Évaluation quantitative à l’université = psychanalyse hors les murs dans les faubourgs où se trouve déjà la psychothérapie relationnelle. Bienvenue au club.

Grand meeting pour que vive la psychanalyse

Voici coup sur coup deux communiqués signés Jacques-Alain Miller, dans lesquels ce dernier prend ses distances avec le chef de l’État confondu en chef de gouvernement. Le mieux sera de venir aux journées de février pour avoir le cœur net de ce qui se passe et ne se passe pas, s’annonce et se prépare vraiment, dans la zone de brouillard politique où l’on avance sans savoir si l’on progresse. Les médias ont donné de leurs trompettes, qu’est-ce que cela va donner en retour, qu’est-ce que les responsables vont en faire ?

Nous aurons la responsabilité, nous les psys humanistes, psychanalystes et psychothérapeutes relationnels, de tenir nos institutions et écoles quoi qu’il en soit. Venez nombreux vous montrer, vous rencontrer, vous compter, ne pas vous en laisser compter, peser dans la balance.

Philippe Grauer


grand meeting pour que vive la psychanalyse

9 et 10 février à la mutualité

1) Quelle politique de civilisation ?

“Réhumaniser” la société : comment ?

Cognitivisme ou Psychanalyse

Vivre sous Sarkozy


Communiqué n°17

Chers collègues, j’ai fait connaître cet après-midi au cabinet présidentiel l’existence du Meeting à la Mutualité, en demandant que l’on me dise une bonne fois si nous devons considérer que l’élimination de la psychanalyse à l’Université est programmée et ira à son terme, ou si le pouvoir politique interviendra, comme cela a été le cas par le passé.

En effet, depuis 1991, les expertises effectuées au département de psychanalyse par des équipes cognitivistes lui ont toujours été défavorables, et ce sont les ministres successifs de l’Éducation nationale qui ont chaque fois décidé personnellement de ne pas suivre les recommandations de ces experts. En tout état de cause, nous ne laisserons pas couper les liens de la jeunesse avec la psychanalyse : ce serait consentir à la disparition à terme de notre pratique.

Ou bien ce lien sera maintenu au sein de l’Université, ou bien nous agirons en dehors de cet appareil d’État, dans la société civile, sur le modèle de nos Sections cliniques. Quand l’Argentine était aux mains des militaires, tout un secteur universitaire privé s’était développé en marge de l’Université officielle, et cela n’a pas trop mal réussi à nos collègues.

Si le sarkozysme laisse l’évaluation quantitative développer ses effets néfastes, eh bien, nous prendrons exemple sur les Argentins. Et comme nous ne vivons pas sous une dictature, mais en démocratie, nous saurons le dire haut et fort.

Bien à vous, Jacques-Alain Miller, le 22 janvier 2008


À quoi nous ajoutons au Cifp que nous constituons déjà un lieu alternatif, en bonne règle éthique et déontologique, décidé si nécessaire à marcher d’un même pas, avec les écoles agréées Affop, dans la même direction avec la même détermination.

Philippe Grauer


2) Le sarkozysme est-il un humanisme ?

Meeting pour la psychanalyse et contre le cognitivisme

9 et 10 février à la Mutualité

Communiqué n°18

Chers collègues, le Président de la République annonçait le 8 janvier, dans sa conférence de presse, qu’il s’engagerait dans la campagne des élections municipales. Hier, il avait changé d’avis : “Je n’ai pas à m’en mêler”. C’est encourageant : voilà un homme qui n’a pas peur de se dédire à deux semaines d’intervalle. Nicolas S. est un sujet profondément original, qui n’a rien de convenu, un sujet non standard. En particulier, il n’a pas le sens des limites (“il n’existe pas de x tel que…”). La transgression lui est donc naturelle. Il bouscule toutes les conventions ; il pratique comme il respire le mélange des genres ; il croit, et fait croire, que “tout est possible” ; il convient parfaitement à une époque où l’on adule qui fait “bouger les lignes”.

Il les fait si bien bouger qu’il n’y a pas pour lui de barrière étanche entre le oui et le non. Cela laisse de l’espoir. Il a pris parti pour l’évaluation généralisée, on ne voit pas pourquoi il ne pourrait pas en rabattre. Pour ce quantitativiste, le nombre que nous serons à la Mutualité comptera.

Bien à vous, Jacques-Alain Miller, le 23 janvier 2008

Éducation nationale : silence on fiche

Gérer les élèves : expression prometteuse de problèmes en tous genres. Depuis quand gère-t-on des personnes ? considérées comme un stock. La novlangue informatique et privation de libertés progresse à l’Éducation nationale, et avec elle une politique du tout contrôle tout cognitif. Ajoutez-y la politique de la Ritaline et le tableau sera complet.

Nous n’avons pas directement affaire à cela dans nos cabinets, quoique à la réflexion nos patients soient parents. Cette logique du fichage ferait vite tache d’huile, à partir du moment où imprudemment on la laisserait s’installer quelque part dans l’appareil d’État. Vous pensez que le secret professionnel des psychothérapeutes relationnels et psychanalystes tiendrait le coup devant l’instauration d’un “secret partagé”, devenu de polichinelle ? L’ami J-F Cottes a bien raison de tirer la sonnette d’alarme.

Philippe Grauer


Il a été question plusieurs fois ici du fichier informatique Base Elèves que l’Education Nationale avait expérimenté. La décision a été prise de le mettre en service et de le généraliser à tous les élèves.

De nombreux mouvements ont eu lieu pour remettre en cause l’expérimentation. De nombreux directeurs d’école ont refusé de le mettre en place. Face à cette mobilisation des rubriques du projet initial ont été écartées, des « assurances » ont été apportées que les données les plus sensibles resteraient au niveau local.

Mais les dangers d’utilisation de ce fichier demeurent, c’est donc son existence même qui est mise en cause par les signataires de la pétition Nos enfants sont fichés, on ne s’en fiche pas.

Ce texte demande la suppression immédiate de Base Elèves.

Vous pourrez vous informer plus précisément et signer la pétition à l’adresse :
Signez-la-petition-pour-le-retrait-de-Base-eleves

Vous y consulterez la liste des premiers signataires et des organisations, dont l’InterCoPsychos, qui soutiennent cette initiative.

Jean-François Cottes


NOS ENFANTS SONT FICHÉS, ON NE S’EN FICHE PAS !

LES SIGNATAIRES DE CETTE PÉTITION NATIONALE RÉCLAMENT LA SUPPRESSION IMMÉDIATE DE BASE ELEVES

Bientôt, tous les enfants en âge d’être scolarisés qui résident en France seront fichés dans le système Base élèves 1er degré. Elaboré en l’absence de tout débat démocratique sur sa finalité, son fonctionnement, ses possibilités de croisement avec d’autres fichiers (police, justice,…), il est en voie de généralisation sur tout le territoire, après une simple déclaration à la Cnil le 24 décembre 2004. Sa mise en place rencontre de fortes oppositions de la part de parents d’élèves — mais nombre d’entre eux ignorent jusqu’à son existence —, d’enseignants, d’associations et d’élus. Des conseils municipaux se sont prononcés contre ce fichage, des parents le refusent, des directeurs d’école sont opposés ou réticents (ils sont alors soumis à de fortes pressions de leur hiérarchie)… mais rien ne semble pouvoir arrêter une administration qui minimise les dangers du système.

Des informations sur les enfants et leurs familles qui, jusqu’à présent, ne sortaient pas de l’école, deviennent partiellement accessibles aux maires, et remontent jusqu’à l’échelon académique, et même au niveau national avec un identifiant (la liste des informations se trouve en Annexe). Ces données transitent via Internet. Personne n’a oublié le scandale de juin 2007 qui a mis en évidence l’absence de sécurisation — tout un chacun pouvant avoir accès aux données personnelles des enfants et de leurs familles.

La plupart des données individuelles nominatives seront conservées quinze ans. La finalité affichée du traitement est d’« apporter une aide à la gestion locale des élèves, assurer un suivi statistique des effectifs d’élèves et permettre un pilotage pédagogique et un suivi des parcours scolaires ».

Mais dans la mesure où il va ficher tous les enfants — y compris ceux qui sont scolarisés dans leur famille — l’une des utilisations vraisemblables de ce système se trouve dans la Loi de prévention de la délinquance du 5 mars 2007. Cette loi place le maire « au centre de la politique de prévention » avec de nouveaux pouvoirs, en le faisant notamment bénéficier de la notion de « secret partagé » avec différents acteurs sociaux. Les enseignants sont associés à ce dispositif de contrôle social : l’article 12 de la loi modifie le Code de l’Education en précisant que les établissements scolaires « participent à la prévention de la délinquance ». Base élèves se situe donc dans la droite ligne du rapport Benisti qui, pour prévenir « les comportements déviants », préconise la détection précoce des troubles comportementaux infantiles dès la crèche…

Sous la pression d’un mouvement de protestation de parents d’élèves, d’enseignants et d’organisations de défense des droits de l’Homme, le ministère a annoncé le 5 octobre 2007 la suppression des champs relatifs à la nationalité (Annexe note(2)) – tout en maintenant le lieu de naissance.

Pour l’enfant, individu en devenir, toute information sortie de son contexte peut être source de discrimination. Confier autant de données personnelles à une administration qui pourra les faire circuler par Internet et les utiliser à des fins qui ne sont pas précisées, nous semble dépasser ce qui peut légitimement être exigé des familles. L’école doit rester un lieu protégé, un lieu où l’enfant doit pouvoir se développer sans être enfermé dans son passé.

Convaincus que les libertés individuelles sont trop importantes pour être abandonnées au bon vouloir des gouvernements et des administrations, nous demandons la suppression définitive du système Base élèves et des données déjà collectées.

PSYCHANALYSE : lit de Procuste contre divan

Se replier serait mortel pour la psychanalyse

Recueilli par ÉRIC FAVEREAU

LIBÉRATION : samedi 19 janvier 2008


Incroyable calendrier des médias. Du Jour au lendemain Le Monde puis Libération publient deux textes de référence sur la question de l’expertise et de l’empire et emprise du Chiffre dans le domaine de l’âme dont nos apprentis Procustes munis de leurs ordinateurs et certitudes à deux balles confirmées par résonnance magnétique et dissonnance cognitive ambitionnent
de brider la pensée et la clinique dans notre pays.

Nos nouveaux Ronds de cuir devenus Folamours de l’écran et du recueil de données tout azimut s’en prennent au domaine de la subjectivité source de toute liberté, ils s’en prennent en fait non à nos libertés mais à notre liberté, au fondement même de notre humanité, qu’ils s’imaginent pouvoir piéger, statistiser et randomiser comme de vulgaires objets d’une sociologie de bazar, quand ils ne s’imaginent pas réaliser des clichés de nos pensées et certainement bientôt de nos fantasmes, et qui sait, demain, de nos rêves : l’injection faite à Irma en 3-D ce serait grandiose !

Le ridicule et l’impuissance les tueront, mais auparavant il faut mettre fin le plus vite possible à leur tentative de règne sans partage sur un domaine qui leur échappe par définition et principe. Car ils peuvent avant de finir à la poubelle de l’Histoire infliger d’importants dégâts à la société française.

Les accents polémistes bien connus de Jacques-Alain Miller contrastent avec la pondération d’Élisabeth Roudinesco, qui pour autant n’envoie pas dire ce qu’elle pense de la mauvaise passe dans laquelle les pouvoirs publics peuvent encore éviter de s’engouffrer. On pourra soutenir qu’ainsi il y en a pour tous les goûts. En tout cas la conclusion est la même : attention danger, mobilisons les intelligences, ce que Jacques-Alain Miller se plaît à appeler l’opinion éclairée, mobilisons-nous sans plus attendre !

Philippe Grauer


Gendre de Jacques Lacan. Personnalité très controversée, directeur du département de psychanalyse de l’université Paris-VIII, Jacques-Alain Miller, 63 ans, a créé en 1981 l’École de la cause freudienne. En 1992, il a fondé l’Association mondiale de psychanalyse. C’est sous son autorité que les textes des séminaires de Jacques Lacan sont publiés, au compte- gouttes, regrettent certains. C’est aussi un polémiste. En pointe dans la lutte contre l’amendement Accoyer, qui entendait légiférer sur la psychothérapie, il repart au combat contre les cognitivistes, obsédés de l’évaluation. Il organise à la Mutualité, les 9 et 10 février, un «grand meeting pour que vive la psychanalyse», sur le thème : quelle politique de civilisation ?

On reparle de l’amendement Accoyer, qui cherche à encadrer l’usage du titre de psychothérapeute. Il avait provoqué la colère de tout le milieu analytique. Il revient, mais sous une forme atténuée. Et vous, vous repartez en guerre…

L’affaire de l’amendement est close. Il n’y a plus aucun contentieux depuis que Bernard Accoyer a renoncé à son premier texte, qui se risquait à définir les diverses psychothérapies. Son souci de réguler l’usage du titre de psychothérapeute a été entendu par le milieu psy, qui, depuis bientôt trois ans, est partie prenante de la concertation sur le décret d’application. En revanche, oui, pour moi le combat est devenu permanent.

Mais quel combat ?

Freud avait diagnostiqué jadis un «malaise dans la civilisation». Nous sommes bien au-delà : tout le monde ressent que la civilisation occidentale tend à devenir franchement invivable. Ça suscite des révoltes, une guerre civile, mais qui respecte les formes du débat démocratique.

Certes, mais quelle guerre ?

Il y a une guerre idéologique qui oppose, d’une part, les quantificateurs, les cognitivistes (1), avec leur prétention croissante à régenter l’existence humaine dans tous ses aspects et, d’autre part, tous ceux qui ne plient pas devant la quantification partout. Le fanatisme du chiffre, ce n’est pas la science, c’en est la grimace. Il n’y a pas si longtemps, l’administration, c’était encore des gratte-papier à la Courteline.

Désormais, l’électronique met entre les mains des bureaucraties occidentales une puissance immense de stockage et de traitement de l’information. Elles en sont enivrées, elles en ont perdu le sens commun. Les plus atteintes sont celles de l’Union européenne, héritières des monarchies. Elles vont vers la surveillance généralisée, du berceau au tombeau. Elles aspirent au contrôle social total. Elles se promettent de remanier l’homme dans ce qu’il a de plus profond. Il ne s’agit plus seulement de «gouverner les esprits», comme le voulait Guizot, ni même de les suggestionner par des vagues de propagande massive.

Nos maîtres sont tellement tourneboulés par le progrès inouï des bio et nanotechnologies qu’ils rêvent de manipuler en direct le cerveau par implants et électrodes. Tant qu’à faire, pourquoi ne pas mettre au point une humanité hygiénique, débarrassée une bonne fois de ce que Freud appelait la pulsion de mort, une espèce humaine améliorée, transhumaine ? On en est réduit à se dire : heureusement, il y a le pape !

Car chez des débiles mentaux, quand ils ont le pouvoir, le progrès scientifique engendre des utopies autoritaires qui sont de vrais délires mégalomaniaques. Ça échouera immanquablement, mais en attendant ça fait des ravages. Il ne faut pas laisser faire, même si les clivages nouveaux que suscite cette démesure n’obéissent plus à la logique gauche droite.

Mais en quoi ces clivages concernent-ils la psychanalyse, qui est de l’ordre du domaine privé ?

Depuis le début du XXIe siècle, la bureaucratie a décidé que la santé mentale des populations relevait de ses attributions. Elle a envahi le domaine de l’écoute, des thérapies par la parole, elle s’emploie à le remanier de fond en comble. Dans la pratique, cela veut dire : s’attaquer à la psychanalyse. Chercher à l’éliminer au profit des techniques de persuasion, les thérapies cognitivo-comportementales, qui prétendent que leurs effets sont chiffrables, donc scientifiques. C’est l’imposture du cognitivisme. Le cognitivisme, c’est-à-dire la croyance que l’homme est analogue à une machine qui traite de l’information.

Dans cette optique, il s’agit de faire cracher du chiffre à l’âme. On mesure à qui mieux mieux, on compte tout et n’importe quoi : les comportements, les cases cochées des questionnaires, les mouvements du corps, les sécrétions, les neurones, leurs couleurs à la résonance magnétique, etc.

Sur les données ainsi recueillies, on élucubre, on les homologue à des soi-disant processus mentaux qui sont parfaitement fantomatiques, on s’imagine avoir mis la main sur la pensée. Bref, on divague, mais comme c’est chiffré, ça a l’air scientifique. Tout un fatras de métaphores a ainsi infiltré le discours courant à force de produire et de manier des machines, l’homme contemporain aime à s’imaginer en être une.

Un exemple ?

On vous explique qu’être amoureux, c’est quand votre sérotonine baisse de plus de 40 %. Cela a été mesuré chez des cobayes assurant penser à l’être aimé au moins quatre heures par jour. L’amour fou ? Ça fait monter la dopamine. Donc, si vous avez une propension à l’amour fou, c’est sans doute que vous avez un petit manque de ce côté-là. En revanche, si vous restez avec la même personne, c’est en raison de votre taux d’ocytocine, dit l’hormone de l’amour…

Bref, on retranscrit vos émotions en termes quantitatifs, et le tour est joué. Ce quantitativisme échevelé, qui est un pur simulacre du discours scientifique, s’étend partout. Ça fait le bonheur de l’administration, ça la justifie, ça la nourrit, ça l’incite à recouvrir tous les aspects de la vie.

Tout est à jeter dans le cognitivisme ?

Oh que oui ! C’est une idéologie qui singe les sciences dures, qui les parasite, qui offre une synthèse illusoire. Mais si elle s’est répandue si largement, c’est qu’elle exprime quelque chose de très profond, une mutation ontologique, une transformation de notre rapport à l’être. Aujourd’hui, on n’est sûr que quelque chose existe que si ce quelque chose est chiffrable. Le chiffre est devenu la garantie de l’être. La psychanalyse aussi repose sur le chiffre, mais au sens de message chiffré. Elle exploite les ambiguïtés de la parole. A ce titre, elle est à l’opposé du cognitivisme, elle lui est insupportable.

Vous notez également que cette idéologie du chiffre est en train de s’imposer dans l’université…

L’évaluation a fait son entrée dans l’université il y a vingt ans, mais il y a un saut qualitatif avec l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (l’Aeres). C’est tout récent : elle a été créée par la loi du 18 avril 2006 et installée le 21 mars. Depuis 1985, les organismes chargés de l’évaluation s’étaient multipliés, mais les universitaires et chercheurs étaient représentés dans leurs directions, et ils avaient appris à vivre avec. C’est fini. Tout a disparu au profit d’une agence unique, «autorité administrative indépendante», qui couvre le territoire national. Elle agit sous l’autorité d’un conseil assez bizarre, dont le ministère nomme les membres par décret. Aucun membre élu. De même, le «délégué» national, responsable de chaque discipline, n’est nullement l’émanation de la communauté des chercheurs, il est désigné par le président de l’agence.

Le système a été conçu par le Pr Jean-Marc Monteil, éminent psychologue social cognitiviste. Il est chargé de mission au cabinet du Premier ministre, tandis que l’Agence est présidée par le Pr Jean-François Dhainaut, spécialiste de biotechnologie. Délégué national pour la psychologie : le Pr Michel Fayol, successeur du Pr Monteil à l’université de Clermont-Ferrand, la seule de cette taille d’où la psychologie clinique est rigoureusement bannie depuis des années. Le Pr Monteil m’a expliqué sans rire que c’était en raison de son incompétence notoire en la matière. L’Aeres est un monstre bureaucratique hypercentralisé et particulièrement opaque : rien à voir avec l’Amérique. Ça rappellerait plutôt la défunte Union soviétique.

Quel est le but ? Chasser la psychanalyse de l’université ?

Le but est de rentabiliser la recherche. Le résultat sera très différent. Au nom de la planification totale et de l’objectivité parfaite, on sadise les universitaires et les chercheurs. On répand les passions tristes – inquiétude, perte de l’estime de soi, dépression -, tout en disant d’une voix doucereuse : «Surtout, n’ayez pas peur !» Et en même temps, Sarkozy promet de faire des universités des lieux d’effervescence intellectuelle.

Cette usine à gaz se cassera la figure, bien sûr, mais le plus tôt sera le mieux. A part ça, ce n’est pas seulement la psychanalyse qui est insupportable aux cognitivistes, c’est la méthode clinique, parce qu’elle vise le singulier, alors qu’eux ne jurent que par la statistique. Ils ont horreur du sujet, ils ne connaissent que «l’homme sans qualités», comme disait Musil.

Mais il y a toujours eu un combat entre les cliniciens et les cognitivistes…

Depuis toujours, les cliniciens avaient les étudiants, les cognitivistes avaient les titres universitaires. Ce qui a changé, c’est qu’aujourd’hui les cognitivistes, forts de leurs positions administratives, tentent d’éradiquer leurs compétiteurs. Et ils y arriveront, sauf si la tutelle politique reconnaît que l’unité de la psychologie est désormais un mythe.

Alors, on mettra d’un côté la psychanalyse, la psychologie clinique, et la psychopathologie. Et de l’autre, la psychologie expérimentale et cognitiviste. Chaque domaine avec ses compétences propres. Faute de quoi, la psychanalyse disparaîtra très vite de l’université. C’est ce que j’ai expliqué à Valérie Pécresse à son invitation, et elle est assez intelligente pour ne pas vouloir rester dans les mémoires comme l’Attila de la psychanalyse.

La psychanalyse est-elle en état de se défendre ?

«Vivons heureux, vivons cachés», c’était la devise des psychanalystes. Ce n’est plus tenable. Se replier sur son pré carré serait en effet mortel pour la psychanalyse, car il n’y a plus de pré carré, tout simplement. Bref, les psychanalystes ne sauraient se dispenser de prendre part au débat public.

Il y a, de plus, les pratiques. Il faut innover. Déjà, de plus en plus de praticiens analysés reçoivent leurs patients dans des institutions. Le psychanalyste est en train de se réinventer. On constate que des effets analytiques peuvent se produire ailleurs que dans un cabinet privé. Voici quatre ans, l’Ecole de la cause freudienne a ouvert un centre psychanalytique de consultation et de traitements, dans le Xe arrondissement de Paris, qui accueille gratuitement le tout-venant.

Cela s’est répandu comme une traînée de poudre : sur des initiatives locales, dix autres centres se sont ouverts en France. Quatre en Espagne, et aussi en Italie. Au vu des résultats, les pouvoirs publics soutiennent de plus en plus. Cela témoigne d’une étonnante évolution des mentalités. Ça rejoint ce que Freud avait voulu faire, des dispensaires gratuits.

Vous ne parlez pas de la menace de la psychiatrie biologique et du poids prépondérant des médicaments…

La psychanalyse, ce n’est pas la scientologie. Le recours aux psychotropes n’est pas proscrit par principe.

Qu’avez-vous pensé de la campagne nationale sur la dépression ?

C’est du Knock à la puissance mille. Un discours massifiant qui cherche à pénétrer au plus profond de chacun, pour remodeler le sens de vos émotions les plus intimes. La ministre de la Santé a dû s’apercevoir que quelque chose ne tournait pas rond puisqu’elle a donné son patronage à un colloque que j’organise sur le sujet.

Laissons les cognitivistes. Peut-il y avoir des regards d’évaluation sur les pratiques analytiques ?

La culture de l’évaluation est un leurre. On fait appel à elle pour accomplir ses basses besognes sous le couvert de l’objectivité. On fait comme si le savoir absolu posait son doigt sur vous et vous indiquait ce que vous valez : vous n’avez plus qu’à dire amen. Dans la pratique, l’évaluation est toujours aux mains d’une clique réglant ses comptes. C’est un procédé de type soviétique. C’est la dernière résistance à la loi du marché.

Vous préférez les règles du marché ?

S’il fallait choisir entre l’évaluation et le marché, je préférerais encore le marché. Pour évaluer le département de psychanalyse de Paris-VIII, qui est leader mondial pour la psychanalyse d’orientation lacanienne, on nous envoie quelques malheureux cognitivistes qui, eux, sont à la remorque de la psychologie américaine : ils nous tiennent pour des foldingues. Nous les tenons pour des nuls.

Le contrôle ou la passe, n’est-ce pas pourtant une forme d’évaluation ?

Une élucidation, ce n’est pas une évaluation. Il ne s’agit pas d’étalonner des valeurs sur une échelle préétablie, mais de se rendre disponible à la surprise de l’événement singulier. La psychanalyse, c’est du sur-mesure, pas de la confection de masse. Cela dit, en psychanalyse, on est jugé tous les jours sur ses résultats, mais pas par des experts : par les utilisateurs, par le consommateur.

Comment avez-vous réagi à la grille d’évaluation des ministres, suggérée par le président de la République ?

Folklorique. Personne ne prend ça au sérieux. C’est pour se débarrasser des ministres cossards, ou qui ont cessé de plaire. Cela étant, le sarkozysme est un bien curieux volontarisme, qui oscille entre étatisme et libéralisme. Napoléon ou Raymond Aron, Sarkozy n’a pas choisi, et ça vire à la confusion.

Les socialistes, eux, ont choisi. Le PS a beau être morcelé en coteries, tous ses experts sont hyper-évaluationnistes. Il est devenu le parti de «l’homme sans qualités», le porte-parole des hauts fonctionnaires : «L’intérêt général ? Ça nous connaît, on va vous calculer ça.» Il n’est pas sûr que la gauche puisse faire l’économie de sa dissolution si elle veut renaître un jour.

(1) Le cognitivisme désigne un courant de recherche scientifique endossant l’hypothèse que la pensée est un processus de traitement de l’information.

L’Affop produit son code d’éthique et de déontologie à l’usage de ses écoles.

Un cadre régulateur

En adoptant leur code d’éthique et de déontologie les institutions membres de l’Affop, dont le Cifp, mettent en place un cadre régulateur dont l’importance n’échappera à personne, étudiants, formateurs, psychothérapeutes relationnels, pouvoirs publics, personnes appelées un jour à recourir aux soins des étudiants de nos Écoles devenus psychothérapeutes relationnels.

Une profession majeure

Cette profession est majeure, capable de produire ses dispositifs, tant du point de vue programmatique, ici hors du champ, que procédural. Elle manifeste sa capacité de définir et sécuriser le champ professionnel, épistémologique et éthique qu’elle constitue.

Le terme de déontologie

L’emploi du terme déontologie est limite. Dupont Musard rappelle que formellement du point de vue juridique il n’existe qu’une déontologie de la police qui ne s’étaye pas d’une structuration à proprement parler étatisée, impliquant dans notre domaine un problématique ordre des psychothérapeutes relationnels.

Sur les brisées du SNPPsy

Les auteurs du présent code, qui désiraient s’obliger, ont choisi d’emprunter cette ligne de crête. Le premier pas dans cette direction fut franchi il y a plus d’un quart de siècle par le SNPPsy, qui défricha le terrain avec la vitalité instituante qu’on lui connaît en créant un code de déontologie qui fait désormais référence. L’Affop continue sur cette lancée.

Légitimité de la psychothérapie relationnelle

Le Cifp est heureux de vous proposer ce texte — ici même à TEXTES & DOCUMENTS — qui témoigne de la légitimité des institutions qui l’ont produit, et de la psychothérapie relationnelle telle qu’elle se dispense dans les écoles dont elles répondent.

Un juste exigeance

Nous sommes heureux de prêcher en matière d’éthique par l’exemple plutôt que par l’exhortation ou la dénonciation. Nous nous présentons en disant voilà nos principes et la loi que nous nous imposons pour que notre psychothérapie soit honorable et digne comme il convient à une science que Nietzsche aurait pu dire surhumaine. D’une juste exigence. Voici nos principes et valeurs déclinés en règles. Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre, géomètre en esprit de finesse, comme il convient à une science humaine clinique.

Le regard qui bat. . . Le cinéaste et son œuvre

Proposé par Psychanalyse Actuelle, Le Regard Qui Bat, c’est une fois par mois la projection d’un film suivie d’un débat entre spectateurs, cinéastes, psychanalystes, philosophes, historiens.



Allons au cinéma et débattons-en. On verra bien ce qui en sortira. Nous, à la sortie, mais dans quel état ? il faudra y être allé pour le savoir et savoir si ça vaut le coup d’y revenir. À propos, on murmure qu’au cours du prochain Forum de février, serait proposé un film.

Au fait, vous connaissez les Ciné-philo à l’Entrepôt, conduits par Daniel Ramirez, notre philosophe à nous ? un autre plan-séquence intéressant.

Philippe Grauer


[Image : Sans titre]
Le dimanche 20 janvier 2008 à 10H30 au cinéma LA PAGODE (57, rue de Babylone 75007 PARIS), projection du film Tout est illuminé(2004) de Liev Schreiber

Projection suivie d’un débat animé par : M. Landau, J-J. Moscovitz, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, C. Erman, N. Farès

LE SYNOPSIS

Jonathan, un jeune Juif américain, se rend en Ukraine pour retrouver la femme qui sauva son grand-père durant l’occupation nazie.

Ce voyage, entamé dans des circonstances les plus absurdes, avec le fol espoir de recomposer l’histoire d’une famille, sera marqué par une étonnante série de révélations

AVANT PROPOS AU DÉBAT

Quand la douleur est si forte que le silence remplace l’histoire. Humour cynique et décapant pour un road-movie à travers l’Ukraine sur les traces d’un grand- père mythique, à la recherche d’un schtetl disparu. Et quand le passé revient d’un coup, réalité brutale, violente, terrible, comment faire avec le poids du déni de toute une vie ?

Monteil reconduit Miller dans sa voiture de fonction : on attend la suite.

Le Communiqués se bousculent, Jacques-Alain MIller se fait recevoir partout. Il plaise la cause du département psychanalyse à son tour assailli par les arpenteurs de Monteil. Nous verrons ce que valent concrètement les bonnes paroles et bons procédés échangés au cours de ces entrevues.

Plus que jamais l’opinion éclariée restera vigilante.

Philippe Grauer


Université de Paris VIII

Département de psychanalyse

Le directeur

Communiqué
du 19 décembre 2007

Le recteur Monteil m’a reçu hier après-midi. L’entretien était prévu pour durer une heure, il a duré le double.

M. Monteil m’a tenu un long discours sur sa carrière d’enseignant, de chercheur et de haut fonctionnaire, que j’ai pris en note, et dont il doit corriger aujourd’hui le texte pour publication dans mon journal, LNA-Le Nouvel Âne. Pour ma part, je lui ai expliqué dans quel contexte de pression évaluationniste de la part des psychologues cognitivistes j’avais écrit il y a quinze jours ma diatribe contre lui.

Je lui ai indiqué qu’il convenait de préserver la place, au demeurant modeste, de la psychanalyse à l’Université, et qu’à cette fin, il était indispensable de scinder la psychologie expérimentale et cognitiviste, d’une part, et, d’autre part, la psychologie clinique, la psychopathologie et la psychanalyse. Il n’a pas fait d’objection de principe à cette idée.

Nous avons longuement conversé. Il m’a remis un certain nombre de ses travaux scientifiques, la plupart en anglais. Je lui ai dit que je les lirai et en rendrai compte.

Dans les derniers moments de notre rencontre, je l’ai informé de la composition de l’équipe de visite que l’AERES dépêchait à l’équipe doctorale de mon département. Je lui ai dit que j’estimais cette composition inadéquate, et qu’il était inopportun à mon sens de soumettre à l’opinion d’un psychologue expérimental psychanalyste “autoproclamé” les travaux effectués sous la direction du fondateur de la principale organisation internationale lacanienne — seconde en importance dans le monde après celle créée par Freud voici un siècle.

Je lui ai fait part de mon intention de mettre publiquement en cause la composition de cette équipe, et d’en désigner nominativement les membres au cas où l’AERES persisterait dans son projet de leur faire évaluer notre activité universitaire. La persécution du département de psychanalyse par les cognitivistes a commencé en 1991 ; les ministres successifs sont à chaque fois intervenus personnellement en faveur du département ; le moment est venu d’une solution institutionnelle globale et définitive.

Il a mis à ma disposition sa voiture et son chauffeur pour me ramener à mon domicile, après avoir tenu à me raccompagner dans la cour du 58, rue de Varenne. Je l’ai remercié de sa courtoisie.

Jacques-Alain MILLER

Jacques-Alain Miller reçu par la ministre Valérie Pécresse :”je vous fais confiance”

Dans une partie comme celle-là, on comprend ce qu’on veut et ce qu’on peut. On comprend que l’axe Gori-Miller vibre cette fois sur la corde Miller. Qu’un certain Monteil, ex directeur de la Recherche placé maintenant plus haut, continue de travailler à ruiner la psychanalyse à l’université, et que des contre-plans s’ourdissent. Nous suivons avec attention ces frémissements politiques.

La bataille s’est déplacée à l’université. Pour l’instant nos Écoles ne sont pas sous le feu de leurs détracteurs. Nous profitons de ce répit pour parfaire nos formations et restons solidaires de nos alliés.

Philippe Grauer


Université de Paris VIII — département de psychanalyse

le directeur

Communiqué

du 17 décembre 2007

Répondant à l’aimable invitation de Mme Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, j’ai eu l’honneur d’une audience dans son bureau de la rue Descartes, aujourd’hui en fin d’après-midi.

La ministre m’a permis de lui exposer à loisir les problèmes soulevés par l’action des évaluateurs dépêchés au département de psychanalyse comme à la plupart des formations universitaires de psychologie clinique et psychopathologie.

La nouvelle Agence d’évaluation qui a vu le jour cette année, l’AERES, a commencé de déployer à travers la France ses agents, “délégués scientifiques” et “visiteurs”. Leur légitimité et leur compétence sont souvent rien moins qu’éclatantes. Tous ont été sélectionnés et nommés dans des conditions dont on ne sait rien. Il paraît difficile d’arguer en leur faveur de la fameuse “évaluation par les pairs”. J’ai donné des exemples.

Le président de l’AERES a réuni mercredi dernier les responsables de toutes les équipes doctorales de la capitale. L’événement a mis en évidence l’attitude expectante de la communauté universitaire. Il est néanmoins perceptible que celle-ci s’inquiète de voir l’avenir de l’enseignement supérieur et de la recherche tributaire des méthodes et des choix d’une Agence nationale unique, hyper-centralisée, au fonctionnement particulièrement opaque. La dire indépendante présage la défausse.

Je n’ai pas caché à Mme Pécresse mon intention de faire appel à l’opinion éclairée : quoi de plus logique que d’évaluer les évaluateurs ? Quant aux divers personnages du cognitivisme français qui, sous couvert de l’AERES, ont voulu et préparé l’éradication des universitaires psychanalystes et cliniciens, ils auront tôt ou tard à répondre de leurs motivations devant le public, comme je suis moi-même disposé à le faire.

Il ne m’appartient pas de rapporter ici les propos de la ministre. Toujours est-il que Valérie Pécresse a su me donner le sentiment d’être écouté, et même entendu. “Je vous fais confiance”, lui ai-je dit en conclusion de notre entretien.

Jacques-Alain MILLER

Roudinesco et Gori aux parlementaires : pour la “psychodiversité”.

UN TOUT TOUJOURS TROP SEUL

Philippe Grauer

Au tout psychique et tout social succède le tout chimique , tout biologique (maître mot : ADN), le tout quantitatif et managérial (maître mot : gestion) : les tout se succèdent. Le malaise psychique et la santé mentale (maître mot : DSM), relevant de deux épistémés différentes, restent. Ainsi que les maladies neuro-dégénératives, qui constituent encore un autre type de réalité.

Bien entendu l’hôpital psychiatrique s’est ouvert avec la prodigieuse découverte de la camisole chimique, et s’est développée la psychiatrie de secteur. Las, la psychiatrie est en voie de disparition. Plus ça change, et cela change vraiment sur certains plans, et plus c’est la même chose : les tout font toujours aussi mal. Leur répartition selon le carré psy tourne à présent en faveur d’une psychologie tout cognitivisme et d’une médecine tout médocs . Et la dimension humaine et subjective, et la clinique dans tout cela ? toutes à la poubelle ?

On se référera avec profit à

– pages 26-28, Élisabeth Roudinesco, Relativité historique des normes pathologiques

– pages 41-43, Roland Gori, Les nouveaux sujets de la santé mentale .

Ces deux communications illustrent notre tendance à préférer le pluralisme au nettoyage par le vide des tout , qui nous ramèneraient à une grande misère si l’on commettait l’imprudence de ne pas les contenir.

[Document : 2èmes Rencontres parlementaires sur la Santé mentale]

SNPPsy — rapport moral 2007 : soutenir la psychanalyse en danger à l’université

SNPPsy
Psychothérapeutes relationnels & psychanalystes

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 14 DÉCEMBRE 2007
reportée du 16 Novembre pour cause de grève

RAPPORT MORAL

par PHILIPPE GRAUER

[Document : Assemblée générale du 14 décembre 2007 : rapport moral]


Nous vous communiquons le Rapport moral du SNPPsy avec son autorisation, qui expose la philosophie politique de l’organisation pluraliste qui inspire notre École multiréférentialiste. Nous l’inscrirons ultérieurement à Textes et documents, où il trouvera tout naturellement sa place.


Nous autres psychothérapeutes relationnels et autres psychanalystes, l’an dernier, à la même date, redoutions le maléfice de l’écriture du décret d’application d’un certain article 52, au bénéfice d’une coalition hétérogène des grandes organisations de psychologues universitaires recentrés sur le comportementalo-cognitivisme, de psychanalystes conservateurs, de psychiatres représentant la tendance organiciste en médecine, rassemblée sous le mot d’ordre de La psychothérapie aux diplômés en médecine et psychologie, sus aux charlatans (1“)qu’appuyaient des psychanalystes irréductibles !

L’article 52 est mort, membres de la Coordination psy, nous avons eu sa peau. SNPPsy et AFFOP réunis, les deux seuls à résister fermement jusqu’au bout, à continuer, en fournissant des dossiers solidement argumentés (2“), à exiger le rejet pur et simple du décret d’application d’une loi inapplicable, ont fini par l’emporter. Le Conseil d’État a suivi nos conclusions et annulé dans les faits le projet de décret d’application. Nous pouvons en être fiers. Aujourd’hui nos adversaires reconnaissent l’inanité du texte de la loi 52. Savourons notre victoire et poursuivons le combat.

Dans de bien différentes conditions. Meilleures il faut le dire en ce qui nous concerne. Nous ne sommes plus pour l’instant soumis au feu nourri direct de l’hystérique chasse aux charlatans qui comme nous l’analysions préludait à d’ultérieures grandes manœuvres contre la psychanalyse. Nous ne sommes pas stupides et ne considérons pas qu’il y ait lieu de se réjouir de voir à présent attaquer nos alliés plutôt que nous. Comme précédemment c’est l’un puis l’autre, et si par malheur la psychanalyse prenait des coups, nous évaluons, car nous aussi sommes capables d’évaluation, que les suivants seraient pour nous.

Nous nous réjouissons d’avoir gagné contre la loi Accoyer en la faisant renvoyer par le Conseil d’État au cimetière des monstres législatifs non viables. Nous réjouissons d’avoir contribué à tenir vivace la Coordination psy . Nous nous réjouissons d’avoir manifesté le courage politique d’aller dire aux Sauvons la clinique que nous étions pour l’union de tous les psychanalystes, d’avoir tenu à leur exprimer notre soutien solidaire tout en rappelant que Jacques-Alain Miller avait fait preuve de lucidité politique dès le début de la crise Accoyer, nous nous réjouissons d’avoir de la sorte contribué pour notre modeste part à l’alliance Gori-Miller qui donne vie à cette union.

Nous nous réjouissons de pouvoir considérer que, avec les 7500 psychothérapeutes — dont combien de relationnels parmi les environ 5000 organisés que l’ensemble de nos institutions historiques représentent ? — aux côtés des 7000 psychanalystes, nous représentons une force politique importante — à condition de rester tous unis. Bien entendu les effectifs modestes de notre syndicat ne nous inspirent pas une inflation narcissique qui serait peu en rapport avec la réalité. Nous pouvons prendre appui sur le fait de produire des analyses et des actes justes pour espérer continuer d’influer sur le cours des choses, et nous devons considérer sans cesse en même temps notre faiblesse relative.

Nous devons (…) inciter nos membres et bien au-delà ceux que nous sommes capables d’influencer, à se déplacer physiquement lors des forums et autres manifestations organisées par nos alliés. Nous avons encore un considérable travail militant à effectuer, pour faire comprendre à l’ensemble de nos membres qu’ils doivent impérativement personnellement s’engager s’ils veulent peser dans la balance de l’Histoire, s’ils veulent compter, et faire le geste de signer la pétition Sauvons la clinique , qui continue d’avoir besoin de notre soutien signataire. Les psychanalystes de Sauvons la clinique font leurs comptes, et mesurent par là si nous comptons pour de bon ou pour du beurre. Ils nous demandent nos signatures, une par une, ils ont besoin de cet appui. Par quelle inconscience irresponsable tarderions-nous davantage à peser de tout notre modeste mais non insignifiant poids dans la balance de la réalité ? Pas une signature des membres du SNPPsy ne doit manquer à cette pétition, si nous entendons peser de tout notre petit poids dans l’équilibre actuel des forces, si nous entendons donner à notre syndicat l’autorité morale et politique qu’il mérite et dont il a besoin.

Le ton et le contenu de l’appel Sauvons la clinique ne nous a pas au premier abord paru politiquement si bien placé. Nous connaissons par ailleurs la véritable répulsion que de nombreux psychanalystes mandarins peuvent éprouver pour notre milieu et une partie de notre personnel politique, pour le mauvais objet intellectuel que nous représentons à leurs yeux. Nous connaissons les antagonismes qu’a vu surgir et s’aiguiser l’histoire européenne dans l’univers psy, dont nous sommes partie intégrante. Nous connaissons les difficultés qui entravent de leur côté l’unité d’action avec nous, à commencer par notre appartenance à la Coordination, tant les tensions demeurent vives dans le milieu psychanalytique français et international lui-même.

Nous savons qu’il faut impérativement dans le contexte actuel s’unir tous si nous voulons constituer ensemble une force suffisante pour faire face à la déferlante cognitivo-comportementale qui revient vers nous. Le SNPPsy, dépassant ses réserves, en tant qu’organisation a signé Sauvons la clinique. Ça n’est pas suffisant. Il nous faut, puisque nous sommes près de 600, 600 signatures individuelles. Artisans de l’unité d’action, nous nous devons, chacun de nos membres se doit, d’ajuster l’exemple de nos actes à nos déclarations et exortations.

Nous devons faire entendre à l’ensemble de nos membres, et à nos amis au-delà, que certains gestes d’engagement en faveur de leur propre profession sont impératifs. Que le geste de s’engager en notre propre faveur, le geste citoyen de l’action commune publique, au moment où c’est avec nos pieds que nous donnerons autorité et corps à notre revendication de reconnaissance, avec nos pieds et nos mains, comme nous l’avons fait pour applaudir le ministre Douste-Blazy venu nous reconnaître nommément, lors du forum historique organisé par Jacques-Alain Miller le 12 février 2005, nous devons leur faire entendre que nous ne serons crédibles qu’à la condition que se trouve honorée notre parole institutionnelle chaque fois, par la signature ou le déplacement, à la première personne du singulier.

Nous devons convaincre nos membres de se mouvoir physiquement, et d’asseoir symboliquement avec leurs propres fesses — ce langage psychocorporéiste ne devrait pas être fait pour nous faire peur, leur détermination à ne pas se laisser faire. Que votre bassin ne soit pas un bassin de rétention, bougez-le jusqu’à la Mutualité ! Nous devons convaincre chacun de venir faire au sens fort du terme, acte de présence aux prochaines manifestations qui s’annoncent. On peut compter sur nous, ça c’est déjà fait. On doit pouvoir nous compter sur place.

Nous nous battons contre la statistique, le comptage et le cochage que des scientisticiens sans âme ni état d’âme opposent brutalement partout où ils le peuvent à la dimension humaine, à l’univers de référence de la relation qui est le nôtre et celui de la psychanalyse, au monde de la dynamique de la subjectivité. Cela nécessite que sur le terrain, sur le terrain de la manifestation, nous soyons soucieux de compter, en nous rendant sur place, d’obliger nos adversaires de compter avec nous. Puisqu’ils ne savent que ça, compter, sachons leur montrer que nous ne sommes pas décidés à nous en laisser compter, et que nous saurons nous compter sur le terrain. Comptons pour de bon, comptons-nous au coude à coude avec les psychanalystes, cessons de jouer les timides, reconnaissons-nous à leur côté, la dynamique de l’union et de la victoire est à ce prix.

Nous comptons bien être représentés au colloque du ministère, et présents en masse, au forum des 9 et 10 février à la Mutualité. Nos professions ne se soutiendront que d’avoir compris qu’elles comportent une véritable dimension politique. Nous devons prendre la mesure de cette dimension. Norbert Hacquart le leader psychologue l’exprimait justement lors d’un des forums qui ont contribué à empêcher les amendements scélérats de passer, enfermés dans nos cabinets ou nos services hospitaliers, nous n’avons pas réalisé que notre activité professionnelle faisait face à des drames socio politiques dont nous n’avons pas eu le souci de parler publiquement, et nous avons eu tort de l’oublier. Il avait raison. Notre profession est tout sauf apolitique. La dimension humaine doit toujours rester prise en compte, la relation ne sera jamais réductible à des grilles d’évaluation relevant d’une épistémologie étrangère à son objet, l’âme humaine. Jamais elle ne sera bureaucratisable, informatisable, protocolisable, submissible à des outils d’un autre âge, de l’âge des cauchemars totalitaires repeints aux couleurs soft d’une post-modernité rétrograde.

Car l’avenir c’est nous qui en sommes porteurs. Face à un monde en mutation, au développement d’admirables technologies futuristes, aux progrès de la techno-science, aux perspectives neurobiologiques vertigineuses, aux angoisses d’une mondialisation dont personne ne connaît les voies qu’elle peut prendre, pires comme meilleures, face aux menaces et responsabilités écologiques du siècle qui vient, notre culture de la relation et de l’inconscient, de la signification de l’existence et de la résolution du vivre ensemble, se révèle indispensable si l’on veut éviter certains naufrages. Jamais peut-être l’adage de Rabelais science sans conscience n’est que ruyne de l’âme , la morale de la Renaissance qui conduisit aux Lumières en même temps qu’à 400 ans d’horreur coloniale, sans parler de celles du XXème siècle, n’aura été autant d’actualité. Et la question de la conscience, c’est nous qui en portons pour une part non négligeable la responsabilité.

Nous devons assumer notre responsabilité d’empêcher les promoteurs du Chiffre d’imposer leur loi d’une inhumanité qui débouche sur celle du totalitarisme, d’imposer l’éviction des tenants du processus de prise de conscience. Il ne s’agit nullement de se battre contre la science, la neurobiologie, ni même contre le comportementalo-cognitivisme lui-même (3“), mais contre le scientisme, la religion de la science, qui en constitue une perversion, contre ce que j’appelle, appliquée à notre domaine, la scientistique. Il s’agit de combattre de cette dernière la volonté délibérée de nous liquider. Il s’agit de combattre l’utopie folle du tout mesurable tout quantifiable, de prévenir la résistible illusion de toute-puissance de Procuste se saisissant du pouvoir. Si Procuste devait devenir le héros du mythe du XXIème siècle , un programme de déshumanisation en masse pourrait s’avancer sur la scène de l’Histoire. À nous d’en épargner nos sociétés et notre histoire. À nous de prendre la parole, de nous déplacer pour manifester ensemble quand il en est encore temps que physiquement nous sommes décidés à tout faire pour maintenir et soutenir la civilisation et l’éthique de la relation et de la personne humaine, pour promouvoir l’humanisme qui inspire notre pratique et nos théories.

(…)


Pour l’heure donc on ne nous tire plus dessus. Pour l’heure et pour l’instant. C’est que collectivement avec nos alliés nous sommes devenus un gros morceau, on s’inquiète de ne plus pouvoir ne faire de nous qu’une bouchée. Sachons cependant que l’adversaire est de taille, sa capacité de nuisance intacte, son lobbying effectif, son Accoyer, homme à idée fixe, président de l’Assemblée nationale.

À peine nos adversaires s’activaient pour obtenir une nouvelle loi qu’ils jugèrent la chose prématurée, considérant notre capacité de réaction et leurs propres dissensions. Les organisations de psychologues — mises à part nos amis psychologues freudiens regroupés au sein de la Coordination psy, ne sont finalement pas reparties immédiatement à l’attaque comme le leur avait suggéré l’inspirateur que vous savez. Ils continuent, pour les mêmes déraisons, à ambitionner de confisquer le titre générique de psychothérapeute à leur profit, à des fins corporatistes vertueusement drapées dans de la protestation sécuritaire. Hors de l’Église point de salut, hors du cognitivo-comportementalisme universitaire sanctionné par diplôme garantissant qu’on est diplômé sans dire véritablement en quoi vu que l’université ne sait pas et ne veut pas former à la psychothérapie relationnelle, hors de l’université délivrant ses certificats de baptême scientistiques, pas de psychothérapie concevable, ni tolérable c’est bien le problème.

Nos psychanalystes conservateurs ayant passé au coup d’avant alliance avec les neurosciences et le cognitivisme pour préserver leurs fauteuils dorés des années 60, en un marché de dupes qui les verrait irrémédiablement boutés hors de la psychologie enfin maîtresse chez elle, se précipiteront-ils à nouveau dans l’alliance contre-nature ? La quête de respectabilité peut faire perdre de vue les principes. La confrontation avec le plan Monteil de liquidation pure et simple de la psychanalyse universitaire peut les confronter à la réalité, secouer leurs illusions et couper court à leurs courtes vues.

À considérer les derniers développements, l’alliance Gori-Miller, les choses cette fois pourraient prendre une autre tournure. On peut espérer une configuration différente. De toute façon la situation a changé. Le ministère de l’Éducation nationale et de la Recherche veut mettre au pas la psychanalyse, nous serons solidaires. Cela n’empêchera pas les psychologues d’agir du côté de la Santé, d’agir contre nous. Le colloque au Ministère de la Santé peut prévenir ce mouvement tournant. Nous comptons figurer parmi les invités, cela concerne Jacques-Alain Miller. Il est logique que nous soyons présents au débat sur la dépression, auquel nous appartenons depuis le début.

Comme vous le savez, notre syndicat cette année encore a déployé son activité du côté de la psychanalyse universitaire, là où il se passe quelque chose. Il se passe que les plans de liquidation de la psychanalyse à l’université pensés depuis des années et mis en œuvre de façon accélérée par le même Jean-Marc Monteil ont provoqué une panique justifiée de disparition proche chez les mandarins psychanalystes qui par ailleurs dans leur grande majorité ne nous estiment pas toujours trop. Mais la question n’est pas là. Elle est si peu là qu’ils nous ont invités à participer à la réunion constituante du mouvement Sauvons la clinique, et continuent de nous demander d’enrichir leur pétition (…).

On ne nous tire plus dessus mais on nous tend des pièges. Venez donc valider le texte que nous avons ourdi contre vous dans notre coin. Nous vous adresserons de beaux signes de reconnaissance, et utiliserons votre caution pour lancer notre vaste campagne : allez vous faire soigner votre supposée dépression chez le médecin et le psychologue exclusivement, contre la déprime, le diplôme universitaire et seulement lui !

Nous avons ainsi tenu notre place auprès de l’INPES, dirigé par un certain dr. Basset, l’INPES qui voulait nous associer et embarquer dans une campagne antidépression rédigée d’avance, pour laquelle il tenait à notre aval. Un aval impossible car il n’était pas question d’avaler qu’il allait falloir confier les populations malades, car il s’agit d’une maladie eh oui, aux médecins et aux psychologues, aux professions légitimes puisqu’à diplômes universitaires. On connaît la chanson. Elle court actuellement sur les ondes télévisuelles. Nous sommes partagés sur l’analyse à produire de cet événement. Ou bien on considère qu’il faut protester énergiquement d’avoir été ainsi bernés et de se voir dénier la capacité d’aider les gens “déprimés” — à quoi diable correspond ce concept fourre-tout épistémologique ? —. Ou bien on ne s’étonne pas de ne pas en être à propos d’une campagne médicale organiciste, on la dénonce et on n’en fait pas une affaire, au vu de son insignifiance.

L’affaire se poursuit, Jacques-Alain Miller parti tête baissée contre la campagne antidépression lancée sans l’avoir associé à sa conception agit auprès du ministère de la Santé pour fomenter un colloque organisé par celui-ci (…) nous participerons nous ne savons pas encore comment, et nous serons de toute façon informés de tout fait important auquel réagir. Préparons-nous en tout cas à tenir notre pleine et entière place au prochain forum de février, et là, comme pour Sauvons la clinique , il faut y aller, j’insiste, en nombre.

Nous avons par ailleurs tenu notre place dans le monde de la recherche et de la communication avec les Journées d’Étude conduites conjointement avec l’AFFOP (4“) sur le thème qui nous est cher de la psychothérapie relationnelle, émergeance d’une identité . Là encore la qualité de ces Journées fut supérieure à la quantité des assistants. Celle-ci ne fut pas ridicule, mais aurait mérité largement le double de son assistance. Au fond nous avons un problème, nos adversaires ont raison, avec le quantitatif. Or c’est au tout quantitatif que nous en voulons, pas au quantitatif seul.

(…)

Nos matinées conviviales au local du Syndicat impulsées par Michael Randolph d’études sur des thèmes d’intérêt général comme
— **
— *** (information à venir)
— clinique de la psychothérapie relationnelle
ont réuni à chaque fois environ 25 personnes, ravies de se retrouver pour réfléchir et échanger ensemble. Nous continuerons.

Nous avons continué d’insister sur la dénomination de psychothérapie relationnelle , à usage tant interne qu’externe. Cela commence à prendre. Un certains nombre d’intellectuels a repris l’expression. Ne la lâchons pas, et insistons à l’AFFOP pour qu’elle ne se dégonfle pas et fasse de même. De même n’évitons aucune occasion de communiquer en termes de Carré psy. C’est ainsi que nous ancrerons l’existence de notre quatrième voie, aux côtés de la psychanalyse en tant que les deux disciplines de la dynamique de la subjectivité. Le Carré psy correspond entre autres au renversement des alliances, la psychanalyse cessant d’être l’allié privilégié d’une psychiatrie en déshérence qui en tant qu’institution ne veut plus d’elle, après avoir tenté et presque réussi de la médicaliser (5“), comprend côté Lacan que nous allons devenir ses alliés peut-être principaux.

Nous avons maintenu que notre légitimité n’est pas et n’a pas à être universitaire. Notre personnalité professionnelle tient aux écoles (agréées Affop(6“)) et à notre titularisation autour des Cinq critères . Le cinquième critère, la reconnaissance par les pairs, est je le rappelle une reconnaissance croisée, exigeante et conviviale : je me reconnais face à mes pairs expérimentés qui me reconnaissent en dialogue dans le même temps. Il ne s’agit pas d’un jury, nous ne sommes pas dans l’habitus universitaire. Les jurys sont pour nos Écoles, dont la validation demande à se voir compléter par la titularisation, le partage et la caution solidaire du titre (7“) .

(…)


L’année et la mandature qui se terminent ont vu notre syndicat gagner en autorité morale et politique et s’affirmer notre parole. Notre situation politique tant du point de vue de notre rayonnement et de nos alliances que de la place occupée dans le dialogue avec les pouvoirs publics s’est consolidée.

L’année qui vient verra se déployer le combat pour la dimension humaine dans la société française et la contre-attaque idéologique, scientifique et politique des tenants de l’humanisme que sont les psychanalystes et les psychothérapeutes relationnels. À terme la dictature du Chiffre ne peut pas grand-chose contre les professions de l’âme si elles se montrent déterminées. Dans l’immédiat et à moyen terme si notre mobilisation se montre à la hauteur de nos tâches — et ceci constitue une impérieuse nécessité, nous pouvons espérer barrer les mauvais plans contre nous et qui sait emporter quelques nouvelles victoires. C’est de tout cœur ce que je nous souhaite et ce que je souhaite à la société française.

  • 1 Fantasme médicaliste. Depuis la naissance de la médecine scientifique, celle-ci revendique le monopole du soin médical, prétendant faire entrer tout soin dans la problématique du guérir. Cela commence à faire longtemps que la médecine se représente comme art de vivre. La version populiste hygiéniste de cette vision du monde c’est ce que Roland Gori nomme excellemment la médicalisation de l’existence. Vivez “scientifique”, c’est-à-dire scientistique, mot valise comprimant scientisme et statistique, vivez Homais.
  • 2 Se référer au beau travail juridique rédigé par Geneviève Mattei et Jean-Michel Fourcade pour le compte de Me De la Varde, à nos archives.
  • 3 Je distinguerai à ce sujet la polémique scientifique, toujours nécessaire, respectueuse de l’adversaire d’École, de la lutte politique contre l’intolérance militante des tenants du cognitivo-comportementalisme à l’égard de tout ce qui touche à la dynamique de la subjectivité.
  • 4 Membre de l’Affop, le SNPPsy ne s’y dilue pas, et c’est conjointement que les deux organisations mettent en place certaines de leurs manifestations. Un singularité institutionnelle qui fonctionne.
  • 5 C’est Lacan et le mouvement qu’il impulsa qui rompit le charme et le monopole à deux. C’est encore la Cause qui comprit la première l’importance de l’alliance nouée avec nous. Les psychologues héritiers de la psychiatrie tournent le dos à la psychanalyse. Les tendances sont nettes. Naturellement, sous le nouveau l’ancien se perpétue, ce qui barbouille la figure. À nous de déchiffrer les tendances, nous appuyant pour cela sur les fortes analyses d’Élisabeth Roudinesco.
  • 6 Les Écoles titularisées SNPPsy constituent le prototype de l’agrément dont nous tenons le cadre malgré un vote à répétition pour l’abandonner, à chaque fois sans le quorum. Après la scission d’avec la FFdP, dans le cadre de l’AFFOP, l’agrément devient apanage de cette dernière, la titularisation d’Écoles au SNPPsy faisant doublon dans une institution qui choisit dorénavant de s’occuper exclusivement des personnes. Nous devrions finir par opter pour l’extinction du cadre syndical précédent au profit du fédéral, bien établi et vérifiable, avec peut-être la création d’un label d’excellence pour les Écoles qui le solliciteraient. Affaire à suivre.
  • 7 De psychothérapeute relationnel.

Jacques-Alain Miller : un allié, un colloque, un forum

Lettre en ligne de l’ECF, interview de Jacques-Alain Miller

Ce 3 décembre 2007


“Le culte imbécile du chiffre” aura-t-il raison à l’université de la psychanalyse ? Cette dernière hébergée en psychologie, calée à l’abri jusqu’ici en philosophie (à Paris 8), avait pénétré profondément la psychiatrie, laquelle a) court à sa liquidation ; b) ayant en cours de route opté pour l’alternative du cognitivisme et troqué sur le chemin de la déshumanisation La science des rêves pour le DSM comme source d’inspiration, recrache le modèle psychanalytique. La psychanalyse universitaire se trouve en mauvaise posture face aux scientistes qui mettent la dernière main à leur plan de substitution de la statistique à la clinique en psychologie. Une vieille histoire qui suit son cours sur un demi-siècle, et dont l’amendement Accoyer, auquel le SNPPsy répliqua sur-le-champ par la proposition de loi Marchand (1“), ne constituait qu’un épisode.

Le Snppsy a suffisamment milité pour que les psychanalystes basés en psychologie et ceux de la Cause basés en philosophie unissent leurs efforts, pour se réjouir qu’ils fassent, face aux coups portés, front commun. On peut conjecturer que l’axe Miller-Gori pèse assez dans la situation pour que la ministre de l’Éducation nationale ne laisse pas le célèbre Monteil continuer de fossoyer la psychanalyse à l’université.

Côté Santé, la campagne à la Knock sur la dépression façon INPES : tout bien portant soucieux est un déprimé qui s’ignore, bombarde bien les téléspectateurs mais nombreux sont ceux qui n’apprécient pas de voir leurs difficultés de vie assimilées à une maladie, qu’ils seraient avisés de promptement confier au médecin dispensateur de Toussouryr 15, la nouvelle molécule qui vous rend le cerveau light.

Les prochaines réunions en Colloque au Ministère de la Santé puis en Forum pourraient produire quelque émotion. La Coordination psy reste vigilante et ne manquera pas de participer. Le SNPPsy fera signer encore la pétition des Sauvons la clinique. La lutte ne fait qu’entamer son rebond. Elle devrait permettre de contenir les ardeurs prohibitionnistes de nos bouillants scientistes, puis de les faire refluer vers leurs territoires d’origine.

Philippe Grauer


TROIS QUESTIONS À JACQUES-ALAIN MILLER
UN ALLIÉ, UN COLLOQUE, UN FORUM

La Lettre en ligne (LEL) : Vous avez annoncé un grand Meeting à la Mutualité, les 9 et 10 février prochains, pour la défense et la promotion de la psychanalyse partout où elle est mise en cause, en particulier à l’Université. Pourquoi ? Que se passe-t-il ?

Jacques-Alain Miller :

Un colloque au Ministère et un prochain Forum

Je suis content de deux choses. D’abord, d’avoir réussi cette fois à annoncer une réunion bien à l’avance, deux mois, alors qu’entre le moment où j’ai inventé le Forum extraordinaire et sa tenue, il s’est écoulé moins de quinze jours. Deuxièmement, de tenir la semaine précédente un Colloque on ne peut plus officiel, “sous le Haut Patronage du Ministère de la Santé”, pour un public restreint de 250, sur invitation uniquement, tandis que le Meeting de la Mutualité réunira 1000 personnes, sous le Haut Patronage, si je puis dire, de BHL et de Sollers.

Jean-Marc Monteil : liquider la psychanalyse à l’université

Dans ce meeting, on reprendra, en haussant le ton, certains des thèmes du Forum : l’étouffement de la Culture par les bureaucrates de l’évaluation forcenée, fanatique ; la recherche fondamentale en biologie étranglée par la folie NeuroSpin ; d’une façon générale, les ravages dus au culte imbécile du chiffre. Mais aussi on informera le public et on le mobilisera contre l’opération en cours dans l’Enseignement supérieur et la Recherche. Cette opération, c’est une “nuit des longs couteaux”, ou, disons, pour être plus exact, une “ année des longs couteaux ”. Lors de conciliabules animés par Jean-Marc Monteil, longtemps chef de la DES — Direction de l’Enseignement supérieur, aujourd’hui conseiller du Premier ministre, il a été décidé de ne pas attendre plus longtemps pour liquider la psychanalyse et la clinique à l’Université.

Les cognitivistes veulent en finir avec la clinique

Les cognitivistes veulent en finir une fois pour toutes avec les cliniciens, dont les cours drainent les flux étudiants les plus importants. Partout en France, les départements de psychologie clinique se voient malmenés, on leur refuse des habilitations, on leur colle des rapports défavorables, on leur supprime des enseignements, on les vexe systématiquement, on leur fait sentir qui tient le manche. L’équipe de recherche du département de psychanalyse, que je dirige, est elle-même dans le collimateur, elle est supposée être “visitée” en janvier sous la houlette d’un maître du cognitivisme français, grand évaluateur devant l’Éternel. J’ai déjà eu l’occasion de le moucher personnellement à deux reprises, il m’a fait ses excuses, oralement et par écrit, c’est oublié, je ne suis pas rancunier, – mais je n’avais pas encore connaissance du panorama d’ensemble : ce que je prenais pour un incident mineur était la pointe de l’iceberg. En un mot, c’est l’offensive générale des cognitivistes, longuement méditée, réalisée en forme de Blitzkrieg, visant notre éradication.

Valérie Pécresse : camouflet à Roland Gori et au SIUEERPP

Ils se sont installés d’emblée dans la phase d’élimination sans phrase : notre ami Roland Gori, à la tête d’un syndicat réunissant plus de 200 psychologues cliniciens universitaires, et fort des milliers de signatures (plus de 8 000) réunis par son manifeste Sauvons la clinique , a sollicité un entretien auprès de Mme Valérie Pécresse ; au bout d’un mois, celle-ci lui a fait répondre que son agenda était trop chargé pour lui permettre de le recevoir dans des délais convenables, et lui a signifié qu’elle ne le recevrait pas. Donc, hautement représentatif de la psychologie clinique universitaire, Gori, avec lequel nous faisions jadis, Roger Wartel et moi, la revue Cliniques, ne sera pas même reçu par un membre du cabinet. Le message est clair, il est univoque : vous êtes déjà morts.

Les excès de l’idéologie cognitivo-comportementaliste

Or, je vais sans doute vous étonner, je ne crois pas du tout que Valérie Pécresse soit personnellement engagée dans cette opération d’extermination. Je sais par Catherine Clément, qui la connaît, que la ministre, alors qu’elle était simple députée, ne manquait pas de sympathie pour notre combat contre l’amendement Accoyer, car elle avait dû s’opposer à ce que l’on fasse bouffer de la Ritaline à ses enfants, et elle a une petite idée des excès où conduit l’idéologie cognitivo-comportementaliste. Non, Mme Pécresse est actuellement l’otage de la politique – qui n’a rien de libéral, qui est d’inspiration PS – que suit depuis plusieurs années la DES. Toute la question pour moi est de savoir si elle aura la force de caractère et l’acuité politique qui lui permettront de s’extraire de cette politique.

Monteil : la méthode du désastre

Celle-ci, qui s’est imposée sous l’impulsion de Monteil, se présente comme moderniste et seule capable de dynamiser l’Université et la recherche en mettant au pas les universitaires et les chercheurs, leurs hiérarques, leurs féodalités, leurs jardins secrets. En vérité, c’est une politique parfaitement ringarde, celle d’une bureaucratie qui ne se sent plus, qui croit que son heure est venue, qui fait preuve d’un autoritarisme hyper-napoléonien, et qui croit ce faisant singer les Américains. Rions ! Ce sont nos mêmes vieux hauts fonctionnaires de toujours, la même morgue, la même arrogance, doctrinant urbi et orbi sur des domaines dont ils ne connaissent rien. Le recteur Monteil est un psychologue social cognitiviste de petite envergure, dont l’épistémologie est celle d’un manager, non celle d’un savant. C’est un fonctionnaire d’autorité, qui parle en maître aux universitaires, qui veut “décloisonner” les disciplines, et ne plus voir qu’une seule tête, habitée de la même “méthodologie”. Centralisation, homogénéité, nivellement, ignorance, tous les ingrédients sont là pour produire un désastre de type nouveau, exponentiel par rapport à celui qui prévaut présentement.

30 ans d’arrogance cognitiviste en butte à l’intelligence française

Le combat va être dur, car leur dispositif est en place, consolidé, accroché au terrain. Le niveau Premier ministre est tenu par l’adversaire. Nous n’avons rien vu venir, rien préparé. Mais ce combat est gagnable, je vous l’assure. L’excès même de cette offensive, son ampleur sans précédent, cette volonté manifeste de liquidation sans phrase de la psychanalyse à l’Université, alors que Lacan continue d’être en France comme à l’étranger un phare de l’intelligence française, si je puis dire – et quel département universitaire a la projection internationale du département de psychanalyse ? – l’hubris du cognitivisme triomphant, tout cela le promet à la Roche Tarpéienne. Depuis bientôt 30 ans, les cognitivistes terrorisent l’Université, influencent l’administration, les médias, le public. Ils ont vaincu d’innombrables adversaires, les ressentiments se sont accumulés, ils se sont cru tout permis. Eh bien, c’est terminé. Le drapeau de la résistance est levé.

Contre-offensive

Les psychanalystes ne plieront pas. D’abord, désigner l’offensive ennemie : ce sera LNA 9, qui sortira fin janvier. Ensuite, lui opposer une force de frappe à déploiement rapide : ce sera le Meeting de la Mutualité, avec BHL et avec Sollers, et les principales figures des victimes du cognitivo-évaluationnisme. Et après, la guerre de reconquête, qui sera longue et acharnée. Évidemment, je m’amuse à utiliser ce vocabulaire guerrier. Mais tout de même, les cognitivistes nous ont déclaré une guerre qui, intellectuellement, professionnellement, est une guerre à mort. Donc, nous sommes contraints de suivre, et de les rejoindre aux extrêmes. Donc, il ne s’agit pas d’une guerre défensive, mais bien d’une contre-offensive, visant la déroute de l’adversaire.

Opposition commune à une doctrine d’imposture

Elle se déploiera sur plusieurs fronts. Il y a le front psy, certes, mais il y a aussi les biologistes non cognitivistes, il y a les humanités, il y a aussi les mathématiciens. En date du 21 mai dernier, trois institutions représentant la communauté mondiale des mathématiciens et statisticiens, ICIAM, IMS, et IMU (The International Council of Industrial and Applied Mathematics ; the Institute of Mathematical Statistics ; the International Mathematical Union) ont établi une Commission conjointe sur “l’évaluation quantitative de la Recherche”, mettant en question la “culture of numbers” qui s’est progressivement imposée devant l’impuissance à mesurer adéquatement la qualité. Qui m’a fait connaître ce texte précieux, que je vais traduire et publier ? Bernard Monthubert, professeur à l’Institut mathématique de Toulouse, successeur de Trautmann au CA de “ Sauvons la recherche ”, qui me l’a adressé à l’occasion du Forum extraordinaire. Nous ne sommes pas seuls. Nous sommes loin d’être seuls. Nous sommes plus nombreux et bien plus savants et bien plus agiles que la secte cognitiviste.

Dissiper le cauchemar

Celle-ci n’a prospéré que par notre négligence, par notre dispersion, elle a surfé sur le mépris intellectuel que nous avions pour cette doctrine d’imposture, elle a gagné les esprits de nos gouvernants en leur promettant, tel l’esprit malin, qu’ils seraient comme des Dieux. C’est fini, tout ça. Nous sommes réveillés. Nous allons réveiller les autres. Et le cauchemar finira par se dissiper. Et, une fois dessoulés, ils diront : “Comment avons-nous pu ?” Écoutez-moi bien : le reflux du cognitivisme a commencé.

LEL : Il semble qu’à l’origine des attaques que vous dénoncez, on trouve une agence dépendant de l’État : l’AERES — Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet organisme ?

JAM :

L’AERES : une usine à gaz au service de la secte

L’AERES est l’usine à gaz inventée par les cognitivo-évaluationnistes pour mettre l’Université française en coupe réglée, et accomplir le programme apocalyptique de la secte. Qui l’a conçue ? L’inévitable Monteil. Il en a été nommé président le 21 mars dernier. Il a quitté ce poste le 11 juillet suivant, quand il a été appelé au cabinet de François Fillon. C’est lui qui continue de tirer les ficelles, comme d’ailleurs à la DES. Qui traite le secteur psy à l’AERES ? Le Pr Fayol, de Clermont-Ferrand. Qui est leur correspondant à la DES ? Le président de la FFP — Fédération française de psychologie, Lécuyer. C’est le trio de la mort, les concepteurs de l’opération “Zéro psychanalyse à l’Université”. LNA 9 les présentera un par un au public : l’homme et l’œuvre.

Rester comme celle qui aura laissé assassiner la psychanalyse ?

Le style sera froid, chirurgical. Les faits parlent d’eux-mêmes. C’est maintenant à Valérie Pécresse de savoir si elle veut rester dans l’Histoire comme la ministre qui aura laissé assassiner la psychanalyse. Mais quoi qu’il en soit de sa décision, la psychanalyse aura sa revanche, et avec elle, les discours et les personnes que le cognitivisme a ravagés.

LEL : Outre le forum, quels sont vos projets ?

JAM : Oui… Trop nombreux pour que je les énumère ce matin. Revenez à la charge durant la trêve des confiseurs, il y aura une petite accalmie.

Ce 3 décembre 2007

  • 1 devenu par la suite amendement Gouteyron