Appel des psychologues freudiens

Les psychologues freudiens ont contesté dès le départ l’orientation de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 sur l’usage du titre de psychothérapeute. Ils appellent donc logiquement à une mobilisation générale contre le décret d’application de celle-ci. Parce que des contradictions insurmontables apparaissent entre certains alinéas du texte. Parce qu’ils aperçoivent ce que ces contradictions tentent de masquer : la volonté de faire disparaître purement et simplement les psychologues cliniciens orientés par la découverte de l’inconscient freudien. Ils rappellent

— que Freud s’est battu pour la discipline qu’a engendrée la découverte de l’inconscient soit une discipline profane, c’est-à-dire non médicale dans son principe.

— que l’inconscient tel qu’il a émergé dans la civilisation au XXe siècle n’est le monopole d’aucune caste professionnelle et concerne potentiellement tout un chacun qui souffre dans son corps ou dans sa pensée.

— que la rencontre avec un psychologue ne saurait donc être prescrite par quiconque ni, a fortiori, programmée par un tiers selon des critères censés valoir pour tel ou tel symptôme.

— que la psychologie clinique est une discipline exigeante, qui comporte des risques, et que ces risques doivent être assumés en connaissance de cause par ceux qui ont dédié leur vie à cette pratique et au renouveau permanent de sa doctrine.

Ils voient clairement la manœuvre à l’œuvre dans ce décret : sous prétexte de sécuriser le public et d’écarter les charlatans, créer une nouvelle profession, et fragiliser ceux qui l’exerceront en réévaluant régulièrement l’usage que les futurs psychothérapeutes feront de leur titre. La manœuvre technocratique consiste à vider de son contenu usuel le mot de psychothérapie, et à en donner la maîtrise improbable à desdits psychothérapeutes qui n’auront bientôt plus rien à voir avec ce que le public attend à bon droit de ceux-ci.

Ils refusent le décret parce que, derrière ce texte, c’est un choix de société qui se profile : ou bien des “populations” “gérées” par des experts et leurs besoins sans cesse évalués en fonction des offres du marché, ou bien des sujets certes souffrants mais responsables, libres de choisir leur psy et de traiter leurs embarras avec leur désir dans la dignité.

Et qu’on n’aille pas dire que des psys pourront se polyformater pêle-mêle à l’application pure et simple de protocoles dits de soins dans le champ du psychique, où c’est la relation à l’autre qui prime absolument toute prescription. Ces pseudo hommes-orchestres d’une pseudo psychothérapie ne seront que des automates, normés par les fameuses conclusions scientifiques d’un certain rapport sur l’efficacité des psychothérapies, supposé avoir prouvé, par des méthodes par définition inadéquates à leur objet, l’orientation dite psychodynamique ne vaut que dans un cas sur seize. De là à éradiquer bientôt lesdits psychothérapeutes qui auraient imprudemment choisi cette voie, il n’y a pas loin.

Les psychologues freudiens refusent donc d’être enrégimentés dans des bataillons de faux psys qui ne seront plus que de vrais évaluateurs voués à alimenter des programmes de pseudo recherche bio sociale, au mépris de la créativité propre aux êtres parlants … ou de malheureux évalués et condamnés à disparaître pour défaut d’efficacité.

Ils invitent donc les psychologues pour qui la relation à l’autre est l’instrument de leur pratique à faire connaître leur opposition à ce projet de décret qui est pour eux inacceptable.

Merci de diffuser cet appel et d’adresser ici même vos courriels de protestation contre ces décrets.

Argumentaire antidécret

• Contexte politique
• Non conformité au texte de la loi
• Non protection du public
• Infiltrations sectaires
• Déficit de la Sécurité sociale
• Contradiction avec les directives européennes en préparation
• Absence de mesures transitoires
• Psychothérapie essentiellement “curative” de pathologies mentales, et non “préventive” face à des souffrances existentielles
• Carence de lieux de stages publics spécialisés.

Contexte politique

Le ministère à l’interminsitériel joue l’Éducation nationale, minée par l’idéologie scientiste, et en définitive la médecine organiciste. Vaste débat, n’étant pas innocent que l’affaire s’origine de l’amendement d’un médecin, associé à un psychiatre, le tout épaulé par la SPP, à recrutement essentiellement médical. La médicalisation de l’existence est en marche, nos concitoyens devront peser ce choix lors des prochaines élections.
On peut compter sur nous pour peser de tout le contrepoids possible. L’enjeu est civilisationnel, quel mode de vie voulons-nous ? pilule, handicap psychique pour chronicisés standardisés, ou libre parole pour vie humaine inventée à mesure ?

Non conformité au texte de la loi

L’aporie de la contradiction entre les §§ 1 et 3 maintenant son effet délétère en matière d’obligation de formation en psychologie clinique , l’inapplicabilité suit son cours.

Fausse protection du public

Au motif de protéger un dormeur qui ne demandait rien, combien d’ours ont jeté de pavés à la figure de la démocratie ? la protection contre le charlatanisme, s’inspirant d’un argumentaire populisme plutôt léger, a fait long feu, nous ne sommes pas concernés, et chacun dans ce pays peut s’en assurer. Bien au contraire, les institutions que s’est données la psychothérapie relationnelle, nationales et internationales, qui fonctionnent depuis de trois à quatre décennies, ont montré leur efficacité, et manifestent l’autorité morale incontestable de nos organismes responsables.
Tout le monde aura remarqué au passage que la présente rédaction du décret légalise la charlatanerie d’État de corps entiers de praticiens parfaitement ignorants de notre psychothérapie relationnelle.

Infiltrations sectaires

Ce serpent de mer n’a jamais été aperçu que par des témoins autoproclamés. L’opposé est à craindre. D’une part l’actuel décret donne licence à toute secte de s’inscrire comme psychanalytique. D’autre part c’est en laissant jouer les ressorts institutionnels mis en place par notre profession qu’on filtrera le plus efficacement les hommes de secte. Nous encadrons nos praticiens et diminuons d’autant le risque sectaire. À noter qu’il est constant qu’aucun barrage à l’examen universitaire n’a jamais empêché un fondateur de secte d’accumuler les diplômes et de régenter les esprits très respectablement.

Déficit de la Sécurité sociale

Nous contribuons grandement à le réduire. D’abord en prévenant par notre pratique des affections somatiques beaucoup plus lourdes, ou en contribuant à alléger celles qui se présentent déjà. Ensuite en recourant au principe de responsabilité pour soi, qui conduit ceux qui recourent à nous pour prendre soin d’eux-mêmes, à financer cette opération précisément sans demander de prise en charge par le collectif.
Bien entendu les personnes en grande difficulté financière devraient pouvoir recourir auprès des CMP à nos services, mais le serpent se mord la queue puisqu’on nous en interdit l’accès.
On connaît par ailleurs la politique du tout pillule, et ses néfastes retombées, dont un surcoût de remboursement.

Contradiction avec les directives européennes en préparation

Certains parlent de directive européenne en préparation, allant dans le sens d’une officialisation de nos cinq critères. Nous n’en demandons pas tant. Le simple respect d’une profession déjà existante au service des citoyens qui ne s’en sont jamais plaints, bien au contraire, devrait logiquement modérer les ardeurs partisanes. Nous ferons le nécessaire, aux côtés de nos collègues des institutions sœurs au niveau européen pour faire entendre la voix de la raison dans ce domaine.

Absence de mesures transitoires

Leur absence manifeste que ce décret entend congédier notre profession, dans le moment qu’il en confisque le nom générique. C’est du jamais vu. Non seulement on entend prévenir la formation de nouveaux psychothérapeutes relationnels, mais on veut liquider l’existant. C’est indigne d’une loi de la République.

La psychothérapie psychiatrique soigne les pathologies mentales, la psychothérapie relationnelle s’occupe des souffrances existentielles. Deux domaines différents.

Quand on entend médicaliser l’existence, on ne laisse aucune place à l’écoute de l’autre dans le cadre de la relation et du transfert, on ignore l’inconscient, ce qui représente un bond en arrière de plus d’un siècle. Nos psychanalystes conservateurs provisoirement privilégiés s’aveuglent quand ils se pensent mis à l’abri de notre persécution. Ils préparent un naufrage pour la psychanalyse ! Nous nous sauverons, et deviendrons leur recours, au moment de leur faillite. Nous ne voulons pas d’un régime de science-fiction style Fahrenheit 451, où tout trouble, comme dit le DSM4, serait l’affaire d’une psychiatrie dégradée à la médecine généraliste, sous-traitant à des sous-psychologues, psychothérapeutes néopsys (concurrents des psychologues) et infirmiers aux ordres, en vue de gérer le flux des usagers classés handicapés. Merci pour eux, nos concitoyens abordant la crise de la quarantaine, la question de l’entrée dans la vie, de la fondation d’un couple et d’une famille ou de son éclatement, ou encore l’angoisse du chômage, ne sont pas fous, et ne seront jamais justiciables de l’administration systématique de produits conduisant à l’assuétude ni de conditionnements opérant de faux miracles.

Ils ont besoin de liberté de parole et d’expression, dans le cadre d’une relation véritablement humaine, conduite par un professionnel compétent, dont la compétence ne passera jamais par un savoir académique administré à haute dose par des universitaires d’une discipline n’ayant rien à voir avec le type de réalité qu’ils ont appris à conduire.

Carence de lieux de stages publics spécialisés

On connaît la grande difficulté des psychologues à trouver des stages. En trouver pour des praticiens comme les nôtres, dans un service public qui nous en a précisément évacués, est impossible à l’heure actuelle. Nous parvenons dans nos circuits à créer des lieux de stage appropriés. Nous mettons au défit, dans le cadre d’une loi de toute façon hostile à notre type de pratique, les pouvoirs publics de faire fonctionner des stages satisfaisant à ce que nous requérons. Encore une fausse fenêtre dessinée sur le béton du mur que le ministère entend ériger, dont on se prend à se demander de quel côté se situe le ghetto.

Conclusion

L’État nous fait trop d’honneur de nous excommunier par décret. Surtout ne songeons pas à nous plaindre d’un régime de faveur que seule la psychanalyse dans sa gloire, notre ancêtre, put revendiquer, au cours de la première moitié du siècle dernier. La psychothérapie relationnelle saura assurer le relais, et transmettre avec les psychanalystes éclairés l’héritage commun.

Notre profession, par ailleurs un métier d’art, n’est pas domesticable, l’exercer comporte quelque allure de liberté, qui va bien avec notre philosophie de l’existence humaine. Nous choisirons si nécessaire de cheminer derrière notre propre enseigne, émise et contrôlée par nous. L’immense peuple des gens ordinaires, dont nous sommes, qui savent où nous trouver pour se retrouver, dans le dialogue d’une rencontre qu’un inconscient non officiel trouvera moyen de surprendre, attend de nous que nous tenions notre rôle et place d’humanisateurs laïcs de l’existence. Nous aurons à cœur de n’y pas manquer.

Penser et comprendre le monde qui se fait & qui vient

Programme des Rencontres balzaciennes

Jeudi 19 octobre : La psychanalyse face au nouveau malaise de la civilisation.

Pendant deux siècles, la psychiatrie s’est développée en s’appuyant sur quatre modèles de compréhension de l’âme et de la folie, qui lui ont permis de découvrir une explication universelle de l’univers mental de l’homme. Cette compréhension, fondée sur la raison, a été portée à son plus haut degré d’incandescence par la psychanalyse. En ce début du troisième millénaire, elle subit une dislocation, rompant le lien qui l’attachait à la psychanalyse et privilégiant une approche athéorique centrée d’une part sur le conditionnement animal (comportementalisme) et de l’autre sur le recours exclusif à la psychopharmacologie. Depuis, les nouvelles psychothérapies prolifèrent, tournant le dos à tout savoir rationnel et universel sur la psyché, au moment même où les troubles psychiques et mentaux sont en passe de devenir, pour la prochaine décennie, la première “maladie” des sociétés démocratiques. Que peut la psychanalyse face à ce nouveau malaise dans la civilisation ?

Par Élisabeth Roudinesco, historienne, psychanalyste, chargée de conférences à l’École pratique des hautes études (EPHE), directrice de recherches au département d’histoire de l’Université de Paris VII. Collaboratrice au journal Le Monde. Auteure notamment de : Histoire de la psychanalyse en France (2 vol.), Fayard, 1994 ; Jacques Lacan. Esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée, Fayard, 1993 ; Dictionnaire de la psychanalyse en collaboration avec Michel Plon, 1997, Fayard, rééd. 2000 ; Pourquoi la psychanalyse ? Fayard, 1999 (rééd. en poche Champs-Flammarion) ; De quoi demain… Dialogue, Élisabeth Roudinesco & Jacques Derrida, Fayard-Galilée, 2001 ; La famille en désordre, Fayard, 2002 ; Le patient, le thérapeute et l’État, Fayard, 2004 ; Philosophes dans la tourmente, Fayard, 2005.

Jeudi 23 novembre : Le monde entier doit-il avoir les mêmes valeurs ?

Par Catherine Clément, philosophe et romancière, auteur d’essais comme Que sais-je ? sur Claude Lévi-Strauss, Qu’est-ce qu’un peuple premier ? éditions du Panama, octobre 2006, et de romans comme Le voyage de Théo (Seuil), Le sang du monde, Seuil), Pour l’amour de l’Inde, Flammarion.

Jeudi 18 janvier : La controverse des sexes.

“Quand un sujet prête à de nombreuses controverses — ce qui est le cas pour toute question qui, d’une façon ou d’une autre, a trait au “sexe” — on ne peut espérer dire la vérité, on doit se contenter de montrer comment on est parvenu à l’opinion qu’on soutient”. Virginia Woolf, Une chambre à soi.

Par Geneviève Fraisse, directrice de recherche au CNRS, député au parlement européen. Auteur notamment de La différence des sexes, Puf, 1996 ; Les femmes et leur histoire, Folio-Gallimard, 1998 ; La controverse des sexes, Puf, 2001 ; à paraître : Du consentement, Le Seuil, janvier 2007.

Jeudi 15 février : L’enjeu Darwin : évolution biologique et civilisation.

Par Patrick Tort, Philosophe, Lauréat de l’Académie des Sciences pour son Dictionnaire du darwinisme et de l’évolution. Prix Philip Morris 2000 d’Histoire des Sciences pour l’ensemble de son œuvre, Chevalier des Arts et des Lettres, il a créé et dirige l’Institut Charles Darwin international (ICDI). Il dirige la traduction française et l’édition savante en 35 volumes de l’intégrale des Œuvres de Darwin (ce travail devrait s’étendre tout au long du premier quart du XXIe siècle).

Jeudi 22 mars : Sexisme et racisme : les paradoxes de la domination.

On a souvent pensé le sexisme, et la domination de genre sur le modèle de la domination ethnique, ou sur celui de la “race”. Le parallèle est-il fécond ? Est-il fondé ? La notion de domination est-elle une grille suffisante pour l’analyse des rapports complexes entre groupes sociaux ou entre individus ?

Par Liliane Kandel, sociologue, ex-responsable du Centre d’Études et de Recherches Féministes de l’Université Paris 7 – Denis Diderot, membre du comité de rédaction des Les Temps Modernes. A publié Féminismes et nazisme, Odile Jacob 2004.

Jeudi 26 avril : La littérature pour penser l’horreur économique.

Par Viviane Forrester, écrivain. Auteur notamment de La violence du calme, Seuil, 1980 ; Van Gogh ou l’enterrement dans les blés, Seuil, 1988 ; Ce soir après la guerre, Fayard 1992 ; L’horreur économique, Fayard, 1996 ; Le crime occidental, Fayard, 2004 ; Mes passions de toujours, Fayard, 2006.

La psychanalyse face au nouveau malaise de la civilisation

Rencontres balazaciennes

organisées par Michel Rotfus

JEUDI 19 OCTOBRE À 18:00

Conférence d’Élisabeth Roudinesco


LA PSYCHANALYSE FACE AU NOUVEAU MALAISE DE LA CIVILISATION

Lycée international Honoré de Balzac

118 bvd Bessières 750017 Paris

SALLE DES FÊTES, au rez-de-chaussée

René Saboural — Nous ne pouvons que rejeter l’avant-projet du décret d’application de l’article 52

NOUS NE POUVONS QUE REJETER L’AVANT-PROJET DE DÉCRET D’APPLICATION DE L’ARTICLE 52

PAR RENÉ SABOURAL

Nous l’avons dit, cet avant-projet est inacceptable pour les psychologues parce qu’il supprime, à terme, la profession. Il entraîne, plus particulièrement dans les institutions, la fin des pratiques orientées par la psychanalyse qu’ils soutiennent. À terme, ce projet promeut un nouveau titre, une nouvelle profession de psychothérapeute mais de psychothérapeute paramédical, multicartes, multi référencé, standardisé. Sous qualifié, il sera mal rémunéré.

Inacceptable pour les psychologues, on peut douter que ce texte rencontre l’approbation de nos collègues psychothérapeutes [relationnels, note de la rédaction] tant il les éloigne des pratiques actuelles pour la majorité d’entre eux. Il promeut une psychothérapie d’État, des pratiques officielles, “validées scientifiquement” par l’organisme d’État INSERM.

L’article 2 du projet, la notion “d’attestation de la certification de la formation en psychopathologie clinique“, introduit la Commission nationale de la certification professionnelle, créée par la loi 2002-73 dite de modernisation sociale. Cette commission n’est pas inconnue des psychologues. Ses chargés de mission établissent des répertoires, veillent à l’adaptation des diplômes, émettent des recommandations… Cela nous a valu la fiche métier de laquelle toute référence à la psychanalyse a été soigneusement gommée malgré les demandes de la profession.

Pour nous ôter toute illusion, l’article 7 du projet de décret vient renforcer le dernier alinéa de l’article 52: cette “validation d’une formation en psychopathologie clinique conforme au cahier des charges“, fixée par arrêté des ministères de la santé et de l’enseignement et de la recherche nous concerne bel et bien, les “professionnels visés” au §2 comme professionnels visés au § 3. Lisez bien il ne s’agit ni de DESS, Master, DEA, ou autre doctorat. L’article 8 vous précise qu’il s’agit d’une formation “de niveau master“. C’est bien vague ! Il faut donc rechercher quelques précisions.

Cette formation devra nous donner une “connaissance des quatre approches” de la psychothérapies “validées scientifiquement”. Nous sommes invités à réaliser une fusion “de l’analyse, des théories systémiques, comportementalistes et intégratives“. Fusion, fiction? Plutôt supercherie ! Qui a pu imaginer un pareil montage ? Mais enfin, ils prétendent “valider scientifiquement” alors il faut y croire. Nous touchons au domaine de la croyance.

Dans cette nouvelle configuration il n’y a plus ni psychologues ni psychothérapeutes. Nos successeurs, sortis de ce labyrinthe, appliqueront des questionnaires et des protocoles de réadaptation ou réhabilitation. Exit aussi l’article 2 du décret de 1991 applicable aux psychologues lequel fonde leur autonomie en ces termes : “(ils) exercent les fonctions, conçoivent les méthodes et mettent en œuvre les moyens et techniques correspondant à la qualification qu’ils ont reçue.“

Les “anciens” justement, les professionnels visés au §3, ne sont pas oubliés. Comme l’indique la section III, ils auront jusqu’à 2009 pour s’intégrer grâce à une “formation complémentaire adaptée dans le cadre de la formation continue“. Une variante est prévue pour les professionnels visés au § 2 via la VAE. On peut là encore s’attendre au pire : entre les décrets et arrêtés à paraître, les labellisations INSERM des organismes de formation, les certifications par la CNCP et les accréditations délivrées par la Haute autorité de Santé — HAS, la voie sera étroite pour la survie de la Formation continue.

Autre point : il est également indiqué que restent à préciser le “poids et lieux des stages)”. On suppose que les lieux de stage seront agréés selon les mêmes procédures et publiés sur une liste officielle annexe à paraître ultérieurement ! Il n’y a rien à dire, c’est bien verrouillé. Impossible d’échapper, nous sommes faits comme des rats. Et en matière de rats, ils s’y connaissent !

Nos diplômes n’étaient pas soumis à l’approbation du ministère de la santé. Cette “validation d’une formation en psychopathologie clinique conforme au cahier des charges”, fixée par arrêté des ministères de la santé et de l’enseignement et de la recherche restée floue dans l’avant-projet se dévoile par les propos de M Basset. Où sera dispensé cet enseignement, et par qui ? Où se dérouleront ces stages pratiques destinés aux futurs psychothérapeutes? Si rien n’est dit dans l’avant-projet, le Verbatim version 2, de la rencontre du 10 janvier et publié par le SNPPsy nous donne une réponse. Voir le lien http://www.snppsy.org/data/308.pdf. M. Basset y confirme qu’il s’agit bien d’une formation confiée à la Faculté de Médecine, aux CHU. Ainsi nous revenons à la première mouture du plan Psychiatrie et Santé mentale, au rapport Cléry Melin qui l’inspire et aux rapports qui l’ont précédé, dont le rapport Berland.

Le Verbatim du SNPPsy prête les propos suivants à M. Basset, pourquoi ne pas les prendre en compte. On peut lire : “{Le texte prévoit bien une exigence professionnelle et adaptée pour les membres dits “de droit”. Et encore (page 5) : “Nous essayons de définir les cadres d’une formation mais pas son contenu. Nous ne pouvons excéder la loi. En clair cela veut dire que les membres dits de droit devront satisfaire à des exigences de formation.” Cependant il est des cadres qui déterminent le contenu. Plus loin : “Il y aura des textes complémentaires (…) en particulier de décret d’appdsur le contenu de la formation. Ce sera un décret simple et non en Conseil d’État. Ainsi le présent décret ne sera pas applicable avant le nouveau décret. C’est l’ensemble du dispositif qui rendra le système viable.“

Mais revenons en page 3 : “La formation est confiée à l’université … à un nouveau contenu correspondra un nouveau cadre.” Lequel ? Ce n’est pas dit. À nous de comprendre. Et en page 4, une contradiction qui n’est qu’apparente : ” …S’agissant du master il y en aura un pour ceux qui ne sont pas médecins. On ne peut pas imposer un master aux médecins qui sont déjà titulaires d’un doctorat !” Supprimons les médecins, reste un master destiné aux psychologues. Continuons la lecture du verbatim : “Seuls ceux qui n’auront pas de formation préalable devront répondre sur l’honneur. On ne peut exiger un master des médecins, mais pour les autres, il s’agit bien évidemment du master et non d’un niveau master.” Le projet, lui, énonce : “de niveau master”. Commentaire : Sauf erreur, un médecin, du fait de son doctorat n’est pas dispensé du DESS ou du Master pour faire usage du titre de psychologue. Alors pourquoi cette affirmation ?

Je ne vois qu’une explication à cette apparente contradiction. Nos DESS ou Masters sont délivrés par la faculté de Sciences Humaines. Il suffit donc de glisser la formation Master des “quatre psychothérapies” en Faculté de Médecine et le tour est joué. Il n’y a plus alors d’obstacle à délivrer un titre de psychothérapeute à un généraliste — sans formation — puisqu’il est titulaire d’un doctorat de médecine, de niveau dit supérieur. Ainsi l’exigence que nous avions affirmée de maintenir la formation des psychologues en Sciences Humaines se trouve contournée grâce à ce décret sur les psychothérapeutes. Il ne s’agit plus de former les psychologues en Faculté de Médecine comme l’annonçait le PPSM. On y formera à la psychothérapie.

Bien sûr cela ne supprime pas le diplôme ou la profession de psychologue. C’est plus subtil. Cela écarte les psychologues du champ de la santé — voire plus — s’ils refusent de passer par le formatage en CHU ; le tout sous le prétexte de réglementer l’usage du titre de psychothérapeute et de lutter contre les sectes. Il y a donc urgence à lire, faire connaître le Verbatim et de dénoncer tout cela.

Conclusion provisoire. C’est “l’ensemble du dispositif qui rendra le système viable“, dit M Basset. Grâce à l’article 52, grâce au transfert des compétences, la refonte des statuts des hospitaliers est en bonne voie : tous (psycho)thérapeutes TCC ! Après avoir remplacé les infirmiers psy par des infirmiers DE, il ne restait qu’à remplacer les psychiatres par des médecins généralistes. C’est déjà bien engagé. On confiera alors leur formation (continue) aux laboratoires pharmaceutiques.

Motion de soutien par les étudiants en psycho du projet de rédaction par le ministre du décret d’application de la loi 52 en date du 7 avril

Les représentants U-PSY ont voté pour prendre position pour la 2e version du décret d’application. Voici les cinq arguments qui fondent notre politique quant à ce décret. Pour plus de pertinence et de concision, nous en avons retranché l’introduction et la conclusion qui visaient, en interne, à exposer le contexte de cette prise de position. Pour la faire valoir à présent auprès d’autres interlocuteurs, il ne semble à présent pas utile de les conserver. De même, quelques changements rhétoriques sont intervenus dans le corps du texte pour le concentrer sur la substance de nos arguments.

Notre prise de position en faveur de la deuxième mouture de l’avant-projet de décret sur les psychothérapies, repose sur cinq arguments que nous exposons ici. Nous les avons soumis au vote sur le forum d’U-psy (Union nationale des étudiants pour la liberté des pratiques psys) au sein de laquelle 13 universités et deux groupes sont présents. Parmi les 24 représentants de ces universités et groupes, 20 ont voté pour prendre position sur ces arguments, et 19 lui ont apporté un vote favorable.

Argument 1 : Du danger à moyen et long terme d’une formation de haut niveau à l’université.

À l’heure où la psychologie d’orientation [psycha]analytique perd du terrain dans bon nombre d’universités et n’existe même plus dans d’autres, la position qui viserait à requérir une formation importante pour l’obtention du titre de psychothérapeute nous semble plus que dangereuse. Comme en ont témoigné de nombreux étudiants sur le forum d’U-psy, les universités de psychologie tendent progressivement à remplacer, dans leurs formations cliniques, les enseignements de psychopathologie d’orientation psychanalytique par l’enseignement d’une psychopathologie inepte orientée par le DSM IV, à la faveur des départs en retraite. C’est ce que montre exemplairement la situation à Toulouse, Nantes, Paris XIII, et dans bien d’autres universités. Il en va certes de la responsabilité des enseignants qui ont laissé les tenants des TCC conquérir peu à peu leurs postes, mais cette tendance est aussi soutenue par les orientations actuelles de la politique de santé mentale. Les quelques places fortes où résiste l’orientation psychanalytique ne doivent pas nous leurrer : cet infléchissement de la politique de santé mentale est parti pour durer.

En conséquence, demander une formation de haut niveau en psychothérapie, c’est bel et bien ouvrir un véritable boulevard aux cognitivo-comportementalistes pour la formation des psychothérapeutes. Les tenants des T.C.C. demandent également une formation de niveau Master, car ils savent très bien qu’une formation de 150 heures ne leur permettrait pas d’arriver à leurs fins, à savoir inonder le marché de la santé mentale de psychothérapeutes cognitivo-comportementalistes qui soient assez crédibles pour être embauchés. Si les enseignants d’orientation T.C.C. croissent en nombre dans les départements ou U.F.R. de psychologie, et même si les choses restent en l’état, les futurs psychothérapeutes seront donc majoritairement formés à ces méthodes. Est-ce ce que nous voulons ?

Argument 2 : Du leurre de la « protection de l’usager »

Le seul argument qui reste aux défenseurs d’une formation de niveau Master est la volonté de protéger l’usager. Il nous semble que cette logique débouche sur des mesures liberticides, la protection passant par le contrôle et l’évaluation des pratiques. En choisissant de défendre la liberté des pratiques psys, nous, membres de l’Union nationale étudiante, affirmons que le choix de sa pratique par le professionnel doit être laissé libre du point de vue de la loi. Nous soulignons l’importance d’un choix singulier, celui du patient que nous pensons capable de choisir pour lui-même un psy qui lui convienne. Nous nous faisons une trop haute opinion des patients, pour considérer qu’il faudrait leur indiquer la voie de l’analyste sérieux type, comme s’ils n’étaient pas eux-mêmes en mesure de choisir (plus que de trouver) la leur.

Se tromper ou réussir du premier coup à trouver à qui s’adresser, tâtonner dans le cheminement d’une [psycho]thérapie, même quand on a trouvé, tout de suite, le psy qui nous convenait, c’est ce qu’implique le temps logique et singulier d’un sujet. L’exigence que personne ne choisisse pour nous à qui il faudrait aller parler du plus intime de notre être, que personne ne choisisse quelle formation les [psycho]thérapeutes sérieux devraient avoir, est la nôtre. Exiger que tout praticien ait un cursus de psychologie clinique, c’est trop, car c’est d’abord trop peu, s’il est vrai que ce n’est pas d’abord de savoir mais d’éthique qu’il s’agit là. Laissons donc les patients choisir au lieu de choisir pour eux. En ce qui concerne le [psycho]thérapeute, c’est son éthique et son désir seuls qui doivent l’orienter, tandis qu’une loi lui imposant des “bonnes pratiques” le déchargerait de toute réflexion clinique.

C’est précisément parce que la notion de sujet que nous défendons est celle d’un sujet dont prévaut la singularité, que toute volonté d’imposer une norme aux pratiques psys nous semble erronée et dangereuse. Un “le même pour tous” qui se phénoménaliserait sous les espèces, d’un “pour tous, le même psy”, “pour tous, la même formation”, “pour tous, les mêmes garanties” procède d’une logique totalitaire. Chacun est responsable pour lui-même et jamais aucun diplôme ne garantira le sérieux d’une pratique. De fait, à l’université, on peut bien enseigner une thèse ici, une autre là, suivre avec un enseignant, une orientation, puis une autre l’instant d’après. Le discours universitaire prétend que tous les savoirs se valent, que le savoir est par ailleurs prompt à combler notre division. Nous pensons le contraire. L’exigence que notre responsabilité induit, ce n’est pas un diplôme universitaire qui nous la garantit, elle ne relève pas d’un savoir universel, mais d’un choix, d’une décision singulière et éthique. Si les plus grands cliniciens sont savants, les savants ne font pas nécessairement de bons cliniciens, c’est un fait.

Argument 3 : Une formation a minima préserve la liberté des pratiques et le choix du praticien par le patient

S’il faut absolument donner un contenu au titre de psychothérapeute, s’il faut que ce titre soit validé, et puisqu’il y a apparence que nous n’échapperons pas à une législation sur le titre de psychothérapeute, alors il nous semble que ce titre ne doit recouvrir qu’une formation minimum, qui ne laisse croire ni aux patients ni aux [psycho]thérapeutes eux-mêmes, qu’une formation universitaire suffit à faire de nous de bons cliniciens. Nous réclamons le droit de choisir à qui nous adresser, et que les praticiens aient la formation qu’ils jugent eux-mêmes adéquate. Libre à chaque patient de choisir le psy qui lui convient, de consulter les annuaires des[psych]analystes et psychothérapeutes, dans lesquels les formations suivies sont inscrites.

Argument 4 : De l’inanité de l’argument quant à la concurrence faite aux psychologues par les psychothérapeutes deuxième version

On nous fait miroiter le risque de voir des personnes ayant un très faible cursus universitaire (les psychothérapeutes de la deuxième version) prendre la place des psychologues. Ceci ne se produira pas si les psychothérapeutes ont un cursus extrêmement faible. En effet, on préfèrera embaucher un psychothérapeute ayant par ailleurs un diplôme de psychologue, qu’un psychothérapeute n’ayant pas d’autres titres. On voit bien en effet que c’est ce qui se passe déjà avec les éducateurs. Peu d’entre eux trouvent à se faire embaucher quand ils ne sont qu’éducateurs. On embauche de préférence un éducateur qui est aussi psychologue, on le paye alors au prix d’un éducateur… Donc nul risque que les psychologues se fassent piquer leur travail par les nouveaux psychothérapeutes non formés : ce sont eux qui auront leurs postes. En revanche, s’ils sont formés à un niveau Master en psychopathologie, ils feront directement concurrence aux psychologues, ayant presque la même formation qu’eux.

Il est bien sûr légitime d’être payé en rapport avec son niveau de formation, il est donc difficile de se réjouir de ce qu’on obtienne des postes bien en deçà de celui-ci. Mais ce combat-là est syndical et ne se réduit pas à ce décret. C’est un autre combat qu’il nous faudra mener, et pourquoi pas dès celui-ci passé. Par ailleurs, certains craignent que les psychothérapeutes formés à très bas niveau ne puissent pas revendiquer l’autonomie de leur pratique et risquent de se voir pris dans la hiérarchie – contrairement au statut qu’ont négocié les psychologues – et donc de voir leurs pratiques prescrites, dépendantes des orientations politiques de leur hiérarchie et contrôlées. Or, c’est déjà le cas pour les psychologues. Cet effet ne sera pas induit par le décret car il est déjà en œuvre : encore un combat à mener. En effet, malgré les avantages du statut des psychologues, fort peu parviennent à le faire respecter aujourd’hui dans les institutions et se retrouvent néanmoins à faire passer des tests, par exemple, sur ordre de leur hiérarchie. Cette situation ne dépend pas, là encore, du seul décret dont nous traitons ici, mais de toute la politique de santé mentale.

Argument 5 : Tirer les conséquences de l’impossibilité de l’abrogation

Nous sommes tous pour l’abrogation de la loi visant à légiférer sur le titre de psychothérapeute. Nous sommes tous pour que le titre de psychothérapeute ne soit pas validé par l’État. Mais l’abrogation ne semble pas être une option, même en cas d’alternance politique. Jean-Pierre Sueur nous a appris récemment, que peu d’hommes politiques étaient au fait de ce dossier fort complexe. Par ailleurs, de nombreux hommes politiques de gauche soutiennent ce mouvement qui va vers une législation sur le titre de psychothérapeute au nom de la protection de l’usager et de la transparence. Si donc, on ne peut l’éviter, il faut réclamer une loi qui aille le plus possible dans le sens de l’abrogation, c’est-à-dire vers la réglementation la plus légère possible. Le titre validé par l’État étant alors minime (puisque les psychothérapeutes n’auront pas de diplôme, ou un diplôme minimal), la loi se trouve vidée de son contenu dans ce qu’il avait d’inquiétant. On évite ainsi la création d’un nouveau titre.

On obtient alors des conséquences qui sont les plus proches possible de l’abrogation. Nous visons ainsi les conséquences de nos désirs, conformément à ce que l’éthique freudienne nous apprend à faire. Puisque l’ensemble de la politique actuelle en santé mentale va dans le sens de toujours plus de législation, préparons nous à en limiter les effets.
La deuxième mouture du décret d’application de l’Article 52 est la plus à même de ce faire.

L’exception française : seuls les psychothérapeutes ne seront plus psychothérapeutes

Ça y est, après 30 mois de ce que dans la France UMP on appelle concertation, négociation, discussion et que n’importe où ailleurs on appellerait information unilatérale descendante, le ministère a choisi et, pour ce faire, renie les promesses de ses négociateurs successifs : Accoyer, Mattei, Douste-Blazy, X. Bertrand.

Pour rendre opératoire sa loi, le décret d’application est prêt : seuls les médecins (par exemple : urologues), les psychologues (par exemple : du travail), et les psychanalystes (par exemple de formation philosophique) seront de droit psychothérapeutes. Les psychothérapeutes “à l’ancienne”, ceux qui se sont formés en cinq à sept ans dans des instituts spécialisés mais privés ne sont pas et ne seront plus compétents : ils ne sont pas tous passés par l’Université, c’est-à-dire “le public”. Le privé n’a de valeur et de crédibilité, n’est-ce pas, que pour le Gaz, l’Électricité, les transports, les aéroports, etc. C’est au moins, soit dit en passant, la formidable reconnaissance indirecte de la part des Pouvoirs Publics que les Institutions privées qui depuis bientôt trente ans ont élaboré et mis en place la formation des psychothérapeutes et particulièrement des plus nombreux d’entre eux, les psychothérapeutes relationnels, ne sont pas des boîtes à fric ! À moins que… bon sang, mais c’est bien sûr ! on va obliger les Instituts privés — qui ont acquis et prouvé leur compétence — à passer convention avec l’État-Université. Puis, deuxième étape, une fois l’état devenu “compétent” grâce à ce transfert, il lui restera à privatiser, c’est-à-dire vendre, lesdites Universités ! Bingo !

C’est la politique de confiscation qui continue, comme dans les états totalitaires du XX° siècle. Depuis trente ans, des pionniers créent une profession et son titre : psychothérapeute ; ils établissent des critères (une formation longue, psychologique, psychopathologique et de méthodologie psychothérapeutique, un travail psychothérapeutique sur soi, une supervision permanente, un agrément pas les pairs…). Le titre et la compétence sont désormais reconnus par le public. Certes quelques charlatans s’en emparent, de même que dans toute profession, y compris dans celles qui ont été dotées d’un ordre professionnel. Alors ça crée le prétexte pour confisquer ce titre, à le retirer à leurs ayants-droit et à l’offrir sur un plateau, telle une tête de Jean-Baptiste, à la Salomé scientiste, épouse de l’INSERM, à ses TCC et autres serviteurs du pouvoir central.

Même de tout-petits pays européens comme la Slovénie, qui n’ont pas la longue tradition culturelle psychothérapeutique et psychanalytique de la France, finissent d’élaborer dans la concertation une loi “intelligente” régissant la profession. En Chiraquie, on passe en force, on invite les citoyens à ratifier l’Europe en ses Institutions, mais on va à l’encontre lorsqu’il est plus avantageux pour elle de soutenir quelques lobbies. Par exemple, lorsqu’il n’y a plus de psychothérapeutes relationnels formés et compétents, que reste-t-il ? Les médicaments bien sûr ! Et on crée un écran de fumée en déplorant régulièrement que la France soit la première consommatrice au monde de médicaments psy, à l’instar d’Accoyer qui en faisait son argumentaire initial pour faire passer nocturnement sa loi scélérate. Le plus étrange est que nous n’ayons pas entendu les laboratoires hurler à l’assassin !

La farce est jouée, le public est désormais “protégé” : l’ORL saura “écouter” sa souffrance, le prothésiste saura le “soutenir”, le radiologue saura aborder sa “vie intérieure”, le biologiste pourra l’ “analyser”, le chirurgien plastique l’aidera à “se reconstruire”, le psychologue saura tester ses capacités à s’adapter… et à ceux que cette modalité ne conviendra pas, il restera à s’adresser aux sectes et aux charlatans.

* Psychothérapeute didacticien, psychologue clinicien et directeur de l’Institut français de Gestalt-thérapie depuis 1980.

La psychanalyse au ministère – document

Paris 16 juin 2006

Réunion de concertation au ministère, concernant
la définition des associations de psychanalyse,
en vue du décret d’application de l’art. 52

(jeudi 15 juin 2006, de 14 h 30 à 16 h 30, au ministère de la santé)

Sommaire
• présents
• déclarations de M. Brunelle
• déclarations des associations de psychanalyse
• détail des déclarations de la FF2P
• analyse de Serge Ginger : regards pessimiste, optimiste et réaliste.

Présents : une quarantaine de représentants d’organismes divers de psychanalyse, certains convoqués par le ministère, d’autres venus d’eux-mêmes [la FF2P, note de l’éditeur]
M. Brunelle, entouré de ses deux assistantes.
La FF2P était représentée par Michel Meignant et Serge Ginger.

La réunion du 15 juin a rassemblé notamment les associations de psychanalyse suivantes :

– Fedepsy
– Ecole psychanalytique des forums du champ lacanien
– SPRF Société de recherche et de formation psychanalytique
– École freudienne
– SIUEERPP
– Association de psychothérapie analytique (jungiens)
– Société française de psychanalyse adlerienne
– Société psychanalytique de Paris (SPP)
– Quatrième groupe
– Association freudienne internationale
– Cercle freudien
– École de la Cause freudienne (ECF)
– Espace analytique
– Association psychanalytique de France (APF)
– Fédération Française de Psychothérapie et Psychanalyse (FF2P)
– etc. [en effet la précision n’était pas au rendez-vous, alors que le ministère disposait des listes correctes. Toujours note de l’éditeur]

Introduction par M. Brunelle

La position du ministre est très claire : la liberté des associations loi de 1901 ne peut être remise en question. Il est exclu que l’État se substitue aux associations de psychanalystes, dans un domaine éminemment complexe et évolutif. C’est à vous qu’il appartient de faire des propositions : je suis là simplement pour vous écouter, ceci est votre réunion.

Nous reconnaissons l’absolue autonomie du champ psychanalytique, et les psychanalystes sont légalement membres de droit.

Par ailleurs, nos juristes ont confirmé qu’on ne peut être membre de droit… sous conditions ! Donc, l’alinéa 4 de la loi ne sera pas appliqué !
M. Brunelle s’en tiendra exclusivement à l’objet de cette réunion, et les autres points du décret ne seront donc pas abordés.

Les représentants d’une quinzaine d’associations psychanalytiques de tous bords : freudiens orthodoxes, lacaniens, 4e groupe, jungiens, adlériens, enseignants universitaires, psychothé¬rapeutes (FF2P), s’expriment tour à tour et formulent – unanimement – un NON, catégorique ou légèrement nuancé, à toute réglementation par l’État du champ analytique.

Nous ne reprendrons pas le verbatim fastidieux des interventions de chaque organisme, mais nous nous contentons de les résumer :

Chacun explicite ses motivations variées — dont voici quelques extraits

– On ne peut définir des critères simples ; ce ne peut être qu’une nouvelle source de conflits, après une histoire jalonnée déjà de multiples scissions ! On ne peut, ni on ne veut, délimiter le champ de la psychanalyse.

– Il y aurait plus de risques à une recherche de consensus improbable qu’à l’infiltration d’usurpateurs via la création de nouvelles associations de psychanalystes.

– Il y aura, de toute manière, bien peu de psychanalystes qui vont revendiquer le titre de psychothérapeute.

– Toute clôture d’un champ implique des rejets et des conflits.

– Il ne serait pas possible d’arriver à un consensus : ce n’est pas pour rien qu’il y a eu tant de scissions. L’union est impossible : il serait ridicule de vouloir uniformiser les écoles. Chaque association doit demeurer responsable de ses critères et de sa réglementation
interne. Il n’est pas question que l’État y jette un œil.

– Les organisations de psychanalyse ont une parfaite capacité d’autorégulation.

Plusieurs associations freudiennes estiment que seuls peuvent se prétendre psychanalystes les associations issues de la SPP (Société Parisienne de Psychanalyse) depuis sa fondation en 1926 : il “va de soi” que les jungiens et les adlériens ne peuvent se prétendre psychanalystes !… On ne saurait confondre scissions et dissidences : Adler et Jung ont été exclus. Mais cette nuance est difficile à traduire en termes juridiques.

D’autres soutiennent que “hors de la psychanalyse, il n’y a pas de psychothérapie” : cette dernière n’est qu’une variante de la cure type, sinon ce n’est pas une psychothérapie.
La psychanalyse n’est absolument pas une méthode.

M. Brunelle précise, à nouveau, que l’art. 52 ne fait pas partie du Code de la Santé. Il n’est pas question que le ministère “mette le pied dans la porte”, à l’occasion d’une liste ou d’un annuaire. Il précise qu’il est à l’origine de la suppression du concept de liste, cela pour des raisons personnelles.

Que veut dire “régulièrement inscrit” ?
M. Brunelle et ses assistantes juristes répondent : Cela veut dire “à jour de ses cotisations”, car on ne peut juger que de critères formels et non discuter sur le fond.

Détail des principales interventions de la FF2P
S. Ginger et M. Meignant interviennent à plusieurs reprises sur des points divers :

• Notre Fédération est une association loi de 1901. Elle a toujours regroupé des psychanalystes, depuis sa fondation, il y a plus de 10 ans. Ils ont toujours figuré sur notre annuaire. D’ailleurs, nous nous trouvons être une des associations de psychanalystes la plus nombreuse en France, puisque nous regroupons plus de 300 psychanalystes, pratiquant des psychothérapies psychanalytiques : trois associations (École ferenczienne, société adlérienne, et branche française de l’ECPP ou European Confederation for Psychoanalytical Ppsycho¬therapy) ainsi qu’une centaine de psychanalystes indépendants. Nous avons toujours considéré la psychothérapie psychanalytique comme une psychothérapie, la psychanalyse étant pour nous une approche parmi plusieurs autres, ainsi que cela est reconnu dans tous les pays d’Europe depuis plus de 20 ans. Notre changement de nom est récent, car la loi a introduit une distinction arbitraire parmi ces approches, mais cela n’a changé en rien la composition de notre Fédération, bien antérieure à la loi. D’ailleurs, certains ont suivi plusieurs formations dans diverses écoles psychanalytiques et désirent conserver leur indépendance : rester psychanalystes, mais sans s’inféoder à une obédience déterminée. Ils se sont inscrits chez nous dès la création de la FFdP en 1995.

• Nous n’avons jamais compris sur quels critères juridiques ou scientifiques reposait la distinction arbitraire de la loi — qui semble en contradiction avec le principe consti¬tutionnel d’égalité devant la loi. M. Brunelle revendique le « droit de ne pas répondre à une question… où la réponse semble contenue dans la question”.

• De plus, pourquoi privilégier une orientation psychanalytique par rapport à une autre, selon le contexte culturel provisoire d’un pays : Freud ou Lacan, en France ; Jung en Suisse ; Adler en Allemagne ; Klein ou Winnicott en Grande-Bretagne ; Kohut aux Etats-Unis, etc ! Comment l’État pourrait-il intervenir dans ces distinctions subtiles et ces choix subjectifs ?

• Il serait pour le moins paradoxal d’attribuer “de droit” le titre de “psychothérapeute” à tout membre d’une association de psychanalyse qui le sollicite… alors même que son organisation clame et écrit depuis des années que la psychanalyse n’est pas une psychothérapie ! Parallèlement, on refuserait ce titre à des psychanalystes qui ont justement adhéré à notre fédération parce qu’ils avaient délibérément opté pour la psychothérapie !

(Note : A la sortie de la réunion, à 16 h 30, nous croisons un millier de manifestants ostéopathes venus revendiquer un décret réaliste, et notamment le droit de pratiquer l’ostéopathie crânienne avec les bébés. Ils font face à plusieurs camions de CRS en tenue anti-émeutes… Ils exigent une audience immédiate du ministre…)

Analyse de Serge Ginger, secrétaire général de la FF2P

• La position des diverses associations de psychanalyse n’a surpris personne, ni les intéressés eux-mêmes, ni le représentant du ministre. Ce qui a été spectaculaire, c’était l’unanimité contre toute définition par l’État, malgré des motivations différentes.

• La nouvelle principale a été l’intention du ministère de contester un alinéa de la loi, l’alinéa 4 affirmant : Un décret en Conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théoriques et pratiques en psychopathologie clinique que doivent remplir les personnes visées aux deuxième et troisième alinéas.

Le ministère n’a pas l’intention de l’appliquer aux personnes visées au 3e alinéa, soit les médecins, psychologues et psychanalystes !

Reste à savoir si la Conseil d’État acceptera une telle lecture tendancieuse.

• Si elle était acceptée, on arriverait à une situation caricaturale :

– Seraient acceptés comme « psychothérapeutes » garantis par l’État, sous réserve qu’elles en fassent la demande, de nombreuses personnes n’ayant aucune formation ni en psychothérapie, ni en psychopathologie (tels qu’un radiologue ou un médecin oto-rhino, ou encore un psychologue du travail, ou bien un psychanalyste issu d’une filière littéraire) !

– Tandis que risqueraient d’être refusés des praticiens en psychothérapie privés, dûment formés, pendant de nombreuses années, à la psychothérapie et à la psychopathologie !

La profession serait ainsi officiellement dévalorisée et les usagers seraient exposés à de nombreux risques :

– être pris en charge par des charlatans, sans aucune formation spécifique ;

– tomber sur des représentants d’une secte, regroupés sous couvert d’une association de psychanalyse (fondée à cet effet) automatiquement agréés, de ce fait, comme psychothérapeutes de droit ;

– les usagers n’auraient d’autre recours de sécurité que de consulter les annuaires privés de praticiens de la psychothérapie, garantis par les fédérations représentatives des professionnels.

En résumé

1 • Lecture pessimiste :

Un décret serait publié en plein été (comme l’a été la loi), pour limiter les manifestations. Il maintiendrait une obligation de master (5 ans à l’université, sans équivalences) en psychopathologie, cela uniquement pour les psychothérapeutes proprement dits.

Après 3 années de remous sociopolitiques importants (d’oct. 03 à oct. 06), avec de nombreux échos dans les médias, « la montagne aura accouché d’une souris » congénitalement handicapée, aggravant l’insécurité des usagers, et condamnant à l’indiscipline les profes¬sionnels qualifiés, puisque bien peu d’entre eux, après 5 années en moyenne de formation de psychothérapeute, n’entreprendront 5 années supplémentaires de formation universitaire dans un domaine (la psychopathologie)… qu’ils ont déjà étudié !

Les sectes s’engouffreront dans la brèche… proposée par le gouvernement : accréditation d’office, sous réserve de fonder une association de « psychanalyse », sans aucun critère !

De plus, « l’exception française » serait, une fois de plus, la risée de toute l’Europe — ce qui serait d’autant plus regrettable qu’à l’heure actuelle, la psychothérapie française (dont la psychanalyse) est appréciée sur le plan technique et scientifique, comme l’une des plus avancées d’Europe.

2 • Lecture optimiste :

L’amendement Accoyer aura « réveillé » tant les professionnels que l’opinion publique sur l’importance de la psychothérapie. D’ailleurs, il est frappant de constater avec quelle passion de nombreuses corporations revendiquent aujourd’hui ce titre ! D’autre part, les usagers osent maintenant demander des garanties de formation.
La pratique de la profession reste entièrement libre.
L’accès au titre aussi ! Ne serait-ce que par la nouvelle porte, grande ouverte, de la « psychanalyse ».
Ceux qui n’entreprendraient pas les formalités nécessaires à l’octroi du titre de « psychothérapeute » pourront parfaitement utiliser celui de “praticien en psychothérapie” (en y ajoutant, le cas échéant, « titulaire du Certificat Européen de Psychothérapie », ou encore, par exemple, « spécialisé en Analyse transactionnelle, en Gestalt-thérapie, etc. ».

Quant au fait que la loi attribuerait ainsi le titre à certains médecins ou psychologues sans formation spécifique à la psychothérapie (ni à la psychopathologie), cela ne changerait rien à la situation actuelle — où quiconque peut s’arroger ce titre, à sa guise.

3 • Proposition simple de “sortie de crise” :
Pour en finir avec plus de 30 mois de tergiversations houleuses, la proposition d’arbitrage du 7 janvier 2006, de M. Xavier Bertrand lui-même, serait la moins mauvaise solution : obligation pour tous (conformément au texte de loi déjà promulguée), d’une formation minimale de 150 h en psychopathologie (avec possibilité de conventions avec l’université), venant s’ajouter à une formation professionnelle initiale de plusieurs années comme psychothérapeute, médecin, psychologue ou psychanalyste. Cela limiterait aussi, quelque peu, de fausses associations de psychanalyse.

Il suffirait que le ministre s’en tienne à ses propres propositions de médiation, indépendam¬ment des divers lobbies corporatistes.

Les psychanalystes du Manifeste mercredi 14, veille du 15

ATTENTION !

L’actualité nous amène à modifier l’ordre du jour de cette séance de séminaire. En effet le conseiller technique du ministre de la Santé organise le jeudi 15 juin une réunion qui a pour objet “la définition des critères permettant une reconnaissance des associations psychanalytiques” (sic). Nos prédictions les plus pessimistes se vérifient donc. Il est urgent d’interroger les associations psychanalytiques sur la réponse qu’elles comptent apporter à cette démarche.

Le débat prévu après l’intervention de Françoise Meyer portera donc principalement sur cette actualité.

On peut consulter les documents sur le site Œdipe.

MANIFESTE POUR LA PSYCHANALYSE

ATTENTION : DÉBAT SUR L’ACTUALITÉ
PSYCHANALYTIQUE MINSTÉRIELLE

Séminaire
Les psychanalystes et la psychanalyse*

La prochaine séance du séminaire aura lieu le MERCREDI 14 JUIN 2006, À 20H45, au Fiap Jean Monnet, 30 rue Cabanis, 75014 Paris.

Pourquoi tant de désordre ?

Adresse à Monsieur Francis Brunelle,
Conseiller du ministre de la Santé,
à propos d’une convocation dont le principe d’ordre
échappe au bon sens institutionnel

Paris le 11 juin O6

Cher Monsieur,

J’ai pris connaissance de la convocation que vous avez adressée à plusieurs personnes en vue d’une réunion au Ministère pour le 15 juin prochain. Comme vous le savez, je n’ai nullement l’intention d’intervenir dans la politique des sociétés psychanalytiques. Cependant, je pense revenir, dans la presse ou ailleurs, sur ce qui se passe entre l’État et les institutions de formation des praticiens du psychisme.

C’est à ce titre que je m’étonne qu’après l’entretien chaleureux que nous avons eu vous teniez si peu compte des informations que je vous ai données et de celles que vous avez pu recueillir par ailleurs.

Que vous convoquiez les sociétés psychanalytiques afin de mieux connaître les critères de formation par lesquelles elles se reconnaissent, je le comprends aisément. Mais alors il me semble qu’une certaine cohérence s’impose. Plutôt que de convoquer à un rendez-vous commun quelques personnes désignées arbitrairement, ne serait-il pas plus juste de recevoir au moins la totalité des représentants des sociétés psychanalytiques françaises nationales? Elles sont, stricto sensu, au nombre de 17 et vous en avez la liste au Ministère. Cette liste est d’ailleurs publique.

Je n’inclus dans ce chiffre ni les sociétés régionales (en nombre croissant et dont certains membres appartiennent aussi à des sociétés nationales, il faudra d’ailleurs un jour les répertorier, je m’y emploie), ni les divers groupes inter-associatifs, ni les fondations, ni les internationales, ni les sociétés savantes, ni les associations universitaires qui, tout en se réclamant de l’enseignement de la psychanalyse à des titres divers, ont un statut clinique différent.

Je ne compte dans les 17 que les sociétés psychanalytiques (petites ou grandes) issues peu ou prou, par scissions successives, de la Société psychanalytiques de Paris (fondée en 1926), et qui forment des psychanalystes, c’est-à-dire des cliniciens qui se réclament de tous les courants issus du freudisme classique(de Freud à Lacan en passant par Melanie Klein, Ferenczi, Winnicott, Kohut, Dolto, etc). Il va de soi que n’entrent dans cette liste ni les sociétés d’obédience jungienne ou adlérienne ni les psychothérapeutes de toutes tendances, même si dans les rangs de ces derniers, il y a des psychanalystes formés d’ailleurs dans les écoles psychanalytiques.

Or, en lisant les noms et les sigles qui figurent sur votre convocation, je constate que vous vous adressez tantôt à des personnes qui ne représentent pas les sociétés en question (une secrétaire, par exemple, un ancien président, un membre simple, etc..), tantôt à des associations qui ne sont pas représentatives, soit parce qu’elles sont régionales (et alors pourquoi l’une et pas l’autre? Il y en a des dizaines), soit parce qu’elles ne font pas partie du champ psychanalytique au sens strict.

Comme en outre, votre convocation, si on la décrypte correctement — et ce n’est pas facile — ne s’adresse qu’à 9 sociétés psychanalytiques sur 17, je me demande vraiment quelle est la signification d’un tel choix, s’agissant d’une question aussi centrale que celle des relations de la psychanalyse avec l’État.

Cela fait maintenant trois ans que le Ministère de la Santé s’occupe de cette affaire qui a déjà “usé” trois ministres successifs. Je sais que personnellement vous avez eu le souci de vous informer et de recevoir tous les protagonistes de ce vaste champ du psychisme avec patience et compréhension. Vous avez eu aussi le mérite de tenter de satisfaire toutes les parties (psychiatres, psychologues, psychanalystes, psychothérapeutes) en modifiant de fond en comble le contenu des différents projets.

C’est la raison pour laquelle, dans un souci d’information et parce que j’ai toujours eu pour but de favoriser le bien public, je vous demande de m’expliquer de quelle manière vous avez procédé pour effectuer un tel choix et quelles sont les intentions de votre Ministère quand il souhaite connaître, de cette façon, les modalités de fonctionnement des sociétés psychanalytiques françaises.

Un mot encore : comme je vous l’ai dit et comme je l’ai dit à tous les ministres que j’ai eu l’occasion de rencontrer, vous n’ignorez pas que la France, pour des raisons historiques, occupe une position exceptionnelle dans toute cette affaire. Le freudisme et la psychanalyse font partie de notre patrimoine culturel et vous avez pu le constater, il y a quelques semaines, lors de la célébration des 150 ans de la naissance de Freud.

Cela veut dire que la politique que nous menons dans ce domaine concerne non seulement l’Europe mais tous les pays qui attendent que la France soit, une fois de plus, à la hauteur de la tradition qui est la sienne : celle des Lumières.

En attendant une réponse de votre part, je vous prie d’agréer, cher Monsieur, l’expression de mes sentiments les plus sincères.

Élisabeth Roudinesco