Mort d’Ernest Federn — un témoin historique s’il en fut.

La mort d’Ernst Federn

Fils de Paul Federn, grand compagnon de Sigmund Freud, Ernst s’est éteint le 24 juin à l’âge 93 ans. Très tôt, il sut que la psychanalyse serait la grande affaire de sa vie, au point de parler de lui-même en utilisant le langage de la tribu : “Je suis né avec un tempérament narcissique oral typique.”
Adolescent difficile, il fut initié très tôt à la politique par Therese Schlesinger (1870-1940), soeur d’Emma Eckstein, ancienne patiente de Freud, et qui deviendra l’une des dirigeantes du Parti social-démocrate autrichien. Aussi rêve-t-il de concilier le marxisme et le freudisme tout en ayant une sympathie profonde envers Léon Trotski et Rosa Luxembourg. En 1936, il devint le secrétaire de son père, s’immergeant ainsi dans la saga freudienne des origines.

Arrêté comme juif et militant politique, il fut alors déporté d’abord à Dachau puis à Buchenwald, où il rencontre Bruno Bettelheim. Il passe la durée de la guerre au camp et ne doit sa survie qu’à des circonstances exceptionnelles. Il eut la chance d’être veilleur de nuit puis de pouvoir se servir de la psychanalyse en s’occupant des détenus criminels ou en accompagnant dans la mort ceux qui étaient désignés pour l’extermination. Il fut ainsi, comme il le raconte par la suite, une sorte de “ psychanalyste de camp “, allant même jusqu’à donner des conférences sur le sujet.

Libéré en 1945 par l’armée américaine, il se rend à Bruxelles et entre en contact avec le délégué de la Croix-Rouge internationale avant d’être mandaté pour réaliser un projet d’hygiène mentale destiné aux anciens déportés. Trois ans plus tard, il émigre aux Etats-Unis, où il retrouve sa famille et tous les autres viennois déjà exilés. C’est alors qu’il entre en analyse avec Herman Nunberg (1883-1970), qui avait été lui-même analysé par Paul Federn.

Comme de nombreux viennois, il ne pouvait échapper à ce destin particulier qui avait fait de lui non seulement un rescapé du génocide, mais aussi l’héritier d’une histoire à laquelle il demeure fidèle toute sa vie. C’est donc comme travailleur social et dans la droite ligne des engagements de sa jeunesse qu’il se consacre autant à la réinsertion des adolescents en difficulté qu’à l’aide psychologique aux familles juives.

Il étudie avec finesse la psychologie des génocidaires, s’opposant notamment à la thèse selon laquelle les exterminateurs nazis n’auraient été que des fonctionnaires zélés. Par ailleurs, il s’intéresse à la constitution d’une historiographie psychanalytique (Témoin de la psychanalyse, PUF, 1994).


Élisabeth Roudinesco pour Le MONDE – Article paru dans l’édition du 06.07.07


Ernst Federn

26 avril 1914 : Naissance à Vienne (Autriche)

1994 : Publication de Témoin de la psychanalyse

24 juin 2007 : Mort à Vienne

Une politique du désir ou le désir d’Ordre contre l’ordre du désir

Nous vous communiquons cet article de J-F Cottes. L’importance du débat, un débat qui va s’amplifier dans la période à venir, n’échappera pas à l’internaute. Cet article permettra à qui veut pénétrer les complexes arcanes
du Carré psy de comprendre rapidement comment faire pour ne plus y comprendre rien, ou pour percer les mystères de la psychanalyse hébergée à l’université sous la livrée psychologique.

Les psychologues se rangeront-ils en bon Ordre ou non, des voitures de la psychanalyse, pour se consacrer enfin à leurs chères études cognitivo-comportementales enrichies à la neurologie, et aux délices d’une clinique de type Oranges mécaniques ? quel avenir pour la psychologie clinique, sous-marque universitaire de la psychanalyse enseignée à Juliette des psychologues ?

La valeur du code de déontologie ne tient-elle pas précisément dans sa référence éthique et non dans sa supposée référence au droit ? ” interroge J-F Cottes, qui ajoute : “ Confrontés aux enjeux contemporains les psychologues ne doivent pas adopter la posture du repli corporatiste. Ce n’est pas en verrouillant leur position par des artifices bureaucratiques — telle la création d’un ordre — que la spécificité de cette profession-symptôme survivra. C’est au contraire en cultivant et préservant le paradoxe fécond (…) au principe de leur pratique et de leur formation.

Nous souscrivons à cette conception de cette aile de la psychologie — qui en a beaucoup d’autres, mais cela la concerne en propre — qui nous rapproche de nos collègues et justifie une fois de plus notre alliance au sein de la Coordination psy . La psychothérapie relationnelle poursuit avec des moyens voisins le même type d’objectif. Ensemble, nous promouvrons nos deux professions et accomplirons, contre un nouvel ordre mécaniste et libéral sans états d’âme ni âme, leur mission civilisatrice.

Philippe Grauer

P.S. ce texte, agrémentés de ses notes enfin parvenues à destination, se trouve à Textes & documents ici-même.


Le SNP fait paraître un numéro de son Bulletin consacré à la question de la mise en place d’un ordre des psychologues.

Vous lirez ci-dessous la contribution qui m’a été demandée à ce Bulletin par ce syndicat. Le texte est reproduit ici tel qu’il est publié avec les notes ajoutées par la rédaction du Bulletin, ces notes sont indiquées par la mention finale NDLR [nous ne sommes toujours pas parvenus à récupérer les dites notes. Grandeur & servitude de l’édition ! (Cifp)].

Jean-François Cottes


Une politique du désir

Par Jean-François Cottes*

Le Syndicat national des psychologues a engagé une démarche tendant à la création d’un ordre professionnel des psychologues. Disons tout d’abord que la manière dont la question a été mise à l’ordre du jour a de quoi surprendre. Avant tout débat dans la profession au-delà des instances dirigeantes de cette organisation, la proposition de la création de l’ordre a été faite, à l’automne 2006, par la direction du syndicat à l’État, lors d’une rencontre entre une délégation de ce syndicat et un conseiller du ministre de l’époque [1].

N’aurait-il pas fallu d’abord engager un débat dans la profession avant de s’adresser à l’État ? C’est ce qu’un certain nombre de commentateurs avisés [2] ont relevé. J’ai pu moi-même en faire directement la remarque à Jean-Louis Quéheillard le 20 janvier dernier.

Depuis, on semble être revenu à une conception plus soucieuse de l’avis des professionnels. L’ouverture des colonnes du Bulletin du SNP à un débat contradictoire en est un signe. À ce propos je remercie le directeur de la publication de l’invitation qu’il m’a faite à donner mon point de vue et celui de l’InterCoPsychos sur la question de la création d’un ordre des psychologues. Mais ce signe doit être confirmé par une ouverture plus large encore, au-delà des organisations de psychologues, aux professionnels eux-mêmes. Cette question touche à des enjeux d’une telle importance, comme nous nous attacherons à le démontrer, que le débat ne saurait être limité aux organisations de psychologues. La question de la représentativité des organisations n’est d’ailleurs pas ici à mettre en cause. Chaque organisation représente effectivement et légitimement ses adhérents. Mais aucune dans l’état actuel des choses – et pas même toutes ces organisations si elles arrivaient à se coordonner – ne sauraient représenter la profession. Il y a lieu ici de ne pas remettre aux appareils des organisations un pouvoir qui dépasse de très loin leur légitimité à l’exercer.

C’est pourquoi aborder la question de la création de l’ordre avec l’État, sans que la profession n’en ait débattu et se soit clairement prononcée conduit à se couper de la profession. Il faut donc maintenant que ceux qui ont lancé ce débat en assument les conséquences en organisant une consultation générale des psychologues. Cette question de méthodologie n’est pas mineure. Elle est même au cœur de la question. Si l’ordre était créé sans cette consultation et ce débat, sans prendre l’avis de la profession, dans une relation bilatérale entre une organisation ou même plusieurs et l’État, cela augurerait mal de ce que serait cet ordre. C’est-à-dire que cela préfigurerait très bien ce que serait la relation de l’ordre à la profession, celle d’une instance antidémocratique, même si elle était avalisée par des élections.
L’esprit et la pratique démocratiques, comme on le sait, ne consistent pas seulement en l’organisation d’élections. Ils doivent animer effectivement l’ensemble du processus à chacune de ses étapes. Ce doit être le cas ici, comme dans toute occasion de la vie civile.

À cet égard, où en est le débat ? Du côté des organisations cette proposition ne rencontre pas, loin s’en faut, l’unanimité, ni elle ne recueille la majorité. Du côté des professionnels, pour avoir, depuis l’automne, participé à plusieurs réunions de psychologues, soit de Collèges hospitaliers ou d’Intercollèges, soit de Collectifs InterCoPsychos, soit de réunions ouvertes largement à nos collègues, je peux témoigner que la proposition du SNP ne suscite pas l’enthousiasme – c’est le moins que l’on puisse dire – et que la grande majorité des collègues que j’ai pu entendre s’exprimer sur cette question disent leur refus de la création de l’ordre.

Or, comme on le sait, l’ordre est une instance extrêmement contraignante en ce qu’elle fait obligation à chaque psychologue pour pouvoir exercer d’adhérer et de cotiser. Il ne s’agit pas d’une adhésion volontaire proposée, mais d’une adhésion contrainte sous peine d’être interdit d’exercer. On conçoit dès lors sans peine que la mise en place d’un ordre doit rassembler préalablement un consensus général et suffisamment établi. Sans quoi cette institution fera violence à ceux qui n’en voudraient pas et instaurera un régime de la contrainte et de l’obligation qui ne fera pas sens.

Au-delà des considérations sur la méthode et les conditions du débat, il faut aussi examiner l’opportunité d’une telle proposition dans le contexte qui est le nôtre. L’acte de création d’une institution n’est pas intemporel, il prend sa place dans une conjoncture. Sur le plan des politiques sociales et sanitaires, nous vivons un temps d’intervention toujours plus grande de l’État et des pouvoirs publics. Pour des raisons financières, sociales, et idéologiques, les pouvoirs publics ont, depuis 15 ans, fortement investi ces champs, non seulement par leur propre action mais aussi par le contrôle de plus en plus contraignant qu’ils exercent sur les pratiques. Que l’on aille voir de près les conditions d’exercice actuelles des médecins libéraux — et ce qui se dessine pour demain — et l’on se fera une idée de la mutation profonde qui s’accomplit et qui conduit à une véritable médecine administrée. Ne nous leurrons pas à cet égard, l’ordre des médecins n’est pas une institution qui protège les praticiens de cette tendance bureaucratique, mais, tout au contraire, il est un relais de l’action des pouvoirs publics, ce que nous ne saurions lui reprocher, puisque c’est précisément la fonction de l’ordre d’être, au sein de la profession, la courroie de transmission des politiques publiques. Mais il faut prendre ici toute la mesure des implications de la création d’un ordre des psychologues.

Sur le plan de la politique générale, l’élection présidentielle a confirmé cette tendance, en portant à la tête de l’État, le candidat qui a affirmé le plus directement son volontarisme, qui trouvera à s’exercer, n’en doutons pas, dans les champs sociaux et sanitaires. L’ordre serait alors, dans les mains de l’État, un puissant outil pour intervenir toujours davantage dans le contrôle des pratiques mais aussi des formations. S’agit-il d’un fantasme ? Écoutons plutôt ce que disait M. Basset, de la Direction générale de la santé à ce propos lors de son audition par la commission d’enquête parlementaire sur l’influence des sectes sur les mineurs à l’automne dernier. Il parle des psychologues : “C’est une profession extrêmement bien organisée. La formation universitaire est reconnue à un niveau bac + 5. Les psychologues sont très attentifs à ce que leur titre ne soit pas usurpé, et corresponde à une formation universitaire. Mais cette profession ne dispose pas encore de l’outil déontologique rendant possibles des sanctions ordinales.”

La création d’un conseil de l’Ordre est envisagée, afin que les professionnels puissent, en amont d’une sanction pénale, avoir un droit de regard sur la pratique des psychologues. J’ajoute que, comme vous le savez, ils ont un panel professionnel extrêmement vaste. Ils sont présents dans les structures de communication, dans les entreprises. Ils ne sont pas tous thérapeutes. »
On voit d’abord que la proposition qui a été fait par le SNP à la haute administration du ministère de la Santé a été bien reçue puisque quelques jours après cette rencontre M. Basset la reprend, pour donner les psychologues en exemple de l’esprit de collaboration avec les pouvoirs publics qui les animerait. Ensuite cette citation des propos de M. Basset prend toute sa signification de ce qu’il vient de dire précédemment lors de l’audition à propos des psychothérapeutes, dont il s’agit de paramédicaliser l’exercice, contrôler les pratiques, et corseter la formation, en créant un Conseil professionnel et en systématisant l’évaluation des pratiques professionnelles [3].

Dans ce double contexte, celui de l’évolution des politiques sociales et de santé — marqué par la volonté affichée de “maîtrise des dépenses de santé” —, et celui de la récente élection présidentielle, la création d’un ordre se traduirait immanquablement par une intervention renforcée des pouvoirs publics dans la formation et les pratiques des psychologues.

Il faut ici faire entrer un autre paramètre, qui est l’orientation des organismes publics et parapublics en ce qui concerne le champ psychique. En particulier, l’Inserm et la H.A.S (Haute autorité de santé, ex-ANAES), interviennent dans le sens des thèses les plus ouvertement scientistes et biologisantes. Nous n’avons pas oublié l’expertise collective de l’Inserm sur l’évaluation des psychothérapies (2005) qui tendait à promouvoir les thérapies cognitivo-comportementales. Nous nous rappelons bien les thèses de l’HAS sur la “psychopathie”, et nous nous souvenons des outrances déterministes et sécuritaristes de l’expertise collective de l’Inserm sur le dit Trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent. Telle est l’orientation des organismes qui définissent les politiques publiques dans le champ psy.

En ce qui concerne spécifiquement les psychologues, rappelons-nous les points de vue exprimés par les rapports Berland, Cléry-Melin ou Cressard (Conseil de l’Ordre des médecins) ou encore les rapports annuels de la Mission nationale d’appui en santé mentale [4]. Tous tendent à instaurer la paramédicalisation des psychologues, la normalisation de leurs formations initiales et continue, la normalisation de leurs pratiques. Contrairement à ce que l’on veut nous faire accroire – et l’expérience des ordres dans le champ médical et paramédical est là pour l’attester – un ordre des psychologues ne constituerait pas une protection de la profession, mais tout au contraire serait le relais rêvé pour un pouvoir tendant à faire adopter ces thèses et à les voir appliquer.

Que l’on aille voir de près aussi la façon dont les pouvoirs publics et organismes officiels sont intervenus dans les dernières années dans le champ sanitaire. Chez les orthophonistes avec la contractualisation ACBUS, chez les psychomotriciens, chez les infirmiers avec la mise en place d’un ordre — que l’on demande aux syndicats et organismes professionnels de dire leur point de vue —, chez les ostéopathes avec la publication des décrets d’application de la loi.

Concernant directement les psychologues, les conditions de vote de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 sur le titre de psychothérapeute et celles du débat sur le décret d’application démontrent de façon éclatante une volonté d’intervenir en force et sans obtenir l’accord de l’ensemble des professionnels concernés. L’épisode grotesque des amendements Accoyer-bis votés par surprise en janvier dernier par une majorité godillot à l’Assemblée nationale, et fort heureusement rejetés par le Sénat témoigne bien de l’esprit qui règne dans certains milieux du pouvoir qui veulent imposer leurs vues à la hussarde. Il n’y a pas une seule intervention qui n’aille pas dans le sens de la réduction de l’autonomie professionnelle des praticiens. Or n’est-ce pas ce que nous voulons préserver et conforter ? Voulons-nous participer nous-mêmes à cette offensive contre la place singulière que les psychologues occupent partout où ils interviennent ?

Il nous faut aussi considérer l’impact de la création d’un ordre sur un point essentiel qui découle de la loi de 1985 et formulé par le décret de 1991 [5], et qui se formule ainsi : “Les psychologues conçoivent les méthodes et mettent en œuvre les moyens et techniques correspondant à la qualification issue de la formation qu’ils ont reçue“. Cette formulation est aujourd’hui le point d’appui majeur de l’autonomie professionnelle. Elle permet à un psychologue en toute autonomie non seulement de choisir ses méthodes mais encore de les concevoir. Cela donne toute la place à l’innovation, à la recherche clinique, à la créativité dans la rencontre avec la singularité du patient ou du sujet qui s’adresse au psychologue. Qu’en serait-il si demain l’ordre des psychologues édictait un manuel des bonnes pratiques inspiré ou résultant de l’application des recommandations de l’Inserm ou de la HAS, comme cela tend à devenir le cas, quand ça ne l’est pas déjà, partout où un ordre professionnel est institué ? Qu’en serait-il si demain l’ordre des psychologues contrôlait la formation continue, comme cela est mentionné dans le rapport de la mission d’enquête parlementaire… ?

S’agissant de cette question il faut bien voir que c’est en particulier l’orientation psychanalytique de la pratique des psychologues qui serait menacée. Soumise à l’évaluation des pratiques professionnelles, confrontée à l’exigence de protocolisation, tout laisse à penser qu’elle ne serait pas validée par les guides de bonnes pratiques édictées par les instances ordinales. L’expérience récente de nos rencontres avec les politiques et l’administration ne laissent aucun doute sur ce point, la dimension propre de la psychanalyse n’est pas entendue.

Pour un ministre éclairé disant, tel Philippe Douste-Blazy le 5 février 2005 lors d’un Forum des psys organisé par Jacques-Alain Miller, que “ la souffrance psychique n’est ni évaluable, ni mesurable ” 6], que la psychanalyse a toute sa place dans le champ des pratiques afférentes au psychisme et faisant retirer du site du ministère l’expertise collective de l’Inserm sur les psychothérapies, combien de bureaucrates, de gestionnaires ou d’hommes politiques férus d’évaluation, de « validation scientifique », d’optimisation du rapport coût profit ? Combien de Bernard Kouchner lançant lors d’un autre Forum des psys, mi-provocateur, mi-goguenard à propos de l’évaluation des psychothérapies : “— Il faudra bien que vous y passiez !

Peut-on croire qu’un ordre professionnel, courroie de transmission des volontés politiques et administratives, ferait écran à ces orientations et protègerait les praticiens de la mainmise du pouvoir ? C’est tout le contraire que nous voyons dans les autres professions du champ sanitaire en France et dans les ordres de psychologues là où ils existent.

L’orientation psychanalytique serait la cible de la standardisation des pratiques que sécrète la logique d’un ordre professionnel. Or les psychologues ne doivent-ils pas en France leur autonomie professionnelle à la présence et à l’influence de la psychanalyse dans leur formation et dans leurs pratiques ? Il faut rappeler que ce sont des psychanalystes qui ont jeté après-guerre en France les bases de cette autonomie professionnelle avec la question de l’analyse profane, de l’analyse laïque, c’est-à-dire pratiquée par des non-médecins – suivant en cela les indications les plus explicites de Freud.

C’est sur cette question que s’est jouée notamment la première scission dans le mouvement psychanalytique. La Société française de psychanalyse a reconnu la possibilité pour des non-médecins et en particulier des psychologues de se former puis de pratiquer la psychanalyse au contraire de la Société psychanalytique de Paris. Il faut souligner ici l’apport décisif de l’enseignement de Jacques Lacan et de ses initiatives institutionnelles qui ont établi sur le plan de la doctrine, comme de la pratique, les fondations d’une pratique de la psychanalyse par les non-médecins, dont ont bénéficié et bénéficient grandement les psychologues.

Sur le plan universitaire ce sont aussi des psychanalystes qui ont construit l’enseignement de la psychopathologie et de la psychologie clinique qui ont permis la mise en place des diplômes professionnels de troisième cycle, DESS puis Master. On cite souvent Daniel Lagache pour son enseignement professoral à la Sorbonne, mais il ne faut pas oublier Juliette Favez-Boutonnier, membre de l’École freudienne de Paris, l’École de Jacques Lacan, dont l’esprit d’entreprise, de décision et de ténacité a permis que dans les années 60 se constituent des cursus qui ont conduit à la mise en place de ces diplômes. Cela a créé une spécificité française, qui a d’ailleurs eu des retentissements des conséquences dans d’autres pays.

La psychologie, souffrons pour un instant l’emploi du singulier, prend ses racines dans la philosophie et dans les sciences de la nature. Mais c’est sous l’impact de la psychanalyse que les psychologues praticiens, en particulier dans l’exercice de la psychothérapie, ont conquis une autonomie qu’ils ont fait reconnaître en 1985 par l’adoption de la loi instituant cette autonomie. Cette loi leur a conféré un statut particulier qui est la cible des diverses autorités qui veulent le réformer. Or ce dont il s’agit pour nous c’est de renforcer cette autonomie. Aujourd’hui, un psychologue prend appui sur la loi pour faire valoir cette autonomie, demain, si l’on en croit les tenants de l’ordre, il pourrait s’appuyer sur l’ordre. Mais chaque psychologue y gagnerait-il ? La création de l’ordre ne va-t-il pas affaiblir la portée de la loi de 1985 ? Ne va-t-on pas ouvrir la boîte de Pandore ?

Examinons un des arguments majeurs, si ce n’est le plus important, avancés par les tenants de l’ordre. On nous dit qu’il faudrait créer l’ordre pour légaliser le code de déontologie, celui-ci n’ayant pour l’instant qu’une valeur morale, et que ce code de déontologie est en fait un code d’éthique, et comme tel n’est pas opposable et perd de son efficace.

Considérons d’abord la situation actuelle. Le Code de déontologie est une référence connue des psychologues, dont ils usent dans leur rapport avec leurs patients, avec les sujets qui s’adressent à eux, avec des tiers, et beaucoup moins avec les autres psychologues. Qu’apporterait la « légalisation » du code ? Rien au plan moral, mais plutôt la possibilité d’entrer dans une logique de judiciarisation. L’on pourrait alors déposer une plainte, voir cette plainte instruite, un jugement rendu et bien sûr des recours pourraient être intentés par les parties qui s’estimeraient lésées par les décisions. Mais sur ce plan ne dispose-t-on pas dans le droit français de suffisamment de lois qui protègent le public et les professionnels ? La valeur du code de déontologie ne tient-elle pas précisément dans sa référence éthique et non dans sa supposée référence au droit ?

Légalisé le code de déontologie devient un texte administratif dont on ne se souciera plus que de son application à la lettre, en perdant tout l’esprit qui l’anime. C’est pourquoi, quoi qu’on nous en dise, la référence à l’éthique est supérieure, dans la vie de l’esprit, à la référence au droit — en tout cas dans la matière qui nous occupe.

L’exigence éthique nous dirons qu’elle confronte le sujet à sa propre responsabilité, et non pas à sa conformité avec les recommandations ou exigences de l’Autre [souligné par nous, note du Cifp]. Elle conduit le praticien à une rigueur plus grande que la satisfaction, qui peut devenir purement formelle, à des prescriptions dont la liste établie se ramène à la check-list. L’exigence éthique guide le praticien dans une zone où il n’y a plus de garantie, où le sujet n’a plus comme boussole que ce qu’il a appris sur lui-même, sur ses limites et ses capacités. Et c’est pourquoi cette exigence se forge dans la « formation personnelle », dans le travail sur soi, psychanalyse ou psychothérapie, contrôle ou supervision. Elle met au cœur de la pratique la dimension de l’acte, d’une responsabilité illimitée. Elle fait peser sur le praticien le poids de sa responsabilité dès lors qu’il fait une offre d’aide et qu’elle est saisie.

À cette aune, les recommandations de bonnes pratiques, les protocoles, les références opposables, l’évaluation des pratiques professionnelles apparaissent pour ce qu’elles sont : des défenses contre la logique du désir et de l’acte [souligné par nous, CIFP]. Elles tentent d’alléger le praticien du poids des décisions qu’il a à prendre, là où tout savoir préalable défaille, là où s’isole en tant que telle la dimension de l’acte. C’est ici au pari de Pascal qu’il faut ici se référer.
Confrontés aux enjeux contemporains les psychologues ne doivent pas adopter la posture du repli corporatiste. Ce n’est pas en verrouillant leur position par des artifices bureaucratiques — telle la création d’un ordre [souligné par nous, CIFP]— que la spécificité de cette profession-symptôme [7] survivra. C’est au contraire en cultivant et préservant le paradoxe fécond qui est au principe de leur pratique et de leur formation.

C’est une politique du désir et non de la demande [souligné par nous, CIFP] qui doit nous guider. Plutôt que de demander à l’Autre politique une reconnaissance, il convient de faire partout où nous sommes, un par un, une offre qui soit propre à faire émerger une demande. C’est en nous appuyant sur ce que la psychanalyse nous a appris à nommer le transfert que dans la relation psychothérapique, comme dans nos rapports aux institutions qui nous accueillent, nous créons les conditions du maintien et du renforcement de l’autonomie professionnelle à laquelle chacun d’entre nous est attaché.

* Psychologue, psychanalyste, président de l’InterCoPsychos — Inter-Collectifs de psychologues.

Instantanés de l’InterCoPsychos – N°235

Le combat continue : quid de la formation à la psychanalyse et à la psychothérapie relationnelle ?

L’Affop — à laquelle appartient le Cifp — et le SNPPsy, membres de la Coordination psy, seront présents à cette manifestation. Sauvons la clinique pourrait s’y voir convié. Retenez ces dates dès à présent.

Philippe Grauer


Chers collègues,

La série des Forums des psys a vocation à reprendre, en fonction de l’actualité.

Les innovations dues au nouveau gouvernement justifient d’ores et déjà de prévoir un Forum pour les 29 et 30 mars 2008 à la Mutualité.

Le programme en sera fixé fin janvier. Mais il ne serait pas inutile que vous teniez compte dès maintenant de ces dates, et que vous les fassiez connaître autour de vous.

En vous remerciant, je vous adresse mes cordiales salutations.

Jacques-Alain Miller

Paris, le 6 juillet 2007

Contre la normalisation : sauver mais penser la clinique !

Le CIFP, via l’AFFOP et le SNPPsy, a signé la pétition Sauvons la clinique, et invite tous les psychothérapeutes relationnels à le faire, car c’est de leur intérêt, en même temps qu’un geste de solidarité historique à ne pas manquer.

Nous vous transmettons ce texte du Dr. Franck Chaumont et Roger Ferreri, pour nourrir une toujours utile critique, sans cesser pour autant de militer, toutes réserves confondues, pour l’alliance avec la psychanalyse et la préservation de ses positions à l’université, car la ruine de son influence en ce lieu constituerait un dommage pour l’ensemble des pratiques fondées sur la dynamique de la subjectivité. Nous continuerons ainsi de militer pour une clinique — nous avons coutume de parler de pratique puisque nous nous disons praticiens, une clinique ou une pratique qui ne soit pas de mise aux normes au nom de diplômes universitaires mais une application vivante à chaque situation singulière de l’éthique psychanalytique ou psychothérapique relationnelle, en toute rigueur, perpétuelle recherche et invention.

Philippe Grauer


Une pétition circule sur Internet, ouverte aux professionnels, aux institutions et aux citoyens, appelant à une forte mobilisation pour « sauver la clinique ». A la suite d’autres appels, elle témoigne d’un refus et d’une résistance qui s’organise face à ce qu’il faut bien nommer une normalisation des pratiques et des savoirs.

L’espace de l’Université, tout comme celui de la recherche, est en effet l’objet d’une mise en cause fondamentale. Mais le fait que dans les universités de psychologie, une orientation de l’enseignement qui se réfère à la psychanalyse soit délibérément attaquée, manifeste la nature idéologique des affrontements actuels.

Le fait nouveau est sans aucun doute le couplage de ces choix idéologiques avec des modes de gestion qui privilégient la programmation et l’évaluation des pratiques selon des procédures normalisées. L’empire de la nouvelle clinique du DSM s’étend d’autant plus efficacement que les critères de fonctionnement des institutions favorisent la gestion des populations prédécoupées selon ces critères. Les thérapeutiques cognitivistes sont d’autant plus privilégiées qu’elles se fixent des buts adaptatifs homogènes à l’idéal gestionnaire. C’est ce couplage qui impose sa logique dans les institutions et les services hospitaliers par l’évaluation des pratiques.
De la hiérarchisation des psychothérapies par un rapport de l’INSERM au projet hygiéniste de prévention précoce de la délinquance, de la planification bureaucratique d’un plan de « santé mentale » à la réglementation de l’accès au titre de psychothérapeute une nouvelle biopolitique de l’intime s’instaure pas à pas.

Aujourd’hui c’est l’Université qui est attaquée. Remarquons d’abord qu’elle l’a déjà été selon les mêmes lois de la logique gestionnaire : à l’Université hélas, comme en tant d’autres lieux, l’esprit de l’évaluation bureaucratique et comptable est passé, sans que lui soit opposée une résistance efficace. A présent une nouvelle menace se fait jour, visant le contenu même des enseignements avec la mise en cause de la présence de la psychanalyse dans les cursus de psychologie.

Cette attaque nouvelle prend place par conséquent dans un ensemble plus vaste, et dans ce combat comme dans les précédents il convient de situer notre refus. Nous faisons l’hypothèse que dans ce contexte général la psychanalyse est attaquée du fait de son caractère antinomique d’avec la logique de la gestion postmoderne des populations. On peut en énoncer les points principaux d’affrontement : statut du singulier opposé à celui du particulier, statut de l’acte hors garantie, subversion du statut du savoir. La question de la réglementation des psychothérapies avait déjà soulevé la question, la mise en cause de l’Université la remet à l’ordre du jour.

Or sa défense s’organise selon le mot d’ordre « sauvons la clinique », dans un raccourci qui nous semble fâcheux. Certes la normalisation de l’enseignement, et précisément l’attaque de celui qui se fait en référence à la psychanalyse, participe d’une normalisation des pratiques. Mais « la clinique » ne saurait être identifiée à l’enseignement des étudiants, et ceci d’autant plus qu’il s’agit ici de psychanalyse. De fait, « la clinique » a déjà été mise à mal, sous les coups de la normalisation tous azimuts.

L’initiative du SIUERPP est heureuse, elle lance un combat pour l’Université et à ce titre elle est l’affaire de tous. La volonté de conjuguer cette résistance avec celles déjà engagées par des praticiens libéraux ou dans les institutions est bienvenue. Mais il importe de le faire dans la clarté. Que les temps soient durs, que la résistance doive être déterminée, qu’il soit nécessaire de s’unir n’implique pas que l’on doive simplifier à l’excès voire gommer les difficultés, bien au contraire.

Lucien Bonnafé nous en avait, en son temps, averti : « Dans la lutte contre la malfaisance de la pensée fétichisée, il n’est pas indifférent que nous laissions des traces de nos soucis. » Effectivement l’invocation de la clinique ne saurait se faire sans qu’on y laisse des traces de nos soucis. Sauver la clinique, projet salutaire autant qu’impossible, ne saurait être si rapidement réduit à la formation des dits cliniciens, personnes identifiées par la validation d’un cursus d’enseignement psychopathologique et/ou psychanalytique.
Que l’université ou toute autre forme d’enseignement intègre la question de l’accès aux savoirs issus de la psychanalyse est heureux et signe sa présence vivante dans notre pays, situation on le sait originale. Mais donner à penser que cela suffise à sauver la clinique est un raccourci dangereux.

Il y a tout d’abord une difficulté liée à l’énoncé. « Sauvons la recherche », mouvement dont on suppose que le libellé est à l’origine du choix de celui de la présente pétition, revendique de préserver la liberté de « la » recherche, c’est à dire de l’exercice des recherches dans la diversité de leurs orientation. Par contre « Sauvons la clinique » semble soutenir que seule une « clinique psychanalytique » (« psychopathologique » ?) mériterait un tel privilège. Or il n’y a pas « la » clinique mais des cliniques : il existe, bien sûr, une clinique comportementaliste, une clinique cognitiviste, une clinique du DSM. Si cela est vrai, existe-t-il une distinction essentielle entre l’une et les autres ? La question mérite d’être posée.

S’il y a une différence radicale, de quelle nature est-elle ? Est-ce qu’elle tient au contenu des enseignements ou à autre chose ? La clinique inscrit-elle toujours la même position d’asymétrie entre celui qui parle et ceux qui l’écoutent ? Une «clinique psychanalytique » découle-t-elle, se déduit-elle d’un enseignement de la psychanalyse à l’université ? La question n’est pas mineure : ne peut-on dire en effet que la cure psychanalytique inverse l’asymétrie constitutive de la clinique bâtie jusque là ? Le choix originaire de Freud n’a-t-il pas été d’imposer à qui voulait le suivre de prendre la place de l’hystérique ? Cet « à l’envers » qu’instaure la psychanalyse n’est-il pas rien d’autre que son « non enseignable » ? Ecouter c’est attendre un savoir à venir dans la parole de l’analysant et non l’anticiper dans quelque savoir que ce soit. S’il y avait une clinique psychanalytique, ne serait-ce pas son principe fondamental ? Et dans ce cas, cela se déduirait-il d’un enseignement universitaire ou bien de l’expérience que chacun peut faire dans la cure ?
Questions difficiles sans doute, et qui méritent débat, mais qui de ce fait ne sauraient souffrir d’être gommées au nom de l’urgence militante. Est-ce qu’il faut défendre l’existence de la psychanalyse à l’université ? Oui bien sûr. Mais nous savons bien que la psychanalyse est menacée dès aujourd’hui d’être enserrée dans des procédures d’évaluation directes et indirectes, notamment par le biais de la réglementation des psychothérapies. Or tous les protocoles, toutes les procédures sont fondées sur l’évaluation des savoirs. Est-ce là le cœur de la psychanalyse ? Non bien sûr.

Le passage de la psychanalyse dans la culture n’est pas superposable à celui des sciences humaines, où les savoirs constitués en disputent aux rhétoriques politiques, il tient aux effets de sa transmission à l’envers des savoirs, transmission qui ne saurait être restreinte à la stricte formation des psychanalystes. Pour le dire autrement les constructions singulières de l’hystérique, déclenchées sous ce mode, n’ont pas vocation à soutenir une psychologie puisqu’elles se sont historiquement constituées en réaction à l’idée même de psychologie. Le passage dans la politique de ce nouveau mode d’expression du singulier objecte à toute possibilité d’occuper le terrain des contenus référentiels pour le collectif.

La psychopathologie, aussi intéressante soit-elle, nous semble toujours viser à construire un regroupement d’oreilles propre à soutenir un agencement anticipé du recueil de la parole. Freud en inventant l’inconscient, a ouvert de nouvelles voies, un nouvel espace entre la bouche et les oreilles. Par effet de culture cela permet au clinicien un soutien jusqu’alors méconnu pour ne pas être le simple officiant de la clinique, soit l’agent d’un retour forcené des dernières constructions de l’observable pour bien ficeler l’observé.
En ce sens, la clinique est une invention de la transmission des savoirs sur l’humain, c’est même une invention de la Faculté, peu importe laquelle. Tant mieux que des universitaires se battent et en appellent au peuple pour soutenir les choix qui relèvent de leurs débats. Tant mieux pour nous qu’aux personnages près, leurs disputes soient en écho avec nos préoccupations. Mais laisser croire à cette relation simpliste entre sauver la clinique et enseigner la psychopathologie et la psychanalyse est abusif.

Les enseignements n’impliquent pas les pratiques. Les énoncés issus de la psychanalyse peuvent, comme les autres, servir de prescriptions normatives s’ils s’imposent comme savoir avant toute rencontre. Il est aisé de constater par exemple que le complexe d’Oedipe peut fonctionner comme une proposition politique, avec laquelle on juge l’air du temps voire on prétend ordonner une clinique réputée « nouvelle ».

Il suffit de se promener dans les prétoires pour voir combien d’expertises rédigées par des cliniciens formés à la psychopathologie et à la psychanalyse font œuvre au quotidien de discours moralisants, bien plus grotesques et malfaisants que ceux que Michel Foucault avait qualifiés en son temps. Nous n’incriminons pas l’enseignement qu’ils ont reçu comme cause de ces élucubrations, ce que nous affirmons ici c’est qu’un enseignement, aussi ouvert et critique fut-il, ne saurait à lui seul protéger de ces déviances.
Que la psychanalyse participe aujourd’hui – à l’insu des psychanalystes ou non – à la constitution d’une clinique normative, démontre que sa subversion ne doit pas être tenue pour acquise. Ce combat n’est pas nouveau : il faut rappeler qu’elle s’est constituée historiquement contre les effets étouffants de l’assujettissement aux sciences humaines. Personne n’échappe à la théorie, et la théorie analytique n’est jamais qu’une théorie du sujet qui échappe à la théorie et pour laquelle le cantonnement aux contraintes de la langue a le mérite de rappeler avec insistance la pointe éthique de l’extension de ses effets.

C’est au point même que l’on pourrait renverser la proposition et soutenir que la question n’est pas de sauver la clinique mais de permettre au clinicien d’œuvrer malgré la clinique, pour ne pas dire contre les cliniques. Tout diplôme de clinicien n’est jamais qu’un diplôme autorisant à se confronter dans des circonstances variées à la clinique, lesquelles circonstances font partie intégrante de la clinique.

Défendre la Recherche contre les manœuvres diverses d’assujettissement dont elle peut être l’objet est un combat essentiel, tout comme l’est la défense de l’Université dans sa pluralité. Chacun peut l’entendre et s’y reconnaître, mais mieux vaut encore en expliciter la complexité pour que cela puisse nourrir le débat public.

Les chercheurs ont su montrer qu’ils pouvaient être menacés dans leur métier par la pression d’intérêts publics ou privés. Les universitaires et les étudiants peuvent faire valoir que les règles de l’université doivent s’appliquer aussi dans les départements de psychologie. Avec les praticiens, ils peuvent montrer l’urgence d’une mobilisation de tous contre la normalisation généralisée.

Colloque Inserm : méthodologie de l’évaluation en psychiatrie & en santé mentale

Colloque Inserm du 30 mai


ATTENTION : le texte de Marie-Hélène Bigot, involontairement passé aux oubliettes, est à présent rétabli dans cet article. Allez jusqu’au bout des deux chapeaux pour en prendre connaisance.


ON nous avait annoncé ce colloque, une perspective de réconciliation de l’Inserm avec les psychothérapeutes relationnels et psychanalystes. Las, rien de tout cela. L’Inserm, de plus en plus enfermé à double tour dans sa forteresse idéologique du scientisme et de l’évaluation à tout va, rabattant de façon caricaturalement réductrice le malaise psychique sur la santé mentale appréhendée d’un point de vue psychiatrique dissocié de la pensée psychanalytique, ignore nos disciplines. On le savait, en voici la confirmation. Nous prendrons notre part à la bataille idéologico politique en cours, la même que l’on retrouve, bien entendu, dans l’arène universitaire avec les Sauvons la clinique .

Philippe Grauer


Marie-Hélène Bigot donne un compte-rendu du colloque de l’Inserm du 30 mai dernier Méthodologie de l’évaluation en psychiatrie et en santé mentale. (Voir Instantanés N°228 du 28 avril 2007).

Cette journée fut un véritable tour de bonneteau. Annoncée en novembre dernier comme devant traiter de l’expertise collective de l’Inserm sur l’évaluation des psychothérapies, elle “engloba” cette question dans le titre cité ci-dessus. C’est ainsi que les psychothérapies sont inclues sans autre forme de procès dans la psychiatrie et la santé mentale, ignorant délibérément, que les psychothérapies sont pratiquées hors de ces champs par des psychanalystes, des psychothérapeutes et des psychologues. Ces praticiens, qui ne se reconnaissent pas comme praticiens ni de la psychiatrie, ni de la santé mentale, ont été tout simplement exclus de fait de cette journée. Cette question, pourtant dûment posée lors de la journée depuis la salle, est restée sans réponse.

Sur l’évaluation, c’est de la salle encore, que furent rappelés les propos de Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé, au Forum des psys : “ la souffrance psychique n’est ni mesurable, ni évaluable “, ainsi que, du même, au même endroit, la place à accorder à la psychanalyse et à la psychothérapie relationnelle , et que fût soulignée la mesure et le tact de son successeur, Xavier Bertrand, dans l’épineux dossier du décret d’application de l’article 52 sur le titre de psychothérapeute, qui s’opposèrent aux assauts furieux des partisans du lit de Procuste qui soutinrent en ce début d’année le cavalier législatif d’un député acharné. (Voir Instantanés N°203 du 11 janvier 2007 et sq.)

C’est avec un aplomb remarquable que Mme Viviane Kovess — co-rédactrice, souvenons nous-en, avec Charles Pascal et Philippe Cléry-Melun du Plan d’actions psychiatrie et santé mentale paru en septembre 2003 — répondit aux critiques venant de la salle à propos de l’enquête épidémiologique qu’elle menait grâce à la MGEN dans les écoles de la Ville de Paris. Passant, sans vergogne, des signes du “trouble des conduites” chez l’enfant aux condamnations des mineurs et jeunes majeurs, elle se défendit dans la réponse aux questions d’établir aucune relation entre les deux, ce qu’elle avait pourtant fait dans son exposé liminaire…

Ce colloque nous était présenté comme une réponse aux questions qui avaient surgi en novembre 2006 lors de la précédente journée, sur le trouble des conduites. Ainsi que l’intitulé le laissait entendre, il a beaucoup été question de méthodes, et uniquement dans le cadre de l’évaluation.

Jean-François Cottes


À propos du colloque de l’Inserm du 30 mai 2007

Je rendrai compte ici de certains points exposés lors du colloque Inserm du 30 mai 2007 : “la méthodologie en psychiatrie et santé mentale “. Mon travail ne concernera bien sûr que les exposés auxquels j’ai assisté, il restera donc partiel. Je commenterai certains des thèmes qui ont été abordés.

Ce colloque nous était présenté comme une réponse aux questions qui avaient surgi en novembre 2006 lors de la précédente journée, sur le trouble des conduites. Ainsi que l’intitulé le laissait entendre, il a beaucoup été question de méthodes, et uniquement dans le cadre de l’évaluation.

M. J.-P. Lépine a traité des méthodes d’évaluation des psychotropes. Il souhaitait convaincre de l’utilité de ces recherches “en milieu humain ” et de l’intérêt d’un financement par des agences publiques ou des partenariats. L’efficacité était l’un des maîtres mots de la journée et M. Lépine a cherché à en démultiplier l’effet en distinguant “l’efficacy “, du côté du médicament, “l’effectiveness”, en lien avec les conditions de prescription et “l’efficiency “, rapportée au temps et aux coûts.

Si cet abord paraît vouloir dire quelque chose de cette efficacité tant mise en en avant, il laisse dans l’ombre un certain nombre de questions :

quelle place le médicament vient-il occuper au regard de considérations sur l’humain, quelle place tient-il dans le cadre de l’abord et du traitement de pathologies psychiatriques ? comment considère-t-il le champ de la recherche, soit par conséquent, quels sont les points pris en considération pour formuler des hypothèses ?

Lors de la prise de parole qui a suivi, une personne a fait mention de l’étude récente de la MGEN dans les écoles de Paris et a interrogé les résultats attendus d’une telle enquête. Il a été répondu qu’il n’y en aurait pas puisqu’elle avait été stoppée.

Marie-Josée Del Volgo, est venue questionner la place du psychiatre à partir de ce qui avait été dit, tant au début de ce colloque que lors du précédent :

Peut-il encore effectuer un travail qui prenne appui sur le cas par cas, ou lui faudrait-il considérer ce qui a été fait auparavant comme non scientifique, et pour cela l’invalider et entrer dans des méthodologies codifiées ? Elle a attiré l’attention sur cette exigence d’évaluation et interrogé les méthodes d’évaluation des chercheurs et des recherches proposées ici par l’Inserm.

M. Lépine a répondu vivement. Il s’est référé aux associations de malades mentaux pour donner consistance aux questions qui peuvent se poser et y a rapporté le rôle des chercheurs : il s’agirait pour eux de leur donner réponse.

Il s’agit bien sûr d’apporter des réponses, mais lesquelles et à partir de quoi ?

Le cadre de la recherche nous paraît prendre son départ dans un au-delà, et non dans cette seule articulation.

D’où l’intérêt de l’intervention de M.-J. Del Volgo, qui faisait part de l’existence d’autres modes de travail, issus de la prise en compte d’autres présupposés : singularité du cas, subjectivité, relation transférentielle, travail au cas par cas. Si l’on s’appuie sur les pistes de recherche évoquées par M. Lépine, il ne considérerait, pour sa part, que le point de vue physiopathologique : génétique, neurogénétique, recherches de phénotypes.

Sur le thème de la neuro-imagerie, M. Martinot a développé un exposé où intervenaient force coupes de cerveau, tomographies, IRM et mesures biochimiques. Il a été question de calculs de volumétrie, de quantification de matière blanche, de variations biochimiques… un appareillage qui nous est apparu lourd et complexe au regard de certains des résultats proposés.

Utilisé par exemple dans le cadre de travaux sur l’alcoolisme il permet de faire le constat d’une diminution précoce et rapide des fibres blanches, dans un travail à visée différentielle entre retard mental et autisme, il obtient certains résultats.

On entend l’intérêt qu’il peut y avoir à mieux saisir l’incidence de pathologies ou de facteurs externes sur le corps mais s’agit-il seulement d’aboutir à une politique de prévention mieux ciblée ? à un repérage plus précoce ? de dispenser des conseils mieux adaptés ?

Il s’agit, plus clairement, de toute autre chose quand M. Martinot annonce que les « déficits » enregistrés (soit les variations relevées), varient « selon les types de dépression », ou que « l’index de gyrification » serait moindre en cas de prodrome de psychose. Il s’agit, même si cela n’a été ni annoncé ni développé, d’une tentative de localisation dans le corps de manifestations tenues pour pathologiques, dépressions, psychoses ou autres. Sur ce point il nous a seulement été dit « qu’il ne s’agit pas de faire simple », soit que les résultats peuvent varier selon les types de dépression repérés, mais cela ne suffit pas pour ne pas être réducteur. Il faudrait entrer dans un discours qui expose et interroge les hypothèses et les critères retenus, les résultats et les interprétations considérés.

Faute de précision, nous sommes amenés à référer ces différents « types de dépression » aux descriptions du DSM ou de la CIM, et à faire appel à une note relative aux troubles de l’humeur que l’on peut y trouver qui précise : « les opinions concernant la classification de ces troubles divergeront tant que la subdivision des symptômes cliniques reposera uniquement sur des manifestations émotionnelles ou comportementales et non sur des arguments physiologiques ou biochimiques » (CIM, page 11).Considérer que les « types de dépression » décrits sont la transcription d’un réel biologique, croire que ce réel puisse aussi rendre compte de l’expression, de la raison d’être des dépressions, de l’humeur chez l’humain, soit situer le fait psychiatrique dans des comportements et un corps biologique, n’est ce pas là, non seulement entretenir une relation à la vérité, comme Lacan pose que le fait la science, mais venir s’y résorber ?

Ce « nouveau regard » de M. Martinot « sur les affections psychiques », rabat la dimension de l’humain sur « la lecture d’une IRM » et la recherche de traces matérielles entendues comme essentielles (1). A sens unique, ce regard fait fi des dimensions du symbolique, de l’imaginaire et du réel où Lacan inscrit la réalité des sujets humains.

Les interventions se sont cantonnées pour la plupart à l’exposé de démarches et de résultats sans faire montre de modèles théoriques.

Faut-il penser que « l’efficacité », référence de William James avec ses idées « ni vraies ni fausses » mais « utiles ou non », conduirait les scientifiques à ne plus proposer de modèles parce qu’ils atteindraient au réel ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’un artifice, les théories étant passées sous silence, le titre proposé venant restreindre le cadre intéressé ?

La notion d’efficacité s’inscrit dans une temporalité, dans une contingence. Elle répond aussi d’une exigence et impliquerait de viser au plus près, de rendre compte des données et relations mises en jeu, ici chez, et par un humain vivant et sa dimension « psy ». La notion « d’efficace » n’entre pas toutefois en contradiction avec la notion de modèle, elle exige même que leur construction ne cesse pas de se renouveler.

L’intervention de Lucia Valmaggia a été faite en anglais, sans traduction. Elle a exposé le fonctionnement d’un centre qu’elle coordonne au sein d’un programme dit ” OASIS ” à Londres (2). On s’y propose d’éviter l’apparition ou de réduire l’impact de la répétition d’épisodes psychotiques chez de jeunes adultes.

Il faut préciser qu’il est dommage que, très souvent, la discussion après les différentes interventions ait été réduite à 1 ou 2 questions. Plus encore, dans le cas qui nous occupe, la partie consacrée à la discussion des résultats ne nous a pas été communiquée en entier et ce qui l’a été l’était très sommairement.

On vise ici à obtenir au cours des premiers entretiens des réponses portant sur des points dits « non spécifiques », relativement s’entend, à une pathologie schizophrénique. Certains d’entre eux sont cependant considérés comme possibles symptômes “émergents ” de psychose, et leur sommation détermine le repérage de certains sujets et leur entrée dans le programme pour une durée de 2 ans s’ils satisfont aux critères et s’ils acceptent de rester.

Nous avons noté que l’entrée dans l’étude impliquait la passation d’un nombre important d’examens, de tests et d’évaluations, qu’un antipsychotique était administré à des doses non thérapeutiques, et que des rencontres avec un (des ? psychologue(s) avaient lieu pour 66 % d’entre eux.

Il a été dit que la capacité « d’insight » était détériorée chez les personnes repérées « à risque » d’entrer dans la psychose, mais rien n’a été dit sur les significations possibles de tels résultats.

Nous nous posons des questions sur le dispositif lui-même :

Comment les effets du programme lui-même ont-ils été pris en compte ?

Les sujets dits « à risque » étaient-ils avertis du but que se donnait cette recherche ? Les examens pratiqués ont été dits par Mme Valmaggia “non intrusifs “, mais que sait-on de la portée qu’ils peuvent avoir ? Quel est l’effet d’une prise d’anti-psychotique à dose non thérapeutique, administrée en amont d’éléments signant la présence d’une psychose ?

Que devenaient ceux qui n’entraient pas dans l’étude du fait de signes patents d’entrée dans la psychose, de ceux qui n’entraient pas dans les critères de sélection du programme ? Quid également du groupe témoin, dont nous n’avons pas entendu parler, mais qui nous semble devoir exister pour satisfaire à la logique d’une telle étude ?

Comment définir cette étude : s’agissait-il d’une étude sur la prévention, visant à apporter un soutien, ou d’une étude in vivo visant à obtenir des données ? Sur quelle base considérer qu’elle ait pu permettre une réduction des risques d’apparition et/ou de récidive de psychose ? Les questions auraient donc pu être nombreuses.

L’intervention psychologique était connotée « CBT », pour « cognitive behavior therapy », mais rien n’a été dit sur ce choix, ses objectifs, son cadre et ses résultats. La parole de ces patients manquait elle aussi.

Mme Viviane Kovess nous a parlé de mesure des troubles externalisés chez l’enfant, soit de batteries de tests proposés à l’adresse des enfants, mais aussi des parents, des enseignants.

Il s’agissait uniquement de commentaires de résultats statistiques, référés à des diagnostics DSM, même si elle a pu dire que “laisser une personne s’exprimer avec ses propres mots est important “.

Quelle lecture Mme Kovess fait-elle de ces données ?

Elle nous dit les TOP [i] diminueraient avec l’âge, mais on entend que, selon la logique DSM, le trouble des conduites prend ensuite le relais. La façon dont elle parle de la présence conjointe de troubles dépressifs, anxieux, ou encore de l’usage de substances peut inquiéter :

” multiplication des risques “, effets ” mutuellement renforçateurs “, et repérage des condamnations, soit dans ce dernier cas passage du psychiatrique au judiciaire, ainsi que Jean-François Cottes l’a fait remarquer.

Elle affirme ne pas confondre ces calculs de liens avec une causalité, mais ils s’offrent pourtant à l’interprétation. Les termes employés sont livrés sans expliquer leurs limites au sein des études effectuées, et ils retiennent l’attention. Il ne suffit donc pas que des résultats soient jugés significatifs, selon le terme statistique consacré, il s’agit aussi d’émettre un questionnement sur leur sens.

Mme Kovess nous dit que ces recherches n’ont pas « un tel impact sur la société ou sur le politique », mais on peut reprendre sa phrase sous une forme interrogative, et se demander quel impact elles peuvent avoir, lorsqu’elles délivrent ces interprétations, sans informer sur les limites de leur signification dans le cadre d’échantillons à visée statistique qui est le leur, ni sur les limites de ces résultats quand ils sont transposés à cet autre niveau qu’est le social ou le politique.

Ce rapprochement des études statistiques et du politique n’est pas sans rappeler un travail effectué sous l’autorité de Frederick Wines aux Etats Unis, constitué d’après les données du recensement de 1880, intitulé : « Rapport sur les classes déficientes, dépendantes et délinquantes… d’après le 10ème recensement » (3)

Utilisant le recensement comme source d’informations, Wines et ses collaborateurs avaient sélectionné des variables : le sexe, l’âge, la race, l’origine géographique et le statut marital de ces personnes dites « dépendantes », soit celles qu’ils croyaient pouvoir informer sur le sujet qui les intéressait, et effectué un travail à visée statistique.

A aucun moment, pas plus alors que maintenant, le thème choisi et les variables sélectionnées ne peuvent prétendre à l’indépendance. Ils sont à rapporter au contexte, aux auteurs et à leurs interprétations.

D. Deprins, professeur de probabilités et de statistiques, parlait dans une intervention du risque pour les statistiques d’être considérées par l’homme moderne comme ce qui pourrait donner le « dernier mot » (4).

Au devant de ce qui dysfonctionne, de l’incertain, disait-elle, « l’homme moderne cherche des réponses ». Il vise à localiser ce qui l’inquiète et peut croire l’avoir trouvé dans les chiffres. Les chiffres peuvent plaire, qui offrent, sinon une réponse exempte de questionnement, du moins une mesure où l’on croit pouvoir « poser les pieds », qui permettrait enfin de quitter cette zone d’incertitude et donc de turbulence.

Pourtant le cadre des définitions, les résultats, doivent être rapportés aux présupposés auxquels ils sont subordonnés pour ne pas réduire le jugement et l’acte à un simple « feed-back », à une réponse quasi réflexe donnée après la seule écoute ou lecture des résultats exposés.

Il a été dit au cours de cette intervention que l’on visait à « la constitution d’un savoir ». On ne peut dans ce cas s’exonérer de considérations sur le corpus ainsi constitué, ni sur les effets qu’il est susceptible d’induire.

Les vues de F. H. Wines étaient considérées au niveau national et n’ont donc pas été sans impact sur le travail social qui commençait alors. Les résultats des enquêtes d’aujourd’hui sont exposés et commentés dans des lieux publics (5) où ils peuvent aussi être suivis d’effets sur la vie des citoyens. Il paraît donc important de réfléchir sur ce qui est véhiculé et son impact.

David Cohen entendait pour sa part situer la genèse des troubles dits “externalisés” du côté du génétique, et les placer sous l’autorité du “cognitif ” et non de la clinique. L’environnement, seul autre facteur mentionné, n’était plus dans ce cadre que le révélateur d’une fragilité déjà inscrite, pré-déterminée.

Après le passage en revue d’études et de théories de la littérature ” scientifique ” sur la question, M. Cohen a conclu par l’exposé de facteurs qui seraient propices à l’apparition de ces troubles : maltraitance, dépression maternelle, appartenance à une bande.

Cette perspective a été dite ” intégrative ” et présentée sous l’angle ” d’un développement participant au développement lui-même “.

C’est vouloir faire oublier que les liens introduits concluent ici à un effet direct, simple ou combiné de facteurs internes et externes, retenus avant toute chose par les auteurs de ces études de cohortes. L’existence d’une fragilité génétique est tenue ici pour certaine, même s’il est dit que tout cela n’est que probabilité, parce que toute autre démarche explicative est exclue.

Cela ne nous apprend rien sur ce que pourrait en dire un sujet, cette perspective reste inexistante.

Pourquoi ne pas penser à la notion de « consensus fabriqué », développée par Anne Duponloup dans sa thèse « L’hyperactivité infantile, Analyse sociologique d’une controverse médicale » ? (6)

Quand des critères peuvent être dits « suffisamment partagés pour être considérés comme des évidences intouchables », quand « la complexité des problèmes » se trouve amputée, passée sous silence ?

Que le biologique existe et ait sa part dans certaines pathologies, nous n’en doutons pas, mais faire intervenir le grand nombre (de ces études) pour tenter de valider la thèse génétique avec la complicité de l’environnement apparaissait comme un tour de passe-passe et ne pouvait convaincre.

Le nombre ne peut prétendre se substituer, recouvrir le questionnement, ni prétendre faire disparaître d’autres hypothèses.

Ainsi que nous l’avons fait valoir précédemment, et comme le remarque également Anne Lovell, les « définitions et les délimitations de frontières » jouent un rôle primordial dans l’expression des résultats, et l’on sait « l’absence de critères de validité extérieurs et absolus »(7)

Là encore, cet abord tendait à rapporter le champ de manifestations qui peuvent poser problème, aux seules interventions d’hormones, de circuits, présents ou non, activés ou pas, trop ou pas assez, avec pour seul tiers avec un environnement tenu en laisse.

Automatisme, déterminisme, disparition du sujet.

Ceci recouvre assez bien, me semble-t-il, ce que disait M. Falissard lors d’un séminaire récent à Sainte Anne : nous serions des êtres “pensants et ignorants” de ce qui nous détermine, et notre liberté ne consisterait dans ce cas qu’à “accepter notre détermination” (8)

Il y a là réduction, confusion entre un sujet et un corps biologique adossé à l’idée d’un destin. Il y a là éviction d’une capacité à pouvoir s’inscrire d’ailleurs que du déterminé ou de la prédiction. Les éléments cités : maltraitance, dépression maternelle, appartenance à une bande… sont rabattus sur un environnement enchaîné au génétique. Il n’est fait aucune mention de relation à la mère, du désir et de ses aléas.

Des perspectives socio-anthropologiques ont été développées par Anne Lovell. Elles ont permis d’ouvrir un peu sur une complexité. Elles ont pointé la mise hors jeu de certains éléments, toujours situés au niveau de l’environnement, de phénomènes sociaux.

Elle a aussi attiré l’attention sur le fait que certains patients peuvent refuser de fréquenter des lieux connotés « Santé Mentale », dont la signification est vécue par eux comme stigmatisante, et leur préférer des lieux plus neutres.

Certains points de vue ont retenu notre attention, ainsi quand elle dit que « tout problème de Santé Mentale est un trouble de la relation » ou que « la nature est brouillée », ou encore que des facteurs restent extérieurs au champ pris en compte par ces méthodes.

La question de la nature de la nature, vaste question, n’a pas été interrogée plus avant. La nature est-elle brouillée, ou l’homme dénature-t-il la nature ?

Il faut souligner qu’Anne Lovell n’est pas extérieure au cadre de l’Inserm. Elle a donc parlé ensuite d’évaluation, de mise en place d’autres méthodes, d’autres modèles, pour déterminer l’implication, le poids de ces autres logiques sous-jacentes.

Les expertises précédentes auraient, selon ses dires, si nous l’avons bien entendue, « listé tous les problèmes qui touchent aux données cliniques », seules les conclusions et recommandations ne les auraient pas prises en compte. Tout aurait-il été dit, et par les experts de l’Inserm ? Le consensus n’aurait-il plus qu’à advenir sous peu ? On peut en douter.Il me paraît néanmoins tout à fait important que Mme Lovell ait mis l’accent sur l’exclusion de certains facteurs dans les études jusqu’alors présentées, bien qu’ils ne soient pas, bien sûr, seulement sociologiques, et que la démarche de recherche ne doive pas se borner à rajouter quelques facteurs mais prenne soin d’accéder à un questionnement méthodologique et conceptuel.

Avec son exposé, M. Falissard entendait introduire de la subjectivité dans la mesure. Selon lui, les détracteurs d’une telle entreprise seraient des réfractaires du chiffrage, des inhibés, quelque chose leur ferait refuser les chiffres.

Chacun sachant ce qu’est la tristesse, cet axiome étant posé, M. Falissard démontre qu’il est possible d’en mesurer l’impact, et ceci sans pour autant interroger les concepts de tristesse ou de mesure. Il s’agit de mesurer, et cela en vue d’un ” se sentir mieux “. Qu’il puisse exister d’autres façons d’amener un sujet à “se sentir mieux “, en lui offrant la possibilité d’interroger justement les concepts avec lesquels il tente de définir son être et ce qu’il ressent n’a pas été évoqué.

Si nous entendons bien, la tristesse est considérée ici « pour elle-même », en tant que chacun pourrait s’y référer. Cela se fait sans interroger le concept, la possibilité d’être triste, ce qui peut rendre triste, ni le fait qu’on ne puisse éventuellement rien en dire : « Il y a des gens qui ont tout ce que leur cœur désire et qui sont tristes quand même » (9)

Lacan a insisté sur le fait qu’il n’est « pas du tout évident » qu’un enfant pleure, par exemple quand il reçoit une gifle, et que la notion de compréhension ne suffit pas pour interroger ce qui est mis en jeu.

Que serait-il dit ici de l’enfant qui demanderait si la gifle est « une caresse ou une claque » ? La question viendrait-elle à s’éteindre ? Une remarque dans le public a d’ailleurs ciblé l’accent de ” réalité en soi” des concepts ainsi pris en compte.

Le sujet traité par M. Widlöcher était « l’évaluation des stratégies dans le champ des psychothérapies psychodynamiques ». Il a tenté d’introduire une différence avec les exposés précédents par le biais de la sémiologie, en posant qu’il s’agit de distinguer entre psychose et névrose avant de conclure par exemple à la présence d’une phobie sociale. Il a dit aussi que le but de la psychothérapie pouvait ne pas être seulement le bien-être, mais aussi viser à une meilleure compréhension de soi.

Il est ensuite entré dans le vif du sujet : il faut évaluer et les thérapies dynamiques doivent obéir à ce principe, elles ne peuvent prétendre lui rester extérieures. Il le faut, selon lui, pour développer des “stratégies de traitement”, des” profils de stratégie”, et là encore, pour l’obtention d’un savoir et une plus grande efficacité.

Pourtant, la première question qui vient à l’esprit est :

Au nom de quoi ce principe devrait-il s’imposer ? Le champ des psychothérapies n’a-t-il pas depuis longtemps développé des points de repère théoriques et ses méthodes propres pour analyser la position du thérapeute et les effets du travail entrepris ?

Le seul point qui ait été développé est celui des outils qui permettraient cette évaluation. Il faudrait, nous dit-on, décrire ce que nous faisons et non ce que nous croyons faire, l’évalué étant le thérapeute et non le patient. Descriptions de séance, discussions de groupes de pairs, pose de diagnostics fiables (DSM), constitution de bases de données, approche visant à prendre en compte TOUS les ” ingrédients activés au cours des différentes phases “.

La logique de l’évaluation est bien ici à l’œuvre, évaluer les « thérapies dynamiques », cela veut dire ici évaluer la psychanalyse, comment ?

M. Thurin propose par exemple de repérer les « troubles » sur « une base DSM » (10).

Cela permet, selon nous, d’évacuer le champ de la psychanalyse, son histoire et les différentes écoles qui s’y réfèrent, ses points de repère propres, ses modes opératoires… et de s’instaurer en place d’opérateur d’un découpage prétendant mesurer de façon isolée certains éléments.

Manifeste est l’intention, la volonté de faire entrer la psychanalyse dans ce monde des objets évalués, mesurables, dont nous venons de dresser quelques-unes des caractéristiques, pour plus de précision, lire bien sûr « Voulez-vous être évalué ? » (11)

Faire entrer la psychanalyse dans un cadre où bien sûr certains effets, pré-listés pourront être mesurés, mais où par définition le sujet du désir est absent. Comment s’y prendre en effet, quelle torsion opérer, pour prétendre pouvoir en inscrire les effets ?

Prendre par un bout et mesurer l’un, le thérapeute.

Produire des stratégies, soit des modèles dits efficaces on le suppose, et viser à leur application, sur des sujets retenus comme ceux qui répondront, obéiront au cadre d’intervention découpé sur mesure, avant même qu’ils se présentent ?

Mais comment faire quand Jean Michel Thurin mentionne lui-même le rôle majeur ” des interactions patient-thérapeute ” ? Quoi du transfert ? Et quoi, bien sûr, de la psychothérapie ?

C’est là transformer la psychanalyse pour en faire non une pratique du cas par cas, de l’ici et maintenant, en chair et en os pour l’un et l’autre, mais une méthode, une stratégie, une recette.

Que dire d’une telle méthode, qui implique de supposer savoir, en amont de la rencontre, ce qui serait à dire, à faire, pour que DES individus empruntent la direction qu’on aurait l’intention de leur voir prendre ?

On ne peut qu’interroger une telle politique.

C’est alors que « la santé », et au-delà l’être humain, « devient un problème politique et la politique de santé participe d’une normalisation collective des comportements érigée en politique d’Etat ». Ainsi faisant, en « massifiant et en uniformisant les conduites, la politique de santé publique les exproprie de leur singularité… » (12).

La méthode postule qu’il y aurait là un maître. Un « supposé savoir universel et incontesté en matière de santé » pour qui « tout peut être objet d’évaluation » « tout peut être matière à solution », sans « insubstituable » (13)

Un « supposé savoir quoi ? Comment opérer ? Mais ça serait tout à fait excessif de dire que l’analyste sait comment opérer » (14)

Dès lors il y aurait bien là une transformation : celle de l’analyse qui n’en serait plus une.

Si l’analyste « ignore la portée des mots pour son analysant », ainsi de la signification de la gifle pour l’enfant, plutôt lui faut-il agir en sachant quelque chose de cette destitution, en endossant une place plutôt qu’un habit.

Un texte récent, parmi d’autres, intitulé : « Pour la psychanalyse », en dit quelque chose

« La psychanalyse est une pratique qui consiste à suivre le fil d’une parole sans l’anticiper d’un quelconque savoir. Elle s’instaure comme échappée devant toute assignation à ce qu’il y ait une réponse concertée face à la folie, qu’elle soit hystérique ou délirante. L’œuvre de Freud est indissociable de la création d’un espace où se transmet cette question inaugurale posée par l’hystérique à l’adresse des savoirs d’anticipation, elle interdit de construire une science des rêves en dehors de la parole singulière de chaque rêveur. » (15)

Notre compte-rendu s’arrêtera là, avec notre départ. Il nous est apparu que ce colloque tentait de maintenir dans l’ombre l’existence d’autres postulats que celui défendu au cours de la journée, ce pourquoi les interventions se sont cantonnées à un champ délimité à l’avance.

Plusieurs interventions de participants du collectif « Pas zéro de conduite » ont souligné ce rabat sur les comportements, le biologique, le risque de stigmatisation. La tenue d’un débat transdisciplinaire, « qui réintroduise les sciences humaines et la psychanalyse dans la réflexion », n’a pas eu cours (16)

La question de Jean-François Cottes, qui portait sur la date où aurait lieu le colloque sur les psychothérapies qui avait été annoncé, a été déclarée « valable » mais renvoyée sur les interventions à venir, et sur l’analyse en dernière instance, par l’Inserm seule, de ce qui serait ultérieurement jugé pertinent.

Pas de débat sur les psychothérapies donc, il s’agissait de le maintenir hors cadre.

Bibliographie :

1- De Brem P., Poupon C. (Expert) : Le plus grand centre de recherches sur le cerveau. Chapitre 3 : Un nouvel outil pour des recherches plus poussées, 22 08 2005.

http://www.savoirs.essonne.fr/dossiers/la-vie/medecine-sante/article/type/0/intro/le-plus-grand-centre-de-recherches-sur-le-cerveau/chapitre/un-nouvel-outil-pour-des-recherches-plus-poussees/

2- Valmaggia Lucie : [PPT] www.londondevelopmentcentre.org/silo/files/1212.ppt

Format de fichier : Microsoft Powerpoint – Version HTML. Early detection and intervention for people with an at risk mental state for psychosis. Dr Lucia Valmaggia. OASIS. London, 07/03/07.

3- Grob Gerald N : « The origins of American Psychiatry Epidemiology », American Journal of Public Health (AJPH), mars 1985, Volume 75, N°3, page 231.

4- Deprins Dominique, professeur de probabilités et de statistiques, Bruxelles, « la statistique, symptôme de la pensée hyper-moderne, de la causalité efficiente à la causalité psychique », Journées du SIUEERPP, 20 mai 2006.

5- Assemblée nationale, session ordinaire du 22 juin 2006, Annexe au procès-verbal de la séance du 21 juin 2006, http://www.assemblee-nat.com/12/rap-off/i3187.asp Viviane Kovess-Masfety, médecin psychiatre, professeur Université Paris 5, et les troubles externalisés (hyperactivité, troubles des conduites)….

6- Duponloup Anne : L’hyperactivité infantile, Analyse sociologique d’une controverse médicale, Thèse en vue de l’obtention du grade de docteur es-sciences sociales, Neuchâtel, 2004, page 296.

7- Anne Lovell, Rapport « Etude de la surveillance dans le champ de la santé mentale », Chapitre 4 : Problèmes de définition et de délimitation de l’objet de la surveillance en santé mentale, pages 12-13. [PDF] http://www.invs.sante.fr/publications/2005/sante_mentale_110105/etude_santementale.pdf

8- Séminaire d’épistémologie, Service hospitalo-universitaire de santé mentale et de thérapeutique (Pr J-P Olié) Centre Hospitalier Sainte-Anne, 25 avril 2007

9- Lacan Jacques : Le séminaire, 1955-1956, Livre 3, Les psychoses, Editions du Seuil, page 14.

10- Thurin J.-M. : Peut-on évaluer la psychanalyse, 13 02 06, http://www.techniques-psychotherapiques.org/Recherches/Methodes/PsychanalyseEval.html.

11- Miller J.-A., Milner J.-C. : Voulez-vous être évalué ?, Editions Grasset, 2004.

12- Jacques Lacan : Le Séminaire, 1977-1978, Livre XXV, Séance du 15 novembre 1977, Une pratique de bavardage.

13- Gori R., Del Volgo M.-J. : La santé totalitaire, Denoël, 2005, page 16

14- Miller J.-A., Milner J.-C. : Voulez-vous être évalué ?, Ibid. supra, page 30.

15- Franck Chaumont, Roger Fereri, Vincent Pardigon : « Pour la psychanalyse” http://www.le-point-de-capiton.net/Memoire/memoire.htm

16- Le Collectif « Pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans », Erès, 08 06 2006.

Marie-Hélène Bigot

Itinéraires singuliers & santé mentale : soins institués & soignances profanes

NANCY

24, 25, 26 SEPTEMBRE 2007

Voir sur cette question l’Actualité en mémoire en date du 19 JUIN

Que de chemin parcouru depuis l’aliéné de 1838, le patient “sectorisé” de 1960 et l’usager d’aujourd’hui, en droit de porter un regard, depuis la loi du 4 mars 2002, sur les soins qu’on lui propose. Néanmoins, si le patient-citoyen est devenu le leitmotiv de nombreux discours, reste une réticence à accepter que les patients puissent vivre des expériences utiles dans un champ qui échappe aux soignants.

• Les Groupes d’entraide mutuelle , créés par la loi du 11 février 2005, soutiennent les personnes en souffrance psychique face à la solitude. “Héritiers profanes” des clubs thérapeutiques, ils ont vu le jour grâce à l’action conjuguée de la FASM Croix-Marine, de la FNAP-Psy et de l’UNAFAM. Peut-on, après deux ans d’existence, en tirer un premier bilan ? Ces groupes s’articulent-ils avec les professionnels et comment ? Quels sont désormais les enjeux pour les usagers et les professionnels ?

Il faut aussi faire le constat que, si les GEM offrent, à côté d’autres innovations comme les SAVS, de nouvelles occurrences pour favoriser le maintien du lien social, certaines personnes, dont les troubles ou la souffrance psychiques n’ont d’ailleurs pas toujours été repérés, se construisent bon an mal an des trajectoires particulières hors des repères traditionnels. Certaines sont acculées à la rue, après avoir côtoyé dans leur errance l’alcool et/ou la drogue ; ces personnes, marginalisées, sont de fait plus souvent accueillies par le SAMU social que par l’offre de soins instituée.

D’autres sont recensées dans la population pénitentiaire, qu’elles présentent des pathologies avérées, comme l’ont montré des études récentes, ou qu’elles multiplient les petits délits pour rester dans un lieu carcéral qui leur est devenu familier. Enfin, quelques-unes sont captées par des sectes qui, sous couvert de leur proposer une relation d’aide et d’écoute, voire une formation professionnelle, les détournent des soins, ce qui n’est pas sans poser question au regard de la liberté des patients. Ces personnes souffrant de troubles psychiques trouvent parfois dans ces parcours atypiques, hors des circuits institués, des aménagements de vie qui les satisfont. Pour d’autres, ces parcours sont vécus comme une ultime tentative de survie.

Quoi qu’il en soit, à l’heure où il s’agit de développer des synergies avec le champ social et médico-social afin de garantir une continuité des soins et un accompagnement de vie au quotidien, les professionnels de la santé mentale ne peuvent ignorer ces problématiques qui laissent sur le bord du chemin nombre de nos concitoyens.

56èmes JOURNÉES NATIONALES DE FORMATION CONTINUE

ITINÉRAIRES SINGULIERS EN SANTÉ MENTALE : SOINS INSTITUÉS ET SOIGNANCES PROFANES

31, rue d’Amsterdam – 75008 PARIS –

Tél : 01 45 96 06 36 – Fax : 01 45 96 06 05

Site Internet : www.croixmarine.com

E-mail : croixmarine@wanadoo.fr

N° Formateur : 11 75 203 79 75à noterpour 2007

FORMATEURS ET INTERVENANTS

COÛT PÉDAGOGIQUE : 320 €

RENSEIGNEMENTS FÉDÉRATION D’AIDE À LA SANTÉ MENTALE

CROIX-MARINE 31, rue d’Amsterdam – 75008 PARIS – Téléphone : 01 45 96 06 36 – Fax : 01 45 96 06 05 Internet : www.croixmarine.com – E-mail : croixmarine@wanadoo.fr

DURÉE : 20 heures.

Dr Martine BARRÈS, M. Jean CANNEVA, M. Patrick COUPECHOUX, Dr Bernard DURAND , Dr Jean-Pierre LEBRUN, Dr Jean-Claude PENOCHET, Pr Jean-Louis SENON

• Réfléchir aux itinéraires empruntés par les patients en dehors de ce qui est prescrit

• Parler des nouveaux milieux de survie où vivent de nombreux patients

• Définir des positions éthiques pour les professionnels, notamment à l’égard des sectes, ainsi que le rapport à la liberté et au libre arbitre qui devient essentiel dans la définition des prises en charge

• Élaborer les modes de négociation dans la mise en place des processus ou des procédures de soins

• Réfléchir aux interactions avec les professionnels dans le cas des parcours qui ne sont pas balisés ou prescrits

• S’interroger sur les nouvelles facettes de la solidarité

• Apports théoriques :

• Exposés concernant des expériences concrètes

CONTENU :

Discussion des apports théoriques et des expériences concrètes par les participants de la journée. Évaluation de la journée de travail. Publication des actes de la journée.

Petites plutôt bonnes nouvelles parlementaires

PETITES NOUVELLES PARLEMENTAIRES 28-29 juin 2007

Certains se sont inquiétés de la promotion de Bernard Accoyer. Qu’ils se rassurent. Ces nouvelles (1“)sont toutes plutôt bonnes. Désormais ce sera autre chose et autrement. Nos adversaires n’ont pas changé, mais la donne est nouvelle et le jeu risquent d’être différents.

Nous aurons plus directement à nous occuper d’idéologie : gênes vs. environnement. Déterminisme vs. liberté du sujet. Promotion de la Psychanalyse et psychothérapie relationnelle comme vecteurs de la dynamique de la subjectivité.

Philippe Grauer


• Les bureaux des Commissions permanentes sont désignés, et notamment le président de la Commission des Affaires culturelles, familiales et sociales (en cours), M. Pierre Méhaignerie ? (président de la Commission des Finances dans la législature précédente) M. Pierre Méhaignerie est de profession Ingénieur du génie rural et des eaux et forêts, ce qui transformerait complètement le profil ultra-médicalisé jusqu’alors de la Commission des Affaires culturelles, familiales et sociales.


Important : Le Dr Jean-Michel Dubernard, chirurgien des hôpitaux de Lyon et professeur des universités, député depuis 1986, précédent président de la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales, a été battu au second tour des élections législatives le 17 juin 2007 ; il avait dans cette fonction été, de concert avec le Dr Bernard Accoyer, alors président du groupe des députés UMP, un promoteur constant du texte devenu Article 52, mais avait dû céder devant la détermination du Sénat à ce que les dispositions de cet article ne portent que sur le titre de psychothérapeute, et non sur la formation aux psychothérapies, version de texte qu’il promouvait. Le Dr Jean-Louis-Touraine (groupe “Socialiste, radical et citoyen”) a été élu dans la circonscription jusqu’alors celle du Dr-Pr Dubernard. Et le Dr Touraine à son tour devient membre de la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales.
http://www.assemblee-nationale.fr/13/tribun/fiches_id/334768.asp
http://www.assemblee-nationale.fr/12/tribun/fiches_id/1174.asp


• La composition des commissions permanentes est publiée, notamment celle de la Commission des Affaires culturelles, familiales et sociales. Nota Bene : le Dr Bernard Accoyer n’est plus membre de la Commission des Affaires culturelles, familiales et sociales comme il l’était avec son confrère médecin Dubernard dans la précédente XIIe législature, il est désormais membre de la commission des Finances dans la XIIIe législature.
http://www.assemblee-nationale.fr/13/tribun/commissions/comm_cion_cult.asp


• 27 juin 2007 : Les membres des Commissions permanentes sont désignés, et notamment ceux de la Commission des Affaires culturelles, familiales et sociales. (27 juin 2007 : Décret de convocation du Parlement le 3 juillet 2007 en session extraordinaire ; ordre du jour de la session extraordinaire) http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf ?numjo=HRUX0710542D


• 26 juin 2007 : Le Dr Bernard Accoyer est élu président de l’Assemblée nationale.

  • 1 qui nous proviennent par la Lettre d’information de Dupont Muzard http://www.lta.frdm.fr/>Psych-ana-logie / LTA

Sens unique ou sens interdit à l’Inserm ?

L’excellent J-F Cottes nous adresse cet Instantané de l’InterCoPsychos – N°233.

On y mesure comment l’Inserm continue de préoccuper. La dérive scientiste continue d’inquiéter les tenants de la problématique de la dynamique de la subjectivation. Une véritable orientation idéologique propulse la recherche de notre honorable Institut toujours dans le même sens, dans la même absence de sens pourrait-on dire, le sens qui consiste à tourner le dos au sens que peut prendre son expérience pour un sujet qui serait conduit à s’engager dans une démarche vers lui-même, bref à s’interroger, non pas épidémiologiquement, mais herméneutiquement, dans une perspective humaniste.

En clair, pourquoi pas des enquêtes, même bio-sociologiques, mais pourquoi pas aussi l’enquête sur soi que constitue une psychothérapie relationnelle ou une psychanalyse, qui n’aille pas chercher son midi au quatorze heures de l’épidémiologie et de l’organicisme, ailleurs qu’en soi le sens de son expérience.

Philippe Grauer

————

Pour sens ultime, la détermination génétique ?

Où l’on découvre, ci-dessous, les inquiétantes dérives qui entraînent l’Inserm dans une fuite en avant, alors même que des avis circonstanciés de certaines de ses instances, et d’autres, l’appellent à plus de prudence.
Non, la machine épidémiologique est en marche, et rien n’arrêtera son progrès, semble-t-on penser dans cet Institut.

Approchons nous d’un point exquis de la rhétorique argumentative :
“— Tout serait donc déterminé par les gènes ?” demande le béotien éberlué.
“—Non, répond, bon prince, l’épidémiologue, il y a une interaction entre le gène et son environnement !
—Ah bon ! Me voici rassuré, il y a donc aussi le déterminisme environnemental.
Et au fait c’est quoi ce déterminisme environnemental ?” poursuit le Candide.
“— Ben, la sociologie et la psychologie !
— En somme, le déterminisme bio-psycho-social !
— Oui, mais ce déterminisme social, ce déterminisme psychologique (familial) ne pourrait-on pas, en dernière instance [!, NDLR], les ramener à un déterminisme biologique de cette sociologie et de cette psychologie ?” reprend notre questionneur.
“— Tiens, j’y avais pas pensé !” repartit, goguenard, l’épidémiologue.

Pourra-t-on sortir de cette cascade de déterminismes pour faire place au sujet dans son rapport au symptôme ? Saura-t-on envisager un ordre de causalité qui ne remette pas dans l’Autre, fût-il génétique, la cause de la jouissance ?

À suivre…

Jean-François Cottes

————

LeMonde.— | 19.06.07 | 15h04 • Mis à jour le 19.06.07 | 15h26

Un enquête sur laquelle il serait salutaire d’enquêter

Quelque 5 à 6.000 jeunes scolarisés dans une vingtaine d’établissements de Champagne-Ardenne ont participé à une étude sur la consommation de substances psycho-actives en mars dernier. L’étude SAGE (Susceptibilité à l’alcool : génétique et environnement), une “enquête épidémiologique et génétique analysant les facteurs impliqués dans la vulnérabilité aux problèmes d’addiction” devait porter sur des sujets scolarisés mais majeurs (“afin d’éviter le consentement des parents”, selon les termes des auteurs du projet dans leur déclaration auprès de la CNIL). L’Inserm, promoteur de l’étude, s’est appuyé sur l’Observatoire régional de la santé (ORS) Champagne-Ardenne et le rectorat pour trouver ses sujets d’étude. Le rectorat ayant instamment invité les proviseurs à faire réaliser cette enquête dans leurs établissements.

La recherche, portait, selon l’Inserm et l’ORS Champagne-Ardenne, “sur l’interaction entre les facteurs environnementaux et génétiques, c’est à dire qu’à l’aide d’analyses statistiques, nous chercherons à comprendre comment les expériences vécues, la situation sociale et les antécédents personnels et familiaux, par exemple, peuvent interagir avec notre patrimoine génétique (…) pour expliquer nos consommations et/ou notre vulnérabilité à développer abus ou dépendance”.

En clair, certains gènes peuvent participer au phénomène d’addiction. Leur présence ne signifie pas que l’on va devenir alcoolique ou drogué. Il y a, selon les promoteurs de l’étude, des interactions entre l’environnement et le patrimoine génétique qui peuvent toutefois déclencher des addictions. Un document remis à la CNIL pour obtenir son accord explique que l’objectif de l’étude est “de découvrir les traits endophénotypiques (par l’évaluation de nombreux paramètres caractérisant les sujets inclus) et les gènes (par l’analyse d’une dizaine de gènes dits “candidats”) impliqués dans les effets ressentis des premières consommations, effets qui constituent des marqueurs puissants du risque ultérieur d’addiction, marqueurs pourtant très sous-évalués à ce jour“.

QUESTIONNAIRE ET PRÉLÈVEMENT BUCCAL

Les jeunes devaient remplir un questionnaire anonyme contenant plus de 130 questions, puis, procéder eux-mêmes à un prélèvement buccal d’ADN. Ils pouvaient en outre, s’ils le souhaitaient, laisser leurs noms et coordonnées (y compris le numéro de sécurité sociale) dans une enveloppe fermée pour être contactés à nouveau dans trois ans. L’idée étant d’observer si les résultats initiaux se vérifieront quelques années plus tard.

Le professeur Philip Gorwood, responsable de l’unité 657 de l’INSERM, qui dirige cette étude, a obtenu un accord de la CNIL. Les jeunes participants n’ont cependant visiblement pas disposé de toutes les informations leur permettant de s’engager de manière éclairée dans cette étude. Seul un proviseur de l’un des lycées concernés, le lycée Jean-Jaurès de Reims, a refusé de laisser l’étude se dérouler dans ses locaux. Il explique ainsi dans sa lettre d’information de mai qu’elle se déroulait “dans la précipitation” et que la communication était “insuffisante“. Il n’avait d’ailleurs pas pu obtenir à l’avance le contenu du questionnaire.

Ce questionnaire a été communiqué au Monde.fr par le docteur Gorwood. Les questions ne sont pas posées sur un mode positif de type : “Quand vous étiez à l’école primaire, vous étiez un élève sans problèmes et vous réussissiez votre scolarité ?” Au contraire, elles le sont sur un mode négatif : “Vous étiez désobéissant, (…) vous aviez une mauvaise opinion de vous-même ?” La lecture du questionnaire lui-même dessine le profil de jeunes en situation de malêtre, sinon de détresse, en difficulté scolaire frappés par des problèmes d’anorexie ou de boulimie, de drogues, etc. Sauf s’ils ont répondu non à toutes les questions bien entendu… En outre, l’enquête porte incidemment sur l’ADN et l’origine ethnique de jeunes scolarisés : le questionnaire comprend notamment des questions sur les origines des parents et des grand-parents des personnes interrogées.

UN CONSEILLER EN GÉNÉTIQUE AUPRÈS DU PRÉSIDENT

L’enquête menée en Champagne-Ardennes s’inscrit dans le droit fil du document de l’Inserm intitulé “Trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent” (2005) qui avait déclenché un tollé en préconisant un dépistage de certains troubles de l’enfant dès 36 mois. L’opposition à ce rapport avait donné naissance au collectif “Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans !” et un livre préfacé par Albert Jacquard. Parmi les unités de l’Inserm ayant participé au dit rapport, l’on retrouvait l’unité 675 du professeur Philip Gorwood. De même que dans d’autres documents alliant recherche génétique et troubles mentaux de l’enfant et de l’adolescent.

Au-delà, cette enquête intervient dans un contexte de recours croissant aux prélèvements génétiques, sous l’effet en particulier de la loi sur la sécurité intérieure adoptée en 2003 sous l’impulsion du ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy. Ce dernier, devenu président, s’est aussitôt doté d’un conseiller en génétique en nommant le docteur Arnold Munnich, conseiller à la présidence de la République, une première. Arnold Munnich dirige l’unité Handicaps génétiques de l’enfant de l’Inserm à l’hôpital Necker-Enfants malades.

Subrepticement, notre société, au nom du paradigme sécuritaire, s’habitue à l’usage de ces marqueurs biométriques,” dénonce le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) dans un avis récent intitulé “Biométrie, données identifiantes et droits de l’homme”. Le CCNE s’offusque d’une “loi qui fait du refus de se soumettre à ce prélèvement [ADN] un délit“. Le Comité, en termes diplomatiques mais clairs, s’inquiète d’une volonté masquée de fichage de toute la population : “S’il s’agit d’initier une pratique de prélèvements généralisés à toute une population, il n’est nul besoin de prendre comme prétexte l’infraction à quelque règle que ce soit. En ce domaine plus qu’en d’autres, la finalité des pratiques doit être clairement définie.

Sauvons la clinique— programme de la Journée du 30 juin

Sauvons la Clinique (1“)

Programme de la réunion

du 30 juin 2007

Amphithéâtre Charcot, Hôpital de la Salpêtrière, Paris

Programme indicatif

et évolutif

Le but de cette première réunion est la préparation des Etats Généraux de la Clinique , à partir de l’initiative du Manifeste signé par 5900 personnes, en moins d’un mois. Son ordre du jour est le suivant :

– Points de vue des représentants des organisations signataires du Manifeste sur la situation actuelle et sur les états généraux de la Clinique, afin de dégager des axes de réflexion et d’action. 10 minutes au maximum par rapporteur, par intervenant ou représentant d’une même organisation.

– Échange avec les participants dans la salle (1 heure)

– Constitution de la Coordination des États généraux de la Clinique .

Il est à noter que toutes les organisations signataires ne seront pas présentes à cette réunion, et que la liste des partenaires pour les États généraux de la Clinique n’est pas définitivement arrêtée.

• Président de la réunion : Roland Gori (Président du SIUEERPP)

— 14h30

Présentation du Manifeste et de ses développements, déroulement de la réunion

– Rapporteur de la coordination temporaire : Fethi Benslama (Université Paris 7, Chargé de la mission « Sauvons la clinique » par le SIUEERPP)

La situation dans l’université

Interventions : Alain Abelhauser (Vice Président de l’Université de Rennes II), Sophie de Mijolla (Directrice de l’École doctorale de Psychanalyse et de Psychopathologie, Université Paris 7.)

La situation au Conseil national des universités (CNU 16ème section)

– Catherine Desprats-Péquignot (Université Paris 7), Jean-Jacques Rassial (Université d’Aix-Marseille). André Sirotta (Université Paris 10). Rapporteur: Christian Hoffmann (Université Paris 7).

Point de vue des étudiants en psychopathologie et psychologie clinique

– Interventions : Elodie Jacquelet avec Hélène Krieger (AFEPCOP, Université Paris 13), Grégory Fritsh (Inter-Action, Université Paris 7)

La formation par les pratiques

– Interventions : Serge Lesourd (Université de Strasbourg), Senja Stirn avec Emmanuel Garcin (Réseau National des Psychologues).

Les praticiens dans le champ médico-social et de la santé mentale

– Intervention : Etienne Rabouin (Comité de vigilance CMPP de l’Ouest)

Syndicat des psychologues

– Interventions : Jean-Louis Queheillard et Marie-Odile Rucine (Syndicat National des Psychologues SNP).

— 16h15 Pause

— 16h30 Reprise

La situation internationale

– Intervention : Elisabeth Roudinesco (Présidente de la Société Internationale d’Histoire de la Psychiatrie et de la Psychanalyse (SIHPP).

Les associations psychanalytiques

Parmi les associations signataires : Michel Hessel (Cercle Freudien), Patrick Landman (Espace analytique).

Les associations de psychiatres

Interventions : Yannick Cann (Association Française des Psychiatres d’Exercice Privé), Nicole Anquetil (EPER Collège de Psychiatrie), Sylvain Missonnier (Association Internationale pour la Santé Mentale du Bébé), un représentant de la Fédération Française de Psychiatrie.

Les associations des psychothérapeutes relationnels

Intervention de Philippe Grauer (Syndicat national des praticiens en psychothérapie).

— 17h30-18h30

Interventions et échange avec les participants dans la salle

Séance animée par Danièle Brun (Université Paris 7).

— 18h30-19h30

Conclusions et perspectives

Fethi Benslama (Université Paris 7), Sylvain Missonnier (Université Paris 10).

Formation de la coordination pour l’organisation des Etats généraux de la Clinique

– Les comités régionaux
– Les cahiers des États généraux de la Clinique
– Les contributions sur le site internet.

– Site du Manifeste « Sauvons la Clinique » : http://www.sauvons-la-clinique.org/

– Pour annoncer votre participation à la réunion du 30 juin, envoyer un mail avec votre nom et prénom, votre fonction et le lieu : contact@sauvons-la-clinique.org

  • 1 Clinique : terme de médecine : examen direct des malades. Dérivé en psychologie, examen direct des … patients. Les psychanalystes ont des patients, influence du domaine médical. Les psychologues, c’est selon le caractère du lieu où ils officient. Les psychothérapeutes relationnels ont soit des patients soit des clients (à la Rogers, comme le client d’un avocat, et non d’un épicier), soit encore des “personnes ayant entrepris une démarche” : démarcheur ne marche pas … En se disant praticiens, les psychothérapeutes relationnels se disent cliniciens, car le mot renvoie à la rencontre concrète pratique avec celui qui se plaint (d’où le terme patient). L’étymologie, comme souvent, invite à la paresse intellectuelle. À moins d’établir un lien entre lit du malade et divan du psychanalyste. La clinique, en définitive, c’est la pratique, dans une relation de soin (attention au double sens de ce terme). Note de Philippe Grauer

Europsy-neuropsy

MARIE-HÉLÈNE BIGOT (1“)

EUROPSY-NEUROPSY

(2“)

Quelque chose de crucial se joue pour les psychologues, pour la psychologie, avec la question de l’Europe. Il suffit de chercher à connaître les tenants et les aboutissants de ce projet pour en saisir l’importance.

Quand on parle de l’Europe ou des psychologues en Europe, des dates, des lieux ou des chiffres sont souvent avancés, comme si leur poids avait une consistance particulière. Les articles sur le sujet peuvent mettre l’accent sur certains plutôt que d’autres, comme s’ils pouvaient à eux seuls venir justifier de l’aventure et sa suite. C’est oublier que la référence ne peut tenir lieu d’argumentation, qu’elle ne peut venir en lieu et place de l’exposé des thèses à l’origine d’une démarche.

Les déclarations qui se sont succédées sur le rôle et l’organisation de l’Enseignement supérieur en Europe comportent des variations qu’il s’agit de repérer, pour saisir de quoi relèvent les objectifs en question, cela pour pouvoir opérer des choix.

Europsy

C’est ainsi que le traité de Rome est mentionné quand on veut vanter la mobilité des individus, que la déclaration de Bologne de 1999 est citée avec ses 29 pays signataires, ou bien pour la psychologie, que les 32 pays (ou plus ?) annoncés derrière l’EFPA sont appelés à la rescousse, et avec eux la vision de divisions de psychologues en marche : 170 000, 200 000, 270 000… selon les auteurs et le moment, pour sonner la charge et emporter l’adhésion.

Il est de notre responsabilité d’interroger ce sujet pour savoir si le cadre qui se dessine avec EuroPsy autorise une possibilité de formation et d’exercice dans le champ qui est le nôtre, celui de la psychologie clinique avec la psychanalyse. Il est effectivement crucial d’établir comment notre clinique, qui s’éclaire de la psychanalyse, pourra prendre la place qui doit être la sienne dans le champ qui se construit ici. Regardons de près l’espace que l’on nous invite à rejoindre.

L’Europe et l’enseignement

Avant Bologne il y avait eu la Convention de Lisbonne en 1997. Elle mettait l’accent sur un droit à l’éducation pour les habitants de la région européenne et faisait le constat de “diversités culturelles, sociales, politiques, philosophiques…”. Elle les concevait comme une “richesse exceptionnelle” qu’il s’agissait de “respecter pleinement”.

Elle insistait pour cela sur la nécessité de “l’autonomie des établissements”. Dans cet esprit, “le droit à l’évaluation” ne concernait que le droit de chacun à faire valoir et reconnaître son parcours d’étude et ses diplômes au sein de l’Europe. (1)

La déclaration de Bologne opère un renversement et elle introduit un argumentaire tout à fait différent. Il ne s’agit plus ici de préserver des diversités mais de construire un “espace social et culturel commun” et, nous dit-on, d’enrichir la citoyenneté. Le but n’est plus la reconnaissance du droit de chacun à l’éducation mais la mise en place d’un système permettant la comparabilité des diplômes, leur harmonisation, en vue de l’intégration sur le marché du travail et l’amélioration de la compétitivité.

Les changements qui se profilent pour les psychologues en Europe sont à replacer dans ce débat. Les conventions, les programmes, viennent redéfinir un champ, celui de leurs connaissances, de leurs pratiques et celui des moyens qui leur seront alloués pour les acquérir et les mener.

Les psychologues travaillent avec le langage, avec la parole et ses effets sur les sujets et sur les groupes. Ils ont à considérer les mots mais ils le savent également, leur contexte et les significations qui leur sont attribués. La richesse, l’unité, la mobilité, l’évaluation… pour quel propos, avec quelle perspective, au bénéfice de quoi, de qui ?

L’EFPA et la formation des psychologues

L’EFPA travaille la question de la place des psychologues en Europe. Cette Fédération, qui s’est nommée Fédération européenne des associations de psychologues, opte pour certaines solutions, et le cadre qu’elle propose nous mènera à en faire certains commentaires. J’exposerai les positions qu’elle défend et les remarques que je peux y apporter.

C’est la FFPP qui a été déclarée association représentative de la France, par l’EFPA elle-même à Grenade en 2005, bien que le SNP s’en soit retiré après le Congrès qui avait eu lieu la même année.

L’EFPA a mis sur pied avec EuroPsy la trame d’un diplôme européen de psychologie (DEP). Ce diplôme est présenté comme “un premier niveau” de formation, ceci parce qu’il existe un projet de spécialisation en psychothérapie, d’ailleurs déjà rédigé (2).

Le diplôme de base paraît proche à première vue du cursus actuel français : obtention d’une licence en 3 ans, obtention d’un master en 2 ans, avec cours théoriques et temps de stages. Il est prévu en outre une année supplémentaire dite “de pratique professionnelle supervisée”.

L’obtention du titre et le droit d’exercice sont subordonnés à des obligations qui ne sont pas sans importance :
– Enregistrement du candidat dans le registre européen tenu par l’EFPA.
– Engagement écrit de souscrire aux principes du Code européen et du code de déontologie national.
– Formation permanente obligatoire d’au moins 80 heures par an.

Les diplômes EuroPsy sont temporaires, ils valent pour 7 ans. Une demande de renouvellement doit être faite auprès du Comité national d’accréditation des diplômes de l’Association nationale des psychologues, accréditée par l’EFPA.

La psychologie clinique apparaît dans la dernière mouture du programme EuroPsy. Elle a longtemps été absente. Le canevas présenté en 2001 pour la formation des psychologues en Europe n’en parlait pas comme d’un corps théorique, mais la qualifiait de psychologie appliquée. Dans la dernière mouture, elle apparaît dans les théories explicatives, en duo avec la psychologie de la Santé (3).

Ce n’est pas anodin, car il s’agit de savoir si cette partition, décidée par les concepteurs d’EuroPsy, fait place ou non à un psychologue qui s’oriente de la psychanalyse, et qui se veut psychothérapeute [au sens générique ou psychologique du terme, note de la Rédaction]. L’ensemble clinique/santé est défini comme ayant pour objectif de “promouvoir la santé mentale et physique des individus et des familles”(4).

À la lecture il apparaît que la psychologie clinique “nécessitera habituellement une formation post-universitaire ”, soit une spécialisation. Il est précisé qu’un “guide de supervision” sera publié prochainement pour promouvoir “la diffusion de ces pratiques appropriées”(5). L’idée de faire de la psychologie clinique et de la santé une spécialisation est mentionnée également dans le dernier rapport de l’EFPA (6)

Le domaine de la psychologie

Les questions auxquelles la psychologie aurait à répondre sont formulées à partir de comportements, considérés comme problématiques ou dignes d’intérêt, me semble-t-il avant tout, pour la société :

“Comment traiter la dépendance à la drogue ou à la cigarette ? Comment rendre les enfants plus créatifs ? Comment des athlètes peuvent-ils optimiser leurs capacités avec des techniques psychologiques ? Quels sont les traits de personnalité et les valeurs impliqués dans une conduite de consommation ?”(7).

Cet abord isole des comportements, les considère comme des troubles, les aborde effectivement sans théorie du sujet puisque la question du traitement est posée sans s’interroger sur la façon dont un comportement peut s’articuler au sein d’un symptôme, si même ce comportement fait symptôme, ni sur la place qu’il tient pour ce sujet dans son rapport au symbolique, à l’imaginaire et au réel.

Lorsqu’on s’intéresse au cursus de psychologie du diplôme EuroPsy on s’aperçoit que la psychanalyse en est totalement absente. Elle n’apparaît pas dans les théories fondant la psychologie (médecine et philosophie), ni dans les théories, dites explicatives, retenues. Les théories non psychologiques qui sont mentionnées sont l’épistémologie, la philosophie, la sociologie et l’anthropologie.

Psychothérapie et psychologie

L’EFPA travaille également sur une spécialisation en psychothérapie. Elle prévoit que le candidat soit titulaire du diplôme de base et qu’il ait 2 années d’expérience professionnelle supervisée. La formation serait de 3 ans dont 500 heures de pratique supervisée et une formation psychothérapique personnelle d’au moins 100 heures (8). Nous sommes là à 6 ans de formation universitaire de base, 2 années d’expérience, 3 années de formation universitaire complémentaire, soit 11 ans, pour venir qualifier l’exercice de la psychothérapie par un psychologue.

Cela fait dire à Roger Lécuyer, président de la FFPP, représentant français auprès de l’EFPA, qu’on est “bien loin, au niveau européen, de l’article 52 et du projet de décret d’application” (9). Si on raisonne au ratio du temps passé aux études universitaires, en effet, reste à savoir ce que l’on étudie et pourquoi.

Il est attendu de la formation personnelle de 100 heures au moins qu’elle permette aux étudiants “d’être conscients de leur implication personnelle, de savoir la manier de façon appropriée”, de même que”leur contribution aux progrès de la thérapie qu’ils pratiquent” (10) . L’étudiant en psychothérapie [laquelle ?] devrait aussi se familiariser avec un large éventail de pratiques thérapeutiques, ceci nous dit-on, pour pouvoir tenir un rôle de “consultant” et pour connaître les limites d’un modèle psychothérapique et les siennes propres. Ils devrait aussi être formé à “évaluer les thérapies qu’il(s) pratique(nt)” [les thérapies (et non psychothérapies) qui s’évaluent selon les méthodes Inserm seraient-elles proches du cognitivisme ? ] (11)

On ignore les tâches qui seraient dévolues aux titulaires du diplôme de psychologie en 6 ans au regard de cette spécialisation, mais une distinction est faite par EuroPsy entre “un statut d’expert” et le “simple spécialiste” (12). Il est annoncé avec précaution que “le développement de qualifications à haut niveau pourra à long terme restreindre les lieux d’exercice, les niveaux et les tâches” de ceux qui n’auraient que le diplôme de base, cela rejoint les termes du dernier rapport d’activité de l’EFPA (13)

Les lieux de formation

Les instituts de formation retenus devraient être “approuvées par le corps des psychologues”, soit par l’association de psychologues autorisée à accréditer. Ils devraient coopérer avec les départements universitaires de psychologie et autres lieux de recherche pour l’évaluation des psychothérapies [lesquelles ? bis repetita] et accepter des audits par le corps professionnel des psychologues.

En ce qui concerne la psychothérapie [laquelle ?]”, il est demandé 100 heures (au moins) de “formation psychothérapique personnelle” sur les 11 années d’études. Nous entrons là dans une comptabilisation. Elle devrait avoir lieu dans des écoles thérapeutiques “acceptées”[la validation des Méthodes aboutit à la création d’une liste officielle, dont se trouveraient exclues d’office certaines, au nom de quels critères sous-jacents ?]. Ces écoles, dites «écoles thérapeutiques majeures », devraient faire la preuve qu’elles se basent “sur un corps de connaissances psychologiques (“psychological knowledge”), portant sur le développement humain, la psychopathologie, sur une théorie et des stratégies d’intervention” (14).

Comment la psychanalyse pourra-t-elle, le moment venu, se positionner dans ce cadre ? Les psychologues freudiens n’ont-ils pas ici une action à mener ès-qualité, c’est-à-dire au nom de la spécification freudienne d’une certaine orientation de la psychologie [Nos amis les psychologues freudiens se demandent comment sse maintenir dans le dispositif de la psychologie comportementaliste. Une des questions du débat de Sauver la clinique. Pas simple ] ?

Psychologue superviseur et bonnes pratiques

Un “psychologue superviseur” deviendrait responsable de “la compétence du futur psychologue praticien en formation”, y compris pour la psychothérapie, nouvelle venue à l’université. La garantie de la compétence du superviseur résiderait dans une habilitation délivrée par “le Comité national de délivrance des diplômes ou par l’Association nationale”(15).

La garantie de “bonnes pratiques” serait assurée sur la base d’un contrat où superviseur et étudiant conviendraient du champ professionnel choisi, du type de client rencontré, du rôle à tenir dans le champ où l’étudiant a choisi d’intervenir, et des compétences à mobiliser pour ce type de pratique. Ces “bonnes pratiques” seraient référées à des normes pré-établies puisque 20 d’entre elles sont repérées à l’avance et listées.

Les superviseurs évalueraient donc les compétences des futurs praticiens. Comment ? En remplissant une fiche d’évaluation, et en se basant pour se faire sur des “guides d’évaluation” édités par “le Comité européen d’obtention du diplôme”, ceci pour “autoriser l’individu à exercer de façon autonome”(16).

Évaluation est ici le maître mot. Quelle sera la différence entre un psychologue non évalué et un psychologue évalué , entre une école “acceptée” ou pas ? En reprenant les termes utilisés par Jean Claude Milner, nous pouvons dire que tous deux ont “les mêmes traits”, ou répondent à la même définition d’école … mais au bout du compte, au bout de l’évaluation, qu’il s’agisse de psychologue ou d’école, ils entrent dans le circuit de “l’ensemble des êtres et des objets évalués”. Une mutation s’est opérée, ils sont entrés dans le “paradigme de la mesure”, du calculable (17).

Il s’agit, dit J.-A. Miller “de s’emparer du savoir de l’autre”, “d’obtenir de l’autre le savoir qu’il a de sa propre pratique” avec au bout du compte une opération de comparaison et l’élimination, ou la nécessité de transformation de ceux qui n’auraient pas satisfait aux critères, ou qui y satisferaient moins bien que les autres, toujours au vu des critères mis en place(18).

Nous voyons se dessiner, comme nous en avons débattu précédemment une appropriation de la psychothérapie par les psychologues, qui, semble-t-il, décideraient seuls de la compétence des futurs praticiens. Il faut faire remarquer que se tisse ainsi un maillage fin qui subordonne les lieux de formation, les écoles dites thérapeutiques et la recherche à des orientations décidées exclusivement par les psychologues, et par l’EFPA.

L’organisation EuroPsy réfère le système tout entier au Comité européen. Il est avancé que l’ambition n’est pas de “remplacer les pré-requis nationaux relatifs à la profession”. Comment l’entendre, sinon comme une dénégation, puisqu’il nous est dit dans la phrase suivante que “plus la reconnaissance du projet EuroPsy sera mise en place et plus les pré-requis nationaux s’y conformeront” (19). Cela mène à interroger le désir qui anime un tel projet et à réfléchir à la manière de faire valoir, dans cet ensemble, la spécificité de notre orientation freudienne. C’est urgent.

Par quoi le désir d’un psychologue est-il orienté selon EuroPsy ?
Le texte d’EuroPsy fait reposer “l’intention première qui préside au désir d’être psychologue” sur “le souci d’appliquer et de développer” des “principes psychologiques” orientés par un point de vue “scientifique et éthique”(20).

Le terme de “scientifique” nous interpelle, et si nous nous regardons le glossaire, nous voyons que le terme de “Connaissances scientifiques” désigne les “connaissances accumulées dans la littérature scientifique dans la discipline psychologie et partagées par la communauté des chercheurs et des enseignants de psychologie”(21). Nous sommes renvoyés à ce qui fait science, à ce que l’on considère comme scientifique. Le débat récent qui a eu lieu après le rapport de l’Inserm sur le trouble des conduites a largement interrogé ce concept.

Les psychologues freudiens s’inscrivent résolument, en leur nom et avec le collectif Pasde0deconduite , dans la mise en question des méthodes d’évaluation qui s’autoproclament ainsi scientifiques.

Qu’est ce qu’une littérature dite scientifique ? Une littérature anglo-saxonne ? Une littérature qui prend appui sur des critères diagnostiques de type DSM ? sur des méthodes dites scientifiques parce qu’objectivables ? sur des recherches prenant appui sur le calcul statistique ou des corrélats neurobiologiques ?

Quel est le désir qui anime les concepteurs du projet EuroPsy ?
Il nous est dit que les critères d’EuroPsy se sont inspirés de travaux effectués par la Société Britannique de Psychologie (BPS) pour établir les pré-requis de son diplôme de psychologie appliquée, mais cela ne me semble pas pouvoir tout expliquer, même si la BPS distingue par exemple plusieurs types de psychologues, associés ou spécialistes.

Nous savons que l’ENOP, (ou ENWOP), équivalent de l’EFPA pour la psychologie du travail et des organisations, avait développé au cours des années 1990, un “modèle de formation des psychologues du travail en Europe”. L’ENOP a aussi contribué à mettre en place la Commission des 14 membres qui a abouti à la rédaction du rapport EuroPsy et de ses critères. Ce point n’est pas sans importance si on prend en compte l’orientation de la psychologie du travail et le fait que le nom de Mme Claude Leboyer, qui a été Présidente de l’Association Internationale de Psychologie appliquée, fondateur du bureau de l’ENOP, apparaît dans la bibliographie EuroPsy.

Mme Leboyer travaille sur la motivation au travail, la gestion des compétences, l’évaluation du personnel avec des outils psychométriques, des questionnaires de comportements et des méthodes statistiques, ceci au service d’une plus grande compétitivité.

Un commentaire de son livre, portant sur la motivation dans l’entreprise, commence par ces lignes : “La compétition se joue à l’échelle mondiale. La productivité et la qualité y ont un rôle central. De ce fait, la motivation des hommes au travail représente un facteur capital de la réussite des entreprises”(22).

Nous pouvons mettre en résonance les propos du Président de l’EFPA, pour qui l’Europe s’étant donné pour but de devenir leader économique en terme “de compétition, de compétence et de technologie”, il s’agit non seulement de permettre “aux capitaux et aux biens de circuler librement”, mais aussi de rendre cela possible pour les professionnels, en particulier pour ceux qui ont des qualifications supérieures, et donc d’atteindre “une mobilité maximale”. (23)

L’équipe EuroPsy

L’équipe qui pilote EuroPsy a aussi retenu mon attention, la plupart de ses membres étant là depuis la mise en place du projet, au point qu’ils le considèrent peut-être un peu comme le leur. Je considérerai seulement ici l’équipe d’EuroPsy, et non le Comité qui a rédigé les critères du diplôme spécialisé de psychothérapie.

Ils sont professeurs, concernés par la recherche dans leur spécialité. Certains portent plusieurs casquettes, qui ne correspondent pas toujours aux intitulés des diplômes français. La psychologie sociale, la psychologie du travail, du leadership et des organisations sont représentées de façon excessive avec 5 d’entre eux.

L’équipe EuroPsy compte également 1 psychologue de la Santé et d’éducation à la Santé et 1 psychologue de l’Education. On y trouve 2 spécialistes de psychologie cognitive, avec un versant développement pour Roger Lécuyer. Un autre est spécialisé en neuropsychologie, tandis qu’un membre avoue être également intéressé par le sujet et travaille dans le champ de la linguistique. La psychologie transculturelle compte un représentant. La représentante danoise apparaît en qualité de psychologue, sans autre précision.

Dave Bartram est un grand spécialiste des tests et de la validation des procédures d’évaluation et de sélection du personnel (24). Il travaille très activement et a récemment fait part, pour l’EFPA, de modèles à utiliser pour la description et l’évaluation de tests psychologiques, dans le cadre de la psychologie du travail.

Il est plus difficile de classer Tuomo Tikkanen, diplômé de philosophie et de psychologie. Il définit la psychologie comme une science, il est intéressé par la neuropsychologie et par le résultat d’études qui prouveraient, dit-il, que la psychothérapie a “un effet à long terme sur des processus chimiques du système nerveux central”.

Curieusement, après cet exemple, il dénonce le réductionnisme auquel la psychologie a aujourd’hui affaire, soit le fait que les sciences de la nature veulent la réduire “aux seuls phénomènes neurophysiologiques”. S’il attend quelque chose des méthodes psychothérapiques, c’est néanmoins avec l’espoir d’un appui sur une psychologie scientifique (25).

En conclusion

Le but d’EuroPsy dépasse très largement la question de la reconnaissance des diplômes de psychologie en Europe et la mobilité des étudiants et des professionnels. Son intention n’est pas de préserver “les diversités” culturelles nationales, ni de les concevoir comme une richesse “à préserver pleinement”.

Le projet EuroPsy vise à créer un diplôme de psychologie en Europe et un système de spécialisations, avec à terme la création de plusieurs niveaux professionnels sous la forme, par exemple, de statuts d’associé et d’expert.
Il vise à promouvoir une “standardisation et une transparence des qualifications”(26), soit à disposer de psychologues subordonnés à l’obtention de diplômes ou certifications renouvelables, relativement aux critères choisis par l’EFPA.

Il est évident qu’alors, la recherche n’aura plus qu’à suivre, “harmonisée », conforme, elle répondra aux attentes et aux orientations théoriques soutenues par le Comité européen.

L’orientation de l’enseignement, de la formation, de la pratique de la psychologie.

L’équipe EuroPsy ne peut prétendre représenter à elle seule l’éventail des théories ayant trait à l’esprit humain. Comment la psychologie dans son ensemble, la psychologie dite “clinique et de la santé”, la spécialité en psychothérapie qu’EuroPsy prétend fonder, pourra-t-elle s’écarter des orientations mises en place ?

Comment la psychologie, en particulier en clinique et de la santé, et celle qui se préoccupe de psychothérapie, va-t-elle interroger les concepts qui sont les siens tout en garantissant son indépendance dans un tel cadre ? C’est le défi qui nous est lancé.

Leadership de la psychologie

EuroPsy vise à diffuser ses propres standards, via le processus de Bologne, l’évaluation et l’accréditation, et non à offrir une lisibilité des cursus nationaux en Europe, à moins qu’on ne considère, comme elle le formule, que les cursus nationaux s’alignent d’eux-mêmes sur ses propres critères. Dans ce cas, ils ne peuvent pas non plus être dits nationaux, même si une Association de psychologues dite “nationale” se trouvait en charge de faire respecter les critères EuroPsy.

En effet, les travaux des Comités nationaux de délivrance des diplômes peuvent être stoppés si le Comité européen juge que leurs travaux ne sont pas “en accord avec les règles énoncées”. Il ne s’agit que d’une “délégation d’autorité” (27)

L’équipe d’EuroPsy développe également une politique de marketing, de diffusion de ses objectifs, à partir de la notion de “valorisation”: il s’agit “d’optimiser les avancées d’un projet en lançant des expérimentations et en l’exploitant de façon à accroître sa valeur et son impact”(28). Ainsi, une expérimentation est actuellement lancée dans 6 pays, pour procéder à l’enregistrement et à la certification des titulaires en psychologie. L’EFPA souhaite en effet “que l’expérience s’étende aux 32 pays où elle est implantée en 2008”(29). Elle a aussi l’intention de lancer une carte professionnelle “conformément”, nous dit-on, “à ce qui est prévu dans la directive européenne 2005/36/EC”. Trouverait-elle que l’ardeur de la Commission européenne se ralentit ?

En effet, contrairement à ce que l’EFPA et la FFPP espéraient, la Commission a publié en 2005 une directive — 2005/36/CE — qui stipule dans son article 15 que “la compétence des Etats membres” pour déterminer “les qualifications requises pour l’exercice des professions sur leur territoire”, “le contenu et l’organisation de leurs systèmes d’enseignement et de formation professionnelle” n’est pas affectée par la possibilité pour des organisations de présenter des “plateformes” communes à la dite Commission (30). Ces “plateformes”, tel EuroPsy pour les psychologues, ne peuvent donc prétendre s’imposer d’emblée aux États membres de l’Union européenne.

L’ambition d’EuroPsy s’étend de toute façon bien au delà de l’Europe. On évoque l’Europe de l’Est dans le rapport d’activité 2005 : Russie, Roumanie, Serbie… (31) mais d’autres sources citent aussi le Canada, le pourtour méditerranéen, ou plus largement le Commonwealth : Nouvelle-Zélande ou Australie, par exemple…(32) EuroPsy poursuit donc des objectifs qui dépassent de très loin le cadre d’une reconnaissance de diplômes dans le cadre européen ou la seule qualité de ses membres.

Sans doute peut-on souhaiter que l’exigence de transparence que les auteurs du projet font peser sur le individus leur fasse retour… C’est le devoir des psychologues d’y contribuer. Cela leur permettra, chemin faisant, de se tenir informés avec précision des enjeux de ce programme, qui définit une véritable politique dont les retombées sur leur pratique ne seront pas minces.

Que chacun s’interroge pour savoir en quoi il serait tenu là à une obligation quand il s’agissait au départ de lui ouvrir un droit, d’ouvrir à la reconnaissance des diplômes en Europe en respectant les diversités existantes et l’autonomie des établissements ? L’idée de la création d’un Ordre des psychologues en France, actuellement en discussion, gagnerait à être reprise avec ces coordonnées, jusqu’alors laissées dans l’ombre.

Bibliographie :

1- Convention sur la reconnaissance des qualifications relatives à l’enseignement supérieur dans la région européenne, Lisbonne, 11.IV.1997, http://conventions .coe.int/Treaty/FR/Html/165.htm

2- Lécuyer Roger, EuroPsy, certification européenne en psychologie, FFPP, 12 10 06, http://www.ffpp.net/modules/news/article.php?storyid=189

3- PDF European Diploma in Psychology Format de fichier: PDF/Adobe Acrobat – Version HTML, Traduction Lécuyer R., Wieder C., p. 20

4- Roe Robert A. : Europsy development and state of affairs, doc-1082.ppt, p

4- Ibid.supra, European Diploma in Psychology, p. 35

5- http://www.efpa.be/doc/2005_2007EFPAActivityPlan.pdf, page 5

6- EFPA, Optimal standards for professional training in psychology, point 7.9

7- Bulletin Psychologues et psychologie, Normes de formation pour les psychologues se spécialisant en psychothérapie recommandées par l’EFPA, n° 160, p. 66-

8- Lécuyer Roger, Ibid supra.

9- [PDF] EFPA STANDING COMMITTEE ON PSYCHOTHERAPY Convenor : DAVID LANE …
EFPA STANDING COMMITTEE ON PSYCHOTHERAPY Convenor : DAVID LANE …

Format de fichier: PDF/Adobe Acrobat – Version HTML, page 19.

10- Ibid. supra, Point 5.4, page 15

11- PDF European Diploma in Psychology, Ibid. supra, page 3

12- 2005_2007 EFPA Activity Plan. Format de fichier: PDF/Adobe Acrobat – Version HTML www.efpa.be/doc/2005_2007EFPAActivityPlan.pdf , page 3

13- [PDF] EFPA STANDING COMMITTEE ON PSYCHOTHERAPY, voir supra, page 29.

14- PDF European Diploma in Psychology, Ibid. supra, page 32

15- Ibid supra, page 35.

16- Miller J.-A., Milner J.-C. : “ Voulez-vous être évalué ? ”, Éditions Grasset, 2004, page 15-16.

17- Ibid. supra, page 60.

18- PDF European Diploma in Psychology, Ibid. Supra, page 3

19- Ibid., page 27.

20- Ibid, Page 16

21- Levy-Leboyer Claude : “La motivation dans l’entreprise ”, Modèles et stratégies, Edition d’Organisation, 1998 et www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fiche/levy.html

22- « The european diploma in psychology (EuroPsy) and the future of the profession in Europe », Tikkanen T. , 2003, Status_o_profession_2003.pdf.
The Present Status and Future Prospects of the Profession of … http://www.efpsa.org/pdf/NEWS_tikkanen.pdf

23- Bartram Dave: http://www.intestcom.org/itc2004/speakers.html

24- European Psychologist Abstracts Tuomo A.J. Tikkanen …
www.efpsa.org/pdf/NEWS_tikkanen.pdf
[DOC] Valorisation Guidance Note
http://www.europe-education-formation.fr/docs/Leonardo/Valorisation-Guidance-Note-Leonardo-EN.doc Format de fichier: Microsoft Word – page 44

27- PDF European Diploma in Psychology, Ibid . supra, Article 18, page 9

28- Valorisation Guide Note, voir supra, page 11

29- Lécuyer Roger, FFPP, 12 10 06, Ibid. supra

30- Ibid supra, article 15

31- 2005_2007 EFPA Activity Plan. Page 4

32- Valorisation Guide Note, voir supra, page 44.

  • 1 Ce travail de Marie-Hélène Bigot réalisé pour l’Association des psychologues freudiens présente le projet EuroPsy, création d’une association européenne, l’EFPA, qui, de Bruxelles, veut exercer son influence sur la législation européenne touchant à notre profession. Une seule association y représente chaque pays. De France, selon la Fédération française des psychologues et de psychologie dont la candidature fut retenue, étaient parties trois candidatures, celles de la FFPP donc, celle de la Société française de psychologie, et celle du Syndicat national des psychologues. Quels enjeux motivaient ces candidatures ? Peu importe au fond s’il est constant que les projets européens ont bien peu de prise sur les législations nationales concernant les professionnels du psychisme.

    Ce qui importe par contre, c’est que soit compris le discours officiel, l’impulsion scientiste que les directions nationales des organismes de psychologues prétendent donner dans notre pays à la question de la psychothérapie au sens générique du terme. Qu’il soit clair qu’aucun hold up sur la psychothérapie relationnelle ne risque de réussir, les quatre années passées ayant démontré qu’il pouvait y avoir loin de la coupe aux lèvres, fort heureusement pour le public et les praticiens et chercheurs dans le domaine non quantifiable de la dynamique de la subjectivité.

  • 2 Ce titre est de Philippe Grauer.