Le monde entier doit-il avoir les mêmes valeurs ?

L’affirmation de l’unité du genre humain ne va pas sans se heurter à la diversité des cultures : les conflits, et même les guerres, qui déchirent le monde n’ont pas pour seules raisons des enjeux économiques. Ils sont en rapports plus ou moins directs avec la confrontation de normes antagonistes, de coutumes qui semblent incompatibles entre elles, de valeurs étrangères les unes aux autres.

Cependant, dans l’héritage de la philosophie des Lumières, la Déclaration Universelle des droits de l’homme, propose aux Nations de se réunir dans une même famille humaine, dans une même reconnaissance de la dignité humaine. Mais cela ne va pas de soi : il n’est ni évident ni facile de considérer que tous les êtres d’apparence humaine possèdent le même degré d’humanité. Bien des coutumes en vigueur ailleurs nous scandalisent, tandis que le même scandale frappe ceux qui ailleurs découvrent ce qui, dans nos usages, nous semble si évident et familier. Le rejet et l’interdit des actes de barbarie ne nous dit pas qui est le barbare de qui. Montaigne, au chapitre XXXI du livre I des Essais opposait déjà la barbarie extrême qui se déchaînait dans les guerres de religion, aux pratiques des “cannibales”.

Cette universalité dont la philosophie des Lumières est porteuse, n’est-elle pas une forme déguisée d’ethnocentrisme ? Ou bien au contraire n’a-t-elle pas une valeur positive partageable et compatible avec la reconnaissance de la valeur et de la dignité des cultures autres ?

Michel Rotfus

Alerte à la nouvelle version du Décret d’application de la loi 52

— Quelle est la position de l’ECF sur le projet de décret diffusé début octobre par B. Basset ?

J’en ai fait part le 27 octobre dernier au Professeur Francis Brunelle, conseiller du Ministre de la Santé, dans un entretien d’une heure que j’ai eu avec lui, à sa demande, au ministère. Je lui ai dit que nous étions stupéfaits.

Stupéfaits de la dureté de la nouvelle version du décret, parce qu’il s’agit là d’une façon d’invalider brutalement le travail fourni par des psychothérapeutes – 7.000, 7.500, dit-on —qui épongent régulièrement la souffrance psychique de milliers de personnes issues de toutes les couches sociales formant notre société.

Stupéfaits parce que la version du décret que le Ministre avait lui-même présentée le 7 avril à l’ample réunion convoquée, préservait l’équilibre actuel du champ professionnel psy, et comportait notamment, au bénéfice des actuels praticiens psychothérapeutes, une « clause du grand-père » qui a disparu dans la dernière version.

— Que vous a répondu votre interlocuteur ?

J’ai compris que par la suite, éventuellement, des arrêtés pourraient venir compléter le décret sur tel ou tel point. M. Brunelle a tenu à m’assurer qu’il ne s’agissait en rien d’un retour à l’intention première de l’amendement du député Accoyer, puis que, pour des raisons historiques, intellectuelles et autres, la psychanalyse ne pouvait pas être menacée de la sorte, et que lui-même, pour des raisons personnelles, était bien placé pour le savoir et donc pour la défendre.

— Que reprochez-vous à ce décret ?

Le Ministre avait lui-même présenté et argumenté le projet d’avril. Nous avions apprécié ce geste, et les différents groupements représentés, de psychanalystes comme de psychothérapeutes, avaient dit leur satisfaction. Nous avions donc été confiants pour la suite. Et voilà qu’à la rentrée, on nous sort un autre projet, fort différent, qui, lui, satisfait d’abord les praticiens des TCC, et peut-être les universitaires qui se sont faits très discrets. Ce projet de décret n’est pas équitable. Il semble exclure toute formation effectuée dans les associations. Et si l’on croît mettre à l’abri certaines catégories, la nôtre en particulier, ce ne sera pas le cas. Au contraire, l’exclusion des psychothérapeutes entraînera un bouleversement de l’ensemble des « psys ».

— D’où viendrait ce bouleversement ?

La dernière version, si elle restait telle quelle, amènerait les actuels psychothérapeutes à se déclarer psychanalystes, et c’est justement ce qui bouleverserait l’ensemble du champ psy. Dès lors, à moyen terme, la prochaine cible d’une réglementation spécifique, ce sera “les psychanalystes”. En revanche, le texte du 7 avril était assez perspicace et généreux pour ne pas ouvrir les vannes.

Les éléments d’un même champ, ou d’un même ensemble, inter- réagissent, et en pratiquant ce type d’éviction, c’est tout l’ensemble qui sera mis sens dessus dessous. Nous assisterons donc à une désorganisation, une déstabilisation voire à une dispersion de cet ensemble, avec des “psys” qui se renommeront “psychanalystes”. La situation deviendra intenable et insaisissable.

D’autres choses encore ne sont pas claires. Ayant pointé en passant qu’il était discutable qu’un médecin généraliste ait droit au titre de psychothérapeute sans aucune formation de cet ordre, je me vis répondre par M. Brunelle que cela était impossible, et que dans le cadre de la loi, un médecin ne pourrait pas s’installer comme psychothérapeute sans avoir reçu une formation préalable. Je vous laisse imaginer ma perplexité, puisque l’article 52 fait inscrits « de droit » les analystes comme les médecins et les psychologues : s’il était maintenant prévu d’exiger des médecins une formation préalable, qu’en sera-t-il des psychanalystes ?
Quoi qu’il en soit, le ministère semble préparer des mesures invalidantes touchant beaucoup de monde.


— M. Brunelle n’a pas eu de réponse à vos inquiétudes ?

Si, il m’a d’abord demandé de ne pas m’inquiéter. Puis, il m’a dit que les associations de psychanalystes seront probablement amenées à s’organiser en commission nationale, comme les psychologues qu’il avait reçus la veille, et avec lesquels il avait discuté de la création d’un “Ordre”. Enfin, il a ajouté que c’était pour ce problème de critère qu’il avait réuni au ministère des associations de psychanalystes (j’y représentais l’ECF), et d’où il était apparu qu’elles ne voulaient émettre aucun critère pour définir la formation du psychanalyste (c’est exact). Le ministère a donc respecté cette réponse, a-t-il ajouté, sachant que la psychanalyse est un exercice tellement particulier que l’État ne peut pas s’en mêler. Pour finir, le Pr. Brunelle m’a assuré de son accord avec ce que je lui avais dit au cours de cet entretien.

— Qu’avez-vous conclu de ces réponses ?

Qu’il y a des contradictions évidentes, ce qui peut traduire un embarras, ou un jeu complexe entre des pressions divergentes, ou bien le souci d’avoir plusieurs fers au feu, et de créer des situations susceptibles d’amener les uns et les autres, les psychanalystes en particulier, à adopter des mesures qui leur répugnent, notamment fixer un critère de l’analyste.

— Que comptez-vous faire ?

Jusqu’ici, nous étions rassurés par le projet du 7 avril. Songez que nous n’avons rien dit de ce sujet à nos dernières Journées scientifiques, qui réunissaient 1.850 personnes au Palais des Congrès. Maintenant que nous avons bien compris que le projet du Ministre est caduc et remplacé par le projet Basset, nous allons sensibiliser les membres de l’ECF et son entourage. Le présent entretien devrait alerter les participants du Forum d’Œdipe.

Plusieurs associations de psychanalystes ont pris contact avec l’ECF, nous allons créer des Commissions régionales partout en France afin de réfléchir sérieusement à ces questions, ce qui pourrait aboutir au temps suivant à une réunion nationale sur le sujet, par exemple à Paris et à la mi-décembre.

— De nouveaux Forums ?

Pas nécessairement. Ce sera, au moins pour commencer, moins spectaculaire, mais plus compact. Car il faut faire vite. En même temps que le texte Basset était diffusé et que l’on nous demandait notre avis à ce propos, le document était transmis au ministère de l’Éducation nationale, où il était validé par le CNESER. Ce n’est pas un procédé très loyal. Le texte est déjà actuellement à l’Hôtel Matignon. On peut s’adresser à Mme Claire Legras, mailto: sec.claire.legras@pm.gouv.fr, qui suit les affaires de santé pour le Premier Ministre.

Des 7 erreurs la plus grave

Communiqué de la SARP

sur la troisième version du décret d’application
de l’article 52

La SARP a dénombré six différences essentielles entre la troisième et la deuxième version du décret d’application de l’article 52 réglementant l’usage du terme de psychothérapeute. Nous les détaillons ci-après.

Pourtant il nous semble que le ministère commet ici la septième et bien la plus grave des erreurs : celle d’avoir mené en bateau l’ensemble d’une profession dans des négociations illusoires pour finir par accoucher d’un texte scélérat, entérinant le vol d’un titre forgé par une profession organisée au profit d’une université qui n’a jusque là, en la matière, aucun titre à faire valoir, qu’elle soit de psychologie ou de psychiatrie. On jugera en outre du sérieux de l’ensemble à l’aune de la persistance, à l’article 2, de la qualification comme psychothérapeute par l’obtention du diplôme de docteur en médecine… L’article 3-II, dit clause du grand-père, disparaît quant à lui en poussant dans l’illégalité des milliers de psychothérapeutes formés dans leurs instituts privés et légitimés par la confiance non démentie d’un public que ne séduisent pas les sirènes d’un savoir universitaire abstrait ou diafoiresque.

À la section II (“la formation en psychopathologie clinique pour user du titre de psychothérapeute”), on relève l’apparition, dans l’établissement du “cahier des charges”, du ministère de l’Éducation nationale aux côtés de celui de la Santé, tandis qu’est rayée d’un trait de plume la légitimité des instituts privés : disparaît la mention : “Cette formation peut être confiée à l’Université ou à des organismes passant convention avec l’Université”.

Enfin la place de l’université est confirmée par la durée de la formation prévue qui passe de 150 à 500 heures théoriques, tandis que celle du stage passe de 4 mois à 500 heures. La notion de “prérequis” refait, quant à elle, son apparition pour l’inscription dans ce cursus.

Au final l’État croit préférable de stabiliser le champ psy en confiant à l’Université l’exclusivité de la délivrance du titre de psychothérapeute. C’est un point de vue… d’État. Mais que sait-on des conséquences d’un acte aussi brutal, tant dans les modalités de son avènement que dans l’extension sans ménagement de son application ? Quid de la confiance qui semblait régir les négociations entre partenaires lorsque la parole donnée est retirée en toute mauvaise foi ? Quid de la valeur d’un titre dont tout le monde saura comme il a été usurpé ? Quid de l’avenir professionnel des ex-psychothérapeutes ainsi dépouillés ? Quid à l’avenir des psychanalystes dont on ne voit pas ce qui les protégerait : d’abord de la requalification des psychothérapeutes en psychanalystes, puis, les mêmes causes produisant les mêmes effets, d’un sort identique à celui de leurs amis psychothérapeutes.

Enfin, on ne peut que craindre de voir ce déferlement législatif finir, de proche en proche, par s’attaquer aux moindres signifiants de la langue après avoir voulu écrire l’Histoire : réduite à une gesticulation impuissante, la représentation nationale verra désormais son emploi réduit à celui d’écrire le dictionnaire. Il y a une urgence politique.

www.forumdespsychiatres.org

Une vérité qui dérange

BILLET

Une vérité qui dérange

Film conférence d’AL GORE
ex-futur président des États Unis.

Notre Nicolas Hulot national a trouvé pour son dernier livre un titre qui résume parfaitement la situation : Le syndrome du Titanic. Dans le film Titanic, on voit les passagers se livrer à leurs divertissements favoris et l’on sait que dans quelques heures la plupart de ces gens mourront noyés. De même aujourd’hui on peut voir l’humanité voguer insouciante sur sa planète, toute à ses divertissements coutumiers, et l’on sait que dans peu d’années le naufrage est inéluctable. La grande différence est que les passagers du Titanic ne savaient rien, ne pouvaient rien savoir, tandis que l’humanité d’aujourd’hui ne veut pas savoir mais sait.

On se rappelle qui est AL GORE, ex-futur président des États-Unis. À quelques bulletins près en Floride, c’est Bush et non lui qui serait devenu président. Depuis Al Gore continue ce qu’il faisait déjà depuis longtemps : des conférences partout dans le monde pour tenter de faire entrer dans la tête des gens – et en particulier de ses concitoyens – que le CO2 et le réchauffement c’est vraiment grave.

Son film montre des schémas, des graphiques, et surtout des images de nature, entrecoupées de brefs morceaux de conférence. Al Gore est un excellent conférencier, sobre, éloquent, convaincant. Son propos est remarquablement construit et conduit. Les images arrivent juste à propos pour nourrir la pensée visuelle en même temps que la pensée verbale et logique. Le résultat est une vraie synergie entre savoirs et émotions.

En France la résistance à cette Vérité qui dérange est forte. Allez la voir, vous serez mieux armé pour ne pas laisser pérorer les apôtres de la bougie (ceux qui vous évoquent un retour à la bougie dès qu’on parle de freiner). Allez la voir, c’est un acte de responsabilité citoyenne. Mais surtout c’est fascinant, passionnant, dérangeant. On ne s’ennuie pas une seconde.

Souffrance psychique et coupe-gorge juridique

Nous avons exposé, dans plusieurs articles (1“), que ce qu’il est convenu d’appeler “l’amendement Accoyer”, devenu l’article 52 de la loi du 9 août 2004, étant strictement contradictoire dans ses termes, toute tentative qui consisterait à écrire un texte d’application de cet article était inexorablement vouée à l’échec. Philippe DOUSTE-BLAZY en avait logiquement tiré la conclusion qu’il ne publierait pas de décret à partir de ce texte.

Son successeur au ministère de la Santé, Xavier BERTRAND, semble, lui, s’en tenir à cet axiome simple : une loi a été votée, elle prévoit un décret, il faut donc le faire, et nous le ferons.

Le parlementaire que je suis est habitué à attendre très longuement — beaucoup trop longuement ! — la publication des décrets. Il devrait donc logiquement se réjouir de cette volonté du ministre de publier un décret, tant est inacceptable le pouvoir exorbitant que s’arrogent trop de ministres de décider… de ne pas appliquer une loi pourtant votée par le Parlement en s’abstenant purement et simplement de publier les décrets : c’est, hélas, très fréquent.

Mais dans ce cas précis, le raisonnement ne tient pas, ne vaut pas, pour la simple raison que le texte de la loi est contradictoire.

On a pu, et on peut toujours, se demander pourquoi il en est ainsi. C’est un beau sujet de réflexion pour les historiens du droit et pour les explorateurs de la psychologie collective. S’agit-il d’une claire volonté qu’il en soit ainsi, d’une manœuvre visant à faire imploser un processus législatif par ailleurs très mal engagé ? S’agit-il, comme je le crois, d’un remarquable lapsus, d’un acte manqué, dont l’analyse eût stimulé Sigmund Freud et bien d’autres ?

On peut en débattre.

Mais cela ne change rien à la réalité de la contradiction qui appelle — si l’on veut vraiment traiter du sujet — que l’on reprenne les choses à leur commencement, qu’on organise une concertation approfondie avec les professions concernées, que l’on voie si la meilleure façon d’avancer relève de la loi, ou relève d’abord de la loi. Pour ma part, je ne crois pas qu’il soit, en l’espèce, judicieux de commencer par le législatif. Le législatif peut, en revanche, être l’aboutissement d’un processus. Mais il faut, pour cela, que le processus ait lieu.

Je viens de parler du sujet. Encore faut-il définir quel est le sujet. Si le sujet s’était limité aux conditions d’exercices de la profession de psychothérapeutes, les choses auraient été plus simples, plus claires et sans doute plus facile. Mais on a vu très vite que cette question n’était que la partie émergée de l’iceberg. Le débat était autre. Il portait sur la psychanalyse et sur la volonté farouche de lui substituer ou, pour le moins, de lui préférer, dans plusieurs champs disciplinaires, le comportementalisme et, en tout cas de “démontrer” que les techniques issues du comportementalisme étaient plus efficaces que la psychanalyse pour traiter la souffrance psychique. D’une certaine façon les psychothérapeutes furent le prétexte à un autre débat, à un autre sujet. Cela montre que, dans cette affaire, tout se tient.

Dans cette démarche impossible consistant à publier absolument —comme s’il s’agissait d’un impératif catégorique kantien — un décret pour appliquer un texte de loi inapplicable, M. Xavier Bertrand en est à la troisième étape, à la troisième mouture. Et comme on pouvait s’y attendre, la troisième version du projet de décret, en date du 30 septembre 2006, est aussi, voire davantage, contraire dans ses termes, tantôt à une partie, tantôt à une autre partie, du texte de la loi que les précédentes.

On a l’impression d’assister à une activité désespérée consistant à faire, de version en version, l’inventaire de toutes les contradictions, et de toutes les contradictions au second degré, possibles. Et l’on est constamment tenté de demander à l’auteur de ces textes successifs pourquoi il agit ainsi. Que cherche-t-il ? Où va-t-il ? À quoi bon cet inventaire, cette énumération, cette taxinomie des impasses ?

À ceux qui douteraient de ce que j’écris, j’exposerai simplement les faits tels qu’ils résultent de la nouvelle mouture de l’avant-projet de décret.

1) En vertu de celui-ci tout médecin, même s’il n’a fait aucune étude en psychothérapie, peut se prévaloir du titre de psychothérapeute, ce qui est contraire au 4ème alinéa de l’article 52 de la loi.

2) Cela vaut pour tout psychanalyste, dès lors qu’il est inscrit sur une liste, ce qui est contraire au même alinéa du même article

3) Aucune définition n’étant donnée desdites listes, aucun accord n’existant avec l’ensemble des sociétés de psychanalystes à ce sujet et la psychanalyse n’étant jamais définie par la loi, il n’existe pas de définition légale du titre de psychanalyste, ce qui réduit à néant toute velléité de “crédibiliser” le titre de psychothérapeute en l’adossant à celui de psychanalyste.

4) Rien n’empêche dans la dernière rédaction de l’avant-projet de décret les actuels psychothérapeutes de se dénommer psychanalyste : je n’ignore pas que la dénomination de psychanalyste est régie par des règles internes à la profession, mais celles-ci ne relèvent pas de la loi.

5) Aucun élément n’est fourni permettant de justifier théoriquement et pratiquement au regard de la loi (je me place ici de ce seul point de vue, n’ignorant évidemment pas qu’il en est d’autres), et donc de l’avant-projet de décret d’application, une différence de traitement entre psychanalyse et psychothérapie relationnelle.

6) Dans la dernière mouture de l’avant-projet de décret, les années de pratiques professionnelles des psychothérapeutes en exercice ne sont plus prises en compte pour l’attribution du titre. C’est totalement contraire, non seulement aux termes de la version précédente (pourquoi ?), mais aussi aux engagements formels pris par les membres du gouvernement lors des débats parlementaires, et dont les comptes-rendus font foi. Pourquoi ?

7) Alors que, dans la précédente mouture du texte, l’Université était à peine évoquée, celle-ci acquiert, dans la nouvelle version, un quasi monopole pour la formation des futurs psychothérapeutes professionnels. Pourquoi un tel changement de cap ? Je veux être là-dessus très clair : autant il me parait légitime et souhaitable que l’Université délivre des formations qui lui sont propres et qu’elle ait pour mission d’évaluer et de valider les formations extérieures conduisant au titre de psychothérapeute, autant il me parait difficilement défendable de considérer que toutes les formations extérieures à l’Université existantes sont nulles et non avenues, alors qu’il en est de qualité.

8) Si cette version du décret était promulguée, les conséquences en seraient simplement nominalistes. Des professionnels n’ayant pas reçu de formation spécifique pourraient contrairement à une partie de la loi, s’appeler psychothérapeutes. Et quant aux psychothérapeutes, ils pourraient légalement s’appeler psychanalystes (et créer de nouvelles sociétés de psychanalystes) ou être contraints – certains l’envisagent sérieusement — de changer de nom pour sauver les formations existantes. S’ils changent de nom, et si on tient aux mêmes logiques, il faudra voter… une nouvelle loi pour définir les conditions dans lesquelles on pourra se prévaloir de la nouvelle dénomination et préparer — évidemment — un nouveau décret. Beau résultat !

N’est-il pas plus sage d’en finir, une bonne fois, avec cette machine infernale et d’engager enfin sur des bases plus claires et plus rationnelles, et sans a priori, un travail approfondi associant les représentants des ministères compétents et ceux des professions concernées ?

Jean-Pierre SUEUR
Sénateur du Loiret

  • 1 Psychanalyse et Politique, histoire d’un amendement, PSYPROPOS, novembre 2004 ; Une nouvelle chasse aux sorcières (avec Jack RALITE), Le Monde, 1er septembre 2005, repris dans : E ROUDINESCO, Pourquoi tant de haine ?, éd Navarin, 2005 ; Place nette, la Règle du Jeu n°30, janvier 2006 ; Remarques sur l’avant-projet de décret, Journal des Psychologues, janvier 2006 repris dans Réel, février 2006 ; Halte au bricolage scientiste, Libération, 9 mars 2006 ; Amendement Accoyer : la débâcle, Journal des Psychologues, juillet 2006.

Freud parcours secrets

XXI-ème colloque
de la
Société internationale d’histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse

Matinée

09:00 Introduction : Élisabeth Roudinesco

09:30 Président de séance : Anny Combrichon

Carlo Bonomi : Du sexe mutilé au culte du phallus

10:15 Discussion

10:30 Pause

10:45 Président de séance : Pr. Jacques Postel

Sergio Rouanet : La Toussaint de Freud

11:30 Discussion

11:45 Discussion générale

12:30 Déjeuner

Après-midi

14:30 Président de séance Alain Vanier

Henri Rey-Flaud : Le génie de Freud

15:15 Discussion

15:30 Pause

15:45 Président de séance : Pr. François Caroli

René Major & Chantal Talagrand : Les fils de l’Histoire, de Göttingen à Vienne

16:30 Discussion

16:45 Discussion générale

17:30 Conclusion : Michel Plon

[Document : Formulaire d’inscription au XXI-eme colloque du SIHPP]

Décret : le SNPPsy répond à la troisième proposition ministérielle d’écriture du décret d’application

SNPPsy — Psychothérapeutes relationnels & psychanalystes

Lundi 9 octobre 2006

À Monsieur Bernard BASSET,
Sous-directeur à la direction Santé et société
du Ministère de la Santé et de la Solidarité

Résumé : nous refusons totalement la dernière version du projet de décret. Celle-ci ne correspond en rien au contenu de nos discussions, aux multiples rapports que nous vous avons adressés, ni aux engagements successifs pris par les ministres à notre égard. Il est encore temps de ne pas lancer une machine aussi dangereuse.

Monsieur,

Nous recevons le troisième projet de décret d’application pour l’article 52 de la loi n° 806-2004 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique concernant l’utilisation du titre légal de psychothérapeute, dont nous vous remercions.

Comme le ministre Xavier Bertrand était venu en personne soutenir un projet faisant suite au rejet massif du précédent vôtre, nous lui avons écrit pour finir après mûre réflexion que nous acceptions sa parole donnée. Nous avons accompli ce geste en dépit du caractère aporétique persistant de l’article 52 dont aucun habillage ne pourrait dissimuler la boiterie, en dépit des réserves que nos militants formulaient à l’idée de laisser l’État se mêler des affaires de l’inconscient et de la psyché, afin de répondre à sa demande, puisqu’il faisait un pas vers nous, de pacifier le territoire conflictuel de notre commun Carré psy (1“).

Ça n’était pas la peine de nous donner tant de mal. De si longues négociations pour conduire de A à A’, et instituer un cursus de psychopathologue qui croit pouvoir corseter des professions qu’on ne pourra jamais enfermer dans un corporatisme d’État. Nous voici donc à peu de choses près revenus à la case départ.

Nous n’entendons point nous épuiser indéfiniment à tourner en rond pour constater au bout du compte ce que nous savions au démarrage, que les psychologues “scientifiques” professeurs d’université alliés à une médecine organiciste hégémoniste, n’en veulent qu’au titre que nous avons bel et bien créé, et bien servi, pour eux s’en servir, et nous en déloger.

Nous protestons que nos organismes titularisants devraient simplement, en toute justice et égalité de traitement, se voir reconnus à l’instar des sociétés reconnues de psychanalyse, et nos praticiens jouir des mêmes privilèges, sous couvert de la même dénomination générique de psychothérapeute, sorte de moule à quatre compartiments. Le texte de l’article 52 n’y conduisait pas par voie royale. On pouvait imaginer des aménagements, que les propositions du ministre Xavier Bertrand semblaient près de concrétiser. Nous marquons notre profond désaccord avec des propositions d’écriture qui reviennent largement en arrière.

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Voici quoi qu’il en soit quelques remarques sur le texte proposé.

a) la contradiction entre les alinéas 3 et 4 de cet article de la loi reçoit un traitement différent (on ne stipule plus l’obligation universelle de formation — alinéa 4), mais n’est toujours pas traitée. On se souvient en effet que l’alinéa 3 prévoit une inscription de droit pour trois catégories de personnes visées par la loi, alors que le 4 prévoit une formation pour toutes les catégories.

b) la question de la constitution de nouvelles institutions de psychanalyse reste évidemment problématique, le premier tribunal venu pouvant désavouer tout ce bel édifice. Par ailleurs, pour prévenir l’effet pervers, il faut évidemment se garder de nous exclure du cadre proposé.

c) le retrait de toute disposition de type clause du grand-père augmente exagérément le caractère discriminatoire de la loi. Sa radicalité ne laisse pas d’être inquiétante. Tenter de criminaliser environs 7500 praticiens et de désemparer le nombre considérable de ceux qui se satisfont de recourir à eux, c’est beaucoup pour un seul décret. Par ailleurs il est constant que toute nouvelle réglementation professionnelle comporte toujours une période intermédiaire avec absorption du stock existant comme disent les gestionnaires.

d) l’absence de mention de lieux de formation extra universitaires va dans le même sens. La psychothérapie relationnelle, justement évoquée aux côtés de la psychanalyse par le ministre Douste-Blazy devant le forum des psys, puis escamotée dans les textes qui suivirent, est définitivement exclue du décret d’application. Cette ignorance facilite fâcheusement les confusions.

Et puis, il vaut toujours mieux faire face à la réalité que l’ignorer. Aucun autre pays du monde moderne, exceptés les pays à vérité révélée, ne refuse actuellement une psychothérapie à plusieurs visages (les quatre du Carré psy), gérée en bonne entente institutionnelle avec les structures universitaires par ceux qui connaissent et transmettent le mieux les disciplines de la psychothérapie relationnelle, les écoles privées agréées par la profession elle-même. En vous adressant à nous vous manifestez que vous n’ignorez pas cela. Le paradoxe de nous reconnaître et ignorer en même temps, on peut parier qu’il se retournera en définitive contre ses auteurs.

e) les 1000 heures remplaçant le master de psychologie clinique vont dans le même sens, de ne reconnaître comme professionnels du psychisme que trois catégories sur quatre (encore que les trois premières n’y soient pas soumises — tandis que la quatrième n’aura pas les moyens de s’y soumettre, on nage dans le paradoxe), en contraignant les représentants de la quatrième à endosser une double formation. Les précédentes dispositions pratiquaient l’ouverture, celles-ci la fermeture. Nous ne saurions que nous y opposer, au nom du bon sens, de l’équité, et de la reconnaissance du fait flagrant de notre existence.

f) les médecins et psychologues non cliniciens (cf. notre article (a)) n’ont aucune justification à se prévaloir du titre de psychothérapeute, sinon que cette extension le vide de sens. Nous insistons sur l’iniquité consistant à attribuer un titre de psychothérapeute à des praticiens qui ne le demandent pas et n’en n’ont pas la formation. En second lieu il y aurait là tromperie majeure vis-à-vis d’un public que l’on prétend défendre et protéger : deuxième non-sens évident de cette rédaction, le public pensera s’adresser à des psychothérapeutes qui n’en sont pas !

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Il se dégage de tout cela que les praticiens de notre profession n’apprécient pas de voir travestie leur honorabilité, confisqué leur nom, et de se voir contraints d’en changer. Nous vous demandons d’éviter le faux-pas par lequel se trouve agressée injustement et inconsidérément une profession tout entière et l’ensemble de sa patientèle. Dans une telle affaire, surseoir serait sage. Il est encore temps de suspendre un texte qui n’est pas de nature à pacifier la zone qu’il se propose de circonscrire. Votre nouvelle rédaction nous semble promise à l’effondrement au premier défi légal à venir. Une maladresse d’anthologie nous paraît marquer le désordre qu’elle introduit dans un ensemble de corps professionnels qui n’avait pas besoin de cela. Nous vous engageons à ne pas y persister.

Comme chacun sait, les quatre grandes classes de professionnels du psychisme sont utiles et nécessaires, leur travail complémentaire et leur utilité publique égale. Les véritables besoins du public et la complexité de la matière psy requièrent qu’aucun interdit majeur ne vienne frapper l’un des protagonistes du Carré psy. Primum non nocere. Un remède pire que le mal n’est pas ce dont a besoin la psychothérapie du XXI ème siècle, ce dont ont besoin aujourd’hui les Français.

Nous vous prions de croire à toute notre considération.

Philippe Grauer
Président

  • 1 Ensemble constitué des quatre professions majeures du psychisme : psychiatrie, psychologie, psychanalyse, psychothérapie relationnelle, les quatre prétendant à des titres divers pratiquer la psychothérapie, désignation générique.

Appel des psychologues freudiens

Les psychologues freudiens ont contesté dès le départ l’orientation de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 sur l’usage du titre de psychothérapeute. Ils appellent donc logiquement à une mobilisation générale contre le décret d’application de celle-ci. Parce que des contradictions insurmontables apparaissent entre certains alinéas du texte. Parce qu’ils aperçoivent ce que ces contradictions tentent de masquer : la volonté de faire disparaître purement et simplement les psychologues cliniciens orientés par la découverte de l’inconscient freudien. Ils rappellent

— que Freud s’est battu pour la discipline qu’a engendrée la découverte de l’inconscient soit une discipline profane, c’est-à-dire non médicale dans son principe.

— que l’inconscient tel qu’il a émergé dans la civilisation au XXe siècle n’est le monopole d’aucune caste professionnelle et concerne potentiellement tout un chacun qui souffre dans son corps ou dans sa pensée.

— que la rencontre avec un psychologue ne saurait donc être prescrite par quiconque ni, a fortiori, programmée par un tiers selon des critères censés valoir pour tel ou tel symptôme.

— que la psychologie clinique est une discipline exigeante, qui comporte des risques, et que ces risques doivent être assumés en connaissance de cause par ceux qui ont dédié leur vie à cette pratique et au renouveau permanent de sa doctrine.

Ils voient clairement la manœuvre à l’œuvre dans ce décret : sous prétexte de sécuriser le public et d’écarter les charlatans, créer une nouvelle profession, et fragiliser ceux qui l’exerceront en réévaluant régulièrement l’usage que les futurs psychothérapeutes feront de leur titre. La manœuvre technocratique consiste à vider de son contenu usuel le mot de psychothérapie, et à en donner la maîtrise improbable à desdits psychothérapeutes qui n’auront bientôt plus rien à voir avec ce que le public attend à bon droit de ceux-ci.

Ils refusent le décret parce que, derrière ce texte, c’est un choix de société qui se profile : ou bien des “populations” “gérées” par des experts et leurs besoins sans cesse évalués en fonction des offres du marché, ou bien des sujets certes souffrants mais responsables, libres de choisir leur psy et de traiter leurs embarras avec leur désir dans la dignité.

Et qu’on n’aille pas dire que des psys pourront se polyformater pêle-mêle à l’application pure et simple de protocoles dits de soins dans le champ du psychique, où c’est la relation à l’autre qui prime absolument toute prescription. Ces pseudo hommes-orchestres d’une pseudo psychothérapie ne seront que des automates, normés par les fameuses conclusions scientifiques d’un certain rapport sur l’efficacité des psychothérapies, supposé avoir prouvé, par des méthodes par définition inadéquates à leur objet, l’orientation dite psychodynamique ne vaut que dans un cas sur seize. De là à éradiquer bientôt lesdits psychothérapeutes qui auraient imprudemment choisi cette voie, il n’y a pas loin.

Les psychologues freudiens refusent donc d’être enrégimentés dans des bataillons de faux psys qui ne seront plus que de vrais évaluateurs voués à alimenter des programmes de pseudo recherche bio sociale, au mépris de la créativité propre aux êtres parlants … ou de malheureux évalués et condamnés à disparaître pour défaut d’efficacité.

Ils invitent donc les psychologues pour qui la relation à l’autre est l’instrument de leur pratique à faire connaître leur opposition à ce projet de décret qui est pour eux inacceptable.

Merci de diffuser cet appel et d’adresser ici même vos courriels de protestation contre ces décrets.

Argumentaire antidécret

• Contexte politique
• Non conformité au texte de la loi
• Non protection du public
• Infiltrations sectaires
• Déficit de la Sécurité sociale
• Contradiction avec les directives européennes en préparation
• Absence de mesures transitoires
• Psychothérapie essentiellement “curative” de pathologies mentales, et non “préventive” face à des souffrances existentielles
• Carence de lieux de stages publics spécialisés.

Contexte politique

Le ministère à l’interminsitériel joue l’Éducation nationale, minée par l’idéologie scientiste, et en définitive la médecine organiciste. Vaste débat, n’étant pas innocent que l’affaire s’origine de l’amendement d’un médecin, associé à un psychiatre, le tout épaulé par la SPP, à recrutement essentiellement médical. La médicalisation de l’existence est en marche, nos concitoyens devront peser ce choix lors des prochaines élections.
On peut compter sur nous pour peser de tout le contrepoids possible. L’enjeu est civilisationnel, quel mode de vie voulons-nous ? pilule, handicap psychique pour chronicisés standardisés, ou libre parole pour vie humaine inventée à mesure ?

Non conformité au texte de la loi

L’aporie de la contradiction entre les §§ 1 et 3 maintenant son effet délétère en matière d’obligation de formation en psychologie clinique , l’inapplicabilité suit son cours.

Fausse protection du public

Au motif de protéger un dormeur qui ne demandait rien, combien d’ours ont jeté de pavés à la figure de la démocratie ? la protection contre le charlatanisme, s’inspirant d’un argumentaire populisme plutôt léger, a fait long feu, nous ne sommes pas concernés, et chacun dans ce pays peut s’en assurer. Bien au contraire, les institutions que s’est données la psychothérapie relationnelle, nationales et internationales, qui fonctionnent depuis de trois à quatre décennies, ont montré leur efficacité, et manifestent l’autorité morale incontestable de nos organismes responsables.
Tout le monde aura remarqué au passage que la présente rédaction du décret légalise la charlatanerie d’État de corps entiers de praticiens parfaitement ignorants de notre psychothérapie relationnelle.

Infiltrations sectaires

Ce serpent de mer n’a jamais été aperçu que par des témoins autoproclamés. L’opposé est à craindre. D’une part l’actuel décret donne licence à toute secte de s’inscrire comme psychanalytique. D’autre part c’est en laissant jouer les ressorts institutionnels mis en place par notre profession qu’on filtrera le plus efficacement les hommes de secte. Nous encadrons nos praticiens et diminuons d’autant le risque sectaire. À noter qu’il est constant qu’aucun barrage à l’examen universitaire n’a jamais empêché un fondateur de secte d’accumuler les diplômes et de régenter les esprits très respectablement.

Déficit de la Sécurité sociale

Nous contribuons grandement à le réduire. D’abord en prévenant par notre pratique des affections somatiques beaucoup plus lourdes, ou en contribuant à alléger celles qui se présentent déjà. Ensuite en recourant au principe de responsabilité pour soi, qui conduit ceux qui recourent à nous pour prendre soin d’eux-mêmes, à financer cette opération précisément sans demander de prise en charge par le collectif.
Bien entendu les personnes en grande difficulté financière devraient pouvoir recourir auprès des CMP à nos services, mais le serpent se mord la queue puisqu’on nous en interdit l’accès.
On connaît par ailleurs la politique du tout pillule, et ses néfastes retombées, dont un surcoût de remboursement.

Contradiction avec les directives européennes en préparation

Certains parlent de directive européenne en préparation, allant dans le sens d’une officialisation de nos cinq critères. Nous n’en demandons pas tant. Le simple respect d’une profession déjà existante au service des citoyens qui ne s’en sont jamais plaints, bien au contraire, devrait logiquement modérer les ardeurs partisanes. Nous ferons le nécessaire, aux côtés de nos collègues des institutions sœurs au niveau européen pour faire entendre la voix de la raison dans ce domaine.

Absence de mesures transitoires

Leur absence manifeste que ce décret entend congédier notre profession, dans le moment qu’il en confisque le nom générique. C’est du jamais vu. Non seulement on entend prévenir la formation de nouveaux psychothérapeutes relationnels, mais on veut liquider l’existant. C’est indigne d’une loi de la République.

La psychothérapie psychiatrique soigne les pathologies mentales, la psychothérapie relationnelle s’occupe des souffrances existentielles. Deux domaines différents.

Quand on entend médicaliser l’existence, on ne laisse aucune place à l’écoute de l’autre dans le cadre de la relation et du transfert, on ignore l’inconscient, ce qui représente un bond en arrière de plus d’un siècle. Nos psychanalystes conservateurs provisoirement privilégiés s’aveuglent quand ils se pensent mis à l’abri de notre persécution. Ils préparent un naufrage pour la psychanalyse ! Nous nous sauverons, et deviendrons leur recours, au moment de leur faillite. Nous ne voulons pas d’un régime de science-fiction style Fahrenheit 451, où tout trouble, comme dit le DSM4, serait l’affaire d’une psychiatrie dégradée à la médecine généraliste, sous-traitant à des sous-psychologues, psychothérapeutes néopsys (concurrents des psychologues) et infirmiers aux ordres, en vue de gérer le flux des usagers classés handicapés. Merci pour eux, nos concitoyens abordant la crise de la quarantaine, la question de l’entrée dans la vie, de la fondation d’un couple et d’une famille ou de son éclatement, ou encore l’angoisse du chômage, ne sont pas fous, et ne seront jamais justiciables de l’administration systématique de produits conduisant à l’assuétude ni de conditionnements opérant de faux miracles.

Ils ont besoin de liberté de parole et d’expression, dans le cadre d’une relation véritablement humaine, conduite par un professionnel compétent, dont la compétence ne passera jamais par un savoir académique administré à haute dose par des universitaires d’une discipline n’ayant rien à voir avec le type de réalité qu’ils ont appris à conduire.

Carence de lieux de stages publics spécialisés

On connaît la grande difficulté des psychologues à trouver des stages. En trouver pour des praticiens comme les nôtres, dans un service public qui nous en a précisément évacués, est impossible à l’heure actuelle. Nous parvenons dans nos circuits à créer des lieux de stage appropriés. Nous mettons au défit, dans le cadre d’une loi de toute façon hostile à notre type de pratique, les pouvoirs publics de faire fonctionner des stages satisfaisant à ce que nous requérons. Encore une fausse fenêtre dessinée sur le béton du mur que le ministère entend ériger, dont on se prend à se demander de quel côté se situe le ghetto.

Conclusion

L’État nous fait trop d’honneur de nous excommunier par décret. Surtout ne songeons pas à nous plaindre d’un régime de faveur que seule la psychanalyse dans sa gloire, notre ancêtre, put revendiquer, au cours de la première moitié du siècle dernier. La psychothérapie relationnelle saura assurer le relais, et transmettre avec les psychanalystes éclairés l’héritage commun.

Notre profession, par ailleurs un métier d’art, n’est pas domesticable, l’exercer comporte quelque allure de liberté, qui va bien avec notre philosophie de l’existence humaine. Nous choisirons si nécessaire de cheminer derrière notre propre enseigne, émise et contrôlée par nous. L’immense peuple des gens ordinaires, dont nous sommes, qui savent où nous trouver pour se retrouver, dans le dialogue d’une rencontre qu’un inconscient non officiel trouvera moyen de surprendre, attend de nous que nous tenions notre rôle et place d’humanisateurs laïcs de l’existence. Nous aurons à cœur de n’y pas manquer.

Penser et comprendre le monde qui se fait & qui vient

Programme des Rencontres balzaciennes

Jeudi 19 octobre : La psychanalyse face au nouveau malaise de la civilisation.

Pendant deux siècles, la psychiatrie s’est développée en s’appuyant sur quatre modèles de compréhension de l’âme et de la folie, qui lui ont permis de découvrir une explication universelle de l’univers mental de l’homme. Cette compréhension, fondée sur la raison, a été portée à son plus haut degré d’incandescence par la psychanalyse. En ce début du troisième millénaire, elle subit une dislocation, rompant le lien qui l’attachait à la psychanalyse et privilégiant une approche athéorique centrée d’une part sur le conditionnement animal (comportementalisme) et de l’autre sur le recours exclusif à la psychopharmacologie. Depuis, les nouvelles psychothérapies prolifèrent, tournant le dos à tout savoir rationnel et universel sur la psyché, au moment même où les troubles psychiques et mentaux sont en passe de devenir, pour la prochaine décennie, la première “maladie” des sociétés démocratiques. Que peut la psychanalyse face à ce nouveau malaise dans la civilisation ?

Par Élisabeth Roudinesco, historienne, psychanalyste, chargée de conférences à l’École pratique des hautes études (EPHE), directrice de recherches au département d’histoire de l’Université de Paris VII. Collaboratrice au journal Le Monde. Auteure notamment de : Histoire de la psychanalyse en France (2 vol.), Fayard, 1994 ; Jacques Lacan. Esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée, Fayard, 1993 ; Dictionnaire de la psychanalyse en collaboration avec Michel Plon, 1997, Fayard, rééd. 2000 ; Pourquoi la psychanalyse ? Fayard, 1999 (rééd. en poche Champs-Flammarion) ; De quoi demain… Dialogue, Élisabeth Roudinesco & Jacques Derrida, Fayard-Galilée, 2001 ; La famille en désordre, Fayard, 2002 ; Le patient, le thérapeute et l’État, Fayard, 2004 ; Philosophes dans la tourmente, Fayard, 2005.

Jeudi 23 novembre : Le monde entier doit-il avoir les mêmes valeurs ?

Par Catherine Clément, philosophe et romancière, auteur d’essais comme Que sais-je ? sur Claude Lévi-Strauss, Qu’est-ce qu’un peuple premier ? éditions du Panama, octobre 2006, et de romans comme Le voyage de Théo (Seuil), Le sang du monde, Seuil), Pour l’amour de l’Inde, Flammarion.

Jeudi 18 janvier : La controverse des sexes.

“Quand un sujet prête à de nombreuses controverses — ce qui est le cas pour toute question qui, d’une façon ou d’une autre, a trait au “sexe” — on ne peut espérer dire la vérité, on doit se contenter de montrer comment on est parvenu à l’opinion qu’on soutient”. Virginia Woolf, Une chambre à soi.

Par Geneviève Fraisse, directrice de recherche au CNRS, député au parlement européen. Auteur notamment de La différence des sexes, Puf, 1996 ; Les femmes et leur histoire, Folio-Gallimard, 1998 ; La controverse des sexes, Puf, 2001 ; à paraître : Du consentement, Le Seuil, janvier 2007.

Jeudi 15 février : L’enjeu Darwin : évolution biologique et civilisation.

Par Patrick Tort, Philosophe, Lauréat de l’Académie des Sciences pour son Dictionnaire du darwinisme et de l’évolution. Prix Philip Morris 2000 d’Histoire des Sciences pour l’ensemble de son œuvre, Chevalier des Arts et des Lettres, il a créé et dirige l’Institut Charles Darwin international (ICDI). Il dirige la traduction française et l’édition savante en 35 volumes de l’intégrale des Œuvres de Darwin (ce travail devrait s’étendre tout au long du premier quart du XXIe siècle).

Jeudi 22 mars : Sexisme et racisme : les paradoxes de la domination.

On a souvent pensé le sexisme, et la domination de genre sur le modèle de la domination ethnique, ou sur celui de la “race”. Le parallèle est-il fécond ? Est-il fondé ? La notion de domination est-elle une grille suffisante pour l’analyse des rapports complexes entre groupes sociaux ou entre individus ?

Par Liliane Kandel, sociologue, ex-responsable du Centre d’Études et de Recherches Féministes de l’Université Paris 7 – Denis Diderot, membre du comité de rédaction des Les Temps Modernes. A publié Féminismes et nazisme, Odile Jacob 2004.

Jeudi 26 avril : La littérature pour penser l’horreur économique.

Par Viviane Forrester, écrivain. Auteur notamment de La violence du calme, Seuil, 1980 ; Van Gogh ou l’enterrement dans les blés, Seuil, 1988 ; Ce soir après la guerre, Fayard 1992 ; L’horreur économique, Fayard, 1996 ; Le crime occidental, Fayard, 2004 ; Mes passions de toujours, Fayard, 2006.