Communiqué des psychologues freudiens contre les articles 28 sexies et septies

COMMUNIQUÉ DES PSYCHOLOGUES FREUDIENS contre les articles 28 sexies et septies du projet de loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine du médicament adoptés en première lecture par l’Assemblée nationale le 11 01 2007 (Paris, le 13 01 2007).

Le retour, et le passage en force et en forme d’amendement des thèses de Monsieur Accoyer concernant la formation des psychothérapeutes mobilise les psychologues freudiens.

Monsieur Accoyer est Monsieur anti-sectes, nous l’avons compris depuis la première minute et nous, qui accueillons tous les jours des sujets en souffrance, parfois du fait d’une mauvaise rencontre avec un psy en effet sectaire, ne sommes pas, tout le monde l’aura compris, pour les sectes.
On ne pourra pas non plus nous soupçonner d’être contre l’Université, nous qui avons choisi d’y effectuer le cursus requis pour obtenir le diplôme habilitant à l’exercice de la psychothérapie dans les établissements publics ou associatifs.

Simplement, nous sommes très choqués de voir s’enfler un courant d’opinion dans certains groupes et parfois jusque dans les rangs des psychologues eux-mêmes, selon lequel l’Université serait un rempart, si ce n’est LA garantie contre les sectes.

Nous ne supposons pas nos parlementaires assez naïfs pour ignorer que les sectaires les plus dangereux sont bardés de diplômes. Surfer sur internet leur sera de la plus grande utilité pour en faire le constat, s’ils ne sont déjà au fait.
Dès lors, nous refusons de nous faire les complices de lois qui, sous ce fallacieux prétexte, portent atteinte, en bloc, à tout un ensemble de personnes qui sont des collègues, qui ont contribué à traiter la souffrance psychique et faire connaître et valoir la psychothérapie et qui l’exercent, pour la plupart, honnêtement.

Ils se sont formés ailleurs qu’à l’Université ? Saluons plutôt leur créativité, leur sens des responsabilités, leur esprit d’entreprise, puisqu’ils ont fondé des instituts, des écoles, créé des structures associatives où ils enseignent à leurs risques. Soulignons la richesse que cela constitue, de sortir des sentiers battus.

Et rappelons la qualité des échanges que nous avons eus, depuis trois ans que ce fameux article 52 (1“) a vu le jour, avec un grand nombre d’élus, qui ont pris à cette occasion la mesure de la grande difficulté à intervenir dans ce champ.

Alors, stigmatiser ainsi une “population” – désignons de ce terme à la mode l’ensemble des dits psychothérapeutes – nous semble injuste, injustifié, et alarmant pour l’évolution de notre pays. La liberté inquiéterait-elle les libéraux qui nous gouvernent ?

N’ayons donc pas tant froid aux yeux et faisons confiance à la communauté psy, diverse et vivante, pour veiller à ses frontières et inventer des façons de vivifier la clinique des effets subjectifs, qui est une clinique de la responsabilité du sujet. Quel intérêt la Sécurité sociale aurait-elle à y objecter, alors qu’elle a tout à y gagner ?!

Ou bien nous prépare-t-on, pour mieux nous sécuriser, une couverture médicamenteuse généralisée ? Notre exigence professionnelle est digne de cette confiance, elle l’a démontré et le démontrera encore.

N’oublions pas, enfin, que cette communauté est assujettie aux lois de la République, et que celle-ci a d’autres moyens pour lutter contre l’emprise des sectes.

  • 1 De la loi du 9 août 2004 relative à la politique de Santé publique.

Un psychothérapeute à la tête du groupe UMP de l’Assemblée ! La SARP n’est pas d’accord !

Trois ans après sa première campagne parlementaire visant à réglementer la pratique des psychothérapies, Monsieur Accoyer, manifestement insatisfait du dialogue qui s’est instauré sur ces questions entre les professionnels et le gouvernement, a décidé de passer en force. Cette fois, il ne proteste plus de sa bonne foi à l’égard des psychothérapeutes bien formés car les préjugés méprisants sont sur le devant de la scène, assortis d’insinuations diffamatoires à l’endroit de ceux qui ont négocié avec le gouvernement.

Le Président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, médecin de formation, veut protéger la population contre les actions des sectes, évoquant sans cesse les dangers que celles-ci font courir à se déguiser en psychothérapeutes. Que des sectes aient utilisé les voies de la promesse thérapeutique pour attirer à elles des esprits faibles n’est pas contestable, mais pourquoi le député Accoyer veut-il à ce point en faire porter la responsabilité à l’ensemble des psychothérapeutes ? Certains médecins eux-mêmes ne font-ils pas valoir, de bonne ou de mauvaise foi les promesses thérapeutiques des techniques qu’ils veulent promouvoir ? Faut-il le reprocher à l’ensemble des médecins sous prétexte que bien des essais thérapeutiques, de mise au point de nouvelles techniques, ne se font pas sans risque pour la vie même de ceux que l’on veut soigner. Personne ne songe à interdire la pratique médicale et l’innovation thérapeutique qui en fait sa force et c’est pourtant une telle interdiction que Monsieur Accoyer est en train de faire passer avec son cavalier législatif, en glissant un article concernant la pratique des psychothérapeutes dans une loi sur les médicaments.

En confiant aux seuls médecins et psychologues formés par l’Université la reconnaissance des psychothérapeutes, il détruit tous les efforts que les organisations professionnelles ont prodigué pour former, encadrer, garantir les pratiques psychothérapeutiques de leurs membres et il privilégie une approche des faits psychiques et de leur pathologie par la seule pharmacologie ou par le comportementalisme qui fait valoir aujourd’hui ses titres de noblesse scientistes dans les facultés de psychologie. Il dénie la dimension pratique de la formation que le praticien s’impose le plus souvent à lui même (psychanalyse personnelle en particulier) et cherche à gommer la part subjective, qui dans la relation, ne s’attrape ni par les molécules , ni par des injonctions comportementales. L’appui sur la relation intersubjective fait pourtant le fonds de 70 % des pratiques en psychiatrie.

C’est une destruction programmée de nombreux centres de formations cliniques et d’enseignement qui est à l’œuvre sous prétexte d’intérêts financiers, argument cocasse, quand on connaît les difficultés de la collectivité à financer les soins qu’elle a déjà en charge. D’où parle cet homme qui considère que cette dimension qui vise l’intime pourra disparaître des préoccupations de citoyens qui pourtant les prenaient en charge eux-mêmes ? Pourquoi privilégier la filière universitaire exclusive où le complexe médico-comportementaliste tente de s’imposer si ce n’est pour accréditer l’idée que seuls les médicaments et les TCC seraient susceptibles d’assurer l’arsenal thérapeutique des symptômes psychiques.

Les psychiatres de la SARP ne peuvent pas laisser dire une telle contre-vérité et invitent leurs confrères à méditer ce qui se joue pour les psychothérapeutes. C’est le même mouvement qui cherche à faire entrer toutes les pratiques psychiatriques dans l’ensemble économico-épistémologique de la médecine, à l’hôpital comme en ville, sous prétexte du progrès scientifique. Déjà au début du XXème siècle, ces arguments étaient utilisés pour invalider les découvertes de la psychanalyse, et ce discours n’a pas beaucoup changé. La raison est combattue au nom de la vérité scientifique et la rigueur de ce qu’un Lacan a su lire dans le discours des sujets psychotiques est méprisée.

La SARP refuse que la psychiatrie, avec son histoire, ses acquis, comme ses erreurs, soit balayée au nom d’une science thérapeutique dont les résultats sont loin d’être à la hauteur des espoirs qu’ils font naître où la clinique est réduite à la statistique sémiologique, l’acte du praticien réduit à l’application des protocoles mis en place par les recherches qui ont partie liée à l’industrie du médicament, jusqu’au scandale, comme régulièrement la presse spécialisée en donne des exemples.

La SARP, considérant que la provocation législative de M. Accoyer est l’expression des forces les plus réactionnaires de notre société qui veulent aussi en finir avec la psychiatrie relationnelle, se félicite des actions entreprises par la coordination psy pour soutenir les psychothérapeutes injustement menacés et veut témoigner que les psychiatres ne seront pas complices de ces manoeuvres.

Du fort au faible

Il y a des attaques dites, en langage stratégique militaire, du fort au faible, dont les éléments constitutifs sont : la garantie de posséder les moyens d’une réussite complète, la surprise, l’absence de tout droit d’échange et d’écoute octroyé à la culture ciblée, l’arrogance d’un pouvoir qui s’exerce sans limites, n’ayant à soumettre la légitimité de ses actes à personne. Le coup de force parlementaire mise en acte par messieurs Accoyer et Dubernard, Madame Gallez et M. Fagniez ce jeudi 11 janvier est de cette nature. On ne discute pas sérieusement avec qui que ce soit. On décide, à quatre, du changement radical d’un pan particulièrement sensible de la vie intime des citoyens français que ces élus sont censés représenter. On le soumet à une majorité parlementaire largement mise en garde contre toute apparence de division dans les rangs au moment de passation des pouvoirs à trois mois des élections. On insiste lourdement, par là même, auprès d’hommes et de femmes extrêmement nombreux qui cherchent clarification, cohérence, stabilisation de leur vie et maturation émotionnelle dans leur démarche psychothérapeutique, sur l’image d’une profession elle-même immature, dévergondée, dangereuse précisément au cœur de la recherche d’individuation qui serait son but privilégié. On dénonce et démasque cette meute d’imposteurs à laquelle impérativement attribuer un tuteur médical et universitaire — heureusement incarné par nos duettistes spécialistes providentiels, Bernard Accoyer et Jean-Michel Dubernard.

Ce qui s’est passé jeudi ne peut être compris sans lire la lettre que ces Messieurs Accoyer et Dubernard ont adressé au Premier ministre Dominique de Villepin, le 13 décembre 2006. Il y a de quoi être stupéfait, dans une démocratie parlementaire moderne, devant le déploiement de phrases dignes des torchons dénonciateurs de l’époque de Vichy. “Nous connaissons,” avancent-ils, “malheureusement, l’influence de cette mouvance“. Qui sommes-nous, à leurs yeux, tous ces psychothérapeutes et psychanalystes embarqués apparemment dans une mouvance, dont les pratiques “habituelles” consisteraient en l’utilisation de “pressions et manipulations“? Qui est cette cinquième colonne au cœur de la république dont “le nombre des victimes augmente chaque jour un peu plus“? Il est clair, de toute façon, qu’il s’agit d’un fléau à la limite de l’expression du verbe, car aucune tentative n’est faite de joindre quelque parole descriptive à une telle horreur. Où rencontre-t-on de telles tournures rhétoriques dans le passé ? Dans n’importe quel système dictatorial construit sur l’utilisation de la paranoïa comme moyen de refuser le droit aux individus de se penser et de se diriger. Il est intolérable dans une démocratie moderne, en revanche, de se trouver soumis à des changements sociétaux fondamentaux opérés par fiat commissionnel issus d’un tel pot-pourri de superstitions et de préjugés personnels mal dégrossis.

En insistant sur l’importance, dans sa décision, d’agir vite plutôt que d’attendre le résultat de consultations interministérielles sans fin, en encourageant des associations de victimes au fonctionnement obscur, l’auteur de l’amendement met en place une stratégie déterminée. La psychothérapie et la psychanalyse se trouvent sournoisement mais spectaculairement identifiées au monde des sectes. Alors qu’au contraire, bien entendu, l’univers de la psychothérapie relationnelle et de la psychanalyse protége le citoyen et la famille des tentatives d’accaparement et d’aliénation psychologique du fanatisme et de l’emprise des sectes. Aucun effort n’est fait pour distinguer les deux, aucune parole ne vient nuancer l’expression d’une congruence entre ces deux univers. Cette identification parfaite sortie du chapeau de M. Accoyer lui appartient et à lui seul. L’incrimination par simple juxtaposition représente un aspect tactique de ce même monde glauque et sectaire que notre bon député se vante de vouloir décapiter.

Le remède est aussi hallucinant que le diagnostic : l’université ! Si les anciens persistent et signent, ils auront droit à un passage éclair devant des commissions départementales constituées de médecins qui auront trop à faire ainsi que de psychologues qui n’en auront sans doute pas assez. L’université, ce havre de formation heuristique où l’engagement créatif et critique dans la cohabitation de multiples courants dont, partout dans le monde, la psychothérapie contemporaine constitue un modèle, fait en effet référence. Sauf en France. Si une telle vision semble si éloignée de la réalité dans ce pays, on est forcément conduit à s’inquiéter devant l’essor partout en France de facultés de psychologie où la mise en place de programmes qui permettent la plus rassurante simplicité (faisant valoir, ensuite, leur indéniable objectivité) au moment du marquage des examens, semble prendre le dessus sur tout autre considération. Que ces programmes soient en général liés à l’enseignement de méthodes psychothérapeutiques cognitives et comportementales est sans doute dû au hasard …

Alors, le guillotinage d’un pan entier d’anthropologie et de sciences de l’homme, d’une tradition de psychothérapie et de psychanalyse dite psychodynamique ? Un enterrement troisième classe à côté du Mandarom et du Temple du Soleil ? On n’aurait pas cru cela possible il y a encore quelques semaines. M. Accoyer en a décidé autrement, apparemment prêt à prendre sur lui sans ambages le sobriquet de “bourreau de la psychothérapie relationnelle et de la psychanalyse”. Car, ne nous méprenons pas, il s’agit bel et bien d’une tentative de marginaliser définitivement le monde de la psychothérapie relationnelle et de la psychanalyse, l’univers psychodynamique dans son entier, et de s’assurer qu’il n’y aura pas de descendants. Cela s’appelle une stratégie de la terre brûlée avec malédiction jusqu’à la cinquième génération.

Nous voici entraînés, complètement contre notre gré, dans une sorte de concours de cauchemars. Celui de M. Accoyer est d’un monde subverti par des pervers sectaires, un monde à la Jérôme Bosch où, derrière la porte accueillante du psychothérapeute relationnel ou du psychanalyste sévissent des monstres grotesques et affamés prêts à tirer l’innocent patient vers l’enfer. Notre cauchemar est très précisément ce que préconise M. Accoyer pour se réveiller du sien : une profession mise en probation, sommée de se reconstituer autour du dénominateur commun le plus faible (nous y voilà !) et d’abandonner la richesse de la diversité en son sein. Il entend imposer une profession insérée de force dans un cadre où “l’efficacité” sera mesurée par le pourcentage de déviance d’une norme, en minutes de traitement préétablies pour ce diagnostic précis, tout diagnostic jouissant par définition dans ce système de la présomption d’une précision totale.

Ernst Jünger écrit qu’une erreur ne devient une faute que lorsqu’on ne veut pas en démordre. M. Accoyer est en faute, il ne s’agit nullement d’erreur. Il a montré son mépris absolu pour des procédures parlementaires dignes de ce nom en faisant passer sa loi sur la psychothérapie il y a trois ans alors qu’il n’y avait qu’une quinzaine de députés dans l’hémicycle. À l’époque, M. Accoyer a rétorqué : “— Je n’ai pas besoin de leçons de démocratie“. Eh bien si ! M. Accoyer, vous avez bien besoin de leçons en démocratie, ainsi que, plus grave encore, vous manquez de l’honnêteté de ne pas faire passer acharnement pour compassion, ni l’obsédant désir d’avoir gain de cause pour un souci de protection de vos frères et sœurs humains. Être représentatif d’électeurs ne veut pas dire usurper la confiance commune au service d’une guerre de préjugé et d’orgueil.

Nous nous trouvons maintenant le dos au mur. Il va bien falloir lutter contre ce non-sens, contre cette mise au ban de la psychothérapie relationnelle et de la psychanalyse, contre ce vandalisme et cette destruction de ce que nous avions imaginé comme une fine fleur de la tradition humaniste sur laquelle notre culture s’est construite. Il va falloir savoir pointer toutes les erreurs d’appréciation qui nourrissent cette paranoïa à notre égard. Il va falloir oublier les velléités d’insaisissabilité dans notre communication qui nous talonnent depuis toujours. Il va falloir admettre que l’on ne peut plus “décider de ne pas être de cette fête, de cet échange”. Le fort vient de nous montrer, avec un dédain absolu pour toute règle du jeu, pour toutes les articulations civilisées qui font tourner “la machine” de notre culture, ce que c’est que la force majeure. À nous de montrer ce que c’est que la patience de ceux qui savent qu’ils sont engagés dans une profession profondément sensée au coeur d’un monde guetté par l’insensé, que cette patience finira par forcer, à son tour, le respect qui précède la reconnaissance.

Lorsque le fort ne met même plus des formes pour cacher son évaluation du rapport de force, c’est au faible de réagir en montrant, comme disait Mark Twain commentant l’annonce de son propre décès, que les rumeurs sur sa faiblesse sont exagérées, que l’on va devoir compter avec lui, et que la psychothérapie relationnelle et la psychanalyse ne vont pas se laisser enterrer de sitôt.

Michael Randolph, 15 janvier

Pourquoi les nouveaux amendements Accoyer ne lèvent-ils pas les contradictions du premier ?

S’employer à définir les conditions d’exercice de la profession de psychothérapeute n’est pas a priori contestable. On peut considérer, tout au contraire, que cette tâche est utile, nécessaire, et donc légitime.

Ce qui, en revanche, est hautement contestable, c’est l’acharnement à vouloir accomplir cette tâche sur la base d’un texte totalement contradictoire dans ses termes et c’est le consentement à ce que cette question légitime soit continuellement instrumentalisée par d’autres causes et tout particulièrement par la croisade que mènent un certain nombre d’adeptes du comportementalisme et des thérapies cognitivo-comportementales pour tenter de disqualifier à la fois la psychanalyse et les psychothérapies relationnelles.

Les deux nouveaux amendements que M. Accoyer vient de faire adopter à l’Assemblée Nationale relèvent de cette double dérive.

1) Le texte choisi pour inscrire ces deux nouveaux amendements est tout un symbole

Alors que le même jour – le 11 janvier – , l’Assemblée Nationale devait examiner un projet de loi sur les professions de santé et un autre sur les médicaments, c’est … dans le second texte que M. Accoyer choisit d’inscrire ces amendements ! Comme cela a été dit par plusieurs députés lors du débat, ces deux amendements n’ont rien à voir avec le sujet. Ils sont, dans le jargon parlementaire, d’authentiques cavaliers.

Mais, à bien y réfléchir, il y a là quelque chose de profondément symptomatique.

On se souvient, en effet, que ce qu’il faut désormais appeler le premier amendement Accoyer, qui a connu cinq rédactions successives au fil des débats, et dont la dernière constitue l’article 52 de la loi du 9 août 2004 sur la santé publique, témoignait dans sa première version, de la volonté d’une mainmise explicite de la sphère médicale sur le traitement de la souffrance psychique. Nul ne pouvait, selon cette version originelle, traiter de la souffrance psychique s’il n’était pas médecin. C’était un nouveau Triomphe de la médecine, un retour explicite des vieilles thèses hygiénistes, pour reprendre le terme de Jaques-Alain Miller. Et c’était la version brute, radicale du credo comportementalisme en vertu duquel il fallait désormais substituer à la psychanalyse ou aux méthodes qui en étaient issues, d’une manière ou d’une autre, les thérapies cognitivo-comportementales dont les deux composantes sont, d’une part, des protocoles fondés sur des questionnaires codifiés et, d’autre part, des prescriptions médicamenteuses.

Nous y voilà ! M. Accoyer inscrit matériellement ses nouveaux amendements sur l’exercice d’une profession traitant de la souffrance psychique au beau milieu de séries de dispositions législatives portant exclusivement sur les médicaments. C’est, au choix, un nouveau lapsus ou une vraie provocation. C’est, en tout cas, à la fois le symptôme et le symbole du prurit hygiéniste – (1“)
.

2) Les nouveaux amendements ne changent rien à la contradiction patente qui obère l’application de la dernière version, inscrite dans la loi, du premier amendement Accoyer

Nous avons souvent exposé (2“) en quoi l’article de loi issu du premier amendement Accoyer était contradictoire dans ses termes. En raison d’une maladresse, d’un lapsus, d’une incohérence, ou d’une incapacité à surmonter la différence entre deux approches distinctes – on peut en débattre ! – , l’avant dernier alinéa de cet article stipule que les médecins, les psychanalystes et les psychologues diplômés peuvent de droit porter le titre de psychothérapeute, c’est-à-dire sans aucune condition de formation préalable ni complémentaire, alors que le dernier alinéa du même article écrit l’exact contraire, à savoir que toute personne voulant se prévaloir du titre de psychothérapeute devra avoir suivi une formation spécifique en psychopathologie.

L’avant dernier alinéa (et les quatre avant-projets de décret qui ont été successivement rédigés) relèvent d’une logique que Roland Gori qualifie justement (« Le Monde » du 14/01/2006) d’« opportuniste » puisqu’il s’agissait – et qu’il s’agit toujours – de tenter de calmer les protestations issues de la première version de l’amendement Accoyer en donnant sans condition le bénéfice du titre à l’ensemble des médecins, des psychanalystes et des psychologues.

On qualifiera le dernier alinéa, lui, d’« exigeant » puisque son application aurait pour effet de contraindre les médecins qui ne sont pas spécialistes en cette discipline, les psychanalystes et les psychologues de suivre au même titre que les actuels psychothérapeutes des formations en psychopathologie pour pouvoir se prévaloir du titre de psychothérapeute. Cette logique est celle défendue lors du débat du 11 janvier dernier par Claude Évin, qui a notamment déclaré : « il y aurait (…) beaucoup à dire notamment sur ce troisième alinéa qui permet à des personnes n’ayant reçu aucune formation de bénéficier du titre de psychothérapeute ».

La contradiction étant donc patente, on aurait pu penser que dès lors que M. Accoyer revenait devant le Parlement pour proposer de nouveaux amendements, ceux-ci auraient prioritairement pour objet de supprimer cette contradiction pour qu’enfin les textes d’application puissent être rédigés sur une base claire.

Mais, très significativement, alors que M. Accoyer ne peut ignorer cette contradiction, sur laquelle tant de commentaires ont été faits, il choisit sciemment, non seulement de la maintenir, mais, de surcroît, de l’aggraver.

Ainsi, l’un de ses deux amendements dispose que les commissions qui seraient chargées de statuer sur la capacité des psychothérapeutes actuellement en fonction de continuer à se prévaloir de leur titre se trouveraient composées à parité de psychologues diplômés et de médecins sans que soit en rien précisée la spécialité desdits médecins. Tout médecin est a priori compétent : le présupposé hygiéniste est donc renforcé par rapport aux textes existants.

Il est clair en tout cas que la contradiction n’est en rien réduite, et qu’il n’y a aucune volonté de le faire. Il faut donc s’interroger sur cette attitude pour le moins irrationnelle.

3) Accoyer contre le Gouvernement

À l’opposé de son prédécesseur, M. Douste-Blazy qui avait déclaré qu’il ne publierait pas le décret d’application de l’article 52 de la loi du 9 août 2004, M. Xavier Bertrand, s’est lui obstiné sur la voie opportuniste s’efforçant, au fil de quatre rédactions successives, elles aussi nécessairement contradictoires (puisque le décret ne peut, par définition, lever les ambiguïtés de la loi), de mécontenter le moins possible, ou de contenter à peu de frais – c’est selon ! – les représentants des quatre professions concernées. Cet exercice est problématique, et lourd de contentieux futur : si un décret est publié sur cette base il sera aisé de démontrer qu’il n’est pas conforme à l’un – ou à l’autre – des alinéas de la loi.

Mais il y a plus. Le dispositif adopté risque de se traduire par de pures et simples modifications nominalistes. Nul ne pourra empêcher des psychothérapeutes de s’appeler psychopraticiens, par exemple, ou tout simplement psychanalystes, puisque aucun article de loi ne définit ni la psychanalyse, ni ses conditions d’exercice, ni les sociétés de psychanalyste et qu’il ne sera pas facile – si toutefois on considérait que cela soit souhaitable ! – de remédier à cette triple carence, compte tenu de la position de nombre de psychanalystes à cet égard.

Il y avait assurément une autre manière de prendre le problème du titre de psychothérapeute, qui ne se serait assimilée ni à l’avant-dernier ni au dernier alinéa de l’article 52 et qui aurait consisté à partir des exigences de formation, de déontologie et d’exercice de la profession qui ont d’ores et déjà été définies par les professionnels – comme on le fait de facto pour les psychanalystes – et d’établir à partir de là des règles, des textes réglementaires, voire législatifs. C’eût été une toute autre démarche que celle du premier amendement Accoyer qui a instauré la loi comme préalable, alors qu’elle aurait pu être un aboutissement.

En matière de formation, cette démarche pragmatique aurait été à l’antipode de ce qu’imposent les nouveaux amendements Accoyer. En effet, pour ceux-ci, la formation des futurs psychothérapeutes ne peut être qu’universitaire, et ne doit être qu’universitaire. Or il n’existe pratiquement pas de formation à la psychothérapie à l’université !

La position exprimée par les nouveaux amendements Accoyer est donc totalement irréaliste.

Je tiens à être très clair à ce sujet. Je suis en désaccord avec certaines positions qui récusent a priori toute intervention de l’université dans la formation des psychothérapeutes. L’université a, pour moi, – ou, du moins, devrait avoir – une légitimité dans ce domaine comme dans l’ensemble des champs de la science et des savoirs.

Mais alors que la plupart des formations à la psychothérapie relationnelle, sont aujourd’hui organisées par les instituts professionnels, et que l’équivalent n’existe pas au sein de l’université, il me parait absurde d’instaurer par la loi un monopole de l’université en cette matière !

On peut, tout au contraire, imaginer des agréments ou des validations par l’université ou par l’État – avec évaluation et garanties scientifiques – de formations délivrées par des instituts professionnels, ou prévoir des coopérations et complémentarités.

Telle était – ou telle est ! – la logique des avant-projets de décrets élaborés par M. Xavier Bertrand, ministre de la Santé.

Nous avons dit nos réserves sur sa démarche, dès lors qu’elle se fondait sur des prémisses contestables, mais force est de constater que celle-ci était, pour ce qui est de cette question de la formation, plus réaliste que les nouveaux amendements Accoyer qui viennent, en réalité, détruire les efforts de concertation menés par le ministre.

Une fois encore, il faut s’interroger sur les raisons profondes d’une telle démarche.

4) Triomphe du comportementalisme

Ces raisons sont très probablement liées au débat, interne à l’université, qui concerne l’ensemble du champ couvert par les quatre professions concernées. Car des enseignements universitaires de psychiatrie à ceux de psychologie, on voit que ce que nous appellerons la logique comportementaliste tend à l’emporter sur l’autre versant, issu des apports de la psychanalyse et de la psychothérapie relationnelles.

Encore une fois, il ne s’agit pas ici d’emboîter le pas, dans cette querelle, à un simplisme réducteur, mais il s’agit de dire et redire que l’acharnement à disqualifier les apports de Freud et, à partir de son œuvre, de tant d’autres relève d’une misérable haine pour un pan entier de notre culture.

Dans ce contexte, le monopole que M. Accoyer s’emploie à instaurer n’est nullement anodin.

Et cela d’autant plus que les nouvelles entreprises législatives de M. Accoyer s’accompagnent de discours édifiants. Ainsi s’est-il prévalu le 11 janvier 2007 à l’Assemblée Nationale de l’« accord de la communauté médicale, psychologique, psychiatrique, psychanalytique – à l’exception bien sûr de quelques individualités médiatiques ».

Ainsi, préalablement au dépôt de ses nouveaux amendements, M. Accoyer a-t-il écrit une lettre au premier ministre, en date du 13 décembre 2006, publiée sur le site du SNPPSY, dans laquelle il est écrit que ceux qui critiquent les avant-projets de décret de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 sont mus « la plupart du temps, par la préservation d’intérêts financiers ou sectaires ».

Ainsi n’a-t-il pas hésité à déclarer au journal « Le Monde » (14 janvier 2007) que le dernier avant-projet de décret élaboré par le ministre Xavier Bertrand était « un compromis passé avec des gens autoproclamés psychothérapeutes, qui ne sont que des charlatans ».

Il n’est pas nécessaire de relever la rare violence de tels propos.

Et l’on en vient forcément à se poser, une fois encore, la question qu’énonçait naguère Elisabeth Roudinesco : « Pourquoi tant de haine ? » (3“)

Combattre les dérives sectaires est une impérieuse nécessité : des lois existent à ce sujet, elles s’appliquent à tous. Mais il est inacceptable de qualifier l’ensemble des représentants d’une profession (ou « la plupart » d’entre eux) de charlatans ou de membres de sectes.

Jean-Marie Le Guen a clairement indiqué au cours du débat du 11 janvier à l’Assemblée Nationale que « la notion de dérive sectaire figure dans notre droit pénal », que « la sécurité des personnes est censée être au cœur des préoccupations de ce Gouvernement » et que cette question relève « du code général et non de la sécurité sanitaire », cependant que Claude Évin constatait qu’il était « particulièrement désagréable de voir M. Accoyer s’ériger en unique défenseur des libertés ».

Concluons. Ces deux nouveaux amendements ne règlent en rien les contradictions du premier. Le dispositif proposé conforte, dans les faits, les visées hygiénistes et comportementalistes au mépris du pluralisme qu’on serait en droit d’espérer. L’indispensable lutte contre les dérives sectaires ne saurait en rien justifier la mise en cause d’une profession ni de la majorité de ses représentants. Cette mise en cause ne saurait non plus servir de fondement à l’établissement des modalités de formation des psychothérapeutes ni de ceux qui pourront faire usage de ce titre. Une telle entreprise requiert assurément plus d’objectivité et de sérénité.

Jean-Pierre SUEUR
Sénateur du Loiret

  • 1 Voir à ce sujet la déclaration de Claude Evin lors du débat du 11 janvier à l’Assemblée Nationale :
    « Il n’est pas normal que vienne en discussion un amendement relatif à l’exercice de la profession de psychothérapeute dans un projet de loi sur le médicament. C’est bel et bien un cavalier législatif, d’ailleurs étonnant sur le fond puisqu’en général l’approche médicamenteuse et l’approche psychothérapeutique sont antinomiques dans le traitement de la souffrance psychique ».
  • 2 – Voir notamment : Psychanalyse et politique, histoire d’un amendement, « Psypropos », décembre 2004 ; Une nouvelle chasse aux sorcières (avec Jack Ralite), « Le Monde », 10 septembre 2005 ; repris dans Élisabeth Roudinesco : « Pourquoi tant de haine ? », éds Navarin ; Remarques sur l’avant-projet de décret sur le titre de psychologue, « Journal des Psychologues », janvier 2006 et « Réel », février 2006 ; Place nette, « La Règle du jeu », janvier 2006 ; Halte au bricolage scientiste : réponse aux ministres du Gouvernement Villepin sur la manipulation des neuro-sciences, « Libération », 9 mars 2006 ; Amendement Accoyer : la débâcle, « Journal des psychologues », juillet-août 2006 ; Psychothérapeute, un titre casse-tête, « Libération », 20 octobre 2006 ; La psychothérapie, le néo-comportementalisme et la loi, à paraître dans « Raison Politique ».
  • 3 – Élisabeth Roudinesco : Pourquoi tant de haine ?, éds Navarin, novembre 2005.

L’incorrigible Monsieur Accoyer

M. Bernard Accoyer a surpris le monde politique et associatif en se fendant aujourd’hui d’un nouvel amendement, déposé en coup de vent devant la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale.

L’AFP a diffusé ce matin la dépêche suivante:
“PARIS, 11 janvier 2007 (AFP) – La commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale a adopté jeudi matin un amendement rendant obligatoire une formation universitaire pour les psychothérapeutes, a-t-on appris de source parlementaire.

Cet amendement prévoit que la formation “théorique et pratique” des psychothérapeutes “est de nature universitaire et doit se dérouler uniquement dans le cadre de l’université, à l’exclusion de tout autre organisme sur la compétence et le sérieux desquels les usagers ne disposent d’aucune garantie”, explique l’exposé des motifs de l’amendement présenté par les députés UMP Bernard Accoyer, Jean-Michel Dubernard, Cécile Gallez et Pierre-Louis Fagniez.

Ces députés veulent ainsi pallier une “carence incompréhensible”, à savoir l’absence de décret d’application à l’article 52 de la loi du 9 août 2004 sur la politique de santé publique qui encadrait l’usage du titre de psychothérapeute.

Il s’agit pour eux de “veiller au respect des garanties voulues par le législateur en faveur des usagers des psychothérapies, personnes en souffrance psychique, psychosociale ou atteintes de psychopathologies”, selon l’exposé des motifs de l’amendement.”

Cet amendement, qui stipulait également que les membres des commissions régionales chargés de l’accréditation des psychothérapeutes devraient être tous universitaires, visait à torpiller le décret d’application mis au point avant la Noel sous les auspices du premier ministre. En conséquence, le ministre de la Santé s’est rendu en catastrophe devant l’Assemblée pour lui demander au nom du gouvernement de ne pas voter l’amendement-surprise. Il n’a pas été suivi par sa majorité, qui a apporté son soutien au président du groupe parlementaire UMP devenu “loose cannon”, M. Accoyer.

Voyons maintenant si le gouvernement réussira dans la semaine à bloquer Accoyer bis devant le Sénat.

Aperçu complémentaire – On doit constater que la passion de M. Accoyer sert la volonté de puissance des universitaires psychologues, toutes tendances confondues (TCC et Gori). Dans le même temps, se multiplient les formations universitaires dites de “psychopathologie et psychanalyse”. “Service de l’Etat”, dit-on à M. Accoyer et aux professeurs de médecine ses comparses. “Protection de la psychanalyse”, jure-t-on aux associations psychanalytiques recroquevillées sur leur peau de chagrin.

Bonne année 2007.

demandez le dernier amendement Accoyer !

Amendement permettant l’application des dispositions
des deux derniers alinéas de l’article 99 du Règlement
APRÈS L’ART. 28
N° 104

ASSEMBLÉE NATIONALE
11 janvier 2007


MÉDICAMENT – (n° 3062)

Commission

Gouvernement

Adopté

AMENDEMENT N° 104

présenté par Madame Gallez, rapporteure
au nom de la commission des affaires culturelles, MM. Accoyer, Dubernard et Fagniez

ARTICLE ADDITIONNEL

APRÈS L’ARTICLE 28, insérer l’article suivant :

Avant le dernier alinéa de l’article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

« Pour pouvoir s’inscrire sur la liste départementale, les professionnels justifiant d’au moins trois années d’exercice sous la dénomination de « psychothérapeute », à la date de promulgation de la présente loi, doivent préalablement obtenir l’autorisation d’une commission régionale composée à parité de titulaires d’un diplôme en médecine et de personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social. »

EXPOSÉ SOMMAIRE

Résultat d’un long débat et d’une concertation très approfondis au cours des différentes navettes parlementaires, l’article 52 de la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique, qui porte sur l’usage du titre de psychothérapeute, constitue une avancée considérable afin de protéger et d’informer clairement les usagers, personnes en souffrance psychique, psychosociale ou atteintes de psychopathologies, sur la compétence et le sérieux de ceux à qui ils se confient. Il s’agit là d’une responsabilité qui revient à l’État.

L’article 52 est venu combler un vide juridique permettant à tout un chacun dans notre pays de s’autoproclamer psychothérapeute, de visser sa plaque et d’être alors en situation de répondre, sans aucune garantie de formation ni de compétence, à des sollicitations de personnes par définition fragiles courant le risque de voir leur détresse ou leur maladie aggravées, et souvent, hélas, d’être abusées.

L’adoption de l’article 52 a d’ailleurs été saluée par de nombreuses organisations professionnelles du champ sanitaire, psychiatrique et psychologique ainsi que par les associations de victimes. En effet, l’immense majorité des professionnels compétents s’accorde sur la nécessité de sécuriser la conduite des psychothérapies, le droit à l’information des usagers et la sécurité des soins.

A ce jour, plus de trente mois après la promulgation de la loi du 9 août 2004, le décret d’application de l’article 52 n’a toujours pas été publié. Cette carence incompréhensible a pour conséquence d’augmenter chaque jour, un peu plus, le nombre des victimes.

Les consultations ministérielles ont souligné la question des professionnels exerçant sous la dénomination de « psychothérapeute » depuis plusieurs années, qui ne sont ni titulaires d’un diplôme en médecine, ni autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social.

Ces consultations ont mis en avant la nécessité que ces professionnels, justifiant de plusieurs années d’exercice sous la dénomination de « psychothérapeute », qui ne bénéficient pas d’une inscription de droit au titre du troisième alinéa de la loi du 9 août 2004 et n’ont pas validé une formation universitaire théorique et pratique en psychopathologie clinique, puissent néanmoins être admis par des commissions régionales à s’inscrire sur la liste départementale.

Afin de veiller au respect des garanties voulues par le législateur en faveur des usagers des psychothérapies, personnes en souffrance psychique, psychosociale ou atteintes de psychopathologies, le présent amendement prévoit que ces commissions régionales devront être composées à parité de titulaires d’un diplôme universitaire en médecine ou en psychologie, à l’exclusion de toute autre personne.

Amendement permettant l’application des dispositions
des deux derniers alinéas de l’article 99 du Règlement
APRÈS L’ART. 28
N° 105

ASSEMBLÉE NATIONALE
11 janvier 2007


MÉDICAMENT – (n° 3062)

Commission

Gouvernement

Adopté

AMENDEMENT N° 105

présenté par Madame Gallez, rapporteure
au nom de la commission des affaires culturelles, MM. Accoyer, Dubernard et Fagniez


ARTICLE ADDITIONNEL

APRÈS L’ARTICLE 28, insérer l’article suivant :

Dans le dernier alinéa de l’article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique, après les mots : « les conditions de formation », il est inséré le mot : « universitaire ».

EXPOSÉ SOMMAIRE

Résultat d’un long débat et d’une concertation très approfondis au cours des différentes navettes parlementaires, l’article 52 de la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique, qui porte sur l’usage du titre de psychothérapeute, constitue une avancée considérable afin de protéger et d’informer clairement les usagers, personnes en souffrance psychique, psychosociale ou atteintes de psychopathologies, sur la compétence et le sérieux de ceux à qui ils se confient. Il s’agit là d’une responsabilité qui revient à l’État.

L’article 52 est venu combler un vide juridique permettant à tout un chacun dans notre pays de s’autoproclamer psychothérapeute, de visser sa plaque et d’être alors en situation de répondre, sans aucune garantie de formation ni de compétence, à des sollicitations de personnes par définition fragiles courant le risque de voir leur détresse ou leur maladie aggravées, et souvent, hélas, d’être abusées.

L’adoption de l’article 52 a d’ailleurs été saluée par de nombreuses organisations professionnelles du champ sanitaire, psychiatrique et psychologique ainsi que par les associations de victimes. En effet, l’immense majorité des professionnels compétents s’accorde sur la nécessité de sécuriser la conduite des psychothérapies, le droit à l’information des usagers et la sécurité des soins.

À ce jour, plus de trente mois après la promulgation de la loi du 9 août 2004, le décret d’application de l’article 52 n’a toujours pas été publié. Cette carence incompréhensible a pour conséquence d’augmenter chaque jour, un peu plus, le nombre des victimes.

Les consultations ministérielles ont mis en avant le débat autour de la nature de cette formation théorique et pratique en psychopathologie clinique.

Afin de veiller au respect des garanties voulues par le législateur en faveur des usagers des psychothérapies, personnes en souffrance psychique, psychosociale ou atteintes de psychopathologies, le présent amendement prévoit que cette formation théorique et pratique en psychopathologie clinique est de nature universitaire et doit se dérouler uniquement dans le cadre de l’université, à l’exclusion de tout autre organisme sur la compétence et le sérieux desquels les usagers ne disposent d’aucune garantie.

La controverse des sexes

Geneviève Fraisse est philosophe, directrice de recherche au CNRS.

Auteure de nombreux ouvrages, ses travaux portent sur l’histoire de la controverse des sexes du point de vue épistémologique et politique. Elle a notamment publié :

La différence des sexes, Puf, 1996

Les femmes et leur histoire, Folio-Gallimard, 1998

Les deux gouvernements: la famille et la cité, 2000, “Folio”
La controverse des sexes, Puf, 2001

À paraître: Du consentement, Le Seuil, janvier 2007

Bien que d’aucun parti, elle a assumé de 1997 à 1999 la fonction de déléguée interministérielle au Droit des femmes dans le gouvernement Jospin. Elle a été député au parlement européen à partir de juin 1999.

Philosophe, théoricienne du féminisme, féministe et femme politique Geneviève Fraisse se définit comme une intellectuelle “spécifique”, une intellectuelle engagée dans la cité. “Je suis une intellectuelle spécifique: c’est par mon savoir et mon militantisme pour le féminisme que je m’inscris en politique. Pour moi, la question de l’égalité des sexes traverse tous les dossiers, politique, économique et social…” (janv. 1999)

Elle se refuse à être considérée comme une intellectuelle “passée dans la politique“: l’objet de ses recherches et son engagement constituent deux facettes d’une même démarche. Mai 68 puis les années 70 sont des années où sont mis en rapport théorie et pratique, pensée et action, où les femmes font de l’histoire, “fabriquent du politique“. Le féminisme s’institutionnalise avec les années Mitterrand. Geneviève Fraisse se consacre à plusieurs ouvrages dont l’enjeu est de légitimer la nécessité pour les femmes de produire de la pensée.

Elle ouvre au CNRS un champ d’interrogation et de savoir qui n’y avait jusqu’alors aucune place, sur le féminisme, la différence des sexes, l’histoire des femmes et leur fondement philosophique.
Son engagement public va l’amener à mener un combat pour la parité, “un déclencheur de féminisme”.

Pour elle la question nouvelle serait “Est-ce que le féminisme par le haut serait du féminisme pour toutes ou pas ?” Elle n’a pas la réponse. Pour la philosophe, la féministe, la femme politique, il s’agit de s’impliquer pour valider la notion d’intellectuelle jusqu’à si récemment réservée aux hommes, et pour fabriquer du politique. “Nous devons enclencher une dynamique, nous mettre en danger, prendre des risques en politique comme dans la pensée“.

B. Accoyer & J.-M. Dubernard à D. de Villepin : titre de psychothérapeute & décret

Bernard Accoyer et Jean-Michel Dubernard – 24/12/2006

Paris, le 13 décembre 2006

Monsieur le Premier ministre,

La discussion au Parlement de la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique a permis l’adoption, à partir d’une initiative parlementaire, de son article 52 concernant l’usage du titre de psychothérapeute.

Cet article 52, résultat d’un débat et d’une concertation très approfondis au cours des différentes navettes parlementaires, constitue une avancée considérable afin de protéger et d’informer clairement les usagers, personnes en souffrance psychique, psychosociale ou atteintes de psychopathologies, sur la compétence et le sérieux de ceux à qui ils se confient. Il s’agit là d’une responsabilité qui revient à l’État.

L’article 52 vient, en effet, combler un vide juridique permettant à tout un chacun, dans notre pays, de s’autoproclamer psychothérapeute, de visser sa plaque et d’être alors en situation de répondre, sans aucune garantie de formation ni de compétence, à des sollicitations de personnes par définition fragiles courant le risque de voir leur détresse ou leur maladie aggravées, et souvent, hélas d’être abusées.

L’adoption de l’article 52 a d’ailleurs été saluée par de nombreuses organisations professionnelles du champ sanitaire, psychiatrique et psychologique ainsi que par les associations de victimes. En effet, l’immense majorité des professionnels compétents s’accorde sur la nécessité de sécuriser la conduite des psychothérapies, le droit à l’information des usagers et la sécurité des soins.

Pourtant, à ce jour, plus de vingt-neuf mois après la promulgation de la loi du 9 août 2004, le décret d’application de l’article 52 n’a toujours pas été publié. Cette carence incompréhensible a pour conséquence d’augmenter chaque jour, un peu plus, le nombre des victimes.

Il semble que, de consultations interministérielles sans fin, se poursuivant encore ces jours-ci, en pressions de la part d’organisations peu représentatives, mues, la plupart du temps, par la préservation d’intérêts souvent financiers ou sectaires, le projet de décret se soit enlisé dans les méandres de la procédure administrative.

Nous connaissons malheureusement l’influence de cette mouvance où les pressions et manipulations constituent des pratiques habituelles.

Ainsi, saisis par les professionnels compétents qualifiés, par de nombreuses victimes et leurs familles, nous vous demandons, Monsieur le Premier ministre, de veiller à ce que la promulgation du décret d’application de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 puisse intervenir non seulement au plus vite, mais également et surtout dans le respect des garanties voulues par le législateur.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Premier ministre, à l’assurance de notre haute considération.

Bernard Accoyer
Président du Groupe UMP de l’Assemblée nationale
Jean-Michel Dubernard
Président de la Commission des Affaires Culturelles, familiales et Sociales

Le pourquoi des 500 heures

F-R Dupont Muzart

LE POURQUOI DES 500 H – LE COMMENT DES VAE
OU : “LES PSYCHOLOGUES” ET LE DÉCRET ART. 52

Synthèse

Les documents joints [attendre les prochains jours pour en disposer ici, bogue technique] manifestent ce qu’entendent les organismes de psychologues aux petits soins du ministère de la Santé :
— les fameuses “500 h ne varietur” (◊2) que veulent les psychologues pour le titre de psychothérapeute sont le décalque de l’arrêté du du 16 mai 2006 relatif aux stages exigés des psychologues ;
— la VAE que veulent les psychologues pour le titre de psychothéra-peute est le décalque de celle qui les concerne… etc.

“Les” psychologues négociants de ministère en santé mentale, tout en se plaignant expressément dans leurs missives officielles de l’effet de l’article 52 par la volonté de la DGS d’aboutir de fait à “créer” une nou-velle profession de psychothérapeute, en ont pris acte… à leur façon, et toutes les “demandes” qu’ils formulent aboutissent à… aligner le titre de psychothérapeute sur le titre de psychologue (souvenons-nous de l’exigence de “Master” qui allait encore plus loin en ce sens…).

“Mais que veulent donc “les psychologues” ?”…

Les documents joints articulés avec les communiqués que j’ai diffusés peu auparavant permettent de constater qu’après l’adoption de l’article 52, faute de pouvoir continuer à combattre directement le titre de psy-chothérapeute, “les psychologues” ont décidé qu’il fallait aligner toutes les exigences du titre de psychothérapeute sur celles du titre de psy-chologue. Ils ont décidé que puisque le titre de psychothérapeute était arrivé, il fallait le… vider de toute portée spécifique “par le haut” (en-fin, le leur…), en posant des conditions de formation, Vae, Commis-sion des “grands-pères”, telles que le titre de psychothérapeute finisse par se confondre avec celui de psychologue.

Comme cela rejoint les désirs de la DGS à l’effet de bouche-trous du Plan de santé mentale, la DGS qui veut des personnels plus dociles que les psychologues, alors la DGS et “les psychologues” se retrouvent avoir les mêmes intérêts. Mais à ce stade de présentation, il reste une incohérence.

Car la décision de tous “ces psychologues” de réclamer des conditions au titre de psychothérapeute qui soient le décalque de celles pour le titre de psychologue, aboutira de plus fort à faire recruter à l’avenir dans les institutions des “psychothérapeutes” et non des psychologues. La DGS, les institutions, ne veulent pas de l'”indépendance” des psychologues.

Mais on voit que la DGS propose en bouquet “final” à ces psycholo-gues la “légalisation” de leur “Code… autoproclamé de déontologie”, voire un Ordre, mais comme on l’entend au ministère (rapporté par les comptes-rendus des “psychologues négociants”), “c’est la Gauche qui ne veut pas d’Ordre professionnel…”.

Alors que signifie tout cela ? Cela signifie que “les psychologues” ont adopté le Plan de santé mentale, et veulent être les “ingénieurs” à Code de déontologie et Ordre, des futurs “psychothérapeutes”-techniciens. Autrement dit, pour le plus grand nombre ceux qui actuel-lement deviennent psychologues deviendront psychothérapeutes, et le titre de psychologue-à-Ordre-et Code-de-déontologie n’échoira plus qu’à une élite…

Il n’y a aucune conséquence logique au comportement “des psycholo-gues négociants de ministère”, sauf… celle dessus envisagée. C’est-à-dire que ces psychologues ont intégré “le changement”. Pourquoi ? Évidemment ce ne sont pas les ouailles qui peuvent entrevoir les pla-ces et les couronnements de carrière à portée de main, dans tous les rouages de ce projet à mettre en place.

Tous ces documents (envoyés précédemment, joints, et autres) seront d’un intérêt essentiel dans le futur : ou plutôt leur mise en perspective réciproque.

La mine de documents à archiver dès maintenant se trouve benoîte-ment sur le site de la SFP :
http://www.sfpsy.org/
cliquer sur titre de rubrique “Actualité du site”.
“Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les arrière-pensées “des” psychologues”… par leurs propres communiqués, textes de réfé-rence, rapports, textes normatifs à articuler ensemble.
Dorénavant, la DGS s’appuie autant que possible sur “les psycholo-gues”… ceux-là. Et ils marchent à fond, il courent devant. Vous avez entendu “Politique du pire” ? C’est que vous avez fait un rêve patholo-gique, et avez donc besoin d’un de ces psychologues. La DGS s’occupe du reste.

Titre de psychothérapeute : les comportementalistes “découvrent” l’imperfection de la loi

L’Afforthecc (Jean Cottraux, Tcc) veut changer l’article 52.
Devinez pourquoi…. À cause de ses “contradictions”.
Apparu le 28 décembre 2006 sur le site de l’Afforthecc :
http://afforthecc.org/#1040>http://afforthecc.org/#1040

“— La remise en cause de l’article 52 est évoquée : il devient enfin évident qu’il ne protège pas les patients nécessitant des soins. Ouf !”

L’Afforthecc-Tcc a “enfin” compris la portée juridique de l’article 52.
Et donc l’Afforthecc veut refaire l’article 52.
Devinez (bis) ce qui va arriver aux “adversaires” de l’article 52 mais qui n’ont toujours pas compris la portée juridique de cet article, alors que l’Afforthecc a compris…

Ceci a été évoqué par Francis Brunelle en flatterie “des psychologues” à la réunion du 19 décembre 2006 au ministère de la Santé :
http://www.ffpp.net/modules/news/article.php?storyid=194

“Vendredi 15 novembre, Monsieur Francis Brunelle conseiller technique au cabinet du ministre de la santé (Xavier Bertrand) a convoqué les organisations de psychologues pour le mardi 19 décembre. L’objet de cette rencontre était de finaliser la rédaction des décrets d’application de l’article 52.
LA FFPP (Roger Lécuyer) s’est donc rendue au ministère de la Santé, accompagnée par le SNP (Marie-Odile Rucine, Jacques Borgy) et la SFP (Jacques Py).
Compte-rendu de la réunion du 19 décembre 2006 entre Monsieur Francis Brunelle, conseiller technique au cabinet de Monsieur Xavier Bertrand, Ministre de la santé, et les organisations de psychologues suivantes : FFPP (Roger Lécuyer), SFP (Jacques Py) et SNP (Jacques Borgy et Marie-Odile Rucine).
…/…
Monsieur Brunelle nous explique ensuite que pour lui, il faudra certainement changer l’article 52 de la loi, à cause de ses contradictions, mais que pour l’instant, et avant la fin (très proche) de la mandature, il est nécessaire de sortir le décret. …/…”

Monsieur Brunelle, au cabinet du ministre de la Santé, veut donc que soit promulgué immédiatement le décret d’application d’un texte législatif… qu’il dit devoir être changé “à cause de ses contradictions”. Cherchez l’erreur…

Où l’on commence à comprendre que les fameuses “contradictions de l’article 52” désignent ce qui déplaît “aux psychologues” qui marchent avec, ou plutôt courent devant la DGS et le Plan de santé mentale, mais ce ne serait encore rien, nous assistons maintenant à une convergence de la Dgs, “des psychologues” et des Tcc, Afforthecc, Jean Cottraux… pour modifier l’article 52 qui ne leur donne pas assez satisfaction.

Moralité : Qui veut encore de l’argument sur les “contradictions de l’article 52” ? …
Cherchez l’erreur, cherchez à qui profite…
Une fois, deux fois… trois fois… adjugé !