Thérapie quotidienne et stoïciens

En date du vendredi 9 mai 2008 dans Le Monde de la philosophie

Une thérapie quotidienne & les stoïciens


À l’une des sources de notre psychothérapie relationnelle se trouve la philosophie des stoïciens. À l’autre bout de la chaîne, Noël Salathé prône la philosophie clinique dont il fait une antenne de la gestalt-thérapie. Nous avons depuis près de 1700 ans puis les Lumières accompli du chemin et pouvons mesurer le parcours en revisitant cette part de nos origines, ne pouvant nous permettre ni de l’ignorer ni de nous y perdre en route.

Barbara Cassin lance la belle formule que quelque chose s’est substitué à l’Être. Cela remet sur terre, dans l’ordinarité, parmi les choses et les êtres : en relation. La sensibilité phénoménologique se réveille quand à l’ontologie se substitue l’événement du surgissement de la rencontre. La question de l’ataraxie, comme celle du détachement dont on nous bouddhicise les oreilles, en prend un vieux coup avec la psychanalyse. Celle du bonheur, idée neuve en Europe quelque peu taraudée depuis Auschwitz, reste au programme, à réviser de fond en comble après déconstruction.

Ainsi nos étudiants y auront pensé à deux fois avant de se jeter dans quelque nouvelle réinvention de la brouette et découverte illuminée de la technique miracle. C’est qu’il s’agira pour le psychothérapeute relationnel dans sa pratique clinique de rien moins que d’engager celui qui se lancera en sa compagnie dans la quête du sens de son existence à y regarder à son tour à deux fois concernant la question du bonheur s’il advient que son débat tombe sur elle. Et comme nous ne sommes pas philosophes mais psychothérapeutes relationnels cela risque fort de conduire à un troisième tour.

En attendant, c’est au vôtre de tour de prendre connaissance de ces deux textes introducteurs à la pensée stoïcienne. Notre pensée occidentale procède d’elle, cela nous confère la responsabilité d’aborder le verdoiement de cette forêt comme une ressource incontournable, à quoi référer notre pratique et souci de théorisation. Notre actuelle problématique du cadre et du sens, une certaine éthique de l’altruisme, doivent quelque chose de vital aux gens du Portique. Allons-y voir.

Philippe Grauer


L’arbre n’est pas vert, il verdoie !

Sénèque, Épictète et Marc-Aurèle font leur entrée dans Le Monde de la philosophie.

Entretien avec Barbara Cassin

Quelle est la place des stoïciens et de leurs textes dans votre propre itinéraire philosophique ?

Ils ne font pas partie des Grecs qui m’ont immédiatement attirée. Je n’ai eu, au départ, aucune affinité avec eux.

Je préparais l’agrégation pour la énième fois après deux boycotts “soixante-huités”, dans une colère heureuse puisque cela me permettait de lire tout de, et sur, Aristote, Descartes, Spinoza, Kant, Hegel, Nietzsche, les stoïciens. Précisément, j’ai lu pour la première fois les stoïciens à travers les lunettes de Hegel, c’est-à-dire avec l’idée qu’ils sont ennuyeux, et que leur morale sert d’alibi pour s’abstenir de politique, un peu comme la religion est l’opium du peuple. Oui, ennuyeux, et ce n’est pas totalement faux quand on lit d’une traite Épictète et Marc-Aurèle, du moins en traduction, surtout quand on croit qu’on les comprend. Ils sont “libres sur le trône comme dans les chaînes”, dit Hegel : pour lui, les Stoïciens sont le nom de la liberté de la conscience de soi quand elle prend conscience d’elle-même. Mais c’est une liberté abstraite, qui peut seulement surgir “dans un temps de peur et d’esclavage universels”, pas une “liberté vivante”. C’est pourquoi les stoïciens, avec leurs formules et leurs exhortations, sont “édifiants” mais “ne tardent pas à engendrer l’ennui“. Pêle-mêle à travers les siècles : “Supporte et abstiens-toi ; Ton enfant est-il mort, il a été rendu” ; Ducunt volentem fata, nolentem trahunt (le destin guide qui consent, traîne qui refuse), “que philosopher c’est apprendre à mourir“, bref : même pas mal — et de toute manière vous ne me ferez ni rire ni jouir !

“Mes” premiers Grecs étaient plutôt présocratiques, avant Platon et Aristote, et non après comme les stoïciens ; c’était ceux-là mêmes contre lesquels Platon et Aristote ont construit la philosophie. Et parmi les présocratiques, pas n’importe lesquels : les sophistes surtout, ceux par excellence dont Heidegger ne parvient pas à rendre compte, parce qu’ils contraignent à penser tout autrement l’ “origine” et l’ “aurore”, et montrent comment se fabrique l’Être, soi-disant toujours déjà là. C’est cette manière de construire l’Être comme effet de discours, mise en lumière non sans cruauté par la sophistique, qui m’intéresse toujours. Avec l’idée que les grands édifices philosophiques, Platon et Aristote au premier chef, ne se laissent bien appréhender qu’en comprenant contre quoi ils se sont construits.

C’est pourquoi les Grecs qui me surprennent et me plaisent sont ceux de Nietzsche, au bord de la philosophie : ils “s’entendaient à vivre : ce qui exige une manière de s’arrêter à la surface, de croire aux sons, aux paroles, à l’Olympe tout entier de l’apparence ! Ces Grecs étaient superficiels — par profondeur”, écrit-il dans le Gai Savoir. Des Grecs bien païens, pour lesquels celui qui vient en face peut avec vraisemblance, comme chez Homère, être un homme ou un dieu, parce qu’il parle, parce qu’il est beau.

Or, aussi étrange que cela puisse paraître, c’est précisément avec cette phrase de Nietzsche que les stoïciens sont pour moi revenus en scène comme intéressants. Non pas immédiatement donc, mais “médiatement”, via Gilles Deleuze et sa Logique du sens. Car, dans cet “essai de roman logique et psychanalytique” concocté par un Deleuze lecteur de Lewis Carroll et de Lacan, c’est aux stoïciens que le mot de Nietzsche (“superficiels — par profondeur”) s’applique particulièrement !

Cela m’a tellement surprise que je les ai relus une autre fois avec lui, en cherchant à comprendre la violence des nouvelles distributions qu’ils imposent aux choses et aux concepts : quelque chose comme ” l’autonomie de la surface “. Contre Platon, pour qui l’apparaître n’a d’intérêt que dans la mesure où il renvoie à l’idée. Contre Aristote surtout, et son analyse du langage qui informe toujours notre grammaire et notre perception quotidiennes. L’arbre est vert, Socrate est mortel, S est P : nous parlons aristotélicien, en termes de sujet-substance et de prédicat-accident reliés par le “est”. Mais, si nous parlons stoïcien, l’arbre n’est pas vert, l’arbre verdoie. Il ne s’agit pas d’Êtres, mais d’évènements ; pas de substances, mais de corps, de forces et d’effets ; pas de syllogisme avec déduction de termes, mais de sunnêmenon en “si… alors” avec enchaînement de propositions. Et comme ce n’est pas la même description, ce n’est pas non plus le même monde ; d’ailleurs, si genre suprême il y a, c’est le “quelque chose” et non plus l’Être. Ce monde-là vient, comme la sophistique, bousculer le triomphe naturel de l’ontologie coutumière, c’est-à-dire la manière courante dont on perçoit et dont on dit le monde.

Quel est le texte qui vous a le plus marquée, nourrie, et pourquoi ?

C’est une question plus difficile qu’il n’y paraît. D’abord parce que les textes qui nous restent sont divers et incommensurables : ils vont des fragments de l’Ancien Portique à Athènes, fin IVe-début IIIe siècle avant J.-C., aux oeuvres déployées en lettres, entretiens, journal de pensée, par Sénèque, le précepteur de Néron, Épictète, l’esclave, Marc-Aurèle l’empereur, dans la Rome des Ie et IIe siècles après J.-C., avec un moment intermédiaire qu’on connaît très indirectement, via notamment Cicéron. Ils posent le problème de la langue et de la traduction, six siècles de grec et un latin qui s’invente comme langue philosophique. Et, évidemment, le problème de la transmission : ce qu’on appelle ” doxographie ” (littéralement “l’écriture des opinions”), qui formate et déforme, souvent pour mieux contredire, comme chez Plutarque ou Sextus. Ces textes m’ont donc d’abord marquée comme difficiles : des produits d’histoire, qui réclament qu’on les traite en philologue autant qu’en philosophe.

Celui qui m’a le plus marquée, c’est la vie de Zénon, au livre VII de Diogène Laërce — de la doxographie dure justement. Tout y est : le rapport phantasmatique entre une vie et une doctrine ; l’idée neuve de ” système ” (la physique, la logique et la morale comme un animal, comme un oeuf, comme un champ clos) ; les violentes trouvailles dont il faut déplier la nécessité : par exemple les ” incorporels ” (asômata) que sont le temps, le lieu, le vide, et un nouveau venu, le signifié ou lekton (” dicible/dit “), qui se loge entre le signifiant (les sons ” Di-on “) et le référent (l’individu Dion qui porte ce nom), tel que celui qui ne parle pas la langue ne le comprend pas. Ce texte est à la fois un puzzle et un condensé.

Selon vous, où ces auteurs trouvent-t-ils aujourd’hui leur actualité la plus intense ?

Il y a peu de temps encore, j’aurais dit sans hésitation aucune : en logique. Mais aujourd’hui, ici et maintenant, je viens, pour parler à Buenos Aires de Mai 68, de relire le discours de Sarkozy sur morale et politique (29 avril 2007) : “Nous conjurerons le pire en remettant de la morale dans la politique. Oui, de la morale. Le mot “morale” ne me fait pas peur. La morale, après Mai 68, on ne pouvait plus en parler.” C’est pourquoi je dirais : Marc-Aurèle, ce n’est pas mal. Lui au moins, empereur, usant du pouvoir comme n’en usant pas, il a une idée du rapport entre morale et politique, de son semblant, de sa difficulté, de ce que veut dire être “citoyen du monde”, penser en chacun la part de raison universelle, le lien social. Mais, plus instructif encore à mes yeux : quand on le lit, on comprend pourquoi proclamer la morale en politique n’a rien de moral. “Quelle perversité, quelle fausseté de dire : J’ai décidé de jouer franc jeu avec toi !” (Pensées, XI, 15).

Propos recueillis par Jean Birnbaum


Olivier Delannoy

Une thérapie quotidienne

Sénèque, La Vie heureuse ; La brièveté de la vie ; Lettres à Lucilius (1 à 29) ; Epictète, Manuel, Marc Aurèle, Pensées pour moi-même.

Si mes souvenirs sont justes, j’ai acheté les Pensées pour moi-même de Marc-Aurèle et le Manuel d’Épictète en flânant dans une bouquinerie d’occasion après un cours ardu de classe préparatoire. Comme beaucoup d’élèves, je faisais alors l’expérience d’un apprentissage de la philosophie passionnant mais difficile. Rentré chez moi, j’ai sorti le livre jauni de mon sac avec la précaution qu’un étudiant néophyte accorde aux plus vénérables trésors de la tradition. J’ai commencé à le feuilleter et je suis tombé sur cette pensée où l’empereur Marc-Aurèle se prépare à l’éventualité d’une journée difficile. Je venais de découvrir une philosophie pratique, qui, elle, est immédiatement accessible.

Loin d’apparaître comme une spéculation abstraite, la pensée stoïcienne se présente aux élèves comme une leçon de vie concrète qui vise le bonheur. Ils y pénètrent facilement, en particulier à partir des textes éthiques. Ils aiment particulièrement la distinction entre les choses qui dépendent de nous et celles qui nous sont étrangères car elle est souvent confirmée par leur expérience personnelle. Pour les stoïciens, seules nos représentations (opinions, pensées) sont en notre pouvoir. Les événements extérieurs (le fait que notre marmite favorite se casse, la perte d’un enfant, etc.) ne dépendent pas de nous. L’enjeu de cette distinction est thérapeutique : il s’agit d’écarter la peine en changeant — pour reprendre le mot de Descartes — ses pensées plutôt que l’ordre du monde. Cette idée d’une liberté de pensée irréductible, même sous la torture, est peut-être ce qui séduit le plus les élèves dans leur découverte du stoïcisme.

L’éthique stoïcienne n’est pas pour autant une philosophie facile à mettre en oeuvre. L’adolescent se représente souvent la liberté comme réalisation de ses désirs spontanés. Or les stoïciens nous enseignent que la sagesse ne peut être atteinte qu’au prix de la médiation d’un choix réfléchi. D’une manière plus radicale encore, les sages stoïciens affirment qu’il faut écarter les troubles liés au désir pour parvenir au bonheur véritable qu’ils nomment “ataraxie”. Une telle conception du bonheur ne va guère de soi pour les élèves. L’idée d’une possible et parfaite maîtrise du désir leur est étrangère, peut-être parce que la culture que nous leur transmettons est passée par l’épreuve de la psychanalyse et de son désir pulsionnel.

Rappelons enfin que l’éthique stoïcienne repose sur une physique matérialiste qui suscite bien des réflexions chez les élèves. L’idée d’un Univers semblable à un gigantesque animal, animé par un feu divin et universel, auquel nous serions mélangés, leur semble fantasmagorique. Le paradoxe d’un déterminisme total et d’une liberté de pensée absolue leur apparaît difficilement conciliable. Et pourtant ils acquiescent pleinement à l’idée de fraternité et de citoyenneté qui découle de tous ces présupposés physiques : car si tous les hommes sont intimement liés par la raison divine, alors nous sommes tous fils de Dieu et du Monde.

Olivier Delannoy

Professeur de philosophie au Lycée Kienz, Marcq-en-Barœul (59)


Repères

La première singularité de l’école stoïcienne est d’être née en Grèce au Ve siècle avant notre ère (avec Zénon, Cléanthe, Chrysippe) et de s’être prolongée à Rome, jusqu’au IIIe siècle de notre ère, avec notamment Épictète, Sénèque et Marc-Aurèle. École de vie autant qu’école intellectuelle, le mouvement possède donc une longue histoire qui traverse toute la pensée antique en passant du grec au latin et d’une société à une autre.

Les philosophes qui se réunissaient à Athènes au lieu dit “le Portail peint” (stoa poikilè, d’où leur surnom de stoïciens, “philosophes du Portique”) avaient développé un système complet de concepts qui embrassait la logique, la physique et la psychologie dans la perspective d’accéder à la sagesse. La plupart des oeuvres de cette première époque sont perdues. Il n’en subsiste que de rares fragments à partir desquels les spécialistes tentent de reconstituer l’ensemble.

La postérité romaine du stoïcisme, dont plusieurs textes majeurs sont conservés, met l’accent sur la conduite morale et la vertu du sage. En mettant au centre de son enseignement la distinction entre ce qui dépend entièrement de nous (notre volonté morale) et ce qui en fin de compte n’en dépend pas (richesse ou pauvreté, santé ou maladie), Épictète a forgé une version simplifiée mais forte de la doctrine. Sénèque, précepteur de Néron, et Marc-Aurèle, qui fut empereur, nous ont légué des chefs-d’oeuvre de style autant que de sagesse, où la philosophie comme manière de vivre se combine au tranchant de l’écriture.

Psychiatrie Nouvelles Normes, protocole de santé mentale ou soin pris de soi — Roland Gori : non au nouvel ordre neuro économqiue

Norme psychiatrique en vue

Le Monde — mardi 6 mai 2008.

À lire. GORI Roland, DEL VOLGO Marie-José, Exilés de l’intime, la médecine et la psychiatrie au service du nouvel ordre économique, Denoël, 2008, 344 p., 22 euros.

GORI Roland, LE COZ Pierre, L’Empire des coachs, une nouvelle forme de contrôle social, Albin Michel, 2006, 200 p., 15 euros.


Roland Gori vous savez, ce psychanalyste professeur qui dirige le SIUEERPP, réunissant l’ensemble des professeurs de psychopathologie souvent dispensateurs de la psychologie clinique, la sous-marque universitaire de la psychanalyse enseignée aux psychologues, eh bien Roland Gori analyse dans Le Monde(1“) la crise de la psychiatrie globalisée qui bouleverse nos pratiques et nos traditions.

Un nouveau mot magique santé mentale pour médecine du psychisme, circule sans qu’on y prête toujours l’attention qu’il mérite. Avec le DSM l’homo neurologicus découpé en 400 rondelles dites troubles (on compte moins de médocs que de rondelles, mais les deux séries restent liées) pourrait économiser de se penser et d’élaborer patiemment le sens de sa propre vie — à l’ancienne, d’après Freud et successeurs. Expéditifs, résolument postmodernes médicalisons-nous l’existence, saucissonnons-nous l’être, que restera-t-il de nous ? en trois coups de protocole votre vague à l’âme consolidé à l’epoxi tiendra le coup pour combien de temps encore, et à quel coût ?

Finie la rebellion, vive le consentement, flexibilisons-nous ! soyez conformes, mécanisés, rééduqués, remanagés. La psychanalyse ou la psychothérapie relationnelle c’est lent et même pas validé Inserm. L’hygiène mentale néopsychiatrique vous redressera le moral en moins de temps qu’il en faut pour le dire (15 minutes maxi pour un traitement qui peut se poursuivre des années). Strass pour les bling bling, stress pour les autres, plus de souci, la science comportementaliste et certains managers du psychisme(2“) ont les moyens d’oblitérer votre angoisse et de vous conseiller dans la vie.

Ni la psychanalyse ni la psychothérapie relationnelle ne disparaitront vraisemblablement en réalité du paysage. Le public — et apparemment certains médecins, hors les circuits psychiatriques normalisateurs, réducteurs de têtes c’est le moment de le dire, et nous, donc, une fois épuisées les possibilités limitées des seules solutions chimiques et orthopédiques souvent non pertinentes pour ce qui les affecte, sauront retrouver les bonnes pistes, celles du soin pris de soi.

Cependant, l’amenuisement de la psychiatrie crée un important dommage à la population, qui en a aussi manifestement besoin. Il nous faut et davantage de psychiatres, qui ne confondent pas leurs missions et n’empiètent pas sur la nôtre, et davantage de psychothérapeutes relationnels et de psychanalystes, travaillant d’ailleurs en relation avec leurs collègues de la santé mentale.

Comment oublier que le sens de la vie n’est pas plus affaire de pillule du bonheur, de médicament spécifique selon le type de votre peine, que de drogue, de cochage ou de coachage. Le malaise n’est pas affaire de santé mentale, on n’est pas malade d’amour ou de tristesse sauf métaphoriquement(3“). Et avec la métaphore on accède au symbolique, au bout du doigt duquel qu’est-ce que vous voyez ? les professions du psychisme qui s’occupent du processus de subjectivation, de vous aider à trouver la route de vous-même, à devenir le sujet de votre vie. Non, la difficulté d’existence n’est ni psychiatrisable ni coachable, cela n’est ni possible ni souhaitable. Jamais la santé ne viendra à bout du soin, du souci de soi.

Ces deux domaines, santé mentale et soin psychique sont complémentaires et doivent se développer chacun dans leur champ d’activité, sans qu’aucun des deux ne cherche à se substituer à l’autre ou à le contrôler. Que leur rapport reste équilibré. Dans ce domaine comme en bien d’autres, la séparation des pouvoirs demeure nécessaire à la liberté de tous.

Philippe Grauer


On parle de plus en plus de “santé mentale”, de moins en moins de “psychiatrie”. Où nous mènera, demain, cette tendance ?

Nous sommes entrés dans l’ère d’une psychiatrie postmoderne, qui veut allouer, sous le terme de “santé mentale”, une dimension médicale et scientifique à la psychiatrie. Jusqu’à présent, cette discipline s’intéressait à la souffrance psychique des individus, avec le souci d’une description fine de leurs symptômes, au cas par cas. Depuis l’avènement du concept de santé mentale, émerge une conception épidémiologique de la psychiatrie, centrée sur le dépistage le plus étendu possible des anomalies de comportement. Dès lors, il n’est plus besoin de s’interroger sur les conditions tragiques de l’existence, sur l’angoisse, la culpabilité, la honte ou la faute ; il suffit de prendre les choses au ras du comportement des individus et de tenter de les réadapter si besoin.

Psychiatres en baisse

La France devrait compter 8 800 psychiatres à l’horizon 2025, soit 36 % de praticiens en moins par rapport à 2002.

Malades en hausse

Le taux de malades admis dans les services de santé mentale est passé de 99 pour 100 000 habitants en 1950 à 380 en 1978, puis à 430 en 1998. Les durées de séjour, elles, n’ont cessé de diminuer.

Quel a été l’opérateur de ce changement ?

Le DSM (Diagnostic and Statistical Manual), sorte de catalogue et de recensement des troubles du comportement créé par la psychiatrie américaine. En multipliant les catégories psychiatriques (entre le DSM I et le DSM IV, soit entre les années 1950 et les années 1990, on est passé de 100 à 400 troubles du comportement), il a multiplié d’autant les possibilités de porter ces diagnostics. Aujourd’hui, on est tombé dans l’empire des “dys” : dysthymique, dysphorique, dysérectile, dysorthographique, dyslexique… Chaque individu est potentiellement porteur d’un trouble ou d’une dysfonction. Ce qui étend à l’infini le champ de la médicalisation de l’existence et la possibilité de surveillance sanitaire des comportements.

Comment cette conception de la psychiatrie a-t-elle pu s’imposer ?

Par sa prétention à la scientificité. La santé mentale ne s’est pas imposée à des sujets victimes, passifs, mais à des individus consentants. Depuis l’effacement des grandes idéologies, l’individu se concocte son propre guide normatif des conduites, qu’il va souvent chercher dans les sciences du vivant. Résultat, ce sont les “prophètes de laboratoires” qui nous disent comment se comporter pour bien se porter.

Quel sera le soin de demain, compte tenu de cette évolution ?

Je ne suis pas certain que les dispositifs de santé mentale aient le souci de soigner, et encore moins de guérir. Ils sont plutôt du côté d’un dépistage précoce et féroce des comportements anormaux, que l’on suit à la trace tout au long de la vie. Or, en s’éloignant du soin, la santé mentale utilise des indicateurs extrêmement hybrides. Ainsi de l’expertise collective de l’Inserm (2005) qui préconisait le dépistage systématique du “trouble des conduites” chez le très jeune enfant pour prévenir la délinquance : elle mélangeait des éléments médicaux, des signes de souffrance psychique, des indicateurs sociaux et économiques, voire politiques. On aboutit ni plus ni moins, sous couvert de science, à une véritable stigmatisation des populations les plus défavorisées. Ce qui en retour naturalise les inégalités sociales.

Le repérage fin des troubles ne permet-il pas au contraire de mieux soigner ?

Je crois qu’il permet en réalité d’étendre le filet de la surveillance des comportements, en liaison permanente avec l’industrie pharmacologique. La production de nouveaux diagnostics est devenue la grande affaire de la santé mentale. Voyez le concept de “troubles de l’adaptation” : il est suffisamment flou pour qu’on puisse l’attribuer à chaque personne en position de vulnérabilité. Quelqu’un qui est stressé au travail ou qui est angoissé par une maladie grave peut ainsi développer une “réponse émotionnelle perturbée”, qui sera considérée comme trouble de l’adaptation. La réponse sera de lui administrer un traitement médicamenteux, accompagné d’une thérapie cognitivo-comportementale pour l’aider à retrouver une attitude adaptée. Ainsi, la “nouvelle” psychiatrie se moque éperdument de ce qu’est le sujet et de ce qu’il éprouve. Seul importe de savoir s’il est suffisamment capable de s’autogouverner, et d’intérioriser les normes sécuritaires qu’on exige de lui.

Quel sera, dans ce contexte, le rôle du psychiatre ou du psychologue ?

On peut craindre que l’on demande aux psys d’être davantage des coachs que des soignants. Depuis quelques années, on assiste à une multiplication hyperbolique de la figure du coach, devenu une sorte de super-entraîneur de l’intime, de manager de l’âme. Les dispositifs de rééducation et de sédation des conduites fabriquent un individu qui se conforme au modèle dominant de civilisation néolibérale : un homme neuro-économique, liquide, flexible, performant et futile.

Y aura-t-il encore une place pour la psychanalyse ?

Celle-ci est totalement à rebours de ces idéologies, en ce qu’elle fait l’éloge du tragique, de la perte, du conflit intérieur, d’un certain rapport à la mort et au désir. Elle peut donc disparaître en tant que pratique sociale. Mais je pense que ce qu’elle représente – une certaine philosophie du souci de soi, qui tend à construire un sujet éthique responsable – ne disparaîtra pas.

À cet égard, il est frappant de voir que la psychanalyse, désavouée par la santé mentale, est actuellement requise dans les services de médecine non psychiatrique. Tout se passe comme si les médecins, à l’inverse des nouveaux psychiatres, reconnaissaient qu’il y a une part hétérogène au médical, qui est que toute maladie est un drame dans l’existence, et qu’il faut aider le patient à traverser cette épreuve. De même, bien que la psychanalyse ne soit pas à la mode dans notre culture, la demande ne fait que croître dans les cabinets.

Propos recueillis par Cécile Prieur


Psychiatres en baisse

La France devrait compter 8 800 psychiatres à l’horizon 2025, soit 36 % de praticiens en moins par rapport à 2002.

Malades en hausse

Le taux de malades admis dans les services de santé mentale est passé de 99 pour 100 000 habitants en 1950 à 380 en 1978, puis à 430 en 1998. Les durées de séjour, elles, n’ont cessé de diminuer.

  • 1 Que ce journal soit ici félicité pour cette publication, par quoi il continue de tenir son rang, on n’attendait pas moins de lui, au cœur de sa difficulté actuelle.
  • 2 Il en existe qui ne commettent pas cette confusion, nous reviendrons sur cette question.
  • 3 Évidemment il y a des interférences, ça n’est pas le cas ni précisément le moment d’en profiter pour tout mélanger.

La joie c’est quand nous apprenons quelque chose vraiment

À PROPOS DE SPINOZA, ENCORE

Nous avions annoncé une contribution de Daniel Ramirez, notre philosophe à nous, passionné lui aussi de Spinoza. Nous n’avons pas été déçus d’attendre. Voici du grain bien moulu à accomoder et déguster en ces périodes de congés de Mai, le mois le plus beau, pas seulement à cause de Marie mais des ponts. Ah ! les ponts de Mai ! dansez-y dansez-y, vivre est difficile, puisque aussi précieux que rare, et danser avec la vie, par les temps qui courent dans tous les sens et pas forcément les bons, peut mériter d’avoir fait encore un tour de valse sans coupure ontologique avec le somptueux monisme rebelle de Spinoza. Daniel Ramirez nous livre quelques clés supplémentaires pour accéder à son œuvre, qu’il en soit ici remercié et que le plaisir soit avec vous !

Philippe Grauer


Je m’accorde avec Jean-Luc Marion en cela que Spinoza est parfaitement anachronique (il dit « extra-territorialité an-historique », ce qui est plus élégant) et qu’en grande partie c’est aussi la raison de sa contemporanéité. Je crois qu’il est particulièrement pertinent pour la pensée d’aujourd’hui. Pas forcément pour la philosophie mais pour la science (voir par exemple les neurosciences(1“) ). Et en cela je ne tombe d’accord que partiellement avec J.-L. Marion car s’il est, en effet, aristotélicien, c’est aussi en vertu de cela qu’il est plus contemporain que des penseurs de la lignée des Platon, Descartes, Kant. Car Aristote — et Spinoza, considéraient par exemple l’âme et le corps comme indissolubles.

Chez Spinoza c’est encore plus fort : l’âme c’est le corps lui-même, dans la mesure où il se pense. Également, Dieu c’est la Nature elle même, en tant que créatrice : Natura naturans. Il n’y a pas de coupure ontologique. L’homme n’est pas un empire dans un empire, il est inséré, il est un être naturel et pensant, mais évidemment pas le seul. À ce titre il ne connaît pas tout, ni de la nature ni de lui-même, ni des causes de ses désirs (possibilité de l’inconscient, ce que Raphaël Küntsler appelle la pensée du délire). Donc pensée du corps, de ses puissances et de l’être incarné bien avant Sartre et Merleau-Ponty, pensée de l’inconscient avant Freud, pensée de la vie et de l’instinct de survie (conatus) avant Darwin, pensée de l’évolution créatrice avant Bergson, pensée de l’infini avant Levinas.

Bien sûr, ces rapprochements sont inexacts, comme tout anachronisme, mais tentants. C’est pourquoi Spinoza fascine. Mais aussi par sa philosophie de la joie et de la sérénité. Il est vrai que nous ne savons pas si l’homme est réellement capable (plutôt non, comme le suggère J.-L. Marion) de ne penser à rien de moins qu’à la mort, ou de se considérer comme éternel. Mais avouez que cela a de l’allure d’essayer au moins, au lieu de se complaire ou de s’apitoyer dans une pensée de la mort et de la finitude. « Ne pas rire, ne pas pleurer, mais comprendre », face à l’ignominie, ou face à l’horreur, c’est particulièrement décalé et pour cela même, je crois, précieux. Des définitions comme celle de la joie : « une passion par laquelle l’esprit passe à une plus grande perfection(2“) » , c’est-à-dire la joie c’est quand nous apprenons quelque chose vraiment, lorsque nous grandissons, lorsque nous nous améliorons.

Ce que je n’ai jamais vraiment avalé, ou compris (avec Spinoza, on ne termine jamais, c’est bien vrai) c’est sa conception de la liberté sans libre-arbitre, la liberté comme la faculté d’accepter le déterminisme, de dire oui ; l’idée que nous nous croyons libres parce que nous ignorons les causes de nos désirs et de nos actions. Je crois que là Spinoza manquait d’un instrument méthodologique, la phénoménologie. Si bien la liberté est intentionnelle et située et non indifférente et dégagée du monde comme le pensait Descartes, elle est aussi possibilité de dire non, comme lui-même Spinoza l’a fait, non au régime autocrate des Orange, non à l’assassinat politique, non à la tyrannie, non à la superstition et à l’obscurantisme.

Tout cela c’est la liberté. Spinoza, le sage, le prudent (caute) était un des personnages les moins récupérables de l’histoire de la pensée. Il a refusé argent, pouvoir et notoriété ; qui de nos jours le ferait ? En cela aussi, et non pas seulement comme « complément idéologique », tout philosophe a deux philosophies, la sienne et celle de Spinoza, chaque fois qu’il se veut libre, non pas frileux, ni chien de garde ni fonctionnaire de la pensée, mais serviteur de l’esprit, amoureux de la connaissance, chercheur d’élévation, visant rien de moins que ce qui est supérieur à tout. Le seul esprit que lui est comparable, c’est Nietzsche (qui le détestait amicalement). Attention, à ces hauteurs-là, les vents soufflent fort.

Je ne résiste pas à la tentation terminer par cette phrase, la dernière de l’Éthique, même si elle est très connue (mais jamais suffisamment méditée), car à mon avis, elle répond à la première phrase de la Métaphysique d’Aristote : « Tous les hommes désirent naturellement savoir (Pantes anthropoi tou eidénai horegontai physei), ce qui le montre c’est la délectation qu’il tirent des sensations.(3“)») . La voici, et cela répond aussi à ceux qui pensent qu’il y a des choses trop ardues : « Comment serait-il possible, en effet, si le salut [rien de moins !] était tout proche et qu’on pût le trouver sans grand travail, qu’il fût négligé par presque tous ? Mais tout ce qui est précieux est aussi difficile que rare (Sed ommia præclara tam difficilia quam rara sunt. [Aristote {La Métaphysique, livre A1, trad. franç. Tricot, paris, Vrin, 1991, p. 2.-]}) » .

Un dernier mot. Bien que l’édition de référence soit celle indiquée — de Robert Misrahi, indispensable pour son étude et érudition, j’ose en conseiller une autre à tous ceux qui considèrent (et il y a des raisons !) que le système incessant de renvois de Spinoza est vraiment fastidieux et rend la lecture inutilement compliquée : celle de Jean-Pierre Jackson , éditions Alive, Paris, 2000. Toutes les références qui alourdissent le texte et le font ressembler à un « jeu de pierres de verres » à la Hermann Hesse, ont été mises en bas de page, ce qui rend la lecture fluide et la consultation de ses innombrables renvois rapide.

Ce n’est pas pour cela que tout devient simple, mais on n’y peut rien, c’est l’humain qui est en jeu et cela n’est pas simple, c’est l’être et cela n’est pas facile à saisir, c’est Dieu et celui-là non plus n’est pas facile à comprendre.

  • 1 Antonio R. Damasio, Spinoza avait raison : joie et tristesse, le cerveau des émotions, Odile Jacob, Paris, 2003. Ouais. Sur la question des émotions et neurosciences réunies, il faudrait ouvrir le débat. Une autre fois. PHG.
  • 2 Spinoza, Éthique, III, trad. franç. Robert Misrahi, Paris, PUF, 1990, p. 166.-
  • 3 Aristote La Métaphysique, livre A1, trad. franç. Tricot, paris, Vrin, 1991, p. 2.-

Projet de décret relatif à l’usage du titre générique de psychothérapeute

Il s’agit bien entendu du titre générique de psychothérapeute, notre profession se limitant à la {psychothérapie relationnelle , représentant un seul des quatre côtés du Carré psy. Qu’il n’y ait pas là-dessus de confusion.

Bientôt notre analyse. Voyez déjà notre éditorial. Notez bien qu’il s’agit d’une ébauche de projet, toujours modifiable !

Notre profession, ses institutions historiques, ses écoles de qualité dûment agréées, ne sont pas, ne sont plus escamotables. Il ne sera jamais question de les livrer pieds et poings liés au bon vouloir déraisonnable de corporatismes antédiluviens.

Philippe Grauer}


janvier 2008

Projet de décret n° xxx
relatif à l’usage du titre de psychothérapeute

Le Premier ministre,

Sur le rapport du ministre de la santé, de la jeunesse et des sports et du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche,

Vu le code de la santé publique, notamment ses articles L.4111 l à L.411 7

Vu le code de l’Éducation notamment ses articles L.613 3 à L.613 6, L.731 1 à 17 et L.471 1 à 5;

Vu la loi n°85 772 du 25 juillet 1985 modifiée portant diverses dispositions d’ordre social, notamment son article 44;

Vu la loi n°2004 806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique, notamment son article 52

Vu le décret n°90 255 du 22 mars 1990 fixant la liste des diplômes permettant de faire usage professionnel du titre de psychologue modifié par le décret n°93 536 du 27 mars 1993, par le décret n°96 288 du 29 mars 1996 et par le décret n°2005 97 du 3 février 2005;

Vu le décret n° 2001 492 du 6 juin 2001 pris pour l’application du chapitre Il du titre II de la
loi n° 2000 321 du 12 avril 2000 relatif a l’accuse de réception des demandes présentées aux autorités administratives ;

Vu le décret n°200 672 du 8 juin 2006 relatif à la création, à la composition et au fonctionnement des commissions administratives à caractère consultatif;

Vu l’avis du Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche en date du ???

Le Conseil d’État (section sociale) entendu ;

DÉCRÈTE :

«Article I – L’usage du titre de psychothérapeute nécessite une démarche volontaire de la part des professionnels.

Pour user de ce titre, le professionnel doit s’inscrire sur une liste départementale.

L’ensemble des listes départementales constitue le registre national des psychothérapeutes prévu à l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée.

Section I : Le registre national des psychothérapeutes

«Article 2 – L’inscription sur la liste départementale prévue au deuxième alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée est subordonnée à la fourniture des pièces justificatives suivantes:

I – Pour les professionnels visés au troisième alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée l’attestation de la formation en psychopathologie clinique prévue par l’article 5 accompagnée de l’une des attestations suivantes:

— l’attestation de l’obtention du diplôme de docteur en médecine ou du diplôme, certificat ou titre permettant l’exercice de la profession dans un État membre de la communauté européenne ou un autre État partie à l’accord sur l’Espace Économique Européen qui réglemente l’accès ou l’exercice de la profession;
— l’attestation de l’obtention de l’un des diplômes visés au décret du 22 mars 1990 susvisé permettant de faire usage professionnel du titre de psychologue;
— l’attestation de l’enregistrement régulier dans un annuaire d’association de psychanalystes appartenant à un État membre de la communauté européenne ou à un autre État, partie à l’accord sur l’Espace Economique Européen.

II – Pour les autres professionnels :

— l’attestation de la formation en psychopathologie clinique prévue par l’article 5 ;
— une déclaration sur l’honneur, accompagnée de la photocopie des pièces justificatives, faisant état des autres formations suivies dans le domaine de la pratique de psychothérapie;
— le cas échéant, l’attestation de l’obtention d’un diplôme relatif à une profession réglementée par le code de la santé publique ou le code de la famille et de l’action sociale.

La déclaration sur l’honneur mentionne notamment l’intitulé et la date d’obtention du diplôme, la durée de la formation, le nom et les coordonnées de l’organisme de formation public ou privé qui a délivré le diplôme.

Les modalités de présentation de la demande d’inscription, et notamment la composition du dossier accompagnant la demande, sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé.

Un accusé de réception délivré dans les conditions fixées par le décret du 6 juin 2001 susvisé sera remis après réception de l’ensemble des pièces justificatives nécessaires. L’inscription est effective, après vérification des pièces justificatives, au plus tard deux mois après la date de la remise du récépissé. »

« Article 3 – L’inscription sur la liste départementale est gratuite. Elle est effectuée avant l’installation du professionnel et demandée sur place auprès des services du représentant de l’État dans le département de sa résidence professionnelle principale.

Dans le cas où le professionnel exerce dans plusieurs sites en tant que psychothérapeute, il est tenu de le déclarer et de mentionner les différentes adresses des lieux d’exercice.

En cas de changement de situation professionnelle, le professionnel en informe les services du représentant de l’État dans le département.

Le transfert dans un autre département ou l’interruption pendant deux ans de l’activité en tant que psychothérapeute donne lieu à une nouvelle inscription, auprès du service de l’État compétent de la résidence professionnelle principale ».

«Article 4 – La liste départementale comprend l’identité, le lieu d’exercice principal du professionnel, ainsi que la mention et la date des diplômes obtenus relatifs aux professions de santé mentionnées dans la quatrième partie du code de la santé publique ou à la profession de psychologue. Ce document permet de voir la liste des professionnels par profession d’origine.

Cette liste est tenue gratuitement à la disposition du public qui peut la consulter sur place ou en obtenir des copies.

Chaque année, un extrait de la liste départementale mentionnant le nom des professionnels usant du titre de psychothérapeutes ainsi que la mention et le date des diplômes obtenus relatifs aux professions de santé mentionnées dans la quatrième partie du code de la santé publique ou à la profession de psychologue est publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture ».

Section II : La formation minimale commune théorique et pratique en psychopathologie clinique pour user du titre de psychothérapeute

« Article 5 – En application du dernier alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée, les professionnels souhaitant user du titre de psychothérapeute doivent avoir validé une formation théorique et pratique en psychopathologie clinique conforme au cahier des charges fixé par arrêté des ministres chargés de la santé et de l’enseignement supérieur. Cet arrêté fixe les dispenses partielles ou totales de formation auxquelles les professionnels visés au troisième alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée peuvent prétendre.

Le cahier des charges précité vise à permettre aux professionnels souhaitant user du titre de psychothérapeute d’acquérir ou de valider :

— une connaissance des fonctionnements et des processus psychiques

— une capacité de discernement des grandes pathologies psychiatriques

— une connaissance des différentes théories se rapportant à la psychopathologie

— une connaissance des principales approches utilisées en psychothérapie.

Le cahier des charges prévoit une formation théorique d’une durée de 400 heures et un stage pratique d’une durée minimale de 5 mois, fractionnables en tant que de besoin, dans un établissement de santé ou un établissement médico-social accueillant des patients atteints de pathologies psychiques. Il fixe notamment les pré-requis, les conditions d’accès et les modalités de cette formation.

«Article 6 – Les établissements d’enseignement supérieur publics ou privés qui proposent cette formation respectent les dispositions des articles L.471 l à 5 du code de l’Éducation en matière de publicité et de démarchage. Les établissements d’enseignement supérieur privés se

conforment aux dispositions des articles L.731 l à 18 pour leur création, leur administration et les ouvertures de cours.

«Article 7 – La liste des formations en psychopathologie clinique répondant au cahier des charges prévu à l’article 5 et autorisant l’usage du titre de psychothérapeute est fixée par arrêté des ministres chargés de la santé et de l’enseignement supérieur.»

Section III Dispositions transitoires

«Article 8 I Les professionnels justifiant d’au moins trois ans d’expérience professionnelle en qualité de psychothérapeute à temps plein ou en équivalent temps plein à la date de publication du présent décret mais n’attestant pas de la formation prévue à l’article 5, sont inscrits sur la liste départementale mentionnée à l’article 1 par le représentant de I’État dans le département du lieu d’exercice de leur activité, au vu de la reconnaissance de leur expérience professionnelle par le représentant de l’État dans la région, ou le représentant de l’État à Mayotte, après avis d’une commission régionale.

II – La commission mentionnée au I est présidée par le représentant de l’État dans la région ou à Mayotte ou la personne qu’il a régulièrement désignée pour le représenter. Elle comprend six personnalités qualifiées titulaires et six personnalités suppléantes, toutes inscrites de droit sur la liste départementale au sens du troisième alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée et nommées par le représentant de l’État dans la région ou à Mayotte qui les choisit en raison de leurs compétences dans les domaines de la formation et de leur expérience professionnelle en santé. Ses membres sont nommés pour une durée de 3 ans renouvelable une fois.
La commission se réunit dans les conditions fixées par le décret n°2006 672 du 8 juin 2006 susvisé.
Les frais de déplacement et de séjour de ses membres sont pris on charge dans les conditions prévues par la réglementation applicable aux fonctionnaires de l’État.

III – La commission mentionnée au I s’assure du respect des conditions fixées à l’article 8 et détermine si nécessaire le niveau de formation complémentaire adapté ou la validation des études et expériences professionnelles requis sur la base de l’arrêté visé à l’article 5.

Le professionnel est entendu par la commission s’il en formule la demande au moment du dépôt de sa demande.

«Article 9 – Les professionnels qui souhaitent être inscrits sur la liste départementale selon la procédure décrite à l’article 8 doivent préalablement demander, avant le 1er janvier 2009, la reconnaissance de leur expérience professionnelle en qualité de psychothérapeute auprès du représentant de l’État dans la région ou du représentant de l’État à Mayotte.

La composition du dossier de demande de reconnaissance de l’expérience professionnelle en qualité de psychothérapeute est fixée par arrêté du ministre chargé de la santé. Ce dossier comporte notamment tous les éléments concernant la ou les formations suivies et justifiant de l’expérience professionnelle en qualité de psychothérapeute requise au I de l’article 8.

À la réception du dossier complet, il est délivré à l’intéressé un accusé de réception délivré dans les conditions fixées par le décret du 6 juin 2001 susvisé. Le représentant de l’État dans

la région ou du représentant de l’État à Mayotte statue sur la demande de reconnaissance de l’expérience professionnelle en qualité que psychothérapeute, après avis de la commission régionale, par une décision motivée prise dans un délai de six mois à compter de cette date. L’absence de décision une fois passé ce délai signifie le rejet de la demande. La personne souhaitant user du titre de psychothérapeute au titre de l’article 8 fournit au représentant de l’Etat dans le département l’autorisation délivrée par le représentant de l’État dans la région ou le représentant de l’État à Mayotte en vue de son inscription sur la liste départementale des psychothérapeutes.

Les professionnels inscrits sur la liste départementale des psychothérapeutes au titre de l’article 8 sont tenus de fournir avant le janvier 2013 au représentant de l’État dans le département la ou les attestations visées au III de l’article 8. Dans le cas contraire, le représentant de l’État dans le département retire le professionnel des inscrits sur la liste départementale des psychothérapeutes.

«Article 10 – Les dispositions du présent décret entrent en vigueur à compter du l janvier 2008.»

«Article 11 – Les ministres chargés de la santé et de l’enseignement supérieur, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret qui sera publié au Journal officiel de la République française. »

Fait à Paris, le

Par le Premier ministre
Le ministre de la santé, de la jeunesse et des sports
Le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche

Autisme et impasses de la médecine chroniqués au Monde des livres

Deux ouvrages à lire, remarquablement chroniqués par Élisabeth Roudinesco. Quel dommage que Le Monde des livres soit promis à la disparition ! Après celle d’Apostrophes puis de quelques tribunes littéraires télévisuelles suivies par le public, la lecture en France en prend un coup avec celle-ci. Il ne suffit pas de panthéoniser Aimé Césaire pour résoudre le problème de la désertification des sciences humaines, des études littéraires et de ce qu’on appelle les humanités, soumises à la pression technico managériale et scientistique.

L’autisme comme de nombreux territoires sensibles de la psyché s’est vu traiter de façon arrogante par nos nouveaux savants experts tout sachant du tout génétique. Henri Rey-Flaud fait la lumière dans un champ humain et scientifique complexe qu’aucune tendance ne saurait confisquer ou maltraiter, sans déboucher sur la maltraitance de personnes particulièrement fragiles.

Quant aux dérives de la médicalisation de l’existence, domaine connexe, traitées par Roland Gori et Marie-José Del Volgo, aucun psychothérapeute relationnel ou psychanalyste digne de ce nom ne pourrait s’offrir le luxe de ne pas en avoir pris connaissance.

Bonne lecture à tous donc !

Philippe Grauer


Henri Rey-Flaud expose avec clarté les théories,
approches et hypothèses sur l’énigme de l’autisme

Par Élisabeth Roudinesco

– in Le Monde des livres, Article paru dans l’édition du 19/04/2008

– REY-FLAUD Henri, L’enfant qui s’est arrêté au seuil du langage. Comprendre l’autisme, Paris, Aubier, 428 p., 23 €.-

Psychanalyste, professeur des universités, auteur de plusieurs livres érudits, Henri Rey-Flaud a réussi, dans ce nouvel ouvrage, un véritable tour de force. Au terme d’une enquête lumineusement rédigée, il est parvenu à décrire le monde énigmatique des enfants autistes, un monde de souffrance, de silence et de rituels insolites, dont la présence nous touche, tant il nous rappelle celui ancestral du règne animal dont nous sommes issus, ou encore celui archaïque de notre naissance, cette césure qui nous fait passer de la vie utérine à la vie sociale.

Ainsi Rey-Flaud fait-il entrer le lecteur dans la demeure de ces ” enfants de l’autre monde ” dont le destin se fige vers l’âge de 2 ans et qui semblent s’être arrêtés au seuil du langage, comme pétrifiés à l’intérieur d’une coquille effrayante et protectrice. Ils s’expriment avec des gestes et des cris, parfois avec des mots, tout en s’agrippant à des objets défectueux. À l’inverse de nous, ils se bouchent le nez pour ne pas entendre et les oreilles pour ne pas voir.

Ces enfants – environ quatre sur mille, et en majorité des garçons — ne sont tolérés ni à l’école ni dans les lieux publics. Ils font peur, ils sont violents ou repliés sur eux-mêmes, ils ont l’air d’accomplir des tâches incohérentes et ont donc besoin d’être pris en charge en permanence par leurs parents et par des équipes de thérapeutes et d’éducateurs qui les font vivre à leur rythme, tout en les soignant. Cette prise en charge de longue durée coûte cher, et c’est pourquoi en France, comme l’a souligné le pédopsychiatre Pierre Delion, les responsables de la santé mentale les abandonnent, soucieux qu’ils sont d’une rationalisation inhumaine et peu efficace de la question générale de l’enfance en détresse.

Récemment, le documentaire réalisé par Sandrine Bonnaire sur sa sœur ( Elle s’appelle Sabine ) a montré à quel point l’administration excessive de psychotropes pouvait être néfaste pour ces enfants, ce qui n’a pas empêché nombre de psychiatres adeptes du gavage pharmacologique de soutenir le contraire. Pire encore, et malgré les mises en garde de Jean-Claude Ameisen, membre du comité d’éthique de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), d’autres chercheurs continuent à soutenir que l’autisme relèverait d’une causalité génétique unique, décelable scientifiquement, prenant ainsi le risque de préconiser le rejet des autres approches et de semer le trouble dans l’esprit des familles.

On sait bien que pour être utilisé un test génétique doit apporter une réponse sans faille. Or, avec l’autisme — comme d’ailleurs avec bien d’autres anomalies dont les causalités sont multiples —, un test génétique n’indique rien d’autre qu’une vague potentialité. Et encore ! En l’interprétant de façon aveugle, on risque d’enfermer tout individu dans une prédétermination qui ne serait plus un diagnostic, mais une sorte d’enfermement eugéniste : le miracle ne viendrait plus de Lourdes, mais du gène érigé en savoir absolu par une science sans conscience.

Loin de tout réductionnisme, et toujours au plus près de la réalité vécue, Henri Rey-Flaud expose également avec clarté l’ensemble des théories, pratiques, approches cliniques et hypothèses étiologiques qui ont été avancées depuis le début du XXe siècle pour expliquer, comprendre et traiter l’énigme de ces êtres si proches de nous par leur imaginaire et si éloignés pourtant de notre manière de le conceptualiser.

C’est en 1911 que le psychiatre suisse Eugen Bleuler (1857-1939) invente le terme, à partir de celui d’autoérotisme, pour désigner un repli sur soi de nature psychotique et une absence de tout contact pouvant aller jusqu’au mutisme. En 1943, le pédiatre autrichien Leo Kanner (1894-1981) transforme l’approche en sortant l’autisme infantile précoce du domaine des psychoses. Il émigrera aux États-Unis et poursuivra ses travaux. Mais, en 1944, un autre pédiatre viennois, Hans Asperger (1906-1980), qui avait lui-même été atteint dans son enfance, décrit ” l’autisme de haut niveau “, caractérisé par une absence d’altération du langage et une capacité de mémorisation inhabituelle. En témoigne l’inoubliable Raymond Babbit, interprété par Dustin Hoffman dans Rain Man , le film de Barry Lewinson (1988).

C’est donc au coeur de l’Europe centrale détruite par le nazisme, que furent définies les deux formes principales d’autisme encore constatées aujourd’hui. Et c’est Bruno Bettelheim (1903-1990), psychanalyste juif autrichien, déporté à Dachau puis à Buchenwald, qui sera le premier à inventer un traitement spécifique de l’autisme en devenant, en 1944, le directeur de l’École orthogénique de Chicago.

Comparant cet état à une situation extrême, semblable à l’enfermement concentrationnaire, et favorisé par le désir destructeur des mères, il sera accusé à tort, après sa mort, d’avoir fait de son école un goulag. À vrai dire, il ne mérite ni légende dorée ni légende noire d’autant que, de nos jours, ceux qui le contestent en prétendant s’appuyer sur la génétique ou sur un traitement comportemental n’apportent aucune solution ni à la genèse ni à l’énigme de l’autisme. Ils se contentent de le définir comme un ” trouble envahissant du développement ” (TED), afin de le faire entrer dans des modèles prétendument ” évalués “.

Retraçant les grandes étapes du traitement des autistes, Rey-Flaud rend hommage à l’école psychanalytique anglaise dont les représentants, de Frances Tustin (1913-1994) à Donald Meltzer, ont une influence mondiale considérable, beaucoup plus d’ailleurs que Bettelheim. Et il montre que si une rigueur théorique est nécessaire, les théories ne servent à rien si elles ne s’accompagnent pas, dans la pratique du thérapeute, d’une écoute permettant à l’enfant de passer d’un chaos primordial à un univers de langage, seule manière pour lui d’entrer en contact avec le monde des autres humains.

Disons-le sans détour, ce livre, qui jamais ne moleste les familles et se lit comme une déclaration d’amour envers les autistes, deviendra un classique.


Impasses de la médecine

– GORI Roland, DEL VOLGO Marie-José, Les Exilés de l’intime. La médecine et la psychiatrie au service du nouvel ordre économique, Paris, Denoël, 344 p., 22 €.-

Dans cet ouvrage, les auteurs examinent les dérives d’une médicalisation de l’existence qui exile l’homme de son intimité pour en faire une entité neuroéconomique. De la volonté de dépister des anomalies dès la prime enfance à celle d’organiser le quadrillage des comportements jugés déviants, la civilisation produit des progrès dont elle ne mesure pas les effets pervers tant elle privilégie le corps organique d’un côté et le calcul des rentabilités de l’autre, tout en évacuant la parole du sujet.

D’où vient ce modèle sécuritaire qui s’installe sous nos yeux et à quelle conception de la liberté se réfère-t-il ? Telle est la question posée dans ce livre, qui est aussi une réflexion sur la condition humaine dans les sociétés libérales.

Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir, sa vie, son oeuvre, son héritage

jeudi en 8 au lycée Balzac

Pour ceux qui n’iront pas à notre soirée Portes ouvertes

Le 17 avril 2008, de 18 à 20H aura lieu au Lycée Honoré de Balzac — 118 bd Bessières, 17017 Paris, la dernière des

Rencontres balzaciennes

animées par Michel Rotfus, à l’occasion de la sortie du numéro spécial des Temps modernes consacré à Simone de Beauvoir, avec notamment des textes de Fadela Amara, Élisabeth Badinter, Liliane Kandel, Claude Lanzmann, Catherine Millet, Michelle Perrot, Élisabeth Roudinesco, etc….

Interventions de Liliane Kandel, coordonatrice du numéro et d’Élisabeth Roudinesco.

Ne manquez pas cette réunion qui sera suivie d’un cocktail.

Liberté du sujet & folie quantificatrice — Marseille tient meeting

Le SNPPsy pluraliste et le CIFP Méditerrannée multiréférentiel constituent des partenaires naturels de l’entreprise l’École de la Cause freudienne pour prendre leur part de la bataille contre la neuro scientistique. Ils s’associent pleinement à la manifestation qui vient.

La psychothérapie relationnelle aux côtés de la psychanalyse s’inscrit pour faire barrage aux prétentions à l’hégémonisme d’un courant de pensée idéologisé qui coche et dénombre pour empêcher que soit dite la parole qui délivre.

Passer de la réduction phénoménologique à la réduction à zéro, on n’arrête pas le progrès. J-A Miller parle de Surveiller et prévenir. On remarquera qu’un homme prévenu en vaut deux. Déjà mieux que zéro. Prévenus — terme inquiétant, puisque nous voici en chemin de l’être, multiplions-nous et conjoignons nos forces pour opposer notre non au nul du calcul fou.

Philippe Grauer


MEETING

Faculté de Droit – 110/114 La Canebière Marseille

SAMEDI 17 MAI
10h – 13h et 15h – 18h

Sous l’égide de l’École de la Cause freudienne (association reconnue d’Utilité publique), de l’Association de la Cause freudienne-Méditerranée-Alpes-Provence, du Collège méditerranéen de psychanalyse, de la Section clinique d’Aix-Marseille (UFORCA), du Centre psychanalytique de Consultations et de traitement -Marseille, du CEREDA, du CIEN, d’InterCoPsychos

Quelle liberté pour le sujet à
l’époque de la folie quantitative ?

« C’est une erreur, disait Lacan, que de faire de l’inconscient un dedans. Oui, parfaitement, l’inconscient est au-dehors, il est à penser en extériorité. C’est pourquoi, oui, “l’inconscient, c’est la politique”. Laissée à sa pente naturelle, la politique, nous le voyons tous les jours, est fantasmatique, mégalomaniaque, délirante. Bref : elle a besoin de psychanalystes, et de ceux, cliniciens et intellectuels, que la lecture de Lacan a formés » (Jacques-Alain Miller, Le Nouvel Âne, n° 8, février 2008, p. 3). Notre arme a un nom : c’est « le fer de lance, la pointe avancée de l’enseignement de Lacan appliqué à la guerre de civilisation en cours » (ibid.).

Pour cette guerre, où il s’agit pour chacun de se réinventer, des philosophes, des écrivains, des artistes, des juristes, des universitaires, des scientifiques, des psychiatres, des religieux et des psychanalystes ont accepté, plutôt joyeusement, d’en faire meeting à Marseille. Car, bien sûr, « tout est pour le mieux dans le pire des mondes possibles » (Philippe Sollers) !


Qui sont les intervenants ?
Biographies des trois premiers intervenants (selon l’ordre alphabétique) :

Alain ABRIEU

Alain ABRIEU est psychiatre des hôpitaux, chef de service au Centre hospitalier Édouard Toulouse, il est également un acteur de la vie syndicale au sein des Hôpitaux, membre du Conseil national de l’Union syndicale de la psychiatrie — USP.

Agnès AFLALO

Agnès AFLALO est psychiatre, médecin-chef du CMP et du Centre de proximité Croix-Rouge française de Bagnolet, ancien praticien hospitalier, AIHPsy de la région parisienne. Elle est également psychanalyste, Analyste membre de l’École de la Cause freudienne et de l’Association mondiale de psychanalyse, enseignante à la Section clinique de Paris-Île-de-France et Directrice adjointe de la publication Le Nouvel Âne.

Philippe AMRAM

Philippe AMRAM est professeur de l’Université de Provence (U1), directeur-adjoint de l’Observatoire de Marseille.
Il est notamment l’un des co-découvreurs, au sein du Laboratoire d’astrophysique de Marseille, et en collaboration avec le Laboratoire d’astrophysique des interactions multi-échelles (CEA/DSM, CNRS, université Paris Diderot), du fait inattendu — contraire aux théories classiques — que les disques galactiques contiennent eux-mêmes de la matière noire, dont la nature reste encore à déterminer. Auteur de nombreux articles et de collaborations internationales.

Renseignements et inscriptions :
06 81 53 31 35 – 06 85 30 93 09 – 06 61 89 98 70. Mail : acfmap@orange.fr
Entrée : 15 € jusqu’au 1er mai. Après cette date : 20 €
Étudiants : 10 € jusqu’au 1er mai. Après, 13 €
Chèques à l’ordre de AL-MAP à adresser à : ACF-MAP, 11 rue Bonneterie – 13002 Marseille
Pas d’inscription sur place – nombre de places limité


NOM
Prénom
Adresse postale
Adresse mail
Je m’inscris au Meeting du samedi 17 mai à Marseille et je règle, par chèque, la somme
de : 15€ 20€ 10€ (avec photocopie carte étudiant) 13€ (étudiant)
à l’ordre de AL-MAP à adresser à : ACF-MAP, 11 rue Bonneterie – 13002 Marseille


[Document : Quelle liberté pour le sujet à l’époque de la folie quantitative ?]

Freud au XXIème siècle

La psychanalyse : quel type de savoir ?

La psychanalyse comme psychothérapie

De nouvelles directions en histoire de la psychanalyse

La psychanalyse en tant que méthodologie en sciences sociales

Psychanalyse : une méthodologie en sciences humaines et dans le domaine de l’humanisme

Le Centre parisien de l’Université de Chicago

nous invite

les 23 et 24 mai

à un prestigieux week-end d’étude et de réflexion.

Parmi les français, collaboration de Roland Gori, Élisabeth Roudinesco, Jacqueline Carroy, Paul-Laurent Assoun.

[Document : Colloque bilingue et pluridisciplinaire organisé par Jan Goldstein]

Psychanalyse : trois livres trois conférences

–

CENTRE DE RECHERCHE EN PSYCHANALYSE ET ÉCRITURES

2007/2008

Rencontres avec des auteurs psychanalystes suivi d’un débat à la
Maison des sciences de l’Homme à 20h30, 54 bd. Raspail -75006 Paris


Vendredi 20 avril

Jacques PONNIER, fera une intervention sur La théorie lacanienne du signifiant : les équivoques du “retour à Freud”, lecture du séminaire V de Jacques LacanLes formations de l’inconscient.
Il s’agit de déconstruire le concept de signifiant. C’est un fragment d’un travail sur le concept d’Autre, nécessitant de repenser le moi et le sujet, et pour cela de suivre à la trace l’installation de l’imaginaire et du symbolique dans les premiers séminaires, afin de se demander dans quelle mesure le RSI s’accorde avec la pensée freudienne du sujet.


Mercredi 28 mai

Conférence d’Isabelle FLOC’H


Le féminin et l’écriture, ou le roman comme Nom du Père : Virginia Wolff

Faire d’un inconnu son père, son amant, sa sœur, sa mère : une folie ? Une folie du mental, cette “vérité de l’amour” ? Et cette folie serait le ressort, le matériau même d’une cure ? Depuis Freud, c’est pourtant à cette folie que nous nous prêtons chaque fois que commence une cure. Folie, outil, ou même obstacle, le transfert ne se pense guère aujourd’hui, qu’il faut à l’analyste, pour le supporter quotidiennement, inventer des fictions. Cette folie serait donc artiste ? À contre-courant de la pensée commune qui n’y voit plus qu’un mal nécessaire, pouvant donner à la psychanalyse de “forts maux d’estomac“, l’auteur s’attache à tisser ce fil logique de la cure, sans reculer devant la psychose.


Vendredi 20 Juin

Frank CHAUMON présentera son livre
Lacan, la loi, le sujet, la jouissance , éd. Michalon.

Franck Chaumon est animateur de l’association “Pratiques de la folie“, il a été très engagé, pour la défense de la psychanalyse, dans la lutte contre l’amendement Accoyer.

Son livre envisage de manière très dense et synthétique l’œuvre de Lacan sous l’angle de La loi, le sujet, la jouissance. Il montre comment le champ de la justice cherche aujourd’hui à s’entourer de savoirs extérieurs pour sanctionner et punir et critique la dérive et l’instrumentalisation que la justice fait subir aux concepts psychanalytiques à fin de justifier ses actes.

À partir de la présentation condensée de l’œuvre de Lacan, le livre est une réflexion sur l’utilisation abusive des concepts psychanalytiques dans le champ judiciaire, que Franck Chaumon appelle le psycho-juridisme. La critique de cette confusion passe par un retour aux concepts fondamentaux forgés par Lacan, afin de distinguer l’éthique du droit et celle de la psychanalyse et, par là même, contribuer à clarifier les enjeux contemporains touchant au droit et à la norme.

Mosley : mésaventures de l’intime au siècle du puritanisme mondialisé

Mon Dieu qu’il est vilain ! l’affaire Mosley, j’ignorais qu’il en eût une, me parvient par le biais de cette interview. {Malheur à celui par qui le scandale arrive, fut-il dit au moment où l’Empire partit pour basculer dans le christianisme. Au moins à l’époque n’y avait-il pas d’industrie du scandale. Nous avons accompli des progrès, lu Sade et subi les totalitarismes. Nous avons craint de voir fondre sur nous les foudres atomiques et ce qui fond, en plus du pouvoir d’achat, c’est le pôle Nord.

Et voilà qu’on épingle un milliardaire qui jouait à papa Mosley panpan cucul. Les grandes enseignes comme on dit sont vertueuses. Elles licencient délocalisent, privilégient la spéculation à la production et ça n’est pas bien notre Président vient de le rappeler, mais elles sont morales en diable, les diablesses.

Puritanisme et perversion comme les deux mamelles de la mondialisation, nous attendons la sculpture allégorique qui les représentera. En attendant, Jacques-Alain Miller nous ramène à la théorie de la jouissance chère à Lacan, aux bases d’un courant capital de la psychanalyse française. Profitons-en pour rappeler à nos amateurs de rats labyrinthés, pauvres bêtes vraiment !(1“) que l’homme est un être de parole et de sens, et que son intimité, vitalement, doit rester hors média, hors micros, hors tonitruance et tonitruandage décervelant.

Philippe Grauer}


Interview Jacques-Alain Miller, psychanalyste

Le Point :

que vous inspire l’affaire Mosley ?

Jacques-Alain Miller : Vous observez un rat en laboratoire, vous comprenez tout de suite son comportement : chercher la nourriture, éviter la douleur, etc. Mais un homme, ça parle, ce qui complique tout. Son comportement n’a jamais rien d’évident : le moindre roman policier est bâti là-dessus, la moindre plaidoirie aussi. Je suis aux petits soins avec ma femme, mais c’est pour la tromper ; je trompe mon mari, mais c’est parce que je l’aime ; etc. Dans le cas présent, M. Mosley nie toute connotation nazie. S’il comptait en allemand les coups de martinet qu’il donnait à une jeune femme accroupie : « — Eins ! zwei ! drei ! vier ! fünf ! sechs ! », c’est, dit-il, que celle-ci était allemande…

Le croyez-vous ?

Pas nécessairement, mais il a dit au moins une chose juste : « C’est une affaire privée et très personnelle. » Il n’a pas monté un spectacle de cabaret, il n’a pas produit un film, ce n’est pas Dieudonné. Il ne s’est pas non plus fait photographier avec la svastika comme récemment trois troufions bien de chez nous. Parlons crûment. Trois ou quatre fois l’an, un senior se rend à la dérobée dans un appartement de Chelsea pour jouer cinq heures durant à « tutu panpan » avec une petite troupe de garces appointées. Ce guignol semble lui être nécessaire pour bander. Les filles apportent dans des valises un petit attirail : le thème est tantôt l’armée, tantôt la prison ou le tribunal. Comme dans Le balcon, de Genet. Il faut admettre que c’est harmless, ça ne fait de mal à personne. Il y a toute une industrie, à Londres comme à Paris, ou dans la Rome antique, qui procure ça à sa clientèle. Max Mosley n’est pas Michel Fourniret.

Oui, mais ce n’est pas très reluisant…

Les hommes ne sont pas des rats, chez eux la jouissance se réalise par le moyen de fantasmes. Certains se contentent de les avoir en tête, à l’occasion, dans le coït le plus normal ; d’autres les mettent en scène ; quand ils passent à l’acte, au réel, c’est encore autre chose. Dans tous les cas, une certaine honte s’attache à ces petits scénarios, et c’est ce dont il est le plus difficile d’obtenir l’aveu en analyse, Freud le remarquait déjà. Le présent scandale traduit le fait que la jouissance comme telle répugne à l’espace public. Or cet espace est actuellement en expansion accélérée. Avec le numérique, les appareils d’enregistrement se sont multipliés et miniaturisés, et par Internet on communique instantanément avec l’univers. De plus, terrorisme aidant, nous sommes entrés dans l’ère de la surveillance généralisée. L’esprit du temps tend ainsi à instaurer un droit de savoir, de tout savoir, illimité. Et donc, la jouissance intime de l’homme public est désormais sur la sellette. Rappelez-vous la mésaventure de Bill Clinton. Des scandales de ce genre sont promis à se multiplier irrésistiblement. La vie privée est sans doute mieux protégée en France, mais combien de temps tiendra la digue ?

Comment interpréter le fait que le père de Max Mosley fréquentait Hitler ?

Évidemment, cela crée un effet de sens, qui titille le voyeur universel que nous sommes devenus. Plût au ciel que Hitler ait pu se satisfaire d’un simulacre de quatre sous dans un bouge de Berlin ! Mais, de ce point de vue, le monstre était clean , et peut-être même impuissant. Dans le cas présent, ce qui a paru sur la scène de l’histoire comme une tragédie sans égale revient sous la forme d’une farce. Le petit Max avait 5 ans en 1945, ses parents étaient internés, et il est pensable que sa jouissance sexuelle se soit précocement attachée à des éléments de la période. « Embarrassing », comme il le dit avec un understatement très britannique, mais cela n’en fait pas un nazi pour autant. Une femme peut bien être féministe et n’atteindre l’orgasme qu’à la condition de s’imaginer violée. Vos fantasmes sont toujours embarrassing, ils ne sont pas forcément raccord avec ce que l’on connaît de votre personnalité.

Quand vos parents sont des anti-héros, peut-on les rejeter en bloc, sans risquer le « retour du refoulé » ?

Il n’y a pas de règle générale. La seule règle, s’il y en a une, c’est qu’il y a toujours la « faute du père ». Et cela vaut mieux : rien de plus traumatisant que les pères impeccables, ça rend fou ! Mais l’affaire Mosley, c’est un roman du temps jadis. Le vrai problème d’avenir, c’est la disparition du père, car où ira la faute ?

Mais en quoi l’affaire Mosley appartient-elle au passé ?

Une dynastie de baronnets du Staffordshire, grande famille, grande fortune, hautes traditions. Le père est là, bien en place, Oswald Mosley, un original, haut en couleur, allié du clan Mitford, ami d’Edouard VII, député conservateur, puis socialiste, puis fasciste, qui réussit à mettre dans les rues de Londres des milliers d’Anglais en chemise noire. On le voyait souvent à la télévision dans les années 60-70 : il était devenu une icône, on exhibait « le pire Anglais du XXe siècle ». Quant au fils, pilote de course, constructeur automobile, avocat, multimillionnaire, apôtre de la sécurité routière, conscience morale du sport automobile, il a eu une belle carrière, consacrée voilà trois ans, à Paris, par la Légion d’honneur. Il traînait seulement avec lui une petite jouissance glauque, dont il ne faisait pas étalage, traduction miteuse, ou pauvre résidu, de la geste paternelle. Et maintenant l’opprobre universel. Et BMW, Mercedes, Honda, Toyota qui tonnent, ayant sans doute quelque chose à se faire pardonner côté 1945. Et le choeur des vierges ignares, n’ayant pas lu Sade, et qui, jamais, jamais, n’auraient imaginé que pareille horreur pût exister. Allons-y, panpan sur Mosley ! Bref, la farce masochiste continue de plus belle.

Etant un personnage public, Max Mosley s’est d’autant plus mis en danger.

Ah, comme dit Baudelaire, « le plaisir, ce bourreau sans merci »… Cela montre bien le prix qui, de toujours, s’attache à la jouissance sexuelle. Le nouveau, c’est ce fait de civilisation : fréquenter les filles publiques devient dangereux pour les hommes publics. On l’a encore vu le mois dernier avec le flamboyant gouverneur de l’État de New York, Eliot Spitzer : fléau de Wall Street quand il était procureur, il a dû démissionner sur l’heure pour avoir forniqué avec une prostituée dans une chambre d’hôtel. Par précaution, son successeur, un Noir, aveugle, a commencé son mandat en convoquant la presse en toute hâte pour lui énumérer les maîtresses qu’il avait pu avoir. Bientôt, en assumant ses fonctions, un homme public ne se contentera plus de déclarer son patrimoine, il devra également déclarer son mode de jouir. On n’en est plus très loin. Bertrand Delanoë a frayé la voie : candidat à la mairie de Paris pour la première fois, il avait pris soin de déclarer son homosexualité. Pour l’avoir tue, le gouverneur de l’Etat du New Jersey a dû démissionner en 2004. Un buzz court maintenant Internet, qui donne le nom de la copine prétendue de Hillary. Pour peu que, demain, on découvre à Obama une ou deux petites amies, il est cuit. Etc.

Les pays catholiques sont traditionnellement plus tolérants envers les errances consubstantielles à la jouissance, mais c’est le pire du puritanisme anglo-américain que la mondialisation tend à universaliser : l’indignation hypocrite se délectant du graveleux qu’elle engendre et déniche incessamment. On ne reviendra pas en arrière. À terme, les hétéros aussi passeront à confesse sur la place publique. Hannah Arendt a fait scandale jadis en parlant de « la banalité du mal » à propos des nazis. Et la banalité de la jouissance ? Encore un effort !

Propos recueillis par Christophe Labbé

  • 1 Je ne crois pas les rats si bêtes pour se voir réduire à la mécanique nourriture punition, il y a longtemps que le concept de caractérisation permet de se représenter un rat comme un mamifère avancé susceptible de se représenter déjà son monde de façon infiniment moins fruste. Sur le monde animal et l’animalité, courez lire Élisabeth de Fontenay.