Extraits du Rapport moral prononcé devant l’A.G. du SNPPsy

Le titre générique de psychothérapeute, que nous avons bien servi et par là contribué à populariser, risque de nous être volé par une écriture du décret d’application de l’article 52 qui nous en dépossède, à l’initiative de la médecine organiciste, suivie par les psychanalystes conservateurs du Groupe de contact et les universitaires ultras de la psychologie comportementalo-cognitiviste.

Nous avons avancé d’une case. Abordant d’entrée de jeu l’an dernier ici même la question de notre dénomination, disant qu’elle se posait de façon récurrente, je posais la question de sa mise en paradigme avec la psychanalyse, dans le cadre de la construction du concept de Carré psy. La récurrence poursuit son cours. Un cran au-dessus surgit la question : notre salut et tranquillité institutionnelle seraient-ils au prix de saluer la compagnie et de nous déclarer psychopraticiens relationnels (1“), laissant le titre de psychothérapeute à qui en voudra, moyennant un quasi doublement de la durée des études en vue de se qualifier comme psychothérapeute relationnel ?

Cela ne change en rien la configuration du Carré psy, la psychothérapie, activité générique, continue d’être déclinée par les quatre protagonistes institutionnels, chacun selon son mode particulier, le nôtre à l’enseigne de la psychopratique relationnelle. Nos cousins psychanalystes seront plus embarqués que nous dans la machine que certains d’entre eux avaient prévue pour nous éliminer, de devoir officialiser leurs listes. Par un étonnant retour des choses, nous nous trouvons de ce fait dans une situation d’indépendance qu’ils ne devraient pas tarder à nous envier. Quant au nôtre, d’Annuaire, public, il serait protégé par le titre que nous aurons dorénavant seuls le privilège de décerner. Public mais non officiel : nous sortons par là d’une dépendance impraticable au ministère de la Santé dominé par l’idéologie médicale organiciste et scientiste, celle qui ressortit de ce que Foucault appelait le biopouvoir.

On voit qu’une des questions de fond est celle de la constitution de listes. Nous sommes entrés dans la période des annuaires. Cette annuarisation de nos professions en route depuis trois décennies, nous l’avions vu venir, à la publication de notre premier annuaire, lorsque nous fûmes confrontés à celle d’innombrables maisons d’éditions cherchant par tous les moyens à dresser peu importe comment des listes à proposer au public. Derrière ce phénomène d’enlistement, il faut distinguer le besoin du public de pouvoir nous repérer, pour s’adresser à nous savoir qui nous sommes et où nous le sommes. Bref, l’institutionnalisation du champ psy se poursuit. Tout le monde a pu la voir se développer, d’où la bataille politique pour s’emparer de son contrôle, et tenter en l’occurrence de nous arracher des mains le titre de psychothérapeute que nous avons créé. Mieux vaut faire envie que pitié, ne nous plaignons pas.

Nous l’avons fondé — il existait depuis plus d’un siècle, disons refondé, ce titre de psychothérapeute, au départ à notre usage exprès. Constatant que tous le revendiquaient, nous avons décidé de reculer en bon ordre, pour laisser aux collègues des autres professions qui entendaient en user, non comme d’un titre, notons-le, mais comme d’une fonction — dérivant toutefois vers le titre, jouissance du partage de ce titre. Certains continuent de revendiquer toute la psychothérapie comme devant être relationnelle, arguant qu’à moins que cela il s’agirait d’autre chose que de psychothérapie. Après tout puisque les psychiatres font de la psychiatrie, les psychologues de la psychologie, les psychanalystes de la psychanalyse, pourquoi ne ferions-nous pas de la psychothérapie, sans plus de partage qu’eux ?

Imparable. Comme les trois autres protagonistes institutionnels n’en démordaient pas, que la psychiatrie s’était déjà taillé un morceau du titre à apposer sur les plaques qu’affectionne le Dr. Accoyer, en frôlant l’illégalité, et que nous avons estimé que nous ne serions pas de taille à leur imposer notre propriété pleine et entière, nous avons circonscrit un territoire scientifique, théorique, pratique et politique, sur lequel nous avons établi notre souveraineté. Le cadre en fut la théorie des psychothérapies multiples, une par profession et épistémè, qui permette à chacun de se sentir chez soi relativement à cette dispute. C’est ainsi que sont nés ensemble les concepts de Carré psy et de psychothérapie relationnelle.

Ainsi nous n’avions plus à porter l’ensemble du fardeau et pouvions espérer qu’une reconnaissance mutuelle nous conduirait à suffisamment d’entente entre collègues qui après tout sur le terrain savaient déjà collaborer. Cette renonciation à régir l’ensemble du champ nous coûta, mais fut d’un bon rapport. Elle permit de montrer que les deux professions du processus de subjectivation se trouvaient solidaires face aux deux professions à diplôme, pour une part importante basculées dans l’organicisme et un cognitivisme militant, militant contre la psychanalyse en commençant par nous, jugés plus fragiles puisque non universitairement assis.

Il en est du cognitivisme comme de l’islamisme, son usage politique n’a pas plus à voir avec la recherche scientifique au sens vrai du terme que ce dernier avec la religion musulmane. Nous pensons que toutes les directions de recherche sont ce qu’elles sont, et qu’aucun anathème scientifico-politique n’est à lancer contre aucune. Que tous recherchent et polémiquent scientifiquement autant qu’il le faudra. Il doit y avoir place pour tout le monde. C’est la collusion avec la politique et éventuellement le monde de l’argent, qui reste problématique. De ce point de vue, on peut comprendre que les laboratoires pharmaceutiques ne voient pas d’un bon œil des praticiens comme les psychanalystes et nous provoquer des économies de médicaments et plus généralement de frais médicaux.

Si nous en venons à parler après Foucault de biopouvoir c’est qu’il faut bien s’en prendre à l’idéologisation politique qui nous est opposée, à quoi nous ne pouvons pas prétendre ne pas avoir affaire, si l’on pense par exemple aux prises de position de l’Inserm , inadmissibles du point de vue de la méthode scientifique. Nous avons comme politique et éthique d’accueillir parmi nous tout professionnel qui montrera sa capacité à travailler à partir d’une base sérieusement relationnelle, en se soumettant aux cinq critères. Cela n’exclut pas a priori ceux qui trouveraient bon de conjoindre à leur pratique du cognitivisme ou de la neuroscience pourvu que ce soit sur nos bases communes.

Mais nous avons aussi pour principe que notre psychothérapie relationnelle se trouve intrinsèquement liée à la démocratie. Les personnes qui recourent à nous ne sont pas à nos yeux des usagers mais des citoyens. Un abîme sépare ces deux vocables, sépare le consumérisme à risque zéro étatisé du choix de se risquer dans l’aventure de la découverte de soi et de l’élaboration d’un sens de sa vie auprès d’un professionnel compétent heureusement sujet à l’erreur. Car c’est par elle qu’on se trouve. Ce passage obligé de la condition et de la rencontre humaines ne sera jamais encadrable par nos balourds en expertise. Notre science est art, inassignable en statistiques scientifiquement contestables façon Inserm, non protocolisable ou normalisable par une bureaucratie de l’âme. Sujet d’abord, longuement initié préalablement à la démarche difficile qu’il se propose d’accompagner, toujours en référence à ses pairs qui lui sont caution solidaire, gardant à l’esprit d’une façon ou d’une autre les grandes découvertes de Freud concernant la dimension inconsciente de la subjectivité humaine, le praticien de chez nous ne relèvera jamais — pas plus que celui qui recourt à lui, du risque zéro étatisé.

Ayant délimité les frontières de façon généreuse, nous ne revendiquons que le quart du territoire commun, mais tout ce quart. C’est de notre secteur du Carré psy que la dernière rédaction du décret d’application prétend nous expulser. Ils ne veulent pas partager avec nous mais nous éliminer. Là c’est trop, et chacun peut le constater. À cette tentative nous répondons que la partie n’est pas jouée et que nous saurons faire valoir nos droits sur un nom sur lequel personne ne saurait dénier notre légitimité historique. Cette spoliation a quelque chose de malhonnête et ceux qui s’en réjouissent ou s’en indiffèrent le font à leur plus grande honte, comme probablement à terme au détriment des psychanalystes qui risquent leur réputation à ce mauvais jeu. Quoi qu’il en soit, que tous sachent que nous nous battrons avec détermination contre l’aboutissement de mauvais plans ourdis contre nous afin de nous empêcher de psychothérapiser à notre façon.

Nous serons d’autant plus libres dans notre combat que nous disposons dès à présent d’un titre bien à nous, celui de psychopraticien relationnel(2“) , sur lequel nous avons tout pouvoir, vu qu’il nous appartient, l’ayant dûment déposé. Nous pouvons dorénavant interdire à quiconque de porter ce nom, sauf à ceux avec qui nous l’aurons mis en partage. Ce sanctuaire onomastique nous met à l’abri de toute angoisse institutionnelle, sans nous soumettre à porter un nom de méthode qui puisse nous enfermer un jour et nous faire renoncer à notre pluralisme. Nous fournirons du psychopraticien relationnel la définition qui coule de source, à savoir que c’est un praticien de la psychothérapie relationnelle. Vu qu’ainsi nous n’usons pas du titre volé, le terme psychothérapie restant libre nous voici à l’abri de la persécution.

Pour un temps ? nos adversaires chercheront-ils à nous exterminer jusqu’au dernier, de nouveau décret en nouveau décret, une fois le premier passé ? on peut penser que mieux nous combattrons leurs desseins à notre encontre dans le domaine du titre convoité, plus nous serons assurés de notre tranquillité ultérieure. Nous sommes irréductibles, inexpugnables, le pire qui puisse nous arriver serait de changer de nom, mais notre côté du Carré psy sera toujours occupé par nous.

En tout état de cause en définitive ce sera à nous de décider quelle politique de Nom du Pair adopter.

******************************************************

Ils veulent promouvoir leur décret. Revirement : à l’issue de renégociations interministérielles le ministère de la Santé a fini par se rallier. Aux psychologues. Après avoir adopté une position favorable à notre psychothérapie le 7 avril. Surprenant volte-face, offensant ceux qui s’étaient imaginé que le ministre s’était déplacé pour faire des propositions significatives, qu’il entendait, disait-il alors, maintenir. Avec nos réserves et en dépit de nos doutes nous avions fini par appuyer ses engagements à respecter notre identité professionnelle, même dans le cadre d’une loi boiteuse. Deux mois plus tard ça rebasculait, le pied bancal se recalait sur la psychologie et le ministre ne promettait plus qu’une chose, faire le décret. Contre nous. Maintenant pour le ministère les jeux sont, fait-il savoir, faits, et nous refaits. Nous combattrons jusqu’au bout l’actuelle écriture du décret d’application. Souvenons-nous qu’en politique personne ne sait jamais quelle sera l’issue .

Rappelons que dans le décret actuel, en plus des psychiatres, psychologues cliniciens et psychanalystes sur liste, ce sont bien les médecins et psychologues toutes catégories confondues qui se voient proclamés psychothérapeutes de droit — charlatans d’État. Les praticiens des TCC qui eux-mêmes ne se nomment pas psychothérapeutes mais thérapeutes CC, où se situent-ils dans cet imbroglio ? comme méthode psycho-technique ancillaire de la psychiatrie ? ça n’est pas directement notre problème puisque de toute évidence ils n’ont rien à faire de notre côté. Mais il convient de préciser qu’en définitive le décret les promeut au titre de psychothérapeute, les introduisant dans le Carré psy, le bouchon assez loin poussé outre-bornes. Enfin tout cela n’est que leur projet et leurs fantasmes.

Quoi qu’il en soit de leur décret, la psychothérapie relationnelle est à présent installée dans les esprits et sur le terrain du symbolique. La crise actuelle nous a au sens argentique du terme révélés. Nous avons su définir notre place et l’occupons. Une quarantaine d’années de pratique théorique, sociale, clinique, syndicale depuis les années 80, avaient été consacrées, le terrain, à l’occuper concrètement. On peut chercher à présent à nous déloger de notre dénomination, à nous débaptiser, il est trop tard pour nous rayer de la carte. La réalité que cette carte dessine c’est que nos patients recourent à nous, parce que nous sommes ce que nous sommes et proposons la pratique et le lieu théorique et professionnel qui sont les nôtres. La réalité c’est que nombreux sont nos collègues qui nous ont identifiés et nous reconnaissent, c’est que l’opinion nous connaît, et maintenant les médias, même lorsque ce pouvoir ne bouge pas.

Notre pratique est fondamentalement relationnelle, permettant par l’interaction de deux sujets dont l’un professionnel, engagés dans l’ici et maintenant d’une possiblement longue et indéfinie série de séances, un processus d’émergence de sa réalité en qualité de sujet de celui qui a entrepris sa démarche. Nous nous réclamons d’une psychothérapie du lien, fondateur d’une véritable anthropologie du soin pris de soi-même dans la re-constitution de son humanité par un être souffrant. La posture humaniste qu’elle définit engage des valeurs qui impliquent une transformation de l’être. Valeurs elles-mêmes analysées et soumises à critique. Ce par quoi nous sommes ici tous passés, adossé à un contrôle constant à ce niveau en tant que praticiens. Elle constitue une clinique d’un type nouveau depuis l’invention de la psychanalyse, d’un modèle fondamentalement très comparable, que seules des écoles dirigées par des didacticiens habilités, répondant à un cahier des charges rigoureux, peuvent transmettre.

En définitive, seule la reconnaissance par les pairs, telle qu’on la voit mise en œuvre avec notre processus de titularisation, peut valider les professionnels que nous sommes. Seuls nos cinq critères peuvent définir notre pratique et catégorie professionnelle.

Les quatre corporations constituant le carré psy l’engendrent comme espace commun où se répartissent des forces contradictoires, contraires et complémentaires. Par définition ces quatre protagonistes sont indispensables à l’architecture même du carré commun. Nous ne demanderons jamais l’éradication de l’un quelconque de nos co-habitants, nous n’en avons pas besoin, et ce serait folie. Ainsi nos voisins d’en face, les psychologues, pratiquent un tout autre métier, dont nous n’entreprendrons pas d’interroger la légitimité ou d’invalider la pratique au motif qu’ils ne répondent pas à nos critères. Nous aimerions qu’il en soit de même réciproquement. Ils pratiquent un autre métier, même si un petit nombre d’entre eux, par le biais de la psychologie clinique d’inspiration psychanalytique, pourrait prétendre moyennant une formation complémentaire non négligeable, à rejoindre nos rangs, par le jeu du cumul caractéristique de notre profession et de celle de psychanalyste, et il y en a certainement dans cette salle pour illustrer ce cas de figure.

Quand nous disons tout autre, nous nous référons à une démarcation épistémologique, entre objectivation et subjectivation , nous exprimons qu’à nos yeux la psychothérapie, terme générique, se décline quatre fois différemment (sans compter les “sous-fois”, qui proviennent de subdivisions, cumuls et mixages, qui peuvent procéder par articulation ou mélanges), et que nous en revendiquons notre quart, et seulement lui.

Que le SNP fasse des pieds et des mains pour que soit approprié par l’université le terme générique de psychothérapeute afin de désigner une nouvelle filière de psychopathologues, ne change rien à l’affaire. La nouvelle sous-profession en voie de création n’occupe pas notre place dans le carré psy. Elle ira rejoindre la psychologie, pour constituer à ses côtés un secteur professionnel aux ordres des médecins. On peut comprendre finalement que le SNP se réjouisse (tout en s’inquiétant de la concurrence) de l’arrivée de ces nouveaux collègues en perspective, puisqu’ils sont de la même espèce épistémologique. Mais ils ne sont pas de chez nous. Nous n’avons rien à voir avec ces futurs copropriétaires du carré psy, et les accueillerons volontiers, comme collègues d’une autre pratique, ou quand ils viendront à l’occasion en formation continue puis en confraternité chez nous.

Nous entendons bien qu’un savoir, savoir-faire et être en psychopathologie fait partie de notre pratique, théorie et méthode. Ce contre quoi nous nous défendons quand nous voyons l’université prétendre nous formater nous selon ses moules académiques, ça n’est pas bien entendu contre le principe d’un savoir psychopathologique, c’est contre le principe de notre annexion et interdiction au nom d’une certaine conception organiciste et étroitement cognitiviste de la psychopathologie, à l’enseigne d’un corporatisme d’un autre âge. C’est parce que leur psychopathologie, ils la brandissent contre nous comme une arme, l’arme d’une médecine réductrice à visée d’hégémonie, et d’une psychologie aux vues étriquées qui lui emboîte le pas, l’arme des ennemis de la psychanalyse, qui s’en prennent à nous pour mieux la contourner, et la réduire.

Ils ne nous liquiderons pas. Nous ne sommes pas expulsables de notre demeure et ça n’est pas en venant arracher la moitié du nom qui figure à notre portique qu’on nous déclarera squatters de notre propre domaine. Que tout le monde sache que sur ce point nous serons assez territoriaux, patriotes de notre identité, et nous déconseillons à quiconque de s’aviser de nous déloger de notre façade Est du carré psy, celle du côté où le soleil se lève car elle donne sur l’avenir. Il y a peut-être de la place pour des nouveaux venus dans ce carré, mais pas la nôtre.

Notre combat s’inscrit dans l’histoire d’une installation institutionnelle qui se joue un peu plus d’un demi-siècle, sur fond d’aménagement du paysage psy entre psychologie, psychanalyse et psychiatrie depuis le début du XX ème siècle. Progressivement les trois acteurs institutionnels que je viens de nommer se sont partagés le terrain, les trois parlant chacun à sa manière de psychothérapie, jusqu’à ce que celle-ci s’autonomise et vienne transformer, après l’apparition de la psychologie humaniste américaine dite Troisième voie, le triangle initial en un carré. Celui-ci ne s’est imposé sous ce concept réorganisateur du champ psy que depuis environ une décennie. Il fait de nous après avoir figuré les Troisièmes entre une psychanalyse médicaliste et une psychologie comportementaliste, les Quatrièmes d’une figure plus complète et plus complexe.

Souvenons-nous que nous avons pris place sur l’échiquier institutionnel, sociologique, scientifique, épistémologique, politique, avec l’irruption de la psychosociologie puis de la psychologie humaniste, mouvement qui démarre aux années 50. Nous pouvons contempler le processus et son extrême rapidité. Nous pouvons considérer les trois dernières années comme une accélération qui nous a propulsés. Au point où nous sommes rendus, nous pouvons nous satisfaire du chemin parcouru et des résultats obtenus, même si nos inquiétudes restent importantes et notre mobilisation nécessaire.

Elle n’a pas fléchi cette année, qui a vu se dérouler d’importants combats, dans lesquels nous nous sommes bien tenus. En publiant les Verbatims des deux réunions plénières de l’ensemble des professionnels du psychisme par le ministère de la Santé (au passage cette participation valait reconnaissance institutionnelle), nous avons mis sur la place publique un débat d’ordinaire ignoré du milieu même et des citoyens. Cela a produit des effets bénéfiques. On n’a pu liquider aucune organisation dans l’ombre. Bien au contraire nous avons pris la place qui est la nôtre. Nous devons rendre justice aux ministères qui se sont succédé, et au dernier à qui nous adressons de justes reproches, d’avoir tenu parole et réuni tout le monde, de façon ouverte, en concertation ouverte, même si elle était toujours modulée par des reprises en coulisse.

Grâce aux Verbatims issus de ces réunions plénières, un nombre croissant de nos collègues psychanalystes au-delà du cercle de la mouvance ECF a pu se rendre compte de la réalité ce qui se jouait, et de la position de chaque interlocuteur institutionnel. Nous avons pris part au débat, par l’édition de nos textes, par notre participation à de nombreuses rencontres et colloques, par le dialogue sur Œdipe, nous avons échangé et nous sommes fait entendre. Gros travail et grosse fatigue, mais nous l’avons fait et plutôt bien fait. Le SNPPsy a su soutenir sa bonne autorité morale et réputation.

Nos alliances fonctionnent bien. Le sénateur Sueur constitue un appui de poids, déterminé et fidèle à notre cause. Élisabeth Roudinesco constitue un trait d’union entre nous et la psychanalyse, qui ne se dément pas. Jacques-Alain Miller n’a pas trop apprécié que le 7 avril n’ait constitué qu’une opération trompe l’œil, et médite de repartir en campagne. La Coordination psy tient. Elle se maintient dans la durée et dans la coordination des efforts des nombreuses forces qui s’opposent à la politique de tentative de démantèlement de la psychothérapie relationnelle et au-delà —il n’y a que l’État-major du Groupe contact pour stationner dans l’aveuglement volontaire à cet égard — de la psychanalyse. L’Affop conduite par Jean-Michel Fourcade a bien tenu son rôle de fédération représentant un bel ensemble, se renforçant, d’organismes de psychothérapie relationnelle de qualité, et nos relations avec elle, dans une position subtile de membre et d’entité déterminant sa propre politique, fut tout à fait satisfaisante, grâce aussi on va le dire à la finesse politique de son président.

Finalement notre politique constante de promotion de la psychothérapie relationnelle comme quatrième force distincte bien établie du carré psy s’est manifestée non seulement juste, mais bénéfique à l’usage. Nous avons bien fait de cesser de confondre comme le ministère et nombre de nos collègues de toutes parts, le terme générique de psychothérapie et notre propre appellation, délimitant, protégeant et garantissant notre seul quart du carré, notre seul domaine disciplinaire. Que ce soit comme ce ne serait que justice à l’ombre de la dénomination que nous avons puissamment contribué à créer, défendre et illustrer, ou de celle de psychopraticien relationnel, dont nous pouvons nous servir quand nous voudrons, nous exerçons notre souveraineté scientifique, professionnelle et institutionnelle sur le secteur psy que nous contrôlons par nos cinq critères et les organismes de formation que nous agréons.

Les psychologues peuvent bien se constituer en ordre, appareillé à un décret d’application en cours de rédaction qui les rendrait pensent-ils maîtres du titre générique de psychothérapeute, qu’est-ce que cela changera au fait que nous restons les seuls à détenir l’outil de la psychothérapie par la relation, et, aux côtés des psychanalystes, à proposer une conception du soin psychique, du soin pris de soi, d’une nature totalement différente du soin comportementaliste, rééducatif et neuroleptique ?

Les psychanalystes conservateurs, qui à présent nous reconnaissent en nous désignant comme “psychothérapeutes dits relationnels”, ne pensent déjà plus notre disparition comme possible, ni même, qui sait, souhaitable, si l’on songe à l’avenir de la psychanalyse, dont nous constituons une sorte de Marche protectrice. Et ils sont contrebalancés par les psychanalystes de l’ECF, du Manifeste et du Front du refus, et de psychanalystes moins excessifs que certains de leurs dirigeants.

Les psychiatres concurrencés par les médecins généralistes d’une part, et les psychologues d’autre part, prennent leur part de la razzia sur le titre et représentent un adversaire institutionnel majeur, en qualité d’inspirateur des psychologues et d’allié du réflexe sécuritaire corporatiste de l’état-major du Groupe de contact. Les psychiatres conservateurs représentent le pouvoir médical positiviste, le fameux biopouvoir foucaldien. On peut noter tout de même un frémissement : le Dr. Vasseur, jumeau du Dr. Accoyer du temps des charlatans visseurs de plaques n’a pas été renouvelé à sa présidence. Par contre on se souviendra qu’en armant le bras des deux précédemment évoqués, la médecine française se trouve en position dominante sur l’ensemble du secteur psy, et qu’on ignore trop souvent sa remarquable capacité d’action dans les querelles entre psys, qui parviennent difficilement à se désinféoder d’elle et à se rendre compte de son pouvoir sur l’ensemble du champ. Cette histoire est ancienne et remonte aux préoccupations de l’Ordre des médecins soucieux d’établir la souveraineté médicale sur l’ensemble du triangle puis du carré psy.

Face à cela l’ensemble des autres psys doivent savoir s’unir : psychologues soucieux de ne pas devenir auxiliaires médicaux, psychanalystes et psychothérapeutes relationnels. Nous serons toujours disposés à ne pas manquer ce rendez-vous de l’Histoire. Ensuite, que chacun règle ses problèmes propres comme il l’entend, de façon autonome et responsable comme nous l’avions déjà préconisé dans la proposition de loi J-M Marchand, dont la maquette inspira la proposition Gouteyron.

Que nos écoles agréées Affop, et pour l’instant encore SNPPsy, poursuivent leur travail de valeur dans la transmission de notre type de savoir, comme les sociétés de psychanalyse le font pour leurs praticiens, et que l’université engendre ses psychologues et ses médecins selon ses normes, et tout sera en bon ordre. Dans le cadre de bonnes conditions qui actuellement n’existent pas, on pourrait imaginer, avec une autre université que l’actuelle telle que manifestée, de fructueuses collaborations écoles-université. Nous ne sommes pas anti-universitaires mais anti-scientistes et nous ferons face à l’agressivité d’un système qui s’est emparé de l’université pour idéologiser la société dans le sens d’une évaluation universelle aux mains d’experts qui représentent une menace directe pour la liberté et la recherche.

Pour conclure ce point, nous quatrième force du Carré, Quart État du monde psy, tiendrons solidement notre place et notre rôle, et cette année nous pouvons considérer les avoir illustrés honorablement.


Mis en ligne le 22 novembre 2006 –

  • 1 Nous avons déposé plusieurs noms à l’INPI. Celui-ci présente l’avantage de ne pas prêter le flanc à des attaques ultérieures, le signifiant thérapeute étant évacué. Cet avantage présente un inconvénient : le signifiant thérapeute est évacué. Un débat s’ouvre avec le présent rapport dans notre syndicat, a) sur l’opportunité d’un éventuel changement de nom ; b) sur le choix du nom en question. Nous nous donnerons un laps de temps suffisant pour que le débat se développe et que l’ensemble de nos membres se prononce.
  • 2 Il eût fallu écrire psychopraticien relationnel®. À l’époque c’est déjà bien de l’avoir présenté comme ça.

Les pédopsychiatres préfèrent la prévention au dépistage des troubles

C’EST QUASIMENT à une contre-expertise collective sur la question du dépistage des troubles des conduites de l’enfant que se sont livrés les intervenants d’un colloque organisé par l’Inserm, mardi 14 novembre, à la Mutualité à Paris. Un an après la violente polémique suscitée par la publication, en septembre 2005, d’un rapport de l’institut de recherche, les pédopsychiatres ont rejeté en bloc l’idée qu’il existerait un lien prédictif entre les troubles du comportement chez le jeune enfant et la délinquance à l’adolescence.

Réaffirmant que l’enfant turbulent est “un enfant en souffrance”, les professionnels de la petite enfance se sont accordés sur la nécessité d’une prévention globale des troubles, loin d’un dépistage centré sur les seuls symptômes d’agitation.

Préconisée par l’Inserm, l’idée d’un dépistage systématique des troubles des conduites dès 3 ans avait été reprise par le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, qui souhaitait l’insérer dans le projet de loi de prévention de la délinquance. Quelque 200 000 signataires de la pétition “Pas de zéro de conduite” avaient rejeté cette hypothèse et dénoncé l’approche réductionniste et scientiste de l’Inserm.

Lors de l’introduction du colloque, le ministre de la santé, Xavier Bertrand, a affirmé lui aussi qu’il refusait ” l’amalgame entre troubles des conduites et délinquance “. ” J’estime qu’un tel dépistage n’a pas sa place dans un projet de loi de prévention de la délinquance “, a ajouté le ministre, en rappelant qu’une surveillance médicale renforcée de l’enfant lui avait été substituée dans le projet de loi sur la protection de l’enfance.

En France, la prévention de la souffrance psychique cherche à appréhender l’enfant dans sa globalité, ont rappelé les intervenants. ” Cette approche globale, pluridisciplinaire, est fondamentale, a affirmé Christine Bellas-Cabane, présidente du Syndicat national des médecins de protection maternelle et infantile (PMI). Elle permet de repérer des enfants présentant des troubles du comportement mais aussi des enfants qui sont en repli. ” Dans ce cadre, et contrairement à ce qu’affirmait l’Inserm, les enfants perturbateurs sont bien pris en charge. ” Les troubles des conduites représentent 17 % des motifs de consultation, ils sont pris en compte par le secteur psychiatrique “, a affirmé Nicole Garret-Gloanec, secrétaire générale de la Fédération française de psychiatrie.

Les réponses apportées ne sont pas pour autant standardisées. ” Nous recherchons notamment une alliance avec les parents, pour les valoriser, pour qu’ils se sentent soutenus et non contrôlés socialement “, a expliqué le Dr Garret-Gloanec.

Pour éviter une nouvelle controverse dans le champ de la santé mentale, les intervenants ont plaidé pour que l’Inserm n’ignore pas l’apport des sciences sociales. “La multidisciplinarité est une condition d’une démarche éthique et scientifique”, a considéré Jean-Claude Ameisen, président du comité d’éthique de l’Inserm.

Parallèlement à ce colloque, l’Inserm commence à apporter des réponses aux critiques qu’elle a essuyées : depuis septembre, chaque étape importante des expertises collectives est soumise au regard du conseil scientifique et du comité d’éthique de l’institut.

Colloque de l’Inserm sur le “trouble des conduites”chez les moins de trois ans

Ce colloque de l’Inserm se tient à la demande du Ministre de la Santé qui s’inquiète sans doute, à juste raison, du discrédit que ce rapport, comme d’autres qui l’ont précédé, jette sur l’Inserm.

Il faut noter que c’est la première fois qu’après la publication d’une “expertise collective” concernant le champ psy, l’Inserm se voit contraint d’organiser un colloque associant des praticiens de terrain et faisant une place à d’autres orientations et références.

Il y a un pas de plus à faire pour l’Inserm : cesser la publication “d’expertises collectives” sur le champ psy.

À n’en pas douter, il faut voir dans la tenue de ce colloque l’incidence du mouvement de remise en cause de cette expertise qui a répondu tout au long de 2006 à sa publication.

Dans ce mouvement, l’InterCoPsychos et les collectifs de psychologues qu’il rassemble, ont pris toute leur part. D’une part en développant ses propres initiatives, dès septembre 2005 la publication de textes sur la liste de diffusion électronique d’InterCoPsychos, l’organisation avec les Psychologues freudiens de l’après-midi de lecture publique le 28 janvier dernier, la publication des actes de cet après-midi, l’organisation de conférences débats dans plusieurs villes et manifestations, la publication d’articles dans des revues, magazines, journaux, la participation à des émissions de radios, etc., et, d’autre, part en participant activement au collectif Pasde0deconduite, à la diffusion et à la signature de l’Appel Pas de 0 de conduite pour les enfants de trois ans !, à son ouvrage chez Érès, au colloque du 17 juin et à d’autres initiatives.

Notre intervention dans ce contexte, et ses effets, nous encourage à poursuivre dans la même voie. Nous avons reçu d’innombrables échos favorables parmi nos collègues psychologues, et bien au-delà. Et, en même temps, nous voyons se diffuser les recommandations de l’Inserm et leur mise en œuvre se mettre en place – de prochains Instantanés en feront état.

Dans le collectif Pasde0deconduite, et au-delà nous avons trouvé des partenaires avec lesquels nous avons pu engager une conversation continuée, débattre et échanger sur nos approches respectives de la question, prendre des initiatives communes.

L’InterCoPsychos poursuivra dans cette voie et invite les collectifs et les psychologues à y contribuer.

Le monde entier doit-il avoir les mêmes valeurs ?

L’affirmation de l’unité du genre humain ne va pas sans se heurter à la diversité des cultures : les conflits, et même les guerres, qui déchirent le monde n’ont pas pour seules raisons des enjeux économiques. Ils sont en rapports plus ou moins directs avec la confrontation de normes antagonistes, de coutumes qui semblent incompatibles entre elles, de valeurs étrangères les unes aux autres.

Cependant, dans l’héritage de la philosophie des Lumières, la Déclaration Universelle des droits de l’homme, propose aux Nations de se réunir dans une même famille humaine, dans une même reconnaissance de la dignité humaine. Mais cela ne va pas de soi : il n’est ni évident ni facile de considérer que tous les êtres d’apparence humaine possèdent le même degré d’humanité. Bien des coutumes en vigueur ailleurs nous scandalisent, tandis que le même scandale frappe ceux qui ailleurs découvrent ce qui, dans nos usages, nous semble si évident et familier. Le rejet et l’interdit des actes de barbarie ne nous dit pas qui est le barbare de qui. Montaigne, au chapitre XXXI du livre I des Essais opposait déjà la barbarie extrême qui se déchaînait dans les guerres de religion, aux pratiques des “cannibales”.

Cette universalité dont la philosophie des Lumières est porteuse, n’est-elle pas une forme déguisée d’ethnocentrisme ? Ou bien au contraire n’a-t-elle pas une valeur positive partageable et compatible avec la reconnaissance de la valeur et de la dignité des cultures autres ?

Michel Rotfus

Alerte à la nouvelle version du Décret d’application de la loi 52

— Quelle est la position de l’ECF sur le projet de décret diffusé début octobre par B. Basset ?

J’en ai fait part le 27 octobre dernier au Professeur Francis Brunelle, conseiller du Ministre de la Santé, dans un entretien d’une heure que j’ai eu avec lui, à sa demande, au ministère. Je lui ai dit que nous étions stupéfaits.

Stupéfaits de la dureté de la nouvelle version du décret, parce qu’il s’agit là d’une façon d’invalider brutalement le travail fourni par des psychothérapeutes – 7.000, 7.500, dit-on —qui épongent régulièrement la souffrance psychique de milliers de personnes issues de toutes les couches sociales formant notre société.

Stupéfaits parce que la version du décret que le Ministre avait lui-même présentée le 7 avril à l’ample réunion convoquée, préservait l’équilibre actuel du champ professionnel psy, et comportait notamment, au bénéfice des actuels praticiens psychothérapeutes, une « clause du grand-père » qui a disparu dans la dernière version.

— Que vous a répondu votre interlocuteur ?

J’ai compris que par la suite, éventuellement, des arrêtés pourraient venir compléter le décret sur tel ou tel point. M. Brunelle a tenu à m’assurer qu’il ne s’agissait en rien d’un retour à l’intention première de l’amendement du député Accoyer, puis que, pour des raisons historiques, intellectuelles et autres, la psychanalyse ne pouvait pas être menacée de la sorte, et que lui-même, pour des raisons personnelles, était bien placé pour le savoir et donc pour la défendre.

— Que reprochez-vous à ce décret ?

Le Ministre avait lui-même présenté et argumenté le projet d’avril. Nous avions apprécié ce geste, et les différents groupements représentés, de psychanalystes comme de psychothérapeutes, avaient dit leur satisfaction. Nous avions donc été confiants pour la suite. Et voilà qu’à la rentrée, on nous sort un autre projet, fort différent, qui, lui, satisfait d’abord les praticiens des TCC, et peut-être les universitaires qui se sont faits très discrets. Ce projet de décret n’est pas équitable. Il semble exclure toute formation effectuée dans les associations. Et si l’on croît mettre à l’abri certaines catégories, la nôtre en particulier, ce ne sera pas le cas. Au contraire, l’exclusion des psychothérapeutes entraînera un bouleversement de l’ensemble des « psys ».

— D’où viendrait ce bouleversement ?

La dernière version, si elle restait telle quelle, amènerait les actuels psychothérapeutes à se déclarer psychanalystes, et c’est justement ce qui bouleverserait l’ensemble du champ psy. Dès lors, à moyen terme, la prochaine cible d’une réglementation spécifique, ce sera “les psychanalystes”. En revanche, le texte du 7 avril était assez perspicace et généreux pour ne pas ouvrir les vannes.

Les éléments d’un même champ, ou d’un même ensemble, inter- réagissent, et en pratiquant ce type d’éviction, c’est tout l’ensemble qui sera mis sens dessus dessous. Nous assisterons donc à une désorganisation, une déstabilisation voire à une dispersion de cet ensemble, avec des “psys” qui se renommeront “psychanalystes”. La situation deviendra intenable et insaisissable.

D’autres choses encore ne sont pas claires. Ayant pointé en passant qu’il était discutable qu’un médecin généraliste ait droit au titre de psychothérapeute sans aucune formation de cet ordre, je me vis répondre par M. Brunelle que cela était impossible, et que dans le cadre de la loi, un médecin ne pourrait pas s’installer comme psychothérapeute sans avoir reçu une formation préalable. Je vous laisse imaginer ma perplexité, puisque l’article 52 fait inscrits « de droit » les analystes comme les médecins et les psychologues : s’il était maintenant prévu d’exiger des médecins une formation préalable, qu’en sera-t-il des psychanalystes ?
Quoi qu’il en soit, le ministère semble préparer des mesures invalidantes touchant beaucoup de monde.


— M. Brunelle n’a pas eu de réponse à vos inquiétudes ?

Si, il m’a d’abord demandé de ne pas m’inquiéter. Puis, il m’a dit que les associations de psychanalystes seront probablement amenées à s’organiser en commission nationale, comme les psychologues qu’il avait reçus la veille, et avec lesquels il avait discuté de la création d’un “Ordre”. Enfin, il a ajouté que c’était pour ce problème de critère qu’il avait réuni au ministère des associations de psychanalystes (j’y représentais l’ECF), et d’où il était apparu qu’elles ne voulaient émettre aucun critère pour définir la formation du psychanalyste (c’est exact). Le ministère a donc respecté cette réponse, a-t-il ajouté, sachant que la psychanalyse est un exercice tellement particulier que l’État ne peut pas s’en mêler. Pour finir, le Pr. Brunelle m’a assuré de son accord avec ce que je lui avais dit au cours de cet entretien.

— Qu’avez-vous conclu de ces réponses ?

Qu’il y a des contradictions évidentes, ce qui peut traduire un embarras, ou un jeu complexe entre des pressions divergentes, ou bien le souci d’avoir plusieurs fers au feu, et de créer des situations susceptibles d’amener les uns et les autres, les psychanalystes en particulier, à adopter des mesures qui leur répugnent, notamment fixer un critère de l’analyste.

— Que comptez-vous faire ?

Jusqu’ici, nous étions rassurés par le projet du 7 avril. Songez que nous n’avons rien dit de ce sujet à nos dernières Journées scientifiques, qui réunissaient 1.850 personnes au Palais des Congrès. Maintenant que nous avons bien compris que le projet du Ministre est caduc et remplacé par le projet Basset, nous allons sensibiliser les membres de l’ECF et son entourage. Le présent entretien devrait alerter les participants du Forum d’Œdipe.

Plusieurs associations de psychanalystes ont pris contact avec l’ECF, nous allons créer des Commissions régionales partout en France afin de réfléchir sérieusement à ces questions, ce qui pourrait aboutir au temps suivant à une réunion nationale sur le sujet, par exemple à Paris et à la mi-décembre.

— De nouveaux Forums ?

Pas nécessairement. Ce sera, au moins pour commencer, moins spectaculaire, mais plus compact. Car il faut faire vite. En même temps que le texte Basset était diffusé et que l’on nous demandait notre avis à ce propos, le document était transmis au ministère de l’Éducation nationale, où il était validé par le CNESER. Ce n’est pas un procédé très loyal. Le texte est déjà actuellement à l’Hôtel Matignon. On peut s’adresser à Mme Claire Legras, mailto: sec.claire.legras@pm.gouv.fr, qui suit les affaires de santé pour le Premier Ministre.

Des 7 erreurs la plus grave

Communiqué de la SARP

sur la troisième version du décret d’application
de l’article 52

La SARP a dénombré six différences essentielles entre la troisième et la deuxième version du décret d’application de l’article 52 réglementant l’usage du terme de psychothérapeute. Nous les détaillons ci-après.

Pourtant il nous semble que le ministère commet ici la septième et bien la plus grave des erreurs : celle d’avoir mené en bateau l’ensemble d’une profession dans des négociations illusoires pour finir par accoucher d’un texte scélérat, entérinant le vol d’un titre forgé par une profession organisée au profit d’une université qui n’a jusque là, en la matière, aucun titre à faire valoir, qu’elle soit de psychologie ou de psychiatrie. On jugera en outre du sérieux de l’ensemble à l’aune de la persistance, à l’article 2, de la qualification comme psychothérapeute par l’obtention du diplôme de docteur en médecine… L’article 3-II, dit clause du grand-père, disparaît quant à lui en poussant dans l’illégalité des milliers de psychothérapeutes formés dans leurs instituts privés et légitimés par la confiance non démentie d’un public que ne séduisent pas les sirènes d’un savoir universitaire abstrait ou diafoiresque.

À la section II (“la formation en psychopathologie clinique pour user du titre de psychothérapeute”), on relève l’apparition, dans l’établissement du “cahier des charges”, du ministère de l’Éducation nationale aux côtés de celui de la Santé, tandis qu’est rayée d’un trait de plume la légitimité des instituts privés : disparaît la mention : “Cette formation peut être confiée à l’Université ou à des organismes passant convention avec l’Université”.

Enfin la place de l’université est confirmée par la durée de la formation prévue qui passe de 150 à 500 heures théoriques, tandis que celle du stage passe de 4 mois à 500 heures. La notion de “prérequis” refait, quant à elle, son apparition pour l’inscription dans ce cursus.

Au final l’État croit préférable de stabiliser le champ psy en confiant à l’Université l’exclusivité de la délivrance du titre de psychothérapeute. C’est un point de vue… d’État. Mais que sait-on des conséquences d’un acte aussi brutal, tant dans les modalités de son avènement que dans l’extension sans ménagement de son application ? Quid de la confiance qui semblait régir les négociations entre partenaires lorsque la parole donnée est retirée en toute mauvaise foi ? Quid de la valeur d’un titre dont tout le monde saura comme il a été usurpé ? Quid de l’avenir professionnel des ex-psychothérapeutes ainsi dépouillés ? Quid à l’avenir des psychanalystes dont on ne voit pas ce qui les protégerait : d’abord de la requalification des psychothérapeutes en psychanalystes, puis, les mêmes causes produisant les mêmes effets, d’un sort identique à celui de leurs amis psychothérapeutes.

Enfin, on ne peut que craindre de voir ce déferlement législatif finir, de proche en proche, par s’attaquer aux moindres signifiants de la langue après avoir voulu écrire l’Histoire : réduite à une gesticulation impuissante, la représentation nationale verra désormais son emploi réduit à celui d’écrire le dictionnaire. Il y a une urgence politique.

www.forumdespsychiatres.org

Une vérité qui dérange

BILLET

Une vérité qui dérange

Film conférence d’AL GORE
ex-futur président des États Unis.

Notre Nicolas Hulot national a trouvé pour son dernier livre un titre qui résume parfaitement la situation : Le syndrome du Titanic. Dans le film Titanic, on voit les passagers se livrer à leurs divertissements favoris et l’on sait que dans quelques heures la plupart de ces gens mourront noyés. De même aujourd’hui on peut voir l’humanité voguer insouciante sur sa planète, toute à ses divertissements coutumiers, et l’on sait que dans peu d’années le naufrage est inéluctable. La grande différence est que les passagers du Titanic ne savaient rien, ne pouvaient rien savoir, tandis que l’humanité d’aujourd’hui ne veut pas savoir mais sait.

On se rappelle qui est AL GORE, ex-futur président des États-Unis. À quelques bulletins près en Floride, c’est Bush et non lui qui serait devenu président. Depuis Al Gore continue ce qu’il faisait déjà depuis longtemps : des conférences partout dans le monde pour tenter de faire entrer dans la tête des gens – et en particulier de ses concitoyens – que le CO2 et le réchauffement c’est vraiment grave.

Son film montre des schémas, des graphiques, et surtout des images de nature, entrecoupées de brefs morceaux de conférence. Al Gore est un excellent conférencier, sobre, éloquent, convaincant. Son propos est remarquablement construit et conduit. Les images arrivent juste à propos pour nourrir la pensée visuelle en même temps que la pensée verbale et logique. Le résultat est une vraie synergie entre savoirs et émotions.

En France la résistance à cette Vérité qui dérange est forte. Allez la voir, vous serez mieux armé pour ne pas laisser pérorer les apôtres de la bougie (ceux qui vous évoquent un retour à la bougie dès qu’on parle de freiner). Allez la voir, c’est un acte de responsabilité citoyenne. Mais surtout c’est fascinant, passionnant, dérangeant. On ne s’ennuie pas une seconde.

Souffrance psychique et coupe-gorge juridique

Nous avons exposé, dans plusieurs articles (1“), que ce qu’il est convenu d’appeler “l’amendement Accoyer”, devenu l’article 52 de la loi du 9 août 2004, étant strictement contradictoire dans ses termes, toute tentative qui consisterait à écrire un texte d’application de cet article était inexorablement vouée à l’échec. Philippe DOUSTE-BLAZY en avait logiquement tiré la conclusion qu’il ne publierait pas de décret à partir de ce texte.

Son successeur au ministère de la Santé, Xavier BERTRAND, semble, lui, s’en tenir à cet axiome simple : une loi a été votée, elle prévoit un décret, il faut donc le faire, et nous le ferons.

Le parlementaire que je suis est habitué à attendre très longuement — beaucoup trop longuement ! — la publication des décrets. Il devrait donc logiquement se réjouir de cette volonté du ministre de publier un décret, tant est inacceptable le pouvoir exorbitant que s’arrogent trop de ministres de décider… de ne pas appliquer une loi pourtant votée par le Parlement en s’abstenant purement et simplement de publier les décrets : c’est, hélas, très fréquent.

Mais dans ce cas précis, le raisonnement ne tient pas, ne vaut pas, pour la simple raison que le texte de la loi est contradictoire.

On a pu, et on peut toujours, se demander pourquoi il en est ainsi. C’est un beau sujet de réflexion pour les historiens du droit et pour les explorateurs de la psychologie collective. S’agit-il d’une claire volonté qu’il en soit ainsi, d’une manœuvre visant à faire imploser un processus législatif par ailleurs très mal engagé ? S’agit-il, comme je le crois, d’un remarquable lapsus, d’un acte manqué, dont l’analyse eût stimulé Sigmund Freud et bien d’autres ?

On peut en débattre.

Mais cela ne change rien à la réalité de la contradiction qui appelle — si l’on veut vraiment traiter du sujet — que l’on reprenne les choses à leur commencement, qu’on organise une concertation approfondie avec les professions concernées, que l’on voie si la meilleure façon d’avancer relève de la loi, ou relève d’abord de la loi. Pour ma part, je ne crois pas qu’il soit, en l’espèce, judicieux de commencer par le législatif. Le législatif peut, en revanche, être l’aboutissement d’un processus. Mais il faut, pour cela, que le processus ait lieu.

Je viens de parler du sujet. Encore faut-il définir quel est le sujet. Si le sujet s’était limité aux conditions d’exercices de la profession de psychothérapeutes, les choses auraient été plus simples, plus claires et sans doute plus facile. Mais on a vu très vite que cette question n’était que la partie émergée de l’iceberg. Le débat était autre. Il portait sur la psychanalyse et sur la volonté farouche de lui substituer ou, pour le moins, de lui préférer, dans plusieurs champs disciplinaires, le comportementalisme et, en tout cas de “démontrer” que les techniques issues du comportementalisme étaient plus efficaces que la psychanalyse pour traiter la souffrance psychique. D’une certaine façon les psychothérapeutes furent le prétexte à un autre débat, à un autre sujet. Cela montre que, dans cette affaire, tout se tient.

Dans cette démarche impossible consistant à publier absolument —comme s’il s’agissait d’un impératif catégorique kantien — un décret pour appliquer un texte de loi inapplicable, M. Xavier Bertrand en est à la troisième étape, à la troisième mouture. Et comme on pouvait s’y attendre, la troisième version du projet de décret, en date du 30 septembre 2006, est aussi, voire davantage, contraire dans ses termes, tantôt à une partie, tantôt à une autre partie, du texte de la loi que les précédentes.

On a l’impression d’assister à une activité désespérée consistant à faire, de version en version, l’inventaire de toutes les contradictions, et de toutes les contradictions au second degré, possibles. Et l’on est constamment tenté de demander à l’auteur de ces textes successifs pourquoi il agit ainsi. Que cherche-t-il ? Où va-t-il ? À quoi bon cet inventaire, cette énumération, cette taxinomie des impasses ?

À ceux qui douteraient de ce que j’écris, j’exposerai simplement les faits tels qu’ils résultent de la nouvelle mouture de l’avant-projet de décret.

1) En vertu de celui-ci tout médecin, même s’il n’a fait aucune étude en psychothérapie, peut se prévaloir du titre de psychothérapeute, ce qui est contraire au 4ème alinéa de l’article 52 de la loi.

2) Cela vaut pour tout psychanalyste, dès lors qu’il est inscrit sur une liste, ce qui est contraire au même alinéa du même article

3) Aucune définition n’étant donnée desdites listes, aucun accord n’existant avec l’ensemble des sociétés de psychanalystes à ce sujet et la psychanalyse n’étant jamais définie par la loi, il n’existe pas de définition légale du titre de psychanalyste, ce qui réduit à néant toute velléité de “crédibiliser” le titre de psychothérapeute en l’adossant à celui de psychanalyste.

4) Rien n’empêche dans la dernière rédaction de l’avant-projet de décret les actuels psychothérapeutes de se dénommer psychanalyste : je n’ignore pas que la dénomination de psychanalyste est régie par des règles internes à la profession, mais celles-ci ne relèvent pas de la loi.

5) Aucun élément n’est fourni permettant de justifier théoriquement et pratiquement au regard de la loi (je me place ici de ce seul point de vue, n’ignorant évidemment pas qu’il en est d’autres), et donc de l’avant-projet de décret d’application, une différence de traitement entre psychanalyse et psychothérapie relationnelle.

6) Dans la dernière mouture de l’avant-projet de décret, les années de pratiques professionnelles des psychothérapeutes en exercice ne sont plus prises en compte pour l’attribution du titre. C’est totalement contraire, non seulement aux termes de la version précédente (pourquoi ?), mais aussi aux engagements formels pris par les membres du gouvernement lors des débats parlementaires, et dont les comptes-rendus font foi. Pourquoi ?

7) Alors que, dans la précédente mouture du texte, l’Université était à peine évoquée, celle-ci acquiert, dans la nouvelle version, un quasi monopole pour la formation des futurs psychothérapeutes professionnels. Pourquoi un tel changement de cap ? Je veux être là-dessus très clair : autant il me parait légitime et souhaitable que l’Université délivre des formations qui lui sont propres et qu’elle ait pour mission d’évaluer et de valider les formations extérieures conduisant au titre de psychothérapeute, autant il me parait difficilement défendable de considérer que toutes les formations extérieures à l’Université existantes sont nulles et non avenues, alors qu’il en est de qualité.

8) Si cette version du décret était promulguée, les conséquences en seraient simplement nominalistes. Des professionnels n’ayant pas reçu de formation spécifique pourraient contrairement à une partie de la loi, s’appeler psychothérapeutes. Et quant aux psychothérapeutes, ils pourraient légalement s’appeler psychanalystes (et créer de nouvelles sociétés de psychanalystes) ou être contraints – certains l’envisagent sérieusement — de changer de nom pour sauver les formations existantes. S’ils changent de nom, et si on tient aux mêmes logiques, il faudra voter… une nouvelle loi pour définir les conditions dans lesquelles on pourra se prévaloir de la nouvelle dénomination et préparer — évidemment — un nouveau décret. Beau résultat !

N’est-il pas plus sage d’en finir, une bonne fois, avec cette machine infernale et d’engager enfin sur des bases plus claires et plus rationnelles, et sans a priori, un travail approfondi associant les représentants des ministères compétents et ceux des professions concernées ?

Jean-Pierre SUEUR
Sénateur du Loiret

  • 1 Psychanalyse et Politique, histoire d’un amendement, PSYPROPOS, novembre 2004 ; Une nouvelle chasse aux sorcières (avec Jack RALITE), Le Monde, 1er septembre 2005, repris dans : E ROUDINESCO, Pourquoi tant de haine ?, éd Navarin, 2005 ; Place nette, la Règle du Jeu n°30, janvier 2006 ; Remarques sur l’avant-projet de décret, Journal des Psychologues, janvier 2006 repris dans Réel, février 2006 ; Halte au bricolage scientiste, Libération, 9 mars 2006 ; Amendement Accoyer : la débâcle, Journal des Psychologues, juillet 2006.

Freud parcours secrets

XXI-ème colloque
de la
Société internationale d’histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse

Matinée

09:00 Introduction : Élisabeth Roudinesco

09:30 Président de séance : Anny Combrichon

Carlo Bonomi : Du sexe mutilé au culte du phallus

10:15 Discussion

10:30 Pause

10:45 Président de séance : Pr. Jacques Postel

Sergio Rouanet : La Toussaint de Freud

11:30 Discussion

11:45 Discussion générale

12:30 Déjeuner

Après-midi

14:30 Président de séance Alain Vanier

Henri Rey-Flaud : Le génie de Freud

15:15 Discussion

15:30 Pause

15:45 Président de séance : Pr. François Caroli

René Major & Chantal Talagrand : Les fils de l’Histoire, de Göttingen à Vienne

16:30 Discussion

16:45 Discussion générale

17:30 Conclusion : Michel Plon

[Document : Formulaire d’inscription au XXI-eme colloque du SIHPP]

Décret : le SNPPsy répond à la troisième proposition ministérielle d’écriture du décret d’application

SNPPsy — Psychothérapeutes relationnels & psychanalystes

Lundi 9 octobre 2006

À Monsieur Bernard BASSET,
Sous-directeur à la direction Santé et société
du Ministère de la Santé et de la Solidarité

Résumé : nous refusons totalement la dernière version du projet de décret. Celle-ci ne correspond en rien au contenu de nos discussions, aux multiples rapports que nous vous avons adressés, ni aux engagements successifs pris par les ministres à notre égard. Il est encore temps de ne pas lancer une machine aussi dangereuse.

Monsieur,

Nous recevons le troisième projet de décret d’application pour l’article 52 de la loi n° 806-2004 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique concernant l’utilisation du titre légal de psychothérapeute, dont nous vous remercions.

Comme le ministre Xavier Bertrand était venu en personne soutenir un projet faisant suite au rejet massif du précédent vôtre, nous lui avons écrit pour finir après mûre réflexion que nous acceptions sa parole donnée. Nous avons accompli ce geste en dépit du caractère aporétique persistant de l’article 52 dont aucun habillage ne pourrait dissimuler la boiterie, en dépit des réserves que nos militants formulaient à l’idée de laisser l’État se mêler des affaires de l’inconscient et de la psyché, afin de répondre à sa demande, puisqu’il faisait un pas vers nous, de pacifier le territoire conflictuel de notre commun Carré psy (1“).

Ça n’était pas la peine de nous donner tant de mal. De si longues négociations pour conduire de A à A’, et instituer un cursus de psychopathologue qui croit pouvoir corseter des professions qu’on ne pourra jamais enfermer dans un corporatisme d’État. Nous voici donc à peu de choses près revenus à la case départ.

Nous n’entendons point nous épuiser indéfiniment à tourner en rond pour constater au bout du compte ce que nous savions au démarrage, que les psychologues “scientifiques” professeurs d’université alliés à une médecine organiciste hégémoniste, n’en veulent qu’au titre que nous avons bel et bien créé, et bien servi, pour eux s’en servir, et nous en déloger.

Nous protestons que nos organismes titularisants devraient simplement, en toute justice et égalité de traitement, se voir reconnus à l’instar des sociétés reconnues de psychanalyse, et nos praticiens jouir des mêmes privilèges, sous couvert de la même dénomination générique de psychothérapeute, sorte de moule à quatre compartiments. Le texte de l’article 52 n’y conduisait pas par voie royale. On pouvait imaginer des aménagements, que les propositions du ministre Xavier Bertrand semblaient près de concrétiser. Nous marquons notre profond désaccord avec des propositions d’écriture qui reviennent largement en arrière.

****************************************************

Voici quoi qu’il en soit quelques remarques sur le texte proposé.

a) la contradiction entre les alinéas 3 et 4 de cet article de la loi reçoit un traitement différent (on ne stipule plus l’obligation universelle de formation — alinéa 4), mais n’est toujours pas traitée. On se souvient en effet que l’alinéa 3 prévoit une inscription de droit pour trois catégories de personnes visées par la loi, alors que le 4 prévoit une formation pour toutes les catégories.

b) la question de la constitution de nouvelles institutions de psychanalyse reste évidemment problématique, le premier tribunal venu pouvant désavouer tout ce bel édifice. Par ailleurs, pour prévenir l’effet pervers, il faut évidemment se garder de nous exclure du cadre proposé.

c) le retrait de toute disposition de type clause du grand-père augmente exagérément le caractère discriminatoire de la loi. Sa radicalité ne laisse pas d’être inquiétante. Tenter de criminaliser environs 7500 praticiens et de désemparer le nombre considérable de ceux qui se satisfont de recourir à eux, c’est beaucoup pour un seul décret. Par ailleurs il est constant que toute nouvelle réglementation professionnelle comporte toujours une période intermédiaire avec absorption du stock existant comme disent les gestionnaires.

d) l’absence de mention de lieux de formation extra universitaires va dans le même sens. La psychothérapie relationnelle, justement évoquée aux côtés de la psychanalyse par le ministre Douste-Blazy devant le forum des psys, puis escamotée dans les textes qui suivirent, est définitivement exclue du décret d’application. Cette ignorance facilite fâcheusement les confusions.

Et puis, il vaut toujours mieux faire face à la réalité que l’ignorer. Aucun autre pays du monde moderne, exceptés les pays à vérité révélée, ne refuse actuellement une psychothérapie à plusieurs visages (les quatre du Carré psy), gérée en bonne entente institutionnelle avec les structures universitaires par ceux qui connaissent et transmettent le mieux les disciplines de la psychothérapie relationnelle, les écoles privées agréées par la profession elle-même. En vous adressant à nous vous manifestez que vous n’ignorez pas cela. Le paradoxe de nous reconnaître et ignorer en même temps, on peut parier qu’il se retournera en définitive contre ses auteurs.

e) les 1000 heures remplaçant le master de psychologie clinique vont dans le même sens, de ne reconnaître comme professionnels du psychisme que trois catégories sur quatre (encore que les trois premières n’y soient pas soumises — tandis que la quatrième n’aura pas les moyens de s’y soumettre, on nage dans le paradoxe), en contraignant les représentants de la quatrième à endosser une double formation. Les précédentes dispositions pratiquaient l’ouverture, celles-ci la fermeture. Nous ne saurions que nous y opposer, au nom du bon sens, de l’équité, et de la reconnaissance du fait flagrant de notre existence.

f) les médecins et psychologues non cliniciens (cf. notre article (a)) n’ont aucune justification à se prévaloir du titre de psychothérapeute, sinon que cette extension le vide de sens. Nous insistons sur l’iniquité consistant à attribuer un titre de psychothérapeute à des praticiens qui ne le demandent pas et n’en n’ont pas la formation. En second lieu il y aurait là tromperie majeure vis-à-vis d’un public que l’on prétend défendre et protéger : deuxième non-sens évident de cette rédaction, le public pensera s’adresser à des psychothérapeutes qui n’en sont pas !

****************************************************

Il se dégage de tout cela que les praticiens de notre profession n’apprécient pas de voir travestie leur honorabilité, confisqué leur nom, et de se voir contraints d’en changer. Nous vous demandons d’éviter le faux-pas par lequel se trouve agressée injustement et inconsidérément une profession tout entière et l’ensemble de sa patientèle. Dans une telle affaire, surseoir serait sage. Il est encore temps de suspendre un texte qui n’est pas de nature à pacifier la zone qu’il se propose de circonscrire. Votre nouvelle rédaction nous semble promise à l’effondrement au premier défi légal à venir. Une maladresse d’anthologie nous paraît marquer le désordre qu’elle introduit dans un ensemble de corps professionnels qui n’avait pas besoin de cela. Nous vous engageons à ne pas y persister.

Comme chacun sait, les quatre grandes classes de professionnels du psychisme sont utiles et nécessaires, leur travail complémentaire et leur utilité publique égale. Les véritables besoins du public et la complexité de la matière psy requièrent qu’aucun interdit majeur ne vienne frapper l’un des protagonistes du Carré psy. Primum non nocere. Un remède pire que le mal n’est pas ce dont a besoin la psychothérapie du XXI ème siècle, ce dont ont besoin aujourd’hui les Français.

Nous vous prions de croire à toute notre considération.

Philippe Grauer
Président

  • 1 Ensemble constitué des quatre professions majeures du psychisme : psychiatrie, psychologie, psychanalyse, psychothérapie relationnelle, les quatre prétendant à des titres divers pratiquer la psychothérapie, désignation générique.