VERBATIM 3

RÉUNION DU 7 AVRIL 2006
ORGANISÉE PAR
LE MINISTÈRE DE LA SANTÉ

EN VUE DE LA RÉDACTION
DES DÉCRETS D’APPLICATION
SUR L’USAGE DU TITRE DE PSYCHOTHÉRAPEUTE

Verbatim 3

Rédigé par Philippe Grauer

XAVIER BERTRAND, Ministre de la Santé : je voudrais vous remercier d’être venus participer à cette réunion et réagir au document qui vient de vous être remis. Deux réunions ont précédé celle-ci, au cours desquelles vous avez fait un certain nombre de remarques dont j’ai souhaité tenir compte. Je sais la difficulté des questions qui se posent, mais je suis persuadé qu’il existe une voie de passage, difficile mais pas impossible. Je ne reviendrai pas sur l’article 52. J’ai essayé de comprendre les motivations des uns et des autres. La loi vous le savez n’a pas vocation à créer une nouvelle profession de santé. Il y a pour les psychologues, médecins, psychanalystes une inquiétude.
Le projet de texte que vous avez sous les yeux apporte un certain nombre de garanties. Je souhaite qu’au cours de cette réunion nous puissions tout nous dire.

Ma conviction est qu’il y a une voie de passage, qu’elle ne rencontrera pas forcément l’unanimité, mais on doit pouvoir avancer. Que la parole soit libre lors de cette réunion. Depuis le grand nombre d’années que je suis engagé dans l’action publique, j’ai toujours eu à cœur d’essayer de comprendre et d’entendre. Je viens ici dans un esprit d’apaisement, à la recherche de solutions pragmatiques, acceptables par les uns et les autres.

Je laisse pour commencer la parole à Éric Rance en sa qualité de juriste, puis la parole vous reviendra.

ÉRIC RANCE : je vais commenter rapidement les modifications par rapport à texte passé. Ce nouveau texte comporte deux modifications essentielles.

a) elles concernent d’abord le contenu de la formation. Cela se trouve aux Articles 6 & 7. Le précédent avant-projet comportait un certain nombre de thèmes, les grandes théories, et les principales approches, ce qui a donné lieu à débat. On s’y référait à quatre approches. Nous avons modifié cela. Comme vous pouvez le constater nous avons désigné de façon plus large les principales approches en psychopathologie.
Par ailleurs avons indiqué que cette formation doit comporter au moins 150 heures de formation théorique et pratique en psychopathologie et un stage de quatre mois. Ce qui différencie le nouveau texte de l’initial qui renvoyait à un master.

b) ensuite nos modifications concernent l’application du texte aux différentes catégories visées. Sont inscrits de droit les titulaires d’un diplôme en médecine, en psychologie, ainsi que les psychanalystes régulièrement enregistrés associations.

Pour les autres, à l’article 3, se trouve un dispositif en trois temps.

— suivre la formation prévue aux articles 6 et 7 permettra de se réclamer du titre

— pour les professionnels déjà installés depuis plus de 5 ans, le texte décrit un système de production des attestations sans obligation de la formation décrite aux articles 6 & 7. L’idée pourrait être de prévoir que ces personnes ont effectivement bien l’expérience professionnelle, mais qu’il serait utile et nécessaire pour elles de procéder à une formation continue des 150 heures sans les 4 mois de stage

— enfin pour ceux exerçant depuis moins de 5 ans, il est prévu de leur donner un délai pour suivre la formation prévue aux articles 6 et 7, dans le cadre d’une autorisation temporaire allant jusqu’en 2010.

LILIA MAHJOUB (École de la Cause freudienne — ECF) : Monsieur le Ministre, après avoir lu le texte que vous nous avez distribué ce matin, je me permets de vous adresser toutes mes félicitations pour l’effort de clarté que j’ai pu y noter, ainsi que pour son orientation nouvelle qui tend vers une transparence et ne laisse personne de côté. Je voudrais vous faire part des points positifs que j’y ai trouvés.

XAVIER BERTRAND : évoquez je vous prie les autres aussi !

LILIA MAHJOUB : Oui, rassurez vous, Monsieur le Ministre, je compte bien y venir, car il y en a qui le sont un peu moins, en effet. Les points positifs sont donc :

— Tout d’abord, qu’il n’y a plus de référence au Ministère de l’Éducation nationale et que cela veut donc dire qu’il n’est plus envisagé de création d’un nouveau diplôme, un nouveau master, et que, par conséquent, il n’y aura pas non plus de nouvelle profession.

— Ensuite que les inscrits de droit sont bien des inscrits de droit. Il n’y a pas de conditions supplémentaires les concernant, comme dans le précédent avant-projet. Ainsi, même si nous n’approuvons pas la loi qui a été votée, en l’occurrence l’article 52, ce nouveau texte du projet de décret est fidèle à la loi. Il en respecte le texte.

— Un autre point positif est encore à souligner concernent le cahier des charges. Celui-ci est décrit de façon bien plus raisonnable. L’article 7 gagnerait cependant à être allégé. Je remarque que les “quatre approches” du précédent avant-projet ont disparu — ce que j’approuve hautement — et font place aux “principales approches”, et ce sans qu’il soit fait mention de quoi il s’agit.

— Maintenant, j’aborderai ce qui est moins positif, à savoir qu’il y a un flou dans le titre même de la Section II : “La formation commune théorique et pratique en psychopathologie clinique pour user du titre de psychothérapeute”. Cette formation concerne l’article 3 et plus précisément, dans celui-ci, les points I et III, c’est-à-dire les points qui visent ceux qui n’ont pas encore les cinq années d’expérience. Je trouve que ce titre de la Section II, comporte un élément contradictoire, le mot commune, dans “la formation minimale commune”, étant donné que celle-ci ne concerne pas l’ensemble de ceux qui voudraient user du titre de psychothérapeute, et qu’il y a une différence, à ce niveau, entre les inscrits de droit et ceux qui ne le sont pas.

— Une autre remarque maintenant, dans l’article 6, sur cette phrase : “Cette formation peut être confiée à l’université ou à des organismes passant convention avec l’Université”, et qui s’applique toujours à ceux que ne seraient pas inscrits de droit. C’est la formulation même que je trouve floue, et plus précisément la construction de la phrase entre le “peut être confiée” et le “ou à des organismes (…)”. L’université, c’est en effet quelque chose de très large et, vu son autonomie juridique, ainsi que je l’avais dit à la précédente concertation, elle peut avoir un pouvoir discrétionnaire, et notamment à l’égard de ces organismes de formation avec lesquels elle pourrait passer convention.

— Enfin, pour terminer, toujours à propos de ceux qui ne sont pas inscrits de droit, je dirais que l’introduction, ici, de la clause du grand-père qui s’avère généreuse pour ceux qui ont cinq années d’expérience, avec une déclaration sur l’honneur à faire, l’est bien moins pour ceux qui n’ont pas ces cinq années, et ce même s’ils ont déjà l’usage du titre. Je pense qu’on pourrait améliorer les choses, afin que la clause du grand-père soit aussi généreuse à leur égard. Voici ce que j’avais à dire pour le moment, Monsieur le Ministre. Je vous remercie de votre attention.

GÉRARD BAYLE (Société psychanalytique de Paris — SPP) : merci de nous recevoir et de nous faire travailler sur un document qui a été bien avancé.
Je vais partir de la section 2. Je suis d’accord avec la critique de la formulation de l’article 6. On pourrait se contenter de dire “confié à l’université”, sans peut-être et ou, qui rend le texte mou.
À l’article 7 : 4 mois, il conviendrait de préciser le nombre d’heures, 150 heures de stage serait intéressant. Ainsi nous aurions un stage substantiel comportant des exigences que nous pouvons comprendre.
À la fin de la première page, concernant l’attestation d’inscription à un annuaire de psychanalystes, il eut été utile de pouvoir faire en sorte que les associations existant déjà reconnaissent les émergeantes, ce qui nous garantirait contre l’autoproclamation de nouvelles sociétés indésirables.
Autre chose : quand je vois les praticiens de droit, ils ont en général une assurance professionnelle. Pour s’inscrire dans une préfecture, il serait opportun d’avoir une attestation d’assurance et d’en déposer la preuve.

DANIEL SECHTER (Conseil national des universitaires en psychiatrie — CNUP) : en premier lieu, j’émets les mêmes remarques concernant l’Article 6, supprimer le peut être écrire est confiée à l’université ou à des organismes passant conventions.
Ensuite, la durée minimale de quatre mois du stage pratique me paraît largement insuffisante. Nous devons nous souvenir qu’il y a mission de protéger des patients qui vont être soignés. M Vasseur avait demandé quatre ans, du type internat spécialisé ; un an serait intéressant.
Je voudrais soulever un deuxième point. Quelle que soit l’orientation psychothérapeutique, que l’attestation de formation en psychopathologie clinique soit exigée pour tout un chacun. Pour tous ceux qui doivent prendre en charge des patients, cette attestation devrait être exigible ; la VAE pourra permettre qu’elle soit obtenue dans les cas particuliers. Ce n’est pas en effet parce qu’on est docteur en médecine ou psychologue du travail ou autre qu’on a une formation en psychothérapie.

ANNICK CRAIGNOU (AFTCC) : effectivement on s’aperçoit que la loi qui prévoyait au départ que toute personne faisant “acte de soin auprès d’un patient”, etc, cet alinéa disparaît. Ainsi il suffira de dire je me suis autoproclamé psychothérapeute depuis 5 ans, pour que je continue de n’offrir aucune protection.
Cela représente une formation même pas a minima ! comment peut-on être psychothérapeute en 150 heures ! Et à partir de quel niveau ? ça n’est pas précisé. Il y a des points à revoir, cette rédaction représente une dangerosité pour les patients.
Par ailleurs, concernant l’article 7, lorsqu’il est écrit : “une reconnaissance des principales approches utilisées en psychothérapie”. Je proposerai de spécifier au moins : “des principales approches validées scientifiquement”. Il faut éviter l’émergence de n’importe quelle psychothérapie avec de gens insuffisamment formés.

MIREILLE BOUSKELA (Syndicat des psychologues en exercice libéral — SPEL) : ce décret ne change rien à la situation actuelle. Tous les pseudo psychothérapeutes et pseudo professionnels continueront d’exercer. Cinq années est-il mentionné, mais de quel exercice ? Nous savons très bien qu’il y a des “professionnels” formés en un week-end, qui vont ainsi se trouver validés facilement. Si je me résume, il n’y a plus de master à 5 ans, ce décret ne change rien à la situation actuelle, ce qui rend ce texte favorable aux phénomènes sectaires.

Il faut par ailleurs demander au moins un double de la déclaration auprès de l’Urssaf pour corroborer la déclaration. Tout professionnel en libéral doit procéder à une déclaration auprès de l’Urssaf, ce qui atteste qu’il s’agit bien d’une activité officielle. Comme plus de la moitié des praticiens en ville ne sont pas déclarés, on peut mesurer la difficulté. Nous avons adressé des lettres à Bercy : on nous propose de dénoncer les professionnels non déclarés. Nous nous y refusons, mais prévenons les ministres de cette situation de travail au noir.

XAVIER BERTRAND : mais nous ne sommes pas là au cœur du débat actuel. Il s’agit simplement dans le cas que vous évoquez d’appliquer la réglementation en vigueur. Revenez au vif du sujet.

MIREILLE BOUSKELA : certes, mais l’inscription à l’Urssaf constituerait la preuve qu’un professionnel a travaillé.

CHRISTIAN VASSEUR (syndicat national de psychiatrie — SNP) : je vous remercie Monsieur le Ministre (…) Je voudrait intervenir sur l’obligation de formation à la psychopathologie théorique et pratique comme sécurité. La formation en psychopathologie constituait la sécurité répondant au projet de l’article 52. Je propose une revue à la hausse. L’encadrement se trouve là très allégé. Il ne répond pas aux exigences. Il faut se soumettre à des contraintes, si l’on s’affiche comme soignant. C’est l’esprit de la loi sur la formation en France.Cela rend les pouvoirs publics responsables sur le titre. Ainsi, une attestation d’assurance, peut-être à rajouter, la précédente rédaction, à laquelle je n’étais pas tout à fait étranger, stipulait l’obligation d’une formation à la psychopathologie de niveau master. Je ne vois pas de raison que le niveau de ce qu’on est en devoir de requérir d’un psychothérapeute soit allégé de cette façon-là.

C’est à un stage de quatre ans que j’aurais pensé, il existe déjà des UFR de psychologie qui exigent quatre ans, l’équivalent de l’Internat, qui permet la formation par imprégnation dans le milieu de la souffrance psychique. C’est cela que nous visions quand nous avons voulu introduire le pré-requis de la psychopathologie.

XAVIER BERTRAND : 4 ans si vous êtes sévère, combien si vous êtes juste ?

CHRISTIAN VASSEUR : deux ans serait juste. Les psychologues se plaignent de ne pas avoir de formation, d’expérience pratique. Avec deux ans ils pourraient l’acquérir.

ALAIN BLANCHET (Société française de psychologie — SFP) : la SFP que je représente compte parmi les sociétés savantes les plus anciennes ici, ce qui lui confère quelque autorité. La Section 2 de ce document suscite de ma part un certain nombre de réflexions. Il faudrait d’abord enlever le peut être.
La formation à la psychothérapie implique la mise en œuvre de connaissances extrêmement importantes. Comme au Québec où il existe un clinicat de psychologues, nous souhaiterions un doctorat d’exercice. Il y a là une littérature considérable et mondiale. Or ce texte donne l’impression d’une véritable dépréciation.
J’ajoute que je comprends assez mal qu’un docteur en médecine, un inscrit sur une société de psychanalyse (il y a toutes sortes de telles sociétés, certaines ne m’inspirent pas forcément confiance quant au niveau de formation) soit de droit considéré comme psychothérapeutes. Il y a là selon moi nécessité de reprendre les choses et de donner un niveau européen au titre.

ROGER LÉCUYER (Fédération française des psychologues et de psychologie — FFPP) : il est clair qu’il ne s’agissait pas de créer une nouvelle profession de santé. Du point de vue du fait vous allez créer une nouvelle profession, de sous-psychologues. 150 heures ! Comment donner une formation digne de nom en 150 heures ?
La clause du grand-père généreuse, il le faut dans toute profession de ce type, mais si les conditions normales d’accès au titre sont beaucoup plus rigoureuses.
Je reviens sur l’article 2, tout le reste ne sert à rien si l’attestation d’inscription auprès d’une société de psychanalyse fonctionne de telle façon que n’importe qui puisse créer une telle société pour les besoins de la cause. Là on manque de sérieux.

MARC STRAUSS (École de psychanalyse des forums du champ lacanien — EPFCL) : Dans le fil de ce qui vient d’être dit, je demande une précision. L’inscription à un annuaire d’association de psychanalystes. Il faudra bien d’une manière ou d’une autre arriver à définir la liste des listes. Est-ce que cette tâche se verra confiée à des associations de psychanalystes ou non ? d’après ce que je sais des associations de psychanalystes, la formation en psychopathologie y est sérieuse et assez forte.

XAVIER BERTRAND : le juriste que je suis à l’origine me fait vous assurer qu’on ne revient pas sur la loi de 1901. Il n’y aura pas d’autorisation.

MARC STRAUSS : une association de psychanalystes qui se déclare comme telle sera donc reçue comme telle au ministère. Vous vous référez à la pratique psychothérapique, serait-ce une reconnaissance de toutes les formes de psychothérapie quelles qu’elles soient, une légitimation ? Vous affirmez que ce texte ne crée pas une nouvelle profession, voulez vous bien justifier cela ?

XAVIER BERTRAND : on n’est pas très loin de la frontière de la zone où nous nous remettrions à refaire ce débat. Je sais qu’avec les précédentes versions, on a frôlé la psychothérapie d’État. Un certain nombre d’avancées peuvent lever un certain nombre de préventions en la matière. Nous ne parviendrons pas forcément à des points de vue unanimes, je le sais bien, mais je crois que nous pouvons définir une issue.

BRUNO DAL-PALU (Psy en mouvement) : je suis président de Psy en mouvement, organisme qui regroupe les quatre profession psys. Je tiens à vous remercier pour votre arbitrage qui prend en compte nos débats avec Messieurs Brunelle et Basset.
Toutefois je voudrais attirer votre attention sur une seule crainte, c’est le dernier alinéa de l’article 2 page 1 de votre texte. En effet lors de notre première réunion de concertation, M. Basset nous a rappelé qu’en France tout le monde avait le droit de créer une association de psychanalyse. Dès lors avec la rédaction de cet alinéa, nous risquons d’assister à un déplacement de symptôme, c’est-à-dire que si les charlatans dénoncés par le législateur ou qualifiés de pseudos psys par d’autres, créent une association avec un annuaire de psychanalystes, ils auront de droit la double compétence : psychanalyste-psychothérapeute, à moindre frais, avec en prime comme effet pervers celui de discréditer la psychanalyse.

JACQUES MERMONT (Société française de thérapie familiale) : c’est la quadrature du cercle, le problème étant complexe …

XAVIER BERTRAND : je vous remercie de cette entrée en matière !…

JACQUES MERMONT : … je suis soucieux, sur le terrain du soin, de tous les travailleurs qui ne sont ni psychologues ni psychanalystes, les infirmiers, travailleurs sociaux, etc. Du fait qu’ils suivent des formations en thérapie familiale sur cinq ans, ils devraient accéder au même titre que les autres au titre de psychothérapeute. Ils travaillent, œuvrent dans le soin, au terme de formations souvent longues, il est légitime qu’ils puissent être reconnus.

ROLAND GORI : je m’associe également aux félicitations pour l’écoute et l’attention que vous avez bien voulu porter à toutes ces affaires complexes. Mon souci est le suivant.

1) je me fais l’écho des inquiétudes des psychologues et étudiants en psychologie. Ils sont inquiets du point de vue de leur formation en psychopathologie, d’un décret qui pourrait déboucher sur une nouvelle profession.

2) j’en viens aux articles 6 & 7, définissant le contenu de la formation. À partir du moment ou l’article 6 est flou, d’un flou dans le fond, l’article 7 définit étrangement les modalités de la formation en psychopathologie clinique. Il existe déjà des cursus balisés en psychologie et en psychiatrie. Je continue de formuler mes remarques concernant l’autonomie de l’université, qui propose des masters à habilitation, périodiquement révisées, ce qui devrait suffire. Or on a déjà dans cet avant-projet la feuille de route pour un nouveau master, une maquette de ce que pourrait être la formation à la psychologie clinique.

Aujourd’hui nous n’avons pas la présence des représentants de l’enseignement supérieur : qu’est-ce que cela signifie dans le dispositif de cette rencontre ? qu’est ce qui vous pousse à vouloir définir à l’article 7 les modalités d’une formation universitaire ?
Il suffirait de renvoyer aux formations à la psychopathologie clinique telles qu’elles existent en psychologie.

XAVIER BERTRAND : on ne va pas se battre pour trouver la solution dans d’autres ministères qu’ici. Et prendre plus de temps ne facilitera pas forcément la chose.

ROLAND GORI : oui bien sûr, on va dire “tels qu’ils existent dans le champ de l’université”. Mais j’insiste, il existe une communauté qui définit régulièrement ce qu’est la psychologie clinique. Ce qui n’empêche pas de passer des conventions avec des organismes hospitaliers.

XAVIER BERTRAND : étant donnée l’instance que je représente ici, cette formation sera confiée à l’université, avec ouverture vers les milieux existants, hospitaliers ou organismes de formation.

ROLAND GORI : “Tels qu’ils existent déjà dans différents cursus”. Ensuite par le moyen de la VAE il sera toujours loisible d’obtenir des équivalences. Pourquoi nous donner une feuille de route posant plus de problèmes qu’elle n’en résout ?

Le consensus d’une communauté scientifique est réglé régulièrement par les systèmes d’habilitation. Certes il n’y a jamais d’accord unanime, mais un système d’expertise c’est fait pour cela, et à un moment donné c’est tranché.

GÉRARD BAZALGETTE : je voudrais vous adresser quelques remarques de bon sens. Il me semblait que toutes les catégories devaient se voir soumises à une formation en psychopathologie. On le comprend très bien. La loi disait que toutes les catégories étaient concernées par la formation en psychopathologie. Est-ce qu’il suffirait d’être médecin ophtalmologiste pour s’inscrire de plein droit comme psychothérapeute ? Ça ne va pas. La notion de master ne suffit déjà pas, et là on est à un niveau encore plus flou. De toute façon la psychothérapie ne s’enseigne pas à l’université.

Une deuxième remarque de bon sens. 40 000 psychologues en France ont le désir de faire de la psychothérapie. À leur place je m’inscrirais dans une formation de 150 heures et 4 mois de stage.
Enfin parler des “principales approches” va mieux ; mais une nouvelle profession implicite se trouve créée, une sous-formation de psychologue, et ça, c’est extrêmement grave.

XAVIER BERTRAND : quelle est votre position ?

GÉRARD BAZALGETTE : un master de psychopathologie ou la thèse de psychiatrie, plus la VAE, qui offre le passage par des passerelles, conviendrait.

PATRICK AVRANE (Société de psychanalyse freudienne — SPF) : effectivement la formation universitaire est essentielle à mon sens, et d’un niveau conséquent nécessaire.
Je suis inquiet que l’inscription à une association de psychanalystes suffise. À partir du moment où cela représenterait l’intérêt d’éviter toute formation à la psychothérapie de s’inscrire à une société de psychanalyse, nous sommes dans une situation catastrophique. À l’heure actuelle les associations s’autoreconnaissent entre elles en réalité, mis à part l’École de la Cause. Il existe un consensus. Si vous ouvrez la porte à des sociétés qui ne seront faites que pour éviter le cursus, cela constitue un effet pervers grave pour les sociétés de psychanalystes ici présentes.

HEINEKEN (Fédération française de psychiatrie — FFP) : c’est difficile à comprendre par la majorité des psychiatres. Vu la législation (loi 4 mars 2002 et loi sur assurance maladie), comment les psychiatres pourraient admettre que le cœur de leur pratique puisse être réglementée par une formation aussi faible que celle que vous proposez !
Il est par ailleurs évident que cette formation doit être confiée à l’université, être je le répète au niveau actuel, et qu’elle doit s’appliquer à tous les médecins.

SERGE GINGER (FF2P et responsable de l’harmonisation européenne des formations à l’EAP) : nous tenons d’abord à vous féliciter Monsieur le Ministre pour votre synthèse remarquable, et vous exprimer combien nous apprécions que vous ayez surmonté la difficulté de faire tenir ensemble des points de vue souvent divergents.

Je constate avec plaisir le prestige croissant du titre de psychothérapeute — que tout le monde revendique ! Je voudrais reprendre les points principaux de ce document qui répondent aux attentes des psychothérapeutes certifiés (et je le souligne, pas autoproclamés) que sont ceux que nous représentons.

— il souligne la pluralité des approches sans constituer de liste arbitraire.

— il comporte mention des formations suivies en psychothérapie avec copie des certificats publics et privés.

— il reprend l’idée d’une formation en psychopathologie de durée raisonnable, compatible avec une formation en cours d’emploi de professionnels déjà engagés dans la vie active, sans en fixer le niveau, ce qui prévient le corporatisme.

— il évoque la possibilité de contrats de formation entre instituts privés et universités.

— il laisse entendre l’importance de la VAE, aujourd’hui en France inappliquée contrairement à la loi dans le secteur des psychologues, qui se sont arrogés ainsi un monopole illégal je le souligne.

— il comprend des mesures transitoires souples pour les professionnels travaillant depuis plus de 5 ans à la date du décret.

Tout ceci est de nature à rassurer nos membres. Je tiens à rappeler que pour nous la psychopathologie ne représente qu’une petite partie de la formation à la psychothérapie, qui compte non pas 150 h, mais plus de dix fois davantage, puisque nous exigeons 4 à 5 années de formation à partir d’un niveau bac + 3, cette formation comportant :
— une psychanalyse ou psychothérapie personnelle ;
— une sélection sévère à l’admission (50 % de refusés) ;
— une formation théorique et méthodologique approfondie à une méthode scientifique de psychothérapie ;
— une pratique de 2 années sous supervision régulière ;
— un engagement déontologique ;
— une accréditation par une commission nationale de pairs.

Je confirme que nous exigeons aussi, bien entendu, une déclaration officielle à l’URSSAF et une assurance professionnelle (ces dernières dispositions pourraient se voir ajoutées dans le décret).

Quant au CEP (Certificat européen de psychothérapie), il implique 3 200 h de formation en 7 ans. À ce sujet, je voudrais signaler avant de m’arrêter, que nous faisons partie de l’Europe et qu’il serait curieux que la France marche à reculons. Ken Evans nous signale que la Grande Bretagne est en train de préparer une loi, ouverte à toutes les professions d’origine, basée sur les exigences qui sont les nôtres. Il en est de même en Belgique. Les Pays-Bas viennent de réviser leur loi qui réservait l’accession au titre aux seuls psychologues et médecins. Quant au Conseil d’État italien, il vient de casser un jugement en appel qui voulait interdire l’exercice de la profession à un autrichien titulaire du CEP, au motif qu’il ne répondait pas aux conditions restrictives de la loi italienne : la décision du Conseil d’État s’appuie sur une directive européenne de liberté de circulation des professionnels et de reconnaissance internationale des diplômes. Il est donc heureux que la France se rapproche maintenant des directives européennes, au lieu de légiférer à contre-courant.

JEAN-MICHEL FOURCADE (Association fédérative française des organismes de psychothérapie — AFFOP) : je remercie Monsieur le Ministre et MM. Brunelle et Basset pour l’énorme travail accompli. La nouvelle rédaction du projet de décret constitue un progrès considérable parce qu’elle met fin à une confusion qui rendait le premier projet inacceptable : la formation à la psychopathologie ne représente qu’une partie de la formation à la psychothérapie. Le premier projet confondait les deux en créant un master de psychopathologie, c’est-à-dire cinq années d’études, ce qui créait ainsi le métier de psychopathologue —qui n’est nullement le métier de psychothérapeute. Je rappelle que selon les critères européens une formation de Bac plus cinq c’est la durée de formation à une profession.

D’autre part ce projet prévoit explicitement le rôle des instituts privés de formation — à la psychothérapie mais aussi de fait à la psychanalyse — en coopération avec l’Université. Ceci est légitime car on ne forme pas des psychanalystes et des psychothérapeutes relationnels à l’Université. Ce projet de décret ramène la formation à la psychopathologie à sa juste mesure dans la formation à la psychothérapie.

En ce qui concerne l’inscription sur les listes départementales, M. Rance a indiqué au début de cette réunion qu’il faudrait peut-être ajouter au texte du projet des conditions supplémentaires, qu’il s’agisse des grands-pères ou des débutants. Nous serons vigilants à ce que ne se reproduisent pas les barrages mis en place par les psychologues. Nous nous souvenons très bien de la façon dont ceux-ci ont procédé afin qui que l’homologation pour les psychothérapeutes au titre de psychologue prévue par le ministre soit tout simplement neutralisée.

JEAN COTTRAUX : je soutiendrais deux ans d’internat. Ce qui me chiffonne c’est que le terme “scientifique” manque pour qualifier les approches. Je pense qu’il faut maintenir l’idée d’un pluralisme, contrairement à ce que soutient M. Roland Gori. C’est à l’université de faire ce travail d’exposer l’ensemble des approches, c’est son métier.

XAVIER BERTRAND : vous inscririez est plutôt que peut être ?

JEAN COTTRAUX : doit, même !

B. VANDERMERSCH (Association lacanienne internationale — ALI) : j’aimerais appuyer la nécessité que la formation soit confiée à l’université, il n’y a d’ailleurs pas lieu de dire scientificité, rationalité suffirait, quoique ce ne soit pas dans l’usage.
Les méthodes utilisées en psychothérapie ne constituent pas une science, c’est bien pour cela qu’il faut obliger le passage par l’université.

MICHÈLE CLÉMENT (SNP) : Monsieur le Ministre, merci de votre présence qui atteste de votre intérêt pour la santé publique des Français qui, vous le savez, n’est pas très bonne.
Depuis 50 ans, le SNP participe activement à tous les travaux concernant la profession de psychologue et a contribué à beaucoup d’avancées. Nous travaillons actuellement, et ce depuis plusieurs mois avec Mr. Brunelle, et aujourd’hui, vous nous voyez très surpris par le nouveau projet de décret de l’article 52 que vous nous soumettez. Rien ne laissait augurer un tel texte de “qualification” à une forte baisse qui, pour nous, est encore moins acceptable que celui de janvier. L’absence de garanties pour le public, alors que l’intention première du législateur était de lutter contre les dérives sectaires, est flagrante. Plus de formation obligée à l’université, mais “sous convention avec”, 150 heures (environ 4 semaines) de formation théorique, et un stage de 4 mois dont la durée en heures n’est pas fixée.
La DES a disparu des attendus, le cahier des charges étant du ressort du ministre de la Santé. Les médecins de droit, ont-ils une formation, ne serait-ce qu’en psychologie ? A ma connaissance, elle est de l’ordre d’une soixantaine d’heures. Les psychanalystes, s’ils sont inscrits dans l’annuaire de leur association, votre argument de garantie contre déclaration en préfecture interroge un peu. Quant aux contours des autres, hormis les psychologues et les psychiatres, bien sûr, nous restons plus qu’inquiets.

Nous défendons le concept de santé globale avancé par l’OMS et nous ne pouvons accepter que le public ne puisse bénéficier de prestations de haute qualification. Ces professionnels existent déjà, formés par les universités, qui d’ailleurs diplôment 3 000 psychologues par an qui, tous, ne trouvent pas de travail. Il ne nous est pas possible de souscrire à vos propositions. Il vous a été confié la résolution de la quadrature du cercle, vous n’y êtes pas parvenu et c’est bien normal, donc nous ne vous décernerons pas un diplôme pour réussite. Nous allons retourner auprès des élus de la Nation, à l’origine de la loi, cela vous soulagera, pour les informer de la non-réalisation de leurs intentions premières. Nous appelons d’ailleurs à une mobilisation générale de tous les mécontents de cet avant-projet de décret.

XB : Je n’ai pas besoin d’être soulagé et je repose la question : peut-on avancer ou non l’un vers l’autre ?

MC : Sur la reconnaissance, pleine et entière, des compétences des psychologues, y compris sur la question des psychothérapies. Compétences qui pourraient être encore mieux garanties, consolidées, par la légalisation de leur Code de Déontologie et la mise en lumière de leur spécificité qui est du champ des ressources humaines et non du champ médical, ainsi que de les structurer en un espace juridique autre que celui du Code de la Santé.

XB : Vous ne répondez pas à ma question.

CATHERINE MATHELIN (Espace analytique) : merci pour le travail difficile que vous avez effectué et d’avoir tenu compte de nos remarques. Nous sommes étonnés que l’université, assez grande pour proposer elle même ces formations-là, ne se voie pas confier la charge de les définir. Il me semblerait logique que les responsables en débattent ensemble. Par ailleurs le cahier des charges nous a semblé étonnant. Vous nous voyez inquiets à propos des 150 heures et du stage pratique, extrêmement léger ; un niveau master, correspondant au niveau international de psychologie, représenterait quelque chose de beaucoup plus sérieux.
Quand on voit des gens qui travaillent déjà depuis cinq ans comme psychothérapeutes, mais tout le monde peut faire cela !

ALAIN NAISSANT (PSYG) : Nous représentons le Groupement syndical des praticiens de la psychologie, psychothérapie, psychanalyse en exercice libéral. Nos membres sont des psychologues, des psychothérapeutes et des psychanalystes. Créé il y a 40 ans, notre syndicat a eu le temps de réfléchir à ce qu’est une formation de psychothérapeute et d’en examiner la réalité.

La formation d’un psychothérapeute c’est :

— une formation en psychopathologie

— une formation approfondie dans au moins une technique de psychothérapi

— un travail personnel, c’est-à-dire une psychanalyse ou une psychothérapie, car il est indispensable de travailler sa personne en tant qu’outil thérapeutique, et ce volet représente un outil considérable.

Ainsi, concernant la formation initiale de psychothérapeute l’avant-projet de la loi ne prévoit qu’une formation en psychopathologie. C’est évidemment insuffisant. Résultat :

— il s’agissait de lutter contre les personnes insuffisamment formées, la loi en produirait des milliers avec un titre officiel

— il s’agissait de lutter contre les sectes, la loi permettrait à leurs adeptes d’obtenir sans difficulté ce titre et de pratiquer, sans avoir de compte à rendre à personne et sans méfiance du public, selon des techniques sectaires puisque la pratique reste libre et que l’on ne peut la réglementer.

Il ne faut d’ailleurs pas ignorer qu’en psychothérapie ce n’est pas tant la technique qui compte, mais la façon de la pratiquer et les objectifs que l’on souhaite atteindre.

DANIÈLE LÉVY (Cercle freudien) : j’appartiens au Cercle freudien, j’aimerais ici évoquer le nom de Freud, peut-être vaudrait-il mieux se taire. Il y a des choses cependant sur lesquelles un freudien ne peut pas ne pas insister.

— je parlerais de rationalité plutôt que de scientificité : l’université la garantit. C’est pourquoi il faut confier à l’université la mission de dispenser la psychopathologie.

— la psychothérapie, elle, ne s’enseigne pas à l’université, la responsabilité doit en revenir aux organismes professionnels.

— si les sociétés de psychanalyse ont quelque chose à proposer concernant la question des dérives, elles devront s’adresser à l’État pour régler ce genre de question.

PHILIPPE GRAUER (Syndicat national des praticiens en psychothérapie — psychothérapeutes relationnels et psychanalystes — SNPPsy) : je vous remercie Monsieur le Ministre, et je remercie Monsieur Brunelle pour le travail de dégagement effectué depuis la dernière fois. Effectivement nous sommes en place depuis plus de trente ans, nos institutions sont solides, responsables, respectables. Les écoles agréées par nos soins forment des étudiants à la psychothérapie relationnelle en cinq années universitaires et davantage. Nos étudiants ont effectué une psychothérapie relationnelle, ou une psychanalyse d’ailleurs, selon des parcours personnels qui peuvent atteindre la dizaine d’années, on est assez loin des 150 heures dont se gaussent certains ici. Nos cursus et filières répondent au critère de rationalité. Nous disposons par ailleurs d’un système de titularisation par les pairs qui complète et valide l’édifice . Nous n’avons par conséquent rien à voir avec les sous-psys avec lesquels il faut arrêter de nous confondre. Nos organisations se considèrent comme responsables de la qualité des psychothérapeutes relationnels qu’elles regroupent. Ce projet de décret peut prendre tout cela en compte.

Il me reste deux soucis à évoquer. Le premier concerne l’inscription sur des listes. Nous avons déjà fait l’expérience du passage au crible par les psychologues lors de l’affaire de l’homologation au titre de psychologue, à la suite de la loi de 1985. Nous avons été selon le propos même du Conseiller du ministre, l’objet d’un règlement de compte parfaitement scandaleux, et souhaitons que toute disposition soit prise pour que la loi ne soit pas bafouée une seconde fois à notre détriment par les mêmes.

Mon second point est le suivant. Il est connu que la psychologie est la discipline qui ne respecte pas la loi dans ce domaine. Nous ne pouvons strictement pas faire confiance aux institutions universitaires en psychologie pour délivrer honnêtement des VAE, pas davantage dans beaucoup de lieux pour établir des partenariats et contrats relatifs à la formation entre nos écoles et des UFR de psychologie. Que ce champ reste problématique ne laisse pas de nous inquiéter.

VIVIANE THIBAUDIER (Société française de psychologie analytique — SFPA) : je voudrais souligner l’importance de l’engagement déontologique, qui garantit une éthique en conformité avec la législation en vigueur.

XAVIER BERTRAND : nous sommes ici pour que soient signalées les dérives possibles.

DOMINIQUE CUPA (SPP) : il s’agit dans ce projet d’une formation à la psychopathologie bien entendu et non à la psychothérapie. Nous aimerions davantage de stages qu’actuellement. L’habilitation en psychologie par master existe déjà. La formation en psychopathologie devrait mobiliser les deux ministères, ce serait bien qu’ils interviennent ensemble lors de l’habilitation de nos diplômes.

GÉRARD BAZALGETTE : que va-t-il advenir de tout ce que nous sommes en train de nous dire ? Le grand ensemble des intervenants à l’exception des associations de psychothérapeutes et pour cause, a dit la même chose, qu’il fallait respecter l’esprit de la loi. Que tout le monde doit faire de la psychopathologie pour être psychothérapeute. L’esprit de la loi est qu’on ne parle pas de formation à la psychothérapie. Cette discipline ne peut pas être enseignée à l’université, ce serait absurde. Les associations de psychothérapeutes ouvrent à une formation de psychothérapeutes qui allège singulièrement la formation à la psychopathologie. Mais la plupart des gens ici ne s’y retrouvent pas.

XAVIER BERTRAND : quand vous me dites tout le monde ici est d’accord sauf Untel Untel et Untel, ça ne fait plus du tout tout le monde. Je suis attaché par éthique au service après vote. Mettre la poussière sous le tapis en laissant aux suivants le soin de la découvrir quand ils le soulèveront n’est pas mon fait. On n’est pas dans le laisser-faire non plus. Je ne suis pas sûr qu’au-delà des arrières-pensées et de ce que l’on craint, il y ait vraiment à craindre.

BERNARD BASSET : je rappelle qu’on demande un apport de connaissances sur les pratiques et qu’on ne propose pas de formation à la pratique. On demande à ceux qui l’ont déjà parcouru, de décrire leur cursus.

GÉRARD BAZALGETTE : si j’ai dit ce que j’avais à dire, c’est pour soutenir qu’il serait juste d’introduire de la cohérence dans ce texte, contre la satisfaction de certains autres ici.
Ainsi la connaissance des principales approches dans la formule légale suppose une formation professionnalisante dans ces diverses approches. Il y a quelque chose là qui peut être modifié facilement. On pourrait parler des diverses théories psychothérapiques sous-tendant les diverses psychothérapies.

ALAIN ABELHAUSER (SIUEERPP) : je voudrai saborder la question de la VAE en psychologie. J’entends bien le souci que vous avez eu d’inscrire une formation minimale en psychopathologie : ne pas trop par là participer à la création d’une nouvelle profession. J’entends qu’il ne suffit pas d’être médecin ou psychologue pour pouvoir prétendre au titre de psychothérapeute. Votre base minimale requise, avec une formation minimale en psychopathologie, pose problème. Avec les trois premières années d’études de la licence, tout psychologue en se référant à votre base, pourra se prétendre psychothérapeute, c’est contraire à ce qui avait été prévu par la loi.

ANNICK CRAIGNOU : cette loi n’évoque pas la formation à la psychothérapie. On sait que l’université ne forme pas à la psychothérapie, qu’au moins dans le cadre de la loi, la formation en psychopathologie à l’université, est l’équivalent d’un niveau master, ce qui est différent.

Nous tenons aussi à insister qu’effectivement il existe diverses approches. Il faut les porter au moins à la connaissance des étudiants, ce qui n’est pas fait, on le sait bien. Porter à leur connaissance les grands courants scientifiquement validés. Si ça ne figure pas dans la loi ça continuera exactement comme c’est à l’heure actuelle.
On recommande également (à la DGS) l’évaluation des pratiques. Il faudrait avoir en ce domaine les compétences nécessaires. Si on ne produit pas de professionnels de qualité, cela nous mettra en difficulté.

MICHEL MEIGNANT (FF2P) : je vous remercie beaucoup d’avoir reçu les psychothérapeutes, ce qui n’était pas le cas autrefois, vous nous reconnaissez aussi dans clause de grand-parentage, en maintenant en exercice des psychothérapeutes compétents et bien formés.
Je voudrais dire une deuxième chose. J’ai fait partie de la commission permanente des psychologues européens, nous avons établi ensemble qu’ils devaient pratiquer deux ans de psychologie et ensuite trois ans d’école de psychothérapie. On sort actuellement de bons psychologues mais qui ne sont pas encore psychothérapeutes.

JEAN-JACQUES LABOUTIÈRE (Fédération française de psychiatrie — FFP) : la Fédération française de psychiatrie se félicite de la suppression de l’article 8 du projet de décret, notamment de l’énumération des “psychothérapies scientifiquement validées”.

En revanche, la FFP demeure attachée à ce que le titre de psychothérapeute suppose un niveau de formation élevé en psychopathologie. Cette formation doit être confiée à l’Université, qui décidera ensuite de passer ou non des conventions avec des organismes privés.

En outre, à une époque où les exigences des tutelles sur la qualité des pratiques médicales imposent aux médecins sans cesse plus de contraintes, les psychiatres auront du mal à comprendre que l’on puisse prétendre au titre de psychothérapeute avec une formation préalable à la psychopathologie aussi faible que celle qui est proposée dans cette nouvelle version du décret.

C’est pourquoi la FFP considère que les seules formations à la psychopathologie valides pour autoriser le titre de psychothérapeutes sont le D.E.S. de psychiatrie ou le master de psychopathologie existant déjà et qu’il n’y a nul besoin de créer d’autres formations. De ce fait, les médecins non psychiatres, qui ne bénéficient au mieux que d’une soixantaine d’heures de formation en psychologie et en psychiatrie au cours du tronc commun des études médicales et d’un stage de quatre mois en psychiatrie non obligatoire ne sauraient bénéficier de droit du titre de psychothérapeute.

JACQUES SÉDAT : (Espace analytique, secrétaire du Groupe de contact) : j’ai un souci. L’article 2 comportant l’attestation d’inscription sur un annuaire de psychanalyse. L’effet pervers, c’est que n’importe quelle association voie le jour et invalide l’ensemble de la référence à la psychanalyse.

PATRICK AVRANE : il faut réintroduire la formulation précédente : formation en psychopathologie pour tous !

XAVIER BERTRAND : revenir en arrière ne permet pas forcément d’avancer.

ALAIN ABELHAUSER : l’usage du titre pourra-t-il donner lieu à des emplois dans la fonction publique ?

XAVIER BERTRAND : il y a des textes là-dessus. Je comprends les questions que vous pouvez vous poser mais on est en train de travailler en permanence sur des activités qui existent.

LILIA MAHJOUB : Monsieur le Ministre, je voudrais donner mon avis, brièvement, à propos de l’un des trois points sur lesquels vous avez souhaité que nous nous exprimions. Il s’agit de celui concernant les dérives possibles, mais je voudrais dire avant, vu que l’École de la Cause freudienne a été stigmatisée il y a un instant, que j’ai salué d’entrée de jeu, au nom de celle-ci, le fait que ce nouveau texte respectait la loi et ne l’excédait en aucun cas.

Je voudrais maintenant reprendre une distinction que vous avez vous-même évoquée, Monsieur de Ministre, pour bien la souligner. Il est, en effet, important de faire la différence entre tout d’abord la déclaration d’une association selon la loi 1901, que chacun est toujours libre de faire, et dans un second temps l’autorisation, ce qui fonde une association, en rapport avec la formation dont elle se réclame. Il est en effet important de rappeler qu’aucun diplôme ne pourra garantir une formation relative à l’objet qui nous intéresse, c’est-à-dire cette matière que nous appelons pour notre part réalité psychique, mais à laquelle d’autres noms pourraient être donnés, comme celui d’inconscient.

Bref, aucune garantie ne peut être fournie dans ce domaine à partir d’un diplôme, et l’Université a été jusque-là raisonnable en ne délivrant pas de titre de psychothérapeute. Ce sont les associations s’autorisant à cette formation qui ont à régler cela, concernant également les questions de déontologie, et tout ce qui pourrait surgir comme litige, puisqu’on parlait tout à l’heure de dérive. Ce sont à elles d’en juger et même aussi de se donner les moyens de se faire reconnaître, et partant de pouvoir s’adresser elles-mêmes à l’État. Si je dis cela, c’est parce que je suis pour la liberté.

ROGER LÉCUYER : aucune association de psychologues n’est satisfaite …

XB : ce n’est pas ce que j’ai entendu.

ROGER LÉCUYER : nous représentons 40 000 psychologues, et les formons à raison de 5000 par an. Ce projet constitue une attaque frontale contre ces professions.

XAVIER BERTRAND : je n’ai pas le sentiment qu’elles soient complètement oubliées, il me semble que les textes présentés offrent un certain nombre de prises en compte.

ROGER LÉCUYER : un master à 150 heures !

XAVIER BERTRAND : cela ne requiert pas la fermeté que vous demandiez à l’instant.

CHRISTIAN VASSEUR : vous n’assistez là à rien de nouveau sous le soleil éthique et scientifique mêlé de corporatisme. Ce dont il est question dans cette affaire, c’est le titre et une fonction sous garantie d’État. À quoi l’État s’engage-t-il ? nous avons un garde-fou, la formation à la psychopathologie. Donner au psychothérapeute lui même une capacité à avoir une sécurité interne, cela n’est pas négociable. Il s’agit bien de préparer le soin psychique de notre société, le soin en santé mentale. Le repère à un tronc commun en psychopathologie toujours reconnu, voici un noyau dur lui-même non négociable.

XAVIER BERTRAND : je ne voudrais pas donner le sentiment qu’il puisse y avoir une déclaration commune, mais quand vous dites il faut qu’aucun de nous ne soit remis en cause, c’est une phrase pour moi à méditer.
Je n’ai pas pour habitude du retour en arrière. Ce que j’ai vu aujourd’hui m’a permis de bien identifier les besoins de chacun. J’aimerais sous quinzaine recevoir vos propositions d’amélioration du texte.

Ce que je vous demande sincèrement c’est de voir si vous avez envie d’avancer, et alors faites-le. Vers une position commune, pas consensuelle ni unanime, mais dans l’intérêt du patient, et du principe de liberté de choix, de qualité également. Je n’ai pas envie de mettre en place un système étatique en la matière. J’ai le sentiment que nous pouvons trouver une voie de passe et une solution, qu’avec de la bonne volonté on peut faire progresser les choses.
Je ne peux pas m’empêcher de penser que si vous êtes ouverts sur ce sujet on peut encore améliorer les choses. Je suis content de cette réunion.

De retour du Ministère

Changement de décor, de programme, d’acteurs, au Ministère de la Santé où le ministre Xavier Bertrand prend en main avec détermination une nouvelle donne dynamique après l’échec de la négociation conduite par le sous-directeur de la Direction générale de la Santé (apparentée Inserm).

Nous arrivons nous attendant à un passage en force à la Villepin, et nous voici heureusement pris à contre-pied par un avant-projet ligne basse ou ligne ouverte comme on voudra, telle que nous l’avait promise avant le 21 février sans qu’on l’ait jusqu’ici vue apparaître le Conseiller Brunelle, tout à fait raisonnable.

Le projet comporte deux sections.

I — La première inscrit sur un registre national des psychothérapeutes, à leur demande

a) les trois catégories de droit : médecins, psychologues, psychanalystes régulièrement inscrits sur leur annuaire associatif

b) les autres, nous, répartis en trois sections

• “grands-parents” justifiant d’au moins cinq années d’expérience en qualité de psychothérapeute à la date de publication du décret

• moins de cinq ans d’expérience, inscrits à titre temporaire jusqu’au 1er janvier 2010, leur maintien sur la liste au-delà étant subordonné à la production de l’attestation de formation en psychopathologie clinique tel que prévu au régime commun, art. 6

• professionnels nouveaux après la publication du décret moyennant deux conditions et une annexe :

— formation en psychopathologie clinique (article 6)

— déclaration sur l’honneur accompagnée des pièces justificatives des “autres formations suivies dans le domaine de la pratique de la psychothérapie”

— à quoi annexer le cas échéant l’attestation de diplôme relatif à une profession réglementée dans le champ sanitaire et social.

II — La seconde comporte deux articles, le 6 et le 7.

• le 6 impose une formation théorique et pratique en psychologie clinique, qui “peut être confiée à l’université ou à des organismes passant convention avec l’Université”

• le 7 définit le “cahier des charges fixé par arrêté du ministre chargé de la santé” : formation théorique de 150 heures, stage pratique d’une durée minimale de quatre mois (fractionnable en cas de besoin) dans un établissement de santé ou médico-social.

Le programme en quatre points dit qu’il faut acquérir

— “une connaissance des fonctionnements et processus psychiques;

— une capacité de discernement des grandes pathologies psychiatriques ;

— une connaissance des différentes théories se rapportant à la psychopathologie;

— une connaissance des principales approches utilisées en psychothérapie.”

Nous commenterons dans le détail ultérieurement l’ensemble du texte, et publierons dès qu’établi le Verbatim 3 de la réunion.

À chaud, avec les réserves qui restent les nôtres, nous saluons l’avancée que ce texte constitue. Sachant que nos écoles fournissent une formation de qualité élevée pour une durée de cinq années (universitaires) au moins aux psychothérapeutes relationnels qu’elles prennent en charge, nous conservons le sentiment que nous ne contribuerons pas pour notre part à la production des sous-psys que nous n’étions pas les seuls à craindre, nos confrères psychologues en particulier s’en alertant légitimement.

Une première réserve provient du fait que nous administrons fort bien la psychopathologie dont nous avons besoin, et que passer des accords avec la plupart des UFR de psychologie dominées par les TCC risque d’être sportif.

Une deuxième réserve interroge la nécessité de former les médecins au même titre que les autres.

Une troisième réserve remarquerait que nos écoles sont lisibles en filigrane dans le décret, mais en filigrane seulement, avec le risque d’effacement que cela comporte.

Et nous en nourrissons quelques autres, par exemple relativement aux craintes de rendre possibles d’ultérieures opérations sous-psys. Nous répétons qu’en ce qui nous concerne nous sommes à la hauteur des attentes légitimes du public et des pouvoirs publics relatives à la qualité des psychothérapeutes que le Snppsy titularise après sortie de nos écoles agréées.

Nous avons exposé par ailleurs que nos cinq critères et notre code de déontologie représentaient des références responsables et sûres.

Nos réserves ne nous gâchent pas notre satisfaction de la faible dose imposée en psychopathologie universitaire, suffisante vu nos cursus bien pourvus en la matière, alors que totalement irréaliste, l’avant-projet Basset prévoyait une formation de psychopathologue sur cinq années.

Nos prochaines analyses bientôt, ainsi que le texte intégral de l’avant-projet. L’espoir est maintenant dans notre camp. Les psychologues et psychiatres n’ont rien à craindre de nous. Nous entendons veiller à ce qu’ils ne perdent pas leurs positions propres, tout en ne les laissant pas tenter de nous faire rebasculer dans l’horreur en pensant ainsi lutter pour la qualité de leurs cursus. L’un ne devrait plus jamais empêcher l’autre.

Projet Basset : Où en sommes-nous ?

La presse a fait état de la fronde des psys face à un Bernard Basset fixé sur un programme immuable qui a bien failli passer en force.

Un premier niveau de lecture du Verbatim 2 consterne, et permet de mesurer la touchante unanimité des psychologues scientistes et psychiatres traditionalistes complètement rejoints par les psychanalystes de la mouvance Groupe de contact — encore que parler de mouvement pour un tel groupe c’est déjà beaucoup s’avancer, pour hyper verrouiller tout soupçon de la moindre ombre de possibilité que se noue quelque contrat que ce soit entre l’université et les Écoles de formation à la psychothérapie relationnelle.

On aura noté au passage que l’utilisation du terme nu de psychothérapie permet de soutenir la thèse de la consubstantialité, on en revient à la vieille querelle de l’arianisme, de la psychothérapie sans déterminant et de la psychiatrie, déterminée elle, à l’accaparer.

Un second niveau permet de mesurer la surdité spectaculaire du Dr. Basset — le bon docteur Accoyer pourrait se voir sollicité pour y porter remède, vu sa spécialité, à la clameur quasi unanime anti 4-approches (le SNPPsy soutenait la même chose) qui montait littéralement de la salle, avec en harmonique des variations sur le thème pourquoi diable une nouvelle filière puisqu’en matière de psychologie clinique et de psychopathologie la psychologie telle quelle est fait déjà parfaitement l’affaire ?

M. Basset était limpide : je ne change rien aux points importants, c’est le ministre qui tranchera. À partir de quoi ses interlocuteurs ont fini par se demander sérieusement ce qu’ils faisaient là, et lui impavide tenait bon contre la pression à laquelle il ne céderait pas, se demandant visiblement ce qu’on pouvait bien lui vouloir, dans cette concertation si ouverte et avenante pour peu qu’elle ne soit pas concertante.

Notre position était très en retrait de ces escarmouches, où il était par moment comique de voir les protagonistes devant nous se prémunir contre la véritable peste — eh oui, réminiscence ! dont nous étions les porteurs tout aussi redoutés que les oiseaux du pire augure de ces temps difficiles. Nous avons marqué notre territoire ouvertement bafoué, rien de plus. Nous pouvions appuyer les uns ou les autres à différentes occasions, et l’avons fait.

Roland Gori est apparu comme l’un des leaders de cette séance, et il fut le seul à remarquer que tout ce débat se faisait tout de même à nos frais, dols et griefs, puisqu’il s’agissait de nous confisquer l’usage de notre nom générique. Un comble si on lit qu’ils veulent donner notre nom à des psychopathologues, en soulignant qu’ils sont incapables de les former à la psychothérapie. On croyait rêver ce mardi, le surréalisme n’était pas loin, Molière fut évoqué à propos, connaisseur des médecins qui tournent grotesquement le dos à la réalité.

Mais le cauchemar serait pour le Dr. Basset, en définitive, personne ne s’en doutait sur le moment. La chose se dévoila dès le lendemain avec l’article de Favereau, confirmant après coup celui de Prieur, si bien que voici notre anti-négociateur pris en tenaille médiatique.

Laissons-le à son sort et occupons-nous du nôtre. Nous nous sommes occupés de verbatimer l’événement. Livré à la lecture publique, il devient une arme parfaite, propre et percutante. La DGS, elle, apparaît clairement comme a-négociante, ce que nous avions vite perçu, nous retirant de ce circuit. Elle a pour stratégie d’user et balader ses interlocuteurs et semble capable d’en berner plus d’un si l’on considère nos Ginger et Dal-Palu (ils ont eu beau faire assidûment leur cour depuis des mois, ça ne leur a rien rapporté, comme le montre l’intervention de Ginger en fin de réunion). Nous verrons la suite, avec la circonspection qui s’impose.

Et l’élan aussi. Celui de retourner vers les élus, les prendre à témoin, leur faire lire le Verbatim, leur demander d’intervenir auprès du ministère. L’élan radical aussi, de soutenir qu’à mauvaise loi mauvais décret, et qu’il faut une autre loi, ou pas de loi du tout.

Et nous maintenons notre nom.

Chaque jour apporte son lot de bonnes nouvelles :
La pétition pas de zéro de conduite gonfle gonfle, et s’enfle dans les médias.

Nous savons par nos contacts que le plan Basset abandonné, le ministère (le Conseiller Brunelle) redémarre un round de consultations.

Enfin une pétition unitaire à l’initiative de Laurent Le Vaguerèse est mise en route . Elle dit :

Des discussions se sont déroulées ces jours derniers afin de mettre sur pied un appel unitaire visant à s’opposer à la politique du gouvernement. Le calendrier suivant a été proposé.

1-signature initiale du texte de l’appel ci-joint par les personnes au nom de leur association.

Il ne sera pas précisé dans l’appel l’objectif (décret et/ou article 52) ceci afin de rassembler le maximum de signatures.

2-Chaque association garde sa totale autonomie pour développer les actions qui leur sembleraient les plus appropriées pour s’opposer aux projets du gouvernement.Date limite des signatures de l’Appel (pour les premiers signataires) le 13 mars puis publication sur oedipe et diffusion par les associations signataires.

2-Il est proposé qu’entre le 13 mars et la fin mars de tenir un meeting public ou chaque association pourra exposer publiquement sa position.

L’appel, que nous avons signé, est le suivant :

L’avant-projet des décrets d’application — qui sera soumis au Conseil d’État après avis du CNSER (Conseil national supérieur de l’Enseignement et de la Recherche) et cosignés par le Ministre de la Santé et celui de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche — consacre l’avènement du pire.

C’est ce “scénario du pire” qui devrait réveiller l’ensemble des professionnels concernés et leur faire abandonner les rivages de l’invective et de la division.

Un front uni est encore possible pour tous ceux qui refusent cette recomposition du paysage de la santé mentale : psychanalystes, psychiatres, psychologues, psychothérapeutes et tous ceux qui se trouvent pris dans les attendus de cette politique : les travailleurs sociaux, les équipes soignantes, les étudiants en psychologie et jusqu’aux simples citoyens.

Si le projet de décret est adopté :

– Les Directions de l’Enseignement Supérieur et des universités, sous l’injonction du ministère de la santé, pourraient progressivement contraindre celles-ci à créer de nouveaux Masters formant de cette façon des praticiens concurrents de leurs propres étudiants psychologues. Progressivement, crédits et enseignants seraient attribués à ceux qui se soumettent à ces directives.

– Les “psychopathologues” issus de ces formations remplaceraient bientôt les psychologues considérés comme abusivement formés en dehors des critères définis par les décrets et défendant leur indépendance de pensée

– Les psychiatres, espèce en voie de rapide disparition, seraient cantonnés, dans le cadre du nouveau parcours de soin, au rôle d’expert consulté en cas de besoin à la demande du généraliste et de distributeur de psychothérapies formatées en terme de nombre de séances et distribués aux psychopathologues patentés par les mutuelles ;

– La psychanalyse, bête noire de ceux qui veulent des professionnels à leur botte, se verrait peu à peu mise à l’écart de tous les lieux ou elle se trouve actuellement : Université, lieux de soins tant en psychiatrie qu’en médecine, champ social etc .

Profitant de nos divisions, la bureaucratie des systèmes d’évaluation du soin, de la formation et de la recherche nous entraîne dans la destruction de ce qui a été patiemment construit au fil des années par nos différentes professions pour répondre à la souffrance psychique.

Là ou nous peaufinons patiemment des stratégies délicates et subtiles eux se contentent de renverser la table de jeu.

Tous ensemble refusons cette politique, refusons cet avenir !

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Nous attendons avec le plus vif intérêt la suite des événements.

Et la Coordination psy se réunit demain.

C’est tout pour aujourd’hui. Bonne continuation à tous, et continuons le combat.

les filières professionnelles ont résisté

LES FILIÈRES PROFESSIONNALISANTES ONT RÉSISTÉ en ce sens qu’elles se sont opposées à leurs liquidateurs, et qu’elles ont tenu bon. L’institutionnalisation de la psychothérapie relationnelle suit son cours. En fait, il s’agit pour elle de faire admettre qu’elle occupe le territoire depuis un bon tiers de siècle, s’appuyant sur un mouvement de recherche en sciences humaines ayant pris son essor dans les années 60
a) sous le nom de psychologie humaniste américaine ;
b) renforcé par la recherche en sciences sociales comportant les travaux de Kurt Lewin, Elton Mayo etc, qui donneront la dynamique de groupe et la psychosociologie ;
c) adossé dans notre pays aux avancées de la psychothérapie institutionnelle, conjoignant psychanalyse lacanienne et sociologie clinique de l’hôpital, jumelé aux deux courants de la pédagogie institutionnelle, le psychanalytique de Fernand Oury et le libertaro-rogerien de Michel Lobrot ;
d) s’appuyant sur l’innovation déterminante du psychocorporel qui a bouleversé la clinique et la théorie.

Ce mouvement, s’est appelé successivement psychologie humaniste, psychosociologie, mouvement du potentiel humain, nouvelles thérapies, enfin psychothérapie relationnelle. Ses institutions se sont différenciées, en deux syndicats et deux fédérations historiques, articulées différemment aux institutions européennes de psychothérapie. Le Snppsy y est devenu en France syndicat de référence d’une profession marquée du sceau du pluralisme, et les écoles qu’il a agréées ainsi que celles que dans son sillage a agréées l’Affop, sont devenues des lieux de formation reconnus pour leur capacité à bien transmettre la psychothérapie relationnelle.

L’heureux paradoxe est que personne ni aucune institution ne prétend le contraire ni ne déclare la vocation de remplir leur mission. La thèse de la DGS du minimum requis ne visait qu’à nommer psychothérapeutes des psychopathologues, on ne sait pourquoi formés selon une problématique filière ad hoc alors que la psychologie clinique remplissait déjà le même office. On peut, toujours à lire le Verbatim de la seconde réunion de concertation, en même temps qu’on note le souci quasi unanime des adversaires de la psychothérapie relationnelle de lui interdire tout contact avec l’université conçue comme instrument du détournement du titre de psychothérapeute, l’aveu redoublé de l’incapacité de tous ses détracteurs à se substituer à ses institutions propres pour la définir et s’engager à y former qui que ce soit.

Tant et si bien que les “psychothérapeutes”que le défunt projet Basset voulait jeter sur marché n’étaient que de pâles psychopathologues.

Il résulte de tout cela que, le plan Basset abandonné en rase campagne, en attendant que de nouvelles consultations fassent progresser on l’espère le ministère vers un peu plus de sagesse et de réalisme, la seule et unique façon de devenir psychothérapeute relationnel pour l’instant et pour toujours, demeure de passer par la certification d’une des quelques bonnes écoles que les institutions crédibles de cette profession ont mises en place. Il serait raisonnable que ce que nous nous sentons en droit d’exiger depuis le début, qu’on tienne compte de l’existant, aboutisse enfin. Cela pourrait prendre deux formes.
• Celle de l’homologation et reconnaissance des filières de reconnaissance de la profession dans notre pays : Écoles agréées par elle, plus validation par un comité de pairs représentatif et responsables — actuellement quelques institutions sont titularisantes —
• soit latitude laissée sans homologation d’État aux psychothérapeutes relationnels de porter ce titre sous la responsabilité de leurs institutions.

La question de l’exercice est une fausse question. Les pouvoirs publics et l’administration ont toujours à juste titre insisté qu’il ne s’agissait que de protéger un titre, pas l’exercice, qui reste libre. On peut penser qu’ils finiront par comprendre que protéger ne saurait signifier capter ou détourner, et que les psychothérapeutes relationnels doivent conserver le droit de travailler sous le nom de psychothérapeutes relationnels, sachant qu’elles fournissent les garanties responsables afférentes — d’exercer dans le champ de la psychothérapie relationnelle.

La question de la création d’une profession peut rester en suspens, pourvu que l’usage du titre par ceux qui de fait le portent déjà légitimement leur reste acquis (cela inclut ceux qui s’y préparent).

Dans ce domaine la filière de titularisation du Snppsy, avec ces Cinq critères, continue de représenter le seul circuit fiable de reconnaissance professionnelle fondé sur la mise en confraternité et l’exercice de la garantie solidaire et de la déontologie (qui elle aussi bien entendu existe et fonctionne déjà) par le moyen d’un groupe de pairs expérimentés intégrant leurs collègues dans un cadre collectif responsable.

Le reste, le fonctionnement de l’université et de sa psychologie clinique ne nous concerne que dans la mesure où nous pourrions souhaiter passer avec les UFR qui le souhaiteraient, et pas seulement dans le domaine de la psychologie, à notre demande, des accords contractuels, ce qui est, le ministère l’a souligné, toujours possible quand souhaité de part et d’autre.

Les écoles sont reconnues implicitement, l’université ne prétendant pas savoir former à la psychothérapie, encore moins à la relationnelle (quant à la multiréférentielle n’en parlons même pas). Il ne reste plus qu’à continuer de soutenir cette juste cause, tout simplement en continuant de bien travailler. Nous comptons bien nous y appliquer.

Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans

Appel à l’initiative des premiers signataires suivants : Dr Christine Bellas-Cabane (pédiatre, présidente du syndicat national des médecins de PMI), Dr François Bourdillon (président de la société française de santé publique), Dr Marie-Laure Cadart (médecin, anthropologue, syndicat national des médecins de PMI), Michèle Clément (secrétaire générale du syndicat national des psychologues), Dr Yvonne Coinçon (pédopsychiatre, association des psychiatres de secteur infanto-juvénile), Jean-François Cottes (psychologue clinicien, psychanalyste, InterCoPsychos, Institut de Jeunes Sourds de Clermont-Ferrand), Pr Boris Cyrulnik (neuropsychiatre et éthologue), Pr Pierre Delion (chef de service de pédopsychiatrie au CHU de Lille), Danièle Delouvin (psychologue, présidente d‚A.NA.PSY.p.e. association nationale des psychologues pour la petite enfance), Dr Michel Dugnat (pédopsychiatre, unité parents-bébés hôpital de Montfavet), Dr Marie-Thérèse Fritz (pédiatre, syndicat national des médecins de PMI), Sylviane Giampino (psychanalyste, psychologue petite enfance, fondatrice d’A.NA.PSY.p.e.), Pr Bernard Golse (chef de service de pédopsychiatrie CHU Necker-enfantsmalades, professeur Université Paris V), Pr Roland Gori (psychanalyste, professeur d’université), Pr Catherine Graindorge (chef de service de pédopsychiatrie Fondation Vallée, professeur Université Paris XI), Pr Philippe Gutton (pédopsychiatre, professeur des universités), Alberto Konicheckis (maître de conférences en psychologie clinique, Université de Provence), Dr Evelyne Lenoble (pédopsychiatre, hôpital Sainte-Anne), Pr Roger Misès (professeur émérite de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Université Paris XI), Pr Martine Myquel (présidente de la société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et des disciplines associées), Gérard Neyrand (professeur de sociologie Université Toulouse III), Dr Pierre Paresys (Union syndicale de la psychiatrie), Danielle Rapoport (psychologue clinicienne, association Bien-traitance formation), Dr Pierre Staël (président du syndicat des psychiatres français), Dr Pierre Suesser (pédiatre, syndicat national des médecins de PMI).

Le gouvernement prépare actuellement un plan de prévention de la délinquance qui prône notamment une détection très précoce des “troubles comportementaux” chez l’enfant, censés annoncer un parcours vers la délinquance. Dans ce contexte la récente expertise de l’INSERM, qui préconise le dépistage du “trouble des conduites” chez l’enfant dès le plus jeune âge, prend un relief tout particulier.

Les professionnels sont invités à repérer des facteurs de risque prénataux et périnataux, génétiques, environnementaux et liés au tempérament et à la personnalité. Pour exemple sont évoqués à propos de jeunes enfants “des traits de caractère tels que la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme” et la notion “d’héritabilité(génétique] du trouble des conduites“. Le rapport insiste sur le dépistage à 36 mois des signes suivants : “indocilité, hétéroagressivité, faible contrôle émotionnel, impulsivité, indice de moralité bas“, etc. Faudra-t-il aller dénicher à la crèche les voleurs de cubes ou les babilleurs mythomanes ?

Devant ces symptômes, les enfants dépistés seraient soumis à une batterie de tests élaborés sur la base des théories de neuropsychologie comportementaliste qui permettent de repérer toute déviance à une norme établie selon les critères de la littérature scientifique anglo-saxonne. Avec une telle approche déterministe et suivant un implacable principe de linéarité, le moindre geste, les premières bêtises d’enfant risquent d‚être interprétés comme l’expression d‚une personnalité pathologique qu’il conviendrait de neutraliser au plus vite par une série de mesures associant rééducation et psychothérapie. À partir de six ans, l’administration de médicaments, psychostimulants et thymorégulateurs devrait permettre de venir à bout des plus récalcitrants. L’application de ces recommandations n’engendrera-t-elle pas un formatage des comportements des enfants, n’induira-t-elle pas une forme de toxicomanie infantile, sans parler de l’encombrement des structures de soin chargées de traiter toutes les sociopathies ? L’expertise de l’INSERM, en médicalisant à l’extrême des phénomènes d’ordre éducatif, psychologique et social, entretient la confusion entre malaise social et souffrance psychique, voire maladie héréditaire.

En stigmatisant comme pathologique toute manifestation vive d’opposition inhérente au développement psychique de l’enfant, en isolant les symptômes de leur signification dans le parcours de chacun, en les considérant comme facteurs prédictifs de délinquance, l’abord du développement singulier de l’être humain est nié et la pensée soignante robotisée.
Au contraire, plutôt que de tenter le dressage ou le rabotage des comportements, il convient de reconnaître la souffrance psychique de certains enfants à travers leur subjectivité naissante et de leur permettre de bénéficier d‚une palette thérapeutique la plus variée.
Pour autant, tous les enfants n’en relèvent pas et les réponses aux problèmes de comportement se situent bien souvent dans le domaine éducatif, pédagogique ou social.

Cette expertise INSERM intervient précisément au moment où plusieurs rapports sont rendus publics au sujet de la prévention de la délinquance. On y lit notamment des propositions visant à dépister dès les trois premières années de leur vie les enfants dont l'”instabilité émotionnelle (impulsivité, intolérance aux frustrations, non maîtrise de notre langue)[va)engendrer cette violence et venir alimenter les faits de délinquance“. On assiste dès lors, sous couvert de “caution scientifique“, à la tentative d’instrumentalisation des pratiques de soins dans le champ pédopsychiatrique à desinstabilité émotionnelle (impulsivité, intolérance aux frustrations, non maîtrise de notre langue)[va)engendrer cette violence et venir alimenter les faits de délinquance fins de sécurité et d’ordre public. Le risque de dérive est patent : la détection systématique d’enfants “agités” dans les crèches, les écoles maternelles, au prétexte d‚endiguer leur délinquance future, pourrait transformer ces établissements de lieux d’accueil ou d’éducation en lieux de traque aux yeux des parents, mettant en péril leur vocation sociale et le concept-même de prévention.

Professionnels, parents, citoyens, dans le champ de la santé, de l’enfance, de l’éducation, etc. :

– Nous nous élevons contre les risques de dérives des pratiques de soins, notamment psychiques, vers des fins normatives et de contrôle social.

– Nous refusons la médicalisation ou la psychiatrisation de toute manifestation de mal-être social.

– Nous nous engageons à préserver dans nos pratiques professionnelles et sociales la pluralité des approches dans les domaines médical, psychologique, social, éducatif, vis-à-vis des difficultés des enfants en prenant en compte la singularité de chacun au sein de son environnement.

– Nous en appelons à un débat démocratique sur la prévention, la protection et les soins prodigués aux enfants, dans un esprit de clarté quant aux fonctions des divers acteurs du champ social (santé, éducation, justice) et quant aux interrelations entre ces acteurs.

Cette pétition vous aura donné un avant-goût de l’esprit qui préside à la mise en place des filières universitaires de formation de “psychothérapeutes” d’État tels que les conçoivent la DGS et certains mandarins étroitement conservateurs, se préparant à protocoliser le traitement de la souffrance psychique.

Rejet de l’avant-projet DGS

NON AU PROJET SCÉLÉRAT
DE LIQUIDATION ADMINISTRATIVE
DE LA PYCHOTHÉRAPIE RELATIONNELLE

Le dix janvier dernier, la Direction générale de la Santé, lors d’une réunion dite de “concertation”, dont nous apprenons tardivement que le deuxième est devenue la seconde (i.e. la dernière), a rendu public son avant-projet de décret en Conseil d’État tel que prévu au quatrième alinéa de l’article 52 de la Loi de santé publique du 9 août 2004 portant sur le titre de psychothérapeute.

Le Snppsy rejette ce texte.

Il le considère comme une provocation, aggravant une méchante loi, prouvant que le sort de la psychothérapie relationnelle et de la psychothérapie en général ne gagne rien à se voir confié à la diligence d’une Administration depuis longtemps gangrenée par un néoscientisme patelin, obtus et rétrograde.

Le Snppsy considère qu’il faut maintenant retourner au niveau politique pour obtenir que soit traité correctement le problème de société que soulève la question de la psychothérapie dans notre pays.

Invité à produire des amendements, il informe la Direction générale de la Santé représentée par un sous-directeur, qu’il revendique une réécriture radicale de ce texte inadmissible, refusant de contribuer malgré lui à valider sa propre invalidation.

Le projet Basset aggrave les tares qui affectent irrémédiablement l’article 52. Il consacre un retour des dispositions les plus détestables de l’amendement Accoyer, comme d’établir une liste de psychothérapies officielles soi-disant “validées scientifiquement”, de transformer des contraintes déjà absurdes en matière de formation en un système qui par le biais de l’usage d’un titre usurpé prévoit l’enregistrement précaire sur des listes. Il prévoit d’incorporer la psychothérapie relationnelle au code de la Santé, de médicaliser les affaires de l’âme.

Ce texte nous ignore sciemment, afin de confisquer notre nom et la réputation de l’expérience positive d’une pratique honnête et convenablement auto réglementée, au profit d’aventuriers néoscientistes partis à l’assaut de l’université.
`
Il ose aller jusqu’à ne mentionner nulle part l’existence même des organisations et institutions de formation de notre profession. Il réduit la formation spécifique à une discipline qu’il ignore, au sens actif du verbe, et qu’il défigure en en définissant l’accès à la seule acquisition de “connaissances” dans un cadre universitaire qu’il étrique à quatre éléments pompeusement qualifiés de “scientifiquement validés”. Il rejette ce que les psychanalystes et les psychothérapeutes relationnels, de longue date, ont mis en place pour leur formation dans leurs Écoles, Sociétés et Instituts. Il méconnaît sciemment le cœur même du dispositif de formation à l’exercice de la psychothérapie relationnelle que nous avons soigneusement mis en place depuis un quart de siècle, c’est-à-dire

• la dimension irréductiblement personnelle de la transmission de la théorie, méthodologie et clinique par le biais d’une didactique expérientielle

• la nécessité conjointe (mais insuffisante, seule) d’un lent et long travail sur soi, accompagné d’une constante supervision tout au long de l’exercice professionnel.

• l’institution de nos cinq critères et les garanties dont nous avons su entourer la bonne formation et la bonne pratique de la psychothérapie relationnelle. Il insulte les professionnels que nous sommes et avec eux il se moque de la confiance méritée dont nous jouissons de la part de ceux et celles qui recourent à nous au quotidien des difficultés de leur existence.

En réalité, il cherche à consacrer la création d’un nouveau corps de sous-psys, {officiers de santé psychique }, dans le cadre d’une profession de santé para médicalisée, niant l’existence de ceux qui ont fait du nom psychothérapeute quelque chose d’enviable en effet. Qu’il fasse cela sans chercher à le réaliser à notre détriment, et permette plutôt aux éducateurs, infirmiers, travailleurs sociaux, d’accéder à une véritable qualification clinique en venant l’acquérir auprès de nous.

S’agissant de l’université, dans le moment où le Conseiller du ministre nous envoie négocier des accords impossibles avec elle, il prétend lui imposer — ce qui ne s’est jamais vu , ses contenus programmatiques et décréter à sa place ce qui est “scientifique”.

L’ensemble des professions et disciplines avec lesquelles nous partageons le Carré psy est intéressé à l’agression portée contre nous. Les psychologues, dits de droit, qui pratiquent la psychothérapie se voient contraints à en passer par la formation de “psychothérapeute” qu’il institue. Leur autonomie professionnelle (et le libre accès) remise en cause, ils se verront paramédicalisés. Ce projet administratif programme la disparition des psychologues cliniciens. Les psychanalystes seront de la fournée suivante.

Quand se réveilleront-ils ces collègues encore trop nombreux à s’aveugler, quand se dégageront-ils d’une voie qui les conduit tout droit vers un destin aussi funeste que celui qu’ils s’imaginent nous voir imposer exclusivement ? Heureusement, au sein de la Coordination psy et au-delà, de nombreux psychanalystes honorent la psychanalyse dans leur pratique quotidienne, respectent leurs collègues psychothérapeutes relationnels, et se refusent à une psychanalyse et psychothérapie d’État.

Les psychiatres professionnellement sinistrés dans notre pays, avec lesquels nous travaillons en réseau, n’ont pour leur part non plus intérêt à négliger les deux professions et disciplines œuvrant dans le cadre d’un processus approfondi de subjectivation incontournable pour eux s’ils ne veulent pas faire régresser la psychiatrie d’un bon siècle, au détriment et dam de ceux en grande souffrance qui viennent à eux, que la conjonction du DSM, de la pharmacopée et des thérapies à protocole sera impuissante à soigner.

Si l’on veut une application équilibrée de la loi 52, ce décret doit immédiatement cesser de nous être hostile. Il lui manque un second volet qui traite correctement des professions du psychisme non médicales et nous restitue notre titre, en s’inspirant mutatis mutandis du principe directeur de la loi de séparation de l’Église et de l’État (à défaut une nouvelle loi devra revenir sur notre spoliation). Que la psychothérapie relationnelle non inféodée demeure responsable de ses filières de formation et de ses procédures de titularisation. Que soit préservé en toute équité le titre de psychothérapeute relationnel attribué par nos instances représentatives, créé par le travail compétent de toute une génération qui en a fait une profession honorable, dont nous sommes légitimement fiers.

Cette seule raisonnable alternative mise en place, rien n’empêcherait alors, sur un véritable pied d’égalité, et sans obligation, des accords mutuellement avantageux avec les UFR — pas uniquement de psychologie ou de médecine, mais aussi de philosophie, sociologie, anthropologie, histoire, sciences de l’éducation, etc. — qui en seraient capables, et respectueusement désireuses, conformément à nos vœux émis depuis très longtemps.

Ce n’est malheureusement pas le chemin que s’apprête à emprunter l’Administration. Qu’on y prenne garde, nous n’assisterons pas les bras croisés au scandale de la confiscation de son nom à une corporation tout entière, au travail depuis les années 60, héritière de la psychothérapie institutionnelle, de la psychologie humaniste américaine, voisine par nature de la psychanalyse.

Le Snppsy pour commencer lance une campagne de protestation dans le monde politique. Adressons-nous de nouveau aux députés et sénateurs qui les années passées ont su se montrer attentifs à nos points de vue lors du débat parlementaire sur l’article 52.

Demandons aux élus d’intervenir en ce sens auprès du Ministre pour que cette affaire bien mal partie soit remise sur de bons rails. Demandons-leur d’intervenir auprès de tous ceux qui ont œuvré à la loi 52. Disons-leur : allez-vous laisser une Administration sans visage inféodée à l’Inserm rayer de la carte la psychothérapie relationnelle, dont la pratique, correctement encadrée à l’instar de celle de la psychanalyse, concerne cinq millions d’électeurs ?

Le Snppsy appelle tous ses membres à se mobiliser, il agira en concertation avec la Coordination psy et tous ceux qui viendront rejoindre le combat pour une si juste cause. Il s’appuiera sur l’opinion éclairée, sur tous ceux qui dans le pays ont déjà montré qu’ils comprenaient les enjeux de société et de citoyenneté à la clé de la prétention de liquidation de la psychothérapie relationnelle et de la psychanalyse. Ensemble nous ferons savoir à nos représentants qu’il n’est pas question de laisser dans notre pays s’installer un totalitarisme administratif rampant et médicaliser le souci même de l’existence.

Ce mardi 7 février 2006, à Paris.

Décret : non à une psychothérapie d’état

OBSERVATIONS ET SUGGESTIONS

CONCERNANT L’AVANT-PROJET DE DÉCRET PROPOSÉ PAR LA DGS

Le SNPPsy rappelle que depuis un quart de siècle il s’est attaché à mettre en place des règles déontologiques et un dispositif garantissant une formation sérieuse et une bonne pratique de la psychothérapie relationnelle, garantie fondée sur la dimension irréductiblement personnelle de la transmission de la théorie, de la méthodologie et de la clinique par le biais d’une didactique expérientielle.

Cette mise en place s’est trouvée complétée par l’institution des cinq critères à partir desquels il titularise ses professionnels, oblige tous ses membres et se porte garant de leur exercice :

● Travail sur soi approfondi

● Formation spécifique (minimum de cinq à six années, comportant bien sûr la psychopathologie nécessaire)

● Supervision tout au long de l’exercice professionnel

● Engagement à respecter les règles déontologiques (code émis et appliqué depuis vingt années)

● Reconnaissance par une commission de pairs.

L’avant-projet de décret constitue un déni tant des organisations, institutions de formation et professionnels que le SNPPsy réunit et représente, que de tous ceux et celles qui recourent à eux et leur font confiance, depuis des années, au quotidien des difficultés de leur existence.

Ce décret, de stricte orientation médicale et universitaire (limitée à la psychologie), n’assure aucune prise en compte des filières privées de formation et des procédures de titularisation créées par le travail compétent de toute une génération qui en a fait une profession honorable dont notre syndicat est légitimement fier.

Le point d’orgue de ce déni réside dans des dispositions transitoires inacceptables qui ne fournissent aucune des garanties traditionnelles des clauses de grand-père puisque les professionnels qui ne sont pas inscrits de droit mais exercent pourtant leur profession depuis de nombreuses années à la grande satisfaction de leurs psychothérapisants :

– ne bénéficient d’aucune inscription à titre temporaire

– sont soumis à une procédure de validation qui ne tendra au mieux qu’à leur donner la possibilité d’accéder à la formation minimale commune en psychopathologie clinique de niveau master.

Ce déni se double d’une conception de la formation spécifique à la psychothérapie qui conduit à médicaliser les affaires de l’âme en établissant une liste de psychothérapies officielles prétendument “validées scientifiquement” ce qui constitue un abus de pouvoir car il n’appartient pas à l’Administration d’interférer dans des débats épistémologiques qui relèvent des sociétés savantes et de l’Université.

Enfin l’annonce tardive que la concertation serait bouclée en deux réunions, la première consacrée à la communication par l’Administration de son avant-projet aux 27 organisations concernées, la transforme en consultation-éclair. Nous contestons le principe d’un débat conduit dans de telles conditions dans ne matière aussi importante que la confiscation de son nom à une corporation toute entière, au travail depuis les années 60, héritière de la psychothérapie institutionnelle et de la psychologie humaniste américaine, sans confrontation ni négociation sérieuses.

Nous affirmons que le sort d’une discipline en sciences humaines aussi importante ne saurait relever d’une telle procédure, et alertons nos collègues psychiatres, psychologues et psychanalystes, avec lesquels nous partageons l’espace du Carré psy, du danger pour elles-mêmes à laisser de telles méthodes s’instaurer.

En l’état de ces constatations le SNPPsy ne peut que :

● rejeter l’avant-projet dans sa conception actuelle

● demander sa réécriture complète selon les principes suivants :

— que la psychothérapie non médicale, œuvrant dans la cadre du processus de subjectivation, à laquelle se rattache la psychothérapie relationnelle, soit reconnue, différenciée et demeure parallèlement responsable de ses filières de formation et de ses procédures de titularisation

— que (et ceci reste valable quel que soit le résultat de la réécriture), les professionnels en exercice dûment habilités et reconnus bénéficient d’une véritable clause du grand-père.

Rien n’empêcherait alors, sur un véritable pied d’égalité, et sans obligation, des accords mutuellement avantageux entre nos écoles et l’université, non réduite à la faculté de médecine et aux UFR de psychologie, conformément à nos souhaits exprimés depuis très longtemps.

Cela afin que soit préservé en toute équité le titre de psychothérapeute relationnel, attribué par ses instances représentatives.

Ce texte sera soutenu à la seconde réunion dite de concertation au Ministère de la Santé le 21 février.

Le Verbatim en sera produit par Ph. Grauer et diffusé ici-même.

NÉO-PSYS

NÉO-PSYS

La survenue de l’amendement Accoyer a été une surprise. Avons-nous été joués par des manœuvres faites en catimini, ou n’avons-nous pas voulu, ou su, voir ce qui se tramait ? Sans doute un peu des deux.

Nous nous sommes alors mobilisés. Comme jamais dans nos professions. C’est d’ailleurs à ce mouvement, et donc indirectement à M. Accoyer, que je dois ma présence, sur votre invitation, à cette journée. Deux ans après, nous commençons à avoir un aperçu des forces en présence et des mouvements qui sous-tendent cette affaire. Nous serons donc peut-être un peu moins surpris par les évènements.

La demande

Il faut d’abord rappeler la massification de la demande adressée aux psys. Sous nos latitudes, le recours à la psychothérapie fait partie aujourd’hui du monde de l’homme contemporain. Cela devient même un droit, une exigence, gageons que tôt ou tard cela sera inscrit dans les droits de l’homme. Les compagnies d’assurance et autres mutuelles se sont d’ailleurs bien rendu compte de la chose et proposent le soutien psychologique comme une des options pour les assurés.

Nous enregistrons cette massification à tous les niveaux, dans tous les lieux, ou l’offre de psychothérapie est faite. Nous récoltons ce que nous avons nous-mêmes semé. Cette massification de la demande ne pourra que s’accroître encore par un effet de boule de neige. Le navire est sur son erre. Et il n’est pas prêt de s’arrêter. Et donc, n’est pas prête de s’interrompre, la sollicitude, pour la nommer ainsi, dont nous sommes l’objet depuis deux ans. Il faut le savoir, nous sommes sur un cycle qui n’en est qu’à son début et nous n’avons pas atteint encore la phase de stabilisation qui viendra.

Il me semble que l’on peut situer la crise actuelle autour du métier de psychothérapeute dans une série. La première crise me semble avoir été résolue par la séparation de la psychiatrie de la neurologie en 1968. La deuxième a conduit il y a 20 ans à l’adoption de la loi sur le titre de psychologue. La troisième, est celle que nous traversons.

Donc les politiques, et de façon plus générale, les pouvoirs publics nous témoignent leur intérêt à cause précisément de l’inflation de la demande. C’est ce qui, sur le fond, légitime, s’il en était besoin, leur intervention. Comme cela a été dit dans les débats parlementaires, ce sont des millions de personnes qui ont ou ont eu recours à notre aide.
Je ne reviendrai pas aujourd’hui sur la façon calamiteuse dont le débat a été posé dans le public, il y avait là-derrière une intention de nuire.

L’article 52

Sur le plan parlementaire, et après les tergiversations que l’on sait, l’article 52 a été adopté fin juillet 2004. Il est assez saisissant, quand on relit les débats en séance ou en commissions du Sénat comme de l’Assemblée, de voir à quel point la plus grande confusion a régné tout au long de l’épisode législatif. Et pour qui connaît les enjeux et questions qui traversent le champ psy, ces débats ont quelque chose de surréaliste. La même impression émane des dizaines de rencontres avec les élus que nous avons pu avoir. A quelques exceptions près, nos élus n’y entendent pas grand-chose, confondent, mélangent, les statuts, professions, pratiques, formations, etc.

Cela a donné le fameux article 52 – dont la rédaction ne satisfait personne – qui est confus et qui pose beaucoup plus de problèmes qu’il n’en règle. Dans un geste de Pilate, l’Assemblée Nationale, qui a quand même eu le dernier mot dans son débat avec le Sénat et le Ministère, s’en est remise au ministre pour proposer un décret qui lèverait les contradictions du texte.

Le décret d’application

Or, on le sait, un décret d’application ne saurait corriger un texte de loi. Si la loi est mauvaise, il ne saurait y avoir de bon décret. C’est sur cette base d’ailleurs que l’InterCoPsychos, tout en se déclarant disponible pour la concertation, a fait savoir son désaccord avec ce texte. Et c’est pourquoi il nous semble vain de tenter d’influer sur la rédaction de ce décret.

Le mieux qui puisse advenir c’est que ce texte passe aux oubliettes et qu’une autre modalité d’encadrement de la pratique de la psychothérapie s’enclenche. A cet égard, la proposition Gouteyron garde toute son actualité en ce qu’elle permettrait d’engager un chantier associant les intéressés à la définition de cet encadrement. C’est ce que l’on appelle, je crois, la démocratie participative.

Alors où en est-on de la rédaction de ce décret ? Nous aurons peut être un texte d’ici quelques semaines, mais pour l’instant nous n’avons rien. Si ce n’est des fuites qui sont peut-être des ballons d’essai. Il faut dire que la tâche du cabinet du ministre est ardue. On y sait bien que la question est surveillée de près et que, étant donné que le texte de loi ne règle aucun des problèmes posés, nécessairement, chaque rédaction du décret butera sur des contradictions, et aussi sur l’hostilité des uns ou des autres.

Survol

Élevons-nous un peu au-dessus du champ de bataille. Nous avons vu la donnée de la massification de la demande. Voyons comment les acteurs y répondent. Du côté des psys il y a l’effort de formation accompli par les sociétés, instituts, écoles et associations. Cet effort porte globalement ses fruits. De même, du côté universitaire, la formation des psychologues est assurée depuis 20 ans. Là où le bât blesse, c’est dans la formation des psychiatres qui est en perte de vitesse, avec ce qui est annoncé comme baisse de la démographie médicale. Pour des raisons d’offre de formation et pour des raisons de baisse de la motivation.

Du côté des pouvoirs publics il y a la volonté de réduire les coûts de la réponse sociale à la demande, tout en élargissant l’offre et les missions. Du côté des autorités académiques médicales s’annonce depuis plusieurs années une volonté de reprise en main du champ psy par les autorités médicales. Aux points de vue de la formation, de la pratique et du contrôle. Et ce d’autant plus que s’annonce la baisse de la démographie médicale. L’article 52 est donc un mauvais compromis entre ces différents éléments.

Néo-psy

On saisit alors toute la complexité de la rédaction du décret. Toutefois il y a un élément qui domine c’est la création d’une nouvelle profession : le psychothérapeute. Oui, vous entendez bien, c’est ainsi que lors de la seconde lecture au sénat pouvait s’exprimer M. Giraud, rapporteur de la commission des affaires sociales.

“Que l’on comprenne bien : la commission des affaires sociales, dont je suis le rapporteur pour ce texte, n’a jamais voulu jeter l’opprobre sur qui que ce soit. Toutefois, il faudra bien, un jour ou l’autre, que les organisations concernées prennent contact avec le représentant des pouvoirs publics, c’est-à-dire avec le ministère, afin que celui-ci organise une concertation qui débouchera sur un décret. Alors, ce débat sera clos : une nouvelle profession existera, comme tant d’autres dans le domaine de la santé. Ne voyez aucune arrière-pensée dans la position de la commission des affaires sociales.”

Une nouvelle profession : psychothérapeute. À ce point la méconnaissance atteint son comble : alors qu’il y a une profession constituée, organisée, agissant en réponse à la demande du public, le législateur, fait fi de cette réalité pour “créer une nouvelle profession”.
Car, il ne faut pas s’y tromper, le psychothérapeute dont nous parle M. Giraud, et l’article 52, ce n’est pas le psychothérapeute que nous connaissons, c’est un nouveau psychothérapeute, un néo-psy.

Transfert de compétences

Reprenons la question. Du côté des psychiatres il y a la baisse de la démographie médicale, le fait que les psychiatres vont être appelés à être toujours plus des experts et de moins en moins des thérapeutes. Le Plan Psychiatrie et Santé Mentale 2005-2008, est explicite sur ce point, il s’agit que les psychiatres aient des fonctions d’encadrement, de diagnostic, de prescription, de prévention, de formation. Du thérapeute, ils conserveront la prescription médicamenteuse, la psychothérapie étant alors dévolue à d’autres, et sans doute prescrite. C’est ce que l’on appelle le transfert de compétences.

Qui seront ces autres? D’abord, ceux qui, au regard de la loi et de l’administration existent : les psychologues. Mais ceux-ci, chaque nouveau rapport depuis 10 ans, nous le dit, ne sont pas bien formés, leur statut leur confère une place particulière dans le champ des soins puisque eux-mêmes, ne sont ni profession médicale, ni paramédicale. Ils ont conquis une autonomie professionnelle, qui, dans le cadre du grand remaniement en cours est menacée. On veut la remettre en cause, de même que leur statut jugé récemment encore par un haut fonctionnaire qui recevait des organisations de psychologues, « trop favorable ». Certains prennent leur rêve pour des réalités, ainsi le conseil national de l’ordre des médecins, qui en juillet 2004, écrivait que les psychothérapies pratiquées par les psychologues sont prescrites par les médecins.

Il y a donc une grande offensive concernant la formation initiale des psychologues, que l’on veut faire passer des facultés de lettres à celles de médecine, avec la création d’un internat de psychologie sous le contrôle des médecins. Mais tout cela ne se fera pas sans difficultés. D’abord parce que les psychologues sont les plus nombreux parmi les psys : 37000 lit-on régulièrement. Ensuite parce qu’ils sont attachés à leur autonomie professionnelle. Dans les derniers temps, leurs organisations, d’abord atones, ont pris la voie de la mobilisation. Nous avons quant à nous en deux mois recueilli deux mille signatures pour notre appel pour l’autonomie professionnelle des psychologues.

Mais, d’autre part, d’ici dix ans, une grande partie de la génération qui a été embauchée dans les années 70 va partir à la retraite. C’est dans cette faille que va sans doute porter l’attaque, et la création du titre de psychothérapeute est centrale dans cette offensive. Il suffira, en effet, de remplacer les psychologues par des néo-psys, et le projet se mettra en place. Les hôpitaux publics, les établissements médico-sociaux feront appel à ces néo-psys.


Profil-type

Quel est le profil-type de ces néo-psys ? On ne le sait pas encore car il y a plusieurs options, mais on peut faire des hypothèses. Sur la base de l’article 52, il faudrait bien sûr une formation en psychopathologie. Il revient de façon récurrente qu’il faudrait trois ans d’études, sous entendu post-baccalauréat. Sur ce point les sources vont toutes dans le même sens : il s’agirait d’une formation universitaire. Les écoles, instituts, sociétés, existants ne recueillant pas la faveur des autorités médicales. Quelle serait la formation ? On peut supposer qu’elle serait confiée en partenariat aux universités de lettres et de médecine, celles-ci assurant la direction de l’ensemble. Si l’on en croit l’expertise collective de l’Inserm de février 2004, Psychothérapies trois approches évaluées, au nom de l’évaluation et de l’utilité directe ce sont les TCC qui feraient le cœur de ces études. M. Cottraux a pu publier un communiqué triomphant à l’issue d’une réunion au Ministère de la santé, disant qu’il était prêt avec ses collègues comportementalistes à former les nouveaux psychothérapeutes. Info ou intox.

En tout cas, pas de démenti du ministère. Quel diplôme serait obtenu au bout de ces trois ans ? On ne le sait pas, on peut faire toutes sortes de conjectures : licence professionnelle ? ou même diplôme d’état comme les infirmiers, ou bientôt les orthophonistes dont la durée d’études va être ramenée de quatre à trois ans, ou encore les conseillers d’orientation psychologues dans l’Éducation nationale qui vont disparaître pour être remplacés par des titulaires de licences quelconques.

Dans tous les cas, en regard du statut, de l’autonomie professionnelle des psychologues, cela constituera une régression conséquente. On lit entre les lignes, et parfois écrit en toutes lettres, que ces formations pourraient être remplacées par la VAE ce qui permettrait aux infirmiers d’intégrer la fonction de psychothérapeute.

Pyramide psy

Ce qui est visé c’est donc un édifice pyramidal à trois niveaux. En haut de l’échelle des psychiatres, expertisant, diagnostiquant, prescrivant. Au niveau intermédiaire, des psychologues réformés, intégrant les professions de santé, accomplissant, sous l’autorité du médecin, les tâches que celui-ci ne pourrait plus accomplir. Et à la base, une foule de néo-psys répondant à la demande d’écoute en appliquant des protocoles éprouvés, « scientifiquement » évalués, ne faisant aucune place à l’innovation à la recherche, mais plutôt mettant en œuvre sur prescription des techniques d’éradication des troubles. C’est ainsi que peu à peu se dessine les projets dont l’amendement Accoyer était la première pierre.

Point aveugle

Je voudrais conclure en soulignant une question qui me semble essentielle. Il y a un problème de fond c’est que pour les politiques, pour la haute administration, comme pour les autorités académiques, l’unique référence c’est le modèle médical, et que cela les empêche de saisir la spécificité du champ psy. Plusieurs élus nationaux, dont des présidents de groupe politique à l’assemblée et au sénat m’ont fait remarquer que si dans chaque groupe politique il y a des médecins, et souvent des professeurs de médecine, il n’y a pas un seul psy. Cela a comme conséquence que les questions du champ psy sont traitées selon le modèle médical. Cela doit nous porter, me semble-t-il à prendre en compte cette question. C’est ce que nous avons fait dans nos rencontres avec les élus, et que nous devons poursuivre.

Cette situation créée un point aveugle sur une donnée essentielle de notre formation comme de notre pratique : ce que nous appelons la formation personnelle, qui a été appelée dans la formation du psychanalyste, la psychanalyse didactique. Malgré toutes nos tentatives ce point est invisible pour nos interlocuteurs. Nous avons eu beau le montrer, leur mettre devant les yeux, c’est le savoir de type universitaire qui reste la seule mesure. Ce qui est inaudible, c’est que c’est dans sa propre cure psychanalytique que se réunissent ou pas les conditions de l’acte psychanalytique ou de l’action psychothérapique. C’est ce qui est rencontré, dépassé, traité dans sa propre formation “personnelle” qui est le point d’appui de cet acte et de cette action. C’est le ressort proprement éthique de l’acte, c’est le point où toute garantie s’évanouit. Sur ce point spécifiquement il y a à trouver les moyens afin que quelque chose de cette spécificité passe hors de nos rangs et éclaire les élites qui statuent sur le sort de nos pratiques

Troubles de conduite à l’INSERM

LES DERNIÈRES EXPERTISES DE L’INSERM SUR LA SANTÉ MENTALE ORIENTENT TENDANCIEUSEMENT LES POLITIQUES DE SANTÉ ET DE FORMATION PROFESSIONNELLES

Des “expertises collectives” ont été initiées en 1993 par l’Inserm suite à l’affaire du sang contaminé. La fiabilité de leurs résultats résultait d’une exigence : l’indépendance des chercheurs et la rigueur de leurs méthodes, de même que la mobilisation des savoirs de la communauté scientifique concernée. En a-t-il été ainsi pour les derniers rapports concernant la santé mentale ? Pour des motifs convergents, l’expertise sur le dépistage et la prévention des troubles mentaux chez l’enfant et l’adolescent en 2002, puis celle sur l’efficacité comparée des psychothérapies en 2004, et enfin celle sur les troubles des conduites de l’enfant en 2005, ont soulevé une inquiétude croissante, bien au-delà des professionnels concernés.


I. Partialité de la méthode

Habituellement, l’Inserm s’assure de l’indépendance des experts, mais est-ce le cas, lorsque ces derniers sont tous partisans du même modèle médical d’évaluation ? L’origine organique neurologique de la souffrance psychique a été tenue pour établie, alors que cette hypothèse est constamment contredite depuis plus d’un siècle, y compris par les derniers Prix Nobel de neurosciences. Il en découle un mode d’évaluation médicale et des solutions psycho-rééducatives et pharmacologiques. Une expertise garantit son impartialité en tenant compte des principales méthodologies traitant une question. Cela aurait pu être le cas, en dépit de l’appartenance des experts à un seul courant. Mais la littérature psychanalytique a été passée sous silence. Lorsque l’expertise y a fait allusion, la définition du référentiel psychanalytique est caricaturale et sa confusion avec des techniques psycho dynamiques hétérogènes, sinon hétéroclites, révèle un manque de rigueur étonnant. Les psychanalystes ont été écartés des enquêtes, au prétexte que leur méthodologie ne correspondait pas à celle des experts. Les psychiatres d’exercice privés qui, à plus de 80%, pratiquent des psychothérapies psychanalytiques n’ont pas davantage été consultés. Non seulement ces rapports ont été rédigés par les experts d’un seul courant, qui est loin d’être le plus représentatif en France, mais ils l’ont de plus été sur la base d’un choix de travaux effectués en grande partie dans des pays anglo-saxons, et souvent sans données épidémiologiques fiables. Les experts ont ignoré le problème des populations étudiées. Ils n’ont pas tenu compte de l’hétérogénéité de leurs composants et de la spécificité de leurs rationalités procédurales. Ces travaux s’inscrivent dans la logique d’évaluation du DSM IV, alors même que les rédacteurs de ces classifications psychiatriques réunis en 2002 à Londres ont eux-mêmes suspendu jusqu’en 2010 la publication d’une nouvelle version, faute d’un accord minimal sur les critères scientifiques.

La réponse des expertises s’est avérée pré-inscrite dans la manière de traiter les questions, sans garanties d’évaluation suffisantes. Les expertises ont accompli ce que la composition de ses membres et sa méthode laissaient prévoir : cherchant à faire passer un postulat idéologique pour un énoncé scientifique, elles veulent installer dans l’opinion et au sein des instances de décision un point de vue selon lequel la réduction de l’être humain à une entité biologique s’avère une donnée scientifique. Il s’en est suivi que seules les pratiques comportementales et pharmacologiques ont été considérées comme efficaces. Avec cette méthodologie tronquée, la singularité du sujet dans sa relation à sa famille et à son milieu socioculturel a été ignorée. L’éventail complexe et diversifié des méthodes de soutien, d’écoute, et de psychothérapie a été passé sous silence, alors même que les publications dans ce domaine abondent.


II. L’expertise sur l’efficacité comparée des psychothérapies cherche à orienter les formations universitaires.

L’Inserm a-t-elle véritablement comparé les rééducations comportementales, les techniques psychothérapiques et la psychanalyse, ou bien a-t-elle ignoré les critères et les méthodes qui ne correspondaient pas à un choix pré-établi ? Les thérapies comportementalo-cognitivistes sont des techniques de conditionnement, comme l’indique elle-même l’Association Française de Thérapies Comportementales et Cognitives (AFTCC) (1“). Ce ne sont donc pas des psychothérapies. La rééducation relève du conditionnement neuronal, comme pour n’importe quel apprentissage automatisé, et elle est sans rapport avec le conflit psychique. Un deuil, par exemple, n’est pas davantage une « erreur d’apprentissage » qu’une phobie. On ne peut mettre sur le même plan des méthodes de rééducation et un travail psychique permettant la libération des vécus traumatiques générant des symptômes. La méthode psychanalytique ne se compare ni à des conditionnements nerveux ou comportementaux, ni à l’administration de médicaments. Pourtant, l’expertise a prétendu démontrer la supériorité des thérapies cognitivo comportementalistes sur la psychanalyse et les psychothérapies relationnelles, alors que ces approches procèdent de logiques trop dissemblables pour pouvoir être comparées.

Cette partialité a amené le Ministre de la Santé à retirer du site du Ministère ce rapport, qui continue pourtant de générer une idéologie partisane prédisposant l’opinion à une réorientation des formations universitaires et de la santé mentale, au nom de l’efficacité et d’un moindre coût. En effet, les thérapies comportementalo-cognitivistes s’octroient la réputation d’être plus rapides et moins chères. Promettre la guérison d’une phobie en quelques séances manque de sérieux pour n’importe quel clinicien (2“). Ce résultat ne saurait être atteint, sauf si une telle thérapie comportementale est accompagnée de la prise de médicaments, qui endorment l’angoisse et occultent les problèmes. Le comportementalisme et le médicament sont d’ailleurs conseillés conjointement par les expertises de l’Inserm. De même, l’impression et la diffusion des prospectus des thérapies comportementalo-cognitivistes sont généralement assurées par des laboratoires pharmaceutiques. Si l’on considère que l’efficacité comportementale est liée à la prise de psychotropes, elle est en réalité plus longue et beaucoup plus coûteuse pour la société et la sécurité sociale. Elle amène à prescrire des tests et des médicaments dans des proportions extraordinaires et croissantes, sans effet sensible sur les problèmes. L’énorme quantité de psychotropes distribués sans discernement à toutes les catégories et à tous les âges de la population pose désormais un problème supplémentaire et engendre sa propre souffrance psychique [iii]. Les médicaments ont certes permis des progrès importants, en particulier par rapport aux hospitalisations. Mais ils ne traitent pas la cause de la souffrance, ils la masquent et la font donc durer. Cette souffrance s’est de plus accrue, dans la mesure où les spécialistes compétents se sont raréfiés, et que leur formation a été réduite à la biologie sous la pression des mêmes lobbies. En quelques décennies, les murs de l’asile se sont seulement déplacés, et ont été remplacés par une toxicomanie légale financièrement coûteuse pour la société et néfaste pour le lien social et éducatif.


III. L’expertise sur les troubles des conduites de l’enfant cherche à orienter la politique de santé vers la répression et la médicamentation.

Cette expertise a pris la suite des théories médicales déterministes de la fin du 19eme siècle sur le criminel né (3“) . La génétique (4“), les risques familiaux, la grossesse de la mère sont appelés en renfort, sans compter les considérations sur « l’élevage occidental » et la proposition de faire des recherches sur les modèles animaux. Les troubles concernés requièrent des traitements psychologiques et sociaux. On ne saurait prétendre à ce jour à une causalité biologique qu’à la condition idéologique de vouloir « naturaliser » les troubles des conduites comme les problèmes sociaux pour mieux méconnaître ce qu’ils doivent à la culture et à l’histoire d’un sujet. Dans les suites de l’expertise de 2003, le rapport affirme sans enquête épidémiologique qu’un enfant sur 8 souffre de trouble mental et que 5 à 9% des jeunes de 15 ans seraient atteints de « troubles des conduites » (5“). Cette notion vague de « troubles des conduites » réduit des critères psychosociaux, insuffisamment affinés, à une définition et une solution médicales. La délinquance, le crime, la désinsertion constituent des problèmes de société. Le rapport postule au contraire une détermination psychomédicale du crime, au demeurant confuse, qu’il faudrait dépister précocement chez des sujets réduits à la dimension de malades (6“). Ces corrections idéologiques surmédicalisent une souffrance psychique générée ou amplifiée par des difficultés sociales et socio-familiales. Ainsi le dépistage précoce des troubles du comportement prétend à une valeur prédictive de la criminalité, et d’une « médicalisation de la déviance ». Comme l’indique l’expertise : « le dépistage, la prévention et la prise en charge médicale du trouble des conduites reste insuffisant en France en regard … du coût pour la société, de l’instabilité professionnelle, de la délinquance, de la criminalité… » (7“) Sans même attendre les résultats d’une enquête complémentaire, au moins épidémiologique, qui se serait imposée, l’expertise conseille un dépistage dès 36 mois, des thérapies comportementales et en « deuxième intention » les médicaments qui existent déjà (Ritaline, neuroleptiques thymorégulateurs). Comme les résultats du comportementalisme sont aléatoires, les experts promettent ainsi à la France une situation semblable à celle des USA, où 5 millions d’enfants prennent de la Ritaline.


IV. Le Ministre de la santé et les pouvoirs publics doivent prendre en considération le point de vue des associations d’universitaires, de psychanalystes et de professionnels.

Nous attirons l’attention des ministres chargés de la santé et de l’éducation sur la partialité insistante des rapports précités de l’Inserm. La grande majorité des cliniciens et des universitaires concernés contestent et dénoncent leurs présupposés et leurs résultats. Leur communication aux médias participe d’une tentative de recomposition du paysage français de la santé mentale au profit de la pharmacologie et des traitements cognitivo-comportementalistes qui leur servent de couverture. Si leurs conclusions étaient suivies, elles aboutiraient à infléchir gravement l’avenir des politiques de santé et des formations professionnelles, notamment par les consignes de recrutement des enseignants-chercheurs dans les universités, par la définition des profils de poste des psychologues et des psychiatres dans les institutions de soin, et par la formation professionnelle des personnels soignants. Une disqualification des formations, jointe aux recommandations comportementalo-pharmacologiques aboutirait à une croissance de la consommation de médicaments et alourdirait de manière considérable le déficit de la Sécurité Sociale, à l’inverse des progrès annoncés par ces expertises.

L’indépendance d’un organisme de recherche n’oblige pas les pouvoirs publics à cautionner ses évaluations, surtout lorsque leur scientificité est contestée par des sociétés savantes et des associations professionnelles nombreuses et reconnues, dont les travaux ont, eux aussi, valeur d’expertise. Un « principe de précaution » élémentaire voudrait que le ministre de la santé confirme que son ministère, comme celui de son prédécesseur, prenne prendra en compte les critiques suscitées par ces expertises élaborées avec des méthodes et des objectifs problématiques. Il est enfin demandé au Ministre de prendre les mesures nécessaires pour que les organismes de recherches participent à une véritable information scientifique de nos concitoyens, en commençant par ne pas les priver des choix véritables.
La récente loi sur les psychothérapies accorde à la psychanalyse la place qu’elle doit à sa méthode et à ses résultats, vérifiables dans son abondante littérature, établie selon ses propres critères d’évaluation. La psychanalyse oriente les pratiques thérapeutiques d’une large proportion de psychiatres et de psychologues, de même qu’elle inspire de nombreux médecins généralistes ou spécialistes. Elle est présente également dans le domaine de l’éducation, où elle accompagne utilement la scolarité, l’orientation, le dépistage des difficultés. Son apport a profondément modifié le rapport à l’enfance dans notre pays. L’attention du ministre est attirée sur l’intérêt de la méthode psychanalytique, bien au-delà de la santé mentale. En effet, les réseaux de santé doivent faire face à des souffrances psychiques et sociales qui fabriquent ou aggravent les symptômes somatiques et les handicaps physiques au nom desquels les patients viennent consulter. Le soulagement de cette souffrance pourrait dégager le secteur de la santé de coûts en médicaments et en examens complémentaires. Cet aspect financier n’est d’ailleurs pas le plus important, si on le compare au bénéfice subjectif que la population pourrait tirer d’une approche de la santé mentale qui respecte la psychanalyse, perspective de progrès à laquelle les pouvoirs publics seront sûrement sensibles.

  • 1 Il s’agit “d’un nouvel apprentissage… elles ont en commun un support théorique : la démarche scientifique expérimentale et les théories de l’apprentissage. En situation clinique un comportementaliste considère qu’un comportement inadapté (par exemple une phobie) a été appris dans certaines situations puis maintenu par les contingences de l’environnement. La thérapie cherchera donc, par un nouvel apprentissage, à remplacer le comportement inadapté par celui que souhaite le patient.” (cf. le site internet de l’AFTCC).
  • 2 La faiblesse des protocoles adaptatifs ne peut concerner que des mauvaises habitudes plutôt que la psychopathologie. Il s’agit de « trucs » adaptatifs dont la normativité n’est jamais interrogée (celui qui abuse d’alcool doit se passer le « film » d’une beuverie qui s’est mal terminée ; celui qui est tenté par l’usage de drogues doit « autoverbaliser » et se dire : stop ! Attention, du calme…, etc.,). S’il y a échec, c’est que le patient ne suit pas de manière assidue le protocole proposé, qu’il est dominé par des « émotions négatives », etc. Ce n’est pas la science qui a tort, c’est la faute au patient…
  • 3 Le psychiatre criminologiste Lombroso est le premier auteur cité.
  • 4 De nombreux généticiens sont d’ailleurs indignés que leur discipline serve de caution à ces évaluations plus qu’approximatives (le mot « génétique » est cité 43 fois dans les 65 pages du dernier rapport Inserm sur les TOP).
  • 5 « Le trouble des conduites » reprend à son compte la classification arrêtée en 1968 par la psychiatrie américaine (DSM) reprise en 1977 par l’OMS dans la Classification internationale des maladies.
  • 6 Cette expertise est d’autant plus contestable qu’aucune étude épidémiologique n’a été accomplie en France et qu’aux Etats-Unis, une simple commission a donné un avis, sur la base duquel le gouvernement Bush a préconisé des tests de dépistage dont les laboratoires ont été les premiers bénéficiaires.
  • 7 Ces objectifs ressemblent fortement à la déclaration de Nicolas Sarkozy au journal le Parisien du mercredi 2 novembre 2005 à l’occasion des révoltes des banlieues : “Il faut … détecter chez les plus jeunes les problèmes de violence. Dès la maternelle, il faut mettre des équipes pour prendre en charge ces problèmes.”

Urgence ! Péril imminent pour la psychiatrie !

Urgence!
Péril imminent pour la psychiatrie !

par Pierre Sidon

Fin 2005, alors que dans le cadre de la réforme de l’assurance maladie, les responsables de la Sécurité Sociale avaient, fort sagement, décidé de maintenir la psychiatrie en dehors du périmètre du parcours de soins coordonné, surprise de dernière minute : le Syndicat des psychiatres français parvenait à remettre en cause cette mesure à l’aide d’un étrange rapport d’experts, œuvre de deux psychiatres universitaires, où la mauvaise foi le disputait au trouble de la logique. L’un d’eux, ennemi déclaré de la liberté de choix du praticien au prétexte d’une prétendue pluralité opprimée, a œuvré depuis de nombreuses années pour une psychiatrie débarrassée de ses apports psychanalytiques.

Promouvant, sans grand succès auprès du public et des praticiens, des “thérapies” prétendument concurrentes, il ne restait plus que l’interdiction pour triompher. Ainsi de l’élaboration de ces projets de réseaux autoritaires à même de briser les réseaux spontanés de la confiance et du bouche-à-oreille. Dans ces conditions, la remise en cause de l’accès direct au psychiatre semble obéir à deux ambitions : certes il ouvre à une relative liberté tarifaire, mais celle-ci est aussi minime pour les praticiens que lourdement pénalisante pour les patients. Et nous avons peine à imaginer que nos collègues oseraient pénaliser la spontanéité d’une demande à eux directement adressée, ou un légitime désir de confidentialité de leurs patients pour un calcul misérable autant qu’erroné : qu’adviendrait-il du transfert ainsi corrompu et finalement ruiné ? Ne serait-ce pas là un calcul à courte vue ?

Au regard de ce marché de dupes, l’ambition destructrice de nos universitaires apparaît plus consistante et réfléchie : n’aurait-elle pas abusé de la légitime revendication tarifaire de leurs collègues du privé comme un cheval de Troie pour investir une psychiatrie qui jusque là leur résistait ? Enfin, n’oublions pas non plus le Rapport Parquet, maintes fois commenté par la SARP, projet secret d’une dissolution de la psychiatrie fomenté par un quarteron d’universitaires au service de l’industrie pharmaceutique, intitulé “transfert de compétences à la médecine générale”, et dont l’avenant actuel pourrait permettre le succès, ouvrant une voie dégagée de tout obstacle au Direct to Consumer Advertising d’une pharmacopée désormais libérée de tout discours critique.

Voulons-nous cela ?

N’en doutons pas, ces trois ambitions concourent sans détour à la fin imminente de la discipline psychiatrique. À ce titre, nous jugeons la situation actuelle d’une extrême gravité, et ne concernant pas, loin s’en faut, que la psychiatrie libérale. Il est impératif que l’ensemble des psychiatres, mais aussi des médecins, et du public, prenne exactement la mesure des enjeux de civilisation touchés par ce discret avenant, et se mobilise afin d’en empêcher la réalisation.

Aussi la SARP se joint-elle au Syndicat national des psychiatres privés qui diffuse la pétition ci-dessous mais elle en appelle aussi à la mobilisation massive de tous les médecins ainsi que des patients et des associations de patients qui se sont légitimement récriés et sentis floués de n’avoir pas même été consultés lors de la signature de l’avenant. À suivre très prochainement. Faites diffuser !