L’enjeu Darwin : biologie évolutive & théorie de la civilisation

La conférence

Parce que Darwin est l’auteur de la théorie de l’évolution des espèces vivantes par le moyen de la sélection naturelle, on l’a déclaré longtemps responsable des pires « applications » de cette théorie aux sociétés humaines : « darwinisme social », néo-malthusianisme, eugénisme, racisme, colonialisme brutal, ethnocide ou domination esclavagiste.

Or non seulement Darwin s’est opposé dans sa vie à chacune de ces attitudes, mais il a donné dans la partie anthropologique de son œuvre (et en particulier dans La Filiation de l’Homme, de 1871) les meilleurs arguments théoriques pour les combattre.

Darwin fut en effet non seulement un penseur de la paix, mais le plus convaincant des généalogistes de la morale, étendant le matérialisme naturaliste à l’explication de ce que l’Église a toujours réservé au domaine de la transcendance.

Avec l’auteur du Dictionnaire du darwinisme et de l’évolution (PUF, 1996), on tentera de comprendre pourquoi cet aspect essentiel de la pensée de Darwin, dûment développé dans La Filiation de l’Homme, est demeuré si longtemps ignoré ou mésinterprété, ce qui constitue dans l’histoire des grandes doctrines scientifiques un phénomène assez exceptionnel pour que l’on se préoccupe aujourd’hui d’en éclairer les raisons.

Le conférencier

PATRICK TORT, philosophe, linguiste et théoricien des sciences biologiques et humaines, est Directeur de l’INSTITUT CHARLES DARWIN INTERNATIONAL, qu’il a fondé en 1998.

Professeur détaché au Muséum et chercheur, Lauréat de l’Académie des Sciences pour son Dictionnaire du darwinisme et de l’évolution (PUF, 1996, 3 vol., 5000 p.), Lauréat du Prix Philip Morris 2000 d’Histoire des sciences pour l’ensemble de son œuvre et créateur de l’«Analyse des complexes discursifs», nouvelle méthodologie pour l’histoire des systèmes de pensée, il est l’auteur ou le maître d’œuvre d’une quarantaine de livres, dont le fameux Darwin et la science de l’évolution (Gallimard-Découvertes, 2000), et de l’Exposition Darwin, réalisée pour l’ASTS (Association Science Technologie Société).

Il dirige en outre la traduction complète des Œuvres de Darwin en 35 volumes, dont la parution a commencé en novembre 1999 avec le grand ouvrage de 1871, La Filiation de l’Homme. Il est Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.

La dernière résistance : débat entre Freud et Arnold Zweig dans leur correspondance à propos d’Israël et de la Palestine

Jacqueline Rose est Professeur de Littérature à Queen Mary, University of London.

Avec Juliet Mitchell, elle a édité en 1984 Feminine Sexuality by Jacques Lacan

Elle a publié entre autres ouvrages :

Why War ? Psychoanalysis, Politics, and the Return to Melanie Klein (1993) ;

The Question of Zion (2005)

Freud polygame ? le Nouvel Obs en question.

Sigmund a sans doute vécu une histoire d’amour avec sa belle-soeur Minna*. Faut-il pour autant brûler le freudisme ? L’avis de l’historienne Élisabeth Roudinesco.


Le Nouvel Observateur
— La découverte d’une nouvelle archive prouve-t-elle une relation intime entre Freud et sa belle-soeur, Minna Bernays ?

Élisabeth Roudinesco — Le document révélé par le sociologue allemand Franz Maciejewski est une page d’un registre d’hôtel suisse, le Schweizerhaus, à Maloja. Le 13 août 1898, en face de la « chambre 11 », Freud a écrit : « Dr. Sigm. Freud et Mme, Vienne ». En voyage avec Minna, il aurait donc partagé cette nuit-là la chambre de sa belle-soeur en la faisant passer pour son épouse. Il faut replacer cette « preuve » dans son contexte. Minna, la soeur cadette de Martha, est venue vivre avec les Freud en 1896, à la mort de son fiancé. Ce cas de figure était très fréquent dans les familles nombreuses du xixe siècle, où une vieille fille s’occupait du foyer et des enfants.

« Tante Minna » était la seconde mère, elle est restée jusqu’à sa mort sous le toit de Sigmund et de sa soeur. Comme sa femme aimait peu les escapades, Freud avait l’habitude de voyager avec Minna. Ils avaient peu d’argent. Parfois, ils dormaient dans des chambres séparées. Parfois, ils prenaient la même chambre. Cela se faisait beaucoup et ne prouve pas leur idylle. L’archive ne dit pas tout ! Si l’historien ne peut dénier son importance, il n’est pas question de lui attribuer un pouvoir souverain.

N. O — En déduire une liaison n’est donc qu’un délire d’interprétation ?

É. Roudinesco. — Je ne nie pas qu’il y ait des ambiguïtés. Freud a longtemps été attiré par sa belle-soeur. Il n’avait plus de relations sexuelles avec Martha depuis la naissance d’Anna, et les deux femmes se ressemblaient physiquement. Minna était sa confidente, son «trésor», et leur complicité intellectuelle était énorme. Dans leur correspondance, ils expriment une véritable joie à voyager ensemble. Freud raconte toutes leurs péripéties à sa femme, et lui dit : «C’est dommage que tu ne sois pas là.» Pour lui plaire, Minna mettait ses plus belles robes. Mais selon moi, il n’y a pas d’érotisme dans ces lettres.

Freud a toujours eu besoin de présence féminine. Dans son enfance, il était chéri par sa mère et par ses soeurs et il a reproduit l’univers de la maisonnée de son enfance dans sa vie familiale. Malgré tout, il écrit à Martha qu’il est gêné qu’on prenne Minna pour son épouse. Qu’il se sente coupable est évident. De quoi ? Ont-ils eu une liaison ? A-t-il écrit sur le registre « Mme Freud » pour avoir la paix ? Il y a un doute, c’est certain. Mais même si l’on trouvait des preuves irréfutables de relations sexuelles avec sa belle-soeur, déduire de sa vie privée l’invalidité de ses théories est une thèse absolument irrecevable. C’est une méprise historiographique destinée à discréditer la psychanalyse.

N. O.— C’est le retour d’une légende noire de Freud ?

É. Roudinesco — La rumeur de la bigamie de Freud ne date pas d’aujourd’hui. Dès 1957, Jung a manifesté son embarras à un journaliste, John Billinsky, déclarant avoir appris de labouche même de Minna que « Sg » était amoureux d’elle. Les bruits qui circulaient à Vienne se sont amplifiés au fil du temps. De la légende rose de Freud, celle d’un génie sans aspérité, on est passé à la légende noire, qui fait de lui un charlatan, un dissimulateur, un obsédé sexuel avide d’argent et de pouvoir, et de la psychanalyse une fausse science.

Depuis les années 1980, Peter Swales extrapole dans le sens du pire au point d’inventer une grossesse et un avortement de Minna. Selon lui, le monde freudien est un univers occulte dont il faut déjouer les complots. Et il somme tous les chercheurs de réécrire l’histoire de la psychanalyse en fonction de la nouvelle vulgate. Il a même envoyé des laxatifs à une historienne allemande ! Dans le contexte anti-freudien actuel, chaque nouvelle découverte devient donc l’enjeu d’une campagne de presse. Pour ma part, je ne plaide ni coupable ni non coupable. J’attends d’examiner davantage cette archive. Mais ce que je conteste, ce sont les positions puritaines qui clament : Bill Clinton n’est plus capable d’être président s’il a fauté dans la chambre ovale ! Cet impérialisme de la légende noire — comme celui de la légende rose d’ailleurs — est inacceptable.

(*) Voir « le Nouvel Obs » n° 2201 du 11 janvier 2007.

Pourquoi tant de haine ? Anatomie du Livre noir de la psychanalyse, par Élisabeth Roudinesco, Navarin, 2005.

Le lit du délit
Le sociologue Franz Maciejewski a photographié la chambre numéro 11 de l’hôtel Schweizerhaus où ont séjourné Freud et Minna. Le cliché montre des lits très rapprochés l’un de l’autre, preuve supplémentaire, selon le chercheur, d’une relation très intime entre les compagnons de voyage… «Mais en quoi peut-on garantir que la disposition des meubles est la même qu’il y a un siècle? », s’interroge Élisabeth Roudinesco.

Léna Mauger
Le Nouvel Observateur

La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l’Occupation (1940-1945)

la Société internationale d’histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse présente :

1- Isabelle von Bueltzingsloewen, vendredi 16 mars 2007 à 21h

La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l’Occupation (1940-1945). Extermination, abandon à la mort ou drame de l’exclusion? Essai d’interprétation à l’aune d’une enquête historique récente

Isabelle von Bueltzingsloewen est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Lumière Lyon 2. Elle est par ailleurs chercheur au LARHRA (Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes). Ses travaux portent sur l’histoire de la médicalisation et des politiques de santé en France et en Allemagne. Depuis quelques années, elle s’intéresse plus précisément à l’histoire de la psychiatrie et de l’assistance aux malades mentaux dans la France contemporaine.

Elle publie chez Aubier/Flammarion, en février 2007, un livre intitulé
L’hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l’Occupation

Peut-on laisser s’exprimer librement les opinions racistes ? Quelle est le rôle de la loi ?

Elisabeth Roudinesco, Jean-Claude Milner débattent du statut de la loi.

Trop de loi tue la loi. Une question d’actualité. Nous reviendrons sur cette conférence, commencez par retenir la date.

Résultat du travail de la Commission mixte paritaire : Accoyer n’a pas gagné

Amendement n° I rect.

COMMISSION MIXTE PARITAIRE SUR LE PROJET DE LOI
PORTANT DIVERSES DISPOSITIONS D’ADAPTATION AU DROIT COMMUNAUTAIRE
DANS LE DOMAINE DU MÉDICAMENT

Amendement déposé par M. Jean-Michel DUBERNARD, Mme Cécile GALLEZ,
MM. Bernard ACCOYER, Pierre-Louis FAGNIEZ, Jean-Pierre DOOR,
Alain VASSELLE et Yves BUR

ARTICLE 28 SEXIES

Avant le dernier alinéa de l’article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique, sont insérés cinq alinéas ainsi rédigés

« Pour s’inscrire sur la liste départementale, les professionnels ne bénéficiant pas dune inscription de droit au titre du troisième alinéa mais justifiant d’au moins trois ans d’expérience professionnelle en qualité de psychothérapeute à temps plein ou en équivalent temps plein à la date de publication de la loi n° du portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine du médicament doivent obtenir l’autorisation dune commission régionale.

« La commission régionale détermine, compte tenu de l’expérience du professionnel le niveau de formation adapté et autorise le professionnel à s’inscrire sur la liste départementale à l’issue de la réalisation de cette formation.

«En cas de litige, le candidat à l’inscription sur la liste départementale peut formuler un recours devant la commission nationale.

La commission nationale et les commissions régionales sont composées de personnes répondant aux conditions mentionnés au troisième alinéa.

« Les conditions de mise en œuvre des quatre alinéas précédents sont fixées par arrêté conjoint des ministres chargés de l’enseignement supérieur et de la santé. »

OBJET

Cet amendement précise les modalités d’inscription sur les listes départementales pour les professionnels non inscrits de droit visés au 3ène alinéa de l’article 52 mais justifiant d’une expérience professionnelle d’au moins trois ans en qualité de psychothérapeute, à temps plein ou équivalent temps plein, à la date de publication de la présente loi.

Une commission régionale déterminera, compte tenu de l’expérience du professionnel, la formation adaptée exigée pour user de plein droit du titre de psychothérapeute.

Dans l’attente de la réalisation de la formation adaptée, les professionnels bénéficient d’une inscription temporaire sur la liste départementale

Les recours contre les décisions des commissions régionales susvisées sont portés devant une commission nationale.

NB La rectification, porte sur la liste des signataires.

Amendement n° 2

COMMISSION MIXTE PARITAIRE SUR LE PROJET DE LOI PORTANT DIVERSES
DISPOSITIONS D’ADAPTATION AU DROIT COMMUNAUTAIRE DANS LE DOMMNE DU
MÉDICAMENT

Amendement déposé par M. Alain VASSELLE

ARTICLE 28 SEPTIES

Rédiger comme suit cet article :

Dans le dernier alinéa de l’article 52 de la loi n°2OO4-806 du 9 août 2004 précitée, après les mots:

« conditions de formation théoriques et pratiques », sont insérés les mots : « délivrées par un établissement d’enseignement supérieur ou par un organisme agréé par l’État »

OBJET

Cet amendement vise à ce que les formations théoriques et pratiques dispensées par des organismes agréés par l’État soient prises en compte, au même titre que celles qui le sont par les universités, dans les conditions de formation que doivent remplir les personnes qui souhaitent s’inscrire au registre national des psychothérapeutes.

Psychothérapeutes : les errements de la législation

À l’unanimité, le 25 janvier, le Sénat a voté à l’unanimité le retrait des deux amendements que M. Accoyer, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, avait fait voter, contre l’avis du gouvernement, à l’Assemblée nationale, le 11 janvier. Ces amendements stipulaient que la formation des psychothérapeutes devrait être exclusivement confiée à l’université. La décision finale appartient à l’Assemblée nationale, après avis d’une commission mixte paritaire le 31 janvier. Ces amendements suscitent des protestations indignées chez les milliers de professionnels dûment formés et certifiés ainsi que chez les élèves – adultes de 35 à 50 ans – en cours de formation dans les instituts privés de psychothérapie.

Si une collaboration constructive est souhaitable entre les instituts privés et l’université, celle-ci n’est pas en mesure d’assumer pleinement la spécificité de ce métier. D’ailleurs, les psychologues ou psychiatres qui veulent acquérir une vraie compétence de psychothérapeutes se forment au moins quatre ans dans les instituts privés – que les amendements voudraient supprimer.

La volonté, légitime, de protéger les usagers de dérives sectaires ne prend pas en compte les règles rigoureuses de fonctionnement – déontologie, recrutement et formation, incluant la psychopathologie – que les organisations professionnelles se sont données depuis vingt-cinq ans.

Ce n’est pas en détruisant une profession en plein essor qu’on protégera la société ! On ne détruit pas les écoles de police parce qu’il existe quelques “ripoux”. C’est très rarement chez les 7 000 psychothérapeutes certifiés qu’on trouve les charlatans, mais dans des groupes sectaires usurpateurs de termes ou de pseudo-techniques psychothérapeutiques. Certes, depuis la loi hélas très mal bâtie de 2004, et grâce aux vives réactions des professionnels, le législateur a abandonné l’idée que la psychothérapie n’était qu’un simple “outil” au service du psychiatre. Mais la tendance persistante à vouloir faire de la formation à la psychopathologie le critère exclusif de validation de la profession entraîne une quadruple erreur :

– celle de méconnaître la spécificité du métier, de ses exigences de formation et de sa visée essentielle : aider le sujet à construire son autonomie, ce qui est exactement le contraire de la visée des sectes, qui renforcent sa dépendance ;

– celle de confondre les perturbations psychiques graves qui en appellent aux compétences du psychiatre, et ce qu’il est accoutumé d’appeler les souffrances psychosociales – qui constituent l’essentiel des demandes d’aide ;

– celle, centrale, d’éloigner de ce métier les personnes qu’un parcours personnel et professionnel prédispose à son exercice. En effet, il s’agit pour la majorité non pas de jeunes élèves sortis d’un cursus universitaire en psychologie, mais de personnes entre 35 et 50 ans, exerçant des métiers d’aide sociale, sanitaire, éducative et autres, et qui se préparent à un “second métier” en suivant une formation spécifique de quatre à six années ;

– celle enfin de menacer la créativité même de la psychothérapie, qui risque d’en être profondément asséchée. Faut-il rappeler que la psychanalyse et la psychothérapie en général ont été créées et se sont développées hors de l’université ?

En cas d’adoption de ces deux amendements, l’imbroglio et le risque d’implosion pourraient atteindre leur plus haut degré. Faute de pouvoir valider avec sagesse un décret d’application péniblement négocié, le plus raisonnable serait de remettre à plus tard, après l’élection présidentielle, des décisions vitales pour les personnes et pour la société. En repartant d’une analyse plus sereinement mûrie.

Marie-Françoise Bonicel, Cyrille Cahen, Pierre Canouï, Alain Delourme, Charles Gellman, Edmond Marc, Max Pagès, Catherine Reverzy et Lucien Tenenbaum sont psychothérapeutes.

L’AFFOP s’adresse à la CMP

Communiqué de l’Association Fédérative Française de Organismes de Psychothérapie et Psychanalyse AFFOP à Mesdames et Messieurs les Sénateurs et Députés membres de la CMP du 31-01-2007 sur la proposition de loi n° 3062 sur le Médicament et les articles 28 sexies et 28 septies concernant le titre légal de psychothérapeute.

Si la profession nouvelle de psychothérapeute s’est développée dans le cadre LIBERAL en France ainsi que dans les pays occidentaux, c’est quelle apporte au public souffrant des réponses qu’il ne peut trouver ni auprès des psychiatres, ni auprès des psychologues cliniciens qui ne se forment que dans le cadre de l’Université. En outre, le recours à un psychothérapeute nous paraît préférable à l’abus de médicaments psychotropes prescrits par les médecins généralistes.

L’exercice de la psychanalyse et de la psychothérapie relationnelle a aussi besoin d’un cadre autre que celui des structures administratives de la santé publique. Il est vrai que pour reconnaître cela il faut comprendre la nature spécifique de cette relation de soin ainsi que la différence entre les psychothérapies prescriptives et les psychothérapies relationnelles, ce que les néo-scientistes (une partie des médecins et des psychologues) ont le plus grand mal à intégrer.

La campagne de suspicion (sous les accusations de sectes et charlatanisme) organisée vis à vis des professionnels qui ont innové dans ce domaine met en avant quelques cas douteux — encore que l’Association des victimes de psychothérapies ait perdu en justice dans son action calomnieuse contre une des psychothérapeutes qu’elle avait attaquée — pour justifier une mise sous contrôle de la psychothérapie par les médecins et les psychologues, et pour imposer leur formation exclusivement par l’ Université. Le charlatanisme est aussi du coté de ceux — médecins et psychologues — qui prétendent former et contrôler ce à quoi ils n’ont pas été formés !

La loi et ses décrets d’application devraient reconnaître la nécessaire coopération des universités avec les organisations professionnelles de psychiatres, de psychologues cliniciens, de psychanalystes et des autres psychothérapeutes pour la formation des psychothérapeutes relationnels et des psychanalystes.

Ils doivent aussi donner leur place légitime à ces professionnels reconnus comme compétents par les patients et dont les règles professionnelles et déontologiques définissant leur travail depuis plus de soixante ans pour les psychanalystes et plus de trente ans pour les psychothérapeutes relationnels, garantissent la sécurité nécessaire des personnes en difficulté psychique et/ou sociale.

Les citoyens qui ont déjà manifesté leur désaccord avec les propositions de loi ACCOYER par le succès massif de la pétition Touche pas à mon psy sauront sanctionner par leurs votes la suppression des aides psychothérapeutiques que leur apportent les psychanalystes et les psychothérapeutes relationnels si les intérêts corporatistes que les propositions de loi ACCOYER privilégient l’emportaient sur la légitimité de l’ensemble des professions psy.

Enquête : les psychothérapeutes relationnels et la réglementation

Par Yves Lefebvre, titulaire didacticien du Syndicat national des praticiens en psychothérapie — SNPPsy

Ce texte résume les éléments recueillis lors d’une enquête qualitative qui ne porte pas sur un échantillon représentatif mais qui apporte des indications pertinentes sur la position des psychothérapeutes relationnels les plus actifs dans les associations professionnelles, à partir d’interviews personnels et d’articles qu’ils publient.

1/ Les psychothérapeutes relationnels interviewés considèrent que le respect du pluralisme des pratiques, la concertation, la démocratie et l’éthique doivent former les bases incontournables de toute négociation préalable à un projet de réglementation des acteurs de la psychothérapie.

Les procédés cavaliers (!) utilisés par M.Accoyer pour faire passer l’article 52 de la loi du 2 août 2004 et tenter de faire passer ses récents amendements, visant à éliminer les psychothérapeutes relationnels au profit du monopole de l’approche universitaire médicale et comportementaliste, sont jugés comme bafouant tous ces principes.

Par ailleurs les articles du sénateur J.P. Sueur montrant notamment que cette loi est inapplicable parce que deux de ses dispositions se contredisent font l’unanimité, indépendamment des appartenances politiques des interviewés.

Les psychothérapeutes relationnels et les revues et sites consultés demandent unanimement le rejet des récents amendements Accoyer (monopole de l’université pour la formation de praticiens et composition de commissions exclusivement médicales et universitaires pour agréer les psychothérapeutes relationnels). Ils trouvent scandaleux, mais très révélateur des véritables enjeux, que ces amendements soient proposés dans le cadre d’une loi sur les médicaments

Une forte majorité de psychothérapeutes relationnels demandent aussi de surseoir à la parution des décrets d’application de l’article 52 de la loi du 2 août 2004.

Ils apprécient la position que le ministre Douste-Blazy avait prise en ce sens. Ils espèrent qu’un nouveau texte de loi pourra être préparé en concertation préalable avec les associations professionnelles, qui soit cette fois applicable et adapté à la réalité des professions psy. Très rares sont ceux qui pensent encore pouvoir accepter comme un moindre mal un compromis avec le ministère pour un décret dans le cadre de la loi actuelle, même s’il pouvait être un peu moins défavorable aux psychothérapeutes relationnels quant à la clause du grand-père ou au nombre d’heures de psychopathologie, alors qu’ils étaient plus nombreux à le penser après les propositions du ministre lors de la concertation du 7 avril dernier (c’était la 2° version du projet de décret, on en est à la 4°).

2/ Quatre professions se partagent de fait la pratique professionnelle de la psychothérapie.

C’est le concept de carré psy explicité par le président du SNPPsy Philippe Grauer qui fait l’unanimité et tous reconnaissent qu’il rend parfaitement compte de la réalité du monde psy, même s’il y a des passerelles et des cumuls. En effet deux professions ont majoritairement une conception médicale et cognitivo-comportementaliste de la psychothérapie visant à réduire des symptômes : les psychiatres et les psychologues cliniciens (à l’exception de quelques psychiatres et psychologues qui ont intégré la culture psychanalytique). Les deux autres professions en ont majoritairement une conception philosophique qu’on pourrait résumer par la sentence socratique : « connais-toi toi-même et deviens qui tu es », c’est-à-dire une conception non médicale, psychodynamique et humaniste visant à l’appropriation de son état de sujet par la personne elle-même, en rencontrant les aspects inconscients de sa psyché dans une relation transférentielle, assortie ou non de diverses techniques : ce sont les psychanalystes et les psychothérapeutes relationnels (à l’exception de quelques psychothérapeutes purement cognitivo-comportementalistes ; plus nombreux étant ceux qui proposent des pratiques mixtes). Chacune de ces quatre professions a ses propres modalités d’exercice, sa fonction spécifique et son public.

Les psychothérapeutes de ce côté du carré psy se disent depuis peu relationnels d’après un autre concept proposé notamment par Jean-Michel Fourcade président de l’AFFOP et Philippe Grauer, pour se distinguer des psychothérapeutes cognitivo-comportementalistes.

Notons que les psychothérapeutes relationnels déclarent s’être formés sur le tard après avoir validé les acquis de l’expérience, contrairement aux psychiatres et psychologues qui débutent plus jeunes au sortir de l’université. Ils estiment tous que l’expérience de vie est un apport essentiel pour un psychothérapeute relationnel.

La majorité des psychothérapeutes relationnels demandent une place légitime pour chacune de ces quatre professions en tenant compte de leurs propres spécificités, exigences et règles de l’art.
Sur le terrain, ils déclarent coopérer facilement avec les autres professions psy et notamment avec les psychiatres pour les cas difficiles quand la psychothérapie gagne à être complétée d’un traitement médical.

3/ Les principales institutions de psychothérapeutes relationnel approuvent l’idée de réglementer le titre de psychothérapeute.

Certaines comme le SNPPsy ont été actives en ce domaine (proposition de loi Marchand). En attendant, le SNPPsy a autoréglementé la profession de psychothérapeute relationnel sur la base de cinq critères exigeants validés par trente ans d’expérience, repris depuis par plusieurs autres organisations de psychothérapeutes : avoir suivi soi-même une psychothérapie relationnelle ou une psychanalyse suffisamment approfondie, avoir suivi une formation théorique et pratique apte à donner une réelle compétence de praticien, s’engager à respecter le code de déontologie des psychothérapeutes relationnels, s’engager dans une supervision constante de sa pratique, se faire reconnaître par une commission de pairs. Ces critères sont largement reconnus comme les plus aptes à rendre compte de la compétence en psychothérapie relationnelle, bien mieux que les diplômes.

La majorité des psychothérapeutes relationnels demandent qu’il soit tenu compte des cinq critères réclamés par leurs associations professionnelles pour une réglementation du titre de psychothérapeute relationnel, ce qu’ignorent systématiquement l’article 52 de la loi de 2004 et les récentes propositions d’amendements Accoyer, autojustifiés par des présupposés scientistes et des prétextes sécuritaires.

4/ Les principales institutions de psychothérapeutes relationnels approuvent l’idée d’enseigner des bases suffisantes en psychopathologie dans le processus de formation.

Elle est déjà enseignée depuis longtemps dans les écoles de formation privées agréées par ces institutions. Que cette formation puisse se faire en partenariat avec l’université paraît à tous hautement souhaitable. Mais que la seule université ait le monopole de la formation des praticiens est une mauvaise idée parce qu’elle n’en a ni les moyens ni la vocation.
Les psychothérapeutes relationnels contestent le remplacement de leurs cinq critères par le monopole universitaire de la seule psychopathologie médicale.
Ils contestent la place exclusive et tout à fait excessive donnée à la psychopathologie médicale dans les projets de décret, celle-ci n’étant pour eux qu’un aspect utile mais annexe de la psychothérapie relationnelle. Cette proposition apparaît en fait, aux yeux de la plupart d’entre eux, comme une manœuvre pour détruire la spécificité de la psychothérapie relationnelle et l’aligner sur le courant médical et cognitiviste des psychologues universitaires.

5/ La plupart des psychothérapeutes relationnels estiment que retirer leur nom aux psychothérapeutes pour le donner aux psychiatres, psychologues et psychanalystes qui ne le demandaient pas représente une mesure perverse.
Les titres réglementés de psychiatre et psychologue clinicien connus et prestigieux impliquent déjà le droit de pratiquer la psychothérapie et se suffisent à eux-mêmes. Les psychanalystes bénéficiant d’une longue histoire qui a marqué la culture du 20° siècle, pratiquent la psychanalyse et ont souvent refusé de se dire psychothérapeutes ; rares sont ceux qui accepteraient que leur titre de psychanalyste soit réglementé par l’Etat. Pourquoi les mélanger sous un même label psychothérapeute vidé de sens, dont seuls seraient exclus ceux qui s’en prévalaient jusqu’alors ?

Cependant les psychothérapeutes relationnels interrogés ne verraient pas d’inconvénient à partager leur titre avec les patriciens des autres professions psy qui le souhaiteraient, mais par un libre choix de leur part et non pas de façon obligatoire dans des listes préfectorales, et à condition qu’ils satisfassent aux mêmes cinq critères auxquels s’obligent déjà les psychothérapeutes relationnels. Plusieurs font remarquer que c’est déjà le cas : le SNPPsy par exemple compte parmi ses membres des psychiatres, psychologues et psychanalystes ayant satisfait aux cinq critères et préférant se déclarer psychothérapeutes relationnels, ou bien faisant état de leurs deux fonctions qu’ils estiment eux-mêmes différentes.

Les psychothérapeutes relationnels contestent la volonté de mélanger dans les listes préfectorales les médecins psychiatres et les médecins non psychiatres pas du tout formés à la psychothérapie, les psychologues cliniciens et les psychologues non cliniciens pas non plus formés à la psychothérapie et les psychanalystes de toutes obédiences légitimes ou non sous un même titre « psychothérapeute », que seuls les psychothérapeutes relationnels n’ont plus le droit de porter à moins comme le veut M. Accoyer de retourner sur les bancs de l’université ou de passer devant une commission de médecins et psychologues qui ne connaissent pas leur pratique.

6/ Force et bon sens des psychothérapeutes relationnels
Finalement en conclusion, les psychothérapeutes relationnels paraissent sûrs de leur bon droit, pas du tout démoralisés par la loi « psychothérapeuticide » qu’ils espèrent pouvoir faire abroger. Ils déclarent exister comme profession de fait avec un titre très ancien qu’ils ont refondé depuis presque un demi-siècle et autoréglementé depuis plus de trente ans. Ceux qui appartiennent aux principales associations professionnelles sont bien formés, créatifs et innovants. Ils estiment n’avoir pas démérité et ne se sentent pas concernés par les propos diffamatoires de M.Accoyer. Les éventuels charlatans qui échappent au contrôle des associations professionnelles ne sont pas aussi nombreux qu’on croit et ne justifient pas qu’on pénalise tous les autres ; on aimerait d’ailleurs savoir de quelles officines parle M. Accoyer, de quels abus dénoncés par quelles associations d’usagers, et s’il y eu des procès, lesquels ?
Finalement beaucoup disent : « pourquoi tant de haine ? » mais continuent de croire avec une étonnante sérénité que le bon sens, les réalités professionnelles des psys et le véritable intérêt des personnes en souffrance psychique finiront par l’emporter, que les amendements seront repoussés, que les décrets ne seront pas signés et que la loi sera changée.

Tandis que d’autres se désintéressent non moins étonnamment de la question comme si elle ne les concernait pas du tout. Et si un décret forcément mauvais malgré les tentatives de compromis parce qu’issu d’une mauvaise loi, voyait quand même le jour, avec ou sans amendements Accoyer, ils disent tous qu’ils continueraient leur travail en s’appelant praticiens en psychothérapie relationnelle ou autre synonyme, et se méfieraient du nouveau titre de « psychothérapeute » réglementé d’Etat qui, disent-ils, permettra surtout de légaliser des praticiens diplômés illégitimes, parce que n’ayant pas satisfait aux cinq critères du psychothérapeute relationnel. Parmi ceux que j’ai interrogés, il n’y en a pas eu un seul qui envisageait de se présenter devant les commissions ou de s’inscrire sur des listes préfectorales, ni un seul texte sur aucun site ni dans aucun journal de psychothérapeutes qui encourageait une telle possibilité.
Nous avons donc une loi inutile parce que ceux qu’elle croyait viser s’en sont déjà détournés.

Et tous pensent que les autres professionnels psy ne se précipiteront pas davantage sur les dites listes dont ils n’ont nul besoin. Tel le taureau dans l’arène, monsieur Accoyer n’aurait donc encorné qu’un leurre : son propre fantasme du psychothérapeute visseur de plaques, forcément autoproclamé, charlatan et sectaire ! Certains espèrent encore que le ministre s’en rendra compte comme l’avait fait son prédécesseur et ne tiendra pas à associer son nom à cette stupidité en signant un décret.

Toutefois quelques praticiens en psychothérapie relationnelle craignent que la loi les atteigne indirectement en influençant le public, ce qui rendrait plus difficile la création d’une clientèle pour les nouveaux psychopraticiens relationnels pas formés aux démarches publicitaires et commerciales. Les institutions auraient alors un devoir supplémentaire de communication pour créer une nouvelle image de la psychothérapie relationnelle clairement différenciée du fourre-tout légalisé des nouveaux « psychothérapeutes » préfectoraux.

Je conclus de tout cela qu’il y a chez les psychopraticiens relationnels un saine intelligence et une « force archétypale de l’être thérapeute » comme dirait Jung, sûrement pas scientifiquement mesurable mais qui dépasse de très loin les calculs politiciens ou corporatistes. C’est encourageant.

La FF2P proteste

(Faisant) suite aux propos de M. Accoyer, rapportés par Le Monde (édition datéedu 14-15 janvier), la Fédération française de psychothérapie et
psychanalyse
(FF2P) tient à s’élever avec vigueur contre l’amalgame fait
entre certains « psychothérapeutes autoproclamés, qui ne sont que des
charlatans
», et les 7 000 psychothérapeutes professionnels qualifiés,
membres des organisations nationales représentatives.

Depuis un quart de siècle, conformément aux normes européennes, les psychothérapeutes professionnels sont dûment formés pendant un minimum de quatre années dans des écoles et instituts privés d’études supérieures, dont le jury comprend obligatoirement des experts universitaires extérieurs àl’établissement d’enseignement. Il ne s’agit donc en rien de personnes « autoproclamées » !

La FF2P rappelle que l’université ne propose aucune formation professionnelle complète de psychothérapeute ou de psychanalyste, ni dans
les facultés de médecine, ni dans celles de psychologie. Cette formation
spécifique de haut niveau implique en effet, en plus des cours théoriques
indispensables de psychopathologie et de méthodologie, une sévère sélection
concernant l’équilibre de la personnalité, une psychothérapie ou
psychanalyse personnelle approfondie, une pratique clinique sous la
supervision de professionnels qualifiés, ainsi qu’un engagement à observer
le Code de déontologie de la profession. Ces critères rigoureux sont
indispensables pour assurer la sécurité des usagers et lutter contre
l’usurpation du titre par certains charlatans fantaisistes ou gourous de
sectes.

Confier la formation des psychothérapeutes exclusivement à l’université
s’avèrerait aussi dangereux que de délivrer un permis de conduire après les
seules épreuves théoriques du Code de la route. Tout comme (pour) les ingénieurs, les architectes ou les pilotes d’aviation, la formation doit être assurée par des professionnels expérimentés et pas uniquement par des enseignants issus de professions voisines, certes respectables, mais différentes.

Il y va de la sécurité des usagers, qui demeure notre souci majeur. Ces derniers sont loin d’être pour la plupart des malades mentaux, mais des personnes souvent fragilisée par les aléas de l’existence : divorce, deuil, solitude, immigration, chômage, stress, traumatisme, conflits professionnels,
familiaux ou conjugaux, difficultés sexuelles, problèmes scolaires, etc.
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