NÉO-PSYS

NÉO-PSYS

La survenue de l’amendement Accoyer a été une surprise. Avons-nous été joués par des manœuvres faites en catimini, ou n’avons-nous pas voulu, ou su, voir ce qui se tramait ? Sans doute un peu des deux.

Nous nous sommes alors mobilisés. Comme jamais dans nos professions. C’est d’ailleurs à ce mouvement, et donc indirectement à M. Accoyer, que je dois ma présence, sur votre invitation, à cette journée. Deux ans après, nous commençons à avoir un aperçu des forces en présence et des mouvements qui sous-tendent cette affaire. Nous serons donc peut-être un peu moins surpris par les évènements.

La demande

Il faut d’abord rappeler la massification de la demande adressée aux psys. Sous nos latitudes, le recours à la psychothérapie fait partie aujourd’hui du monde de l’homme contemporain. Cela devient même un droit, une exigence, gageons que tôt ou tard cela sera inscrit dans les droits de l’homme. Les compagnies d’assurance et autres mutuelles se sont d’ailleurs bien rendu compte de la chose et proposent le soutien psychologique comme une des options pour les assurés.

Nous enregistrons cette massification à tous les niveaux, dans tous les lieux, ou l’offre de psychothérapie est faite. Nous récoltons ce que nous avons nous-mêmes semé. Cette massification de la demande ne pourra que s’accroître encore par un effet de boule de neige. Le navire est sur son erre. Et il n’est pas prêt de s’arrêter. Et donc, n’est pas prête de s’interrompre, la sollicitude, pour la nommer ainsi, dont nous sommes l’objet depuis deux ans. Il faut le savoir, nous sommes sur un cycle qui n’en est qu’à son début et nous n’avons pas atteint encore la phase de stabilisation qui viendra.

Il me semble que l’on peut situer la crise actuelle autour du métier de psychothérapeute dans une série. La première crise me semble avoir été résolue par la séparation de la psychiatrie de la neurologie en 1968. La deuxième a conduit il y a 20 ans à l’adoption de la loi sur le titre de psychologue. La troisième, est celle que nous traversons.

Donc les politiques, et de façon plus générale, les pouvoirs publics nous témoignent leur intérêt à cause précisément de l’inflation de la demande. C’est ce qui, sur le fond, légitime, s’il en était besoin, leur intervention. Comme cela a été dit dans les débats parlementaires, ce sont des millions de personnes qui ont ou ont eu recours à notre aide.
Je ne reviendrai pas aujourd’hui sur la façon calamiteuse dont le débat a été posé dans le public, il y avait là-derrière une intention de nuire.

L’article 52

Sur le plan parlementaire, et après les tergiversations que l’on sait, l’article 52 a été adopté fin juillet 2004. Il est assez saisissant, quand on relit les débats en séance ou en commissions du Sénat comme de l’Assemblée, de voir à quel point la plus grande confusion a régné tout au long de l’épisode législatif. Et pour qui connaît les enjeux et questions qui traversent le champ psy, ces débats ont quelque chose de surréaliste. La même impression émane des dizaines de rencontres avec les élus que nous avons pu avoir. A quelques exceptions près, nos élus n’y entendent pas grand-chose, confondent, mélangent, les statuts, professions, pratiques, formations, etc.

Cela a donné le fameux article 52 – dont la rédaction ne satisfait personne – qui est confus et qui pose beaucoup plus de problèmes qu’il n’en règle. Dans un geste de Pilate, l’Assemblée Nationale, qui a quand même eu le dernier mot dans son débat avec le Sénat et le Ministère, s’en est remise au ministre pour proposer un décret qui lèverait les contradictions du texte.

Le décret d’application

Or, on le sait, un décret d’application ne saurait corriger un texte de loi. Si la loi est mauvaise, il ne saurait y avoir de bon décret. C’est sur cette base d’ailleurs que l’InterCoPsychos, tout en se déclarant disponible pour la concertation, a fait savoir son désaccord avec ce texte. Et c’est pourquoi il nous semble vain de tenter d’influer sur la rédaction de ce décret.

Le mieux qui puisse advenir c’est que ce texte passe aux oubliettes et qu’une autre modalité d’encadrement de la pratique de la psychothérapie s’enclenche. A cet égard, la proposition Gouteyron garde toute son actualité en ce qu’elle permettrait d’engager un chantier associant les intéressés à la définition de cet encadrement. C’est ce que l’on appelle, je crois, la démocratie participative.

Alors où en est-on de la rédaction de ce décret ? Nous aurons peut être un texte d’ici quelques semaines, mais pour l’instant nous n’avons rien. Si ce n’est des fuites qui sont peut-être des ballons d’essai. Il faut dire que la tâche du cabinet du ministre est ardue. On y sait bien que la question est surveillée de près et que, étant donné que le texte de loi ne règle aucun des problèmes posés, nécessairement, chaque rédaction du décret butera sur des contradictions, et aussi sur l’hostilité des uns ou des autres.

Survol

Élevons-nous un peu au-dessus du champ de bataille. Nous avons vu la donnée de la massification de la demande. Voyons comment les acteurs y répondent. Du côté des psys il y a l’effort de formation accompli par les sociétés, instituts, écoles et associations. Cet effort porte globalement ses fruits. De même, du côté universitaire, la formation des psychologues est assurée depuis 20 ans. Là où le bât blesse, c’est dans la formation des psychiatres qui est en perte de vitesse, avec ce qui est annoncé comme baisse de la démographie médicale. Pour des raisons d’offre de formation et pour des raisons de baisse de la motivation.

Du côté des pouvoirs publics il y a la volonté de réduire les coûts de la réponse sociale à la demande, tout en élargissant l’offre et les missions. Du côté des autorités académiques médicales s’annonce depuis plusieurs années une volonté de reprise en main du champ psy par les autorités médicales. Aux points de vue de la formation, de la pratique et du contrôle. Et ce d’autant plus que s’annonce la baisse de la démographie médicale. L’article 52 est donc un mauvais compromis entre ces différents éléments.

Néo-psy

On saisit alors toute la complexité de la rédaction du décret. Toutefois il y a un élément qui domine c’est la création d’une nouvelle profession : le psychothérapeute. Oui, vous entendez bien, c’est ainsi que lors de la seconde lecture au sénat pouvait s’exprimer M. Giraud, rapporteur de la commission des affaires sociales.

“Que l’on comprenne bien : la commission des affaires sociales, dont je suis le rapporteur pour ce texte, n’a jamais voulu jeter l’opprobre sur qui que ce soit. Toutefois, il faudra bien, un jour ou l’autre, que les organisations concernées prennent contact avec le représentant des pouvoirs publics, c’est-à-dire avec le ministère, afin que celui-ci organise une concertation qui débouchera sur un décret. Alors, ce débat sera clos : une nouvelle profession existera, comme tant d’autres dans le domaine de la santé. Ne voyez aucune arrière-pensée dans la position de la commission des affaires sociales.”

Une nouvelle profession : psychothérapeute. À ce point la méconnaissance atteint son comble : alors qu’il y a une profession constituée, organisée, agissant en réponse à la demande du public, le législateur, fait fi de cette réalité pour “créer une nouvelle profession”.
Car, il ne faut pas s’y tromper, le psychothérapeute dont nous parle M. Giraud, et l’article 52, ce n’est pas le psychothérapeute que nous connaissons, c’est un nouveau psychothérapeute, un néo-psy.

Transfert de compétences

Reprenons la question. Du côté des psychiatres il y a la baisse de la démographie médicale, le fait que les psychiatres vont être appelés à être toujours plus des experts et de moins en moins des thérapeutes. Le Plan Psychiatrie et Santé Mentale 2005-2008, est explicite sur ce point, il s’agit que les psychiatres aient des fonctions d’encadrement, de diagnostic, de prescription, de prévention, de formation. Du thérapeute, ils conserveront la prescription médicamenteuse, la psychothérapie étant alors dévolue à d’autres, et sans doute prescrite. C’est ce que l’on appelle le transfert de compétences.

Qui seront ces autres? D’abord, ceux qui, au regard de la loi et de l’administration existent : les psychologues. Mais ceux-ci, chaque nouveau rapport depuis 10 ans, nous le dit, ne sont pas bien formés, leur statut leur confère une place particulière dans le champ des soins puisque eux-mêmes, ne sont ni profession médicale, ni paramédicale. Ils ont conquis une autonomie professionnelle, qui, dans le cadre du grand remaniement en cours est menacée. On veut la remettre en cause, de même que leur statut jugé récemment encore par un haut fonctionnaire qui recevait des organisations de psychologues, « trop favorable ». Certains prennent leur rêve pour des réalités, ainsi le conseil national de l’ordre des médecins, qui en juillet 2004, écrivait que les psychothérapies pratiquées par les psychologues sont prescrites par les médecins.

Il y a donc une grande offensive concernant la formation initiale des psychologues, que l’on veut faire passer des facultés de lettres à celles de médecine, avec la création d’un internat de psychologie sous le contrôle des médecins. Mais tout cela ne se fera pas sans difficultés. D’abord parce que les psychologues sont les plus nombreux parmi les psys : 37000 lit-on régulièrement. Ensuite parce qu’ils sont attachés à leur autonomie professionnelle. Dans les derniers temps, leurs organisations, d’abord atones, ont pris la voie de la mobilisation. Nous avons quant à nous en deux mois recueilli deux mille signatures pour notre appel pour l’autonomie professionnelle des psychologues.

Mais, d’autre part, d’ici dix ans, une grande partie de la génération qui a été embauchée dans les années 70 va partir à la retraite. C’est dans cette faille que va sans doute porter l’attaque, et la création du titre de psychothérapeute est centrale dans cette offensive. Il suffira, en effet, de remplacer les psychologues par des néo-psys, et le projet se mettra en place. Les hôpitaux publics, les établissements médico-sociaux feront appel à ces néo-psys.


Profil-type

Quel est le profil-type de ces néo-psys ? On ne le sait pas encore car il y a plusieurs options, mais on peut faire des hypothèses. Sur la base de l’article 52, il faudrait bien sûr une formation en psychopathologie. Il revient de façon récurrente qu’il faudrait trois ans d’études, sous entendu post-baccalauréat. Sur ce point les sources vont toutes dans le même sens : il s’agirait d’une formation universitaire. Les écoles, instituts, sociétés, existants ne recueillant pas la faveur des autorités médicales. Quelle serait la formation ? On peut supposer qu’elle serait confiée en partenariat aux universités de lettres et de médecine, celles-ci assurant la direction de l’ensemble. Si l’on en croit l’expertise collective de l’Inserm de février 2004, Psychothérapies trois approches évaluées, au nom de l’évaluation et de l’utilité directe ce sont les TCC qui feraient le cœur de ces études. M. Cottraux a pu publier un communiqué triomphant à l’issue d’une réunion au Ministère de la santé, disant qu’il était prêt avec ses collègues comportementalistes à former les nouveaux psychothérapeutes. Info ou intox.

En tout cas, pas de démenti du ministère. Quel diplôme serait obtenu au bout de ces trois ans ? On ne le sait pas, on peut faire toutes sortes de conjectures : licence professionnelle ? ou même diplôme d’état comme les infirmiers, ou bientôt les orthophonistes dont la durée d’études va être ramenée de quatre à trois ans, ou encore les conseillers d’orientation psychologues dans l’Éducation nationale qui vont disparaître pour être remplacés par des titulaires de licences quelconques.

Dans tous les cas, en regard du statut, de l’autonomie professionnelle des psychologues, cela constituera une régression conséquente. On lit entre les lignes, et parfois écrit en toutes lettres, que ces formations pourraient être remplacées par la VAE ce qui permettrait aux infirmiers d’intégrer la fonction de psychothérapeute.

Pyramide psy

Ce qui est visé c’est donc un édifice pyramidal à trois niveaux. En haut de l’échelle des psychiatres, expertisant, diagnostiquant, prescrivant. Au niveau intermédiaire, des psychologues réformés, intégrant les professions de santé, accomplissant, sous l’autorité du médecin, les tâches que celui-ci ne pourrait plus accomplir. Et à la base, une foule de néo-psys répondant à la demande d’écoute en appliquant des protocoles éprouvés, « scientifiquement » évalués, ne faisant aucune place à l’innovation à la recherche, mais plutôt mettant en œuvre sur prescription des techniques d’éradication des troubles. C’est ainsi que peu à peu se dessine les projets dont l’amendement Accoyer était la première pierre.

Point aveugle

Je voudrais conclure en soulignant une question qui me semble essentielle. Il y a un problème de fond c’est que pour les politiques, pour la haute administration, comme pour les autorités académiques, l’unique référence c’est le modèle médical, et que cela les empêche de saisir la spécificité du champ psy. Plusieurs élus nationaux, dont des présidents de groupe politique à l’assemblée et au sénat m’ont fait remarquer que si dans chaque groupe politique il y a des médecins, et souvent des professeurs de médecine, il n’y a pas un seul psy. Cela a comme conséquence que les questions du champ psy sont traitées selon le modèle médical. Cela doit nous porter, me semble-t-il à prendre en compte cette question. C’est ce que nous avons fait dans nos rencontres avec les élus, et que nous devons poursuivre.

Cette situation créée un point aveugle sur une donnée essentielle de notre formation comme de notre pratique : ce que nous appelons la formation personnelle, qui a été appelée dans la formation du psychanalyste, la psychanalyse didactique. Malgré toutes nos tentatives ce point est invisible pour nos interlocuteurs. Nous avons eu beau le montrer, leur mettre devant les yeux, c’est le savoir de type universitaire qui reste la seule mesure. Ce qui est inaudible, c’est que c’est dans sa propre cure psychanalytique que se réunissent ou pas les conditions de l’acte psychanalytique ou de l’action psychothérapique. C’est ce qui est rencontré, dépassé, traité dans sa propre formation “personnelle” qui est le point d’appui de cet acte et de cette action. C’est le ressort proprement éthique de l’acte, c’est le point où toute garantie s’évanouit. Sur ce point spécifiquement il y a à trouver les moyens afin que quelque chose de cette spécificité passe hors de nos rangs et éclaire les élites qui statuent sur le sort de nos pratiques

Troubles de conduite à l’INSERM

LES DERNIÈRES EXPERTISES DE L’INSERM SUR LA SANTÉ MENTALE ORIENTENT TENDANCIEUSEMENT LES POLITIQUES DE SANTÉ ET DE FORMATION PROFESSIONNELLES

Des “expertises collectives” ont été initiées en 1993 par l’Inserm suite à l’affaire du sang contaminé. La fiabilité de leurs résultats résultait d’une exigence : l’indépendance des chercheurs et la rigueur de leurs méthodes, de même que la mobilisation des savoirs de la communauté scientifique concernée. En a-t-il été ainsi pour les derniers rapports concernant la santé mentale ? Pour des motifs convergents, l’expertise sur le dépistage et la prévention des troubles mentaux chez l’enfant et l’adolescent en 2002, puis celle sur l’efficacité comparée des psychothérapies en 2004, et enfin celle sur les troubles des conduites de l’enfant en 2005, ont soulevé une inquiétude croissante, bien au-delà des professionnels concernés.


I. Partialité de la méthode

Habituellement, l’Inserm s’assure de l’indépendance des experts, mais est-ce le cas, lorsque ces derniers sont tous partisans du même modèle médical d’évaluation ? L’origine organique neurologique de la souffrance psychique a été tenue pour établie, alors que cette hypothèse est constamment contredite depuis plus d’un siècle, y compris par les derniers Prix Nobel de neurosciences. Il en découle un mode d’évaluation médicale et des solutions psycho-rééducatives et pharmacologiques. Une expertise garantit son impartialité en tenant compte des principales méthodologies traitant une question. Cela aurait pu être le cas, en dépit de l’appartenance des experts à un seul courant. Mais la littérature psychanalytique a été passée sous silence. Lorsque l’expertise y a fait allusion, la définition du référentiel psychanalytique est caricaturale et sa confusion avec des techniques psycho dynamiques hétérogènes, sinon hétéroclites, révèle un manque de rigueur étonnant. Les psychanalystes ont été écartés des enquêtes, au prétexte que leur méthodologie ne correspondait pas à celle des experts. Les psychiatres d’exercice privés qui, à plus de 80%, pratiquent des psychothérapies psychanalytiques n’ont pas davantage été consultés. Non seulement ces rapports ont été rédigés par les experts d’un seul courant, qui est loin d’être le plus représentatif en France, mais ils l’ont de plus été sur la base d’un choix de travaux effectués en grande partie dans des pays anglo-saxons, et souvent sans données épidémiologiques fiables. Les experts ont ignoré le problème des populations étudiées. Ils n’ont pas tenu compte de l’hétérogénéité de leurs composants et de la spécificité de leurs rationalités procédurales. Ces travaux s’inscrivent dans la logique d’évaluation du DSM IV, alors même que les rédacteurs de ces classifications psychiatriques réunis en 2002 à Londres ont eux-mêmes suspendu jusqu’en 2010 la publication d’une nouvelle version, faute d’un accord minimal sur les critères scientifiques.

La réponse des expertises s’est avérée pré-inscrite dans la manière de traiter les questions, sans garanties d’évaluation suffisantes. Les expertises ont accompli ce que la composition de ses membres et sa méthode laissaient prévoir : cherchant à faire passer un postulat idéologique pour un énoncé scientifique, elles veulent installer dans l’opinion et au sein des instances de décision un point de vue selon lequel la réduction de l’être humain à une entité biologique s’avère une donnée scientifique. Il s’en est suivi que seules les pratiques comportementales et pharmacologiques ont été considérées comme efficaces. Avec cette méthodologie tronquée, la singularité du sujet dans sa relation à sa famille et à son milieu socioculturel a été ignorée. L’éventail complexe et diversifié des méthodes de soutien, d’écoute, et de psychothérapie a été passé sous silence, alors même que les publications dans ce domaine abondent.


II. L’expertise sur l’efficacité comparée des psychothérapies cherche à orienter les formations universitaires.

L’Inserm a-t-elle véritablement comparé les rééducations comportementales, les techniques psychothérapiques et la psychanalyse, ou bien a-t-elle ignoré les critères et les méthodes qui ne correspondaient pas à un choix pré-établi ? Les thérapies comportementalo-cognitivistes sont des techniques de conditionnement, comme l’indique elle-même l’Association Française de Thérapies Comportementales et Cognitives (AFTCC) (1“). Ce ne sont donc pas des psychothérapies. La rééducation relève du conditionnement neuronal, comme pour n’importe quel apprentissage automatisé, et elle est sans rapport avec le conflit psychique. Un deuil, par exemple, n’est pas davantage une « erreur d’apprentissage » qu’une phobie. On ne peut mettre sur le même plan des méthodes de rééducation et un travail psychique permettant la libération des vécus traumatiques générant des symptômes. La méthode psychanalytique ne se compare ni à des conditionnements nerveux ou comportementaux, ni à l’administration de médicaments. Pourtant, l’expertise a prétendu démontrer la supériorité des thérapies cognitivo comportementalistes sur la psychanalyse et les psychothérapies relationnelles, alors que ces approches procèdent de logiques trop dissemblables pour pouvoir être comparées.

Cette partialité a amené le Ministre de la Santé à retirer du site du Ministère ce rapport, qui continue pourtant de générer une idéologie partisane prédisposant l’opinion à une réorientation des formations universitaires et de la santé mentale, au nom de l’efficacité et d’un moindre coût. En effet, les thérapies comportementalo-cognitivistes s’octroient la réputation d’être plus rapides et moins chères. Promettre la guérison d’une phobie en quelques séances manque de sérieux pour n’importe quel clinicien (2“). Ce résultat ne saurait être atteint, sauf si une telle thérapie comportementale est accompagnée de la prise de médicaments, qui endorment l’angoisse et occultent les problèmes. Le comportementalisme et le médicament sont d’ailleurs conseillés conjointement par les expertises de l’Inserm. De même, l’impression et la diffusion des prospectus des thérapies comportementalo-cognitivistes sont généralement assurées par des laboratoires pharmaceutiques. Si l’on considère que l’efficacité comportementale est liée à la prise de psychotropes, elle est en réalité plus longue et beaucoup plus coûteuse pour la société et la sécurité sociale. Elle amène à prescrire des tests et des médicaments dans des proportions extraordinaires et croissantes, sans effet sensible sur les problèmes. L’énorme quantité de psychotropes distribués sans discernement à toutes les catégories et à tous les âges de la population pose désormais un problème supplémentaire et engendre sa propre souffrance psychique [iii]. Les médicaments ont certes permis des progrès importants, en particulier par rapport aux hospitalisations. Mais ils ne traitent pas la cause de la souffrance, ils la masquent et la font donc durer. Cette souffrance s’est de plus accrue, dans la mesure où les spécialistes compétents se sont raréfiés, et que leur formation a été réduite à la biologie sous la pression des mêmes lobbies. En quelques décennies, les murs de l’asile se sont seulement déplacés, et ont été remplacés par une toxicomanie légale financièrement coûteuse pour la société et néfaste pour le lien social et éducatif.


III. L’expertise sur les troubles des conduites de l’enfant cherche à orienter la politique de santé vers la répression et la médicamentation.

Cette expertise a pris la suite des théories médicales déterministes de la fin du 19eme siècle sur le criminel né (3“) . La génétique (4“), les risques familiaux, la grossesse de la mère sont appelés en renfort, sans compter les considérations sur « l’élevage occidental » et la proposition de faire des recherches sur les modèles animaux. Les troubles concernés requièrent des traitements psychologiques et sociaux. On ne saurait prétendre à ce jour à une causalité biologique qu’à la condition idéologique de vouloir « naturaliser » les troubles des conduites comme les problèmes sociaux pour mieux méconnaître ce qu’ils doivent à la culture et à l’histoire d’un sujet. Dans les suites de l’expertise de 2003, le rapport affirme sans enquête épidémiologique qu’un enfant sur 8 souffre de trouble mental et que 5 à 9% des jeunes de 15 ans seraient atteints de « troubles des conduites » (5“). Cette notion vague de « troubles des conduites » réduit des critères psychosociaux, insuffisamment affinés, à une définition et une solution médicales. La délinquance, le crime, la désinsertion constituent des problèmes de société. Le rapport postule au contraire une détermination psychomédicale du crime, au demeurant confuse, qu’il faudrait dépister précocement chez des sujets réduits à la dimension de malades (6“). Ces corrections idéologiques surmédicalisent une souffrance psychique générée ou amplifiée par des difficultés sociales et socio-familiales. Ainsi le dépistage précoce des troubles du comportement prétend à une valeur prédictive de la criminalité, et d’une « médicalisation de la déviance ». Comme l’indique l’expertise : « le dépistage, la prévention et la prise en charge médicale du trouble des conduites reste insuffisant en France en regard … du coût pour la société, de l’instabilité professionnelle, de la délinquance, de la criminalité… » (7“) Sans même attendre les résultats d’une enquête complémentaire, au moins épidémiologique, qui se serait imposée, l’expertise conseille un dépistage dès 36 mois, des thérapies comportementales et en « deuxième intention » les médicaments qui existent déjà (Ritaline, neuroleptiques thymorégulateurs). Comme les résultats du comportementalisme sont aléatoires, les experts promettent ainsi à la France une situation semblable à celle des USA, où 5 millions d’enfants prennent de la Ritaline.


IV. Le Ministre de la santé et les pouvoirs publics doivent prendre en considération le point de vue des associations d’universitaires, de psychanalystes et de professionnels.

Nous attirons l’attention des ministres chargés de la santé et de l’éducation sur la partialité insistante des rapports précités de l’Inserm. La grande majorité des cliniciens et des universitaires concernés contestent et dénoncent leurs présupposés et leurs résultats. Leur communication aux médias participe d’une tentative de recomposition du paysage français de la santé mentale au profit de la pharmacologie et des traitements cognitivo-comportementalistes qui leur servent de couverture. Si leurs conclusions étaient suivies, elles aboutiraient à infléchir gravement l’avenir des politiques de santé et des formations professionnelles, notamment par les consignes de recrutement des enseignants-chercheurs dans les universités, par la définition des profils de poste des psychologues et des psychiatres dans les institutions de soin, et par la formation professionnelle des personnels soignants. Une disqualification des formations, jointe aux recommandations comportementalo-pharmacologiques aboutirait à une croissance de la consommation de médicaments et alourdirait de manière considérable le déficit de la Sécurité Sociale, à l’inverse des progrès annoncés par ces expertises.

L’indépendance d’un organisme de recherche n’oblige pas les pouvoirs publics à cautionner ses évaluations, surtout lorsque leur scientificité est contestée par des sociétés savantes et des associations professionnelles nombreuses et reconnues, dont les travaux ont, eux aussi, valeur d’expertise. Un « principe de précaution » élémentaire voudrait que le ministre de la santé confirme que son ministère, comme celui de son prédécesseur, prenne prendra en compte les critiques suscitées par ces expertises élaborées avec des méthodes et des objectifs problématiques. Il est enfin demandé au Ministre de prendre les mesures nécessaires pour que les organismes de recherches participent à une véritable information scientifique de nos concitoyens, en commençant par ne pas les priver des choix véritables.
La récente loi sur les psychothérapies accorde à la psychanalyse la place qu’elle doit à sa méthode et à ses résultats, vérifiables dans son abondante littérature, établie selon ses propres critères d’évaluation. La psychanalyse oriente les pratiques thérapeutiques d’une large proportion de psychiatres et de psychologues, de même qu’elle inspire de nombreux médecins généralistes ou spécialistes. Elle est présente également dans le domaine de l’éducation, où elle accompagne utilement la scolarité, l’orientation, le dépistage des difficultés. Son apport a profondément modifié le rapport à l’enfance dans notre pays. L’attention du ministre est attirée sur l’intérêt de la méthode psychanalytique, bien au-delà de la santé mentale. En effet, les réseaux de santé doivent faire face à des souffrances psychiques et sociales qui fabriquent ou aggravent les symptômes somatiques et les handicaps physiques au nom desquels les patients viennent consulter. Le soulagement de cette souffrance pourrait dégager le secteur de la santé de coûts en médicaments et en examens complémentaires. Cet aspect financier n’est d’ailleurs pas le plus important, si on le compare au bénéfice subjectif que la population pourrait tirer d’une approche de la santé mentale qui respecte la psychanalyse, perspective de progrès à laquelle les pouvoirs publics seront sûrement sensibles.

  • 1 Il s’agit “d’un nouvel apprentissage… elles ont en commun un support théorique : la démarche scientifique expérimentale et les théories de l’apprentissage. En situation clinique un comportementaliste considère qu’un comportement inadapté (par exemple une phobie) a été appris dans certaines situations puis maintenu par les contingences de l’environnement. La thérapie cherchera donc, par un nouvel apprentissage, à remplacer le comportement inadapté par celui que souhaite le patient.” (cf. le site internet de l’AFTCC).
  • 2 La faiblesse des protocoles adaptatifs ne peut concerner que des mauvaises habitudes plutôt que la psychopathologie. Il s’agit de « trucs » adaptatifs dont la normativité n’est jamais interrogée (celui qui abuse d’alcool doit se passer le « film » d’une beuverie qui s’est mal terminée ; celui qui est tenté par l’usage de drogues doit « autoverbaliser » et se dire : stop ! Attention, du calme…, etc.,). S’il y a échec, c’est que le patient ne suit pas de manière assidue le protocole proposé, qu’il est dominé par des « émotions négatives », etc. Ce n’est pas la science qui a tort, c’est la faute au patient…
  • 3 Le psychiatre criminologiste Lombroso est le premier auteur cité.
  • 4 De nombreux généticiens sont d’ailleurs indignés que leur discipline serve de caution à ces évaluations plus qu’approximatives (le mot « génétique » est cité 43 fois dans les 65 pages du dernier rapport Inserm sur les TOP).
  • 5 « Le trouble des conduites » reprend à son compte la classification arrêtée en 1968 par la psychiatrie américaine (DSM) reprise en 1977 par l’OMS dans la Classification internationale des maladies.
  • 6 Cette expertise est d’autant plus contestable qu’aucune étude épidémiologique n’a été accomplie en France et qu’aux Etats-Unis, une simple commission a donné un avis, sur la base duquel le gouvernement Bush a préconisé des tests de dépistage dont les laboratoires ont été les premiers bénéficiaires.
  • 7 Ces objectifs ressemblent fortement à la déclaration de Nicolas Sarkozy au journal le Parisien du mercredi 2 novembre 2005 à l’occasion des révoltes des banlieues : “Il faut … détecter chez les plus jeunes les problèmes de violence. Dès la maternelle, il faut mettre des équipes pour prendre en charge ces problèmes.”

Urgence ! Péril imminent pour la psychiatrie !

Urgence!
Péril imminent pour la psychiatrie !

par Pierre Sidon

Fin 2005, alors que dans le cadre de la réforme de l’assurance maladie, les responsables de la Sécurité Sociale avaient, fort sagement, décidé de maintenir la psychiatrie en dehors du périmètre du parcours de soins coordonné, surprise de dernière minute : le Syndicat des psychiatres français parvenait à remettre en cause cette mesure à l’aide d’un étrange rapport d’experts, œuvre de deux psychiatres universitaires, où la mauvaise foi le disputait au trouble de la logique. L’un d’eux, ennemi déclaré de la liberté de choix du praticien au prétexte d’une prétendue pluralité opprimée, a œuvré depuis de nombreuses années pour une psychiatrie débarrassée de ses apports psychanalytiques.

Promouvant, sans grand succès auprès du public et des praticiens, des “thérapies” prétendument concurrentes, il ne restait plus que l’interdiction pour triompher. Ainsi de l’élaboration de ces projets de réseaux autoritaires à même de briser les réseaux spontanés de la confiance et du bouche-à-oreille. Dans ces conditions, la remise en cause de l’accès direct au psychiatre semble obéir à deux ambitions : certes il ouvre à une relative liberté tarifaire, mais celle-ci est aussi minime pour les praticiens que lourdement pénalisante pour les patients. Et nous avons peine à imaginer que nos collègues oseraient pénaliser la spontanéité d’une demande à eux directement adressée, ou un légitime désir de confidentialité de leurs patients pour un calcul misérable autant qu’erroné : qu’adviendrait-il du transfert ainsi corrompu et finalement ruiné ? Ne serait-ce pas là un calcul à courte vue ?

Au regard de ce marché de dupes, l’ambition destructrice de nos universitaires apparaît plus consistante et réfléchie : n’aurait-elle pas abusé de la légitime revendication tarifaire de leurs collègues du privé comme un cheval de Troie pour investir une psychiatrie qui jusque là leur résistait ? Enfin, n’oublions pas non plus le Rapport Parquet, maintes fois commenté par la SARP, projet secret d’une dissolution de la psychiatrie fomenté par un quarteron d’universitaires au service de l’industrie pharmaceutique, intitulé “transfert de compétences à la médecine générale”, et dont l’avenant actuel pourrait permettre le succès, ouvrant une voie dégagée de tout obstacle au Direct to Consumer Advertising d’une pharmacopée désormais libérée de tout discours critique.

Voulons-nous cela ?

N’en doutons pas, ces trois ambitions concourent sans détour à la fin imminente de la discipline psychiatrique. À ce titre, nous jugeons la situation actuelle d’une extrême gravité, et ne concernant pas, loin s’en faut, que la psychiatrie libérale. Il est impératif que l’ensemble des psychiatres, mais aussi des médecins, et du public, prenne exactement la mesure des enjeux de civilisation touchés par ce discret avenant, et se mobilise afin d’en empêcher la réalisation.

Aussi la SARP se joint-elle au Syndicat national des psychiatres privés qui diffuse la pétition ci-dessous mais elle en appelle aussi à la mobilisation massive de tous les médecins ainsi que des patients et des associations de patients qui se sont légitimement récriés et sentis floués de n’avoir pas même été consultés lors de la signature de l’avenant. À suivre très prochainement. Faites diffuser !

Un avant-projet psychothérapicide

SNPPsy
Psychothérapeutes relationnels & psychanalystes

REFUSONS UN AVANT-PROJET PSYCHOTHÉRAPICIDE

Le ministère s’efforce de rayer la psychothérapie relationnelle de la carte. Il annonce, dans une admirable mise en scène de concertation et d’ouverture de pure forme, qu’il a tout verrouillé et que le prochain verrouillage appartiendra aux universités à qui il l’a confié, ainsi qu’à l’Administration, dans l’esprit aggravé de la loi.

Ainsi un corps d’officiers de santé mentale dénommés d’après notre nom prétendument psychothérapeutes, “mastérisés” à l’issue d’un enseignement académique confié aux psychologues, au sein duquel la psychanalyse se trouverait réduite à la portion congrue, pourrait occuper le terrain. Il s’agit de notre territoire, partagé avec la psychanalyse, dédié au procès de subjectivation.

Une psychothérapie d’État se profile, à laquelle les universitaires clairvoyants tout comme les psychanalystes soucieux de l’avenir d’une discipline à qui partout depuis un siècle l’étatisation a toujours été fatale, ainsi bien entendu que nous-mêmes, regroupés en un syndicat professionnel constamment dédié à la défense et promotion de la psychothérapie relationnelle et psychanalyse, s’attacheront à barrer la route.

En instituant un mastère professionnel “qui ne crée en aucune sorte une nouvelle profession”, en nous considérant, à l’instar de la psychologie la plus réactionnaire des décennies passées, seulement comme remplissant seulement une fonction et non comme exerçant une profession, le ministère nous insulte, et manque de respect à l’ensemble de ceux qui savent que depuis des décennies nous nous sommes organisés en institutions responsables parfaitement capables d’encadrer la profession que nous constituons.

L’expertise et l’académisme n’auront pas raison de la psychothérapie relationnelle. Ensemble nous soutiendrons la cause d’une profession que nous avons su rendre honorable, dont la légitimité ne saurait échapper qu’aux aveugles volontaires, et que le déni administratif ne saurait magiquement subtiliser.

Il y a des universitaires qui se laissent fasciner par le néoscientisme, se déshonorent de chercher à partager notre dépouille avant même d’avoir pris le temps de mesurer la réalité de notre existence disciplinaire, institutionnelle et sociale, et, embarqués dans leur passion identitaire d’école, font preuve d’arrogance, de légèreté et de malhonnêteté intellectuelle. Inspirés par le neuroscientisme, l’organicisme et les thérapies à protocole dites TCC (qui jusqu’ici n’avaient pas eu le front de se prétendre psycho-thérapies) ils ambitionnent d’installer leur hégémonisme devenu d’État sur l’ensemble du Carré psy.

Incapable d’intégrer l’innovation, une certaine université entend scléroser ce qui vit, s’apprête à autoriser l’Administration à décréter quelles sont les quatre (où a-t-elle trouvé cela ?) approches “scientifiquement validées”, fonçant tête baissée vers l’abîme d’un néoscientisme consternant. Elle n’en sortira pas grandie, et c’est bien dommage pour notre pays.

C’est aussi compter sans notre détermination, sans la lucidité de l’opinion et la probité scientifique et critique des professionnels sérieux et intègres. Le ministre Douste-Blazy évoquait publiquement le sérieux de nos institutions et de nos praticiens. Sa parole ne s’est pas envolée avec son départ. Nous nous attacherons à en gérer l’héritage.

Le ministère nous demande de contribuer à notre propre liquidation en lui adressant des propositions sur le nombre et la couleur des chaînes qu’il envisage de souder à nos chevilles. Nous refusons sa maquette psychothérapicide (tout comme psychanalycide, bien entendu). Il faut changer radicalement de principe. La régulation de la profession de psychothérapeute relationnel doit, articulée à la psychanalyse, être confiée aux institutions qui l’ont fait naître et se développer. Elle doit s’appuyer sur les procédures de titularisation, savoir-faire et modes d’organisation déjà existants.

Une véritable collaboration entre nos Écoles et institutions syndicales de reconnaissance et l’université est possible. Sachant que, vu la prise de pouvoir des représentants les plus réactionnaires des thérapies à protocoles dites TCC , tout traité avec l’université rongé par le ver TCC intégriste doit se voir sévèrement encadré. Alors seulement, et seulement si le décret qui en fonde le principe commence par nous reconnaître, procède à l’inventaire de notre réalité et impose à l’université le cadre d’une articulation dans laquelle elle ne se substitue en rien à ce que nous savons faire et sommes les seuls capables de faire — valider de véritables psychothérapeutes relationnels issus de nos écoles spécifiques agréées par nos institutions responsables — une collaboration maîtrisée par les deux partenaires est envisageable.

À vrai dire nos Écoles dispensent déjà suffisamment elles-mêmes de psychopathologie pour n’avoir pas grand besoin en la matière d’intervention extérieure. Nous sommes capables de garantir l’administration de ce domaine. Elles seraient davantage intéressées à collaborer dans le domaine de la recherche, mais certainement pas sur la base du scientisme, qui nie notre réalité épistémologique.

Alors, dans le respect de notre identité disciplinaire, scientifique (au sens de science humaine), et éthique, dans le respect de notre spécificité étanche au néoscientisme, pourront s’articuler de façon réaliste ses enseignements et son savoir-faire méthodologique adaptés au domaine d’une recherche qui soit la nôtre, au domaine de la clinique qui est la nôtre, ajusté aux étudiants qui sont les nôtres (ceux des Écoles que nous et l’Affop avons agréées). Sans oublier cette dimension particulière qui est la nôtre, que les étudiants de nos écoles sont des personnes la plupart du temps en reconversion sachant conjoindre en toute rigueur formation et transformation personnelle, dans le cadre d’un processus lent et approfondi.

C’est seulement à partir de telles bases, qui permettent à notre syndicat de titulariser des praticiens dont il réponde, que les psychothérapeutes relationnels méritent leur dénomination, et l’estime légitime du public. Subordonner la psychothérapie relationnelle (tout comme au bout du compte la psychanalyse) à un cursus étranger à son être scientifique et institutionnel est impensable. Les affaires concernant l’âme décidément ont bien du mal à être gérées administrativement . Le SNPPsy ne soumettra jamais ses praticiens et leurs patients à des décrets en passe de devenir scélérats.

Ensemble, résistons à l’expertisation néoscientiste académisante d’une pratique et d’une discipline que son domaine destine à rester libre et indépendante.


Le Snppsy prendra toute mesure nécessaire à la protection au soutien et maintien de la psychothérapie relationnelle, qu’il ne laissera pas confondre avec toute autre espèce de “psychothérapie”. Les écoles, étudiants et institutions spécifiques seront maintenus.

4 Février journée d’étude

Journée d’Étude SNPPsy-AFFOP
du 4 février 2006
ÉTUDE DU PROJET DE DÉCRET D’APPLICATION DE LA LOI
CRÉANT LE TITRE DE PSYCHOTHÉRAPEUTE
— NOTRE STRATÉGIE —

8 heures 30 : Accueil des participants — 6 rue Beauregard 75002 Paris

9 heures Ouverture
Jean-Michel FOURCADE, président de l’AFFOP, psychothérapeute, Docteur en psychologie clinique, enseignant au Mastère de psychologie clinique de Paris 8, directeur de la NFL : Chronique d’une mort annoncée … et refusée
Philippe GRAUER, président du SNPPsy, ex enseignant titulaire en Sciences de l’Éducation de Paris 8, directeur du CIFP : L’appel du SNPPsy
9 heures30 Communications brèves
Geneviève MATTEI, psychothérapeute, ancienne avocate au Conseil d’État : Analyse juridique du projet de décret proposé le 10 janvier 2006
Jacques-Alain MILLER, président de l’Entente Internationale, professeur à l’Université Paris 8 : La prise de conscience psy

10 heures30 : Pause

11 heures : Débat avec les participants

12 heures30 : Déjeuner

14 heures 30 : Communications brèves
Max PAGES, psychologue, professeur honoraire des universités: Tout est à repositionner
Norbert HACQUARD, psychologue, ancien administrateur du Syndicat National des Psychologues: L’expérience de la loi de 85 créant la titre de psychologue et de ses décrets d’application
Lilia MAHJOUB, psychanalyste, présidente de l’École de la Cause : La formation des psychanalystes n’a pas besoin de cinq ans de neo-scientisme universitaire

15 heures 40 : Pause

16 heures : Débat avec les participants

17 heures 30 — Les groupes de travail : compte-rendu des travaux et ouverture de nouveaux groupes en relation avec l’actualité

18 heures : Conclusion de la Journée

Ont donné leur accord pour participer à la Journée suivante : Pr Edmond MARC, Dr Jean-Pierre KLEIN, Dr Manuel GARCIA BARROSO, Alain AMSELEK, Jacques DIGNETON, Pr Jean STORA etc…
L’organisation de chaque Journée est susceptible de modifications en fonction de l’actualité.

Ce samedi 4 février à 08:30 au 6 rue Beauregard 75002 Paris

Soutenons notre Psychothérapie relationnelle & multiréférentielle

Alerte sur le décret sur la psychothérapie

Nous arrivons en décembre et la “large concertation” ne nous a toujours pas atteint de sa vague, pas davantage que le SIUEERPP, qui devrait logiquement compter parmi les premiers concernés, au nom de la garantie universitaire, quoiqu’on puisse penser de la valeur de celle-ci en la matière.

On remarquera par ailleurs le caractère surprenant de ce texte. On s’interroge sur la manière dont le déroulement suivant :

– concertation sur un projet de texte précis qui devrait normalement être communiqué aux organismes consultés (lesquels ?) pour recueillir leur avis ;

– saisine du Conseil d’État ;

– avis de ce dernier ;

– signature et publication du décret ;

pourrait matériellement prendre place d’ici le début 2006.

Le communiqué du ministre en tout cas poursuit impavidement sur la lancée du tout premier amendement Accoyer, instaurant une discrimination (pas positive celle-là) envers une seule catégorie de psychothérapeutes, les psychothérapeutes relationnels.

Non désignés par leur nom, puisqu’on ambitionne en haut lieu de les dépouiller du titre qu’ils ont su spécifier, honorer et protéger, pour en revêtir un corps d’officiers de santé psychique qui n’a nullement besoin de cette dénomination confisquée pour exercer ses modestes talents (trois ans de formation sous la férule de la faculté de médecine) de psychothérapeutes compassionnels à protocoles.

Nous sommes tout aussi “régulièrement enregistrés dans les annuaires de nos associations“, que nos confrères psychanalystes. Mais nous n’avons pas, nous, négocié dans les corridors ministériels en 2003 une collaboration en échange de laquelle seraient dénoncés comme charlatans à faire contrôler administrativement les collègues relevant d’un autre côté du Carré psy que nous.

C’est donc sur une base inique que la DGS s’apprêterait à nous demander de collaborer à la rédaction de décrets nous imposant sélectivement un contrôle administratif, dont les modalités, fondées sur la théorie que nous rejetons du “plus petit commun dénominateur” que constitue une psychopathologie à la Vasseur, viseraient à imposer aux seuls psychothérapeutes relationnels de repasser devant une Commission préfectorale chargée de dire qui sont les “bons” psychothérapeutes.

Comme si nous n’étions pas en mesure de nous qualifier nous-mêmes, ce que nous faisons depuis plus d’un quart de siècle sans aucun problème. À l’instar, nous le répétons, de nos confrères psychanalystes, dont nous partageons le génome épistémologique et éthique à peut-être un pour cent près.

La loi qu’on s’apprête à habiller de décrets écrits dans un esprit inspiré par des rapport Inserm largement contestés par les autorités scientifiques et professionnelles, et nombre de politiques de tous bords, est rappelons-le, incohérente, fondée sur un lapsus, bancale, un article contredisant l’autre, parlant d’inscrits de droit qui n’auraient pas à se voir appliquer les modalités de contrôle de la loi tout en y étant soumis !

Une cohérence profonde existe cependant, celle consistant à créer une catégorie discriminée, celle des psychothérapeutes relationnels, les seuls hors de droit selon son esprit, contre lesquels elle constitue une arme braquée en permanence.

Les psychothérapeutes relationnels ne sont pas prêts à se laisser berner par les projets d’instauration à leurs dépens d’une catégorie de sous-psychothérapeutes, qu’on appellerait les préfectoraux, de seconde zone, régis administrativement.

Les organisations représentatives de la psychothérapie relationnelle, ainsi que leurs alliés de la Coordination psy, qui réunit des organisations majeures dans notre pays de psychanalystes, psychologues, psychiatres, sans compter les organisations de psychologues avec lesquelles nous sommes en relation de coopération, ne resteront pas sans réagir. La Coordination psy se réunit très prochainement. Nous vous tiendrons informés des développements de la situation.

La guerre des psys n’aura pas lieu

LA GUERRE DES PSYS N’AURA PAS LIEU
(paru dans “le quotidien du médecin”)

Mercredi 23 novembre 2005

PLUSIEURS événements semblent avoir déclenché cette polémique : le rapport sur la “pratique de la psychothérapie” de l’Académie de médecine (2001-2003), la proposition d’amendement Accoyer proposant un statut du psychothérapeute, la remise au ministre de la Santé (15.9.03) du plan d’actions pour le développement de la psychiatrie, et la promotion de la santé mentale (Drs Clery-Melin, Kovess et Pascal) proposant, entre autres, de créer une nomenclature, une habilitation des professionnels, des indications et des règles de prescription, une évaluation, voire une prise en charge, par l’assurance-maladie et l’expertise collective Inserm, qui fait la synthèse de l’ensemble des données scientifiques internationales actuellement disponibles sur l’efficacité thérapeutique des psychothérapies dans différents troubles mentaux. Ces initiatives, bien que traitant du même sujet, n’ont pas la même finalité, ni les mêmes conclusions, et on peut regretter qu’elles aient été amalgamées, par l’outrance de certains, qui y ont vu un complot d’État. Au-delà de ce procès d’intention, dont les extrémistes d’un autre âge étaient coutumiers, certains éléments de confusion doivent être clarifiés pour pacifier notre discipline : celle qui confond demande et besoin de soins, souffrance psychique et troubles psychiatriques, et celle qui concerne les traitements psychiatriques et ceux qui sont habilités à les prodiguer.

Besoin de soin et demande de soin

L’évolution du soin psychiatrique vers la promotion de la santé mentale a complètement bouleversé l’adéquation entre la notion de besoin de soin et celle de demande de soin, notamment psychothérapeutique. On lui demande de porter secours à la détresse morale des exclus, de prévenir les conséquences psychopathologiques des catastrophes ou des accidents, de réguler la violence sociale, d’assumer le mal-être des adolescents, quand ce n’est pas de promouvoir le bonheur ou la réussite par l’affirmation de soi… Si toutes ces missions sont légitimes, elles ne sauraient être mises sur le même plan, particulièrement à une époque où chacun prend conscience que les moyens affectés à l’offre de soins ne sont pas illimités. Il convient donc de distinguer :
— les difficultés psychologiques : sentiment subjectif de malaise, d’inconfort, de morosité, d’insatisfaction, de manque de confiance en soi ; modalités relationnelles conflictuelles en famille, au travail, avec ses amis, son conjoint ; souffrance secondaire à un deuil, à une perte ou à un échec (licenciement, déception sentimentale…) ; sexualité mal assumée, etc., qui justifient plus une intervention psychologique ou psychanalytique que psychiatrique ;
— les troubles mentaux, comme la schizophrénie ou le trouble bipolaire, pour lesquels existent des traitements dont l’efficacité est parfaitement établie et qui nécessitent donc une réponse médico-psychologique. En sachant néanmoins que la “frontière” est parfois confuse entre les deux (par exemple, entre une timidité marquée et une phobie sociale sévère) et que le retentissement social ou la gêne fonctionnelle ne sont pas nécessairement plus importants dans un champ que dans l’autre (par exemple, un patient maniaco-dépressif bien traité peut être moins handicapé par sa maladie qu’un(e) veuf(ve) qui n’arrive pas à reconstruire sa vie. Enfin, un patient souffrant de schizophrénie est exposé, plus que tout autre, à des conflits avec autrui, des frustrations, des problèmes sexuels, des moments de découragement…
— les détresses psychosociales pour lesquelles une contribution de la psychiatrie doit s’intégrer dans une réponse pluridisciplinaire. C’est le cas, par exemple, de l’aide aux victimes, aux exclus… Quoi qu’il en soit, le sujet en souffrance psychologique n’a pas nécessairement conscience de la nature de ce dont il souffre et, donc, de l’interlocuteur auquel il doit s’adresser. De plus, cette demande ne correspond pas toujours à un besoin identifié par les autorités sanitaires ou susceptible d’être pris en charge par la société. De la même façon que chacun aime améliorer son image, personne ne considère que les soins de beauté ou même la chirurgie esthétique doivent être financés par l’assurance-maladie, alors qu’il est évident que la chirurgie réparatrice d’un visage défiguré par un accident le sera. Pourtant, il est des disgrâces physiques qui peuvent gâcher toute une vie…

Il ne s’agit donc pas de dire que certaines souffrances seraient plus recevables que d’autres, mais de considérer que toutes les démarches de demande de soins ne doivent pas être appréhendées de la même manière. Certaines résultent d’une initiative individuelle, comme le fait d’entreprendre un travail de réflexion introspectif, alors que d’autres correspondent à un besoin sanitaire explicite. Dans un cas, c’est la liberté individuelle qui s’exprime (au même titre que de s’imposer des règles diététiques ou d’optimiser sa forme physique par un entraînement sportif), dans l’autre, c’est la responsabilité collective qui est interpellée pour porter assistance à un malade.

La distinction doit toutefois être nuancée, car un malade peut bénéficier de plusieurs niveaux d’intervention. Ainsi, de même qu’un patient diabétique reçoit un traitement hypoglycémiant, suit un régime et se voit proposer la pratique d’un sport, un patient souffrant d’un trouble schizophrénique devra recevoir un traitement antipsychotique et, éventuellement, une prise en charge psychothérapeutique, ce qui n’exclut pas qu’il puisse bénéficier, si nécessaire, d’une thérapie familiale, voire de participer à des activités de psychothérapie à médiation artistique qui peuvent faciliter sa resocialisation ou lutter contre son apragmatisme. Les troubles mentaux ont un déterminisme multifactoriel et leur prise en charge est souvent multidisciplinaire. Les propositions thérapeutiques ne sont pas exclusives les unes des autres, certaines sont nécessaires, d’autres, accessoires. En aucune manière elles ne sauraient être opposées les unes aux autres.

Pluralité des traitements psychiatriques

La médecine dispose de différents moyens pour traiter les troubles mentaux : biologiques (médicaments psychotropes, stimulation magnétique transcrânienne, luxthérapie, agrypnie, etc.), sociothérapeutiques, qui vont des mesures de protection sociale à l’ergothérapie, et psychothérapeutiques. A coté de ces grandes catégories de psychothérapie (d’inspiration analytique, cognitivo-comportementales…) que l’on peut qualifier de structurées, il convient de rappeler que la plupart des relations soignant-soigné comportent une dimension psychothérapeutique ; c’est le cas du réconfort qu’un médecin généraliste apportera à un patient souffrant d’une affection somatique, de la compassion d’une infirmière dans une unité de soins palliatifs, des mots d’encouragement d’un kinésithérapeute assurant la rééducation motrice d’un paraplégique…

Qui aurait la prétention d’affirmer que l’une est plus utile que l’autre ? L’objectif du soin étant de restaurer un état de bonne santé, ses modalités prennent en compte la situation du sujet et sa demande. L’analyse de la problématique et la stratégie thérapeutique seront donc très différentes selon que l’on reçoit un adolescent en situation de crise identitaire sans dysfonctionnement social majeur ou un jeune psychotique qui a des troubles du comportement, source de désocialisation. Il est donc souhaitable qu’une première étape d’évaluation de la demande et éventuellement de diagnostic précède le soin. Puis il convient de distinguer les différents niveaux d’intervention :
— l’aide, le réconfort, l’écoute, qui ne sont d’ailleurs pas nécessairement le fait d’un soignant et peuvent être prodigués par un “aidant naturel” (famille, amis..) ;
— le soutien et le conseil susceptibles d’être prodigués par les professionnels de la santé de manière adaptée à chaque cas et selon les compétences de chacun ; un médecin généraliste pourra, par exemple, faire des recommandations à un patient déprimé ou l’informer sur son trouble en plus de son éventuelle prescription ;
— le travail psychothérapeutique structuré, qui peut avoir différents objectifs, comme la simple disparition des symptômes ou une prise de conscience plus approfondie. Le choix du niveau d’intervention est fonction de la demande du patient, de ses possibilités de verbalisation, de la nature de son trouble, des disponibilités en thérapeutes autour de son lieu de résidence…
De surcroît, plusieurs niveaux peuvent être conjugués. On peut attendre du réconfort de son entourage, des conseils de son médecin généraliste et une psychothérapie structurée d’un spécialiste. Il n’y a pas lieu d’opposer, de manière dogmatique, une technique contre une autre.

Malentendu sur le statut de psychothérapeute

Le caractère polémique des débats à propos du statut de psychothérapeute résulte des ambiguïtés à propos de ce que l’on entend par psychothérapie, ainsi que sur leur finalité, comme nous venons de le voir. Mais il est également le fait de malentendus sur cette fonction et sur ceux qui seraient habilités à l’exercer. Un certain nombre de points doivent être pris en considération :
— l’absence d’un statut de psychothérapeute empêche le public d’avoir l’assurance que son interlocuteur n’est pas un psychothérapeute “autoproclamé” sans formation ni expérience. Une information claire et valide sur les psychothérapies et ceux qui les pratiquent est donc nécessaire. D’autant plus que les personnes en situation de souffrance psychologique sont plus vulnérables et crédules ;
— la psychanalyse inspire certaines formes d’exercice psychothérapeutique sans être, à proprement parler, une psychothérapie ; de nombreux psychanalystes ne souhaitent d’ailleurs pas être considérés comme des psychothérapeutes, puisqu’ils n’ont pas toujours un objectif de soin. Encore qu’ils soient d’autant plus loin d’avoir une position univoque sur ce sujet que certains sont médecins, psychiatres, psychologues, tandis que d’autres n’ont suivi qu’un cursus philosophique ou littéraire ; les médecins, les psychiatres et les psychologues n’ont pas nécessairement une formation à une technique psychothérapeutique structurée, si ce n’est l’expérience de la relation (la prescription du médecin par lui-même, comme le disait Balint). Ils ne sauraient donc être psychothérapeutes de droit (comme l’envisage l’amendement Accoyer) sans une formation spécifique ;
— le fait d’avoir une formation ou une expérience psychothérapeutique ne présuppose pas que l’on soit en mesure d’en poser les indications de manière adaptée ou de concevoir un projet de soin structuré, notamment lorsque l’on se situe dans le champ des troubles mentaux caractérisés et pas dans une démarche singulière de compréhension de soi.

L’exercice reconnu de la psychothérapie, dès lors qu’il s’inscrit dans une démarche médicale, se devra de répondre à ces questions, au-delà des références théoriques qui focalisent actuellement l’affrontement stérile entre idéologues de tout bord. Aucun traitement ne saurait être universellement applicable à tous les patients, quel que soit le trouble psychologique ou psychiatrique dont ils souffrent. Aucun professionnel ne saurait se prévaloir d’une technique de soin adaptée à toutes les demandes. D’autant qu’elles connaissent une progression exponentielle et que la majorité des thérapeutes sont débordés. C’est pourquoi la guerre des psys n’a pas lieu d’être !

[1] Cmme (Clinique des maladies mentales et de l’encéphale), hôpital Sainte-Anne, 100, rue de la Santé, 75014 Paris

Source : http://www.neuropsy.fr

Changement d’appellation au SNPPsy

SNPPsy

Psychothérapeutes relationnels & psychanalystes

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 19 NOVEMBRE 2005

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En quoi consiste notre identité ? quel rôle, quelles fonctions notre syndicat a-t-il désormais vocation de revendiquer ?

La question de notre dénomination se pose de façon récurrente, et cela commence par différenciation, à propos de nos confrères psychanalystes. En pure logique, la psychanalyse est une psychothérapie, c’est d’ailleurs le terme que Freud utilisa pour définir … la psychanalyse. Pourtant, selon une logique institutionnelle bien connue, chacun sait qu’on ne mélange pas les torchons avec les serviettes, ni l’or avec le cuivre sans prendre garde aux proportions et aux hiérarchies traditionnelles.

C’est que la psychanalyse établie comme notabilité intellectuelle aux allures aristocratiques dans notre pays à partir des années cinquante, lacaniens et antilacaniens confondus, s’était classée dans la première catégorie. Elle considérait même que si un psychanalyste touchait le cuivre psychothérapique, ne serait-ce que du bout des doigts, celui-ci se transmuait dans l’instant en or psychanalytique. La réciproque restant problématique.

Élisabeth Roudinesco soutient que si nous faisons horreur aux psychanalystes qui nous infligent leur mépris, c’est que la psychanalyse est devenue psychothérapie. Dégradation suprême, les haut de gamme seraient devenus, à force de manquer au devoir d’insoumission de leur charge, serviteurs de la gestion et régulation psychologique des flux de conscience ordinaires, psychothérapeutes quoi ! et quand on a dit psychothérapeutes on a tout dit.

On se tire de ce mauvais pas, d’abord par un pas de côté, les psychothérapeutes honnis n’étaient pas ceux que l’on désignait jusqu’ici, il fallait entendre qu’il s’agissait des comportementalistes, dénommés cognitivistes depuis 81. Jacques-Alain Miller nous rendit ce service de nous déconfondre d’avec ces derniers.

Ensuite par une avancée du concept. En mettant en avant la figure du Carré psy, nous avons introduit une articulation quadripartite de l’espace psy, subdivisée en deux fois deux. Le Carré psy articule en une figure symétrique les quatre protagonistes de la fonction psy. Issue de l’aliénisme, la psychiatrie, issue de la psychophysiologie naissante, la psychologie. Ces deux disciplines, universitaires, relevant comme on sait de la médecine pour l’une et des lettres (par séparation d’avec la philosophie, cette démarcation restant empreinte de phobie) pour la seconde.

À côté de ces deux disciplines académiques, les deux autres font une inégale figure sociale. Aucune d’entre elles n’est en France de filiation universitaire. Il faut aussi dire un mot de l’université actuelle, répartie en clans occupés à se faire la guerre et à occuper des places, ayant depuis un moment dans un nombre significatif de secteurs délaissé la recherche vive pour l’académisme. La montée en puissance du scientisme y va de pair avec une pensée plutôt conservatrice. Il n’est pas étonnant que les deux forces bousculantes, sous des aspects très différents, que furent le lacanisme et la psychologie humaniste aient éprouvé toutes deux des difficultés à y trouver leur place.

On a pu croire la psychanalyse notabilisée installée en psychologie. La réalité diffère. Il est vrai que la psychanalyse s’est fait héberger, aux temps fastes, par la psychologie, Lagache oblige, puis Pontalis, Anzieu et al. Mais à l’heure où la psychologie reprend ses billes et son identité de base, le cognitivisme, et s’affaire à chasser la psychanalyse, qui après tout devrait commencer à se rendre compte qu’elle n’est pas chez elle chez son hôte, beaucoup de psychanalystes sont désemparés et désorientés. Ce qui en a conduit plus d’un sur les voies politiquement périlleuses du corporatisme conduit par la SPP — parallèlement notons-le à celui des psychiatres.

Notons pour marquer l’ironie de l’Histoire que notre psychothérapie, que nous n’appelions pas encore relationnelle, trempant dans le même type d’aventure parasitique, fut membre de l’Anop, l’Association nationale des organismes de psychologie. Ce ne fut que tardivement, à l’issue de notre adhésion à la Déclaration de Strasbourg, sorte de déclaration d’indépendance qui proclamait que nous constituions une profession distincte, que les psychologues nous rejetèrent de leurs rangs. Si bien que c’est nous et notre code de déontologie qui influencèrent le code de déontologie qu’adoptèrent, avec nos voix, les psychologues, bien avant notre expulsion.

Pour compliquer la figure, la psychanalyse, tout comme la psychothérapie relationnelle, représente une profession cumulable. (1“) C’est-à-dire qu’un psychiatre ou un psychologue peut adopter ce titre (2“), soit à l’issue d’une formation longue et difficile (au minimum cinq années universitaires, souvent davantage, plus une longue démarche personnelle suffisamment réussie), garantie par une bonne école — soit hélas à l’issue d’une autoproclamation restée ininterrogée, puisque le professionnel autoproclamé est par ailleurs diplômé, donc institutionnellement couvert, et encouragé à annexer indûment le titre de psychothérapeute dont il revendique l’exclusivité, à condition qu’il ne s’agisse que d’une fonction (gare à la revendication d’un titre qui ouvrirait à une professionnalisation concurrente).

Comme il s’est trouvé que nous figurions le quatrième dans un jeu qui se jouait précédemment à trois, nous avons mis en avant le cadrage à partir duquel s’orienter dans ce maquis, en concevant le Carré psy. C’est à partir de ce cadre que nous avons établi puis consolidé la dénomination (sinon le titre) de psychothérapeute relationnel. C’est en constatant que les quatre protagonistes institutionnels du Carré prétendaient tous à l’exclusivité de la psychothérapie, valable seulement à leurs yeux s’ils l’administraient eux, que nous avons conclu que chacun voyait le midi de la psychothérapie à sa porte et qu’il fallait entériner la multiplicité des pratiques, méthodes, théories et habitus épistémologiques des diverses disciplines et pratiques. Nous avons conçu qu’aucune ne pouvait et par conséquent ne devrait prétendre régenter l’espace théorique et pratique des autres, mais pourrait collaborer, sur un pied d’égalité, avec les trois autres (travail en réseau), au service et bénéfice de la personne recourante.

C’est ainsi que avons les premiers avancé l’idée que la psychothérapie relationnelle constituait un domaine disciplinaire particulier, et que nous devions cesser en ce qui nous concernait de chercher à imposer aux collègues relevant d’un champ méthodologique différent de se conformer à nos critères — à charge de revanche.

Contrairement à ce que soutient un responsable qui s’est donné entre autre pour mission de tenter de détourner vers sa personne, généreusement offerte à la psychothérapie, les membres de notre syndicat, psychothérapie relationnelle ne saurait se traduire par “psychothérapie psychothérapique”(3“), au motif qu’il y a toujours de la relation, au sens qu’Accoyer donne à ce terme pour définir la thérapie tape dans le dos comme je l’ai dit ailleurs, dans l’espace psychothérapique par principe. Elle signifie psychothérapie faisant de la relation et du travail relationnel — impliquant les deux protagonistes en présence, en interaction en qualité de sujets cherchant ensemble — le ressort du processus de subjectivation qu’elle instaure. Le terme de relation est suffisamment ample pour intégrer le transfert sous de multiples formes conceptuelles, ainsi que ce qui concerne ce que la psychanalyse désigne par inconscient, et s’oppose polairement à l’apprentissage correctif, normatif et orthopédique qui caractérise les formes de psychothérapie prescriptives du champ psychiatrique et psychologique. Je n’entrerai pas ici dans le détail des formes complexes et composites, dues en particulier au caractère cumulable évoqué précédemment, ce qui ne changerait rien au principe classificateur de base.

En renonçant à la toute-puissance institutionnelle, il y a maintenant six ans, en renonçant à maîtriser l’ensemble du champ de la psychothérapie, c’est-à-dire à exiger de tout professionnel exerçant sous ce titre qu’il remplisse nos cinq critères, nous n’avons fait que comprendre puis admettre que la psychothérapie était multiple et différenciée, et que sous ce vocable des épistémologies et des méthodologies très différentes, des formations également, très différentes, et de niveaux inégaux,(4“), étaient engagés.

Nous avons alors pris acte de la diversité des champs théoriques et épistémologiques des sciences et pratiques du psychisme, et délimité notre champ propre. Repérant à l’occasion notre relation de consanguinité symbolique, notre proximité scientifique (au sens de sciences humaines) avec la psychanalyse, et que nos deux côtés du Carré psy définissaient un triangle, celui du procès de subjectivation, dont l’hypothénuse (une diagonale du Carré) figurerait le transfert.

Il en découle que la question de déterminer si la psychanalyse est une psychothérapie tombe à l’eau. Si le terme est générique au Carré, oui, elle ressortit de la psychothérapie à ce titre, mais comme nous-mêmes ne saurions nous confondre dans un terme qui implique une philosophie, des théories et méthodes desquelles nous entendons nous dissocier, la psychanalyse revendique de se nommer de son seul nom. Cela nous sommes à même de l’entendre. Dans ces conditions, l’ancienne querelle tombe.

Il en découle également que notre syndicat ne se dépersonnaliserait pas s’il accolait le terme psychanalyste ou psychanalyse à son acronyme, d’une façon ou d’une autre. Comme vous le savez les psychanalystes au sein de notre syndicat réclament cela depuis des années. Au moment où la crise Accoyer 2 éclate, à chaud, Thierry Nussberger insiste en AG sous le choc pour qu’on l’inscrive au programme de notre prochaine mandature. Je craignis l’apparence opportuniste de cette demande, même si objectivement elle ne l’était pas. Nous avons attendu attendu, mais il a bien fallu finir par y arriver. Nous y voilà.

Une AG extraordinaire faute d’une ou deux voix n’a pu prendre la décision il y a six mois, nous voici réunis pour la prendre à présent. Nous devrons prendre les deux décisions conjointement. Celle d’officialiser dans notre sigle ou au moins notre nom, d’une manière ou d’une autre, le terme de psychothérapie relationnelle d’une part, de l’autre d’y adjoindre la mention psychanalyse.

Ce faisant nous inscrirons institutionnellement le développement de notre pensée et de notre personnalité morale et scientifique. De la psychologie humaniste au mouvement du potentiel humain en passant par les nouvelles thérapies, quel parcours historique pour parvenir à la psychothérapie relationnelle, à l’enseigne du pluralisme. Notre identité s’affermit, se délimite et définit plus fermement ses contours. Notre syndicat est à présent mieux à même de spécifier ce qui nous réunit.

Et comme nous nous apprêtons à différencier les fonctions d’agrément, après que nos membres aient insisté depuis des années pour que cela s’effectue, en transmettant maintenant que c’est devenu possible celle d’agréer les écoles à l’Affop, nous voici en train d’opérer un repositionnement qui fera de nous le syndicat de référence d’un des quatre acteurs majeurs des professions du psychisme. L’un des quatre grands, interlocuteur majeur obligé de toute négociation concernant les pratiques psychothérapiques. L’un des deux acteurs pratiquant selon le procès de subjectivation, aux côtés des psychanalystes et avec ceux d’entre eux qui ont compris l’intérêt historique et éthique de cette conjonction dans l’action.

L’un des quatre grands et non le petit troisième entre les pinces des deux grands autres, la noix relationnelle entre psychanalyse et cognitivisme. Nous ne sommes pas adversaires par principe du comportementalisme, puisque notre vérité est ailleurs. Différant d’elle, nous sommes scientifiquement, philosophiquement, épistémologiquement, proches de la psychanalyse. J’ai évoqué déjà cette proximité. À l’interne, nous exigeons des praticiens TCC qui s’inscrivent chez nous de répondre comme nous tous au critère numéro 1, à savoir d’avoir effectué un parcours personnel dans une psychothérapie relationnelle, qui les qualifie comme psychothérapeutes relationnels. En fait nous leur demandons d’être un minimum intégratifs. Scientifiquement, tout se discute, nous avons tellement à faire avec nos propres soucis que l’existence des TCC ne nous affecte pas spécialement, en soi. Nous en débattrons scientifiquement le moment venu, c’est plutôt affaire de société savante, et nous le sommes aussi peu ou prou, à l’enseigne du pluralisme, c’est tout.

Mais si politiquement, institutionnellement, les TCC cherchent à nous dominer ou éliminer, qu’ils sachent que nous contre attaquerons avec la vigueur de qui défend ses valeurs, et qui sait contracter et faire jouer ses alliances, y compris bien entendu avec les psychologues cliniciens. C’est ainsi que nous nous sommes montrés vigilants à l’égard de l’Inserm en plein dérapage scientiste, et de la DGS positionnée sur ses marques.

Ainsi les principes sur lesquels nous avons ajusté notre politique cette année encore sont clairs, et ce rapport moral est fait pour que vous nous disiez si nous devons poursuivre dans cette voie : être de ceux qui refusent une psychopathologie d’inspiration cognitiviste et organiciste à l’enseigne du DSM comme plate-forme soi-disant minimale commune des pratiques psychothérapiques. De ceux qui refusent d’aller pédaler sur le petit vélo des serviteurs de l’Inserm acquis au cognitivisme et au scientisme de la Direction générale de la santé, en donnant du grain à moudre à la machine à nous broyer en utilisant notre propre énergie. De ceux qui s’opposent à tout décret d’application d’une loi bancale dont un article contredit l’autre, d’une loi qui n’a pas été capable de nous donner la place qui nous revient aux côtés de la psychanalyse. De ceux qui préconisent une renégociation générale de la question du cadre juridique des diverses psychothérapies dans l’esprit défini par les sénateurs Gouteyron et Sueur (5“).

Le plus petit commun dénominateur entre les diverses psychothérapies est une fausse bonne idée de la Direction générale de la Santé, destinée à nous aligner sur l’épistémologie et les concepts psychiatro-psychologiques de feue l’unité de la psychologie de Lagache, années 50 du siècle dernier. Canguilhem disait déjà qu’au sortir de la Sorbonne par la rue Saint Jacques on avait le choix de monter en direction du Panthéon ou descendre vers la Préfecture. L’unité factice de la psychothérapie fondée sur le psychopathologisme cher à Vasseur conduit tout droit à une psychothérapie de préfecture.

Prendre l’initiative de poursuivre des négociations à l’heure actuelle consisterait à appuyer la politique de la DGS consistant à faire croire que l’ensemble des professionnels du psychisme sollicite le dialogue avec elle, se place volontairement et volontiers en position de contributeurs de son plan de rédaction de décrets impossibles, qui pis est, à partir de la plate-forme psychopathologiste scientiste qu’elle entend imposer. Nous le disons ici clairement, il n’existe pas de consensus, en vue d’une solution décrétiste à la situation actuelle. Le ministre le sait, la DGS peut l’entendre. Bien entendu, si par malheur, ce qui n’est pas du tout fatal, ni imminent, les décrets s’écrivaient, nous interviendrions avec les moyens appropriés,

Les organisations de psychothérapeutes qui se vantent de participer à des négociations et alimentent la machinerie Inserm contribuent de fait à une dérive, considérée par eux comme fatale ou comme bénéfique, vers la rédaction de décrets à haut risque. Nous avons pris le parti de nous dégager de ces négociations en trompe l’œil, et de rester sur une prudente expectative. Bien informés de ce qui se passe et ne se passe pas, nous ne précipiterons pas notre syndicat dans la gueule du loup, mais resterons vigilants, toujours prêts à intervenir.

À propos de repositionnement, je voudrais rappeler qu’il fut un temps où nous cumulions toutes les fonctions, lorsque nous étions en train de créer l’autoréglementation de la profession de psychothérapeute — sans spécification particulière, sans être alors à même de nous différencier des différentes psychothérapies que nous ambitionnions de regrouper et représenter. Il fut même un temps où nous avons nous aussi été tentés par un corporatisme prônant notre propre hégémonie.

En ce temps-là où nous étions presque les seuls sur la place, en fonction d’amorce ordinale, et la profession tout juste en train de prendre ses marques et son assurance. Société savante, nous organisions alors des colloques, partagions avec le PsyG le quasi-monopole des titularisations. Déjà nous nous inquiétions des poussées de certaines méthodes-écoles pour nous bousculer et exercer à notre place la fonction de légitimation professionnelle. Pour prendre les devants, nous avons créé également le cadre d’un agrément des écoles de formation à la psychothérapie (toujours indistincte).

L’irruption des organisations de méthodes, ayant avec la déclaration de Strasbourg bouleversé puis fracassé la paysage psy, donna naissance à une, co-parrainée par le PsyG (l’instigateur européen) et nous, puis deux, fédérations, après que les deux syndicats historiques aient décidé de se retirer de l’espace institutionnel de l’Association européenne de psychothérapie, sorte d’aigle à deux têtes austro-britannique ayant vu progressivement la tête britannique s’envoler vers d’autres cieux.

Plus la profession s’est organisée dans la diversité, plus les instances capables de battre la monnaie de la certification professionnelle sont devenues nombreuses. Nous n’avons pas été en mesure de conserver ce monopole qui nous aurait institutionnellement sans doute bien plu, et c’est probablement un signe de développement, d’expansion et de diversification, en un mot de maturation institutionnelle.

Mais ça n’est pas sur ce terrain d’une nostalgie du quasi monopole des origines que nous continuons de maintenir notre singularité. C’est sur celui de la défense et représentation politique de la profession. Le regroupement Snppsy-Affop, réunissant le syndicalisme et la défense des groupes de praticiens et des écoles agréées, à présent dans le cadre de l’Affop au terme de l’achèvement d’une différenciation en marche depuis des années, représente une force politique de référence, axée sur la qualité, le pluralisme, une certaine respectabilité scientifique et professionnelle. C’est là que nous nous situons.

Une certaine officine marquée de marketing politique a beau tenter de débaucher nos membres pour leur promettre une meilleure couverture dans la plus grande confusion, la FF2P a beau faire valoir ses mérites en montrant à tous qu’elle est en pleine négociation avec une DGS dont elle ne produit pas l’analyse, les professionnels qui nous font confiance et les étudiants des écoles agréées Affop qui s’inscrivent dans nos rangs, préparant discrètement la relève (on les voit aux réunions parisiennes en tout cas), sont assez mûrs pour ne pas se laisser conter d’histoires, et se rendre compte qu’un syndicat est plus apte à défendre ses membres qu’une fédération de méthodes qui inscrit aussi des individus ou un fantôme en mouvement.

Dès les années 90 nous nous sommes posé la question avec Yves Lefebvre, de notre possible extinction ou reconversion. Les variations sur le thème le Snppsy n’est plus ce qu’il était sont constantes dans notre histoire. Tout autant que celles comptabilisant notre prochaine disparition. À chaque fois ce qui est exigé du syndicat c’est de mieux faire du syndicalisme, soutenir ses membres, ne jamais oublier de revendiquer baisse ou suppression de la TVA (pour les collègues non psychologues), batailler en justice, œuvrer pour la reconnaissance ou officialisation correcte de l’usage du titre(6“), en intervenant quand il le faut auprès des pouvoirs publics. À chaque fois notre syndicat s’est maintenu, renforçant sa personnalité et son autorité morale, conservant sa réputation d’institution de référence, sérieuse et respectable.

Il nous a été continûment demandé de rechercher l’alliance avec les psychanalystes, logique même avant que notre concept de Carré psy ait pris toute la place qu’il occupe à présent pour clarifier le caractère de nos relations avec l’ensemble des praticiens du psychisme. Il nous a été continûment demandé de travailler à l’ouverture d’une concertation nationale avec l’ensemble des confrères et institutions psys, sans trop prendre en considération la difficulté d’une telle ligne politique, pour des professions en proie à d’importants malaises identitaires, en rivalité parfois violente avec nous.

Nous avons tout encore tout au long de cette année participé au travail de concertation et d’échange au sein de la Coordination psy, tissant notamment une relation de dialogue confraternel avec les psychologues de l’InterCoPsycho et les psychiatres psychanalystes. Nous avons ainsi tenu notre ligne et notre place dans un lieu plutôt hétérogène qui maintient sa cohésion suffisante, fondée sur la concertation et l’échange. Nous avons fréquenté nos confrères psychanalystes et dialogué avec eux, respectueux des lignes de résistance institutionnelles et personnelles, et maintiendrons la relation établie, en certains cas de bonne qualité, fondée sur une considération positive mutuelle(7“).

Nous avons dans cette direction réalisé des progrès considérables, même si l’essentiel reste à faire. S’inscrire et militer au Snppsy signifie de nos jours participer au mouvement de reconnaissance, même par simple réalisme, d’un nombre important de nos confrères des autres professions. Cela demandera encore du temps avant d’accéder aux médias, avant que le Carré psy succède dans l’imaginaire collectif et en particulier journalistique au triangle psychiatrie psychologie psychanalyse, qu’il s’agissait il y a deux ans à peine de débarrasser du charlatanisme dont on nous avait affublés du monopole.

S’inscrire et militer au Snppsy c’est participer à la bataille politique en ligne permanente, aujourd’hui sur notre site, demain sur notre site et dans le cadre de notre revue. C’est aussi tenir, déterminer une orientation, une stratégie et une tactique, en un mot une ligne, dont nous pouvons mesurer qu’elle inspire nos concurrents et adversaires. Ainsi notre désir de changer de nom a-t-il engendré le changement de celui de la FFdP, plus promptement effectué que le nôtre, mis aux voix en deux temps dont aujourd’hui même représente le second.

S’inscrire et militer au Snppsy c’est s’assurer d’une politique indépendante, qui ne se mette pas à la traîne du premier quarteron d’experts de l’Inserm venu, ni d’aventuriers qui passeront comme les précédents ont passé. C’est œuvrer au sein d’une organisation à même de se positionner lorsque la psychanalyse est agressée avec une brutalité et une virulence qui nécessitent une contre-offensive immédiate et bien coordonnée pour mettre en échec les plans des scientistes qui rêvent d’en finir avec l’ensemble des tenants du procès de subjectivation, nous et elle confondus.

(…)

  • 1 D’où la tentation de transformer le Carré en polygone, pour y adjoindre les mixtes, psychologues cliniciens en référence à la psychanalyse et psychiatres psychanalystes. L’articulation de catégories complexes se joue à l’intérieur de la surface du Carré et non selon le périmètre, qu’il faut maintenir intangible si l’on veut pouvoir faire jouer le déplacement d’un point sur la surface, situable selon abscisses et ordonnées. Une autre façon de procéder, puisque nous voici en mathématiques appliquées, consisterait à nommer les angles plutôt que les côtés, ce qui permet de situer n’importe quel point à la distance désirée des quatre angles du Carré. Cependant nommer les côtés conserve ma préférence, avec son triangle de la subjectivation, surface immédiatement badigeonnable de votre couleur préférée, et pour encore d’autres raisons qui permettent de mieux figurer la réalité du concept.
  • 2 Par ailleurs non protégé. L’action du SNPPsy a consisté durant près de trois décennies à se préparer en cas d’une prévisible nécessité, à lutter pour la protection et usage du titre de psychothérapeute, en complément logique des dispositions de la loi sur le titre de psychologue. L’évolution des professions du psychisme s’est développée jusqu’ici en trois temps. Le premier, vit l’autonomisation de la psychiatrie par rapport à la neurologie, en 69, première disjonction entre organique et psychique. Le deuxième temps, auquel prit une part importante le sénateur Sueur, Claude Évin étant ministre de la Santé, fut la loi de 85 instituant et protégeant le titre de psychologue. Cette loi devait comporter un volet psychothérapie, ce volet, muré par les psychologues dans les Commissions DRASS d’homologation, ne se transforma jamais en porte. Un peu plus tard, les psychothérapeutes regroupés en méthodes-écoles au niveau européen inauguraient avec la Déclaration de Strasbourg leur propre porte. Le troisième temps vit l’aboutissement d’un processus entamé dès 1981 avec l’apparition du SNPPsy, avec la mise à l’ordre du jour en 2003, à l’issue des initiatives successives de M. Accoyer, d’une législation prenant en charge le statut de psychothérapeute.
    Lorsque le SNPPsy entama au cours des années 90 de définir la nature et spécificité du service en quoi consistait la psychothérapie (relationnelle avant la lettre, mais prétendant alors régir l’ensemble du champ psychothérapique), avec l’ouverture du dossier AFNOR, il procédait seulement à un travail de préparation du terrain étatique, en faisant en sorte de miner d’avance la logique administrative. Il s’agissait de ne pas risquer de se voir opposer un jour une définition exogène, administrativogène devrait-on dire, de notre identité. Avons-nous commis une imprudence ? il faudra un jour réexaminer le dossier de la question administrative.
    Aujourd’hui les conditions de reconnaissance du titre de psychothérapeute relationnel ont changé. Notre combat peut se poursuivre auprès des pouvoirs publics, mais le noyau identitaire de notre reconnaissance dépend de nous-mêmes, et des autres institutions se réclamant de la psychothérapie relationnelle. On peut parler en termes de processus, et penser que pour une part qui reste à déterminer notre reconnaissance est à présent acquise. On assiste tout simplement à l’institutionnalisation conflictuelle d’un champ disciplinaire et d’une profession.
  • 3 Parler de tautologie c’est dire que toute thérapie signifie relation, comme en d’autres temps où tout était qualifié de politique, ce qui abolissait l’efficacité du terme. Dire que toute thérapie est relationnelle représente plutôt une platitude qu’un “pléonasme”. En effet si par relation on signifie que deux personnes sont mises en présence et “relation”, comme dans le colloque médecin-malade, ou psychologue consultant, oui, en effet, elles s’adressent la parole, enfin, plutôt celui qui sait à celui qui recourt. Tant qu’on n’a pas défini la “structure et épistémologie de la relation”, pour reprendre l’expression de Jacques Durand-Dassier, on n’a encore rien dit. Est-elle prescriptive — un sujet prescrit, ordonne (ordonnance), à l’occasion de soin apporté à l’objet malade —, diagnostique (“— c’est grave docteur ?”), de conseil, ou dialogale, fondée sur le ressort relationnel même, processuelle, dans le cadre spécifique d’une rencontre-recherche entre sujets, un Je et un Tu procédant ensemble, au cours d’un cheminement vers la subjectivation de celui qui a entrepris la démarche auprès du professionnel qualifié dans cet art particulier ? et nous n’abordons pas dans cette description la dimension inconsciente, qui complexifie considérablement la figure. Décidément, parler de psychothérapie psychothérapique manifeste une cécité au concept impressionnante.
  • 4 Depuis 2003 on assiste à une vaste politique consistant à confisquer et détourner le terme de psychothérapie et la dénomination professionnelle de fait, de psychothérapeute, pour les constituer en titre d’un corps d’officiers de santé psychique, formés en trois ans à une action d’intervention et d’accompagnement psychologique protocolaire sous l’autorité de la médecine. On regrouperait ainsi toutes sortes de travailleurs sociaux, allant de l’infirmier psychiatrique à l’assistante sociale en passant par l’éducateur “spécialisé”, administrant du soin compassionnel comportementaliste et urgentiste sous autorité médicale. Véritables régulateurs du malaise psychique ordinaire, ces néopsys comme les dénomme J-F Cottes, calmeraient les fièvres des banlieues de l’âme.
    Il faut pour détourner à leur profit le terme sans encombre qu’il ne soit pas spécifié relationnel. Ce qualificatif constitue peut-être notre viatique de survie. M. Accoyer nous avait d’entrée de crise avisés qu’il nous laisserait une paix royale si nous nous contentions d’abandonner notre nom. L’Histoire dira ce qu’il adviendra de cette tentative de hold-up.
  • 5 L’InterCoPsycho, membre comme nous de la Coordination psy, nous venons de l’apprendre, se situe dans cette affaire de la même façon que nous. Nous nous réjouissons de nous retrouver en leur compagnie sur la même ligne politique.
  • 6 De psychothérapeute relationnel.
  • 7 Ce § n’a pas été soumis au vote. Il aborde une question débattue oralement, dont l’AG a adopté le principe du rajout dans le corps du Rapport moral.

Santé mentale à l’école

Le 11 décembre 2003, un texte de 50 pages est publié dans le numéro 46 du volumineux et hebdomadaire Bulletin officiel de l’éducation nationale par les ministères conjoints de la santé et de l’éducation, adressé aux recteurs d’académie, inspecteurs, directeurs et chefs d’établissement. Il s’agit de la circulaire n°2003-210 portant le titre : La santé des élèves, programme quinquennal de prévention et d’éducation. Ce texte, qui se situe dans la continuité des circulaires sur la santé des élèves, témoigne de la place grandissante, tentaculaire, que tend à prendre la notion de “santé mentale” dans les préoccupations de nos législateurs de l’éducation. Santé mentale dont les “troubles” seraient à traiter sur le même plan qu’un autre problème de santé. Un mot d’ordre est lancé : parvenir à une mobilisation générale pour le repérage des troubles et l’accès aux soins. L’accent est mis sur les troubles psychiques, bête noire et coupable qu’il faut tuer dans l’œuf. Les familles sont concernées, mais aussi et surtout l’école. L’intention est louable, mais à quel prix ? Les moyens préconisés vont du dépistage précoce généralisé en milieu scolaire, grâce à une formation théorique et pratique de la communauté éducative, à l’application de programmes de prévention, en passant par le renforcement de la collaboration avec le personnel de soins, notamment via des coordinateurs de réseaux et des médiateurs chargés d’accompagner les familles récalcitrantes à la démarche de soin. Tous seront munis de nouveaux outils : supports informatiques et carnet de santé comportant des données sur la santé psychique, ainsi qu’un guide d’action élaboré en partenariat avec l’Institut National de Promotion et Education à la Santé (INPES). On annonce également qu’un travail préalable de recherche est en cours, notamment un cycle triennal d’enquête en direction des élèves de troisième comportant un volet “santé psychique” et une enquête sur les collaborations entre équipe éducative et CMP/CMPP.

Ainsi nous y sommes, les ministères missionnent l’école d’être le principal agent de repérage des troubles psychiques, de prescription de soins, de contrôle des suivis, le tout selon les standards de la santé mentale internationale. Comment en est-on arrivé là ? S’agit-il d’une poussée de zèle sans conséquence de quelques-uns, issue d’un désir de bien faire pour tous et malgré chacun ? Sur quoi se fondent ces mesures? A tirer ce fil, on tombe sous une avalanche de rapports commandés depuis trois ans (INSERM, Inspection Générale des Affaires Sanitaires, Académie de Médecine…) qui compose le terreau de ces mesures. À leur lecture, on constate qu’ils se recoupent, s’étayent, se complètent, se font écho, parfois note pour note, tels les pupitres d’un chœur parfait. Que nous chantent-ils ?

Pour un dépistage précoce généralisé

Les rapports sont unanimes. Ils reprennent tour à tour le même cri d’alerte : le dépistage précoce est essentiel au pronostic. Une fois le trouble repéré, il faut le traiter de manière adéquate le plus vite possible. Il faut former tous les professionnels de l’enfance aux instruments d’évaluation préalablement validés. Au nom des risques suicidaires, la circulaire 210 indique que “tous les personnels – personnels de direction, d’enseignement, d’éducation, d’assistance éducative, d’accueil, de restauration, sociaux et de santé, administratifs et techniques, ainsi que les psychologues scolaires et les conseillers d’orientation-psychologues – doivent être attentifs aux signes de mal-être des enfants et des adolescents” (B.O. n° 46, p. VI). Secrétaires, proviseurs, cuisiniers : tous psys !

Ne soyons pas surpris, ceci était déjà avancé en 2002 par le rapport INSERM, Troubles mentaux : dépistage et prévention chez l’enfant et l’adolescent . Le style des Recommandations finales demeure prudent : “il conviendrait de sensibiliser les enseignants à explorer la richesse lexicale de l’enfant par la création de quelques items permettant de reconnaître d’éventuels dysfonctionnements.” (p. 826). Mais les chapitres précédents sont plus francs. Par exemple, il est préconisé page 575 l’utilisation de l’échelle de Conners pour évaluer le THADA (Trouble d’Hyperactivité Avec Déficit de l’Attention). “Ce questionnaire est de remplissage facile et rapide et aboutit à une quantification valide du trouble”. En plus, il existe déjà une “version pour enseignants” (p. 580).

Ces recommandations sont reprises dans un autre rapport INSERM plus récent (2003) : Santé des enfants et des adolescents, propositions pour la préserver. Après nous avoir rappelé que, conformément à la longue communication du ministre délégué à l’enseignement scolaire de février 2003 , “la mission confiée à l’école, en liaison étroite avec la famille, était de veiller au bien-être et à l’épanouissement physique, mental et social de l’élève”, le rapport recommande de “permettre à tous les personnels en contact avec les élèves d’être en mesure de repérer les signes de souffrance psychique” (p. 101). On retrouve juste après le projet d’un “guide” à destination des professionnels de l’éducation, élaboré en partenariat avec l’INPES. L’inspiration que trouvent les ministères dans les rapports INSERM n’a pas de quoi rassurer, surtout quand on découvre les privilèges qu’ils accordent aux programmes d’éducation comportementale en milieu scolaire, comme nec plus ultra de la prévention primaire. Nous le verrons plus loin.

Mais revenons, c’est le cas de le dire, à nos moutons. Bien entendu, cet appel à mobilisation est repris dans les copier-coller du fameux rapport Clery-Melin au “troisième axe de propositions d’actions prioritaires, mieux dépister et mieux traiter les troubles psychiques des enfants et adolescents, mieux promouvoir leur santé mentale” (p. 56). Les experts de l’Académie de Médecine, quant à eux, ne mâchent pas leur mot : “La maternelle et l’école élémentaire sont des lieux propices à la détection des anomalies du développement psychique” et ils préconisent l’élaboration d’instruments d’évaluation adapté à l’usage du personnel (Rapport adopté en juin 2003, Sur la santé mentale de l’enfant de la maternelle à la fin de l’école élémentaire, p. 5). L’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) enfonce le clou. Dans son rapport rendu en février 2003 intitulé La prévention sanitaire en direction des enfants et adolescents , on lit que “Le principal problème de l’institution scolaire est l’insuffisance de formation des maîtres en matière d’éducation et de promotion de la santé, comme de repérage des signes de la souffrance psychique” (p. 6). On trouve également page 43 du même rapport que “la crainte évidente de nombreux enseignants est de se trouver contraints d’abandonner leur métier au profit d’un métier d’animateur, de psychologue ou d’assistance sociale. C’est là que réside le principal malentendu (…) Il doit être clairement affirmé que la prise en compte des données de santé physique et psychique ne saurait en aucun cas le conduire à exercer un autre métier que le sien.” Dire une chose et son contraire, c’est un langage auquel nos experts sont rompus.

Qu’est-ce qui justifie une telle mobilisation ? Des chiffres. Enfin des chiffres, diront les chercheurs longtemps en mal de données épidémiologiques françaises. “Un enfant sur huit souffre d’un trouble mental en France” clame le rapport INSERM 2002 au début de sa synthèse page 776, tandis que le rapport IGAS 2003 commence avec les constats suivants : “Les comparaisons établies avec les pays de l’Union Européenne indiquent que les jeunes français fument plus, boivent plus d’alcool, consomment davantage de produits psycho-actifs et psychotropes, sont plus fréquemment contaminés par le VIH, meurent plus d’accidents de la circulation et se suicident plus. Il apparaît aux yeux des experts, que la surmortalité adolescente est liée essentiellement à la souffrance psychique” (p. 1). Voilà de quoi nous mettre en appétit pour mieux avaler les remèdes prescrits.

Le renforcement des collaborations

Le dépistage précoce, rendu impératif par les chiffres catastrophes, va de pair avec le renforcement des collaborations. Tout d’abord, il s’agit d’une collaboration avec les familles, le rapport IGAS 2003 insiste sur le “soutien aux parents”, particulièrement pour les populations à risques, notamment grâce à “l’élaboration d’outils méthodologiques partagés de surveillance et de suivis des familles fragilisées ou en situation sociale difficile.” (p. 61). Les deux experts de l’académie de médecine proposent que la collaboration prenne les atours de la formation. Dans leur générosité, ils nous gratifient d’une jolie redondance : “l’école maternelle devrait être un lieu de formation privilégié et naturel pour la formation à la parentalité” (p. 6).

Mais il est surtout question de collaboration avec les structures de soins, soient CMP/CMPP. Les rapports là aussi sont unanimes. Ceux de l’INSERM y sont particulièrement attentifs. D’ailleurs, un nouveau rapport INSERM est en cours d’élaboration spécialement sur cette question : Enquête sur les collaborations entre équipe éducative et équipe de CMP/CMPP, sous la direction de Marie CHOQUET. Les questionnaires adressés aux établissements scolaires et aux CMP/CMPP circulent déjà. Le contenu et le caractère fermé des questions ne laissent que peu de doute sur les conclusions du rapport. Exemple : Existe-t-il des rencontres instituées entre CMP/CMPP et l’ensemble des établissements scolaires de votre secteur, pour favoriser le repérage des signes de souffrance psychique des élèves ? (…) Veuillez décrire la dernière action de prévention collective en santé mentale à laquelle vous avez participé en milieu scolaire (…) Avez-vous déjà été sollicité pour des enfants en rupture scolaire ou en voie de déscolarisation ? (…) Avez-vous mis en place des modalités particulières permettant de recevoir dans un délai raccourci les situations de psychotraumatisme ? CMP, CMPP, tous pompiers ! Et flics aussi en passant : “lorsque vous avez eu connaissance de l’orientation par l’école d’un enfant vers le CMP/CMPP et si la famille n’a pas demandé de rendez-vous ou n’est pas venu au rendez-vous proposé, que faites-vous ?”

Dans le sens de cette collaboration, la Circulaire DGS/DGAS/DHOS/DPJJ n° 2002-282 du 3 mai 2002 relative à la prise en charge concertée des troubles psychiques des enfants et adolescents en grande difficulté avait déjà pris des dispositions par la “création de postes de coordonnateur par les agences régionales de l’hospitalisation, rattachés à la psychiatrie publique, chargés de développer les actions de prévention et le travail en réseau.” (article 3.3)

L’étau se resserre. Qu’en sera-t-il des enfants qui trouvaient dans l’injonction scolaire un contrepoids à l’injonction parentale (et vice-versa) par les vertus de leur éloignement ? Et ceux qui trouvaient dans l’accueil discret d’un soignant un contrepoint pacifiant aux injonctions nécessaires ? Ces questions n’effleurent aucun de nos experts.

Le contrôle des suivis

Sur ce point, la circulaire 210 de l’Education Nationale dépasse notre imagination. On lit, dans une des nombreuses annexes du texte, que, “en cas de dépistage d’un trouble”, il est transmis aux parents un “avis lui indiquant la nécessité de consulter un professionnel de santé”. La famille ou le professionnel consulté doivent avertir par “retour” que l’enfant a bien été vu par le système de soins. (…) Lors du bilan systématique, le médecin scolaire, en donnant l’avis à la famille, la prévient d’emblée qu’en cas de non-retour, un médiateur prendra contact avec elle afin de l’aider à surmonter des difficultés éventuelles.” (…) Ce médiateur, qui pourra être un personnel de la CPAM, sera muni d’un “ordre de mission comprenant des données très succinctes sur l’enfant”. Il sera chargé de “contacter la famille de l’enfant afin de vérifier les raisons du non-retour puis l’aider à accéder aux soins si nécessaire”. Ici la collaboration prend les allures d’un forçage.

Dans ce même texte, il est question d’informatiser les données à disposition du médiateur, et de rénover les carnets de santé dès la rentrée 2004. A son propos, les experts de l’Académie de Médecine affirment que “ses indicateurs de développement psychique devraient être évalués et éventuellement modifiés. A coté de lui, un dossier médical doit être proposé et formalisé. Il pourrait être informatisé afin de favoriser sa consultation, sous couvert du secret médical. (…) et il est indispensable que la CNIL [Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés] revienne sur sa décision de détruire les dossiers à six ans afin de permettre la comparaison des examens.” (p. 12). Le rapport de l’IGAS 2003 préconise la création “d’une page spécifique de questionnement sur le développement psychique affectif, cognitif et relationnel de l’enfant” et ajoute une note marketing à l’attention des familles illettrées : le carnet de santé “devrait être plus largement illustré sous forme de bande dessinée” (p. 62).

Des programmes de prévention généralisée

Le personnel éducatif ne devra pas seulement faire du dépistage, il devra faire de la “prévention généralisée”. En quoi consiste-elle ? Sur ce point, le rapport INSERM 2003 recommande la “formation de la communauté éducative aux programmes de développement des compétences psychosociales”. Un peu plus loin, on nous rappelle la définition de ce terme selon l’OMS : “c’est l’aptitude d’une personne à maintenir un état de bien-être mental en adoptant un comportement approprié et positif”. L’estime de soi en est le concept-clef. Ces programmes sont d’origine nord-américaine et s’utilisent en milieu scolaire.

Le premier s’appelle “Mieux vivre ensemble dès l’école maternelle”. Il se décline en fiches selon les niveaux de classe et se déroule en courtes séquences hebdomadaires. Les objectifs sont : repérer les sentiments très fréquemment éprouvés, savoir les nommer, associer les sentiments et les situations qui les favorisent, savoir relativiser un échec pour garder confiance en soi, être tolérant vis-à-vis des autres. Le programme utilise des lectures de textes, pictogrammes, diapo, vidéo, expression orale, mimes, dessins… (INSERM 2003, p.181-185). Ce programme est également recommandé par le plan Clery-Melin.

Le second s’appelle “I can do”. Plus structuré, il comporte 13 séances d’une heure. Il s’agit de “développer les stratégies cognitives et émotionnelles des enfants qui facilitent l’adaptation psychologique aux événements de vie stressants (séparation des parents, transitions scolaires, conflits avec les pairs) et réduisent le risque de troubles du comportement et d’échec scolaire. (…) Les 3 premières séances sont destinées à familiariser les enfants avec les différentes stratégies de “coping” ou stratégies d’ajustement ; les 5 situations de stress sont abordées au cours des 10 séances suivantes (2 séances par facteur de stress) : faire face à une perte, faire face à un déménagement, faire face à la différence, être autonome, faire face à la séparation ou au divorce des parents. (…) Matériel : manuel d’utilisation, films, textes, jeux” . Coût minime pour le matériel, pas de dépenses spécifiques si le programme est animé par l’enseignant. (INSERM 2003, p.187).

Il est proposé également, toujours en milieu scolaire, des programmes de prévention dits spécifiques. On découvre ainsi le “Penn optimism program organisé en milieu scolaire et destiné à des enfants obtenant des scores élevés de dépression”. Le Coping with stress course (INSERM 2003, p. 44). Le Coping with depression course (INSERM 2002, p. 694). Le STEP (School transition environment project) pour mieux passer d’une école à l’autre (p. 647). Le CODIP (Children of divorce intervention project), pour les enfants de parents divorcés (p. 648). Il y a même des programmes spécifiques pour les phobies dentaires. À chaque problème sa solution. Certains impliquent la présence des parents.

On l’aura compris, derrière les termes de prévention et de promotion de la santé mentale, l’école va être amenée à appliquer un traitement cognitivo-comportemental généralisé dont les résultats seront régulièrement évalués par un dépistage systématique.

Le “Dominique interactif”, logiciel d’évaluation de la santé mentale

On pourrait se dire que tout cela est peu réaliste, que cet arsenal de bonnes intentions coûterait malgré tout trop cher pour être adapté au contexte français, contexte par ailleurs trop résistant pour obéir à de telles mesures. Voici pour finir un exemple qui traduit la concrétisation galopante du projet ministériel.

Le “Dominique interactif” est un logiciel d’évaluation de la santé mentale mis au point par Jean Pierre VALLA (université de Montréal). Il est déjà répandu au Canada. J.-P. VALLA en fait très largement part dans la communication intitulée Approche de la santé mentale des enfants en milieu scolaire, co-signée avec Viviane KOVESS (Université Paris V), publiée dans le rapport INSERM 2002 (p. 871-887). Ce qui suit est un résumé qui reprend texto les phrases de cette communication.

“Il n’existe pas d’état des lieux sur la santé des enfants entre 6 et 11 ans. Pour y remédier, une enquête dans les écoles primaires est proposée. L’application du Dominique interactif a été choisi pour évaluer les problèmes de santé mentale des enfants de 6 à 11 ans en France métropolitaine. Le protocole de validation a impliqué quatre services universitaires de pédopsychiatrie à Strasbourg, Bordeaux, Paris, Montpellier. Les échantillons comportaient environ 150 enfants provenant des consultations de pédopsychiatrie et 200 enfants des écoles primaires.

Le Dominique interactif est une bande dessinée interactive multimédia constituée par des dessins en couleurs et des questions transmises par un système vocal. Ce questionnaire est auto-administré. Il est reconnu que cette approche augmente l’attention de l’enfant sur la tâche, sa compréhension et stimule son intérêt. Les dessins présentent les comportements et les réactions d’un jeune personnage nommé Dominique, dans des situations de la vie des enfants, à la maison, à l’école et avec d’autres enfants. Les réactions de Dominique sont normales ou non. Huit dessins montrent des enfants heureux ayant des réactions positives. Les réactions anormales concernent les problèmes de santé mentale les plus fréquents. L’enfant évalué doit dire si oui ou non il s’identifie à Dominique. Le Dominique interactif a été basé sur le DSM IV. Il présente immédiatement le résultat de l’évaluation au moyen de scores obtenus aux 7 problèmes de santé mentale : les troubles intériorisés (dépression, anxiété généralisée, angoisse de séparation, phobie simple) et extériorisés (hyperactivité et troubles de l’attention, opposition, troubles des conduites

Le Dominique interactif a l’avantage de fournir une évaluation indépendante de toute interprétation ou jugement de la part de l’évaluateur. Le Dominique interactif permet à l’enfant d’évoquer des problèmes plus facilement que ne le font les instruments classiques basés sur un interrogatoire effectué par un adulte clinicien. Lors de la passation du test, l’enfant est mis devant des situations concrètes, il clique, sans avoir à élaborer de réponse. Ainsi, la fidélité et la validité du Dominique sont-elles apparemment plus élevées que celles des instruments plus traditionnels. Il est rapide (20 minutes), très facile d’emploi pour le professionnel et présente l’avantage additionnel de la systématisation. L’ordinateur fournit instantanément des résultats.

A l’heure actuelle, beaucoup d’enfants n’ont pas accès aux services auxquels ils ont droit, car ils ne sont pas identifiés. Par sa facilité et sa rapidité d’utilisation, le Dominique interactif favorise l’intervention précoce, l’évaluation clinique et l’évaluation de l’efficacité de programmes d’intervention de groupe.

En France, l’utilisation de ce test en milieu scolaire pourrait permettre d’évaluer les troubles mentaux. Pour chaque groupe d’âge et de sexe, des facteurs de risques pourraient être recherchés selon les réponses des parents à un questionnaire concernant les antécédents familiaux, la relation parents-enfants, les événements de la vie familiale et leur propre santé mentale.

Un détail oublié par les auteurs : le test comprend différentes versions, pas seulement selon l’âge et l}e sexe, mais aussi la “race”. Tout un chacun pourra juger de lui-même en consultant le site internet de présentation et commercialisation du test, pour suivre une démo ou commander librement le CD Rom moyennant 50 dollars.

Le refrain de nos experts pourrait être entendu comme ceci : avec la mission de promotion de la santé mentale, les enseignants, n’auront plus à enseigner, ils se feront limiers, puis éducateurs cognitivo-comportementaux, sous l’œil d’un médecin scolaire, assisté de médiateurs de caisses d’assurances et de pompiers CMP/CMPP.

Au-delà du coup porté à l’éthique de nos pratiques, nous pouvons nous interroger : quelle école, pour nos enfants, quelle société pour l’Homme de demain ? De l’Homme, nos experts parlent bien peu. En effet, on remarquera que le rapport INSERM se termine sur cette recommandation : “développer des modèles animaux d’anomalies du développement”, afin de poser de nouvelles hypothèses étiopathogéniques testables chez l’animal.

Concertation Multilatérale le 10 janvier

Le SNPPsy
Psychothérapeutes relationnels & psychanalystes
COMMUNIQUE

lundi 12 décembre 2005

Le Ministère invite notre Syndicat à participer à une première réunion de “concertation multilatérale sur le projet de décret en Conseil d’État pris en application de l’article 52 sur l’usage du titre de psychothérapeute.”

Ainsi l’alerte que nous avons lancée en date du 25 novembre était-elle fondée. Conformément à la ligne déterminée de longue date, nous nous apprêtons à discuter avec détermination pour la reconnaissance de nos écoles et cursus, et de la validité des listes de nos membres “régulièrement inscrits” en conformité avec nos cinq critères sur nos registres.

C’était le 12 janvier 2003, pratiquement deux ans jour pour jour, que le Groupe de contact, conduit par la SPP, faisait admettre pour les psychanalystes “régulièrement inscrits” sur leurs registres un statut de mise à l’abri de l’inquisition préfectorale. Du chemin a été parcouru depuis. Nous aurons à cœur de ne pas permettre la répétition de mécanismes discriminatoires d’un autre âge.

Les psychothérapeutes relationnels ne doivent ni logiquement ni historiquement se trouver disjoints, en tant que relevant d’organismes responsables interlocuteurs réguliers du Ministère et mentionnés comme tels par le Ministre, du sort de leurs collègues psychanalystes, dont ils comptent de nombreux membres dans leurs rangs au point que cela figure dans leur appellation institutionnelle, et dont ils partagent l’épistémologie, l’éthique, une part considérable de la méthodologie (procès de subjectivation) et de l’héritage.

Nous accueillons favorablement la forme adoptée d’une concertation multilatérale en vue d’examiner l’ensemble des questions que la rédaction des décrets d’application de la loi pose aux quatre protagonistes du Carré psy. Les psychothérapeutes relationnels peuvent compter sur le SNPPsy pour soutenir leur pratique qualifiée et leur discipline qu’ils s’attachent à honorer dans la quotidienneté d’une pratique simplement honnête, depuis plus d’un tiers de siècle.

La psychothérapie relationnelle constitue depuis plus de trente années un domaine disciplinaire particulier. Elle est la psychothérapie qui fait de la relation et du travail relationnel — impliquant les deux protagonistes en présence, en interaction en qualité de sujets cherchant ensemble — le ressort du processus de subjectivation qu’elle instaure et conduit en toute rigueur.

Héritière de la psychothérapie institutionnelle, de la psychanalyse et de la psychologie humaniste existentialiste, elle a dans la seconde moitié du XXème siècle produit dans notre pays deux syndicats et deux fédérations à juste titre respectés.

Ses cinq critères de titularisation autoréglementaire et notre code de déontologie font classiquement référence. Ses praticiens bénéficient de parcours de formation approfondis, originaux, pluralistes, souvent pluri-disciplinaires, suivis au continu. Ils méritent qu’on les salue, et qu’on reconnaisse leurs écoles profondément novatrices dans le domaine de la clinique et de la théorie contemporaine relatives au procès de subjectivation.

La psychothérapie relationnelle a accompli un travail considérable de mise en relation et d’ouverture interdisciplinaire du côté de la sociologie, de l’anthropologie et de l’art, sans parler de la psychanalyse. L’aide qu’elle apporte à des millions de personnes dans notre pays, dans des conditions de responsabilisation financière et dans plus d’un cas d’une utile économie de surmédication mérite tout l’intérêt de leurs concitoyens et de leurs collègues des professions voisines.

Elle a entamé un irrésistible mouvement de professionnalisation qui touche enfin au but, et qui permet de mieux comprendre comment aujourd’hui on en arrive à la nécessaire concertation entre les professionnels des divers côtés du Carré psy.

En dépit des tensions, des clivages et des conflits — toutes choses bien connues en sciences humaines, nous considérons plus que jamais que la loi doit reconnaître la véritable utilité publique de cette discipline nouvelle et déjà mûre, de ses institutions, de ses écoles, de ses apports à une société qu’elle contribue chaque jour à faire évoluer vers plus de responsabilité et d’humanité.