Programme du colloque du samedi 10 novembre 2007
Paris CHU Saint Antoine — Grand amphithéâtre, entrée 27 rue de Chaligny, 75011.
Devant l’afflux d’inscriptions au colloque du 10 novembre (800 à ce jour), nous avons dû changer de salle, puisque l’amphi St Antoine ne permet d’accueillir que 370 personnes.
Le colloque aura donc lieu à l’ ESPACE CHARENTON
327, rue de Charenton, 75012 PARIS
Accès :
En métro : ligne 8, station : porte de Charenton
En bus : PC 1 et PC 2, arrêt : Porte de Charenton, ligne 87, arrêt : Charenton jardinier
Pasde0deconduite
2ÈME COLLOQUE SCIENCES ET SOCIÉTÉ
Pour accéder au programme et au bulletin d’inscription du colloque, cliquez sur le lien :
http://www.pasde0deconduite.ras.eu.org/article.php3?id_article=98
ENFANTS TURBULENTS :
L’ENFER EST-IL PAVÉ DE BONNES PRÉVENTIONS ?
Ce deuxième colloque de Pasde0deconduite, dans quel contexte ?
Au printemps 2006, avec ses 200 000 signatures, notre appel « Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans » contraint le gouvernement à renoncer à inscrire le dépistage, dès 36 mois, d’enfants turbulents dans sa loi de prévention de la délinquance.
Notre mouvement conduit également l’Inserm à annoncer, en novembre 2006, de nouvelles méthodes pour ses expertises en santé psychique et prévention, associant chercheurs de toutes disciplines et acteurs de terrain.
Mais un an plus tard, les questions de politiques et de recherche en prévention psychologique, soin et éducation, restent plus que jamais d’actualité :
– la publication en février 2007 d’une nouvelle expertise de l’Inserm sur les troubles de l’apprentissage chez l’enfant est loin de correspondre aux engagements pris ;
– des actions de terrain, lors de bilans de santé en école maternelle par exemple, ou des projets de recherche intrusifs sur des difficultés des enfants risquant de les stigmatiser ou de les déstabiliser, ont provoqué de vives réactions des associations de parents ou de professionnels ;
– l’instrumentalisation de la recherche s’est à nouveau manifestée avec la mise en avant par des responsables politiques d’ approches exclusivement neuro-biologiques des difficultés en lecture ;
– la promotion de thèses favorables à l’origine biologique des comportements humains s’est exprimée dans le débat public quant à la détermination prétendument génétique de la pédophilie ;
– enfin, la loi votée récemment sur la prévention de la délinquance épingle toujours plus les enfants et les familles en difficulté psychologique ou sociale. Elle fragilise encore le travail des professionnels chargés de les aider. Le secret professionnel , outil essentiel dans la santé et l’action sociale, y est remis en question.
Le collectif Pasde0deconduite a poursuivi ses interventions en 2007, sur ces problèmes, s’adressant tour à tour aux pouvoirs publics, aux candidats à l’élection présidentielle, à des organismes de recherche ou à des institutions chargées des politiques sociales et de santé (cf. sur le site)
Dans le prolongement, nous organisons le colloque du 10 novembre. Nous vous invitons à y participer nombreux et à en parler largement autour de vous [Image : Élisabeth Roudinesco] “Que les pervers soient sublimes quand ils se tournent vers l’art, la création ou la mystique, ou qu’ils soient abjects quand ils se livrent à leurs pulsions meurtrières, ils sont une part de nous-mêmes, une part de notre humanité, car ils exhibent ce que nous ne cessons de dissimuler : notre propre négativité, la part obscure de nous-mêmes”. E.Roudinesco Présentation : Est réputé tel, depuis l’apparition du mot au Moyen Âge, celui qui jouit du mal et de la destruction de soi ou de l’autre. Mais si l’expérience de la perversion est universelle, chaque époque la considère et la traite à sa façon. est ici racontée à travers ses grandes figures emblématiques, depuis l’époque médiévale (Gilles de Rais, les mystiques, les flagellants) jusqu’à nos jours (le nazisme au XXè siècle, les types complémentaires du pédophile et du terroriste aujourd’hui) en passant par le XVIIIè siècle (Sade) et le XIXè (l’enfant masturbateur, l’homosexuel, la femme hystérique). , qui croit de moins en moins à l’émancipation par l’exercice de la liberté humaine, et pas davantage au fait que chacun d’entre nous recèle sa part obscure, feint de croire que la science nous permettra bientôt d’en finir avec la perversion. Mais qui ne voit qu’en prétendant l’éradiquer, nous prenons le risque de détruire l’idée d’une possible distinction entre le bien et le mal, qui est au fondement même de la civilisation ? Entretien avec Élisabeth Roudinesco, pour L’homme en question , 18 septembre 2007.
— Tous les êtres humains ont des fantasmes pervers : envie de tuer, de nuire, de s’exhiber, de manipuler, de dominer, de faire souffrir. C’est en cela que la perversion est la part obscure de nous-mêmes. Mais on ne devient réellement pervers que lorsqu’on met en acte de tels fantasmes, à des degrés divers. Soit à titre individuel, soit de façon organisée, comme dans les dictatures où l’État devient tortionnaire et persécuteur. Le nazisme est l’exemple le plus extrême d’un système pervers puisque le génocide devient la Loi.
— La perversion est synonyme de perversité : jouir de faire le mal et pas simplement faire le mal sans en jouir. Mais elle peut être sublimée en son contraire dans l’art ou la créativité. Si le Marquis de Sade n’avait pas été l’auteur d’une œuvre majeure, il aurait sans doute été un criminel. Être pervers, c’est donc être double, attiré tantôt par le haut (la civilisation) et tantôt par le bas (la souillure). À cet égard, la perversion est pensable, en effet, selon les catégories du bien et du mal, dans la mesure où chaque société a besoin, pour exister, de penser cette différence. Mais comme la manière de désigner le bien et le mal varie selon les époques, les pervers peuvent être tantôt les victimes d’une Loi qui les persécute, et tantôt des bourreaux ou des rebelles — voire des héros — qui défient la loi de Dieu ou des hommes. Pendant des siècles, l’homosexuel, regardé comme le mal absolu pour cause de sodomie, fut envoyé au bûcher, avec l’hérétique, la sorcière et celui qui se livrait au commerce charnel avec les animaux. Au XIXè siècle, il fut l’incarnation d’un mal qui venait des mauvais instincts de l’homme, descendant du singe. La rédemption passait, non par Dieu et les flammes, mais par la science médicale. Aujourd’hui, dans les états démocratiques, les pervers ne sont plus sanctionnés ni par Dieu ni par la science, ni par la loi, sauf quand ils sont criminels. Le mal absolu, c’est donc le pédophile, criminel et malade, de même que le terroriste — celui du 11 septembre — qui prétend incarner le bien, alors qu’il est l’agent du mal, c’est-à-dire d’une destruction massive de l’autre et de lui-même.
— Parce qu’elle tend à réduire l’âme au corps, à traiter les sujets comme des marchandises et à laisser croire que la solution à la question du désir pourrait être trouvée dans la gestion des corps et non plus dans l’aspiration à un idéal. Il s’agit là d’une tentative de domestication de la part obscure de nous-mêmes — de nos fantasmes, de notre imaginaire —, douce et invisible, propre aux états démocratiques, à l’ère du biopouvoir, lequel prétend venir à bout de tous les comportements dits déviants ou d’addiction. J’appelle perverse une société puritaine et pornographique : étalage maniaque de l’intimité, d’un côté, répression ensuite de ce que l’on a sciemment exhibé. Et tout cela au nom du bonheur individuel et de la santé.
— Où commence la perversion et qui sont les pervers ?
— L’histoire des pervers en Occident
— Notre époque
— Ne sommes-nous pas tous un peu pervers?
— La perversion est-elle pensable en dehors des catégories du bien et du mal ?
— Vous intitulez votre dernier chapitre “La société perverse”. En quoi notre société contemporaine peut-elle être considérée comme perverse ?