Écologie : réglementation piquante

13-20 décembre — semaine d’actions sur le front de l’ortie

Des usagers et usagères du purin d’ortie appellent à une semaine d’actions “sur le front de l’ortie” avec disséminations de recettes, sensibilisations, informations et actions de desobéissances du 13 au 20 décembre.

Ils entendent ainsi protester contre la mise en application de la Loi du 1er juillet 2006 qui “interdit de vendre, d’utiliser et de détenir des préparations non homologuées à base de plantes pouvant servir à la croissance, ou à la protection des végétaux (tel que le purin d’ortie utilisé depuis des siècles) ainsi que d’en faire la publicité ou toutes recommandations“.

Ils souhaitent lutter pour le maintien de savoir-faire anciens ou innovants qui ne génèrent aucun profit économique et s’élaborent collectivement et gratuitement dans un souci de respect des personnes et de l’environnement.

Lire http://village.groupejmg.fr/index.php?ids=&Menu=Actu&Action=777&idn3=1850

Tocomanie & anti tocomanie

Cher Philippe, je crains que tu te sois précipité sur le site du CIFP pour démontrer ton allégeance à un de ces précieux ridicules que se font passer parfois dans la presse de ce cher pays comme experts en psychanalyse ou se lancent dans la tentative relationnelle de venir — après tout pourquoi pas ? en aide aux autres.

Ce genre de personne tentée de se moquer de ceux qui veulent “se rassurer que le gaz est fermé” ou l’autre catégorie épinglée (de toute évidence des souffrants du syndrome de Tourette) devrait être contraint de lire une fois par trimestre l’extraordinaire livre de William Styron (traduit en français) Face aux ténébres, qui démontre, si besoin était, que lorsque l’on est profondément noyé dans la souffrance d’une grave dépression ainsi, bien évidemment, que dans l’horreur des compulsions qui se saisissent de vous corps et âme, le “sens” de tout ça est aussi largement et cruellement éloigné pour vous que l’est l’expérience d’un astronaute sur la lune pour un polyhandicappé moteur.

Eh bien, l’on se trouve maintenant avec deux groupes de parfaits crétins qui se regardent en chien de faïence : les TCC qui essaient de nous faire un plan romantique autour des TOCs, censés bourdonner autour de nous alors que les cas graves, sans être rares, ne se trouvent tout de même pas à chaque coin de la rue. Ils auraient arraché le traitement, comme Pasteur, d’une profonde obscurité culturelle et méthodique, et sont fiers de nous annoncer qu’ils ont un taux (très mince quand même) réél de réussite. Ils laissent sousentendre ce que Eysenck a dit tout haut à Vienne en 1996, que les autres problèmes c’est de l’imaginaire.

Face à eux c’est la narquoiserie personnifiée. Un psychiatre/psychanalyste qui se moque même des souffrants du syndrome de Tourette parce qu’ils ne se le sentent pas de chercher “le sens” de la chose! À ce que je sache ça fait 170 ans que l’on sait que le syndrome de Tourette n’en a aucun. Que de telles personnes font bien sûr la queue pour se faire enlever une partie ou une autre du cerveau pour tenter d’arrêter leur souffrance, ne doit aucunement surprendre quiconque a jamais travaillé avec de tels cas. Certains s’arracheraient même la tête plutôt que de continuer à vivre dans cette souffrance. Tout compte fait, vaudrait mieux arracher la tête de celui qui a écrit l’article.

Cher Michael comme je te vois prompt à égaliser le jeu entre les protagonistes. Tu me brandis un détail (expression le penniste j’en conviens) pour troubler l’ensemble de la forme. En effet, il existe des cas et des personnes pour qui le recours hélas à la chirurgie du cerveau reste indiqué, qui le contestera ? mais le sens général de l’article de Weinrib (honorable membre de la SPP tout de même, ce qui prouve que toute la SPP n’est pas idéologisée Groupe de contact) demeure que les TCC ne sont pas opposables à la psychothérapie par le sens et que traiter quelqu’un en sujet, chaque fois que c’est possible (il me vient que cette prudence de ma part dans l’expression est terrible : on pourrait postuler que c’est toujours possible !!), et tu avoueras que c’est quand même le plus souvent le cas (il aurait fallu dire : toujours), reste une bonne option. L’aider à prendre en charge en se mettant à y comprendre quelque chose, ses symptômes plutôt que les lui verrouiller scientifiquement et neuro-chirurgicalement si nécessaire sur la position OFF, avec tous les dommages collatéraux que cela représente, constitue l’option humaniste qui est la tienne, la nôtre.

Si humaniste que tu n’aimes pas quoi que ce soit qui puisse sentir l’intolérance, ou la bêtise symétrisante. Je t’accompagne volontiers jusque là.

Si tu en tombes d’accord je publierai ta réaction, et ma réponse ensuite. Voilà qui est fait. Nous verrons bien si quelqu’un sur la Toile s’en mêle.

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Note technique : Syndrome de Tourette : le syndrome Gilles de la Tourette est un désordre neurologique chronique caractérisé par des mouvements moteurs répétitifs et involontaires et par des sons vocaux incontrôlables qui, dans certains cas peuvent même se traduire en fragments de mots ou de phrases répétés (coprolalie) ou en mots carrément orduriers (coprolalie). On l’appelle parfois la maladie des tics et trois fois plus d’hommes que de femmes en sont affectés. Parfois les tics sont tellement complexes que l’entourage a des difficultés à croire qu’il peut s’agir de mouvements et de vocalisations involontaires.

Ces malades qui peuvent sauter sans raison apparente, cracher, jurer ou afficher toutes sortes de mouvements ou de comportements bizarres ont longtemps passé pour des fous, des possédés, des handicapés mentaux, des mal élevés ou des dégénérés. Même s’il a été décrit pour la première fois au milieu du 19e siècle par un neuropsychiatre français dont il a pris le nom, le syndrome est longtemps demeuré un mystère, ignoré même des médecins et parfois des victimes elles-mêmes.

La question à la clé c’est que l’angoissé de base, si l’on peut dire, qui remonte chez lui vérifier que le gaz est bien fermé ne relève pas fatalement du tout de ce syndrôme tel que décrit ici. Ah ! psychopathologie, que de délires peux-on induire à partir de toi !

Freud, parcours secrets

Beau colloque à la Société internationale d’histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse à Sainte Anne à Paris ce samedi 2 décembre. Selon quatre communications se rencontrèrent intérêt historique et théorique. Nous en donnons ici le début du compte-rendu.

Sergio Rouanet, professeur émérite à l’université de Brasilia, essayiste qui a travaillé à l’intersection de la philosophie et de la psychanalyse et s’intéresse particulièrement aux relations de celle-ci avec la société, ouvrit le bal. Il nous a rapporté le suc d’un ouvrage qu’il vient de publier Une Toussaint de Freud (celle 1906), sur les ouvrages que Freud avait désignés à la demande de Hugo Heller comme les dix livres bons amis qu’il aimerait avoir emportés avec lui s’il venait à robinsonner. Sergio Rouanet nous a présenté un Freud qui recherche dans le kaléidoscope de l’actualité culturelle ce qui nourrit sa propre théorisation et qui, plutôt conventionnel dans ce domaine, s’intéresse en littérature davantage à la matière des histoires elles-mêmes qu’à leur originalité de construction.

Avec Carlo Bononi, auteur de Au seuil de la psychanalyse, Freud et la folie de l’enfant, ce qui est d’abord mis en lumière c’est la continuité d’une violence allant jusqu’à la chirurgie avec laquelle la répression de la masturbation met en place une médicalisation de la morale.

Le terme de castration n’arrive pas au hasard dans une époque où une batterie de traitements mutilants conduit le corps médical jusqu’à intervenir bistouri à l’appui contre la cause supposée de maladies nerveuses qu’une ablation préviendrait (dans certains cas on est tout de même allé jusqu’à l’infibulation). Une théorie sexophobique prévaut, médicalisant à outrance. Adolf Baginsky, maître de Freud en pédiatrie, parle de masturbation du nourrisson et d’éliminer les sources possibles d’irritation de ces zones érogènes trop sensibles (la théorie de la séduction prendra appui sur cela). On éradiquera ainsi depuis le tissus rugueux jusqu’à des morceaux du sexe lui-même, chez les deux sexes.

Freud refuse ces pratiques de l’époque et nous introduit à la modernité. Quand la psychanalyse avance le concept de castration c’est en rupture avec cette pulsion chirurgicale organiciste à coloration hygiéniste, longue tradition de violence médicale au corps dont on peut mesurer combien elle a la vie dure, sous d’autres formes, jusqu’à aujourd’hui. Le basculement du traitement symptomatique y compris par la chirurgie au traitement étiologique via une théorie du traumatisme psychique arrivera par le terme psycho-analyse introduit par Freud. Rupture épistémologique, on passe du sexe mutilé, de la castration réelle, au concept de phallus et à la castration symbolique.

L’hystérie, maladie gynécologique, change de statut. La castration chirurgicale des femmes va céder la place. Il en subsistera le terme, demeuré inquiétant dans le langage courant. Et le franchissement de l’hystérie débarrassée de son attache organiciste à l’utérus vers le masculin.

(à suivre)

Psychiatrie : vers le nouveau “sujet TOC”

Lire dans Le Monde du 5 décembre

La Haute Autorité de santé (HAS) a récemment adressé aux psychiatres une brochure intitulée Trouble obsessionnel compulsif (TOC) résistant : prise en charge et place de la neurochirurgie fonctionnelle. Sous le couvert bien anodin d’une “évaluation des technologies de santé” s’y déploie la nouvelle collection d’hiver des thérapies du comportement. Elle concerne les “sujets TOC” (sic), présentés comme des “handicapés” à qui on se propose d’infliger des traitements de plus en plus cauchemardesques, surtout s’il leur venait l’idée saugrenue de résister au premier degré.

Qu’est-ce qu’un TOC? Tout le monde sait ce qu’est une obsession, qui peut aller de l’envie de vérifier si on a bien fermé le gaz à celle de dire des cochonneries ou des choses sacrilèges dans une réunion bien-pensante. Chacun peut sentir qu’il s’agit là d’un conflit entre le désir et son interdit, entre la violence des pulsions ou l’envie de tout contrôler et la nécessité d’être M. Tout-le-Monde. Oui, quand ça devient trop envahissant, on peut glisser vers ce qu’on appelle classiquement une névrose, souffrance chronique d’un sujet divisé.

Chacun peut sentir qu’il y a là une histoire personnelle à éclaircir, sauf notre équipe de docteurs du comportement. Pour ces nouvelles autorités de la psyché, pas question de s’identifier à cela, d’écouter le patient et de risquer de sentir que sa névrose est peut-être aussi un peu la nôtre, c’est-à-dire une maladie humaine. Tout ça c’est fini, ces vieilles histoires freudiennes. Il s’agit d’un ” sujet TOC “, déshumanisé, réduit à son comportement comme un animal de laboratoire.

Voici venu enfin le temps des méthodes efficaces et de la technologie de santé appliquée au psychisme. Premier degré, on nous propose une association musclée entre une thérapie comportementale intensive, une thérapie cognitive et des antidépresseurs. Nous voilà loin des premières affirmations triomphales des comportementalistes nous décrivant des guérisons quasi miraculeuses en quelques séances, type Orange mécanique. L’intérêt de ce document est de nous révéler que rien de tout cela ne marche sans antidépresseurs. Personne n’a d’ailleurs pu montrer que ces médicaments agissaient sur les mécanismes causant les obsessions, mais tout donne à penser qu’ils sont devenus indispensables aux comportementalistes, tellement les patients risquent de se déprimer gravement, si on s’emploie ainsi à raboter sauvagement leur symptôme, sans les accompagner dans une reconnaissance profonde de leur être. Il a été démontré scientifiquement que les prescriptions d’antidépresseur créent une véritable toxicomanie, tant ils entraînent très rapidement une dépendance physique et psychique générant un syndrome de sevrage.

Mais c’est une bonne nouvelle qu’on veut nous annoncer : les patients réfractaires, ces “sujets TOC” qui ont le culot de résister n’ont encore rien vu. Nos savants ont fait une longue revue de la littérature mondiale et nous annoncent avec délectation qu’on va pouvoir les opérer en neurochirurgie. Sans craindre le ridicule, emportés sans doute par l’aveuglement de leur volonté de puissance, ils nous annoncent un florilège de techniques, les unes plus mutilantes que les autres. Ils ne savent même pas si l’on doit faire une “capsulotomie antérieure, une cingulotomie antérieure, une tractomie subcaudée ou une leucotomie bilimbique”, c’est au petit bonheur la chance qu’on opère.

On se croirait revenu au temps des médecins de Molière, mais l’envie d’en rire se fige lorsque ces longs couteaux audacieux nous expliquent, sans affect, que des lésions irréversibles sont causées lors de cette chirurgie d’ablation, évoquant pudiquement des “complications”, dont il nous sera fait grâce, sans doute pour ne pas rompre le charme. Si vous avez froid dans le dos, nos comportementalistes sont ravis de présenter aux tièdes une technique chirurgicale optionnelle, supposée réversible cette fois-ci. Si vous avez peur de détruire des zones cérébrales de vos patients, et bien vous pouvez toujours les stimuler avec des électrodes implantées dans le cerveau. On a même la possibilité d’ajuster les différents paramètres du courant électrique (fréquences, voltage, durée d’impulsion), ce qui nous rappelle tous quelque chose.

Bien sûr, des complications existent, il y a un peu de casse, tout juste un petit 1 % à 2 % d’hémorragies intracérébrales, et 3 % à 4 % d’infections du cerveau. Au fait, après avoir subi ces ” traitements “, vous continueriez à dire à votre docteur que vous avez des obsessions, histoire de se payer une tractomie subcaudée, à peine rescapé d’une capsulotomie antérieure ? Les statistiques de résultats seront excellentes.

Et si on en parlait publiquement, à l’heure où d’importantes dépenses de la collectivité sont consacrées à cette étude, largement distribuée d’office aux psychiatres de France, qui sont loin d’être tous convaincus de cette idéologie d’une dégradation de l’autre en sujet TOC. La prise du pouvoir thérapeutique par les comportementalistes passe d’abord par l’affirmation que nous devons nous moquer du sens des symptômes. Ce ne sont que simples comportements erronés ou “cognitions” distordues. Si vous admettez ces prémisses, vos thérapeutes ont les moyens de vous faire rectifier de telles erreurs. Vous avez aimé Le Livre noir de la psychanalyse, vous adorerez la chirurgie des obsessions et ses délicates leucotomies bilimbiques. Un film d’horreur, mais en version réalité, très XXIe siècle.

Steven Weinrib

SCOOP : un évadé de la barque de Charon contacte Woody Allen

Époustouflant, magique et tragique, Scoop est un film majeur dans l’œuvre de Woody Allen. Dans ses interviews, il minimise ce film comme s’il tenait à satisfaire ses interlocuteurs qui ne peuvent s’empêcher de comparer ce film au précédent, Match Point, unanimement consacré comme un chef d’œuvre. La fantaisie et la légèreté délirante de ce film contraste il est vrai avec la gravité de Match Point. En même temps elle lui répond et cet ensemble est proche de la perfection.

La subtilité de ce film construit en référence à Match Point en mettant en scène une jeune femme américaine de basse extraction, interprétée par la même actrice et confrontée à l’aristocratie anglaise, est époustouflante. L’Illusion comique de Corneille ou La tempête de Shakespeare ne sont pas loin.

Woody Allen vient à la rescousse de son personnage. Grâce à lui, elle aura sa revanche. Il sera son sauveur. Grâce à ce film il peut nous dire : tout ce que vous avez vu est une illusion. La vie est terrible et injuste en particulier lorsqu’on ne naît pas dans les bonnes familles mais au bout du compte, il n’y a rien car nous sommes tous de pauvres misérables dans le même bateau. Celui qui nous conduit au rivage éternel de la mort. Devant cette chose inéluctable, moi Woddy Allen, j’ai pris le parti d’en rire.

Il endosse les habits du magicien et dans un mauvais tour de passe-passe, il nous raconte une histoire parce que c’est la loi du genre et qu’il le faut bien puisqu’il s’agit d’un film. En réalité, il nous parle de lui et nous livre ses réflexions sur le monde et l’inéluctable pente vers laquelle il s’en va, la mort.

Ce n’est pas un film testament mais un film dans lequel il délivre peut-être inconsciemment — mais on peut en douter après toutes ces années de psychanalyse, un véritable message. Celui d’un homme qui, après avoir eu très peur de cette mort et l’avoir tournée en dérision pour mieux la combattre dans ces précédents films, se décide à l’affronter pour la première fois. La mort est traitée avec les traditionnels oripeaux de la mort faucheuse. Loin de nous la montrer intraitable et terrible comme dans Bergman, il lui donne une allure de bourreau compréhensif. Si le passage est inéluctable, la traversée sera douce et si la passation est inachevée, le désir de le faire maintient le mort à la frontière de la vie.

Réanimé grâce à la magie de la caméra, il parvient à revenir à la vie pendant de courts instants et sous le regard bienveillant de la mort qui le presse mais le laisse finir pourtant ce qu’il tenait à achever. Peut-être est-ce un appel que Woody Allen lance à la mort : laissez-moi encore un peu de temps, le temps d’achever ma mission sur terre ?

Freud, parcours secrets

Matinée

09:00 : Introduction : Élisabeth Roudinesco

09:30 Président de séance : Annie Combrichon

Carlo Bononi
Du sexe mutilé au culte du phallus

10:15 Discussion

10:30 Pause

10:45 Président de séance : Jacques Postel

Sergio Rouanet
La Toussaint de Freud

11:30 Discussion

11:45 Discussion générale

12:30 Déjeuner

Après-midi

14:30 Président de séance : Alain Vannier

Henri Rey-Flaud
Le génie de Freud

15:15 Discussion

15:30 Pause

15:45 Président de séance : François Caroli

René Major & Chantal Talagrand
Les fils de l’Histoire :
de Göttingen à Vienne

16:45 Discussion

17:00 Discussion générale

17:45 Conclusion : Michel Plon

L’Inserm cède : son évaluation “experte”des psychothérapies remise en cause

JEAN-FRANÇOIS COTTES

Un colloque Inserm sur l’Évaluation des psychothérapies en avril prochain : mobilisons-nous dès maintenant

Que de chemin parcouru en un peu plus d’un an ! La publication par l’Inserm en septembre 2005 de son “expertise collective” Trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent avait été interprétée par nous comme un pas supplémentaire dans la diffusion des conceptions scientistes dans le champ psychiatrique.

Dès le mois de septembre des collectifs d’InterCoPsychos se sont mis au travail sur la question : il s’agissait de réfuter ces thèses et démontrer leur nocivité. Lors de la réunion du Bureau d’InterCoPsychos avec les responsables de collectifs, début novembre, nous décidions d’organiser avec l’Association des psychologues freudiens l’après-midi de lecture critique publique de ce rapport de l’Inserm qui s’est déroulée le 28 janvier au CNAM à Paris.

Le 29 janvier est lancée l’Appel Pas de 0 de conduite pour les enfants de trois ans ! à l’initiative du Syndicat national des médecins de PMI. Les premiers signataires, médecins, pédopsychiatres, psychiatres, psychologues, psychanalystes, se constituent en le collectif Pasde0deconduite. Ce collectif prendra des initiatives décidées pour porter le débat sur la place publique, avec le succès que l’on sait – les Instantanés s’en s’ont faits largement l’écho. La parution du livre collectif Pas de 0 de conduite pour les enfants de trois ans aux éditions Érès, le colloque du 17 juin, la prise de position sur l’article 5 du projet de loi de prévention de la délinquance seront les temps forts de l’élaboration et de la transmission de la réflexion critique de Pasde0deconduite.

C’est sur ce fond, que, comme le mentionne Thérèse Petitpierre dans son texte, au mois de juillet dernier, le Ministre de la Santé, M. Xavier Bertrand organise une réunion avec le collectif Pasde0deconduite pour recueillir son point de vue. Thérèse Petitpierre y représente l’InterCoPsychos.

Entre temps les collectifs de psychologues et l’InterCoPsychos organisent des conférences-débats dans les régions et publient avec l’Association des psychologues freudiens les actes du 28 janvier.

Comme vous allez le lire ci-dessous le colloque de l’Inserm du 14 novembre a enregistré le résultat de la contre-offensive massive du secteur professionnel, des acteurs de terrain, mais aussi plus largement du monde associatif, syndical, et du grand public contre la logique et les conclusions de la funeste expertise collective.

La moindre des surprises qu’a apportée cette journée n’est pas l’annonce d’une journée similaire qui se déroulera en avril sur… une précédente “expertise collective” de l’Inserm qui avait fait grand bruit “L’évaluation des psychothérapies, trois approches comparées” lors de sa parution en février 2004. On se souvient que ce rapport prétendait établir la supériorité écrasante des TCC sur les psychothérapies familiales et psychodynamiques – tentant de cette façon de discréditer la psychanalyse. La fronde était partie du cours de Jacques-Alain Miller le 3 mars 2004 au CNAM. Il y avait alors donné la parole à des collègues qui avaient chacun apportés leur critique à ce texte. Il avait alors fallu que les Forums des psys, le magazine l’Âne, l’École de la cause freudienne et la Coordination psy se mobilisent pour que le Ministre de la Santé d’alors, M. Philippe Douste-Blazy, lors d’un Forum des psy, le 5 février 2005, à la Mutualité déclare que “la souffrance psychique n’est ni mesurable, ni évaluable” et qu’il annonce qu’il avait fait retirer ce rapport de l’Inserm du site Web du Ministère de la Santé.

Ce mouvement, qui avait d’ailleurs débuté en octobre 2003 dans l’action contre l’amendement Accoyer et le Plan Cléry-Melin, et s’était étendu à une interrogation et remise en cause de l’évaluation, et ces évènements, n’auront sans doute pas été pour rien dans la mobilisation des professionnels sur le Trouble des conduites. On se rappelle qu’au cours des années 1990 et au début des années 2000, le discours scientiste pro-TCC avait accompli des ravages dans le secteur psychiatrique, en particulier en pédopsychiatrie : notamment sur l’autisme, l’obésité chez l’enfant, les troubles mentaux chez les enfants et les adolescents, sans que ce secteur ne se mobilise à la hauteur des enjeux. On a alors beaucoup plié l’échine en laissant passer la tempête, attendant des jours meilleurs.

Aujourd’hui le contexte a changé : donc, trois ans après, il y aura un colloque de l’Inserm sur l’évaluation des psychothérapies. Tirons les leçons du 14 novembre et de cette année 2006 à propos du Trouble des conduites : ce n’est pas sans la mobilisation que le rapport de l’Inserm pu y être massivement invalidé – comme vous le lirez ci-dessous.

Ce ne sera pas sans une nouvelle mobilisation que le colloque sur l’évaluation des psychothérapies, annoncé pour avril prochain, fera, à l’instar de celui du 14 novembre, une place majeure au point de vue critique. Que doit être cette mobilisation ? C’est à plusieurs qu’il faut en débattre : de sa coordination, des thématiques, des initiatives à prendre. Pour sa part l’InterCoPsychos se met à l’œuvre et appelle les collectifs qu’il rassemble à mettre la question à leur ordre du jour.

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THÉRÈSE PETITPIERRE
Du Collectif de l’Ile-de-France

DEUX EXPERTISES DE L’INSERM :
DE L’ÉVALUATION DES PSYCHOTHÉRAPIES AU TROUBLE DES CONDUITES… ET RETOUR

Il y eut l’attaque : le rapport d’expertise collective de l’Inserm sur le Trouble des conduites, et la contre-attaque : la pétition et le mouvement Pasde0deConduite dans lequel l’InterCoPsychos a trouvé place dès le départ. À un discours stigmatisant et mortifiant ont répondu près de 200 000 signataires de la pétition, des débats, des articles et conférences de presse, des initiatives à l’endroit des élus politiques et des rencontres avec des membres du gouvernement dont une réunion de deux heures au ministère de la Santé le 11 juillet 2006. Le ministère avait été un peu long à ouvrir sa porte mais la rencontre fut fructueuse, nous fûmes écoutés, entendus. Le ministre Xavier Bertrand y fit l’annonce : à sa demande, l’Inserm organiserait un débat sur le Trouble des conduites à l’automne.

Le colloque s’est tenu le 14 novembre dernier à la Mutualité. Pour Pasde0deConduite, l’enjeu consistait à faire de ce colloque un moment décisif de la contre-attaque. Dans l’après-coup, il s’est avéré que c’était chose gagnée dès avant la tenue de la journée mais elle a permis de le faire apparaître et de l’officialiser, lui donnant ainsi tout son éclat, comme en témoignent les nombreux articles de presse qui s’en font l’écho.

En effet, dès les premières minutes, Monsieur Christian Bréchot, rappelant les principes aux fondements de l’Inserm : le continuum recherche fondamentale – clinique – santé publique corrélé à indépendance – évaluation basée sur les faits, indiquait : “Mais l’Inserm doit pouvoir dialoguer et infléchir ses options”. Le débat inauguré avec le Comité d’interface de la psychiatrie, le collectif Pasde0deConduite et le Comité national d’éthique aboutissait à la nécessité de modifier la méthodologie à mettre en œuvre dans la conduite des expertises concernant la santé mentale. Il concluait son propos en soulignant qu’il s’agissait là d’un “vrai engagement”, le point de départ d’une “approche interdisciplinaire”.

Mais c’est Jean-Marie Danion, Professeur de Psychiatrie et directeur de l’unité Inserm 666 à Strasbourg, qui sera le maître d’œuvre du colloque : il situera les enjeux du débat en se référant à la philosophie et à l’histoire des sciences, s’appuyant sur Canguilhem, d’une part, pour préciser les articulations médecine/société, vérité objective/vérité subjective non superposables et non réductibles l’une à l’autre et Paul Ricœur, d’autre part, évoquant les savoirs multiples et non totalisants et la nécessité de faire en sorte que les différents discours ne s’ignorent pas. C’est lui qui tirera les conclusions du colloque. Mais là encore, gageons qu’elles étaient déjà tirées, depuis quelque temps déjà, du débat engagé dans une large frange de la société, au moins pour le fond.

Pour le ministre Xavier Bertrand, il s’agissait, dans ce colloque, de parvenir à déterminer ensemble de nouvelles pistes d’action par rapport à la souffrance des enfants et de leurs parents. Il a énoncé à nouveau son refus de l’amalgame entre trouble des conduites et délinquance, le dépistage étant à référer au soin et à l’accompagnement. Il a défini trois grands axes de l’action de son ministère :

1. le dépistage précoce, notamment à l’école maternelle mais aussi entre la 6e et la 12e année pour dépister les troubles du langage, la nécessaire articulation entre le sanitaire et le social ;

2. le plan psychiatrie et santé mentale, le renforcement des moyens, le dépistage, des campagnes d’information en particulier sur les troubles alimentaires, des conventions avec la Fondation de France-Fondation des Hôpitaux pour le développement des maisons des adolescents ;

3. la nécessité de décloisonnement, citant, entre autres, la difficulté liée au rattachement de la médecine scolaire à l’Éducation nationale. Revenant à l’Inserm, il indiquait sa position : le rapport de l’Inserm ne s’impose pas en politique et il exprimait le souhait que ce colloque puisse permettre aux décideurs d’agir “pour que ce qu’on dise ne reste pas lettre morte”.

Il ne s’agit pas ici de rendre compte de manière exhaustive de l’ensemble des exposés et d’ailleurs l’Inserm, par la voix de Jean-Marie Danion, a annoncé que les textes des interventions seraient publiés. Mais plutôt, nous tentons de saisir la dynamique à l’œuvre qui a produit ce colloque et ses conclusions. On pouvait s’attendre à des débats vifs. C’est plutôt une succession d’exposés qu’on a entendus, avec des temps de discussion, mais c’étaient enfin les professionnels chargés du soin aux enfants et à leurs parents qui rendaient compte d’une activité professionnelle riche et chargée d’histoire, mais disqualifiée, invalidée par l’expertise : langage que nous connaissons, celui de la souffrance psychique, de la singularité, du symptôme, de la prévention “prévenante”, de la précarité, du manque de moyens, du manque de psychologues — dans les services de PMI en particulier.

S’il a été davantage question du sens des symptômes que du réel du symptôme (Sylviane Giampino y a fait référence quand elle a opposé l’intime, le ténu, l’indicible à l’”obsession du visible” des experts), aux auteurs de ces exposés, à quelques exceptions près, pourrait convenir le terme d’IRM, doté du sens nouveau que Philippe Sollers avait conféré à ce sigle il y a quelques années — lors de la soirée organisée par la revue Ornicar au cours de laquelle Philippe Sollers avait accepté de répondre aux “questions mêmes les plus difficiles” — : Identités rapprochées multiples. Des personnalités bien connues de la pédopsychiatrie et de la pédiatrie françaises ont décliné un argumentaire, chacun selon son orientation et son style, contre “le trouble des conduites” et l’expertise, dénonçant le flou du concept (Jean Garabé), l’absence de référence à la notion de structure et à la psychopathologie (Roger Misès), soulignant la présence de la psychopathie en arrière fond du rapport (Claude Bursztein), mettant l’accent sur le souci que suscitent les enfants trop calmes, passifs tout autant, si ce n’est plus, que les enfants turbulents, agités (Christine Bellas-Cabane, dont l’exposé sur la prévention fut longuement applaudi, Bernard Golse).

La question était posée par ce dernier (Bernard Golse) : l’Inserm est-elle la mieux placée pour faire ce type d’expertises dans le champ de la santé psychique, peut-on faire l’économie de l’apport des cliniciens du terrain ? Il y sera répondu, mais nous ne pouvons passer aux conclusions sans que mention soit faite des interventions d’Alain Ehrenberg, dont la vivacité des propos surprenaient quelque peu si on l’avait entendu au colloque organisé en juin par Pasde0deConduite (il était également surprenant, pour les mêmes raisons, d’entendre Bruno Falissard, dire “il va falloir changer la règle du jeu des expertises“), et de Jean-Claude Ameisen qui posait la question “comment concilier recherche médicale et éthique ?” ou encore, citant en exemple les malades mentaux et les personnes âgées : “que fait la médecine ? détecter ce qui va mal pour inclure dans la société ou pour exclure ?” pointant ici le risque que la science soit antagoniste à l’éthique. Il ouvrait déjà sur les conclusions en préconisant que les expertises ne soient pas prescriptives en l’absence d’urgence, qu’elle soient délivrées dans le cadre de débats et en rappelant la nécessité de conjuguer connaissance et incertitude. Oui, bien sûr, il y eut les pro-TDC, les défenseurs du tempérament, de l’humeur, des facteurs biologiques, des études et recherches basées sur des statistiques, vous ne m’en voudrez pas, je l’espère, de ne pas évoquer davantage leurs propos.

Voici donc les conclusions de cette journée, telles qu’elles ont été tirées par l’Inserm et énoncées par Jean-Marie Danion :

Concernant les expertises :

1. Repérer les problématiques qui peuvent avoir des implications importantes pour les professionnels du domaine concerné et pour la société civile.
2. Associer la sociologie, l’épistémologie…
3. Donner voix aux associations de malades.
4. Mettre en place une cellule de veille.
5. À différentes étapes de la production de l’expertise, organiser des colloques, congrès, séminaires.
6. Des personnes sollicitées feront des propositions quant au choix des experts.
7. L’expertise sera relue par les acteurs du domaine et les points de vue qui s’exprimeront seront joints à la publication.
8. La rédaction des recommandations fera l’objet d’une attention particulière.
9. Le décalage entre la synthèse et le texte intégral est à améliorer.
10. L’ensemble de la littérature scientifique liée au sujet sera mis à disposition sur le site de documentation de la FFP et pourra être complété.

Si l’on considère que la tenue de ce colloque prend part à cette nouvelle orientation de travail à l’Inserm, il s’en déduit ceci : l’annonce en aval du rapport sur les psychothérapies, une journée scientifique sera organisée au printemps prochain concernant la méthodologie pour l’évaluation des psychothérapies en est la seconde conséquence.

Mais objet du colloque oblige, Jean-Marie Danion concluait en dégageant “les manifestations de la souffrance psychique” de l’enfant de la gangue “trouble des conduites“, notait qu’il restait des points ne faisant pas consensus mais soulignait l’accord sur la nécessité d’une prévention précoce non articulée à la question de la délinquance et d’une prise en charge globale fondée sur l’analyse psychopathologique, mettait l’accent sur le respect à porter aux enfants et à leurs familles, la richesse des institutions et des partenariats pluridisciplinaires, le constat partagé du manque de moyens et la nécessité de parler d’une même voix pour obtenir des moyens suffisants. Il esquissait les chantiers à faire avancer : chantier nosographique (l’augmentation modes d’expressions de la souffrance par l’agir), chantier épidémiologique (il faut avoir des données chiffrées), chantier sur l’évaluation des pratiques (nécessité d’outils, échelles, grilles indispensables).


Une victoire du vivant sur la politique des choses
(cf. Jean-Claude, Milner, La politique des choses, Navarin éditeur, 2005) ?

Extraits du Rapport moral prononcé devant l’A.G. du SNPPsy

Le titre générique de psychothérapeute, que nous avons bien servi et par là contribué à populariser, risque de nous être volé par une écriture du décret d’application de l’article 52 qui nous en dépossède, à l’initiative de la médecine organiciste, suivie par les psychanalystes conservateurs du Groupe de contact et les universitaires ultras de la psychologie comportementalo-cognitiviste.

Nous avons avancé d’une case. Abordant d’entrée de jeu l’an dernier ici même la question de notre dénomination, disant qu’elle se posait de façon récurrente, je posais la question de sa mise en paradigme avec la psychanalyse, dans le cadre de la construction du concept de Carré psy. La récurrence poursuit son cours. Un cran au-dessus surgit la question : notre salut et tranquillité institutionnelle seraient-ils au prix de saluer la compagnie et de nous déclarer psychopraticiens relationnels (1“), laissant le titre de psychothérapeute à qui en voudra, moyennant un quasi doublement de la durée des études en vue de se qualifier comme psychothérapeute relationnel ?

Cela ne change en rien la configuration du Carré psy, la psychothérapie, activité générique, continue d’être déclinée par les quatre protagonistes institutionnels, chacun selon son mode particulier, le nôtre à l’enseigne de la psychopratique relationnelle. Nos cousins psychanalystes seront plus embarqués que nous dans la machine que certains d’entre eux avaient prévue pour nous éliminer, de devoir officialiser leurs listes. Par un étonnant retour des choses, nous nous trouvons de ce fait dans une situation d’indépendance qu’ils ne devraient pas tarder à nous envier. Quant au nôtre, d’Annuaire, public, il serait protégé par le titre que nous aurons dorénavant seuls le privilège de décerner. Public mais non officiel : nous sortons par là d’une dépendance impraticable au ministère de la Santé dominé par l’idéologie médicale organiciste et scientiste, celle qui ressortit de ce que Foucault appelait le biopouvoir.

On voit qu’une des questions de fond est celle de la constitution de listes. Nous sommes entrés dans la période des annuaires. Cette annuarisation de nos professions en route depuis trois décennies, nous l’avions vu venir, à la publication de notre premier annuaire, lorsque nous fûmes confrontés à celle d’innombrables maisons d’éditions cherchant par tous les moyens à dresser peu importe comment des listes à proposer au public. Derrière ce phénomène d’enlistement, il faut distinguer le besoin du public de pouvoir nous repérer, pour s’adresser à nous savoir qui nous sommes et où nous le sommes. Bref, l’institutionnalisation du champ psy se poursuit. Tout le monde a pu la voir se développer, d’où la bataille politique pour s’emparer de son contrôle, et tenter en l’occurrence de nous arracher des mains le titre de psychothérapeute que nous avons créé. Mieux vaut faire envie que pitié, ne nous plaignons pas.

Nous l’avons fondé — il existait depuis plus d’un siècle, disons refondé, ce titre de psychothérapeute, au départ à notre usage exprès. Constatant que tous le revendiquaient, nous avons décidé de reculer en bon ordre, pour laisser aux collègues des autres professions qui entendaient en user, non comme d’un titre, notons-le, mais comme d’une fonction — dérivant toutefois vers le titre, jouissance du partage de ce titre. Certains continuent de revendiquer toute la psychothérapie comme devant être relationnelle, arguant qu’à moins que cela il s’agirait d’autre chose que de psychothérapie. Après tout puisque les psychiatres font de la psychiatrie, les psychologues de la psychologie, les psychanalystes de la psychanalyse, pourquoi ne ferions-nous pas de la psychothérapie, sans plus de partage qu’eux ?

Imparable. Comme les trois autres protagonistes institutionnels n’en démordaient pas, que la psychiatrie s’était déjà taillé un morceau du titre à apposer sur les plaques qu’affectionne le Dr. Accoyer, en frôlant l’illégalité, et que nous avons estimé que nous ne serions pas de taille à leur imposer notre propriété pleine et entière, nous avons circonscrit un territoire scientifique, théorique, pratique et politique, sur lequel nous avons établi notre souveraineté. Le cadre en fut la théorie des psychothérapies multiples, une par profession et épistémè, qui permette à chacun de se sentir chez soi relativement à cette dispute. C’est ainsi que sont nés ensemble les concepts de Carré psy et de psychothérapie relationnelle.

Ainsi nous n’avions plus à porter l’ensemble du fardeau et pouvions espérer qu’une reconnaissance mutuelle nous conduirait à suffisamment d’entente entre collègues qui après tout sur le terrain savaient déjà collaborer. Cette renonciation à régir l’ensemble du champ nous coûta, mais fut d’un bon rapport. Elle permit de montrer que les deux professions du processus de subjectivation se trouvaient solidaires face aux deux professions à diplôme, pour une part importante basculées dans l’organicisme et un cognitivisme militant, militant contre la psychanalyse en commençant par nous, jugés plus fragiles puisque non universitairement assis.

Il en est du cognitivisme comme de l’islamisme, son usage politique n’a pas plus à voir avec la recherche scientifique au sens vrai du terme que ce dernier avec la religion musulmane. Nous pensons que toutes les directions de recherche sont ce qu’elles sont, et qu’aucun anathème scientifico-politique n’est à lancer contre aucune. Que tous recherchent et polémiquent scientifiquement autant qu’il le faudra. Il doit y avoir place pour tout le monde. C’est la collusion avec la politique et éventuellement le monde de l’argent, qui reste problématique. De ce point de vue, on peut comprendre que les laboratoires pharmaceutiques ne voient pas d’un bon œil des praticiens comme les psychanalystes et nous provoquer des économies de médicaments et plus généralement de frais médicaux.

Si nous en venons à parler après Foucault de biopouvoir c’est qu’il faut bien s’en prendre à l’idéologisation politique qui nous est opposée, à quoi nous ne pouvons pas prétendre ne pas avoir affaire, si l’on pense par exemple aux prises de position de l’Inserm , inadmissibles du point de vue de la méthode scientifique. Nous avons comme politique et éthique d’accueillir parmi nous tout professionnel qui montrera sa capacité à travailler à partir d’une base sérieusement relationnelle, en se soumettant aux cinq critères. Cela n’exclut pas a priori ceux qui trouveraient bon de conjoindre à leur pratique du cognitivisme ou de la neuroscience pourvu que ce soit sur nos bases communes.

Mais nous avons aussi pour principe que notre psychothérapie relationnelle se trouve intrinsèquement liée à la démocratie. Les personnes qui recourent à nous ne sont pas à nos yeux des usagers mais des citoyens. Un abîme sépare ces deux vocables, sépare le consumérisme à risque zéro étatisé du choix de se risquer dans l’aventure de la découverte de soi et de l’élaboration d’un sens de sa vie auprès d’un professionnel compétent heureusement sujet à l’erreur. Car c’est par elle qu’on se trouve. Ce passage obligé de la condition et de la rencontre humaines ne sera jamais encadrable par nos balourds en expertise. Notre science est art, inassignable en statistiques scientifiquement contestables façon Inserm, non protocolisable ou normalisable par une bureaucratie de l’âme. Sujet d’abord, longuement initié préalablement à la démarche difficile qu’il se propose d’accompagner, toujours en référence à ses pairs qui lui sont caution solidaire, gardant à l’esprit d’une façon ou d’une autre les grandes découvertes de Freud concernant la dimension inconsciente de la subjectivité humaine, le praticien de chez nous ne relèvera jamais — pas plus que celui qui recourt à lui, du risque zéro étatisé.

Ayant délimité les frontières de façon généreuse, nous ne revendiquons que le quart du territoire commun, mais tout ce quart. C’est de notre secteur du Carré psy que la dernière rédaction du décret d’application prétend nous expulser. Ils ne veulent pas partager avec nous mais nous éliminer. Là c’est trop, et chacun peut le constater. À cette tentative nous répondons que la partie n’est pas jouée et que nous saurons faire valoir nos droits sur un nom sur lequel personne ne saurait dénier notre légitimité historique. Cette spoliation a quelque chose de malhonnête et ceux qui s’en réjouissent ou s’en indiffèrent le font à leur plus grande honte, comme probablement à terme au détriment des psychanalystes qui risquent leur réputation à ce mauvais jeu. Quoi qu’il en soit, que tous sachent que nous nous battrons avec détermination contre l’aboutissement de mauvais plans ourdis contre nous afin de nous empêcher de psychothérapiser à notre façon.

Nous serons d’autant plus libres dans notre combat que nous disposons dès à présent d’un titre bien à nous, celui de psychopraticien relationnel(2“) , sur lequel nous avons tout pouvoir, vu qu’il nous appartient, l’ayant dûment déposé. Nous pouvons dorénavant interdire à quiconque de porter ce nom, sauf à ceux avec qui nous l’aurons mis en partage. Ce sanctuaire onomastique nous met à l’abri de toute angoisse institutionnelle, sans nous soumettre à porter un nom de méthode qui puisse nous enfermer un jour et nous faire renoncer à notre pluralisme. Nous fournirons du psychopraticien relationnel la définition qui coule de source, à savoir que c’est un praticien de la psychothérapie relationnelle. Vu qu’ainsi nous n’usons pas du titre volé, le terme psychothérapie restant libre nous voici à l’abri de la persécution.

Pour un temps ? nos adversaires chercheront-ils à nous exterminer jusqu’au dernier, de nouveau décret en nouveau décret, une fois le premier passé ? on peut penser que mieux nous combattrons leurs desseins à notre encontre dans le domaine du titre convoité, plus nous serons assurés de notre tranquillité ultérieure. Nous sommes irréductibles, inexpugnables, le pire qui puisse nous arriver serait de changer de nom, mais notre côté du Carré psy sera toujours occupé par nous.

En tout état de cause en définitive ce sera à nous de décider quelle politique de Nom du Pair adopter.

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Ils veulent promouvoir leur décret. Revirement : à l’issue de renégociations interministérielles le ministère de la Santé a fini par se rallier. Aux psychologues. Après avoir adopté une position favorable à notre psychothérapie le 7 avril. Surprenant volte-face, offensant ceux qui s’étaient imaginé que le ministre s’était déplacé pour faire des propositions significatives, qu’il entendait, disait-il alors, maintenir. Avec nos réserves et en dépit de nos doutes nous avions fini par appuyer ses engagements à respecter notre identité professionnelle, même dans le cadre d’une loi boiteuse. Deux mois plus tard ça rebasculait, le pied bancal se recalait sur la psychologie et le ministre ne promettait plus qu’une chose, faire le décret. Contre nous. Maintenant pour le ministère les jeux sont, fait-il savoir, faits, et nous refaits. Nous combattrons jusqu’au bout l’actuelle écriture du décret d’application. Souvenons-nous qu’en politique personne ne sait jamais quelle sera l’issue .

Rappelons que dans le décret actuel, en plus des psychiatres, psychologues cliniciens et psychanalystes sur liste, ce sont bien les médecins et psychologues toutes catégories confondues qui se voient proclamés psychothérapeutes de droit — charlatans d’État. Les praticiens des TCC qui eux-mêmes ne se nomment pas psychothérapeutes mais thérapeutes CC, où se situent-ils dans cet imbroglio ? comme méthode psycho-technique ancillaire de la psychiatrie ? ça n’est pas directement notre problème puisque de toute évidence ils n’ont rien à faire de notre côté. Mais il convient de préciser qu’en définitive le décret les promeut au titre de psychothérapeute, les introduisant dans le Carré psy, le bouchon assez loin poussé outre-bornes. Enfin tout cela n’est que leur projet et leurs fantasmes.

Quoi qu’il en soit de leur décret, la psychothérapie relationnelle est à présent installée dans les esprits et sur le terrain du symbolique. La crise actuelle nous a au sens argentique du terme révélés. Nous avons su définir notre place et l’occupons. Une quarantaine d’années de pratique théorique, sociale, clinique, syndicale depuis les années 80, avaient été consacrées, le terrain, à l’occuper concrètement. On peut chercher à présent à nous déloger de notre dénomination, à nous débaptiser, il est trop tard pour nous rayer de la carte. La réalité que cette carte dessine c’est que nos patients recourent à nous, parce que nous sommes ce que nous sommes et proposons la pratique et le lieu théorique et professionnel qui sont les nôtres. La réalité c’est que nombreux sont nos collègues qui nous ont identifiés et nous reconnaissent, c’est que l’opinion nous connaît, et maintenant les médias, même lorsque ce pouvoir ne bouge pas.

Notre pratique est fondamentalement relationnelle, permettant par l’interaction de deux sujets dont l’un professionnel, engagés dans l’ici et maintenant d’une possiblement longue et indéfinie série de séances, un processus d’émergence de sa réalité en qualité de sujet de celui qui a entrepris sa démarche. Nous nous réclamons d’une psychothérapie du lien, fondateur d’une véritable anthropologie du soin pris de soi-même dans la re-constitution de son humanité par un être souffrant. La posture humaniste qu’elle définit engage des valeurs qui impliquent une transformation de l’être. Valeurs elles-mêmes analysées et soumises à critique. Ce par quoi nous sommes ici tous passés, adossé à un contrôle constant à ce niveau en tant que praticiens. Elle constitue une clinique d’un type nouveau depuis l’invention de la psychanalyse, d’un modèle fondamentalement très comparable, que seules des écoles dirigées par des didacticiens habilités, répondant à un cahier des charges rigoureux, peuvent transmettre.

En définitive, seule la reconnaissance par les pairs, telle qu’on la voit mise en œuvre avec notre processus de titularisation, peut valider les professionnels que nous sommes. Seuls nos cinq critères peuvent définir notre pratique et catégorie professionnelle.

Les quatre corporations constituant le carré psy l’engendrent comme espace commun où se répartissent des forces contradictoires, contraires et complémentaires. Par définition ces quatre protagonistes sont indispensables à l’architecture même du carré commun. Nous ne demanderons jamais l’éradication de l’un quelconque de nos co-habitants, nous n’en avons pas besoin, et ce serait folie. Ainsi nos voisins d’en face, les psychologues, pratiquent un tout autre métier, dont nous n’entreprendrons pas d’interroger la légitimité ou d’invalider la pratique au motif qu’ils ne répondent pas à nos critères. Nous aimerions qu’il en soit de même réciproquement. Ils pratiquent un autre métier, même si un petit nombre d’entre eux, par le biais de la psychologie clinique d’inspiration psychanalytique, pourrait prétendre moyennant une formation complémentaire non négligeable, à rejoindre nos rangs, par le jeu du cumul caractéristique de notre profession et de celle de psychanalyste, et il y en a certainement dans cette salle pour illustrer ce cas de figure.

Quand nous disons tout autre, nous nous référons à une démarcation épistémologique, entre objectivation et subjectivation , nous exprimons qu’à nos yeux la psychothérapie, terme générique, se décline quatre fois différemment (sans compter les “sous-fois”, qui proviennent de subdivisions, cumuls et mixages, qui peuvent procéder par articulation ou mélanges), et que nous en revendiquons notre quart, et seulement lui.

Que le SNP fasse des pieds et des mains pour que soit approprié par l’université le terme générique de psychothérapeute afin de désigner une nouvelle filière de psychopathologues, ne change rien à l’affaire. La nouvelle sous-profession en voie de création n’occupe pas notre place dans le carré psy. Elle ira rejoindre la psychologie, pour constituer à ses côtés un secteur professionnel aux ordres des médecins. On peut comprendre finalement que le SNP se réjouisse (tout en s’inquiétant de la concurrence) de l’arrivée de ces nouveaux collègues en perspective, puisqu’ils sont de la même espèce épistémologique. Mais ils ne sont pas de chez nous. Nous n’avons rien à voir avec ces futurs copropriétaires du carré psy, et les accueillerons volontiers, comme collègues d’une autre pratique, ou quand ils viendront à l’occasion en formation continue puis en confraternité chez nous.

Nous entendons bien qu’un savoir, savoir-faire et être en psychopathologie fait partie de notre pratique, théorie et méthode. Ce contre quoi nous nous défendons quand nous voyons l’université prétendre nous formater nous selon ses moules académiques, ça n’est pas bien entendu contre le principe d’un savoir psychopathologique, c’est contre le principe de notre annexion et interdiction au nom d’une certaine conception organiciste et étroitement cognitiviste de la psychopathologie, à l’enseigne d’un corporatisme d’un autre âge. C’est parce que leur psychopathologie, ils la brandissent contre nous comme une arme, l’arme d’une médecine réductrice à visée d’hégémonie, et d’une psychologie aux vues étriquées qui lui emboîte le pas, l’arme des ennemis de la psychanalyse, qui s’en prennent à nous pour mieux la contourner, et la réduire.

Ils ne nous liquiderons pas. Nous ne sommes pas expulsables de notre demeure et ça n’est pas en venant arracher la moitié du nom qui figure à notre portique qu’on nous déclarera squatters de notre propre domaine. Que tout le monde sache que sur ce point nous serons assez territoriaux, patriotes de notre identité, et nous déconseillons à quiconque de s’aviser de nous déloger de notre façade Est du carré psy, celle du côté où le soleil se lève car elle donne sur l’avenir. Il y a peut-être de la place pour des nouveaux venus dans ce carré, mais pas la nôtre.

Notre combat s’inscrit dans l’histoire d’une installation institutionnelle qui se joue un peu plus d’un demi-siècle, sur fond d’aménagement du paysage psy entre psychologie, psychanalyse et psychiatrie depuis le début du XX ème siècle. Progressivement les trois acteurs institutionnels que je viens de nommer se sont partagés le terrain, les trois parlant chacun à sa manière de psychothérapie, jusqu’à ce que celle-ci s’autonomise et vienne transformer, après l’apparition de la psychologie humaniste américaine dite Troisième voie, le triangle initial en un carré. Celui-ci ne s’est imposé sous ce concept réorganisateur du champ psy que depuis environ une décennie. Il fait de nous après avoir figuré les Troisièmes entre une psychanalyse médicaliste et une psychologie comportementaliste, les Quatrièmes d’une figure plus complète et plus complexe.

Souvenons-nous que nous avons pris place sur l’échiquier institutionnel, sociologique, scientifique, épistémologique, politique, avec l’irruption de la psychosociologie puis de la psychologie humaniste, mouvement qui démarre aux années 50. Nous pouvons contempler le processus et son extrême rapidité. Nous pouvons considérer les trois dernières années comme une accélération qui nous a propulsés. Au point où nous sommes rendus, nous pouvons nous satisfaire du chemin parcouru et des résultats obtenus, même si nos inquiétudes restent importantes et notre mobilisation nécessaire.

Elle n’a pas fléchi cette année, qui a vu se dérouler d’importants combats, dans lesquels nous nous sommes bien tenus. En publiant les Verbatims des deux réunions plénières de l’ensemble des professionnels du psychisme par le ministère de la Santé (au passage cette participation valait reconnaissance institutionnelle), nous avons mis sur la place publique un débat d’ordinaire ignoré du milieu même et des citoyens. Cela a produit des effets bénéfiques. On n’a pu liquider aucune organisation dans l’ombre. Bien au contraire nous avons pris la place qui est la nôtre. Nous devons rendre justice aux ministères qui se sont succédé, et au dernier à qui nous adressons de justes reproches, d’avoir tenu parole et réuni tout le monde, de façon ouverte, en concertation ouverte, même si elle était toujours modulée par des reprises en coulisse.

Grâce aux Verbatims issus de ces réunions plénières, un nombre croissant de nos collègues psychanalystes au-delà du cercle de la mouvance ECF a pu se rendre compte de la réalité ce qui se jouait, et de la position de chaque interlocuteur institutionnel. Nous avons pris part au débat, par l’édition de nos textes, par notre participation à de nombreuses rencontres et colloques, par le dialogue sur Œdipe, nous avons échangé et nous sommes fait entendre. Gros travail et grosse fatigue, mais nous l’avons fait et plutôt bien fait. Le SNPPsy a su soutenir sa bonne autorité morale et réputation.

Nos alliances fonctionnent bien. Le sénateur Sueur constitue un appui de poids, déterminé et fidèle à notre cause. Élisabeth Roudinesco constitue un trait d’union entre nous et la psychanalyse, qui ne se dément pas. Jacques-Alain Miller n’a pas trop apprécié que le 7 avril n’ait constitué qu’une opération trompe l’œil, et médite de repartir en campagne. La Coordination psy tient. Elle se maintient dans la durée et dans la coordination des efforts des nombreuses forces qui s’opposent à la politique de tentative de démantèlement de la psychothérapie relationnelle et au-delà —il n’y a que l’État-major du Groupe contact pour stationner dans l’aveuglement volontaire à cet égard — de la psychanalyse. L’Affop conduite par Jean-Michel Fourcade a bien tenu son rôle de fédération représentant un bel ensemble, se renforçant, d’organismes de psychothérapie relationnelle de qualité, et nos relations avec elle, dans une position subtile de membre et d’entité déterminant sa propre politique, fut tout à fait satisfaisante, grâce aussi on va le dire à la finesse politique de son président.

Finalement notre politique constante de promotion de la psychothérapie relationnelle comme quatrième force distincte bien établie du carré psy s’est manifestée non seulement juste, mais bénéfique à l’usage. Nous avons bien fait de cesser de confondre comme le ministère et nombre de nos collègues de toutes parts, le terme générique de psychothérapie et notre propre appellation, délimitant, protégeant et garantissant notre seul quart du carré, notre seul domaine disciplinaire. Que ce soit comme ce ne serait que justice à l’ombre de la dénomination que nous avons puissamment contribué à créer, défendre et illustrer, ou de celle de psychopraticien relationnel, dont nous pouvons nous servir quand nous voudrons, nous exerçons notre souveraineté scientifique, professionnelle et institutionnelle sur le secteur psy que nous contrôlons par nos cinq critères et les organismes de formation que nous agréons.

Les psychologues peuvent bien se constituer en ordre, appareillé à un décret d’application en cours de rédaction qui les rendrait pensent-ils maîtres du titre générique de psychothérapeute, qu’est-ce que cela changera au fait que nous restons les seuls à détenir l’outil de la psychothérapie par la relation, et, aux côtés des psychanalystes, à proposer une conception du soin psychique, du soin pris de soi, d’une nature totalement différente du soin comportementaliste, rééducatif et neuroleptique ?

Les psychanalystes conservateurs, qui à présent nous reconnaissent en nous désignant comme “psychothérapeutes dits relationnels”, ne pensent déjà plus notre disparition comme possible, ni même, qui sait, souhaitable, si l’on songe à l’avenir de la psychanalyse, dont nous constituons une sorte de Marche protectrice. Et ils sont contrebalancés par les psychanalystes de l’ECF, du Manifeste et du Front du refus, et de psychanalystes moins excessifs que certains de leurs dirigeants.

Les psychiatres concurrencés par les médecins généralistes d’une part, et les psychologues d’autre part, prennent leur part de la razzia sur le titre et représentent un adversaire institutionnel majeur, en qualité d’inspirateur des psychologues et d’allié du réflexe sécuritaire corporatiste de l’état-major du Groupe de contact. Les psychiatres conservateurs représentent le pouvoir médical positiviste, le fameux biopouvoir foucaldien. On peut noter tout de même un frémissement : le Dr. Vasseur, jumeau du Dr. Accoyer du temps des charlatans visseurs de plaques n’a pas été renouvelé à sa présidence. Par contre on se souviendra qu’en armant le bras des deux précédemment évoqués, la médecine française se trouve en position dominante sur l’ensemble du secteur psy, et qu’on ignore trop souvent sa remarquable capacité d’action dans les querelles entre psys, qui parviennent difficilement à se désinféoder d’elle et à se rendre compte de son pouvoir sur l’ensemble du champ. Cette histoire est ancienne et remonte aux préoccupations de l’Ordre des médecins soucieux d’établir la souveraineté médicale sur l’ensemble du triangle puis du carré psy.

Face à cela l’ensemble des autres psys doivent savoir s’unir : psychologues soucieux de ne pas devenir auxiliaires médicaux, psychanalystes et psychothérapeutes relationnels. Nous serons toujours disposés à ne pas manquer ce rendez-vous de l’Histoire. Ensuite, que chacun règle ses problèmes propres comme il l’entend, de façon autonome et responsable comme nous l’avions déjà préconisé dans la proposition de loi J-M Marchand, dont la maquette inspira la proposition Gouteyron.

Que nos écoles agréées Affop, et pour l’instant encore SNPPsy, poursuivent leur travail de valeur dans la transmission de notre type de savoir, comme les sociétés de psychanalyse le font pour leurs praticiens, et que l’université engendre ses psychologues et ses médecins selon ses normes, et tout sera en bon ordre. Dans le cadre de bonnes conditions qui actuellement n’existent pas, on pourrait imaginer, avec une autre université que l’actuelle telle que manifestée, de fructueuses collaborations écoles-université. Nous ne sommes pas anti-universitaires mais anti-scientistes et nous ferons face à l’agressivité d’un système qui s’est emparé de l’université pour idéologiser la société dans le sens d’une évaluation universelle aux mains d’experts qui représentent une menace directe pour la liberté et la recherche.

Pour conclure ce point, nous quatrième force du Carré, Quart État du monde psy, tiendrons solidement notre place et notre rôle, et cette année nous pouvons considérer les avoir illustrés honorablement.


Mis en ligne le 22 novembre 2006 –

  • 1 Nous avons déposé plusieurs noms à l’INPI. Celui-ci présente l’avantage de ne pas prêter le flanc à des attaques ultérieures, le signifiant thérapeute étant évacué. Cet avantage présente un inconvénient : le signifiant thérapeute est évacué. Un débat s’ouvre avec le présent rapport dans notre syndicat, a) sur l’opportunité d’un éventuel changement de nom ; b) sur le choix du nom en question. Nous nous donnerons un laps de temps suffisant pour que le débat se développe et que l’ensemble de nos membres se prononce.
  • 2 Il eût fallu écrire psychopraticien relationnel®. À l’époque c’est déjà bien de l’avoir présenté comme ça.

Les pédopsychiatres préfèrent la prévention au dépistage des troubles

C’EST QUASIMENT à une contre-expertise collective sur la question du dépistage des troubles des conduites de l’enfant que se sont livrés les intervenants d’un colloque organisé par l’Inserm, mardi 14 novembre, à la Mutualité à Paris. Un an après la violente polémique suscitée par la publication, en septembre 2005, d’un rapport de l’institut de recherche, les pédopsychiatres ont rejeté en bloc l’idée qu’il existerait un lien prédictif entre les troubles du comportement chez le jeune enfant et la délinquance à l’adolescence.

Réaffirmant que l’enfant turbulent est “un enfant en souffrance”, les professionnels de la petite enfance se sont accordés sur la nécessité d’une prévention globale des troubles, loin d’un dépistage centré sur les seuls symptômes d’agitation.

Préconisée par l’Inserm, l’idée d’un dépistage systématique des troubles des conduites dès 3 ans avait été reprise par le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, qui souhaitait l’insérer dans le projet de loi de prévention de la délinquance. Quelque 200 000 signataires de la pétition “Pas de zéro de conduite” avaient rejeté cette hypothèse et dénoncé l’approche réductionniste et scientiste de l’Inserm.

Lors de l’introduction du colloque, le ministre de la santé, Xavier Bertrand, a affirmé lui aussi qu’il refusait ” l’amalgame entre troubles des conduites et délinquance “. ” J’estime qu’un tel dépistage n’a pas sa place dans un projet de loi de prévention de la délinquance “, a ajouté le ministre, en rappelant qu’une surveillance médicale renforcée de l’enfant lui avait été substituée dans le projet de loi sur la protection de l’enfance.

En France, la prévention de la souffrance psychique cherche à appréhender l’enfant dans sa globalité, ont rappelé les intervenants. ” Cette approche globale, pluridisciplinaire, est fondamentale, a affirmé Christine Bellas-Cabane, présidente du Syndicat national des médecins de protection maternelle et infantile (PMI). Elle permet de repérer des enfants présentant des troubles du comportement mais aussi des enfants qui sont en repli. ” Dans ce cadre, et contrairement à ce qu’affirmait l’Inserm, les enfants perturbateurs sont bien pris en charge. ” Les troubles des conduites représentent 17 % des motifs de consultation, ils sont pris en compte par le secteur psychiatrique “, a affirmé Nicole Garret-Gloanec, secrétaire générale de la Fédération française de psychiatrie.

Les réponses apportées ne sont pas pour autant standardisées. ” Nous recherchons notamment une alliance avec les parents, pour les valoriser, pour qu’ils se sentent soutenus et non contrôlés socialement “, a expliqué le Dr Garret-Gloanec.

Pour éviter une nouvelle controverse dans le champ de la santé mentale, les intervenants ont plaidé pour que l’Inserm n’ignore pas l’apport des sciences sociales. “La multidisciplinarité est une condition d’une démarche éthique et scientifique”, a considéré Jean-Claude Ameisen, président du comité d’éthique de l’Inserm.

Parallèlement à ce colloque, l’Inserm commence à apporter des réponses aux critiques qu’elle a essuyées : depuis septembre, chaque étape importante des expertises collectives est soumise au regard du conseil scientifique et du comité d’éthique de l’institut.

Colloque de l’Inserm sur le “trouble des conduites”chez les moins de trois ans

Ce colloque de l’Inserm se tient à la demande du Ministre de la Santé qui s’inquiète sans doute, à juste raison, du discrédit que ce rapport, comme d’autres qui l’ont précédé, jette sur l’Inserm.

Il faut noter que c’est la première fois qu’après la publication d’une “expertise collective” concernant le champ psy, l’Inserm se voit contraint d’organiser un colloque associant des praticiens de terrain et faisant une place à d’autres orientations et références.

Il y a un pas de plus à faire pour l’Inserm : cesser la publication “d’expertises collectives” sur le champ psy.

À n’en pas douter, il faut voir dans la tenue de ce colloque l’incidence du mouvement de remise en cause de cette expertise qui a répondu tout au long de 2006 à sa publication.

Dans ce mouvement, l’InterCoPsychos et les collectifs de psychologues qu’il rassemble, ont pris toute leur part. D’une part en développant ses propres initiatives, dès septembre 2005 la publication de textes sur la liste de diffusion électronique d’InterCoPsychos, l’organisation avec les Psychologues freudiens de l’après-midi de lecture publique le 28 janvier dernier, la publication des actes de cet après-midi, l’organisation de conférences débats dans plusieurs villes et manifestations, la publication d’articles dans des revues, magazines, journaux, la participation à des émissions de radios, etc., et, d’autre, part en participant activement au collectif Pasde0deconduite, à la diffusion et à la signature de l’Appel Pas de 0 de conduite pour les enfants de trois ans !, à son ouvrage chez Érès, au colloque du 17 juin et à d’autres initiatives.

Notre intervention dans ce contexte, et ses effets, nous encourage à poursuivre dans la même voie. Nous avons reçu d’innombrables échos favorables parmi nos collègues psychologues, et bien au-delà. Et, en même temps, nous voyons se diffuser les recommandations de l’Inserm et leur mise en œuvre se mettre en place – de prochains Instantanés en feront état.

Dans le collectif Pasde0deconduite, et au-delà nous avons trouvé des partenaires avec lesquels nous avons pu engager une conversation continuée, débattre et échanger sur nos approches respectives de la question, prendre des initiatives communes.

L’InterCoPsychos poursuivra dans cette voie et invite les collectifs et les psychologues à y contribuer.