19 décembre — Psychologues-Brunelle moins le SIUEERPP : l’entente cordiale

Roger Lécuyer

Compte-rendu de la réunion du 19 décembre 2006

Vendredi 15 novembre, Monsieur Francis Brunelle conseiller technique au cabinet du ministre de la Santé (Xavier Bertrand) a convoqué les organisations de psychologues pour le mardi 19 décembre.

L’objet de cette rencontre était de finaliser la rédaction des décrets d’application de l’article 52.

LA FFPP , (Roger Lécuyer) s’est donc rendue au ministère de la Santé, accompagnée par le SNP (Marie-Odile Rucine, Jacques Borgy) et la SFP (Jacques Py).

entre Monsieur Francis Brunelle, Conseiller technique au cabinet de Monsieur Xavier Bertrand, Ministre de la Santé, et les organisations de psychologues suivantes : FFPP (Roger Lécuyer), SFP (Jacques Py) et SNP (Jacques Borgy et Marie-Odile Rucine).

Monsieur Brunelle commence par situer le contexte dans lequel se situe cette entrevue : la commission parlementaire sur les risques des dérives sectaires a remis son rapport. À cette occasion, un député a demandé au ministre pourquoi le décret d’application de l’article 52 n’était pas encore sorti. Le ministère de la Santé souhaite donc maintenant aller vite, d’autant plus que ce texte, qui engage également le ministère de l’éducation nationale fera l’objet d’un arbitrage du cabinet du Premier ministre avant d’être soumis au Conseil d’État. M. Brunelle présente ensuite l’ordre du jour de la réunion.

1. Il souhaite nous parler d’un code de déontologie des psychologues
2. Il veut nous consulter sur le décret
…
La discussion s’engage ensuite sur le projet de décret. Le ministère demande à chacune des organisations présentes, ainsi qu’au SPEL (reçu le lendemain, “à cause d’une erreur de secrétariat”) et au réseau des psychologues (qui ne pouvant être représenté a donné son accord de principe à ce que pourraient défendre les organisations présentes), d’envoyer dans les 48 h un courrier répondant à deux questions, qui peuvent être formulées de la façon suivante :

1. La dernière rédaction du projet de décret prévoyait 500 h de formation théorique / 500 h de stages. Peut-on assouplir le texte sur ce point ? (diminuer ces deux chiffres).

2. Vont être mises en place des commissions régionales pour l’application de la clause du grand-père aux personnes qui s’intitulent actuellement psychothérapeutes. Comment en voyez-vous la composition ? Quelles devront être leurs exigences ? Une commission nationale d’appel est prévue. Êtes-vous d’accord avec cette idée ?

Chacune des organisations prévoit évidemment une consultation minimale de ses instances, mais néanmoins les réponses à ces questions sont abordées durant la réunion. Le compte-rendu qui en est fait ici ne doit pas être pris comme des positions de telle ou telle organisation, mais comme des réflexions faites à chaud des personnes présentes.

Sur la première question, la réponse spontanée est unanime : il n’y a aucune raison d’abaisser les exigences : sur la formation théorique elles correspondent au minimum de ce que reçoit comme enseignements un psychologue clinicien. Quant au stage, je fais remarquer que l’arrêté du 19 mai 2006 en prévoit les conditions de validations pour les psychologues, et qu’il faudrait prévoir des conditions de validation homologues pour les psychothérapeutes. Les collègues approuvent cette idée.

Sur la composition des commissions régionales, je propose immédiatement qu’elles soient composées de psychologues et de psychiatres, praticiens et universitaires. Jacques Py propose des psychanalystes universitaires, mais je lui fais remarquer qu’ils sont psychologues. Il semble qu’un accord puisse se faire sur cette proposition. J’insiste également dès le départ sur la nécessité de définir des critères nationaux pour des commissions régionales, pour éviter les disparités qui se sont produites dans l’application de la clause du grand-père aux psychologues.

Nous insistons tous sur les difficultés pratiques : dans le cas des psychologues, les postulants avaient en général une formation en psychologie correspondant à l’existant au moment de leurs études. Dans le cas des psychothérapeutes, on risque de se retrouver avec des gens sans formation du tout. Nous sommes également unanimes sur l’idée qu’il faut avoir des exigences élevées en matière de formation et prévoir des exigences de formation supplémentaires pour les personnes qui ne correspondraient pas aux critères. L’idée que les candidats doivent justifier d’une formation universitaire en psychopathologie fait également accord.
Sur l’existence d’une instance d’appel, nous sommes tout à fait pour ce principe classique.

Monsieur Brunelle nous explique ensuite que pour lui, il faudra certainement changer l’article 52 de la loi, à cause de ses contradictions, mais que pour l’instant, et avant la fin (très proche) de la mandature, il est nécessaire de sortir le décret. Pour lui, ce décret ne pose pas de problème concernant les médecins, puisqu’une loi (et pas seulement la déontologie ou l’ordre) contraint tout médecin qui veut exercer une spécialité à faire preuve de la formation qui permet cet exercice.

Il pose en revanche un problème pour les psychanalystes, non définis par la loi, mais les sociétés de psychanalyse travaillent à « mettre de l’ordre », et pour les psychologues (ceux qui n’auraient pas suivi la formation nécessaire). Ceci veut dire qu’une loi comme celle qui crée ces obligations aux médecins serait une bonne chose concernant les psychologues (commentaire personnel, R.L.).

À propos de la déontologie, problème soulevé au départ, Monsieur Brunelle fait allusion à la demande de la FFPP de voir dans quelles conditions le code de déontologie des psychologues pourrait être légalisé, et à celle du SNP de savoir dans quelles conditions un ordre pourrait être mis en place. Il indique que “les conseils de l’ordre sont à la mode”, mais que si l’idée d’ordre est soutenue par la droite, elle est combattue par la gauche.

La réunion se termine par le rappel de la nécessité d’une réponse rapide aux questions posées, sous la forme d’une lettre au ministre, envoyée par courrier électronique.

À la sortie de la réunion, une concertation rapide a abouti à l’idée que les organisations se concerteraient sur les réponses à apporter au ministère.

Le prétexte sectaire ou le retour d’Accoyer

La Commission d’enquête de l’Assemblée Nationale relative à l’influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs – Président M. Georges Fenech, député UMP, Rapporteur M. Philippe Vuilque, député PS – vient de remettre son rapport. Elle a été créée par l’Assemblée Nationale le 28 juin 2006. Ce rapport s’inscrit dans la série des rapports annuels des Missions Interministérielles de lute contre les sectes – la MILS, puis la MILIVUDES, ainsi que ceux remis par les deux précédentes commissions d’enquêtes parlementaires.

On se souvient que le rapport 2000 de la MILS avait été cité dans les justifications de l’amendement Accoyer : certains mouvements de psychothérapie auraient servis de base à des pratiques sectaires. On sait qu’il y a peu certaines organisations ont brandi le risque sectaire comme justifiant la mise en place d’une formation strictement universitaire à la psychopathologie, telle qu’elle est prévue par l’article 52 de la loi de Santé publique du 9 août 2004 sur le titre de psychothérapeute.
Vous pourrez lire l’ensemble des travaux de la commission, sa composition, la résolution de création de cette commission, le rapport lui-même ainsi que ses annexes et les comptes-rendus d’audition.

À de nombreuses reprises il y est question des psychothérapies et des psychothérapeutes. Notamment de la page 169 à la page 179 du rapport dans le chapitre : “D’une absence de contrôle des activités des psychothérapeutes“.

Il faut aussi lire les auditions de MM. Rouquet (Psychothérapie-Vigilance), Basset (DGS) et Brunelle (Conseiller du Ministre de la Santé), et Houssein (Directeur Général de la Santé.) On pourra aussi lire l’audition haute en couleurs de M. le Professeur Marcel Rufo.
Il y a beaucoup à relever et à commenter.

1) Intéressons-nous d’abord au rapport lui-même.
Et en premier, il faut répondre à la question : qu’est-ce qui justifie l’examen de la question de la psychothérapie dans un tel rapport ? Voici la réponse du rapport :

“La manipulation mentale constituant le premier moyen d’action auxquels ont recours les mouvements à caractère sectaire, les activités des spécialistes du mental que sont les psychothérapeutes ont retenu l’attention de la commission d’enquête. L’usage déviant de certaines techniques de psychothérapie, dont les enfants sont les premières victimes, apparaît constituer un nouveau trait du paysage sectaire.“

C’est cette phrase qui va ouvrir l’examen des psychothérapies.

Le premier point, après ce préambule, porte sur l’accroissement du nombre des psychothérapeutes, et des psychothérapies. Ce double accroissement est considéré comme suspect. C’est dans cette partie que nous trouvons la première mention, en note de bas de page, de l’expertise collective de l’Inserm “Psychothérapies : trois approches évaluées” : “Si une approche méthodique de la psychothérapie ne distingue que trois grandes catégories de soins (3) (cognitivo-comportementale, psychanalytique, familiale et de couple), certaines fédérations de psychothérapeutes proposent un choix beaucoup plus vaste.” Un esprit vétilleur pourrait voir dans cette mention une critique du rapport de l’Inserm qui n’aurait comparé, dans son étude de bench-marking, que trois psychothérapies alors que le rapport lui en cite des dizaines et que des centaines sont évoquées lors des auditions. Mais non, il ne s’agit pas de cela ! : En effet “On s’interroge sur l’absence d’évaluation de ces techniques par les pouvoirs publics. Seules des questions écrites posées par des parlementaires ont amené le ministère de la santé à reconnaître, par exemple, la kinésiologie et la sophrologie comme des activités n’ayant fait l’objet d’aucune étude validée scientifiquement.“

Ah ! va-li-dée scien-ti-fi-que-ment, voici un syntagme que nous connaissons bien depuis qu’il a fait son apparition dans le premier projet de décret de l’article 52 présenté en janvier 2006 par M. Basset. La commission d’enquête a donc repris, cette notion, on ne saurait dire concept, sans autre forme d’interrogation épistémologique sur sa validité dans le champ des psychothérapies. “On” encourage donc les pouvoirs publics à évaluer ces techniques. Et pourtant, cette formule magique avait disparu de la deuxième version présentée par M. X. Bertrand en avril, et même de la troisième version mise en circulation par M. Basset en septembre, tant elle avait suscité un tollé quasi-général.
Venons-en au troisième point intitulé “La réglementation du titre de psychothérapeute, un exercice inachevé.”

Bien sûr “on” commence par un vibrant hommage rendu à M. Bernard Accoyer, en particulier en le citant sur sa contribution essentielle sur le vissage de plaques, et “l’on” regrette que, alors que son initiative portait “sur le contenu de la pratique des psychothérapies (notamment au travers de l’établissement d’une nomenclature des pratiques reconnues)”, Las !, “les mesures finalement adoptées par le législateur se sont concentrées sur la création d’un titre de psychothérapeute et sur les conditions de sa délivrance.” (p.175). On n’en serait pas là si avait été suivie l’intuition du grand pourfendeur de vides juridiques.

Poursuivant sa méditation – dont on ne voit plus très distinctement ce qu’elle a à voir avec les sectes – la commission d’enquête précise à propos du décret d’application et en particulier de l’inscription sur l’inscription de droit sur le registre des psychothérapeutes : “L’intention du législateur est claire : il n’y a pas d’exception à l’obligation de suivre une formation en psychopathologie clinique. En conséquence, les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations ne peuvent, au vu de leur seule spécialité, faire usage du titre de psychothérapeute.” Ce disant elle intervient dans le débat en cours sur l’interprétation de l’article 52 a contrario de ce qui semblait pourtant être acquis. Ce qui est revendiqué en gras à la page 177 : “Il convient par conséquent que le décret d’application de la disposition législative réglementant le titre de psychothérapeute soit conforme aux exigences posées par le législateur.” C’est-à-dire conforme aux recommandations de la commission d’enquête.

Le point 4 est intitulé sans équivoque : “La sanction nécessaire des mauvaises pratiques.“

Sur sa lancée, et outrepassant les dispositions prévues par l’article 52, la commission recommande la mise en place de dispositions contrôlant non seulement la délivrance du titre, ce qui est l’esprit et la lettre de la loi, mais aussi son usage conforme. Le rapport affirme sans ambages : “Il ne paraît pas acceptable que, dans le domaine de la santé, la reconnaissance d’un titre ne s’accompagne pas de dispositions contrôlant son bon usage.” (p.177)

Elle en vient ensuite à sa recommandation sur ce point, la création d’un code unique de bonnes pratiques ou déontologique : “C’est pourquoi la commission d’enquête appelle de ses voeux la rédaction, en un premier temps, d’un code de bonnes pratiques commun à l’ensemble des psychothérapeutes. Ce code pourrait s’inspirer des codes de déontologie des professions de santé réglementées en se fondant sur les “principes de moralité, de probité, de compétence et de dévouement” mentionnés à l’article L. 4121-2 du code de la santé publique.” (p.178).

Enfin, vient le point 5 “L’évaluation indispensable des techniques thérapeutiques“.

Apportant sa dernière pierre à l’édifice, le rapport préconise la création d’un conseil professionnel qui procèderait à l’évaluation des pratiques professionnelles.

“Le conseil professionnel, dont la commission d’enquête appelle la création, aurait aussi pour fonction, sur le modèle du conseil déjà prévu pour certaines professions paramédicales, de procéder à l’évaluation des pratiques professionnelles. Il ne semble, en effet, pas concevable que l’attribution d’un titre de psychothérapeute n’engage pas l’autorité publique sur l’efficacité des techniques mises en oeuvre par les bénéficiaires de ce titre. (p.179).”

Comme on le voit ce texte est structuré comme un entonnoir qui conduit en un point : l’évaluation.
Il est remarquable que, prenant prétexte des sectes, les auteurs de ce rapport tentent de faire passer ce qui n’a pas pu passer autrement.

Se rappelle-t’on que M. Douste-Blazy, alors Ministre de la Santé, avait déclaré le 5 février 2005 au Forum des psys que « la souffrance psychique n’est ni mesurable, ni évaluable », qu’il avait aussi reconnu toute sa place à la psychanalyse et à la psychothérapie relationnelle, qu’il avait fait retirer du site du Ministère de la Santé l’expertise collective de l’Inserm sur l’évaluation des psychothérapies ?

Se rappelle-t-on qu’après que l’Assemblée eût voté en octobre 2003 à l’unanimité l’amendement Accoyer en première lecture, le Sénat dès le mois de janvier 2004 avait changé le fusil d’épaule en ramenant les ambitions réformatrices à l’usage du titre et non à la réglementation des psychothérapies ? Faut-il rappeler que le compromis final de la commission mixte paritaire Assemblée-Sénat qui s’était dégagé dans les derniers jours de juillet 2004 avait maintenu cette rectification ? Devrons-nous enfin avoir la cruauté de remontrer aux rédacteurs du rapport que lors de la réunion d’avril le Ministre M. Xavier Bertrand avait arbitré dans le même sens ?

Cette partie du rapport sur les dérives sectaires, par ailleurs certainement très fondé, n’apparaît plus que comme un prétexte pour l’Assemblée de revenir à l’amendement Accoyer.

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2) Il est aussi très édifiant de lire l’audition conjointe de MM. Basset et Brunelle.
M. Philippe Tourtellier membre de la commission d’enquête interroge : “Vous avez évoqué une formation de 500 heures de théorie et 500 heures de pratique. Qui va en déterminer le contenu ? Qui déterminera, parmi les psychothérapies existantes, celles qui sont bonnes et celles qui ne le sont pas ?“

M. Brunelle lui répond : “Le cahier des charges pédagogiques est établi par le ministère de la Santé. Il inclut une obligation de sécurité du soin. L’université se saisit de ce cahier des charges et délivre le titre universitaire qui correspond à son cursus et aux règles du code de l’éducation.” Ici on apprend que le cahier des charges inclut une sécurité du soin. Qu’est-ce que cela signifie ? Difficile de le dire avec précision, mais certainement, qu’au-delà de la formation en psychopathologie prévue par l’article 52, est prévu un contrôle de la formation à la psychothérapie. Sinon que signifierait “sécurité du soin” ? On apprend en outre que le cursus sera sanctionné par un titre universitaire – mais on ne sait pas lequel … psychopathologue ou psychothérapeute ?

M. Basset précise plus loin : “Je n’ai peut-être pas suffisamment insisté sur le fait qu’il y a des résistances, de la part de professionnels honnêtes, psychiatres ou psychanalystes, à toute évaluation, comme à des méthodes qui visent à encadrer les pratiques, en particulier les psychothérapies. L’administration n’est pas la seule. Il faut que les professionnels rigoureux acceptent un cadre à leurs propres pratiques, qui empêche les dérives sectaires. Si l’on n’arrive pas à définir les pratiques « normales », il est difficile d’exclure les pratiques déviantes. Quand on a demandé à l’INSERM de procéder à une évaluation scientifique, on a constaté que le fait même de poser la question à l’INSERM était sacrilège.” Nous voyons revenir l’évaluation scientifique.

C’est M. Brunelle qui sera le plus explicite sur ce point ” : L’INSERM s’est vu confier cette méta-analyse de la littérature scientifique sur les psychothérapies, et a pu montrer qu’un certain nombre d’entre elles avait une évaluation positive. C’est en particulier le cas des fameuses TCC, les thérapies comportementales et cognitives. D’autres thérapies, par contre, sont inefficaces.” Ah oui ! Les fameuses TCC réputées, aux dires de l’Inserm, pour leur efficacité. Mais quelles sont celles qui sont jugées inefficaces ? Faisons un effort de mémoire : les psychothérapies psychodynamiques – entendez psychanalytiques – et les psychothérapies familiales. Comme on le voit ces messieurs tiennent bon : —”Expertise Inserm pas morte – STOP – Décret suit”.

M. Brunelle poursuit : “Au vu des réactions suscitées par le rapport de l’INSERM, le ministre de la santé a souhaité que le débat s’élargisse.” La commission ne saura pas la teneur de ces « réactions » – elle ne l’a d’ailleurs pas demandé.”Une nouvelle réunion, tenue sous l’égide du ministère, aura lieu au mois de novembre. Le ministre s’exprimera pour demander qu’il soit procédé, s’agissant de ces thérapies, à des évaluations plus vastes, plus fréquentes et plus scientifiques.” L’audition a lieu le 10 octobre. Cette réunion annoncée n’aura pas lieu. M. Brunelle sait ce que dira le Ministre lors de cette réunion qui ne se tiendra pas : il demandera des évaluations scientifique des psychothérapies. Nous saisissons bien ici le back-ground du débat sur le décret, il masque la volonté, une fois le décret pris, et le débat clos, de procéder par arrêtés, circulaires, directives, pour mettre au pas la pratique des psychothérapies, s’en prendre à la psychanalyse, mettre en place l’évaluation des pratiques professionnelles – en bref en revenir au credo de M. Accoyer et Cléry-Melin.

Terminons cette série – trop longue – de citations sur la psychothérapie par celle où se révèlent dans toute leur dimension la méconnaissance et le mépris dans lesquels, dans certains milieux, on tient la psychothérapie et la psychanalyse. “C’est un domaine dans lequel les acteurs ont un positionnement par essence anti-cartésien. Ils dénient à la pensée cartésienne le droit d’évaluer des concepts qui s’apparentent à des concepts philosophiques, et qui sont parfois proches de dérives sectaires. Ils dénient même parfois à l’État, en tant que tel, le droit de s’immiscer dans ce domaine. Il y a là un enfermement extrêmement problématique.” Où l’on apprend que Descartes n’était pas philosophe et que les “acteurs” de ce “domaine” refusent la rationalité – sans doute pour un retour à la pensée magique ou animiste. Ce qui n’est pas concevable dans la logique de M. Brunelle, c’est qu’il y ait d’autres modes de la conceptualisation de l’expérience que celle de ce qu’il appelle la méthode scientifique. Aucune réflexion épistémologique, aucune place à une rationalité qui ne répondrait pas au discours de la science.

Achevons notre lecture du texte avec les propos de M. Basset au sujet des psychologues. Interrogé sur la protection du titre de psychologue il répond : “C’est une profession extrêmement bien organisée. La formation universitaire est reconnue à un niveau bac + 5. Les psychologues sont très attentifs à ce que leur titre ne soit pas usurpé, et corresponde à une formation universitaire. Mais cette profession ne dispose pas encore de l’outil déontologique rendant possibles des sanctions ordinales. La création d’un conseil de l’Ordre est envisagée, afin que les professionnels puissent, en amont d’une sanction pénale, avoir un droit de regard sur la pratique des psychologues. J’ajoute que, comme vous le savez, ils ont un panel professionnel extrêmement vaste. Ils sont présents dans les structures de communication, dans les entreprises. Ils ne sont pas tous thérapeutes.“

Ici les psychologues sont pris en exemple. Bien organisés, défendant leur titre, demandant un Ordre professionnel, ils seraient prêts à entrer en évaluation. Il y a des réveils qui s’annoncent douloureux. Il n’est pas si sûr que tous les psychologues suivront la voie que leur indique M. Basset.

L’ensemble, rapport et auditions, est très révélateur de l’esprit de revanche qui semble animer certains membres de l’Assemblée Nationale et de la haute administration du ministère de la Santé. Les camouflets reçus lors des batailles contre l’amendement Accoyer, puis contre l’expertise collective de l’Inserm sur les psychothérapies, et, on ne peut s’empêcher d’y penser même s’il n’y est pas fait référence explicite, par le mouvement Pas de 0 de conduite pour les enfants de trois ans !, – ces camouflets sont encore cuisants.

Dans le camp des zélés évaluateurs on n’a pas désarmé.

À la fin de la lecture de ces documents on se demande si ce rapport concerne les sectes ou les psychothérapies. Comment une commission parlementaire peut-elle émettre des recommandations sur les psychothérapies et le titre de psychothérapeute sans avoir entendu une seule des professions concernées et en ne faisant aucunement référence au débat contradictoire qui est en cours ?

En tous les cas, si, comme cela a été annoncé le 14 novembre lors du Colloque Inserm sur le “Trouble des conduites”, un autre Colloque se tenait en avril 2007 pour reprendre l’évaluation des psychothérapies, cela constituerait un enjeu d’une importance majeure pour les suites qui seront données à l’article 52 et à son décret d’application.

Entretien avec le Pr. Nemitz

Paris, jeudi 14 novembre 2006, 14 heures

Entretien avec M. le Professeur
Bernard NEMITZ

Conseiller technique
au Cabinet du Ministère de l’Éducation nationale
de l’Enseignement supérieur et de la Recherche,
110 rue de Grenelle, Paris.

Compte rendu détaillé par Serge Ginger
Secrétaire général de la FF2P

Le Dr Michel Meignant, président de la FF2P, et moi-même, Serge Ginger, Secrétaire général, avons été reçus pendant une heure au Cabinet du Ministre de l’Éducation nationale, ce 13 décembre 2006.

Nous avons été salués tout d’abord, par le ministre en personne, M. Gilles de Robien, puis reçus avec courtoise et chaleur par son conseiller technique en santé, M. Bernard Nemitz, doyen de la Faculté de Médecine d’Amiens, président de l’Association nationale des Centres d’enseignement des soins d’urgence, et président de la Société internationale de médecine de catastrophe — qui a tenu à nous raccompagner, par l’escalier, jusqu’à la sortie.

M. Nemitz avait lu avec attention — et annoté — l’ensemble des documents et ouvrages que nous lui avions fait parvenir, et s’était familiarisé avec ce dossier complexe par une série d’entretiens avec diverses parties (Psy en mouvement, psychanalystes, etc.).
Il a participé à la réunion de concertation tenue à Matignon, entre les quatre partenaires suivants :

• Claire Legras, Magistrat, conseillère en santé du Premier Ministre (à qui nous avions remis nos propositions détaillées au cours d’un long entretien précédent)

• Francis Brunelle, Professeur de médecine, Conseiller technique de Xavier Bertrand, ministre de la santé (que nous avions rencontré à plusieurs reprises)

• Philippe Thibault, Professeur de médecine en urologie, Conseiller technique de François Goulard, ministre délégué pour les questions hospitalières et universitaires, à l’Enseignement supérieur et à la Recherche

• Bernard Nemitz, Professeur de médecine, Conseiller technique de Gilles de Robien, ministre de l’Éducation nationale.

Mme Legras avait suggéré une révision de la 3e version du projet de décret sur plusieurs points : mesures transitoires, conventions avec les universités, volume de la formation complémentaire et des stages, etc.

Les représentants des ministères de la Santé et de l’Éducation sont donc en train de préparer, “en concertation”, une 4e version du projet de décret, à soumettre à Matignon — qui va la transmettre pour avis au Conseil d’État. À cette étape, ce projet sera accessible à nos différents avocats. Le texte devrait être prêt en janvier, et en tout état de cause, avant les prochaines échéances électorales.

M. Nemitz a attentivement écouté toutes nos suggestions et en a pris note en détail. En fin d’entretien, il a tenu à les récapituler lui-même, afin de s’assurer qu’il nous avait bien compris. Il s’est engagé à les transmettre à son collègue de l’Enseignement supérieur, Philippe Thibault.

Deux points semblent à peu près acquis, sauf imprévu :

• la clause du grand père pour les professionnels en fonction depuis trois ans (et non plus cinq) à la date du décret (et non plus de la loi).
Nous avons souligné qu’en fait, ils étaient engagés dans la profession depuis : 3 ans de pratique après 4 ans de formation au minimum, soit 7 ans — et souvent, beaucoup plus.

Nous avons demandé que siègent dans les jurys éventuels de contrôle ou d’agrément, des représentants qualifiés des organisations professionnelles nationales représentatives des psychothérapeutes (dont M. Nemitz a noté la liste)… mais il n’est fait mention de tels jurys dans aucun des textes actuellement en débat.

Cela pourrait donc éventuellement faire l’objet d’arrêtés ultérieurs.

• la possibilité de reconnaissance de certaines formations privées de psychopathologie, via des conventions avec certaines universités.

Nous avons longuement échangé sur la difficulté de former intégralement un psychanalyste ou un psychothérapeute à l’université (nécessité de travail personnel, de sélection en fonction de la personnalité, de supervision sur le terrain, etc.), et M. Nemitz a clairement partagé notre point de vue, citant son expérience actuelle de doyen de faculté.

D’autres points sont en cours de négociations :

• notamment, le volume horaire des cours et des stages de psychopathologie.
Nous avons souligné qu’il ne s’agissait là que d’une formation complémentaire (ainsi que le précisait, d’ailleurs, l’art. 10 de la version 1) à la formation de base : de psychothérapeute, psychanalyste, psychologue ou médecin. Nous avons donc proposé 200 heures de théorie et 200 h de stages, et cela dans des services publics ou privés. Nous avons fait valoir la formation antérieure déjà importantes de nos professionnels, psychothérapeutes ou psychanalystes, ainsi que le manque flagrant de lieux de stage adéquats. M. Nemitz a pris bonne note de notre demande.

Par ailleurs, il a souligné que le texte (art. 6) ne précisait pas si les lieux stage en “établissements de santé ou établissements médico-sociaux” étaient publics ou privés et que, par conséquent, le texte actuel n’était nullement limitatif.

• nous avons évoqué à plusieurs reprises les dispositions d’autres pays européens et M. Nemitz s’est déclaré très “européen“, déplorant le chauvinisme français, souvent excessif.

Au total, cet entretien très cordial s’est déroulé dans une atmosphère profondément humaniste et constructive, et nous attendons avec une certaine confiance l’amendement du texte actuel du projet de décret — qui ne devrait pas tarder.

D’autres interventions demeurent possibles au niveau du Conseil d’État.

Écologie : réglementation piquante

13-20 décembre — semaine d’actions sur le front de l’ortie

Des usagers et usagères du purin d’ortie appellent à une semaine d’actions “sur le front de l’ortie” avec disséminations de recettes, sensibilisations, informations et actions de desobéissances du 13 au 20 décembre.

Ils entendent ainsi protester contre la mise en application de la Loi du 1er juillet 2006 qui “interdit de vendre, d’utiliser et de détenir des préparations non homologuées à base de plantes pouvant servir à la croissance, ou à la protection des végétaux (tel que le purin d’ortie utilisé depuis des siècles) ainsi que d’en faire la publicité ou toutes recommandations“.

Ils souhaitent lutter pour le maintien de savoir-faire anciens ou innovants qui ne génèrent aucun profit économique et s’élaborent collectivement et gratuitement dans un souci de respect des personnes et de l’environnement.

Lire http://village.groupejmg.fr/index.php?ids=&Menu=Actu&Action=777&idn3=1850

Tocomanie & anti tocomanie

Cher Philippe, je crains que tu te sois précipité sur le site du CIFP pour démontrer ton allégeance à un de ces précieux ridicules que se font passer parfois dans la presse de ce cher pays comme experts en psychanalyse ou se lancent dans la tentative relationnelle de venir — après tout pourquoi pas ? en aide aux autres.

Ce genre de personne tentée de se moquer de ceux qui veulent “se rassurer que le gaz est fermé” ou l’autre catégorie épinglée (de toute évidence des souffrants du syndrome de Tourette) devrait être contraint de lire une fois par trimestre l’extraordinaire livre de William Styron (traduit en français) Face aux ténébres, qui démontre, si besoin était, que lorsque l’on est profondément noyé dans la souffrance d’une grave dépression ainsi, bien évidemment, que dans l’horreur des compulsions qui se saisissent de vous corps et âme, le “sens” de tout ça est aussi largement et cruellement éloigné pour vous que l’est l’expérience d’un astronaute sur la lune pour un polyhandicappé moteur.

Eh bien, l’on se trouve maintenant avec deux groupes de parfaits crétins qui se regardent en chien de faïence : les TCC qui essaient de nous faire un plan romantique autour des TOCs, censés bourdonner autour de nous alors que les cas graves, sans être rares, ne se trouvent tout de même pas à chaque coin de la rue. Ils auraient arraché le traitement, comme Pasteur, d’une profonde obscurité culturelle et méthodique, et sont fiers de nous annoncer qu’ils ont un taux (très mince quand même) réél de réussite. Ils laissent sousentendre ce que Eysenck a dit tout haut à Vienne en 1996, que les autres problèmes c’est de l’imaginaire.

Face à eux c’est la narquoiserie personnifiée. Un psychiatre/psychanalyste qui se moque même des souffrants du syndrome de Tourette parce qu’ils ne se le sentent pas de chercher “le sens” de la chose! À ce que je sache ça fait 170 ans que l’on sait que le syndrome de Tourette n’en a aucun. Que de telles personnes font bien sûr la queue pour se faire enlever une partie ou une autre du cerveau pour tenter d’arrêter leur souffrance, ne doit aucunement surprendre quiconque a jamais travaillé avec de tels cas. Certains s’arracheraient même la tête plutôt que de continuer à vivre dans cette souffrance. Tout compte fait, vaudrait mieux arracher la tête de celui qui a écrit l’article.

Cher Michael comme je te vois prompt à égaliser le jeu entre les protagonistes. Tu me brandis un détail (expression le penniste j’en conviens) pour troubler l’ensemble de la forme. En effet, il existe des cas et des personnes pour qui le recours hélas à la chirurgie du cerveau reste indiqué, qui le contestera ? mais le sens général de l’article de Weinrib (honorable membre de la SPP tout de même, ce qui prouve que toute la SPP n’est pas idéologisée Groupe de contact) demeure que les TCC ne sont pas opposables à la psychothérapie par le sens et que traiter quelqu’un en sujet, chaque fois que c’est possible (il me vient que cette prudence de ma part dans l’expression est terrible : on pourrait postuler que c’est toujours possible !!), et tu avoueras que c’est quand même le plus souvent le cas (il aurait fallu dire : toujours), reste une bonne option. L’aider à prendre en charge en se mettant à y comprendre quelque chose, ses symptômes plutôt que les lui verrouiller scientifiquement et neuro-chirurgicalement si nécessaire sur la position OFF, avec tous les dommages collatéraux que cela représente, constitue l’option humaniste qui est la tienne, la nôtre.

Si humaniste que tu n’aimes pas quoi que ce soit qui puisse sentir l’intolérance, ou la bêtise symétrisante. Je t’accompagne volontiers jusque là.

Si tu en tombes d’accord je publierai ta réaction, et ma réponse ensuite. Voilà qui est fait. Nous verrons bien si quelqu’un sur la Toile s’en mêle.

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Note technique : Syndrome de Tourette : le syndrome Gilles de la Tourette est un désordre neurologique chronique caractérisé par des mouvements moteurs répétitifs et involontaires et par des sons vocaux incontrôlables qui, dans certains cas peuvent même se traduire en fragments de mots ou de phrases répétés (coprolalie) ou en mots carrément orduriers (coprolalie). On l’appelle parfois la maladie des tics et trois fois plus d’hommes que de femmes en sont affectés. Parfois les tics sont tellement complexes que l’entourage a des difficultés à croire qu’il peut s’agir de mouvements et de vocalisations involontaires.

Ces malades qui peuvent sauter sans raison apparente, cracher, jurer ou afficher toutes sortes de mouvements ou de comportements bizarres ont longtemps passé pour des fous, des possédés, des handicapés mentaux, des mal élevés ou des dégénérés. Même s’il a été décrit pour la première fois au milieu du 19e siècle par un neuropsychiatre français dont il a pris le nom, le syndrome est longtemps demeuré un mystère, ignoré même des médecins et parfois des victimes elles-mêmes.

La question à la clé c’est que l’angoissé de base, si l’on peut dire, qui remonte chez lui vérifier que le gaz est bien fermé ne relève pas fatalement du tout de ce syndrôme tel que décrit ici. Ah ! psychopathologie, que de délires peux-on induire à partir de toi !

Freud, parcours secrets

Beau colloque à la Société internationale d’histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse à Sainte Anne à Paris ce samedi 2 décembre. Selon quatre communications se rencontrèrent intérêt historique et théorique. Nous en donnons ici le début du compte-rendu.

Sergio Rouanet, professeur émérite à l’université de Brasilia, essayiste qui a travaillé à l’intersection de la philosophie et de la psychanalyse et s’intéresse particulièrement aux relations de celle-ci avec la société, ouvrit le bal. Il nous a rapporté le suc d’un ouvrage qu’il vient de publier Une Toussaint de Freud (celle 1906), sur les ouvrages que Freud avait désignés à la demande de Hugo Heller comme les dix livres bons amis qu’il aimerait avoir emportés avec lui s’il venait à robinsonner. Sergio Rouanet nous a présenté un Freud qui recherche dans le kaléidoscope de l’actualité culturelle ce qui nourrit sa propre théorisation et qui, plutôt conventionnel dans ce domaine, s’intéresse en littérature davantage à la matière des histoires elles-mêmes qu’à leur originalité de construction.

Avec Carlo Bononi, auteur de Au seuil de la psychanalyse, Freud et la folie de l’enfant, ce qui est d’abord mis en lumière c’est la continuité d’une violence allant jusqu’à la chirurgie avec laquelle la répression de la masturbation met en place une médicalisation de la morale.

Le terme de castration n’arrive pas au hasard dans une époque où une batterie de traitements mutilants conduit le corps médical jusqu’à intervenir bistouri à l’appui contre la cause supposée de maladies nerveuses qu’une ablation préviendrait (dans certains cas on est tout de même allé jusqu’à l’infibulation). Une théorie sexophobique prévaut, médicalisant à outrance. Adolf Baginsky, maître de Freud en pédiatrie, parle de masturbation du nourrisson et d’éliminer les sources possibles d’irritation de ces zones érogènes trop sensibles (la théorie de la séduction prendra appui sur cela). On éradiquera ainsi depuis le tissus rugueux jusqu’à des morceaux du sexe lui-même, chez les deux sexes.

Freud refuse ces pratiques de l’époque et nous introduit à la modernité. Quand la psychanalyse avance le concept de castration c’est en rupture avec cette pulsion chirurgicale organiciste à coloration hygiéniste, longue tradition de violence médicale au corps dont on peut mesurer combien elle a la vie dure, sous d’autres formes, jusqu’à aujourd’hui. Le basculement du traitement symptomatique y compris par la chirurgie au traitement étiologique via une théorie du traumatisme psychique arrivera par le terme psycho-analyse introduit par Freud. Rupture épistémologique, on passe du sexe mutilé, de la castration réelle, au concept de phallus et à la castration symbolique.

L’hystérie, maladie gynécologique, change de statut. La castration chirurgicale des femmes va céder la place. Il en subsistera le terme, demeuré inquiétant dans le langage courant. Et le franchissement de l’hystérie débarrassée de son attache organiciste à l’utérus vers le masculin.

(à suivre)

Psychiatrie : vers le nouveau “sujet TOC”

Lire dans Le Monde du 5 décembre

La Haute Autorité de santé (HAS) a récemment adressé aux psychiatres une brochure intitulée Trouble obsessionnel compulsif (TOC) résistant : prise en charge et place de la neurochirurgie fonctionnelle. Sous le couvert bien anodin d’une “évaluation des technologies de santé” s’y déploie la nouvelle collection d’hiver des thérapies du comportement. Elle concerne les “sujets TOC” (sic), présentés comme des “handicapés” à qui on se propose d’infliger des traitements de plus en plus cauchemardesques, surtout s’il leur venait l’idée saugrenue de résister au premier degré.

Qu’est-ce qu’un TOC? Tout le monde sait ce qu’est une obsession, qui peut aller de l’envie de vérifier si on a bien fermé le gaz à celle de dire des cochonneries ou des choses sacrilèges dans une réunion bien-pensante. Chacun peut sentir qu’il s’agit là d’un conflit entre le désir et son interdit, entre la violence des pulsions ou l’envie de tout contrôler et la nécessité d’être M. Tout-le-Monde. Oui, quand ça devient trop envahissant, on peut glisser vers ce qu’on appelle classiquement une névrose, souffrance chronique d’un sujet divisé.

Chacun peut sentir qu’il y a là une histoire personnelle à éclaircir, sauf notre équipe de docteurs du comportement. Pour ces nouvelles autorités de la psyché, pas question de s’identifier à cela, d’écouter le patient et de risquer de sentir que sa névrose est peut-être aussi un peu la nôtre, c’est-à-dire une maladie humaine. Tout ça c’est fini, ces vieilles histoires freudiennes. Il s’agit d’un ” sujet TOC “, déshumanisé, réduit à son comportement comme un animal de laboratoire.

Voici venu enfin le temps des méthodes efficaces et de la technologie de santé appliquée au psychisme. Premier degré, on nous propose une association musclée entre une thérapie comportementale intensive, une thérapie cognitive et des antidépresseurs. Nous voilà loin des premières affirmations triomphales des comportementalistes nous décrivant des guérisons quasi miraculeuses en quelques séances, type Orange mécanique. L’intérêt de ce document est de nous révéler que rien de tout cela ne marche sans antidépresseurs. Personne n’a d’ailleurs pu montrer que ces médicaments agissaient sur les mécanismes causant les obsessions, mais tout donne à penser qu’ils sont devenus indispensables aux comportementalistes, tellement les patients risquent de se déprimer gravement, si on s’emploie ainsi à raboter sauvagement leur symptôme, sans les accompagner dans une reconnaissance profonde de leur être. Il a été démontré scientifiquement que les prescriptions d’antidépresseur créent une véritable toxicomanie, tant ils entraînent très rapidement une dépendance physique et psychique générant un syndrome de sevrage.

Mais c’est une bonne nouvelle qu’on veut nous annoncer : les patients réfractaires, ces “sujets TOC” qui ont le culot de résister n’ont encore rien vu. Nos savants ont fait une longue revue de la littérature mondiale et nous annoncent avec délectation qu’on va pouvoir les opérer en neurochirurgie. Sans craindre le ridicule, emportés sans doute par l’aveuglement de leur volonté de puissance, ils nous annoncent un florilège de techniques, les unes plus mutilantes que les autres. Ils ne savent même pas si l’on doit faire une “capsulotomie antérieure, une cingulotomie antérieure, une tractomie subcaudée ou une leucotomie bilimbique”, c’est au petit bonheur la chance qu’on opère.

On se croirait revenu au temps des médecins de Molière, mais l’envie d’en rire se fige lorsque ces longs couteaux audacieux nous expliquent, sans affect, que des lésions irréversibles sont causées lors de cette chirurgie d’ablation, évoquant pudiquement des “complications”, dont il nous sera fait grâce, sans doute pour ne pas rompre le charme. Si vous avez froid dans le dos, nos comportementalistes sont ravis de présenter aux tièdes une technique chirurgicale optionnelle, supposée réversible cette fois-ci. Si vous avez peur de détruire des zones cérébrales de vos patients, et bien vous pouvez toujours les stimuler avec des électrodes implantées dans le cerveau. On a même la possibilité d’ajuster les différents paramètres du courant électrique (fréquences, voltage, durée d’impulsion), ce qui nous rappelle tous quelque chose.

Bien sûr, des complications existent, il y a un peu de casse, tout juste un petit 1 % à 2 % d’hémorragies intracérébrales, et 3 % à 4 % d’infections du cerveau. Au fait, après avoir subi ces ” traitements “, vous continueriez à dire à votre docteur que vous avez des obsessions, histoire de se payer une tractomie subcaudée, à peine rescapé d’une capsulotomie antérieure ? Les statistiques de résultats seront excellentes.

Et si on en parlait publiquement, à l’heure où d’importantes dépenses de la collectivité sont consacrées à cette étude, largement distribuée d’office aux psychiatres de France, qui sont loin d’être tous convaincus de cette idéologie d’une dégradation de l’autre en sujet TOC. La prise du pouvoir thérapeutique par les comportementalistes passe d’abord par l’affirmation que nous devons nous moquer du sens des symptômes. Ce ne sont que simples comportements erronés ou “cognitions” distordues. Si vous admettez ces prémisses, vos thérapeutes ont les moyens de vous faire rectifier de telles erreurs. Vous avez aimé Le Livre noir de la psychanalyse, vous adorerez la chirurgie des obsessions et ses délicates leucotomies bilimbiques. Un film d’horreur, mais en version réalité, très XXIe siècle.

Steven Weinrib

SCOOP : un évadé de la barque de Charon contacte Woody Allen

Époustouflant, magique et tragique, Scoop est un film majeur dans l’œuvre de Woody Allen. Dans ses interviews, il minimise ce film comme s’il tenait à satisfaire ses interlocuteurs qui ne peuvent s’empêcher de comparer ce film au précédent, Match Point, unanimement consacré comme un chef d’œuvre. La fantaisie et la légèreté délirante de ce film contraste il est vrai avec la gravité de Match Point. En même temps elle lui répond et cet ensemble est proche de la perfection.

La subtilité de ce film construit en référence à Match Point en mettant en scène une jeune femme américaine de basse extraction, interprétée par la même actrice et confrontée à l’aristocratie anglaise, est époustouflante. L’Illusion comique de Corneille ou La tempête de Shakespeare ne sont pas loin.

Woody Allen vient à la rescousse de son personnage. Grâce à lui, elle aura sa revanche. Il sera son sauveur. Grâce à ce film il peut nous dire : tout ce que vous avez vu est une illusion. La vie est terrible et injuste en particulier lorsqu’on ne naît pas dans les bonnes familles mais au bout du compte, il n’y a rien car nous sommes tous de pauvres misérables dans le même bateau. Celui qui nous conduit au rivage éternel de la mort. Devant cette chose inéluctable, moi Woddy Allen, j’ai pris le parti d’en rire.

Il endosse les habits du magicien et dans un mauvais tour de passe-passe, il nous raconte une histoire parce que c’est la loi du genre et qu’il le faut bien puisqu’il s’agit d’un film. En réalité, il nous parle de lui et nous livre ses réflexions sur le monde et l’inéluctable pente vers laquelle il s’en va, la mort.

Ce n’est pas un film testament mais un film dans lequel il délivre peut-être inconsciemment — mais on peut en douter après toutes ces années de psychanalyse, un véritable message. Celui d’un homme qui, après avoir eu très peur de cette mort et l’avoir tournée en dérision pour mieux la combattre dans ces précédents films, se décide à l’affronter pour la première fois. La mort est traitée avec les traditionnels oripeaux de la mort faucheuse. Loin de nous la montrer intraitable et terrible comme dans Bergman, il lui donne une allure de bourreau compréhensif. Si le passage est inéluctable, la traversée sera douce et si la passation est inachevée, le désir de le faire maintient le mort à la frontière de la vie.

Réanimé grâce à la magie de la caméra, il parvient à revenir à la vie pendant de courts instants et sous le regard bienveillant de la mort qui le presse mais le laisse finir pourtant ce qu’il tenait à achever. Peut-être est-ce un appel que Woody Allen lance à la mort : laissez-moi encore un peu de temps, le temps d’achever ma mission sur terre ?

Freud, parcours secrets

Matinée

09:00 : Introduction : Élisabeth Roudinesco

09:30 Président de séance : Annie Combrichon

Carlo Bononi
Du sexe mutilé au culte du phallus

10:15 Discussion

10:30 Pause

10:45 Président de séance : Jacques Postel

Sergio Rouanet
La Toussaint de Freud

11:30 Discussion

11:45 Discussion générale

12:30 Déjeuner

Après-midi

14:30 Président de séance : Alain Vannier

Henri Rey-Flaud
Le génie de Freud

15:15 Discussion

15:30 Pause

15:45 Président de séance : François Caroli

René Major & Chantal Talagrand
Les fils de l’Histoire :
de Göttingen à Vienne

16:45 Discussion

17:00 Discussion générale

17:45 Conclusion : Michel Plon

L’Inserm cède : son évaluation “experte”des psychothérapies remise en cause

JEAN-FRANÇOIS COTTES

Un colloque Inserm sur l’Évaluation des psychothérapies en avril prochain : mobilisons-nous dès maintenant

Que de chemin parcouru en un peu plus d’un an ! La publication par l’Inserm en septembre 2005 de son “expertise collective” Trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent avait été interprétée par nous comme un pas supplémentaire dans la diffusion des conceptions scientistes dans le champ psychiatrique.

Dès le mois de septembre des collectifs d’InterCoPsychos se sont mis au travail sur la question : il s’agissait de réfuter ces thèses et démontrer leur nocivité. Lors de la réunion du Bureau d’InterCoPsychos avec les responsables de collectifs, début novembre, nous décidions d’organiser avec l’Association des psychologues freudiens l’après-midi de lecture critique publique de ce rapport de l’Inserm qui s’est déroulée le 28 janvier au CNAM à Paris.

Le 29 janvier est lancée l’Appel Pas de 0 de conduite pour les enfants de trois ans ! à l’initiative du Syndicat national des médecins de PMI. Les premiers signataires, médecins, pédopsychiatres, psychiatres, psychologues, psychanalystes, se constituent en le collectif Pasde0deconduite. Ce collectif prendra des initiatives décidées pour porter le débat sur la place publique, avec le succès que l’on sait – les Instantanés s’en s’ont faits largement l’écho. La parution du livre collectif Pas de 0 de conduite pour les enfants de trois ans aux éditions Érès, le colloque du 17 juin, la prise de position sur l’article 5 du projet de loi de prévention de la délinquance seront les temps forts de l’élaboration et de la transmission de la réflexion critique de Pasde0deconduite.

C’est sur ce fond, que, comme le mentionne Thérèse Petitpierre dans son texte, au mois de juillet dernier, le Ministre de la Santé, M. Xavier Bertrand organise une réunion avec le collectif Pasde0deconduite pour recueillir son point de vue. Thérèse Petitpierre y représente l’InterCoPsychos.

Entre temps les collectifs de psychologues et l’InterCoPsychos organisent des conférences-débats dans les régions et publient avec l’Association des psychologues freudiens les actes du 28 janvier.

Comme vous allez le lire ci-dessous le colloque de l’Inserm du 14 novembre a enregistré le résultat de la contre-offensive massive du secteur professionnel, des acteurs de terrain, mais aussi plus largement du monde associatif, syndical, et du grand public contre la logique et les conclusions de la funeste expertise collective.

La moindre des surprises qu’a apportée cette journée n’est pas l’annonce d’une journée similaire qui se déroulera en avril sur… une précédente “expertise collective” de l’Inserm qui avait fait grand bruit “L’évaluation des psychothérapies, trois approches comparées” lors de sa parution en février 2004. On se souvient que ce rapport prétendait établir la supériorité écrasante des TCC sur les psychothérapies familiales et psychodynamiques – tentant de cette façon de discréditer la psychanalyse. La fronde était partie du cours de Jacques-Alain Miller le 3 mars 2004 au CNAM. Il y avait alors donné la parole à des collègues qui avaient chacun apportés leur critique à ce texte. Il avait alors fallu que les Forums des psys, le magazine l’Âne, l’École de la cause freudienne et la Coordination psy se mobilisent pour que le Ministre de la Santé d’alors, M. Philippe Douste-Blazy, lors d’un Forum des psy, le 5 février 2005, à la Mutualité déclare que “la souffrance psychique n’est ni mesurable, ni évaluable” et qu’il annonce qu’il avait fait retirer ce rapport de l’Inserm du site Web du Ministère de la Santé.

Ce mouvement, qui avait d’ailleurs débuté en octobre 2003 dans l’action contre l’amendement Accoyer et le Plan Cléry-Melin, et s’était étendu à une interrogation et remise en cause de l’évaluation, et ces évènements, n’auront sans doute pas été pour rien dans la mobilisation des professionnels sur le Trouble des conduites. On se rappelle qu’au cours des années 1990 et au début des années 2000, le discours scientiste pro-TCC avait accompli des ravages dans le secteur psychiatrique, en particulier en pédopsychiatrie : notamment sur l’autisme, l’obésité chez l’enfant, les troubles mentaux chez les enfants et les adolescents, sans que ce secteur ne se mobilise à la hauteur des enjeux. On a alors beaucoup plié l’échine en laissant passer la tempête, attendant des jours meilleurs.

Aujourd’hui le contexte a changé : donc, trois ans après, il y aura un colloque de l’Inserm sur l’évaluation des psychothérapies. Tirons les leçons du 14 novembre et de cette année 2006 à propos du Trouble des conduites : ce n’est pas sans la mobilisation que le rapport de l’Inserm pu y être massivement invalidé – comme vous le lirez ci-dessous.

Ce ne sera pas sans une nouvelle mobilisation que le colloque sur l’évaluation des psychothérapies, annoncé pour avril prochain, fera, à l’instar de celui du 14 novembre, une place majeure au point de vue critique. Que doit être cette mobilisation ? C’est à plusieurs qu’il faut en débattre : de sa coordination, des thématiques, des initiatives à prendre. Pour sa part l’InterCoPsychos se met à l’œuvre et appelle les collectifs qu’il rassemble à mettre la question à leur ordre du jour.

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THÉRÈSE PETITPIERRE
Du Collectif de l’Ile-de-France

DEUX EXPERTISES DE L’INSERM :
DE L’ÉVALUATION DES PSYCHOTHÉRAPIES AU TROUBLE DES CONDUITES… ET RETOUR

Il y eut l’attaque : le rapport d’expertise collective de l’Inserm sur le Trouble des conduites, et la contre-attaque : la pétition et le mouvement Pasde0deConduite dans lequel l’InterCoPsychos a trouvé place dès le départ. À un discours stigmatisant et mortifiant ont répondu près de 200 000 signataires de la pétition, des débats, des articles et conférences de presse, des initiatives à l’endroit des élus politiques et des rencontres avec des membres du gouvernement dont une réunion de deux heures au ministère de la Santé le 11 juillet 2006. Le ministère avait été un peu long à ouvrir sa porte mais la rencontre fut fructueuse, nous fûmes écoutés, entendus. Le ministre Xavier Bertrand y fit l’annonce : à sa demande, l’Inserm organiserait un débat sur le Trouble des conduites à l’automne.

Le colloque s’est tenu le 14 novembre dernier à la Mutualité. Pour Pasde0deConduite, l’enjeu consistait à faire de ce colloque un moment décisif de la contre-attaque. Dans l’après-coup, il s’est avéré que c’était chose gagnée dès avant la tenue de la journée mais elle a permis de le faire apparaître et de l’officialiser, lui donnant ainsi tout son éclat, comme en témoignent les nombreux articles de presse qui s’en font l’écho.

En effet, dès les premières minutes, Monsieur Christian Bréchot, rappelant les principes aux fondements de l’Inserm : le continuum recherche fondamentale – clinique – santé publique corrélé à indépendance – évaluation basée sur les faits, indiquait : “Mais l’Inserm doit pouvoir dialoguer et infléchir ses options”. Le débat inauguré avec le Comité d’interface de la psychiatrie, le collectif Pasde0deConduite et le Comité national d’éthique aboutissait à la nécessité de modifier la méthodologie à mettre en œuvre dans la conduite des expertises concernant la santé mentale. Il concluait son propos en soulignant qu’il s’agissait là d’un “vrai engagement”, le point de départ d’une “approche interdisciplinaire”.

Mais c’est Jean-Marie Danion, Professeur de Psychiatrie et directeur de l’unité Inserm 666 à Strasbourg, qui sera le maître d’œuvre du colloque : il situera les enjeux du débat en se référant à la philosophie et à l’histoire des sciences, s’appuyant sur Canguilhem, d’une part, pour préciser les articulations médecine/société, vérité objective/vérité subjective non superposables et non réductibles l’une à l’autre et Paul Ricœur, d’autre part, évoquant les savoirs multiples et non totalisants et la nécessité de faire en sorte que les différents discours ne s’ignorent pas. C’est lui qui tirera les conclusions du colloque. Mais là encore, gageons qu’elles étaient déjà tirées, depuis quelque temps déjà, du débat engagé dans une large frange de la société, au moins pour le fond.

Pour le ministre Xavier Bertrand, il s’agissait, dans ce colloque, de parvenir à déterminer ensemble de nouvelles pistes d’action par rapport à la souffrance des enfants et de leurs parents. Il a énoncé à nouveau son refus de l’amalgame entre trouble des conduites et délinquance, le dépistage étant à référer au soin et à l’accompagnement. Il a défini trois grands axes de l’action de son ministère :

1. le dépistage précoce, notamment à l’école maternelle mais aussi entre la 6e et la 12e année pour dépister les troubles du langage, la nécessaire articulation entre le sanitaire et le social ;

2. le plan psychiatrie et santé mentale, le renforcement des moyens, le dépistage, des campagnes d’information en particulier sur les troubles alimentaires, des conventions avec la Fondation de France-Fondation des Hôpitaux pour le développement des maisons des adolescents ;

3. la nécessité de décloisonnement, citant, entre autres, la difficulté liée au rattachement de la médecine scolaire à l’Éducation nationale. Revenant à l’Inserm, il indiquait sa position : le rapport de l’Inserm ne s’impose pas en politique et il exprimait le souhait que ce colloque puisse permettre aux décideurs d’agir “pour que ce qu’on dise ne reste pas lettre morte”.

Il ne s’agit pas ici de rendre compte de manière exhaustive de l’ensemble des exposés et d’ailleurs l’Inserm, par la voix de Jean-Marie Danion, a annoncé que les textes des interventions seraient publiés. Mais plutôt, nous tentons de saisir la dynamique à l’œuvre qui a produit ce colloque et ses conclusions. On pouvait s’attendre à des débats vifs. C’est plutôt une succession d’exposés qu’on a entendus, avec des temps de discussion, mais c’étaient enfin les professionnels chargés du soin aux enfants et à leurs parents qui rendaient compte d’une activité professionnelle riche et chargée d’histoire, mais disqualifiée, invalidée par l’expertise : langage que nous connaissons, celui de la souffrance psychique, de la singularité, du symptôme, de la prévention “prévenante”, de la précarité, du manque de moyens, du manque de psychologues — dans les services de PMI en particulier.

S’il a été davantage question du sens des symptômes que du réel du symptôme (Sylviane Giampino y a fait référence quand elle a opposé l’intime, le ténu, l’indicible à l’”obsession du visible” des experts), aux auteurs de ces exposés, à quelques exceptions près, pourrait convenir le terme d’IRM, doté du sens nouveau que Philippe Sollers avait conféré à ce sigle il y a quelques années — lors de la soirée organisée par la revue Ornicar au cours de laquelle Philippe Sollers avait accepté de répondre aux “questions mêmes les plus difficiles” — : Identités rapprochées multiples. Des personnalités bien connues de la pédopsychiatrie et de la pédiatrie françaises ont décliné un argumentaire, chacun selon son orientation et son style, contre “le trouble des conduites” et l’expertise, dénonçant le flou du concept (Jean Garabé), l’absence de référence à la notion de structure et à la psychopathologie (Roger Misès), soulignant la présence de la psychopathie en arrière fond du rapport (Claude Bursztein), mettant l’accent sur le souci que suscitent les enfants trop calmes, passifs tout autant, si ce n’est plus, que les enfants turbulents, agités (Christine Bellas-Cabane, dont l’exposé sur la prévention fut longuement applaudi, Bernard Golse).

La question était posée par ce dernier (Bernard Golse) : l’Inserm est-elle la mieux placée pour faire ce type d’expertises dans le champ de la santé psychique, peut-on faire l’économie de l’apport des cliniciens du terrain ? Il y sera répondu, mais nous ne pouvons passer aux conclusions sans que mention soit faite des interventions d’Alain Ehrenberg, dont la vivacité des propos surprenaient quelque peu si on l’avait entendu au colloque organisé en juin par Pasde0deConduite (il était également surprenant, pour les mêmes raisons, d’entendre Bruno Falissard, dire “il va falloir changer la règle du jeu des expertises“), et de Jean-Claude Ameisen qui posait la question “comment concilier recherche médicale et éthique ?” ou encore, citant en exemple les malades mentaux et les personnes âgées : “que fait la médecine ? détecter ce qui va mal pour inclure dans la société ou pour exclure ?” pointant ici le risque que la science soit antagoniste à l’éthique. Il ouvrait déjà sur les conclusions en préconisant que les expertises ne soient pas prescriptives en l’absence d’urgence, qu’elle soient délivrées dans le cadre de débats et en rappelant la nécessité de conjuguer connaissance et incertitude. Oui, bien sûr, il y eut les pro-TDC, les défenseurs du tempérament, de l’humeur, des facteurs biologiques, des études et recherches basées sur des statistiques, vous ne m’en voudrez pas, je l’espère, de ne pas évoquer davantage leurs propos.

Voici donc les conclusions de cette journée, telles qu’elles ont été tirées par l’Inserm et énoncées par Jean-Marie Danion :

Concernant les expertises :

1. Repérer les problématiques qui peuvent avoir des implications importantes pour les professionnels du domaine concerné et pour la société civile.
2. Associer la sociologie, l’épistémologie…
3. Donner voix aux associations de malades.
4. Mettre en place une cellule de veille.
5. À différentes étapes de la production de l’expertise, organiser des colloques, congrès, séminaires.
6. Des personnes sollicitées feront des propositions quant au choix des experts.
7. L’expertise sera relue par les acteurs du domaine et les points de vue qui s’exprimeront seront joints à la publication.
8. La rédaction des recommandations fera l’objet d’une attention particulière.
9. Le décalage entre la synthèse et le texte intégral est à améliorer.
10. L’ensemble de la littérature scientifique liée au sujet sera mis à disposition sur le site de documentation de la FFP et pourra être complété.

Si l’on considère que la tenue de ce colloque prend part à cette nouvelle orientation de travail à l’Inserm, il s’en déduit ceci : l’annonce en aval du rapport sur les psychothérapies, une journée scientifique sera organisée au printemps prochain concernant la méthodologie pour l’évaluation des psychothérapies en est la seconde conséquence.

Mais objet du colloque oblige, Jean-Marie Danion concluait en dégageant “les manifestations de la souffrance psychique” de l’enfant de la gangue “trouble des conduites“, notait qu’il restait des points ne faisant pas consensus mais soulignait l’accord sur la nécessité d’une prévention précoce non articulée à la question de la délinquance et d’une prise en charge globale fondée sur l’analyse psychopathologique, mettait l’accent sur le respect à porter aux enfants et à leurs familles, la richesse des institutions et des partenariats pluridisciplinaires, le constat partagé du manque de moyens et la nécessité de parler d’une même voix pour obtenir des moyens suffisants. Il esquissait les chantiers à faire avancer : chantier nosographique (l’augmentation modes d’expressions de la souffrance par l’agir), chantier épidémiologique (il faut avoir des données chiffrées), chantier sur l’évaluation des pratiques (nécessité d’outils, échelles, grilles indispensables).


Une victoire du vivant sur la politique des choses
(cf. Jean-Claude, Milner, La politique des choses, Navarin éditeur, 2005) ?