Élisabeth Roudinesco — l’homme et ses dieux : l’athéisme

La question religieuse à l’école cathédrale une conférence qui fera date : qu’en est-il de Dieu et de l’athéisme ?

Mardi 1er avril de 19:30 à 21:30

L’homme et ses dieux

CONFÉRENCE-DÉBAT

d’Élisabeth Roudinesco

débat animé par le Père Antoine Guggenheim

[Image : Sans titre]

Ingrid Betancourt — quelle histoire que celle des droits de l’homme en Colombie !

Le texte qui suit est de la plume de notre ami José GUTIÉRREZ

– membre de la SIHPP

– psychanalyste et président du Comité permanent pour la défense des droits de l’homme (Bogota).

La psychanalyse, tout comme la psychothérapie relationnelle, ne saurait s’abstraire du contexte politique et des enjeux autour des droits de l’homme et de la condition humaine. C’est dans cet esprit que nous éditons cette analyse, que la SIHPP diffuse dans son Bulletin.

Nous livrons égalempent le texte en espagnol. Les différences d’aspect proviennent du travail d’aération par redécoupage des §§ auquel nous avons soumis la traduction française, pour améliorer sa lisibilité sur l’écran.


INGRID À LA CROISÉE DES CHEMINS

Il y a des moments ou le malheur nous fait toucher ce qu’il y a de plus mystérieux, de plus sombre dans la condition humaine. Des moments où l’absurdité et l’injustice semblent nous appeler avec des cris déchirants venus du fond du drame de l’existence. Mais rarement cela défie notre indolence comme le rapt d’Ingrid Betancourt. Une femme jeune, intelligente, sensible, pleine de vie et de décision, est passée du berceau d’un monde privilégié à la croisée des chemins : six ans de souffrances constantes et de menaces ont noué le destin d’une vie avec le malheur insondable d’une population.

Un engagement social passionné l’a entraînée à s’intéresser irrémédiablement à son peuple, le peuple colombien et à la morale publique. Née et élevée en France, ayant connu une vie pleine de succès matériels et intellectuels, elle va peut-être payer de sa vie les faibles efforts que nous autres, français ou colombiens faisons pour soulager la douleur d’un peuple sacrifié pendant des années à la cruauté des luttes de guérillas. Vie pleine de promesses, qui la conduit dans un moment fatidique au gré d’un enchaînement mystérieux, à être la victime choisie de la tragédie colombienne.

Ainsi, cette candidate à la présidence aux bien faibles chances de victoire est devenue l’otage de la guérilla. Cette femme courageuse est maintenant au centre de la tragédie d’un pays, martyrisé depuis plus d’un demi-siècle par des conflits douloureux, plongé dans une des pires crises humanitaires actuelles. Pays que des institutions internationales crées au lendemain de l’expérience nazie, ne semblent pas pouvoir aider.

Dans les dernières décennies du vingtième siècle, la Colombie a vu des dizaines de milliers de personnes tuées ou disparues et des milliers d’autres séquestrées, torturées ou détenues de manière arbitraire, alors qu’au même temps se développaient la culture et la contrebande de la coca. Aujourd’hui au lieu de s’améliorer, la situation s’est compliquée du fait de la polarisation du pays entre amis et ennemis de la guérilla. Entre les défenseurs d’un système impuissant à soulager la misère d’un quart de la population ou à offrir à la moitié de celle-ci un espoir de sortir de la pauvreté.

Et surtout l’afrontement de ceux qui veut la défaite d’une guérilla qui vit des enlèvements et du pillage des paysans, et les défenseurs des idéaux d’un changement social. Cette division se retrouve dans la popularité du gouvernement actuel, élu à une large majorité en 2002 pour combattre la guérilla, et réélu avec quasiment la même majorité en 2006. Popularité également d’une « politique de Sécurité démocratique » qui occupe 6,5 % du PIB dans la lutte armée contre la guérilla (la guerre d’Irak, à son apogée n’exige que 4% du PIB des USA et 2% du PIB de l’Europe) dépense supérieure à celles de la Santé et de l’Éducation dont le faible niveau empire de jour en jour.

Reflet de cela, le nombre d’emplois publics dans la défense, la police et la sécurité atteindrait 81,2% du total selon des chercheurs indépendants (1) : 459.687 emplois, ce qui donne une majorité dévastatrice sur un total de 566.084 emplois nationaux publics. Simultanément, depuis son élection, le président Uribe a toujours défendu la thèse qu’« en Colombie, il n’y a pas de conflit armé» , pour conserver un garde-fou (qui par ailleurs ne couvre pas les crimes contre les droits de l’homme) vis-à-vis de la Cours Pénale Internationale dont le pays a signé le protocole initial de Rome.

Dans peu de temps, la CPI devra se prononcer sur plusieurs plaintes (l’une ayant été déposée par l’auteur de cet article) concernant plus de 2000 assassinats commis depuis 2002 par les paramilitaires ; cela est venu après une séquence cruelle sur laquelle se penche aujourd’hui la Cour Suprême de Justice de Colombie : commencée dans les années quatre-vingt, celle-ci a vu éliminé le parti politique des amis de la guérilla et a conduit à l’élection de l’homme de droite qu’est Uribe. Le travail de la CSJ a conduit 50 parlementaires en prison, accusés de s’être alliés avec ces groupes armés et d’avoir été élus au Congrès avec leur appui financier et politique.

Enlevée par les FARC en 2001, L’ancienne candidate à l’élection présidentielle subit les effets d’une captivité très dure dans une forêt inhospitalière avec des centaines de militaires et de policiers faits prisonniers dans les combats et de civils séquestrés parfois depuis dix ans. Pour une guérilla, apparue en 1964 et dont les effectifs sont de 12.000 personnes selon le gouvernement, le nombre de prisonniers est disproportionné et peut à peine s’expliquer par les manières d’opérer dans un territoire grand comme deux fois la France, dont la moitié est couverte de forêts et où se trouvent des pics de montagne élevés et d’immenses plaines. Vu la diversité du territoire, la culture de la coca et le stratégie de repliement de la guérilla, le gouvernement a été incapable de libérer les prisonniers et a échoué dans de nombreuses tentatives de libération, qui ont conduit à des assassinats ou des morts dans les échanges de tirs.

Depuis plus de trois ans plusieurs organisations humanitaires ont conseillé aux familles des séquestrés de demander un échange humanitaire de prisonniers. Tant le gouvernement et la guérilla s’y sont refusés et ont fait échouer ces tentatives lorsqu’elles étaient près d’aboutir. Des représentants diplomatiques de la France, de l’Espagne, de la Suisse, du Venezuela et d’autres pays ont prêté leur collaboration à ces tentatives ; les interventions les plus connues sont celles du président du Venezuela et de celui de la France. Pendant plusieurs semaines, se sont déroulées des conversations avec la guérilla qui semblaient prometteuses et à la veille d’une conclusion d’un accord d’échange, et à la veille du referendum constitutionnel vénézuélien, le président Uribe a mis fin à la médiation internationale.
La situation actuelle est plus ou moins semblable à celle du début, lorsque Ingrid est entrée dans le territoire de la guérilla et a échoué dans sa tentative de discussion avec ses dirigeants ; elle est devenue depuis 2002 leur principal otage.

Aujourd’hui qu’Ingrid Betancourt n’est pas candidate à la présidence et peut-être ne le sera jamais, il est sûr que les forces en présence craignent sa libération. Il ne fait aucun doute que si elle recouvrait la liberté, à la guerre civile qui dure depuis 60 ans devrait succéder un changement social profond. Et sans aucun doute, c’est pour cela que la vie de cette femme vaillante est en danger, comme l’a dit M. Sarkozy. Pour la psychiatrie, déchirée aussi par des conflits humains et techniques, elle peut devenir le symbole de la complexité des temps qui courent et de leur cruauté, dès lors que sa vie dépend d’intérêts politiques et économiques qui se jouent autour de sa situation.


LA ENCRUCIJADA DE INGRID

Hay ocasiones en que la desdicha nos pone en contacto con lo más misterioso y sombrío de la condición humana y que el absurdo y la injusticia parecen llamarnos de modo desgarrador desde el fondo del drama de la existencia, pero pocas veces desafían tan clamorosamente nuestra indolencia como en el caso del secuestro de Ingrid Betancur. Una mujer joven, inteligente, sensible, llena de vida y decisión, empujada desde una cuna privilegiada a la encrucijada en que se encuentra hoy, pagando con seis años de sufrimiento y amenaza constante el destino que hizo cruzar su vida personal con la inescrutable desdicha de un pueblo.

El apasionado compromiso moral que la llevó a involucrarse definitivamente con su pueblo, el colombiano, y con la moral pública, puesto que francesa por nacimiento y educación, y bien premiada en Francia con una vida plena y exitosa en lo material y lo intelectual, su compromiso la lleva al borde mismo de pagar con su propia existencia el débil esfuerzo que los demás, franceses y colombianos hacemos por aliviar el dolor de un pueblo cruelmente sacrificado en el largo tiempo de lucha de guerrillas. Una vida tan promisoria como la suya, la lleva en un instante fatídico, y en encadenamientos misteriosos, a ser la víctima elegida de la tragedia colombiana y la candidata presidencial de pocas probabilidades se convierte en rehén de la guerrilla, situando a esta valiente mujer en el centro de la tragedia de un país el último medio siglo martirizado por un conflicto, que alcanza la dolorosa condición de una de las peores crisis humanitarias actuales, apenas conocido del mundo, cuando ni siquiera las instituciones internacionales diseñadas a mediados del siglo pasado a raíz de la experiencia del nazismo, parecen concebidas para aliviarlo.

En las dos últimas décadas del siglo pasado se registraron en Colombia varias decenas de miles de muertos y desaparecidos, miles de secuestros, torturas y detenciones masivas arbitrarias que, además trajeron como consecuencia una cruel expansión del cultivo y contrabando de la coca. En lo que va de éste, la situación antes que mejorar se ha visto complicada por la polarización del país entre amigos y enemigos de la guerrilla, entre defensores de un sistema que no logra aliviar la miseria de una cuarta parte de la población, ni ofrecer una esperanza a la pobreza de la mitad, y ante todo en el enfrentamiento de quienes quieren derrotar la guerrilla organizadora de secuestros y tomas campesinas de tierras y los defensores de ideales de cambio social.

Dicha división ha redundado en la popularidad del actual gobierno, elegido por amplia mayoría contra la guerrilla en 2002, y reelegido por casi igual mayoría en 2006. Igualmente, la de su política de Seguridad democrática, cuya distribución del presupuesto nacional hace que el 6.5 del PIB se emplee en la lucha armada contra la guerrilla ( en plena guerra de Irak, E. U. solo dedica a lo militar el 4 y la UE el 2), superando ampliamente el gasto en salud y educación, cuyo pobre nivel día por día empeora. Reflejo de esto es la cantidad de empleados públicos que trabajan en la defensa, policía y seguridad, que investigadores independientes calculan en 81.2 por ciento del total (1). Mientras los empleados nacionales que trabajan en tales renglones llegan a 459.687, son la abrumadora mayoría de un total de empleados nacionales de 566.084. Al mismo tiempo, a partir del comienzo de su gobierno, el presidente Uribe ha sostenido la política de que «en Colombia no hay un conflicto armado», para sostener una salvaguardia (que por cierto no abarca a los crímenes de Lesa Humanidad) a la injerencia de la Corte Penal Internacional, de la que el país, como firmante del protocolo inicial de Roma, hace parte.

Próximamente la CPI debe pronunciarse sobre varias demandas introducidas (una de las cuales es del autor de este artículo) referentes a más de 2.000 asesinatos cometidos a partir de 2002, por Paramilitares, como continuación de una cruel secuencia ahora investigada en Colombia por la Corte Suprema de Justicia, que comienza desde los años ochentas del siglo pasado, acaba con todo un partido político de amigos de la guerrilla, y sirvió efectivamente para la elección del derechista Uribe Vélez. En desarrollo de esta pesquisa, 50 parlamentarios están en la cárcel, acusados por el tribunal supremo de haberse aliado con tales grupos armados, y haber sido elegidos al Congreso con su apoyo financiero y político.

La excandidata presidencial Íngrid, cuyo comienzo como rehén de la guerrilla FARC se remonta a 2001, comparte con varios cientos de militares y policías presos en combate y de muchos particulares secuestrados, a veces hace diez años, el duro cautiverio en la inhóspita selva. Para una guerrilla, comenzada en 1964, y que, según el gobierno solo cuenta con 12.000 efectivos, la enorme cifra de prisioneros representa un desproporcionado operativo, que apenas se explica por la forma como se mueve en un territorio casi dos veces del tamaño de Francia, cuya mitad selvática cuenta con elevados picos montañosos y llanuras muy extensas. Dada la diversidad del territorio, al cultivo de coca y a una estrategia guerrillera de repliegue, el gobierno ha sido incapaz de liberar a los secuestrados y en múltiples rescates ha fracasado en cambio al intentar liberarlos vivos, implicando su asesinato o su muerte en el fuego cruzado.

Hace más de tres años varias organizaciones humanitarias han asesorado a los familiares de los secuestrados en el pedido de un intercambio humanitario de prisioneros, al que tanto el gobierno como la guerrilla han negado su colaboración efectiva, y uno y otra han hecho fracasar todo intento, cuando parecía muy cercano su éxito. Representantes diplomáticos de Francia, España, Suiza, Venezuela y otros países han prestado su colaboración a este propósito y el más conocido fue sin duda el de la participación personal del presidente venezolano y del respaldo del de Francia, Nicolás Sarkozy. Por varias semanas las conversaciones con la guerrilla parecieron exitosas, y sólo en vísperas de llevarse a término el acuerdo de canje, el presidente Uribe Vélez canceló la mediación internacional que avanzaba con éxito, en vísperas de un Referendo constitucional interno de Venezuela.

La situación actual es pues similar al comienzo, cuando Íngrid se internó en el territorio guerrillero y fracasó en su intento de conversar con los dirigentes subversivos, con los que en el año 2002 pasó a ser principal rehén de la guerrilla.

Ya hoy Betancur no es candidata presidencial, y quizás nunca lo será de nuevo. Pero es evidente que las fuerzas en pugna temen a su libertad más que a nadie. No hay duda de que si ella gozara de tal libertad, la guerra civil que se ha prolongado por seis décadas se vería forzada a transformarse en un cambio profundo de la vida social colombiana. Y esto sin duda hace que la vida de esta valiente mujer esté en inminente peligro, como ha dicho Nicolás Sarkozy. Para la psiquiatría, a su vez desgarrada por conflictos tecnológicos y humanísticos, ella bien puede ser un símbolo de la complejidad de los tiempos que corren, y de su cruel rudeza, si su vida depende de los intereses políticos y económicos que en su situación se juegan.

(1) ISAZA DELGADO J.F y CAMPOS ROMERO D., Algunas consideraciones sobre la evolución reciente del conflicto en Colombia.


Fichage des enfants de cinq ans en Grande Bretagne : cochage et fichage, les deux mamelles du cognitivisme appliqué en politique.

L’article qui suit, paru sur le site du Guardian devrait rappeler à certains d’entre nous la bataille menée par le collectif “ Pas de zero de conduite pour les enfants de trois ans ” autour du rapport de l’INSERM de la fin de l’année 2005

Scotland Yard veut ficher les enfants de 5 ans

Potentiellement très dangereux, science fiction horrifique, stigmatisation précoce avec effet Pygmalion, délire de criminologistes qui ne se rendent pas compte, naturellement faute de sens clinique et éthique humaniste, faute de savoir ce que relation veut dire. On fiche on coche et fouette cocher droit dans le mur, qui vaut bien celui de Berlin, en béton bien visible lui. On n’arrête pas le progrès nos nouveaux murs ne se voient pas et risquent de nous causer autant de dégâts.

Ça a beau être en anglais lisez cela, et si vous n’y entendez rien faites-vous le traduire, ça mérite. Nous tâcherons de le mettre en français pour vous un peu plus tard.

Philippe Grauer


Put young children on DNA list, urge police

Mark Townsend and Anushka Asthana
* Sunday March 16 2008

Primary school children should be eligible for the DNA database if they exhibit behaviour indicating they may become criminals in later life, according to Britain’s most senior police forensics expert.

Gary Pugh, director of forensic sciences at Scotland Yard and the new DNA spokesman for the Association of Chief Police Officers (Acpo), said a debate was needed on how far Britain should go in identifying potential offenders, given that some experts believe it is possible to identify future offending traits in children as young as five.

‘If we have a primary means of identifying people before they offend, then in the long-term the benefits of targeting younger people are extremely large,’ said Pugh. ‘You could argue the younger the better. Criminologists say some people will grow out of crime; others won’t. We have to find who are possibly going to be the biggest threat to society.’

Pugh admitted that the deeply controversial suggestion raised issues of parental consent, potential stigmatisation and the role of teachers in identifying future offenders, but said society needed an open, mature discussion on how best to tackle crime before it took place. There are currently 4.5 million genetic samples on the UK database – the largest in Europe – but police believe more are required to reduce crime further. ‘The number of unsolved crimes says we are not sampling enough of the right people,’ Pugh told The Observer. However, he said the notion of universal sampling – everyone being forced to give their genetic samples to the database – is currently prohibited by cost and logistics.

Civil liberty groups condemned his comments last night by likening them to an excerpt from a ‘science fiction novel’. One teaching union warned that it was a step towards a ‘police state’.

Pugh’s call for the government to consider options such as placing primary school children who have not been arrested on the database is supported by elements of criminological theory. A well-established pattern of offending involves relatively trivial offences escalating to more serious crimes. Senior Scotland Yard criminologists are understood to be confident that techniques are able to identify future offenders.

A recent report from the think-tank Institute for Public Policy Research (IPPR) called for children to be targeted between the ages of five and 12 with cognitive behavioural therapy, parenting programmes and intensive support. Prevention should start young, it said, because prolific offenders typically began offending between the ages of 10 and 13. Julia Margo, author of the report, entitled ‘Make me a Criminal’, said: ‘You can carry out a risk factor analysis where you look at the characteristics of an individual child aged five to seven and identify risk factors that make it more likely that they would become an offender.’ However, she said that placing young children on a database risked stigmatising them by identifying them in a ‘negative’ way.

Shami Chakrabarti, director of the civil rights group Liberty, denounced any plan to target youngsters. ‘Whichever bright spark at Acpo thought this one up should go back to the business of policing or the pastime of science fiction novels,’ she said. ‘The British public is highly respectful of the police and open even to eccentric debate, but playing politics with our innocent kids is a step too far.’

Chris Davis, of the National Primary Headteachers’ Association, said most teachers and parents would find the suggestion an ‘anathema’ and potentially very dangerous. ‘It could be seen as a step towards a police state,’ he said. ‘It is condemning them at a very young age to something they have not yet done. They may have the potential to do something, but we all have the potential to do things. To label children at that stage and put them on a register is going too far.’

Davis admitted that most teachers could identify children who ‘had the potential to have a more challenging adult life’, but said it was the job of teachers to support them.

Pugh, though, believes that measures to identify criminals early would save the economy huge sums – violent crime alone costs the UK £13bn a year – and significantly reduce the number of offences committed. However, he said the British public needed to move away from regarding anyone on the DNA database as a criminal and accepted it was an emotional issue.

‘Fingerprints, somehow, are far less contentious,’ he said. ‘We have children giving their fingerprints when they are borrowing books from a library.’

Last week it emerged that the number of 10 to 18-year-olds placed on the DNA database after being arrested will have reached around 1.5 million this time next year. Since 2004 police have had the power to take DNA samples from anyone over the age of 10 who is arrested, regardless of whether they are later charged, convicted, or found to be innocent.

Concern over the issue of civil liberties will be further amplified by news yesterday that commuters using Oyster smart cards could have their movements around cities secretly monitored under new counter-terrorism powers being sought by the security services.

* guardian.co.uk © Guardian News and Media Limited 2008

DSM : labo recherche bi-polaires pour biopiraterie ADN.

Andrew Lakoff, La raison pharmaceutique, les Empêcheurs de penser en rond

Andrew Lakoff est Professeur de sociologie à l’Université de San Diego (Californie)

RENCONTRE-DÉBAT
Mercredi 26 mars 2008 à 19H00 Amphithéâtre Leroy-Beaulieu
27 rue Saint-Guillaume, Paris VII-ème

La direction scientifique et la Chaire santé de Sciences-Po organisent en partenariat avec les Editions les Empêcheurs de penser en rond, une rencontre-débat autour de la publication de cet ouvrage

Intervenants
Nicolas Dodier, Directeur de recherches à l’INSERM
Bruno Latour, Professeur des Universités, Directeur scientifique de Sciences-Po
Philippe Pignarre, Editeur des Empêcheurs de penser en rond
Didier Tabuteau, Responsable de la Chaire santé de Sciences-Po

En présence de l’auteur


Voici un compte-rendu de l’ouvrage par notre ami Alejandro Dagfal :

RAISON PHARMACEUTIQUE OU BIOPIRATAGE LÉGALISÉ ?

Un anthropologue nord-américain débarque en Argentine à la fin des années 90. À partir de ses recherches dans un ancien hôpital neuropsychiatrique, il dresse un tableau inquiétant du marché mondialisé de la santé et de ses effets sur les « disciplines psy ».

La chasse aux échantillons d’ADN

Lorsque Andrew Lakoff, un anthropologue nord-américain, formé à Berkeley sous la direction de Paul Rabinow, débarque en Argentine à la fin des années 90 pour faire une sorte d’étude ethnographique dans un hôpital neuropsychiatrique, on sent bien qu’il s’agit là d’une rencontre singulière. Le livre issu de cet événement porte donc les traces de cette singularité. Il commence de façon saisissante, en donnant les détails d’une recherche menée par Genset – une entreprise française de biotechnologie – dans le département de psychopathologie de Romero, un énorme hôpital public délabré, pas très loin de Buenos Aires. L’étude a pour but d’identifier les gènes prétendument liés au trouble bipolaire. « Les médecins doivent poser le diagnostic et prélever des échantillons sanguins sur deux cents patients ; en échange, l’entreprise versera cent mille dollars. L’ADN est extrait de ces échantillons dans un laboratoire voisin et envoyé au centre de recherche de la société à Paris. Là-bas, les chercheurs vont tenter de trouver et de breveter des gènes de susceptibilité. » (p. 9).

L’auteur montre brillamment tous les enjeux de cette opération, liée à l’émergence d’un marché mondialisé de la santé ainsi qu’à l’essor des technologies de séquençage de l’ADN. La recherche est menée en Argentine en raison des moindres coûts (en Europe ou aux Etats-Unis, Genset aurait dû partager les droits sur les brevets avec ceux qui font la collecte des échantillons). Néanmoins, les résultats de ces études sont destinés à produire des médicaments adaptés aux consommateurs de soins de santé des pays industrialisés, dont le matériel génétique a une configuration semblable à celle des Argentins. En Amérique du Sud, une poignée de dollars peut suffire pour contourner des contraintes légales impossibles à ignorer dans d’autres régions plus aisées. Ainsi, la source des données est bien en Argentine, mais la cible du marché est dans le Nord développé, où les grands laboratoires pharmaceutiques réalisent la plupart de leurs bénéfices. « C’est un énorme business, à la frontière entre la médecine et le biopiratage », selon l’explication d’un généticien qui a souhaité rester anonyme (p. 56).

L’offre crée la demande

Cependant, le business est plus compliqué que prévu. Les psychiatres argentins, formés dans la tradition européenne, n’ont pas l’habitude de diagnostiquer des cas de « bipolarité », car cette dénomination relève du DSM-IV (un Manuel statistique et diagnostique des troubles mentaux élaboré en 1994 par l’association psychiatrique nord-américaine). Il faut donc passer des annonces dans les grands journaux, en juillet 1998, afin de « faire exister » le trouble bipolaire en Argentine, avant d’être en mesure de recruter des patients. « La campagne de publicité est un succès et amène des consultants à l’hôpital ; fin septembre les psychiatres du service des hommes ont réussi à remplir les deux tiers de leur quota de deux cents patients » (p. 51). De cette manière, Lakoff nous montre l’incidence des industries de la santé sur l’émergence soudaine de nouvelles « maladies », tout en mettant en évidence ce qui se cache derrière ce qu’il appelle « la raison pharmaceutique ». Par ce biais, son livre rejoint le meilleur Philippe Pignarre, celui de Qu’est-ce qu’un médicament ?, Paris, La Découverte, 1997, qui a d’ailleurs traduit l’ouvrage en français.

En effet, lorsque l’auteur analyse les postulats à partir desquels s’organise la rationalité sous-jacente aux différents traitements médicamenteux et aux diagnostics, le livre atteint ses points culminants. Il montre aussi bien les espoirs sans mesure de la psychiatrie biologique que les promesses non tenues de la génétique. En même temps, l’hôpital psychiatrique est dévoilé comme étant un endroit de construction de « liaisons dangereuses » entre les médecins et les laboratoires. Ces derniers y agissent sur les praticiens avec un énorme pouvoir de persuasion (au moyen de récompenses significatives) et de contrôle (grâce à des systèmes informatiques qui surveillent leurs prescriptions de façon détaillée). Le tableau ainsi dressé est des plus inquiétants. Il parvient à exposer, avec une logique sans concessions, dans quelles conditions se construit l’expertise psychiatrique sur les maladies mentales et sur ses formes de guérison.


Le monde à l’envers

Malheureusement, contre toute attente, dès que l’anthropologue nord-américain se met à décortiquer les conflits épistémologiques entre les différents groupes qui cohabitent à l’hôpital, la qualité des ses analyses est bien moindre. Malgré l’inclusion de témoignages très riches, les conclusions qu’il en extrait sont pour le moins douteuses. Soudain, l’hôpital de Romero semble être dominé par une majorité d’analystes lacaniens, ce qui n’a jamais été le cas (même si la psychiatrie argentine reste encore aujourd’hui plus influencée par le freudisme que ses homologues partout ailleurs, la relation de forces est plutôt l’inverse). Ces analystes sont en quelque sorte caricaturés, comme utilisant des formules trop complexes pour les appliquer à des patients souvent illettrés et marginalisés. Face à la raison pharmaceutique, tenue par les psychiatres « scientifiques », les analystes s’accrocheraient à des idées de type religieux, afin de préserver la subjectivité. Même si cela n’est pas complètement faux, au lieu d’opposer science et religion, il aurait été plus juste de contraster deux rationalités différentes : celle des sciences naturelles et celle des disciplines de la signification et des pratiques de la parole.

De manière subtile, petit à petit, l’ouvrage se transforme en un réquisitoire contre la psychanalyse (et tous les discours de la santé mentale qui s’en sont inspirés), ou plutôt un procès dont Lakoff est à la fois le procureur, l’avocat de la défense et le juge. Par ce biais, le livre rappelle le Pignarre du Livre noir de la psychanalyse, qui n’est certes pas le meilleur. Dans ce contexte, on a affaire à une vraie inversion de rôles : les « psychiatres réformistes » sont ceux qui défendent une « biomédecine rationnelle » ( Evidence based Medicine ) contre les « vétérans de la santé mentale » qui, eux, s’accrochent à des formes de traitement non quantifiables, c’est-à-dire, irrationnelles ou religieuses. Même s’il est vrai que, par certains côtés, la psychanalyse est devenue une force conservatrice (ce qui peut être constaté et critiqué, même d’un point de vue anthropologique), c’est bien grâce à elle qu’il reste encore un tant soit peu de place pour les aspects subjectifs de la souffrance dans les systèmes de santé français et argentin. Néanmoins, par opposition à ces « experts récalcitrants » (p. 297) qui s’opposent au changement, entre les lignes, l’auteur finit par montrer sa sympathie pour l’ensemble hétérogène de praticiens qui « intègrent de manière créative les nouvelles techniques à leur travail d’expertise » (p. 298).


Des imprécisions inattendues

Cet ouvrage contient aussi d’autres imprécisions. De façon surprenante et presque naïve pour un travail aussi critique, le DSM est présenté comme étant « fondé sur des traits observables, clairement a-théoriques » (p. 29). Qu’est-ce qu’il y aurait de « a-théorique » dans un DSM qui, entre autres barbaries, pathologise la révolte adolescente en la définissant comme ODD (« oppositional defiant disorder »), catégorie qui sert de base ensuite pour la prescription de neuroleptiques atypiques ? Ne voit-on pas qu’il s’agit là d’un réductionnisme des plus grossiers, qui se cache derrière une prétendue neutralité scientifique ?

Lakoff va souvent bien au-delà de ce que son sujet lui offre, forçant un peu le trait. Par exemple, il donne au lecteur l’impression que l’hôpital dont il s’agit est dans la banlieue proche de Buenos Aires, alors qu’il est a plus de 50 km de cette ville. En fait, l’hôpital est tout près de la ville de La Plata, qui n’est jamais mentionnée. Néanmoins, la grande majorité des professionnels qui travaillent à l’hôpital viennent de La Plata, où ils se sont formés, et non de Buenos Aires. Cela invalide toutes les hypothèses qui essayent d’expliquer ce qui se passe à Romero à partir de la scène intellectuelle de Buenos Aires (la formation universitaire, la configuration particulière des groupes psy, etc.), que l’auteur considère équivalente au « monde psy argentin ».

Sur le plan historique, il y a encore d’autres erreurs et simplifications, le texte prenant par moments un ton presque journalistique, sans citation de sources. Par exemple, en 1966, la dictature d’Onganía n’a pas « fermé les universités » (p. 124), mais elle les a mises sous tutelle. En 1983, la Faculté de Psychologie de Buenos Aires ne rouvre pas ses portes après la dictature (p. 139), car elles n’ont jamais été fermées. D’ailleurs, à l’époque, cette Faculté n’existait même pas en tant que telle, car elle a été créée en 1985, à partir du Département de Psychologie. Il est vrai que, au milieu des années 1980, les analystes lacaniens ont commencé à donner des cours dans ce département (p. 142). Pourtant, ils ne l’ont pas fait dans « le département de [Oscar] Masotta » (le principal introducteur de Lacan en langue espagnole, décédé en 1979). De son vivant, Masotta n’avait eu aucune relation directe avec le Département de Psychologie, où il avait à peine fait quelques conférences.

Il y a encore d’autres imprécisions, qui sont tout à fait pardonnables, d’autant plus que la complexité de la vie politique et intellectuelle de l’Argentine est très difficile à saisir pour un chercheur provenant d’une culture aussi différente. Tout compte fait, si l’on considère les problèmes qu’il soulève, La Raison pharmaceutique reste un livre dense et nécessaire. Même si les réponses qu’il propose sont parfois décevantes.

Alejandro Dagfal


Historien des “disciplines psy”, Alejandro Dagfal est à la fois historien et psychologue. Il a été enseignant dans les universités de Bretagne Occidentale (2003-2004), Lyon I (2004) et La Plata, Argentine (1992-1999 et 2005-2007). Depuis 2005, il est professeur adjoint d’Histoire de la Psychologie à l’Université de Buenos Aires ainsi que chercheur au CONICET (Conseil national de recherches scientifiques). Alejandro Dagfal a publié plusieurs articles sur l’histoire de la psychanalyse et la psychologie en anglais, français et espagnol. Il est docteur en histoire (Paris 7, 2005) et titulaire d’un DESS en Psychologie (Université de La Plata, 1993). Depuis septembre 2007, il est critique d’histoire de la psychanalyse au portail des livres et des idées, nonfiction.fr

Entretien avec Emilio Rodrigué : Le capitaine du divan

Février 2005 dans Le Point

Propos recueillis par Emilie Lanez

Emilio Rodrigué est une figure majeure de la psychanalyse en Amérique du Sud. « Gourou tropical », « capitaine du divan », « maître socratique unique dans la psychanalyse en cette fin du XXe siècle », selon l’historienne Elisabeth Roudinesco, l’homme se flatte d’avoir « introduit la cause freudienne jusque dans les motels ». Né à Buenos Aires en 1923, dans une riche famille d’origine française, il fuit la dictature et vit depuis trente ans à Salvador de Bahia (Brésil), où il continue de former des analystes lorsqu’il ne joue pas au frescoball sur la plage. Auteur d’une dense biographie de Freud, Rodrigué publie ses Mémoires (Payot). Le jeune octogénaire y joue franc jeu. Il parle de sa sexualité, de ses femmes et de la plage, du culte candomblé, dont il épousa une grande prêtresse, et de la vieillesse qui le nargue. Quant à la psychanalyse, il en craint la fin. Hélas, sourit-il. L’homme, qui aime tant « lâcher la sorcière de l’inconscient pour monter sur son balai », se raconte.

Le Point : Cela ne pèse-t-il pas lourd, les souvenirs de 100 000 heures passées au pied d’un divan à écouter en silence?

Emilio Rodrigué : Oui, ça pèse. Un milliard d’histoires reçues et entamées. Pourtant, je dois dire que je ne me souviens d’aucune interprétation que j’ai pu faire. Une fois, un patient m’a percé le coeur, mais en général je fus épargné. Une séance m’a récemment marqué. C’était une ancienne patiente. Elle vient et m’annonce la mort de sa mère, ce qui était attendu : celle-ci avait 90 ans et souffrait d’Alzheimer. Ma patiente détestait sa mère et pensait que sa mère la détestait. Elle m’a raconté ce qui s’était passé autour du lit mortuaire ; elle était entrée dans sa chambre , lui avait parlé, ne sachant pas trop si celle-ci l’entendait. Elle avait touché sa main et constaté que celle-ci était froide. Elle s’est alors interrompue et m’a demandé combien de temps mettait un mort pour être froid. Je lui ai répondu vingt minutes, peut-être. Elle me parlait d’une façon étrange où la froideur se mêlait à des émotions voilées. A la fin de la séance, j’étais étrangement ému, les larmes aux yeux. En me levant, je l’ai embrassée et elle m’a dit : « ne me faites pas pleurer, docteur. » C’était la meilleure session de ma vie, celle où j’ai seulement dit « vingt minutes ».

Vous pratiquez depuis peu une forme de séance pour le moins hétérodoxe : la « cure shampooing ».

C’est une session de trois heures environ. Je me rends au domicile du patient parce que les maisons disent beaucoup de celui qui y habite. Les clients de ces cures shampooings sont souvent des personnes qui ont rencontré un problème ponctuel, comme un deuil ou un chagrin d’amour. Ces trois heures sont très fortes, très fatigantes et les résultats sont très bons.

Alors pourquoi d’autres y passent-ils quinze ans ?

Une cure de dix, quinze ans, cela devient autre chose. Cela n’est plus de l’analyse, c’est être en quête d’un compagnon existentiel. Certes, l’analyse est un parcours qui comporte de grandes répétitions, mais c’est également une incitation révolutionnaire. Et l’on ne peut pas être en révolution pendant dix ans.


Vous définissez la psychanalyse comme une « méditation sensuelle partagée ». Drôle de définition…

Certainement. Mais je la maintiens. La psychanalyse est sexuelle parce que le transfert est sensuel. J’ai dit, je ne sais pas si j’oserais le redire aujourd’hui, qu’une analyse est comme un baiser sur la bouche. Méditation partagée parce que c’est un dialogue intime, partagé par quelqu’un qui écoute et parle peu. Le transfert a un halo sensuel.


Cette définition peut-elle convenir à vos confrères français ?

Non, je ne crois pas. Mais j’aime bien parler ainsi du baiser sur la bouche, cela épate les psychanalystes engourdis.

Vous dites de Lacan qu’il fut « un analyste stupide » dont « la lecture rend intelligent »…

Non, c’est une erreur. J’ai écrit que Lacan fut stupide à l’égard des femmes, mais il est loin d’être stupide. Il a sauvé Freud. Marx est mort en France en Mai 1968. Freud n’a été que gravement blessé dans une ruelle de la rive gauche et c’est Lacan qui l’a sauvé. Lacan, plus Lévi-Strauss, Derrida, Deleuze et le mouvement autour de Foucault ont transformé le monde des idées et ont constitué un turning point pour la psychanalyse, et pour la pensée. Lacan a remis le problème de la pulsion, de la sexualité, de la parole au coeur, il nous a fait revenir à Freud, qu’on avait oublié. Mais, aujourd’hui, Lacan a donné tout ce qu’il pouvait donner.

Où mène une analyse ?

Nulle part, je ne sais pas où l’on va lorsqu’on commence une analyse. Le but, c’est de changer une personne afin qu’elle devienne quelqu’un d’autre. Freud, dans « Analyse terminable et interminable », écrit que l’analyse peut rendre l’homme neuf. Parler d’un « homme neuf » est questionnable. La personne change radicalement lorsqu’une analyse est bien faite. Le point fondamental de la cure, c’est l’association libre, qui représente une façon de penser ; elle opère des transformations inédites dans la pensée.

La psychanalyse peut-elle continuer, alors que les neuro-sciences, les thérapies comportementalistes, ou même la génétique, battent en brèche nombre de ses théories ?

Je viens d’écrire un article de science-fiction où j’imagine une correspondance entre moi-même et un analyste qui vivrait en 2100 et s’appellerait Héraclite Gomez. La première question que je lui pose, c’est de m’étonner qu’il existe encore des analystes. Je crois toutefois que l’analyse va durer, mais je ne suis pas sûr que les psychanalystes pourront survivre, car je ne connais plus personne qui peut passer trois fois par semaine une heure dans le cabinet de son analyste. Je doute que cela soit encore possible. Les idées essentielles de l’analyse vont, elles, durer. J’ai dit à l’un de vos confrères qu’un jour la planète Gaia se lèverait du divan et dirait merci docteur, je vous remercie de tout ce que vous avez fait pour moi, et s’en ira. La psychanalyse a rendu un énorme service à la planète Gaia, mais cette analyse, qui dura cent ans, connaît sa fin. Plus de mystère ni de magie. Elle ne fascine plus personne, elle n’éblouit plus, elle s’est embourgeoisée.

Parlez-nous des grands personnages de la psychanalyse que vous avez côtoyés. Melanie Klein, par exemple, qui fut le chef de file de la deuxième génération psychanalytique mondiale, et dont vous avez analysé la petite-fille ?

Melanie Klein était une femme géniale, et les génies sont difficiles, mais on apprend. Avec sa petite-fille, ce fut une expérience très compliquée. J’étais évidemment très fier – j’avais 28 ans seulement – qu’elle m’ait choisi pour analyser la petite Hazel. Plus tard, j’ai réalisé qu’aucun analyste confirmé n’aurait pris en cure un petit enfant avec la grand-mère pour superviseur. Cela ne se fait pas.

Anna Freud ?

Elle fut une grande dame timide. Elle récitait ses conférences par coeur, quel tour de force ! Elle a en revanche retardé les avancées théoriques sur les enfants.

On raconte souvent que vous avez analysé Che Guevara. Alors ?

J’ai connu Ernesto Guevara en 1950, il étudiait la médecine à Buenos Aires et moi, rentré de Londres, j’ouvrais mon cabinet de psychanalyste. Un de mes patients lui avait recommandé de venir me voir, car il souffrait d’asthme. Mais il était très sceptique à l’égard de la psychanalyse, ce qui n’était pas rare à l’époque. Je crois l’avoir presque convaincu que son asthme était d’origine psychosomatique, mais presque seulement.

Vous aimez beaucoup les femmes, vous en avez épousé trois et aimé beaucoup d’autres. Votre dernière épouse, Graça de Oxun, « la princesse africaine », était une grande prêtresse du culte candomblé, le culte vaudou brésilien. Avec elle, vous vous êtes converti en 1985 à ce culte afro-américain. N’est-ce pas étrange pour un médecin psychanalyste de consulter l’avenir dans les coquillages en dansant autour du feu ?

Joseph Breuer, mon ancêtre psychanalytique, disait que tout est possible, même Dieu. Je suis d’accord avec ce bulletin métaphysique. J’accorde du crédit au candomblé, mais je n’y crois pas. Vous savez, tout est possible dans la tête d’un psychanalyste qui vit à Salvador de Bahia. Si je devais aujourd’hui choisir une religion, je ne choisirais pas d’être un catholique fervent, comme je le fus enfant, je choisirais le candomblé, car le sang qui y est versé en sacrifice est du vrai sang. On ne fait pas semblant dans le candomblé.

Vous écrivez que le couple, « c’est la guerre en temps de paix, ou le contraire ».

Le couple est une institution belle et impossible qui, avec ses noeuds enchevêtrés et ces alléchants petits chignons, est à la base de tous les liens sociaux. Les moments les plus heureux de ma vie, je les ai vécus en plein ballet nuptial. Le mariage est un défi titanesque.

Vous dites que Freud n’a sur la vieillesse émis que « des lieux communs et des plaintes » ?

Bon, il a dit ce que typiquement un homme vieux peut dire. Je suis logiquement très concerné par ce sujet. Je crois que la sexualité de l’homme vieux peut être, doit être épanouissante à l’occasion. C’est important pour cet âge de déconstruire le pénis, de contester le pénis arrogant et traître. Il faut pour les vieux regarder la sexualité d’une autre façon, plus féminine, plus sage. Je crois qu’il est difficile d’être sage avant 60 ans, en particulier dans la sexualité. Passer la soixantaine donne de la souplesse, de l’esquive, du jeu de ceinture, comme on dit dans la boxe

L’addiction entre tradition et modernité

Colloque les 28 & 29 mars à l’Alcazar de Marseille


Au cours de ce colloque original on verra le philosophe l’écrivain et le psy

– interroger la question du soi, l’hédonisme, l’individualisme

– discerner une anthropologie de la souffrance sociale

– questionner la maladie et le soin dans les cultures traditionnelles et dans nos sociétés.

– se demander ce qu’addiction proprement veut dire.

Qui pourrait se désintéresser d’une thématique aussi large qu’actuelle ?

Philippe Grauer


Parce que les drogues font parler d’elles depuis des millénaires.

Parce que chaque époque, chaque territoire, chaque groupe humain leur donne un sens qui leur est propre.

Parce que qu’au fil du temps on a parlé de toxicomanies, de pharmacodépendances, que l’on parle aujourd’hui d’addictions.

Parce qu’à une lecture jadis axée sur les produits succède aujourd’hui une lecture axée sur les conduites.

Parce qu’à une multitude de définitions on substitue une (extrême) simplification où cohabitent sans distinction apparente

– l’usage récréatif de cannabis

– l’abus régulier d’alcool

– la passion des jeux en réseaux

– l’incoercible envie d’acheter

– la dépendance sévère aux opiacés ou aux psychostimulants.

Parce que tout ceci soulève autant de questions que de réponses, de doutes que de certitudes, nous proposons d’ouvrir un espace de pensée sur les évolutions qu’a subi la notion d’addiction mais également de nous interroger sur les contextes qui l’abritent.

Aussi prenons-nous le temps d’un regard, de re-situer nos questions et nos réponses dans le mouvement non d’émettre de nouvelles vérités mais de nous rendre capables d’en relativiser certaines.

www.ampta.org

[Document : Addictions : entre tradition et modernité]

Projet de décret : la Fédération des Ateliers de psychanalyse proteste

Et ça repart ! évidemment chacun va de nouveau trouver dans ce texte l’alinéa qui lui déplaît, et demander à être reçu. Seule une concertation d’ensemble remettant tout à plat pourrait progresser vers une solution. Pas commode si l’on considère qu’une loi bancale ne saurait être remise droite. La quadrature du cercle vicieux.

Philippe Grauer


FÉDÉRATION DES ATELIERS DE PSYCHANALYSE
41 rue Sedaine
75011 Paris

Paris, le 13 mars 2008

MADAME LA MINISTRE DE LA SANTÉ
Madame Roselyne BACHELOT-NARQUIN
14, avenue Duquesne
75007 Paris

À l’attention de : Monsieur Georges François LECLERC
Directeur du Cabinet du Ministre de la Santé, de la Jeunesse et des sports

Objet : projet de janvier 2008 du décret relatif à l’usage du titre de psychothérapeute

Madame la Ministre,

À la Fédération des Ateliers de Psychanalyse, nous avons eu connaissance, par le bulletin du SIHPP, d’un nouveau projet daté de janvier 2008 du décret relatif à l’usage du titre de psychothérapeute. Au vu de l’avancée de la rédaction de ce décret, bien qu’encore à l’étape de projet, nous aurions tout de même souhaité être informés de ce fait. Votre façon de procéder est pour le moins surprenante.

Cette dernière version relative à l’article 52 de la loi du 9 août 2004 qui diffère des précédentes propositions pose de nouveaux problèmes. Un de ces problèmes, et pas des moindres, se trouve dans l’article 2 – I

« Pour les professionnels visés au troisième alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée l’attestation de la formation en psychopathologie clinique prévue par l’article 5 accompagnée de l’une des attestations suivantes:… »

La phrase soulignée par nous a été ajoutée dans cette dernière version. Les ayants droits visés par l’alinéa 3 de l’article 52 de la Loi du 9 août 2004 , c’est-à-dire ceux dont la formation suppose une capacité à utiliser l’outil psychothérapie, ne sont plus reconnus comme tels ! Les précédents projets reconnaissaient la capacité à tout psychanalyste inscrit sur les listes d’une association de choisir s’il désirait apparaître ou non sur une liste de psychothérapeute, ce qui nous semblait assez logique. Depuis l’origine de la psychanalyse, c’est-à-dire depuis Freud, la psychothérapie analytique fait partie intégrante des fonctions du psychanalyste.

Ce décret remet en cause ce point théorique puisqu’il semble que ce projet de décret estime qu’un psychanalyste n’est plus en droit d’utiliser la psychothérapie. Pouvez-vous nous préciser plus clairement ce point : est-ce qu’un psychanalyste peut faire une psychothérapie d’inspiration psychanalytique sans être inscrit sur une liste de psychothérapeute et sans être dans l’illégalité ? De la réponse à cette question découle également la situation de la psychanalyse laïque freudienne.

La Fédération des Ateliers de Psychanalyse tiendra dans les semaines à venir une réunion avec ses membres sur ce sujet et nous souhaiterions une réponse de votre part à ces questions afin d’éclairer notre débat.

Veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de nos sentiments distingués

Pour la Fédération des Ateliers de Psychanalyse
Le secrétaire
Gaucher Dominique
41 rue Sedaine
75011 Paris
gaucherd@orange.fr

Le décret — une réaction du côté de la psychanalyse : que sont-ils allé faire dans cette galère ?

Évidemment ça recommence. Chacun y va de son commentaire et les pouvoirs publics vont avoir à nouveau le tournis. Une mauvaise loi ne saurait trouver une bonne musique pour charmer les oreilles des juristes et sonner juste au pays du bon sens comme chose la mieux partagée (faculté de bien juger et de distinguer le vrai du faux).

Les ondes ensorceleuses comme celles du serpent Kaa dans le {Livre de la jungle, le film, ne déstabiliseront pas grand monde. Voici qu’un psychanalyste s’aperçoit des méfaits des agissements de nos psychanalystes conservateurs du tour d’avant. Il n’est pas trop tard pour acquérir quelque lucidité.

Le titre générique de psychothérapeute confisqué au bénéfice des psychiatres et psychologues, avec cadeau aux psychanalystes qui n’en voulaient pas, et interdiction aux psychothérapeutes relationnels qui ont créé l’appellation, ne deviendra ni logique ni bénéfique ni juste du simple fait qu’une nouvelle équipe se verrait chargée de s’y casser les dents à son tour.

Philippe Grauer}


Réaction à chaud

Si je comprends le projet de décret (mais j’attends avec impatience les commentaires de F. R. Dupont Muzart), les psychanalystes “annuarisés” sont psychothérapeutes de droit mais ont à faire la preuve d’une formation en psychopathologie. Autant que les autres. Il s’agit des psychanalystes “ labellisés-annuarisés”, ce qui concerne une minorité par rapport à l’ensemble des psychanalystes praticiens.

Les associations de psychanalystes n’ont cessé de démontrer que la psychanalyse n’était pas une psychothérapie. Alors de quel droit le psychanalyste serait de droit psychothérapeute et serait dispensé de faire la preuve de son “état de psychothérapeute” devant la loi ?
D’ailleurs, il aurait été préférable de ne jamais apparaître dans l’article 52 puisque que les psychanalystes ne demandent aucun titre, aucune reconnaissance d’État pour la psychanalyse, enfin j’espère…

Les dérives possibles, mes craintes :

– Si un psychanalyste est psychothérapeute de droit, c’est donc qu’implicitement les écoles de psychanalystes forment des psychothérapeutes. De ce fait elles devront rendre à un moment ou un autre des comptes à l’État.

– Le fait que la psychanalyse est mentionnée dans le décret et l’article ne me semble pas la protéger à terme d’une réglementation d’État, nous glisserons du contrôle des psychothérapeutes au contrôle des psychanalystes. Car je ne vois pas pourquoi, l’annuarisation du psychanalyste étant légitime en droit, l’État ne demandera pas un contrôle des écoles, un regard sur l’habilitation des écoles à l’annuarisation du psychanalyste. Quelle école est habilitée pour faire une attestation ? Il faudra bien que l’État mette de l’ordre. En résumé que la psychanalyse soit inscrite dans l’article et le décret n’est pas bon signe, il me semble.

La réglementation du titre de psychothérapeute annonce peut-être le pire pour la psychanalyse laïque. Je me demande vraiment pourquoi les associations ont accepté cette mention absurde dans l’article 52 : “être de droit psychothérapeute” ? ! Jamais la psychanalyse n’aurait dû être inscrite dans l’article 52, c’est d’une grande naïveté politique. J’espère me tromper. Qu’on m’explique ce qui est bien dans tout ça pour la psychanalyse laïque et son indépendance par rapport à l’État.

Sexualité, folie et institution

Genre, sexe, sécurité, précarité, libéralisme, autonomie du sujet

à Saint Martin de Vignogoul

34570 PIGNAN

Les 23 & 24 mai prochains lors des

7èmes journées de printemps d’Isadora

Venez nombreux entendre Jean-Pierre Lebrun et Robert Dany Dufour.

Emilio Rodrigué : Tonton Cristobal est revenu !

Séparations nécessaires. Mémoires

(Payot, traduit de l’espagnol par Mylène Ghariani)

par Michel Plon
Article paru en 2005 dans la Quinzaine littéraire


Il était une fois…en Amérique du sud

Emilio Rodrigué, tel le Tonton Cristobal de la chanson de Pierre Perret, nous est revenu. Pas cousu d’or, seulement chargé du brillant d’un nouveau volume qui ne traite plus cette fois-ci de la vie de Freud mais tout simplement de la sienne. Et quelle vie ! Tumultueuse, haute en couleurs, ponctuée d’expériences psychanalytiques toujours audacieuses, de celles dont notre époque semble avoir perdu le goût, rythmée par des amitiés et des amours dont Emilio Rodrigué, conteur malicieux, excelle à nous donner les arômes sans jamais sombrer dans l’exhibitionnisme.

Il importe de le souligner sans plus tarder. Si ce volume procure à son lecteur les plaisirs d’un roman d’aventure, c’est d’abord parce qu’il nous révèle, et sans doute la merveilleuse traduction dont il bénéficie n’y est-elle pas pour rien, un véritable écrivain, un auteur sachant marier l’humour et le dramatique, le familier et le solennel avec un sens de la distance qui évite longueurs et pesanteurs, un amateur de ces bons mots et de ces formules qui surgissent au moment opportun, diversions pétillantes à même de rompre avec toute forme d’enlisement dans la complaisance.

Écrivain et metteur en scène. De ceux qui, parmi les plus grands, ont l’art de la perspective et du relatif, qui savent faire apparaître le détail saugrenu, la réflexion d’apparence anodine à même de donner à la scène d’ensemble la plus convenue, congrès ou réception, réunion familiale ou réjouissances entre vieux copains, sa dimension unique et éphémère d’où naissent le sens du révolu, la nostalgie du plus jamais. Dans cette veine, celle d’un tragique d’autant plus tragique que rien ou presque n’en est dit, l’un des plus beaux moments du livre, l’envie vient d’écrire du film, est bien celui constitué par ce court chapitre, quatre pages, intitulé De la fête à l’exil. S’y trouvent évoqués les derniers jours — “Le matin nous lisions les chroniques de nombreuses morts, des morts proches par ressemblance ou par opposition, des morts à messages, les plus mauvaises de toutes. Seule issue : l’exil” — les dernières heures à Buenos-Aires, les départs de tous les amis et celui de la grande, la très grande psychanalyste et amie, Marie Langer — trop peu connue en France. “Ciao Buenos Aires, ciao“.

Le départ, la découverte et l’adoption de et par Salvador de Bahia, nouvelle patrie et autre femme qui lui feront découvrir les plages psychothérapeutiques et le Candomblé — dont il dira, un de ses raccourcis délicieux, qu’il “est à l’Eglise catholique ce que Plataforma (groupe psychanalytique révolutionnaire argentin dont il fut l’un des fondateurs à la suite de mai 68 et dont il dit aussi, autre formule, qu’il y était question de teindre la psychanalyse en rouge) fut à l’IPA” — tout cela, Madrid et la France aussi bien ne lui fera jamais oublier ces années, celles de l’enfance, de l’adolescence et de la découverte de la psychanalyse, celles de “…ces longs étés aristocratiques des années 40” à Mar del Plata, celles d’une époque où “Sans perdre de vue les différences” l’Argentine avec “Evita, Che Guevara, Borges, Cortazar et Astor Piazzolla” connut une “effervescence freudienne” qui pouvait évoquer la Vienne de la fin du XIX° siècle, “… celle des Freud et Wittgenstein, Kafka et Weininger, Strauss et Malher” .

À l’image du livre, décors de légèreté trompeuse laissant percer les blessures de la vie, son titre, si l’on veut bien s’y arrêter, est porteur de ce savant mélange qui fait se côtoyer le registre du burlesque et celui de la réflexion existentielle : séparations nécessaires ! Qu’est-ce qu’une vie, une vie véritable marquée par le refus du leurre, une vie construite au plus près du vrai du désir de celui qui en est l’acteur principal, si ce n’est d’abord et toujours une succession de séparations, d’abandons, de renoncements et de deuils, tous processus où viennent à se mêler le courage et la lâcheté, le plaisir, passion et gourmandise, la honte, amertume et désespoir.

Il fallait savoir faire sentir ce double registre, savoir faire alterner ce temps de la découverte, de la passion, ce temps de la confrontation avec l’inconnu et l’étranger avec celui du souvenir, de la blessure, du ratage et de la dérobade. Emilio Rodrigué s’y emploie avec brio, parvenant à faire avec l’histoire parfois désopilante de sa vie, un long chapitre de l’histoire de cette psychanalyse toujours déchirée entre un légitime souci de rigueur et les risques inhérents aux nécessaires avancées. Une formule dit bien ce qu’il en est de ce conflit permanent entre la frilosité à laquelle conduit l’excès de prudence et le risque de charlatanisme inhérent au refus de toute forme de règles : évoquant son expérience de “traitement complet en une seule séance” — de quoi faire frémir, voire hurler les orthodoxes de toutes espèces à Paris ou ailleurs — Emilio Rodrigué, qui s’est toujours gardé de vouloir “faire école”, écrit “Je ne veux pas dire par là que mon canapé lit est un modèle à imiter, mais que chaque analyste doit inventer son propre divan“. À sa manière, gardons-nous de juger, plus encore de rejeter au nom d’un dogmatisme desséchant, ses expériences parfois invraisemblables, exerçons-nous plutôt à y trouver matière à réflexion.

Enfant chéri, enfance dorée, enfant dernier né et tardif d’une riche famille argentine, pour partie d’origine française, qui fréquente l’Europe comme d’autres la banlieue de Buenos-Aires, le jeune Emilio Rodrigué, qui assumera non sans une certaine douleur le surnom de singe qu’il saura par la suite parfaitement utiliser, recevra de son père, entre autres cadeaux initiatiques, de ceux qui fabriquent un homme, la possibilité de découvrir Freud au seuil de ses études de médecine. Avec l’autorisation de “Papa”, le jeune singe inhibé et jaloux entame une analyse avec l’analyste alors le plus coté de la capitale argentine, Arnaldo Rascovsky : “Dès la seconde séance, je m’allongeai sur le divan et un monde merveilleux s’ouvrit à moi“. La passion est née qui le fait, le fera se découvrir “écouteur” en toute circonstance, gourou jamais dupe de lui-même. C’est donc vers cette “profession sans prestige, une affaire de juifs et de coiffeurs pour dames”, la psychanalyse, qu’il se lancera non sans inquiéter sa riche et toute nouvelle belle famille.

Mais Beatrix, sa première femme, la mère de ses enfants, cette grand-mère qu’il conte avec drôlerie à ses petits enfants, car il lui faut toujours, il le dit, un interlocuteur, fut-il un chien, pour écrire, Beatrix, “une lionne” le suivra et l’épaulera jusqu’à leur séparation. Désireux de quitter le cocon argentin, psychanalytique autant que familial, le conquistador en rupture de ban avec son analyste et avec ses pairs, partira en Angleterre en un temps où la psychanalyse s’y épanouissait avec vacarme. Il y fera deux séjours, dont l’un dans un dénuement matériel auquel le fils de famille n’est guère habitué. Le temps d’y faire deux tranches d’analyse avec la grande Paula Heimann, cette élève de Mélanie Klein qui sera l’une des rares parmi ceux-ci à s’opposer à cette “dame de fer” de la psychanalyse avec laquelle le jeune Argentin travaillera à son tour.

À Londres, au cours de son premier séjour, Emilio connaîtra les ultimes soubresauts, avant la trêve, de ce que les historiens de la psychanalyse appellent les grandes controverses, ces affrontements homériques entre les partisans d’Anna Freud, gardienne du temple, et les adeptes du renouveau kleinien. Il rencontrera, échangera et travaillera avec ces gloires de la psychanalyse britannique que furent Winnicott ou Masud Kahn parmi d’autres. Le retour en Argentine tout auréolé par cette prestigieuse formation anglaise et par la publication d’articles qui attirent l’attention est triomphal.

Mais l’homme est indocile, peu respectueux des ordres établis qu’ils soient professionnels ou amoureux, curieux de tout, de tous et plus encore peut être de toutes, il est menacé d’être de nouveau exclu de la jeune société de psychanalyse argentine. Il repart alors aux Etats-Unis pour un long séjour à Stockbridge, à la prestigieuse clinique Austen Riggs, communauté thérapeutique utopique, où il deviendra un personnage de premier plan aux côtés, excusez du peu, de ces gloires de la psychanalyse américaine que furent Erik Erikson ou David Rapaport, mais qu’il quittera parce que ne parvenant pas à faire entendre la portée des conceptions kleiniennes dont il s’était imprégné.

Deuxième retour en Argentine, il ne sera pas plus aisé que l’exil à venir. Les retrouvailles, passé le moment d’émotion, sont rarement plus faciles que les séparations : le temps s’écoule et les générations montantes ne se gênent pas pour marginaliser les “vieux” ; étrange chose constatera Emilio Rodrigué que de soudainement se ressentir à 46 ans comme un dinosaure. Lacan, sa lecture et son influence se font alors sentir en Argentine, vague comparable à celle du kleinisme quelques décennies plus tôt. Sans se départir de son humour mais toujours aiguillonné par sa curiosité et sa culture psychanalytique, Emilio Rodrigué “s’y mettra”, avec mesure et prudence, son expérience kleinienne l’ayant prémuni envers toute forme d’idolâtrie.

Au moment de refermer ce livre que l’on ne saurait raisonnablement résumer, il n’est pas impossible que le lecteur séduit, voire transporté, ressente ce petit pincement dépressif qui commence de vous saisir à la tombée du soir, le dimanche, à la fin de ces après-midi heureux, ceux où le groupe de jeunes analystes argentins jouait au foot comme des enfants. Alors vous vous rappellerez cette observation malicieuse de l’ami Emilio, une parmi tant d’autres : cette heure difficile, c’est “l’heure des vêpres, pendant laquelle, selon Neruda, les évêques se masturbent“. Subversif avec bonhomie, Emilio Rodrigué : il faudrait que nous sachions encore l’être.