vs. énigmes à résoudre et concepts à construire : l’inspiration et l’ouverture des Lumières nous suffiront. Jamais nous ne laisserons les mirages de la physique quantique associés aux imageries médicales assistées par neurosciences nous inspirer une hasardeuse et religieuse psychothérapie-fiction. Il y a lieu selon nous de s’assurer de précautions critiques quand on ambitionne de conjoindre des domaines aussi proches de la pensée magique avec la préoccupation d’une clinique qui demeure résolument rationnelle.

Philippe Grauer


Ce Congrès est l’occasion d’une rencontre internationale réunissant les membres de l’EABP à majorité nord-européenne, et le réseau du CSI plus particulièrement connecté avec les pays d’Europe du Sud et d’Amérique Latine.

Cette rencontre exceptionnelle entre thérapeutes de différentes cultures permettra les partages de pratiques à travers les ateliers, des échanges au sein de groupes de discussion, les apports théoriques enrichissants, sans oublier la danse et le mouvement.

Nous prévoyons un éventail de séances plénières, d’ateliers et de moments festifs, tout cela organisé à la Faculté de Médecine de Paris, dans le Quartier Latin. Nous vous y attendons pour écouter, partager et aussi danser la richesse de notre travail.

Ce Congrès cherchera à enrichir nos pratiques et nos théories par la rencontre avec les traditions qui étudient depuis des millénaires la nature de l’homme et sa place dans l’univers, et par l’exposé des dernières recherches et théories scientifiques du développement de l’enfant et des neurosciences. Il semble qu’après une étape de spécialisation et d’opposition entre sciences, psychologie et traditions, apparaisse un mouvement de convergence. Un rapprochement des visions et une dilution des frontières entre savoirs traditionnels, thérapies psycho-corporelles et paradigmes scientifiques se profile.

– En science, les séparations entre le vivant et l’inerte se dissolvent; la complexité de la matière s’impose, à la frontière entre corpuscules et flux d’énergie; la conscience n’est plus localisable à la seule réalité neuronale, de nouveaux défis théoriques sont posés;

– Les savoirs traditionnels confirment ce continuum de la conscience et de l’esprit, cette indissociabilité entre matière et esprit ;

– L’humanité entre dans une époque nouvelle, confrontée à une crise planétaire, avec l’évidence d’un sort commun où chacun devient interdépendant de la multitude. Lorsque tout s’écroule, tout est à découvrir.

La rencontre des praticiens traditionnels et l’écoute des nouvelles approches scientifiques, confrontées à nos pratiques et nos connaissances cherchera à rénover nos compréhensions et ouvrir nos pratiques.

1° JOUR : REICH TOUJOURS ACTUEL ?

En quoi les découvertes et l’engagement de Reich sont-ils encore riches d’enseignements pour nous, thérapeutes psychocorporels, 50 ans après sa mort? Quels en sont les développements et les potentiels ? Quelles réévaluations sont utiles aujourd’hui ?

La plupart des écoles reliées au CSI ou au sein de l’EABP sont issues de ses travaux et s’inspirent de ses découvertes : l’analyse caractérielle, le lien soma-psyché, l’armure corporelle, sa théorisation de l’énergie de vie, l’orgone. Ce grand penseur pragmatique et éclectique, clinicien, politique, a su aussi bien parler de sexualité que de psychologie de masse, ou de conditions climatiques, nous laissant en héritage une œuvre majeure. Ses travaux de recherches sur l’importance de la prévention et des soins à donner à l’enfant sont confirmés par les travaux de ces 20 dernières années (Stern, Odent, Relier). Sa vision politique et sa théorisation du fascisme restent des outils d’analyse pertinents des politiques d’affrontement dans nos sociétés et de par le monde.

Enfin, souhaitons que l’étude des archives qui s’ouvrent en 2007 nous amène de nouveaux éléments de réflexion.

2° JOUR : TRAUMAS, NEUROSCIENCES ET DEVELOPPEMENT DE L’ENFANT

Cette journée sera consacrée aux recherches sur le développement de l’enfant, aux découvertes des neurosciences, au trauma et à ses conditions de résilience, ainsi qu’à leurs applications dans le cadre de nos pratiques cliniques.

Les recherches sur le développement de l’enfant ont mis en évidence l’importance de la période prénatale et de la gestation, la précocité des compétences du nouveau-né, l’incidence de la structuration des liens d’attachement mère-bébé, l’étayage du développement psychique sur les expériences sensorielles, émotionnelles et motrices, etc.

De leur côté, les recherches en neurosciences ont spécifié les rapports entre sensorialité, affectivité et cognition. Elles ont fourni une base neurologique aux phénomènes d’empathie, d’attachement, de plasticité cérébrale sous-jacente au processus d’évolution personnelle, etc. Enfin, les études consacrées au trauma ont spécifié les facteurs neurologiques, hormonaux, émotionnels, psychologiques et posturaux impliqués dans les syndromes de stress post-traumatique.

La thérapie psychocorporelle sort confirmée par l’ensemble de ces travaux : l’importance de la dimension corporelle dans le travail psychique n’est plus contournable en tant que facteur de conscience, d’interaction ou de résilience. Elle reçoit de la recherche scientifique actuelle ses lettres de noblesse. Mais à elle, en retour, de savoir partager sa riche et longue expérience ainsi que sa diversité d’action, à élaborer et théoriser, en s’inspirant de ces découvertes pour transmettre sa propre vision de la complexité humaine. En effet, sachant conjuguer tout ensemble le travail corporel, le développement sensitif, l’expression et le partage émotionnel, l’analyse cognitive, la richesse relationnelle et transférentielle, elle sait faire des ponts sur des questions centrales telles que les liens entre sensitif et cognitif, conscient, inconscient et non-conscient, ou encore personnel, intersubjectif et transpersonnel.

À nous de savoir combiner la force du savoir scientifique et méthodologique avec la présence thérapeutique et le mystère du vivant, pour ouvrir cet espace essentiel de la thérapie, où l’être peut se délier.

3° JOUR : PSYCHOLOGIE TRANSPERSONNELLE, ETHNO-PSYCHIATRIE ET PRATIQUES TRADITIONNELLES

Ce troisième jour étudiera l’apport des pratiques transpersonnelles, des expériences intuitives et des savoirs des tradi-praticiens pour la psychothérapie.

La multiplication des échanges culturels et le regain d’intérêt à l’égard des cultures anciennes ont progressivement modifié notre regard porté sur l’être humain, sur ce qu’est l’énergie vivante ou encore le phénomène de conscience. Les expériences de mort imminente (EMI) nous interpellent, les pratiques de médiumnité, les capacités des maîtres de méditation ou d’arts martiaux, ou encore l’usage traditionnel des plantes psychotropes questionnent nos habitudes de pensée.

Toutes ces informations ont amené beaucoup de thérapeutes à développer, en plus du savoir déductif et rationnel, une connaissance plus intuitive. Beaucoup de méthodes de psychothérapie corporelle ont ainsi intégré des capacités de connaissance immédiate (états modifiés de conscience, hypnose ou médiumnité). De nombreuses études à partir de l’analyse de ces phénomènes ont transformé les paradigmes en place (Narby, Sheldrake).
D’autre part, la pratique psychiatrique accueillant des patients immigrés, d’origines très différentes, s’est confrontée à la diversité de visions du monde et d’organisations de l’inconscient liées à la culture d’origine.

L’ethno-psychiatrie est née pour répondre à ce nouvel enjeu, acceptant de renoncer à faire du positionnement occidental le seul positionnement psychologique de référence.

Enfin, nous nous intéresserons aux tradi-praticiens qui ont beaucoup à nous apprendre par une étude pluri-millénaire de l’être humain sur les corrélations entre nature intérieure et nature extérieure, ainsi que sur le pouvoir de la conscience.
Les pratiques surprenantes des guérisseurs traditionnels, qui prennent en compte l’être dans une globalité somatique, psychologique, spirituelle, sociale et relationnelle, bien qu’étant issues de cultures souvent très différentes, ne peuvent qu’être sources de nombreuses réflexions, de remises en cause, et sans doute de découvertes.

4° JOUR : DE NOUVEAUX PARADIGMES POUR CE TROISIÈME MILLÉNAIRE

Le XX° siècle a été le théâtre de découvertes majeures telles que la physique atomique, les notions de champs électromagnétiques ou de radioactivité, à l’origine de véritables révolutions conceptuelles. La Relativité a remis en cause l’universalité et le sens du temps, la mécanique quantique a modifié la notion de matière, lui substituant la notion “d’ondes-particules”. Elle décrit une réalité consciente (paradoxe EPR) et non objective (l’observateur modifie la réalité). La science moderne ne parle plus de forces mais de champs, plus de cause ou d’effet mais d’interactions.

En psychologie, Freud a conceptualisé la notion d’inconscient, Jung celui d’inconscient collectif, de synchronicité et a redécouvert une partie du savoir alchimique. Reich a développé la notion d’orgone, très proche des notions de Qi chinois ou de prâna hindou. L’influence transgénérationnelle n’est plus à démontrer, des points de vue génétique et épigénétique.

Malgré toutes ces remises en question, une vision du monde causale et matérialiste, organisée autour des sciences objectives, analytiques et déductives, perdure dans le sens commun occidental. Le corps humain est au centre d’une contradiction : il reste généralement pensé selon une vision newtonienne, comme entité isolée, matérielle, répondant à des lois de cause à effet, alors même que les technologies de neuro-imagerie qui permettent aujourd’hui de l’étudier (Imagerie par Résonance Magnétique, Tomographie par Émission de Positons, Magnéto-Encéphalographie) reposent sur des principes de mécanique quantique.

Nous, thérapeutes psycho-corporels, qui travaillons sur les mystères de l’être, l’inconscient et l’immatériel de la relation, sur les subtilités énergétiques, faute de modèles globaux plus pertinents, ne reproduisons-nous pas cette coupure ? N’oscillons-nous pas parfois entre un modèle scientifique, mécaniste et causal, et une vision symbolique, immatérielle et interprétative du monde ?

Et comment se situer face aux mutations sociales, culturelles, idéologiques, écologiques ? Quels moyens d’action, d’adaptation ou de transformation peut-on imaginer ? Quelles nouvelles approches de l’individu, du groupe, de la communauté, de la planète, peut-on élaborer ? Peut-on développer une réflexion qui puisse inspirer des théories ou des directions sociopolitiques ?
Il serait utile d’engager un remaniement épistémologique. Quels nouveaux paradigmes doit-on concevoir pour soutenir une conception élargie d’une pratique thérapeutique psychocorporelle qui intègre la multiplicité des aspects de la conscience et de ses corrélations avec la matière, tout autant que de l’individu et de ses résonances avec le monde ?

Cette 4° journée tentera de répondre à ces questionnements. Elle s’appuiera sur nos pratiques et les découvertes scientifiques, sur les Grandes Traditions ainsi que sur les développements théoriques de la physique et de la conscience. Nous chercherons des modèles et des expériences pertinents pour expliciter au mieux le monde et l’humain dans leur complexité et leur devenir, et pour affiner les paradigmes qui puissent intégrer la diversité des aspects du corps et de la conscience auxquels notre pratique nous confronte.


Maintenant, remontez à l’avertissement qui chapeaute cette annonce.

Discours de Varsovie

Michael Randolph

DISCOURS DE VARSOVIE

May 2008

Un peu d’anglais de temps à autre sur ce site dérouillera votre capacité à vous mouvoir dans la langue de l’autre. Certes en l’occurrence celle du maître mais aussi celle de Goodman ou Yalom, si agréable à savourer dans sa musique originale. En attendant qu’un de nos étudiants nous traduise ce texte le voici donc en VO — six pages c’est pas la mer à boire, pas même le Channel.

Aux yeux de Michael Randolph les deux mamelles de la psychothérapie relationnelle se comptent au nombre de trois. La relation psychothérapique est asymétrique, elle comporte de la régression, et il y circule un fluide qui de Mesmer à Freud puis Reich énergétise plus ou moins métaphoriquement le tout, ce dont rend compte le désuet mais tenace élan vital de notre vieux Bergson.

L’intérêt de Michael Randolph, qui sévit heureusement en France depuis plusieurs décennies, à titre cosmopolite il est vrai, ce qui lui confère sa saveur particulière, réside précisément dans le fait qu’il n’a jamais totalement rompu avec sa sensibilité et culture ango-saxonne, et que le léger décalé qui s’ensuit ne laisse pas de produire un effet de rafraîchissement pas du tout désagréable, la pensée se plaisant au dénivelé.

À part cela, le psychothérapique réside dans la surprise comme le diable dans le détail. Comme il se trouve que Michael Randolph fait sa place à cette idée on comprend mieux en quel honneur ce texte atterrit sous vos yeux présentement. Bonne promenade donc dans ce jardin anglais interesting however.

Philippe Grauer


Unlearning and relearning — Darning the ravelled
sleave of humanistic psychotherapy.

Désapprendre & réapprendre — ou le ravaudage des manches de la chemise humaniste

MICHAEL RANDOLPH

Every generation refers to the generation before it as sleepwalkers looking for the key to the stars. That’s if they’re feeling generous. If they’re feeling ungenerous they might refer to them as irrelevant drunks looking for their house keys. Polish history, as you all know, has been marked by the vehemence with which both of these judgements have been passed on most of your illustrious forebears. Here are a couple of quotations, not actually of the period, which however give a feel for that mix of the awe-inspired and the iconoclastic so typical of the sixties and seventies, the spirited and maybe the spiritual midwife for the birth of this Laboratorium:

First, Isaac Newton, who famously said If I have been able to see far, it is because I have stood on the shoulders of giants.

Second, Nobel physics prize winner from 1969, Murray Gell-Mann who said, almost as famously, If I’ve been able to see far, it’s because I’ve been surrounded by dwarves!

The aim of this talk is not in actual fact, whatever you might have hoped, to be a gallant charge, sabre in hand, into the sixties and seventies, looking to separate the giants from the dwarves, however much fun that might be. Rather, by pulling on some pertinent threads in the “ravelled sleave ” of the title, let us see where they lead, where they are frayed and how attitudes to the questions they pose were considered then and might be considered now. The three threads in question are: the assymetrical relationship, why regression? and the green fuse (with thanks to Dylan Thomas).

It’s difficult to overestimate the importance of Sigmund Freud’s decision to support, promulgate, insist on what we in English call lay-analysis. It meant moving away from the objectivist model of healing others, towards an idea, even an ideal, of the laying down of the necessary and thorough subjective foundation which, alone, would allow the emergence of the committed but neutral therapist. It invited non-medically trained practitioners into the psycho-analytic frame and, of course, apparently incidentally but, given the warmth and density of Freud’s lifelong correspondence with many famous women — analysts and non-analysts — really anything but incidentally, gave pride of place to women practitioners at a time when very few women doctors existed. These were great breakthroughs, often contested, as in England in the twenties, France in the thirties and America in the fifties (Poland perhaps as recently as yesterday, if what I hear about new laws is true). The masculine medical complex relinquished and still relinquishes its power very reluctantly.

The irreverent heralds of sixties psychotherapy, Rogers, Perls, Berne, Lowen, Janov took this iconoclastic vision a step further. Not only “ anybody can be an analyst if they work hard enough to understand themselves and, later, others ” but, “ what’s important isn’t really that hard to understand, so pretty much anybody can be a therapist if they’ve got the right attitude .”

In part this was a reaction to the compulsive psychoanalytic overhaul of Gottfried von Leibniz’s famous statement that “ God has chosen the world that is the most perfect, that is to say, the one that is at the same time the simplest in hypotheses and the richest in phenomena ” into something close to its opposite: “ a world that is at the same time the simplest in phenomena and the richest in hypotheses .”

Sixties and seventies psychotherapy, new therapies, in conscious contrast to this incessant complexifying, often went about restoring a simpler vision of the human being, a vision which at times, in both Reich and Janov, for example, reached an almost millenarist notion of transformation : the genital character like the post-primal man was a born again human being, freed of character armour or freed of primal pain just as, in Christian eschatology, the forgiven sinner will be freed of his punishment at the final judgment.

The nature of the relationship in psychoanalysis and psychotherapy has gone through many changes in emphasis and in style. Its specificity is situated on two major axes, its intimacy and its asymmetry. The way these qualities are talked about gives us a tool for probing what people thought and think they are doing in this second oldest profession in the world (I’ll give you a clue, the oldest profession is not web site designer). In the sixties and seventies a DIY style of therapy emerged — Do It Yourself therapy.

Primal Therapy in particular emphasised working through what was commonly called “ your shit ” in pairs. It was called buddying. Even therapists were seen as being essentially interchangeable, as in behaviourist therapy. What asymmetry there was in the relationship was mainly financial. The therapist was largely perceived by Janov as someone who “took no shit ” from patients and was unsentimental enough to bust, or denounce directly, the games they played with themselves. Anybody free of their hangups could be a therapist if they could “ put up with others’ shit “, and might thereby become fairly prosperous. Not too different in reality from the in-house psychoanalytic discourse at various points in its history, notably Paris in the seventies.

As DNA samples or fingerprints are used to distinguish individuals, so attitudes towards symmetry or asymmetry are a touchstone of the overall nature of the therapeutic relationship and enable us to pin down many other aspects of the therapeutic Zeitgeist. Is the relationship temporarily or permanently asymmetric, for example? Only for the duration of the therapy process or life-long? On the answer to this hangs a massive slice of the whole psychoanalytic mystique.

However, having promulgated, even trumpeted the idea of the mutuality of the therapeutic setting (no real difference between therapist and therapised; anyone can do it etc.) the asymmetrical crept back in the rather toxic form that Orwell so neatly encapsulated as: All animals are equal but some are more equal than others. On the one side the powerlessness of he or she who almost by definition, in sixties parlance, was crazy, unstraight, defensive, hung-up, a “baby” patient etc, and on the other, as if inflamed by all that powerlessness, the essentially un-constrained (including ethically unconstrained) power-hunger of the other. Much of this seemed painfully obvious to those who were close to the founders of many psychotherapeutic movements in those years.

Nowadays, bowing as we do to the belief in an ever-expanding corpus of precise (or fairly precise) knowledge, a clearly asymmetrical starting point, perceptual seeds have nonetheless been sown by the like of the american psychoanalyst, the late Steven Mitchell, which emphasise the relevance of a supposedly underlying interpersonal interaction where nobody is quite sure at any given moment who is doing what to whom, a clearly symmetrical perception of the situation. Kleinians also have to confess that projective identification can just as easily insinuate itself from therapist to therapised as the opposite and Jacques Lacan’s believe-it-or-not, tongue in cheek phrase about the therapist supposé savoir , “supposed to know “, whilst clearly hoping people will conclude exactly the opposite, nonetheless says it as it is from their standpoint: the other is unknowable.

No doubt this debate is finally about the whole notion of expertise, as it must also be about the spin-offs of the therapy situation seen as an echo-chamber of the past. Is there any such thing as expertise in this field or are we kidding ourselves? Were the sixties right that you just have to let the handbrake off and the human vehicle will roll wherever it needs to go? (By the way, read House of Cards by Robyn Dawes to get some insight into where statistically significant expertise and societal pressure for case by case certitude meet and confound each other). From the point of view of therapy as an echo-chamber of the past, the weighting of the relationship helps support, helps drive the ever-necessary, ever-problematic quest for sense. It could be and has been argued that that quest is almost an emergent quality of the asymmetric therapeutic relationship.

To resume, although the psychotherapist’s identity is more closely bound to the question of what he or she knows or doesn’t (even can’t) know — or in sixties terms “ hey, who’s in charge here? ” — than it is bound to anything else, we find the paradoxical situation that in every period of conservative, framework-emphasising, distance-centered practice, there is a Sandor Ferenczi offering a poignant, subversive and influential counterpoint, and during those periods when The Rules are ecstatically thrown out of first floor windows, something like an unspeakable domination often emerges, in the worst case spectacularly psychotogenic, the crude and frightening imposition of capricious will on those who have been designated, and believe themselves to be, “ the psychically needy “.

My guess, for what it’s worth, is that we definitely, though no doubt unwillingly, need the dynamic tension between the two, on the one hand a perception of the dynamism of asymmetry in the therapeutic relationship and on the other a willingness to let it go on occasion without inevitably having to label such loosening “ transgressive “. However uncomfortable it may be, however sea-sick some may get, the psychotherapy vessel is at sea, not necessarily lost, but no GPS either, and the movement of the craft as it struggles with its own complex architecture and the changing outside weather or climate is just something we have to live with. Staying tied up in port is the equivalent of living in Disneyland — Mickey and Minnie never go anywhere!

The fraught question of “what is it about psychotherapy that is effective? ” remains, like the in-laws, with us in a recurrent way: Interpretation, understanding, catharsis, a healing relationship or regression. All or none of the above? The last, regression, can scarcely claim to be “effective ” in and of itself and yet. And yet, many have essentially done just that. In fact one of the corner-stones of the therapeutic outlook of the new therapies was the following: Go back, find out where you got bent, stunted, lost, fragmented. Shout, bang, weep, shriek out the hurt and the pieces will come together again just like in a DreamWorks film. The real question about this today it seems to me is no longer whether regression should happen, will happen, can happen; the answer is clearly yes (even as a by-product of junctions crossed in the planned march of progress in cognitive/behavioural therapy), but rather: Are we overreacting to the floundering, bogged-down, regressive struggles of many clients in psychotherapy, as they frequently were experienced two or three decades ago, by subtly discouraging strong emotional expression? I am struck, as a supervisor, by the wistful quality of many supervisees’ references to case-studies in well-read books where the regressive affect seemed to be the oil that allowed the stuck and strained gears of life to start turning.

Along with this wistfulness there is an evident question: Where has the affective expression gone in my patients? How come I don’t see much of what I read is indispensable? Hundreds, if not thousands, of books have been written about the narcissistic character and their lack of access to emotions without definitively persuading at least me that an important part of this loss is not, in part at least, attributable to us, to us psychotherapists.

The quality of surprise that was such a hallmark of the sixties and seventies therapy experience can be fostered on the one hand, but also stifled on the other, and more easily, no doubt, than we are ready to admit. In my view, the key element is the therapist’s attitude to safety. We have, I believe, slid into believing that safety and surprise are somehow incompatible psychotherapeutic qualities, no doubt because what we have decided to call “ safety ” is actually closer to “ predictability ” than we often care to admit. A great book was written about jazz in 1959. By Whitney Balliett, it was called The Sound of Surprise. This talk is a plea to remember to regularly recalibrate our psychotherapist’s awareness around this simple affirmation: Psychotherapy is regularly, sometimes mainly The Sound of Surprise.

I want to finish by quoting Dylan Thomas, the Welsh poet. He wrote:

The force that through the green fuse drives the flower,

Drives my green age.

The next stanza begins:


The force that drives the water through the rocks

Drives my red blood.

One has to admit, reading most of the books about psychotherapy or psychoanalysis that have come out in the last 20 years, that you rarely find yourself, enthralled, the bedside light on at three o’clock in the morning, unable to put the thing down. The vitalistic impulse or heresy, some might say, which in important ways underpinned — whether as reality or as metaphor was a question of taste — the psychotherapy revolution of the sixties and seventies, has petered out. The green fuse, for want of a Henri Bergson to devise such a lovely packaging phrase for it as élan vital, lies unseen and unappreciated in a world where percentage improvement of depressive conditions are supposed to be measurable and where many are tempted to feel that for the psychotherapist doing it right is almost indistinguishable from not doing it wrong!

Well Dylan Thomas for one would have refused that kind of half-way house. More people than we tend to credit — intent as we are on using DSM designations of personality disorders as our guide-book — come to us in some important way because, as he put it, they feel, intensely or obscurely, what he called the dying of the light. His advice? Simple: Rage, rage, he said, against the dying of the light. There is a vital directness in that admonition that many of our clients, consciously or not, need us not to lose sight of.

Portrait de Léon Grinberg

UN PORTRAIT DE LEON GRINBERG (1921-2007)
R. Horacio Etchegoyen (Ancien Président de l’A.P.I.)


Leon Grimberg est mort à la fin de l’année dernière
Voici un portrait de lui dû à Horacio Etchegoyen.
Nous devons la traduction en français à José Luis Goyena auquel nous adressons nos remerciements chaleureux.

La Rédaction du Bulletin de la SIHPP


J’éprouvai une vive douleur lorsque, le 28 décembre 1997 à Barcelone, León Grinberg fut touché par la maladie, douleur qui me frappe de nouveau aujourd’hui avec l’annonce de sa mort le 25 septembre 2007. Dans l’incapacité d’exercer depuis dix ans, il était confié aux soins aimants de son épouse et de ses enfants, Daniel et Alberto, les seuls avec lesquels il entretenait des échanges affectifs, et des amis que lui rendaient visite : Mariano et Silvia Dvoskin, Valentín Baremblit et moi-même. Par pudeur vraisemblablement, il était devenu réticent à accepter les visites dont les demandes ne cessaient de lui être adressées. Le dialogue vivant et stimulant qu’il avait entretenu, des décennies durant, avec des psychanalystes, s’était interrompu à tout jamais.

Grinberg écrivit en collaboration avec son épouse Rebecca la préface à l’édition française des Études de Racker, dont Paidós avait publié la première édition en 1960. Cette version parut aux Éditions Césura en 1997, un mois avant le malheureux accident cérébral de León, dans la collection « Psychanalyse d’autres horizons » dirigée par José Luis Goyena et Claude Legrand, sous le titre Études sur la technique psychanalytique : transfert et contre-transfert . Cette édition s’acquitte d’une dette envers nombre d’analystes francophones, ce livre ayant littéralement parcouru le monde entier. Sa préface constitua tout à la fois la dernière contribution d’un psychanalyste renommé et le point culminant de son œuvre, les Grinberg, selon leurs termes, ayant été les disciples et les amis de Racker, recevant son enseignement de vive voix non seulement au sein de l’Association psychanalytique argentine (APA), mais aussi à Escobar (1) où ils passaient les week-ends. Grâce à son concept fertile de « contre-identification projective », Grinberg a complété et élargi les notions de contre-transfert concordant et complémentaire de Racker, recourant de façon plus résolue que Racker à l’idée d’identification projective. Son mérite restera d’avoir souligné la valeur communicative de ce mécanisme, que le génie de Melanie Klein n’avait jamais véritablement pris en compte.

Je dois beaucoup à Grinberg. En premier lieu, il fut mon professeur lors des séminaires de l’APA ; je me souviens encore de l’émotion produite sur moi par cet homme jeune, sympathique et érudit qui enseignait la psychanalyse comme personne. Peu après en 1979, Grinberg me fit participer à l’ouvrage qu’il écrivit en collaboration avec Marie Langer et Emilio Rodrigué, intitulé El grupo psicológico — Le groupe psychologique , ainsi qu’à ses trois précieux volumes de Prácticas psicoanalíticas comparadas en las neurosis, en las psicosis y en niños y adolescentes — Pratiques comparées dans les névroses, psychoses et chez les enfants et adolescents , tous publiés par Paidós en 1977. Là encore, il sut réunir un groupe d’analystes remarquables, chercheurs de haut niveau. Grinberg — et nous devons tous lui en savoir gré — s’est toujours efforcé de faire de la psychanalyse une entreprise intellectuelle commune, ce que sa générosité, son érudition et son autorité rendaient possible.

À mon retour de Londres en 1967, Bernardo Arensburg et moi-même travaillâmes assez longuement en supervision avec Grinberg, ainsi qu’avec Liberman. León me proposa alors d’être le rapporteur du troisième Congrès panaméricain de psychanalyse (le dernier de cette série) qui se tint à New York en 1969, où j’eus la chance de pouvoir échanger avec Elizabeth Zetzel sur « la première séance d’analyse ». (León avait pensé que j’étais le plus indiqué pour cette tâche ardue, puisque, revenu depuis peu en Argentine, j’avais quelques analysés récents).

Les années s’écoulèrent et notre amitié se fit chaque jour plus profonde, plus intime. Une fois, en Espagne, il déclara que j’étais son meilleur correspondant.

En 1987, lorsque je lui rendis visite à Madrid avec mon épouse Elida, Rebe nous hébergea chez eux dans le bel appartement de la rue Francisco Gervás. León venait d’être nommé professeur de la chaire de psychanalyse par la Junta del Gobierno de l’historique Ateneo de Madrid (2), présidé à l’époque par José Prat García. Le professeur Grinberg organisa une série de conférences d’Introduction à la théorie psychanalytique et me fit l’immense privilège de les inaugurer. Ma contribution intitulée « La naissance de la psychanalyse » fut suivie de celle de Grinberg et Juan Francisco Rodríguez avec pour thème « L’influence de Cervantès sur le futur créateur de la psychanalyse ». Cette magnifique contribution, qui captiva l’auditoire par son élégance et son érudition, avait été présentée dans le panel sur Don Quichotte, Freud et Cervantès lors du XXXe Congrès international de psychanalyse, organisé à Madrid en juillet 1983. Ce texte démontre de manière frappante l’influence de Cervantès chez le jeune Freud, qui, ayant lu Don Quichotte et les Nouvelles exemplaires, s’était enthousiasmé pour Le colloque des chiens . Avec son ami de jeunesse, ils incarnèrent Cipión (Freud) et Berganza (Silberstein), conversation qui contient déjà en germe le dialogue psychanalytique.

L’originalité de cette contribution est d’affirmer qu’avec l’ Académie castillane , la psychanalyse existait déjà dans l’esprit de Freud bien avant l’entrée en scène de Breuer et d’Anna O. Les auteurs soulignent également que Don Quichotte et Sancho Panza traitent de sujets typiquement psychanalytiques comme, entre autres, la dialectique entre réalité et fantasme, le rêve et l’état de veille et la folie comme phénomène complexe mais compréhensible en termes de motivations humaines. Cet essai magnifique fut suivi d’autres textes non moins intéressants de José Rallo, Enriqueta Moreno, Mercedes Valcarce, Jaime Tomás, Rafael Cruz Roche, María Luisa Muñoz, Isabel Luzuriaga, réunis dans un ouvrage édité dans la collection Continente/Contenido dirigée par Mercedes Velo.


Il est difficile de résumer en quelques pages la vie riche d’un analyste hors du commun comme Grinberg. León Grinberg naît à Buenos Aires le 23 février 1921, dans une famille d’émigrants juifs. Ses parents accordent une grande importance à son éducation. Il étudie la médecine à l’Université de Buenos Aires et montre très tôt un intérêt pour la psychanalyse, comme David Liberman son camarade d’études. Les deux furent des amis très proches et de brillants psychanalystes. Ce fut un vrai miracle de l’amour et l’amitié que ces deux géants n’aient jamais succombé à la rivalité fraternelle à laquelle le destin semblait les vouer.

Peu de temps après la fin de ses études, Grinberg entre à l’APA et en devient membre adhérent en 1952, à l’âge de 31 ans. Sa carrière est fulgurante. En quatre ans, il devient professeur à l’Institut de psychanalyse et analyste didacticien. Tout porte à croire que le séminaire (évoqué précédemment) auquel j’ai assisté fut son premier.

Grinberg appartient à la deuxième génération d’analystes de l’APA, avec Resnik, Bleger, les Baranger, Rodrigué, Zac, Arminda Aberasturi, Campo, Rebe Alvarez de Toledo, Mauricio Abadi, Jorge et Teresa Mom, Rolla et, naturellement, Liberman. Il fit son analyse avec Arnaldo Rascovsky et, après le départ de celui-ci aux États-Unis, avec Marie Langer jusqu’à la fin de sa carrière, et il devint par la suite le collaborateur et ami.

Avec elle et Emilio Rodrigué, il écrit deux ouvrages sur la psychothérapie des groupes. Le premier, intitulé Psicoterapia del grupo. Su enfoque psicoanalítico — Psychotéraphie du groupe, son approche psychanalytique , fut publié en 1957 par les éditions Paidós. De lecture agréable, cet essai rigoureux fut le premier de son espèce rédigé en espagnol et eut une grande influence qui n’a cessé de perdurer, aussi bien en Amérique Latine qu’en Espagne. L’axe conceptuel de cette œuvre est que le groupe constitue une unité, un ensemble psychosocial devant être défini et abordé au moyen d’une posture interprétative fondamentalement psychanalytique.

Pour des raisons de temps, de discrétion et d’opportunité, ce livre ne traitait pas d’autres domaines, les auteurs n’ayant pas choisi de présenter un matériel clinique complet. Ces lacunes sont rapidement comblées en 1959 avec la publication, aux éditions Nova, de El grupo psicológico. En la terapéutica, enseñanza e investigación — Le groupe psychologique : thérapie, enseignement et recherche . Grinberg, Langer et Rodrigué structurent le texte en plusieurs sections, partant des dynamismes et des aspects théoriques de la psychothérapie de groupe pour s’étendre ensuite à d’autres domaines afin de considérer leurs applications à l’enseignement et à la recherche. Plus de vingt spécialistes latino-américains collaborèrent à cette entreprise.

La dynamique électrisante du groupe fut l’un des stimulants qui, ces années-là, amenèrent Grinberg à étudier plus particulièrement les mécanismes régressifs du fonctionnement mental, qui s’expriment parfois dans le groupe avec une clarté diaphane. Les premiers travaux proprement psychanalytiques de Grinberg s’orientèrent vers la magie et l’animisme, appréhendés sous l’angle de la dénégation comme mécanisme de défense. Parmi les textes remarquables de ces années-là, citons Aspectos mágicos en la transferencia y la contratransferencia — Aspects magiques dans le transfert et le contre-transfert, lu à l’APA le 27 mars 1956 et publié deux ans plus tard. Dans ce travail, Grinberg introduit le concept de contre-identification projective auquel il fera référence dans nombre de ses écrits ultérieurs.

Dans son article « Pasado, presente y futuro de una trayectoria psicoanalítica », rédigé pour le XXXe anniversaire de l’APA en 1974, lorsque María Isabel Siquier dirigeait la Revista de Psicoanálisis, Grinberg dit lui-même qu’il s’orienta à ses débuts sur l’étude des processus régressifs, la magie, l’omnipotence et les mécanismes psychotiques, où la dénégation occupe une place centrale, aux côtés de mécanismes schizoïdes et de l’identification projective. Autre texte caractéristique de ces années-là, l’article Sobre algunos mecanismos esquizoides en relación con el juego de ajedrez — « Sur quelques mécanismes schizoïdes en relation avec le jeu d’échecs », publié en 1955.

Le premier livre qui consacre Grinberg comme auteur singulier est son mémorable Culpa y depresión. Estudio psicoanalítico — Culpabilité et dépression. Une étude psychanalytique , publié par Paidós en 1963. Dans ces années-là, à Buenos Aires comme dans d’autres communautés psychanalytiques, la place de la culpabilité dans le processus psychanalytique était abondamment débattue. Certains analystes défendaient ardemment l’idée qu’au centre du conflit névrotique se trouvait la négation de la culpabilité, en raison des pulsions agressives contre l’objet aimé. D’autres, avec une obstination qui n’avait rien à leur envier, cherchaient à libérer les patients d’une culpabilité qui les condamnait à la dialectique entre surmoi sadique et moi soumis et masochiste. Grinberg tranche cette polémique en postulant deux formes de culpabilité (et non une seule) : la culpabilité persécutrice et la culpabilité dépressive, qu’il associe de manière lucide à deux sortes de deuil : le normal et le pathologique. La culpabilité persécutrice est liée à la position paranoïde-schizoïde, mais se différencie toutefois de l’angoisse persécutrice. La culpabilité dépressive renvoie aux affects de peine et de sollicitude pour l’objet, qui rend possible la réparation.

La différence entre culpabilité persécutrice et culpabilité dépressive constitue un apport théorique considérable, puisqu’elle conduit aussi à distinguer entre deuil normal et deuil pathologique. Avec ce pas audacieux, Grinberg suggère que le deuil n’implique pas seulement la perte de l’objet, mais aussi des parties du moi (self) qui s’y trouvent déposées, ce qui offre une vision effectivement plus large de ce qui est perdu lors du processus de deuil.
Culpabilité et dépression inclut un chapitre de Rebecca Grinberg sur le deuil chez les enfants, dans lequel elle montre clairement comment la perte des êtres chers et la perception de la mort affectent les tout-petits.
Cette œuvre dont l’influence perdure introduit dans sa deuxième édition de 1971 quelques modifications importantes, relatives au poids des facteurs sociaux dans la culpabilité persécutrice. Pour Grinberg, la société inocule la culpabilité persécutrice sans toujours mesurer les facteurs induits chez les jeunes sous la forme de rébellion positive (nous sommes aux prémisses des conflits entre Perón et les Montoneros et de la Triple A (3)).

En 1971, León rédige en collaboration avec Rebe Identidad y cambio — Identité et changement , publié à Buenos Aires par les éditions Kargieman. À lui seul, le titre renvoie à une problématique qui remonte à Parménide et Héraclite. Comment l’être est-il possible dans le changement ? Les Grinberg étudie cette problématique selon trois axes : spatial (individuation, le moi distinct de l’autre), temporel (être toujours soi-même malgré les changements) et social, dans sa relation à l’appartenance au groupe (ou aux groupes). L’identité se définit comme la capacité à se sentir soi-même dans la succession de changements inhérente aux vicissitudes de la vie. Le changement implique d’accepter l’inconnu et l’imprévisible ; la maladie mentale peut alors se concevoir comme une tentative (désespérée) de maintenir l’unité face au changement, pour éviter ce dernier. L’évitement de la nouveauté vient confirmer l’identité et permet de faire l’économie de l’angoisse et de la dépression, mais au prix fort, celui de ne pas vivre pleinement. Comme José Enrique Rodó(4) l’avait écrit dans ses Motivos de Proteo, se renouveler c’est vivre.

Identidad y cambio établit une distinction soigneuse entre le moi et le self, à partir des travaux de Freud, Klein, Bion, Erikson et d’autres psychanalystes de la psychologie du moi. Les Grinberg utilisent comme point de départ les idées de Hartman sur le self (comme personne) et le moi (comme instance) pour le développer à partir d’Edith Jacobson, Wisdom et Erikson. La deuxième partie de l’ouvrage est consacré aux perturbations de l’identité, avec une attention particulière à la dépersonnalisation et aux migrations, qui ouvrira la voie à un autre livre, tout à la fois beau et nostalgique, des Grinberg avec pour thème la migration et l’exil, publié par Alianza Editorial à Madrid en 1984 sous le titre Psicoanálisis de la migración y el exilio — Psychanalyse du migrant et de l’exilé .

Identidad y cambio , retrace, à mon avis, le développement naturel de l’idée de deuil pour les parties perdues du moi (self) et conduit à un autre livre de Grinberg, Teoría de la Identificación , publié également par Paidós à Buenos Aires en 1976. Dans ce texte bref et brillant, il expose le développement du concept d’identification à partir de Freud et de ses disciples, ainsi que de l’école kleinienne. Il étudie de manière approfondie le concept d’identification projective introduit par Melanie Klein en 1946, pour discuter ensuite les contributions de ses disciples : Bion, Rosenfeld, Meltzer et Grinberg lui-même avec une référence spéciale à son concept de contre-identification projective.

Grinberg étudie l’identification projective dans ses aspects quantitatifs et qualitatifs et met l’accent sur les processus de communication sous-jacents inhérents à un si fertile concept. Suivant les travaux de Racker, Grinberg emploie l’identification projective pour rendre compte de la complexité et de la subtilité de ses effets dans la relation patient-analyste et culmine avec sa théorie de la contre-identification projective, largement acceptée aujourd’hui.
Peu après la parution de ce livre, au début de l’abominable dictature de Videla (5), les Grinberg s’exilent à Madrid en octobre 1976.


Si la trajectoire scientifique de Grinberg fut brillante, elle ne fut pas moindre dans la grande politique de la psychanalyse. Président de l’APA pendant trois périodes (1961, 1962, 1963), il fut également le premier psychanalyste sud-américain à faire partie du Comité exécutif de l’ Association internationale de psychanalyse — API , comme secrétaire associé d’abord (1963-1965), puis comme vice-président pendant deux périodes : de 1965 à 1967 (Congrès d’Amsterdam) et de 1967 à 1969 (Congrès de Copenhague). Il décline l’offre lorsqu’on lui fait d’être président. Celui qui avait montré si peu d’intérêt pour cette fonction fut mon plus ardent partisan lorsque je fus élu comme premier président sud-américain de l’API, lors du XXXVIIe Congrès international de Buenos Aires en 1991. Assis au premier rang aux côtés de Rebe, il suivi attentivement ma présentation, après quoi il me transmit une note, sur laquelle il avait écrit « plus lentement » : ma lecture, en effet, avait été précipitée.

León Grinberg exerça une influence considérable sur nombre de générations d’analystes. Il constitue sans nul doute le modèle du psychanalyste portègne (6), qui suit la route de Freud et de Melanie Klein, mais embrasse les analystes français et, plus largement, européens, en passant par les psychologues du moi de Vienne, Londres et des États-Unis, s’intéressant depuis toujours aux problématiques d’identité, aux mécanismes de défense et à l’identification. Il fut l’ami des grands analystes de son époque, comme Leo Rangell et Andrée Green, Jacob Arlow et Charles Brenner, Harold Blum, Bion, Hanna Segal, Donald Meltzer, Edward Weinshel, Robert Wallerstein, Riccardo Steiner, Salomón Resnik, Betty Joseph, Esther Bick et beaucoup d’autres non moins significatifs.

Un an avant son exil, il publie un livre très intéressant sur la supervision psychanalytique et, alors qu’il vivait encore à Buenos Aires, il présente Psicoanálisis. Aspectos teóricos y clínicos — Psychanalyse. Aspects théoriques et cliniques , publié par Alex Editor, grâce à l’entreprenant fils de David Liberman. Comme Grinberg le précise dans la préface, ce livre réunit une série de travaux conduits de 1955 à 1976 et ferme un cycle de sa production. Il est publié avec quelques annexes et dans un autre format par Paidós, à Barcelone, en 1981. Tâche ardue que celle consistant à sélectionner certains de ses travaux pour les évoquer ici, tant ils sont tous d’une grande valeur. Los sueños del día lunes — Les rêves de lundi , écrit en collaboration avec Rebe Grinberg en 1960, m’a toujours semblé un véritable joyau ; comment ne pas citer aussi les travaux où Grinberg évoque l’identité, le conflit et l’évolution, le contrôle omnipotent et réaliste des mécanismes obsessionnels, la créativité et bien d’autres encore ?

Au début des années soixante, Grinberg commença à étudier sérieusement l’œuvre de Bion avec un groupe d’études, qui sera suivi de beaucoup d’autres (j’assistai à l’un de ces groupes en compagnie de Benito López). Ses inquiétudes pour l’œuvre de Bion culminèrent par un ouvrage très célèbre aujourd’hui, intitulé Introducción a las ideas de Bion — Introduction aux idées de Bion , rédigé avec deux de ses étudiants, Darío Sor et Elizabeth Tabak de Bianchedi, devenus par la suite de remarquables analystes, et publié chez Nueva Visión en 1972. Ce travail méthodique et rigoureux, d’une lecture agréable, s’est diffusé dans le monde entier et fut traduit en anglais, en français, en italien, en portugais, en suédois et même en japonais. Il fut réédité en 1991 sous le titre Nueva Introducción a las ideas de Bion — Nouvelle introduction aux idées de Bion , avec quelques modifications et un chapitre sur les dernières contributions de ce grand penseur anglais. Dans les dix-huit ans qui séparent ces deux éditions, le livre s’est étoffé et modifié, pour finalement être publié à Madrid grâce aux efforts de l’infatigable Mercedes Velo dans la Collection Continente/Contenido.

Le parcours de Grinberg compte de nombreux temps forts, le plus important étant sans doute les échanges avec Anna Freud sur le concept d’acting out lors du Congrès de Copenhague (1967). Leurs deux présentations furent brillantes et Grinberg réussit à mettre en relation l’acting out avec les angoisses de séparation et l’identification projective. Dans sa conclusion, pertinente et pleine de finesse, il présentait l’acting out comme un rêve qui n’a pu être rêvé.

Les Grinberg ont vécu à Madrid près de vingt ans, au cours desquelles León fut responsable d’un magistère au sein de l’ Association psychanalytique de Madrid , où il enseigna la théorie et la technique psychanalytique, ainsi que l’œuvre de Klein, Bion et Meltzer.

The goal of psychoanalysis : identification, identity and supervision (1990) — Les buts de la psychanalyse : identification, identité et supervision , publié par Karnac, regroupe une large part de l’œuvre de Grinberg en anglais. Comme le précise Grinberg dans la préface, Riccardo Steiner et d’autres amis, désireux d’avoir son œuvre plus à portée de main, l’ont incité à entreprendre ce travail.

En 1993, alors que j’étais président de l’IPA, j’eus le plaisir de le nommer secrétaire scientifique (chair) du Comité du programme du Congrès de San Francisco (1995), où une fois encore il démontra toute son intelligence et son talent.

En 1996, les éditions Promolibro de Valence publièrent deux livres qui résument les vingt ans de travaux de Grinberg en Europe : El Psicoanálisis es cosa de dos — La psychanalyse est une affaire à deux et Psicoanálisis aplicado — Psychanalyse appliquée .

En septembre 1995, les Grinberg décident de quitter Madrid afin de s’installer à Barcelone où vivent leurs enfants et petits-enfants. Très vite, il reprend son enseignement avec un groupe plus large d’élèves ; ce fut à Barcelone que je le retrouvai au sein du Congrès international, une fois terminé mon mandat de président de l’IPA. León et Rebe me réservèrent un accueil chaleureux ; personne ne pouvait soupçonner le malheur qui allait s’abattre peu après.
Je lui rendis visite en août 2000, après le Congrès internationale de l’histoire de la psychanalyse à Versailles : ce fut notre dernière rencontre.

Le 29 Juillet 2003, l’Association psychanalytique de Buenos Aires (APdeBA), dont il fut le fondateur, le nomma membre honoraire. Il se réjouit de cet hommage, mais ce formidable orateur qu’il fut ne put les remercier avec des mots.

J’ai la vanité de penser que si le critique rigoureux que fut toujours Grinberg lisait ces lignes, il serait satisfait.

Buenos Aires, le 6 décembre 2007
(Traduit de l’espagnol par José Luis Goyena)


(1) Escobar : lieu situé à une cinquantaine de kilomètres de Buenos Aires, où les Grinberg et quelques autres analystes avaient une maison de campagne.
(2) Equivalent du Collège de France.
(3 L’auteur fait référence au conflit survenu entre le général Perón de retour au pays et l’aile gauche de son mouvement, les Montoneros, prémisses à la lutte armée et ses terribles conséquences. La triple A (Alliance Argentine Anticommuniste) était un groupe para-policier aux ordres des plus proches sbires de Perón dont le but était d’assassiner et de torturer les opposants de gauche.
(4) José Enrique Rodó ( 1872-1917) : éducateur, essayiste et philosophe uruguayen.
(5) Le général Videla (1925- ) devient président de l’Argentine après le coup d’état qui destitua Isabel Péron, qui avait elle-même succédé à son mari. Videla dirige avec l’ensemble des chefs militaires la sale guerre contre toute opposition de gauche, qui coûte au pays 30 000 disparus et 500 000 exilés.
(6) Originaire de Buenos Aires.


Una semblanza de León Grinberg (1921-2007)
R. Horacio Etchegoyen

Me causó un vivo dolor en su momento la enfermedad de León Grinberg, que lo abatió el 28 de diciembre de 1997 en Barcelona , y se renovó ahora con su muerte el 25 de septiembre. Pasó diez años inhabilitado, al cuidado amoroso de su esposa y de sus hijos, Daniel y Alberto, con los que sólo podía tener un intercambio emocional, lo mismo que con los amigos que lo visitaban, como Mariano y Silvia Dvoskin, Valentín Barenblit y yo mismo. Se había puesto renuente a recibir visitas que le llegaban de continuo, seguramente por pudor. El diálogo vivo y estimulante que mantuvo por décadas con todos los psicoanalistas se había interrumpido para siempre.

Grinberg escribió en colaboración con su esposa Rebeca el prefacio para la edición francesa de los Estudios de Racker, que había publicado Paidós en Buenos Aires en 1960. Esta versión apareció en Collection Psychanalyse, d’autres horizons, Césuras, dirigida por José Luis Goyena y Claude Legrand, con el título Études sur la technique psychoanalytic . Transfert et contre-transfert, con pie de imprenta en noviembre de 1997, un mes antes del infausto accidente cerebral de León. Esta publicación saldó una deuda de muchos años de los psicoanalistas francófonos con un libro que recorrió literalmente el mundo entero. El prólogo es el último escrito de un psicoanalista notable y era también la culminación de su obra, porque los Grinberg – como ellos mismos dicen – fueron discípulos y amigos de Racker y recibieron sus enseñanzas de viva voz no sólo en la Asociación Psicoanalítica Argentina (APA) sino también en Escobar, donde pasaban los fines de semana. Con su fértil idea de la scontraidentificación proyectivas Grinberg completó y amplió los conceptos de contratransferencia concordante y complementaria de Racker, utilizando más decididamente que él la idea de identificación proyectiva. Haber subrayado el valor comunicacional de este mecanismo, que el genio de Melanie Klein no tuvo nunca demasiado en cuenta, es un relevante mérito de Grinberg.

Es mucho lo que yo le debo a Grinberg. Fue en primer lugar mi profesor de seminarios en APA y todavía siento la conmoción que me produjo aquel hombre joven, simpático y erudito, que enseñaba el psicoanálisis como nadie. Grinberg me hizo participar, después, en el libro que escribió con Marie Langer y Emilio Rodrigué en 1979, El grupo psicológico; y también me convocó para los tres valiosos volúmenes que organizó con el título de Prácticas psicoanalíticas comparadas en las neurosis, en la psicosis y en niños y adolescentes, que publicó Paidós en 1977. Allí supo reunir, una vez más, un grupo destacado de estudiosos. Un don que todos le debemos agradecer a Grinberg fue su notable empeño para hacer del psicoanálisis una empresa intelectual común. Su generosidad, su versación y su autoridad lo hacía posible.

Cuando volví de Londres en 1967, Bernardo Árensburg y yo supervisamos un tiempo largo con Grinberg (y también con Liberman), y fue en ese momento que León me recomendó para ser relator del Tercer Congreso Panamericano de Psicoanálisis, que tuvo lugar en Nueva York en 1969 y fue el último de su serie. Allí discutí nada menos que con Elizabeth Zetzel sLa primera sesión de análisiss. (De regreso a la Argentina, tenía yo entonces varios analizados recientes y León pensó que era el más indicado para esa difícil tarea).

Pasaron los años y nuestra amistad se hizo cada vez más estrecha, más íntima. Alguna vez dijo él desde España que yo era su mejor corresponsal.
Cuando lo visité en Madrid en 1987, y Rebe nos albergó a Élida y a mí en su bello departamento de la calle Francisco Gervás, León había sido designado profesor de la cátedra de psicoanálisis por la Junta de Gobierno del histórico Ateneo de Madrid, que entonces presidía don José Prat García. El profesor Grinberg organizó una serie de conferencias de Introducción a la teoría psicoanalítica, y me concedió el privilegio de inaugurarlas. A mi disertación sEl nacimiento del psicoanálisiss siguió la de Grinberg y Juan Francisco Rodríguez sLa influencia de Cervantes sobre el futuro creador del psicoanálisiss. Este bello ensayo había sido presentado en el panel sobre sDon Quijote, Freud y Cervantess en el XXX Congreso Internacional de Psicoanálisis, celebrado en Madrid en julio de 1983, donde cautivó al auditorio por su elegancia y su erudición. Este escrito muestra concluyentemente la influencia de Cervantes en el joven Freud, que había leído el Quijote y las novelas ejemplares y se había quedado arrobado por El coloquio de los perros . Con un amigo de su juventud encarnan a Cipión (Freud) y Berganza (Silberstein), en una conversación en que está en germen el diálogo psicoanalítico. Es un aporte original de este texto afirmar que, con la sAcademia castellanas, el psicoanálisis ya existía en la mente de Freud mucho antes de que aparecieran en escena Breuer y Anna O. Los autores afirman, también, que Don Quijote y Sancho Panza abordan temas típicamente psicoanalíticos, como la dialéctica entre realidad y fantasía, sueño y vigilia y, entre otros más, la locura como un fenómeno complejo pero comprensible en términos de motivos humanos. A este espléndido escrito siguen otros no menos interesantes de José Rallo, Enriqueta Moreno, Mercedes Valcarce, Jaime Tomás, Rafael Cruz Roche, María Luisa Muñoz, Isabel Luzuriaga… Los presentó en forma de libro la Colección Continente/Contenido, dirigida por Mercedes Velo.

Es difícil resumir en unas páginas la rica vida de un analista sobresaliente como Grinberg. Nació en Buenos Aires el 23 de febrero de 1921 en un hogar de emigrantes judíos y sus padres se esmeraron mucho por su educación. Estudió medicina en la Universidad de Buenos Aires y ya entonces mostró vocación por el psicoanálisis, como su compañero de estudio David Liberman. Los dos fueron amigos entrañables y ambos llegaron a sobresalir notoriamente. Es un milagro del amor y la amistad que estos dos colosos nunca sucumbieran a la rivalidad fraterna que el destino parecía depararles.
A poco de recibirse, Grinberg ingresó a la APA, en la que llegó a miembro adherente en 1952, a los 31 años. Su carrera fue meteórica y en cuatro años llegó a profesor del Instituto de Psicoanálisis y a analista didáctico. Ya dije que asistí a su seminario como candidato y pienso con fundadas razones que fue el primero que dictó en su vida.

Grinberg pertenece a una segunda generación de analistas de la APA, como Resnik, Bleger, los Baranger, Rodrigué, Zac, Arminda Aberasturi, Campo, Rebe Álvarez de Toledo, Mauricio Abadi, Jorge y Teresa Mom, Rolla y desde luego Liberman. Se analizó con Arnaldo Rascovsky y, cuando éste se fue a Estados Unidos, siguió con Marie Langer hasta terminar su carrera; llegó a ser, después, su colaborador y amigo.

Con ella y con Emilio Rodrigué, escribió dos libros sobre psicoterapia grupal. El primero, Psicoterapia del grupo. Su enfoque psicoanalítico, fue publicado por Paidós en 1957. Agradable y riguroso, fue el primero en su género escrito en español y tuvo una gran influencia en América Latina y España, que todavía perdura. El eje conceptual de esta obra es que el grupo es una unidad y que ese conjunto psicosocial debe abordarse con una definida actitud interpretativa de base psicoanalítica.

Por razones de oportunidad, de tiempo y discreción, este libro no se había extendido en otros campos y en él sus autores no se habían animado a presentar un material clínico completo. Estas limitaciones pronto fueron subsanadas cuando la Editorial Nova publicó en 1959 El grupo psicológico. En la terapéutica, enseñanza e investigación . Grinberg, Langer y Rodrigué dividen el texto en varias secciones, que parten de los dinamismos y aspectos teóricos de la psicoterapia del grupo, para extenderse a diversas áreas y considerar por fin sus aplicaciones a la enseñanza y la investigación. Colaboran en esta empresa más de veinte especialistas latinoamericanos.

Sin duda la electrizante dinámica del grupo fue uno de los incentivos que llevaron a Grinberg en aquellos años a estudiar con especial énfasis los mecanismos regresivos del funcionamiento mental, que a veces el grupo expresa con diáfana claridad. Los primeros trabajos propiamente psicoanalíticos de Grinberg se dirigen a la magia y al animismo, con especial énfasis en la negación como mecanismo de defensa. Un texto sobresaliente de estos años es Aspectos mágicos en la transferencia y la contratransferencia , que leyó en la APA el 27 de marzo de 1956 y se publicó dos años más tarde. En este trabajo Grinberg introduce el concepto de contraidentificación proyectiva, al cual se va a referir en muchos otros escritos.

Como él mismo lo dice en su recordado artículo sPasado, presente y futuro de una trayectoria psicoanalíticas, escrito para el XXX aniversario de la APA en 1974, cuando María Isabel Siquier dirigía la Revista de Psicoanálisis, en sus comienzos la investigación de Grinberg se dirige al estudio de los procesos regresivos, la magia, la omnipotencia y los mecanismos psicóticos. La negación ocupa un lugar principal, al lado de los mecanismos esquizoides y la identificación proyectiva. Un primoroso ejemplo de aquellos años es sSobre algunos mecanismos esquizoides en relación con el juego de ajedrezs, publicado en 1955.

El primer libro que lleva a Grinberg como único autor es su perdurable Culpa y depresión. Estudio psicoanalítico , que publicó Paidós en Buenos Aires en 1963. Era un momento en que se debatía ardientemente en Buenos Aires (y en muchas otras comunidades psicoanalíticas) el lugar de la culpa en el proceso psicoanalítico. Había analistas que defendían a capa y espada que el centro del conflicto neurótico era la negación de la culpa por los impulsos agresivos contra el objeto amado, mientras otros, con similar porfía, buscaban liberar a los pacientes de una culpa que los condenaba en la dialéctica de un superyó sádico y un yo sometido y masoquista. Grinberg zanja esta polémica al darse cuenta que hay dos tipos de culpa (y no una): la culpa persecutoria y la culpa depresiva, que relaciona lúcidamente a dos clases de duelo, normal y patológico. La culpa persecutoria está ligada a la posición esquizoparanoide, pero no es lo mismo que la ansiedad persecutoria; la culpa depresiva, ésta sí, es la que se refiere a los sentimientos de pena y preocupación por el objeto, que hace posible la reparación.

La diferencia entre culpa persecutoria y depresiva es un aporte teórico de gran envergadura, que lleva a diferenciar, también, el duelo patológico del duelo normal. En un paso audaz, Grinberg propone que el duelo no sólo implica la pérdida del objeto sino también de las partes del yo (self) que están depositadas en él. Esto da una visión más amplia de lo que se pierde en el proceso de duelo.

Culpa y depresión incluye un capítulo de Rebeca Grinberg sobre el duelo en los niños, donde se muestra claramente cómo afecta a los pequeños la pérdida de sus seres queridos y la percepción de la muerte.

Obra de perdurable influencia, su segunda edición de 1971 introduce algunas modificaciones importantes, señalando el peso de los factores sociales en la culpa persecutoria, dado que la sociedad la inocula en las personas y no siempre comprende, además, los factores positivos en la rebelión de la juventud. (Estamos en los umbrales de los conflictos entre Perón y los montoneros y los comienzos de la Triple A).

En 1971, León escribe en colaboración con Rebe, Identidad y cambio , que publicó Kargieman en Buenos Aires. Ya su título plantea un gran problema, que puede remontarse a Parménides y Heráclito. ¿Cómo es posible el ser con el cambio? Los Grinberg lo estudian definiendo tres vínculos: espacial (individuación, el yo distinto del otro), temporal (ser siempre uno mismo a pesar de los cambios) y social, en cuanto a la pertenencia al grupo (o a los grupos). La identidad queda definida como la capacidad de sentirse uno mismo en la sucesión de cambios que proponen los azares de la vida. El cambio implica aceptar lo desconocido, lo imprevisible; y la enfermedad mental puede entonces definirse como un intento (desesperado) de mantener la unidad frente al cambio, para que todo siga igual. Al evitar lo nuevo se asegura la identidad y se evitan la angustia y la depresión; pero al precio de no vivir realmente. Como dijo José Enrique Rodó en sus Motivos de Proteo, renovarse es vivir.

Identidad y cambio discrimina cuidadosamente entre yo y self echando mano concienzudamente a Freud, Klein, Bion, Erikson y otros psicólogos del yo. Los Grinberg parten de las ideas de Hartman sobre el self (como persona) y el yo (como instancia) y las desarrollan a partir de Edith Jacobson, Wisdom y Erikson. En la segunda parte de este libro se estudian las perturbaciones de la identidad, con especial atención a la despersonalización y las migraciones, que abre el camino a otro libro de los Grinberg sobre la migración y el exilio, lleno de belleza y nostalgia, que Alianza Editorial publicó en Madrid en 1984, titulado Psicoanálisis de la migración y el exilio.

Identidad y cambio es, a mi juicio, el natural desarrollo de la idea de duelo por las partes perdidas del yo (self), y conduce a otro libro de Grinberg, Teoría de la identificación , que Paidós publicó en Buenos Aires en 1976. Texto breve y penetrante, expone el desarrollo del concepto de identificación a partir de Freud y sus discípulos, así como también de la escuela kleiniana. Estudia a fondo el concepto de identificación proyectiva, que Melanie Klein introdujo en 1946, y discute después los aportes de sus discípulos Bion, Rosenfeld, Meltzer y el mismo Grinberg, con especial referencia a su concepto de contraidentificación proyectiva. Grinberg estudia la identificación proyectiva en sus aspectos cuantitativos y en especial cualitativos y pone el énfasis en los procesos de comunicación que subyacen a este fértil concepto. Siguiendo de cerca los estudios de Racker, Grinberg emplea la identificación proyectiva para dar cuenta de los complejos y sutiles efectos que ejerce en la relación analista-paciente, lo que culmina con su teoría de la contraidentificación proyectiva, que aceptan actualmente la mayoría de los autores.
Poco después de aparecido este libro, los Grinberg deciden exiliarse en Madrid en octubre de 1976, cuando era el comienzo de la nefanda dictadura de Videla.

Si fue brillante la trayectoria científica de Grinberg no fue menor su desempeño en la gran política del psicoanálisis. Fue presidente de la APA por tres períodos (1961, 1962, 1963) y el primer psicoanalista de América Latina que ingresó al Comité Ejecutivo de la Asociación Psicoanalítica Internacional (API), como secretario asociado (1963-1965) y después como vicepresidente por dos períodos, de 1965 a 1967 (Congreso de Ámsterdam) y de 1967 a 1969 (Congreso de Copenhague). Le ofrecieron ser presidente pero declinó ese honor. Quien había mostrado poco interés por ese alto cargo, fue después en el XXXVII Congreso Internacional de Buenos Aires en 1991, cuando se eligió el primer latinoamericano para presidir la API, mi más ardiente partidario. Sentado al lado de Rebe en la primera fila seguía atentamente mi presentación y hasta me mandó un papelito: sMás despacios, porque yo leía demasiado aprisa.

Su influencia como maestro de muchas generaciones de analistas es notable. Es sin duda el modelo de psicoanalista porteño, que sigue la ruta de Freud y Melanie Klein, pero abarca a los analistas franceses y en general europeos, a los psicólogos del yo de Viena, Londres y Estados Unidos, interesado siempre por los problemas de la identidad, los mecanismos de defensa y la identificación. Fue amigo de los grandes analistas de su época, como Leo Rangell y André Green, Jacob Arlow y Charles Brenner, Harold Blum, Bion, Hanna Segal, Donald Meltzer, Edward Weinshel, Robert Wallerstein, Riccardo Steiner, Salomón Resnik, Betty Joseph, Esther Bick y muchos otros no menos significativos.

Un año antes de su exilio publicó un libro muy interesante sobre la supervisión psicoanalítica y, todavía en Buenos Aires, presentó Psicoanálisis. Aspectos teóricos y clínicos, que publicó Alex Editor, un emprendimiento del hijo de David Liberman. Como dice el mismo Grinberg en el prólogo, este libro reúne una serie de trabajos que van desde 1955 hasta 1976 y cierra un ciclo de su producción. Con algunos agregados y otro formato, fue presentado por Paidós (Barcelona) en 1981. No me resulta fácil escoger algunos de estos trabajos para mencionar en esta nota, porque todos me parecen valiosos. sLos sueños del día luness (1960), en colaboración con Rebe Grinberg, siempre me pareció una perla; pero ¿cómo no mencionar los trabajos en que Grinberg habla de la indentidad, del conflicto y la evolución, de los mecanismos obsesivos de control omnipotente y realista, de la creatividad y tantos otros?

A comienzo de los años sesenta Grinberg se puso a estudiar en serio la obra de Bion con un grupo de estudio, al que siguieron otros (en uno de ellos estuve yo con Benito López). Estas inquietudes culminaron en su conocido libro Introducción a las ideas de Bion, que escribió con dos de sus estudiantes, Darío Sor y Elizabeth Tabak de Bianchedi, que habrían de ser después analistas sobresalientes. Este libro fue publicado por Nueva Visión en 1972. Escrito metódico, ameno y riguroso se difundió literalmente en el mundo entero: se lo tradujo al inglés, al francés, al italiano, al portugués, al sueco y hasta al japonés. Se reeditó en 1991 como Nueva introducción a las ideas de Bion, con algunas modificaciones y un capítulo sobre las últimas contribuciones del gran pensador inglés. En los diez y ocho años que van de la primera edición a ésta, el libro se fue expandiendo y modificando, hasta que la Colección Continente/Contenido, de la incansable Mercedes Velo, lo publicó en Madrid.

La historia de Grinberg tiene muchos momentos culminantes, pero tal vez el más elevado es el de relator del Congreso de Copenhague (1967), donde discutió con Anna Freud el concepto de acting out. Fueron dos presentaciones brillantes y Grinberg se lució cuando puso en relación el acting out con las angustias de separación y la identificación proyectiva. Terminó definiéndolo con acierto y con gracia como un sueño que no pudo ser soñado.
Los Grinberg permanecieron en Madrid cerca de veinte años, en los que León ejerció un gran magisterio en la Asociación Psicoanalítica de Madrid, donde enseñó teoría y técnica psicoanalítica y la obra de Klein, Bion y Meltzer.
The goal of psicoanálisis: identification, identity and supervision (1990) , publicado por Karnac, abarca buena parte de la obra de Grinberg en inglés. Como dice Grinberg en su prólogo, Riccardo Steiner y otros amigos, deseosos de tener su obra más a mano, lo estimularon en este emprendimiento.

En 1993, en mi carácter de presidente de la API, tuve el gusto de nombrarlo secretario científico (chair) del Comité de Programa del Congreso de San Francisco (1995), donde mostró una vez más su inteligencia y su capacidad.
La Editorial Promolibro de Valencia publicó en 1996 dos libros que resumen su labor en esos veinte años en Europa: El psicoanálisis es cosa de dos y Psicoanálisis aplicado.

En septiembre de 1995 los Grinberg decidieron dejar Madrid para instalarse en Barcelona, donde vivían sus hijos y sus nietos. Allí pronto reinició su enseñanza con un grupo extendido de alumnos y allí lo encontré en el Congreso Internacional de 1997 con que terminé mi mandato. León y Rebe hicieron una hermosa recepción, sin que nadie supiera, por cierto, lo que iría a pasar poco después.

Lo visité en agosto de 2000 después del Congreso Internacional de Historia del Psicoanálisis de Versalles y fue nuestro último encuentro.
El 29 de julio de 2003 la Asociación Psicoanalítica de Buenos Aires (APdeBA), de la que fue fundador, lo nombró miembro honorario y él gozó este homenaje, aunque aquel insuperable orador no lo pudo agradecer con palabras.

Tengo la vanidad de pensar que, si el riguroso crítico que fue siempre Grinberg leyera estas notas, se sentiría satisfecho.
Buenos Aires, 6 de diciembre de 2007

Freud & la pédagogie

CONFERENCES DE LA SIHPP
CHU Sainte-Anne
CMME, 100 rue de la Santé, 75014 Paris

à 21 heures

Vendredi 6 juin 2008

Danielle Milhaud-Cappe


Danielle Milhaud Cappe est docteur en philosophie et ex-chargée de cours à l’Université de Paris 1-Tolbiac. Elle est membre de l’{Association internationale d’histoire de la psychanalyse — AIHP, et l’auteur de Freud et le mouvement de pédagogie psychanalytique, Vrin, 2007

Le livre passionnera tous les psychanalystes, tous les instituteurs, tous les professeurs et tous les éducateurs.}



Voici l’entretien de Roland Gori avec Cécile Prieur paru dans le Monde du 4 mai.

On parle de plus en plus de “santé mentale”, de moins en moins de “psychiatrie”. Où nous mènera, demain, cette tendance ?

Nous sommes entrés dans l’ère d’une psychiatrie postmoderne, qui veut allouer, sous le terme de “santé mentale”, une dimension médicale et scientifique à la psychiatrie. Jusqu’à présent, cette discipline s’intéressait à la souffrance psychique des individus, avec le souci d’une description fine de leurs symptômes, au cas par cas. Depuis l’avènement du concept de santé mentale, émerge une conception épidémiologique de la psychiatrie, centrée sur le dépistage le plus étendu possible des anomalies de comportement. Dès lors, il n’est plus besoin de s’interroger sur les conditions tragiques de l’existence, sur l’angoisse, la culpabilité, la honte ou la faute ; il suffit de prendre les choses au ras du comportement des individus et de tenter de les réadapter si besoin.

Quel a été l’opérateur de ce changement ?

Le DSM (Diagnostic and Statistical Manual), sorte de catalogue et de recensement des troubles du comportement créé par la psychiatrie américaine. En multipliant les catégories psychiatriques (entre le DSM I et le DSM IV, soit entre les années 1950 et les années 1990, on est passé de 100 à 400 troubles du comportement), il a multiplié d’autant les possibilités de porter ces diagnostics. Aujourd’hui, on est tombé dans l’empire des “dys” : dysthymique, dysphorique, dysérectile, dysorthographique, dyslexique… Chaque individu est potentiellement porteur d’un trouble ou d’une dysfonction. Ce qui étend à l’infini le champ de la médicalisation de l’existence et la possibilité de surveillance sanitaire des comportements.
Comment cette conception de la psychiatrie a-t-elle pu s’imposer ?
Par sa prétention à la scientificité. La santé mentale ne s’est pas imposée à des sujets victimes, passifs, mais à des individus consentants. Depuis l’effacement des grandes idéologies, l’individu se concocte son propre guide normatif des conduites, qu’il va souvent chercher dans les sciences du vivant. Résultat, ce sont les “prophètes de laboratoires” qui nous disent comment se comporter pour bien se porter.

Quel sera le soin de demain, compte tenu de cette évolution ?

Je ne suis pas certain que les dispositifs de santé mentale aient le souci de soigner, et encore moins de guérir. Ils sont plutôt du côté d’un dépistage précoce et féroce des comportements anormaux, que l’on suit à la trace tout au long de la vie. Or, en s’éloignant du soin, la santé mentale utilise des indicateurs extrêmement hybrides. Ainsi de l’expertise collective de l’Inserm (2005) qui préconisait le dépistage systématique du “trouble des conduites” chez le très jeune enfant pour prévenir la délinquance : elle mélangeait des éléments médicaux, des signes de souffrance psychique, des indicateurs sociaux et économiques, voire politiques. On aboutit ni plus ni moins, sous couvert de science, à une véritable stigmatisation des populations les plus défavorisées. Ce qui en retour naturalise les inégalités sociales.

Le repérage fin des troubles ne permet-il pas au contraire de mieux soigner ?

Je crois qu’il permet en réalité d’étendre le filet de la surveillance des comportements, en liaison permanente avec l’industrie pharmacologique. La production de nouveaux diagnostics est devenue la grande affaire de la santé mentale. Voyez le concept de “troubles de l’adaptation” : il est suffisamment flou pour qu’on puisse l’attribuer à chaque personne en position de vulnérabilité. Quelqu’un qui est stressé au travail ou qui est angoissé par une maladie grave peut ainsi développer une “réponse émotionnelle perturbée”, qui sera considérée comme trouble de l’adaptation. La réponse sera de lui administrer un traitement médicamenteux, accompagné d’une thérapie cognitivo-comportementale pour l’aider à retrouver une attitude adaptée. Ainsi, la “nouvelle” psychiatrie se moque éperdument de ce qu’est le sujet et de ce qu’il éprouve. Seul importe de savoir s’il est suffisamment capable de s’autogouverner, et d’intérioriser les normes sécuritaires qu’on exige de lui.

Quel sera, dans ce contexte, le rôle du psychiatre ou du psychologue ?

On peut craindre que l’on demande aux psys d’être davantage des coachs que des soignants. Depuis quelques années, on assiste à une multiplication hyperbolique de la figure du coach, devenu une sorte de super-entraîneur de l’intime, de manager de l’âme. Les dispositifs de rééducation et de sédation des conduites fabriquent un individu qui se conforme au modèle dominant de civilisation néolibérale : un homme neuro-économique, liquide, flexible, performant et futile.

Y aura-t-il encore une place pour la psychanalyse ?

Celle-ci est totalement à rebours de ces idéologies, en ce qu’elle fait l’éloge du tragique, de la perte, du conflit intérieur, d’un certain rapport à la mort et au désir. Elle peut donc disparaître en tant que pratique sociale. Mais je pense que ce qu’elle représente – une certaine philosophie du souci de soi, qui tend à construire un sujet éthique responsable – ne disparaîtra pas.
A cet égard, il est frappant de voir que la psychanalyse, désavouée par la santé mentale, est actuellement requise dans les services de médecine non psychiatrique. Tout se passe comme si les médecins, à l’inverse des nouveaux psychiatres, reconnaissaient qu’il y a une part hétérogène au médical, qui est que toute maladie est un drame dans l’existence, et qu’il faut aider le patient à traverser cette épreuve. De même, bien que la psychanalyse ne soit pas à la mode dans notre culture, la demande ne fait que croître dans les cabinets.

Forum des psys

Super forum des psys à Lyon. On se mobilise !

Le scientisme c’est la science muée en religion, et la religion de la science a ses intégristes. Les préceptes de cette nouvelle religion sont sommaires et impératifs : il faut en toute circonstance tout mesurer y compris ce qui concerne le psychisme, réduit au neuronal comportemental cognitif. Tout c’est aussi bien — aussi mal faudrait-il dire, notre humanité. l’homme est-il formatable ? TCC et neurosciences ont bien le droit d’exister, mais pas d’empêcher les autres d’exister. Tout est là.

Corrélat : tout surveiller. Évaluez évaluez il en restera toujours quelque chose : trois fois rien ce qui ne fait pas grand-chose pour parler comme Raymond Devos. Évalué : vidé.

Cette nouvelle religion sert de supplément de manque d’âme à l’ultra libéralisme gestionnaire. Vous n’êtes plus quelqu’un, un sujet, avec son psychisme. Biomécanisé, vous avez un cerveau. Il s’agira de parler à vos neurones. Finie la relation et ses complications, il suffira de communiquer. Vous n’allez pas bien, on vous appliquera, comme à une machine, des protocoles, comme à une voiture, la valise. Alors la vie sera belle.

Bref, déshumanisons le monde et voyons ce qu’il en reste. Un univers de mort et de mécanique, un univers réduit. À quoi ? à rien d’humain. Un univers machinique pour êtres vivant machinalement.

Voici qu’on naturalise. Devenir aussi performant qu’un hamster dans son tambour, quelle perspective, quels horizons ! le hamster épuisé on le déclarera handicapé. Entre Métropolis, 1984, Farenheit et Orange mécanique , cauchemar assuré.

La psychanalyse et la psychothérapie relationnelles constituent de puissants antidotes à cet empoisonnement totalitaire annoncé, à cet anéantissement de l’âme qu’on vous propose comme une modernisation souhaitable alors qu’il s’agit d’une régression capitale.

Les psychanalystes lyonnais autour de l’ECF, dont on peut penser toutes sortes de choses sauf que ses membres restent immobiles à considérer le désastre comme s’ils n’étaient pas concernés, réagissent et tiennent forum. Cliquez sur le bouton pdf ci-contre et voyez si ça vous tente de faire quelque chose avec eux ce jour-là.

Philippe Grauer

[Document : La psychanalyse dans la cité au XXXIème siècle]

SNPPsy & AFFOP : entrevue au Ministère de la Santé

Entrevue au Ministère de la Santé

entre Mme Elvire ARONICA

Conseillère technique au Cabinet de Mme la Ministre

& les responsables de l’AFFOP et du SNPPsy

COMPTE-RENDU

Une délégation de l’AFFOP et du SNNPsy a rencontré Mme Elvire ARONICA le 26 mai au Ministère de la Santé et de la Solidarité.
Participaient à l’entretien :

– Jean-Michel FOURCADE, Président de l’AFFOP
– Philippe GRAUER, Président du SNPPsy et vice-président de l’AFFOP
– Arlette GASTINE, vice-présidente de l’AFFOP
– Dr Pierre CORET, administrateur de l’AFFOP.

Le Pr Edmond MARC, sollicité, n’a pu participer à cette réunion. Nous avons fait état de son soutien ainsi que de celui des Pr. Max PAGES et Vincent de GAULEJAC.

La réunion, qui a duré trois quarts d’heure, se déroula de façon directe, franche et vive. Mme ARONICA a commencé par confirmer que notre base de discussion restait le projet communiqué par le sénateur A. VASSELLE en février 2008. Au cours de l’entretien un certain nombre de points furent abordés.

1 — Mme ARONICA a rappelé que l’objectif de la loi était de protéger les personnes fragiles en demande de soin psychique (non médical avons-nous par la suite ensemble précisé). Nous avons répondu que la création de nos organismes représentatifs s’était également effectuée dans ce dessein et que le premier texte fondateur produit par le SNPPsy, organisation représentative et historique, il y a trente ans, fut son code de déontologie, qui fait à présent référence. Ce qu’elle a admis.

2 — La discussion nous a permis de réaffirmer notre opposition fondamentale à un texte de loi qui ne reconnaissait pas à la Psychothérapie relationnelle la place légitime qui devrait être la sienne — ainsi qu’aux organismes professionnels qui ont organisé ce champ —.

3 — La simple formation à la psychopathologie des professionnels de-droit : psychiatres, médecins généralistes et psychologues ne peut en aucun cas légitimer une pratique de la psychothérapie, en tout cas jamais de la psychothérapie relationnelle.

4 — Le docteur CORET a renforcé ce propos par l’évocation de l’état déplorable actuel de la profession de psychiatre et de l’absence de formation à la psychothérapie dont souffrent ses praticiens. La psychiatre qu’est Mme ARONICA confirma ses dires.

5 — Puis nous avons fait remarquer que les Observations que nous avions adressées au Conseil d’État sur le projet du Ministre Xavier BERTRAND avaient été entendues par le Conseil et l’avaient conduit à rendre un avis défavorable. Mme ARONICA nous a répondu que le nouveau projet avait pris en considération les points que nous avions controversés : liberté de l’enseignement et obligation de la formation en psychopathologie pour les quatre professions.

6 — Nous lui en avons exprimé notre satisfaction, pour continuer d’insister pour obtenir la réécriture des points concernant les psychothérapeutes en exercice :

• a) parité de représentation des de-droit et non-de-droit dans les Commissions d’homologation, comme nous l’avait promis le Ministre DOUSTE-BLAZY

• b) fonctionnement au niveau régional et non départemental des dites Commissions d’homologation

7 — Nous avons longuement expliqué à Mme ARONICA qui s’étonnait de nos inquiétudes à propos des dispositions du projet concernant les psychothérapeutes en exercice que notre expérience extrêmement négative des Commissions d’homologation pour le titre de Psychologue — dont le Conseiller Brunelle nous avait volontiers concédé qu’il s’était agi d’une opération malhonnête et illégale, nous rendaient particulièrement vigilants.

Réponse suivante nous fut faite :

– créez vos associations de psychanalystes pour être de droit

– pour la représentation de non-de-droit dans les Commissions passez des accords avec les psychanalystes avec qui vous êtes coordonnés ou faites représenter vos non de-droit par ceux des vôtres qui ont les qualifications pour être de droit.

Solutions à nos yeux inacceptables car

• d’une part elles méconnaissent la légitimité des non-de-droit et dénient les antagonismes corporatistes existants entre les trois professions de-droit à l’égard des non-de-droit.

• d’autre part puisque nous garantissons les professionnels que nous titularisons il est logique et légitime que nos organisations responsables et historiques se voient traitées comme les organisations de psychanalystes.
La réponse fut que la loi est ce qu’elle est, qu’on ne saurait la modifier et qu’il s’agissait seulement de l’appliquer sans plus tarder. Certes, mais que penser d’une loi que l’on vous pousse à tourner ?

8 — Nous avons aussi demandé de supprimer l’exigence du délai d’installation de 3 ans pour les non-de-droit en expliquant que cette exigence revient en droit à une clause rétroactive pour ces professionnels, ce qui est illégal.

9 — Nous avons encore fait remarquer que le droit administratif actuel exige qu’un refus administratif soit motivé et qu’en cela la clause : “Une non-réponse dans les six mois équivaut à un refus” est illégale.

10 — Nous avons insisté pour que soit considérée et prise en compte la situation de nos étudiants en cours de formation.

11 — Nous avons fait remarquer que le délai imparti aux psychothérapeutes en exercice pour demander leur homologation doit partir de la publication des arrêtés nécessaires pour faire cette demande, prévus par le décret, et non de la date de promulgation du décret.

12 — Enfin la clause de réinscription dans le cas d’un changement de département doit, selon Mme ARONICA, être entendue comme une procédure automatique sans redécision administrative. Dont acte.

13 — À plusieurs reprises les réponses de Mme ARONICA sont allées dans le sens de nous inciter à accepter un décret imparfait au motif que ce décret repoussé — par nos observations au Conseil d’État —, provoquerait la proposition d’une nouvelle loi plus sévère contre nous sous la pression de M. ACCOYER. Nous avons répondu que la modification des clauses, à l’instar de ce qui s’était déjà passé avec le titre de psychologue, fragilisant dangereusement les psychothérapeutes relationnels, était pour nous vitale. Étant constant que dans leurs dispositions actuelles elles signifiaient l’interdiction dans les deux années à venir aux psychothérapeutes non-de-droit de faire usage d’un titre qu’ils ont tout de même créé, promu et bien ordonné.

Pour conclure Mme ARONICA nous a assurés qu’elle transmettra à sa hiérarchie la teneur des observations et demandes pressantes que nous lui avons présentées.


Nous continuons de penser que le pire n’est jamais sûr et que le moins pire n’est par conséquent pas forcément souhaitable. Pourquoi la République choisirait-elle sciemment de maltraiter des professionnels organisés de façon responsable pour réguler ordonner et moraliser un exercice destiné à pourvoir au souci et au malaise des citoyens, en dehors d’une surmédicalisation de leurs problèmes, au meilleur bénéfice du public et des praticiens ?

Pourquoi et au nom de quel a priori dont on recherche en vain la rationalité des professionnels sérieux et éminemment utiles devraient-ils accepter d’être discriminés et non respectés par des instances conçues comme des dispositifs de liquidation et règlements de comptes partisans ?

Il importe que nous soyons entendus dans nos observations et demandes légitimes, pour qu’un traitement équilibré assure le meilleur fonctionnement de la psychothérapie relationnelle dans notre pays. Si la loi s’avérait impraticable sans léser professionnels et citoyens ça ne serait pas une pire loi qui devrait la remplacer mais une meilleure, mieux ajustée et plus juste.

Jean-Michel FOURCADE, Président de l’AFFOP

Philippe Grauer, Président du SNPPsy

Psychologues freudiens à l’hôpital : une difficile démarche psychothérapique en institution

PRAGMATIQUE PARADOXALE

CHRISTIANE ALBERTI

Maître de conférences en psychologie à Paris 8


Que se passe-t-il à l’hôpital ? nos cousins les psychologues freudiens se débrouillent, dans les couloirs, pour faire passer un peu d’humanité. Leur pratique est différente de celle des psychothérapeutes relationnels en cabinet. Il importe que les uns et les autres se connaissent, échangent et partagent leur expérience clinique, sans toutefois les confondre. Nous n’exerçons pas le même métier, ne répondons même pas à la même déontologie, ne relevons pas de la même corporation. Nous rencontrons nous des personnes qui le désirent et nous demandent, cela crée une appréciable différence. Cependant la problématique freudienne nous réunit objectivement, et nous permet de nous rendre compte de notre proximité sur la base d’une pratique visant un processus de subjectivation humaniste.

Christiane Alberti s’enthousiasme pour une pratique clinique hospitalière “formidable” centrée sur la théorie lacanienne. Il s’agit d’un texte de militante, travaillant dans le cadre d’une UER de psychologie à Paris 8, dont le climat scientiste ne favorise pas toujours ce courant, on va le dire comme ça. On peut distinguer à l’œil nu les différences de types de soins administrés et de relation même, et la proximité des cliniciens ici évoqués avec la médecine. Sans verser dans la confusion, heureusement qu’ils sont là ! La pratique DSM-neurogestionnaire en usage ordinaire dans les hôpitaux rend leur témoignage précieux, voire ethnologique. Ils soutiennent ceux qui, de l’autre côté du Carré psy, travaillent à articuler scientificité médicale objectivisatrice, relation d’aide tout azimut, et posture subjective faisant place à de l’inconscient.

Qu’on ne s’y trompe pas, la pratique psycho hospitalière n’est pas toujours de cette trempe, et pas du tout dans les plans qu’on nous prépare au titre de la “nécessaire réforme” de nos institutions et services à celui, de service, d’une mondialisation psycho mécanisée à protocoles anti-relationnels.

Les psychothérapeutes relationnels laïcs multiréférentiels que nous formons, ne relevant pas de la médecine ou de la psychologie, ne travaillant pas à l’hôpital traité depuis 1986 en chasse gardée des psychologues sauront soutenir le combat confraternel aux côtés de leurs collègues hospitaliers freudiens, en discernant mieux similitudes et différences entre leur pratique et leur milieu, et les leurs propres. Ils ne se laisseront jamais diviser pour régner.

Philippe Grauer


Vient de paraître : fiche communiquée par Communiqué par nos amis de l’intercopsycho : http://www.intercopsychos.org

DOUCET Caroline (sous la dir.), Le psychologue en service de médecine. Les mots du corps, Paris, Masson, 2008, 166 pages, 24 €.

Ce petit volume est une formidable contribution à la pragmatique de la psychanalyse. Fidèle à son engagement à soutenir la nécessité de s’adresser aux gens de médecine, Caroline Doucet, y a réuni onze témoignages de psychologues exerçant dans différentes unités hospitalières : A. Abelhauser (hématologie, médecine interne) R. Adam (psychiatrie de liaison), N. Bendrihen (psycho-oncologie) J. Borie (pédopsychiatrie de liaison), V. Comparin-Ainard (soins palliatifs), C. Doucet (lutte contre la douleur et soins palliatifs), D. Jammet (médecine interne et maladies infectieuses), C. Lacaze-Paule (rééducation fonctionnelle), A. Lévy (dépistage du virus du sida), M.L Tourenq (hospitalisation à domicile), C. Valette (services pour personnes âgées dépendantes).

Ces praticiens de la parole prennent résolument rang dans le discours hospitalier contemporain, car ils ont à dire sur la clinique des malheurs du corps. Ils y investissent les apports de la psychanalyse d’orientation lacanienne pour dialoguer avec les soignants d’aujourd’hui. Surtout, ils disent ici très concrètement « sans arsenal ni pharmacie » (François Regnault), comment ils se débrouillent au quotidien avec les demandes on ne peut plus diverses, insensées parfois, qui leur sont adressées par les partenaires du soin. Jamais ils ne se dérobent à cet appel . Leur réponse nécessite au contraire de mobiliser un savoir précis, de faire des propositions, de soulever des hypothèses avec le souci de se faire entendre pour faire équipe avec d’autres. Répondre, oui, mais de façon décalée, toujours par le biais du symptôme. Rétifs à enfiler la blouse du donneur de leçon ou celle de l’expert en psy-médicale, ils témoignent d’un savoir y faire pour répondre à l’illusion de la prise de conscience, aux mirages de la compréhension ou encore au projet tout abstrait de tout assumer y compris la mort, opérant ainsi un passage de l’illusion du tout dire au régime d’un dire qui cible la cause, celui d’un certain silence aussi bien, en quoi ils ont du tact et de la discrétion.

Très instruits des spécificités cliniques, techniques et politiques du domaine médical concerné, les auteurs nous relatent comment ils se mêlent à leur façon des effets de cette médecine scientifique, sans jamais jeter l’anathème sur la réalité hospitalière, ni se délecter du malaise ambiant lié aux objectifs de spécialisation, de rentabilité, d’efficacité. Face à l’effacement de la parole nourri par l’incursion obligatoire de la technique, leur propos n’est jamais nostalgique des idéaux de la médecine d’antan. Les auteurs prennent la chose autrement. Il sont résolument modernes. Le style de leur intervention est enlevé, personnel, léger, ce qui n’est pas sans mérite vu le tragique de ce dont il s’agit en ces lieux.

Voici des praticiens, “praticiens des couloirs” ose François Ansermet dans sa postface, qui relatent comment ils rencontrent ceux qui ne l’ont pas désiré. Il s’agit pour chacun d’essayer de dégager le point à partir duquel est reçue, interprétée, déformée, la parole du médecin ou des soignants afin de ménager une marge de manœuvre subjective, afin de retrouver ce qui du plus intime de notre être semble s’estomper devant l’apparente suprématie des faits. C’est au moment même où le hasard semble récuser la vie-même, qu’il importe de démêler, interroger, discuter sa vie. Le réveil subjectif atteste, précisément là, de l’effectivité de l’inconscient dans la chair même. Bien au-delà d’un supplément d’âme, comme le souligne Didier Sicard dans sa préface, ce sont les conditions d’une expérience de parole, marquée du sceau de la vérité, que ces psychologues préservent au cœur des pratiques hospitalières.