Arbitraire et négligence

Mon cher Laurent,

Merci d’avoir mis sur Oedipe l’information de la convocation du 15 juin adressée par Monsieur Francis Brunelle, conseiller de Xavier Bertrand, à un certain nombre de personnes et de sociétés, et ayant pour objectif de définir les critères “permettant une reconnaissance des sociétés psychanalytiques”.

J’avoue que quand j’ai vu ce “document”, j’ai été, non pas étonnée (je m’y attendais), mais effarée. Effarée par la manière dont il est rédigé et par la “liste” des destinataires auxquels il s’adresse.

Il est clair, depuis le début de cette affaire, que je n’ai nulle intention de me mêler de la politique des sociétés psychanalytiques. Mais nous avons là une archive qui révèle des négligences inadmissibles de la part d’un Ministère. Si ce Ministère s’autorise une telle convocation, c’est bien la preuve, comme l’a fort bien écrit Jean-Pierre Sueur, de l’inapplicabilité de cette loi et des futurs décrets qui ne manqueront pas d’en découler.

Ce “document” est en soi l’expression d’une double incohérence : celle présente dans la loi elle-même et celle suscitée par cette loi dans l’esprit de nos gouvernants qui semblent ne rien comprendre à ce qu’ils font.

Quand on découvre la liste des “convoqués” du 15 juin, on trouve en effet pêle-mêle des noms de secrétaires de sociétés psychanalytiques, des sigles de sociétés psychanalytiques, des noms de membres de ces sociétés qui n’exercent pas ou plus de fonctions représentatives dans leurs sociétés. À quoi s’ajoutent des sigles de sociétés qui n’appartiennent pas au champ psychanalytique français et des noms de personnes dont on se demande ce qu’elles viennent faire là.

Comme tu le sais, j’ai rencontré à plusieurs reprises les responsables du Ministère de la Santé. Par deux fois, aussi bien lors de mon entrevue avec Xavier Bertrand que lors de mon entretien très cordial et chaleureux avec Francis Brunelle, j’ai insisté pour que le Ministère ne fasse pas n’importe quoi dans un dossier d’une infinie complexité. En d’autres termes, j’ai eu soin, comme je le fais dans la presse et dans mes livres, de fournir au Ministère des chiffres exacts (ils sont publics) sur le nombre des psychanalystes, psychologues, psychiatres et psychothérapeutes afin que ne soient pas diffusées des informations erronées. J’ai aussi, à la demande du Ministère, souligné qu’il existait une liste publique du nombre des sociétés psychanalytiques en France (l’information figure dans plusieurs livres).

Stricto sensu, il existe à ce jour 17 sociétés psychanalytiques “nationales” (dont le siège est à Paris) mais qui comptent parmi elles des membres étrangers et des provinciaux. Je n’inclus dans ce chiffre ni les sociétés régionales (en nombre croissant et dont certains membres appartiennent aussi à des sociétés “nationales”, il faudra d’ailleurs un jour les répertorier, je m’y emploie), ni les divers groupes inter-associatifs, ni les fondations, ni les internationales, ni les sociétés savantes, ni les associations universitaires qui, tout en se réclamant de l’enseignement de la psychanalyse à des titres divers, ont un statut historique et clinique différent. Je ne compte dans les 17 que les sociétés psychanalytiques (petites ou grandes) issues peu ou prou, par scissions successives, de la SPP (fondée en 1926), et qui forment des psychanalystes, c’est-à-dire des cliniciens qui se réclament de tous les courants issus du freudisme classique (de Freud à Lacan en passant par Melanie Klein, Ferenczi, Winnicott, Kohut, Dolto, etc). Il va de soi que n’entrent pas dans cette comptabilité les jungiens, les adlériens, les psychothérapeutes de toutes tendances, même si dans les rangs de ces derniers, il y a des psychanalystes formés d’ailleurs dans les écoles psychanalytiques. On peut faire d’autres classifications que la mienne mais je crois que depuis 25 ans, la mienne s’est révélée assez exacte. Elle permet, en tout cas, de produire une comptabilité rationnelle du champ du freudisme en France.

Or, le ministère a convoqué pour le 15 juin n’importe quoi et n’importe qui : je le répète, on trouve dans cette convocation tantôt des noms, tantôt des sigles et tantôt des personnes qui ne sont pas identifiables comme faisant partie du champ psychanalytique. Cette convocation est un mélange d’arbitraire et de négligence et elle témoigne du fait que le Ministère, qui est pourtant informé, continue à ne pas tenir compte de la simple réalité objective.

Quelques exemples : pourquoi la SPP est-elle convoquée en tant que sigle et non pas par le biais de son président actuel? Pourquoi au contraire l’ECF est-elle convoquée à travers sa présidente? Pourquoi l’APF est-elle convoquée par le biais de son ancien président (Beetschen) et non pas à travers son actuel président (Widlöcher) dont on sait qu’il sera présent le 15 juin ? Pourquoi la SPF est-elle convoquée par le biais d’une secrétaire sans que soit mentionnée ni son nom ni le nom de son président? Pourquoi le nom d’Espace analytique n’est pas mentionné alors que son président actuel sera présent le 15 juin ? Enfin, plusieurs personnes sont convoquées sans que l’on sache à quel titre et alors même, qu’en tant que telles, elles ne représentent aucune association psychanalytique, même si l’on sait qu’elles sont, par ailleurs, membres de l’une au de l’autre.

En décryptant la convocation, on s’aperçoit en outre que 9 sociétés psychanalytiques sont convoquées sur un total de 17. Quand on sait qu’il s’agira au cours de cette discussion de définir les critères par lesquels les sociétés psychanalytiques françaises entendent se définir, on se demande vraiment comment travaillent, depuis maintenant trois ans, les responsables de ce dossier au Ministère.

J’ai l’intention d’adresser à ce sujet un courrier au Ministre pour lui demander quelques explications sans pour autant intervenir dans les décisions que prendront les institutions psychanalytiques face à une telle convocation.

Bien à toi. Tu peux mettre l’intégralité de cette lettre sur Œdipe.

Prévention précoce, prévention féroce — faut-il avoir peur de nos enfants ?

PRÉVENTION PRÉCOCE, PRÉVENTION FÉROCE

PAR JEAN-PIERRE GUILLEMOLES

Du collectif de Montpellier

Il y a quelques mois était lancée sous le titre Pas de 0 de conduite pour les enfants de trois ans une pétition dont le succès a dépassé les attentes les plus optimistes de leurs auteurs, médecins de PMI, pédiatres, psychiatres et analystes, en recueillant à ce jour plus de 181000 signatures.

Inquiets de la concordance entre un rapport de l’INSERM concernant le trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent, un rapport du député Jacques-Alain Benisti, inspirant des projets du ministre de l’intérieur, enseignants, parents, et praticiens se sont mobilisés pour manifester leur refus.

Pourquoi cette protestation massive et résolue des professionnels du soin mais aussi des parents, des enseignants et des éducateurs ? Plusieurs points, dès l’abord, ont paru particulièrement choquants :

— Sur un plan épistémologique, comment sur des éléments aussi vagues et imprécis que les troubles du comportement avec opposition parvenir à pronostiquer le risque d’une déviance future ?

— Sur un plan politique, quel est le type de société annoncé par ces mesures qui, en institutionnalisant la liaison entre le soin et le maintien de l’ordre, pathologisent les comportements hors normes, court-circuitent les interrogations sur l’éducation et la société au profit d’une approche individuelle où les techniques comportementales et cognitivistes et l’usage précoce de psychotropes sont au premier plan.
Cette démarche où le scientisme, et non pas la science authentique, est posé comme référence pour une “gestion” de l’humain, devenant une idéologie de remplacement dans une société déboussolée, est un premier pas vers un totalitarisme pour le bien de tous dont on connaît les dérives funestes.

Plusieurs associations de praticiens intervenant dans le champ du soin, le CEREDA, l’Association des psychologues freudiens, et I’INTERCOPSYCHOS, soucieuses de maintenir la dimension subjective dans l’approche des souffrances psychiques se sont regroupées pour organiser une conférence-débat à l’ŒIRTS à Montpellier, le Mercredi 29 Mars à 20h30, avec l’intervention de Jean-François COTTES, un des initiateurs de la pétition, président d’InterCoPsychos, des psychologues de Thuir, de psychiatres et psychanalystes de la région. Titre Prévention précoce, prévention féroce.
Cette rencontre, au cours de laquelle eut lieu un débat interdisciplinaire riche et soutenu, a rassemblé près de 300 participants.

FAUT-IL AVOIR PEUR DE NOS ENFANTS ?

PAR ANNE COLIN-DÉAT

Du collectif de Nancy

Une conférence-débat, à l’initiative du collectif de Strasbourg d’INTERCOPSYCHOS, a rassemblé environ 120 personnes à Strasbourg le 6 Mai dernier à propos de l’expertise collective de l’INSERM sur le trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent.

Myriam Mitelman, responsable du collectif Strasbourgeois, a posé le débat. Avec, en toile de fond, les nouveaux dispositifs venant régenter le champ de la santé mentale et modifier les orientations cliniques, les enjeux du décrets d’application de l’article 52 de la loi du 09 août 2004, et la pétition Pasde0deConduite signée par plus de 180000 personnes, s’opposant à une médecine prédictive et sécuritaire.

Marie-Frédérique Bacqué, Professeur à la Faculté de Psychologie de Strasbourg, s’exprime la première à propos des différents projets de décret concernant le statut de psychothérapeute. Elle considère que les nouvelles sont bonnes, puisque le projet de créer un master de psychothérapeute, formation précaire et ambiguë préconisant quatre approches, dont l’une dite intégrative, serait mis de côté. Mais les attentes demeurent vis-à-vis de l’université s’agissant de la formation en psychothérapie. Celle-ci exige des décrets garantissant l’encadrement “le plus élevé possible, tant sur le plan théorique que pratique.” Marie-Frédérique Bacqué se montre optimiste face à cette évolution mais se demande qui instille ces idées au ministère et pourquoi les conseillers ne sont pas les praticiens.

Myriam Miteman, ponctue cette première allocution en posant la question : est-il possible et souhaitable que le métier de praticien s’apprenne en Faculté ?

Nicole Steinberg, Pédopsychiatre, Chef de service au CHS d’Erstein, propose une analyse du contexte d’émergence du rapport INSERM sur les troubles des conduites des enfants et des adolescents. Elle ne s’attache pas précisément à son contenu mais démontre en quoi ce rapport est tout à fait paradigmatique d’un mouvement très préoccupant qui se développe depuis une dizaine d’années, et se traduit par des réalités institutionnelles venant de plus en plus cerner et modifier les pratiques.

Le fait que les enfants rassemblés sous le vocable de caractériels depuis les années 50, voient aujourd‚hui leurs troubles réinscrits du côté de l’organicité résulte selon elle d’une désorganisation profonde du champ clinique. Toute une cohérence et une articulation des dispositifs de soin et d’accompagnement articulées par des décennies d’hypothèses psychopathologiques se trouve démantelée par un renversement idéologique.

N. Steinberg analyse ce retour au primat de l’organicité, fondé sur les neurosciences, comme la résultante d’une série de mesures participant d’une même logique. Ce fut d’abord l’abandon des nosographies classiques au profit du DSM4. Ces nouvelles classifications ne constituent pas des outils de pensée mais leurs référentiels et leurs règles de prescription s’imposent dans le recours obligé aux logiciels d’aide au diagnostic et de par les contraintes de l’évaluation. La haute autorité de santé exige un alignement sur ces référentiels et les recommandations des rapports, supposés rationaliser le champ des pratiques.

Puis ce fut la volonté d’instrumentaliser la pédopsychiatrie dans le champ des pratiques sociales, éducatives et judiciaires dans des actions de dépistage, de prévention et de protection de l’enfance, où les frontières entre soin et éducation ne sont plus clairement différenciées et où, bientôt, la loi sur le partage du secret professionnel ajoutera à la confusion des genres.

Le renoncement à toute une culture et une orientation des pratiques de soins se ratifie également par l’absence de formation clinique des neuropédiatres, la constitution de dispositifs dits scientifiques pour traiter des monosymptômes tels que l’anorexie, l’autisme, l’hyperactivité. La psychopathologie et le somatique entrent dans des champs hétérogènes et la dimension du soin cède la place à la rééducation comportementale. Parallèlement, le recours de plus en plus systématisé aux techniques cognitivocomportementales, associé à l’inflation des prescriptions médicamenteuses, gagne la pédopsychiatrie.

Aux modifications profondes des pratiques hospitalières s’ajoute aujourd’hui la création des maisons du handicap. Elle fait disparaître toute une école de pensée qui appréhendait l’accompagnement des enfants fragilisés dans une visée globale, à la fois sociale et familiale, et elle lui substitue une nouvelle politique voulant repenser la solidarité en clivant ce qui doit relever de l’aide compensatoire au handicap et le traitement de troubles à l’ordre social.

Le rapport INSERM entre tout à fait dans ce renversement idéologique, et prône une lecture du symptôme, non plus à déchiffrer dans une dynamique complexe, mais identifié à un trouble organique et génétique, qu’il convient d’éradiquer. Au pari d’une possible réorganisation intérieure évolutive et fondée sur le transfert et l’intersubjectivité, se substitue la volonté de produire des molécules pour nous faire taire.

Au centre de cette logique n’est plus le sujet, ni l’humain, relève Myriam Mitelman, mais une instance administrative.

Alain Brochard, pédiatre, s’insurge contre cette idéologie négationniste sous-jacente au rapport sur le trouble des conduites, qui recourt à une causalité dominante (une héritabilité définie comme une fatalité, fondée sur des études validées par les seuls cognitivistes) et qui pousse à la médicalisation musclée.

Ce rapport emploie un langage factuel venant nier la condition du sujet, intégrée par la pédiatrie depuis l’apport freudien. On ne dépiste pas selon lui la souffrance psychique comme on piste des voleurs ! Exemples à l’appui, il tient à rappeler que la pratique des pédiatres peut témoigner de l’imprévisibilité de l’avenir. Les situations les plus graves peuvent parfois s’inverser dans une rencontre. Un enfant peut sortir de l’engrenage des conditions de sa naissance et démentir les prédictions les plus noires, à condition que l’on n’enferme pas la souffrance dans des étiquettes et que l’on ne fasse pas des éducateurs des geôliers, et du personnel de PMI des dirigeants de la prévention dès 8 jours.

M. Mitelman souligne qu’il faut de plus en plus de force pour continuer à penser que tout n’est pas écrit pour un sujet.

Paul Masotta, Psychologue, Psychanalyste, Enseignant à l’École Supérieure en travail éducatif de Strasbourg, a choisi de nous parler des accointances du rapport INSERM avec le rapport Benisti. Commandé par le ministère de l’intérieur, ce dernier émane d’une commission parlementaire sur la sécurité qui se prononce en octobre 2004 et produit un second rapport légèrement plus prudent en octobre 2005, après les vives réactions suscitées par le premier.

Epuisés de nous trouver à vouloir encore penser que tout n’est pas écrit pour un sujet et pour le bien de l’humanité, nous sommes partagés face au dit rapport, entre le rire et la terreur. La prévention de la délinquance, saisie dans une stricte composante diachronique, s’appuie ici sur une courbe prédictive surgie de nulle part, décrivant savamment un «”parcours déviant” débutant dès trois ans ! Derrière l’emballage qui caricature dans son argumentation d’autres rapports se voulant scientifiques, celui-ci se présente comme totalement a-théorique, purement pragmatique et idéologique. Son surgissement, contemporain des études et recommandations de l’INSERM, souligne leur convergence de vues.
Il s’agit de conclure à l’échec de toutes les politiques antérieures, de préconiser la rupture avec des conceptions considérées comme dépassées, et de produire une redéfinition de l’enfance en danger. Depuis les ordonnances de 45, 48 et 58, l’enfant maltraité et l’enfant maltraitant étaient considérés en danger et relevaient de la protection de l’enfance. Il s’agit aujourd’hui de protéger la société de l’enfance délictueuse et déviante, et cela commence par recommander l’usage exclusif de la langue française dès le berceau.

S’appuyant sur la classification internationale, définissant les critères du trouble de la conduite à partir des caractéristiques utilisées pour définir la délinquance, le rapport INSERM va tout à fait dans le sens de cette redéfinition : l’enfant en danger devient un enfant dangereux.
Mais que l’on ne s’y trompe pas, nous rassure Paul Masotta ; à bien lire les rapports, il n’y a pas lieu d’avoir peur de nos enfants, c’est des enfants des autres dont il faut se prémunir.

Sylvaine Sidot, membre du Syndicat national des psychologues, prend ensuite la parole pour dénoncer les conséquences de la dérive des prises de pouvoir idéologiques sur l’avenir de notre profession. La politique de santé mentale répond actuellement à une volonté sociétale de traiter les difficultés psychiques dans un souci gestionnaire, obéissant au double mot d’ordre : efficacité et vitesse. Il s’agit d’éradiquer le symptôme, non plus considéré comme une solution vitale pour le sujet, mais comme une entrave, une gêne pour l’autre. Face à cette demande institutionnelle, les molécules associées aux thérapies brèves sont très attractives. Il faut suggérer de nouvelles modalités d’alliance pour obliger l’individu déviant à se traiter. Le rapport INSERM est fondé sur cette volonté.

Le projet de décret sur le titre de psychothérapeute va également dans ce sens, et remet en cause le statut des psychologues, qui, n’appartenant pas à la profession de santé, garantissaient une alternative aux réponses médicales. Les transformations institutionnelles en cours risquent de compromettre ce recours à des praticiens s’éclairant des sciences humaines. Plus que jamais les psychologues doivent faire valoir leur code déontologique, qui place au premier rang de ses principes le respect de l’individualité.

Après l’évocation de ce monde en devenir, dans lequel quiconque ne pourra plus faire grincer aucune porte, M. Mitelman passe la parole à son dernier invité.

Roland Ries, Sénateur du Bas Rhin, regrette que ce débat technique, qui pour lui est sans conteste de nature politique, ne rencontre pas un public plus large, car il concerne un grand nombre de citoyens. Il se montre choqué à la lecture du rapport INSERM par son argumentation déterministe, consistant à repérer et prédire l’inéluctable avant 3 ans. Il ne conçoit pas que l’on missionne les professions de santé et les travailleurs sociaux pour dépister et signaler les déviances aux pouvoirs publics. Ils sont là pour éclairer la pensée à partir de leur pratique, et non pas pour régler des problèmes politiques et sociaux qui dépassent toutes réductions à la pathologie et doivent se traiter à un autre niveau.

Jean-François Cottes, psychologue, psychanalyste, président d’INTERCOPSYCHOS, prend la parole à sa suite. Il précise en premier lieu que le mouvement a beaucoup œuvré pour mettre le débat sur la scène publique. L’appel pasde0deConduite vise à alerter et dénoncer des expertises qui diffusent des thèses à caractère scientiste, ayant la présomption de résoudre des problèmes philosophiques, sociaux, politiques, juridiques, sur la base de données tirées des sciences dures, exploitées jusqu’à la caricature. L’expert refuse de considérer les choses au-delà de son objet et d’envisager les conséquences de son savoir. Le pouvoir, traditionnellement méfiant à l’égard du savoir, cherche à résoudre la crise d’autorité par le recours aux experts. Ce faisant, il ne s’aperçoit pas qu’il sape sa propre légitimité, qui a toujours procédé d’une certaine opacité.

Cela conduit à une circulation généralisée du savoir qui cède sur sa complexité et son rapport à l’herméneutique, et tente à se simplifier jusqu’au seul recueil de données quantifiables en informations ramenées à 0-1. Gageons que l’angoisse engendrée par cette situation de mutation sera moteur de résistance.

Il s’agit de maintenir une interrogation sur le statut d’un savoir, toujours troué et non superposable au réel, qui ne se clôturerait pas, et de promouvoir une réflexion sur la spécificité du sujet humain, lequel ne se réduit pas à ses déterminations biopsychosociales. Maintenir, et inscrire dans la recherche actuelle, une dimension qui concerne la responsabilité du sujet, hors détermination, telle est l’urgence et la volonté éthique qui anime aujourd’hui les psychologues concernés.

La position étudiante sur la deuxième version du décret d’application de l’article 52

Notre prise de position en faveur de la deuxième moûture de l’avant-projet de décret sur les psychothérapies, repose sur cinq arguments que nous exposons ici. Nous les avons soumis au vote sur le forum d’Upsy (Union nationale des étudiants pour la liberté des pratiques psys) au sein de laquelle 13 universités et deux groupes sont présents. Parmi les 24 représentants de ces universités et groupes, 20 ont voté pour prendre position sur ces arguments, et 19 lui ont apporté un vote favorable.

Argument 1 : du danger à moyen et long terme d’une formation de haut niveau à l’université

À l’heure où la psychologie d’orientation analytique perd du terrain dans bon nombre d’universités et n’existe même plus dans d’autres, la position qui viserait à requérir une formation importante pour l’obtention du titre de psychothérapeute nous semble plus que dangereuse. Comme en ont témoigné de nombreux étudiants sur le forum d’Upsy, les universités de psychologie tendent progressivement à remplacer, dans leurs formations cliniques, les enseignements de psychopathologie d’orientation psychanalytique par l’enseignement d’une psychopathologie inepte orientée par le DSM IV, à la faveur des départs en retraite. C’est ce que montre exemplairement la situation à Toulouse, Nantes, Paris XIII, et dans bien d’autres universités. Il en va certes de la responsabilité des enseignants qui ont laissé les tenants des TCC conquérir peu à peu leurs postes, mais cette tendance est aussi soutenue par les orientations actuelles de la politique de santé mentale. Les quelques places fortes où résiste l’orientation psychanalytique ne doivent pas nous leurrer : cet infléchissement de la politique de santé mentale est parti pour durer.

En conséquence, demander une formation de haut niveau en psychothérapie, c’est bel et bien ouvrir un véritable boulevard aux cognitivo-comportementalistes pour la formation des psycho-thérapeutes. Les tenants des T.C.C. demandent également une formation de niveau Master, car ils savent très bien qu’une formation de 150 heures ne leur permettrait pas d’arriver à leurs fins, à savoir inonder le marché de la santé mentale de psychothérapeutes cognitivo-comportementalistes qui soient assez crédibles pour être embauchés. Si les enseignants d’orientation T.C.C. croissent en nombre dans les départements ou U.F.R. de psychologie, et même si les choses restent en l’état, les futurs psychothérapeutes seront donc majoritairement formés à ces méthodes. Est-ce ce que nous voulons ?

Argument 2 : du leurre de la “protection de l’usager”

Le seul argument qui reste aux défenseurs d’une formation de niveau Master est la volonté de protéger l’usager. Il nous semble que cette logique débouche sur des mesures liberticides, la protection passant par le contrôle et l’évaluation des pratiques. En choisissant de défendre la liberté des pratiques psys, nous, membres de l’Union nationale étudiante, affirmons que le choix de sa pratique par le professionnel doit être laissé libre du point de vue de la loi. Nous soulignons l’importance d’un choix singulier, celui du patient que nous pensons capable de choisir pour lui-même un psy qui lui convienne. Nous nous faisons une trop haute opinion des patients, pour considérer qu’il faudrait leur indiquer la voie de l’analyste sérieux type, comme s’ils n’étaient pas eux-mêmes en mesure de choisir (plus que de trouver) la leur.

Se tromper ou réussir du premier coup à trouver à qui s’adresser, tâtonner dans le cheminement d’une thérapie, même quand on a trouvé, tout de suite, le psy qui nous convenait, c’est ce qu’implique le temps logique et singulier d’un sujet. L’exigence que personne ne choisisse pour nous à qui il faudrait aller parler du plus intime de notre être, que personne ne choisisse quelle formation les thérapeutes sérieux devraient avoir, est la nôtre. Exiger que tout praticien ait un cursus de psychologie clinique, c’est trop, car c’est d’abord trop peu, s’il est vrai que ce n’est pas d’abord de savoir mais d’éthique qu’il s’agit là. Laissons donc les patients choisir au lieu de choisir pour eux. En ce qui concerne le thérapeute, c’est son éthique et son désir seuls qui doivent l’orienter, tandis qu’une loi lui imposant des “bonnes pratiques” le déchargerait de toute réflexion clinique.

C’est précisément parce que la notion de sujet que nous défendons est celle d’un sujet dont prévaut la singularité, que toute volonté d’imposer une norme aux pratiques psys nous semble erronée et dangereuse. Un « le même pour tous » qui se phénoménaliserait sous les espèces, d’un « pour tous, le même psy », « pour tous, la même formation », « pour tous, les mêmes garanties » procède d’une logique totalitaire. Chacun est responsable pour lui-même et jamais aucun diplôme ne garantira le sérieux d’une pratique. De fait, à l’université, on peut bien enseigner une thèse ici, une autre là, suivre avec un enseignant, une orientation, puis une autre l’instant d’après. Le discours universitaire prétend que tous les savoirs se valent, que le savoir est par ailleurs prompt à combler notre division. Nous pensons le contraire. L’exigence que notre responsabilité induit, ce n’est pas un diplôme universitaire qui nous la garantit, elle ne relève pas d’un savoir universel, mais d’un choix, d’une décision singulière et éthique. Si les plus grands cliniciens sont savants, les savants ne font pas nécessairement de bons cliniciens, c’est un fait.

Argument 3 : une formation a minima préserve la liberté des pratiques et le choix du praticien par le patient

S’il faut absolument donner un contenu au titre de psychothérapeute, s’il faut que ce titre soit validé, et puisqu’il y a apparence que nous n’échapperons pas à une législation sur le titre de psychothérapeute, alors il nous semble que ce titre ne doit recouvrir qu’une formation minimum, qui ne laisse croire ni aux patients ni aux thérapeutes eux-mêmes, qu’une formation universitaire suffit à faire de nous de bons cliniciens. Nous réclamons le droit de choisir à qui nous adresser, et que les praticiens aient la formation qu’ils jugent eux-mêmes adéquate. Libre à chaque patient de choisir le psy qui lui convient, de consulter les annuaires des analystes et psychothérapeutes, dans lesquels les formations suivies sont inscrites.

Argument 4 : de l’inanité de l’argument quant à la concurrence faite aux psychologues par les psychothérapeutes deuxième version

On nous fait miroiter le risque de voir des personnes ayant un très faible cursus universitaire (les psychothérapeutes de la deuxième version) prendre la place des psychologues. Ceci ne se produira pas si les psychothérapeutes ont un cursus extrêmement faible. En effet, on préfèrera embaucher un psychothérapeute ayant par ailleurs un diplôme de psychologue, qu’un psychothérapeute n’ayant pas d’autres titres. On voit bien en effet que c’est ce qui se passe déjà avec les éducateurs. Peu d’entre eux trouvent à se faire embaucher quand ils ne sont qu’éducateurs. On embauche de préférence un éducateur qui est aussi psychologue, on le paye alors au prix d’un éducateur… Donc nul risque que les psychologues se fassent piquer leur travail par les nouveaux psychothérapeutes non formés : ce sont eux qui auront leurs postes. En revanche, s’ils sont formés à un niveau Master en psychopathologie, ils feront directement concurrence aux psychologues, ayant presque la même formation qu’eux.

Il est bien sûr légitime d’être payé en rapport avec son niveau de formation, il est donc difficile de se réjouir de ce qu’on obtienne des postes bien en deçà de celui-ci. Mais ce combat-là est syndical et ne se réduit pas à ce décret. C’est un autre combat qu’il nous faudra mener, et pourquoi pas dès celui-ci passé. Par ailleurs, certains craignent que les psychothérapeutes formés à très bas niveau ne puissent pas revendiquer l’autonomie de leur pratique et risquent de se voir pris dans la hiérarchie – contrairement au statut qu’ont négocié les psychologues — et donc de voir leurs pratiques prescrites, dépendantes des orientations politiques de leur hiérarchie et contrôlées. Or, c’est déjà le cas pour les psychologues. Cet effet ne sera pas induit par le décret car il est déjà en œuvre : encore un combat à mener. En effet, malgré les avantages du statut des psychologues, fort peu parviennent à le faire respecter aujourd’hui dans les institutions et se retrouvent néanmoins à faire passer des tests, par exemple, sur ordre de leur hiérarchie. Cette situation ne dépend pas, là encore, du seul décret dont nous traitons ici, mais de toute la politique de santé mentale.

Argument 5 : tirer les conséquences de l’impossibilité de l’abrogation

Nous sommes tous pour l’abrogation de la loi visant à légiférer sur le titre de psychothérapeute. Nous sommes tous pour que le titre de psychothérapeute ne soit pas validé par l’État. Mais l’abrogation ne semble pas être une option, même en cas d’alternance politique. Jean-Pierre Sueur nous a appris récemment, que peu d’hommes politiques étaient au fait de ce dossier fort complexe. Par ailleurs, de nombreux hommes politiques de gauche soutiennent ce mouvement qui va vers une législation sur le titre de psychothérapeute au nom de la protection de l’usager et de la transparence. Si donc, on ne peut l’éviter, il faut réclamer une loi qui aille le plus possible dans le sens de l’abrogation, c’est-à-dire vers la réglementation la plus légère possible. Le titre validé par l’État étant alors minime (puisque les psychothérapeutes n’auront pas de diplôme, ou un diplôme minimal), la loi se trouve vidée de son contenu dans ce qu’il avait d’inquiétant. On évite ainsi la création d’un nouveau titre.

On obtient alors des conséquences qui sont les plus proches possible de l’abrogation. Nous visons ainsi les conséquences de nos désirs, conformément à ce que l’éthique freudienne nous apprend à faire.

Puisque l’ensemble de la politique actuelle en santé mentale va dans le sens de toujours plus de législation, préparons nous à en limiter les effets. La deuxième mouture du décret d’application de l’Article 52 est la plus à même de ce faire.

Alice Creff (Rennes 2), Anaëlle Lebovits (Dix-it) et Caroline Leduc (Rennes 2), pour U-psy.
Source : UPSY

La majorité des auteurs du Manuel de diagnostic des maladies mentales sont liés financièrement à l’industrie pharmaceutique

Le soupçon circulait depuis vingt ans dans le milieu psychiatrique. Mais la preuve vient d’en être administrée par une chercheuse américaine : la moitié des experts psychiatres qui ont participé à la rédaction du plus célèbre manuel de classification diagnostique des maladies mentales (le DSM4 [Quatrième édition du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders.]) sont payés par l’industrie pharmaceutique, qui fabrique justement les médicaments utiles dans ces maladies. Lisa Cosgrove, chercheuse à l’université du Massachusetts de Boston, a publié le 21 avril, dans la revue Psycho-therapy and Psychosomatics, le résultat d’une enquête très fouillée sur les liens des experts avec l’industrie : sur les 170 membres des groupes de travail ayant participé à l’élaboration de ce manuel, 95 (soit 56%) ont une ou plusieurs attaches financières avec des firmes. Une enquête révélée jeudi dernier par le New York Times.

Dans certains groupes, comme le panel sur les “troubles de l’humeur”, ou le groupe “schizophrénie et autres maladies psychotiques”, 100% des experts ont des liens financiers les attachant aux firmes. Depuis vingt ans, le DSM4 est l’objet de critiques renouvelées régulièrement d’une minorité active de psychiatres “classiques”. Ceux-ci accusent l’American Psychiatric Association d’avoir fait disparaître la psychiatrie clinique “au profit de classifications, manifestement non plus basées sur le discours des patients sur leur souffrance, mais plutôt sur l’efficacité des médicaments”, estime le Dr Jean-Louis Chassaing, psychiatre à Clermont-Ferrand. “Peu à peu, on a éliminé de ce classement toutes les entités difficiles, comme les formes déficitaires de schizophrénie, qui justement ne répondent pas aux médicaments”, ajoute le Pr Edouard Zarifian (CHU de Caen).

Assez récemment, un jeune retraité d’un laboratoire pharmaceutique a expliqué à l’un de nos interlocuteurs que le concept “d’attaques de panique”, qui est classé dans le DSM4, avait été spécifiquement élaboré par Donald Klein pour le laboratoire Upjohn qui allait mettre sur le marché le médicament Xanax. Les critiques et les exemples pleuvent : les psychoses maniaco-dépressives sont devenues dans le DSM4 des troubles bipolaires, censés être bien plus fréquents : chaque patient peut ainsi s’approprier ce diagnostic, pour réclamer un traitement à son médecin !

Une bible influente

Or le DSM4 est devenu une bible qui sert notamment lors des conférences de consensus sur les pathologies mentales : il influence donc profondément le mode de pensée, les décisions thérapeutiques et les stratégies de santé publique de la plupart des pays.

Lisa Cosgrove a identifié les membres des panels puis recherché, dans les publications médicales, quels étaient les auteurs qui avaient fait des déclarations de conflits d’intérêt (les revues savantes réclament de plus en plus cette précaution minimale). Elle a également recherché dans des bases de données d’éventuelles participations à des travaux financés par l’industrie.

La chercheuse et ses collègues ont établi que les liens financiers des membres des groupes du DSM4 appartiennent à des catégories très différentes : des simples honoraires aux salaires de consultants, en passant par des paiements en actions industrielles ; les psychiatres peuvent être au conseil d’administration d’une petite compagnie start-up liée à un géant de la pharmacie, ou directement membres payés d’un conseil scientifique d’une firme ; ou recevoir des crédits ou des contrats de recherche.

Le Dr Michael First (Université de Columbia, New York), qui a coordonné le travail de tous les groupes, se récrie : “À aucun moment, à aucun niveau des discussions, l’influence des firmes n’a pu se manifester.” Il en veut pour preuve que les groupes doivent voter à l’unanimité pour passer au niveau supérieur d’intégration au manuel DSM4. Il faudrait donc, selon lui, aller contre le consensus du groupe pour qu’une “taupe” au service d’un industriel fasse valoir le point de vue de son maître. Mais l’argument tombe si les 170 experts ont intégré une vision de la psychiatrie biologique proche des intérêts industriels. Comme en semblent persuadés le psychiatre britannique David Healy (Université de Galles) ou le Pr. Irwin Savodnik (Université de Californie) : ces deux “résistants” sont persuadés que le vocabulaire psychiatrique lui-même est défini par les laboratoires.

Le sénateur SUEUR : amendement Accoyer – la débâcle

Le nouvel avant-propos de décret sur le titre de psychothérapeute rendu public le 7 avril dernier par M. Xavier Bertrand, Ministre de la Santé, témoigne de la débâcle intellectuelle et politique où conduit l’acharnement à vouloir appliquer envers et contre tout le texte issu de l’amendement ACCOYER qui est strictement inapplicable, parce que contradictoire dans ses termes. Rappelons, pour la clarté du débat, les termes de cette contradiction.

L’article 52 de la loi relative à la politique de santé publique stipule dans son troisième alinéa que l’inscription sur la liste des personnes pouvant faire “usage du titre de psychothérapeute” est “de droit” pour les médecins, les titulaires d’un titre de psychologue et les psychanalystes “régulièrement enregistrés dans les annuaires de leur association”. Ces trois catégories de professionnels peuvent se déclarer “psychothérapeutes”. Seules les autres, psychothérapeutes en exercice ou personnes aspirant à le devenir, doivent satisfaire aux conditions que le décret dont l’avant-projet a été publié doit préciser.

Le quatrième alinéa du même article 52 dispose que le même décret précise “les conditions de formation théoriques et pratiques en psychopathologie clinique que doivent remplir” les quatre catégories de professionnels concernés : psychiatres, psychanalystes, psychologues et psychothérapeutes. Pour les trois premières catégories, le quatrième alinéa dit donc le contraire du troisième.

Cet étrange lapsus du législateur n’est certainement pas le fruit du hasard. S’il montre que ledit législateur n’a pas voulu vraiment trancher entre deux logiques antagonistes, le témoignage des parlementaires qui ont participé à la commission mixte paritaire qui a produit ce texte permet de dire que leur intention était probablement d’imposer à tous une formation spécifique en “psychopathologie”, pour répondre aux criques d’ “hygiénisme” notamment — pour reprendre le mot de Jacques-Alain MILLER — que les précédentes versions de cet article de loi avaient suscitées : ce n’est pas parce qu’on est médecin qu’on est forcément compétent pour traiter de la souffrance psychique.

Philippe DOUSTE-BLAZY avait compris que la rédaction d’un décret sur de telles bases était vouée à l’échec. Il l’avait dit. Son successeur, Xavier BERTRAND, lui, s’acharne. Il croit avoir trouvé une sortie de crise avec un avant-projet de décret qui propose à chacune des professions concernées une sorte de “profil bas” censé la satisfaire. Le verbatim de la réunion du 7 avril, au cours de laquelle il a présenté ce “compromis” à l’ensemble des associations professionnelles concernées, rédigé par Philippe GRAUER (et publié sur le site Œdipe), montre à l’évidence l’échec de la tentative, comme en témoignent la plupart des interventions des participants, qui illustrent jusqu’à la caricature la contradiction initiale.

Soucieux de s’assurer l’adhésion des psychiatres, psychanalystes et psychologues, Xavier BERTRAND s’en tient au troisième alinéa, oubliant le quatrième. Le décret les proclame donc, de droit “psychothérapeutes”. Mais bientôt, un participant s’exclame : “Il me semblait que toutes les catégories devaient se voir soumises à une formation en psychopathologie !”

Il n’a pas tort. Le Ministre le sait. Mais qu’importe, doit-il se dire : j’aurai le “gros des troupes” avec moi…. Malheureusement pour lui, ce n’est pas le cas. Un représentant des psychiatres s’empresse de faire observer que ce n’est pas “parce qu’on est docteur en médecine ou psychologue du travail ou autre qu’on a une formation en psychothérapie”. Un autre déclare : “Je comprends assez mal qu’un docteur en médecine, un inscrit sur une liste de psychanalystes (…) soit de droit considéré comme psychothérapeute”.

Les psychanalystes, eux, devraient être heureux. Il suffit, en effet, d’appartenir à une association de psychanalystes pour être inscrit sur le précieux registre… Mais il est patent que, puisque rien dans la loi ne définit une “association de psychanalystes”, chacun pourra facilement en créer une. Et l’un de leurs représentants s’inquiète : “Si vous ouvrez la porte à des sociétés qui ne seront faites que pour éviter le cursus, cela constitue un effet pervers grave pour les sociétés de psychanalyse”. Un autre considère que dans ce cas, il faudra “arriver à définir la liste des listes”. Question : qui — et selon quels critères —définira “la liste des listes” ? Le problème de principe soulevé par Elisabeth ROUDINESCO, de l’”étatisation” des annuaires reste entier.

Les psychologues, eux, sont carrément furieux. Ils ne devraient pourtant pas se plaindre : eux aussi auraient la possibilité de devenir, de droit, par la grâce du décret, “psychothérapeutes”. Mais leurs représentants ne décolèrent pas. Car pour complaire à la quatrième catégorie — les psychothérapeutes en exercice —, et pour ainsi tenter d’avoir enfin tout le monde avec lui, notre ministre a inventé dans son avant-projet une condition d’accès au titre de psychothérapeute opportunément minimaliste : ceux d’entre eux qui ne justifient pas de “cinq années d’expérience professionnelle” ne devront en effet suivre qu’une “formation théorique en psychopathologie d’une durée de 150 heures” (et un stage). 150 heures ! C’est moins que ce qui exigeait naguère une formation normale en dactylographie au cours Pigier !

Aussitôt, c’est le tollé. Un représentant des psychologues s’insurge : “Vous allez créer une nouvelle profession de sous-psychologues (…). Comment donner une formation digne de ce nom en 150 heures ?” Un autres : “40 000 psychologues ont le désir de faire de la psychothérapie. À leur place, je m’inscrirais dans une formation de 150 heures et 4 mois de stage !”

Le président de la Société française de psychologie écrira plus tard au ministre : “Comment peut-on imaginer que sur la base de 150 heures de formation théorique et d’un stage pratique de 4 mois, un professionnel puisse apporter l’aide nécessaire à une personne en souffrance psychique nécessitant une psychothérapie ? Devient-on chirurgien, architecte, avocat ou ingénieur sur la base de 150 heures de formation initiale et d’un stage pratique de quelques mois ?”. Et il conclut, logiquement, qu’il “serait probablement raisonnable de recourir à des dispositions législatives permettant de remplacer cet article, l’article 52 de la loi, issu de l’amendement ACCOYER, voté dans un contexte de peu de sérénité”.

Mais revenons à la réunion du 7 avril. Les psychanalystes ne sont pas en reste. L’une de leurs représentants observe : “Vous nous voyez inquiets à propos de 150 heures et du stage pratique, extrêmement léger”. Quant aux psychiatres, leur point de vue est bien résumé par l’un des leurs : “Comment les psychiatres pourraient admettre que le cœur de leur pratique puisse être réglementé par une formation aussi faible que celle que vous proposez ?”

Les psychothérapeutes [relationnels, note de l’éditeur], eux, sont partagés. Certains complimentent le ministre : c’est le moins que celui-ci pouvait attendre ! D’autres s’inquiètent de la caricature qu’on est en train de donner de leur formation et des écoles de formation qu’ils ont mises en place. Et Philippe GRAUER se croit tenu de préciser : “Nos institutions sont solides, responsables, respectables. Les écoles agréées par nos soins forment des étudiants à la psychothérapie relationnelle en cinq années universitaires et davantage. Nos étudiants ont effectué une psychothérapie relationnelle ou une psychanalyse par ailleurs, selon des parcours personnels qui peuvent atteindre la dizaine d’années. On est assez loin des 150 heures dont se gaussent certains ici”.

Résumons : pour avoir choisi dans les deux versants opposés du texte de loi, tour à tour, celui qui lui paraissait être le moins contraignant et le plus acceptable par chaque profession, le ministre a mis en œuvre, au sens propre du terme, une démarche politicienne, c’est-à-dire opportuniste. Quand bien même le dispositif s’imposerait, il ne répondrait pas à la question qui a justifié l’article de loi. M. ACCOYER pourrait, certes, dire que son amendement s’applique : mais comment, dans quelles conditions et avec quelles conséquences ? Libre à lui et au ministre de tutelle de penser que les 150 heures fatidiques serviront de viatique et nous prémuniront enfin des “charlatans” dont il s’agissait de protéger la société. Mais eux-mêmes devront bien convenir du caractère dérisoire et fallacieux de ladite protection.

Finalement, si cet avant-projet était publié, le plus clair est que, comme l’a dit l’un des participants à la séance du 7 avril, cela “ne changerait rien à la situation actuelle” — sinon qu’un nombre important de personnes pourra se prévaloir du titre de psychothérapeute, en plus, bien sûr, de toutes celles qui s’en prévalent déjà. C’est, en un sens, une victoire pour ceux qui ont combattu l’amendement ACCOYER, puisque rien ne changera.

Mais, en même temps, comment ne pas ressentir une réelle amertume en constatant que trois ans de débats se traduisent par cette débâcle : tout ça pour ça ; tant de discussions, pour arriver à si peu de choses ! Et pourquoi ? Tout simplement parce qu’on a assisté à une double obstination. D’abord, faire passer la loi, coûte que coûte, fût-elle contradictoire. Ensuite : publier le décret, coûte que coûte, fût-il pétri de démagogie et de vacuité, l’une nourrissant l’autre. Mais ce n’est pas tout.

Car, alors qu’il est question de formation, qu’il est prévu que la fameuse formation en psychopathologie “peut être confiée à l’université ou à des organismes ayant passé convention avec l’université” et que l’un des enjeux du débat, c’est justement ce verbe pouvoir, puisque certains protagonistes ont plaidé fortement pour qu’il disparaisse et que la formation soit confiée à l’université… On ne peut que s’étonner de l’absence, dans les concertations engagées, du ministère en charge de l’enseignement supérieur, qui ne paraît plus devoir être co-signataire du texte.

C’est le premier silence du texte. Le second silence a été à juste titre salué : il n’est plus fait référence, comme dans la version précédente, aux quatre “approches de psychothérapies validées scientifiquement”, formulation qui avait fait craindre l’instauration d’une “science d’État”. Il faut toutefois considérer le second silence à l’aune du premier. Roland GORI se donne beaucoup de mal pour défendre la place de la psychanalyse à l’université. Son statut est paradoxal. Elle ne relève, en propre, d’aucune discipline. Mais elle a sa place dans le cursus de philosophie, de psychiatrie et de psychologie. Dans les deux derniers domaines, elle doit faire face à la montée du comportementalisme, dominant dans nombre de départements universitaires. D’où la question, essentielle, du pluralisme des approches, dont on peut attendre que les instances universitaires veillent à le garantir : elles seules peuvent le faire. Dans ce contexte, il est pour le moins préoccupant que l’Université — ou plutôt les universités — et le ministère qui en est chargé soient exclus du débat.

Et puis, il y a la question de la psychiatrie — de la misère de la psychiatrie, devrait-on dire, tant il manque de praticiens en cette discipline. Pour ne prendre qu’un seul exemple, on ne dira jamais assez les conséquences dramatiques de la pénurie en psychiatrie — et en temps de psychiatre — dans les prisons françaises, où un tiers des détenus relèvent de la psychiatrie. Dans cet autre contexte, comment ne pas penser que les “150 heures” ont un sens. Il faut se méfier quand on aborde ces sujets : les lapsus guettent. Comment ne pas imaginer qu’il y a derrière ces 150 heures — et même s’il y a des modifications ultérieures — l’exacte métonymie d’un nouveau corps de praticien de la santé mentale, concept qu’on a déjà vu affleurer ici ou là. Il s’agissait pour certains observateurs d’un corps de “sous-officiers (2) ” de la santé mentale ; depuis le nouvel avant-projet, ils ont revu la dénomination et parlent désormais de “caporaux”.

Autrement dit, on prendrait son parti du manque de psychiatres, et au lieu de décider les mesures qui s’imposent pour y pallier, on transformerait ces praticiens en superviseurs d’employés de santé sous formés. Ou alors — autre hypothèse — ils seraient les “superviseurs” de médecins formés à ce qu’on a appelé des “psychothérapies formatées” et qui seraient le terreau idéal pour les tenants des Thérapies cognitivo-comportementales (TCC), car, pour le coût (3), on ne peut pas dire que ces thérapies ne soient pas formatées : elles n’ont même d’existence que parce qu’elles sont formatées. En bref, le nouvel avant-projet produit doublement du statu quo. Non seulement il ne change rien à la réalité actuelle, sauf symboliquement. Mais il ne règle pas non plus les problèmes que nous venons d’évoquer, tout en accroissant les doutes qui pèsent à leur sujet.

Le seul intérêt de l’avant-projet, qui relève – on l’a vu -, d’une démarche politicienne – est lui-même politicien. Xavier Bertrand ne s’en cache pas. Il affirme : “Je suis persuadé qu’il y a une voie de passage”. Son souci, c’est de passer entre les gouttes. Il faut sortir du labyrinthe, même si chemin faisant, on abandonne complètement l’objectif qu’on s’était assigné, sans d’ailleurs en adopter un autre. La démarche se résume simplement : il y a une loi, il y aura donc un décret. Refusant ce simplisme, ce confort et ces abandons, nous serons donc de ceux qui rediront que la matière est trop sérieuse pour être ainsi traitée.

Et nous proposerons à nouveau :

1. L’abrogation de l’article 52 de la loi sur la santé publique, puisque ceux qui doutaient encore de son caractère contradictoire ne peuvent désormais plus en douter.

2. Une concertation approfondie associant les quatre professions concernées, non pas sur la base d’une loi caduque et d’avant-projets qui le seront tout autant, mais sur la base des exigences scientifiques qu’on se doit de prendre en compte pour tout ce qui relève de la connaissance, des exigences éthiques et déontologiques qui s’imposent, s’agissant du traitement de la souffrance psychique, et des autorégulations mises en œuvre au sein des professions concernées.

3. L’établissement de règles qui, d’une part, devront ressortir de l’université, que celle-ci œuvre directement ou contractuellement, ou encore qu’elle exerce une mission évaluatrice et, d’autre part, devront prendre en compte la spécificité de chaque profession, de ses instances et reconnaissances internes, puisqu’il en est nécessairement ainsi pour la psychanalyse, et qu’on ne voit pas très bien comment, juridiquement, un statut différent pourrait être dévolu aux sociétés de psychanalyse et à celles de psychothérapie [relationnelle, note de l’éditeur].

4. Le respect effectif — au service des instances universitaires notamment — de la nécessaire pluralité des approches. Et puisqu’il s’avère que cela ne va pas de soi, la question mérite à tout le moins réflexion.

On peut, certes, considérer que ce programme est trop ambitieux et qu’il n’est plus de saison. On peut décréter que la polémique n’a que trop duré. On peut mettre la tête sous le sable. On peut proclamer que le statu quo est une révolution. Et on peut habiller la débâcle des ornements de la victoire. Mais tout cela ne sera que vanité.

(2) J’avais parlé d’abord d’officiers de santé mentale. On se souvient que Charles Bovary était officier de santé. L’expression a dérivé, d’abord sous la plume de J. Favereau, reprise par J.-P. Sueur, vers sous-officiers. Que les adjudants, qui constituent un corps tout à fait respectable, nous pardonnent, ils ne sont nullement concernés dans cette affaire. Apparemment l’expression continue de glisser à la baisse, jusqu’au caporalisme.

(3) Le lapsus est trop beau pour ne pas être maintenu, tant il est sensible que des considérations économiques pèsent dans la balance. Précisément les psychothérapeutes relationnels, peut-on finaudement faire remarquer, ne coûtent rien, dans leur exercice libéral, à la Sécurité sociale, puisqu’ils pratiquent le système de la prise en charge personnelle par ceux et parfois dans la mesure de leurs moyens, qui entreprennent une démarche auprès d’eux. La situation est parfaitement complexe. À terme aucune manipulation ni pression ne la résoudra. Seulement une remise à plat de l’ensemble de l’épure, ou l’oubli du dispositif, étant clairement affichées ses raisons : non viabilité congénitale.

LE 12 Mai au Ministère

Nouvelle rencontre Fourcade Grauer Brunelle

Alertés par nos collègues ayant à nouveau rendu visite au Conseiller Brunelle à l’issue de la réunion de concertation du 7 avril que de nouvelles dispositions se préparaient, nous avons demandé audience à notre tour. Jean-Michel Fourcade pour l’Affop, moi-même pour le SNPPsy, avons rencontré à nouveau Monsieur Francis Brunelle. L’ambiance avait changé. Il allait falloir se résoudre nous fit on savoir à en passer par le modèle et les modalités universitaires, souveraines après tout en matière de “formation” cela tombe sous le sens.

On peut penser par ailleurs qu’à présent le temps presse pour le ministère. Nous ignorons si une troisième concertation aura lieu. Nous pourrions voir un beau jour la rédaction fixée, les arbitrages ministériels prononcés, en retrait par rapport aux doses d’obligation admissibles de la dernière fois. Les organisations de psychologues, incompétents pour former des psychothérapeutes au sens où nous l’entendons et qui n’en font pas mystère, se sont vus promettre la haute main sur le titre, à défaut de la chose, via l’obligation d’en passer par un cursus renforcé en psychopathologie, dénommé à contre-sens “formation” à “la psychothérapie”.

Laquelle “formation” réapparaît sous les traits du socle commun ayant armé avec le succès qu’on sait le projet initial sous la conduite fortement influencée par les thèses de l’Inserm de Bernard Basset. Chacun connaît la vanité de prétendre fonder la psychothérapie relationnelle sur les bases épistémologiques d’une psychologie dont le moindre défaut est de problématiquement se déclarer scientifique. Nous ne pouvons pas accepter qu’au nom du primat donné à l’université à l’enseigne d’un corporatisme d’État, nos formations originales et qualifiées à la psychothérapie relationnelle se voient bloquées et l’objet de tentatives de confiscation.

Si la formulation de la loi invite le rédacteur du décret à ignorer que nous délivrons à titre privé de véritables formations professionnelles et professionnalisantes, qui n’ont nul besoin pour transmettre la psychothérapie relationnelle d’autorisation scientiste universitaire, des formations du même type que les nôtres sont admises pour la psychanalyse. Nous continuerons en tout état de cause de protester du même traitement qu’elle, au nom de la justice et à la réalité.

Cela implique soit une interprétation ajustée à la particularité de la psychothérapie relationnelle, connue de tous, dans l’aménagement du décret, dont l’actuel Conseiller du ministre a semblé oublieux, soit simplement la suspension puis l’abrogation de la loi 52. Nous rappelons que nous n’étions disposés à admettre à titre provisoire l’équilibre incertain de la version 2 qu’à condition d’en rester là.

Au fait, adressez donc votre prochain courrier à Monsieur Basset, nous lâche en guise d’adieu notre interlocuteur. Tout cela prend l’air de tourner en rond, voire de virer de bord. Les psychothérapeutes relationnels du SNPPsy, et avec eux de nombreux autres, ne sont pas gens à rétrograder. Comme le disait le ministre lors de la deuxième concertation, on n’a jamais vu que revenir en arrière permît de mieux progresser.

Si d’aventure le ministère revenait sur sa parole, nous reprendrions notre liberté et soutiendrions nos membres, les organisations et les collègues qui de toutes parts se montrent attentifs à nos analyses et prises de positions, et inquiets de ce qui semble se tramer. Nous saurons entreprendre le nécessaire à la poursuite de la pratique relationnelle qui est la nôtre, sur la base de nos institutions et sécurités existantes.

Dans le cadre de la Coordination psy, et au-delà, nous consoliderons le vaste mouvement qui se développe parmi les professionnels du psychisme engagés dans le processus de subjectivation qui n’ont aucun intérêt à se laisser faire la loi par le scientisme et l’évaluativisme. Nous alerterons tous ceux qui œuvrent déjà à Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans , et plus généralement l’ensemble des citoyens de ce pays qui s’inquiètent d’une mise en place dans les questions de l’âme et de la dynamique psychique de la mentalité Orange mécanique. Notre combat pour la liberté d’une psychothérapie subjective, humaniste, philosophique et fille des Lumières tout comme la psychanalyse, pour que soit sauvegardé le principe d’insoumission fondateur de notre pratique, indispensable dans une démocratie, ne saurait que se poursuivre.

La subjectivité requiert qu’on fasse quelque chose pour elle. Comme la liberté, elle n’est jamais due ni donnée, se conquiert au quotidien, et se maintient par un engagement constant. Nous en faisons l’expérience clinique chaque jour dans nos cabinets. Que tous ceux qui nous font confiance nous appuient, rejoignent et renforcent. Rien n’est jamais acquis. Le courage d’exister et de résister participe du sens de la vie. C’est notre fonds même de commerce, pas celui de l’OMC, celui que Rousseau appelait le commerce des hommes, celui de l’humanisation des êtres humains, dont nous ne sommes pas prêts de démordre.

Voici quelques éléments retirés de notre rencontre avec Francis Brunelle, articulés autour des trois points suivants.


1) passage obligé par l’université

Universités ou organismes ayant passé conventions. Effort de conventionnement gage de sécurité, même si cela apparaît comme une exigence supplémentaire la vague de fond LMD s’imposera comme contrainte universitaire standard à l’avenir.
Démarche incontournable, nous n’échapperons pas au LMD, donc à l’agrément des “formations” [à la psychopathologie] via l’université.
Le conventionnement comme passage obligé, Francis Brunelle comprend que nous manifestions nos réticences mais il s’agit d’une réalité incontournable.

Commentaires : la méconnaissance systématique de notre réalité reprend.

2) niveau d’exigence
Deux grandes options de rédaction. La rédaction n’est pas encore stabilisée. L’université donnera son avis, puis dernier recours et arbitrage Premier ministre puis Conseil d’État.
Des arbitrages restent encore à délivrer, ils concerneront le niveau d’exigence de “cette formation” [à la psychopathologie]. On est passé du niveau master (V1) à 150 heures (V2). C’est cela qui sera arbitré, le niveau de “la formation”. Où s’arrêtera en définitive le curseur ?

Commentaires : nous ne disposons d’aucune garantie que la V2 sera appliquée. Elle se verra selon toute vraisemblance aggravée. Que sera une V3 finale ?

3) clause du grand-père
Ce niveau d’exigence une fois défini sera décliné sur la clause du grand-père. Niveau d’exigence pour le “stock existant” [vs. le “flux”] il conviendra de déterminer le temps qui sera laissé, ainsi que le mode opératoire proposé pour se mettre à niveau. Il serait logique de proposer l’équivalent de la formation universitaire requise en formation professionnelle continue. L’avis de Francis Brunelle serait que cela se fasse au cas par cas, pour tenir compte des trajectoires individuelles. Il nous fait part de sa conviction que les psychothérapeutes existants ont déjà accumulé en fait des preuves d’engagement dans des formations continues qui permettront le jeu du mécanisme de VAE.

J’ai réitéré que les psychologues français ne nous accueilleront jamais, vu l’intensité du corporatisme universitaire en psychologie.

Reprenant la question du mode opératoire, Jean-Michel Fourcade insiste que la durée ne doit pas dépasser la dose (V2), car exiger davantage reviendrait à tuer nos formations.
— pas de réponse.

Commentaire : à l’enseigne de la VAE administrée dans l’esprit qu’on sait par la corporation des psychologue barricadée dans l’université, notre destin est scellé d’avance.

Fragments de dialogue reconstitués.

Vous comprendrez aisément que l’État se doit d’assurer au citoyen la sécurité et la transparence de l’offre. Le citoyen dira au ministre, vous m’avez adressé à un psychothérapeute validé par votre dispositif, il m’a fait manger une méchante salade verte qui m’a rendu malade, je me retourne contre vous instance d’autorisation.

Commentaire : système de validation très ministère de la Santé, pas si éloigné de celui de Mattei.

Jean-Michel Fourcade revient sur la distinction entre savoir expérientiel et l’univers de référence prescriptivo-expérimental. Il représente qu’il s’agit de deux pratiques et métiers distincts, et qu’on ne saurait appliquer à l’un le cadre de l’autre. Si la loi accorde les deux professions à un cadre soit disant commun, ça ne pourra jamais fonctionner. Vous satisfaites tantôt l’un tantôt l’autre. Aussitôt que vous faites plaisir à l’un …

FB : mais un décret n’est pas fait pour faire plaisir …

PHG : c’est vrai c’est fait pour être juste.

FB : … mais pour fournir un cadre général, une règle du jeu.

JMF : oui mais on ne joue pas au football et au rugby selon les mêmes règles et l’idée d’une règle minimale commune …

FB : on doit pouvoir disposer d’un socle commun. Un socle commun de formation auquel on ajoute l’exercice qu’on veut, à condition que soient élucidés et réglés les problèmes de responsabilité individuelle & de déontologie, dans le cadre de la loi commune. J’insiste sur la nécessité d’une base commune.

Reste l’intérêt pour nos programmes (chiffrés en horaires) qui pourraient se voir pris en considération par un ministère de la Santé tenu nous rappelle Francis Brunelle d’argumenter ses propositions en termes de masses horaires programmatiques. En fait si nos programmes permettent d’affirmer qu’il s’agit d’équivalents LMD, le Conseiller marque son intérêt et ne manquera pas de faire remonter une telle information jusqu’au Ministre.

Commentaire

Nous persistons à demander un statut identique à celui des psychanalystes — qui ne sont pas astreints à montrer leurs programmes et organisations des études. Nous pouvons communiquer nos programmes généraux, publics de toute façon, afin que l’auteur du décret d’application puisse tenir compte de notre réalité.
Cependant, si on nous propose et oppose une troisième version désavantageuse, nous aviserons et nous retirerons s’il le faut de la prétention à un titre devenu peu enviable, pour maintenir et faire valoir de notre côté nos solutions éprouvées de longue date.

Sous une dénomination ou sous une autre, nous maintiendrons notre identité, nos écoles, et nos institutions titularisantes.

L’ECF reconnue d’utilité publique

(ALP, 10 mai) – Par décret du 5 mai 2006, publié au Journal Officiel du 7 mai, l’École de la Cause freudienne vient de se voir reconnue d’utilité publique.

POURQUOI L’UTILITÉ PUBLIQUE ?

(ALP, 10 mai) – Nous reproduisons un extrait du texte de Lilia Mahjoub, présidente de l’ECF, en date du 15 décembre 2003 (paru dans Le Nouvel Âne, n° 3).

“Dans un communiqué en date du 4 octobre, j’ai rappelé au nom de l’ECF sa décision de présenter aux pouvoirs publics une demande de reconnaissance d’utilité publique. L’École a constitué à cette fin Maîtres Christian Charrière-Bournazel et François Sureau comme ses conseils ; les premiers contacts ont été pris ; le dossier est en cours de constitution. L’École entend conduire ses démarches en toute transparence.

Sur les conseils de son ami Burin des Roziers, alors ambassadeur en Italie, rencontré le 15 décembre 1967, soit il y a très précisément 36 ans aujourd’hui, à l’occasion d’une conférence à l’Université de Rome (voir Autres écrits, Seuil, 2001, p. 341), Jacques Lacan avait souhaité pour son École, l’École freudienne de Paris, la reconnaissance d’utilité publique. Les événement de Mai 68 semblent être intervenus avant que des démarches effectives ne soient engagées. L’ECF, qui est l’une des associations issues de la dissolution de l’EFP en 1981, a souvent évoqué depuis vingt ans la possibilité de réaliser ce vœu, sans passer à l’acte. Le Conseil de l’École, ayant repris cette question à la rentrée 2002, a convoqué un an plus tard, le 25 octobre dernier, une Assemblée générale extraordinaire qui a voté la demande de reconnaissance d’utilité publique (RUP).

Notons que la Société psychanalytique de Paris l’avait précédée dans cette voie, si bien que le bien-fondé de la démarche désirée par Lacan est admis aussi bien par la principale association du secteur ipéiste français que par la principale association du courant lacanien.
Nous estimons que le travail de l’École, la rigueur de sa formation, de ses contrôles, de ses protocoles d’évaluation, les services qu’elle rend au public, justifient amplement qu’on lui reconnaisse l’utilité publique. Si besoin était, cette utilité publique a été démontrée par le rôle qu’elle a joué dans la présente affaire [l’affaire Accoyer], en prenant d’emblée position, sans équivoque, contre un texte mal conçu et dangereux pour les libertés.

Plus largement, nous pensons que si d’autres associations psychanalytiques, à leur rythme propre, faisaient l’effort d’entreprendre la même démarche de RUP, on obtiendrait une amélioration salutaire de la situation de la psychanalyse en France, satisfaisant ainsi le meilleur de ce qui a inspiré M. Accoyer dans la rédaction de son amendement, et qui a conduit l’Assemblée nationale à le voter à l’unanimité.»

L’AFFOP positionnée

Monsieur le Ministre,

Ainsi que j’ai eu le plaisir de vous le dire lors de la réunion du 7 avril, nous vous savons gré d’avoir accompli le courageux arbitrage entre les demandes contradictoires des professionnels de la psychothérapie que constitue la nouvelle proposition de décret que vous nous avez communiquée.

Une des causes de ces demandes contradictoires, ainsi que je vous l’avais exposé dans la “Note sur la psychothérapie libérale en France” que je vous avais remise le 7 janvier 2006, tient au fait que les psychothérapies appartiennent à deux grandes familles, les psychothérapies prescriptives d’une part, les psychothérapie relationnelles et la psychanalyse d’autre part, pour lesquelles les cadres épistémologiques de création du savoir, la pratique clinique, les modes de formation des professionnels et d’évaluation de leur travail sont radicalement différents. Les intérêts corporatistes en jeu compliquent encore davantage les différences scientifiques fondamentales.

Aussi n’est-il pas étonnant que ce dialogue de sourds apparent – même chez les professionnels de l’écoute — se poursuive, aussi bien en ce qui concernait la rédaction précédente du décret que celle-ci, sur des points importants tels que le contenu, la durée, les formes de transmission du savoir pour la formation à la psychopathologie théorique et clinique demandée par l’article 52 de la loi 2004-806.

La précédente rédaction du décret, qui permettait à l’université de contrôler la totalité de la formation des psychothérapeutes, créait un master de psychopathologie qui aurait eu pour effet de rendre très difficile la formation aux psychothérapie relationnelles et d’accentuer la médicalisation de la psychothérapie.

Le grand mérite de la nouvelle rédaction est d’avoir pris en compte ce que les psychothérapies relationnelles affirment pour ce qui les concerne : la psychopathologie théorique et clinique 1) dans son contenu théorique n’est qu’une partie limitée de la formation à la psychothérapie relationnelle, 2) dans sa mise en oeuvre clinique – beaucoup plus longue en durée – dépend de la famille psychothérapique dans laquelle elle est développée.

La proposition que vous nous avez faite de 150 heures de cours théoriques et de quatre mois de stages dans des institutions hospitalières à pathologies lourdes est suffisante pour des étudiants en psychothérapie relationnelle. Bien sûr, un prétendant au titre légal de psychothérapeute ne pourra se dire psychothérapeute relationnel que s’il répond en plus aux cinq critères que cette profession a formalisés — pour mémoire : un travail psychothérapeutique personnel approfondi, une formation de haut niveau théorique et expérientielle à la psychothérapie relationnelle dans une ou plusieurs méthodes ou disciplines, une supervision continue, l’adhésion à un code de déontologie, la reconnaissance par des pairs.

Mon éminent collègue, le Professeur PY prétend dans la lettre ouverte qu’il vous adresse que les formations données par les instituts privés sont insuffisantes et que les psychologues reçoivent des patients mal accompagnés par des psychothérapeutes insuffisamment formés. Nous pouvons arguer en ce qui nous concerne de l’expérience inverse de patient déçus par un parcours auprès de psychologues et de psychiatres non formés à la psychothérapie relationnelle à qui leur titre universitaire permet de croire qu’ils peuvent conduire toutes sortes de psychothérapies. Cette autorité du diplôme universitaire leur confère a priori un crédit non fondé vis-à-vis de patients qui ignorent leur degré d’incompétence, ce qui est éthiquement et méthodologiquement inadmissible. S’opposent à ce système les plus expérimentés et les plus lucides des praticiens issus de la psychiatrie et de la psychologie résolus à se démarquer de ceux de leurs confrères qui malmènent et médicalisent à outrance des patients qui ont besoin d’un accompagnement psychologique, des praticiens qui connaissent la complexité du psychisme pas seulement par des cours et des stages.

Si une garantie supplémentaire doit être donnée au public — ce à quoi nos organisations professionnelles se sont attachées depuis bientôt trente ans — nous trouverions légitime que le décret confie à nos organisations la même responsabilité que la loi donne aux associations de psychanalystes qui nous ont inspiré un nombre important de nos règles. Cela correspondrait à la reconnaissance publique que votre prédécesseur avait faite de l’existence de bonnes écoles privées de formation et de bons psychothérapeutes ni médecins, ni psychologues, ni psychanalystes. Cela aurait de plus l’avantage de ne plus pousser les psychothérapeutes – parmi lesquels nombreux sont ceux qui ont une formation de psychanalystes mais qui ont choisi d’exercer leur métier autrement – à ajouter le titre de psychanalyste au leur.

Aussi nous souhaitons que vous n’étendiez pas aux psychothérapies relationnelles la demande renouvelée de nos collègues psychiatres et psychologues de revenir à un master qui ne correspond qu’à la formation aux psychothérapies prescriptives. Notre analyse de cette demande formulée par une partie des psychanalystes est que ces derniers qui sont en fait psychologues ou psychiatres comptent ainsi faire jouer à l’université le rôle de verrou pour les psychothérapeutes non psychanalystes, non psychologues et non médecins. Or, vous le savez, ce n’est pas dans le cadre de l’université que l’on peut former des psychanalystes et des psychothérapeutes relationnels.

Par ailleurs, l’actuelle proposition de décret ne reprend pas, ce qui nous semble le fragiliser vis à vis des mises en cause possibles devant le Conseil d’État, l’exigence contenue dans la loi que la formation en psychopathologie théorique et clinique soit remplie par l’ensemble des catégories professionnelles mentionnées par l’article 52 – médecins, psychologues, psychanalystes — désirant utiliser le titre légal de psychothérapeute, exigence bien légitime si leur formation ne concernait pas la psychothérapie : médecins généralistes, O.R.L, psychologue du travail, etc.

Nous souhaitons donc que les articles 2, 3 et 6 de votre proposition soient modifiés à la fois pour tenir compte de cette exigence de la loi, et pour en libérer les psychanalystes et les psychothérapeutes non inscrits de droit. Nous vous prions de trouver en pièce jointe le texte que nous vous proposons.

L’AFFOP continue de penser que la discrimination entre les inscrits de droit et les non inscrits de droit telle que la loi l’a organisée va à l’encontre de l’accueil légitime de la psychanalyse et de la psychothérapie relationnelle dans notre état de droit, et maintient pour cette raison sa première demande d’abrogation ou de suspension de l’article 52. Cependant, reconnaissant le progrès considérable que la nouvelle rédaction du décret représente pour l’existence et la transmission de la psychothérapie relationnelle, elle soutient les aménagements que vous proposez dans cette rédaction du décret, tant sur le plan de la formation à la psychopathologie théorique et clinique que sur les clauses concernant les mesures provisoires. Elle espère que la mise en oeuvre de ce décret se fera dans le respect des diverses professions de psychothérapeutes, contrairement à ce qui s’était produit en son temps pour l’homologation au titre de psychologue, en particuliers dans la rédaction des arrêtés qui fixeront les mesures concrètes d’inscription sur les listes départementales.

Nous ne manquerons pas d’informer nos confrères et la presse de notre soutien à votre action, de nos remarques ainsi que de nos demandes et souhaitons que la presse fasse aussi écho de nos positions.

Nous restons à votre disposition et à celle de votre Cabinet, Monsieur le Ministre, pour tout avis que vous nous ferez l’honneur de nous demander et vous prions de recevoir l’assurance de nos sentiments très respectueux.

Paris, le 24 avril 2006

Jean-Michel FOURCADE, Président de l’AFFOP

Pas de zéro de conduite…

PASDE0DECONDUITE

COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU 9 MAI 2006

Pasde0deconduite demande solennellement au gouvernement de renoncer à édicter, dans le projet de loi sur la prévention de la délinquance, une détection précoce de “troubles comportementaux” chez les enfants.

Le collectif des initiateurs de l’appel “Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans” a demandé à être reçu par Monsieur de Villepin par courrier du 24 mars 2006, pour lui faire part de l’opposition, exprimée avec plus de 175 000 signataires de l’appel, à tout traitement essentiellement sécuritaire de problèmes psychologiques, éducatifs et sociaux, au moment même où le gouvernement annonce un plan de prévention de la délinquance.

Alors que le cabinet du premier ministre nous a contacté fin avril pour nous proposer une rencontre, plusieurs des initiateurs de l’appel viennent aussi d’être conviés par Monsieur Sarkozy, ministre de l’intérieur, à une entrevue.

À cette occasion, le collectif Pasde0deconduite réaffirme :

• qu’il est erroné sur le plan scientifique et dangereux sur le plan familial et social d’établir le moindre lien prédictif entre des difficultés psychiques de l’enfant et une évolution vers la délinquance ;
• que toute mesure législative qui serait fondée sur une telle corrélation abusive enfermerait les enfants en développement dans le carcan d’un regard prédictif catastrophique, porterait gravement préjudice au fonctionnement des relations familiales, et entraverait lourdement les actions de prévention ou de prise en charge des professionnels de santé ou de la petite enfance auprès des enfants et de leur parents ;
• que le mélange des genres entre soins psychiques, soutien éducatif et relation d’aide d’une part, et prévention de la délinquance d’autre part conduit à une rupture de confiance des familles envers les institutions d’accueil et de prise en charge, ce d’autant plus que la remise en question du secret professionnel est à l’ordre du jour.

Le ministre de l’intérieur a affirmé à l’Assemblée Nationale le 28 février dernier “Nous voulons donc mettre en place un système qui permette de tendre la main à des jeunes qui se sentent aujourd’hui abandonnés, parce que ni la famille, ni l’école, ni la PMI, ni la santé scolaire ne les aident”. Nous entendons lui rappeler que chaque année des centaines de milliers d’enfants bénéficient des prises en charge et du soutien de centaines de centres médico-psychologiques et médico-psycho-pédagogiques, de centres de protection maternelle et infantile, de structures de santé et d’aide en milieu scolaire, d’actions de soutien aux parents (REAPP), pour ne citer que ceux-là.

Les premiers éléments de l’avant-projet de loi sur la prévention de la délinquance rendus publics confirment l’intention du gouvernement d’inscrire dans la loi, au titre de l’action de sécurité et d’ordre public, “le dépistage précoce des enfants présentant des troubles du comportement et des signes de souffrance psychique”. Cet avant-projet prévoit aussi une levée obligatoire du secret professionnel dans le cas de personnes “présentant des difficultés sociales, éducatives ou matérielles” au profit du maire de la commune qui deviendrait ainsi détenteur des informations confidentielles touchant à leur vie privée. Lequel serait en lien avec le préfet via le contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance. Cela constituerait une mise sous contrôle des populations et des soins prodigués aux personnes par une autorité politique et administrative, et ce dès le plus jeune âge.

La confusion des rôles entres institutions de santé et de sécurité, l’abolition programmée du secret professionnel, remettraient en cause notre pacte social et démocratique.

Pour Pasde0deconduite, les difficultés de comportement de l’enfant, leur prévention, leur prise en charge relèvent des politiques de santé, d’éducation, et sociales, et non des problèmes d’ordre public. Dès lors il conviendrait de discuter avec les ministères de la santé, de l’éducation, hors de tout contexte lié à la politique de sécurité, des moyens d’améliorer la prévention et les soins aux enfants, notamment dans les domaines psychique, éducatif et social, et nous sollicitons ces instances gouvernementales pour nous recevoir.

Nous demandons solennellement au gouvernement de renoncer à édicter, dans le projet de loi sur la prévention de la délinquance, une détection précoce de “troubles comportementaux” chez les enfants et d’en exclure toute atteinte au secret professionnel.