Notules

LAURENT LE VAGUERÈSE : Nous pouvons nous attendre à au moins encore une nouvelle version en perspective. Il semblerait qu’une autre version soit sur le point d’être concoctée. D’après nos informations le 17 mai une ultime version devrait sortir.

Cette pétition a rassemblé beaucoup de monde et la décision de remettre un peu les choses à plat et de proposer la deuxième version que nous connaissons lui doit quelque chose.

Je ne parle aucunement au nom des 2700 qui ont signé l’Appel. J’y ai mis un terme à la parution du nouveau texte. Ainsi un premier temps se clôt autour de la suppression de ce premier avant-projet.

Je ne conçois pas mon rôle comme de porte-parole, mais simplement de faire circuler l’information entre les psychanalystes d’abord, et tous ceux qui sont concernés par la souffrance psychique. Chacun de son côté ne peut se contenter de défendre nos petits intérêts corporatistes, les enjeux s’avèrent infiniment plus vastes. Nous avons affaire à un débat de société. Si bien que la question de savoir si Xavier Bertrand sera encore là d’ici quinze jours n’importe pas excessivement. De façon plus générale, un changement de majorité aurait-t-il des effets ? notre expérience passée nous laisse circonspects.

Que ce soit un gouvernement ou un autre, nous devrons réaffirmer certaines choses. je me souviens de la loi Kouchner, une des plus grosses catastrophes de la période. Or Monsieur Kouchner est bien vu par les sondages. Quant à perspective de la politique Sarkozi, il convient de ne pas se tromper là non plus, quant aux dangers qu’elle comporte.
Je vais dire deux mots de ce que je pense avant cette rencontre. Je suis pour l’abrogation. L’article 52 s’il ne tenait qu’à moi je mettrais une croix dessus. C’est à mes yeux ce qu’il y a de plus souhaitable. Est-ce possible ? disposons-nous des éléments qui nous permettent d’en venir à l’abrogation de la loi ?

C’est qu’il faut se représenter qu’il y aura encore tout un parcours après l’adoption du projet. J’ai appris au cours de cette crise beaucoup de choses sur les arcanes de la vie législative. Intéressant en soi.
Si l’on étudie bien les textes présentés, quoi qu’on en dise l’État dira pour finir quelles sont les associations psychanalytiques qui sont reconnues, voici donc que la loi valide les associations psychanalytiques.

Qui va composer la délégation qui décidera ? l’État devra faire un choix au second niveau, mais c’est toujours lui qui décide. Ce n’est pas l’avis du Groupe de contact, lieu comme on sait de débat, sans vote. Ils soutiennent le contraire. Cela représente à mes yeux un vrai danger, signalant une vraie crise d’identité de la psychanalyse. Une crise qui traîne depuis vingt ans, et les analystes n’ont pas fait un pas pour résoudre cette question identitaire, installés dans la fausse tranquillité et la fausse certitude, d’un entre nous qu’on commence à payer cher. Assisterons-nous à une prise de conscience ? nous verrons.

Selon Jean-Michel Lucas, le gouvernement aurait pour objectif de sauver la psychanalyse. J’en doute.

(une femme dans l’assistance) : j’y étais, avec lui chez Francis Brunelle, il a plus précisément parlé de renaissance de la psychanalyse.

LV : l’enterrement en tout cas est sûr, car cela commence par cette étape, la suivante, comme on sait, la renaissance n’est pas toujours assurée.

Si nous ne pouvons pas nous défaire de cette loi, que faire ? peut-on faire de bons décrets sur de mauvaises lois ? la version passée (à la trappe) définissait clairement un nouveau métier et le champ du savoir
150 heures et 4 mois. Un certain nombre de gens, dont René Major soutenu par Dupont-Muzard, s’en félicitent : la voici vidée de son contenu, et ce truc de psychothérapeute à la portée de tous. J’avais notons-le annoncé cette version comme la plus probable : “passez nous voir et on vous la donne”, à ma surprise ce n’est pas ce qui fut proposé d’abord.
De ce fait, on peut entrer dans cette logique. Il est clair que c’est une manière de transformer cette loi en usine à gaz.

Pour ceux qui avaient défendu une vision sécuritaire du titre, comme Accoyer, aujourd’hui dépassé, c’est une claque. Heureusement Accoyer est occupé ailleurs (dans le sillage de Sarkozi). Ça fait évidemment équivaloir le titre avec la formation de psychologue (5 ans) et de psychiatre (11 ans). ()

Je vous propose de commencer par Roland Gori, Michèle Clément, J-J Xandreau, puis PHG, Danièle Lévy, Luis Solano (ECF), chacun porte-parole d’associations fortes. Nos débat sont importants pour définir une position. Vos interventions seront publiables sur Œdipe si vous nous les communiquez.

Encore une fois il ne s’agit pas de simples enjeux d’affichage sur plaque d’un titre, mais plus largement, des luttes à venir que nous aurons à mener en commun.

MICHÈLE CLÉMENT (SNP) : nous travaillons sur la question depuis un moment. Nous avons vu arriver le 7 avril un nouveau projet de décret, singulièrement revu à la baisse. Nous avons protesté, Brunelle a alors dit qu’il serait procédé à un nouveau tour. Le mécontentement est énorme, très peu d’associations soutiennent ce texte. Nous avons pour notre part rédigé un nouveau décret qui semblait donner des garanties aux usagers.

Pour nous la formation ne peut se faire qu’à l’université. C’est comme on sait un lieu de formation reconnu, on y apprend encore à penser. Nous estimons qu’après la fac, on fait tous un travail personnel si on veut exercer la psychothérapie, on va tous dans des écoles de psychanalyse. Nous voulons une formation de haut niveau. Bac + 5, pas moins de 520 h de stage. Que le régime soit le même pour tout le monde, il n’y a pas de raison qu’il y ait des gens au rabais ou sous-qualifiés. Psychanalyse ou autre chose cela se fait après l’université.

Nous ne sommes pas psychanalystes, mais psychologues () pluralistes.
La rédaction du décret concernant les médecins est loufoque. D’ailleurs les médecins généralistes n’en veulent pas, déjà surchargés, avec une formation en tout et pour tout de 60 heures à la psychothérapie. Nous demandons pour notre part qu’ils soient soumis à l’obligation d’un DES de psychiatrie pour pouvoir prétendre au titre.
Les psychanalystes ça les concerne.

— SNP et FFPP ?

MC : la FFPP est a priori sur notre position, d’après ce que j’ai entendu de Roger Lécuyer. Il s’agit de 5000 et non 3000 comme il disait psychologues par an, dont beaucoup au chômage. Remettre en plus sur le marché des personnes de moindre qualification ! il faut vraiment débattre de la formation et du sérieux des cursus.

Nous avons été reçus par Brunelle, qui prenait note, très courtoisement. Effectivement à ses yeux la formation devait être universitaire. Nous avons mentionné le rassemblement du 17 mai à 13:00 à l’Assemblée nationale. Il a dit ne pas être au courant. De toute façon le projet de décret serait prêt avant.

LV : quels problèmes les psychologues ont eu à affronter ces dernières années ?

MC : la profession existe depuis pas très longtemps, il s’agit d’une profession jeune aux contours imprécis. Comportant beaucoup de champs d’activité. Nés dans le champ de la santé, on nous répertorie au ministère de la Santé, et paramédicalise volontiers. Pas question pour nous, profession des sciences humaines, de nous y laisser lister. Et nous n’avons pas à être prescrits de quoi que ce soit. Notre code de déontologie nous l’avons écrit, mais il n’est pas légalisé. Si c’était le cas, existerait une instance de régulation de ce code. On parle d’Ordre, cette expression ne convient pas, mais il faudrait une instance de régulation à la profession de psychologue.

LV : votre rencontre avec Brunelle ?

MC : avec Philippe Grosbois nous avons été très bien reçus. La prochaine réécriture va nous donner (). Ça ne suffira pas, ils ne sauraient se dédire de la version précédente.

ROLAND GORI : comme il s’agit aujourd’hui davantage d’une réunion de travail, je vais réagir à ce qui vient d’être dit. J’ai petit déjeuné hier avec Francis Brunelle. Je lui ai dit qu’en tant que président du Siueerpp, nous nous réjouissions que la psychanalyse soit reconnue dans sa laïcité. L’État ne peut pas garantir l’acte analytique c’est plutôt l’acte qui garantit celui qui s’en réclame.

1) Ça pose un problème citoyen. Pourquoi on distinguerait des associations loi 1901, psychothérapeutes et psychanalystes, une discrimination qui établit les uns et les autres dans un rapport de forces politique et dans une tradition.

2) Ce cadeau fait aux psychanalystes peut se retourner contre la psychanalyse. Puisqu’il faut trois ou quatre personnes pour constituer une association de psychanalystes, on voit ce qui pourrait arriver, à moins qu’on n’établisse une instance ordinale des psychanalystes. Je n’y suis pas favorable, après en avoir un moment caressé l’idée par le passé. À l’heure actuelle dans le cadre de la philosophie d’une évaluation généralisée des actes et des conduites, j’y suis opposé.
L’article instaurant les de droit : pourquoi ne pas demander plus aux médecins comme on ferait aux psychologues non cliniciens ? je suis content en tant que président du Siueerpp de n’avoir pas à m’en mêler puisque les enseignants appartiennent à toutes les associations.

3) Puis je voudrais évoquer le point de René Major, mélancolique, qu’est-ce que c’est bien que ce soit si misérable ! nous ne pouvons pas accepter cela. Il n’y a déjà pas assez de formation à la psychopathologie. Entendons-nous, il ne saurait s’agir pour nous de prétendre dispenser une formation à la psychothérapie. Psychothérapie est un terme polysémique, que chacun entend à sa manière (cela dépend du corpus praxique et théorique de référence). Quels sont les grands malentendus sur cette loi : elle pose des exigences qu’on peut comprendre en termes d’actes professionnels, psychiatrique ou psychologique, ces actes ont une dimension psychothérapique par ses effets. Mais nos savoirs ne se déploient pas dans la même région que le savoir de l’inconscient. Parce qu’on est psychiatre ou psychologue, ce qu’on pratique n’est pas psychothérapique de ce fait.

C’est vrai que le 8 octobre, treize malheureux députés dont une députée socialiste (L’anesthésiste Martine Génisson — ça ne s’invente pas, note du rédacteur — qui l’a votée dans la ligne Kouchner) on voté cette malheureuse loi. C’est vrai que la loi Kouchner fait du malade un acteur consumériste. Mais ça a changé. Parce qu’il y a eu un débat, et qu’on a vu au sein du PS comme du PC des sénateurs et députés prendre position. Jack Ralite, dont on a pu apprécier les envolées, J.-P. Sueur, et beaucoup d’autres, sont intervenus dans le bon sens. J’en ai reparlé avec Brunelle. L’histoire de la validation scientifique peut revenir à tout moment. Il est fait état de l’infiltration par les sectes de tout, pas seulement des professionnels du psychisme. C’est demandé par Cottraux, mais en pointillé par d’autres associations, on peut très bien dans une philosophie d’évaluation généralisée, de traçabilité — nous risquons de nous voir véritablement suivis à la trace, voir réapparaître ce danger.
Et puis dans le Figaro un article récent parle de la porosité des experts ayant promu le DSM 3 & 4, on le savait déjà mais maintenant c’est établi, aux laboratoires pharmaceutiques. Le fait est démontré par des recherches récentes.

En tout état de cause la position du Siueerpp claire. La bouteille est à demi pleine ou à demi vide. L’article 8 tombé, c’est bon, le cahier des charges allégé, c’est bon, verre à moitié plein. `

Ce qui ne veut pas dire que ça ne produit pas des effets négatifs en ce qui concerne les psychologues, mais pas uniquement. Il y aura ensuite les simples décrets, puis les circulaires. Les préservés du décret ne le seront absolument pas par la suite. Il n’y aura pas de parité entre les différentes classes instituées. Qu’on ne s’y méprenne pas, du point de vue de la psychopathologie, les différences seront maintenues. Le 7 octobre, on pouvait mesurer sans arrêt la confusion entre psychothérapie et psychopathologie chez le juriste. Et pourquoi ne demanderait-on pas un master de psychopathologie ? ()

Je pense que dans une civilisation de l’évaluation généralisée, on peut au sein des partis de gauche faire bouger les choses.

J’ai évoqué hier, le Pas de zéro de conduite. Le ministre pense qu’il faut un grand débat m’a-t-il été répondu. Bréchot veut bien un débat mais d’une manière médicale. Dans l’ordre d’une médicalisation de l’existence, organisant la confusion avec le corps professionnel des médecins. Or on peut tenir un discours médical en étant psychologue ou psychanalyste.

• il y a une différence entre les deux avant-projets. Là les de droit sont de droit. Par contre ça crée le pataquès du côté de la formation en psychopathologie, dans le champ du savoir psychopathologique. Le minimum pour nous, c’est bien sûr le master de psychopathologie. Là-dessus Brunelle m’a dit, c’est acquis.

LV : ils nous disent toujours exactement ce qu’on voulait entendre. Comme nous constatons cela depuis des mois, on devrait commencer à s’interroger, et se dire, il s’agit peut-être d’une technique. Et puis, il peut y avoir une colonisation subreptice sous l’item psychopathologie.
Pour le titre nous voulons un niveau master, c’est bien ça que vous avez soutenu ?
Dans cette affaire on en vient à créer un ordre je ne suis pas d’accord. Que proposes-tu ?

RG : la position du Siueerpp vous l’avez. Nous nous montrons inquiets toutefois de l’article 7. Ensuite ce que je viens d’annoncer moi ce n’est pas le Siueerpp qui le dit, nous n’avons pas eu le temps de nous réunir. Je vous entretiens seulement de ma rencontre avec Brunelle. Qui m’a dit Xavier Bertrand est d’accord. Comme certains d’entre nous je suis divisé. D’une division redoublée vu ma situation (). À titre personnel en tout cas je trouve aberrante l’idée d’un conseil de l’Ordre des psychanalystes.

RG : () à MC . il y a une agence de l’évaluation de la recherche en université. Vous connaissez le projet de fusionner masters de recherche et professionnel. Problème majeur : arracher la validation scientifique des décrets, ajouter le mot clinique à neuropsychologie, à psychologie du développement, etc. Puis après application de l’évaluation scientifique sous le modèle anglo-saxon, nous finirons par ne plus exister d’ici quatre à huit ans.

JJ XANBEAU, SNPP et fédération français des psychiatres privés. S’agissant de l’articulation psychiatrie et politique, jetons un regard sur l’évolution du métier en psychiatrie et de la commande sociale dans ce domaine. Il existe une demande d’évaluation objectivable et d’atomisation des pratiques.

Disons-le, la psychiatrie, rien dans sa formation en tant que telle ne constitue une formation à la psychothérapie en tant que métier à part, mais elle y prédispose.

Ce qu’on voit se développer, c’est un système qui remplace une sorte de responsabilité politique par une volonté de maîtrise technique. Soigner la violence sociale avec des biotechnologies par exemple. La dimension relationnelle se voit ainsi remplacée par schémas bijectifs et tautologiques, qui aplatissent sur une chaîne de déductions depuis le psychique jusqu’au social et au politique (). Le problème posé par ce décret conduit à cette réflexion.

Nous craignons pour nous et pour tous les autres, le règne d’une sous-traitance généralisée. Les psychiatres agiraient alors comme ingénieurs en neuroscience, comme aiguilleurs qui auraient la charge de découper en tranches quelqu’un pour définir un désordre biologique et laisser à d’autres les autres aspect du traitement.
La difficulté c’est qu’on n’est plus face de modèles complexes mais de modèles où chacun va intervenir dans une application de protocoles sériés. Il s’agit en somme de faire entrer la créativité des pratiques dans un cadre protocolaire généralisé. Se pose simplement la question du découpage en vue de sous-traitance. La psychothérapie définie comme un métier à part et une technique, qui se supporte d’un savoir établi, on lui dirait :”— Rendez-en compte”, et une fois la chose écrite vous la constituez en protocole. Nous assistons à un epolitique de protocolisation généralisée des pratiques. Le citoyen usager se voit opposé à l’accueil d’une parole tragique. Le point de vue consumériste renvoyant l’acte médical à un acte industriel comme un autre. Et que la scientificité de l’affaire aboutisse au moindre coût. Ne pas perdre de vue que ce qui est pertinent et adapté socialement c’est ce qui coûte le moins cher. 11 ans pour le psychiatre, 5 pour le psychologue clinicien, c’est beaucoup : aller au moins cher. Il ne s’agit pas seulement d’une volonté des gouvernants, mais d’une forte demande sociale, d’assurance qualité, que ça marche vite, pas trop cher, et qu’on soit assuré des résultats.

LV : () et un mot sur la problématique des la formation des psychiatres.

JJX : on ne peut pas ignorer les difficultés légales de ces différents métiers, le problème de l’accessibilité aux soins, nous voici sous la dépendance des généralistes. Je rappelle ce qui avait été dit à propos de la psychothérapie par les États généraux. Fournir une psychothérapie ne relève pas d’un métier mais d’une fonction, par des praticiens disposant d’une solide formation en psychopathologie, ne pouvant se suffire d’aucune technique standardisée. Je rappelle l’importance à nos yeux de la formation en psychopathologie et de l’inter-formation dans des groupes de pairs. Nous nous inscrivons contre une définition de normes transformant la clinique en une pratique anonyme, sans prise en compte de la part du tragique & d’énigme, supposant le libre choix du praticien. La psychiatrie ne saurait se réduire ainsi à une référence théorique isolée.

LV : je rajoute que la formation des psychiatres est essentielle à mes yeux. Je suis psychanalyste et également psychiatre. Je suis extrêmement inquiet du fait que les psychiatres ne sont plus formés cliniquement. Nous assistons à la mise en place d’une machine à former des psychiatres tels que nous n’en voulons pas. Il s’agit d’un enjeu fondamental, la machine infernale en route, à terme, c’est ces psychiatres-là que vous rencontrerez. Cela pourra présenter des incidences fondamentales, sans que personne ne semble s’en soucier.

RG : s’il n’y a pas d’enseignement de recherche ça veut dire que la formation universitaire en psychologie constitue un territoire d’exception, que l’on essaye d’homogénéiser (). Comment pallier à la pénurie des psychiatres devenus coordinateurs de soin, administrateurs de la précarité sociale et psychique ?

— du côté des psychologues un autre monstre guette, ne l’oublions pas, c’est la question du cognitivisme. On voit de plus en plus d’enseignants dans cette orientation, sous prétexte de développer enseignements petite enfance par exemple. Nos collègues ont maintenant des référentiels extrêmement éloignés des nôtres quand ils nous arrivent, au point que nous devons prendre le temps de les remettre à niveau.

LV : ainsi lors d’une des écoutes téléphoniques sur Œdipe, une psychologue me demande “comment je peux lire Freud ?” elle ne connaissait littéralement pas.

Vérant : je salue les étudiants qui sont ici. C’est que les psychologues en train de se faire former, ils seront dans la ligne, et dans les bonnes pratiques, pour ceux d’entre eux qui ne seront pas chômeurs ().

XTINE DÉROBY, collectif des psychologues de la CGT. Nous demandons l’abrogation. Il y aura un revirement en troisième position. Le premier avant-projet, travaillé par la DGS, le deuxième, plus politique. Il nous montre l’intention finale. Reconnaître les de droit pour les faire taire. La suite, une formation à moindre coût. Brunelle nous a dit oui c’est très clair les psychologues et les psychothérapeutes seront en concurrence. Et les psychothérapies seront prescrites, puisque il ne sera bien entendu pas question de donner l’autonomie d’exercice à des sous-formés. Les psychologues ont pour mission de “promouvoir l’autonomie de la personne” selon les voies qu’ils déterminent. Cela ne cadre pas avec ce schéma.

LV : dans votre perspective, ce texte ouvre sur un cadre de prescription ?

JJX : nous refusons cette situation de prescription, qui ferait de la psychothérapie un sous produit qui ne garantirait pas la liberté des praticiens, mais répondrait par contre au souhait de maîtriser les coûts.

MC : nous préconisons l’accès direct au psychologue. Sans intermédiaire. Nous ne sommes pas financés sur des fonds médicaux, cotés en K auparavant. Comment payer les psychologues ? des forfaits, d’autres formules sont à l’étude, permettant d’éviter de passer par la sécurité sociale.

RG : on ne va pas régler tous les problèmes référents à Santé mentale à partir de l’article 52. Il vient cet article dans une niche écologique, où la pratique se dégrade en techniques. Les psychologues gênent dans ce cadre. Sommes-nous dans un rapport politique suffisant pour demander l’abrogation, ou négocier dans ce cadre ?
Quand j’ai été interpellé par le rapport Vernant, j’ai vu qu’il adoptait la position hors de question d’un accès direct à des psychologues qui viendraient remplacer des psychiatres.

MME VÉRANT (?) : sur le site du gouvernement, il y avait ce texte, j’ignore s’il y figure toujours :”professionnels de santé acteurs de santé, les aides soignantes, ambulanciers … et les psychologues”.

PHILIPPE GROSBOIS : Brunelle nous a dit je vais le retirer.

V : suffit-il de le retirer, comme le rapport Inserm, pour qu’il ne prenne jamais effet ?

SOLANO (ECF) : considérons plus généralement la question de la définition des psychothérapies. Certaines psychothérapies sont certainement parfaitement à prescription. Prescrire le signifiant maître à celui qui souffre, pourquoi pas ? la position du psychiatre est-elle la même que celle du psychanalyste ?

BENOÎT ** : côté abrogation, pas d’espoir à avoir. Cela étant () JP Sueur soutenant la version Gouteyron de l’amendement Accoyer ().
Nous avons rencontré Brunelle — pas du tout je le précise à notre demande. Il nous a dit que le ministre entérinait la distinction entre psychothérapie et psychanalyse. Que l’État n’avait pas vocation à légiférer sur la psychanalyse. Que c’était à la psychanalyse de s’organiser pour faire valoir ses modes de formation. Façon habile de faire redescendre le débat.

LV : oui il y a un problème d’identité, de la psychanalyse. Mais cela laisse sans réponse ma thèse que l’État devra valider qui fait partie de la psychanalyse, donc résoudre à la place des analystes la question de l’identité de la psychanalyse.

— il s’agit bien toujours d’un titre, du fait que psychologues ou psychiatres ou psychanalystes utiliseraient ce titre. Une démarche volontaire, la Résistance facile, ne rien solliciter.

— demain les hôpitaux n’embaucheront que des psychothérapeutes (…) et seront entérinées les écoles de psychanalystes existant au moment du vote de la loi.

— qu’est devenu le rapport Koveiss (Cléry-Melin) ? travaillant dans les services de PMI, je m’intéresse à ce désir de faire des administrateurs de protocoles. Lorsqu’il est arrivé jusqu’à nous, les collègues psychologues ne se sont pas levés pour dire non. Au Québec, les gens ont des cartes de visite pour lesquels sont inscrits les symptômes dont ils sont spécialistes. Je croyais fuir cette horreur, et ça me rattrape ici !

LV : le rapport Koveiss, c’est un rapport sur l’état de la psychiatrie comme on en voit tous les ans.

ALICE CREFF : (collectif étudiants Rennes 2 pour défendre l’enseignement de la psychanalyse à l’université). Nous informons les étudiants (), lahnon.org. premier projet accentuait défaut 52. 1600 signataires contre. D’où coordination nationale des étudiants. ().[suit ne longue communication lue, d’excellent niveau, qui sera sans doute éditée sur Œdipe intercalée ici même]

ANDRÉ SIROTA : à propos du numerus closus, la FFPP et Roger Lécuyer, au nom d’une harmonisation européenne, ont voulu agir sur les quotas. Il y a des effets de système à connaître. Si nous suprimons 80 ou même seulement 70 % des étudiants en DESS que va-t-il se passer ? ils vont s’orienter en clinique psychopathologique. Résultat logique : il plus aucun étudiant dans les autres disciplines. On va trouver de un à dix étudiants dans les sous disciplines hors psychopathologie, et voici la liquidation de la psychologie.

AC : effectivement nous connaissons la question des quotas : “les cohortes des étudiants de patho” disent les TCC.

LV : vous avez posé une quantité de problèmes pertinents. Je voudrais saluer la qualité de votre intervention. Et relever la question des incidences. On a tous évolué sur la question de l’article 52. Ça a obligé toute une partie des professionnels à s’interroger. De ce point de vue c’est positif. Comme vous l’avez dit chacun s’est inquiété au fur et à mesure de l’avancée des conséquences. Petit à petit un décalage s’opère à mesure que les choix se déterminent plus concrètement. Au début, ça ne m’intéressait pas. À mesure, nous avons été de plus en plus concrètement inquiets. On n’est pas au bout du chemin, si on n’arrive pas à mettre un terme à cet article 52, la logique politique qui est derrière se déclinera sous des formes différentes. C’est pour ça que je suis dubitatif sur les années à venir. La logique des administratifs du ministère on va la retrouver sous tous nos pas. Là on est partis pour des années de combat. On est dans une logique d’affrontement pendant des années.

PHILIPPE GRAUER (SNPPsy). D’abord je voudrais dire que je ne représente en rien la psychothérapie, terme générique polysémique qui signifie facilement tout et son contraire, plus le reste, mais la psychothérapie relationnelle, dans le cadre conceptuel de ce que j’appelle le Carré psy, sur la surface duquel se joue en même temps complexité et confusion.

Comme tout le monde le sait, nous formons dans nos écoles des psychothérapeutes relationnels en cinq ans et plus (c’est la “condition nécessaire”), en petit nombre, de bonne qualité pour ce qui concerne ceux dont je suis ici pour répondre. Nous ne sommes donc en aucun cas confondables avec la masse du Great Unwashed, nébuleuse indéterminée ne nous concernant pas, dans laquelle la terminologie psychothérapie générique tend à nous dissoudre, dont je parle dans un article récent.

Cela dit je suis fondamentalement abrogationniste. À chaque fois qu’une catégorie se voit satisfaite c’est une autre qui ne l’est pas, la loi 52 est structurellement aporétique. Que Brunelle dise à chacun sa vérité n’est pas étonnant, cela procède de la réalité du système lui-même, dont l’incohérence de nature se révèle ainsi.

Dans un tel cadre, s’il ne bouge plus, nous ne nous opposons pas à l’état 2 proposé, tout en maintenant notre position de fond en faveur de l’abrogation. Mais on nous annonce déjà un état 3, sans compter les décrets annexes à venir. Nous avons affaire en réalité à une question liant épistémologie et politique, à une tendance au fascisme mou dans les démocraties contemporaines, et la lutte est partie pour durer. Il se trouve que les psys se situent en un point sensible de cette lutte, c’est notre danger et notre chance d’héroïsme historique.

En tout cas, Accoyer puis plus récemment Basset ont beaucoup fait pour fédérer notre cause et nous unir. Le fait que nous soyons ici ensemble cet après-midi en témoigne. Le débat national politique s’est effectué trop vite, et n’a pu produire une bonne loi (si tant est qu’il en fallût une). Le SNPPsy réclame depuis des années une rencontre de tous les professionnels du psychisme, pour se connaître et reconnaître mutuellement, et penser ensemble le champ complexe de nos pratiques, théories, épistémologies, visées politiques, le champ de notre coopération. Jusqu’ici le règne du mépris, et beaucoup de corporatisme de toutes parts l’a empêché. À présent nous voici enfin réunis, nous pouvons nous en réjouir.

En tout état de cause, nous sommes solidaires des psychologues en lutte contre la concurrence de possibles sous-psys. Nous rappelons toutefois que la condition seulement complémentaire dite suffisante, une poignée d’heures, personne de bon sens ne saurait la réputer suffisante à se dire psychothérapeute.

Je me souviens avoir répondu à Ph. Grosbois que non, nous n’avions pas constitué une nouvelle société de psychanalyse, & à Roland Gori que nous ne formions pas des légions de psychothérapeutes relationnels, procédant trop soigneusement pour cela, mais qu’il était assuré que nos étudiants, des personnes en reconversion pour la plupart, étaient déterminées à entreprendre leurs études chez nous, qui transmettions l’objet de leur désir, selon des méthodes isomorphes à leur objet, et point en psychologie, qui représentait autre chose à leurs yeux, dont ils ne voulaient pas, qu’ils ne désiraient pas acquérir. Cela dit, si en certains lieux universitaires la haine dont nous sommes l’objet fait place à une juste cordialité, la coopération peut devenir fructueuse, comme cela se fit en son temps avec Max Pagès à Paris 7.

J’en omets, j’y reviendrai dans les prochains jours

SOLENA : () nous avons obtenu également l’abandon des scientifiquement validés. L’ECF avait souhaité aussi que la clause du grand-père élargie à tous ceux qui étaient déclarés comme psychothérapeutes. L’important c’était que chacun soit toujours libre de constituer une association de psychanalyste. Aucun diplôme ne pourra garantir la pratique dans le domaine de la réalité psychique notre matière à nous tous. Nous ne décernons pas pour notre part de titre de psychothérapeute. Nous nous méfions du pouvoir discrétionnaire que peut avoir l’université, et aussi à qui elle pourrait déléguer cette formation.
Maintenant, ça a été dit par tous, ce monsieur Accoyer nous a réveillés d’un sommeil profond, nous a rendus conscients que cette idéologie québecquoise s’était insidieusement installée en France et Europe, dans le monde entier depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Nous n’avons pas vu venir le coup et avons continué à l’ignorer. Ça va être long. Nous n’avons pas vu venir la chose, nous nous sommes laissés endormir. Il s’agit d’une lutte constante de toute façon, contre cette tendance à niveler par le bas. En Argentine, mon pays, la même lutte a cours. La seule façon que nous avons de sauver cette non pratique qui a affaire avec cet objet non scientifisisable, c’est de lutter.

LV : dans l’état actuel de l’art 52, ça revient à ça, malgré l’apparence. “De droit, psychothérapeutes”, revient à faire que l’université délivre un titre de psychothérapeute. Nous sommes d’accord pour dire que l’université n’a pas à former des psychothérapeutes et ne valide qu’un savoir. Notre génération a toujours été formée en double. Sauf que maintenant l’art 52 ça donne ça, l’université délivre des titres de psychothérapeute.

RG qu’on le veuille ou non, il existe déjà des diplômes [des DU] de psychothérapie (… essentiellement cognitive et comportementale). Nous avons convenu, nous, de ne pas leur emboîter le pas, certains disaient il faut sortir nos projets, former aux soins psychiques. Et ça concerne uniquement les psychanalystes. Il s’agit d’une tendance générale, à Louvain, par exemple, il existe une formation à la psychothérapie.

LV : dans l’état actuel du 52, on s’installe, à travers les trois catégories repérées, on délivre en fin de compte un diplôme de psychothérapeute !

— la façon de penser le psychisme est en train de se transformer. Au bout du compte pour l’instant l’université forme des psychologues dans une dimension poly référentielle. Au bout d’un moment peu importera puisqu’à terme on sait ce qu’il faut faire pour quelqu’un et quel que soit l’opérateur ça marchera quand même.

LV : je dis qu’il n’est pas possible de soutenir cette position sans détruire l’art 52. L’université me délivre de fait un titre de psychothérapeute.

DANIÈLE LÉVY : je vais essayer de faire l’éloge de l’art 52. Nous avons passé l’après-midi à se faire peur, s’effarer. Je remarque que toutes les propositions à tout moment pouvaient se renverser en leur contraire, ainsi que les alliances. On constate ainsi l’existence d’un point étrange. Depuis au moins cinq ans qu’on y réfléchit, nous avons énormément avancé et en même temps les caractéristiques de ce point sont toujours les mêmes. On a envie de partir. Alors on ne part pas.
L’avant-projet dresse une liste des personnes habilités à faire usage du titre de psychothérapeute. Ni une profession, ni un titre. Il distingue, parmi les officiers ou sous-officiers de santé. Il impose la chose obligatoire, une formation en psychopathologie. Vasseur à la dernière concertation, enfin entendu, a précisé que l’histoire de la formation en psychopathologie c’était le seul garde-fou qu’on avait pu trouver, pour maintenir les charlatans à l’écart (quelqu’un qui se prétend et n’a pas fait ce qu’il fallait pour le devenir).
Tout le monde devrait y passer (à formation en psychopathologie), les psychanalystes aussi.

()

à PHG : j’estime les psychothérapeutes relationnels mais ils ne sont pas psychanalystes.

PHG : en effet. Les deux disciplines demeurent distinctes mais fonctionnent sur une base épistémologique commune.

DL : j’en doute.

PHG : il y a des différences, mais un socle commun, subjectivité vs. scientisme pour faire bref. L’important, c’est la mise en route du dialogue. Comment se parler si on n’est qu’Un ? la reconnaissance de l’autre a ses mérites dans nos pratiques. La génération qui vient devra conduire ce dialogue, que nous entreprenons ici.

Remarques et recommandations concernant l’avant-projet de décret dans son état 2

Voici la position de principe des psychothérapeutes relationnels que le SNPPsy définit et représente :

1 — il n’est pas acceptable que notre qualité ne soit pas reconnue : nous offrons toutes les garanties possibles, les psychanalystes ne font pas mieux que nous sur ce plan.

2 — Les psychologues qui n’ont que leur diplôme ne doivent pas être autorisés à pratiquer la psychothérapie relationnelle, car un diplôme universitaire quel qu’il soit, seul, ne donne aucune garantie aux usagers dans ce domaine. Cela reviendrait à déclarer des diplômés en géologie guides de haute montagne. Lorsque des psychologues cliniciens sont de bons psychothérapeutes, c’est qu’ils se sont formés dans nos écoles ou dans une société de psychanalyse. De ce fait la seule qualité de psychologue clinicien ne suffit pas à nos yeux pour prétendre à la pratique psychothérapique relationnelle.

3 — Nous pouvons comprendre qu’ils ne veuillent pas l’admettre et qu’ils nous attaquent, mais nous ne pouvons nous taire : pour la protection des usagers il faut le dire : un diplôme, seul, ne permet pas de pratiquer la psychothérapie relationnelle sans mettre en danger les patients.

4. Nous ne saurions par conséquent accepter un dispositif qui nie ces deux points. Le reste demeure négociable. En particulier la formation en psychopathologie : quelle psychopathologie (il existe beaucoup d’écoles et de discussions épistémologiques dans ce domaine) ? Et jusqu’à quel degré d’approfondissement ?

5. Il demeure que nos collègues des deux côtés du Carré psy qui si l’on peut dire fonctionnent au diplôme, les psychologues et les psychiatres, sont convaincus d’exercer la psychothérapie au sens générique du terme, qu’on pourrait appeler psychothérapie générique à diplôme pour simplifier.

Ils la définissent comme ils l’entendent, et leur conception de la psychothérapie générique représente souvent à nos yeux un danger pour le public. Ils ont choisi d’ignorer pour leur part la définition que nous proposons de la psychothérapie relationnelle, qu’ils affectent de considérer de leur côté comme dangereuse.

6. Pour mettre fin à cette querelle scientifique (au sens sciences humaines du mot science), épistémologique et politique (dimension citoyenne nécessairement incluse dans le débat), nous avons opté pour le cloisonnement et la coopération sur le terrain entre collègues désireux de travailler ensemble. Cela nous conduit à ne pas discuter législativement parlant du statut de la psychothérapie générique à diplôme, et à revendiquer la reconnaissance de notre psychothérapie relationnelle.

7. Nous n’attendons pas cette reconnaissance de l’État, qui n’a rien à voir dans la définition d’un modèle de psychothérapie. Ni de l’université, étrangère à notre domaine de science humaine clinique. Nous attendons que soit reconnue l’institution que nous avons su édifier et les garanties que nous savons fournir, de notre discipline — fort heureusement, à l’instar de la psychanalyse, non diplômée d’État. Nous attendons d’être traités comme la psychanalyse.

8. Si cette loi l’installe de droit, nous demandons la même chose. Comme par définition la loi 52 ne saurait le faire, puisqu’elle a pour objet de nous discriminer, nous ne saurions admettre le principe même de cette loi, dont nous demandons l’abrogation. À tout le moins la suspension.

En attendant, le traitement discriminatoire inadmissible dans son principe à l’égard de la psychothérapie relationnelle traitée dans la confusion avec le statut des autres, alors qu’il est patent qu’elle s’en distingue depuis trois bonnes décennies dans notre pays, soudain s’affaiblit, et nous permet de continuer à former et agréer nos psychothérapeutes relationnels sans le handicap de voir doubler leur période d’étude et de formation (cinq années et plus, environ 2000 heures) de la durée équivalente d’un aberrant cursus de psychopathologue. Nous saisissons cette occasion, sans perdre de vue que la loi continue de nous méconnaître et par là de clocher dangereusement par son principe même.

Quant à ceux qui n’offrent aucune espèce de garanties, éducateurs, infirmiers psychiatriques, travailleurs sociaux et autres “autoproclamés” du ministère que collatéralement cette loi permettrait d’assimiler au cadre de la psychothérapie générique — ruinant davantage celle-ci en la vidant de toute consistance, nous considérons que leur place est dans le système global du Carré psy. Ils ont le choix entre devenir psychologues cliniciens, psychothérapeutes relationnels en passant par nos écoles, psychanalystes en faisant le nécessaire.

0 — Préambule. La loi 52 comporte une incohérence. L’État est à l’aise pour définir la reconnaissance par diplôme universitaire. Mais pour le domaine extra universitaire qui concerne les sciences humaines pratiques (cliniques) que constituent nos deux disciplines, la psychanalyse et la psychothérapie relationnelle ne sont pas traitées également, l’une se trouvant de droit l’autre de devoir.
Pour celles-ci, logées logiquement à la même enseigne, hors système universitaire, devrait se dégager une possibilité de reconnaissance, à partir des cursus d’accès imposés par les différentes écoles, réalisée par collèges de pairs (nos cinq critères), l’exigence étant la formation à la relation (au sens fort épistémologiquement parlant) étayée de suffisamment de psychopathologie.
Comme ça n’est pas le parti qu’a pris le législateur, les catégories sont brouillées dans le décret, et l’incohérence à peine dissimulée à un endroit réapparaît à un autre, déclenchant de l’agressivité institutionnelle au point de scandale (boiterie). C’est pourquoi nous demandons l’abrogation (ou la suspension) d’une loi littéralement impraticable.

De plus, en confondant la psychothérapie relationnelle dûment instituée et offrant les garanties qui sont les nôtres (nos cinq points, et l’agrément de nos écoles) avec la masse des sous-psys ou néo-psys à venir, qui se verraient qualifiés au titre générique en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le législateur ne rend service ni aux psys à diplôme ni aux psys à écoles.

Par ailleurs, en ce qui concerne la médecine, dont le cas est ici exemplaire de notre analyse, réputer un médecin psychothérapeute même générique moyennant rien (état actuel du texte) ou une poignée d’heures de formation, paraît incroyable. Nous invitons le rédacteur à mesurer l’ampleur du déséquilibre qu’il devrait se garder d’introduire à ce sujet dans son texte.

Cela dit, dans le cadre de la concertation en cours, nous prenons acte des dispositions proposées tout en en identifiant le caractère précaire. Un fragile déséquilibre proposant un moindre mal dans la dynamique d’un processus de reconnaissance valant mieux que le pire précédent, nous continuerons de demander l’abrogation d’une loi contrefaite, et nous résoudrons à ne pas nous opposer formellement dans l’immédiat à la rédaction d’un décret qui nous laisserait le loisir d’exister de notre côté.

1. L’actuel avant-projet, suivant en ceci l’esprit de la loi, distingue deux catégories de professionnels
a) catégorie I : ceux qui accèdent s’ils le désirent de droit au titre générique de psychothérapeute, médecins, psychologues, psychanalystes
b) catégorie II : “les autres”, parmi lesquels les psychothérapeutes relationnels que nous représentons, qui y accèdent sous conditions.

2. Les conditions suffisantes sont définies par nos cinq critères, ce dont le décret ne s’occupe pas, la loi ne lui faisant pas mission de créer une nouvelle profession. Le décret ne prend en charge que les conditions nécessaires à la revendication du titre générique de psychothérapeute. Celles-ci consistent en une formation complémentaire minimale en psychopathologie.

3. Ce qui signifie que les professionnels du psychisme relevant de la catégorie II qui rempliront les conditions nécessaires ne sont pas réputés de ce fait remplir les conditions suffisantes. La revendication de nos confrères psychologues de n’avoir pas affaire en matière de psychologie clinique à la concurrence déloyale de sous-psys repose sur une confusion entre les deux types de conditions. Il tombe sous le sens que quelques centaines d’heures de formation théorique et pratique en psychopathologie ne fondent personne à prétendre à la compétence et dignité professionnelle d’un psychologue clinicien, d’un psychothérapeute relationnel ou d’un psychanalyste. Nous incitons le rédacteur du décret à spécifier qu’il s’agit d’une formation complémentaire .

4. En ce qui concerne la catégorie I, nous remarquons que les médecins, confondus de fait avec les psychiatres, se trouvant de droit légitimés à revendiquer le titre générique de psychothérapeute, outrepassent le droit car ils ne remplissent ni les conditions nécessaires (définies seulement il est vrai pour la catégorie II), ni les suffisantes — non définies mais de fait pour la psychothérapie relationnelle (catégorie II), et de droit pour la psychologie et la psychanalyse (catégorie I). Cette anomalie placerait la médecine dans le cas de revendiquer pour ses praticiens un titre hors de leur champ de compétence. Nous recommandons au rédacteur du décret de prendre ceci en compte, afin de parer à ce défaut .

5. L’actuel avant-projet représente une avancée pour la psychothérapie relationnelle, dont les écoles se trouvent reconnues de facto (et non de droit, on l’a vu au § 2), avec la mission possible de dispenser dans le cadre de conventions avec l’université la formation minimale annexe en psychopathologie que la logique de la loi impose à l’usage du titre générique de psychothérapeute. Nos écoles en sont capables (conditions nécessaires), puisqu’elles le font déjà, et au-delà, à nos conditions (suffisantes), dans le cadre de l’agrément Snppsy et Affop. C’est avec réserves, vu la disqualification corporatiste de la majorité des psychologues universitaires à notre encontre, mais considérant d’autre part l’intérêt d’un partenariat, que nous acceptons la rédaction de l’article 6 de la Section II mentionnant : “Cette formation peut être confiée à l’université ou à des organismes passant convention avec l’Université”.

6. La rédaction de la loi étant aporétique, on ne peut s’attendre de la part du décret d’application à une solution entièrement satisfaisante pour aucune des parties. Cependant, la concertation a fait apparaître à l’évidence :
a) que l’université se déclare incompétente à former des psychothérapeutes relationnels et des psychanalystes
b) que c’est aux écoles privées que revient la mission d’y procéder, nous ajouterons en ce qui nous concerne, aux écoles agréées par nos soins, capables de former des professionnels aux conditions suffisantes. La loi n’assurant pas la protection d’une nouvelle profession, il nous revient de continuer d’en garantir la qualité de sa transmission.

7. Il découle de ce qui précède que la psychothérapie relationnelle se trouve encadrée et définie comme la quatrième profession de fait du Carré psy, et que c’est à ses institutions historiques d’en définir les contours. Le SNPPsy pour sa part s’en tient à ses cinq critères qui continuent de constituer la base de définition du titre de psychothérapeute relationnel, qu’il continuera de dispenser. Ce titre professionnel protège les praticiens qui se soumettent à son cadre ainsi que les personnes qui entreprennent une démarche auprès d’eux, en instituant un exercice sous caution éthique solidaire, dont notre syndicat entend continuer de répondre.

8. La loi telle qu’elle est comporte des limites et contradictions internes qui militent nous le rappelons pour son abrogation, dont celle de constituer la profession de psychothérapeute relationnel en prenant soin de ne pas la déclarer telle. Cela contourne notre revendication que notre discipline et pratique professionnelle expressément désignée sous cette appellation bénéficie du même statut de droit que la psychanalyse. Nous prenons acte de la situation à cette date comme un moment au cours d’un processus d’institutionnalisation, et dans cette perspective et ce cadre, maintenant nos réserves et légitimes exigences, nous ne nous opposerons pas formellement aux termes de l’actuel avant-projet de décret.

Situation favorable au prix d’une certaine confusion

IATRO, PSYCHOLO, PSYCHANALO et les autres

ou quatre mois avec sursis pour le Grand pas lavé

13 avril 2006

DERNIÈRE MINUTE : Nouvelle méthode, à la CPE, on fabrique une méchante loi, en ne discutant pas comme il faut avec les intéressés. Ensuite on l’habille mal, mais ça n’est pas l’habillage qui a “comme un défaut” c’est le corps de la loi. On commence par corseter jusqu’à l’étouffement la psychothérapie relationnelle, ça ne va pas, tout le monde proteste car chacun est mal loti. Bon, on la déshabille. Ce qu’il aurait fallu faire, c’est la suspendre, pour la reprendre du tout au tout.

Comment va se poursuivre le processus ? À présent qu’on a déshabillé Pierre psychologue pour habiller Paul psychothérapeute, jetant sur le marché collatéralement une masse potentielle de psycho-pirates (voir ce terme ci-infra), que va-t-il se passer ? Peut-être rien. Sauf que nos institutions s’affaiblissent à malajuster ainsi la loi.

Évidemment, au passage nos écoles sont à peu près reconnues. Qu’est-ce qui peut s’engouffrer dans cet à peu près ? Ce pas en avant méritoire mérite réflexion.

Cette liste de prénoms aux sonorités étranges résume l’esprit de la loi 52, qui préformate jusqu’à présent le décret d’application. Changement de décor, de programme, d’acteurs au Ministère de la Santé disions-nous. La trame de la pièce n’a pas changé si elle se trouve remaniée. Des trois mousquetaires des travailleurs du psychisme, le quatrième, réhabilité dans une certaine confusion, continue d’être traité à part.

Je résumais la situation dans mon article d’avant-hier : “les autres, c’est nous”. La formule est inexacte. Nous demeurons pris dans le vrac de l’ensemble hétéroclite des autres. Il y a nous, et les autres, et nous sommes comptés parmi eux. Discriminés avec eux, indûment.

Comme la discrimination s’est considérablement affaiblie, nous soufflons. Les autres sont traités à 150 heures et quatre mois, ce qui n’est rien, tout le monde est tombé d’accord là-dessus le 7 avril. Le ministre arrive et bouscule l’architecture Basset. Bravo. Nous avons applaudi cela à l’issue de la réunion.

Tout le monde a pu remarquer que cette dose minime permet la création de la catégorie de sous-psys que les psychologues, les psychanalystes et nous-mêmes redoutions : terrible concurrence déloyale. J’ai abordé à la table de la concertation la question des sous-psys, disant à l’auditoire et au ministre que nous ne relevions pas de cette catégorie, que les garanties, nous les offrions.

Mais nous c’est nous, et les autres c’est les autres. Nous devrions pouvoir, exactement comme les psychanalystes, nous afficher de droit psychothérapeutes, au titre de la psychothérapie relationnelle. Comme eux au titre de la psychanalyse, puisque nous offrons le même type de garanties.

Les autres, les autres autres, les autres moins nous, alors, pourraient se voir logiquement exiger … de passer préalablement par les écoles agréées par nos soins (y compris les médecins), ou de devenir psychologues si cela leur convient, bref, de se former convenablement. Ne rien exiger d’eux démonétise la psychothérapie (que là j’écris tout court). On voit bien qu’il y a toujours un reste. Et que ce reste reste en travers, et de travers. Vaste question, dont la psychanalyse et la psychothérapie relationnelle constituent leur fond.

En ce qui nous concerne, nous avons immédiatement pensé qu’il vaut mieux en prendre pour 150 heures et quatre mois que pour cinq ans, la peine s’est allégée. Nous n’en sommes cependant pas encore à l’acquittement. Pour que le décret soit équilibré, il suffirait disais-je plus haut qu’on fasse droit à notre revendication constante d’être traités exactement comme les psychanalystes : de droit si régulièrement inscrits dans nos institutions historiques responsables. Mais alors, les 150 heures et les 4 mois ne s’appliqueraient qu’à nous (et dans ce cas, nous représentons que cela n’a plus beaucoup de sens, considéré dans un cursus de cinq années universitaires, sauf qu’un stage en milieu de soin nous intéresse toujours). Pas question en tout cas de créer une cohorte de sous-psys même pas officiers de santé mentale, même pas sous-officiers, simples caporaux, qui viendraient parés du titre de psychothérapeute cochonner le travail des quatre professions.

Nous restons donc pour l’instant confondus avec la masse informe du “Great unwashed“. Je me souviens du titre de cette version sur lequel en seconde je m’étais cassé les dents. L’auteur décrivait la grande masse de ceux qui évoluent dans la ville sur la base corporelle et l’on pourrait dire psychosocio corporelle de celui qui se lave comme il peut, ne disposant pas de salle de bain, dans l’Angleterre de l’immédiat après-guerre. Après deux jours de recherche ardue avec mon copain Michel, j’avais dû renoncer. Nous avons traduit, vaincus, parce qu’il fallait bien mettre quelque chose, Le grand pas lavé, équivalent stylistique de l’immortel Sky my husband à venir beaucoup plus tard.

Faute de voir reconnaître pleinement notre identité, nous voici agglutinés par le présent décret au Grand pas lavé de la dernière lessive ministérielle. L’impulsion nouvelle du ministre a considérablement dégagé la situation, mais la famille psy procédant à sa lessive n’a pas achevé sa tâche. Ce que j’évoquais dans la métaphore de l’acquittement un peu plus haut, consisterait à nous déclarer quittes de devoir franchir un contrôle destiné à d’autres catégories que la nôtre. Légitime revendication, puisque aussi bien nous offrons les garanties exigibles : cinq années d’études spécifiques encadrées par des écoles dont nous répondons de la qualité de ce qui s’y transmet de notre discipline, la psychothérapie relationnelle (et son cortège de psychopathologies spécifiques, la psychanalytique incluse naturellement).

On voit comment, par la logique du reste toujours restant, nous concluons, à peine sur le point de nous voir admis de bon si ce n’est de plein droit à notre place au sein du Carré psy, que ceux qui n’y figurent point pourraient se voir demander des comptes et imposer des exigences, afin de ne pas menacer à la baisse la qualité psy standard répartie sur l’ensemble du Carré. La chasse au reste ne s’achèvera donc jamais ? En ce qui nous concerne nous sommes solidaires de nos collègues du Carré psy dans l’exigence de rigueur, et raisonnables au point de ne pas entrer imprudemment dans le cycle infernal de la persécution.

Le ministre là-dessus s’est montré homme de raison, impulsant avec tonus une saine dynamique. Nous pensons pour notre part que mieux vaut décliner les garanties qu’on propose, que préconiser la chasse aux sorcières qui délite le climat politique et social sans jamais venir à bout du diable toujours seulement parti jouer un peu plus loin (à le pister de trop près on se retrouve en enfer, c’est ce qui a failli arriver).

Il demeure que l’actuelle partie qui se joue ne devrait pas avoir de perdant. La psychologie clinique dont l’enseignement repose sur les acquis de la psychanalyse, ce que l’université appelle psychopathologie, évidemment la terminologie est contournée et prête à malentendu, ne doit pas se voir menacée au passage. Nous soutenons le professeur Gori qui redoute qu’au détour de notre début de reconnaissance ne réapparaisse le spectre du démantèlement de l’édifice psychanalytique au sein de l’université. Nous n’avons aucun intérêt à ce que nos alliés perdent si nous gagnons, nous nous mettrions en posture de tout reperdre. Sans compter que la solidarité c’est fait pour fonctionner dans les deux sens.

Il convient donc de poser qu’il est indispensable que la psychanalyse soit maintenue à l’université et se développe en psychologie clinique puisque c’est ainsi qu’elle s’est fait historiquement héberger . Et cela dans le moment que ne nous soit pas imposé de devenir psychopathologue à l’université en cinq ans pour accéder au droit de devenir psychothérapeute relationnel dans nos écoles les cinq années suivantes.

À ces conditions seulement, nous pourrons commencer à parler d’avancée significative. Nous continuerons d’affirmer que nous sommes compétents pour administrer la psychopathologie dans nos écoles (qui comporte tout l’édifice de la psychopathologie dynamique de la psychanalyse naturellement, je le répète), et former entièrement nos étudiants sous notre responsabilité, jusqu’à les accueillir et titulariser dans le cadre de nos instances syndicales et autres. Mais nous saurons saluer à sa mesure l’avancée du 7 avril. Seulement dans la mesure où elle ne s’accompagne pas d’un recul de la psychanalyse et de son influence au sein de l’université et des établissements publics.

Alors notre propre influence pourra s’exercer de pair avec la sienne dans les mêmes lieux institutionnels, au mieux de la variété et du pluralisme. Alors se développera la confrontation et l’échange entre nos deux disciplines, pour le plus grand bien de la recherche et de la clinique.

Cela dit le décret n’est toujours pas écrit, ni soumis au Conseil d’État. D’autres péripéties nous attendent-elles au tournant suivant ? nous demeurons vigilants et nous préparons comme on nous y a invité à adresser nos propositions et remarques. En politique rien n’est jamais acquis. Nous allons nous employer à consolider l’avancée actuelle qui ne doit en aucun cas s’effectuer au détriment d’aucun tenant disciplinaire du psychodynamisme et du procès de subjectivation, ni au prix de la constitution d’une nouvelle catégorie de psycho-pirates.

Mais jamais plus nous n’accepterons de ne pas être considérés, et même de nous voir comme par le passé scandaleusement déconsidérés, dans notre réalité et dignité épistémologique, institutionnelle et professionnelle. Que cela s’effectue à présent au prix impayable de déclarer qu’il est bien entendu que nous ne constituons pas une profession, formule magique pour signifier le contraire pourvu que ce ne soit pas dit, style psy cause toujours, désigne que cette loi 52 est décidément aporétique et que son seul traitement juste serait son abrogation. En attendant, nous nous maintenons au contact avec nos alliés, et allons adresser nos propositions au ministère.

——————————————————————
Le projet comporte deux sections.

I — La première inscrit sur un registre national des psychothérapeutes, à leur demande

a) les trois catégories de droit : médecins, psychologues, psychanalystes régulièrement inscrits sur leur annuaire associatif

b) les autres, nous, répartis en trois sections

• “grands-parents” justifiant d’au moins cinq années d’expérience en qualité de psychothérapeute à la date de publication du décret

• moins de cinq ans d’expérience, inscrits à titre temporaire jusqu’au 1er janvier 2010, leur maintien sur la liste au-delà étant subordonné à la production de l’attestation de formation en psychopathologie clinique tel que prévu au régime commun, art. 6

• professionnels nouveaux après la publication du décret moyennant deux conditions et une annexe :

— formation en psychopathologie clinique (article 6)

— déclaration sur l’honneur accompagnée des pièces justificatives des “autres formations suivies dans le domaine de la pratique de la psychothérapie”

— à quoi annexer le cas échéant l’attestation de diplôme relatif à une profession réglementée dans le champ sanitaire et social.

II — La seconde comporte deux articles, le 6 et le 7.

• le 6 impose une formation théorique et pratique en psychologie clinique, qui “peut être confiée à l’université ou à des organismes passant convention avec l’Université”

• le 7 définit le “cahier des charges fixé par arrêté du ministre chargé de la santé” : formation théorique de 150 heures, stage pratique d’une durée minimale de quatre mois (fractionnable en cas de besoin) dans un établissement de santé ou médico-social.
Le programme en quatre points dit qu’il faut acquérir

— “une connaissance des fonctionnements et processus psychiques ;
— une capacité de discernement des grandes pathologies psychiatriques

— une connaissance des différentes théories se rapportant à la psychopathologie

— une connaissance des principales approches utilisées en psychothérapie.”

Nous commenterons dans le détail ultérieurement l’ensemble du texte, et publierons dès qu’établi le Verbatim 3 de la réunion.

À chaud, avec les réserves qui restent les nôtres, nous saluons l’avancée que ce texte constitue. Sachant que nos écoles fournissent une formation de qualité élevée pour une durée de cinq années (universitaires) au moins aux psychothérapeutes relationnels qu’elles prennent en charge, nous conservons le sentiment que nous ne contribuerons pas pour notre part à la production des sous-psys que nous n’étions pas les seuls à craindre, nos confrères psychologues en particulier s’en alertant légitimement.

Une première réserve provient du fait que nous administrons fort bien la psychopathologie dont nous avons besoin, et que passer des accords avec la plupart des UFR de psychologie dominées par les TCC risque d’être sportif.
Une deuxième réserve interroge la nécessité de former les médecins au même titre que les autres.
Une troisième réserve remarquerait que nos écoles sont lisibles en filigrane dans le décret, mais en filigrane seulement, avec le risque d’effacement que cela comporte.
Et nous en nourrissons quelques autres, par exemple relativement aux craintes de rendre possibles d’ultérieures opérations sous-psys. Nous répétons qu’en ce qui nous concerne nous sommes à la hauteur des attentes légitimes du public et des pouvoirs publics relatives à la qualité des psychothérapeutes que le Snppsy titularise après sortie de nos écoles agréées.
Nous avons exposé par ailleurs que nos cinq critères et notre code de déontologie représentaient des références responsables et sûres.

Nos réserves ne nous gâchent pas notre satisfaction de la faible dose imposée en psychopathologie universitaire, suffisante vu nos cursus bien pourvus en la matière, alors que totalement irréaliste, l’avant-projet Basset prévoyait une formation de psychopathologue sur cinq années.

Nos prochaines analyses bientôt, ainsi que le texte intégral de l’avant-projet. L’espoir est maintenant dans notre camp. Les psychologues et psychiatres n’ont rien à craindre de nous. Nous entendons veiller à ce qu’ils ne perdent pas leurs positions propres, tout en ne les laissant pas tenter de nous faire rebasculer dans l’horreur en pensant ainsi lutter pour la qualité de leurs cursus. L’un ne doit plus jamais empêcher l’autre.

VERBATIM 3

RÉUNION DU 7 AVRIL 2006
ORGANISÉE PAR
LE MINISTÈRE DE LA SANTÉ

EN VUE DE LA RÉDACTION
DES DÉCRETS D’APPLICATION
SUR L’USAGE DU TITRE DE PSYCHOTHÉRAPEUTE

Verbatim 3

Rédigé par Philippe Grauer

XAVIER BERTRAND, Ministre de la Santé : je voudrais vous remercier d’être venus participer à cette réunion et réagir au document qui vient de vous être remis. Deux réunions ont précédé celle-ci, au cours desquelles vous avez fait un certain nombre de remarques dont j’ai souhaité tenir compte. Je sais la difficulté des questions qui se posent, mais je suis persuadé qu’il existe une voie de passage, difficile mais pas impossible. Je ne reviendrai pas sur l’article 52. J’ai essayé de comprendre les motivations des uns et des autres. La loi vous le savez n’a pas vocation à créer une nouvelle profession de santé. Il y a pour les psychologues, médecins, psychanalystes une inquiétude.
Le projet de texte que vous avez sous les yeux apporte un certain nombre de garanties. Je souhaite qu’au cours de cette réunion nous puissions tout nous dire.

Ma conviction est qu’il y a une voie de passage, qu’elle ne rencontrera pas forcément l’unanimité, mais on doit pouvoir avancer. Que la parole soit libre lors de cette réunion. Depuis le grand nombre d’années que je suis engagé dans l’action publique, j’ai toujours eu à cœur d’essayer de comprendre et d’entendre. Je viens ici dans un esprit d’apaisement, à la recherche de solutions pragmatiques, acceptables par les uns et les autres.

Je laisse pour commencer la parole à Éric Rance en sa qualité de juriste, puis la parole vous reviendra.

ÉRIC RANCE : je vais commenter rapidement les modifications par rapport à texte passé. Ce nouveau texte comporte deux modifications essentielles.

a) elles concernent d’abord le contenu de la formation. Cela se trouve aux Articles 6 & 7. Le précédent avant-projet comportait un certain nombre de thèmes, les grandes théories, et les principales approches, ce qui a donné lieu à débat. On s’y référait à quatre approches. Nous avons modifié cela. Comme vous pouvez le constater nous avons désigné de façon plus large les principales approches en psychopathologie.
Par ailleurs avons indiqué que cette formation doit comporter au moins 150 heures de formation théorique et pratique en psychopathologie et un stage de quatre mois. Ce qui différencie le nouveau texte de l’initial qui renvoyait à un master.

b) ensuite nos modifications concernent l’application du texte aux différentes catégories visées. Sont inscrits de droit les titulaires d’un diplôme en médecine, en psychologie, ainsi que les psychanalystes régulièrement enregistrés associations.

Pour les autres, à l’article 3, se trouve un dispositif en trois temps.

— suivre la formation prévue aux articles 6 et 7 permettra de se réclamer du titre

— pour les professionnels déjà installés depuis plus de 5 ans, le texte décrit un système de production des attestations sans obligation de la formation décrite aux articles 6 & 7. L’idée pourrait être de prévoir que ces personnes ont effectivement bien l’expérience professionnelle, mais qu’il serait utile et nécessaire pour elles de procéder à une formation continue des 150 heures sans les 4 mois de stage

— enfin pour ceux exerçant depuis moins de 5 ans, il est prévu de leur donner un délai pour suivre la formation prévue aux articles 6 et 7, dans le cadre d’une autorisation temporaire allant jusqu’en 2010.

LILIA MAHJOUB (École de la Cause freudienne — ECF) : Monsieur le Ministre, après avoir lu le texte que vous nous avez distribué ce matin, je me permets de vous adresser toutes mes félicitations pour l’effort de clarté que j’ai pu y noter, ainsi que pour son orientation nouvelle qui tend vers une transparence et ne laisse personne de côté. Je voudrais vous faire part des points positifs que j’y ai trouvés.

XAVIER BERTRAND : évoquez je vous prie les autres aussi !

LILIA MAHJOUB : Oui, rassurez vous, Monsieur le Ministre, je compte bien y venir, car il y en a qui le sont un peu moins, en effet. Les points positifs sont donc :

— Tout d’abord, qu’il n’y a plus de référence au Ministère de l’Éducation nationale et que cela veut donc dire qu’il n’est plus envisagé de création d’un nouveau diplôme, un nouveau master, et que, par conséquent, il n’y aura pas non plus de nouvelle profession.

— Ensuite que les inscrits de droit sont bien des inscrits de droit. Il n’y a pas de conditions supplémentaires les concernant, comme dans le précédent avant-projet. Ainsi, même si nous n’approuvons pas la loi qui a été votée, en l’occurrence l’article 52, ce nouveau texte du projet de décret est fidèle à la loi. Il en respecte le texte.

— Un autre point positif est encore à souligner concernent le cahier des charges. Celui-ci est décrit de façon bien plus raisonnable. L’article 7 gagnerait cependant à être allégé. Je remarque que les “quatre approches” du précédent avant-projet ont disparu — ce que j’approuve hautement — et font place aux “principales approches”, et ce sans qu’il soit fait mention de quoi il s’agit.

— Maintenant, j’aborderai ce qui est moins positif, à savoir qu’il y a un flou dans le titre même de la Section II : “La formation commune théorique et pratique en psychopathologie clinique pour user du titre de psychothérapeute”. Cette formation concerne l’article 3 et plus précisément, dans celui-ci, les points I et III, c’est-à-dire les points qui visent ceux qui n’ont pas encore les cinq années d’expérience. Je trouve que ce titre de la Section II, comporte un élément contradictoire, le mot commune, dans “la formation minimale commune”, étant donné que celle-ci ne concerne pas l’ensemble de ceux qui voudraient user du titre de psychothérapeute, et qu’il y a une différence, à ce niveau, entre les inscrits de droit et ceux qui ne le sont pas.

— Une autre remarque maintenant, dans l’article 6, sur cette phrase : “Cette formation peut être confiée à l’université ou à des organismes passant convention avec l’Université”, et qui s’applique toujours à ceux que ne seraient pas inscrits de droit. C’est la formulation même que je trouve floue, et plus précisément la construction de la phrase entre le “peut être confiée” et le “ou à des organismes (…)”. L’université, c’est en effet quelque chose de très large et, vu son autonomie juridique, ainsi que je l’avais dit à la précédente concertation, elle peut avoir un pouvoir discrétionnaire, et notamment à l’égard de ces organismes de formation avec lesquels elle pourrait passer convention.

— Enfin, pour terminer, toujours à propos de ceux qui ne sont pas inscrits de droit, je dirais que l’introduction, ici, de la clause du grand-père qui s’avère généreuse pour ceux qui ont cinq années d’expérience, avec une déclaration sur l’honneur à faire, l’est bien moins pour ceux qui n’ont pas ces cinq années, et ce même s’ils ont déjà l’usage du titre. Je pense qu’on pourrait améliorer les choses, afin que la clause du grand-père soit aussi généreuse à leur égard. Voici ce que j’avais à dire pour le moment, Monsieur le Ministre. Je vous remercie de votre attention.

GÉRARD BAYLE (Société psychanalytique de Paris — SPP) : merci de nous recevoir et de nous faire travailler sur un document qui a été bien avancé.
Je vais partir de la section 2. Je suis d’accord avec la critique de la formulation de l’article 6. On pourrait se contenter de dire “confié à l’université”, sans peut-être et ou, qui rend le texte mou.
À l’article 7 : 4 mois, il conviendrait de préciser le nombre d’heures, 150 heures de stage serait intéressant. Ainsi nous aurions un stage substantiel comportant des exigences que nous pouvons comprendre.
À la fin de la première page, concernant l’attestation d’inscription à un annuaire de psychanalystes, il eut été utile de pouvoir faire en sorte que les associations existant déjà reconnaissent les émergeantes, ce qui nous garantirait contre l’autoproclamation de nouvelles sociétés indésirables.
Autre chose : quand je vois les praticiens de droit, ils ont en général une assurance professionnelle. Pour s’inscrire dans une préfecture, il serait opportun d’avoir une attestation d’assurance et d’en déposer la preuve.

DANIEL SECHTER (Conseil national des universitaires en psychiatrie — CNUP) : en premier lieu, j’émets les mêmes remarques concernant l’Article 6, supprimer le peut être écrire est confiée à l’université ou à des organismes passant conventions.
Ensuite, la durée minimale de quatre mois du stage pratique me paraît largement insuffisante. Nous devons nous souvenir qu’il y a mission de protéger des patients qui vont être soignés. M Vasseur avait demandé quatre ans, du type internat spécialisé ; un an serait intéressant.
Je voudrais soulever un deuxième point. Quelle que soit l’orientation psychothérapeutique, que l’attestation de formation en psychopathologie clinique soit exigée pour tout un chacun. Pour tous ceux qui doivent prendre en charge des patients, cette attestation devrait être exigible ; la VAE pourra permettre qu’elle soit obtenue dans les cas particuliers. Ce n’est pas en effet parce qu’on est docteur en médecine ou psychologue du travail ou autre qu’on a une formation en psychothérapie.

ANNICK CRAIGNOU (AFTCC) : effectivement on s’aperçoit que la loi qui prévoyait au départ que toute personne faisant “acte de soin auprès d’un patient”, etc, cet alinéa disparaît. Ainsi il suffira de dire je me suis autoproclamé psychothérapeute depuis 5 ans, pour que je continue de n’offrir aucune protection.
Cela représente une formation même pas a minima ! comment peut-on être psychothérapeute en 150 heures ! Et à partir de quel niveau ? ça n’est pas précisé. Il y a des points à revoir, cette rédaction représente une dangerosité pour les patients.
Par ailleurs, concernant l’article 7, lorsqu’il est écrit : “une reconnaissance des principales approches utilisées en psychothérapie”. Je proposerai de spécifier au moins : “des principales approches validées scientifiquement”. Il faut éviter l’émergence de n’importe quelle psychothérapie avec de gens insuffisamment formés.

MIREILLE BOUSKELA (Syndicat des psychologues en exercice libéral — SPEL) : ce décret ne change rien à la situation actuelle. Tous les pseudo psychothérapeutes et pseudo professionnels continueront d’exercer. Cinq années est-il mentionné, mais de quel exercice ? Nous savons très bien qu’il y a des “professionnels” formés en un week-end, qui vont ainsi se trouver validés facilement. Si je me résume, il n’y a plus de master à 5 ans, ce décret ne change rien à la situation actuelle, ce qui rend ce texte favorable aux phénomènes sectaires.

Il faut par ailleurs demander au moins un double de la déclaration auprès de l’Urssaf pour corroborer la déclaration. Tout professionnel en libéral doit procéder à une déclaration auprès de l’Urssaf, ce qui atteste qu’il s’agit bien d’une activité officielle. Comme plus de la moitié des praticiens en ville ne sont pas déclarés, on peut mesurer la difficulté. Nous avons adressé des lettres à Bercy : on nous propose de dénoncer les professionnels non déclarés. Nous nous y refusons, mais prévenons les ministres de cette situation de travail au noir.

XAVIER BERTRAND : mais nous ne sommes pas là au cœur du débat actuel. Il s’agit simplement dans le cas que vous évoquez d’appliquer la réglementation en vigueur. Revenez au vif du sujet.

MIREILLE BOUSKELA : certes, mais l’inscription à l’Urssaf constituerait la preuve qu’un professionnel a travaillé.

CHRISTIAN VASSEUR (syndicat national de psychiatrie — SNP) : je vous remercie Monsieur le Ministre (…) Je voudrait intervenir sur l’obligation de formation à la psychopathologie théorique et pratique comme sécurité. La formation en psychopathologie constituait la sécurité répondant au projet de l’article 52. Je propose une revue à la hausse. L’encadrement se trouve là très allégé. Il ne répond pas aux exigences. Il faut se soumettre à des contraintes, si l’on s’affiche comme soignant. C’est l’esprit de la loi sur la formation en France.Cela rend les pouvoirs publics responsables sur le titre. Ainsi, une attestation d’assurance, peut-être à rajouter, la précédente rédaction, à laquelle je n’étais pas tout à fait étranger, stipulait l’obligation d’une formation à la psychopathologie de niveau master. Je ne vois pas de raison que le niveau de ce qu’on est en devoir de requérir d’un psychothérapeute soit allégé de cette façon-là.

C’est à un stage de quatre ans que j’aurais pensé, il existe déjà des UFR de psychologie qui exigent quatre ans, l’équivalent de l’Internat, qui permet la formation par imprégnation dans le milieu de la souffrance psychique. C’est cela que nous visions quand nous avons voulu introduire le pré-requis de la psychopathologie.

XAVIER BERTRAND : 4 ans si vous êtes sévère, combien si vous êtes juste ?

CHRISTIAN VASSEUR : deux ans serait juste. Les psychologues se plaignent de ne pas avoir de formation, d’expérience pratique. Avec deux ans ils pourraient l’acquérir.

ALAIN BLANCHET (Société française de psychologie — SFP) : la SFP que je représente compte parmi les sociétés savantes les plus anciennes ici, ce qui lui confère quelque autorité. La Section 2 de ce document suscite de ma part un certain nombre de réflexions. Il faudrait d’abord enlever le peut être.
La formation à la psychothérapie implique la mise en œuvre de connaissances extrêmement importantes. Comme au Québec où il existe un clinicat de psychologues, nous souhaiterions un doctorat d’exercice. Il y a là une littérature considérable et mondiale. Or ce texte donne l’impression d’une véritable dépréciation.
J’ajoute que je comprends assez mal qu’un docteur en médecine, un inscrit sur une société de psychanalyse (il y a toutes sortes de telles sociétés, certaines ne m’inspirent pas forcément confiance quant au niveau de formation) soit de droit considéré comme psychothérapeutes. Il y a là selon moi nécessité de reprendre les choses et de donner un niveau européen au titre.

ROGER LÉCUYER (Fédération française des psychologues et de psychologie — FFPP) : il est clair qu’il ne s’agissait pas de créer une nouvelle profession de santé. Du point de vue du fait vous allez créer une nouvelle profession, de sous-psychologues. 150 heures ! Comment donner une formation digne de nom en 150 heures ?
La clause du grand-père généreuse, il le faut dans toute profession de ce type, mais si les conditions normales d’accès au titre sont beaucoup plus rigoureuses.
Je reviens sur l’article 2, tout le reste ne sert à rien si l’attestation d’inscription auprès d’une société de psychanalyse fonctionne de telle façon que n’importe qui puisse créer une telle société pour les besoins de la cause. Là on manque de sérieux.

MARC STRAUSS (École de psychanalyse des forums du champ lacanien — EPFCL) : Dans le fil de ce qui vient d’être dit, je demande une précision. L’inscription à un annuaire d’association de psychanalystes. Il faudra bien d’une manière ou d’une autre arriver à définir la liste des listes. Est-ce que cette tâche se verra confiée à des associations de psychanalystes ou non ? d’après ce que je sais des associations de psychanalystes, la formation en psychopathologie y est sérieuse et assez forte.

XAVIER BERTRAND : le juriste que je suis à l’origine me fait vous assurer qu’on ne revient pas sur la loi de 1901. Il n’y aura pas d’autorisation.

MARC STRAUSS : une association de psychanalystes qui se déclare comme telle sera donc reçue comme telle au ministère. Vous vous référez à la pratique psychothérapique, serait-ce une reconnaissance de toutes les formes de psychothérapie quelles qu’elles soient, une légitimation ? Vous affirmez que ce texte ne crée pas une nouvelle profession, voulez vous bien justifier cela ?

XAVIER BERTRAND : on n’est pas très loin de la frontière de la zone où nous nous remettrions à refaire ce débat. Je sais qu’avec les précédentes versions, on a frôlé la psychothérapie d’État. Un certain nombre d’avancées peuvent lever un certain nombre de préventions en la matière. Nous ne parviendrons pas forcément à des points de vue unanimes, je le sais bien, mais je crois que nous pouvons définir une issue.

BRUNO DAL-PALU (Psy en mouvement) : je suis président de Psy en mouvement, organisme qui regroupe les quatre profession psys. Je tiens à vous remercier pour votre arbitrage qui prend en compte nos débats avec Messieurs Brunelle et Basset.
Toutefois je voudrais attirer votre attention sur une seule crainte, c’est le dernier alinéa de l’article 2 page 1 de votre texte. En effet lors de notre première réunion de concertation, M. Basset nous a rappelé qu’en France tout le monde avait le droit de créer une association de psychanalyse. Dès lors avec la rédaction de cet alinéa, nous risquons d’assister à un déplacement de symptôme, c’est-à-dire que si les charlatans dénoncés par le législateur ou qualifiés de pseudos psys par d’autres, créent une association avec un annuaire de psychanalystes, ils auront de droit la double compétence : psychanalyste-psychothérapeute, à moindre frais, avec en prime comme effet pervers celui de discréditer la psychanalyse.

JACQUES MERMONT (Société française de thérapie familiale) : c’est la quadrature du cercle, le problème étant complexe …

XAVIER BERTRAND : je vous remercie de cette entrée en matière !…

JACQUES MERMONT : … je suis soucieux, sur le terrain du soin, de tous les travailleurs qui ne sont ni psychologues ni psychanalystes, les infirmiers, travailleurs sociaux, etc. Du fait qu’ils suivent des formations en thérapie familiale sur cinq ans, ils devraient accéder au même titre que les autres au titre de psychothérapeute. Ils travaillent, œuvrent dans le soin, au terme de formations souvent longues, il est légitime qu’ils puissent être reconnus.

ROLAND GORI : je m’associe également aux félicitations pour l’écoute et l’attention que vous avez bien voulu porter à toutes ces affaires complexes. Mon souci est le suivant.

1) je me fais l’écho des inquiétudes des psychologues et étudiants en psychologie. Ils sont inquiets du point de vue de leur formation en psychopathologie, d’un décret qui pourrait déboucher sur une nouvelle profession.

2) j’en viens aux articles 6 & 7, définissant le contenu de la formation. À partir du moment ou l’article 6 est flou, d’un flou dans le fond, l’article 7 définit étrangement les modalités de la formation en psychopathologie clinique. Il existe déjà des cursus balisés en psychologie et en psychiatrie. Je continue de formuler mes remarques concernant l’autonomie de l’université, qui propose des masters à habilitation, périodiquement révisées, ce qui devrait suffire. Or on a déjà dans cet avant-projet la feuille de route pour un nouveau master, une maquette de ce que pourrait être la formation à la psychologie clinique.

Aujourd’hui nous n’avons pas la présence des représentants de l’enseignement supérieur : qu’est-ce que cela signifie dans le dispositif de cette rencontre ? qu’est ce qui vous pousse à vouloir définir à l’article 7 les modalités d’une formation universitaire ?
Il suffirait de renvoyer aux formations à la psychopathologie clinique telles qu’elles existent en psychologie.

XAVIER BERTRAND : on ne va pas se battre pour trouver la solution dans d’autres ministères qu’ici. Et prendre plus de temps ne facilitera pas forcément la chose.

ROLAND GORI : oui bien sûr, on va dire “tels qu’ils existent dans le champ de l’université”. Mais j’insiste, il existe une communauté qui définit régulièrement ce qu’est la psychologie clinique. Ce qui n’empêche pas de passer des conventions avec des organismes hospitaliers.

XAVIER BERTRAND : étant donnée l’instance que je représente ici, cette formation sera confiée à l’université, avec ouverture vers les milieux existants, hospitaliers ou organismes de formation.

ROLAND GORI : “Tels qu’ils existent déjà dans différents cursus”. Ensuite par le moyen de la VAE il sera toujours loisible d’obtenir des équivalences. Pourquoi nous donner une feuille de route posant plus de problèmes qu’elle n’en résout ?

Le consensus d’une communauté scientifique est réglé régulièrement par les systèmes d’habilitation. Certes il n’y a jamais d’accord unanime, mais un système d’expertise c’est fait pour cela, et à un moment donné c’est tranché.

GÉRARD BAZALGETTE : je voudrais vous adresser quelques remarques de bon sens. Il me semblait que toutes les catégories devaient se voir soumises à une formation en psychopathologie. On le comprend très bien. La loi disait que toutes les catégories étaient concernées par la formation en psychopathologie. Est-ce qu’il suffirait d’être médecin ophtalmologiste pour s’inscrire de plein droit comme psychothérapeute ? Ça ne va pas. La notion de master ne suffit déjà pas, et là on est à un niveau encore plus flou. De toute façon la psychothérapie ne s’enseigne pas à l’université.

Une deuxième remarque de bon sens. 40 000 psychologues en France ont le désir de faire de la psychothérapie. À leur place je m’inscrirais dans une formation de 150 heures et 4 mois de stage.
Enfin parler des “principales approches” va mieux ; mais une nouvelle profession implicite se trouve créée, une sous-formation de psychologue, et ça, c’est extrêmement grave.

XAVIER BERTRAND : quelle est votre position ?

GÉRARD BAZALGETTE : un master de psychopathologie ou la thèse de psychiatrie, plus la VAE, qui offre le passage par des passerelles, conviendrait.

PATRICK AVRANE (Société de psychanalyse freudienne — SPF) : effectivement la formation universitaire est essentielle à mon sens, et d’un niveau conséquent nécessaire.
Je suis inquiet que l’inscription à une association de psychanalystes suffise. À partir du moment où cela représenterait l’intérêt d’éviter toute formation à la psychothérapie de s’inscrire à une société de psychanalyse, nous sommes dans une situation catastrophique. À l’heure actuelle les associations s’autoreconnaissent entre elles en réalité, mis à part l’École de la Cause. Il existe un consensus. Si vous ouvrez la porte à des sociétés qui ne seront faites que pour éviter le cursus, cela constitue un effet pervers grave pour les sociétés de psychanalystes ici présentes.

HEINEKEN (Fédération française de psychiatrie — FFP) : c’est difficile à comprendre par la majorité des psychiatres. Vu la législation (loi 4 mars 2002 et loi sur assurance maladie), comment les psychiatres pourraient admettre que le cœur de leur pratique puisse être réglementée par une formation aussi faible que celle que vous proposez !
Il est par ailleurs évident que cette formation doit être confiée à l’université, être je le répète au niveau actuel, et qu’elle doit s’appliquer à tous les médecins.

SERGE GINGER (FF2P et responsable de l’harmonisation européenne des formations à l’EAP) : nous tenons d’abord à vous féliciter Monsieur le Ministre pour votre synthèse remarquable, et vous exprimer combien nous apprécions que vous ayez surmonté la difficulté de faire tenir ensemble des points de vue souvent divergents.

Je constate avec plaisir le prestige croissant du titre de psychothérapeute — que tout le monde revendique ! Je voudrais reprendre les points principaux de ce document qui répondent aux attentes des psychothérapeutes certifiés (et je le souligne, pas autoproclamés) que sont ceux que nous représentons.

— il souligne la pluralité des approches sans constituer de liste arbitraire.

— il comporte mention des formations suivies en psychothérapie avec copie des certificats publics et privés.

— il reprend l’idée d’une formation en psychopathologie de durée raisonnable, compatible avec une formation en cours d’emploi de professionnels déjà engagés dans la vie active, sans en fixer le niveau, ce qui prévient le corporatisme.

— il évoque la possibilité de contrats de formation entre instituts privés et universités.

— il laisse entendre l’importance de la VAE, aujourd’hui en France inappliquée contrairement à la loi dans le secteur des psychologues, qui se sont arrogés ainsi un monopole illégal je le souligne.

— il comprend des mesures transitoires souples pour les professionnels travaillant depuis plus de 5 ans à la date du décret.

Tout ceci est de nature à rassurer nos membres. Je tiens à rappeler que pour nous la psychopathologie ne représente qu’une petite partie de la formation à la psychothérapie, qui compte non pas 150 h, mais plus de dix fois davantage, puisque nous exigeons 4 à 5 années de formation à partir d’un niveau bac + 3, cette formation comportant :
— une psychanalyse ou psychothérapie personnelle ;
— une sélection sévère à l’admission (50 % de refusés) ;
— une formation théorique et méthodologique approfondie à une méthode scientifique de psychothérapie ;
— une pratique de 2 années sous supervision régulière ;
— un engagement déontologique ;
— une accréditation par une commission nationale de pairs.

Je confirme que nous exigeons aussi, bien entendu, une déclaration officielle à l’URSSAF et une assurance professionnelle (ces dernières dispositions pourraient se voir ajoutées dans le décret).

Quant au CEP (Certificat européen de psychothérapie), il implique 3 200 h de formation en 7 ans. À ce sujet, je voudrais signaler avant de m’arrêter, que nous faisons partie de l’Europe et qu’il serait curieux que la France marche à reculons. Ken Evans nous signale que la Grande Bretagne est en train de préparer une loi, ouverte à toutes les professions d’origine, basée sur les exigences qui sont les nôtres. Il en est de même en Belgique. Les Pays-Bas viennent de réviser leur loi qui réservait l’accession au titre aux seuls psychologues et médecins. Quant au Conseil d’État italien, il vient de casser un jugement en appel qui voulait interdire l’exercice de la profession à un autrichien titulaire du CEP, au motif qu’il ne répondait pas aux conditions restrictives de la loi italienne : la décision du Conseil d’État s’appuie sur une directive européenne de liberté de circulation des professionnels et de reconnaissance internationale des diplômes. Il est donc heureux que la France se rapproche maintenant des directives européennes, au lieu de légiférer à contre-courant.

JEAN-MICHEL FOURCADE (Association fédérative française des organismes de psychothérapie — AFFOP) : je remercie Monsieur le Ministre et MM. Brunelle et Basset pour l’énorme travail accompli. La nouvelle rédaction du projet de décret constitue un progrès considérable parce qu’elle met fin à une confusion qui rendait le premier projet inacceptable : la formation à la psychopathologie ne représente qu’une partie de la formation à la psychothérapie. Le premier projet confondait les deux en créant un master de psychopathologie, c’est-à-dire cinq années d’études, ce qui créait ainsi le métier de psychopathologue —qui n’est nullement le métier de psychothérapeute. Je rappelle que selon les critères européens une formation de Bac plus cinq c’est la durée de formation à une profession.

D’autre part ce projet prévoit explicitement le rôle des instituts privés de formation — à la psychothérapie mais aussi de fait à la psychanalyse — en coopération avec l’Université. Ceci est légitime car on ne forme pas des psychanalystes et des psychothérapeutes relationnels à l’Université. Ce projet de décret ramène la formation à la psychopathologie à sa juste mesure dans la formation à la psychothérapie.

En ce qui concerne l’inscription sur les listes départementales, M. Rance a indiqué au début de cette réunion qu’il faudrait peut-être ajouter au texte du projet des conditions supplémentaires, qu’il s’agisse des grands-pères ou des débutants. Nous serons vigilants à ce que ne se reproduisent pas les barrages mis en place par les psychologues. Nous nous souvenons très bien de la façon dont ceux-ci ont procédé afin qui que l’homologation pour les psychothérapeutes au titre de psychologue prévue par le ministre soit tout simplement neutralisée.

JEAN COTTRAUX : je soutiendrais deux ans d’internat. Ce qui me chiffonne c’est que le terme “scientifique” manque pour qualifier les approches. Je pense qu’il faut maintenir l’idée d’un pluralisme, contrairement à ce que soutient M. Roland Gori. C’est à l’université de faire ce travail d’exposer l’ensemble des approches, c’est son métier.

XAVIER BERTRAND : vous inscririez est plutôt que peut être ?

JEAN COTTRAUX : doit, même !

B. VANDERMERSCH (Association lacanienne internationale — ALI) : j’aimerais appuyer la nécessité que la formation soit confiée à l’université, il n’y a d’ailleurs pas lieu de dire scientificité, rationalité suffirait, quoique ce ne soit pas dans l’usage.
Les méthodes utilisées en psychothérapie ne constituent pas une science, c’est bien pour cela qu’il faut obliger le passage par l’université.

MICHÈLE CLÉMENT (SNP) : Monsieur le Ministre, merci de votre présence qui atteste de votre intérêt pour la santé publique des Français qui, vous le savez, n’est pas très bonne.
Depuis 50 ans, le SNP participe activement à tous les travaux concernant la profession de psychologue et a contribué à beaucoup d’avancées. Nous travaillons actuellement, et ce depuis plusieurs mois avec Mr. Brunelle, et aujourd’hui, vous nous voyez très surpris par le nouveau projet de décret de l’article 52 que vous nous soumettez. Rien ne laissait augurer un tel texte de “qualification” à une forte baisse qui, pour nous, est encore moins acceptable que celui de janvier. L’absence de garanties pour le public, alors que l’intention première du législateur était de lutter contre les dérives sectaires, est flagrante. Plus de formation obligée à l’université, mais “sous convention avec”, 150 heures (environ 4 semaines) de formation théorique, et un stage de 4 mois dont la durée en heures n’est pas fixée.
La DES a disparu des attendus, le cahier des charges étant du ressort du ministre de la Santé. Les médecins de droit, ont-ils une formation, ne serait-ce qu’en psychologie ? A ma connaissance, elle est de l’ordre d’une soixantaine d’heures. Les psychanalystes, s’ils sont inscrits dans l’annuaire de leur association, votre argument de garantie contre déclaration en préfecture interroge un peu. Quant aux contours des autres, hormis les psychologues et les psychiatres, bien sûr, nous restons plus qu’inquiets.

Nous défendons le concept de santé globale avancé par l’OMS et nous ne pouvons accepter que le public ne puisse bénéficier de prestations de haute qualification. Ces professionnels existent déjà, formés par les universités, qui d’ailleurs diplôment 3 000 psychologues par an qui, tous, ne trouvent pas de travail. Il ne nous est pas possible de souscrire à vos propositions. Il vous a été confié la résolution de la quadrature du cercle, vous n’y êtes pas parvenu et c’est bien normal, donc nous ne vous décernerons pas un diplôme pour réussite. Nous allons retourner auprès des élus de la Nation, à l’origine de la loi, cela vous soulagera, pour les informer de la non-réalisation de leurs intentions premières. Nous appelons d’ailleurs à une mobilisation générale de tous les mécontents de cet avant-projet de décret.

XB : Je n’ai pas besoin d’être soulagé et je repose la question : peut-on avancer ou non l’un vers l’autre ?

MC : Sur la reconnaissance, pleine et entière, des compétences des psychologues, y compris sur la question des psychothérapies. Compétences qui pourraient être encore mieux garanties, consolidées, par la légalisation de leur Code de Déontologie et la mise en lumière de leur spécificité qui est du champ des ressources humaines et non du champ médical, ainsi que de les structurer en un espace juridique autre que celui du Code de la Santé.

XB : Vous ne répondez pas à ma question.

CATHERINE MATHELIN (Espace analytique) : merci pour le travail difficile que vous avez effectué et d’avoir tenu compte de nos remarques. Nous sommes étonnés que l’université, assez grande pour proposer elle même ces formations-là, ne se voie pas confier la charge de les définir. Il me semblerait logique que les responsables en débattent ensemble. Par ailleurs le cahier des charges nous a semblé étonnant. Vous nous voyez inquiets à propos des 150 heures et du stage pratique, extrêmement léger ; un niveau master, correspondant au niveau international de psychologie, représenterait quelque chose de beaucoup plus sérieux.
Quand on voit des gens qui travaillent déjà depuis cinq ans comme psychothérapeutes, mais tout le monde peut faire cela !

ALAIN NAISSANT (PSYG) : Nous représentons le Groupement syndical des praticiens de la psychologie, psychothérapie, psychanalyse en exercice libéral. Nos membres sont des psychologues, des psychothérapeutes et des psychanalystes. Créé il y a 40 ans, notre syndicat a eu le temps de réfléchir à ce qu’est une formation de psychothérapeute et d’en examiner la réalité.

La formation d’un psychothérapeute c’est :

— une formation en psychopathologie

— une formation approfondie dans au moins une technique de psychothérapi

— un travail personnel, c’est-à-dire une psychanalyse ou une psychothérapie, car il est indispensable de travailler sa personne en tant qu’outil thérapeutique, et ce volet représente un outil considérable.

Ainsi, concernant la formation initiale de psychothérapeute l’avant-projet de la loi ne prévoit qu’une formation en psychopathologie. C’est évidemment insuffisant. Résultat :

— il s’agissait de lutter contre les personnes insuffisamment formées, la loi en produirait des milliers avec un titre officiel

— il s’agissait de lutter contre les sectes, la loi permettrait à leurs adeptes d’obtenir sans difficulté ce titre et de pratiquer, sans avoir de compte à rendre à personne et sans méfiance du public, selon des techniques sectaires puisque la pratique reste libre et que l’on ne peut la réglementer.

Il ne faut d’ailleurs pas ignorer qu’en psychothérapie ce n’est pas tant la technique qui compte, mais la façon de la pratiquer et les objectifs que l’on souhaite atteindre.

DANIÈLE LÉVY (Cercle freudien) : j’appartiens au Cercle freudien, j’aimerais ici évoquer le nom de Freud, peut-être vaudrait-il mieux se taire. Il y a des choses cependant sur lesquelles un freudien ne peut pas ne pas insister.

— je parlerais de rationalité plutôt que de scientificité : l’université la garantit. C’est pourquoi il faut confier à l’université la mission de dispenser la psychopathologie.

— la psychothérapie, elle, ne s’enseigne pas à l’université, la responsabilité doit en revenir aux organismes professionnels.

— si les sociétés de psychanalyse ont quelque chose à proposer concernant la question des dérives, elles devront s’adresser à l’État pour régler ce genre de question.

PHILIPPE GRAUER (Syndicat national des praticiens en psychothérapie — psychothérapeutes relationnels et psychanalystes — SNPPsy) : je vous remercie Monsieur le Ministre, et je remercie Monsieur Brunelle pour le travail de dégagement effectué depuis la dernière fois. Effectivement nous sommes en place depuis plus de trente ans, nos institutions sont solides, responsables, respectables. Les écoles agréées par nos soins forment des étudiants à la psychothérapie relationnelle en cinq années universitaires et davantage. Nos étudiants ont effectué une psychothérapie relationnelle, ou une psychanalyse d’ailleurs, selon des parcours personnels qui peuvent atteindre la dizaine d’années, on est assez loin des 150 heures dont se gaussent certains ici. Nos cursus et filières répondent au critère de rationalité. Nous disposons par ailleurs d’un système de titularisation par les pairs qui complète et valide l’édifice . Nous n’avons par conséquent rien à voir avec les sous-psys avec lesquels il faut arrêter de nous confondre. Nos organisations se considèrent comme responsables de la qualité des psychothérapeutes relationnels qu’elles regroupent. Ce projet de décret peut prendre tout cela en compte.

Il me reste deux soucis à évoquer. Le premier concerne l’inscription sur des listes. Nous avons déjà fait l’expérience du passage au crible par les psychologues lors de l’affaire de l’homologation au titre de psychologue, à la suite de la loi de 1985. Nous avons été selon le propos même du Conseiller du ministre, l’objet d’un règlement de compte parfaitement scandaleux, et souhaitons que toute disposition soit prise pour que la loi ne soit pas bafouée une seconde fois à notre détriment par les mêmes.

Mon second point est le suivant. Il est connu que la psychologie est la discipline qui ne respecte pas la loi dans ce domaine. Nous ne pouvons strictement pas faire confiance aux institutions universitaires en psychologie pour délivrer honnêtement des VAE, pas davantage dans beaucoup de lieux pour établir des partenariats et contrats relatifs à la formation entre nos écoles et des UFR de psychologie. Que ce champ reste problématique ne laisse pas de nous inquiéter.

VIVIANE THIBAUDIER (Société française de psychologie analytique — SFPA) : je voudrais souligner l’importance de l’engagement déontologique, qui garantit une éthique en conformité avec la législation en vigueur.

XAVIER BERTRAND : nous sommes ici pour que soient signalées les dérives possibles.

DOMINIQUE CUPA (SPP) : il s’agit dans ce projet d’une formation à la psychopathologie bien entendu et non à la psychothérapie. Nous aimerions davantage de stages qu’actuellement. L’habilitation en psychologie par master existe déjà. La formation en psychopathologie devrait mobiliser les deux ministères, ce serait bien qu’ils interviennent ensemble lors de l’habilitation de nos diplômes.

GÉRARD BAZALGETTE : que va-t-il advenir de tout ce que nous sommes en train de nous dire ? Le grand ensemble des intervenants à l’exception des associations de psychothérapeutes et pour cause, a dit la même chose, qu’il fallait respecter l’esprit de la loi. Que tout le monde doit faire de la psychopathologie pour être psychothérapeute. L’esprit de la loi est qu’on ne parle pas de formation à la psychothérapie. Cette discipline ne peut pas être enseignée à l’université, ce serait absurde. Les associations de psychothérapeutes ouvrent à une formation de psychothérapeutes qui allège singulièrement la formation à la psychopathologie. Mais la plupart des gens ici ne s’y retrouvent pas.

XAVIER BERTRAND : quand vous me dites tout le monde ici est d’accord sauf Untel Untel et Untel, ça ne fait plus du tout tout le monde. Je suis attaché par éthique au service après vote. Mettre la poussière sous le tapis en laissant aux suivants le soin de la découvrir quand ils le soulèveront n’est pas mon fait. On n’est pas dans le laisser-faire non plus. Je ne suis pas sûr qu’au-delà des arrières-pensées et de ce que l’on craint, il y ait vraiment à craindre.

BERNARD BASSET : je rappelle qu’on demande un apport de connaissances sur les pratiques et qu’on ne propose pas de formation à la pratique. On demande à ceux qui l’ont déjà parcouru, de décrire leur cursus.

GÉRARD BAZALGETTE : si j’ai dit ce que j’avais à dire, c’est pour soutenir qu’il serait juste d’introduire de la cohérence dans ce texte, contre la satisfaction de certains autres ici.
Ainsi la connaissance des principales approches dans la formule légale suppose une formation professionnalisante dans ces diverses approches. Il y a quelque chose là qui peut être modifié facilement. On pourrait parler des diverses théories psychothérapiques sous-tendant les diverses psychothérapies.

ALAIN ABELHAUSER (SIUEERPP) : je voudrai saborder la question de la VAE en psychologie. J’entends bien le souci que vous avez eu d’inscrire une formation minimale en psychopathologie : ne pas trop par là participer à la création d’une nouvelle profession. J’entends qu’il ne suffit pas d’être médecin ou psychologue pour pouvoir prétendre au titre de psychothérapeute. Votre base minimale requise, avec une formation minimale en psychopathologie, pose problème. Avec les trois premières années d’études de la licence, tout psychologue en se référant à votre base, pourra se prétendre psychothérapeute, c’est contraire à ce qui avait été prévu par la loi.

ANNICK CRAIGNOU : cette loi n’évoque pas la formation à la psychothérapie. On sait que l’université ne forme pas à la psychothérapie, qu’au moins dans le cadre de la loi, la formation en psychopathologie à l’université, est l’équivalent d’un niveau master, ce qui est différent.

Nous tenons aussi à insister qu’effectivement il existe diverses approches. Il faut les porter au moins à la connaissance des étudiants, ce qui n’est pas fait, on le sait bien. Porter à leur connaissance les grands courants scientifiquement validés. Si ça ne figure pas dans la loi ça continuera exactement comme c’est à l’heure actuelle.
On recommande également (à la DGS) l’évaluation des pratiques. Il faudrait avoir en ce domaine les compétences nécessaires. Si on ne produit pas de professionnels de qualité, cela nous mettra en difficulté.

MICHEL MEIGNANT (FF2P) : je vous remercie beaucoup d’avoir reçu les psychothérapeutes, ce qui n’était pas le cas autrefois, vous nous reconnaissez aussi dans clause de grand-parentage, en maintenant en exercice des psychothérapeutes compétents et bien formés.
Je voudrais dire une deuxième chose. J’ai fait partie de la commission permanente des psychologues européens, nous avons établi ensemble qu’ils devaient pratiquer deux ans de psychologie et ensuite trois ans d’école de psychothérapie. On sort actuellement de bons psychologues mais qui ne sont pas encore psychothérapeutes.

JEAN-JACQUES LABOUTIÈRE (Fédération française de psychiatrie — FFP) : la Fédération française de psychiatrie se félicite de la suppression de l’article 8 du projet de décret, notamment de l’énumération des “psychothérapies scientifiquement validées”.

En revanche, la FFP demeure attachée à ce que le titre de psychothérapeute suppose un niveau de formation élevé en psychopathologie. Cette formation doit être confiée à l’Université, qui décidera ensuite de passer ou non des conventions avec des organismes privés.

En outre, à une époque où les exigences des tutelles sur la qualité des pratiques médicales imposent aux médecins sans cesse plus de contraintes, les psychiatres auront du mal à comprendre que l’on puisse prétendre au titre de psychothérapeute avec une formation préalable à la psychopathologie aussi faible que celle qui est proposée dans cette nouvelle version du décret.

C’est pourquoi la FFP considère que les seules formations à la psychopathologie valides pour autoriser le titre de psychothérapeutes sont le D.E.S. de psychiatrie ou le master de psychopathologie existant déjà et qu’il n’y a nul besoin de créer d’autres formations. De ce fait, les médecins non psychiatres, qui ne bénéficient au mieux que d’une soixantaine d’heures de formation en psychologie et en psychiatrie au cours du tronc commun des études médicales et d’un stage de quatre mois en psychiatrie non obligatoire ne sauraient bénéficier de droit du titre de psychothérapeute.

JACQUES SÉDAT : (Espace analytique, secrétaire du Groupe de contact) : j’ai un souci. L’article 2 comportant l’attestation d’inscription sur un annuaire de psychanalyse. L’effet pervers, c’est que n’importe quelle association voie le jour et invalide l’ensemble de la référence à la psychanalyse.

PATRICK AVRANE : il faut réintroduire la formulation précédente : formation en psychopathologie pour tous !

XAVIER BERTRAND : revenir en arrière ne permet pas forcément d’avancer.

ALAIN ABELHAUSER : l’usage du titre pourra-t-il donner lieu à des emplois dans la fonction publique ?

XAVIER BERTRAND : il y a des textes là-dessus. Je comprends les questions que vous pouvez vous poser mais on est en train de travailler en permanence sur des activités qui existent.

LILIA MAHJOUB : Monsieur le Ministre, je voudrais donner mon avis, brièvement, à propos de l’un des trois points sur lesquels vous avez souhaité que nous nous exprimions. Il s’agit de celui concernant les dérives possibles, mais je voudrais dire avant, vu que l’École de la Cause freudienne a été stigmatisée il y a un instant, que j’ai salué d’entrée de jeu, au nom de celle-ci, le fait que ce nouveau texte respectait la loi et ne l’excédait en aucun cas.

Je voudrais maintenant reprendre une distinction que vous avez vous-même évoquée, Monsieur de Ministre, pour bien la souligner. Il est, en effet, important de faire la différence entre tout d’abord la déclaration d’une association selon la loi 1901, que chacun est toujours libre de faire, et dans un second temps l’autorisation, ce qui fonde une association, en rapport avec la formation dont elle se réclame. Il est en effet important de rappeler qu’aucun diplôme ne pourra garantir une formation relative à l’objet qui nous intéresse, c’est-à-dire cette matière que nous appelons pour notre part réalité psychique, mais à laquelle d’autres noms pourraient être donnés, comme celui d’inconscient.

Bref, aucune garantie ne peut être fournie dans ce domaine à partir d’un diplôme, et l’Université a été jusque-là raisonnable en ne délivrant pas de titre de psychothérapeute. Ce sont les associations s’autorisant à cette formation qui ont à régler cela, concernant également les questions de déontologie, et tout ce qui pourrait surgir comme litige, puisqu’on parlait tout à l’heure de dérive. Ce sont à elles d’en juger et même aussi de se donner les moyens de se faire reconnaître, et partant de pouvoir s’adresser elles-mêmes à l’État. Si je dis cela, c’est parce que je suis pour la liberté.

ROGER LÉCUYER : aucune association de psychologues n’est satisfaite …

XB : ce n’est pas ce que j’ai entendu.

ROGER LÉCUYER : nous représentons 40 000 psychologues, et les formons à raison de 5000 par an. Ce projet constitue une attaque frontale contre ces professions.

XAVIER BERTRAND : je n’ai pas le sentiment qu’elles soient complètement oubliées, il me semble que les textes présentés offrent un certain nombre de prises en compte.

ROGER LÉCUYER : un master à 150 heures !

XAVIER BERTRAND : cela ne requiert pas la fermeté que vous demandiez à l’instant.

CHRISTIAN VASSEUR : vous n’assistez là à rien de nouveau sous le soleil éthique et scientifique mêlé de corporatisme. Ce dont il est question dans cette affaire, c’est le titre et une fonction sous garantie d’État. À quoi l’État s’engage-t-il ? nous avons un garde-fou, la formation à la psychopathologie. Donner au psychothérapeute lui même une capacité à avoir une sécurité interne, cela n’est pas négociable. Il s’agit bien de préparer le soin psychique de notre société, le soin en santé mentale. Le repère à un tronc commun en psychopathologie toujours reconnu, voici un noyau dur lui-même non négociable.

XAVIER BERTRAND : je ne voudrais pas donner le sentiment qu’il puisse y avoir une déclaration commune, mais quand vous dites il faut qu’aucun de nous ne soit remis en cause, c’est une phrase pour moi à méditer.
Je n’ai pas pour habitude du retour en arrière. Ce que j’ai vu aujourd’hui m’a permis de bien identifier les besoins de chacun. J’aimerais sous quinzaine recevoir vos propositions d’amélioration du texte.

Ce que je vous demande sincèrement c’est de voir si vous avez envie d’avancer, et alors faites-le. Vers une position commune, pas consensuelle ni unanime, mais dans l’intérêt du patient, et du principe de liberté de choix, de qualité également. Je n’ai pas envie de mettre en place un système étatique en la matière. J’ai le sentiment que nous pouvons trouver une voie de passe et une solution, qu’avec de la bonne volonté on peut faire progresser les choses.
Je ne peux pas m’empêcher de penser que si vous êtes ouverts sur ce sujet on peut encore améliorer les choses. Je suis content de cette réunion.

De retour du Ministère

Changement de décor, de programme, d’acteurs, au Ministère de la Santé où le ministre Xavier Bertrand prend en main avec détermination une nouvelle donne dynamique après l’échec de la négociation conduite par le sous-directeur de la Direction générale de la Santé (apparentée Inserm).

Nous arrivons nous attendant à un passage en force à la Villepin, et nous voici heureusement pris à contre-pied par un avant-projet ligne basse ou ligne ouverte comme on voudra, telle que nous l’avait promise avant le 21 février sans qu’on l’ait jusqu’ici vue apparaître le Conseiller Brunelle, tout à fait raisonnable.

Le projet comporte deux sections.

I — La première inscrit sur un registre national des psychothérapeutes, à leur demande

a) les trois catégories de droit : médecins, psychologues, psychanalystes régulièrement inscrits sur leur annuaire associatif

b) les autres, nous, répartis en trois sections

• “grands-parents” justifiant d’au moins cinq années d’expérience en qualité de psychothérapeute à la date de publication du décret

• moins de cinq ans d’expérience, inscrits à titre temporaire jusqu’au 1er janvier 2010, leur maintien sur la liste au-delà étant subordonné à la production de l’attestation de formation en psychopathologie clinique tel que prévu au régime commun, art. 6

• professionnels nouveaux après la publication du décret moyennant deux conditions et une annexe :

— formation en psychopathologie clinique (article 6)

— déclaration sur l’honneur accompagnée des pièces justificatives des “autres formations suivies dans le domaine de la pratique de la psychothérapie”

— à quoi annexer le cas échéant l’attestation de diplôme relatif à une profession réglementée dans le champ sanitaire et social.

II — La seconde comporte deux articles, le 6 et le 7.

• le 6 impose une formation théorique et pratique en psychologie clinique, qui “peut être confiée à l’université ou à des organismes passant convention avec l’Université”

• le 7 définit le “cahier des charges fixé par arrêté du ministre chargé de la santé” : formation théorique de 150 heures, stage pratique d’une durée minimale de quatre mois (fractionnable en cas de besoin) dans un établissement de santé ou médico-social.

Le programme en quatre points dit qu’il faut acquérir

— “une connaissance des fonctionnements et processus psychiques;

— une capacité de discernement des grandes pathologies psychiatriques ;

— une connaissance des différentes théories se rapportant à la psychopathologie;

— une connaissance des principales approches utilisées en psychothérapie.”

Nous commenterons dans le détail ultérieurement l’ensemble du texte, et publierons dès qu’établi le Verbatim 3 de la réunion.

À chaud, avec les réserves qui restent les nôtres, nous saluons l’avancée que ce texte constitue. Sachant que nos écoles fournissent une formation de qualité élevée pour une durée de cinq années (universitaires) au moins aux psychothérapeutes relationnels qu’elles prennent en charge, nous conservons le sentiment que nous ne contribuerons pas pour notre part à la production des sous-psys que nous n’étions pas les seuls à craindre, nos confrères psychologues en particulier s’en alertant légitimement.

Une première réserve provient du fait que nous administrons fort bien la psychopathologie dont nous avons besoin, et que passer des accords avec la plupart des UFR de psychologie dominées par les TCC risque d’être sportif.

Une deuxième réserve interroge la nécessité de former les médecins au même titre que les autres.

Une troisième réserve remarquerait que nos écoles sont lisibles en filigrane dans le décret, mais en filigrane seulement, avec le risque d’effacement que cela comporte.

Et nous en nourrissons quelques autres, par exemple relativement aux craintes de rendre possibles d’ultérieures opérations sous-psys. Nous répétons qu’en ce qui nous concerne nous sommes à la hauteur des attentes légitimes du public et des pouvoirs publics relatives à la qualité des psychothérapeutes que le Snppsy titularise après sortie de nos écoles agréées.

Nous avons exposé par ailleurs que nos cinq critères et notre code de déontologie représentaient des références responsables et sûres.

Nos réserves ne nous gâchent pas notre satisfaction de la faible dose imposée en psychopathologie universitaire, suffisante vu nos cursus bien pourvus en la matière, alors que totalement irréaliste, l’avant-projet Basset prévoyait une formation de psychopathologue sur cinq années.

Nos prochaines analyses bientôt, ainsi que le texte intégral de l’avant-projet. L’espoir est maintenant dans notre camp. Les psychologues et psychiatres n’ont rien à craindre de nous. Nous entendons veiller à ce qu’ils ne perdent pas leurs positions propres, tout en ne les laissant pas tenter de nous faire rebasculer dans l’horreur en pensant ainsi lutter pour la qualité de leurs cursus. L’un ne devrait plus jamais empêcher l’autre.

Projet Basset : Où en sommes-nous ?

La presse a fait état de la fronde des psys face à un Bernard Basset fixé sur un programme immuable qui a bien failli passer en force.

Un premier niveau de lecture du Verbatim 2 consterne, et permet de mesurer la touchante unanimité des psychologues scientistes et psychiatres traditionalistes complètement rejoints par les psychanalystes de la mouvance Groupe de contact — encore que parler de mouvement pour un tel groupe c’est déjà beaucoup s’avancer, pour hyper verrouiller tout soupçon de la moindre ombre de possibilité que se noue quelque contrat que ce soit entre l’université et les Écoles de formation à la psychothérapie relationnelle.

On aura noté au passage que l’utilisation du terme nu de psychothérapie permet de soutenir la thèse de la consubstantialité, on en revient à la vieille querelle de l’arianisme, de la psychothérapie sans déterminant et de la psychiatrie, déterminée elle, à l’accaparer.

Un second niveau permet de mesurer la surdité spectaculaire du Dr. Basset — le bon docteur Accoyer pourrait se voir sollicité pour y porter remède, vu sa spécialité, à la clameur quasi unanime anti 4-approches (le SNPPsy soutenait la même chose) qui montait littéralement de la salle, avec en harmonique des variations sur le thème pourquoi diable une nouvelle filière puisqu’en matière de psychologie clinique et de psychopathologie la psychologie telle quelle est fait déjà parfaitement l’affaire ?

M. Basset était limpide : je ne change rien aux points importants, c’est le ministre qui tranchera. À partir de quoi ses interlocuteurs ont fini par se demander sérieusement ce qu’ils faisaient là, et lui impavide tenait bon contre la pression à laquelle il ne céderait pas, se demandant visiblement ce qu’on pouvait bien lui vouloir, dans cette concertation si ouverte et avenante pour peu qu’elle ne soit pas concertante.

Notre position était très en retrait de ces escarmouches, où il était par moment comique de voir les protagonistes devant nous se prémunir contre la véritable peste — eh oui, réminiscence ! dont nous étions les porteurs tout aussi redoutés que les oiseaux du pire augure de ces temps difficiles. Nous avons marqué notre territoire ouvertement bafoué, rien de plus. Nous pouvions appuyer les uns ou les autres à différentes occasions, et l’avons fait.

Roland Gori est apparu comme l’un des leaders de cette séance, et il fut le seul à remarquer que tout ce débat se faisait tout de même à nos frais, dols et griefs, puisqu’il s’agissait de nous confisquer l’usage de notre nom générique. Un comble si on lit qu’ils veulent donner notre nom à des psychopathologues, en soulignant qu’ils sont incapables de les former à la psychothérapie. On croyait rêver ce mardi, le surréalisme n’était pas loin, Molière fut évoqué à propos, connaisseur des médecins qui tournent grotesquement le dos à la réalité.

Mais le cauchemar serait pour le Dr. Basset, en définitive, personne ne s’en doutait sur le moment. La chose se dévoila dès le lendemain avec l’article de Favereau, confirmant après coup celui de Prieur, si bien que voici notre anti-négociateur pris en tenaille médiatique.

Laissons-le à son sort et occupons-nous du nôtre. Nous nous sommes occupés de verbatimer l’événement. Livré à la lecture publique, il devient une arme parfaite, propre et percutante. La DGS, elle, apparaît clairement comme a-négociante, ce que nous avions vite perçu, nous retirant de ce circuit. Elle a pour stratégie d’user et balader ses interlocuteurs et semble capable d’en berner plus d’un si l’on considère nos Ginger et Dal-Palu (ils ont eu beau faire assidûment leur cour depuis des mois, ça ne leur a rien rapporté, comme le montre l’intervention de Ginger en fin de réunion). Nous verrons la suite, avec la circonspection qui s’impose.

Et l’élan aussi. Celui de retourner vers les élus, les prendre à témoin, leur faire lire le Verbatim, leur demander d’intervenir auprès du ministère. L’élan radical aussi, de soutenir qu’à mauvaise loi mauvais décret, et qu’il faut une autre loi, ou pas de loi du tout.

Et nous maintenons notre nom.

Chaque jour apporte son lot de bonnes nouvelles :
La pétition pas de zéro de conduite gonfle gonfle, et s’enfle dans les médias.

Nous savons par nos contacts que le plan Basset abandonné, le ministère (le Conseiller Brunelle) redémarre un round de consultations.

Enfin une pétition unitaire à l’initiative de Laurent Le Vaguerèse est mise en route . Elle dit :

Des discussions se sont déroulées ces jours derniers afin de mettre sur pied un appel unitaire visant à s’opposer à la politique du gouvernement. Le calendrier suivant a été proposé.

1-signature initiale du texte de l’appel ci-joint par les personnes au nom de leur association.

Il ne sera pas précisé dans l’appel l’objectif (décret et/ou article 52) ceci afin de rassembler le maximum de signatures.

2-Chaque association garde sa totale autonomie pour développer les actions qui leur sembleraient les plus appropriées pour s’opposer aux projets du gouvernement.Date limite des signatures de l’Appel (pour les premiers signataires) le 13 mars puis publication sur oedipe et diffusion par les associations signataires.

2-Il est proposé qu’entre le 13 mars et la fin mars de tenir un meeting public ou chaque association pourra exposer publiquement sa position.

L’appel, que nous avons signé, est le suivant :

L’avant-projet des décrets d’application — qui sera soumis au Conseil d’État après avis du CNSER (Conseil national supérieur de l’Enseignement et de la Recherche) et cosignés par le Ministre de la Santé et celui de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche — consacre l’avènement du pire.

C’est ce “scénario du pire” qui devrait réveiller l’ensemble des professionnels concernés et leur faire abandonner les rivages de l’invective et de la division.

Un front uni est encore possible pour tous ceux qui refusent cette recomposition du paysage de la santé mentale : psychanalystes, psychiatres, psychologues, psychothérapeutes et tous ceux qui se trouvent pris dans les attendus de cette politique : les travailleurs sociaux, les équipes soignantes, les étudiants en psychologie et jusqu’aux simples citoyens.

Si le projet de décret est adopté :

– Les Directions de l’Enseignement Supérieur et des universités, sous l’injonction du ministère de la santé, pourraient progressivement contraindre celles-ci à créer de nouveaux Masters formant de cette façon des praticiens concurrents de leurs propres étudiants psychologues. Progressivement, crédits et enseignants seraient attribués à ceux qui se soumettent à ces directives.

– Les “psychopathologues” issus de ces formations remplaceraient bientôt les psychologues considérés comme abusivement formés en dehors des critères définis par les décrets et défendant leur indépendance de pensée

– Les psychiatres, espèce en voie de rapide disparition, seraient cantonnés, dans le cadre du nouveau parcours de soin, au rôle d’expert consulté en cas de besoin à la demande du généraliste et de distributeur de psychothérapies formatées en terme de nombre de séances et distribués aux psychopathologues patentés par les mutuelles ;

– La psychanalyse, bête noire de ceux qui veulent des professionnels à leur botte, se verrait peu à peu mise à l’écart de tous les lieux ou elle se trouve actuellement : Université, lieux de soins tant en psychiatrie qu’en médecine, champ social etc .

Profitant de nos divisions, la bureaucratie des systèmes d’évaluation du soin, de la formation et de la recherche nous entraîne dans la destruction de ce qui a été patiemment construit au fil des années par nos différentes professions pour répondre à la souffrance psychique.

Là ou nous peaufinons patiemment des stratégies délicates et subtiles eux se contentent de renverser la table de jeu.

Tous ensemble refusons cette politique, refusons cet avenir !

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Nous attendons avec le plus vif intérêt la suite des événements.

Et la Coordination psy se réunit demain.

C’est tout pour aujourd’hui. Bonne continuation à tous, et continuons le combat.

les filières professionnelles ont résisté

LES FILIÈRES PROFESSIONNALISANTES ONT RÉSISTÉ en ce sens qu’elles se sont opposées à leurs liquidateurs, et qu’elles ont tenu bon. L’institutionnalisation de la psychothérapie relationnelle suit son cours. En fait, il s’agit pour elle de faire admettre qu’elle occupe le territoire depuis un bon tiers de siècle, s’appuyant sur un mouvement de recherche en sciences humaines ayant pris son essor dans les années 60
a) sous le nom de psychologie humaniste américaine ;
b) renforcé par la recherche en sciences sociales comportant les travaux de Kurt Lewin, Elton Mayo etc, qui donneront la dynamique de groupe et la psychosociologie ;
c) adossé dans notre pays aux avancées de la psychothérapie institutionnelle, conjoignant psychanalyse lacanienne et sociologie clinique de l’hôpital, jumelé aux deux courants de la pédagogie institutionnelle, le psychanalytique de Fernand Oury et le libertaro-rogerien de Michel Lobrot ;
d) s’appuyant sur l’innovation déterminante du psychocorporel qui a bouleversé la clinique et la théorie.

Ce mouvement, s’est appelé successivement psychologie humaniste, psychosociologie, mouvement du potentiel humain, nouvelles thérapies, enfin psychothérapie relationnelle. Ses institutions se sont différenciées, en deux syndicats et deux fédérations historiques, articulées différemment aux institutions européennes de psychothérapie. Le Snppsy y est devenu en France syndicat de référence d’une profession marquée du sceau du pluralisme, et les écoles qu’il a agréées ainsi que celles que dans son sillage a agréées l’Affop, sont devenues des lieux de formation reconnus pour leur capacité à bien transmettre la psychothérapie relationnelle.

L’heureux paradoxe est que personne ni aucune institution ne prétend le contraire ni ne déclare la vocation de remplir leur mission. La thèse de la DGS du minimum requis ne visait qu’à nommer psychothérapeutes des psychopathologues, on ne sait pourquoi formés selon une problématique filière ad hoc alors que la psychologie clinique remplissait déjà le même office. On peut, toujours à lire le Verbatim de la seconde réunion de concertation, en même temps qu’on note le souci quasi unanime des adversaires de la psychothérapie relationnelle de lui interdire tout contact avec l’université conçue comme instrument du détournement du titre de psychothérapeute, l’aveu redoublé de l’incapacité de tous ses détracteurs à se substituer à ses institutions propres pour la définir et s’engager à y former qui que ce soit.

Tant et si bien que les “psychothérapeutes”que le défunt projet Basset voulait jeter sur marché n’étaient que de pâles psychopathologues.

Il résulte de tout cela que, le plan Basset abandonné en rase campagne, en attendant que de nouvelles consultations fassent progresser on l’espère le ministère vers un peu plus de sagesse et de réalisme, la seule et unique façon de devenir psychothérapeute relationnel pour l’instant et pour toujours, demeure de passer par la certification d’une des quelques bonnes écoles que les institutions crédibles de cette profession ont mises en place. Il serait raisonnable que ce que nous nous sentons en droit d’exiger depuis le début, qu’on tienne compte de l’existant, aboutisse enfin. Cela pourrait prendre deux formes.
• Celle de l’homologation et reconnaissance des filières de reconnaissance de la profession dans notre pays : Écoles agréées par elle, plus validation par un comité de pairs représentatif et responsables — actuellement quelques institutions sont titularisantes —
• soit latitude laissée sans homologation d’État aux psychothérapeutes relationnels de porter ce titre sous la responsabilité de leurs institutions.

La question de l’exercice est une fausse question. Les pouvoirs publics et l’administration ont toujours à juste titre insisté qu’il ne s’agissait que de protéger un titre, pas l’exercice, qui reste libre. On peut penser qu’ils finiront par comprendre que protéger ne saurait signifier capter ou détourner, et que les psychothérapeutes relationnels doivent conserver le droit de travailler sous le nom de psychothérapeutes relationnels, sachant qu’elles fournissent les garanties responsables afférentes — d’exercer dans le champ de la psychothérapie relationnelle.

La question de la création d’une profession peut rester en suspens, pourvu que l’usage du titre par ceux qui de fait le portent déjà légitimement leur reste acquis (cela inclut ceux qui s’y préparent).

Dans ce domaine la filière de titularisation du Snppsy, avec ces Cinq critères, continue de représenter le seul circuit fiable de reconnaissance professionnelle fondé sur la mise en confraternité et l’exercice de la garantie solidaire et de la déontologie (qui elle aussi bien entendu existe et fonctionne déjà) par le moyen d’un groupe de pairs expérimentés intégrant leurs collègues dans un cadre collectif responsable.

Le reste, le fonctionnement de l’université et de sa psychologie clinique ne nous concerne que dans la mesure où nous pourrions souhaiter passer avec les UFR qui le souhaiteraient, et pas seulement dans le domaine de la psychologie, à notre demande, des accords contractuels, ce qui est, le ministère l’a souligné, toujours possible quand souhaité de part et d’autre.

Les écoles sont reconnues implicitement, l’université ne prétendant pas savoir former à la psychothérapie, encore moins à la relationnelle (quant à la multiréférentielle n’en parlons même pas). Il ne reste plus qu’à continuer de soutenir cette juste cause, tout simplement en continuant de bien travailler. Nous comptons bien nous y appliquer.

Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans

Appel à l’initiative des premiers signataires suivants : Dr Christine Bellas-Cabane (pédiatre, présidente du syndicat national des médecins de PMI), Dr François Bourdillon (président de la société française de santé publique), Dr Marie-Laure Cadart (médecin, anthropologue, syndicat national des médecins de PMI), Michèle Clément (secrétaire générale du syndicat national des psychologues), Dr Yvonne Coinçon (pédopsychiatre, association des psychiatres de secteur infanto-juvénile), Jean-François Cottes (psychologue clinicien, psychanalyste, InterCoPsychos, Institut de Jeunes Sourds de Clermont-Ferrand), Pr Boris Cyrulnik (neuropsychiatre et éthologue), Pr Pierre Delion (chef de service de pédopsychiatrie au CHU de Lille), Danièle Delouvin (psychologue, présidente d‚A.NA.PSY.p.e. association nationale des psychologues pour la petite enfance), Dr Michel Dugnat (pédopsychiatre, unité parents-bébés hôpital de Montfavet), Dr Marie-Thérèse Fritz (pédiatre, syndicat national des médecins de PMI), Sylviane Giampino (psychanalyste, psychologue petite enfance, fondatrice d’A.NA.PSY.p.e.), Pr Bernard Golse (chef de service de pédopsychiatrie CHU Necker-enfantsmalades, professeur Université Paris V), Pr Roland Gori (psychanalyste, professeur d’université), Pr Catherine Graindorge (chef de service de pédopsychiatrie Fondation Vallée, professeur Université Paris XI), Pr Philippe Gutton (pédopsychiatre, professeur des universités), Alberto Konicheckis (maître de conférences en psychologie clinique, Université de Provence), Dr Evelyne Lenoble (pédopsychiatre, hôpital Sainte-Anne), Pr Roger Misès (professeur émérite de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Université Paris XI), Pr Martine Myquel (présidente de la société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et des disciplines associées), Gérard Neyrand (professeur de sociologie Université Toulouse III), Dr Pierre Paresys (Union syndicale de la psychiatrie), Danielle Rapoport (psychologue clinicienne, association Bien-traitance formation), Dr Pierre Staël (président du syndicat des psychiatres français), Dr Pierre Suesser (pédiatre, syndicat national des médecins de PMI).

Le gouvernement prépare actuellement un plan de prévention de la délinquance qui prône notamment une détection très précoce des “troubles comportementaux” chez l’enfant, censés annoncer un parcours vers la délinquance. Dans ce contexte la récente expertise de l’INSERM, qui préconise le dépistage du “trouble des conduites” chez l’enfant dès le plus jeune âge, prend un relief tout particulier.

Les professionnels sont invités à repérer des facteurs de risque prénataux et périnataux, génétiques, environnementaux et liés au tempérament et à la personnalité. Pour exemple sont évoqués à propos de jeunes enfants “des traits de caractère tels que la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme” et la notion “d’héritabilité(génétique] du trouble des conduites“. Le rapport insiste sur le dépistage à 36 mois des signes suivants : “indocilité, hétéroagressivité, faible contrôle émotionnel, impulsivité, indice de moralité bas“, etc. Faudra-t-il aller dénicher à la crèche les voleurs de cubes ou les babilleurs mythomanes ?

Devant ces symptômes, les enfants dépistés seraient soumis à une batterie de tests élaborés sur la base des théories de neuropsychologie comportementaliste qui permettent de repérer toute déviance à une norme établie selon les critères de la littérature scientifique anglo-saxonne. Avec une telle approche déterministe et suivant un implacable principe de linéarité, le moindre geste, les premières bêtises d’enfant risquent d‚être interprétés comme l’expression d‚une personnalité pathologique qu’il conviendrait de neutraliser au plus vite par une série de mesures associant rééducation et psychothérapie. À partir de six ans, l’administration de médicaments, psychostimulants et thymorégulateurs devrait permettre de venir à bout des plus récalcitrants. L’application de ces recommandations n’engendrera-t-elle pas un formatage des comportements des enfants, n’induira-t-elle pas une forme de toxicomanie infantile, sans parler de l’encombrement des structures de soin chargées de traiter toutes les sociopathies ? L’expertise de l’INSERM, en médicalisant à l’extrême des phénomènes d’ordre éducatif, psychologique et social, entretient la confusion entre malaise social et souffrance psychique, voire maladie héréditaire.

En stigmatisant comme pathologique toute manifestation vive d’opposition inhérente au développement psychique de l’enfant, en isolant les symptômes de leur signification dans le parcours de chacun, en les considérant comme facteurs prédictifs de délinquance, l’abord du développement singulier de l’être humain est nié et la pensée soignante robotisée.
Au contraire, plutôt que de tenter le dressage ou le rabotage des comportements, il convient de reconnaître la souffrance psychique de certains enfants à travers leur subjectivité naissante et de leur permettre de bénéficier d‚une palette thérapeutique la plus variée.
Pour autant, tous les enfants n’en relèvent pas et les réponses aux problèmes de comportement se situent bien souvent dans le domaine éducatif, pédagogique ou social.

Cette expertise INSERM intervient précisément au moment où plusieurs rapports sont rendus publics au sujet de la prévention de la délinquance. On y lit notamment des propositions visant à dépister dès les trois premières années de leur vie les enfants dont l'”instabilité émotionnelle (impulsivité, intolérance aux frustrations, non maîtrise de notre langue)[va)engendrer cette violence et venir alimenter les faits de délinquance“. On assiste dès lors, sous couvert de “caution scientifique“, à la tentative d’instrumentalisation des pratiques de soins dans le champ pédopsychiatrique à desinstabilité émotionnelle (impulsivité, intolérance aux frustrations, non maîtrise de notre langue)[va)engendrer cette violence et venir alimenter les faits de délinquance fins de sécurité et d’ordre public. Le risque de dérive est patent : la détection systématique d’enfants “agités” dans les crèches, les écoles maternelles, au prétexte d‚endiguer leur délinquance future, pourrait transformer ces établissements de lieux d’accueil ou d’éducation en lieux de traque aux yeux des parents, mettant en péril leur vocation sociale et le concept-même de prévention.

Professionnels, parents, citoyens, dans le champ de la santé, de l’enfance, de l’éducation, etc. :

– Nous nous élevons contre les risques de dérives des pratiques de soins, notamment psychiques, vers des fins normatives et de contrôle social.

– Nous refusons la médicalisation ou la psychiatrisation de toute manifestation de mal-être social.

– Nous nous engageons à préserver dans nos pratiques professionnelles et sociales la pluralité des approches dans les domaines médical, psychologique, social, éducatif, vis-à-vis des difficultés des enfants en prenant en compte la singularité de chacun au sein de son environnement.

– Nous en appelons à un débat démocratique sur la prévention, la protection et les soins prodigués aux enfants, dans un esprit de clarté quant aux fonctions des divers acteurs du champ social (santé, éducation, justice) et quant aux interrelations entre ces acteurs.

Cette pétition vous aura donné un avant-goût de l’esprit qui préside à la mise en place des filières universitaires de formation de “psychothérapeutes” d’État tels que les conçoivent la DGS et certains mandarins étroitement conservateurs, se préparant à protocoliser le traitement de la souffrance psychique.

Rejet de l’avant-projet DGS

NON AU PROJET SCÉLÉRAT
DE LIQUIDATION ADMINISTRATIVE
DE LA PYCHOTHÉRAPIE RELATIONNELLE

Le dix janvier dernier, la Direction générale de la Santé, lors d’une réunion dite de “concertation”, dont nous apprenons tardivement que le deuxième est devenue la seconde (i.e. la dernière), a rendu public son avant-projet de décret en Conseil d’État tel que prévu au quatrième alinéa de l’article 52 de la Loi de santé publique du 9 août 2004 portant sur le titre de psychothérapeute.

Le Snppsy rejette ce texte.

Il le considère comme une provocation, aggravant une méchante loi, prouvant que le sort de la psychothérapie relationnelle et de la psychothérapie en général ne gagne rien à se voir confié à la diligence d’une Administration depuis longtemps gangrenée par un néoscientisme patelin, obtus et rétrograde.

Le Snppsy considère qu’il faut maintenant retourner au niveau politique pour obtenir que soit traité correctement le problème de société que soulève la question de la psychothérapie dans notre pays.

Invité à produire des amendements, il informe la Direction générale de la Santé représentée par un sous-directeur, qu’il revendique une réécriture radicale de ce texte inadmissible, refusant de contribuer malgré lui à valider sa propre invalidation.

Le projet Basset aggrave les tares qui affectent irrémédiablement l’article 52. Il consacre un retour des dispositions les plus détestables de l’amendement Accoyer, comme d’établir une liste de psychothérapies officielles soi-disant “validées scientifiquement”, de transformer des contraintes déjà absurdes en matière de formation en un système qui par le biais de l’usage d’un titre usurpé prévoit l’enregistrement précaire sur des listes. Il prévoit d’incorporer la psychothérapie relationnelle au code de la Santé, de médicaliser les affaires de l’âme.

Ce texte nous ignore sciemment, afin de confisquer notre nom et la réputation de l’expérience positive d’une pratique honnête et convenablement auto réglementée, au profit d’aventuriers néoscientistes partis à l’assaut de l’université.
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Il ose aller jusqu’à ne mentionner nulle part l’existence même des organisations et institutions de formation de notre profession. Il réduit la formation spécifique à une discipline qu’il ignore, au sens actif du verbe, et qu’il défigure en en définissant l’accès à la seule acquisition de “connaissances” dans un cadre universitaire qu’il étrique à quatre éléments pompeusement qualifiés de “scientifiquement validés”. Il rejette ce que les psychanalystes et les psychothérapeutes relationnels, de longue date, ont mis en place pour leur formation dans leurs Écoles, Sociétés et Instituts. Il méconnaît sciemment le cœur même du dispositif de formation à l’exercice de la psychothérapie relationnelle que nous avons soigneusement mis en place depuis un quart de siècle, c’est-à-dire

• la dimension irréductiblement personnelle de la transmission de la théorie, méthodologie et clinique par le biais d’une didactique expérientielle

• la nécessité conjointe (mais insuffisante, seule) d’un lent et long travail sur soi, accompagné d’une constante supervision tout au long de l’exercice professionnel.

• l’institution de nos cinq critères et les garanties dont nous avons su entourer la bonne formation et la bonne pratique de la psychothérapie relationnelle. Il insulte les professionnels que nous sommes et avec eux il se moque de la confiance méritée dont nous jouissons de la part de ceux et celles qui recourent à nous au quotidien des difficultés de leur existence.

En réalité, il cherche à consacrer la création d’un nouveau corps de sous-psys, {officiers de santé psychique }, dans le cadre d’une profession de santé para médicalisée, niant l’existence de ceux qui ont fait du nom psychothérapeute quelque chose d’enviable en effet. Qu’il fasse cela sans chercher à le réaliser à notre détriment, et permette plutôt aux éducateurs, infirmiers, travailleurs sociaux, d’accéder à une véritable qualification clinique en venant l’acquérir auprès de nous.

S’agissant de l’université, dans le moment où le Conseiller du ministre nous envoie négocier des accords impossibles avec elle, il prétend lui imposer — ce qui ne s’est jamais vu , ses contenus programmatiques et décréter à sa place ce qui est “scientifique”.

L’ensemble des professions et disciplines avec lesquelles nous partageons le Carré psy est intéressé à l’agression portée contre nous. Les psychologues, dits de droit, qui pratiquent la psychothérapie se voient contraints à en passer par la formation de “psychothérapeute” qu’il institue. Leur autonomie professionnelle (et le libre accès) remise en cause, ils se verront paramédicalisés. Ce projet administratif programme la disparition des psychologues cliniciens. Les psychanalystes seront de la fournée suivante.

Quand se réveilleront-ils ces collègues encore trop nombreux à s’aveugler, quand se dégageront-ils d’une voie qui les conduit tout droit vers un destin aussi funeste que celui qu’ils s’imaginent nous voir imposer exclusivement ? Heureusement, au sein de la Coordination psy et au-delà, de nombreux psychanalystes honorent la psychanalyse dans leur pratique quotidienne, respectent leurs collègues psychothérapeutes relationnels, et se refusent à une psychanalyse et psychothérapie d’État.

Les psychiatres professionnellement sinistrés dans notre pays, avec lesquels nous travaillons en réseau, n’ont pour leur part non plus intérêt à négliger les deux professions et disciplines œuvrant dans le cadre d’un processus approfondi de subjectivation incontournable pour eux s’ils ne veulent pas faire régresser la psychiatrie d’un bon siècle, au détriment et dam de ceux en grande souffrance qui viennent à eux, que la conjonction du DSM, de la pharmacopée et des thérapies à protocole sera impuissante à soigner.

Si l’on veut une application équilibrée de la loi 52, ce décret doit immédiatement cesser de nous être hostile. Il lui manque un second volet qui traite correctement des professions du psychisme non médicales et nous restitue notre titre, en s’inspirant mutatis mutandis du principe directeur de la loi de séparation de l’Église et de l’État (à défaut une nouvelle loi devra revenir sur notre spoliation). Que la psychothérapie relationnelle non inféodée demeure responsable de ses filières de formation et de ses procédures de titularisation. Que soit préservé en toute équité le titre de psychothérapeute relationnel attribué par nos instances représentatives, créé par le travail compétent de toute une génération qui en a fait une profession honorable, dont nous sommes légitimement fiers.

Cette seule raisonnable alternative mise en place, rien n’empêcherait alors, sur un véritable pied d’égalité, et sans obligation, des accords mutuellement avantageux avec les UFR — pas uniquement de psychologie ou de médecine, mais aussi de philosophie, sociologie, anthropologie, histoire, sciences de l’éducation, etc. — qui en seraient capables, et respectueusement désireuses, conformément à nos vœux émis depuis très longtemps.

Ce n’est malheureusement pas le chemin que s’apprête à emprunter l’Administration. Qu’on y prenne garde, nous n’assisterons pas les bras croisés au scandale de la confiscation de son nom à une corporation tout entière, au travail depuis les années 60, héritière de la psychothérapie institutionnelle, de la psychologie humaniste américaine, voisine par nature de la psychanalyse.

Le Snppsy pour commencer lance une campagne de protestation dans le monde politique. Adressons-nous de nouveau aux députés et sénateurs qui les années passées ont su se montrer attentifs à nos points de vue lors du débat parlementaire sur l’article 52.

Demandons aux élus d’intervenir en ce sens auprès du Ministre pour que cette affaire bien mal partie soit remise sur de bons rails. Demandons-leur d’intervenir auprès de tous ceux qui ont œuvré à la loi 52. Disons-leur : allez-vous laisser une Administration sans visage inféodée à l’Inserm rayer de la carte la psychothérapie relationnelle, dont la pratique, correctement encadrée à l’instar de celle de la psychanalyse, concerne cinq millions d’électeurs ?

Le Snppsy appelle tous ses membres à se mobiliser, il agira en concertation avec la Coordination psy et tous ceux qui viendront rejoindre le combat pour une si juste cause. Il s’appuiera sur l’opinion éclairée, sur tous ceux qui dans le pays ont déjà montré qu’ils comprenaient les enjeux de société et de citoyenneté à la clé de la prétention de liquidation de la psychothérapie relationnelle et de la psychanalyse. Ensemble nous ferons savoir à nos représentants qu’il n’est pas question de laisser dans notre pays s’installer un totalitarisme administratif rampant et médicaliser le souci même de l’existence.

Ce mardi 7 février 2006, à Paris.

Décret : non à une psychothérapie d’état

OBSERVATIONS ET SUGGESTIONS

CONCERNANT L’AVANT-PROJET DE DÉCRET PROPOSÉ PAR LA DGS

Le SNPPsy rappelle que depuis un quart de siècle il s’est attaché à mettre en place des règles déontologiques et un dispositif garantissant une formation sérieuse et une bonne pratique de la psychothérapie relationnelle, garantie fondée sur la dimension irréductiblement personnelle de la transmission de la théorie, de la méthodologie et de la clinique par le biais d’une didactique expérientielle.

Cette mise en place s’est trouvée complétée par l’institution des cinq critères à partir desquels il titularise ses professionnels, oblige tous ses membres et se porte garant de leur exercice :

● Travail sur soi approfondi

● Formation spécifique (minimum de cinq à six années, comportant bien sûr la psychopathologie nécessaire)

● Supervision tout au long de l’exercice professionnel

● Engagement à respecter les règles déontologiques (code émis et appliqué depuis vingt années)

● Reconnaissance par une commission de pairs.

L’avant-projet de décret constitue un déni tant des organisations, institutions de formation et professionnels que le SNPPsy réunit et représente, que de tous ceux et celles qui recourent à eux et leur font confiance, depuis des années, au quotidien des difficultés de leur existence.

Ce décret, de stricte orientation médicale et universitaire (limitée à la psychologie), n’assure aucune prise en compte des filières privées de formation et des procédures de titularisation créées par le travail compétent de toute une génération qui en a fait une profession honorable dont notre syndicat est légitimement fier.

Le point d’orgue de ce déni réside dans des dispositions transitoires inacceptables qui ne fournissent aucune des garanties traditionnelles des clauses de grand-père puisque les professionnels qui ne sont pas inscrits de droit mais exercent pourtant leur profession depuis de nombreuses années à la grande satisfaction de leurs psychothérapisants :

– ne bénéficient d’aucune inscription à titre temporaire

– sont soumis à une procédure de validation qui ne tendra au mieux qu’à leur donner la possibilité d’accéder à la formation minimale commune en psychopathologie clinique de niveau master.

Ce déni se double d’une conception de la formation spécifique à la psychothérapie qui conduit à médicaliser les affaires de l’âme en établissant une liste de psychothérapies officielles prétendument “validées scientifiquement” ce qui constitue un abus de pouvoir car il n’appartient pas à l’Administration d’interférer dans des débats épistémologiques qui relèvent des sociétés savantes et de l’Université.

Enfin l’annonce tardive que la concertation serait bouclée en deux réunions, la première consacrée à la communication par l’Administration de son avant-projet aux 27 organisations concernées, la transforme en consultation-éclair. Nous contestons le principe d’un débat conduit dans de telles conditions dans ne matière aussi importante que la confiscation de son nom à une corporation toute entière, au travail depuis les années 60, héritière de la psychothérapie institutionnelle et de la psychologie humaniste américaine, sans confrontation ni négociation sérieuses.

Nous affirmons que le sort d’une discipline en sciences humaines aussi importante ne saurait relever d’une telle procédure, et alertons nos collègues psychiatres, psychologues et psychanalystes, avec lesquels nous partageons l’espace du Carré psy, du danger pour elles-mêmes à laisser de telles méthodes s’instaurer.

En l’état de ces constatations le SNPPsy ne peut que :

● rejeter l’avant-projet dans sa conception actuelle

● demander sa réécriture complète selon les principes suivants :

— que la psychothérapie non médicale, œuvrant dans la cadre du processus de subjectivation, à laquelle se rattache la psychothérapie relationnelle, soit reconnue, différenciée et demeure parallèlement responsable de ses filières de formation et de ses procédures de titularisation

— que (et ceci reste valable quel que soit le résultat de la réécriture), les professionnels en exercice dûment habilités et reconnus bénéficient d’une véritable clause du grand-père.

Rien n’empêcherait alors, sur un véritable pied d’égalité, et sans obligation, des accords mutuellement avantageux entre nos écoles et l’université, non réduite à la faculté de médecine et aux UFR de psychologie, conformément à nos souhaits exprimés depuis très longtemps.

Cela afin que soit préservé en toute équité le titre de psychothérapeute relationnel, attribué par ses instances représentatives.

Ce texte sera soutenu à la seconde réunion dite de concertation au Ministère de la Santé le 21 février.

Le Verbatim en sera produit par Ph. Grauer et diffusé ici-même.