Thomas S. Szasz, le plus radical des “antipsychiatres”

Le Monde.fr |
13.09.2012 à 19h03 • Mis à jour le 13.09.2012 à 19h03

Par Élisabeth Roudinesco

Né le 15 avril 1920 à Budapest, sous le nom de Tamas Istvan Szasz, le psychiatre américain est mort le 8 septembre 2012 à son domicile de Manlius dans l’Etat de New York.

C’est pour fuir le nazisme que Szasz quitta la Hongrie en 1938 et s’installa sur la côte est des Etats-Unis, où il effectua de brillantes études de psychiatrie à l’Université de Cincinnati. Il enseigna ensuite à l’Université de Syracuse. Quelques années plus tard, il reçut sa formation psychanalytique au sein du prestigieux Institut de Chicago, fondé par Franz Alexander, disciple hongrois de Sigmund Freud et de Sandor Ferenczi.

LA FOLIE, UN VOYAGE

Comme Ronald Laing, David Cooper ou encore Franco Basaglia, il fit partie, durant la décennie 1960-1970, du mouvement de contestation du savoir psychiatrique qui se développa autant en Europe qu’outre-Atlantique et auquel on donna le nom d'”antipsychiatrie”. Bien qu’il n’existât jamais d’unité dans ce mouvement, chacun de ses protagonistes avaient pour visée de sortir la folie de l’asile pour en faire autre chose qu’une maladie mentale : un voyage, une traversée, une modalité de l’existence.

Si vous parlez à Dieu vous priez, si Dieu vous parle, vous êtes schizophrène

Parmi ces contestataires, Szasz fut le plus radical, mais aussi le plus solitaire et le plus excentrique. Se réclamant de Voltaire, de Jules Romains de Rivarol et d’Albert Camus et se sentant l’héritier d’un esprit libertarien, il considérait que loin d’avoir arraché la folie au phénomène de la possession, la psychiatrie n’avait fait, à partir du début du XIXe siècle, que reconduire les superstitions d’autrefois en pire : “Si vous parlez à Dieu, disait-il, vous priez, si Dieu vous parle, vous êtes schizophrène.”

Les termes de folie ou de maladie mentale n’étaient à ses yeux que des désignations inventées par des imposteurs semblables aux anciens inquisiteurs et soucieux de priver de toute liberté individuelle les hommes différents d’eux. Il n’épargnait d’ailleurs pas les psychanalystes, jugés complices de cette discipline qui consistait à traduire une religion en un discours pseudo-scientifique. Et pourtant Szazs, universitaire et professeur éminent, était le pur produit de cette communauté psychiatro-psychanalytique dont il prétendait dénoncer les abus.

“LE MYTHE DE LA MALADIE MENTALE”

Il exprima ses thèses dans un ouvrage publié en 1969 et maintes fois réédité, Le mythe de la maladie mentale (Payot, 1975), et dans de nombreux autres traduits en plusieurs langues et en français chez Payot. Parmi eux, L’Éthique de la psychanalyse (1975), Fabriquer la folie (1976), La loi, la liberté et la psychiatrie (1977).

libérer les coupables et interner les innocents

Dans la même perspective, il lutta pour l’abolition du système juridico-psychiatrique en vigueur dans les pays occidentaux. Puisque la maladie mentale n’existe pas, disait-il en substance, on ne doit en aucun cas distinguer différentes sortes de criminels : tous doivent être jugés responsables de leurs actes quel que soit l’état psychique du sujet jugé au moment de l’acte. Aussi accusait-il les experts de “libérer les coupables et d’interner les innocents” pour mieux les soigner avant de les renvoyer devant les tribunaux pour être exécutés.

l’esclavage psychiatrique

Et de même qu’il réduisait à néant toute forme de classification psychiatrique, tout en ridiculisant tous les traitements chimiques, Szasz défendait les droits des drogués et des délinquants, boucs-émissaires, à ses yeux, d’un système coercitif généralisé. On ne s’étonnera pas que cet iconoclaste, qui ne reconnaissait ni dieu ni maître ni État, et qui milita toute sa vie contre “l’esclavage psychiatrique”, ait pu, dans son dernier combat, s’opposer farouchement à toute tentative d’introduire dans la loi le principe d’un suicide assisté ou médicalisé. Seul un sujet a le droit de se priver de la vie : tel était pour lui la quintessence de la liberté humaine.

Motion de soutien à Benjamin Stora

l’éviction de l’historien Benjamin Stora

Nous historiens et chercheurs, spécialistes de l’Algérie contemporaine, déplorons l’éviction de l’historien Benjamin Stora comme commissaire de l’exposition Albert Camus qui se tiendra à Aix-en-Provence en 2013 à l’occasion du centenaire de la naissance de l’écrivain.

nostalgiques du temps colonial

En effet, la Maire (UMP) d’Aix-en-Provence et présidente de la communauté du pays d’Aix, Maryse Joissains-Masini, a demandé à Michel Onfray, de devenir commissaire d’un nouveau projet d’exposition, ce qu’il a accepté. Or, Maryse Joissains-Masini s’est distinguée récemment pour ses positions favorables aux nostalgiques du temps colonial. Elle a déjà annulé plusieurs manifestations culturelles autour du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie.

acte grave de censure

De même, Benjamin Stora, sans même avoir pu défendre son projet, a été évincé de l’exposition Albert Camus sur laquelle il travaillait depuis plusieurs années. Les historiens et chercheurs soussignés considèrent que cette éviction constitue un acte grave de censure, et appellent à la solidarité avec l’historien connu pour son travail universitaire sur l’histoire de l’Algérie contemporaine.


Premiers signataires

Linda Amiri (doctorante, Sciences Po),

René Gallissot (professeur émérite, Université Paris 8),

Gilbert Grandguillaume (maître de conférences émérite, EHESS),

Ali Guenoun (doctorant, Université Paris 8),

Didier Guignard (chercheur associé, IREMAM),

Mohammed Harbi (professeur émérite, Université Paris 8),

Jim House (directeur du Centre d’études culturelles françaises et francophone, Université de Leeds, Royaume-Uni),

Aissa Kadri (professeur des universités, Université Paris 8),

Kamel Kateb (chercheur, INED), Neil Macmaster (maître de conférences honoraire, Université d’East Anglia, Royaume-Uni),

Gilles Manceron (historien, vice-président de la LDH),

Claire Marynower (doctorante, Sciences Po),

Abdelmadjid Merdaci (professeur des universités, Université de

Constantine),

Gilbert Meynier (professeur émérite, Université Nancy-II),

Laszlo Nagy (professeur des universités, Université de Szeged, Hongrie),

Jean-Pierre Peyroulou (enseignant, agrégé, docteur en histoire),

Tramor Quemeneur (chargé de cours, Université Paris 8),

Alain Ruscio (historien, chercheur indépendant),

Nedjib Sidi Moussa (doctorant, Université Paris 1),

Pierre Vermeren (professeur des universités, Université Paris 1).

S’associent également les personnalités :

Djanina Messali Benkelfat (fille de Messali Hadj) et Georges Morin (association Coup de soleil).

Voir aussi

– L’exposition Albert Camus, Michel Onfray et les monothéismes , où il apparaît que Michel Onfray via son ami Jean Soler vire à la Nouvelle droite solaire et polythéiste.

– “La bataille ratée de Michel Onfray“, par Marc Riglet (Lire), publié le 01/03/2012

– Michel Onfray pilotera l’exposition et le Musée Camus

– Camus – l’historien écarté le faiseur promu

– Motion de soutien à Benjamin Stora

– Après Richard Millet, Michel Onfray

– et cliquer ici-même Onfray pour plus d’information.

Sciences sociales, le déclin français

© Le Monde 11 septembre 2012

Sciences sociales, le déclin français

par Michel Wieviorka

En sciences humaines, la France est distancée par le Royaume-Uni. Offrir un meilleur soutien aux chercheurs est nécessaire pour leur relance

En matière de sciences humaines et sociales (SHS), les universités britanniques, ou du moins certaines d’entre elles, les plus orientées sur la recherche, sont en position de force dès qu’il s’agit de financement européen de la recherche.

Cela a pu être constaté, une fois de plus, à l’issue des travaux d’un panel de l’European Research Council – ERC, le Conseil européen pour la recherche – que j’ai présidé, en juin. Ce panel devait répartir quelque 40 millions d’euros entre des candidats venus du monde entier à l’issue d’un processus de sélection exigeant. Sur les 27 dossiers retenus parmi près de 300, 16, soit environ 60 %, seront traités au sein d’établissements d’enseignement et de recherche britanniques, dont une majorité à Londres. Les candidats pouvaient venir de toute l’Europe, et parfois au-delà, et ont fait le choix de ces établissements pour les accueillir.

Plus largement, de 2007 à 2011, les universités britanniques ont bénéficié de près du tiers des 460 bourses octroyées en SHS par l’ERC. Trois universités anglaises, dont deux londoniennes, accueillent à elles seules autant de boursiers ERC que l’ensemble des institutions françaises. D’autres données, sur la longue durée, pourraient nuancer ce constat, mais ne démentent pas que le Royaume-Uni se trouve en position dominante. Quelles raisons avancer ?

Le Royaume-Uni offre aux lauréats de bourses ERC de bonnes conditions de travail et d’existence. L’accueil scientifique mais aussi humain, la capacité de bénéficier d’infrastructures efficaces et réactives, l’environnement intellectuel, la qualité des étudiants que le chercheur rencontrera sont à l’évidence décisifs. Un chercheur qui pose sa bourse dans un établissement universitaire lui apporte, en contrepartie, des ressources non négligeables, 20 % des moyens qui lui sont alloués revenant à l’institution d’accueil.

Tout cela participe d’un modèle de recherche dominé par la concurrence et le marché. Le Royaume-Uni a fait depuis une bonne vingtaine d’années le choix d’ouvrir son marché du travail universitaire aux étrangers, nombreux à occuper des postes en SHS, ou à bénéficier de bourses de thèses ou de post-doc, sans parler des étudiants, qui proviennent du monde entier. La recherche non financée est de moins en moins possible, la compétition est féroce, et les chercheurs pour survivre doivent drainer des fonds, dont une partie significative servira à financer leur propre salaire, y compris s’ils sont en poste.

C’est à ce prix que le modèle britannique est efficace, plus capable d’attirer une certaine excellence, celle qui se fait reconnaître au niveau international, que d’élever le niveau général de la recherche nationale. International, donc, ouvert et dynamique, il est aussi dur, marchand et élitiste.

L’ERC, qui dispose de budgets considérables, a-t-il tort de promouvoir une excellence qui risque en réalité de correspondre à un modèle universitaire unique, le britannique ? Les ressources qu’il alloue ne vont presque jamais vers des universités d’Europe centrale ou du sud de l’Europe, et peu vers la France (bien que notre pays soit mieux loti que l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne).

La question linguistique mériterait ici examen : un candidat ne maîtrisant pas l’anglais ne peut pas concourir, et celui dont ce n’est pas la langue natale est traité sur le même plan que celui qui la maîtrise parfaitement, alors qu’il doit déployer des efforts particuliers pour participer à la compétition.

Ajoutons que, dans nombre de disciplines en SHS, le rôle de la langue et de la culture dans la formulation et le traitement des objets de recherche est considérable. L’avantage linguistique des universités britanniques apparaît donc important. L’excellence voulue à Bruxelles, les inégalités linguistiques qu’elle entérine et l’attractivité du modèle britannique se renforcent mutuellement.

Une réaction chauvine serait ici catastrophique et il serait vain de demander une redistribution des moyens européens sur des critères autres que scientifiques. On ne s’en tirera ni par une simple critique du fonctionnement de l’ERC, ni par un rejet méprisant du modèle britannique, dont les défauts, majeurs, ne doivent pas masquer l’efficacité, ni en s’enfermant dans le déni arrogant et ethnocentrique.

La plupart des grands établissements français d’enseignement supérieur et de recherche sont mal outillés pour attirer les meilleurs chercheurs européens, ou pour les aider autant qu’il le faudrait à préparer un dossier convaincant. Ils ne mettent pas à la disposition des lauréats des conditions de travail et d’existence adaptées, ils peinent à leur trouver un bureau, un logement, ou à faire évoluer des règles établies en d’autres temps en matière de rémunération ou de fonctionnement administratif, etc.

La France, qui a été un grand pays en matière de SHS jusque dans les années 1980, n’a-t-elle pour se relancer d’autre solution que de suivre le ” modèle britannique ” ? Doit-elle renoncer au projet d’un modèle universitaire démocratique et ouvert à des démarches scientifiques et intellectuelles qui ne seraient pas toutes surdéterminées par la compétition mondiale et le marché ? Le système actuel ne favorise pas suffisamment l’internationalisation des SHS, et de profondes réformes sont nécessaires si l’on souhaite le retour incontestable de la France au premier plan dans ces disciplines.

Les réflexions que je mène depuis plusieurs années au sein de la Fondation Maison des sciences de l’homme avec mon collègue Olivier Bouin, économiste et administrateur de recherche, conduisent à envisager trois pistes principales. La première consiste à redresser l’attractivité des sciences humaines et sociales françaises et des institutions qui les font vivre.

Cela passe par le soutien à des initiatives scientifiques, méthodologiques et intellectuelles innovantes, propres à renouveler les termes du débat en France, à l’ouvrir grand aux questionnements et approches qui se sont développés depuis le tournant de la globalisation des trente dernières années, et à ancrer ce renouvellement dans le tissu universitaire, en profondeur, et largement. Les instituts d’études avancées créés en France depuis 2007 ou le Collège d’études mondiales lancé en 2011 par la Fondation Maison des sciences de l’homme font partie des innovations qui ouvrent cette voie.

Deuxième piste : le soutien à l’ouverture internationale de la recherche française. La formation linguistique, l’attention accordée aux approches comparatistes et aux efforts pour ” penser global “, la mobilité internationale dès le début des parcours de recherche pour s’informer des grandes évolutions des courants de pensée et entrer dans des réseaux internationaux, le soutien à la préparation des projets européens et internationaux, la valorisation des expériences internationales dans les recrutements des chercheurs et des enseignants-chercheurs, le soutien à la création de revues en langue étrangère constituent des facteurs à prendre en considération.

Enfin, la réactivité et la souplesse des institutions d’accueil non seulement sur le plan scientifique mais également sur les plans administratif et organisationnel doivent être renforcées.

Le succès récent de la Fondation Jean-Jacques-Laffont à Toulouse tient à sa force d’attraction scientifique, à l’échelle européenne, mais aussi à la qualité de l’accueil et à la flexibilité des conditions que son statut de fondation lui permet d’offrir – ce qui la rapproche du modèle britannique et lui est parfois reproché. Toujours est-il que l’adossement croissant d’institutions scientifiques réputées à de telles structures est une des clés du renforcement de l’attractivité des SHS françaises dans les dix années à venir.

Un bilan lucide et sans concession de la recherche française et de ses conditions d’exercice reste à faire, au-delà de ces premières remarques. A partir de là, il devrait être possible d’engager sur une base solide une politique universitaire et de recherche conjuguant l’exigence démocratique et l’ouverture internationale. Notre pays pourra alors retrouver son rayonnement intellectuel et scientifique sans contradiction ni renoncement. Et concurrencer le modèle britannique sans verser dans ses travers.

Michel Wieviorka


Administrateur de la Fondation Maison des sciences de l’homme et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Successeur d’Alain Touraine à la tête du Cadis de 1993 à 2009, il a été le président de l’International Sociological Association de 2006 à 2010. Ses ouvrages sur le racisme, le terrorisme, la violence, l’antisémitisme, dont certains sont traduits en plusieurs langues, dessinent une sociologie du mal et du malheur que complètent ses efforts pour penser la différence culturelle, les mouvements sociaux ou la démocratie. Il dirige le Collège d’études mondiales avec Olivier Bouin


11 septembre 2012

De nouveaux concepts à débattre

Le pamphlet de Richard Millet

IL Y A UN DEMI-SIÈCLE, les sciences humaines et sociales (SHS) françaises disposaient d’une aura planétaire, elles étaient incontournables pour qui voulait en suivre les progrès et les principaux débats. Les étudiants venaient du monde entier à la rencontre des grands maîtres d’alors, et l’on discutait passionnément de la lutte des classes, de la Révolution, de la décolonisation, de la dépendance ou du tiers-monde.

Les chercheurs étaient peu nombreux et ils étaient le plus souvent capables de circuler entre deux espaces d’analyse et de débat : celui du domaine où ils produisaient des connaissances liées à une compétence particulière et celui de la politique, de l’histoire ou bien encore du fonctionnement général de la vie sociale. Il pouvait y avoir beaucoup d’idéologie à ce deuxième niveau. Toujours est-il qu’il était possible de participer à une vie intellectuelle tout en menant des recherches plus ou moins spécialisées.

Les chercheurs français sont aujourd’hui plus nombreux et mieux formés. Leur maîtrise des méthodes et des théories est souvent impressionnante, et ils savent s’inscrire au sein de réseaux internationaux de spécialistes de leur champ.

Mais ils peinent à monter en généralité. Ils deviennent des professionnels qui se tiennent à distance des grands débats politiques ou intellectuels, sauf à pratiquer l’expertise ou une critique extrême, une hypercritique qui soupçonne et dénonce sans chercher à construire.

Ce phénomène n’est pas propre à notre pays, mais il y est singulièrement aigu, en raison, avant tout, de l’épuisement des enjeux qui dominaient hier la vie intellectuelle. Les idées, les thèmes, les préoccupations des années 1960 et 1970 ont disparu avec l’empire soviétique, le mouvement ouvrier des sociétés industrielles ou le colonialisme.

La Révolution française est terminée, a tranché l’historien François Furet dans les années 1980, il faut faire ses adieux au prolétariat, a expliqué l’écrivain André Gorz, et, pendant qu’ailleurs la recherche s’intéressait à la globalisation, elle était surtout, chez nous, orpheline des questions qui l’avaient nourrie, peu capable de se renouveler. C’est ainsi que la France a loupé le tournant intellectuel mondial des SHS des années 1990. Elle découvre péniblement, aujourd’hui, des catégories qui sont discutées dans d’autres sociétés depuis vingt ans, et pas seulement aux États-Unis ou au Royaume-Uni, car la recherche devient elle aussi multipolaire. Elle commence à s’intéresser par exemple au post-colonialisme, alors qu’en fait les anciennes colonies en sortent, l’Inde par exemple ; elle accepte timidement de penser global et de suivre le philosophe Ulrich Beck, qui nous presse de sortir du ” nationalisme méthodologique.”

Il n’y a là rien d’irrémédiable. Nous voulons que l’analyse des SHS éclaire les médias, les acteurs sociaux ou politiques ? Que la recherche française retrouve une place prééminente ? Alors, il ne suffira pas d’en refonder les structures, l’organisation territoriale ou la gouvernance. Il est urgent d’ouvrir des débats sur les orientations scientifiques qu’elle doit prendre.

© Le Monde

La psychanalyse pour les nuls

Christian Godin, Gilles-olivier Silvagni

First – Pour Les Nuls
13 Septembre 2012
Psychanalyse
432 pages, 23 X 19 cm
22.95 € (même pas le prix d’une demie séance)

[Vidéo : Sans titre]

À paraître le 13 septembre 2012

À une époque de liberté et de responsabilité, il est n’est pas bien vu de rappeler que l’homme a un inconscient et que s’il fait ce qu’il désire, il ne fait pas toujours ce qu’il veut. Pourtant, la psychanalyse est un moyen irremplaçable pour comprendre le monde et son existence ! Ce livre vous invite à partir à la découverte de votre moi, à percer le mur des apparences, à traverser le miroir. Grâce à une approche accessible de la psychanalyse vous distinguerez toutes ses multiples dimensions, car la discipline fondée par Freud il y a plus d’un siècle n’est pas un système défini une fois pour toutes. La psychanalyse est un mouvement, un édifice qui se construit au rythme des disciples qui apportent leur pierre personnelle. Pour comprendre, et faire vivre ceux que les hasards et les destins de l’existence ont écrasé sous leur poids.

Découvrez

Les bases de la psychanalyse.
L’histoire de la psychanalyse.
Le système de l’inconscient.
Le déroulement de la cure.
Les dates-clés.
Les cas célèbres, les grands romans et les grands films autour de la psychanalyse.

Sigmund Freud, Anna Freud – Correspondance 1904 – 1938

Sigmund Freud, Anna Freud

Correspondance 1904 – 1938

Préface d’Élisabeth Roudinesco
Traduction d’Olivier Mannoni

[Image : Sans titre]
Riche de près de 300 lettres, la correspondance inédite entre Freud et la plus jeune de ses filles, Anna, est un document exceptionnel. Tout au long de cette chronique de la vie d’une famille viennoise pendant les premières décennies du XXe siècle, on découvre l’homme Freud travaillant à son œuvre et à sa pratique clinique et s’intéressant aux détails de la vie quotidienne. Mais c’est la psychanalyse qui scelle d’une manière singulière la relation entre le père et sa fille : « Je vois à présent, en te regardant, combien je suis vieux, car tu as exactement l’âge de la psychanalyse. Vous m’avez toutes deux causé des soucis, mais au fond j’attends quand même plus de joies de ta part que de la sienne,» lui écrit-il à la fin de 1920.

Cette comparaison montre à quel point, en ses commencements, la psychanalyse s’éprouve en famille et dans le cercle des initiés. Freud observe l’activité onirique de sa fille, une enfant tourmentée, avant de devenir à deux reprises, entre 1918 et 1924, son analyste. L’expérience est décisive. Anna s’implique dans l’International Psychoanalytical Association dès sa création, fréquente ses membres, se fait même courtiser par quelques élèves de son père. Mais, disciple fervente, elle se consacre à la thérapie des enfants et devient dans ce domaine la principale représentante de l’école viennoise face à sa grande rivale de l’école anglaise : Mélanie Klein. Après l’exil de la famille en Grande-Bretagne en 1938, le conflit se poursuivra mais se soldera, en plein cœur de la Deuxième Guerre mondiale, par une entente cordiale entre les différents courants.

Document historique précieux, cette correspondance, qui s’étend sur plus de trente ans, témoigne d’un moment essentiel de l’histoire de la psychanalyse, avec ses passions et sa formidable volonté de transformer la subjectivité humaine.

En librairie le 17 octobre 2012

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Contact presse
Dominique Fusco
01 45 49 82 32
dfusco@editions-fayard.fr

Philosophie : identité culturelle suivi de identité féminine

1) Samedi 15 septembre 19:30

Daniel Ramirez

docteur en philosophie, formateur du CIFP Paris

donne le Samedi 15 septembre à 19:30 une conférence à Marseille organisée par l’Association Himéros, art et philosophie, sur le sujet

philosophie de l’identité culturelle

lieu : chez Marie Pierre Leduc – 4 rue Rodolphe Pollack, 2ème étage, métro Noailles, sortie marché des Capucins.

La conférence se verra suivie d’un apéritif dînatoire – chacun apportant un plat salé ou sucré ou une bouteille de vin.

Participation aux frais: 5 euros par personne.

Venez nombreux, mais auparavant, obligation de s’inscrire via internet à fernand.reymond@wanadoo.fr


2) Dimanche 16 septembre à Saint Jean du Puy

Fernand Raymond

Président de l’association Himéros, animera le débat rando-philo à Saint Jean du Puy, au dessus de Saint Zacharie, grillades au feu de bois lors du pique nique – apporter de quoi.

Heure & point de départ : non communiqué

thème : que penser de la formule de Simone de Beauvoir :

on ne nait pas femme, on le devient

La randonnée et le café-philo du dimanche, en présence et avec la participation de Daniel Ramirez, ne seront donc pas animées par lui mais par Fernand Raymond, président de l’association organisatrice.

Obligation de s’inscrire via internet à fernand.reymond@wanadoo.fr

en précisant à quelle manifestation vous venez, ou les deux si ça vous intéresse.

La psychothérapeute parisienne décédée de ses blessures

retrouvée étranglée mercredi dans son cabinet parisien

La psychothérapeute, hospitalisée mercredi dans un état extrêmement critique après avoir été étranglée par un patient dans son cabinet paramédical du 17e arrondissement de Paris, est morte samedi après-midi selon les informations d’Europe 1. Une information judiciaire a par ailleurs été ouverte pour “homicide volontaire sur professionnel de santé” et “séquestration liée à un crime”, la psychothérapeute ayant été victime d’un viol avant d’être assassinée, selon une source judiciaire.

La victime avait été retrouvée mercredi avec des traces de strangulation sur le cou par son fils qui, habitant sur les lieux, avait entendu des bruits suspects. Ce dernier était parvenu à intercepter un patient quittant le cabinet, situé non loin de la place de Clichy, et à prévenir la police, selon une source proche de l’enquête.

Après avoir été interpellé sur place mercredi et placé en garde à vue, l’agresseur présumé a fait l’objet d’une hospitalisation d’office vendredi en raison de son état psychiatrique.

Décrit comme schizophrène

Décrit comme schizophrène, le jeune homme, sous traitement, était suivi par la même psychothérapeute depuis plusieurs années, selon des informations d’Europe 1. Selon les enquêteurs, il était connu des services de police pour des faits qualifiés de mineurs.

Le juge d’instruction a délivré un mandat d’amener samedi pour s’assurer qu’il sera entendu par la justice si l’expertise l’autorise.

Paris : une psychothérapeute étranglée par son patient

Paris : une psychothérapeute étranglée par son patient


Une psychothérapeute a été retrouvée étranglée hier dans son cabinet à Paris, et son pronostic vital est engagé. L’agresseur présumé, un de ses patients, a été placé en garde à vue.

par Benoit Hasse et Céline Carez

Le Parisien le 30.08.2012, 07h30

Les faits se sont produits d’un cabinet paramédical au 1er étage d’un immeuble de la rue du Mont-Doré à proximité de la place de Clichy (Paris XVIIe). Le drame s’est joué hier à 15 heures hier dans le secret d’un cabinet paramédical au 1er étage d’un immeuble de la rue du Mont-Doré à proximité de la place de Clichy (Paris XVIIe). Un homme de 28 ans a étranglé sa psychothérapeute chez qui il venait de suivre une séance, avant de prendre la fuite en la laissant pour morte. Alerté par des bruits suspects, l’un des deux fils de la spécialiste, qui exerce à son domicile, s’est précipité dans le cabinet. Il a découvert sa mère inanimée au sol, à moitié dénudée, le corps couvert de marques et le cou de traces de strangulation. Le jeune homme s’est lancé à la poursuite de l’agresseur présumé qui dévalait les escaliers. « Ils se sont battus dans la rue, » indique la gardienne d’un immeuble voisin.

l’homme est connu de la police pour un fait « mineur »

Des témoins ont alerté la police qui a interpellé le fuyard quelques minutes plus tard. « Le type hurlait c’est pas ma faute, c’est pas ma faute ! rapporte Léo, aux premières loges dans l’immeuble en face. L’agresseur a été placé en garde à vue dans les locaux du premier district de police judiciaire. Selon une source policière, le jeune homme, très agité, n’aurait pas pu être entendu tout de suite par les enquêteurs. Il n’aurait cependant pas été transféré à l’institut psychiatrique de la préfecture de police. Dans la soirée, l’agresseur, connu des services de police pour un seul fait qualifié de mineur se trouvait toujours dans les locaux de la PJ.

Sa victime, âgée d’une cinquantaine d’années, a perdu connaissance après l’agression. Elle aurait fait un arrêt cardio- respiratoire. Les secours qui l’ont d’abord soignée sur place sont parvenus à la réanimer. Elle a été conduite à l’hôpital Saint-Louis dans un état jugé critique. Hier soir, une source proche du dossier indiquait que son pronostic vital restait engagé.

« C’est une très belle dame brune élégante et aimable qui vit avec ses deux fils », commentait, encore sous le choc, une habitante de la petite rue calme du quartier des Batignolles où la psychothérapeute exerçait. Hier soir, sur la porte de son cabinet, dépourvu de plaque, un message manuscrit indiquait : « Mme D. est absente en raison d’un contretemps. »


On a appris entre temps que Madame D. est décédée.

Onfray – La Peste à Aix

Benjamin Stora commissaire indésirable de l’exposition Camus : le PCF dénonce un acte politique.

Jeu, 30/08/2012 – PCF

Benjamin Stora, après d’autres, victime de forces occultes

par Alain Hayot, Délégué national du PCF à la culture

Le PCF dénonce, par la voix de son Délégué national à la culture, Alain Hayot, l’attitude de la mairie d’Aix-en-Provence qualifiée de « chasse aux sorcières, » qui a fait pression pour remplacer Benjamin Stora, historien spécialiste de l’Algérie, par le philosophe Michel Onfray en qualité de commissaire de l’exposition Camus organisée dans le cadre de Marseille Provence 2013 capitale européenne de la culture.

“Le lamentable feuilleton de l’exposition Camus prévu dans le cadre de Marseille provence 2013 capitale européenne de la culture vient de connaître en cette fin d’été un nouveau rebondissement qui confirme les craintes que j’avais exprimées dès juin dernier.”

C’est effectivement la personnalité du commissaire de l’exposition, Benjamin Stora qui était en cause puisque voici comme par miracle que le projet est à nouveau sur les rails mais avec Michel Onfray comme commissaire.

Chasse aux sorcières

C’est une décision qui s’apparente à un acte de censure, une chasse aux sorcières poursuivie avec ténacité par la mairie d’Aix-en-Provence, principale partenaire de MP 2013 pour ce projet.

En effet, Benjamin Stora, après d’autres, est victime des forces occultes qui dans cette ville combattent avec acharnement tous ceux qui ont soutenu le peuple algérien dans son combat pour sa liberté et son indépendance.

D’ailleurs le maire d’Aix-en-Provence a décidé parallèlement d’interdire sur sa commune toutes les manifestations célébrant le 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie.

Un acte politique

Le remplacement de Benjamin Stora par Michel Onfray est un acte politique qu’il faut dénoncer. Je me félicite de l’attitude de la ministre de la Culture Aurélie Filippetti qui a retiré le financement et le logo du ministère pour cette exposition.

Je regrette que la direction de MP 2013 ait accepté ce coup de force d’une droite qui confirme sa radicalisation et ses liens avec l’extrême droite en particulier en région Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

la bêtise insiste toujours

J’apporte mon soutien à Benjamin Stora dont la compétence et l’engagement nous manqueront terriblement pour célébrer Albert Camus qui avait raison d’écrire dans La peste que “la bêtise insiste toujours.“

Voir aussi

– L’exposition Albert Camus, Michel Onfray et les monothéismes , où il apparaît que Michel Onfray via son ami Jean Soler vire à la Nouvelle droite solaire et polythéiste.

– “La bataille ratée de Michel Onfray“, par Marc Riglet (Lire), publié le 01/03/2012

– Michel Onfray pilotera l’exposition et le Musée Camus

– Camus – l’historien écarté le faiseur promu

– Motion de soutien à Benjamin Stora

– Après Richard Millet, Michel Onfray

– et cliquer ici-même Onfray pour plus d’information.


on peut également cliquer http://www.mediaterranee.com/


Michel Onfray a-t-il toujours sa place sur France Culture ?

CRITIQUER MAIS AVEC HONNÊTETÉ INTELLECTUELLE EN S’APPUYANT SUR UNE INFORMATION CORRECTE

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M. Olivier Poivre d’Arvor
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Émissions de Michel Onfray

le 23 août 2012

Monsieur,

je viens d’écouter les conférences que Michel Onfray a consacrées dans son Université populaire à Sartre et Beauvoir et qui ont été retransmises sur France Culture.

désinformation haineuse

Pour correspondre à l’objectif de sa “contre-histoire de la philosophie”, Onfray nous fournit de la désinformation haineuse. Auteur ou éditrice de huit ouvrages très documentés sur Sartre et Beauvoir ayant paru entre 2001 et 2007 dans des maisons d’édition françaises, vous me permettrez de dire que je sais de quoi je parle. Onfray se sert d’ailleurs de certains de mes livres pour en tirer des fragments et les interpréter dans le sens de ses “thèses”, alors que d’autres éléments qui prouvent le contraire de ce qu’il prétend sont sciemment omis. On a bien sûr le droit de critiquer, mais avec honnêteté intellectuelle en s’appuyant sur une information correcte.

Cette information correcte, les auditeurs et auditrices de France Culture ont le droit de l’attendre. Je suis proprement scandalisée que vous prêtiez votre antenne à cette charlatanerie.

Avec mes sentiments distingués

Ingrid GALSTER
Professeur des universités à la retraite


MICHEL ONFRAY A-T-IL TOUJOURS SA PLACE SUR FRANCE-CULTURE ?

Libération – 26 août 2012

par Michel Vignard

professeur de philosophie et producteur associé à France-culture.

pas de quoi renverser la table


style tout droit sorti de la Troisième République des lettres

Habitude et audience aidant, depuis dix ans France-culture programme dans sa grille d’été, qui s’est achevée ce week-end, les conférences de l’université populaire de Caen. Michel Onfray s’y est taillé un franc succès en exhumant des figures mineures de la pensée et en contestant l’institution qui les avait oubliées ou enterrées pendant des siècles. Le problème est que, n’ayant jamais fait pour son compte œuvre scientifique, jamais porté au jour un seul de ces penseurs, jamais traduit ou édité leurs livres, il doit se contenter d’en parler à partir des travaux irremplaçables de ces universitaires qu’il fustige tant par ailleurs. Passons sur la contradiction ou l’imposture, comme on voudra dire, et venons-en à son style tout droit sorti de la Troisième République des lettres. Une bonne dose de biographie dans l’esprit de Gustave Lanson, de l’aimable paraphrase, ça ne mange pas de pain et ça apprend toujours quelque chose, des citations répétées pour permettre aux auditeurs d’en identifier l’importance et les noter sans faute. Une parole magistrale, des applaudissements en fin de cours, pas de quoi renverser la table.

Onfray ne ressuscite plus, il enterre

approche vieillotte, bibliographie datée et manichéisme

Il n’en va pas de même depuis le séminaire sur Freud diffusé la saison 2010-2011. Changement d’orientation, Michel Onfray ne ressuscite plus, il enterre. Sa thèse principale consiste à faire de la psychanalyse la science de Freud en personne, accusant sans répit vingt-cinq séances durant l’auteur de l’Interprétation du rêve d’avoir capté à son profit la substance et la gloire de la psychanalyse, sans compter les griefs annexes de terrorisme ou d’adultère. Un livre paru à la même époque, Rêver avec Freud, signé par Andreas Mayer et la regrettée Lydia Marinelli (Aubier, 2009), fait la litière de cette thèse. Dans ce volume, sous-titré l’Histoire collective de l’Interprétation du rêve, les auteurs, comparant les huit éditions du texte, de 1899 à 1930, montrent «une interactivité permanente entre l’auteur Sigmund Freud et son public de disciples, de critiques, de collègues et de patients». Ainsi est mis un grand bémol à «l’image héroïque de l’auto-analyse» complaisamment véhiculée depuis la biographie d’Ernest Jones, et reprise sans distance par Michel Onfray. Ce seul exemple suffit à mettre en évidence tout à la fois l’approche vieillotte, la bibliographie datée et le manichéisme de l’apôtre de Caen.

“Bergson comme source du fascisme”

Mais notre redresseur de torts ne s’en est pas tenu là, un nouveau cap semble avoir été franchi avec la saison qui s’achève, consacrée aux «réfractaires», George Politzer, Paul Nizan ou encore Albert Camus. Il exhibe face à eux des figures académiques qui concentrent ses foudres. Ainsi, se réfugiant derrière la parole de Politzer, il n’hésite pas à parler de «Bergson comme source du fascisme». Qui, reprenant le discours raciste de Hegel sur l’homme noir, aurait la mauvaise idée de s’effacer derrière l’autorité du philosophe de Iéna. Ne pas dire qu’un philosophe aussi a des opinions, et ne pas leur appliquer la critique qu’elles exigent est un péché contre l’esprit. Et quel est le sens de cette contre-philosophie «de classe» qui cite cette fois l’autorité de Bourdieu pour faire pencher la balance du côté du prolétaire Camus au détriment du bourgeois Sartre ? Et on ne parlera pas du flou systématique sur la chronologie, qui n’est pas sans valeur en histoire, ni de quelques erreurs factuelles comme à propos de Heidegger, qui n’a pas consacré sa thèse de doctorat à Jean Scot Erigène mais bien à Jean Duns Scot, le «docteur subtil».

travers fâcheux d’un gourou

L’ultime séance hebdomadaire du séminaire est consacrée aux questions de la salle, c’est la goutte qui fait déborder le vase. Rien pour contredire, discuter, relativiser, préciser. Partout et toujours la même révérence envers la parole du maître, c’est ce qui fait dire que la philosophie est trahie. Et avec elle la mission d’une chaîne comme France Culture. Au fil des saisons, l’université populaire de Caen s’est transformée en grand-messe et le philosophe, plus soucieux de bien et de mal que de vérité, a pris les travers fâcheux d’un gourou. Les époques en crise en quête de valeurs plébiscitent le simplisme, c’est regrettable mais guère surprenant. Mais comment accepter que chaque été une antenne publique ouvre à Michel Onfray, sans contrepartie aucune, pareille tribune officielle ? Au nom du public et de l’esprit, de toute évidence, cela ne peut plus se prolonger sans débat.


L’IMPOSTURE ONFRAY

Dans le quotidien algérien, La Nouvelle République,
– 22 août 2012

par Mohammed Yefsah

l’entreprise néocoloniale de Michel Onfray

L’entreprise néocoloniale de Michel Onfray a démarré sa machine en Algérie. Dans l’entretien qu’il a accordé au quotidien El Watan du 10 août 2012, il récidive par la mauvaise foi, le mensonger et une connaissance approximative de l’Histoire de l’Algérie. Sa haine de Jean Paul Sartre est à la taille de sa fascination pour les puissants. Onfray est libertaire(1) seulement dans sa proclamation. Il est l’expression du moult du néolibéralisme, pour lequel l’émancipation des peuples anciennement colonisés est une défaite à surmonter. La coqueluche des médias force la lecture des œuvres de Albert Camus pour en faire un homme qui ne fut pas pour la colonisation. Onfray fait d’ailleurs dans l’esprit camusien par sa posture d’apparence, ni pour la colonisation ni contre la colonisation.

summum de la bêtise

Outre ses attaques répétées contre Sartre et les intellectuels français qui défendirent l’émancipation du peuple algérien, notamment dans son dernier livre L’ordre libertaire: la vie philosophique d’Albert Camus, Onfray arrive au summum de la bêtise en accusant Édouard Saïd d’une « lecture raciale et raciste » des œuvres de Albert Camus. Attaque-t-il par ricochet la cause palestinienne ? Il n’ y a aucun doute. D’une pierre deux coups. En tout cas, il n’a jamais caché son sionisme. Onfray n’hésite aucunement a défendre le journaliste Éric Zemmour, pourtant condamné par la Justice française pour propos racistes, en lui témoignant respect lors d’une mission télé (Émission On n’est pas couché ce soir, du 17mars 2012, de Laurent Ruquier). Édouard Saïd, universitaire palestino-américain, qui n’a aucune relation avec le pouvoir algérien, a seulement fait analyse de l’œuvre, sans tirer de jugements sur l’homme. Onfray n’a rien à envier aux curés de l’inquisition. Pour lui aucun algérien n’a compris Camus, et les sartriens(2) au bûcher.

pas de preuves

Pour Onfray, les intellectuels algériens qui critiquent Camus n’ont pas, à coup sûr et forcement, lu les œuvres du romancier. Ils sont mêmes de « prétendus intellectuels, » qui devraient « se libérer de l’esclavage mental, » à la solde du pouvoir. Si Onfray ne le sait pas, il est temps de lui apprendre que Camus est enseigné en Algérie, que le régime n’a jamais interdit aucun de ses livres et aucune déclaration officielle n’a été prononcée à son encontre. Un nombre incalculable de mémoires, de thèses universitaires et d’études comparatives en littérature lui ont été consacrés, diverses et divergentes de point de vues. Il devrait savoir que parmi les intellectuels qui critiquent Camus, certains sont mêmes opposants au régime algérien. Il oublie que Yasmina Khadra, défenseur de Camus, est un représentant officiel d’une institution algérienne. Il oublie aussi que ses positions peuvent être lues dans les colonnes d’un journal algérien, alors qu’en France aucun des intellectuels algériens attaqués n’est sollicité pour exprimer son opinion.

ignorant de l’histoire de l’Algérie

Onfray s’improvise ensuite historien pour livrer sa lecture du mouvement national. « Depuis le 8 mai 1945 et la répression de Sétif et Guelma, il est même prouvé que les militants de l’indépendance nationale ont souhaité tout s’interdire qui soit du côté de la paix, de la négociation, de la diplomatie, de l’intelligence, de la raison. Je vous rappelle à cet effet que ce sont les Algériens qui ont choisi la voie de la violence et sont à l’origine du plus grand nombre de morts du côté… algérien ! » La conquête coloniale n’est pas en soi, dans son essence même, de la violence. Onfray ne donne pas de preuves. Sa parole est l’évangile. Onfray, ignorant de l’histoire de l’Algérie, s’imagine ce pays comme un havre de paix avant le massacre de mai 1945.

enfumades, tortures, bien avant mai 1945

Il ne connaît pas l’existence – il ne veut pas le savoir, lui qui aime tant lire et réfléchir, contrairement aux intellectuels algériens ! – des enfumades (pratique qui consiste a brûler des villages entiers ou des populations qui fuient dans des grottes), les multiples formes de violence, la torture et les massacres avant même mai 1945. Il ne peut comprendre la radicalisation de la lutte de libération nationale. Onfray ignore aussi que le FLN n’a pas cru à la victoire militaire, mais plutôt à une victoire politique, qui nécessite un sacrifice à la mesure de la violence coloniale. Il a fallu attendre plusieurs années pour qu’enfin la France reconnaisse la qualité de belligérant au FLN et négocie avec lui. Le comble des propos mensongers d’Onfray, c’est sa comptabilité macabre qui considère que le FLN a fait plus de victimes côté algérien que la répression coloniale.

ce monde qui adore le soleil, mais déteste croiser l’arabe dans la rue ou sur la plage

« Camus n’a pas à se justifier de choisir ses sujets de romans » dit-il. C’est le seul crédit qui peut être accordé au philosophe du confort. Quoi qu’il recourt au mêmes œuvres pour justifier ses positions. L’absence des indigènes dans l’œuvre de Camus donne une idée de son ignorance de l’univers indigène. Camus est l’écrivain des pieds-noirs, comme le pensent d’ailleurs Kateb Yacine, Mouloud Mammeri et autres écrivains algériens qui l’ont côtoyé et ont lu ses œuvres. Ces dernières donnent un aperçu de ce monde qui adore le soleil, mais déteste croiser l’arabe dans la rue ou sur la plage.

cinq balles sur l’arabe qui lui cache le soleil

Meursault, personnage de L’Étranger, allongé sur le sable doré d’une plage algéroise, tire cinq balles sur l’arabe qui lui cache le soleil. Dans La Peste, intrigue qui se déroule à Oran, le personnage du médecin préfère parler des rats que des indigènes, périphériques et insignifiants. Il coupe court à la question du journaliste, qui n’insiste pas. C’est certainement de la littérature. Or Michel Onfray, philosophe de son état, peut comprendre l’imaginaire et les symboliques d’une œuvre littéraire, à l’image d’un Nietzsche qui a beaucoup appris d’un Dostoïevski. Il est ridicule de demander à un écrivain la présence d’une thématique ou d’un personnage. Cependant, une absence peut avoir une signification. Les arabes sont absents des œuvres de Camus et lorsqu’ils sont présents fugacement, ils dérangent, agacent, déclenchent la haine. En ce sens, Albert Camus, à l’image des œuvres de tout autre écrivain de talent, peut nous apprendre beaucoup sur l’Algérie coloniale, sur l’état d’esprit d’une époque, à l’exemple des œuvres de Balzac qui offrent une importante connaissance sur la France du XIXe siècle, de Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline sur les affres de la guerre, de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust sur la décadence de l’aristocratie, de Germinal de Émile Zola sur l’atroce condition ouvrière, etc.

digne des ethnologues qui ont participé à la mission coloniale

Dans Chroniques algériennes, Camus développe un discours humaniste sur la Kabylie, en demandant l’amélioration de la condition des indigènes. Il estime que la France n’a rien à gagner en opprimant les indigènes. Il veut gagner leurs cœurs. Mais son récit est digne des ethnologues qui ont participé à la mission coloniale. Il évoque l’utilité de l’école, la libération de la femme, la différence entre les arabes et les kabyles et implicitement la mission civilisationnelle que pourrait apporter la France. Il n’est jamais question d’une remise en cause du système colonial.

Albert Camus, qui refusa la violence des deux côtés, quand il fut question de l’Algérie en sachant que les adversaires n’étaient pas à armes égales, comme dans toute situation coloniale, ne fut pas toujours contre les armes. Il fut pour la résistance armée contre le nazisme et s’engagea avec les républicains lors de la guerre civile espagnole. En évoquant donc l’attachement à la paix par Camus, il faudrait aller jusqu’au bout du raisonnement. Sartre eut au moins le mérite d’avoir été constant.

mariage forcé de conceptions irrémédiablement opposées

Le voyage en Algérie d’Onfray lui fait rencontrer l’esprit de Camus et le bon Dieu. Athée en France, il semble découvrir les vertus du « christianisme africain. » Syndrome des pionniers lors de la découverte de l’Amérique ! Céline, Balzac, Camus, de grands talents, ont toute leur place dans le champs littéraire algérien ou d’ailleurs. Mais Camus le politique a droit au regard critique et sans concession à la lumière de l’Histoire. Quant à Michel Onfray, qui se veut de gauche en France mais est de droite en Algérie, à l’image de son « capitalisme libertaire, » mariage forcé de conceptions irrémédiablement opposées, il devrait nous expliquer, lui le grand savant, comment le peuple aurait pu se libérer sans la lutte.

Aix-Marseille – nostalgiques de l’Algérie française

Dans le cadre de Marseille-Provence 2013, Capitale européenne de la culture, grandiose événement, l’organisation de l’importante exposition sur Albert Camus, retirée récemment à l’historien Benjamin Stora, est confiée à Michel Onfray et suscite des polémiques. Ce qui donne d’avance une idée de la teneur de cette exposition et de son orientation politique de nature à ne pas déplaire aux nostalgiques de l’Algérie française.

Références

1) Les vrais libertaires ont été les premiers a défendre la révolution algérienne. À lire l’historien Sylvain Pattieu, Les camarades des frères : trotskistes et libertaires dans la guerre d’Algérie (préface de Mohammed Harbi), Ed. Syllepse, 2002.

2) Lire l’article du mensuel Le Monde Diplomatique.


SARTRE, ÉDOUARD SAÏD, D’AUTRES ET LE NIETZSCHÉEN DE GAUCHE

par Ahmed Halfaoui

Revue algérienne : Les Débats – 10 août 2012

Michel Onfray, «un nietzschéen de gauche» pour ceux qui peuvent disséquer ce type de profil, a été interviewé dans El Watan Week-end du 10 août, sur les différentes «lectures de l’œuvre camusienne.»

Sartre et les intellectuels qui ont soutenu le FLN

Le texte aurait pu passer inaperçu, mais il comporte des insultes qui, elles, ne peuvent passer. Onfray commence par mépriser ceux qui s’interrogent sur le traitement fait par Albert Camus aux Algériens et à leur lutte de libération du colonialisme. Il en fait des «sartriens qui n’aiment pas la liberté de pensée de Camus.» Ceci sans rendre justice à Jean-Paul Sartre et aux intellectuels qui ont soutenu le FLN, en n’expliquant pas en quoi cela consiste d’être «sartrien». Et Sartre n’est pas le seul à payer du mépris du «nietzschéen de gauche.» Il y a Édward Saïd qui a droit à une ligne et demie pour résumer son explication contre l’écrivain. L’éminent penseur, selon Onfray, «n’était pas au nom dans cet exercice de mauvaise foi militante au mieux de sa forme intellectuelle.» Là, encore, on ne saura rien de l’«exercice de mauvaise foi» de Saïd. Étonnamment, Kateb Yacine, qui figure pourtant dans les critiques les plus citées de Camus, échappe aux salves assassines du «philosophe».

répression génocidaire absoute

Après avoir renvoyé à leurs classes Sartre et Saïd, Onfray s’attaque aux «militants de l’Indépendance nationale qui ont souhaité tout s’interdire qui soit du côté de la paix, de la négociation, de la diplomatie, de l’intelligence, de la raison». Sans que son génie ne se donne la peine de montrer en quoi ces militants auraient pu faire autrement et en quoi consistaient «la paix, de la négociation, de la diplomatie, de l’intelligence, de la raison». Surtout que cette conclusion lui permet de nous rappeler «que ce sont les Algériens qui ont choisi la voie de la violence et sont à l’origine du plus grand nombre de morts du côté… algérien !». La répression génocidaire est absoute, bien fait pour vous qui avaient voulu vous libérer ! Ne vous en prenez qu’à vous-mêmes ! C’est cette leçon de choses qui claque dans la phrase, sans vergogne. Nous n’avions pas écouté Camus, quand il écrivait qu’ «À partir du moment où l’opprimé prend les armes au nom de la justice, il met un pas dans le camp de l’injustice.» Rappelons, ici, que l’objectif de l’interview était de démontrer que l’écrivain n’avait jamais dit «oui» à l’ordre colonial.

l’indigence de l’individu qui verse dans l’insulte

On en vient, pour finir, à l’objet principal qui est celui de crucifier les pétitionnaires contre la «caravane Camus». Les concernant, il ne sera pas question de les citer, uniquement de les disqualifier. La méthode est alors expéditive. Elle est puisée dans l’arsenal des arguments locaux. Les signataires, après avoir été des «sartriens», sont devenus de «supposés intellectuels», qui «se prétendent intellectuels». Leur texte est «un tissu de mensonges», ils font partie de la «cour des plumitifs du pouvoir» qui vont «au-devant des désirs et des souhaits du pouvoir pour en obtenir des avantages.» Et s’étale toute l’indigence de l’individu qui verse dans l’insulte ou dans ce qu’il croit être une insulte, quand il prouve sa nature de «petit blanc», «nietzschéen» imbu de la «supériorité européenne» et engoncé dans la suffisance qu’on arbore vis-à-vis de ceux qu’on croit être encore des «{indigènes.»}

le plumitif de quelque pouvoir, pro-colonial

Dommage pour la chute que le journaliste ne lui ait pas demandé si Sartre était aussi un «plumitif» et au service de quel pouvoir et si, lui-même pensait être un «intellectuel» et non le plumitif de quelque pouvoir, pro-colonial.