La majorité des auteurs du Manuel de diagnostic des maladies mentales sont liés financièrement à l’industrie pharmaceutique

Le soupçon circulait depuis vingt ans dans le milieu psychiatrique. Mais la preuve vient d’en être administrée par une chercheuse américaine : la moitié des experts psychiatres qui ont participé à la rédaction du plus célèbre manuel de classification diagnostique des maladies mentales (le DSM4 [Quatrième édition du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders.]) sont payés par l’industrie pharmaceutique, qui fabrique justement les médicaments utiles dans ces maladies. Lisa Cosgrove, chercheuse à l’université du Massachusetts de Boston, a publié le 21 avril, dans la revue Psycho-therapy and Psychosomatics, le résultat d’une enquête très fouillée sur les liens des experts avec l’industrie : sur les 170 membres des groupes de travail ayant participé à l’élaboration de ce manuel, 95 (soit 56%) ont une ou plusieurs attaches financières avec des firmes. Une enquête révélée jeudi dernier par le New York Times.

Dans certains groupes, comme le panel sur les “troubles de l’humeur”, ou le groupe “schizophrénie et autres maladies psychotiques”, 100% des experts ont des liens financiers les attachant aux firmes. Depuis vingt ans, le DSM4 est l’objet de critiques renouvelées régulièrement d’une minorité active de psychiatres “classiques”. Ceux-ci accusent l’American Psychiatric Association d’avoir fait disparaître la psychiatrie clinique “au profit de classifications, manifestement non plus basées sur le discours des patients sur leur souffrance, mais plutôt sur l’efficacité des médicaments”, estime le Dr Jean-Louis Chassaing, psychiatre à Clermont-Ferrand. “Peu à peu, on a éliminé de ce classement toutes les entités difficiles, comme les formes déficitaires de schizophrénie, qui justement ne répondent pas aux médicaments”, ajoute le Pr Edouard Zarifian (CHU de Caen).

Assez récemment, un jeune retraité d’un laboratoire pharmaceutique a expliqué à l’un de nos interlocuteurs que le concept “d’attaques de panique”, qui est classé dans le DSM4, avait été spécifiquement élaboré par Donald Klein pour le laboratoire Upjohn qui allait mettre sur le marché le médicament Xanax. Les critiques et les exemples pleuvent : les psychoses maniaco-dépressives sont devenues dans le DSM4 des troubles bipolaires, censés être bien plus fréquents : chaque patient peut ainsi s’approprier ce diagnostic, pour réclamer un traitement à son médecin !

Une bible influente

Or le DSM4 est devenu une bible qui sert notamment lors des conférences de consensus sur les pathologies mentales : il influence donc profondément le mode de pensée, les décisions thérapeutiques et les stratégies de santé publique de la plupart des pays.

Lisa Cosgrove a identifié les membres des panels puis recherché, dans les publications médicales, quels étaient les auteurs qui avaient fait des déclarations de conflits d’intérêt (les revues savantes réclament de plus en plus cette précaution minimale). Elle a également recherché dans des bases de données d’éventuelles participations à des travaux financés par l’industrie.

La chercheuse et ses collègues ont établi que les liens financiers des membres des groupes du DSM4 appartiennent à des catégories très différentes : des simples honoraires aux salaires de consultants, en passant par des paiements en actions industrielles ; les psychiatres peuvent être au conseil d’administration d’une petite compagnie start-up liée à un géant de la pharmacie, ou directement membres payés d’un conseil scientifique d’une firme ; ou recevoir des crédits ou des contrats de recherche.

Le Dr Michael First (Université de Columbia, New York), qui a coordonné le travail de tous les groupes, se récrie : “À aucun moment, à aucun niveau des discussions, l’influence des firmes n’a pu se manifester.” Il en veut pour preuve que les groupes doivent voter à l’unanimité pour passer au niveau supérieur d’intégration au manuel DSM4. Il faudrait donc, selon lui, aller contre le consensus du groupe pour qu’une “taupe” au service d’un industriel fasse valoir le point de vue de son maître. Mais l’argument tombe si les 170 experts ont intégré une vision de la psychiatrie biologique proche des intérêts industriels. Comme en semblent persuadés le psychiatre britannique David Healy (Université de Galles) ou le Pr. Irwin Savodnik (Université de Californie) : ces deux “résistants” sont persuadés que le vocabulaire psychiatrique lui-même est défini par les laboratoires.

Le sénateur SUEUR : amendement Accoyer – la débâcle

Le nouvel avant-propos de décret sur le titre de psychothérapeute rendu public le 7 avril dernier par M. Xavier Bertrand, Ministre de la Santé, témoigne de la débâcle intellectuelle et politique où conduit l’acharnement à vouloir appliquer envers et contre tout le texte issu de l’amendement ACCOYER qui est strictement inapplicable, parce que contradictoire dans ses termes. Rappelons, pour la clarté du débat, les termes de cette contradiction.

L’article 52 de la loi relative à la politique de santé publique stipule dans son troisième alinéa que l’inscription sur la liste des personnes pouvant faire “usage du titre de psychothérapeute” est “de droit” pour les médecins, les titulaires d’un titre de psychologue et les psychanalystes “régulièrement enregistrés dans les annuaires de leur association”. Ces trois catégories de professionnels peuvent se déclarer “psychothérapeutes”. Seules les autres, psychothérapeutes en exercice ou personnes aspirant à le devenir, doivent satisfaire aux conditions que le décret dont l’avant-projet a été publié doit préciser.

Le quatrième alinéa du même article 52 dispose que le même décret précise “les conditions de formation théoriques et pratiques en psychopathologie clinique que doivent remplir” les quatre catégories de professionnels concernés : psychiatres, psychanalystes, psychologues et psychothérapeutes. Pour les trois premières catégories, le quatrième alinéa dit donc le contraire du troisième.

Cet étrange lapsus du législateur n’est certainement pas le fruit du hasard. S’il montre que ledit législateur n’a pas voulu vraiment trancher entre deux logiques antagonistes, le témoignage des parlementaires qui ont participé à la commission mixte paritaire qui a produit ce texte permet de dire que leur intention était probablement d’imposer à tous une formation spécifique en “psychopathologie”, pour répondre aux criques d’ “hygiénisme” notamment — pour reprendre le mot de Jacques-Alain MILLER — que les précédentes versions de cet article de loi avaient suscitées : ce n’est pas parce qu’on est médecin qu’on est forcément compétent pour traiter de la souffrance psychique.

Philippe DOUSTE-BLAZY avait compris que la rédaction d’un décret sur de telles bases était vouée à l’échec. Il l’avait dit. Son successeur, Xavier BERTRAND, lui, s’acharne. Il croit avoir trouvé une sortie de crise avec un avant-projet de décret qui propose à chacune des professions concernées une sorte de “profil bas” censé la satisfaire. Le verbatim de la réunion du 7 avril, au cours de laquelle il a présenté ce “compromis” à l’ensemble des associations professionnelles concernées, rédigé par Philippe GRAUER (et publié sur le site Œdipe), montre à l’évidence l’échec de la tentative, comme en témoignent la plupart des interventions des participants, qui illustrent jusqu’à la caricature la contradiction initiale.

Soucieux de s’assurer l’adhésion des psychiatres, psychanalystes et psychologues, Xavier BERTRAND s’en tient au troisième alinéa, oubliant le quatrième. Le décret les proclame donc, de droit “psychothérapeutes”. Mais bientôt, un participant s’exclame : “Il me semblait que toutes les catégories devaient se voir soumises à une formation en psychopathologie !”

Il n’a pas tort. Le Ministre le sait. Mais qu’importe, doit-il se dire : j’aurai le “gros des troupes” avec moi…. Malheureusement pour lui, ce n’est pas le cas. Un représentant des psychiatres s’empresse de faire observer que ce n’est pas “parce qu’on est docteur en médecine ou psychologue du travail ou autre qu’on a une formation en psychothérapie”. Un autre déclare : “Je comprends assez mal qu’un docteur en médecine, un inscrit sur une liste de psychanalystes (…) soit de droit considéré comme psychothérapeute”.

Les psychanalystes, eux, devraient être heureux. Il suffit, en effet, d’appartenir à une association de psychanalystes pour être inscrit sur le précieux registre… Mais il est patent que, puisque rien dans la loi ne définit une “association de psychanalystes”, chacun pourra facilement en créer une. Et l’un de leurs représentants s’inquiète : “Si vous ouvrez la porte à des sociétés qui ne seront faites que pour éviter le cursus, cela constitue un effet pervers grave pour les sociétés de psychanalyse”. Un autre considère que dans ce cas, il faudra “arriver à définir la liste des listes”. Question : qui — et selon quels critères —définira “la liste des listes” ? Le problème de principe soulevé par Elisabeth ROUDINESCO, de l’”étatisation” des annuaires reste entier.

Les psychologues, eux, sont carrément furieux. Ils ne devraient pourtant pas se plaindre : eux aussi auraient la possibilité de devenir, de droit, par la grâce du décret, “psychothérapeutes”. Mais leurs représentants ne décolèrent pas. Car pour complaire à la quatrième catégorie — les psychothérapeutes en exercice —, et pour ainsi tenter d’avoir enfin tout le monde avec lui, notre ministre a inventé dans son avant-projet une condition d’accès au titre de psychothérapeute opportunément minimaliste : ceux d’entre eux qui ne justifient pas de “cinq années d’expérience professionnelle” ne devront en effet suivre qu’une “formation théorique en psychopathologie d’une durée de 150 heures” (et un stage). 150 heures ! C’est moins que ce qui exigeait naguère une formation normale en dactylographie au cours Pigier !

Aussitôt, c’est le tollé. Un représentant des psychologues s’insurge : “Vous allez créer une nouvelle profession de sous-psychologues (…). Comment donner une formation digne de ce nom en 150 heures ?” Un autres : “40 000 psychologues ont le désir de faire de la psychothérapie. À leur place, je m’inscrirais dans une formation de 150 heures et 4 mois de stage !”

Le président de la Société française de psychologie écrira plus tard au ministre : “Comment peut-on imaginer que sur la base de 150 heures de formation théorique et d’un stage pratique de 4 mois, un professionnel puisse apporter l’aide nécessaire à une personne en souffrance psychique nécessitant une psychothérapie ? Devient-on chirurgien, architecte, avocat ou ingénieur sur la base de 150 heures de formation initiale et d’un stage pratique de quelques mois ?”. Et il conclut, logiquement, qu’il “serait probablement raisonnable de recourir à des dispositions législatives permettant de remplacer cet article, l’article 52 de la loi, issu de l’amendement ACCOYER, voté dans un contexte de peu de sérénité”.

Mais revenons à la réunion du 7 avril. Les psychanalystes ne sont pas en reste. L’une de leurs représentants observe : “Vous nous voyez inquiets à propos de 150 heures et du stage pratique, extrêmement léger”. Quant aux psychiatres, leur point de vue est bien résumé par l’un des leurs : “Comment les psychiatres pourraient admettre que le cœur de leur pratique puisse être réglementé par une formation aussi faible que celle que vous proposez ?”

Les psychothérapeutes [relationnels, note de l’éditeur], eux, sont partagés. Certains complimentent le ministre : c’est le moins que celui-ci pouvait attendre ! D’autres s’inquiètent de la caricature qu’on est en train de donner de leur formation et des écoles de formation qu’ils ont mises en place. Et Philippe GRAUER se croit tenu de préciser : “Nos institutions sont solides, responsables, respectables. Les écoles agréées par nos soins forment des étudiants à la psychothérapie relationnelle en cinq années universitaires et davantage. Nos étudiants ont effectué une psychothérapie relationnelle ou une psychanalyse par ailleurs, selon des parcours personnels qui peuvent atteindre la dizaine d’années. On est assez loin des 150 heures dont se gaussent certains ici”.

Résumons : pour avoir choisi dans les deux versants opposés du texte de loi, tour à tour, celui qui lui paraissait être le moins contraignant et le plus acceptable par chaque profession, le ministre a mis en œuvre, au sens propre du terme, une démarche politicienne, c’est-à-dire opportuniste. Quand bien même le dispositif s’imposerait, il ne répondrait pas à la question qui a justifié l’article de loi. M. ACCOYER pourrait, certes, dire que son amendement s’applique : mais comment, dans quelles conditions et avec quelles conséquences ? Libre à lui et au ministre de tutelle de penser que les 150 heures fatidiques serviront de viatique et nous prémuniront enfin des “charlatans” dont il s’agissait de protéger la société. Mais eux-mêmes devront bien convenir du caractère dérisoire et fallacieux de ladite protection.

Finalement, si cet avant-projet était publié, le plus clair est que, comme l’a dit l’un des participants à la séance du 7 avril, cela “ne changerait rien à la situation actuelle” — sinon qu’un nombre important de personnes pourra se prévaloir du titre de psychothérapeute, en plus, bien sûr, de toutes celles qui s’en prévalent déjà. C’est, en un sens, une victoire pour ceux qui ont combattu l’amendement ACCOYER, puisque rien ne changera.

Mais, en même temps, comment ne pas ressentir une réelle amertume en constatant que trois ans de débats se traduisent par cette débâcle : tout ça pour ça ; tant de discussions, pour arriver à si peu de choses ! Et pourquoi ? Tout simplement parce qu’on a assisté à une double obstination. D’abord, faire passer la loi, coûte que coûte, fût-elle contradictoire. Ensuite : publier le décret, coûte que coûte, fût-il pétri de démagogie et de vacuité, l’une nourrissant l’autre. Mais ce n’est pas tout.

Car, alors qu’il est question de formation, qu’il est prévu que la fameuse formation en psychopathologie “peut être confiée à l’université ou à des organismes ayant passé convention avec l’université” et que l’un des enjeux du débat, c’est justement ce verbe pouvoir, puisque certains protagonistes ont plaidé fortement pour qu’il disparaisse et que la formation soit confiée à l’université… On ne peut que s’étonner de l’absence, dans les concertations engagées, du ministère en charge de l’enseignement supérieur, qui ne paraît plus devoir être co-signataire du texte.

C’est le premier silence du texte. Le second silence a été à juste titre salué : il n’est plus fait référence, comme dans la version précédente, aux quatre “approches de psychothérapies validées scientifiquement”, formulation qui avait fait craindre l’instauration d’une “science d’État”. Il faut toutefois considérer le second silence à l’aune du premier. Roland GORI se donne beaucoup de mal pour défendre la place de la psychanalyse à l’université. Son statut est paradoxal. Elle ne relève, en propre, d’aucune discipline. Mais elle a sa place dans le cursus de philosophie, de psychiatrie et de psychologie. Dans les deux derniers domaines, elle doit faire face à la montée du comportementalisme, dominant dans nombre de départements universitaires. D’où la question, essentielle, du pluralisme des approches, dont on peut attendre que les instances universitaires veillent à le garantir : elles seules peuvent le faire. Dans ce contexte, il est pour le moins préoccupant que l’Université — ou plutôt les universités — et le ministère qui en est chargé soient exclus du débat.

Et puis, il y a la question de la psychiatrie — de la misère de la psychiatrie, devrait-on dire, tant il manque de praticiens en cette discipline. Pour ne prendre qu’un seul exemple, on ne dira jamais assez les conséquences dramatiques de la pénurie en psychiatrie — et en temps de psychiatre — dans les prisons françaises, où un tiers des détenus relèvent de la psychiatrie. Dans cet autre contexte, comment ne pas penser que les “150 heures” ont un sens. Il faut se méfier quand on aborde ces sujets : les lapsus guettent. Comment ne pas imaginer qu’il y a derrière ces 150 heures — et même s’il y a des modifications ultérieures — l’exacte métonymie d’un nouveau corps de praticien de la santé mentale, concept qu’on a déjà vu affleurer ici ou là. Il s’agissait pour certains observateurs d’un corps de “sous-officiers (2) ” de la santé mentale ; depuis le nouvel avant-projet, ils ont revu la dénomination et parlent désormais de “caporaux”.

Autrement dit, on prendrait son parti du manque de psychiatres, et au lieu de décider les mesures qui s’imposent pour y pallier, on transformerait ces praticiens en superviseurs d’employés de santé sous formés. Ou alors — autre hypothèse — ils seraient les “superviseurs” de médecins formés à ce qu’on a appelé des “psychothérapies formatées” et qui seraient le terreau idéal pour les tenants des Thérapies cognitivo-comportementales (TCC), car, pour le coût (3), on ne peut pas dire que ces thérapies ne soient pas formatées : elles n’ont même d’existence que parce qu’elles sont formatées. En bref, le nouvel avant-projet produit doublement du statu quo. Non seulement il ne change rien à la réalité actuelle, sauf symboliquement. Mais il ne règle pas non plus les problèmes que nous venons d’évoquer, tout en accroissant les doutes qui pèsent à leur sujet.

Le seul intérêt de l’avant-projet, qui relève – on l’a vu -, d’une démarche politicienne – est lui-même politicien. Xavier Bertrand ne s’en cache pas. Il affirme : “Je suis persuadé qu’il y a une voie de passage”. Son souci, c’est de passer entre les gouttes. Il faut sortir du labyrinthe, même si chemin faisant, on abandonne complètement l’objectif qu’on s’était assigné, sans d’ailleurs en adopter un autre. La démarche se résume simplement : il y a une loi, il y aura donc un décret. Refusant ce simplisme, ce confort et ces abandons, nous serons donc de ceux qui rediront que la matière est trop sérieuse pour être ainsi traitée.

Et nous proposerons à nouveau :

1. L’abrogation de l’article 52 de la loi sur la santé publique, puisque ceux qui doutaient encore de son caractère contradictoire ne peuvent désormais plus en douter.

2. Une concertation approfondie associant les quatre professions concernées, non pas sur la base d’une loi caduque et d’avant-projets qui le seront tout autant, mais sur la base des exigences scientifiques qu’on se doit de prendre en compte pour tout ce qui relève de la connaissance, des exigences éthiques et déontologiques qui s’imposent, s’agissant du traitement de la souffrance psychique, et des autorégulations mises en œuvre au sein des professions concernées.

3. L’établissement de règles qui, d’une part, devront ressortir de l’université, que celle-ci œuvre directement ou contractuellement, ou encore qu’elle exerce une mission évaluatrice et, d’autre part, devront prendre en compte la spécificité de chaque profession, de ses instances et reconnaissances internes, puisqu’il en est nécessairement ainsi pour la psychanalyse, et qu’on ne voit pas très bien comment, juridiquement, un statut différent pourrait être dévolu aux sociétés de psychanalyse et à celles de psychothérapie [relationnelle, note de l’éditeur].

4. Le respect effectif — au service des instances universitaires notamment — de la nécessaire pluralité des approches. Et puisqu’il s’avère que cela ne va pas de soi, la question mérite à tout le moins réflexion.

On peut, certes, considérer que ce programme est trop ambitieux et qu’il n’est plus de saison. On peut décréter que la polémique n’a que trop duré. On peut mettre la tête sous le sable. On peut proclamer que le statu quo est une révolution. Et on peut habiller la débâcle des ornements de la victoire. Mais tout cela ne sera que vanité.

(2) J’avais parlé d’abord d’officiers de santé mentale. On se souvient que Charles Bovary était officier de santé. L’expression a dérivé, d’abord sous la plume de J. Favereau, reprise par J.-P. Sueur, vers sous-officiers. Que les adjudants, qui constituent un corps tout à fait respectable, nous pardonnent, ils ne sont nullement concernés dans cette affaire. Apparemment l’expression continue de glisser à la baisse, jusqu’au caporalisme.

(3) Le lapsus est trop beau pour ne pas être maintenu, tant il est sensible que des considérations économiques pèsent dans la balance. Précisément les psychothérapeutes relationnels, peut-on finaudement faire remarquer, ne coûtent rien, dans leur exercice libéral, à la Sécurité sociale, puisqu’ils pratiquent le système de la prise en charge personnelle par ceux et parfois dans la mesure de leurs moyens, qui entreprennent une démarche auprès d’eux. La situation est parfaitement complexe. À terme aucune manipulation ni pression ne la résoudra. Seulement une remise à plat de l’ensemble de l’épure, ou l’oubli du dispositif, étant clairement affichées ses raisons : non viabilité congénitale.

LE 12 Mai au Ministère

Nouvelle rencontre Fourcade Grauer Brunelle

Alertés par nos collègues ayant à nouveau rendu visite au Conseiller Brunelle à l’issue de la réunion de concertation du 7 avril que de nouvelles dispositions se préparaient, nous avons demandé audience à notre tour. Jean-Michel Fourcade pour l’Affop, moi-même pour le SNPPsy, avons rencontré à nouveau Monsieur Francis Brunelle. L’ambiance avait changé. Il allait falloir se résoudre nous fit on savoir à en passer par le modèle et les modalités universitaires, souveraines après tout en matière de “formation” cela tombe sous le sens.

On peut penser par ailleurs qu’à présent le temps presse pour le ministère. Nous ignorons si une troisième concertation aura lieu. Nous pourrions voir un beau jour la rédaction fixée, les arbitrages ministériels prononcés, en retrait par rapport aux doses d’obligation admissibles de la dernière fois. Les organisations de psychologues, incompétents pour former des psychothérapeutes au sens où nous l’entendons et qui n’en font pas mystère, se sont vus promettre la haute main sur le titre, à défaut de la chose, via l’obligation d’en passer par un cursus renforcé en psychopathologie, dénommé à contre-sens “formation” à “la psychothérapie”.

Laquelle “formation” réapparaît sous les traits du socle commun ayant armé avec le succès qu’on sait le projet initial sous la conduite fortement influencée par les thèses de l’Inserm de Bernard Basset. Chacun connaît la vanité de prétendre fonder la psychothérapie relationnelle sur les bases épistémologiques d’une psychologie dont le moindre défaut est de problématiquement se déclarer scientifique. Nous ne pouvons pas accepter qu’au nom du primat donné à l’université à l’enseigne d’un corporatisme d’État, nos formations originales et qualifiées à la psychothérapie relationnelle se voient bloquées et l’objet de tentatives de confiscation.

Si la formulation de la loi invite le rédacteur du décret à ignorer que nous délivrons à titre privé de véritables formations professionnelles et professionnalisantes, qui n’ont nul besoin pour transmettre la psychothérapie relationnelle d’autorisation scientiste universitaire, des formations du même type que les nôtres sont admises pour la psychanalyse. Nous continuerons en tout état de cause de protester du même traitement qu’elle, au nom de la justice et à la réalité.

Cela implique soit une interprétation ajustée à la particularité de la psychothérapie relationnelle, connue de tous, dans l’aménagement du décret, dont l’actuel Conseiller du ministre a semblé oublieux, soit simplement la suspension puis l’abrogation de la loi 52. Nous rappelons que nous n’étions disposés à admettre à titre provisoire l’équilibre incertain de la version 2 qu’à condition d’en rester là.

Au fait, adressez donc votre prochain courrier à Monsieur Basset, nous lâche en guise d’adieu notre interlocuteur. Tout cela prend l’air de tourner en rond, voire de virer de bord. Les psychothérapeutes relationnels du SNPPsy, et avec eux de nombreux autres, ne sont pas gens à rétrograder. Comme le disait le ministre lors de la deuxième concertation, on n’a jamais vu que revenir en arrière permît de mieux progresser.

Si d’aventure le ministère revenait sur sa parole, nous reprendrions notre liberté et soutiendrions nos membres, les organisations et les collègues qui de toutes parts se montrent attentifs à nos analyses et prises de positions, et inquiets de ce qui semble se tramer. Nous saurons entreprendre le nécessaire à la poursuite de la pratique relationnelle qui est la nôtre, sur la base de nos institutions et sécurités existantes.

Dans le cadre de la Coordination psy, et au-delà, nous consoliderons le vaste mouvement qui se développe parmi les professionnels du psychisme engagés dans le processus de subjectivation qui n’ont aucun intérêt à se laisser faire la loi par le scientisme et l’évaluativisme. Nous alerterons tous ceux qui œuvrent déjà à Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans , et plus généralement l’ensemble des citoyens de ce pays qui s’inquiètent d’une mise en place dans les questions de l’âme et de la dynamique psychique de la mentalité Orange mécanique. Notre combat pour la liberté d’une psychothérapie subjective, humaniste, philosophique et fille des Lumières tout comme la psychanalyse, pour que soit sauvegardé le principe d’insoumission fondateur de notre pratique, indispensable dans une démocratie, ne saurait que se poursuivre.

La subjectivité requiert qu’on fasse quelque chose pour elle. Comme la liberté, elle n’est jamais due ni donnée, se conquiert au quotidien, et se maintient par un engagement constant. Nous en faisons l’expérience clinique chaque jour dans nos cabinets. Que tous ceux qui nous font confiance nous appuient, rejoignent et renforcent. Rien n’est jamais acquis. Le courage d’exister et de résister participe du sens de la vie. C’est notre fonds même de commerce, pas celui de l’OMC, celui que Rousseau appelait le commerce des hommes, celui de l’humanisation des êtres humains, dont nous ne sommes pas prêts de démordre.

Voici quelques éléments retirés de notre rencontre avec Francis Brunelle, articulés autour des trois points suivants.


1) passage obligé par l’université

Universités ou organismes ayant passé conventions. Effort de conventionnement gage de sécurité, même si cela apparaît comme une exigence supplémentaire la vague de fond LMD s’imposera comme contrainte universitaire standard à l’avenir.
Démarche incontournable, nous n’échapperons pas au LMD, donc à l’agrément des “formations” [à la psychopathologie] via l’université.
Le conventionnement comme passage obligé, Francis Brunelle comprend que nous manifestions nos réticences mais il s’agit d’une réalité incontournable.

Commentaires : la méconnaissance systématique de notre réalité reprend.

2) niveau d’exigence
Deux grandes options de rédaction. La rédaction n’est pas encore stabilisée. L’université donnera son avis, puis dernier recours et arbitrage Premier ministre puis Conseil d’État.
Des arbitrages restent encore à délivrer, ils concerneront le niveau d’exigence de “cette formation” [à la psychopathologie]. On est passé du niveau master (V1) à 150 heures (V2). C’est cela qui sera arbitré, le niveau de “la formation”. Où s’arrêtera en définitive le curseur ?

Commentaires : nous ne disposons d’aucune garantie que la V2 sera appliquée. Elle se verra selon toute vraisemblance aggravée. Que sera une V3 finale ?

3) clause du grand-père
Ce niveau d’exigence une fois défini sera décliné sur la clause du grand-père. Niveau d’exigence pour le “stock existant” [vs. le “flux”] il conviendra de déterminer le temps qui sera laissé, ainsi que le mode opératoire proposé pour se mettre à niveau. Il serait logique de proposer l’équivalent de la formation universitaire requise en formation professionnelle continue. L’avis de Francis Brunelle serait que cela se fasse au cas par cas, pour tenir compte des trajectoires individuelles. Il nous fait part de sa conviction que les psychothérapeutes existants ont déjà accumulé en fait des preuves d’engagement dans des formations continues qui permettront le jeu du mécanisme de VAE.

J’ai réitéré que les psychologues français ne nous accueilleront jamais, vu l’intensité du corporatisme universitaire en psychologie.

Reprenant la question du mode opératoire, Jean-Michel Fourcade insiste que la durée ne doit pas dépasser la dose (V2), car exiger davantage reviendrait à tuer nos formations.
— pas de réponse.

Commentaire : à l’enseigne de la VAE administrée dans l’esprit qu’on sait par la corporation des psychologue barricadée dans l’université, notre destin est scellé d’avance.

Fragments de dialogue reconstitués.

Vous comprendrez aisément que l’État se doit d’assurer au citoyen la sécurité et la transparence de l’offre. Le citoyen dira au ministre, vous m’avez adressé à un psychothérapeute validé par votre dispositif, il m’a fait manger une méchante salade verte qui m’a rendu malade, je me retourne contre vous instance d’autorisation.

Commentaire : système de validation très ministère de la Santé, pas si éloigné de celui de Mattei.

Jean-Michel Fourcade revient sur la distinction entre savoir expérientiel et l’univers de référence prescriptivo-expérimental. Il représente qu’il s’agit de deux pratiques et métiers distincts, et qu’on ne saurait appliquer à l’un le cadre de l’autre. Si la loi accorde les deux professions à un cadre soit disant commun, ça ne pourra jamais fonctionner. Vous satisfaites tantôt l’un tantôt l’autre. Aussitôt que vous faites plaisir à l’un …

FB : mais un décret n’est pas fait pour faire plaisir …

PHG : c’est vrai c’est fait pour être juste.

FB : … mais pour fournir un cadre général, une règle du jeu.

JMF : oui mais on ne joue pas au football et au rugby selon les mêmes règles et l’idée d’une règle minimale commune …

FB : on doit pouvoir disposer d’un socle commun. Un socle commun de formation auquel on ajoute l’exercice qu’on veut, à condition que soient élucidés et réglés les problèmes de responsabilité individuelle & de déontologie, dans le cadre de la loi commune. J’insiste sur la nécessité d’une base commune.

Reste l’intérêt pour nos programmes (chiffrés en horaires) qui pourraient se voir pris en considération par un ministère de la Santé tenu nous rappelle Francis Brunelle d’argumenter ses propositions en termes de masses horaires programmatiques. En fait si nos programmes permettent d’affirmer qu’il s’agit d’équivalents LMD, le Conseiller marque son intérêt et ne manquera pas de faire remonter une telle information jusqu’au Ministre.

Commentaire

Nous persistons à demander un statut identique à celui des psychanalystes — qui ne sont pas astreints à montrer leurs programmes et organisations des études. Nous pouvons communiquer nos programmes généraux, publics de toute façon, afin que l’auteur du décret d’application puisse tenir compte de notre réalité.
Cependant, si on nous propose et oppose une troisième version désavantageuse, nous aviserons et nous retirerons s’il le faut de la prétention à un titre devenu peu enviable, pour maintenir et faire valoir de notre côté nos solutions éprouvées de longue date.

Sous une dénomination ou sous une autre, nous maintiendrons notre identité, nos écoles, et nos institutions titularisantes.

L’ECF reconnue d’utilité publique

(ALP, 10 mai) – Par décret du 5 mai 2006, publié au Journal Officiel du 7 mai, l’École de la Cause freudienne vient de se voir reconnue d’utilité publique.

POURQUOI L’UTILITÉ PUBLIQUE ?

(ALP, 10 mai) – Nous reproduisons un extrait du texte de Lilia Mahjoub, présidente de l’ECF, en date du 15 décembre 2003 (paru dans Le Nouvel Âne, n° 3).

“Dans un communiqué en date du 4 octobre, j’ai rappelé au nom de l’ECF sa décision de présenter aux pouvoirs publics une demande de reconnaissance d’utilité publique. L’École a constitué à cette fin Maîtres Christian Charrière-Bournazel et François Sureau comme ses conseils ; les premiers contacts ont été pris ; le dossier est en cours de constitution. L’École entend conduire ses démarches en toute transparence.

Sur les conseils de son ami Burin des Roziers, alors ambassadeur en Italie, rencontré le 15 décembre 1967, soit il y a très précisément 36 ans aujourd’hui, à l’occasion d’une conférence à l’Université de Rome (voir Autres écrits, Seuil, 2001, p. 341), Jacques Lacan avait souhaité pour son École, l’École freudienne de Paris, la reconnaissance d’utilité publique. Les événement de Mai 68 semblent être intervenus avant que des démarches effectives ne soient engagées. L’ECF, qui est l’une des associations issues de la dissolution de l’EFP en 1981, a souvent évoqué depuis vingt ans la possibilité de réaliser ce vœu, sans passer à l’acte. Le Conseil de l’École, ayant repris cette question à la rentrée 2002, a convoqué un an plus tard, le 25 octobre dernier, une Assemblée générale extraordinaire qui a voté la demande de reconnaissance d’utilité publique (RUP).

Notons que la Société psychanalytique de Paris l’avait précédée dans cette voie, si bien que le bien-fondé de la démarche désirée par Lacan est admis aussi bien par la principale association du secteur ipéiste français que par la principale association du courant lacanien.
Nous estimons que le travail de l’École, la rigueur de sa formation, de ses contrôles, de ses protocoles d’évaluation, les services qu’elle rend au public, justifient amplement qu’on lui reconnaisse l’utilité publique. Si besoin était, cette utilité publique a été démontrée par le rôle qu’elle a joué dans la présente affaire [l’affaire Accoyer], en prenant d’emblée position, sans équivoque, contre un texte mal conçu et dangereux pour les libertés.

Plus largement, nous pensons que si d’autres associations psychanalytiques, à leur rythme propre, faisaient l’effort d’entreprendre la même démarche de RUP, on obtiendrait une amélioration salutaire de la situation de la psychanalyse en France, satisfaisant ainsi le meilleur de ce qui a inspiré M. Accoyer dans la rédaction de son amendement, et qui a conduit l’Assemblée nationale à le voter à l’unanimité.»

L’AFFOP positionnée

Monsieur le Ministre,

Ainsi que j’ai eu le plaisir de vous le dire lors de la réunion du 7 avril, nous vous savons gré d’avoir accompli le courageux arbitrage entre les demandes contradictoires des professionnels de la psychothérapie que constitue la nouvelle proposition de décret que vous nous avez communiquée.

Une des causes de ces demandes contradictoires, ainsi que je vous l’avais exposé dans la “Note sur la psychothérapie libérale en France” que je vous avais remise le 7 janvier 2006, tient au fait que les psychothérapies appartiennent à deux grandes familles, les psychothérapies prescriptives d’une part, les psychothérapie relationnelles et la psychanalyse d’autre part, pour lesquelles les cadres épistémologiques de création du savoir, la pratique clinique, les modes de formation des professionnels et d’évaluation de leur travail sont radicalement différents. Les intérêts corporatistes en jeu compliquent encore davantage les différences scientifiques fondamentales.

Aussi n’est-il pas étonnant que ce dialogue de sourds apparent – même chez les professionnels de l’écoute — se poursuive, aussi bien en ce qui concernait la rédaction précédente du décret que celle-ci, sur des points importants tels que le contenu, la durée, les formes de transmission du savoir pour la formation à la psychopathologie théorique et clinique demandée par l’article 52 de la loi 2004-806.

La précédente rédaction du décret, qui permettait à l’université de contrôler la totalité de la formation des psychothérapeutes, créait un master de psychopathologie qui aurait eu pour effet de rendre très difficile la formation aux psychothérapie relationnelles et d’accentuer la médicalisation de la psychothérapie.

Le grand mérite de la nouvelle rédaction est d’avoir pris en compte ce que les psychothérapies relationnelles affirment pour ce qui les concerne : la psychopathologie théorique et clinique 1) dans son contenu théorique n’est qu’une partie limitée de la formation à la psychothérapie relationnelle, 2) dans sa mise en oeuvre clinique – beaucoup plus longue en durée – dépend de la famille psychothérapique dans laquelle elle est développée.

La proposition que vous nous avez faite de 150 heures de cours théoriques et de quatre mois de stages dans des institutions hospitalières à pathologies lourdes est suffisante pour des étudiants en psychothérapie relationnelle. Bien sûr, un prétendant au titre légal de psychothérapeute ne pourra se dire psychothérapeute relationnel que s’il répond en plus aux cinq critères que cette profession a formalisés — pour mémoire : un travail psychothérapeutique personnel approfondi, une formation de haut niveau théorique et expérientielle à la psychothérapie relationnelle dans une ou plusieurs méthodes ou disciplines, une supervision continue, l’adhésion à un code de déontologie, la reconnaissance par des pairs.

Mon éminent collègue, le Professeur PY prétend dans la lettre ouverte qu’il vous adresse que les formations données par les instituts privés sont insuffisantes et que les psychologues reçoivent des patients mal accompagnés par des psychothérapeutes insuffisamment formés. Nous pouvons arguer en ce qui nous concerne de l’expérience inverse de patient déçus par un parcours auprès de psychologues et de psychiatres non formés à la psychothérapie relationnelle à qui leur titre universitaire permet de croire qu’ils peuvent conduire toutes sortes de psychothérapies. Cette autorité du diplôme universitaire leur confère a priori un crédit non fondé vis-à-vis de patients qui ignorent leur degré d’incompétence, ce qui est éthiquement et méthodologiquement inadmissible. S’opposent à ce système les plus expérimentés et les plus lucides des praticiens issus de la psychiatrie et de la psychologie résolus à se démarquer de ceux de leurs confrères qui malmènent et médicalisent à outrance des patients qui ont besoin d’un accompagnement psychologique, des praticiens qui connaissent la complexité du psychisme pas seulement par des cours et des stages.

Si une garantie supplémentaire doit être donnée au public — ce à quoi nos organisations professionnelles se sont attachées depuis bientôt trente ans — nous trouverions légitime que le décret confie à nos organisations la même responsabilité que la loi donne aux associations de psychanalystes qui nous ont inspiré un nombre important de nos règles. Cela correspondrait à la reconnaissance publique que votre prédécesseur avait faite de l’existence de bonnes écoles privées de formation et de bons psychothérapeutes ni médecins, ni psychologues, ni psychanalystes. Cela aurait de plus l’avantage de ne plus pousser les psychothérapeutes – parmi lesquels nombreux sont ceux qui ont une formation de psychanalystes mais qui ont choisi d’exercer leur métier autrement – à ajouter le titre de psychanalyste au leur.

Aussi nous souhaitons que vous n’étendiez pas aux psychothérapies relationnelles la demande renouvelée de nos collègues psychiatres et psychologues de revenir à un master qui ne correspond qu’à la formation aux psychothérapies prescriptives. Notre analyse de cette demande formulée par une partie des psychanalystes est que ces derniers qui sont en fait psychologues ou psychiatres comptent ainsi faire jouer à l’université le rôle de verrou pour les psychothérapeutes non psychanalystes, non psychologues et non médecins. Or, vous le savez, ce n’est pas dans le cadre de l’université que l’on peut former des psychanalystes et des psychothérapeutes relationnels.

Par ailleurs, l’actuelle proposition de décret ne reprend pas, ce qui nous semble le fragiliser vis à vis des mises en cause possibles devant le Conseil d’État, l’exigence contenue dans la loi que la formation en psychopathologie théorique et clinique soit remplie par l’ensemble des catégories professionnelles mentionnées par l’article 52 – médecins, psychologues, psychanalystes — désirant utiliser le titre légal de psychothérapeute, exigence bien légitime si leur formation ne concernait pas la psychothérapie : médecins généralistes, O.R.L, psychologue du travail, etc.

Nous souhaitons donc que les articles 2, 3 et 6 de votre proposition soient modifiés à la fois pour tenir compte de cette exigence de la loi, et pour en libérer les psychanalystes et les psychothérapeutes non inscrits de droit. Nous vous prions de trouver en pièce jointe le texte que nous vous proposons.

L’AFFOP continue de penser que la discrimination entre les inscrits de droit et les non inscrits de droit telle que la loi l’a organisée va à l’encontre de l’accueil légitime de la psychanalyse et de la psychothérapie relationnelle dans notre état de droit, et maintient pour cette raison sa première demande d’abrogation ou de suspension de l’article 52. Cependant, reconnaissant le progrès considérable que la nouvelle rédaction du décret représente pour l’existence et la transmission de la psychothérapie relationnelle, elle soutient les aménagements que vous proposez dans cette rédaction du décret, tant sur le plan de la formation à la psychopathologie théorique et clinique que sur les clauses concernant les mesures provisoires. Elle espère que la mise en oeuvre de ce décret se fera dans le respect des diverses professions de psychothérapeutes, contrairement à ce qui s’était produit en son temps pour l’homologation au titre de psychologue, en particuliers dans la rédaction des arrêtés qui fixeront les mesures concrètes d’inscription sur les listes départementales.

Nous ne manquerons pas d’informer nos confrères et la presse de notre soutien à votre action, de nos remarques ainsi que de nos demandes et souhaitons que la presse fasse aussi écho de nos positions.

Nous restons à votre disposition et à celle de votre Cabinet, Monsieur le Ministre, pour tout avis que vous nous ferez l’honneur de nous demander et vous prions de recevoir l’assurance de nos sentiments très respectueux.

Paris, le 24 avril 2006

Jean-Michel FOURCADE, Président de l’AFFOP

Pas de zéro de conduite…

PASDE0DECONDUITE

COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU 9 MAI 2006

Pasde0deconduite demande solennellement au gouvernement de renoncer à édicter, dans le projet de loi sur la prévention de la délinquance, une détection précoce de “troubles comportementaux” chez les enfants.

Le collectif des initiateurs de l’appel “Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans” a demandé à être reçu par Monsieur de Villepin par courrier du 24 mars 2006, pour lui faire part de l’opposition, exprimée avec plus de 175 000 signataires de l’appel, à tout traitement essentiellement sécuritaire de problèmes psychologiques, éducatifs et sociaux, au moment même où le gouvernement annonce un plan de prévention de la délinquance.

Alors que le cabinet du premier ministre nous a contacté fin avril pour nous proposer une rencontre, plusieurs des initiateurs de l’appel viennent aussi d’être conviés par Monsieur Sarkozy, ministre de l’intérieur, à une entrevue.

À cette occasion, le collectif Pasde0deconduite réaffirme :

• qu’il est erroné sur le plan scientifique et dangereux sur le plan familial et social d’établir le moindre lien prédictif entre des difficultés psychiques de l’enfant et une évolution vers la délinquance ;
• que toute mesure législative qui serait fondée sur une telle corrélation abusive enfermerait les enfants en développement dans le carcan d’un regard prédictif catastrophique, porterait gravement préjudice au fonctionnement des relations familiales, et entraverait lourdement les actions de prévention ou de prise en charge des professionnels de santé ou de la petite enfance auprès des enfants et de leur parents ;
• que le mélange des genres entre soins psychiques, soutien éducatif et relation d’aide d’une part, et prévention de la délinquance d’autre part conduit à une rupture de confiance des familles envers les institutions d’accueil et de prise en charge, ce d’autant plus que la remise en question du secret professionnel est à l’ordre du jour.

Le ministre de l’intérieur a affirmé à l’Assemblée Nationale le 28 février dernier “Nous voulons donc mettre en place un système qui permette de tendre la main à des jeunes qui se sentent aujourd’hui abandonnés, parce que ni la famille, ni l’école, ni la PMI, ni la santé scolaire ne les aident”. Nous entendons lui rappeler que chaque année des centaines de milliers d’enfants bénéficient des prises en charge et du soutien de centaines de centres médico-psychologiques et médico-psycho-pédagogiques, de centres de protection maternelle et infantile, de structures de santé et d’aide en milieu scolaire, d’actions de soutien aux parents (REAPP), pour ne citer que ceux-là.

Les premiers éléments de l’avant-projet de loi sur la prévention de la délinquance rendus publics confirment l’intention du gouvernement d’inscrire dans la loi, au titre de l’action de sécurité et d’ordre public, “le dépistage précoce des enfants présentant des troubles du comportement et des signes de souffrance psychique”. Cet avant-projet prévoit aussi une levée obligatoire du secret professionnel dans le cas de personnes “présentant des difficultés sociales, éducatives ou matérielles” au profit du maire de la commune qui deviendrait ainsi détenteur des informations confidentielles touchant à leur vie privée. Lequel serait en lien avec le préfet via le contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance. Cela constituerait une mise sous contrôle des populations et des soins prodigués aux personnes par une autorité politique et administrative, et ce dès le plus jeune âge.

La confusion des rôles entres institutions de santé et de sécurité, l’abolition programmée du secret professionnel, remettraient en cause notre pacte social et démocratique.

Pour Pasde0deconduite, les difficultés de comportement de l’enfant, leur prévention, leur prise en charge relèvent des politiques de santé, d’éducation, et sociales, et non des problèmes d’ordre public. Dès lors il conviendrait de discuter avec les ministères de la santé, de l’éducation, hors de tout contexte lié à la politique de sécurité, des moyens d’améliorer la prévention et les soins aux enfants, notamment dans les domaines psychique, éducatif et social, et nous sollicitons ces instances gouvernementales pour nous recevoir.

Nous demandons solennellement au gouvernement de renoncer à édicter, dans le projet de loi sur la prévention de la délinquance, une détection précoce de “troubles comportementaux” chez les enfants et d’en exclure toute atteinte au secret professionnel.

Notules

LAURENT LE VAGUERÈSE : Nous pouvons nous attendre à au moins encore une nouvelle version en perspective. Il semblerait qu’une autre version soit sur le point d’être concoctée. D’après nos informations le 17 mai une ultime version devrait sortir.

Cette pétition a rassemblé beaucoup de monde et la décision de remettre un peu les choses à plat et de proposer la deuxième version que nous connaissons lui doit quelque chose.

Je ne parle aucunement au nom des 2700 qui ont signé l’Appel. J’y ai mis un terme à la parution du nouveau texte. Ainsi un premier temps se clôt autour de la suppression de ce premier avant-projet.

Je ne conçois pas mon rôle comme de porte-parole, mais simplement de faire circuler l’information entre les psychanalystes d’abord, et tous ceux qui sont concernés par la souffrance psychique. Chacun de son côté ne peut se contenter de défendre nos petits intérêts corporatistes, les enjeux s’avèrent infiniment plus vastes. Nous avons affaire à un débat de société. Si bien que la question de savoir si Xavier Bertrand sera encore là d’ici quinze jours n’importe pas excessivement. De façon plus générale, un changement de majorité aurait-t-il des effets ? notre expérience passée nous laisse circonspects.

Que ce soit un gouvernement ou un autre, nous devrons réaffirmer certaines choses. je me souviens de la loi Kouchner, une des plus grosses catastrophes de la période. Or Monsieur Kouchner est bien vu par les sondages. Quant à perspective de la politique Sarkozi, il convient de ne pas se tromper là non plus, quant aux dangers qu’elle comporte.
Je vais dire deux mots de ce que je pense avant cette rencontre. Je suis pour l’abrogation. L’article 52 s’il ne tenait qu’à moi je mettrais une croix dessus. C’est à mes yeux ce qu’il y a de plus souhaitable. Est-ce possible ? disposons-nous des éléments qui nous permettent d’en venir à l’abrogation de la loi ?

C’est qu’il faut se représenter qu’il y aura encore tout un parcours après l’adoption du projet. J’ai appris au cours de cette crise beaucoup de choses sur les arcanes de la vie législative. Intéressant en soi.
Si l’on étudie bien les textes présentés, quoi qu’on en dise l’État dira pour finir quelles sont les associations psychanalytiques qui sont reconnues, voici donc que la loi valide les associations psychanalytiques.

Qui va composer la délégation qui décidera ? l’État devra faire un choix au second niveau, mais c’est toujours lui qui décide. Ce n’est pas l’avis du Groupe de contact, lieu comme on sait de débat, sans vote. Ils soutiennent le contraire. Cela représente à mes yeux un vrai danger, signalant une vraie crise d’identité de la psychanalyse. Une crise qui traîne depuis vingt ans, et les analystes n’ont pas fait un pas pour résoudre cette question identitaire, installés dans la fausse tranquillité et la fausse certitude, d’un entre nous qu’on commence à payer cher. Assisterons-nous à une prise de conscience ? nous verrons.

Selon Jean-Michel Lucas, le gouvernement aurait pour objectif de sauver la psychanalyse. J’en doute.

(une femme dans l’assistance) : j’y étais, avec lui chez Francis Brunelle, il a plus précisément parlé de renaissance de la psychanalyse.

LV : l’enterrement en tout cas est sûr, car cela commence par cette étape, la suivante, comme on sait, la renaissance n’est pas toujours assurée.

Si nous ne pouvons pas nous défaire de cette loi, que faire ? peut-on faire de bons décrets sur de mauvaises lois ? la version passée (à la trappe) définissait clairement un nouveau métier et le champ du savoir
150 heures et 4 mois. Un certain nombre de gens, dont René Major soutenu par Dupont-Muzard, s’en félicitent : la voici vidée de son contenu, et ce truc de psychothérapeute à la portée de tous. J’avais notons-le annoncé cette version comme la plus probable : “passez nous voir et on vous la donne”, à ma surprise ce n’est pas ce qui fut proposé d’abord.
De ce fait, on peut entrer dans cette logique. Il est clair que c’est une manière de transformer cette loi en usine à gaz.

Pour ceux qui avaient défendu une vision sécuritaire du titre, comme Accoyer, aujourd’hui dépassé, c’est une claque. Heureusement Accoyer est occupé ailleurs (dans le sillage de Sarkozi). Ça fait évidemment équivaloir le titre avec la formation de psychologue (5 ans) et de psychiatre (11 ans). ()

Je vous propose de commencer par Roland Gori, Michèle Clément, J-J Xandreau, puis PHG, Danièle Lévy, Luis Solano (ECF), chacun porte-parole d’associations fortes. Nos débat sont importants pour définir une position. Vos interventions seront publiables sur Œdipe si vous nous les communiquez.

Encore une fois il ne s’agit pas de simples enjeux d’affichage sur plaque d’un titre, mais plus largement, des luttes à venir que nous aurons à mener en commun.

MICHÈLE CLÉMENT (SNP) : nous travaillons sur la question depuis un moment. Nous avons vu arriver le 7 avril un nouveau projet de décret, singulièrement revu à la baisse. Nous avons protesté, Brunelle a alors dit qu’il serait procédé à un nouveau tour. Le mécontentement est énorme, très peu d’associations soutiennent ce texte. Nous avons pour notre part rédigé un nouveau décret qui semblait donner des garanties aux usagers.

Pour nous la formation ne peut se faire qu’à l’université. C’est comme on sait un lieu de formation reconnu, on y apprend encore à penser. Nous estimons qu’après la fac, on fait tous un travail personnel si on veut exercer la psychothérapie, on va tous dans des écoles de psychanalyse. Nous voulons une formation de haut niveau. Bac + 5, pas moins de 520 h de stage. Que le régime soit le même pour tout le monde, il n’y a pas de raison qu’il y ait des gens au rabais ou sous-qualifiés. Psychanalyse ou autre chose cela se fait après l’université.

Nous ne sommes pas psychanalystes, mais psychologues () pluralistes.
La rédaction du décret concernant les médecins est loufoque. D’ailleurs les médecins généralistes n’en veulent pas, déjà surchargés, avec une formation en tout et pour tout de 60 heures à la psychothérapie. Nous demandons pour notre part qu’ils soient soumis à l’obligation d’un DES de psychiatrie pour pouvoir prétendre au titre.
Les psychanalystes ça les concerne.

— SNP et FFPP ?

MC : la FFPP est a priori sur notre position, d’après ce que j’ai entendu de Roger Lécuyer. Il s’agit de 5000 et non 3000 comme il disait psychologues par an, dont beaucoup au chômage. Remettre en plus sur le marché des personnes de moindre qualification ! il faut vraiment débattre de la formation et du sérieux des cursus.

Nous avons été reçus par Brunelle, qui prenait note, très courtoisement. Effectivement à ses yeux la formation devait être universitaire. Nous avons mentionné le rassemblement du 17 mai à 13:00 à l’Assemblée nationale. Il a dit ne pas être au courant. De toute façon le projet de décret serait prêt avant.

LV : quels problèmes les psychologues ont eu à affronter ces dernières années ?

MC : la profession existe depuis pas très longtemps, il s’agit d’une profession jeune aux contours imprécis. Comportant beaucoup de champs d’activité. Nés dans le champ de la santé, on nous répertorie au ministère de la Santé, et paramédicalise volontiers. Pas question pour nous, profession des sciences humaines, de nous y laisser lister. Et nous n’avons pas à être prescrits de quoi que ce soit. Notre code de déontologie nous l’avons écrit, mais il n’est pas légalisé. Si c’était le cas, existerait une instance de régulation de ce code. On parle d’Ordre, cette expression ne convient pas, mais il faudrait une instance de régulation à la profession de psychologue.

LV : votre rencontre avec Brunelle ?

MC : avec Philippe Grosbois nous avons été très bien reçus. La prochaine réécriture va nous donner (). Ça ne suffira pas, ils ne sauraient se dédire de la version précédente.

ROLAND GORI : comme il s’agit aujourd’hui davantage d’une réunion de travail, je vais réagir à ce qui vient d’être dit. J’ai petit déjeuné hier avec Francis Brunelle. Je lui ai dit qu’en tant que président du Siueerpp, nous nous réjouissions que la psychanalyse soit reconnue dans sa laïcité. L’État ne peut pas garantir l’acte analytique c’est plutôt l’acte qui garantit celui qui s’en réclame.

1) Ça pose un problème citoyen. Pourquoi on distinguerait des associations loi 1901, psychothérapeutes et psychanalystes, une discrimination qui établit les uns et les autres dans un rapport de forces politique et dans une tradition.

2) Ce cadeau fait aux psychanalystes peut se retourner contre la psychanalyse. Puisqu’il faut trois ou quatre personnes pour constituer une association de psychanalystes, on voit ce qui pourrait arriver, à moins qu’on n’établisse une instance ordinale des psychanalystes. Je n’y suis pas favorable, après en avoir un moment caressé l’idée par le passé. À l’heure actuelle dans le cadre de la philosophie d’une évaluation généralisée des actes et des conduites, j’y suis opposé.
L’article instaurant les de droit : pourquoi ne pas demander plus aux médecins comme on ferait aux psychologues non cliniciens ? je suis content en tant que président du Siueerpp de n’avoir pas à m’en mêler puisque les enseignants appartiennent à toutes les associations.

3) Puis je voudrais évoquer le point de René Major, mélancolique, qu’est-ce que c’est bien que ce soit si misérable ! nous ne pouvons pas accepter cela. Il n’y a déjà pas assez de formation à la psychopathologie. Entendons-nous, il ne saurait s’agir pour nous de prétendre dispenser une formation à la psychothérapie. Psychothérapie est un terme polysémique, que chacun entend à sa manière (cela dépend du corpus praxique et théorique de référence). Quels sont les grands malentendus sur cette loi : elle pose des exigences qu’on peut comprendre en termes d’actes professionnels, psychiatrique ou psychologique, ces actes ont une dimension psychothérapique par ses effets. Mais nos savoirs ne se déploient pas dans la même région que le savoir de l’inconscient. Parce qu’on est psychiatre ou psychologue, ce qu’on pratique n’est pas psychothérapique de ce fait.

C’est vrai que le 8 octobre, treize malheureux députés dont une députée socialiste (L’anesthésiste Martine Génisson — ça ne s’invente pas, note du rédacteur — qui l’a votée dans la ligne Kouchner) on voté cette malheureuse loi. C’est vrai que la loi Kouchner fait du malade un acteur consumériste. Mais ça a changé. Parce qu’il y a eu un débat, et qu’on a vu au sein du PS comme du PC des sénateurs et députés prendre position. Jack Ralite, dont on a pu apprécier les envolées, J.-P. Sueur, et beaucoup d’autres, sont intervenus dans le bon sens. J’en ai reparlé avec Brunelle. L’histoire de la validation scientifique peut revenir à tout moment. Il est fait état de l’infiltration par les sectes de tout, pas seulement des professionnels du psychisme. C’est demandé par Cottraux, mais en pointillé par d’autres associations, on peut très bien dans une philosophie d’évaluation généralisée, de traçabilité — nous risquons de nous voir véritablement suivis à la trace, voir réapparaître ce danger.
Et puis dans le Figaro un article récent parle de la porosité des experts ayant promu le DSM 3 & 4, on le savait déjà mais maintenant c’est établi, aux laboratoires pharmaceutiques. Le fait est démontré par des recherches récentes.

En tout état de cause la position du Siueerpp claire. La bouteille est à demi pleine ou à demi vide. L’article 8 tombé, c’est bon, le cahier des charges allégé, c’est bon, verre à moitié plein. `

Ce qui ne veut pas dire que ça ne produit pas des effets négatifs en ce qui concerne les psychologues, mais pas uniquement. Il y aura ensuite les simples décrets, puis les circulaires. Les préservés du décret ne le seront absolument pas par la suite. Il n’y aura pas de parité entre les différentes classes instituées. Qu’on ne s’y méprenne pas, du point de vue de la psychopathologie, les différences seront maintenues. Le 7 octobre, on pouvait mesurer sans arrêt la confusion entre psychothérapie et psychopathologie chez le juriste. Et pourquoi ne demanderait-on pas un master de psychopathologie ? ()

Je pense que dans une civilisation de l’évaluation généralisée, on peut au sein des partis de gauche faire bouger les choses.

J’ai évoqué hier, le Pas de zéro de conduite. Le ministre pense qu’il faut un grand débat m’a-t-il été répondu. Bréchot veut bien un débat mais d’une manière médicale. Dans l’ordre d’une médicalisation de l’existence, organisant la confusion avec le corps professionnel des médecins. Or on peut tenir un discours médical en étant psychologue ou psychanalyste.

• il y a une différence entre les deux avant-projets. Là les de droit sont de droit. Par contre ça crée le pataquès du côté de la formation en psychopathologie, dans le champ du savoir psychopathologique. Le minimum pour nous, c’est bien sûr le master de psychopathologie. Là-dessus Brunelle m’a dit, c’est acquis.

LV : ils nous disent toujours exactement ce qu’on voulait entendre. Comme nous constatons cela depuis des mois, on devrait commencer à s’interroger, et se dire, il s’agit peut-être d’une technique. Et puis, il peut y avoir une colonisation subreptice sous l’item psychopathologie.
Pour le titre nous voulons un niveau master, c’est bien ça que vous avez soutenu ?
Dans cette affaire on en vient à créer un ordre je ne suis pas d’accord. Que proposes-tu ?

RG : la position du Siueerpp vous l’avez. Nous nous montrons inquiets toutefois de l’article 7. Ensuite ce que je viens d’annoncer moi ce n’est pas le Siueerpp qui le dit, nous n’avons pas eu le temps de nous réunir. Je vous entretiens seulement de ma rencontre avec Brunelle. Qui m’a dit Xavier Bertrand est d’accord. Comme certains d’entre nous je suis divisé. D’une division redoublée vu ma situation (). À titre personnel en tout cas je trouve aberrante l’idée d’un conseil de l’Ordre des psychanalystes.

RG : () à MC . il y a une agence de l’évaluation de la recherche en université. Vous connaissez le projet de fusionner masters de recherche et professionnel. Problème majeur : arracher la validation scientifique des décrets, ajouter le mot clinique à neuropsychologie, à psychologie du développement, etc. Puis après application de l’évaluation scientifique sous le modèle anglo-saxon, nous finirons par ne plus exister d’ici quatre à huit ans.

JJ XANBEAU, SNPP et fédération français des psychiatres privés. S’agissant de l’articulation psychiatrie et politique, jetons un regard sur l’évolution du métier en psychiatrie et de la commande sociale dans ce domaine. Il existe une demande d’évaluation objectivable et d’atomisation des pratiques.

Disons-le, la psychiatrie, rien dans sa formation en tant que telle ne constitue une formation à la psychothérapie en tant que métier à part, mais elle y prédispose.

Ce qu’on voit se développer, c’est un système qui remplace une sorte de responsabilité politique par une volonté de maîtrise technique. Soigner la violence sociale avec des biotechnologies par exemple. La dimension relationnelle se voit ainsi remplacée par schémas bijectifs et tautologiques, qui aplatissent sur une chaîne de déductions depuis le psychique jusqu’au social et au politique (). Le problème posé par ce décret conduit à cette réflexion.

Nous craignons pour nous et pour tous les autres, le règne d’une sous-traitance généralisée. Les psychiatres agiraient alors comme ingénieurs en neuroscience, comme aiguilleurs qui auraient la charge de découper en tranches quelqu’un pour définir un désordre biologique et laisser à d’autres les autres aspect du traitement.
La difficulté c’est qu’on n’est plus face de modèles complexes mais de modèles où chacun va intervenir dans une application de protocoles sériés. Il s’agit en somme de faire entrer la créativité des pratiques dans un cadre protocolaire généralisé. Se pose simplement la question du découpage en vue de sous-traitance. La psychothérapie définie comme un métier à part et une technique, qui se supporte d’un savoir établi, on lui dirait :”— Rendez-en compte”, et une fois la chose écrite vous la constituez en protocole. Nous assistons à un epolitique de protocolisation généralisée des pratiques. Le citoyen usager se voit opposé à l’accueil d’une parole tragique. Le point de vue consumériste renvoyant l’acte médical à un acte industriel comme un autre. Et que la scientificité de l’affaire aboutisse au moindre coût. Ne pas perdre de vue que ce qui est pertinent et adapté socialement c’est ce qui coûte le moins cher. 11 ans pour le psychiatre, 5 pour le psychologue clinicien, c’est beaucoup : aller au moins cher. Il ne s’agit pas seulement d’une volonté des gouvernants, mais d’une forte demande sociale, d’assurance qualité, que ça marche vite, pas trop cher, et qu’on soit assuré des résultats.

LV : () et un mot sur la problématique des la formation des psychiatres.

JJX : on ne peut pas ignorer les difficultés légales de ces différents métiers, le problème de l’accessibilité aux soins, nous voici sous la dépendance des généralistes. Je rappelle ce qui avait été dit à propos de la psychothérapie par les États généraux. Fournir une psychothérapie ne relève pas d’un métier mais d’une fonction, par des praticiens disposant d’une solide formation en psychopathologie, ne pouvant se suffire d’aucune technique standardisée. Je rappelle l’importance à nos yeux de la formation en psychopathologie et de l’inter-formation dans des groupes de pairs. Nous nous inscrivons contre une définition de normes transformant la clinique en une pratique anonyme, sans prise en compte de la part du tragique & d’énigme, supposant le libre choix du praticien. La psychiatrie ne saurait se réduire ainsi à une référence théorique isolée.

LV : je rajoute que la formation des psychiatres est essentielle à mes yeux. Je suis psychanalyste et également psychiatre. Je suis extrêmement inquiet du fait que les psychiatres ne sont plus formés cliniquement. Nous assistons à la mise en place d’une machine à former des psychiatres tels que nous n’en voulons pas. Il s’agit d’un enjeu fondamental, la machine infernale en route, à terme, c’est ces psychiatres-là que vous rencontrerez. Cela pourra présenter des incidences fondamentales, sans que personne ne semble s’en soucier.

RG : s’il n’y a pas d’enseignement de recherche ça veut dire que la formation universitaire en psychologie constitue un territoire d’exception, que l’on essaye d’homogénéiser (). Comment pallier à la pénurie des psychiatres devenus coordinateurs de soin, administrateurs de la précarité sociale et psychique ?

— du côté des psychologues un autre monstre guette, ne l’oublions pas, c’est la question du cognitivisme. On voit de plus en plus d’enseignants dans cette orientation, sous prétexte de développer enseignements petite enfance par exemple. Nos collègues ont maintenant des référentiels extrêmement éloignés des nôtres quand ils nous arrivent, au point que nous devons prendre le temps de les remettre à niveau.

LV : ainsi lors d’une des écoutes téléphoniques sur Œdipe, une psychologue me demande “comment je peux lire Freud ?” elle ne connaissait littéralement pas.

Vérant : je salue les étudiants qui sont ici. C’est que les psychologues en train de se faire former, ils seront dans la ligne, et dans les bonnes pratiques, pour ceux d’entre eux qui ne seront pas chômeurs ().

XTINE DÉROBY, collectif des psychologues de la CGT. Nous demandons l’abrogation. Il y aura un revirement en troisième position. Le premier avant-projet, travaillé par la DGS, le deuxième, plus politique. Il nous montre l’intention finale. Reconnaître les de droit pour les faire taire. La suite, une formation à moindre coût. Brunelle nous a dit oui c’est très clair les psychologues et les psychothérapeutes seront en concurrence. Et les psychothérapies seront prescrites, puisque il ne sera bien entendu pas question de donner l’autonomie d’exercice à des sous-formés. Les psychologues ont pour mission de “promouvoir l’autonomie de la personne” selon les voies qu’ils déterminent. Cela ne cadre pas avec ce schéma.

LV : dans votre perspective, ce texte ouvre sur un cadre de prescription ?

JJX : nous refusons cette situation de prescription, qui ferait de la psychothérapie un sous produit qui ne garantirait pas la liberté des praticiens, mais répondrait par contre au souhait de maîtriser les coûts.

MC : nous préconisons l’accès direct au psychologue. Sans intermédiaire. Nous ne sommes pas financés sur des fonds médicaux, cotés en K auparavant. Comment payer les psychologues ? des forfaits, d’autres formules sont à l’étude, permettant d’éviter de passer par la sécurité sociale.

RG : on ne va pas régler tous les problèmes référents à Santé mentale à partir de l’article 52. Il vient cet article dans une niche écologique, où la pratique se dégrade en techniques. Les psychologues gênent dans ce cadre. Sommes-nous dans un rapport politique suffisant pour demander l’abrogation, ou négocier dans ce cadre ?
Quand j’ai été interpellé par le rapport Vernant, j’ai vu qu’il adoptait la position hors de question d’un accès direct à des psychologues qui viendraient remplacer des psychiatres.

MME VÉRANT (?) : sur le site du gouvernement, il y avait ce texte, j’ignore s’il y figure toujours :”professionnels de santé acteurs de santé, les aides soignantes, ambulanciers … et les psychologues”.

PHILIPPE GROSBOIS : Brunelle nous a dit je vais le retirer.

V : suffit-il de le retirer, comme le rapport Inserm, pour qu’il ne prenne jamais effet ?

SOLANO (ECF) : considérons plus généralement la question de la définition des psychothérapies. Certaines psychothérapies sont certainement parfaitement à prescription. Prescrire le signifiant maître à celui qui souffre, pourquoi pas ? la position du psychiatre est-elle la même que celle du psychanalyste ?

BENOÎT ** : côté abrogation, pas d’espoir à avoir. Cela étant () JP Sueur soutenant la version Gouteyron de l’amendement Accoyer ().
Nous avons rencontré Brunelle — pas du tout je le précise à notre demande. Il nous a dit que le ministre entérinait la distinction entre psychothérapie et psychanalyse. Que l’État n’avait pas vocation à légiférer sur la psychanalyse. Que c’était à la psychanalyse de s’organiser pour faire valoir ses modes de formation. Façon habile de faire redescendre le débat.

LV : oui il y a un problème d’identité, de la psychanalyse. Mais cela laisse sans réponse ma thèse que l’État devra valider qui fait partie de la psychanalyse, donc résoudre à la place des analystes la question de l’identité de la psychanalyse.

— il s’agit bien toujours d’un titre, du fait que psychologues ou psychiatres ou psychanalystes utiliseraient ce titre. Une démarche volontaire, la Résistance facile, ne rien solliciter.

— demain les hôpitaux n’embaucheront que des psychothérapeutes (…) et seront entérinées les écoles de psychanalystes existant au moment du vote de la loi.

— qu’est devenu le rapport Koveiss (Cléry-Melin) ? travaillant dans les services de PMI, je m’intéresse à ce désir de faire des administrateurs de protocoles. Lorsqu’il est arrivé jusqu’à nous, les collègues psychologues ne se sont pas levés pour dire non. Au Québec, les gens ont des cartes de visite pour lesquels sont inscrits les symptômes dont ils sont spécialistes. Je croyais fuir cette horreur, et ça me rattrape ici !

LV : le rapport Koveiss, c’est un rapport sur l’état de la psychiatrie comme on en voit tous les ans.

ALICE CREFF : (collectif étudiants Rennes 2 pour défendre l’enseignement de la psychanalyse à l’université). Nous informons les étudiants (), lahnon.org. premier projet accentuait défaut 52. 1600 signataires contre. D’où coordination nationale des étudiants. ().[suit ne longue communication lue, d’excellent niveau, qui sera sans doute éditée sur Œdipe intercalée ici même]

ANDRÉ SIROTA : à propos du numerus closus, la FFPP et Roger Lécuyer, au nom d’une harmonisation européenne, ont voulu agir sur les quotas. Il y a des effets de système à connaître. Si nous suprimons 80 ou même seulement 70 % des étudiants en DESS que va-t-il se passer ? ils vont s’orienter en clinique psychopathologique. Résultat logique : il plus aucun étudiant dans les autres disciplines. On va trouver de un à dix étudiants dans les sous disciplines hors psychopathologie, et voici la liquidation de la psychologie.

AC : effectivement nous connaissons la question des quotas : “les cohortes des étudiants de patho” disent les TCC.

LV : vous avez posé une quantité de problèmes pertinents. Je voudrais saluer la qualité de votre intervention. Et relever la question des incidences. On a tous évolué sur la question de l’article 52. Ça a obligé toute une partie des professionnels à s’interroger. De ce point de vue c’est positif. Comme vous l’avez dit chacun s’est inquiété au fur et à mesure de l’avancée des conséquences. Petit à petit un décalage s’opère à mesure que les choix se déterminent plus concrètement. Au début, ça ne m’intéressait pas. À mesure, nous avons été de plus en plus concrètement inquiets. On n’est pas au bout du chemin, si on n’arrive pas à mettre un terme à cet article 52, la logique politique qui est derrière se déclinera sous des formes différentes. C’est pour ça que je suis dubitatif sur les années à venir. La logique des administratifs du ministère on va la retrouver sous tous nos pas. Là on est partis pour des années de combat. On est dans une logique d’affrontement pendant des années.

PHILIPPE GRAUER (SNPPsy). D’abord je voudrais dire que je ne représente en rien la psychothérapie, terme générique polysémique qui signifie facilement tout et son contraire, plus le reste, mais la psychothérapie relationnelle, dans le cadre conceptuel de ce que j’appelle le Carré psy, sur la surface duquel se joue en même temps complexité et confusion.

Comme tout le monde le sait, nous formons dans nos écoles des psychothérapeutes relationnels en cinq ans et plus (c’est la “condition nécessaire”), en petit nombre, de bonne qualité pour ce qui concerne ceux dont je suis ici pour répondre. Nous ne sommes donc en aucun cas confondables avec la masse du Great Unwashed, nébuleuse indéterminée ne nous concernant pas, dans laquelle la terminologie psychothérapie générique tend à nous dissoudre, dont je parle dans un article récent.

Cela dit je suis fondamentalement abrogationniste. À chaque fois qu’une catégorie se voit satisfaite c’est une autre qui ne l’est pas, la loi 52 est structurellement aporétique. Que Brunelle dise à chacun sa vérité n’est pas étonnant, cela procède de la réalité du système lui-même, dont l’incohérence de nature se révèle ainsi.

Dans un tel cadre, s’il ne bouge plus, nous ne nous opposons pas à l’état 2 proposé, tout en maintenant notre position de fond en faveur de l’abrogation. Mais on nous annonce déjà un état 3, sans compter les décrets annexes à venir. Nous avons affaire en réalité à une question liant épistémologie et politique, à une tendance au fascisme mou dans les démocraties contemporaines, et la lutte est partie pour durer. Il se trouve que les psys se situent en un point sensible de cette lutte, c’est notre danger et notre chance d’héroïsme historique.

En tout cas, Accoyer puis plus récemment Basset ont beaucoup fait pour fédérer notre cause et nous unir. Le fait que nous soyons ici ensemble cet après-midi en témoigne. Le débat national politique s’est effectué trop vite, et n’a pu produire une bonne loi (si tant est qu’il en fallût une). Le SNPPsy réclame depuis des années une rencontre de tous les professionnels du psychisme, pour se connaître et reconnaître mutuellement, et penser ensemble le champ complexe de nos pratiques, théories, épistémologies, visées politiques, le champ de notre coopération. Jusqu’ici le règne du mépris, et beaucoup de corporatisme de toutes parts l’a empêché. À présent nous voici enfin réunis, nous pouvons nous en réjouir.

En tout état de cause, nous sommes solidaires des psychologues en lutte contre la concurrence de possibles sous-psys. Nous rappelons toutefois que la condition seulement complémentaire dite suffisante, une poignée d’heures, personne de bon sens ne saurait la réputer suffisante à se dire psychothérapeute.

Je me souviens avoir répondu à Ph. Grosbois que non, nous n’avions pas constitué une nouvelle société de psychanalyse, & à Roland Gori que nous ne formions pas des légions de psychothérapeutes relationnels, procédant trop soigneusement pour cela, mais qu’il était assuré que nos étudiants, des personnes en reconversion pour la plupart, étaient déterminées à entreprendre leurs études chez nous, qui transmettions l’objet de leur désir, selon des méthodes isomorphes à leur objet, et point en psychologie, qui représentait autre chose à leurs yeux, dont ils ne voulaient pas, qu’ils ne désiraient pas acquérir. Cela dit, si en certains lieux universitaires la haine dont nous sommes l’objet fait place à une juste cordialité, la coopération peut devenir fructueuse, comme cela se fit en son temps avec Max Pagès à Paris 7.

J’en omets, j’y reviendrai dans les prochains jours

SOLENA : () nous avons obtenu également l’abandon des scientifiquement validés. L’ECF avait souhaité aussi que la clause du grand-père élargie à tous ceux qui étaient déclarés comme psychothérapeutes. L’important c’était que chacun soit toujours libre de constituer une association de psychanalyste. Aucun diplôme ne pourra garantir la pratique dans le domaine de la réalité psychique notre matière à nous tous. Nous ne décernons pas pour notre part de titre de psychothérapeute. Nous nous méfions du pouvoir discrétionnaire que peut avoir l’université, et aussi à qui elle pourrait déléguer cette formation.
Maintenant, ça a été dit par tous, ce monsieur Accoyer nous a réveillés d’un sommeil profond, nous a rendus conscients que cette idéologie québecquoise s’était insidieusement installée en France et Europe, dans le monde entier depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Nous n’avons pas vu venir le coup et avons continué à l’ignorer. Ça va être long. Nous n’avons pas vu venir la chose, nous nous sommes laissés endormir. Il s’agit d’une lutte constante de toute façon, contre cette tendance à niveler par le bas. En Argentine, mon pays, la même lutte a cours. La seule façon que nous avons de sauver cette non pratique qui a affaire avec cet objet non scientifisisable, c’est de lutter.

LV : dans l’état actuel de l’art 52, ça revient à ça, malgré l’apparence. “De droit, psychothérapeutes”, revient à faire que l’université délivre un titre de psychothérapeute. Nous sommes d’accord pour dire que l’université n’a pas à former des psychothérapeutes et ne valide qu’un savoir. Notre génération a toujours été formée en double. Sauf que maintenant l’art 52 ça donne ça, l’université délivre des titres de psychothérapeute.

RG qu’on le veuille ou non, il existe déjà des diplômes [des DU] de psychothérapie (… essentiellement cognitive et comportementale). Nous avons convenu, nous, de ne pas leur emboîter le pas, certains disaient il faut sortir nos projets, former aux soins psychiques. Et ça concerne uniquement les psychanalystes. Il s’agit d’une tendance générale, à Louvain, par exemple, il existe une formation à la psychothérapie.

LV : dans l’état actuel du 52, on s’installe, à travers les trois catégories repérées, on délivre en fin de compte un diplôme de psychothérapeute !

— la façon de penser le psychisme est en train de se transformer. Au bout du compte pour l’instant l’université forme des psychologues dans une dimension poly référentielle. Au bout d’un moment peu importera puisqu’à terme on sait ce qu’il faut faire pour quelqu’un et quel que soit l’opérateur ça marchera quand même.

LV : je dis qu’il n’est pas possible de soutenir cette position sans détruire l’art 52. L’université me délivre de fait un titre de psychothérapeute.

DANIÈLE LÉVY : je vais essayer de faire l’éloge de l’art 52. Nous avons passé l’après-midi à se faire peur, s’effarer. Je remarque que toutes les propositions à tout moment pouvaient se renverser en leur contraire, ainsi que les alliances. On constate ainsi l’existence d’un point étrange. Depuis au moins cinq ans qu’on y réfléchit, nous avons énormément avancé et en même temps les caractéristiques de ce point sont toujours les mêmes. On a envie de partir. Alors on ne part pas.
L’avant-projet dresse une liste des personnes habilités à faire usage du titre de psychothérapeute. Ni une profession, ni un titre. Il distingue, parmi les officiers ou sous-officiers de santé. Il impose la chose obligatoire, une formation en psychopathologie. Vasseur à la dernière concertation, enfin entendu, a précisé que l’histoire de la formation en psychopathologie c’était le seul garde-fou qu’on avait pu trouver, pour maintenir les charlatans à l’écart (quelqu’un qui se prétend et n’a pas fait ce qu’il fallait pour le devenir).
Tout le monde devrait y passer (à formation en psychopathologie), les psychanalystes aussi.

()

à PHG : j’estime les psychothérapeutes relationnels mais ils ne sont pas psychanalystes.

PHG : en effet. Les deux disciplines demeurent distinctes mais fonctionnent sur une base épistémologique commune.

DL : j’en doute.

PHG : il y a des différences, mais un socle commun, subjectivité vs. scientisme pour faire bref. L’important, c’est la mise en route du dialogue. Comment se parler si on n’est qu’Un ? la reconnaissance de l’autre a ses mérites dans nos pratiques. La génération qui vient devra conduire ce dialogue, que nous entreprenons ici.

Remarques et recommandations concernant l’avant-projet de décret dans son état 2

Voici la position de principe des psychothérapeutes relationnels que le SNPPsy définit et représente :

1 — il n’est pas acceptable que notre qualité ne soit pas reconnue : nous offrons toutes les garanties possibles, les psychanalystes ne font pas mieux que nous sur ce plan.

2 — Les psychologues qui n’ont que leur diplôme ne doivent pas être autorisés à pratiquer la psychothérapie relationnelle, car un diplôme universitaire quel qu’il soit, seul, ne donne aucune garantie aux usagers dans ce domaine. Cela reviendrait à déclarer des diplômés en géologie guides de haute montagne. Lorsque des psychologues cliniciens sont de bons psychothérapeutes, c’est qu’ils se sont formés dans nos écoles ou dans une société de psychanalyse. De ce fait la seule qualité de psychologue clinicien ne suffit pas à nos yeux pour prétendre à la pratique psychothérapique relationnelle.

3 — Nous pouvons comprendre qu’ils ne veuillent pas l’admettre et qu’ils nous attaquent, mais nous ne pouvons nous taire : pour la protection des usagers il faut le dire : un diplôme, seul, ne permet pas de pratiquer la psychothérapie relationnelle sans mettre en danger les patients.

4. Nous ne saurions par conséquent accepter un dispositif qui nie ces deux points. Le reste demeure négociable. En particulier la formation en psychopathologie : quelle psychopathologie (il existe beaucoup d’écoles et de discussions épistémologiques dans ce domaine) ? Et jusqu’à quel degré d’approfondissement ?

5. Il demeure que nos collègues des deux côtés du Carré psy qui si l’on peut dire fonctionnent au diplôme, les psychologues et les psychiatres, sont convaincus d’exercer la psychothérapie au sens générique du terme, qu’on pourrait appeler psychothérapie générique à diplôme pour simplifier.

Ils la définissent comme ils l’entendent, et leur conception de la psychothérapie générique représente souvent à nos yeux un danger pour le public. Ils ont choisi d’ignorer pour leur part la définition que nous proposons de la psychothérapie relationnelle, qu’ils affectent de considérer de leur côté comme dangereuse.

6. Pour mettre fin à cette querelle scientifique (au sens sciences humaines du mot science), épistémologique et politique (dimension citoyenne nécessairement incluse dans le débat), nous avons opté pour le cloisonnement et la coopération sur le terrain entre collègues désireux de travailler ensemble. Cela nous conduit à ne pas discuter législativement parlant du statut de la psychothérapie générique à diplôme, et à revendiquer la reconnaissance de notre psychothérapie relationnelle.

7. Nous n’attendons pas cette reconnaissance de l’État, qui n’a rien à voir dans la définition d’un modèle de psychothérapie. Ni de l’université, étrangère à notre domaine de science humaine clinique. Nous attendons que soit reconnue l’institution que nous avons su édifier et les garanties que nous savons fournir, de notre discipline — fort heureusement, à l’instar de la psychanalyse, non diplômée d’État. Nous attendons d’être traités comme la psychanalyse.

8. Si cette loi l’installe de droit, nous demandons la même chose. Comme par définition la loi 52 ne saurait le faire, puisqu’elle a pour objet de nous discriminer, nous ne saurions admettre le principe même de cette loi, dont nous demandons l’abrogation. À tout le moins la suspension.

En attendant, le traitement discriminatoire inadmissible dans son principe à l’égard de la psychothérapie relationnelle traitée dans la confusion avec le statut des autres, alors qu’il est patent qu’elle s’en distingue depuis trois bonnes décennies dans notre pays, soudain s’affaiblit, et nous permet de continuer à former et agréer nos psychothérapeutes relationnels sans le handicap de voir doubler leur période d’étude et de formation (cinq années et plus, environ 2000 heures) de la durée équivalente d’un aberrant cursus de psychopathologue. Nous saisissons cette occasion, sans perdre de vue que la loi continue de nous méconnaître et par là de clocher dangereusement par son principe même.

Quant à ceux qui n’offrent aucune espèce de garanties, éducateurs, infirmiers psychiatriques, travailleurs sociaux et autres “autoproclamés” du ministère que collatéralement cette loi permettrait d’assimiler au cadre de la psychothérapie générique — ruinant davantage celle-ci en la vidant de toute consistance, nous considérons que leur place est dans le système global du Carré psy. Ils ont le choix entre devenir psychologues cliniciens, psychothérapeutes relationnels en passant par nos écoles, psychanalystes en faisant le nécessaire.

0 — Préambule. La loi 52 comporte une incohérence. L’État est à l’aise pour définir la reconnaissance par diplôme universitaire. Mais pour le domaine extra universitaire qui concerne les sciences humaines pratiques (cliniques) que constituent nos deux disciplines, la psychanalyse et la psychothérapie relationnelle ne sont pas traitées également, l’une se trouvant de droit l’autre de devoir.
Pour celles-ci, logées logiquement à la même enseigne, hors système universitaire, devrait se dégager une possibilité de reconnaissance, à partir des cursus d’accès imposés par les différentes écoles, réalisée par collèges de pairs (nos cinq critères), l’exigence étant la formation à la relation (au sens fort épistémologiquement parlant) étayée de suffisamment de psychopathologie.
Comme ça n’est pas le parti qu’a pris le législateur, les catégories sont brouillées dans le décret, et l’incohérence à peine dissimulée à un endroit réapparaît à un autre, déclenchant de l’agressivité institutionnelle au point de scandale (boiterie). C’est pourquoi nous demandons l’abrogation (ou la suspension) d’une loi littéralement impraticable.

De plus, en confondant la psychothérapie relationnelle dûment instituée et offrant les garanties qui sont les nôtres (nos cinq points, et l’agrément de nos écoles) avec la masse des sous-psys ou néo-psys à venir, qui se verraient qualifiés au titre générique en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le législateur ne rend service ni aux psys à diplôme ni aux psys à écoles.

Par ailleurs, en ce qui concerne la médecine, dont le cas est ici exemplaire de notre analyse, réputer un médecin psychothérapeute même générique moyennant rien (état actuel du texte) ou une poignée d’heures de formation, paraît incroyable. Nous invitons le rédacteur à mesurer l’ampleur du déséquilibre qu’il devrait se garder d’introduire à ce sujet dans son texte.

Cela dit, dans le cadre de la concertation en cours, nous prenons acte des dispositions proposées tout en en identifiant le caractère précaire. Un fragile déséquilibre proposant un moindre mal dans la dynamique d’un processus de reconnaissance valant mieux que le pire précédent, nous continuerons de demander l’abrogation d’une loi contrefaite, et nous résoudrons à ne pas nous opposer formellement dans l’immédiat à la rédaction d’un décret qui nous laisserait le loisir d’exister de notre côté.

1. L’actuel avant-projet, suivant en ceci l’esprit de la loi, distingue deux catégories de professionnels
a) catégorie I : ceux qui accèdent s’ils le désirent de droit au titre générique de psychothérapeute, médecins, psychologues, psychanalystes
b) catégorie II : “les autres”, parmi lesquels les psychothérapeutes relationnels que nous représentons, qui y accèdent sous conditions.

2. Les conditions suffisantes sont définies par nos cinq critères, ce dont le décret ne s’occupe pas, la loi ne lui faisant pas mission de créer une nouvelle profession. Le décret ne prend en charge que les conditions nécessaires à la revendication du titre générique de psychothérapeute. Celles-ci consistent en une formation complémentaire minimale en psychopathologie.

3. Ce qui signifie que les professionnels du psychisme relevant de la catégorie II qui rempliront les conditions nécessaires ne sont pas réputés de ce fait remplir les conditions suffisantes. La revendication de nos confrères psychologues de n’avoir pas affaire en matière de psychologie clinique à la concurrence déloyale de sous-psys repose sur une confusion entre les deux types de conditions. Il tombe sous le sens que quelques centaines d’heures de formation théorique et pratique en psychopathologie ne fondent personne à prétendre à la compétence et dignité professionnelle d’un psychologue clinicien, d’un psychothérapeute relationnel ou d’un psychanalyste. Nous incitons le rédacteur du décret à spécifier qu’il s’agit d’une formation complémentaire .

4. En ce qui concerne la catégorie I, nous remarquons que les médecins, confondus de fait avec les psychiatres, se trouvant de droit légitimés à revendiquer le titre générique de psychothérapeute, outrepassent le droit car ils ne remplissent ni les conditions nécessaires (définies seulement il est vrai pour la catégorie II), ni les suffisantes — non définies mais de fait pour la psychothérapie relationnelle (catégorie II), et de droit pour la psychologie et la psychanalyse (catégorie I). Cette anomalie placerait la médecine dans le cas de revendiquer pour ses praticiens un titre hors de leur champ de compétence. Nous recommandons au rédacteur du décret de prendre ceci en compte, afin de parer à ce défaut .

5. L’actuel avant-projet représente une avancée pour la psychothérapie relationnelle, dont les écoles se trouvent reconnues de facto (et non de droit, on l’a vu au § 2), avec la mission possible de dispenser dans le cadre de conventions avec l’université la formation minimale annexe en psychopathologie que la logique de la loi impose à l’usage du titre générique de psychothérapeute. Nos écoles en sont capables (conditions nécessaires), puisqu’elles le font déjà, et au-delà, à nos conditions (suffisantes), dans le cadre de l’agrément Snppsy et Affop. C’est avec réserves, vu la disqualification corporatiste de la majorité des psychologues universitaires à notre encontre, mais considérant d’autre part l’intérêt d’un partenariat, que nous acceptons la rédaction de l’article 6 de la Section II mentionnant : “Cette formation peut être confiée à l’université ou à des organismes passant convention avec l’Université”.

6. La rédaction de la loi étant aporétique, on ne peut s’attendre de la part du décret d’application à une solution entièrement satisfaisante pour aucune des parties. Cependant, la concertation a fait apparaître à l’évidence :
a) que l’université se déclare incompétente à former des psychothérapeutes relationnels et des psychanalystes
b) que c’est aux écoles privées que revient la mission d’y procéder, nous ajouterons en ce qui nous concerne, aux écoles agréées par nos soins, capables de former des professionnels aux conditions suffisantes. La loi n’assurant pas la protection d’une nouvelle profession, il nous revient de continuer d’en garantir la qualité de sa transmission.

7. Il découle de ce qui précède que la psychothérapie relationnelle se trouve encadrée et définie comme la quatrième profession de fait du Carré psy, et que c’est à ses institutions historiques d’en définir les contours. Le SNPPsy pour sa part s’en tient à ses cinq critères qui continuent de constituer la base de définition du titre de psychothérapeute relationnel, qu’il continuera de dispenser. Ce titre professionnel protège les praticiens qui se soumettent à son cadre ainsi que les personnes qui entreprennent une démarche auprès d’eux, en instituant un exercice sous caution éthique solidaire, dont notre syndicat entend continuer de répondre.

8. La loi telle qu’elle est comporte des limites et contradictions internes qui militent nous le rappelons pour son abrogation, dont celle de constituer la profession de psychothérapeute relationnel en prenant soin de ne pas la déclarer telle. Cela contourne notre revendication que notre discipline et pratique professionnelle expressément désignée sous cette appellation bénéficie du même statut de droit que la psychanalyse. Nous prenons acte de la situation à cette date comme un moment au cours d’un processus d’institutionnalisation, et dans cette perspective et ce cadre, maintenant nos réserves et légitimes exigences, nous ne nous opposerons pas formellement aux termes de l’actuel avant-projet de décret.

Situation favorable au prix d’une certaine confusion

IATRO, PSYCHOLO, PSYCHANALO et les autres

ou quatre mois avec sursis pour le Grand pas lavé

13 avril 2006

DERNIÈRE MINUTE : Nouvelle méthode, à la CPE, on fabrique une méchante loi, en ne discutant pas comme il faut avec les intéressés. Ensuite on l’habille mal, mais ça n’est pas l’habillage qui a “comme un défaut” c’est le corps de la loi. On commence par corseter jusqu’à l’étouffement la psychothérapie relationnelle, ça ne va pas, tout le monde proteste car chacun est mal loti. Bon, on la déshabille. Ce qu’il aurait fallu faire, c’est la suspendre, pour la reprendre du tout au tout.

Comment va se poursuivre le processus ? À présent qu’on a déshabillé Pierre psychologue pour habiller Paul psychothérapeute, jetant sur le marché collatéralement une masse potentielle de psycho-pirates (voir ce terme ci-infra), que va-t-il se passer ? Peut-être rien. Sauf que nos institutions s’affaiblissent à malajuster ainsi la loi.

Évidemment, au passage nos écoles sont à peu près reconnues. Qu’est-ce qui peut s’engouffrer dans cet à peu près ? Ce pas en avant méritoire mérite réflexion.

Cette liste de prénoms aux sonorités étranges résume l’esprit de la loi 52, qui préformate jusqu’à présent le décret d’application. Changement de décor, de programme, d’acteurs au Ministère de la Santé disions-nous. La trame de la pièce n’a pas changé si elle se trouve remaniée. Des trois mousquetaires des travailleurs du psychisme, le quatrième, réhabilité dans une certaine confusion, continue d’être traité à part.

Je résumais la situation dans mon article d’avant-hier : “les autres, c’est nous”. La formule est inexacte. Nous demeurons pris dans le vrac de l’ensemble hétéroclite des autres. Il y a nous, et les autres, et nous sommes comptés parmi eux. Discriminés avec eux, indûment.

Comme la discrimination s’est considérablement affaiblie, nous soufflons. Les autres sont traités à 150 heures et quatre mois, ce qui n’est rien, tout le monde est tombé d’accord là-dessus le 7 avril. Le ministre arrive et bouscule l’architecture Basset. Bravo. Nous avons applaudi cela à l’issue de la réunion.

Tout le monde a pu remarquer que cette dose minime permet la création de la catégorie de sous-psys que les psychologues, les psychanalystes et nous-mêmes redoutions : terrible concurrence déloyale. J’ai abordé à la table de la concertation la question des sous-psys, disant à l’auditoire et au ministre que nous ne relevions pas de cette catégorie, que les garanties, nous les offrions.

Mais nous c’est nous, et les autres c’est les autres. Nous devrions pouvoir, exactement comme les psychanalystes, nous afficher de droit psychothérapeutes, au titre de la psychothérapie relationnelle. Comme eux au titre de la psychanalyse, puisque nous offrons le même type de garanties.

Les autres, les autres autres, les autres moins nous, alors, pourraient se voir logiquement exiger … de passer préalablement par les écoles agréées par nos soins (y compris les médecins), ou de devenir psychologues si cela leur convient, bref, de se former convenablement. Ne rien exiger d’eux démonétise la psychothérapie (que là j’écris tout court). On voit bien qu’il y a toujours un reste. Et que ce reste reste en travers, et de travers. Vaste question, dont la psychanalyse et la psychothérapie relationnelle constituent leur fond.

En ce qui nous concerne, nous avons immédiatement pensé qu’il vaut mieux en prendre pour 150 heures et quatre mois que pour cinq ans, la peine s’est allégée. Nous n’en sommes cependant pas encore à l’acquittement. Pour que le décret soit équilibré, il suffirait disais-je plus haut qu’on fasse droit à notre revendication constante d’être traités exactement comme les psychanalystes : de droit si régulièrement inscrits dans nos institutions historiques responsables. Mais alors, les 150 heures et les 4 mois ne s’appliqueraient qu’à nous (et dans ce cas, nous représentons que cela n’a plus beaucoup de sens, considéré dans un cursus de cinq années universitaires, sauf qu’un stage en milieu de soin nous intéresse toujours). Pas question en tout cas de créer une cohorte de sous-psys même pas officiers de santé mentale, même pas sous-officiers, simples caporaux, qui viendraient parés du titre de psychothérapeute cochonner le travail des quatre professions.

Nous restons donc pour l’instant confondus avec la masse informe du “Great unwashed“. Je me souviens du titre de cette version sur lequel en seconde je m’étais cassé les dents. L’auteur décrivait la grande masse de ceux qui évoluent dans la ville sur la base corporelle et l’on pourrait dire psychosocio corporelle de celui qui se lave comme il peut, ne disposant pas de salle de bain, dans l’Angleterre de l’immédiat après-guerre. Après deux jours de recherche ardue avec mon copain Michel, j’avais dû renoncer. Nous avons traduit, vaincus, parce qu’il fallait bien mettre quelque chose, Le grand pas lavé, équivalent stylistique de l’immortel Sky my husband à venir beaucoup plus tard.

Faute de voir reconnaître pleinement notre identité, nous voici agglutinés par le présent décret au Grand pas lavé de la dernière lessive ministérielle. L’impulsion nouvelle du ministre a considérablement dégagé la situation, mais la famille psy procédant à sa lessive n’a pas achevé sa tâche. Ce que j’évoquais dans la métaphore de l’acquittement un peu plus haut, consisterait à nous déclarer quittes de devoir franchir un contrôle destiné à d’autres catégories que la nôtre. Légitime revendication, puisque aussi bien nous offrons les garanties exigibles : cinq années d’études spécifiques encadrées par des écoles dont nous répondons de la qualité de ce qui s’y transmet de notre discipline, la psychothérapie relationnelle (et son cortège de psychopathologies spécifiques, la psychanalytique incluse naturellement).

On voit comment, par la logique du reste toujours restant, nous concluons, à peine sur le point de nous voir admis de bon si ce n’est de plein droit à notre place au sein du Carré psy, que ceux qui n’y figurent point pourraient se voir demander des comptes et imposer des exigences, afin de ne pas menacer à la baisse la qualité psy standard répartie sur l’ensemble du Carré. La chasse au reste ne s’achèvera donc jamais ? En ce qui nous concerne nous sommes solidaires de nos collègues du Carré psy dans l’exigence de rigueur, et raisonnables au point de ne pas entrer imprudemment dans le cycle infernal de la persécution.

Le ministre là-dessus s’est montré homme de raison, impulsant avec tonus une saine dynamique. Nous pensons pour notre part que mieux vaut décliner les garanties qu’on propose, que préconiser la chasse aux sorcières qui délite le climat politique et social sans jamais venir à bout du diable toujours seulement parti jouer un peu plus loin (à le pister de trop près on se retrouve en enfer, c’est ce qui a failli arriver).

Il demeure que l’actuelle partie qui se joue ne devrait pas avoir de perdant. La psychologie clinique dont l’enseignement repose sur les acquis de la psychanalyse, ce que l’université appelle psychopathologie, évidemment la terminologie est contournée et prête à malentendu, ne doit pas se voir menacée au passage. Nous soutenons le professeur Gori qui redoute qu’au détour de notre début de reconnaissance ne réapparaisse le spectre du démantèlement de l’édifice psychanalytique au sein de l’université. Nous n’avons aucun intérêt à ce que nos alliés perdent si nous gagnons, nous nous mettrions en posture de tout reperdre. Sans compter que la solidarité c’est fait pour fonctionner dans les deux sens.

Il convient donc de poser qu’il est indispensable que la psychanalyse soit maintenue à l’université et se développe en psychologie clinique puisque c’est ainsi qu’elle s’est fait historiquement héberger . Et cela dans le moment que ne nous soit pas imposé de devenir psychopathologue à l’université en cinq ans pour accéder au droit de devenir psychothérapeute relationnel dans nos écoles les cinq années suivantes.

À ces conditions seulement, nous pourrons commencer à parler d’avancée significative. Nous continuerons d’affirmer que nous sommes compétents pour administrer la psychopathologie dans nos écoles (qui comporte tout l’édifice de la psychopathologie dynamique de la psychanalyse naturellement, je le répète), et former entièrement nos étudiants sous notre responsabilité, jusqu’à les accueillir et titulariser dans le cadre de nos instances syndicales et autres. Mais nous saurons saluer à sa mesure l’avancée du 7 avril. Seulement dans la mesure où elle ne s’accompagne pas d’un recul de la psychanalyse et de son influence au sein de l’université et des établissements publics.

Alors notre propre influence pourra s’exercer de pair avec la sienne dans les mêmes lieux institutionnels, au mieux de la variété et du pluralisme. Alors se développera la confrontation et l’échange entre nos deux disciplines, pour le plus grand bien de la recherche et de la clinique.

Cela dit le décret n’est toujours pas écrit, ni soumis au Conseil d’État. D’autres péripéties nous attendent-elles au tournant suivant ? nous demeurons vigilants et nous préparons comme on nous y a invité à adresser nos propositions et remarques. En politique rien n’est jamais acquis. Nous allons nous employer à consolider l’avancée actuelle qui ne doit en aucun cas s’effectuer au détriment d’aucun tenant disciplinaire du psychodynamisme et du procès de subjectivation, ni au prix de la constitution d’une nouvelle catégorie de psycho-pirates.

Mais jamais plus nous n’accepterons de ne pas être considérés, et même de nous voir comme par le passé scandaleusement déconsidérés, dans notre réalité et dignité épistémologique, institutionnelle et professionnelle. Que cela s’effectue à présent au prix impayable de déclarer qu’il est bien entendu que nous ne constituons pas une profession, formule magique pour signifier le contraire pourvu que ce ne soit pas dit, style psy cause toujours, désigne que cette loi 52 est décidément aporétique et que son seul traitement juste serait son abrogation. En attendant, nous nous maintenons au contact avec nos alliés, et allons adresser nos propositions au ministère.

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Le projet comporte deux sections.

I — La première inscrit sur un registre national des psychothérapeutes, à leur demande

a) les trois catégories de droit : médecins, psychologues, psychanalystes régulièrement inscrits sur leur annuaire associatif

b) les autres, nous, répartis en trois sections

• “grands-parents” justifiant d’au moins cinq années d’expérience en qualité de psychothérapeute à la date de publication du décret

• moins de cinq ans d’expérience, inscrits à titre temporaire jusqu’au 1er janvier 2010, leur maintien sur la liste au-delà étant subordonné à la production de l’attestation de formation en psychopathologie clinique tel que prévu au régime commun, art. 6

• professionnels nouveaux après la publication du décret moyennant deux conditions et une annexe :

— formation en psychopathologie clinique (article 6)

— déclaration sur l’honneur accompagnée des pièces justificatives des “autres formations suivies dans le domaine de la pratique de la psychothérapie”

— à quoi annexer le cas échéant l’attestation de diplôme relatif à une profession réglementée dans le champ sanitaire et social.

II — La seconde comporte deux articles, le 6 et le 7.

• le 6 impose une formation théorique et pratique en psychologie clinique, qui “peut être confiée à l’université ou à des organismes passant convention avec l’Université”

• le 7 définit le “cahier des charges fixé par arrêté du ministre chargé de la santé” : formation théorique de 150 heures, stage pratique d’une durée minimale de quatre mois (fractionnable en cas de besoin) dans un établissement de santé ou médico-social.
Le programme en quatre points dit qu’il faut acquérir

— “une connaissance des fonctionnements et processus psychiques ;
— une capacité de discernement des grandes pathologies psychiatriques

— une connaissance des différentes théories se rapportant à la psychopathologie

— une connaissance des principales approches utilisées en psychothérapie.”

Nous commenterons dans le détail ultérieurement l’ensemble du texte, et publierons dès qu’établi le Verbatim 3 de la réunion.

À chaud, avec les réserves qui restent les nôtres, nous saluons l’avancée que ce texte constitue. Sachant que nos écoles fournissent une formation de qualité élevée pour une durée de cinq années (universitaires) au moins aux psychothérapeutes relationnels qu’elles prennent en charge, nous conservons le sentiment que nous ne contribuerons pas pour notre part à la production des sous-psys que nous n’étions pas les seuls à craindre, nos confrères psychologues en particulier s’en alertant légitimement.

Une première réserve provient du fait que nous administrons fort bien la psychopathologie dont nous avons besoin, et que passer des accords avec la plupart des UFR de psychologie dominées par les TCC risque d’être sportif.
Une deuxième réserve interroge la nécessité de former les médecins au même titre que les autres.
Une troisième réserve remarquerait que nos écoles sont lisibles en filigrane dans le décret, mais en filigrane seulement, avec le risque d’effacement que cela comporte.
Et nous en nourrissons quelques autres, par exemple relativement aux craintes de rendre possibles d’ultérieures opérations sous-psys. Nous répétons qu’en ce qui nous concerne nous sommes à la hauteur des attentes légitimes du public et des pouvoirs publics relatives à la qualité des psychothérapeutes que le Snppsy titularise après sortie de nos écoles agréées.
Nous avons exposé par ailleurs que nos cinq critères et notre code de déontologie représentaient des références responsables et sûres.

Nos réserves ne nous gâchent pas notre satisfaction de la faible dose imposée en psychopathologie universitaire, suffisante vu nos cursus bien pourvus en la matière, alors que totalement irréaliste, l’avant-projet Basset prévoyait une formation de psychopathologue sur cinq années.

Nos prochaines analyses bientôt, ainsi que le texte intégral de l’avant-projet. L’espoir est maintenant dans notre camp. Les psychologues et psychiatres n’ont rien à craindre de nous. Nous entendons veiller à ce qu’ils ne perdent pas leurs positions propres, tout en ne les laissant pas tenter de nous faire rebasculer dans l’horreur en pensant ainsi lutter pour la qualité de leurs cursus. L’un ne doit plus jamais empêcher l’autre.