Projet de décret relatif à l’usage du titre générique de psychothérapeute

Il s’agit bien entendu du titre générique de psychothérapeute, notre profession se limitant à la {psychothérapie relationnelle , représentant un seul des quatre côtés du Carré psy. Qu’il n’y ait pas là-dessus de confusion.

Bientôt notre analyse. Voyez déjà notre éditorial. Notez bien qu’il s’agit d’une ébauche de projet, toujours modifiable !

Notre profession, ses institutions historiques, ses écoles de qualité dûment agréées, ne sont pas, ne sont plus escamotables. Il ne sera jamais question de les livrer pieds et poings liés au bon vouloir déraisonnable de corporatismes antédiluviens.

Philippe Grauer}


janvier 2008

Projet de décret n° xxx
relatif à l’usage du titre de psychothérapeute

Le Premier ministre,

Sur le rapport du ministre de la santé, de la jeunesse et des sports et du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche,

Vu le code de la santé publique, notamment ses articles L.4111 l à L.411 7

Vu le code de l’Éducation notamment ses articles L.613 3 à L.613 6, L.731 1 à 17 et L.471 1 à 5;

Vu la loi n°85 772 du 25 juillet 1985 modifiée portant diverses dispositions d’ordre social, notamment son article 44;

Vu la loi n°2004 806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique, notamment son article 52

Vu le décret n°90 255 du 22 mars 1990 fixant la liste des diplômes permettant de faire usage professionnel du titre de psychologue modifié par le décret n°93 536 du 27 mars 1993, par le décret n°96 288 du 29 mars 1996 et par le décret n°2005 97 du 3 février 2005;

Vu le décret n° 2001 492 du 6 juin 2001 pris pour l’application du chapitre Il du titre II de la
loi n° 2000 321 du 12 avril 2000 relatif a l’accuse de réception des demandes présentées aux autorités administratives ;

Vu le décret n°200 672 du 8 juin 2006 relatif à la création, à la composition et au fonctionnement des commissions administratives à caractère consultatif;

Vu l’avis du Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche en date du ???

Le Conseil d’État (section sociale) entendu ;

DÉCRÈTE :

«Article I – L’usage du titre de psychothérapeute nécessite une démarche volontaire de la part des professionnels.

Pour user de ce titre, le professionnel doit s’inscrire sur une liste départementale.

L’ensemble des listes départementales constitue le registre national des psychothérapeutes prévu à l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée.

Section I : Le registre national des psychothérapeutes

«Article 2 – L’inscription sur la liste départementale prévue au deuxième alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée est subordonnée à la fourniture des pièces justificatives suivantes:

I – Pour les professionnels visés au troisième alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée l’attestation de la formation en psychopathologie clinique prévue par l’article 5 accompagnée de l’une des attestations suivantes:

— l’attestation de l’obtention du diplôme de docteur en médecine ou du diplôme, certificat ou titre permettant l’exercice de la profession dans un État membre de la communauté européenne ou un autre État partie à l’accord sur l’Espace Économique Européen qui réglemente l’accès ou l’exercice de la profession;
— l’attestation de l’obtention de l’un des diplômes visés au décret du 22 mars 1990 susvisé permettant de faire usage professionnel du titre de psychologue;
— l’attestation de l’enregistrement régulier dans un annuaire d’association de psychanalystes appartenant à un État membre de la communauté européenne ou à un autre État, partie à l’accord sur l’Espace Economique Européen.

II – Pour les autres professionnels :

— l’attestation de la formation en psychopathologie clinique prévue par l’article 5 ;
— une déclaration sur l’honneur, accompagnée de la photocopie des pièces justificatives, faisant état des autres formations suivies dans le domaine de la pratique de psychothérapie;
— le cas échéant, l’attestation de l’obtention d’un diplôme relatif à une profession réglementée par le code de la santé publique ou le code de la famille et de l’action sociale.

La déclaration sur l’honneur mentionne notamment l’intitulé et la date d’obtention du diplôme, la durée de la formation, le nom et les coordonnées de l’organisme de formation public ou privé qui a délivré le diplôme.

Les modalités de présentation de la demande d’inscription, et notamment la composition du dossier accompagnant la demande, sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé.

Un accusé de réception délivré dans les conditions fixées par le décret du 6 juin 2001 susvisé sera remis après réception de l’ensemble des pièces justificatives nécessaires. L’inscription est effective, après vérification des pièces justificatives, au plus tard deux mois après la date de la remise du récépissé. »

« Article 3 – L’inscription sur la liste départementale est gratuite. Elle est effectuée avant l’installation du professionnel et demandée sur place auprès des services du représentant de l’État dans le département de sa résidence professionnelle principale.

Dans le cas où le professionnel exerce dans plusieurs sites en tant que psychothérapeute, il est tenu de le déclarer et de mentionner les différentes adresses des lieux d’exercice.

En cas de changement de situation professionnelle, le professionnel en informe les services du représentant de l’État dans le département.

Le transfert dans un autre département ou l’interruption pendant deux ans de l’activité en tant que psychothérapeute donne lieu à une nouvelle inscription, auprès du service de l’État compétent de la résidence professionnelle principale ».

«Article 4 – La liste départementale comprend l’identité, le lieu d’exercice principal du professionnel, ainsi que la mention et la date des diplômes obtenus relatifs aux professions de santé mentionnées dans la quatrième partie du code de la santé publique ou à la profession de psychologue. Ce document permet de voir la liste des professionnels par profession d’origine.

Cette liste est tenue gratuitement à la disposition du public qui peut la consulter sur place ou en obtenir des copies.

Chaque année, un extrait de la liste départementale mentionnant le nom des professionnels usant du titre de psychothérapeutes ainsi que la mention et le date des diplômes obtenus relatifs aux professions de santé mentionnées dans la quatrième partie du code de la santé publique ou à la profession de psychologue est publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture ».

Section II : La formation minimale commune théorique et pratique en psychopathologie clinique pour user du titre de psychothérapeute

« Article 5 – En application du dernier alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée, les professionnels souhaitant user du titre de psychothérapeute doivent avoir validé une formation théorique et pratique en psychopathologie clinique conforme au cahier des charges fixé par arrêté des ministres chargés de la santé et de l’enseignement supérieur. Cet arrêté fixe les dispenses partielles ou totales de formation auxquelles les professionnels visés au troisième alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée peuvent prétendre.

Le cahier des charges précité vise à permettre aux professionnels souhaitant user du titre de psychothérapeute d’acquérir ou de valider :

— une connaissance des fonctionnements et des processus psychiques

— une capacité de discernement des grandes pathologies psychiatriques

— une connaissance des différentes théories se rapportant à la psychopathologie

— une connaissance des principales approches utilisées en psychothérapie.

Le cahier des charges prévoit une formation théorique d’une durée de 400 heures et un stage pratique d’une durée minimale de 5 mois, fractionnables en tant que de besoin, dans un établissement de santé ou un établissement médico-social accueillant des patients atteints de pathologies psychiques. Il fixe notamment les pré-requis, les conditions d’accès et les modalités de cette formation.

«Article 6 – Les établissements d’enseignement supérieur publics ou privés qui proposent cette formation respectent les dispositions des articles L.471 l à 5 du code de l’Éducation en matière de publicité et de démarchage. Les établissements d’enseignement supérieur privés se

conforment aux dispositions des articles L.731 l à 18 pour leur création, leur administration et les ouvertures de cours.

«Article 7 – La liste des formations en psychopathologie clinique répondant au cahier des charges prévu à l’article 5 et autorisant l’usage du titre de psychothérapeute est fixée par arrêté des ministres chargés de la santé et de l’enseignement supérieur.»

Section III Dispositions transitoires

«Article 8 I Les professionnels justifiant d’au moins trois ans d’expérience professionnelle en qualité de psychothérapeute à temps plein ou en équivalent temps plein à la date de publication du présent décret mais n’attestant pas de la formation prévue à l’article 5, sont inscrits sur la liste départementale mentionnée à l’article 1 par le représentant de I’État dans le département du lieu d’exercice de leur activité, au vu de la reconnaissance de leur expérience professionnelle par le représentant de l’État dans la région, ou le représentant de l’État à Mayotte, après avis d’une commission régionale.

II – La commission mentionnée au I est présidée par le représentant de l’État dans la région ou à Mayotte ou la personne qu’il a régulièrement désignée pour le représenter. Elle comprend six personnalités qualifiées titulaires et six personnalités suppléantes, toutes inscrites de droit sur la liste départementale au sens du troisième alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée et nommées par le représentant de l’État dans la région ou à Mayotte qui les choisit en raison de leurs compétences dans les domaines de la formation et de leur expérience professionnelle en santé. Ses membres sont nommés pour une durée de 3 ans renouvelable une fois.
La commission se réunit dans les conditions fixées par le décret n°2006 672 du 8 juin 2006 susvisé.
Les frais de déplacement et de séjour de ses membres sont pris on charge dans les conditions prévues par la réglementation applicable aux fonctionnaires de l’État.

III – La commission mentionnée au I s’assure du respect des conditions fixées à l’article 8 et détermine si nécessaire le niveau de formation complémentaire adapté ou la validation des études et expériences professionnelles requis sur la base de l’arrêté visé à l’article 5.

Le professionnel est entendu par la commission s’il en formule la demande au moment du dépôt de sa demande.

«Article 9 – Les professionnels qui souhaitent être inscrits sur la liste départementale selon la procédure décrite à l’article 8 doivent préalablement demander, avant le 1er janvier 2009, la reconnaissance de leur expérience professionnelle en qualité de psychothérapeute auprès du représentant de l’État dans la région ou du représentant de l’État à Mayotte.

La composition du dossier de demande de reconnaissance de l’expérience professionnelle en qualité de psychothérapeute est fixée par arrêté du ministre chargé de la santé. Ce dossier comporte notamment tous les éléments concernant la ou les formations suivies et justifiant de l’expérience professionnelle en qualité de psychothérapeute requise au I de l’article 8.

À la réception du dossier complet, il est délivré à l’intéressé un accusé de réception délivré dans les conditions fixées par le décret du 6 juin 2001 susvisé. Le représentant de l’État dans

la région ou du représentant de l’État à Mayotte statue sur la demande de reconnaissance de l’expérience professionnelle en qualité que psychothérapeute, après avis de la commission régionale, par une décision motivée prise dans un délai de six mois à compter de cette date. L’absence de décision une fois passé ce délai signifie le rejet de la demande. La personne souhaitant user du titre de psychothérapeute au titre de l’article 8 fournit au représentant de l’Etat dans le département l’autorisation délivrée par le représentant de l’État dans la région ou le représentant de l’État à Mayotte en vue de son inscription sur la liste départementale des psychothérapeutes.

Les professionnels inscrits sur la liste départementale des psychothérapeutes au titre de l’article 8 sont tenus de fournir avant le janvier 2013 au représentant de l’État dans le département la ou les attestations visées au III de l’article 8. Dans le cas contraire, le représentant de l’État dans le département retire le professionnel des inscrits sur la liste départementale des psychothérapeutes.

«Article 10 – Les dispositions du présent décret entrent en vigueur à compter du l janvier 2008.»

«Article 11 – Les ministres chargés de la santé et de l’enseignement supérieur, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret qui sera publié au Journal officiel de la République française. »

Fait à Paris, le

Par le Premier ministre
Le ministre de la santé, de la jeunesse et des sports
Le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche

Autisme et impasses de la médecine chroniqués au Monde des livres

Deux ouvrages à lire, remarquablement chroniqués par Élisabeth Roudinesco. Quel dommage que Le Monde des livres soit promis à la disparition ! Après celle d’Apostrophes puis de quelques tribunes littéraires télévisuelles suivies par le public, la lecture en France en prend un coup avec celle-ci. Il ne suffit pas de panthéoniser Aimé Césaire pour résoudre le problème de la désertification des sciences humaines, des études littéraires et de ce qu’on appelle les humanités, soumises à la pression technico managériale et scientistique.

L’autisme comme de nombreux territoires sensibles de la psyché s’est vu traiter de façon arrogante par nos nouveaux savants experts tout sachant du tout génétique. Henri Rey-Flaud fait la lumière dans un champ humain et scientifique complexe qu’aucune tendance ne saurait confisquer ou maltraiter, sans déboucher sur la maltraitance de personnes particulièrement fragiles.

Quant aux dérives de la médicalisation de l’existence, domaine connexe, traitées par Roland Gori et Marie-José Del Volgo, aucun psychothérapeute relationnel ou psychanalyste digne de ce nom ne pourrait s’offrir le luxe de ne pas en avoir pris connaissance.

Bonne lecture à tous donc !

Philippe Grauer


Henri Rey-Flaud expose avec clarté les théories,
approches et hypothèses sur l’énigme de l’autisme

Par Élisabeth Roudinesco

– in Le Monde des livres, Article paru dans l’édition du 19/04/2008

– REY-FLAUD Henri, L’enfant qui s’est arrêté au seuil du langage. Comprendre l’autisme, Paris, Aubier, 428 p., 23 €.-

Psychanalyste, professeur des universités, auteur de plusieurs livres érudits, Henri Rey-Flaud a réussi, dans ce nouvel ouvrage, un véritable tour de force. Au terme d’une enquête lumineusement rédigée, il est parvenu à décrire le monde énigmatique des enfants autistes, un monde de souffrance, de silence et de rituels insolites, dont la présence nous touche, tant il nous rappelle celui ancestral du règne animal dont nous sommes issus, ou encore celui archaïque de notre naissance, cette césure qui nous fait passer de la vie utérine à la vie sociale.

Ainsi Rey-Flaud fait-il entrer le lecteur dans la demeure de ces ” enfants de l’autre monde ” dont le destin se fige vers l’âge de 2 ans et qui semblent s’être arrêtés au seuil du langage, comme pétrifiés à l’intérieur d’une coquille effrayante et protectrice. Ils s’expriment avec des gestes et des cris, parfois avec des mots, tout en s’agrippant à des objets défectueux. À l’inverse de nous, ils se bouchent le nez pour ne pas entendre et les oreilles pour ne pas voir.

Ces enfants – environ quatre sur mille, et en majorité des garçons — ne sont tolérés ni à l’école ni dans les lieux publics. Ils font peur, ils sont violents ou repliés sur eux-mêmes, ils ont l’air d’accomplir des tâches incohérentes et ont donc besoin d’être pris en charge en permanence par leurs parents et par des équipes de thérapeutes et d’éducateurs qui les font vivre à leur rythme, tout en les soignant. Cette prise en charge de longue durée coûte cher, et c’est pourquoi en France, comme l’a souligné le pédopsychiatre Pierre Delion, les responsables de la santé mentale les abandonnent, soucieux qu’ils sont d’une rationalisation inhumaine et peu efficace de la question générale de l’enfance en détresse.

Récemment, le documentaire réalisé par Sandrine Bonnaire sur sa sœur ( Elle s’appelle Sabine ) a montré à quel point l’administration excessive de psychotropes pouvait être néfaste pour ces enfants, ce qui n’a pas empêché nombre de psychiatres adeptes du gavage pharmacologique de soutenir le contraire. Pire encore, et malgré les mises en garde de Jean-Claude Ameisen, membre du comité d’éthique de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), d’autres chercheurs continuent à soutenir que l’autisme relèverait d’une causalité génétique unique, décelable scientifiquement, prenant ainsi le risque de préconiser le rejet des autres approches et de semer le trouble dans l’esprit des familles.

On sait bien que pour être utilisé un test génétique doit apporter une réponse sans faille. Or, avec l’autisme — comme d’ailleurs avec bien d’autres anomalies dont les causalités sont multiples —, un test génétique n’indique rien d’autre qu’une vague potentialité. Et encore ! En l’interprétant de façon aveugle, on risque d’enfermer tout individu dans une prédétermination qui ne serait plus un diagnostic, mais une sorte d’enfermement eugéniste : le miracle ne viendrait plus de Lourdes, mais du gène érigé en savoir absolu par une science sans conscience.

Loin de tout réductionnisme, et toujours au plus près de la réalité vécue, Henri Rey-Flaud expose également avec clarté l’ensemble des théories, pratiques, approches cliniques et hypothèses étiologiques qui ont été avancées depuis le début du XXe siècle pour expliquer, comprendre et traiter l’énigme de ces êtres si proches de nous par leur imaginaire et si éloignés pourtant de notre manière de le conceptualiser.

C’est en 1911 que le psychiatre suisse Eugen Bleuler (1857-1939) invente le terme, à partir de celui d’autoérotisme, pour désigner un repli sur soi de nature psychotique et une absence de tout contact pouvant aller jusqu’au mutisme. En 1943, le pédiatre autrichien Leo Kanner (1894-1981) transforme l’approche en sortant l’autisme infantile précoce du domaine des psychoses. Il émigrera aux États-Unis et poursuivra ses travaux. Mais, en 1944, un autre pédiatre viennois, Hans Asperger (1906-1980), qui avait lui-même été atteint dans son enfance, décrit ” l’autisme de haut niveau “, caractérisé par une absence d’altération du langage et une capacité de mémorisation inhabituelle. En témoigne l’inoubliable Raymond Babbit, interprété par Dustin Hoffman dans Rain Man , le film de Barry Lewinson (1988).

C’est donc au coeur de l’Europe centrale détruite par le nazisme, que furent définies les deux formes principales d’autisme encore constatées aujourd’hui. Et c’est Bruno Bettelheim (1903-1990), psychanalyste juif autrichien, déporté à Dachau puis à Buchenwald, qui sera le premier à inventer un traitement spécifique de l’autisme en devenant, en 1944, le directeur de l’École orthogénique de Chicago.

Comparant cet état à une situation extrême, semblable à l’enfermement concentrationnaire, et favorisé par le désir destructeur des mères, il sera accusé à tort, après sa mort, d’avoir fait de son école un goulag. À vrai dire, il ne mérite ni légende dorée ni légende noire d’autant que, de nos jours, ceux qui le contestent en prétendant s’appuyer sur la génétique ou sur un traitement comportemental n’apportent aucune solution ni à la genèse ni à l’énigme de l’autisme. Ils se contentent de le définir comme un ” trouble envahissant du développement ” (TED), afin de le faire entrer dans des modèles prétendument ” évalués “.

Retraçant les grandes étapes du traitement des autistes, Rey-Flaud rend hommage à l’école psychanalytique anglaise dont les représentants, de Frances Tustin (1913-1994) à Donald Meltzer, ont une influence mondiale considérable, beaucoup plus d’ailleurs que Bettelheim. Et il montre que si une rigueur théorique est nécessaire, les théories ne servent à rien si elles ne s’accompagnent pas, dans la pratique du thérapeute, d’une écoute permettant à l’enfant de passer d’un chaos primordial à un univers de langage, seule manière pour lui d’entrer en contact avec le monde des autres humains.

Disons-le sans détour, ce livre, qui jamais ne moleste les familles et se lit comme une déclaration d’amour envers les autistes, deviendra un classique.


Impasses de la médecine

– GORI Roland, DEL VOLGO Marie-José, Les Exilés de l’intime. La médecine et la psychiatrie au service du nouvel ordre économique, Paris, Denoël, 344 p., 22 €.-

Dans cet ouvrage, les auteurs examinent les dérives d’une médicalisation de l’existence qui exile l’homme de son intimité pour en faire une entité neuroéconomique. De la volonté de dépister des anomalies dès la prime enfance à celle d’organiser le quadrillage des comportements jugés déviants, la civilisation produit des progrès dont elle ne mesure pas les effets pervers tant elle privilégie le corps organique d’un côté et le calcul des rentabilités de l’autre, tout en évacuant la parole du sujet.

D’où vient ce modèle sécuritaire qui s’installe sous nos yeux et à quelle conception de la liberté se réfère-t-il ? Telle est la question posée dans ce livre, qui est aussi une réflexion sur la condition humaine dans les sociétés libérales.

Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir, sa vie, son oeuvre, son héritage

jeudi en 8 au lycée Balzac

Pour ceux qui n’iront pas à notre soirée Portes ouvertes

Le 17 avril 2008, de 18 à 20H aura lieu au Lycée Honoré de Balzac — 118 bd Bessières, 17017 Paris, la dernière des

Rencontres balzaciennes

animées par Michel Rotfus, à l’occasion de la sortie du numéro spécial des Temps modernes consacré à Simone de Beauvoir, avec notamment des textes de Fadela Amara, Élisabeth Badinter, Liliane Kandel, Claude Lanzmann, Catherine Millet, Michelle Perrot, Élisabeth Roudinesco, etc….

Interventions de Liliane Kandel, coordonatrice du numéro et d’Élisabeth Roudinesco.

Ne manquez pas cette réunion qui sera suivie d’un cocktail.

Liberté du sujet & folie quantificatrice — Marseille tient meeting

Le SNPPsy pluraliste et le CIFP Méditerrannée multiréférentiel constituent des partenaires naturels de l’entreprise l’École de la Cause freudienne pour prendre leur part de la bataille contre la neuro scientistique. Ils s’associent pleinement à la manifestation qui vient.

La psychothérapie relationnelle aux côtés de la psychanalyse s’inscrit pour faire barrage aux prétentions à l’hégémonisme d’un courant de pensée idéologisé qui coche et dénombre pour empêcher que soit dite la parole qui délivre.

Passer de la réduction phénoménologique à la réduction à zéro, on n’arrête pas le progrès. J-A Miller parle de Surveiller et prévenir. On remarquera qu’un homme prévenu en vaut deux. Déjà mieux que zéro. Prévenus — terme inquiétant, puisque nous voici en chemin de l’être, multiplions-nous et conjoignons nos forces pour opposer notre non au nul du calcul fou.

Philippe Grauer


MEETING

Faculté de Droit – 110/114 La Canebière Marseille

SAMEDI 17 MAI
10h – 13h et 15h – 18h

Sous l’égide de l’École de la Cause freudienne (association reconnue d’Utilité publique), de l’Association de la Cause freudienne-Méditerranée-Alpes-Provence, du Collège méditerranéen de psychanalyse, de la Section clinique d’Aix-Marseille (UFORCA), du Centre psychanalytique de Consultations et de traitement -Marseille, du CEREDA, du CIEN, d’InterCoPsychos

Quelle liberté pour le sujet à
l’époque de la folie quantitative ?

« C’est une erreur, disait Lacan, que de faire de l’inconscient un dedans. Oui, parfaitement, l’inconscient est au-dehors, il est à penser en extériorité. C’est pourquoi, oui, “l’inconscient, c’est la politique”. Laissée à sa pente naturelle, la politique, nous le voyons tous les jours, est fantasmatique, mégalomaniaque, délirante. Bref : elle a besoin de psychanalystes, et de ceux, cliniciens et intellectuels, que la lecture de Lacan a formés » (Jacques-Alain Miller, Le Nouvel Âne, n° 8, février 2008, p. 3). Notre arme a un nom : c’est « le fer de lance, la pointe avancée de l’enseignement de Lacan appliqué à la guerre de civilisation en cours » (ibid.).

Pour cette guerre, où il s’agit pour chacun de se réinventer, des philosophes, des écrivains, des artistes, des juristes, des universitaires, des scientifiques, des psychiatres, des religieux et des psychanalystes ont accepté, plutôt joyeusement, d’en faire meeting à Marseille. Car, bien sûr, « tout est pour le mieux dans le pire des mondes possibles » (Philippe Sollers) !


Qui sont les intervenants ?
Biographies des trois premiers intervenants (selon l’ordre alphabétique) :

Alain ABRIEU

Alain ABRIEU est psychiatre des hôpitaux, chef de service au Centre hospitalier Édouard Toulouse, il est également un acteur de la vie syndicale au sein des Hôpitaux, membre du Conseil national de l’Union syndicale de la psychiatrie — USP.

Agnès AFLALO

Agnès AFLALO est psychiatre, médecin-chef du CMP et du Centre de proximité Croix-Rouge française de Bagnolet, ancien praticien hospitalier, AIHPsy de la région parisienne. Elle est également psychanalyste, Analyste membre de l’École de la Cause freudienne et de l’Association mondiale de psychanalyse, enseignante à la Section clinique de Paris-Île-de-France et Directrice adjointe de la publication Le Nouvel Âne.

Philippe AMRAM

Philippe AMRAM est professeur de l’Université de Provence (U1), directeur-adjoint de l’Observatoire de Marseille.
Il est notamment l’un des co-découvreurs, au sein du Laboratoire d’astrophysique de Marseille, et en collaboration avec le Laboratoire d’astrophysique des interactions multi-échelles (CEA/DSM, CNRS, université Paris Diderot), du fait inattendu — contraire aux théories classiques — que les disques galactiques contiennent eux-mêmes de la matière noire, dont la nature reste encore à déterminer. Auteur de nombreux articles et de collaborations internationales.

Renseignements et inscriptions :
06 81 53 31 35 – 06 85 30 93 09 – 06 61 89 98 70. Mail : acfmap@orange.fr
Entrée : 15 € jusqu’au 1er mai. Après cette date : 20 €
Étudiants : 10 € jusqu’au 1er mai. Après, 13 €
Chèques à l’ordre de AL-MAP à adresser à : ACF-MAP, 11 rue Bonneterie – 13002 Marseille
Pas d’inscription sur place – nombre de places limité


NOM
Prénom
Adresse postale
Adresse mail
Je m’inscris au Meeting du samedi 17 mai à Marseille et je règle, par chèque, la somme
de : 15€ 20€ 10€ (avec photocopie carte étudiant) 13€ (étudiant)
à l’ordre de AL-MAP à adresser à : ACF-MAP, 11 rue Bonneterie – 13002 Marseille


[Document : Quelle liberté pour le sujet à l’époque de la folie quantitative ?]

Freud au XXIème siècle

La psychanalyse : quel type de savoir ?

La psychanalyse comme psychothérapie

De nouvelles directions en histoire de la psychanalyse

La psychanalyse en tant que méthodologie en sciences sociales

Psychanalyse : une méthodologie en sciences humaines et dans le domaine de l’humanisme

Le Centre parisien de l’Université de Chicago

nous invite

les 23 et 24 mai

à un prestigieux week-end d’étude et de réflexion.

Parmi les français, collaboration de Roland Gori, Élisabeth Roudinesco, Jacqueline Carroy, Paul-Laurent Assoun.

[Document : Colloque bilingue et pluridisciplinaire organisé par Jan Goldstein]

Parano expo

À propos de l’exposition

Good morning paranoïa

par Zoé Logak

La paranoïa est un des concepts les plus anciens de l’histoire de la description des états mentaux : il apparaît pour la première fois dans la tragédie grecque, à deux reprises, d’abord pour décrire l’amour fou qui unit Œdipe à Jocaste, ensuite pour désigner l’état d’Oreste après le meurtre de Clytemnestre, sa mère.

Le terme paranoïa est compris comme un état mental empreint de sentiments de persécution de toute origine. Dans le « Cas Schreber » (1911), Sigmund Freud analyse les Mémoires d’un névropathe et inclut dans la paranoïa les formes classiques du délire de persécution, de l’érotomanie, du délire de jalousie et de la mégalomanie.

Il est admis aujourd’hui que la paranoïa revêt des formes à la fois individuelles et institutionnelles, sociales et culturelles. Tout le monde a probablement en soi au moins un germe de paranoïa, le sentiment d’être observé et étudié à la loupe.

Dans ce contexte, la galerie Motte et Rouart expose les oeuvres de jeunes artistes qui représentent ce sentiment de persécution. Intitulée Good morning paranoïa, l’exposition dénonce avec humour les systèmes de contrôle qui nous assaillent à notre insu pour ne plus laisser aucun espace à soi hors regard.

Cette obsession sécuritaire est parodiée par Renaud Auguste-Dormeuil dans sa série de photographies « LOCK » insérant des lignes de mire rouge pointées sur des figures du quotidien ; et illustrée par Manu Luksch qui a réalisé un film intitulé « FACELESS » à partir de bandes d’images capturées par les caméras de vidéosurveillance anglaise.

Pour l’artiste Jazon Frings, ce contrôle aliénant peut s’exercer sur la plus petite parcelle du corps humain notamment à travers les lois du marché mondial et de la biométrie. Il a donc choisi de transmuer l’ensemble de son corps et de ses expériences en actions à vendre dans l’exposition. Avec « ZO PARANOID INDEX » il simule ainsi une existence, la sienne, entièrement commercialisable.

Grâce aux nouvelles technologies, les outils de contrôle se déploient dans l’espace et le temps de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Adam Vackar représente à l’aide du « SPUTNIK BLACK » le premier objet envoyé dans l’espace qui a permis le développement des systèmes de géolocalisation, l’Internet, et le maillage orbital faisant de chaque individu un point traçable à loisir, bref une cible parfaite.

Avec ses toiles « PLAYER », Cécile Hartmann a parfaitement su traduire l’inquiétante étrangeté qui se dégage du face-à-face de l’homme et de la machine créée par l’homme pour le divertir/le persécuter. Dans cet univers fantasmatique aux couleurs saturées et aux lignes simplifiées à l’extrême, nous sommes en présence d’une utopie glacée où trône une machine qui déshumanise un individu privé de visage happé par les lumières fascinantes de l’Ordinateur.

En proie à une hostilité quasi meurtrière envers l’image photographique de son propre visage, Christophe Brunnquell expose ses « Autoportraits massacrants » qui renvoient à la représentation mi-naïve mi-perverse d’un générique monstrueux.

Comment échapper dès lors à notre destin d’homo numericus vivant à l’ère nucléaire, tel que le représente Malachi Farrell ? Dans son installation cinétique on assiste au dialogue de deux bombes mâle et femelle, en maillot de bain, qui discutent au bord de la plage de l’Ennemi et du Danger imminent, avant l’ultime explosion. No future ?

Dans ce climat de fièvre sécuritaire et de guerre contre la terreur, il ne nous reste pas d’autre issue que de nous envoler sur le vélo « contre-PANOPTICON » de R.Augsute-Dormeuil. Cet engin ready made coiffé de miroirs qui réfléchissent le sol permet de devenir invisible aux yeux des satellites, nous plaçant dans un hors champ/hors regard synonyme de liberté, – ou la création plastique comme belle échappée de la tentation paranoïaque !

Avec l’aimable permission du Bulletin de la SIHPP

Galerie Motte et Rouart
Exposition ouverte au public jusqu’au 26 avril 2008
72, rue Mazarine 75006 Paris
www.http//galeriemottetrouart.com

Psychanalyse : trois livres trois conférences

CENTRE DE RECHERCHE EN PSYCHANALYSE ET ÉCRITURES

2007/2008

Rencontres avec des auteurs psychanalystes suivi d’un débat à la
Maison des sciences de l’Homme à 20h30, 54 bd. Raspail -75006 Paris


Vendredi 20 avril

Jacques PONNIER, fera une intervention sur La théorie lacanienne du signifiant : les équivoques du “retour à Freud”, lecture du séminaire V de Jacques LacanLes formations de l’inconscient.
Il s’agit de déconstruire le concept de signifiant. C’est un fragment d’un travail sur le concept d’Autre, nécessitant de repenser le moi et le sujet, et pour cela de suivre à la trace l’installation de l’imaginaire et du symbolique dans les premiers séminaires, afin de se demander dans quelle mesure le RSI s’accorde avec la pensée freudienne du sujet.


Mercredi 28 mai

Conférence d’Isabelle FLOC’H


Le féminin et l’écriture, ou le roman comme Nom du Père : Virginia Wolff

Faire d’un inconnu son père, son amant, sa sœur, sa mère : une folie ? Une folie du mental, cette “vérité de l’amour” ? Et cette folie serait le ressort, le matériau même d’une cure ? Depuis Freud, c’est pourtant à cette folie que nous nous prêtons chaque fois que commence une cure. Folie, outil, ou même obstacle, le transfert ne se pense guère aujourd’hui, qu’il faut à l’analyste, pour le supporter quotidiennement, inventer des fictions. Cette folie serait donc artiste ? À contre-courant de la pensée commune qui n’y voit plus qu’un mal nécessaire, pouvant donner à la psychanalyse de “forts maux d’estomac“, l’auteur s’attache à tisser ce fil logique de la cure, sans reculer devant la psychose.


Vendredi 20 Juin

Frank CHAUMON présentera son livre
Lacan, la loi, le sujet, la jouissance , éd. Michalon.

Franck Chaumon est animateur de l’association “Pratiques de la folie“, il a été très engagé, pour la défense de la psychanalyse, dans la lutte contre l’amendement Accoyer.

Son livre envisage de manière très dense et synthétique l’œuvre de Lacan sous l’angle de La loi, le sujet, la jouissance. Il montre comment le champ de la justice cherche aujourd’hui à s’entourer de savoirs extérieurs pour sanctionner et punir et critique la dérive et l’instrumentalisation que la justice fait subir aux concepts psychanalytiques à fin de justifier ses actes.

À partir de la présentation condensée de l’œuvre de Lacan, le livre est une réflexion sur l’utilisation abusive des concepts psychanalytiques dans le champ judiciaire, que Franck Chaumon appelle le psycho-juridisme. La critique de cette confusion passe par un retour aux concepts fondamentaux forgés par Lacan, afin de distinguer l’éthique du droit et celle de la psychanalyse et, par là même, contribuer à clarifier les enjeux contemporains touchant au droit et à la norme.

Mosley : mésaventures de l’intime au siècle du puritanisme mondialisé

Mon Dieu qu’il est vilain ! l’affaire Mosley, j’ignorais qu’il en eût une, me parvient par le biais de cette interview. {Malheur à celui par qui le scandale arrive, fut-il dit au moment où l’Empire partit pour basculer dans le christianisme. Au moins à l’époque n’y avait-il pas d’industrie du scandale. Nous avons accompli des progrès, lu Sade et subi les totalitarismes. Nous avons craint de voir fondre sur nous les foudres atomiques et ce qui fond, en plus du pouvoir d’achat, c’est le pôle Nord.

Et voilà qu’on épingle un milliardaire qui jouait à papa Mosley panpan cucul. Les grandes enseignes comme on dit sont vertueuses. Elles licencient délocalisent, privilégient la spéculation à la production et ça n’est pas bien notre Président vient de le rappeler, mais elles sont morales en diable, les diablesses.

Puritanisme et perversion comme les deux mamelles de la mondialisation, nous attendons la sculpture allégorique qui les représentera. En attendant, Jacques-Alain Miller nous ramène à la théorie de la jouissance chère à Lacan, aux bases d’un courant capital de la psychanalyse française. Profitons-en pour rappeler à nos amateurs de rats labyrinthés, pauvres bêtes vraiment !(1“) que l’homme est un être de parole et de sens, et que son intimité, vitalement, doit rester hors média, hors micros, hors tonitruance et tonitruandage décervelant.

Philippe Grauer}


Interview Jacques-Alain Miller, psychanalyste

Le Point :

que vous inspire l’affaire Mosley ?

Jacques-Alain Miller : Vous observez un rat en laboratoire, vous comprenez tout de suite son comportement : chercher la nourriture, éviter la douleur, etc. Mais un homme, ça parle, ce qui complique tout. Son comportement n’a jamais rien d’évident : le moindre roman policier est bâti là-dessus, la moindre plaidoirie aussi. Je suis aux petits soins avec ma femme, mais c’est pour la tromper ; je trompe mon mari, mais c’est parce que je l’aime ; etc. Dans le cas présent, M. Mosley nie toute connotation nazie. S’il comptait en allemand les coups de martinet qu’il donnait à une jeune femme accroupie : « — Eins ! zwei ! drei ! vier ! fünf ! sechs ! », c’est, dit-il, que celle-ci était allemande…

Le croyez-vous ?

Pas nécessairement, mais il a dit au moins une chose juste : « C’est une affaire privée et très personnelle. » Il n’a pas monté un spectacle de cabaret, il n’a pas produit un film, ce n’est pas Dieudonné. Il ne s’est pas non plus fait photographier avec la svastika comme récemment trois troufions bien de chez nous. Parlons crûment. Trois ou quatre fois l’an, un senior se rend à la dérobée dans un appartement de Chelsea pour jouer cinq heures durant à « tutu panpan » avec une petite troupe de garces appointées. Ce guignol semble lui être nécessaire pour bander. Les filles apportent dans des valises un petit attirail : le thème est tantôt l’armée, tantôt la prison ou le tribunal. Comme dans Le balcon, de Genet. Il faut admettre que c’est harmless, ça ne fait de mal à personne. Il y a toute une industrie, à Londres comme à Paris, ou dans la Rome antique, qui procure ça à sa clientèle. Max Mosley n’est pas Michel Fourniret.

Oui, mais ce n’est pas très reluisant…

Les hommes ne sont pas des rats, chez eux la jouissance se réalise par le moyen de fantasmes. Certains se contentent de les avoir en tête, à l’occasion, dans le coït le plus normal ; d’autres les mettent en scène ; quand ils passent à l’acte, au réel, c’est encore autre chose. Dans tous les cas, une certaine honte s’attache à ces petits scénarios, et c’est ce dont il est le plus difficile d’obtenir l’aveu en analyse, Freud le remarquait déjà. Le présent scandale traduit le fait que la jouissance comme telle répugne à l’espace public. Or cet espace est actuellement en expansion accélérée. Avec le numérique, les appareils d’enregistrement se sont multipliés et miniaturisés, et par Internet on communique instantanément avec l’univers. De plus, terrorisme aidant, nous sommes entrés dans l’ère de la surveillance généralisée. L’esprit du temps tend ainsi à instaurer un droit de savoir, de tout savoir, illimité. Et donc, la jouissance intime de l’homme public est désormais sur la sellette. Rappelez-vous la mésaventure de Bill Clinton. Des scandales de ce genre sont promis à se multiplier irrésistiblement. La vie privée est sans doute mieux protégée en France, mais combien de temps tiendra la digue ?

Comment interpréter le fait que le père de Max Mosley fréquentait Hitler ?

Évidemment, cela crée un effet de sens, qui titille le voyeur universel que nous sommes devenus. Plût au ciel que Hitler ait pu se satisfaire d’un simulacre de quatre sous dans un bouge de Berlin ! Mais, de ce point de vue, le monstre était clean , et peut-être même impuissant. Dans le cas présent, ce qui a paru sur la scène de l’histoire comme une tragédie sans égale revient sous la forme d’une farce. Le petit Max avait 5 ans en 1945, ses parents étaient internés, et il est pensable que sa jouissance sexuelle se soit précocement attachée à des éléments de la période. « Embarrassing », comme il le dit avec un understatement très britannique, mais cela n’en fait pas un nazi pour autant. Une femme peut bien être féministe et n’atteindre l’orgasme qu’à la condition de s’imaginer violée. Vos fantasmes sont toujours embarrassing, ils ne sont pas forcément raccord avec ce que l’on connaît de votre personnalité.

Quand vos parents sont des anti-héros, peut-on les rejeter en bloc, sans risquer le « retour du refoulé » ?

Il n’y a pas de règle générale. La seule règle, s’il y en a une, c’est qu’il y a toujours la « faute du père ». Et cela vaut mieux : rien de plus traumatisant que les pères impeccables, ça rend fou ! Mais l’affaire Mosley, c’est un roman du temps jadis. Le vrai problème d’avenir, c’est la disparition du père, car où ira la faute ?

Mais en quoi l’affaire Mosley appartient-elle au passé ?

Une dynastie de baronnets du Staffordshire, grande famille, grande fortune, hautes traditions. Le père est là, bien en place, Oswald Mosley, un original, haut en couleur, allié du clan Mitford, ami d’Edouard VII, député conservateur, puis socialiste, puis fasciste, qui réussit à mettre dans les rues de Londres des milliers d’Anglais en chemise noire. On le voyait souvent à la télévision dans les années 60-70 : il était devenu une icône, on exhibait « le pire Anglais du XXe siècle ». Quant au fils, pilote de course, constructeur automobile, avocat, multimillionnaire, apôtre de la sécurité routière, conscience morale du sport automobile, il a eu une belle carrière, consacrée voilà trois ans, à Paris, par la Légion d’honneur. Il traînait seulement avec lui une petite jouissance glauque, dont il ne faisait pas étalage, traduction miteuse, ou pauvre résidu, de la geste paternelle. Et maintenant l’opprobre universel. Et BMW, Mercedes, Honda, Toyota qui tonnent, ayant sans doute quelque chose à se faire pardonner côté 1945. Et le choeur des vierges ignares, n’ayant pas lu Sade, et qui, jamais, jamais, n’auraient imaginé que pareille horreur pût exister. Allons-y, panpan sur Mosley ! Bref, la farce masochiste continue de plus belle.

Etant un personnage public, Max Mosley s’est d’autant plus mis en danger.

Ah, comme dit Baudelaire, « le plaisir, ce bourreau sans merci »… Cela montre bien le prix qui, de toujours, s’attache à la jouissance sexuelle. Le nouveau, c’est ce fait de civilisation : fréquenter les filles publiques devient dangereux pour les hommes publics. On l’a encore vu le mois dernier avec le flamboyant gouverneur de l’État de New York, Eliot Spitzer : fléau de Wall Street quand il était procureur, il a dû démissionner sur l’heure pour avoir forniqué avec une prostituée dans une chambre d’hôtel. Par précaution, son successeur, un Noir, aveugle, a commencé son mandat en convoquant la presse en toute hâte pour lui énumérer les maîtresses qu’il avait pu avoir. Bientôt, en assumant ses fonctions, un homme public ne se contentera plus de déclarer son patrimoine, il devra également déclarer son mode de jouir. On n’en est plus très loin. Bertrand Delanoë a frayé la voie : candidat à la mairie de Paris pour la première fois, il avait pris soin de déclarer son homosexualité. Pour l’avoir tue, le gouverneur de l’Etat du New Jersey a dû démissionner en 2004. Un buzz court maintenant Internet, qui donne le nom de la copine prétendue de Hillary. Pour peu que, demain, on découvre à Obama une ou deux petites amies, il est cuit. Etc.

Les pays catholiques sont traditionnellement plus tolérants envers les errances consubstantielles à la jouissance, mais c’est le pire du puritanisme anglo-américain que la mondialisation tend à universaliser : l’indignation hypocrite se délectant du graveleux qu’elle engendre et déniche incessamment. On ne reviendra pas en arrière. À terme, les hétéros aussi passeront à confesse sur la place publique. Hannah Arendt a fait scandale jadis en parlant de « la banalité du mal » à propos des nazis. Et la banalité de la jouissance ? Encore un effort !

Propos recueillis par Christophe Labbé

  • 1 Je ne crois pas les rats si bêtes pour se voir réduire à la mécanique nourriture punition, il y a longtemps que le concept de caractérisation permet de se représenter un rat comme un mamifère avancé susceptible de se représenter déjà son monde de façon infiniment moins fruste. Sur le monde animal et l’animalité, courez lire Élisabeth de Fontenay.

Et Spinoza dans tout ça ?

Hymne à la joie, dernier traité aristotélicien idéologisateur presque a-philosophique, aperçu fulgurant sur le délire ordinaire ? l’Éthique, plutôt prisée par nos psychothérapeutes relationnels et psychanalystes contemporains, fait parler d’elle au Monde des livres en date du 19 avril 2008. Nous vous livrons les deux analyses qui suivent et diligentons le tout à Daniel Ramirez pour qu’il y ajoute sa note. Un grand merci en tout cas à Jean Birnbaum d’avoir si bien fait parler Jean-Luc Marion de ses thèses originales.

On se référera utilement dans tous les cas au fin spinoziste qu’est Robert Misrahi — dont on pourra lire utilement La Signification de l’Éthique —, proche d’une philosophie de la joie dont on pourrait dériver une du bonheur, contiguë à la pensée psy par le biais de la philosophie clinique chère à Noël Salathé. Ce qui ne dispense pas bien entendu de lire l’Éthique elle-même. On n’en finit jamais avec Spinoza, et c’est bien souvent du bonheur.

Philippe Grauer


SPINOZA 1

Un complément à toutes les philosophies ? Est-ce un hasard si son œuvre est interprétée dans des sens opposés ? L’auteur de l’Éthique occupe une place singulière dans l’histoire de la pensée occidentale.

Entretien avec Jean-Luc Marion

Propos recueillis par Jean Birnbaum

In Le Monde des livres — 19 avril 2008

Quelle est la place de Spinoza et de son oeuvre dans votre propre itinéraire philosophique ?

Tout philosophe a deux philosophies, la sienne et celle de Spinoza “, aurait dit Bergson. Faut-il l’entendre comme un privilège ou comme l’indication qu’entre ces deux philosophies, il y en a une de trop ? En tout cas, comme nombre d’apprentis philosophes, avant d’avoir la moindre thèse un peu personnelle, j’ai cru devoir penser sur un mode spinoziste. Le Traité de la réforme de l’entendement me semblait, au lycée, plus convaincant que le Discours de la méthode, plus démonstratif que le début de la Critique de la raison pure (en un sens je n’avais pas tort). Combien de dissertations, combien de leçons se terminaient invariablement par une troisième partie spinoziste !

Le premier cours que j’ai improvisé, alors que j’étais à peine assistant de Ferdinand Alquié en Sorbonne, fut, comme d’ailleurs mon premier article, consacré à Spinoza et, durant chacune de mes sept années d’assistant, j’ai toujours commenté au moins un livre de l’Éthique. Même les thèses sur Descartes n’ont pas troublé la basse continue spinoziste. L’époque s’y prêtait, il est vrai, entre la formalisation onirique de Martial Gueroult, la simplification étincelante de Gilles Deleuze, et, plus heureusement, la quasi-déconstruction de Ferdinand Alquié. On entendait dire que nous n’avions le choix qu’entre Spinoza et, au choix, Marx, Feuerbach et pourquoi pas Nietzsche. Et puis cette basse continue s’est évanouie.

Quel est le texte de Spinoza qui vous a le plus marqué et pourquoi ?

L’Éthique évidemment. Texte impressionnant, mais sur un mode étrange. A première lecture, on subit la fascination d’un discours sans références historiques, d’une apparence parfaitement démonstrative, qui paraît le pur travail du concept. Mais, plus les lectures se multiplient, plus ce texte déroute.

D’abord parce que la rigueur des démonstrations devient souvent problématique — Spinoza ne démontre pas toujours ce qu’il prétend démontrer ou bien démontre autre chose. Ensuite parce que sa hautaine revendication d’autonomie fait que l’Éthique néglige, voire rature ce qu’elle doit aux autres philosophes, ou même ce qu’elle leur oppose : clos sur sa perfection, le texte se donne à prendre ou à laisser, se dérobe à l’épreuve d’une vérification, donc aussi d’une falsification. D’où l’impression perverse qu’il faut croire en l’Éthique, et que, si l’on n’y croit pas, l’Éthique elle-même explique quelle maladie mentale nous en empêche.

Il y a comme un effet idéologique de l’Éthique sur ses lecteurs, qui se partagent plus suivant l’adhésion ou la répulsion qu’ils ne s’accordent entre eux sur les motifs de l’une ou de l’autre. Car on peut devenir un spinoziste convaincu (ou un opposant résolu) aussi bien avec une interprétation matérialiste et athée qu’une interprétation mystico-religieuse de l’Éthique, une interprétation vitaliste qu’une interprétation logiciste, une interprétation scientiste et moderne qu’une interprétation néoplatonisante, judaïsante, voire christianisante. On en vient alors à soupçonner que le spinoziste double la philosophie de chaque philosophe précisément parce que ce n’en est pas une, mais un complément idéologique à toutes, l’asile de la foi pour ceux qui ne croient pas.

Peu à peu, l’Éthique m’a semblé révéler l’origine profonde de ces étrangetés : elle concentre des choix non seulement déjà anachroniques au XVIIe siècle, mais en un sens tous opposés aux innovations qui l’ont rendu révolutionnaire. D’abord le choix de l’ordre géométrique, euclidien, que les mathématiciens, déjà bien avant Descartes, avaient abandonné définitivement au profit de toutes les figures possibles de l’analyse. Ensuite la transposition ne varietur d’un ordre valide en mathématique à la philosophie (au contraire des précautions de Descartes, Pascal et Leibniz, il est vrai eux mathématiciens de formation). Ensuite le refus de presque tous les acquis de l’époque : la distinction entre la méthode et la métaphysique, la révision radicale de la logique aristotélicienne, l’ego cogito comme principe, la critique de la substance au profit de la naissante ontologia, la reconnaissance de l’autonomie de la volonté face à l’entendement, etc.

Comment expliquer cette étrangeté ? Beaucoup y voient une anticipation des philosophies contemporaines. Il se pourrait qu’on puisse aussi y reconnaître le dernier aristotélicien, celui qui transpose Aristote, sans les médiations médiévales de l’aristotélisme réel : identification de l’être à la substance, de la substance à Dieu, du bonheur à la connaissance contemplative par le sage, sur le modèle de celle de Dieu. D’autres (dont Frédéric Manzini) confirmeront bientôt la légitimité d’une telle hypothèse. Cette appréciation, j’en suis conscient, peut surprendre ou même déplaire. Mais enfin l’histoire de la philosophie a ses résultats, qu’on ne peut négliger. Pourtant, précisément à cause de cette appréciation paradoxale, lire Spinoza garde toute son importance.

Selon vous, où cet auteur trouve-t-il son actualité la plus intense ?

Sans doute dans la difficulté même que nous avons à l’inscrire dans l’actualité : selon Spinoza, pour le meilleur et pour le pire, tout devrait se penser sub specie aeternitatis, surtout pas dans l’actualité, pure illusion. Étrangeté qui se voit d’abord par rapport à l’histoire de la métaphysique. En fait-il seulement partie ? S’agit-il d’une pensée de l’étant en tant qu’étant (ou d’une théorie de la connaissance sans véritable ontologie) ? Construit-elle une onto-théo-logie ? Si oui, laquelle, et pourquoi Heidegger n’en dit-il rien ? Ensuite comment expliquer la multiplicité et la contradiction des lectures que permet l’Éthique ? Pourquoi ce livre nourrit-il tant de dérives idéologiques et que nous enseigne-t-il tacitement sur notre besoin irrépressible d’idéologie, c’est-à-dire de croyance irrationnelle dans la raison, elle-même mythifiée ? Enfin, quel rapport maintenir entre l’Éthique et ce dont elle ne parle pas – par exemple la discussion du statut de la religion, de la révélation biblique, bref du débat ouvert par le Traité théologico-politique et toute sa descendance ?

Surtout l’Éthique, dans son extra-territorialité an-historique, son abstraction splendide et son ambition démesurée, nous fascine parce qu’elle pose la question du pouvoir et des limites de la philosophie elle-même. Notre esprit peut-il vraiment ” avoir une connaissance adéquate de l’essence éternelle et infinie de Dieu ” (Éthique II, § 47) ? L’homme libre peut-il vraiment ” penser à aucune chose moins qu’à la mort ” (Éthique IV, § 67) ? Pouvons-nous vraiment ” sentir et expérimenter que nous sommes éternels ” (Éthique V, § 23, scolie) ? Bref, sommes-nous vraiment plus heureux quand nous connaissons plus et mieux, et voulons-nous d’autant plus le bien que nous connaissons mieux le vrai ? Spinoza peut décevoir son lecteur, parce qu’il laisse soupçonner que la philosophie n’a pas les moyens de son ambition. Mais il réjouit toujours le penseur, parce qu’il garde intactes toutes ses ambitions, même imprudentes, à la philosophie.


SPINOZA 2

La pensée du Délire

Par Raphaël Künstler

In Le Monde des livres — 19 avril 2008

Traité de la réforme de l’entendement, Éthique, Lettres.

Parce que la présentation de la pensée de Spinoza devant des classes de terminale est subordonnée aux objectifs de la préparation au bac et d’une simple initiation à la philosophie, ce n’est pas en tant que philosophie ” moniste “, ” panthéiste “, ou même en tant que philosophie de la joie que j’évoque la pensée de Spinoza en cours, mais plutôt en tant que philosophie du délire.

En effet, comme il ne suffit pas, selon Spinoza, de produire démonstrativement la connaissance, mais qu’il faut aussi expliquer, par cette connaissance, les erreurs qui s’y opposent, il propose, en marge de sa doctrine proprement dite, une théorie de l’origine et de la genèse de nos préjugés : ils dérivent tous de notre condition — nous sommes naturellement ignorants des causes des événements du monde, mais naturellement conscients de nos désirs — par deux types de délires ou de surinterprétations.

En effet, il suit de notre condition que nous avons l’impression de disposer d’une explication satisfaisante des phénomènes naturels une fois que nous sommes parvenus à en imaginer le but : nous projetons une structure de désir sur les phénomènes de la nature. Analysé plus précisément, ce processus explique la naissance des superstitions : chez chacun d’entre nous, le désir a des objets extérieurs dont la possession ou la privation dépendent de processus qui échappent à notre puissance. Craintive, la conscience joue alors mentalement avec la réalité en instaurant des règles d’interprétation qui mettent en relation le succès futur et un événement imminent quelconque : ” Si le prochain oiseau qui passe vient de la droite, alors la volonté des dieux est que je gagne cette guerre. ” Ainsi, il y a une genèse individuelle et spontanée des rituels superstitieux qui n’ont plus qu’à se diffuser et à faire oublier leur origine pour faire tradition.

Il suit aussi de notre condition que nous avons l’illusion de nous connaître parce que nous savons ce que nous désirons, alors que nous ignorons quelles sont les causes véritables des choses, et donc de nos désirs. Comme nous prenons notre savoir partiel pour un savoir total, nous pensons que notre désir n’a pas de cause et nous nous considérons, à tort, comme libres. De cette ignorance des causes internes de nos désirs, il suit aussi que nous les rationalisons en essayant de nous convaincre que c’est parce que l’objet est bon qu’on le désire, alors que c’est en réalité parce que nous le désirons que nous le trouvons bon.

Il y a de ce point de vue une Bonne Nouvelle spinoziste : toute chose peut être par accident cause d’amour… et une Mauvaise Nouvelle spinoziste : toute chose qui est objet d’amour l’est par accident.

C’est ainsi que la philosophie de Spinoza, parce qu’elle ne thématise pas seulement l’Absolu, mais aussi la production délirante de nos préjugés, constitue un dispositif puissant pour faire réfléchir les élèves et éduquer leur esprit critique.

Raphaël Künstler
Professeur de Philosophie
au Lycée de l’Arc (Orange)
Repères


Né à Amsterdam en 1632, mort à La Haye en 1677, Baruch de Spinoza est issu d’une famille juive portugaise installée aux Pays-Bas. D’abord brillant élève de l’école juive, en 1656 il est exclu de la synagogue et de la communauté pour ses idées et son refus de tout compromis. Il mène ensuite une existence des plus modestes. Le philosophe partage son temps entre l’artisanat scientifique, qui lui permet de subsister en fabriquant des lentilles pour lunettes astronomiques ou microscopes, et l’écriture de son œuvre, dont l’essentiel ne sera publié qu’après sa mort. Malgré son extrême discrétion, la réputation de Spinoza, de son vivant, s’étendait à toute l’Europe.

Décisive pour le développement de la philosophie moderne et contemporaine, la pensée de Spinoza occupe une place très singulière dans l’histoire occidentale. Affirmant l’équivalence de Dieu et de la Nature, soutenant l’existence d’un déterminisme universel, et donc l’inexistence du libre-arbitre, il parvient à conjuguer des éléments jugés avant lui incompatibles. L’Éthique, son maître livre, est de ce point de vue un texte inépuisable.

Rationaliste qui se sert de la logique pour avancer sur le chemin de la sagesse et de la béatitude, penseur de la mécanique des passions humaines, théoricien du politique, ennemi des clergés et ami de Dieu, Spinoza a édifié, en quelques œuvres et en une courte vie, un monde que l’on ne cesse d’explorer, en l’interprétant dans des sens opposés, du matérialisme à la mystique.


QUELQUES PRÉCISIONS CONCERNANT LA PUBLICATION DES ŒUVRES DE SPINOZA

DANIEL RAMIREZ

Spinoza n’a pas publié l’Éthique de son vivant. Il n’a jamais publié sous son nom qu’un cours de philosophie… cartésienne. Mais il n’avait rien publié avant son exclusion. Des manuscrits circulaient parmi quelques étudiants et il s’exprimait dans des tertulias privées, sous l’influence de personnes comme l’espagnol Juan de Prado, critiquant une notion de Dieu bêtement tirée de Écritures. Cela a suffi pour que soit émise son “excommunication”, le fameux herem ou répudiation de la communauté juive.

Il a uniquement fait éditer sous pseudonyme le Traité théologique-politique, et n’importe qui de moyennement cultivé pouvait savoir que c’était de lui. C’est, entre autres choses, une petite vengeance, car il n’y a pas d’écrit moins orthodoxe que celui-ci. Tant juifs comme calvinistes le prirent en horreur. De courts extraits de l’Éthique ont circulé, mais il a laissé des indications précises pour que la totalité ne soit publiée qu’après sa mort. Singulière prudence.

Tibet JO : quelque chose à faire.

Appel

(Faites-le connaître)



Le Cifp fait connaître et de ce fait s’associe à cet Appel. La psychothérapie relationnelle est indissociable de la lutte pour la démocratie, car jamais l’une ne va sans l’autre. Pour paraphraser Montesquieu si l’on opprime au plus loin de chez moi quelqu’un, c’est à ma liberté qu’on attente.

Philippe Grauer


La Chine était fiévreusement demandeuse de ces Jeux olympiques 2008. Elle n’avait rien promis, mais avait laissé espérer. On a fait semblant d’espérer. La Chine a obtenu les Jeux Olympiques 2008.

Maintenant elle exige furieusement notre aveuglement, notre surdité, notre mutisme, notre silence, bref notre complicité. Cette complicité nous ne devons pas la lui accorder. Car, pour une fois, nous sommes en position de négocier et de faire entendre nos exigences à propos des droits de l’Homme en Chine et au Tibet occupé. En effet, les dirigeants chinois sont visiblement prêts à tout pour que la Fête soit sans nuages, sans ombres. Ils sont prêts à tuer pour cela.

Au Tibet ils le font déjà avec une violence jamais atteinte depuis 1959. En Chine aussi ils font le ménage parmi les opposants. Un ménage impitoyable, un ménage sanglant. Ils comptent sur notre pusillanimité, et surtout sur notre vénalité. Nous n’avons jamais bougé ou si peu, pourquoi bougerions-nous cette fois-ci ? Et bien justement ça bouge, nous bougeons, nous voulons négocier :

« Sommes prêts à échanger de beaux Jeux olympiques paisibles contre le respect des droits de l’Homme en Chine et au Tibet. »

– Halte aux expulsions des citoyens chinois de leur logement ou de leur terre.
– Suspension des exécutions en Chine en vue d’aboutir à l’abolition de la peine de mort. (Il y a en Chine entre 8 et 10 000 exécutions par an. Un record absolu. Pas vraiment olympique.)
– Halte aux tueries au Tibet.
– Halte à la torture systématique partout en Chine et au Tibet.
– Dialogue avec le Dalaï Lama et le gouvernement tibétain en exil, sur une large autonomie de ce pays, vaste comme cinq fois la France.
– Halte au contrôle de l’information, y compris sur internet
– Halte à la détention administrative
– Etc.

Pour cela il faut qu’il y ait au moins une menace crédible de boycott au moins de la cérémonie d’ouverture. Et ce n’est pas aux athlètes seuls que nous devons laisser ce redoutable honneur. Il nous revient à tous. Il faut que tous les citoyens français, les citoyens européens, exigent, disons, encouragent fermement leurs dirigeants politiques, leurs grands fonctionnaires, leurs grands industriels, leurs grands financiers à un peu de dignité, un peu de courage, un peu de solidarité humaine, un peu de respect des principes universels.

Pas un dirigeant européen ne doit être présent à la cérémonie d’ouverture des Jeux, si, d’ici là, la Chine ne fait pas le pas tant attendu vers les droits de l’Homme. Sinon comment oserons-nous affronter les regards de tous ceux qui, en Chine, au péril de leur vie ou de leur liberté osent, eux, affronter la tyrannie du régime ?

Que les dirigeants chinois sachent qu’ils sont démasqués et que cette fête, à laquelle ils tiennent tant, risque d’être gâchée… Bien sûr elle a beaucoup de clients parmi nous, la Chine, et surtout beaucoup de fournisseurs très intéressés, mais un individu, une nation, un peuple ne peut pas vivre seulement de clients et de fournisseurs, il lui faut aussi des amis.

Les dirigeants de la Chine n’ont pas le droit de priver cet immense peuple de bientôt un milliard trois cent soixante millions de citoyens de tous les autres milliards d’amis qu’ils devraient avoir sur la terre. Et d’ailleurs ce serait sans joie que nous priverions ce peuple de la Fête olympique.

Donc, nous appelons tous les citoyens français à faire savoir au monde qu’ils ont les yeux ouverts, les oreilles aussi. Nous appelons tous les citoyens, sportifs ou non, à dire que leur amour du sport ne souffre pas le reniement des droits de l’Homme.

Avec les associations qui composent le Collectif Chine JO 2008, avec le Théâtre du Soleil qui s’est joint à elles, nous proposons à tous de coller sur nos vêtements de sports, de loisirs, de promenade, de travail, une de ces phrases :

Les coureurs, les joggers mettront :

Je cours mais sans piétiner les droits de l’Homme.

Les judokas, les lutteurs, tous les pratiquants d’arts martiaux :

Je lutte mais sans écraser les droits de l’Homme.

Je combats mais sans terrasser les droits de l’Homme.

Les boxeurs :

Je boxe mais sans frapper les droits de l’Homme.

Les tireurs à la carabine, à l’arc :

Je tire mais sans blesser les droits de l’Homme.

Les joueurs de tennis, rugby, de basket, de football, etc… :

Je joue mais sans tricher avec les droits de l’Homme.

Les promeneurs et ceux qui ne pratiquent aucun sport peuvent mettre :

Je veux aimer la Chine mais sans renier les droits de l’Homme.

Je veux bien aimer la Chine mais sans trahir le Tibet.

Que les citoyens, jeunes et vieux, inventent d’autres phrases qui les définissent mieux. Mais que personne ne puisse dire un jour : « Le 8 août 2008, les Français sont restés bras croisés, indifférents. Ils n’ont rien dit, ils n’ont rien fait. Pire, ils se sont bouché les oreilles et le nez, et ont participé ».
Donc, comme première manifestation de la naissance de ce mouvement de citoyens, nous demandons aux 35 000 coureurs du Marathon de Paris le dimanche 6 avril de porter sur eux, sur leur bras ou leur cuisse, la phrase étendard :

J’aime courir mais sans piétiner les droits de l’Homme.

Nous serons tous sur leur passage pour les encourager et les admirer.
Nous allons leur distribuer ces autocollants d’une façon ou d’une autre dans la semaine précédant le Marathon. Certaines mairies ont déjà promis de nous aider à le faire.

Nous avons quatre mois devant nous. Que les associations, les élus, les athlètes, les simples sportifs, que tous les citoyens qui veulent se joindre à nous et, à leur manière, amplifier le mouvement, le fassent. D’ici quelques jours, ils trouveront tous les renseignements sur les points de distribution des phrases étendards sur le site du Théâtre du Soleil (www.theatre-du-soleil.fr) et sur celui du Collectif Chine JO 2008 (www.Pekin2008.rsfblog.org). S’ils veulent nous écrire, voici notre adresse mail : soleil@theatre-du-soleil.fr, et postale : Théâtre du Soleil. Cartoucherie. 75012 Paris


– Le Théâtre du Soleil
– Le Collectif Chine JO 2008
– Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT-France)
– Agir pour les droits de l’Homme (ADH)
– Amnesty international (AI-France)
– Comité de soutien au peuple tibétain (CSPT)
– Ensemble contre la peine de mort (ECPM)
– Fédération internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH)
– Ligue des Droits de l’Homme (LDH)
– Reporters sans frontières (RSF)
– Solidarité Chine


Quelques dates, quelques chiffres

7 octobre 1950 / Invasion du Tibet par la Chine

1959 / fuite et exil du Dalaï Lama

8 août 2008 / Ouverture des Jeux olympiques de Pékin

Nombre d’habitants en Chine : estimé à 1, 360 milliard en 2010

Nombre de victimes au Tibet : selon le gouvernement tibétain en exil, plus d’un million deux cent mille Tibétains seraient morts directement ou indirectement en conséquence de l’occupation du Tibet par la République populaire de Chine entre 1949 et 1979.