Non à la gestion des âmes !

Bref historique des avancées et reculs du néo-scientisme attaché au projet chimérique de liquider la clinique de l’impondérable.

Texte prévu pour le Forum des psys non prononcé faute de mesure du temps (une belle figure du comble …) par Arlette Gastine au nom du SNPPsy, et destiné à l’édition dans le Nouvel âne.

Comme ce texte va comme un gant à celui de Jacques-Alain Miller qui le précède sur cet Agenda nous l’avons replacé ici, après qu’il ait figuré en éditorial, pour que le lecteur s’y repère plus aisément.


Le biopouvoir est en marche, organisateur, pardon, gestionnaire, d’une société qui considère l’homme comme une marchandise mesurable. Examinons le tableau.

L’Inserm entre en croisade

Cette honorable (jusqu’à ces derniers temps) institution embarquée dans un fort vent de scientisme québecquois emboîte le pas de la croisade anti-charlatans des années Accoyer, attestant au mépris des règles élémentaires de l’honnêteté scientifique dans une enquête méthodologiquement irrecevable, que la psychanalyse, faute de pouvoir fournir les preuves dûment quantifiées de sa clinique, représente une discipline “scientifiquement non valide”, ce qui prouve scientifiquement, pardon, scientistiquement, que seuls le cognitivisme et l’expérimentalisme apportent dans le domaine du psychisme à l’humanité troublée — et non plus souffrante, la réponse à son malaise, pardon, ses maladies.

Le ministre Douste-Blazy : non au tout scientiste

Le 12 février 2005, applaudi par 1500 personnes debout dans un forum du même type que celui-ci, dont nous sommes fiers d’avoir été, le ministre récuse cette position scientiste, phare de la DGS, et déclare que la psychanalyse et la psychothérapie relationnelle jamais ne devront avoir à passer sous les fourches caudines d’un scientisme comptable. Et il fait retirer la référence de l’enquête Inserm sur les psychothérapies du site du ministère de la Santé.

L’Inserm récidive, les Pasdezérodeconduite s’opposent

Peu après, avec l’affaire des enfants de moins de trois ans à ficher préventivement, l’Inserm récidive en fournissant la matrice d’un fichage des futurs délinquants dont on repèrera dès la crèche les tendances malignes. La communauté scientifique et l’opinion éclairée se mobilisent et c’est le mouvement des Pasdezérodeconduite pour les enfants de moins de trois ans, avec plus de 200 000 signatures, qui fait provisoirement reculer le pouvoir. On prétend dépister la délinquance au berceau pendant qu’on s’apprête à favoriser l’abrutissement de la même classe d’âge : nous voici au cœur de la mise en place d’un dispositif social nocif, nous voici confrontés à la mise en place de la société perverse que décrit Élisabeth Roudinesco dans son dernier ouvrage (1“).

Pas de télé pour les bébés !

Qu’importe le tollé des Pasdezérodeconduite — décidément cette tranche d’âge intéresse beaucoup le biopouvoir, il poursuit sur sa lancée, et promeut une nouvelle chaîne de télévision destinée aux enfants de 6 mois à 3 ans. Cela signifie que l’État entend autoriser le conditionnement des bébés et inciter à leur abrutissement. Comme le dit l’appel immédiatement lancé en riposte, Pas de télé pour les bébés, par le Pr Pierre Delion, le psychologue clinicien Philippe Duval, la psychanalyste Sylviane Giampino, le Pr. Bernard Golse, j’arrête ici l’énumération, prenons conscience que protéger nos enfants du risque de développer une forme d’attachement à un écran lumineux est une forme d’écologie de l’esprit. Il est temps de prendre la mesure de cette démesure.

Justice et Université : même régime

Le tableau serait incomplet sans les mesures dans le domaine de la justice et de l’université qui précisément le complètent, et constituent un ensemble impressionnant visant à déshumaniser notre société et ses institutions les mieux installées. Nous avons besoin de réformes ? en voici des réformes ! les nantis des régimes spéciaux de la législation sociale de la Libération issue du programme du Comité national de la Résistance, étaient appelés à se résigner, et voir leur grève dos au mur vilipendée par les médias. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

Malades mentaux criminels inculpables ?

Voici que l’article 64 du code pénal de 1810 hérité des Lumières devenu article 122 supprime le non-lieu au bénéfice des malades mentaux schizophrènes criminels (2“). Au motif populiste que les victimes crient vengeance, on s’apprête à renvoyer les fous en prison comme avant la Révolution (vous me direz, ils y sont déjà, ceux qui ne traînent pas dans la rue, mais là, c’est de droit qu’il s’agit de les confondre). On n’arrête pas le progrès.

Arrêter la folie organiciste

Arrêterons-nous à temps cette folie organiciste de soigner les “troubles obsessionnels” (la névrose du même nom passée à la trappe) avec des électrodes dans le cerveau comme s’il s’agissait de maladie de Parkinson, de ramener les maladies mentales au modèle Alzheimer, de bourrer les gens d’antidépresseurs sans même savoir s’ils le sont, déprimés (sans compter que cette catégorie fourre-tout ressemble à une poubelle épistémologique) ?

Liquidation de la psychanalyse à l’Université

Nous opposerons-nous avec la vigueur nécessaire au sein de l’université à l’abolition pure et simple des départements cliniques au profit des cognitivistes et expérimentalistes, chevaliers du mesurable et du quantifiable en matière de psychisme humain ? On procède à la liquidation de la psychanalyse universitaire. La ministre Madame Valérie Pécresse oppose un refus cinglant de recevoir Roland Gori parlant pour les 180 professeurs du SIUEERPP et représentant les 7500 signataires de la pétition Sauvons la clinique , que le SNPPsy a signée. La psychologie clinique rayée de la carte — oh il restera bien un ou deux villages gaulois ! c’est l’ensemble du champ de la dynamique de la subjectivité, la moitié du Carré psy qui s’occupe des affaires de l’âme autrement qu’en termes épidémiologiques et néoscientistes qui se trouve vitalement atteint. C’est ensemble psychanalystes et psychothérapeutes relationnels que nous sommes concernés, et que nous résisterons à cette politique d’ensemble.

Riposte des humanistes

C’est ensemble que nous organiserons la riposte et feront face à ce qui se veut rouleau compresseur mais ne saurait nous réduire. Loin de là. Nous maintiendrons que le tout quantifiable est inapplicable à l’âme humaine. Nos professions sont celles de l’incontrôlable. Nous saurons faire en sorte que les gestionnaires jamais ne s’emparent du psychisme. Ce pays ne sera jamais celui des âmes mortes dont rêvent nos robotiseurs. Cette adversité qu’on nous administre stimulera notre courage et nous n’arrêterons de nous battre pour une société citoyenne et humaniste qu’une fois rétablie la tolérance à la pluralité des approches, qu’une fois rétabli le principe démocratique d’une société ouverte et humaniste.

Non au régime de l’Orange mécanique

Avec les psychanalystes nous sommes des praticiens de la dynamique de la subjectivité et de l’écoute du sens. Cela fait de nous de bien mauvais cocheurs. Mauvais cocheurs nous décocherons jusqu’à la victoire nos traits contre les conditionneurs et nous opposerons à la misérable démesure de leurs mesures réduisant les humains à des organismes mécaniques, établissant le règne de la perversion intégrale d’une Orange mécanique à l’échelle de la société tout entière. Nous ne permettrons pas un retour à la case départ du XIX ème siècle, nous ne laisserons pas les bras croisés revenir le temps des Misérables. Nous partons 500, mobilisés par Jacques-Alain Miller et son infatigable Cause, le renfort sera-t-il prompt ? combien de temps faudra-t-il pour que nous soyons 3000, 300 000, 3 millions, en arrivant au port ?

Oui à l’unité des psychanalystes et des psychothérapeutes relationnels

Nous sommes en marche, comme la vérité dont parlait Zola. La route sera ce qu’elle sera, que notre détermination devienne contagieuse, que l’unité d’action entre nous se maintienne ! Vive la psychanalyse et la psychothérapie relationnelle unies dans le combat humaniste contre le projet de mécanisation des esprits et de la psyché.

  • 1 Élisabeth Roudinesco, La part obscure de nous-mêmes, Albin Michel.
  • 2 Cette disposition inouïe vient de se voir invalidée par le Conseil constitutionnel : bonne nouvelle de dernière minute.

Colloque croyance communauté

Université Montpellier 3 Paul Valéry – IHEP
Vendredi 25 et samedi 26 janvier 2008

COLLOQUE CROYANCE ET COMMUNAUTÉ

Montpellier

Interventions de :

Charles ALUNNI, Fethi BENSLAMA, Mario CIFALI, René MAJOR

Avec la participation de :

Henri REY-FLAUD, Bernard SALIGNON, Chantal TALAGRAND

La question de la vie en commun dans le cadre de la République est une question qui mobilise les responsables politiques partagés entre assimilation et communautarisme. Le présent projet entend renouveler cette question à partir de la prise en compte du sujet de l’inconscient.

Le point de départ de notre entreprise sera le concept de croyance que Freud met au principe de la vie psychique en tant que fondement tout à la fois de la santé mentale de l’individu et de la vie sociale (il définit a contrario la folie comme incroyance, à savoir l’incapacité de croire à la réalité des autres qui nourrit alors une croyance privée : le délire). Avant Freud, Molière dans Don Juan avait soulevé la même question en présentant, à travers le figure du « grand seigneur méchant homme », l’impossibilité de vivre sans croyances partagées. Face à Sganarelle soutenant qu’« il faut croire quelque chose dans le monde », ce personnage trahit qu’il est beaucoup plus croyant que son valet ainsi que le montre sa relation directe et privilégiée au Ciel.

De la conjonction de Molière et de Freud, il ressort que la croyance, en tant qu’elle est d’abord croyance au monde partagé avec les autres, est la condition fondamentale de la vie psychique de l’homme qui trouve sa première effectuation dans la participation de l’intéressé aux valeurs, aux idéaux et aux activités de la communauté familiale, villageoise, urbaine, nationale, religieuse à laquelle il appartient. Ce phénomène vital peut être altéré selon deux modalités qui avaient été repérées par Levi-Strauss quand il avait déterminé que les mythes qui relataient la fin du monde se partageaient en deux catégories selon qu’ils référaient ce désastre à un processus d’épuisement ou d’embrasement, soit ceux de la « terre gaste », mis en scène par Chrétien de Troyes ou Eliot, ou ceux de la peste abattue sur la Cité relatée au début d’ Œdipe-Roi .

Selon ce principe, la fin des croyances par épuisement est illustrée par la destinée du mélancolique (incarnée dans celle du Werther de Goethe) pour qui le monde extérieur s’est vidé de toute consistance et finalement de toute réalité, en conséquence de quoi il ne reste plus comme issue au héros que de sortir par le suicide d’un monde, d’où l’a déjà exclu la défaillance de son système de croyances. Sur ce modèle, les moments mortels de crise éprouvés par les civilisations (dont elles sont quelquefois conscientes, ainsi que l’écrivait Valéry) sont marqués par un délitement du système des croyances qui cimentait la communauté culturelle, nationale, religieuse, etc.

Dans le Haut Moyen Âge on appelait acédie la maladie exprimée à travers des crises de foi qui frappait en épidémie les monastères où les clercs brutalement ne trouvaient plus de raison aux vœux qui les avaient engagés dans la vie monastique. À la suite de quoi, ces malheureux abandonnaient leur cloîtres et s’enfuyaient hagards et solitaires dans les forêts loin de leur communauté. On parle quelquefois de crises des idéaux et des valeurs, alors qu’en réalité il s’agit d’une crise dans la croyance aux idéaux et aux valeurs des pères que les fils ont été incapables de revivifier (ou renouveler par de nouvelles valeurs).

À rebours, l’univers des croyances peut être ravagé par un embrasement qui fait flamber les croyances impossibles à interroger, les transforme en certitudes et constitue la communauté en masse pétrifiée. Les épopées obscures du nazisme et du communisme soviétique ainsi que le phénomène contemporain de l’intégrisme illustrent ce second destin fatal des croyances. Quand les croyances deviennent certitudes, les communautés se figent et deviennent des sectes si le phénomène se joue à une échelle réduite et des masses quand le phénomène affecte tout un peuple ou plusieurs peuples (ou parties de peuples).

Dans ces cas-là, les valeurs et les idéaux moraux sont remplacés par des dictats absolus prononcés par le gourou ou chef. La masse devient alors compacte dans la reprise des slogans auxquels elle adhère sans distance. L’histoire démontre que ces moments d’incendie des croyances se terminent toujours par des catastrophes qui anéantissent ceux-là mêmes qui avaient mis le feu.

Une histoire du peuple des pervers, ces “êtres maudits”

Homme nouveau et race maudite : l’ouvrage d’Élisabeth Roudinesco montre comment au XX ème siècle on passe d’un scientisme normatif barbare à une science criminelle entreprenant d’en finir avec la “sale race” des pervers et autres dégénérés.

Le combat des Touche-pas-à-mon-ADN y puisera une énergie nouvelle contre toute tentative de justification et de fortification de la biocratie. Lisez ce livre.

Sur cet ouvrage voir également

Philippe Grauer


Une histoire du peuple des pervers, ces «êtres maudits»

RECUEILLI PAR BÉATRICE VALLAEYS QUOTIDIEN : samedi 20 octobre 2007

L’objet de votre livre est un questionnement sur le bien et le mal. Quelle est la place de la perversion dans cette interrogation ?

Ce qui caractérise la perversion ce n’est pas d’être dans le mal, c’est de jouir du mal. Autrement dit, certains criminels – qui font le mal – ne sont pas pervers parce qu’ils n’en jouissent pas. Il y a aussi des pervers qui jouissent du mal sans être spécialement des criminels, et qui finissent par jouir du bien. La figure est réversible.

Vous évoquez longuement le cas de Gilles de Rais.

Gilles de Rais est la preuve de cette réversibilité. C’est un personnage très complexe. Sa fascination pour Jeanne d’Arc, une authentique rebelle, va l’emmener vers le bien. Mais cet univers d’héroïsme s’effondre quand Jeanne d’Arc est brûlée comme sorcière, alors qu’elle incarne les idéaux de la nation d’alors. Gilles de Rais sombre alors dans le mal. On lui attribue le meurtre, avec violences sexuelles, de quelque 300 enfants. C’est à l’occasion de son procès qu’on va pour la première fois s’interroger sur l’origine du mal. Lorsqu’il invoque les forces du mal, Gilles de Rais dit lui-même que c’est son éducation qui est en cause. Dès lors se pose la question qui hante l’histoire de l’humanité : d’où vient le mal ?

Cette question demeure d’actualité. Le mal est-il naturel à l’homme ?

Ce qu’on appelle la nature, c’est la nature de l’homme. Le monde animal est exclu du mal et de la perversion. Seul l’homme est capable de transformer sa pulsion destructrice en idéal du bien ou pour commettre les pires choses. Un
animal ne peut pas inventer le nazisme, car même l’animal le plus cruel ne jouit pas du mal. Pour jouir du mal, il faut avoir conscience du mal. Nous ne sommes pas des animaux, même si nous appartenons au règne animal. Je pense que nous confondre avec les animaux relève d’une forme de perversion.

Sade est un cas à part

Sade est extraordinaire, mais l’on comprend bien que sans ses écrits, il aurait sombré dans le crime. Sade est le premier à établir un catalogue des perversions sexuelles, mais aussi à théoriser la question de la perversion. Il inverse complètement la loi : pour lui, homme des Lumières, le bien doit être jeté en enfer. Sade a vécu sous trois régimes politiques radicalement différents – l’Ancien régime, la période révolutionnaire et l’Empire. Il est toujours en décalage avec son époque : sous l’Ancien Régime il est condamné, non pas tant pour les violences qu’il a infligées à des prostituées (il les paie), mais pour blasphème et sodomie. Ces deux crimes vont être abolis par la Révolution. Intenable, il est contre Dieu quand Robespierre rétablit l’Etre suprême et, sous l’Empire, on le met chez les fous. Mais Sade est-il fou ? Pour la première fois, on va faire la distinction entre fou et demi-fou. Avec Sade, la médecine européenne va s’emparer de la perversion. Les conduites perverses ne sont plus dictées par le mal, lui-même incarné par le démon, mais relèvent désormais de la santé mentale.

Au Moyen-Age, les mystiques défient Dieu en invoquant les forces du vice. Au XVIIIe siècle, les libertins bravent la morale établie…

Les mystiques offrent leur corps à Dieu au prix d’une souffrance inouïe, lors de rituels sacrificiels (flagellation, dévoration d’immondices) totalement pervers. Les libertins, au contraire, vont opposer à l’ordre une morale de la
jouissance. Ils réclament la liberté sous toutes ses formes, y compris et surtout sexuelles.

Depuis l’Antiquité, les perversions appartiennent d’abord au registre sexuel. La sodomie en particulier, réputée perversion absolue, traverse tous les siècles.

Parce qu’elle ne permet pas la procréation. La Révolution abolit le crime de sodomie, mais l’idée qu’elle est un acte contre-nature demeure. Aujourd’hui, la sodomie est toujours passible de la peine de mort dans les pays religieux,
notamment islamiques, et certains Etats américains continuent de la condamner, mais seulement dans les textes.

Il faut attendre 1974 pour décréter que l’homosexualité n’est pas une maladie.

L’homosexuel, l’enfant masturbateur et la femme hystérique sont considérés, pendant tout le XIXe siècle, avec la naissance de la psychiatrie en1802, comme les perversions suprêmes. Les sexologues établissent plusieurs
catégories : les anomalies sexuelles, les anormaux, comme les fétichistes, les nécrophiles, les exhibitionnistes, les zoophiles… Bref, toutes les anormalités du sexe, qui supposent qu’on couche avec une chaussure, un animal, un
cadavre. Il est évident que l’homosexuel pose un problème parce que, d’une part, depuis la nuit des temps, de grands artistes et de grands guerriers étaient homosexuels et, d’autre part, il n’y a pas d’anomalie visible. Donc on imagine qu’ils sont pires et qu’ils incarnent à eux tous seuls la structure même de la perversion, c’est-à-dire l’être maudit qu’il faut soigner, lui aussi. C’est la science qui a décidé d’inclure l’homosexuel dans les pervers.

L’obsession de la procréation définit finalement le pervers.

En effet le refus de procréer est le vice par excellence. Pendant l’Antiquité par exemple, le pédéraste est considéré comme normal, à condition qu’il procrée pour la cité. Même si on ne demande pas à un homme de désirer les femmes.
Aujourd’hui, où nous vivons le sexe en solitaire, la terreur de s’éteindre demeure. La société occidentale a néanmoins compris que la famille n’était plus biologique, mais juridique. On admet que le sexe est désirable. On autorise donc la procréation artificielle, on fait des bébés autrement, tout en restant hanté par la procréation.

Dans tous les cas, l’anormal dérange ?

Au XIXe siècle, Hugo, Balzac, Flaubert, Baudelaire, Huysmans, Oscar Wilde vont revendiquer la flamboyance de la perversion contre la bêtise de l’ordre établi. D’autant qu’il y a le procès contre les Fleurs du mal et Madame Bovary, en 1857. Emma Bovary incarne, aux yeux des juges, la perversion, parce qu’elle refuse la procréation, elle défie la société, elle est hystérique et elle se suicide. Baudelaire, quant à lui, est condamné à cause des femmes lesbiennes.

Et puis vint Freud…

Le coup de génie de Freud est de dire que l’homosexuel, l’enfant masturbateur et la femme hystérique ne sont pas des pervers. Pervers polymorphe, l’enfant fait tout un tas de choses que la morale réprouve et notamment il se masturbe. Le problème n’existe que si la masturbation devient une pathologie. Freud reprend la thèse de Diderot : il faut éduquer
le mal pour faire le bien. Pour lui, les femmes hystériques ne sont pas non plus perverses mais névrosées. Quant à l’homosexualité, elle n’est pas en soi une perversion, même si, pense-t-il, beaucoup d’homosexuels sont pervers.

Aujourd’hui, la société désigne deux grands pervers : le terroriste et le pédophile.

Ben Laden est pour moi la figure absolue du pervers. Il incarne l’Etat-voyou, la haine des femmes, la haine des homosexuels, et surtout il pervertit la science. Le sacrifice des kamikazes japonais n’était pas une perversion, c’était
une tradition militaire – celle de la féodalité nipponne où était incluse la mort volontaire contre des seules cibles militaires. La mort volontaire s’est toujours accompagnée d’un héritage. Chez les islamo-fascistes il y a l’idée que la vie
n’a aucune valeur, et que le sacrifice n’a rien à transmettre. C’est la jouissance de la pure destruction. Ben Laden ne dit pas : «Nos vaillants guerriers ont donné leur vie», il dit : «Il a suffi de quinze personnes pour déstabiliser…» l’Occident.

Et le pédophile ?

Aujourd’hui, un pédophile fait horreur aux gens, ce qui n’était pas le cas au XVIIe siècle, où les attouchements adultesenfants (en famille notamment) étaient, sinon admis, du moins tolérés. L’assassin violeur d’enfant a, lui, toujours été considéré comme la figure la plus abjecte. Si les pédophiles ordinaires nous font horreur, cela ne veut pas dire qu’il y en a partout. Freud a eu ce débat à son époque. S’il croit d’abord que tous les névrosés ont été victimes d’attouchements pendant leur enfance, il renonce vite à cette idée suspecte et invente la notion de fantasme. Aujourd’hui, on confond le fantasme et la réalité, comme dans l’affaire d’Outreau.

Vous pensez que nous sommes, en ce moment, en pleine régression ?

Depuis le XVIIIe siècle, on a pensé que l’homme était récupérable, et la justice a évolué vers l’idée d’une réhabilitation. Mais depuis vingt ans, on considère de nouveau que certains humains sont irrécupérables, qu’ils ont une part maudite absolue. On a aboli la peine de mort, ce qui est un moment très progressiste, mais on essaie de la réintroduire autrement. Par l’enfermement à vie, on rétablit les châtiments corporels qui avaient été abolis par la Révolution française : on prétend régler les problèmes du psychisme par des interventions sur le corps. Les progrès de la chirurgie
et de l’endocrinologie donnent la croyance absolue qu’il suffira de prescrire au pédophile des médicaments qui stoppent son érection. Mais cette camisole chimique n’arrête pas le désir, souvent elle rend encore plus dangereux. Notre époque a quelque chose de pervers dans la certitude selon laquelle il y aurait une seule solution chimico-biologique à tous nos problèmes. C’est le retour du scientisme, censé éradiquer la part obscure de nous-mêmes. C’est la dernière théorie de l’homme nouveau, celui du capitalisme dérégulé, qui fétichise la marchandise et le bio-pouvoir.

Vous démontrez que ce bio-pouvoir, né en Allemagne en 1880 comme une très belle théorie, a conduit quarante ans plus tard au nazisme.

S’appuyer sur les sciences humaines et la sociologie pour donner un homme nouveau était en effet une idée généreuse. Mais on valorisait alors l’environnement, et non le biologique. Avec l’humiliation du peuple allemand en 1918, s’installe un populisme monstrueux. Les nazis vont penser alors que la solution est biologique. La caractéristique du nazisme est son utilisation perverse de la science et son projet génocidaire dès le commencement. C’est ce qui le distingue du communisme, pour lequel la terreur de masse est l’effet pervers d’une idéologie qui ne l’est pas au départ.

Vous levez le malentendu sur la notion de «banalité du mal», inventée par Hannah Arendt.

Son raisonnement est très sophistiqué puisqu’il s’agit encore de la jouissance du mal mais comme elle n’emploie pas le vocabulaire psychanalytique, la «banalité du mal» a fini par signifier que n’importe qui pouvait devenir nazi. Cette thèse comportementaliste, défendue par Konrad Lorenz, ne tient pas. N’importe qui peut devenir un bureaucrate pas au courant ou faisant semblant de ne pas l’être, mais n’importe qui ne devient pas génocidaire. Tous ces chefs nazis ont un point commun : ils agissent consciemment au nom de la science. Et au nom d’une inversion radicale et totale de la loi. Les bourreaux nazis n’étaient pas non plus des fous délirants : ils raisonnaient. Jusque dans leur déni, ils sont dans la perversion : un fou hallucine la réalité, un pervers dénie les faits. Quand Rudolf Höss, chef du camp d’Auschwitz, écrit dans ses mémoires qu’il entre dans la chambre à gaz pour vérifier l’état des victimes et qu’il ose dire qu’elles n’ont pas souffert, il ne ment pas, il refuse d’admettre la réalité.

L’Allemagne, qui commet la solution finale, est censée être un modèle de civilisation. Elle bascule pourtant dans la barbarie…

Principalement parce qu’elle a une foi absolue dans la science qui peut mener tout droit à l’hygiénisme délirant. Notre époque a réhabilité une certitude scientiste d’un autre genre: voyez la manie actuelle des évaluations collectives, comme cette idée saugrenue de dépister des signes de délinquance chez les bébés. En Angleterre, on le fait déjà sur les foetus. Totalement inutiles, ces enquêtes pseudo-scientifiques sont une intrusion intolérable dans l’intime et dans le psychisme. Il faut désigner le bio-pouvoir comme le nouveau fléau… des sociétés démocratiques.

http://www.liberation.fr/transversales/weekend/286145.FR.php
© Libération

[Document : Histoire Peuple Pervers]

XEME JOURNÉE ANNUELLE DE LA PETITE ENFANCE À L’ADOLESCENCE : L’IMAGE DE SOI

MARSEILLE
Le 7 décembre de 8h30 à 17h

XEME JOURNÉE ANNUELLE DE LA PETITE ENFANCE À L’ADOLESCENCE : L’IMAGE DE SOI
http://www.parc-chanot.com

Manifestation gratuite et ouverte à tous
Le thème de cette édition sera “L’image de soi”. Voici le programme de la journée

8h45 Pr. Marcel Rufo pédopsychiatre
“ Au-delà du miroir ”

9h15 Mme Élisabeth Roudinesco historienne et psychanalyste
“ La marque génétique “

10h Mme Dominique Dijane poète
“ Se construire en quelques rimes “

10h15 Pr. Marie-Rose Moro pédopsychiatre
“ Images de soi et diversité culturelle ”

10h45 Pr. Jean-Pierre Poulain socio-anthropologue
“ Histoire de peau “,

11h15 Dr. Patrick Ben Soussan pédopsychiatre
“ Conte sur moi ” .

L’après-midi à 13h45 projection du documentaire “ Svyato ” de Victor Kossakovsky

et intervention de Jean-Pierre Daniel cinéaste, directeur de l’Alhambra Marseille,

14h30 Dr. Mario Speranza pédopsychiatre
“ Du rien au trop “,

15h Pr. Antoine Guedeney pédopsychiatre
“ Parce que je le vaux bien, attachement et image de soi “

15h30 Dr. Boris Cyrulnik psychiatre et ethologue
“ Théâtre de so i”

16h00 Dr. Robert Porto psychiatre et Pr. Pierre Benghozi pédopsychiatre “ Lien, corps et séduction “

16h30 Pr. Marcel Rufo pédopsychiatre
“ Castor ou Pollux “

Information :
Mairie des 6ème et 8ème arrondissements
Tel : 04 91 55 15 84 / Fax : 04 91 55 37 78
Site internet : http://www.mairie-marseille.fr

Si la tristesse est une maladie, alors c’est l’humanité qui est une maladie.

Le chant naturel de l’homme est triste , constatait Chateaubriand. Nos cognitivistes et pharmacologues ont résolu tout cela. Leurs pilules aurait guéri Baudelaire de son Spleen et la littérature de cette tristesse dont le ver ronge le corps social tout entier risquant de le faire basculer dans le trou de la Sécu.

L’analyse de Jacques-Alain Miller montre la pression continue de la machine à bonheur organiciste. Si elle produit la figure de réthorique du prince “mal conseillé” c’est à notre sens pour faire passer que nous sommes résolus à ne pas laisser passer le rouleau qui se voudrait compresseur de ce que Roland Gori désigne comme la médicalisation de l’existence, ce rouleau que Foucault présentait comme biopouvoir.

Ni marchandises ni machines, êtres humains debout, oscillant entre souffrance et joie, nous ne sommes pas prêts à nous laisser dégrader au rang de mécaniques à réparer par le généraliste à coup de doses. Le maintien du dialogue et de la dynamique de la subjectivité dans nos pratiques balisées par nos cadres propres garantit l’alternative à la bigbrotherisation médicaliste. Cela commence par la prise de conscience et le surgissement de la contre-offensive humaniste.

L’année qui vient sera une année combattante. Notre mouvement ne marque aucun signe de dépression. Plus on est de fous plus on rit : si ce n’est déjà fait nous vous souhaitons de vous joindre à notre protestation.

Philippe Grauer


Entretien avec Jacques-Alain Miller

paru dans le Charlie Hebdo N°805, du mercredi 21 novembre.

“Si la tristesse est une maladie, alors c’est l’humanité qui est une maladie”

Comment une campagne sur la dépression démontre l’incapacité présidentielle à appréhender le réel. Un entretien avec le philosophe et psychanalyste Jacques-Alain Miller.


“Je veux parler de la dépression, du regard que la société porte sur cette souffrance qui n’est pas matérielle. Je veux engager puissamment la recherche médicale française vers le soulagement de ce mal“, a déclaré Nicolas Sarkozy le 11 février dernier dans un discours à la Mutualité. Il y a quelques semaines, le ministère de la Santé lançait une campagne sur la dépression. On a demandé à Jacques-Alain Miller ce qu’il en pensait.

Philosophe, psychanalyste, il est le responsable de la publication des Séminaires de Lacan. Jacques-Alain Miller a fondé l’Association mondiale de psychanalyse — AMP, et dirige la revue Le Nouvel Âne dont le dernier numéro est consacré à une critique virulente de la campagne contre la dépression initiée par le ministère de la Santé. Car s’il existe des formes graves de “maladies de l’âme” — qu’on l’appelle comme autrefois mélancolie ou qu’on la vulgarise aujourd’hui sous le terme de dépression — la tentation est grande de considérer la moindre fatigue, tristesse ou petit bobo existentiel en pathologie qu’il faut soigner d’urgence avant de repartir au combat.

CHARLIE HEBDO: Que pensez-vous du combat présidentiel contre la dépression ?

Jacques-Alain Miller : Que le président est un homme de bonne volonté. Qu’il admet que la souffrance psychique n’est pas matérielle, pas objectivable. Mais, parce qu’il n’est pas bien conseillé sur le sujet, il met tous ses espoirs dans la médecine sans songer à la psychanalyse.

Il est mal conseillé, ou il pense profondément que la recherche médicale peut guérir la dépression?
Qui veut éradiquer médicalement la dépression? La bureaucratie sanitaire internationale. Elle a réussi à mettre au service de cette idée loufoque les autorités politiques d’un nombre considérable de pays développés. Nicolas Sarkozy est influencé, comme l’est la majorité des Français, par l’intense lobbying d’une partie de l’establishment sanitaire national, qui s’exerce dans le sens cognitiviste et pharmaceutique.
“ Si on ne veut pas déprimer, il faut assumer la vérité .”

Mais comment expliquer cet intérêt de l’État, du pouvoir pour notre santé ?

Ce n’est pas d’aujourd’hui. La Sécurité sociale date de 1945. Bien avant, dès les débuts de l’époque moderne, le pouvoir va inéluctablement vers le biopouvoir, Michel Foucault l’a démontré. Actuellement, la santé est en France un problème aigu pour tous les gouvernements qui se succèdent, en raison du fameux “trou de la Sécu”. Tout un petit peuple d’experts cherche à “rationaliser” le système. L’Institut national de la prévention et de la santé — INPES, créé en 2002, a brillamment remporté la palme avec sa campagne antitabac, et, sur la liste de ses prochaines victimes, il a inscrit la dépression. Mais si les méfaits du tabac ont une certaine objectivité, ce n’est pas le cas avec la dépression: tout dépend de la définition que vous en donnez. Avec l’une, vous pouvez démontrer que les 95 % de la population sont atteints.

Quelle est cette définition ?

95 % des gens connaissent une moyenne annuelle de six épisodes de tristesse et de perte de l’estime de soi. Si l’on décide de médicaliser tout ça, alors la croissance exponentielle du nombre de dépressifs s’explique. Pas étonnant que l’OMS prédise que, en 2020, la dépression sera la seconde cause d’invalidité dans le monde après les maladies cardiovasculaires. Rions ! Ce qui est grave pourtant, c’est que la consommation d’antidépresseurs, qui avait baissé, va exploser à nouveau. Or la France est déjà le pays qui consomme le plus de psychotropes au monde.

La campagne dépression risque-t-elle d’accentuer ce phénomène ?

C’est du Molière, Le Malade imaginaire, ou Knock : l’INPES persuade les gens que s’ils sont tristes, c’est qu’ils sont malades, et les incite à bouffer du médicament. Ce qui était considéré autrefois comme un mauvais moment à passer, un coup de pompe, un deuil difficile, est désormais “une maladie”. La brochure dépression, diffusée à un million d’exemplaires, est une tentative d’endoctrination massive, parfaitement irresponsable. L’ambition est de remodeler vos émotions les plus intimes. C’est un “alien” qui s’insinue au plus profond de vous -même pour saboter tout ce que vous éprouvez. Il vous oblige à interpréter vos sentiments les plus humains dans le sens de la maladie.

Vous mettez en cause l’industrie pharmaceutique ?

Dans tout le monde développé, l’influence idéologique des laboratoires est énorme. Ça ne m’indigne pas : c’est une industrie, elle doit faire face à la compétition internationale, maximiser ses parts de marché, et donc se battre auprès des pouvoirs publics, former l’opinion publique, convaincre tout un chacun qu’avaler ses produits, c’est nécessaire, ça fait du bien. Rien de plus normal, de plus logique. Mais alors, il faut pouvoir leur opposer des contre-pouvoirs, qui fassent barrage à leurs excès de zèle. Nous avons affaire à un phénomène de civilisation.

De quel phénomène s’agit-il ?

L’homme contemporain se pense lui-même comme une machine. Si ça ne va pas, c’est que ça dysfonctionne, et il doit y avoir un traitement hyper rapide. On croit que, normalement, on a droit à l’euphorie, à la pilule du bonheur. C’est de la science-fiction réalisée. On enseigne désormais la science du bonheur en Grande-Bretagne et en Allemagne. Lord Layard, économiste distingué, ex conseiller de Tony Blair, le pape de cette nouvelle science, considère que la dépression est l’un des freins principaux à la croissance économique.

En finir avec la maladie, n’est-ce pas un moyen de relancer la croissance ?

Mais, en l’occurrence, la tristesse est inhérente à l’espèce humaine. Si c’est une maladie, alors c’est l’humanité elle-même qui est une maladie ! Il est très possible que nous soyons une infection de la planète. C’était d’ailleurs l’idée de Lacan. Depuis l’origine des temps, nous nous détruisons nous-mêmes et notre environnement par-dessus le marché. Si on veut guérir ça, on entre dans la biotechnologie, on va essayer de produire une autre espèce, bien meilleure. Une espèce asexuée et muette. À ce moment-là on se tiendra comme il faut !

Quand on est dépressif, on se tient mal ?

On déprime quand on est malade de la vérité. Si on ne veut pas déprimer, il faut assumer la vérité, sa vérité. J’ai été touché par la phrase de Cécilia qui faisait la une d’un magazine au moment de l’annonce du divorce : “Je veux vivre ma vie sans mentir.” Voilà l’antidépresseur le plus puissant.

Sarkozy a été victime du matraquage sur la dépression.

Nicolas Sarkozy est-il dépressif ?

Il a été au contraire la victime de cette atmosphère de matraquage autour de la dépression. Souvenez-vous de ces photos qui le montraient l’œil vitreux, mal rasé après l’annonce de la séparation… C’est de l’intoxication. Ce type, c’est une dynamo, qui prend à bras-le-corps la réalité, la secoue, cherche le problème et promet la solution. C’est une première. Avec Mitterrand, c’était la morale de la fin du Cid: “Laisse faire le temps, ta vaillance et ton roi.” Avec Chirac, c’était la Corrèze, le père Queuille: “Il n’y a pas de problème qu’une absence de solution ne saurait résoudre.” Et le sarkozysme, c’est un bel effort, mais ça ne va pas marcher: “Ensemble, tout devient possible“? D’abord, Sarkozy a dû constater que, dans son “ensemble” avec Cécilia, tout n’a pas été possible. Et puis, il va découvrir que, si la réalité est bonne fille, sa plasticité n’est pas infinie : elle ne se laisse faire que ce qui lui plaît. Le réel fait barrage. Soit on se fracasse dessus, soit on cherche la meilleure façon de faire avec. Et en ce mois de novembre, on voit les efforts prodigieux de notre Hercule politique achopper de toutes parts. Espérons qu’il se réveille…

Propos recueillis par Hélène Fresnel.

Sauvons la clinique : une bataille vitale pour nous tous

Les Sauvons la clinique se battent pour eux, les Sauvons la clinique se battent pour nous. Battons-nous pour eux. Si le biopouvoir élimine la psychanalyse à l’université, que pensez-vous qu’il fera de la psychothérapie relationnelle ? Signons leur pétition, enrichissons-la de notre appui.

La lettre de non-recevoir que vous trouverez ci-joint en document PDF, de Madame la ministre, est inadmissible. Dans ce pays on reçoit les syndicats, la preuve en est avec les transports. L’opinion devrait s’émouvoir d’une telle gifle — assortie d’une faute d’orthographe sur le nom, ça fait chic.

Philippe Grauer


Sauvons la clinique communique

A la suite de la mobilisation à laquelle a donné lieu la pétition « Sauvons la clinique » (7563 signataires à ce jour), et la réunion du 30 juin 2007 à l’amphithéâtre Charcot (Hôpital de la Salpêtrière de Paris), le comité de coordination a poursuivi la concertation et la réflexion avec les partenaires et les représentants associatifs des praticiens signataires. Une réunion a eu lieu à Paris, le 7 octobre 2007, avec un collectif de psychiatres appartenant à plusieurs organisations professionnelles, afin d’explorer les suites à donner au mouvement. Cette réunion a fait apparaître la nécessité d’un temps de préparation par des actions communes, et par une réflexion sur le fond et sur les finalités, avant de réunir des États généraux de la clinique, sans quoi leur tenue pourrait être sans lendemain, comme ce fut le cas lors d’initiatives analogues.

Dans cette optique, le coordination propose l’organisation d’une réunion publique dimanche 10 février 2008, dont le thème est “ Qu’entendons-nous par clinique? “.

Sur le front de l’université, les signes tangibles indiquant la volonté de détruire à la source, les formations en psychopathologie clinique ne cessent d’affluer, et confirment les prévisions pessimistes de la pétition: nomination massive d’experts connus pour leur hostilité à la psychopathologie clinique à l’AERES — (Agence de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur, à la DES — Direction de l’enseignement supérieur, absence de cliniciens dans les nominations au CNU — Conseil national des universités, disqualification des équipes sur lesquelles s’appuient la recherche et la formation des psychologues cliniciens en psychopathologie et psychanalyse à Lyon, à Poitiers, à Rennes, à Paris X, tentatives de reconfiguration des formations à nos dépens à Aix-Marseille.

La situation est si grave que le SIUEERPP — qui, rappelons-le regroupe plus de 180 enseignants de psychopathologie clinique — a demandé audience à Valérie Pécresse, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche (Ci-joint la lettre), un mois après, sa réponse est qu’il ne lui est pas possible “de donner une réponse favorable dans un délai raisonnable”.

Nous n’avons plus d’autre choix que de mener une bataille vitale face à la volonté de destruction et à l’arrogance. Aussi, nous vous invitons à faire circuler ce communiqué et à amplifier les signatures de la pétition : « Sauvons la clinique ».

http://www.sauvons-la-clinique.org/

Paris, le 19 novembre 2007

Alain Abelhauser, Fethi Benslama, Roland Gori

[Document : Lettre de non-recevoir de Valérie Pecresse]

Pas de télé pour les bébés !

Le lancement d’une nouvelle chaîne de télévision destinée aux enfants
de 6 mois à 3 ans pose quatre problèmes graves.

1. Tout d’abord, nous savons aujourd’hui que le développement d’un
jeune enfant passe par la motricité et la capacité d’interagir avec
les différents objets qu’il rencontre. Alors que l’interactivité est
intrapsychique chez l’adulte et l’enfant grand, elle a encore besoin
de s’appuyer sur le corps et la sensori-motricité chez l’enfant
jeune. L’intelligence, à cet âge, est en effet plus corporelle
(sensori-motrice) que imagée ou conceptuelle. Il est à craindre que
le temps passé par l’enfant devant les émissions d’une chaîne de
télévision – qui rassurera les parents parce qu’elle est présentée
comme fabriquée pour les tout-petits – ne l’éloigne des activités
motrices, exploratoires et interhumaines, fondamentales pour son
développement à cet âge.

2. Nous savons aussi que l’enfant ne se développe, et n’établit une
relation satisfaisante au monde qui l’entoure, que s’il peut se
percevoir comme un agent de transformation de celui-ci. C’est ce
qu’il fait quand il manipule de petits objets autour de lui. Il est à
craindre que l’installation d’un tout-petit devant un écran ne réduise
son sentiment de pouvoir agir sur le monde et ne l’enkyste dans un
statut de spectateur du monde.

3. Alors que les programmes proposés par cette chaîne existent déjà
sous la forme de DVD, qui ont l’avantage de proposer une durée
limitée, il est à craindre que la création d’une chaîne émettant en
continu 24 heures sur 24 n’incite les parents à l’utiliser comme un
moyen facile d’endormir leur enfant. Tous les parents savent comme le
coucher d’un tout-petit est difficile : il rappelle, les parents y
retournent, puis quittent sa chambre… pour revenir un peu plus
tard, attirés par de nouveaux cris. Beaucoup de parents risquent
d’être tentés par l’installation de la télévision dans la chambre de
leur tout-petit comme un moyen de faciliter l’endormissement de
celui-ci.

4. De nombreux travaux d’éthologie, y compris appliqués à la relation
mère enfant, ont montré combien l’être humain est capable de
s’accrocher aux éléments les plus présents de son environnement, dès
les débuts de la vie, et notamment à ceux dont il a l’impression
qu’ils le regardent. Il est à craindre que de jeunes enfants
confrontés sans cesse aux écrans ne développent une relation
d’attachement à eux qui les « scotchent » indépendamment de tout
contenu. Ces enfants ne pourraient se sentir « bien au monde » –
autrement dit sécurisés – que si l’un de ces fameux écrans est allumé
près d’eux. L’argument qui consiste à dire que cette chaîne ne
contient pas de publicité est particulièrement fallacieux de ce point
de vue: les publicistes se rattraperont après, quand l’enfant plus
grand ne pourra plus se passer d’une présence permanente d’un écran
allumé à côté de lui.

En conclusion : cette chaîne, évidemment lancée pour les
actionnaires, risque de séduire certains parents. Mais ce n’est
certainement pas pour le bénéfice des enfants qui seront installés
devant elle. A une époque où on parle beaucoup d’écologie, prenons
conscience que protéger nos enfants du risque de développer une forme
d’attachement à un écran lumineux est une forme d’écologie de
l’esprit. C’est pourquoi il est urgent de se mobiliser pour la
création d’un moratoire qui interdise à de telles chaînes de diffuser
des programmes pour tout petits en continu, 24H sur 24, avant que nous
en sachions un peu plus sur les relations du jeune enfant et des
écrans.

Cet appel est lancé à l’initiative de Pr Pierre Delion (Chef de
service de pédopsychiatrie au CHU de Lille), Philippe Duval
(Psychologue Clinicien, Directeur de Publication du Journal des
Professionnels de l’Enfance), Sylviane Giampino (Psychanalyste,
psychologue petite enfance, fondatrice d’A.NA.PSY.p.e.), Pr Bernard
Golse (Chef de service de pédopsychiatrie CHU Necker-enfants malades,
professeur Université Paris V), Vincent Magos (Psychanalyste,
responsable de la Coordination de l’aide aux victimes de
maltraitances – Belgique), Pr Marie-Rose Moro (Chef de service au
Centre Hospitalier Universitaire Avicenne), Serge Tisseron
(Psychiatre, psychanalyste et Directeur de recherches à l’Université
Paris X).

Merci de faire circuler ce texte et de signer l’appel à l’adresse :

http://squiggle.be/appel/?petition=2

Abattage au cochage ou travail personnalisé ? les Conseillers d’orientation menacés par le tout-quantitatif

Il s’agit d’un tout autre métier, celui de conseiller d’orientation, exercé par des psychologues, nos collègues et voisins du Carré psy, dont certains se réfèrent à la psychanalyse, donc nos voisins proches. Ils travaillent en institution. Ils voient se profiler la menace d’instrumenter leur profession en l’amputant de sa dimension relationnelle, humaine, en lui substituant l’approche mécaniste par les tests et marketing par l’échantillon bonimenteur. Ils voient qu’on s’apprête à miner leur activité de conseil. Ils voient venir les mesures éradiquant la prise en compte de la dynamique de la subjectivité et du projet de vie. Ils voient venir les mesures mettant en place la démesure d’un mesurage de tout.

Ils préviennent. Nous relayons l’expression de leur inquiétude. Nos professions sont solidaires à vouloir en tout lieu et circonstance où œuvre un professionnel du psychisme que soit préservé l’humanisme et maintenu son engagement au service de la dynamique de la personne.

Philippe Grauer


Véronique Pannetier, nous informe d’une bien inquiétante nouvelle : la disparition de la profession de conseiller d’orientation-psychologue. Et cette disparition se fait à la charge des professeurs, déjà bien saturés de nombreuses missions, qui vont effectuer l’information et les entretiens ou bien au profit de services privés forts payants… pour ceux qui y officient à coup de tests. Elle nous montre dans son texte clair et précis comment l’idéologie de l’évaluation y est à l’œuvre dans ce contexte de pénurie du travail pour tous. A contrario de la pratique clinique des conseillers d’orientation-psychologues qui s’attache, au un par un, à partir de ce qu’il y a de plus singulier chez un sujet en demande d’orientation professionnelle, à découvrir et inventer son orientation de vie dans la société qui passe parfois par des étapes, ce qui est préconisé actuellement c’est une approche de masse, de tests et de statistiques. Pourtant, “Le un par un n’est pas la négation du collectif mais sa condition nécessaire.” argumentait Véronique Pannetier dans un ouvrage collectif dont je vous recommande la lecture. Exégèse des lieux communs en orientation , Éditions Qui plus est.

Ce qui arrive aux psychologues conseillers d’orientations nous semble tout à fait du même ressort que ce qui se profile pour les psychologues qui ne réduisent pas leur pratique aux seules techniques. C’est pourquoi l’association InterCoPsychos et les collectifs soutiennent les actions de nos collègues.

Catherine Lacaze-Paule


DISPARAÎTRE ?

Par Véronique Pannetier

Du collectif de Dordogne

La nouvelle vient de tomber sur les téléscripteurs syndicaux : la disparition du métier de conseiller d’orientation-psychologue est annoncée, “sans autre forme de procès”.

Plusieurs voies sont empruntées pour y parvenir :

• tarissement du recrutement (ces deux dernières années 50 postes au concours pour environ 250 départs à la retraite)

• disparition de la moitié des CIO

• régionalisation des services

• transfert des missions des conseillers d’orientation-psychologues – information et accompagnement des élèves pour l’orientation – aux enseignants.

• Et, last but not least, fin du recrutement sur le titre de psychologue. Ce dernier point est essentiel.

Ce qui avait échoué en 2003, grâce à une détermination sans faille des personnels concernés, avec l’aide des enseignants, risque donc de se produire.

Quelle logique préside à cette fin programmée qu’il s’agit de combattre ? Sans aucun doute une sorte d’objection qu’incarne, au-delà des positions individuelles, la position du conseiller d’orientation-psychologues au sein du système éducatif dans un champ devenu hautement sensible pour plusieurs raisons.

Examinons d’abord ces raisons. L’orientation, à tort, est, dans le discours courant, devenue synonyme d’insertion professionnelle. Or cette dernière est à la peine. Le chômage des jeunes (et des autres) ne diminue pas et pour éviter de s’interroger sur les causes structurelles de ce phénomène dans une société prospère, on désigne l’orientation… comme la cause essentielle. Coupable… C’est parce qu’ils choisissent mal que les jeunes sont au chômage.

Interrogez n’importe qui sur la question et vous aurez toujours les mêmes réponses, qui ont été patiemment dictées depuis des années par le pouvoir politique officiel (de droite comme de gauche) et par le pouvoir souterrain des lobbies à la gloire du marché, en direction des médias tympanisant le “petit” peuple de ce bréviaire cynique.

Pour que disparaisse ce vilain chômage des jeunes il faut leur faire “connaître” les métiers, les informer sur l’entreprise et le monde économique. Ainsi munis d’informations idoines, “on” imagine que les jeunes iront docilement se placer dans le rang qui leur a été complaisamment désigné, pour leur bien et pour celui de la société.

Il semble inimaginable aujourd’hui de concevoir le choix d’orientation sans avoir eu accès au catalogue bienheureux des stages en entreprise, des “visites sur le terrain” et autres jeux de rôle des options “découverte professionnelle” (DP 6 et DP3 en 4ème et 3ème au collège).

Je patientais — ou plutôt m’impatientais — il y a quelques jours, à l’entrée d’une classe de 3ème dans laquelle je devais intervenir et où s’achevait une séquence de DP3 “découverte des métiers de la vente”… on y jouait à la marchande, avec le professeur dans le rôle de la vendeuse. Que d’errements, et que de mépris pour les élèves…

On voit bien que si l’orientation est présentée comme cause du chômage — c’est-à-dire comme ce qui pose problème — elle porte en elle la solution qui va dissoudre ce problème. Il suffit de placer quelques professionnels correctement briefés qui manipuleront les foules au moyen de ces merveilleux petits outils en vogue au Québec.

Les conseillers d’orientation-psychologues étaient ainsi désignés comme les vecteurs idéaux de la “solution” au “problème”. Mais, las ! Cela n’a pas marché ! Malgré toutes les sollicitations, cajoleries, menaces, les COPsy ont massivement résisté à cet endoctrinement. Culture de corps professionnel sans doute, qu’un sociologue pourrait s’amuser à interroger.

Examinons maintenant l’autre raison qui fait de l’orientation un terrain miné, pour le sujet qui nous occupe. C’est que, tout bonnement, l’orientation est un marché. Un marché qui promet de se développer d’autant plus vite que le service public, où interviennent des psychologues formés et où se délivre une information claire, précise et indépendante… disparaîtra au plus vite.

Ainsi les coaches de tous poils, avec leur questionnaires de personnalité, leurs évaluations informatisées pourront s’épanouir à leur aise en exploitant l’angoisse de l’époque (les consultations coûtent entre 300 et 700 €). Il faut faire place nette à ces bienfaiteurs de l’humanité.

Voilà comment on œuvre à la désorientation des sujets. D’abord parce que choisir une profession en fonction des “besoins” de l’économie est une erreur grave puisque ces “besoins” sont versatiles. Ensuite parce que remettre aux mains de l’Autre, fût-il “scientifique” car informatisé, la question du choix se révèle bien souvent un piège, car l’essentiel est resté ininterrogé. On voudrait que les élèves choisissent en connaissance de conséquences mais en évitant soigneusement d’interroger la cause qui peut les animer.

Dans un colloque régional sur l’orientation à Bordeaux en 2006, un intervenant évoquait une enquête sur le métier de conseiller d’orientation-psychologue, conjointement menée en 2005 par l’ACOP-F [1] et l’INETOP [2] auprès des CoPsy (en France). L’enseignant de cette peu vénérable institution, qui avait quitté la profession depuis longtemps partait de l’hypothèse d’une “schizophrénie professionnelle” — le CoPsy passerait dans une même journée de la “posture” propre au “counseling”, à celle de l’expert “conseiller technique”, en passant par celle des “techniques éducatives en orientation” — il s’est esclaffé de la conclusion de l’enquête : la pratique plébiscitée par les conseillers ? L’entretien individuel. Cela devrait pourtant lui donner à penser…

L’entretien, ce moment possible de rencontre, est peut-être le fil rouge qui permet à toutes ces “postures”, vides de sens si on les prend une par une, d’être articulées dans une pratique à la fois enracinée dans une institution (l’École) et offerte à des sujets (les élèves, les enseignants) pour que ladite institution puisse assumer le mieux possible sa fonction, qui est d’autoriser ces sujets à s’émanciper et à prendre place, à leur façon, dans le monde qui les accueille. C’est peut-être à partir de l’entretien que peut se définir, non une posture, mais bien la position du conseiller d’orientation-psychologue, en articulant ses différentes activités à partir de ce centre de gravité.

Ce plébiscite indique que les conseillers sont attachés à la dimension clinique de leur travail même si tous n’osent pas la nommer ainsi. Prenons-le comme ce qui fait signe…

Voilà le point où le COPsy fait objection, voilà où le psychologue gêne. D’abord parce qu’il n’est pas obéissant et que, pour assumer les missions qui lui sont dévolues, il a le choix des techniques et de la théorie à laquelle il se réfère… On peut exiger de lui le recours à certaines d’entre elles, promues de façon récurrente, mais il a le pouvoir, exorbitant dans ce monde moderne, de résister et d’expliquer pourquoi, l’effronté ! Ensuite parce que son travail est centré sur celui qui s’adresse à lui. C’est un point sans discussion possible. Deux rocs inexpugnables et scandaleux, donc…

Cette insoumission est insupportable au Maître, qui refuse de penser. Philippe La Sagna, psychanalyste, indiquait récemment à Bordeaux que “Pour être le Maître aujourd’hui, il suffit d’être borné, et pour tout dire un peu con [i] selon le mot de Lacan”. Ce n’est pas peu dire, mais ce n’est pas tout. “L’affolement de la demande d’action risque de tarir toute issue pour un acte véritable” ajoutait-il. Le refus se révèle parfois un acte, après-coup. Porteur de conséquences…

Je voudrais rappeler à mes collègues, à qui je vais transmettre ce texte, le mot que Jean-François Cottes m’adressait en mai 2005 quand j’évoquais déjà ce qui se profile aujourd’hui : “il se trouve que certains refusent cette logique et maintiennent le cap du un par un, de la singularité. Qu’ils sachent qu’ils trouveront dans les collectifs de psychologues un lieu d’adresse de leurs élaborations.”

Peut-être est-il grand temps de nous rendre à son invitation.


Site de l’InterCoPsychos : www.intercopsychos.org

[1] Association des Conseillers d’orientation-psychologues de France
[2] Institut national d’étude sur le travail et l’orientation professionnelle, institut de formation des COPsy à Paris
[i] Lacan J. Du discours pychanalytique. Conférence à l’Université de Milan, 12 mai 1972, paru dans l’ouvrage bilingue : Lacan in Italia 1953-1978. En Italie Lacan, Milan, La Salamandra, 1978, pp. 32-55.

Le Nouvel Âne part en guerre contre le plan dépression médicalisation tout azimut

Nos amis du Nouvel Âne s’en prennent vivement aux plans de l’INPES de médicalisation de l’existence considérant la tristesse comme une maladie à guérir par voie médicale et moléculaire. Bien entendu la dépression-maladie existe, et elle se soigne médicamenteusement — mais jamais uniquement par cette voie, l’autre, celle du soin qu’on prend de soi-même, concerne la psychothérapie relationnelle et la psychanalyse.

L’INPES n’en a cure, mot à ne pas prononcer en ce haut lieu du positivisme ignorant la dynamique de la subjectivité et préconisant la consultation plutôt que la séance. À chacun ses préférences. Celles de l’Âne vont à la cure, psychanalytique naturellement. Lisez cette polémique, qu’elle vous soit revigorante.


Lire aussi dans Libération :

La France se lance bruyamment dans une campagne pour dépister la dépression – les Etats-Unis ont déjà leur journée nationale de dépistage, National Depression Screening Day – dans la foulée du nouveau D-Day européen : depuis quatre ans, le 9 octobre, cinq pays, dont la France, célèbrent la journée européenne de la dépression (European Depression Day). Les lacaniens de l’Ecole de la cause freudienne consacrent le dernier numéro de leur revue le Nouvel Ane au phénomène avec en couverture une photo d’un Nicolas Sarkozy au sourire crispé dont les commentateurs annoncent que «l’exercice du pouvoir devrait l’emporter sur la déprime» (après son divorce). Les lacaniens analysent donc les dessous de la campagne contre la dépression, les nouvelles utopies sociales autoritaires, l’utilisation de l’antidépresseur comme médicament générique de symptômes les plus divers. Selon eux, la brochure, «La dépression chez l’adulte : en savoir plus pour en sortir», éditée par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), entretient le mirage que «tout peut être médicalisé et guéri : la douleur d’exister, la souffrance morale, jusqu’au deuil…».

La revue publie des témoignages des deux côtés – du patient et de l’analyste – sur cette maladie, mais ajoute : «C’est une maladie de la vérité. Entre le deuil et la mélancolie, Sigmund Freud ne l’approche pas autrement lorsqu’il s’étonne qu’il faille tant de tourments pour accéder aux secrets de cette humeur funeste et lucide…»

Le Nouvel Ane, numéro 7, octobre 2007. wwww.forumpsy.org

SUR VOTRE AGENDA :

Jean-Jacques Moscovitz — Le 2ème LUNDI DU MOIS — 21:15

à Psychanalyse actuelle et Espace analytique

4 Place St Germain des Prés 75006 Paris — Salle des Bibliothèques.

12 novembre & 10 décembre 2007

Clinique freudienne de l’actuel et Approche de la culture :

Le sujet entre intime et politique

Textes de références pour cette année :

Freud Psychologie des masses et analyse du Moi

Lacan : L’envers de la psychanalyse .

– 12 11 07 Nabile Farès — lecture de Psychologie des masses et analyse du moi , appui sur quelques textes d’Elias Canetti.

– 10 12 07 Olivier Douville Panique politique de différentes lectures de Massen Psychologie und Analyse des Es .

Débat avec A-M Houdebine, Maria Landau, Muriel Prieur, Catherine Guillaume, Muriel Aptekier, O.Douville, Nabile Farès, J-J.Moscovitz


Psychanalyse Actuelle(1“) 94 av.Émile Zola 75015 PARIS
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