Un point sur la loi et la position du SNPPsy


La loi qui réglemente non pas la pratique de la psychothérapie mais le seul usage du titre générique de « psychothérapeute » pour le réserver aux médecins et psychologues diplômés de l’université, même s’ils n’ont pas fait de travail psychothérapeutique ou psychanalytique sur eux-mêmes ni reçu de formation à la pratique de la psychothérapie, reste très contestée par les principales organisations de psychothérapeutes. Ont été rajoutés après coup les psychanalystes membres d’une association professionnelle, qui pourront donc aussi s’appeler psychothérapeutes.

Les seuls qui ne pourront plus sont ceux qui s’appelaient psychothérapeutes à ce jour, même après 5 ans de formation et au moins autant de travail sur eux-mêmes… À moins qu’ils ne s’appellent psychanalystes et fondent une association, ou passent par l’université pour 400 à 500 heures de psychopathologie médicale théorique et autant de stage d’observation en institution.

Les décrets d’application ne sont toujours pas parus, après quatre versions successives.

Le député Accoyer promoteur de la loi a tenté de faire passer des amendements aggravants ces dispositions dans une loi sur les médicaments, ce qui vient d’être refusé par le Conseil constitutionnel.

On devine derrière cette loi la pression de lobbies pharmaceutiques, ainsi que celle de l’Académie de médecine et des psychologues universitaires cognitivo-comportementalistes qui voudraient remplacer la psychothérapie du sujet (“connais-toi toi-même et deviens qui tu es”, les symptômes étant d’abord un langage de l’inconscient à décrypter pour que la personne s’approprie par elle-même son état de sujet) par la psychothérapie de l’objet (réduire les troubles mentaux considérés comme une maladie objective, comme un médecin réduit une fracture).

Voici la position de la principale organisation de psychothérapeutes relationnels, le Syndicat national des praticiens en psychothérapie.

• Le SNPPsy demande qu’une place légitime soit reconnue pour chacune des quatre professions qui se partagent le champ de la psychothérapie, en tenant compte de leurs propres critères, exigences et règles de l’art.

Psychiatres et psychologues cliniciens exercent majoritairement une forme de psychothérapie médicale objective visant à réduire des symptômes ; psychanalystes et psychothérapeutes relationnels exercent majoritairement une forme de psychothérapie humaniste subjective, visant à la réalisation de son état de sujet par la personne elle-même. Chaque profession a sa juste place, sa spécificité et son public mais n’obéit pas aux mêmes critères de formation.

• Le SNPPsy s’oppose à la tentative de rayer du champ de la psychothérapie les spécificités de la psychothérapie relationnelle qui existe depuis un demi-siècle et s’est autoréglementée depuis trente ans, pour la soumettre aux seuls critères médicaux et cognitivistes des psychologues universitaires et de l’Académie de médecine.

• Le SNPPsy demande de surseoir à la parution des décrets d’application de l’article 52 de la loi du 2 août 2004, pour préparer un nouveau texte de loi adapté à la réalité des quatre professions psy à l’issue d’une négociation avec les institutions représentatives.

La loi par ailleurs inapplicable parce que deux de ses articles sont contradictoires, a été votée avant toute concertation avec les organisations des professions concernées et vise à éradiquer la psychothérapie relationnelle humaniste au profit de la médicalisation du soin psychique.

• Le SNPPsy demande également le rejet des amendements proposés par M.Accoyer dans le cadre de la loi sur les médicaments, concernant le monopole de l’université pour la formation des psychothérapeutes et la composition des commissions d’agrément par les seuls médecins et psychologues universitaires ne connaissant pas la pratique de la psychothérapie relationnelle, ceci justifié par des présupposés scientistes et des prétextes sécuritaires utilisant la diffamation envers les psychothérapeutes relationnels, ce qui est indigne de notre démocratie. Les quelques charlatans qui échappent aux exigences des associations professionnelles ne sont pas aussi nombreux que certains affectent de le croire et ne justifient pas qu’on pénalise tous les autres.

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Le SNPPsy demande qu’il soit tenu compte des cinq critères qu’il a élaborés dans une réglementation du titre de psychothérapeute relationnel.

Ces cinq critères repris par les principales organisations de psychothérapeutes relationnels ont été vérifiés et confirmés par trente ans d’expérience et fondent la qualité du psychothérapeute relationnel bien mieux que les seuls diplômes universitaires sanctionnant un enseignement scientifique : avoir suivi soi-même une psychothérapie relationnelle ou une psychanalyse suffisamment approfondie, avoir suivi une formation théorique et pratique apte à donner une réelle compétence de praticien, s’engager à respecter le code de déontologie des psychothérapeutes relationnels, s’engager dans une supervision constante de sa pratique, se faire reconnaître par une commission de pairs.

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Le SNPPsy approuve l’enseignement des bases de la psychopathologie médicale dans les cursus de formation des psychothérapeutes relationnels, mais conteste le remplacement de ses cinq critères par le monopole universitaire de la seule psychopathologie médicale.

La psychopathologie est déjà enseignée par les instituts privés agréés par les principales associations de psychothérapeutes relationnels. Il est souhaitable qu’elle puisse être enseignée en coopération avec l’université, mais pas que l’université ait le monopole de la formation parce qu’elle n’est pas équipée ni prévue pour entraîner les futurs praticiens à la pratique de la psychothérapie relationnelle.

D’autre part s’il est juste d’imposer de nombreuses heures de psychopathologie médicale aux médecins psychiatres et aux psychologues cliniciens pour qu’ils puissent soigner objectivement les troubles mentaux, une base solide de psychopathologie suffit aux psychanalystes et aux psychothérapeutes relationnels qui par contre doivent développer d’autres approches et un long entraînement personnel impliquant, pour qu’ils puissent accompagner un sujet dans sa propre réalisation.

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Le SNPPsy conteste l’idée de mélanger dans les listes préfectorales les médecins psychiatres et les médecins non psychiatres, les psychologues cliniciens et les psychologues non cliniciens et les psychanalystes de toutes obédiences légitimes ou non sous un même titre « psychothérapeute », que seuls les psychothérapeutes relationnels n’auraient plus le droit de porter.

Cette disposition est porteuse de graves effets pervers pour les quatre professions concernées. Le SNPPsy la rejette absolument, dans l’intérêt des professionnels, de la psychothérapie et du public.

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{Ajoutons qu’au cas où des décrets d’application seraient tout de même signés, la plupart des organisations professionnelles de psychothérapeutes relationnels constatant le rapt de leur nom de “psychothérapeute”, choisiraient d’appeler leurs membres “psychopraticiens relationnels” ou “praticiens en psychothérapie relationnelle” ou autre synonyme, plutôt que se conformer à un dispositif pervers et devenir psychothérapeutes d’État sur listes préfectorales avec des gens n’ayant pas fait de travail sur eux ni reçu de formation à la pratique de la psychothérapie relationnelle.

C’est une question d’éthique, de désir et de réalité d’une profession qui existe et continuera d’exister de toute façon, indépendamment des règlements corporatistes et politiciens.

Coup de cœur pour Irving Yalom

Le thérapeute Julius Hatzfeld apprend que ses jours sont comptés. Qu’est-ce qui apaisera son angoisse ? La philosophie ou son métier ?

Les sermons sur la vie et sur la mort, Julius les connaissait aussibien que n’importe qui. Il était d’accord avec les stoïciens, pour qui “dès notre naissance, nous commençons à mourir”, et avec Epicure, qui disait : “La mort n’est rien pour nous, car quand nous sommes, la mort n’est pas là et, quand la mort est là, nous ne sommes plus.” En tant que médecin et psychiatre, il avait susurré ces mêmes paroles de consolation aux oreilles des mourants.

Bien que convaincu que ces sombres réflexions fussent utiles à ses patients, jamais il n’avait envisagé qu’elles pussent le concerner lui. Et ce, jusqu’à ce moment terrible, quatre semaines plus tôt, qui fit basculer sa vie.

Ce moment était parvenu après le check-up de routine auquel il se soumettait tous les ans. Son médecin interniste, Herb Katz, vieil ami et ancien condisciple de la faculté de médecine, venait juste de terminer sa consultation. […] “J’aimerais que tu voies un dermatologue pour ces taches. […] Ce n’est probablement rien du tout, mais je préférerais tout de même qu’il vérifie. D’accord, cher ami ?” Ce n’est probablement rien du tout, mais je préférerais tout de même qu’il vérifie. […] Et aujourd’hui, rétrospectivement, Julius voyait dans cette phrase, dans cet instant précis, le moment où sa vie insouciante s’achevait et où la mort, jusqu’ici ennemi invisible, surgissait dans toute son effroyable réalité. Oui, la mort s’était bel et bien installée, elle ne le quitta plus une seule seconde et toutes les horreurs qui allaient suivre n’étaient que des post-scriptum prévisibles. […] »

Une nuit qu’il ne trouvait pas le sommeil et qu’il cherchait à tout prix Un réconfort, Julius parcourut fiévreusement sa bibliothèque. Aucun des ouvrages écrits par ses pairs ne lui parut répondre, ne fût-ce que de loin, à ses attentes. Rien qui pût lui indiquer comment mener sa vie ou tout simplement donner un sens aux derniers jours qu’il lui restait à vivre. Alors son œil tomba sur une édition toute cornée d’Ainsi parlait Zarathoustra, de Nietzsche. Ce livre, Julius le connaissait bien pour l’avoir étudié à fond, des dizaines d’années plus tôt, alors qu’il écrivait article sur l’influence, aussi déterminante que méconnue, de Nietzsche sur Freud. Pour lui, Zarathoustra était un très grand livre qui, plus que tout autre, apprenait le culte et la célébration de la vie. Oui, elle était peut-être là, la clé qu’il cherchait. Trop tourmenté pour reprendre le texte dès le début, il feuilleta les pages au hasard et se concentra sur les quelques passages qu’il avait soulignés à l’époque. “Et qu’au lieu de dire : “— Cela fut”, on dise : “— C’est ce que j’ai voulu” — voilà ce que j’appellerais la rédemption.”

Julius comprit les paroles de Nietzsche comme une injonction à choisir sa propre vie, à la vivre plutôt que d’être vécu par elle. Autrement dit, il lui fallait aimer son destin. Il y avait surtout cette question maintes fois posée par Zarathoustra : serions-nous prêts à recommencer, encore et pour toujours, la vie que nous avons vécue? Curieux exercice intellectuel. Et pourtant, plus il y songeait, plus il y trouvait de réponses : le message de Nietzsche était de vivre notre vie de telle sorte que nous accepterions de la recommencer éternellement. Il continua de feuilleter les pages, puis s’arrêta sur deux passages très distinctement soulignés de rosé fluorescent : “Consommez votre vie” et “Mourez au bon moment”. Ces mots firent leur effet. Vivez votre vie à fond, et alors, mais seulement alors, mourez. Ne laissez aucune vie non vécue derrière vous. Julius comparait souvent les propos de Nietzsche à un test de Rorschach : ils offraient tellement de prises possibles que c’était l’état d’esprit du lecteur qui déterminait ce qu’il en retiendrait. Or, aujourd’hui, il les lisait à travers un tout autre prisme. La présence de la mort le conviait à une lecture nouvelle, plus éclairée : page après page, se faisait jour une pertinence panthéiste dont il n’avait, jusqu’ici, pas fait grand cas. Quand bien même il exaltait une splendide solitude, quand bien même il exigeait l’isolement pour pouvoir accoucher de grandes idées, Zarathoustra n’en restait pas moins tendu vers l’amour et l’élévation des autres hommes, les aidant à se parfaire et à transcender, et partageant avec eux la sagesse. “Partager sa sagesse”, cela fit mouche. »

Il avait déjà révélé l’existence de son cancer à de nombreux amis et à ses patients individuels mais, curieusement, son coming out auprès du groupe le préoccupait profondément — ce qu’il pensait être lié à la relation amoureuse qu’il entretenait avec ce groupe. Pendant vingt-cinq ans, chaque séance collective avait toujours été pour lui un motif d’excitation. Le groupe n’était pas simplement un rassemblement d’individus : il avait une existence propre, une personnalité bien trempée. […]

Le groupe exigeait de lui plus d’énergie qu’aucune autre de ses activités quotidiennes et Julius avait vraiment tout fait pour qu’il tienne debout. Tel un providentiel bateau de sauvetage, il avait transporté une horde d’êtres tourmentés vers des rivages plus sûrs et plus heureux. Combien ? Étant donné que le voyage durait en moyenne deux ou trois ans, Julius dénombrait au moins une centaine de passagers. De temps à autre, des souvenirs d’anciens patients revenaient le caresser, des fragments d’un échange, l’image brumeuse de tel visage ou de tel incident. C’était triste à dire, mais ces miettes de souvenirs étaient tout ce qu’il restait d’une époque riche et trépidante, tout ce qu’il restait d’épisodes débordants de vie, de sens et d’émotion”.

C’est donc l’esprit agité et taraudé par toutes ces idées que Julius entra dans la salle de réunion à 16 : 30. Les membres étaient déjà assis, plongés dans des feuilles de papier qui disparurent en un clin d’œil aussitôt qu’il fit son entrée. Bizarre, pensa-t-il. Était-il en retard ? Il consulta sa montre : non, 16 : 30 pile. Il n’y pensa plus et commença la lecture du texte qu’il avait préparé.

“Bon. Eh bien, allons-y. Comme vous le savez tous, je n’ai pas l’habitude d’ouvrir les séances mais aujourd’hui je ferai une exception parce qu’il y a quelque chose que je dois vous annoncer, quelque chose de difficile à dire. Voilà. Il y a environ un mois, j’ai appris que j’avais un sérieux… Je vais être direct : plus qu’un sérieux cancer, un cancer mortel de la peau, un mélanome malin. Je croyais être en bonne santé, mais il est apparu lors de mon dernier examen médical de routine…”

Julius s’arrêta. Quelque chose clochait. Le langage gestuel des membres et les expressions de leurs visages n’étaient pas normaux. Leur posture n’était pas la bonne : ils auraient dû être tournés vers lui, concentrés sur lui. Au lieu de quoi, personne ne le regardait en face, personne ne croisait son regard, tous les yeux étaient fuyants, distraits, sauf ceux de Rebecca, qui étudiait en douce la feuille de papier posée sur ses genoux. “Qu’est-ce qui se passe? demanda Julius. J’ai l’impression qu’il n’y a aucun contact entre nous. Vous avez tous l’air préoccupé par autre chose, aujourd’hui.” […]

Tout le monde était assis en silence, jusqu’à ce que Tony se décide à parler.
“Bon, il faut que je vous dise quelque chose. […] Voilà mon problème : pendant que vous parliez à l’instant, je savais déjà ce que vous alliez nous dire sur votre… santé. Il m’était donc difficile de vous regarder et de faire semblant d’entendre quelque chose de nouveau. Et pourtant, il m’était impossible de vous interrompre pour vous dire que j’étais déjà au courant.

— Comment ça? Comment saviez-vous ce que j’allais vous dire? Mais enfin qu’est-ce qui se passe aujourd’hui? […]

—Julius, excusez-moi, laissez-moi vous expliquer, répondit Gill. Eh bien, Philip nous a tout raconté sur, disons… votre santé et votre myélome malin.

— Mélanome”, corrigea Philip à voix basse. […] Cloué sur place, Julius s’enfonça dans son fauteuil. “Je… euh… je ne sais pas quoi dire… Je me sens pris de court, comme si j’avais un grand scoop à vous annoncer et qu’on me coiffait au poteau, en plus à propos de ma propre vie — ou plutôt de ma mort.” Se tournant vers Philip et ne s’adressant qu’à lui seul :

“— Est-ce que vous vous êtes demandé une seconde comment je pourrais éventuellement réagir face à cela ?” […] Julius se sentait mal. Il n’arrivait pas à décrocher le moindre sourire. Pourtant il se ressaisit et poursuivit. “Bien, je ferai de mon mieux pour parler de tout cela. […]

— Julius, est-ce que vos jours sont vraiment en danger? demanda Bonnie. Les informations que Philip a téléchargées… Toutes ces statistiques fondées sur les différents stades d’évolution du mélanome…

— À question directe, réponse directe : oui, mes jours sont définitivement en danger. Il y a de bonnes chances pour que cette chose finisse par m’avoir. Je sais que ce n’est pas une question facile à poser et j’apprécie votre franc-parler, Bonnie, parce que je suis comme la plupart des gens qui ont une maladie grave : je ne supporte pas que les gens prennent des pincettes. Je crois que ça ne ferait que m’isoler et me faire peur. Je dois m’habituer à ma nouvelle réalité. Cela ne me fait pas plaisir… mais ma vie d’être humain en bonne santé et insouciant, eh bien, cette vie-là est définitivement en train de s’achever.”

Freud & Arnold Zweig à propos de la Palestine et d’Israël

Madame

Jacqueline Rose

le vendredi 23 mars 2007 à 21 h

“La dernière résistance : débat entre Freud et Arnold Zweig dans leur correspondance à propos d’Israël et de la Palestine”

Jacqueline Rose est Professeur de Littérature à Queen Mary, University of London.

Avec Juliet Mitchell, elle a édité Feminine Sexuality by Jacques Lacan , 1984.

Elle a publié entre autres ouvrages :

Why War? Psychoanalysis, Politics, and the Return to Melanie Klein , 1993.

The Question of Zion , 2005.

Symptômes formatés ou responsabilité du sujet ?

Lettre à Monsieur Xavier Bertrand, Ministre de la santé.

Monsieur le Ministre,

Les psychologues freudiens sont sensibles à la décision que vous avez prise de vous saisir personnellement de la question du décret d’application de l’article 52, concernant les psychothérapies, de la loi de santé publique de 2004.

Ils désirent attirer votre attention sur le fait qu’ils se sont constitués en association au lendemain du vote de l’amendement Accoyer, qui annonçait une intervention de l’Etat dans un champ dont la régulation n’avait pas jusqu’ici été du ressort direct de celui-ci. Ils militent pour le respect de la profession de psychologue, et tiennent que la loi de 1985 qui leur a donné leur statut est toujours une bonne loi. Ils sont certains du préjudice que leur portera très vite la création de cette nouvelle profession de psychothérapeute.

Comme la plupart des universitaires qui leur ont enseigné les savoirs fondamentaux pour s’orienter dans la pratique et la recherche cliniques, dont ils tiennent qu’elles sont étroitement solidaires, ils savent que leur formation, infinie, commence une fois leur diplôme obtenu, et qu’aucune discipline universitaire ne peut sans contrevenir à l’éthique du sujet prétendre se substituer aux organes de formation que suscitent leurs propres avancées théoriques et pratiques.

La psychothérapie n’a jamais été jusqu’à aujourd’hui l’apanage exclusif de quelque catégorie professionnelle que ce soit, même si certains collègues ont fait le choix de se présenter sous l’appellation « psychothérapeute ». “Psychothérapie” est et selon nous doit rester le signifiant d’une demande, émanant de qui souffre dans son corps ou sa pensée et désire faire fonds sur la parole pour réduire cette souffrance et tendre à l’assumer. Le bien-fondé de sa “prise en charge” par un tiers payant relève toujours, cas par cas, de l’appréciation des praticiens à qui la demande en est faite, il ne saurait y avoir dans cette appréciation aucun automatisme de prescription.

Sans doute un mouvement semble-t-il entraîner notre civilisation sur la voie d’une évaluation généralisée du coût de tout acte et la promotion de séquences de traitements préconçues, supposées traiter des symptômes répertoriés par avance et donc quasiment formatés.

Or nous pensons que les actes qui ont trait à l’accueil et au traitement de la souffrance psychique font encore et doivent faire limite à cette tendance, dans la mesure où, en dernier ressort, il y est question de la responsabilité du sujet et de la part qu’il peut consentir à prendre dans les désordres dont il se plaint. Cette part n’est pas fixée a priori ni une fois pour toutes, et la formation des psychologues freudiens, comme celle de tous les praticiens éclairés par la découverte freudienne et les apports qu’elle a reçus depuis un siècle les rend spécialement attentifs à cette marge de manoeuvre qui est l’index d’une vie digne de ce nom.

Les psychologues freudiens sont “ de leur temps ” et ils ne vont pas contre une régulation plus précise de leur champ d’activité, sans doute rendue nécessaire par toutes sortes de détournements. Mais ils savent que ceux-ci trouveront d’autres voies pour persévérer, tandis que leur pratique, qui, nous le répétons, constitue encore un frein réel aux pratiques fondées sur la simple suggestion ou l’application de protocoles standardisés, sera peu ou prou bientôt éradiquée des institutions hospitalières et médico-sociales.

C’est pourquoi ils ont marqué un intérêt particulier au sein de la coordination psy animée par Jacques-Alain Miller, à la proposition du sénateur Gouteyron, qui œuvre pour la conception et l’organisation d’un contrôle de ces professions par elles-mêmes. Il leur semble que ces professionnels méritent cette confiance, et ils sont donc, très attentifs au choix que vous ferez.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre haute considération.

Pour le Bureau des psychologues freudiens

Nathalie Georges, vice-Présidente

le SNPPsy au ministre Xavier Bertrand

Paris ce lundi 26 février 2007

À Monsieur Xavier BERTRAND
Ministre de la Santé et des solidarités

Objet : décret d’application de l’article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004

Monsieur le Ministre,

Le Conseil Constitutionnel, vient par sa décision n° 2007-549 DC du 19 février 2007 de déclarer contraires à la constitution les articles 35 et 36 de la loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine du médicament.

La loi 2004-806 du 9 août 2004 reste donc actuellement le seul texte portant sur le titre légal de psychothérapeute.

Au point où nous en sommes, nous pensons que le plus sage consisterait à prendre quelque hauteur par rapport à cette loi contradictoire dans son texte, et à lui permettre de s’établir sur la base saine de la reconnaissance des quatre partenaires institutionnels regroupant structurellement les professionnels du psychisme, c’est-à-dire les psychiatres, psychologues cliniciens, psychanalystes et psychothérapeutes relationnels. Ces derniers représentés depuis plus de trente ans par les organisations historiques que vous avez toujours pris soin, suivant en cela la ligne de votre prédécesseur Philippe Douste-Blazy, qui avait tenu publiquement à nous reconnaître sous notre nom de psychothérapeutes relationnels, de réunir et consulter.

Nous continuons de penser que la concertation à quatre doit cesser de se produire — induite en cela par la rédaction de la loi dans son état actuel — sur le modèle dit de la chaise musicale, celui qui doit se tenir debout à tour de rôle protestant du sort qu’on réserve à ses légitimes revendications identitaires et soucis de didactique.

Alors qu’il est assuré que les professionnels réunis et reconnus des quatre secteurs peuvent ensemble se mettre d’accord afin que tous faussaires, falsificateurs, “autoproclamés”, sectateurs, soient sans conteste mis hors-jeu de toute prétention au titre générique de psychothérapeute. Alors que le ministère peut établir entre les quatre locataires du carré psy un juste équilibre sous son égide comme vous l’avez proposé le 7 avril, en laissant chacun garantir ses filières et processus de formation et transmission.

En ce qui nous concerne nous vous rappelons que notre revendication en matière de politique professionnelle repose sur les bases suivantes

• que nos cinq critères constituent la base claire et incontournable de notre compétence professionnelle, et fournissent à nos institutions titularisantes le cadre à partir duquel elles exercent la responsabilité d’agréer les psychothérapeutes relationnels

• qu’il soit par conséquent désormais hors de question de pour ceux-ci de passer devant des Commissions préfectorales composées de professionnels n’appartenant pas à nos champs de pratiques, ne disposant ni de la légitimité à évaluer des professionnels du psychisme épistémologiquement trop différents d’eux, ni de la neutralité requise puisque appartenant à des groupes aux intérêts opposés

• que nos écoles privées agréées soient considérées lieux de transmission de droit de la psychothérapie relationnelle

• que nos membres titulaires aient de droit, comme les psychanalystes, accès au titre générique de psychothérapeute.

Vous avez marqué jusqu’ici votre détermination à produire le décret d’application de la loi 52. Les divers événements qui viennent de se produire, tant devant le Sénat qu’à la CMP puis devant le Conseil constitutionnel, militent pour que, toute précipitation exclue, l’ensemble de la question bien remise à plat reparte du bon pied, la confusion entre nous et des faussaires de tous ordre manifestant une malveillance peu digne du législateur, devant se voir enfin dissipée. Nous espérons de vous que vous preniez la hauteur nécessaire par rapport à cette délicate affaire, l’altitude selon la formule du général de Gaulle ouvrant la possibilité d’emprunter la voie la moins encombrée pour résoudre au plus juste une question controversée.

Si vous preniez la responsabilité de produire malgré tout un décret d’application, nous souhaitons vivement qu’il prenne en compte nos demandes, et vous serions reconnaissants de nous en faire parvenir le texte dès sa finalisation.

Je vous prie de croire Monsieur le Ministre à l’assurance de notre respectueuse et haute considération.

Philippe Grauer

Président du SNPPsy

Troisième rencontre européenne du Champ freudien

Psychanalystes en prise directe sur le Social

: titre engageant, qui appelle un engagement.

Cet engagement ne concerne pas la psychanalyse en tant que telle, dont les retombées logiques se font toujours plus sensibles dans la culture, la société et les mœurs de notre temps. Cet engagement concerne les psychanalystes et, avec eux, les cliniciens, les praticiens de la santé et les travailleurs sociaux qui trouvent dans la psychanalyse un appui et un ressort.

La question de l’application de la psychanalyse dans le champ social s’est posée dès 1910 et les réponses proposées, alors et depuis, éphémères, insuffisantes ou dévoyées , sont toutes enseignantes.

Cette question insiste aujourd’hui, Psychanalystes en prise directe sur le social la reformule : il s’agit du droit de chaque citoyen à faire connaissance avec son inconscient, à rencontrer donc un psychanalyste formé à la clinique sous transfert, quand certains, faute de réponses toutes faites, croient trouver un recours dans les thérapies cognitivo-comportementales ou pharmacologiques et d’autres prétendent les imposer.

Aujourd’hui, les psychanalystes d’orientation lacanienne ne cantonnent pas leur pratique à l’enclos de leurs cabinets privés ni même à son homologue en institution. Pour répondre des nouveaux symptômes qu’induit la civilisation hypermoderne, ils s’engagent à rendre accessible à chacun, un par un, l’expérience analytique. En restant fermes sur les principes de leur pratique, loin de s’arc-bouter au nom de la complexité de l’appareil psychique à une théorie figée dans un imaginaire sclérosant cette pratique, ils sont déterminés à soutenir une clinique nouvelle, à en rendre compte et à maintenir l’expérience de la psychanalyse en tant qu’expérience vivante de l’être parlant. Par là, ils emboîtent le pas à Jacques Lacan, qui libéra leur pratique des standards et des protocoles. S’étayant sur son enseignement, ils font le pari d’une pratique analytique ajustée à la particularité du cas, comme le comporte l’acte analytique appliqué ou pas à la thérapeutique, tant dans les Centres psychanalytiques de Consultation et de Traitement que d’autres institutions de soins, existantes ou futures.

L’enjeu de la troisième Rencontre européenne du Champ freudien, troisième temps du Programme international de psychanalyse appliquée d’orientation lacanienne — Pipol , est d’élucider et de tirer les leçons cliniques des voies propres à offrir un lieu d’écoute de sa parole au sujet de notre temps, non pour le formater ni le massifier, mais au contraire lui permettre d’inscrire dans l’Autre social la singularité de sa propre invention, en modifiant son symptôme pour en souffrir moins, voire en construisant ce que Lacan nomme son sinthome.

Édouard Zarifian, psychiatre

Né a Asnières le 22 juin 1941, Edouard Zarifian est mort le 20 février à son domicile d’Ouistreham (Calvados) des suites d’un cancer généralisé d’origine pancréatique. Jusqu’au bout, ce grand clinicien avait suivi, en toute lucidité, l’évolution de son mal, prenant soin de son entourage plus que de lui-même, comme il l’avait toujours fait avec ses patients.

Élève du psychiatre Jean Delay (1907-1987), il s’orienta après ses études de médecine vers le courant de la psychiatrie biologique tout en se sentant l’héritier de la tradition phénoménologique et après avoir suivi une cure psychanalytique pendant deux ans.

Édouard Zarifian pensait sincèrement, alors, que les progrès des neurosciences et de l’imagerie cérébrale apporteraient une solution quasi définitive au traitement de la maladie mentale. Aussi devint-il un excellent spécialiste de biochimie et de pharmacologie.

Titulaire de la chaire de psychiatrie de l’université de Caen à partir de 1984, il occupa donc une place centrale dans les débats qui opposaient les partisans de l’approche psychique à ceux de l’approche cérébrale, soutenant que la croyance en un psychisme sans cerveau était aussi erronée que la conception scientiste d’un cerveau sans psyché : “ Écoute-moi, toi mon semblable, mon frère. Tu as peur parce que tu te crois faible, parce que tu penses que l’avenir est sans issue et la vie sans espoir (…). Pourtant tu as d’authentiques paradis dans la tête. Ce ne sont pas des paradis chimiques .”

De fait, Zarifian comprit qu’il avait fait fausse route et que l’orientation purement biologique et comportementale prise par la psychiatrie mondiale avec les différentes versions du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) était une catastrophe pour la psychiatrie elle-même, puisqu’elle éliminait l’écoute de la souffrance du sujet pour ne s’intéresser qu’à la chimie du corps.

C’est la raison pour laquelle il se rapprocha de la psychanalyse, formant avec Pierre Fédida, dont il fut l’éditeur, et avec Roland Gori une solide équipe universitaire — les “trois mousquetaires” —, attachée autant aux vertus de la vraie science biologique qu’à une vision freudienne de l’homme.

Mondialement connu, notamment dans le monde anglophone, auteur de plus de 450 publications et de nombreuses émissions documentaires pour la télévision ainsi que d’une dizaine d’ouvrages qui sont des best-sellers, responsable chez Odile Jacob de la collection “Santé au quotidien”, Zarifian n’eut de cesse depuis la publication des Jardiniers de la folie (1988), puis de tous ses autres ouvrages ( Des paradis plein la tête, Le Prix du bien-être, La Force de guérir ), de militer pour une approche humaniste et plurielle de la souffrance de l’âme.

LE PLAISIR DE L’EFFERVESCENCE

Chargé de mission en 1994 par la direction générale de la santé, puis par Simone Veil et Philippe Douste-Blazy l’année suivante, il fut l’initiateur d’une formidable réévaluation de l’utilisation de la pharmacopée en France, ce qui lui valut des haines tenaces dans le milieu médical, avec notamment la publication en 1996 d’un ouvrage qui fit grand bruit : Le Prix du bien-être. Psychotropes et société. Il y démontrait, preuves à l’appui, l’inefficacité de la plupart des traitements chimiques quand ils étaient délivrés de manière abusive et à la place d’autres approches : cure par la parole ou psychothérapie relationnelle.

Mélomane, collectionneur et bibliophile, mais aussi amateur de vins et de cigares et fin gastronome, Édouard Zarifian collaborait à de nombreuses revues de cuisine et il était membre de l’Institut de la vigne et du vin de l’université de Bordeaux.

Dans La Bulle de champagne (Perrin, 2005), il rendait hommage au moine bénédictin Dom Pérignon, qui avait su inventer, à force de travail et de créativité, un fabuleux plaisir de l’effervescence pour le plus grand bonheur des hommes. Le champagne est un mythe, disait-il en substance, aussi puissant que le mythe fondateur attaché à Philippe Pinel délivrant les fous de leurs chaînes.

C’est ce mythe et cette effervescence, “ semblable à l’écume des vagues “, qui resteront gravés dans la mémoire de ceux qui sont aujourd’hui les héritiers du combat mené par Zarifian.

In LE MONDE | Samedi 24 février 2007

La loi Médicament méritait bien son nom — Document ministériel

Paris, le 16 février 2007

Le Conseil constitutionnel a été saisi, par plus de soixante députés et plus de soixante sénateurs, de deux recours dirigés contre les articles 35 et 36 de la loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine du médicament, adoptée le 14 février 2007.

Ces recours appellent, de la part du Gouvernement, les observations suivantes.

(…)

Au cas présent, les articles 35 et 36 de la loi déférée ont été rétablis par la Commission mixte paritaire. Le Sénat n’avait, en effet, pas voté les dispositions qu’ils reprennent et qui sont issues d’amendements parlementaires présentés à l’Assemblée nationale et que celle-ci a adoptés le 11 janvier 2007. Ces dispositions, votées en première lecture par l’Assemblée nationale, peuvent être regardées comme n’étant pas dépourvues de tout lien avec le texte en discussion.

On peut observer, d’une part, que le champ principal des dispositions qui figuraient dans le texte du projet de loi initial consistait à procéder à la transposition de directives communautaires. Ces dispositions visaient ainsi, conformément aux exigences constitutionnelles et aux engagements souscrits par la France, à mettre la législation française en conformité avec le droit communautaire et à la rapprocher ainsi de celle applicable dans les autres États membres de l’Union européenne. De la même façon, les dispositions critiquées des articles 35 et 36 de la loi déférée, qui encadrent l’usage du titre de psychothérapeute, contribuent à rapprocher la législation française du droit applicable dans la plupart des autres États membres de l’Union européenne. La psychothérapie y est, en effet, généralement une activité réglementée, soumise en particulier à une exigence de formation ou liée à l’exercice de la médecine.

Il apparaît, d’autre part, que les psychothérapies offrent une solution alternative ou complémentaire par rapport à la médication. Elles sont pratiquées comme alternatives aux traitements pharmacologiques pour les troubles peu sévères ou qui ne sont pas susceptibles d’être traités par cette voie. Elles accompagnent les médications conçues pour les troubles les plus graves.

Les études de l’INSERM mettent en évidence l’efficacité des psychothérapies, en particulier des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), dans le traitement ou la prévention des dépressions, en substitution de médications. Parmi les patients traités seulement au moyen d’antidépresseurs, 60 % rechutent alors que le taux de rechute n’est que de 30 % si les patients ont suivi une thérapie cognitivo-comportementale seule ou en complément de médicaments.

On peut ajouter que, dans le cadre de sa recommandation “ prise en charge d’un épisode dépressif isolé de l’adulte en ambulatoire ” de mai 2002, l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (ANAES) a souligné que pour les dépressions légères une TCC peut être utilisée seule en traitement initial. Les autres forment de thérapie sont également efficaces. S’agissant en particulier des enfants et des adolescents, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) a rappelé en 2005 qu’un traitement médicamenteux ne peut être envisagé qu’en association avec une psychothérapie.

Compte tenu des liens ainsi établis entre le recours à la psychothérapie et les traitements médicamenteux, le Gouvernement estime que les articles 35 et 36 ne sont pas dépourvus de tout lien avec l’objet initial du projet de loi.

****

Pour ces raisons, le Gouvernement considère que les critiques adressées par les députés et sénateurs saisissants ne sont pas de nature à justifier la censure des articles critiqués de la loi déférée. C’est pourquoi il demande au Conseil constitutionnel de rejeter les recours dont il est saisi.

Victoire : le Conseil Constitutionnel casse la loi Accoyer

Décision n° 2007-549 DC du 19 février 2007
Loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine du médicament

Le Conseil constitutionnel a été saisi, dans les conditions prévues à l’article 61, deuxième alinéa, de la Constitution, de la loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine du médicament, le 14 février 2007, par M. Jean-Marc AYRAULT, Mme Patricia ADAM, MM. Jean-Paul BACQUET, Jean-Pierre BALLIGAND, Gérard BAPT, Claude BARTOLONE, Jacques BASCOU, Christian BATAILLE, Jean-Claude BATEUX, Jean-Claude BEAUCHAUD, Serge BLISKO, Jean-Claude BOIS, Augustin BONREPAUX, Pierre BOURGUIGNON, Mme Danielle BOUSQUET, MM. François BROTTES, Christophe CARESCHE, Laurent CATHALA, Jean-Paul CHANTEGUET, Alain CLAEYS, Pierre COHEN, Mme Claude DARCIAUX, M. Michel DASSEUX, Mme Martine DAVID, MM. Marcel DEHOUX, Bernard DEROSIER, Michel DESTOT, Marc DOLEZ, François DOSÉ, René DOSIÈRE, Tony DREYFUS, Jean-Pierre DUFAU, Yves DURAND, Mme Odette DURIEZ, MM. Henri EMMANUELLI, Jean GAUBERT, Jean GLAVANY, Gaétan GORCE, Alain GOURIOU, Mmes Elisabeth GUIGOU, Paulette GUINCHARD, Danièle HOFFMAN-RISPAL, MM. François HOLLANDE, Armand JUNG, Mme Conchita LACUEY, MM. Jérôme LAMBERT, Jack LANG, Jean LAUNAY, Jean-Yves LE BOUILLONNEC, Gilbert LE BRIS, Jean LE GARREC, Jean-Marie LE GUEN, Bruno LE ROUX, Mme Annick LEPETIT, MM. Jean-Claude LEROY, Michel LIEBGOTT, François LONCLE, Louis-Joseph MANSCOUR, Philippe MARTIN, Didier MATHUS, Didier MIGAUD, Henri NAYROU, Alain NÉRI, Mme Marie-Renée OGET, MM. Michel PAJON, Jean-Claude PÉREZ, Mme Geneviève PERRIN-GAILLARD, MM. Paul QUILÈS, Patrick ROY, Mmes Ségolène ROYAL, Odile SAUGUES, MM. André VALLINI, Manuel VALLS, Michel VERGNIER, Jean-Claude VIOLLET, François HUWART, Simon RENUCCI, Mme Chantal ROBIN-RODRIGO, députés,

et, le même jour, par M. Jean-Pierre BEL, Mme Michèle ANDRÉ, MM. Bernard ANGELS, Bertrand AUBAN, Mme Marie-Christine BLANDIN, MM. Yannick BODIN, Didier BOULAUD, Mmes Yolande BOYER, Nicole BRICQ, Claire-Lise CAMPION, MM. Jean-Louis CARRÈRE, Bernard CAZEAU, Mme Monique CERISIER-ben GUIGA, MM. Pierre-Yves COLLOMBAT, Roland COURTEAU, Yves DAUGE, Jean-Pierre DEMERLIAT, Mme Christiane DEMONTÈS, MM. Claude DOMEIZEL, Michel DREYFUS-SCHMIDT, Jean-Claude FRÉCON, Bernard FRIMAT, Charles GAUTIER, Jean-Pierre GODEFROY, Claude HAUT, Mmes Odette HERVIAUX, Sandrine HUREL, Annie JARRAUD-VERGNOLLE, MM. Charles JOSSELIN, Yves KRATTINGER, Serge LAGAUCHE, Mme Raymonde LE TEXIER, MM. André LEJEUNE, Claude LISE, Roger MADEC, Philippe MADRELLE, Jacques MAHÉAS, François MARC, Marc MASSION, Louis MERMAZ, Jean-Pierre MICHEL, Gérard MIQUEL, Michel MOREIGNE, Jean-Marc PASTOR, Jean-Claude PEYRONNET, Jean-François PICHERAL, Bernard PIRAS, Jean-Pierre PLANCADE, Mme Gisèle PRINTZ, MM. Marcel RAINAUD, Daniel REINER, Thierry REPENTIN, Roland RIES, André ROUVIÈRE, Mmes Michèle SAN VICENTE-BAUDRIN, Patricia SCHILLINGER, MM. Michel SERGENT, Jacques SIFFRE, René-Pierre SIGNÉ, Jean-Pierre SUEUR, Mme Catherine TASCA, MM. Jean-Marc TODESCHINI, Robert TROPEANO, André VANTOMME, André VÉZINHET, Richard YUNG, Guy FISCHER, François AUTAIN, Roland MUZEAU, sénateurs,

LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL,

Vu la Constitution ;

Vu l’ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 modifiée portant loi organique sur le Conseil constitutionnel ;

Vu la directive 2004/27/CE du Parlement européen et du Conseil du 31 mars 2004 modifiant la directive 2001/83/CE instituant un code communautaire relatif aux médicaments à usage humain ;

Vu le code de la santé publique ;

Vu le code de la propriété intellectuelle ;

Vu la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique ;

Vu les observations du Gouvernement, enregistrées le 16 février 2007 ;

Le rapporteur ayant été entendu,

1. Considérant que les députés et sénateurs requérants défèrent au Conseil constitutionnel la loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine du médicament ; qu’ils contestent notamment la conformité à la Constitution de ses articles 35 et 36 ;

2. Considérant que les articles 35 et 36 de la loi déférée, qui résultent d’amendements adoptés par l’Assemblée nationale en première lecture, complètent l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée ; qu’ils fixent les conditions que devront remplir les personnes souhaitant faire usage du titre de psychothérapeute pour pouvoir être inscrites sur la liste départementale prévue à cet effet ; qu’ils précisent que leur formation en psychopathologie clinique devra avoir été délivrée par un établissement d’enseignement supérieur ou par un organisme agréé par l’Etat ;

3. Considérant que, selon les requérants, les amendements dont ces deux articles sont issus étaient dénués de tout lien avec les dispositions qui figuraient dans le projet de loi initial ;

4. Considérant qu’aux termes de l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : ” La loi est l’expression de la volonté générale… ” ; qu’aux termes du premier alinéa de l’article 34 de la Constitution : ” La loi est votée par le Parlement ” ; qu’aux termes du premier alinéa de son article 39 : ” L’initiative des lois appartient concurremment au Premier ministre et aux membres du Parlement ” ; que le droit d’amendement que la Constitution confère aux parlementaires et au Gouvernement est mis en oeuvre dans les conditions et sous les réserves prévues par ses articles 40, 41, 44, 45, 47 et 47-1 ;

5. Considérant qu’il résulte de la combinaison des dispositions précitées que le droit d’amendement qui appartient aux membres du Parlement et au Gouvernement doit pouvoir s’exercer pleinement au cours de la première lecture des projets et des propositions de loi par chacune des deux assemblées ; qu’il ne saurait être limité, à ce stade de la procédure et dans le respect des exigences de clarté et de sincérité du débat parlementaire, que par les règles de recevabilité ainsi que par la nécessité, pour un amendement, de ne pas être dépourvu de tout lien avec l’objet du texte déposé sur le bureau de la première assemblée saisie ;

6. Considérant, en l’espèce, que l’objet principal du projet de loi dont les dispositions critiquées sont issues était, lors de son dépôt sur le bureau de l’Assemblée nationale, première assemblée saisie, de transposer la directive du 31 mars 2004 susvisée modifiant la directive 2001/83/CE instituant un code communautaire relatif aux médicaments à usage humain ; qu’il comportait à cet effet vingt-huit articles modifiant le code de la santé publique ou de la propriété intellectuelle et relatifs ” aux médicaments “, comme l’indiquait l’intitulé du chapitre Ier dans lequel ils étaient insérés ;

7. Considérant que les deux autres articles que comportait le projet de loi initial étaient regroupés dans un chapitre II intitulé : ” Habilitation à prendre des ordonnances ” ; que le premier avait notamment pour objet de permettre au Gouvernement de transposer par ordonnances cinq directives de nature technique portant sur le sang humain et les composants sanguins, les produits cosmétiques, les tissus et cellules humains, les médicaments traditionnels à base de plantes et les médicaments vétérinaires ; que le second l’autorisait à étendre ou à adapter aux collectivités d’outre-mer les dispositions prévues par le projet de loi ;

8. Considérant que les articles 35 et 36 de la loi déférée sont dépourvus de tout lien avec les dispositions qui figuraient dans le projet dont celle-ci est issue ; qu’ils ont donc été adoptés selon une procédure contraire à la Constitution ;

9. Considérant qu’il n’y a lieu, pour le Conseil constitutionnel, de soulever d’office aucune question de conformité à la Constitution,

D É C I D E :

Article premier.- Les articles 35 et 36 de la loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine du médicament sont déclarés contraires à la Constitution.

Article 2.- La présente décision sera publiée au Journal officiel de la République française.

Délibéré par le Conseil constitutionnel dans sa séance du 19 février 2007, où siégeaient : M. Pierre MAZEAUD, Président, MM. Jean-Claude COLLIARD et Olivier DUTHEILLET de LAMOTHE, Mme Jacqueline de GUILLENCHMIDT, MM. Jean-Louis PEZANT et Pierre STEINMETZ, Mme Simone VEIL.


B. Accoyer : combien de fois répéter un mensonge pour qu’il devienne vrai ?

Communiqué de Bernard ACCOYER

L’acharnement des groupes parlementaires socialistes pour empêcher le législateur de sécuriser la conduite des psychothérapies et de protéger les usagers est surprenant.

La démarche parlementaire engagée pour apporter aux usagers toutes les garanties indispensables sur la formation et la compétence des personnes auxquels ils se confient, a été soutenue par beaucoup d’institutions publiques, par la plupart des fédérations et associations professionnelles de psychiatres, psychologues et psychanalystes, par les associations de victimes et de familles.

Seules quelques organisations de psychothérapeutes « autoproclamés » se refusent encore à admettre que les usagers ont le droit à la sécurité et à la qualité des soins en la matière.

Relayant leur position, les groupes parlementaires socialistes souhaitent obtenir la suppression des deux articles du projet de loi Médicament concernant les psychothérapies.

Devant ce grave problème de sécurité sanitaire et de santé publique, la position adoptée par les groupes socialistes de l’Assemblée nationale et du Sénat, inexplicable et inexpliquée sur le fond, paraît mal venue, tant est grand le besoin de protéger les usagers qui peuvent trop souvent, dans le cadre actuel, devenir des victimes.

Les groupes politiques qui ont demandé cette annulation doivent une explication aux victimes, à leurs familles et aux professionnels de vouloir prolonger encore une situation désormais très largement reconnue et dénoncée, qui n’a que trop duré.