Un avant-projet psychothérapicide

SNPPsy
Psychothérapeutes relationnels & psychanalystes

REFUSONS UN AVANT-PROJET PSYCHOTHÉRAPICIDE

Le ministère s’efforce de rayer la psychothérapie relationnelle de la carte. Il annonce, dans une admirable mise en scène de concertation et d’ouverture de pure forme, qu’il a tout verrouillé et que le prochain verrouillage appartiendra aux universités à qui il l’a confié, ainsi qu’à l’Administration, dans l’esprit aggravé de la loi.

Ainsi un corps d’officiers de santé mentale dénommés d’après notre nom prétendument psychothérapeutes, “mastérisés” à l’issue d’un enseignement académique confié aux psychologues, au sein duquel la psychanalyse se trouverait réduite à la portion congrue, pourrait occuper le terrain. Il s’agit de notre territoire, partagé avec la psychanalyse, dédié au procès de subjectivation.

Une psychothérapie d’État se profile, à laquelle les universitaires clairvoyants tout comme les psychanalystes soucieux de l’avenir d’une discipline à qui partout depuis un siècle l’étatisation a toujours été fatale, ainsi bien entendu que nous-mêmes, regroupés en un syndicat professionnel constamment dédié à la défense et promotion de la psychothérapie relationnelle et psychanalyse, s’attacheront à barrer la route.

En instituant un mastère professionnel “qui ne crée en aucune sorte une nouvelle profession”, en nous considérant, à l’instar de la psychologie la plus réactionnaire des décennies passées, seulement comme remplissant seulement une fonction et non comme exerçant une profession, le ministère nous insulte, et manque de respect à l’ensemble de ceux qui savent que depuis des décennies nous nous sommes organisés en institutions responsables parfaitement capables d’encadrer la profession que nous constituons.

L’expertise et l’académisme n’auront pas raison de la psychothérapie relationnelle. Ensemble nous soutiendrons la cause d’une profession que nous avons su rendre honorable, dont la légitimité ne saurait échapper qu’aux aveugles volontaires, et que le déni administratif ne saurait magiquement subtiliser.

Il y a des universitaires qui se laissent fasciner par le néoscientisme, se déshonorent de chercher à partager notre dépouille avant même d’avoir pris le temps de mesurer la réalité de notre existence disciplinaire, institutionnelle et sociale, et, embarqués dans leur passion identitaire d’école, font preuve d’arrogance, de légèreté et de malhonnêteté intellectuelle. Inspirés par le neuroscientisme, l’organicisme et les thérapies à protocole dites TCC (qui jusqu’ici n’avaient pas eu le front de se prétendre psycho-thérapies) ils ambitionnent d’installer leur hégémonisme devenu d’État sur l’ensemble du Carré psy.

Incapable d’intégrer l’innovation, une certaine université entend scléroser ce qui vit, s’apprête à autoriser l’Administration à décréter quelles sont les quatre (où a-t-elle trouvé cela ?) approches “scientifiquement validées”, fonçant tête baissée vers l’abîme d’un néoscientisme consternant. Elle n’en sortira pas grandie, et c’est bien dommage pour notre pays.

C’est aussi compter sans notre détermination, sans la lucidité de l’opinion et la probité scientifique et critique des professionnels sérieux et intègres. Le ministre Douste-Blazy évoquait publiquement le sérieux de nos institutions et de nos praticiens. Sa parole ne s’est pas envolée avec son départ. Nous nous attacherons à en gérer l’héritage.

Le ministère nous demande de contribuer à notre propre liquidation en lui adressant des propositions sur le nombre et la couleur des chaînes qu’il envisage de souder à nos chevilles. Nous refusons sa maquette psychothérapicide (tout comme psychanalycide, bien entendu). Il faut changer radicalement de principe. La régulation de la profession de psychothérapeute relationnel doit, articulée à la psychanalyse, être confiée aux institutions qui l’ont fait naître et se développer. Elle doit s’appuyer sur les procédures de titularisation, savoir-faire et modes d’organisation déjà existants.

Une véritable collaboration entre nos Écoles et institutions syndicales de reconnaissance et l’université est possible. Sachant que, vu la prise de pouvoir des représentants les plus réactionnaires des thérapies à protocoles dites TCC , tout traité avec l’université rongé par le ver TCC intégriste doit se voir sévèrement encadré. Alors seulement, et seulement si le décret qui en fonde le principe commence par nous reconnaître, procède à l’inventaire de notre réalité et impose à l’université le cadre d’une articulation dans laquelle elle ne se substitue en rien à ce que nous savons faire et sommes les seuls capables de faire — valider de véritables psychothérapeutes relationnels issus de nos écoles spécifiques agréées par nos institutions responsables — une collaboration maîtrisée par les deux partenaires est envisageable.

À vrai dire nos Écoles dispensent déjà suffisamment elles-mêmes de psychopathologie pour n’avoir pas grand besoin en la matière d’intervention extérieure. Nous sommes capables de garantir l’administration de ce domaine. Elles seraient davantage intéressées à collaborer dans le domaine de la recherche, mais certainement pas sur la base du scientisme, qui nie notre réalité épistémologique.

Alors, dans le respect de notre identité disciplinaire, scientifique (au sens de science humaine), et éthique, dans le respect de notre spécificité étanche au néoscientisme, pourront s’articuler de façon réaliste ses enseignements et son savoir-faire méthodologique adaptés au domaine d’une recherche qui soit la nôtre, au domaine de la clinique qui est la nôtre, ajusté aux étudiants qui sont les nôtres (ceux des Écoles que nous et l’Affop avons agréées). Sans oublier cette dimension particulière qui est la nôtre, que les étudiants de nos écoles sont des personnes la plupart du temps en reconversion sachant conjoindre en toute rigueur formation et transformation personnelle, dans le cadre d’un processus lent et approfondi.

C’est seulement à partir de telles bases, qui permettent à notre syndicat de titulariser des praticiens dont il réponde, que les psychothérapeutes relationnels méritent leur dénomination, et l’estime légitime du public. Subordonner la psychothérapie relationnelle (tout comme au bout du compte la psychanalyse) à un cursus étranger à son être scientifique et institutionnel est impensable. Les affaires concernant l’âme décidément ont bien du mal à être gérées administrativement . Le SNPPsy ne soumettra jamais ses praticiens et leurs patients à des décrets en passe de devenir scélérats.

Ensemble, résistons à l’expertisation néoscientiste académisante d’une pratique et d’une discipline que son domaine destine à rester libre et indépendante.


Le Snppsy prendra toute mesure nécessaire à la protection au soutien et maintien de la psychothérapie relationnelle, qu’il ne laissera pas confondre avec toute autre espèce de “psychothérapie”. Les écoles, étudiants et institutions spécifiques seront maintenus.

4 Février journée d’étude

Journée d’Étude SNPPsy-AFFOP
du 4 février 2006
ÉTUDE DU PROJET DE DÉCRET D’APPLICATION DE LA LOI
CRÉANT LE TITRE DE PSYCHOTHÉRAPEUTE
— NOTRE STRATÉGIE —

8 heures 30 : Accueil des participants — 6 rue Beauregard 75002 Paris

9 heures Ouverture
Jean-Michel FOURCADE, président de l’AFFOP, psychothérapeute, Docteur en psychologie clinique, enseignant au Mastère de psychologie clinique de Paris 8, directeur de la NFL : Chronique d’une mort annoncée … et refusée
Philippe GRAUER, président du SNPPsy, ex enseignant titulaire en Sciences de l’Éducation de Paris 8, directeur du CIFP : L’appel du SNPPsy
9 heures30 Communications brèves
Geneviève MATTEI, psychothérapeute, ancienne avocate au Conseil d’État : Analyse juridique du projet de décret proposé le 10 janvier 2006
Jacques-Alain MILLER, président de l’Entente Internationale, professeur à l’Université Paris 8 : La prise de conscience psy

10 heures30 : Pause

11 heures : Débat avec les participants

12 heures30 : Déjeuner

14 heures 30 : Communications brèves
Max PAGES, psychologue, professeur honoraire des universités: Tout est à repositionner
Norbert HACQUARD, psychologue, ancien administrateur du Syndicat National des Psychologues: L’expérience de la loi de 85 créant la titre de psychologue et de ses décrets d’application
Lilia MAHJOUB, psychanalyste, présidente de l’École de la Cause : La formation des psychanalystes n’a pas besoin de cinq ans de neo-scientisme universitaire

15 heures 40 : Pause

16 heures : Débat avec les participants

17 heures 30 — Les groupes de travail : compte-rendu des travaux et ouverture de nouveaux groupes en relation avec l’actualité

18 heures : Conclusion de la Journée

Ont donné leur accord pour participer à la Journée suivante : Pr Edmond MARC, Dr Jean-Pierre KLEIN, Dr Manuel GARCIA BARROSO, Alain AMSELEK, Jacques DIGNETON, Pr Jean STORA etc…
L’organisation de chaque Journée est susceptible de modifications en fonction de l’actualité.

Ce samedi 4 février à 08:30 au 6 rue Beauregard 75002 Paris

Soutenons notre Psychothérapie relationnelle & multiréférentielle

Alerte sur le décret sur la psychothérapie

Nous arrivons en décembre et la “large concertation” ne nous a toujours pas atteint de sa vague, pas davantage que le SIUEERPP, qui devrait logiquement compter parmi les premiers concernés, au nom de la garantie universitaire, quoiqu’on puisse penser de la valeur de celle-ci en la matière.

On remarquera par ailleurs le caractère surprenant de ce texte. On s’interroge sur la manière dont le déroulement suivant :

– concertation sur un projet de texte précis qui devrait normalement être communiqué aux organismes consultés (lesquels ?) pour recueillir leur avis ;

– saisine du Conseil d’État ;

– avis de ce dernier ;

– signature et publication du décret ;

pourrait matériellement prendre place d’ici le début 2006.

Le communiqué du ministre en tout cas poursuit impavidement sur la lancée du tout premier amendement Accoyer, instaurant une discrimination (pas positive celle-là) envers une seule catégorie de psychothérapeutes, les psychothérapeutes relationnels.

Non désignés par leur nom, puisqu’on ambitionne en haut lieu de les dépouiller du titre qu’ils ont su spécifier, honorer et protéger, pour en revêtir un corps d’officiers de santé psychique qui n’a nullement besoin de cette dénomination confisquée pour exercer ses modestes talents (trois ans de formation sous la férule de la faculté de médecine) de psychothérapeutes compassionnels à protocoles.

Nous sommes tout aussi “régulièrement enregistrés dans les annuaires de nos associations“, que nos confrères psychanalystes. Mais nous n’avons pas, nous, négocié dans les corridors ministériels en 2003 une collaboration en échange de laquelle seraient dénoncés comme charlatans à faire contrôler administrativement les collègues relevant d’un autre côté du Carré psy que nous.

C’est donc sur une base inique que la DGS s’apprêterait à nous demander de collaborer à la rédaction de décrets nous imposant sélectivement un contrôle administratif, dont les modalités, fondées sur la théorie que nous rejetons du “plus petit commun dénominateur” que constitue une psychopathologie à la Vasseur, viseraient à imposer aux seuls psychothérapeutes relationnels de repasser devant une Commission préfectorale chargée de dire qui sont les “bons” psychothérapeutes.

Comme si nous n’étions pas en mesure de nous qualifier nous-mêmes, ce que nous faisons depuis plus d’un quart de siècle sans aucun problème. À l’instar, nous le répétons, de nos confrères psychanalystes, dont nous partageons le génome épistémologique et éthique à peut-être un pour cent près.

La loi qu’on s’apprête à habiller de décrets écrits dans un esprit inspiré par des rapport Inserm largement contestés par les autorités scientifiques et professionnelles, et nombre de politiques de tous bords, est rappelons-le, incohérente, fondée sur un lapsus, bancale, un article contredisant l’autre, parlant d’inscrits de droit qui n’auraient pas à se voir appliquer les modalités de contrôle de la loi tout en y étant soumis !

Une cohérence profonde existe cependant, celle consistant à créer une catégorie discriminée, celle des psychothérapeutes relationnels, les seuls hors de droit selon son esprit, contre lesquels elle constitue une arme braquée en permanence.

Les psychothérapeutes relationnels ne sont pas prêts à se laisser berner par les projets d’instauration à leurs dépens d’une catégorie de sous-psychothérapeutes, qu’on appellerait les préfectoraux, de seconde zone, régis administrativement.

Les organisations représentatives de la psychothérapie relationnelle, ainsi que leurs alliés de la Coordination psy, qui réunit des organisations majeures dans notre pays de psychanalystes, psychologues, psychiatres, sans compter les organisations de psychologues avec lesquelles nous sommes en relation de coopération, ne resteront pas sans réagir. La Coordination psy se réunit très prochainement. Nous vous tiendrons informés des développements de la situation.

La guerre des psys n’aura pas lieu

LA GUERRE DES PSYS N’AURA PAS LIEU
(paru dans “le quotidien du médecin”)

Mercredi 23 novembre 2005

PLUSIEURS événements semblent avoir déclenché cette polémique : le rapport sur la “pratique de la psychothérapie” de l’Académie de médecine (2001-2003), la proposition d’amendement Accoyer proposant un statut du psychothérapeute, la remise au ministre de la Santé (15.9.03) du plan d’actions pour le développement de la psychiatrie, et la promotion de la santé mentale (Drs Clery-Melin, Kovess et Pascal) proposant, entre autres, de créer une nomenclature, une habilitation des professionnels, des indications et des règles de prescription, une évaluation, voire une prise en charge, par l’assurance-maladie et l’expertise collective Inserm, qui fait la synthèse de l’ensemble des données scientifiques internationales actuellement disponibles sur l’efficacité thérapeutique des psychothérapies dans différents troubles mentaux. Ces initiatives, bien que traitant du même sujet, n’ont pas la même finalité, ni les mêmes conclusions, et on peut regretter qu’elles aient été amalgamées, par l’outrance de certains, qui y ont vu un complot d’État. Au-delà de ce procès d’intention, dont les extrémistes d’un autre âge étaient coutumiers, certains éléments de confusion doivent être clarifiés pour pacifier notre discipline : celle qui confond demande et besoin de soins, souffrance psychique et troubles psychiatriques, et celle qui concerne les traitements psychiatriques et ceux qui sont habilités à les prodiguer.

Besoin de soin et demande de soin

L’évolution du soin psychiatrique vers la promotion de la santé mentale a complètement bouleversé l’adéquation entre la notion de besoin de soin et celle de demande de soin, notamment psychothérapeutique. On lui demande de porter secours à la détresse morale des exclus, de prévenir les conséquences psychopathologiques des catastrophes ou des accidents, de réguler la violence sociale, d’assumer le mal-être des adolescents, quand ce n’est pas de promouvoir le bonheur ou la réussite par l’affirmation de soi… Si toutes ces missions sont légitimes, elles ne sauraient être mises sur le même plan, particulièrement à une époque où chacun prend conscience que les moyens affectés à l’offre de soins ne sont pas illimités. Il convient donc de distinguer :
— les difficultés psychologiques : sentiment subjectif de malaise, d’inconfort, de morosité, d’insatisfaction, de manque de confiance en soi ; modalités relationnelles conflictuelles en famille, au travail, avec ses amis, son conjoint ; souffrance secondaire à un deuil, à une perte ou à un échec (licenciement, déception sentimentale…) ; sexualité mal assumée, etc., qui justifient plus une intervention psychologique ou psychanalytique que psychiatrique ;
— les troubles mentaux, comme la schizophrénie ou le trouble bipolaire, pour lesquels existent des traitements dont l’efficacité est parfaitement établie et qui nécessitent donc une réponse médico-psychologique. En sachant néanmoins que la “frontière” est parfois confuse entre les deux (par exemple, entre une timidité marquée et une phobie sociale sévère) et que le retentissement social ou la gêne fonctionnelle ne sont pas nécessairement plus importants dans un champ que dans l’autre (par exemple, un patient maniaco-dépressif bien traité peut être moins handicapé par sa maladie qu’un(e) veuf(ve) qui n’arrive pas à reconstruire sa vie. Enfin, un patient souffrant de schizophrénie est exposé, plus que tout autre, à des conflits avec autrui, des frustrations, des problèmes sexuels, des moments de découragement…
— les détresses psychosociales pour lesquelles une contribution de la psychiatrie doit s’intégrer dans une réponse pluridisciplinaire. C’est le cas, par exemple, de l’aide aux victimes, aux exclus… Quoi qu’il en soit, le sujet en souffrance psychologique n’a pas nécessairement conscience de la nature de ce dont il souffre et, donc, de l’interlocuteur auquel il doit s’adresser. De plus, cette demande ne correspond pas toujours à un besoin identifié par les autorités sanitaires ou susceptible d’être pris en charge par la société. De la même façon que chacun aime améliorer son image, personne ne considère que les soins de beauté ou même la chirurgie esthétique doivent être financés par l’assurance-maladie, alors qu’il est évident que la chirurgie réparatrice d’un visage défiguré par un accident le sera. Pourtant, il est des disgrâces physiques qui peuvent gâcher toute une vie…

Il ne s’agit donc pas de dire que certaines souffrances seraient plus recevables que d’autres, mais de considérer que toutes les démarches de demande de soins ne doivent pas être appréhendées de la même manière. Certaines résultent d’une initiative individuelle, comme le fait d’entreprendre un travail de réflexion introspectif, alors que d’autres correspondent à un besoin sanitaire explicite. Dans un cas, c’est la liberté individuelle qui s’exprime (au même titre que de s’imposer des règles diététiques ou d’optimiser sa forme physique par un entraînement sportif), dans l’autre, c’est la responsabilité collective qui est interpellée pour porter assistance à un malade.

La distinction doit toutefois être nuancée, car un malade peut bénéficier de plusieurs niveaux d’intervention. Ainsi, de même qu’un patient diabétique reçoit un traitement hypoglycémiant, suit un régime et se voit proposer la pratique d’un sport, un patient souffrant d’un trouble schizophrénique devra recevoir un traitement antipsychotique et, éventuellement, une prise en charge psychothérapeutique, ce qui n’exclut pas qu’il puisse bénéficier, si nécessaire, d’une thérapie familiale, voire de participer à des activités de psychothérapie à médiation artistique qui peuvent faciliter sa resocialisation ou lutter contre son apragmatisme. Les troubles mentaux ont un déterminisme multifactoriel et leur prise en charge est souvent multidisciplinaire. Les propositions thérapeutiques ne sont pas exclusives les unes des autres, certaines sont nécessaires, d’autres, accessoires. En aucune manière elles ne sauraient être opposées les unes aux autres.

Pluralité des traitements psychiatriques

La médecine dispose de différents moyens pour traiter les troubles mentaux : biologiques (médicaments psychotropes, stimulation magnétique transcrânienne, luxthérapie, agrypnie, etc.), sociothérapeutiques, qui vont des mesures de protection sociale à l’ergothérapie, et psychothérapeutiques. A coté de ces grandes catégories de psychothérapie (d’inspiration analytique, cognitivo-comportementales…) que l’on peut qualifier de structurées, il convient de rappeler que la plupart des relations soignant-soigné comportent une dimension psychothérapeutique ; c’est le cas du réconfort qu’un médecin généraliste apportera à un patient souffrant d’une affection somatique, de la compassion d’une infirmière dans une unité de soins palliatifs, des mots d’encouragement d’un kinésithérapeute assurant la rééducation motrice d’un paraplégique…

Qui aurait la prétention d’affirmer que l’une est plus utile que l’autre ? L’objectif du soin étant de restaurer un état de bonne santé, ses modalités prennent en compte la situation du sujet et sa demande. L’analyse de la problématique et la stratégie thérapeutique seront donc très différentes selon que l’on reçoit un adolescent en situation de crise identitaire sans dysfonctionnement social majeur ou un jeune psychotique qui a des troubles du comportement, source de désocialisation. Il est donc souhaitable qu’une première étape d’évaluation de la demande et éventuellement de diagnostic précède le soin. Puis il convient de distinguer les différents niveaux d’intervention :
— l’aide, le réconfort, l’écoute, qui ne sont d’ailleurs pas nécessairement le fait d’un soignant et peuvent être prodigués par un “aidant naturel” (famille, amis..) ;
— le soutien et le conseil susceptibles d’être prodigués par les professionnels de la santé de manière adaptée à chaque cas et selon les compétences de chacun ; un médecin généraliste pourra, par exemple, faire des recommandations à un patient déprimé ou l’informer sur son trouble en plus de son éventuelle prescription ;
— le travail psychothérapeutique structuré, qui peut avoir différents objectifs, comme la simple disparition des symptômes ou une prise de conscience plus approfondie. Le choix du niveau d’intervention est fonction de la demande du patient, de ses possibilités de verbalisation, de la nature de son trouble, des disponibilités en thérapeutes autour de son lieu de résidence…
De surcroît, plusieurs niveaux peuvent être conjugués. On peut attendre du réconfort de son entourage, des conseils de son médecin généraliste et une psychothérapie structurée d’un spécialiste. Il n’y a pas lieu d’opposer, de manière dogmatique, une technique contre une autre.

Malentendu sur le statut de psychothérapeute

Le caractère polémique des débats à propos du statut de psychothérapeute résulte des ambiguïtés à propos de ce que l’on entend par psychothérapie, ainsi que sur leur finalité, comme nous venons de le voir. Mais il est également le fait de malentendus sur cette fonction et sur ceux qui seraient habilités à l’exercer. Un certain nombre de points doivent être pris en considération :
— l’absence d’un statut de psychothérapeute empêche le public d’avoir l’assurance que son interlocuteur n’est pas un psychothérapeute “autoproclamé” sans formation ni expérience. Une information claire et valide sur les psychothérapies et ceux qui les pratiquent est donc nécessaire. D’autant plus que les personnes en situation de souffrance psychologique sont plus vulnérables et crédules ;
— la psychanalyse inspire certaines formes d’exercice psychothérapeutique sans être, à proprement parler, une psychothérapie ; de nombreux psychanalystes ne souhaitent d’ailleurs pas être considérés comme des psychothérapeutes, puisqu’ils n’ont pas toujours un objectif de soin. Encore qu’ils soient d’autant plus loin d’avoir une position univoque sur ce sujet que certains sont médecins, psychiatres, psychologues, tandis que d’autres n’ont suivi qu’un cursus philosophique ou littéraire ; les médecins, les psychiatres et les psychologues n’ont pas nécessairement une formation à une technique psychothérapeutique structurée, si ce n’est l’expérience de la relation (la prescription du médecin par lui-même, comme le disait Balint). Ils ne sauraient donc être psychothérapeutes de droit (comme l’envisage l’amendement Accoyer) sans une formation spécifique ;
— le fait d’avoir une formation ou une expérience psychothérapeutique ne présuppose pas que l’on soit en mesure d’en poser les indications de manière adaptée ou de concevoir un projet de soin structuré, notamment lorsque l’on se situe dans le champ des troubles mentaux caractérisés et pas dans une démarche singulière de compréhension de soi.

L’exercice reconnu de la psychothérapie, dès lors qu’il s’inscrit dans une démarche médicale, se devra de répondre à ces questions, au-delà des références théoriques qui focalisent actuellement l’affrontement stérile entre idéologues de tout bord. Aucun traitement ne saurait être universellement applicable à tous les patients, quel que soit le trouble psychologique ou psychiatrique dont ils souffrent. Aucun professionnel ne saurait se prévaloir d’une technique de soin adaptée à toutes les demandes. D’autant qu’elles connaissent une progression exponentielle et que la majorité des thérapeutes sont débordés. C’est pourquoi la guerre des psys n’a pas lieu d’être !

[1] Cmme (Clinique des maladies mentales et de l’encéphale), hôpital Sainte-Anne, 100, rue de la Santé, 75014 Paris

Source : http://www.neuropsy.fr

Changement d’appellation au SNPPsy

SNPPsy

Psychothérapeutes relationnels & psychanalystes

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 19 NOVEMBRE 2005

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En quoi consiste notre identité ? quel rôle, quelles fonctions notre syndicat a-t-il désormais vocation de revendiquer ?

La question de notre dénomination se pose de façon récurrente, et cela commence par différenciation, à propos de nos confrères psychanalystes. En pure logique, la psychanalyse est une psychothérapie, c’est d’ailleurs le terme que Freud utilisa pour définir … la psychanalyse. Pourtant, selon une logique institutionnelle bien connue, chacun sait qu’on ne mélange pas les torchons avec les serviettes, ni l’or avec le cuivre sans prendre garde aux proportions et aux hiérarchies traditionnelles.

C’est que la psychanalyse établie comme notabilité intellectuelle aux allures aristocratiques dans notre pays à partir des années cinquante, lacaniens et antilacaniens confondus, s’était classée dans la première catégorie. Elle considérait même que si un psychanalyste touchait le cuivre psychothérapique, ne serait-ce que du bout des doigts, celui-ci se transmuait dans l’instant en or psychanalytique. La réciproque restant problématique.

Élisabeth Roudinesco soutient que si nous faisons horreur aux psychanalystes qui nous infligent leur mépris, c’est que la psychanalyse est devenue psychothérapie. Dégradation suprême, les haut de gamme seraient devenus, à force de manquer au devoir d’insoumission de leur charge, serviteurs de la gestion et régulation psychologique des flux de conscience ordinaires, psychothérapeutes quoi ! et quand on a dit psychothérapeutes on a tout dit.

On se tire de ce mauvais pas, d’abord par un pas de côté, les psychothérapeutes honnis n’étaient pas ceux que l’on désignait jusqu’ici, il fallait entendre qu’il s’agissait des comportementalistes, dénommés cognitivistes depuis 81. Jacques-Alain Miller nous rendit ce service de nous déconfondre d’avec ces derniers.

Ensuite par une avancée du concept. En mettant en avant la figure du Carré psy, nous avons introduit une articulation quadripartite de l’espace psy, subdivisée en deux fois deux. Le Carré psy articule en une figure symétrique les quatre protagonistes de la fonction psy. Issue de l’aliénisme, la psychiatrie, issue de la psychophysiologie naissante, la psychologie. Ces deux disciplines, universitaires, relevant comme on sait de la médecine pour l’une et des lettres (par séparation d’avec la philosophie, cette démarcation restant empreinte de phobie) pour la seconde.

À côté de ces deux disciplines académiques, les deux autres font une inégale figure sociale. Aucune d’entre elles n’est en France de filiation universitaire. Il faut aussi dire un mot de l’université actuelle, répartie en clans occupés à se faire la guerre et à occuper des places, ayant depuis un moment dans un nombre significatif de secteurs délaissé la recherche vive pour l’académisme. La montée en puissance du scientisme y va de pair avec une pensée plutôt conservatrice. Il n’est pas étonnant que les deux forces bousculantes, sous des aspects très différents, que furent le lacanisme et la psychologie humaniste aient éprouvé toutes deux des difficultés à y trouver leur place.

On a pu croire la psychanalyse notabilisée installée en psychologie. La réalité diffère. Il est vrai que la psychanalyse s’est fait héberger, aux temps fastes, par la psychologie, Lagache oblige, puis Pontalis, Anzieu et al. Mais à l’heure où la psychologie reprend ses billes et son identité de base, le cognitivisme, et s’affaire à chasser la psychanalyse, qui après tout devrait commencer à se rendre compte qu’elle n’est pas chez elle chez son hôte, beaucoup de psychanalystes sont désemparés et désorientés. Ce qui en a conduit plus d’un sur les voies politiquement périlleuses du corporatisme conduit par la SPP — parallèlement notons-le à celui des psychiatres.

Notons pour marquer l’ironie de l’Histoire que notre psychothérapie, que nous n’appelions pas encore relationnelle, trempant dans le même type d’aventure parasitique, fut membre de l’Anop, l’Association nationale des organismes de psychologie. Ce ne fut que tardivement, à l’issue de notre adhésion à la Déclaration de Strasbourg, sorte de déclaration d’indépendance qui proclamait que nous constituions une profession distincte, que les psychologues nous rejetèrent de leurs rangs. Si bien que c’est nous et notre code de déontologie qui influencèrent le code de déontologie qu’adoptèrent, avec nos voix, les psychologues, bien avant notre expulsion.

Pour compliquer la figure, la psychanalyse, tout comme la psychothérapie relationnelle, représente une profession cumulable. (1“) C’est-à-dire qu’un psychiatre ou un psychologue peut adopter ce titre (2“), soit à l’issue d’une formation longue et difficile (au minimum cinq années universitaires, souvent davantage, plus une longue démarche personnelle suffisamment réussie), garantie par une bonne école — soit hélas à l’issue d’une autoproclamation restée ininterrogée, puisque le professionnel autoproclamé est par ailleurs diplômé, donc institutionnellement couvert, et encouragé à annexer indûment le titre de psychothérapeute dont il revendique l’exclusivité, à condition qu’il ne s’agisse que d’une fonction (gare à la revendication d’un titre qui ouvrirait à une professionnalisation concurrente).

Comme il s’est trouvé que nous figurions le quatrième dans un jeu qui se jouait précédemment à trois, nous avons mis en avant le cadrage à partir duquel s’orienter dans ce maquis, en concevant le Carré psy. C’est à partir de ce cadre que nous avons établi puis consolidé la dénomination (sinon le titre) de psychothérapeute relationnel. C’est en constatant que les quatre protagonistes institutionnels du Carré prétendaient tous à l’exclusivité de la psychothérapie, valable seulement à leurs yeux s’ils l’administraient eux, que nous avons conclu que chacun voyait le midi de la psychothérapie à sa porte et qu’il fallait entériner la multiplicité des pratiques, méthodes, théories et habitus épistémologiques des diverses disciplines et pratiques. Nous avons conçu qu’aucune ne pouvait et par conséquent ne devrait prétendre régenter l’espace théorique et pratique des autres, mais pourrait collaborer, sur un pied d’égalité, avec les trois autres (travail en réseau), au service et bénéfice de la personne recourante.

C’est ainsi que avons les premiers avancé l’idée que la psychothérapie relationnelle constituait un domaine disciplinaire particulier, et que nous devions cesser en ce qui nous concernait de chercher à imposer aux collègues relevant d’un champ méthodologique différent de se conformer à nos critères — à charge de revanche.

Contrairement à ce que soutient un responsable qui s’est donné entre autre pour mission de tenter de détourner vers sa personne, généreusement offerte à la psychothérapie, les membres de notre syndicat, psychothérapie relationnelle ne saurait se traduire par “psychothérapie psychothérapique”(3“), au motif qu’il y a toujours de la relation, au sens qu’Accoyer donne à ce terme pour définir la thérapie tape dans le dos comme je l’ai dit ailleurs, dans l’espace psychothérapique par principe. Elle signifie psychothérapie faisant de la relation et du travail relationnel — impliquant les deux protagonistes en présence, en interaction en qualité de sujets cherchant ensemble — le ressort du processus de subjectivation qu’elle instaure. Le terme de relation est suffisamment ample pour intégrer le transfert sous de multiples formes conceptuelles, ainsi que ce qui concerne ce que la psychanalyse désigne par inconscient, et s’oppose polairement à l’apprentissage correctif, normatif et orthopédique qui caractérise les formes de psychothérapie prescriptives du champ psychiatrique et psychologique. Je n’entrerai pas ici dans le détail des formes complexes et composites, dues en particulier au caractère cumulable évoqué précédemment, ce qui ne changerait rien au principe classificateur de base.

En renonçant à la toute-puissance institutionnelle, il y a maintenant six ans, en renonçant à maîtriser l’ensemble du champ de la psychothérapie, c’est-à-dire à exiger de tout professionnel exerçant sous ce titre qu’il remplisse nos cinq critères, nous n’avons fait que comprendre puis admettre que la psychothérapie était multiple et différenciée, et que sous ce vocable des épistémologies et des méthodologies très différentes, des formations également, très différentes, et de niveaux inégaux,(4“), étaient engagés.

Nous avons alors pris acte de la diversité des champs théoriques et épistémologiques des sciences et pratiques du psychisme, et délimité notre champ propre. Repérant à l’occasion notre relation de consanguinité symbolique, notre proximité scientifique (au sens de sciences humaines) avec la psychanalyse, et que nos deux côtés du Carré psy définissaient un triangle, celui du procès de subjectivation, dont l’hypothénuse (une diagonale du Carré) figurerait le transfert.

Il en découle que la question de déterminer si la psychanalyse est une psychothérapie tombe à l’eau. Si le terme est générique au Carré, oui, elle ressortit de la psychothérapie à ce titre, mais comme nous-mêmes ne saurions nous confondre dans un terme qui implique une philosophie, des théories et méthodes desquelles nous entendons nous dissocier, la psychanalyse revendique de se nommer de son seul nom. Cela nous sommes à même de l’entendre. Dans ces conditions, l’ancienne querelle tombe.

Il en découle également que notre syndicat ne se dépersonnaliserait pas s’il accolait le terme psychanalyste ou psychanalyse à son acronyme, d’une façon ou d’une autre. Comme vous le savez les psychanalystes au sein de notre syndicat réclament cela depuis des années. Au moment où la crise Accoyer 2 éclate, à chaud, Thierry Nussberger insiste en AG sous le choc pour qu’on l’inscrive au programme de notre prochaine mandature. Je craignis l’apparence opportuniste de cette demande, même si objectivement elle ne l’était pas. Nous avons attendu attendu, mais il a bien fallu finir par y arriver. Nous y voilà.

Une AG extraordinaire faute d’une ou deux voix n’a pu prendre la décision il y a six mois, nous voici réunis pour la prendre à présent. Nous devrons prendre les deux décisions conjointement. Celle d’officialiser dans notre sigle ou au moins notre nom, d’une manière ou d’une autre, le terme de psychothérapie relationnelle d’une part, de l’autre d’y adjoindre la mention psychanalyse.

Ce faisant nous inscrirons institutionnellement le développement de notre pensée et de notre personnalité morale et scientifique. De la psychologie humaniste au mouvement du potentiel humain en passant par les nouvelles thérapies, quel parcours historique pour parvenir à la psychothérapie relationnelle, à l’enseigne du pluralisme. Notre identité s’affermit, se délimite et définit plus fermement ses contours. Notre syndicat est à présent mieux à même de spécifier ce qui nous réunit.

Et comme nous nous apprêtons à différencier les fonctions d’agrément, après que nos membres aient insisté depuis des années pour que cela s’effectue, en transmettant maintenant que c’est devenu possible celle d’agréer les écoles à l’Affop, nous voici en train d’opérer un repositionnement qui fera de nous le syndicat de référence d’un des quatre acteurs majeurs des professions du psychisme. L’un des quatre grands, interlocuteur majeur obligé de toute négociation concernant les pratiques psychothérapiques. L’un des deux acteurs pratiquant selon le procès de subjectivation, aux côtés des psychanalystes et avec ceux d’entre eux qui ont compris l’intérêt historique et éthique de cette conjonction dans l’action.

L’un des quatre grands et non le petit troisième entre les pinces des deux grands autres, la noix relationnelle entre psychanalyse et cognitivisme. Nous ne sommes pas adversaires par principe du comportementalisme, puisque notre vérité est ailleurs. Différant d’elle, nous sommes scientifiquement, philosophiquement, épistémologiquement, proches de la psychanalyse. J’ai évoqué déjà cette proximité. À l’interne, nous exigeons des praticiens TCC qui s’inscrivent chez nous de répondre comme nous tous au critère numéro 1, à savoir d’avoir effectué un parcours personnel dans une psychothérapie relationnelle, qui les qualifie comme psychothérapeutes relationnels. En fait nous leur demandons d’être un minimum intégratifs. Scientifiquement, tout se discute, nous avons tellement à faire avec nos propres soucis que l’existence des TCC ne nous affecte pas spécialement, en soi. Nous en débattrons scientifiquement le moment venu, c’est plutôt affaire de société savante, et nous le sommes aussi peu ou prou, à l’enseigne du pluralisme, c’est tout.

Mais si politiquement, institutionnellement, les TCC cherchent à nous dominer ou éliminer, qu’ils sachent que nous contre attaquerons avec la vigueur de qui défend ses valeurs, et qui sait contracter et faire jouer ses alliances, y compris bien entendu avec les psychologues cliniciens. C’est ainsi que nous nous sommes montrés vigilants à l’égard de l’Inserm en plein dérapage scientiste, et de la DGS positionnée sur ses marques.

Ainsi les principes sur lesquels nous avons ajusté notre politique cette année encore sont clairs, et ce rapport moral est fait pour que vous nous disiez si nous devons poursuivre dans cette voie : être de ceux qui refusent une psychopathologie d’inspiration cognitiviste et organiciste à l’enseigne du DSM comme plate-forme soi-disant minimale commune des pratiques psychothérapiques. De ceux qui refusent d’aller pédaler sur le petit vélo des serviteurs de l’Inserm acquis au cognitivisme et au scientisme de la Direction générale de la santé, en donnant du grain à moudre à la machine à nous broyer en utilisant notre propre énergie. De ceux qui s’opposent à tout décret d’application d’une loi bancale dont un article contredit l’autre, d’une loi qui n’a pas été capable de nous donner la place qui nous revient aux côtés de la psychanalyse. De ceux qui préconisent une renégociation générale de la question du cadre juridique des diverses psychothérapies dans l’esprit défini par les sénateurs Gouteyron et Sueur (5“).

Le plus petit commun dénominateur entre les diverses psychothérapies est une fausse bonne idée de la Direction générale de la Santé, destinée à nous aligner sur l’épistémologie et les concepts psychiatro-psychologiques de feue l’unité de la psychologie de Lagache, années 50 du siècle dernier. Canguilhem disait déjà qu’au sortir de la Sorbonne par la rue Saint Jacques on avait le choix de monter en direction du Panthéon ou descendre vers la Préfecture. L’unité factice de la psychothérapie fondée sur le psychopathologisme cher à Vasseur conduit tout droit à une psychothérapie de préfecture.

Prendre l’initiative de poursuivre des négociations à l’heure actuelle consisterait à appuyer la politique de la DGS consistant à faire croire que l’ensemble des professionnels du psychisme sollicite le dialogue avec elle, se place volontairement et volontiers en position de contributeurs de son plan de rédaction de décrets impossibles, qui pis est, à partir de la plate-forme psychopathologiste scientiste qu’elle entend imposer. Nous le disons ici clairement, il n’existe pas de consensus, en vue d’une solution décrétiste à la situation actuelle. Le ministre le sait, la DGS peut l’entendre. Bien entendu, si par malheur, ce qui n’est pas du tout fatal, ni imminent, les décrets s’écrivaient, nous interviendrions avec les moyens appropriés,

Les organisations de psychothérapeutes qui se vantent de participer à des négociations et alimentent la machinerie Inserm contribuent de fait à une dérive, considérée par eux comme fatale ou comme bénéfique, vers la rédaction de décrets à haut risque. Nous avons pris le parti de nous dégager de ces négociations en trompe l’œil, et de rester sur une prudente expectative. Bien informés de ce qui se passe et ne se passe pas, nous ne précipiterons pas notre syndicat dans la gueule du loup, mais resterons vigilants, toujours prêts à intervenir.

À propos de repositionnement, je voudrais rappeler qu’il fut un temps où nous cumulions toutes les fonctions, lorsque nous étions en train de créer l’autoréglementation de la profession de psychothérapeute — sans spécification particulière, sans être alors à même de nous différencier des différentes psychothérapies que nous ambitionnions de regrouper et représenter. Il fut même un temps où nous avons nous aussi été tentés par un corporatisme prônant notre propre hégémonie.

En ce temps-là où nous étions presque les seuls sur la place, en fonction d’amorce ordinale, et la profession tout juste en train de prendre ses marques et son assurance. Société savante, nous organisions alors des colloques, partagions avec le PsyG le quasi-monopole des titularisations. Déjà nous nous inquiétions des poussées de certaines méthodes-écoles pour nous bousculer et exercer à notre place la fonction de légitimation professionnelle. Pour prendre les devants, nous avons créé également le cadre d’un agrément des écoles de formation à la psychothérapie (toujours indistincte).

L’irruption des organisations de méthodes, ayant avec la déclaration de Strasbourg bouleversé puis fracassé la paysage psy, donna naissance à une, co-parrainée par le PsyG (l’instigateur européen) et nous, puis deux, fédérations, après que les deux syndicats historiques aient décidé de se retirer de l’espace institutionnel de l’Association européenne de psychothérapie, sorte d’aigle à deux têtes austro-britannique ayant vu progressivement la tête britannique s’envoler vers d’autres cieux.

Plus la profession s’est organisée dans la diversité, plus les instances capables de battre la monnaie de la certification professionnelle sont devenues nombreuses. Nous n’avons pas été en mesure de conserver ce monopole qui nous aurait institutionnellement sans doute bien plu, et c’est probablement un signe de développement, d’expansion et de diversification, en un mot de maturation institutionnelle.

Mais ça n’est pas sur ce terrain d’une nostalgie du quasi monopole des origines que nous continuons de maintenir notre singularité. C’est sur celui de la défense et représentation politique de la profession. Le regroupement Snppsy-Affop, réunissant le syndicalisme et la défense des groupes de praticiens et des écoles agréées, à présent dans le cadre de l’Affop au terme de l’achèvement d’une différenciation en marche depuis des années, représente une force politique de référence, axée sur la qualité, le pluralisme, une certaine respectabilité scientifique et professionnelle. C’est là que nous nous situons.

Une certaine officine marquée de marketing politique a beau tenter de débaucher nos membres pour leur promettre une meilleure couverture dans la plus grande confusion, la FF2P a beau faire valoir ses mérites en montrant à tous qu’elle est en pleine négociation avec une DGS dont elle ne produit pas l’analyse, les professionnels qui nous font confiance et les étudiants des écoles agréées Affop qui s’inscrivent dans nos rangs, préparant discrètement la relève (on les voit aux réunions parisiennes en tout cas), sont assez mûrs pour ne pas se laisser conter d’histoires, et se rendre compte qu’un syndicat est plus apte à défendre ses membres qu’une fédération de méthodes qui inscrit aussi des individus ou un fantôme en mouvement.

Dès les années 90 nous nous sommes posé la question avec Yves Lefebvre, de notre possible extinction ou reconversion. Les variations sur le thème le Snppsy n’est plus ce qu’il était sont constantes dans notre histoire. Tout autant que celles comptabilisant notre prochaine disparition. À chaque fois ce qui est exigé du syndicat c’est de mieux faire du syndicalisme, soutenir ses membres, ne jamais oublier de revendiquer baisse ou suppression de la TVA (pour les collègues non psychologues), batailler en justice, œuvrer pour la reconnaissance ou officialisation correcte de l’usage du titre(6“), en intervenant quand il le faut auprès des pouvoirs publics. À chaque fois notre syndicat s’est maintenu, renforçant sa personnalité et son autorité morale, conservant sa réputation d’institution de référence, sérieuse et respectable.

Il nous a été continûment demandé de rechercher l’alliance avec les psychanalystes, logique même avant que notre concept de Carré psy ait pris toute la place qu’il occupe à présent pour clarifier le caractère de nos relations avec l’ensemble des praticiens du psychisme. Il nous a été continûment demandé de travailler à l’ouverture d’une concertation nationale avec l’ensemble des confrères et institutions psys, sans trop prendre en considération la difficulté d’une telle ligne politique, pour des professions en proie à d’importants malaises identitaires, en rivalité parfois violente avec nous.

Nous avons tout encore tout au long de cette année participé au travail de concertation et d’échange au sein de la Coordination psy, tissant notamment une relation de dialogue confraternel avec les psychologues de l’InterCoPsycho et les psychiatres psychanalystes. Nous avons ainsi tenu notre ligne et notre place dans un lieu plutôt hétérogène qui maintient sa cohésion suffisante, fondée sur la concertation et l’échange. Nous avons fréquenté nos confrères psychanalystes et dialogué avec eux, respectueux des lignes de résistance institutionnelles et personnelles, et maintiendrons la relation établie, en certains cas de bonne qualité, fondée sur une considération positive mutuelle(7“).

Nous avons dans cette direction réalisé des progrès considérables, même si l’essentiel reste à faire. S’inscrire et militer au Snppsy signifie de nos jours participer au mouvement de reconnaissance, même par simple réalisme, d’un nombre important de nos confrères des autres professions. Cela demandera encore du temps avant d’accéder aux médias, avant que le Carré psy succède dans l’imaginaire collectif et en particulier journalistique au triangle psychiatrie psychologie psychanalyse, qu’il s’agissait il y a deux ans à peine de débarrasser du charlatanisme dont on nous avait affublés du monopole.

S’inscrire et militer au Snppsy c’est participer à la bataille politique en ligne permanente, aujourd’hui sur notre site, demain sur notre site et dans le cadre de notre revue. C’est aussi tenir, déterminer une orientation, une stratégie et une tactique, en un mot une ligne, dont nous pouvons mesurer qu’elle inspire nos concurrents et adversaires. Ainsi notre désir de changer de nom a-t-il engendré le changement de celui de la FFdP, plus promptement effectué que le nôtre, mis aux voix en deux temps dont aujourd’hui même représente le second.

S’inscrire et militer au Snppsy c’est s’assurer d’une politique indépendante, qui ne se mette pas à la traîne du premier quarteron d’experts de l’Inserm venu, ni d’aventuriers qui passeront comme les précédents ont passé. C’est œuvrer au sein d’une organisation à même de se positionner lorsque la psychanalyse est agressée avec une brutalité et une virulence qui nécessitent une contre-offensive immédiate et bien coordonnée pour mettre en échec les plans des scientistes qui rêvent d’en finir avec l’ensemble des tenants du procès de subjectivation, nous et elle confondus.

(…)

  • 1 D’où la tentation de transformer le Carré en polygone, pour y adjoindre les mixtes, psychologues cliniciens en référence à la psychanalyse et psychiatres psychanalystes. L’articulation de catégories complexes se joue à l’intérieur de la surface du Carré et non selon le périmètre, qu’il faut maintenir intangible si l’on veut pouvoir faire jouer le déplacement d’un point sur la surface, situable selon abscisses et ordonnées. Une autre façon de procéder, puisque nous voici en mathématiques appliquées, consisterait à nommer les angles plutôt que les côtés, ce qui permet de situer n’importe quel point à la distance désirée des quatre angles du Carré. Cependant nommer les côtés conserve ma préférence, avec son triangle de la subjectivation, surface immédiatement badigeonnable de votre couleur préférée, et pour encore d’autres raisons qui permettent de mieux figurer la réalité du concept.
  • 2 Par ailleurs non protégé. L’action du SNPPsy a consisté durant près de trois décennies à se préparer en cas d’une prévisible nécessité, à lutter pour la protection et usage du titre de psychothérapeute, en complément logique des dispositions de la loi sur le titre de psychologue. L’évolution des professions du psychisme s’est développée jusqu’ici en trois temps. Le premier, vit l’autonomisation de la psychiatrie par rapport à la neurologie, en 69, première disjonction entre organique et psychique. Le deuxième temps, auquel prit une part importante le sénateur Sueur, Claude Évin étant ministre de la Santé, fut la loi de 85 instituant et protégeant le titre de psychologue. Cette loi devait comporter un volet psychothérapie, ce volet, muré par les psychologues dans les Commissions DRASS d’homologation, ne se transforma jamais en porte. Un peu plus tard, les psychothérapeutes regroupés en méthodes-écoles au niveau européen inauguraient avec la Déclaration de Strasbourg leur propre porte. Le troisième temps vit l’aboutissement d’un processus entamé dès 1981 avec l’apparition du SNPPsy, avec la mise à l’ordre du jour en 2003, à l’issue des initiatives successives de M. Accoyer, d’une législation prenant en charge le statut de psychothérapeute.
    Lorsque le SNPPsy entama au cours des années 90 de définir la nature et spécificité du service en quoi consistait la psychothérapie (relationnelle avant la lettre, mais prétendant alors régir l’ensemble du champ psychothérapique), avec l’ouverture du dossier AFNOR, il procédait seulement à un travail de préparation du terrain étatique, en faisant en sorte de miner d’avance la logique administrative. Il s’agissait de ne pas risquer de se voir opposer un jour une définition exogène, administrativogène devrait-on dire, de notre identité. Avons-nous commis une imprudence ? il faudra un jour réexaminer le dossier de la question administrative.
    Aujourd’hui les conditions de reconnaissance du titre de psychothérapeute relationnel ont changé. Notre combat peut se poursuivre auprès des pouvoirs publics, mais le noyau identitaire de notre reconnaissance dépend de nous-mêmes, et des autres institutions se réclamant de la psychothérapie relationnelle. On peut parler en termes de processus, et penser que pour une part qui reste à déterminer notre reconnaissance est à présent acquise. On assiste tout simplement à l’institutionnalisation conflictuelle d’un champ disciplinaire et d’une profession.
  • 3 Parler de tautologie c’est dire que toute thérapie signifie relation, comme en d’autres temps où tout était qualifié de politique, ce qui abolissait l’efficacité du terme. Dire que toute thérapie est relationnelle représente plutôt une platitude qu’un “pléonasme”. En effet si par relation on signifie que deux personnes sont mises en présence et “relation”, comme dans le colloque médecin-malade, ou psychologue consultant, oui, en effet, elles s’adressent la parole, enfin, plutôt celui qui sait à celui qui recourt. Tant qu’on n’a pas défini la “structure et épistémologie de la relation”, pour reprendre l’expression de Jacques Durand-Dassier, on n’a encore rien dit. Est-elle prescriptive — un sujet prescrit, ordonne (ordonnance), à l’occasion de soin apporté à l’objet malade —, diagnostique (“— c’est grave docteur ?”), de conseil, ou dialogale, fondée sur le ressort relationnel même, processuelle, dans le cadre spécifique d’une rencontre-recherche entre sujets, un Je et un Tu procédant ensemble, au cours d’un cheminement vers la subjectivation de celui qui a entrepris la démarche auprès du professionnel qualifié dans cet art particulier ? et nous n’abordons pas dans cette description la dimension inconsciente, qui complexifie considérablement la figure. Décidément, parler de psychothérapie psychothérapique manifeste une cécité au concept impressionnante.
  • 4 Depuis 2003 on assiste à une vaste politique consistant à confisquer et détourner le terme de psychothérapie et la dénomination professionnelle de fait, de psychothérapeute, pour les constituer en titre d’un corps d’officiers de santé psychique, formés en trois ans à une action d’intervention et d’accompagnement psychologique protocolaire sous l’autorité de la médecine. On regrouperait ainsi toutes sortes de travailleurs sociaux, allant de l’infirmier psychiatrique à l’assistante sociale en passant par l’éducateur “spécialisé”, administrant du soin compassionnel comportementaliste et urgentiste sous autorité médicale. Véritables régulateurs du malaise psychique ordinaire, ces néopsys comme les dénomme J-F Cottes, calmeraient les fièvres des banlieues de l’âme.
    Il faut pour détourner à leur profit le terme sans encombre qu’il ne soit pas spécifié relationnel. Ce qualificatif constitue peut-être notre viatique de survie. M. Accoyer nous avait d’entrée de crise avisés qu’il nous laisserait une paix royale si nous nous contentions d’abandonner notre nom. L’Histoire dira ce qu’il adviendra de cette tentative de hold-up.
  • 5 L’InterCoPsycho, membre comme nous de la Coordination psy, nous venons de l’apprendre, se situe dans cette affaire de la même façon que nous. Nous nous réjouissons de nous retrouver en leur compagnie sur la même ligne politique.
  • 6 De psychothérapeute relationnel.
  • 7 Ce § n’a pas été soumis au vote. Il aborde une question débattue oralement, dont l’AG a adopté le principe du rajout dans le corps du Rapport moral.

Santé mentale à l’école

Le 11 décembre 2003, un texte de 50 pages est publié dans le numéro 46 du volumineux et hebdomadaire Bulletin officiel de l’éducation nationale par les ministères conjoints de la santé et de l’éducation, adressé aux recteurs d’académie, inspecteurs, directeurs et chefs d’établissement. Il s’agit de la circulaire n°2003-210 portant le titre : La santé des élèves, programme quinquennal de prévention et d’éducation. Ce texte, qui se situe dans la continuité des circulaires sur la santé des élèves, témoigne de la place grandissante, tentaculaire, que tend à prendre la notion de “santé mentale” dans les préoccupations de nos législateurs de l’éducation. Santé mentale dont les “troubles” seraient à traiter sur le même plan qu’un autre problème de santé. Un mot d’ordre est lancé : parvenir à une mobilisation générale pour le repérage des troubles et l’accès aux soins. L’accent est mis sur les troubles psychiques, bête noire et coupable qu’il faut tuer dans l’œuf. Les familles sont concernées, mais aussi et surtout l’école. L’intention est louable, mais à quel prix ? Les moyens préconisés vont du dépistage précoce généralisé en milieu scolaire, grâce à une formation théorique et pratique de la communauté éducative, à l’application de programmes de prévention, en passant par le renforcement de la collaboration avec le personnel de soins, notamment via des coordinateurs de réseaux et des médiateurs chargés d’accompagner les familles récalcitrantes à la démarche de soin. Tous seront munis de nouveaux outils : supports informatiques et carnet de santé comportant des données sur la santé psychique, ainsi qu’un guide d’action élaboré en partenariat avec l’Institut National de Promotion et Education à la Santé (INPES). On annonce également qu’un travail préalable de recherche est en cours, notamment un cycle triennal d’enquête en direction des élèves de troisième comportant un volet “santé psychique” et une enquête sur les collaborations entre équipe éducative et CMP/CMPP.

Ainsi nous y sommes, les ministères missionnent l’école d’être le principal agent de repérage des troubles psychiques, de prescription de soins, de contrôle des suivis, le tout selon les standards de la santé mentale internationale. Comment en est-on arrivé là ? S’agit-il d’une poussée de zèle sans conséquence de quelques-uns, issue d’un désir de bien faire pour tous et malgré chacun ? Sur quoi se fondent ces mesures? A tirer ce fil, on tombe sous une avalanche de rapports commandés depuis trois ans (INSERM, Inspection Générale des Affaires Sanitaires, Académie de Médecine…) qui compose le terreau de ces mesures. À leur lecture, on constate qu’ils se recoupent, s’étayent, se complètent, se font écho, parfois note pour note, tels les pupitres d’un chœur parfait. Que nous chantent-ils ?

Pour un dépistage précoce généralisé

Les rapports sont unanimes. Ils reprennent tour à tour le même cri d’alerte : le dépistage précoce est essentiel au pronostic. Une fois le trouble repéré, il faut le traiter de manière adéquate le plus vite possible. Il faut former tous les professionnels de l’enfance aux instruments d’évaluation préalablement validés. Au nom des risques suicidaires, la circulaire 210 indique que “tous les personnels – personnels de direction, d’enseignement, d’éducation, d’assistance éducative, d’accueil, de restauration, sociaux et de santé, administratifs et techniques, ainsi que les psychologues scolaires et les conseillers d’orientation-psychologues – doivent être attentifs aux signes de mal-être des enfants et des adolescents” (B.O. n° 46, p. VI). Secrétaires, proviseurs, cuisiniers : tous psys !

Ne soyons pas surpris, ceci était déjà avancé en 2002 par le rapport INSERM, Troubles mentaux : dépistage et prévention chez l’enfant et l’adolescent . Le style des Recommandations finales demeure prudent : “il conviendrait de sensibiliser les enseignants à explorer la richesse lexicale de l’enfant par la création de quelques items permettant de reconnaître d’éventuels dysfonctionnements.” (p. 826). Mais les chapitres précédents sont plus francs. Par exemple, il est préconisé page 575 l’utilisation de l’échelle de Conners pour évaluer le THADA (Trouble d’Hyperactivité Avec Déficit de l’Attention). “Ce questionnaire est de remplissage facile et rapide et aboutit à une quantification valide du trouble”. En plus, il existe déjà une “version pour enseignants” (p. 580).

Ces recommandations sont reprises dans un autre rapport INSERM plus récent (2003) : Santé des enfants et des adolescents, propositions pour la préserver. Après nous avoir rappelé que, conformément à la longue communication du ministre délégué à l’enseignement scolaire de février 2003 , “la mission confiée à l’école, en liaison étroite avec la famille, était de veiller au bien-être et à l’épanouissement physique, mental et social de l’élève”, le rapport recommande de “permettre à tous les personnels en contact avec les élèves d’être en mesure de repérer les signes de souffrance psychique” (p. 101). On retrouve juste après le projet d’un “guide” à destination des professionnels de l’éducation, élaboré en partenariat avec l’INPES. L’inspiration que trouvent les ministères dans les rapports INSERM n’a pas de quoi rassurer, surtout quand on découvre les privilèges qu’ils accordent aux programmes d’éducation comportementale en milieu scolaire, comme nec plus ultra de la prévention primaire. Nous le verrons plus loin.

Mais revenons, c’est le cas de le dire, à nos moutons. Bien entendu, cet appel à mobilisation est repris dans les copier-coller du fameux rapport Clery-Melin au “troisième axe de propositions d’actions prioritaires, mieux dépister et mieux traiter les troubles psychiques des enfants et adolescents, mieux promouvoir leur santé mentale” (p. 56). Les experts de l’Académie de Médecine, quant à eux, ne mâchent pas leur mot : “La maternelle et l’école élémentaire sont des lieux propices à la détection des anomalies du développement psychique” et ils préconisent l’élaboration d’instruments d’évaluation adapté à l’usage du personnel (Rapport adopté en juin 2003, Sur la santé mentale de l’enfant de la maternelle à la fin de l’école élémentaire, p. 5). L’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) enfonce le clou. Dans son rapport rendu en février 2003 intitulé La prévention sanitaire en direction des enfants et adolescents , on lit que “Le principal problème de l’institution scolaire est l’insuffisance de formation des maîtres en matière d’éducation et de promotion de la santé, comme de repérage des signes de la souffrance psychique” (p. 6). On trouve également page 43 du même rapport que “la crainte évidente de nombreux enseignants est de se trouver contraints d’abandonner leur métier au profit d’un métier d’animateur, de psychologue ou d’assistance sociale. C’est là que réside le principal malentendu (…) Il doit être clairement affirmé que la prise en compte des données de santé physique et psychique ne saurait en aucun cas le conduire à exercer un autre métier que le sien.” Dire une chose et son contraire, c’est un langage auquel nos experts sont rompus.

Qu’est-ce qui justifie une telle mobilisation ? Des chiffres. Enfin des chiffres, diront les chercheurs longtemps en mal de données épidémiologiques françaises. “Un enfant sur huit souffre d’un trouble mental en France” clame le rapport INSERM 2002 au début de sa synthèse page 776, tandis que le rapport IGAS 2003 commence avec les constats suivants : “Les comparaisons établies avec les pays de l’Union Européenne indiquent que les jeunes français fument plus, boivent plus d’alcool, consomment davantage de produits psycho-actifs et psychotropes, sont plus fréquemment contaminés par le VIH, meurent plus d’accidents de la circulation et se suicident plus. Il apparaît aux yeux des experts, que la surmortalité adolescente est liée essentiellement à la souffrance psychique” (p. 1). Voilà de quoi nous mettre en appétit pour mieux avaler les remèdes prescrits.

Le renforcement des collaborations

Le dépistage précoce, rendu impératif par les chiffres catastrophes, va de pair avec le renforcement des collaborations. Tout d’abord, il s’agit d’une collaboration avec les familles, le rapport IGAS 2003 insiste sur le “soutien aux parents”, particulièrement pour les populations à risques, notamment grâce à “l’élaboration d’outils méthodologiques partagés de surveillance et de suivis des familles fragilisées ou en situation sociale difficile.” (p. 61). Les deux experts de l’académie de médecine proposent que la collaboration prenne les atours de la formation. Dans leur générosité, ils nous gratifient d’une jolie redondance : “l’école maternelle devrait être un lieu de formation privilégié et naturel pour la formation à la parentalité” (p. 6).

Mais il est surtout question de collaboration avec les structures de soins, soient CMP/CMPP. Les rapports là aussi sont unanimes. Ceux de l’INSERM y sont particulièrement attentifs. D’ailleurs, un nouveau rapport INSERM est en cours d’élaboration spécialement sur cette question : Enquête sur les collaborations entre équipe éducative et équipe de CMP/CMPP, sous la direction de Marie CHOQUET. Les questionnaires adressés aux établissements scolaires et aux CMP/CMPP circulent déjà. Le contenu et le caractère fermé des questions ne laissent que peu de doute sur les conclusions du rapport. Exemple : Existe-t-il des rencontres instituées entre CMP/CMPP et l’ensemble des établissements scolaires de votre secteur, pour favoriser le repérage des signes de souffrance psychique des élèves ? (…) Veuillez décrire la dernière action de prévention collective en santé mentale à laquelle vous avez participé en milieu scolaire (…) Avez-vous déjà été sollicité pour des enfants en rupture scolaire ou en voie de déscolarisation ? (…) Avez-vous mis en place des modalités particulières permettant de recevoir dans un délai raccourci les situations de psychotraumatisme ? CMP, CMPP, tous pompiers ! Et flics aussi en passant : “lorsque vous avez eu connaissance de l’orientation par l’école d’un enfant vers le CMP/CMPP et si la famille n’a pas demandé de rendez-vous ou n’est pas venu au rendez-vous proposé, que faites-vous ?”

Dans le sens de cette collaboration, la Circulaire DGS/DGAS/DHOS/DPJJ n° 2002-282 du 3 mai 2002 relative à la prise en charge concertée des troubles psychiques des enfants et adolescents en grande difficulté avait déjà pris des dispositions par la “création de postes de coordonnateur par les agences régionales de l’hospitalisation, rattachés à la psychiatrie publique, chargés de développer les actions de prévention et le travail en réseau.” (article 3.3)

L’étau se resserre. Qu’en sera-t-il des enfants qui trouvaient dans l’injonction scolaire un contrepoids à l’injonction parentale (et vice-versa) par les vertus de leur éloignement ? Et ceux qui trouvaient dans l’accueil discret d’un soignant un contrepoint pacifiant aux injonctions nécessaires ? Ces questions n’effleurent aucun de nos experts.

Le contrôle des suivis

Sur ce point, la circulaire 210 de l’Education Nationale dépasse notre imagination. On lit, dans une des nombreuses annexes du texte, que, “en cas de dépistage d’un trouble”, il est transmis aux parents un “avis lui indiquant la nécessité de consulter un professionnel de santé”. La famille ou le professionnel consulté doivent avertir par “retour” que l’enfant a bien été vu par le système de soins. (…) Lors du bilan systématique, le médecin scolaire, en donnant l’avis à la famille, la prévient d’emblée qu’en cas de non-retour, un médiateur prendra contact avec elle afin de l’aider à surmonter des difficultés éventuelles.” (…) Ce médiateur, qui pourra être un personnel de la CPAM, sera muni d’un “ordre de mission comprenant des données très succinctes sur l’enfant”. Il sera chargé de “contacter la famille de l’enfant afin de vérifier les raisons du non-retour puis l’aider à accéder aux soins si nécessaire”. Ici la collaboration prend les allures d’un forçage.

Dans ce même texte, il est question d’informatiser les données à disposition du médiateur, et de rénover les carnets de santé dès la rentrée 2004. A son propos, les experts de l’Académie de Médecine affirment que “ses indicateurs de développement psychique devraient être évalués et éventuellement modifiés. A coté de lui, un dossier médical doit être proposé et formalisé. Il pourrait être informatisé afin de favoriser sa consultation, sous couvert du secret médical. (…) et il est indispensable que la CNIL [Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés] revienne sur sa décision de détruire les dossiers à six ans afin de permettre la comparaison des examens.” (p. 12). Le rapport de l’IGAS 2003 préconise la création “d’une page spécifique de questionnement sur le développement psychique affectif, cognitif et relationnel de l’enfant” et ajoute une note marketing à l’attention des familles illettrées : le carnet de santé “devrait être plus largement illustré sous forme de bande dessinée” (p. 62).

Des programmes de prévention généralisée

Le personnel éducatif ne devra pas seulement faire du dépistage, il devra faire de la “prévention généralisée”. En quoi consiste-elle ? Sur ce point, le rapport INSERM 2003 recommande la “formation de la communauté éducative aux programmes de développement des compétences psychosociales”. Un peu plus loin, on nous rappelle la définition de ce terme selon l’OMS : “c’est l’aptitude d’une personne à maintenir un état de bien-être mental en adoptant un comportement approprié et positif”. L’estime de soi en est le concept-clef. Ces programmes sont d’origine nord-américaine et s’utilisent en milieu scolaire.

Le premier s’appelle “Mieux vivre ensemble dès l’école maternelle”. Il se décline en fiches selon les niveaux de classe et se déroule en courtes séquences hebdomadaires. Les objectifs sont : repérer les sentiments très fréquemment éprouvés, savoir les nommer, associer les sentiments et les situations qui les favorisent, savoir relativiser un échec pour garder confiance en soi, être tolérant vis-à-vis des autres. Le programme utilise des lectures de textes, pictogrammes, diapo, vidéo, expression orale, mimes, dessins… (INSERM 2003, p.181-185). Ce programme est également recommandé par le plan Clery-Melin.

Le second s’appelle “I can do”. Plus structuré, il comporte 13 séances d’une heure. Il s’agit de “développer les stratégies cognitives et émotionnelles des enfants qui facilitent l’adaptation psychologique aux événements de vie stressants (séparation des parents, transitions scolaires, conflits avec les pairs) et réduisent le risque de troubles du comportement et d’échec scolaire. (…) Les 3 premières séances sont destinées à familiariser les enfants avec les différentes stratégies de “coping” ou stratégies d’ajustement ; les 5 situations de stress sont abordées au cours des 10 séances suivantes (2 séances par facteur de stress) : faire face à une perte, faire face à un déménagement, faire face à la différence, être autonome, faire face à la séparation ou au divorce des parents. (…) Matériel : manuel d’utilisation, films, textes, jeux” . Coût minime pour le matériel, pas de dépenses spécifiques si le programme est animé par l’enseignant. (INSERM 2003, p.187).

Il est proposé également, toujours en milieu scolaire, des programmes de prévention dits spécifiques. On découvre ainsi le “Penn optimism program organisé en milieu scolaire et destiné à des enfants obtenant des scores élevés de dépression”. Le Coping with stress course (INSERM 2003, p. 44). Le Coping with depression course (INSERM 2002, p. 694). Le STEP (School transition environment project) pour mieux passer d’une école à l’autre (p. 647). Le CODIP (Children of divorce intervention project), pour les enfants de parents divorcés (p. 648). Il y a même des programmes spécifiques pour les phobies dentaires. À chaque problème sa solution. Certains impliquent la présence des parents.

On l’aura compris, derrière les termes de prévention et de promotion de la santé mentale, l’école va être amenée à appliquer un traitement cognitivo-comportemental généralisé dont les résultats seront régulièrement évalués par un dépistage systématique.

Le “Dominique interactif”, logiciel d’évaluation de la santé mentale

On pourrait se dire que tout cela est peu réaliste, que cet arsenal de bonnes intentions coûterait malgré tout trop cher pour être adapté au contexte français, contexte par ailleurs trop résistant pour obéir à de telles mesures. Voici pour finir un exemple qui traduit la concrétisation galopante du projet ministériel.

Le “Dominique interactif” est un logiciel d’évaluation de la santé mentale mis au point par Jean Pierre VALLA (université de Montréal). Il est déjà répandu au Canada. J.-P. VALLA en fait très largement part dans la communication intitulée Approche de la santé mentale des enfants en milieu scolaire, co-signée avec Viviane KOVESS (Université Paris V), publiée dans le rapport INSERM 2002 (p. 871-887). Ce qui suit est un résumé qui reprend texto les phrases de cette communication.

“Il n’existe pas d’état des lieux sur la santé des enfants entre 6 et 11 ans. Pour y remédier, une enquête dans les écoles primaires est proposée. L’application du Dominique interactif a été choisi pour évaluer les problèmes de santé mentale des enfants de 6 à 11 ans en France métropolitaine. Le protocole de validation a impliqué quatre services universitaires de pédopsychiatrie à Strasbourg, Bordeaux, Paris, Montpellier. Les échantillons comportaient environ 150 enfants provenant des consultations de pédopsychiatrie et 200 enfants des écoles primaires.

Le Dominique interactif est une bande dessinée interactive multimédia constituée par des dessins en couleurs et des questions transmises par un système vocal. Ce questionnaire est auto-administré. Il est reconnu que cette approche augmente l’attention de l’enfant sur la tâche, sa compréhension et stimule son intérêt. Les dessins présentent les comportements et les réactions d’un jeune personnage nommé Dominique, dans des situations de la vie des enfants, à la maison, à l’école et avec d’autres enfants. Les réactions de Dominique sont normales ou non. Huit dessins montrent des enfants heureux ayant des réactions positives. Les réactions anormales concernent les problèmes de santé mentale les plus fréquents. L’enfant évalué doit dire si oui ou non il s’identifie à Dominique. Le Dominique interactif a été basé sur le DSM IV. Il présente immédiatement le résultat de l’évaluation au moyen de scores obtenus aux 7 problèmes de santé mentale : les troubles intériorisés (dépression, anxiété généralisée, angoisse de séparation, phobie simple) et extériorisés (hyperactivité et troubles de l’attention, opposition, troubles des conduites

Le Dominique interactif a l’avantage de fournir une évaluation indépendante de toute interprétation ou jugement de la part de l’évaluateur. Le Dominique interactif permet à l’enfant d’évoquer des problèmes plus facilement que ne le font les instruments classiques basés sur un interrogatoire effectué par un adulte clinicien. Lors de la passation du test, l’enfant est mis devant des situations concrètes, il clique, sans avoir à élaborer de réponse. Ainsi, la fidélité et la validité du Dominique sont-elles apparemment plus élevées que celles des instruments plus traditionnels. Il est rapide (20 minutes), très facile d’emploi pour le professionnel et présente l’avantage additionnel de la systématisation. L’ordinateur fournit instantanément des résultats.

A l’heure actuelle, beaucoup d’enfants n’ont pas accès aux services auxquels ils ont droit, car ils ne sont pas identifiés. Par sa facilité et sa rapidité d’utilisation, le Dominique interactif favorise l’intervention précoce, l’évaluation clinique et l’évaluation de l’efficacité de programmes d’intervention de groupe.

En France, l’utilisation de ce test en milieu scolaire pourrait permettre d’évaluer les troubles mentaux. Pour chaque groupe d’âge et de sexe, des facteurs de risques pourraient être recherchés selon les réponses des parents à un questionnaire concernant les antécédents familiaux, la relation parents-enfants, les événements de la vie familiale et leur propre santé mentale.

Un détail oublié par les auteurs : le test comprend différentes versions, pas seulement selon l’âge et l}e sexe, mais aussi la “race”. Tout un chacun pourra juger de lui-même en consultant le site internet de présentation et commercialisation du test, pour suivre une démo ou commander librement le CD Rom moyennant 50 dollars.

Le refrain de nos experts pourrait être entendu comme ceci : avec la mission de promotion de la santé mentale, les enseignants, n’auront plus à enseigner, ils se feront limiers, puis éducateurs cognitivo-comportementaux, sous l’œil d’un médecin scolaire, assisté de médiateurs de caisses d’assurances et de pompiers CMP/CMPP.

Au-delà du coup porté à l’éthique de nos pratiques, nous pouvons nous interroger : quelle école, pour nos enfants, quelle société pour l’Homme de demain ? De l’Homme, nos experts parlent bien peu. En effet, on remarquera que le rapport INSERM se termine sur cette recommandation : “développer des modèles animaux d’anomalies du développement”, afin de poser de nouvelles hypothèses étiopathogéniques testables chez l’animal.

Concertation Multilatérale le 10 janvier

Le SNPPsy
Psychothérapeutes relationnels & psychanalystes
COMMUNIQUE

lundi 12 décembre 2005

Le Ministère invite notre Syndicat à participer à une première réunion de “concertation multilatérale sur le projet de décret en Conseil d’État pris en application de l’article 52 sur l’usage du titre de psychothérapeute.”

Ainsi l’alerte que nous avons lancée en date du 25 novembre était-elle fondée. Conformément à la ligne déterminée de longue date, nous nous apprêtons à discuter avec détermination pour la reconnaissance de nos écoles et cursus, et de la validité des listes de nos membres “régulièrement inscrits” en conformité avec nos cinq critères sur nos registres.

C’était le 12 janvier 2003, pratiquement deux ans jour pour jour, que le Groupe de contact, conduit par la SPP, faisait admettre pour les psychanalystes “régulièrement inscrits” sur leurs registres un statut de mise à l’abri de l’inquisition préfectorale. Du chemin a été parcouru depuis. Nous aurons à cœur de ne pas permettre la répétition de mécanismes discriminatoires d’un autre âge.

Les psychothérapeutes relationnels ne doivent ni logiquement ni historiquement se trouver disjoints, en tant que relevant d’organismes responsables interlocuteurs réguliers du Ministère et mentionnés comme tels par le Ministre, du sort de leurs collègues psychanalystes, dont ils comptent de nombreux membres dans leurs rangs au point que cela figure dans leur appellation institutionnelle, et dont ils partagent l’épistémologie, l’éthique, une part considérable de la méthodologie (procès de subjectivation) et de l’héritage.

Nous accueillons favorablement la forme adoptée d’une concertation multilatérale en vue d’examiner l’ensemble des questions que la rédaction des décrets d’application de la loi pose aux quatre protagonistes du Carré psy. Les psychothérapeutes relationnels peuvent compter sur le SNPPsy pour soutenir leur pratique qualifiée et leur discipline qu’ils s’attachent à honorer dans la quotidienneté d’une pratique simplement honnête, depuis plus d’un tiers de siècle.

La psychothérapie relationnelle constitue depuis plus de trente années un domaine disciplinaire particulier. Elle est la psychothérapie qui fait de la relation et du travail relationnel — impliquant les deux protagonistes en présence, en interaction en qualité de sujets cherchant ensemble — le ressort du processus de subjectivation qu’elle instaure et conduit en toute rigueur.

Héritière de la psychothérapie institutionnelle, de la psychanalyse et de la psychologie humaniste existentialiste, elle a dans la seconde moitié du XXème siècle produit dans notre pays deux syndicats et deux fédérations à juste titre respectés.

Ses cinq critères de titularisation autoréglementaire et notre code de déontologie font classiquement référence. Ses praticiens bénéficient de parcours de formation approfondis, originaux, pluralistes, souvent pluri-disciplinaires, suivis au continu. Ils méritent qu’on les salue, et qu’on reconnaisse leurs écoles profondément novatrices dans le domaine de la clinique et de la théorie contemporaine relatives au procès de subjectivation.

La psychothérapie relationnelle a accompli un travail considérable de mise en relation et d’ouverture interdisciplinaire du côté de la sociologie, de l’anthropologie et de l’art, sans parler de la psychanalyse. L’aide qu’elle apporte à des millions de personnes dans notre pays, dans des conditions de responsabilisation financière et dans plus d’un cas d’une utile économie de surmédication mérite tout l’intérêt de leurs concitoyens et de leurs collègues des professions voisines.

Elle a entamé un irrésistible mouvement de professionnalisation qui touche enfin au but, et qui permet de mieux comprendre comment aujourd’hui on en arrive à la nécessaire concertation entre les professionnels des divers côtés du Carré psy.

En dépit des tensions, des clivages et des conflits — toutes choses bien connues en sciences humaines, nous considérons plus que jamais que la loi doit reconnaître la véritable utilité publique de cette discipline nouvelle et déjà mûre, de ses institutions, de ses écoles, de ses apports à une société qu’elle contribue chaque jour à faire évoluer vers plus de responsabilité et d’humanité.

Histoire d’un amendement

Par le sénateur Jean-Pierre Sueur

Tout commence le 8 octobre 2003 à l’Assemblée Nationale, dans la lueur jaunâtre des débats nocturnes. Un amendement est présenté par M. Accoyer, député. Cet amendement a pour objet de mettre fin au “flou” législatif qui existe par rapport à l’exercice des activités des psychothérapeutes, mais aussi des psychanalystes. Il dispose que la “mise en œuvre” des “différentes catégories de psychothérapies” […] “ne peut relever que de médecins ou de psychologues ayant les qualifications professionnelles requises”. Cet amendement suscite un très court débat. Personne ne réagit ni ne s’oppose sur le moment : cela semble, apparemment, aller dans le bon sens.

Et pourtant, cet amendement est une bombe. Il suscite aussitôt – vous vous en souvenez – un tollé, une campagne à laquelle certains d’entre vous ont participé. Car cet amendement pose d’énormes problèmes : premièrement, il traitait d’une manière extrêmement simpliste le rapport entre la loi et la souffrance psychique ; deuxièmement, et cela a été beaucoup dit, il représente un retour du scientisme, ou plutôt de l’hygiénisme, de l’idée qu’il y aurait une détermination médicale et que seule cette détermination médicale était susceptible d’apporter une réponse à la question de la souffrance psychique. C’était la main-mise sur toute forme de psychothérapie relationnelle de la psychiatrie, ou plutôt d’une certaine psychiatrie, celle qui pratique les T.C.C (thérapies cognitivo-comportementalistes), et qu’on a, à juste titre me semble-t-il, beaucoup critiquées, comme d’ailleurs les “philosophies” implicites induites par ces pratiques.

Au-delà de cette question, il y a tout un contexte idéologique : pourquoi M. Accoyer a-t-il déposé son amendement ? Parce qu’il souhaitait éviter que, désormais, des personnes puissent apposer une plaque Psychothérapeute, sans présenter de garantie professionnelle. Il souhaitait lutter contre les “charlatans” et éviter qu’on dérive vers une série de pratiques, de sectes, de conceptions qui ne sont pas fondées intellectuellement ni scientifiquement. Il n’est pas étonnant que beaucoup de gens souscrivent a priori à cette préoccupation qui apparaît comme étant de bon sens, et qui est apparue comme telle aux députés qui ont adopté ce texte. La question se pose en effet. On doit pouvoir en discuter. Je me permets d’observer au passage que s’il y a des « charlatans » dans la psychothérapie, il y en a peut-être ailleurs : qui jurerait qu’il n’y en a aucun dans ce qu’il est convenu d’appeler la psychiatrie, la psychanalyse, ou la psychologie ?

Mais il y a un critère simple : il y a ceux qui sont médecins. Comme ils sont médecins, ils sont forcément compétents et on en conclut – un peu vite ! – que puisqu’ils sont compétents pour le corps, ils sont forcément compétents pour l’âme. Il y a également derrière tout cela un retour à un certain nombre de concepts extrêmement conservateurs : ce n’est pas un hasard si beaucoup des discours qui ont été tenus au Sénat ou à l’Assemblée Nationale se caractérisent, en fait, par un refus de ce que furent et ce que sont les sciences humaines et sociales depuis un siècle ou davantage. A un moment du débat, n’ayant plus d’argument, j’ai dit : “— Je vais vous apporter les œuvres de Michel Foucault !”. J’avais le sentiment que, dans toute cette scénographie, il y avait, en profondeur, une contestation de l’ensemble de écrits de Michel Foucault et finalement de toute la démarche qui a instauré la connaissance critique – c’est redondant évidemment –, par rapport au conscient, à l’inconscient, à la société, au langage.

Et il n’est pas étonnant que cela se produise en un moment où il y a un fort prurit sécuritaire. Que chacun aspire à la sécurité est normal ; que l’on développe de manière outrancière l’idéologie sécuritaire en croyant que c’est une réponse à tous les problèmes est autre chose. La grande question qui agite un certain nombre d’esprits, à droite et à gauche, est de savoir s’il faut rompre enfin avec Mai 68, tout ce que représente “Mai 68” étant supposé générateur des maux et des troubles qui font que l’on ne sait plus distinguer ce qui est sérieux et ce qui ne l’est pas. On présuppose ainsi, dans l’ordre de l’enseignement, que le sérieux, c’est la connaissance et que le pas-sérieux, c’est la pédagogie ! Et qu’il faut revenir au savoir. Je n’ai jamais pensé, pour ma part, qu’il y eût une quelconque pertinence à distinguer la connaissance et la pédagogie. Je ne comprends rien à ce débat, mais je vois très bien ce qu’il est censé sécuriser et ce que, pour revenir à notre sujet précis, le retour au bon vieil hygiénisme, au culte du médecin et du docteur, apporte comme sécurité mythique, illusoire, par rapport aux questions qu’induit l’apport des sciences humaines et sociales depuis des décennies.

Il s’est passé ce que vous savez : il y a eu, en particulier, un débat très important parmi les psychanalystes et cette fameuse séance chez le ministre, M. Mattei, du 12 décembre 2003, où la proposition a été faite aux psychanalystes que l’on trouve un arrangement avec eux. Et il y a eu un clivage dans la profession entre ceux qui ont accepté de donner leurs listes, et en quelque sorte de passer un pacte avec le pouvoir de telle manière qu’ils échappent aux exigences qui seraient désormais posées vis-à-vis de tous ceux qui ne sont pas médecins, et ceux qui ont dit qu’il leur était absolument impossible d’accepter cela.

Quand un texte est adopté à l’Assemblée, il vient ensuite devant le Sénat, c’est la navette. Puis il revient à l’Assemblée et repart. C’est le fonctionnement de la démocratie. Les textes de lois se font – s’écrivent – dans le crible des amendements, contre-amendements, objections, contre-objections qui contribuent à les constituer. Le 19 janvier 2004, nous avons vécu l’acte II au Sénat. Alors que pour la discussion nocturne de l’Assemblée, il n’y avait pratiquement personne dans les tribunes, celles du Sénat étaient pleines ce jour-là, et elles étaient composées pour partie de psychanalystes et pour partie de psychothérapeutes, certains revendiquant les deux étiquettes. M. Mattei est arrivé en disant qu’il ne présenterait pas d’amendement.

J’ai mon interprétation sur cet engagement : il ne voulait pas couvrir la chose et il eût aimé que des parlementaires présentassent un texte conforme à son attente. Il avait même préparé les choses en conséquence. Mais malheureusement pour lui, ça n’a pas marché et… il a fini par déposer un amendement.

Et cet amendement – c’est le second –, qui a été adopté par le Sénat, est ce que j’appelle un amendement étroitement politicien – mais je n’oublie pas que pour que cet amendement ait pu exister, il fallait qu’il y ait chez les professionnels concernés de solides relais. Que dit ce texte ? « L’usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes. L’inscription est enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l’État dans le département de leur résidence professionnelle. Sont dispensés de l’inscription, les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les psychologues titulaires d’un diplôme d’État et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations. Les modalités d’application du présent article sont fixées par décret. ». Pourquoi ce texte est il politicien ? Parce qu’il n’a pas échappé à M. Mattei et à ses collègues du gouvernement que la première version de l’amendement Accoyer avait fait fleurir de nombreuses tribunes dans de nombreux journaux et que ces tribunes étaient écrites par des gens reconnus : il y avait M. Jacques-Alain Miller et Mme Élisabeth Roudinesco, et puis est arrivée Mme Catherine Clément, puis est arrivé M. Philippe Sollers, et M. Bernard-Henri Lévy, et on a même eu en prime, M. Jean-Claude Milner ! Alors M. Mattei a dû se dire : “— Ces gens créent tout un problème. Il y a, finalement, une façon de s’en sortir. Les médecins, on les a déjà avec nous. Les psychiatres patentés de la tendance prétendument dominante, ou que l’on veut considérer comme telle, on les a aussi avec nous. Nous allons dispenser les psychanalystes et leurs encombrants porte-parole de l’inscription sur les listes, et nous aurons enfin la paix !”

Petite parenthèse : tout ce dispositif présuppose que la psychiatrie serait un espace lisse et non problématique et qu’il y aurait une légitimité à interpeller les autres disciplines à partir de cet espace supposé lisse et non problématique. Tout ce système présuppose que les psychanalystes, feraient, eux aussi, partie d’un espace lisse et homogène dès lors qu’ils auraient leurs listes. On aurait donc la paix ! Et on aurait la paix parce qu’on aurait donné satisfaction aux psychanalystes. On escomptait que tous ceux qui peuvent faire des colloques et des conférences, ameuter le ban et l’arrière-ban, publier des revues et dire que la patrie est en danger arrêteraient de parler. Et comme ils arrêteraient de parler, tout serait réglé.

Ce calcul politique a marché : à partir du moment où cette deuxième version a été adoptée, on a moins entendu parler du sujet et beaucoup ont cessé de s’y intéresser, semblant considérer qu’il était réglé.

On est passé d’une version 1, avec les médecins d’un côté et les psychanalystes et psychothérapeutes de l’autre, à une version 2 (l’amendement voté au Sénat) avec les médecins et les psychanalystes d’un côté et les psychothérapeutes de l’autre. Qu’il y ait des problèmes chez les psychothérapeutes, on s’en arrangerait… Cela ferait moins de tribunes dans la presse. Et on s’appuyait subrepticement sur les non-dits qui traînent : à savoir que les psychiatres seraient plus sérieux que les psychanalystes ; que les médecins seraient, eux, au-dessus de tout puisqu’ils étaient médecins ; et enfin que les psychanalystes seraient nettement plus sérieux que les psychothérapeutes qui se trouveraient donc logiquement condamnés aux listes préfectorales !

Gilbert Chabroux, Jack Ralite et moi avons posé une question : si on adopte ce système, qu’est ce qui empêche les psychothérapeutes (qui, pour beaucoup, ont suivi une analyse) de s’intituler psychanalystes et qu’est-ce qui les empêche de créer une vingtième ou une vingt-cinquième société de psychanalyse ? A cet argument il n’y avait pas de réponse possible en droit puisque la psychanalyse n’est pas définie par la loi, pas plus que ne l’est la psychothérapie.

Il y avait une issue possible. Un sénateur, vice-président du Sénat, membre de l’U.M.P, M. Adrien Gouteyron, avait proposé un amendement qui favorisait cette issue. Or, cet amendement n’a pas été mis au vote du fait que M. Mattei, utilisant toutes les ficelles du règlement, a demandé la priorité sur son amendement, bien qu’il eût proclamé auparavant qu’il ne le ferait pas, et d’ailleurs qu’il ne proposerait pas d’amendement ! Il y avait un petit risque que l’amendement Gouteyron passe. Mais M. Mattei ne le voulait pas. Ce n’est pas anodin de refuser qu’un tel texte soit soumis au vote !

L’amendement Gouteyron présentait quelques défauts mais il avait l’avantage de proposer une méthode quelque peu différente de celle de MM. Accoyer et Mattei : il proposait de mettre en place, pour évoquer ces questions, préalablement à tout projet de loi, une sorte de parlement des “Psys” où il y aurait à parité des représentants des quatre professions concernées. Il y avait là une démarche qui pouvait être intéressante. On peut en effet considérer que le problème qui a été à l’origine de l’amendement Accoyer n’est pas illégitime ou, en tout cas, qu’il n’est pas illégitime d’en parler et de rechercher des solutions. Je crois que la bonne “issue” aurait consisté à instaurer un dialogue avec les professionnels portant en particulier sur la prise en compte des autorégulations qui existent dans les professions, – puisqu’il existe beaucoup de structures constituées dans ces professions et qu’elles permettent de donner un certain nombre de garanties quant aux déontologies, aux formations, aux méthodes, etc. -, la bonne solution était de s’appuyer sur elles. A l’inverse, prendre le problème comme l’a fait M. Accoyer aboutissait nécessairement à une impasse.

Mais nous en arrivons à la troisième version. Elle est adoptée à l’Assemblée Nationale le 8 avril 2004 lors de la nouvelle lecture du texte au sein de cette assemblée. M. Dubernard réécrit l’amendement Mattei qui avait été voté au Sénat. Il formule ainsi la première phrase du texte : “La conduite des psychothérapies nécessite soit une formation théorique et pratique en psychopathologie clinique, soit une formation reconnue par les associations de psychanalystes.” Il y a déjà un problème : pourquoi inscrire dans la loi les « formations reconnues » par les associations de psychanalystes et non celles reconnues par les associations de psychothérapeutes ? Voilà une question qui a été posée immédiatement par les associations de psychothérapeutes qui sont venues nous voir et que nous avons à notre tour posée au ministre. Il n’y a jamais eu de réponse. La réponse, elle est dans le non-dit.

Ce qui est intéressant, c’est qu’avec l’amendement Dubernard, nous voyons apparaître dans le processus ce que j’appelle la contradiction finale. Il y a déjà dans cette troisième version quelque chose qui ne va pas si l’on se place au sein du système de l’amendement Accoyer initial. On lit en effet dans cette troisième version : “Sont dispensés de l’inscription sur la liste visée à l’alinéa précédent les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n°85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations.” Or, si la conduite des psychothérapies nécessite la formation prévue au premier alinéa, on ne voit pas pourquoi en sont dispensées, en vertu du troisième alinéa, des personnes dont rien ne prouve ni ne garantit qu’elles ont suivi la formation inscrite dans le premier alinéa.

J’en arrive à la quatrième version. L’amendement revient devant le Sénat le 9 juillet. Il fait très chaud. L’amendement est toujours inscrit dans le même projet de loi sur la santé publique. Lors du débat, nous bataillons considérablement sur une question d’obésité. Le Monde publie une première page exposant que la majorité du Sénat est soumise aux lobbies. En première lecture, le Sénat avait, en effet, voté l’interdiction des distributeurs de barres chocolatées dans les collèges et lycées et avait aussi décidé qu’il y aurait une interdiction de la publicité pour ces produits dans les émissions pour les enfants, à la télévision. Marie-Christine Blandin et Gilbert Chabroux avaient beaucoup œuvré en ce sens. En première lecture à l’Assemblée, ces propositions passent. Tout va donc bien. Mais voilà que, tout d’un coup, on se rend compte, peu avant la nouvelle lecture au Sénat, qu’on peut mettre de l’eau et des pommes dans les distributeurs ! On n’y avait pas pensé ! Et puis M. Mattei n’est plus là : il est remplacé par M. Philippe Douste-Blazy qui dit sa préférence pour une taxation sur les publicités. Avec le produit de cette taxe, on fera des émissions pour expliquer que toutes les choses dont il est question dans les autres émissions sont mauvaises pour la santé ! Un certain nombre de sénateurs se mettent en colère. J’interroge : que s’est-il passé depuis la dernière lecture ? Le rapporteur me répond : “— Vous me mettez en cause !” Je lui dis que je ne le mets pas en cause mais que j’observe qu’il y a un changement et que la chambre syndicales des distributeurs a peut-être fait valoir son point de vue. M. Douste-Blazy obtient donc le vote de cette taxe sur la publicité pour les émissions. Son montant était de un et demi pour cent du coût des émissions, un et demi pour cent pour faire des émissions en faveur de la santé publique ! Mais voyez-vous, il faut toujours être vigilants, car en dernière lecture, après que commission mixte paritaire eut porté ce taux à cinq pour cent, au moment où seul le gouvernement peut encore amender le texte, M. Douste-Blazy, pourtant ministre de la santé, déposa un amendement ramenant la taxe à… un et demi pour cent ! C’était le 30 juillet, si bien que cela s’est passé dans une indifférence à peu près générale, aussi générale que l’amendement Accoyer dernière version. Voilà pour le contexte.

Nous sommes donc là, au Sénat et, dans la tribune, il y a toutes les sociétés de psychothérapeutes. Il n’y a plus de psychanalystes (un ou deux quand même). Comme si ce n’était plus leur sujet. Ils étaient rassurés. Tout était réglé. Je rends hommage à ceux et à celles qui ont dit et écrit qu’il n’y avait aucune raison d’être rassuré et qu’il fallait au contraire s’inquiéter. Je pense en particulier à Élisabeth Roudinesco [i] qui a publié, entre temps, un livre sur le sujet, L’État, le patient et le psychothérapeute.

Nous reprenons la bataille. Nous nous battons pour les psychothérapeutes. Nous disons ne pas comprendre les fondements de cette discrimination entre psychanalystes et psychothérapeutes. Mais le texte suit son cours. Nous savons que dans la version Dubernard les médecins, les psychologues et les psychanalystes enregistrés sont dispensés de ce qui échoit au psychothérapeute, c’est-à-dire au privilège d’aller voir Monsieur le préfet ou Monsieur le sous-préfet pour solliciter l’inscription sur la fameuse liste…

Mais avec cette quatrième version, les choses changent : « L’inscription sur la liste visée à l’alinéa précédent est de droit… » Elle est de droit pour les psychanalystes enregistrés sur leur propres listes, les psychologues diplômés et, bien sûr, les médecins. Le sujet n’intéresse presque plus personne, mis à part, évidemment, les psychothérapeutes…

Je termine avec la dernière version. Mais je précise d’abord que, lisant, il y a un mois, la chronique du Médiateur, Robert Solé, dans le journal Le Monde, je constate que celui-ci revient – suite à la publication de nombreux articles traitant de psychologie dans le journal – sur l’amendement Accoyer. Mais il cite la quatrième version, que je viens de commenter, et non le texte définitif. Je lui téléphone et lui signale qu’il parle d’un texte de loi qui n’est pas celui qui a été voté. Je lui envoie la version définitive. Nous nous rappelons et il reconnaît que, jamais, le texte finalement adopté n’a été publié dans Le Monde, pas plus que dans aucun autre journal.

Or, ce qui m’a aussi beaucoup intéressé, c’est qu’au bout des deux navettes, les sept députés et sept sénateurs de la Commission Mixte Paritaire se sont mis d’accord sur une dernière version. Une collègue qui avait voté la première version – ce dont elle s’est repentie. – me disait à la sortie que les choses étaient “réglées” et que les membres de la commission s’étaient accordés pour écrire que tous les professionnels concernés devraient avoir une formation. Le texte paraît : c’est en effet écrit et cela m’a permis de dire lors du débat sur l’ultime version qu’il n’y avait plus d’amendement Accoyer. Mais en même temps, ce texte est totalement contradictoire. Et à mon avis, ce n’est pas un hasard. Observons seulement les deux derniers alinéas de cette ultime version : “L’inscription sur la liste visée à l’alinéa précédent est de droit pour les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations. Un décret en Conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théoriques et pratiques en psychopathologie clinique que doivent remplir les personnes visées aux deuxième et troisième alinéas.” Si l’inscription sur la liste est de droit pour certains, il n’est pas besoin de formation complémentaire. Et si on est dans la logique du quatrième alinéa, à savoir que tous les professionnels concernés doivent avoir une formation, alors il faut changer le troisième alinéa. C’est-à-dire que si l’on pense ce que semble avoir pensé la majorité de la commission mixte paritaire, à savoir que tous les professionnels doivent suivre une formation spécifique, les psychanalystes doivent aussi suivre ladite formation. Et par conséquent, contrairement à ce que beaucoup d’entre eux croient, parce qu’ils ne connaissent pas la dernière version qui a été effectivement votée, ils n’ont rien gagné du tout. Et il faut faire un décret. Mais ce décret est infaisable. Le texte étant contradictoire, le jour où un ministre fera un décret fondé sur le quatrième alinéa, il sera symétriquement possible de faire un recours devant le Conseil d’État en vertu du troisième et, si le ministre fait un décret fondé sur le troisième alinéa, il sera systématiquement possible de faire un recours devant le Conseil d’État en se fondant sur le quatrième. Par conséquent, si l’on veut sortir de la contradiction, il faut… relégiférer !

J’ai voulu vous raconter aujourd’hui cette histoire, pour tenter de montrer ce que vous avez déjà compris. On croit toujours que la loi est un texte lisse, comme une norme. Or, la loi est aussi un champ de bataille. Le lapsus final auquel on aboutit, c’est la traduction concrète qu’il y a un antagonisme entre deux manières d’appréhender le problème et que le Parlement n’a pas réussi à le traiter en s’y prenant de cette manière. Au terme de tant de débat, il reste une très remarquable contradiction !

Cela montre, me semble-t-il, que, lorsque l’on parle de la singularité et de la société, c’est-à-dire de chaque être humain, de la souffrance psychique, du dialogue, de la relation entre un psychanalyste, un psychothérapeute et un patient, il faut le faire avec infiniment de précaution. Il ne faut pas vouloir faire des lois qui soient de fausses sécurités et qui ne sont en fait que des murs de papier fragiles qui ne sécurisent rien et entraînent des régressions intellectuelles lourdes. Si l’on veut traiter cette question, il faut que les professionnels et les acteurs de la société et les politiques se parlent, refusant de réduire à quelques fallacieuses sécurités ce qui est l’intimité, la profondeur de l’être humain, – ce qui nous concerne tous et ce pour quoi je vous remercie d’avoir bien voulu m’écouter.

i) Roudinesco Élisabeth, Le Patient, le Thérapeute et l’État, Éd. Fayard, Paris, 2004.

À quoi s’occupent l’AFFOP et le SNPPsy depuis des années ?

L’AFFOP regroupe vingt-trois organismes, syndicat, écoles, sociétés savantes, groupes de praticiens, dont vous trouverez la liste et les coordonnées sur le site affop.org

Elle comporte parmi ses membres un syndicat historique, le SNPPsy, dont elle s’inspire de l’expérience. Ce dernier soutient les intérêts professionnels de ses membres. Il travaille depuis un quart de siècle à élaborer les règles fondamentales de notre profession, et à les faire connaître et reconnaître. C’est lui qui a défini les cinq critères de la psychothérapie relationnelle. La titularisation qu’il dispense dans une perspective pluraliste (rencontre avec des pairs expérimentés issus d’écoles différentes) considère radicalement la psychothérapie relationnelle comme un métier au-delà des méthodes.

En plus de sa responsabilité envers ses membres, à une époque où aucune structure ne prenait en charge le contrôle de la qualité des écoles de formation à la psychothérapie relationnelle, le SNPPsy a mis en place un cadre de reconnaissance pour ces dernières. Dans ce domaine, il a toujours pris garde de ne jamais inverser la perspective, reconnaissant d’abord les praticiens puis les écoles (pas les Méthodes, la nuance est d’importance) et non l’inverse, comme cela peut se présenter ailleurs.

En d’autres termes, l’AFFOP, à l’instar du SNPPsy, met l’accent sur la qualification des praticiens, considérant la psychothérapie relationnelle, par-delà les méthodes, comme un métier. Elle a repris à son compte à présent la fonction d’agréer les Écoles, que le SNPPsy lui a transmis. Il ne s’agit jamais de valider une discipline considérée mais, en sus de la dignité programmatique propre, de contrôler le processus de transmission.

La définition en cinq critères du métier de psychothérapeute n’a de légitimité concernant le point un — avoir accompli un travail psychothérapique ou psychanalytique personnel approfondi — que pour les psychothérapeutes pour qui la relation avec leur patient représente l’outil central du changement. Ceci les différencie des psychothérapies(1“) qui font de l’utilisation de protocoles standardisés l’outil du changement. Comprendre les différences entre les psychothérapies relationnelles et les psychothérapies prescriptives est aussi important que de distinguer celles qui les séparent des psychothérapies médicamenteuses(2“) .

Faire comme si ces différences n’existaient pas et mettre tous les psychothérapeutes dans le même panier conduirait à nier la spécificité des psychothérapies relationnelles et des formations des professionnels qui les exercent. L’AFFOP a dès sa création appelé à la création d’Assises des professionnels du psychisme et préconisé une organisation nationale qui les représente tous auprès des pouvoirs publics, selon un modèle analogue à celui que connaît la Grande Bretagne. Étant entendu qu’à l’intérieur de cet Office national, chaque profession devait se retrouver au sein de son propre collège, et y évoluer comme elle l’entendait.

Il est clair que ce vœu demeure utopique tant que chacune des professions du carré psy tente d’établir une hégémonie sur l’ensemble du champ. Nous pensons que chaque école de pensée a sa valeur scientifique et ses limites. Mais nos interlocuteurs — public et pouvoirs publics — ont besoin de comprendre pourquoi et en quoi nos critères professionnels (et de formation) se distinguent de ceux des TCC ou des thérapies systémiques.

Nous ne saurions prétendre légitimement parler au nom de formes de psychothérapie qui n’ont rien à voir avec les nôtres. Le faire ou laisser croire — à l’inverse psychiatres, psychologues expérimentalistes, praticiens TCC et systémiciens parlent volontiers à notre place — ferait le jeu des pouvoirs publics et de tous ceux qui, tout en proclamant que tout le monde aura sa place (dans les décrets d’application, si jamais), s’orienteraient vers l’uniformisation standardisation par le bas d’une formation de base en psychopathologie aux mains des universitaires adeptes des thérapies non-relationnelles — au sens où nous l’avons précisé.

Dans cette clarification, nos positions sont proches de celles des psychanalystes, notamment en ce qu’ils considèrent que
– la formation doit être laissée aux soins des professionnels compétents
– la théorie s’acquiert dans un processus interactif avec la pratique
– la recherche dans ce domaine n’obéit pas au même type de contraintes que les sciences expérimentales classiques.

Nous ne choisissons de camp qu’autant que nous voyons des attaques indignes être conduites contre la psychanalyse ou contre des écoles psychanalytiques — parfois par certaines organisations de psychanalystes elles-mêmes. Nous nous battons contre de pseudo expertises médicalisant la psychothérapie et la réduisant aux prescriptions et aux protocoles.

Nous considérons qu’il n’y a jamais lieu d’utiliser la peur — comme lorsqu’on a cherché à faire croire que les décrets allaient sortir en juillet 2005 ! — pour réunir des collègues qui connaissent le travail accompli depuis plus de vingt cinq ans. Nous ne cherchons pas à utiliser “les moyens modernes de communication” pour finalement prendre des décisions contre l’avis des représentants qualifiés de nos professions. C’est dans le cadre de cette éthique que nous continuerons à travailler dans nos prochaines Journées d’études et au sein des Commissions nationales sur les problèmes posés par la loi du 28 août 2004 que nous mettons en place.

L’éthique qui a guidé le SNPPsy et les organismes membres de l’AFFOP depuis leur création fut de donner par une autoréglementation appropriée des garanties au public et aux pouvoirs publics sur la qualité des professionnels qu’ils titularisent. Ce travail de qualité est reconnu. Aussi la création et mise en place dans l’opacité d’un prétendu Registre des psychothérapeutes de l’AFFOP par Bruno Dal Palu, document réunissant pêle-mêle des professionnels ayant suivi de longues formations sérieuses et franchi les processus qui conduisent à la titularisation, et les débutants dans leur formation, sans vérification sérieuse de leurs dires, avec l’objectif de regrouper de façon indiscriminée tous ceux qui se disent psychothérapeutes pour faire nombre, a conduit le CA de l’AFFOP à se séparer de ce président. Puis à procéder à la tâche considérable de réviser le Registre en question afin de le publier prochainement en n’abusant ni ses utilisateurs ni les professionnels qui y figurent, maltraités par les manœuvres auxquelles nous avons mis fin.

Part ailleurs, comme le principe du Registre Dal Palu même amélioré demeure anti-statutaire à l’Affop, celle-ci respectera les engagements pris mais strictement pour la durée promise. Un Annuaire AFFOP, édité selon nos principes, sera proposé parallèlement, puis occupera d’ici un an comme cela aurait dû être dès le départ, l’ensemble du dispositif de communication identitaire.

Voilà ce que proposent le SNPPsy et l’AFFOP en contrepartie des cotisations de leurs membres. À quoi s’ajoute beaucoup de travail non rémunéré des Administrateurs et des diverses Commissions, nécessaire à l’élaboration réellement collective de notre profession.

Le SNPPsy a commandité naguère une étude de l’AFNOR sur notre profession. L’idée était d’établir une normation interne qui fût opposable à toute tentative de discrédit institutionnel et de méconnaissance malveillante. Le débat demeure, de savoir s’il valait mieux en cette matière prévenir que courir. On peut en discuter de part et d’autre notamment avec certains de nos collègues psychanalystes.

Le fait est que le SNPPsy ensuite, en réplique à la toute première initiative de M. Accoyer, s’est trouvé prêt à élaborer la première proposition de loi sur l’organisation légale de notre profession, la proposition Marchand, reprise dans l’amendement Gouteyron lors de la discussion ayant abouti au vote de l’article 52. Le SNPPsy a soutenu ses membres lorsqu’ils ont été appelés devant des juridictions ou confrontés à des problèmes administratifs ou fiscaux. Enfin, depuis la parution de la seconde proposition de loi Accoyer, il a constamment représenté ses membres aux côtés de l’ensemble des psychothérapeutes et des psychanalystes auprès des parlementaires.

L’ensemble des membres des CA de l’AFFOP et du SNPPsy et de très nombreux membres de nos organisations ont participé aux rencontres avec les députés, les sénateurs, la presse. Avec une coopération positive avec la FFdP, avec le soutien actif qu’une partie des psychanalystes nous ont apporté, nous avons au moins obtenu la création d’un titre légal de psychothérapeute alors que la quasi-totalité des organisations de médecins psychiatres, de psychologues et de psychanalystes y était opposée.

Depuis nous avons rencontré les responsables au Ministère de la Santé pour savoir comment ils entendaient travailler à la rédaction des décrets. L’AFFOP a demandé une audience au Ministre de la Santé pour lui faire part de ses propositions à partir de la plateforme qu’elle a démocratiquement élaborée. Nos contacts avec les représentants politiques et ceux des autres professions du psychisme sont permanents.

Ça n’est pas nous qui avons déclaré pratiquer la politique de la “chaise vide”, mais un dirigeant jouant les utilités et donnant à croire que le Ministère était un lieu dont il importait de faire le siège. Nous n’avons jamais rompu la relation avec les pouvoirs publics et suivons attentivement tout ce qui se passe. Nous n’entendons pas pour autant cautionner ni alimenter au mauvais moment la mise en route d’une politique qui n’est pas bonne pour la profession.

Cela se trouve corroboré par le propos de celui qui a publié qu’il était, comme nos collègues de la FFdP après leur rencontre avec le Dr Brunelle (membre du cabinet du Ministre de la Santé qui se soucie beaucoup des exigences toujours à l’œuvre de M. Bernard Accoyer), sorti plutôt mécontent des orientations esquissées par l’équipe de la Direction générale de la Santé.

Nous redoutons toujours pour notre part que les décrets d’application ne réalisent le rapt du titre de psychothérapeute au profit de ceux qui avaient organisé avec M. Bernard Accoyer la captation de la fonction psychothérapique au profit des seuls universitaires et des psychothérapeutes prescripteurs de protocoles. La médicalisation du psychisme demeure un danger actuel. Nous y veillons, avec nos alliés.

Nous garantissons à nos collègues de soutenir et représenter auprès de l’État la qualité des formations et des titularisations autour des cinq critères professionnels dont nous avons l’expérience. Nous le faisons avec l’autorité que procure une identité institutionnelle historique respectée. Toute autre promesse serait à nos yeux démagogique voire mensongère. Et comme nous avons reçu des soutiens dans tous les partis politiques rencontrés au cours de la discussion du texte de loi, nous continuons à militer avec l’espoir de continuer à être entendus, et suivis.

Nous souhaitons que tous les collègues qui se reconnaissent dans nos principes éthiques et professionnels nous apportent leur soutien dans les mois qui viennent pour les représenter auprès de l’État, et adhèrent aux organismes membres de l’AFFOP. Plus que jamais leur participation sera précieuse et indispensable.

Dans la conduite constante de la lutte pour une pleine liberté et indépendance des institutions de la psychothérapie relationnelle, nous continuerons de lutter comme nous l’avons toujours fait, au quotidien, sans effets spéciaux ni fausses promesses, pour le bon droit d’une pratique sagement autoréglementée, axée sur la reconnaissance par les pairs de la qualité de nos professionnels.

Au service de ceux qui savent très bien ce qu’ils font en recourant à nous dans leur démarche psychothérapiques, nous poursuivrons le combat pour le maintien d’une profession dont nous n’accepterons jamais la soumission, dénaturation ou déqualification. Ensemble nous lutterons contre la médicalisation de l’existence, pour une psychothérapie relationnelle et une psychanalyse de qualité.

20 octobre 2005 – correction sur l’expression carré psy (mal saisie par le moteur de recherche interne) le 14 Mai 2015 –

  • 1 En particulier les Thérapies comportementales et cognitives et certaines thérapies systémiques.
  • 2 Bien entendu le fait que psychothérapie relationnelle et psychanalyses soient cumulables complexifie la figure, qui ne doit point s’embrouiller pour autant.

Ensemble avec Roland Gori contre les cognitivo-manipulateurs

Lettre ouverte
A Messieurs Jack Ralite et Jean-Pierre Sueur
Sénateurs

Marseille, le 9 Octobre 2005

Messieurs,

Sachant l’attention que vous avez bien voulu porter aux professionnels assurant en France la prise en charge de la souffrance psychique, je tiens à vous faire part de l’inquiétude que soulèvent actuellement les expertises collectives de l’Inserm en matière de santé mentale.

La communication aux médias de conclusions pour le moins contestables de certaines de ces expertises collectives, participe d’une campagne qui vise à obstinément et insidieusement médicaliser la souffrance psychique et à recomposer le paysage français de la psychopathologie au profit des logiques cognitivo-instrumentales de la santé mentale.

On ne saurait oublier que la notion même d’“expertise collective” avait été mise en place à l’Inserm en 1993-1994 par Philippe Lazar à la suite de l’affaire du sang contaminé afin d’éclairer les pouvoirs publics sur des questions d’actualité en mobilisant le savoir et le savoir-faire de toute la communauté scientifique concernée par les dites questions de santé publique. La “marque” de l’Inserm et sa responsabilité de coordination scientifique étaient censées garantir la fiabilité des expertises, la validité de leurs résultats et l’indépendance des chercheurs qui les réalisent. Or certaines expertises de l’Inserm concernant la santé mentale présentent toutes les caractéristiques de ce que vous avez vous-même appelé “les symptômes d’un artefact”. Je fais ici référence à l’expertise collective sur l’évaluation comparative de l’efficacité des psychothérapies retirée depuis par Monsieur le Ministre de la Santé du site du Ministère. Cette expertise se présente sous les formes de la science, les mots de la science, mais sans les garanties de la science. La garantie d’une procédure d’expertise dépend de l’exhaustivité des publications sur la question traitée : ce ne fut pas le cas. On a fait au cours de cette expertise comme si l’énorme littérature psychanalytique, psychodynamique, n’existait pas et devait être comptée pour qualité négligeable. Les experts ont feint d’ignorer le délicat problème de populations et d’études non comparables sans tenir suffisamment compte de l’hétérogénéité de leurs composants et de la spécificité de leurs rationalités. La définition du référentiel psychanalytique est caricaturale et sa confusion avec les techniques psychodynamiques de toutes sortes révèle un manque de rigueur conceptuelle étonnant. Traditionnellement l’Inserm vérifie que les experts ne font pas partie de groupes de pression qui pourraient à leur insu infléchir la procédure de l’expertise à un moment ou un autre de sa réalisation. Rien ne garantit ici que ce fut le cas puisque l’on trouve principalement des partisans de l’évaluation scientifique des pratiques psychothérapiques construite sur un modèle médical. Comment alors s’étonner de la réponse de l’expertise pré-inscrite dans la manière même de poser la question ? L’expertise accomplit ce qu’elle dit : la psychanalyse n’existe pas. Au nom de la science, on a rendu légitime une idéologie partisane proclamant la supériorité thérapeutique des TCC sur les psychothérapies psychodynamiques. L’Inserm ne s’est pas contenté de décrire une rivalité entre les techniques psychothérapiques mais a engagé ses forces dans la bataille. On a fait comme si le soin psychique était un médicament et on l’a évalué comme tel. On a mesuré dans cette étude comparative des psychothérapies la proximité des techniques, évalué celles qui se rapprochaient le plus des effets du médicament en feignant de croire que l’on mesurait ainsi leur valeur thérapeutique.

Si j’ai choisi l’exemple de cette expertise, c’est bien parce qu’elle illustre de manière choquante les problèmes déontologiques et épistémologiques des expertises scientifiques de l’Inserm dans le champ de la santé mentale. Ces expertises proviennent d’instances et d’équipes de recherche plutôt frileuses à l’égard de la psychanalyse, voire hostiles, dont les conclusions se déduisent d’une procédure produisant une “objectivité illusoire”, objectivité davantage formelle que réelle. Bien que retirée du site du ministère une telle expertise a participé et participe encore à fabriquer une idéologie partisane prédisposant l’opinion à une recomposition du paysage des formations et des pratiques de santé mentale. Cette expertise n’est qu’une des étapes du parcours de médicalisation de la souffrance psychique accompli ces dernières années et auquel l’Inserm apporte ici son soutien institutionnel et sa légitimité scientifique.

Depuis 2003 et l’expertise sur le dépistage et la prévention des troubles mentaux chez l’enfant et l’adolescent, le rythme des expertises concernant la santé mentale s’accélère : efficacité comparée des psychothérapies en 2004 ; autopsie psychologique d’abord, puis expertise des troubles des conduites de l’enfant en 2005. De telles expertises participent de la volonté de légitimer en France au nom de la science une idéologie scientiste qui serait à même de préparer l’opinion à la recomposition des paysages de la psychologie et de la psychiatrie. Ainsi le dépistage précoce des troubles du comportement, sa valeur prédictive de criminalité, ne participe pas simplement d’une “médicalisation de la déviance”, mais s’inscrit dans le champ des prophéties auto-réalisatrices bien connue des psychologues sociaux : l’oracle produit ce qu’il énonce. Les conclusions de ces expertises stigmatisent les paradigmes psychanalytiques et psychodynamiques et favorisent au nom de la science les logiques médicales et cognitivo-instrumentales davantage compatibles avec le souci sécuritaire de “l’évaluation” scientifique. On feint d’oublier au passage que l’évaluation se révèle autant une pratique sociale qu’un dispositif scientifique proprement dit. Les expertises de l’Inserm ci-dessus mentionnées présentent-elles les garanties suffisantes en matière d’évaluation ? Si tel n’était pas le cas, on laisserait insidieusement s’installer dans l’opinion et au sein des instances de décision des politiques de santé et de formation une idéologie selon laquelle les concepts et les pratiques naturalisant le psychisme sont plus scientifiques que celles qui affirment
son irréductible spécificité. Ce faisant on aurait réussi à faire passer un postulat idéologique pour un énoncé scientifique.

Connaissant votre souci du bien public, je prends la liberté de vous solliciter en tant que parlementaire, afin que les organismes de recherches participent à une véritable information scientifique de nos concitoyens, en commençant par ne pas les priver des choix véritables qu’ils prétendent éclairer.

Je vous prie de croire, Messieurs, à l’assurance de ma haute considération,

Roland Gori