Autisme: un scandale français

Autisme: un scandale français

Créé le 29-03-2012 à 11h16 par Sciences et Avenir

Dans son numéro 782 d’avril 2012, Sciences et Avenir enquête sur le retard français dans la prise en charge de l’autisme et le rôle joué par la psychanalyse. Décryptage de ce dossier avec Franck Ramus, directeur de recherches au CNRS.


Au centre Albert Camus pour jeunes autistes de Villeneuve d’Ascq, en France. ( BAZIZ CHIBANE/SIPA)


Mots-clés
: autisme, psychanalyse, psychothérapie, langage, Santé

Sur le même sujet dans S & A :
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Propos recueillis par Hervé Ratel


Que la France ait déclaré l’autisme Grande cause nationale 2012 ne peut suffire à dissimuler le fait que notre pays traite bien mal les personnes porteuses de ce handicap. En cause, un diagnostic et une prise en charge confiés en majorité à des psychanalystes, alors que partout ailleurs dans le monde ce sont des professionnels formés aux méthodes comportementales et éducatives qui s’en occupent. Une exception française que la Haute autorité de Santé (HAS) a critiquée dans son dernier rapport.

Le numéro d’avril (n°782) de Sciences et Avenir consacre une enquête de six pages à ce scandale sanitaire, décryptage avec Franck Ramus, directeur de recherches au CNRS, au Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique de l’École normale supérieure, pour Sciences et Avenir.fr.


S&A: La psychanalyse reste-t-elle fortement ancrée en France ?

[Image : Sans titre]

Franck Ramus : Je mène des recherches sur les causes de certains troubles du développement de l’enfant: dyslexie, trouble du langage, et autisme. A ce titre, je suis au contact de médecins, de psychologues, de parents et d’associations de parents, et tous les retours que j’ai de la réalité sur le terrain confirment que la psychanalyse est encore très dominante en France. Bien sûr, la réalité n’est pas d’un seul bloc, elle est plus contrastée. Les psychanalystes, en tout cas ceux qui s’expriment le plus sur la question, jurent que les vieilles hypothèses n’ont plus cours. Celles-ci, s’appuyant sur la mise en cause des parents, et tout particulièrement de la mère, dans la maladie de leur enfant, ont été abandonnées depuis des décennies par tous les chercheurs et scientifiques pour qui l’autisme est un trouble neurodéveloppemental à forte composante génétique. Pourtant, à entendre certains parents, sur le terrain, la culpabilisation est toujours de mise et rien n’a changé [lire des témoignages]. Les psychanalystes ont beau jurer que leurs théories et leurs pratiques thérapeutiques ont évolué, on peut douter qu’il en soit vraiment ainsi.


S&A: Qu’est-il reproché à la psychanalyse ?

Franck Ramus : En tant que chercheur, je suis évidemment un partisan de l’évaluation scientifique et je ne reconnais que les thérapies dont l’efficacité a été prouvée. En clair, la médecine fondée sur des preuves voir le manifeste du [KOllectif du 7 janvier, ndlr]. Il est nécessaire qu’un débat ait lieu sur le fond. Certains psychanalystes semblent ouverts à une évaluation de leurs pratiques. La CIPPA –Coordination internationale entre psychothérapeutes psychanalystes s’occupant de personnes avec autisme–, par exemple, affiche une position d’ouverture dans le paysage psychanalytique. Je lui ai envoyé une série de questions précises sur les théories et les pratiques psychanalytiques dans le but de clarifier ses positions, et j’espère que cet esprit d’ouverture se traduira en actes et qu’elle y répondra. Mais d’autres psychanalystes s’opposent farouchement à toute évaluation scientifique de leurs pratiques thérapeutiques [1]. Difficile, dans ce cas, de juger de leur efficacité. Difficile aussi de ne pas soupçonner que cette rhétorique anti-évaluation ne soit qu’une tentative de dissimuler des pratiques tout simplement médiocres.

{S&A: L’autisme est-il le seul trouble du développement concerné ?

Franck Ramus } : Il n’y a pas que les autistes à souffrir de cette situation. Les enfants avec des troubles spécifiques des apprentissages (par exemple dyslexiques) et leurs familles, ont été victimes des mêmes pratiques et des mêmes théories psychanalytiques [2] : Mère trop distante ou trop fusionnelle, absence de « désir de parler ». Bien sûr, depuis le rapport Ringard en 2000 sur l’enfant dysphasique et dyslexique et la création de centres référents pour les troubles du langage, les bonnes pratiques se sont diffusées. Toutefois, on observe encore des dérives et notamment dans certains centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) où les enfants sont souvent pris en charge selon une grille de lecture uniquement psychanalytique, où aucun diagnostic n’est posé ni aucune rééducation proposée. C’est encore un énorme gâchis alors que la dyslexie concerne 5% de la population. Comme pour l’autisme, l’origine est neurodéveloppementale avec une composante génétique estimée à 50% et la psychanalyse n’a aucune compétence pour s’en occuper. Lorsque l’enfant présente aussi des troubles psychologiques (ce qui n’est pas rare), une prise en charge psychothérapique peut être indiquée, mais il faut que celle-ci soit efficace, donc évaluée.

Plus généralement, il y a lieu d’élargir le débat à toutes les autres pathologies mal traitées (pour ne pas dire maltraitées) par la psychanalyse. Je pense aux personnes souffrant de dépression, de trouble anxieux ou de trouble obsessionnel compulsif, dont le seul parcours de soin se résume trop souvent au divan du psychanalyste, ou d’un autre professionnel aux pratiques inspirées majoritairement par la psychanalyse. Ou encore aux personnes souffrant d’un trouble bipolaire qui ne sont correctement diagnostiquées que 8 ans en moyenne après l’apparition des premiers symptômes [3]. Ces retards au diagnostic ont des conséquences dramatiques sur la vie de ces personnes.

Autisme, un scandale français: une enquête à lire dans le numéro d’avril 2012, en kiosque ce jeudi 28 mars.


S&A : D’un autre côté il est reconnu que les prescriptions de psychotropes sont trop importantes en France…

Franck Ramus : Les psychanalystes clament souvent qu’ils sont la seule alternative aux psychotropes. C’est faux. D’une part, les psychiatres psychanalystes en prescrivent autant que les autres. D’autre part, s’il est vrai que les Français détiennent le record de la consommation de psychotropes, c’est précisément parce que l’offre de soins de psychothérapies efficaces est indigente en France. Les psychotropes sont prescrits majoritairement par des médecins généralistes insuffisamment formés à ce sujet et ayant peu d’alternatives valables à proposer. Mais des psychothérapies efficaces et validées scientifiquement existent [4], il faut que les professionnels s’y forment.

Psychanalystes ou pas, les psychiatres et les psychologues obéissent à leurs codes de déontologie respectifs [5]. L’un comme l’autre exige l’actualisation régulière des connaissances et l’adoption de pratiques thérapeutiques validées scientifiquement. Il est essentiel qu’ils s’y conforment, et qu’ils adoptent donc tous sans réserve le principe de la médecine fondée sur des preuves. Quant aux psychanalystes qui n’ont aucun diplôme universitaire pertinent, ils ne devraient tout simplement pas être autorisés à traiter des personnes malades.

propos recueillis par Hervé Ratel
Sciences et Avenir.fr 29/03/12


c’est arrivé près de chez nous

par Hervé Ratel

Si la mainmise de la psychanalyse dans le traitement de l’autisme est très forte en France, elle n’a pas totalement disparu hors de nos frontières. La Belgique est souvent vantée comme une terre d’accueil pour les autistes et leurs parents. Certains n’hésitent pas à s’y exiler pour faire profiter leurs enfants d’une intégration en milieu scolaire ordinaire encore trop peu répandue en France. Pourtant «c’est loin d’être un eldorado, témoigne Cindy Fontaine, maman belge d’un garçon de 7 ans 1/2 autiste. Moi aussi, j’ai eu droit dans mon pays aux discours culpabilisants de la part des psychologues psychanalystes !»

L’ironie de l’histoire veut que ce soit auprès de parents français que Cindy a trouvé des spécialistes qui ont pu poser un diagnostic correct pour son enfant. «À cause de la situation française atypique, la communauté des parents est très forte sur internet, via les forums constitués par les associations de familles. C’est la solidarité des mamans françaises qui m’a aidé.» Et Cindy de confesser que lorsqu’elle se retrouve désormais confrontée à une difficulté avec son enfant, elle ne va pas demander conseil à des professionnels. Elle connecte son ordinateur à internet et se tourne vers la communauté de mamans à laquelle elle appartient désormais.
En Suisse, la situation n’est guère plus brillante. Alma (elle a souhaité conserver l’anonymat), chercheuse en neurosciences, s’est heurtée à de grosses difficultés quand elle a fait le tour des psychiatres de sa région à la recherche de personnes autistes afin de les inclure dans une étude scientifique : «Je n’en trouvais aucun car tous les psychiatres que je rencontrais ne savaient pas les diagnostiquer en tant qu’autistes et leur collaient des étiquettes psychanalytiques telles que «dysharmonie psychotique évolutive» qui ne correspondent absolument à rien dans la classification médicale internationale !». Là encore, son salut est venu des associations de parents qui ont pu la faire entrer en contact avec des autistes.


[1] Voir par exemple http://www.collectifpsychiatrie.fr/

[2] Voir le site de la Fédération française des Dys http://www.ffdys.com/a-la-une/evenementiel/la-psychanalyse-les-dys-et-lautisme.htm

[3] Source: http://www.bmsfrance.fr/Zoom-sur-Les-troubles-bipolaires.html.

[4] “Psychothérapie, trois approches évaluées”. Editions Inserm, 2004.
http://www.inserm.fr/content/download/7356/56523/version/1/file/psychotherapie%5B1%5D.pdf

[5] Code de déontologie médicale: http://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/codedeont_1.pdf

& : Code de déontologie des psychologues: http://ufr-pse.univ-provence.fr/pdf/codedeontologie.pdf

ARS – faire le point, une nécessité pour ne pas naviguer à vue

FAIRE LE POINT : UNE NÉCESSITÉ POUR NE PAS NAVIGUER À VUE

par Michel BARON

Secrétaire général du Groupement syndical des praticiens de la psychologie, psychothérapie, psychanalyse – PSY’G

Membre des Commissions régionales d’inscription et d’agrément de l’Agence régionale de Santé – ARS, Ile-de-France.


la réflexion, c’est comme le bon vin : cela se décante avant dégustation !

Au fil des mois de travaux et d’ajustements, nous commençons à percevoir de plus en plus nettement les orientations des dispositions transitoires du Décret n° 2010-534 de l’usage du titre de psychothérapeute que nous continuons de baptiser Loi Accoyer, dont le but technique, à l’époque, était de lutter contre les sectes qui se seraient infiltrées dans une psychothérapie non contrôlée (première proposition de loi en1999).

Cette intention louable, sous forme de prétexte, ne pouvait que faire rire les spécialistes car, en fait, elle favorisait les sectes : elle leur offrait une respectabilité recherchée à partir d’un texte où les candidats n’avaient aucun mal à la justification. En effet, sociologiquement, nous savons bien que les membres des sectes appartiennent aux classes moyennes et supérieures et sont en possession des diplômes exigés par la loi (ou peuvent les acquérir), y compris un nombre impressionnant de médecins.

Donc, cette disposition n’était que le prétexte à une mise en place plus complexe dont nous prenons conscience aujourd’hui : l’appareil fonctionne, les commissaires œuvrent avec compétence et courage (à titre bénévole !), mais dans quelle direction ? Nous devons, dès lors, faire le point sur où nous en sommes.

La question des psychologues

Au fil des années les psychologues cliniciens, qui considèrent que la psychothérapie est une de leurs pratiques, se sont désolidarisés de la réglementation du titre de psychothérapeute dont les textes étaient de moins en moins favorables à leur égard, craignant de voir s’affaiblir ou même disparaître leur profession, au profit d’une nouvelle : celle de psychothérapeute. Le mot d’ordre de plusieurs organisations professionnelles de psychologues était donc de ne pas présenter de demande auprès des ARS.

Mais, avant la date de clôture des dossiers, et en opposition souvent avec leur organisation, ils posèrent leur candidature par milliers, encombrant d’ailleurs le travail des commissions.

Face à cette situation, et avec la pression des organismes et syndicats professionnels, le tout récent décret n° 2012-695 du 7 mai 2012 modifie le décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 et donne gain de cause aux psychologues souhaitant faire usage du titre de psychothérapeute, ce qui rendra possible, en quelques mois, de résoudre le travail des commissions pour traiter les dossiers des « autres » (non médecins, non psychologues, non psychanalystes), ceux à l’encontre de qui la loi était faite à l’origine.

naissance d’une nouvelle profession

L’afflux des psychologues cliniciens est symptomatique d’une peur justifiée d’être pris à leur désavantage dans une réorganisation de la santé mentale, secteur dévasté de la santé. Ils se rendent compte désormais que le titre réglementé de psychothérapeute ouvre la voie à une nouvelle profession (ce que le PSY’G avait pressenti dès l’origine), avec ses diplômes et éventuellement son Conseil de l’Ordre. De là, découle évidemment la possibilité d’exercer dans les services de santé publique ou les associations qui exigeaient auparavant la formation de psychologue clinicien et qui, désormais, ne recruteront plus que sur le titre de psychothérapeute.

C’est aussi un alignement sur l’Europe où le titre de psychologue n’est guère connu. En revanche, celui de psychothérapist, de psychiatrist ou de psychoanalyst sont reconnus communément. De là l’idée que le vocable « psychothérapeute pourrait remplacer là aussi celui de psychologue clinicien il n’y a qu’un pas.

formation

Les Commissions régionales d’inscription des ARS exigent parfois pour les candidats des formations supplémentaires pour compléter leur cursus. Ces formations sont organisées par des organismes retenus par les commissions sur des critères d’exigences sévères. Peu d’organismes sont proposés et encore moins sont sélectionnés ! Certains organismes y voyaient un pactole mais ils ont déchanté : outre la difficulté de leur reconnaissance, ils perçoivent que leur rôle se terminera à la fin des mesures transitoires et, les psychologues cliniciens évacués (quand ils vont être reconnus comme les psychiatres et psychanalystes figurant sur un annuaire), il ne restera finalement que peu de « clientèle » à former et que cela demande un travail considérable de mettre au point un programme de psychothérapie conforme aux désirs du Ministère.

Quant aux universités, ce passage de reconnaissance ne les intéresse pas car, celui-ci terminé, c’est elles qui vont gérer le nouveau diplôme de psychothérapeute, de niveau Master II et qui sera l’équivalent du Master II de psychologie clinique, et peut-être qui le remplacera un jour.

Les universités travaillent donc déjà à la mise au point de la maquette des diplômes et vont vers une sortie rapide du projet. Le vrai problème universitaire étant de savoir si les leaders vont être les facultés de lettres ou de médecine. Ces dernières ont plus de chance de l’emporter car elles ont déjà des programmes de psychothérapie (orientation psychiatrique) dans de nombreuses facultés de médecine et correspondent mieux à une orientation médicalisée de la santé mentale.

en forme de conclusion

Au-delà des difficultés, des retards et de l’énorme travail des commissions, il est prévisible que le projet verra le jour de l’instauration de cette nouvelle profession de psychothérapeute, car les enjeux sont trop importants pour qu’il y ait un renoncement de la part des Ministères (Santé et Enseignement supérieur), des Universités (Lettres et Médecine) ou des politiques.

Demeure la mise en place et la création d’autres structures de remplacement.

Le 9 mai 2012.

Autisme : l’indispensable trio soignants-parents-école

santé Autisme : l’indispensable trio soignants-parents-école

par Manuela MARSAC

Le pédopsychiatre sarrebourgeois Alain Bouvarel ne considère pas l’enfant autiste comme un handicapé mais un sujet en devenir, capable de se socialiser.


[Image : Sans titre]

Au centre médico-psychologique Roger-Misès de Sarrebourg, l’équipe soignante mène un projet thérapeutique et éducatif en faveur de l’enfant autiste, associant les parents et l’école. Photo Laurent MAMI

Au centre médico-psychologique Roger-Misès de Sarrebourg, l’équipe soignante mène un projet thérapeutique et éducatif en faveur de l’enfant autiste, associant les parents et l’école. Photo Laurent MAMI

N e joue pas avec cet enfant-là, il est fou ! » Le regard des autres est difficile à encaisser pour les parents d’un jeune autiste. Ce couple de la région de Sarrebourg s’est inquiété très tôt du retard de langage de son fils Nathan (*). Après un suivi en centre médico-psychologique, une psychothérapie est engagée et le garçon multiplie les progrès. En retrait à l’école, il accepte un jour de donner la main à ses camarades. En classe de CM1, Nathan se révèle être un élève très logique, inspirant la tolérance à son institutrice. Cet enfant, encadré par des soignants jusqu’au baccalauréat, est le cas typique, et rêvé des pédopsychiatres, d’un autiste intégré socialement.

« Si on voit de plus en plus d’autistes dans la vie sociale, c’est grâce à la prise en charge précoce, avant trois ans. Cela change la trajectoire, le devenir de vie d’un autiste. Et on verra de moins en moins de malades très déficients », martèle Alain Bouvarel, pédopsychiatre comptant trente-cinq ans d’expérience auprès des autistes.

Pour les familles, des signes précoces doivent alerter : la non-communication, le retrait, des gestes particuliers, le regard qui n’accroche pas, la perte du langage. « L’autisme est une structure de personnalité, une façon différente d’être au monde, impliquant des difficultés relationnelles », définit le docteur Bouvarel.
Où est le chef d’orchestre ?

D’énormes progrès ont été réalisés sur la connaissance de cette pathologie polyfactorielle. « Il n’existe pas une cause précise. La génétique est un des facteurs mais ne suffit pas pour faire l’autisme », affirme le spécialiste.

Une zone du cerveau est le chef d’orchestre des sensorialités : la vue, l’ouïe, la parole. Chez l’autiste, le chef d’orchestre est absent. Il ne peut donc pas activer les sens en même temps. « Ces découvertes datent de moins de dix ans. Cela permet de changer les approches », poursuit Alain Bouvarel.

Formé à l’école des maîtres à penser de la pédopsychiatrie française, dont le professeur Roger Misès, le docteur Bouvarel défend depuis toujours une approche multidimensionnelle, globale et pluridisciplinaire de l’autiste. « L’autiste n’est pas un handicapé qu’il faut rééduquer. Nous sommes là pour l’aider à devenir un sujet et à rentrer dans la société. »

La règle d’or du pédopsychiatre s’appuie sur la collaboration entre les soignants, les parents et l’école dans le cadre d’un projet thérapeutique et éducatif. « C’est ainsi que nous aiderons l’enfant à surmonter ses angoisses, à développer une aptitude à se socialiser, à communiquer de manière autonome, en l’accompagnant le plus loin possible. » Différents supports de communication sont utilisés : les ateliers créatifs, le cheval, les jeux aquatiques. « Il n’y a pas un traitement type pour les autistes mais un habit sur mesure pour chacun. »

2012, année mondiale de l’autisme, est l’occasion pour le pédopsychiatre sarrebourgeois de pousser un coup de gueule. Il déplore le manque de structures d’accueil et de soins pour les adolescents et adultes autistes.


* Le prénom a été modifié.

DSM-4 – Souriez vous êtes “renommés”

DSM-4 – Souriez vous êtes renommés

Par Marcelle Maugin

C’est merveilleux cette petite touche sur l’ordinateur : un clic et on renomme ! on change le mot, la chose change de nom, tout change, au gré de nos caprices. Attention ça vient de vous arriver à vous, vous avez été renommé et vous ne le saviez pas ! pas votre nom propre, non, pire que ça, votre âme, ses états si délicats, vos émotions, vos sentiments, vos comportements, vos ressentis comme disent les psys. Tout ce qui caractérise votre tempérament, qui fait votre personnalité, qui fait de vous quelqu’un d’unique, d’absolument pas interchangeable.

Tout ça a été renommé en douce et ça change tout. Vos traits de caractère sont maintenant devenus des troubles, des troubles qui éveillent le soupçon. D’un seul clic tout ce qui vous définit si bien est devenu suspect, inquiétant, mauvais signe… Des signes qui, comme tous les états précaires ne présagent rien de bon comme on le dit de la santé !

un peu timide : TPE !

Quelques exemples. Avant vous étiez un peu timide ? maintenant vous souffrez de phobie sociale, caractéristique d’un trouble de la personnalité évitante. Vous étiez souvent distrait ? vous souffrez d’un trouble déficitaire de l’attention. Vous étiez nerveuses Mesdames à la veille de vos règles ? Vous souffrez d’un TPMD, trouble dysphorique prémenstruel. Vous avez souvent mal au ventre ? Vous souffrez d’un SCI, trouble du colon irritable. Vous êtes insatisfait ? C’est le signal d’une dystymie subclinique. Vos petites manies et vos tics sont devenus des TOCS, de nos jours populaires, des troubles obsessionnels compulsifs.

Quant à l’angoisse, propre à la condition humaine, l’angoisse que chacun à sa façon expérimente tout au long de sa vie est devenue attaque de panique (soignée au Xanax). La psychose maniacodépressive devenue trouble bipolaire, BIP ! est à présent reclassifiée (plus anglo-saxon, plus chic que classée) comme maladie chronique. Entre 1994 et 2003 on a diagnostiqué 40 fois plus de bipolaires. L’autisme d’Asperger lui est rebaptisé TED – trouble envahissant du développement.

Continuons encore un instant. Vous vous énervez au volant ? C’est la preuve d’un trouble explosif intermittent. Une petite panne sexuelle ? ça démontre une dysfonction érectile. Un peu trop d’empressement sexuel ? c’est un trouble paraphilique corecitif : … on sait enfin de quoi souffre DSK ! À quoi s’ajoute la routine du biologisme, l’abord médicalisant des spasmophilies, fibromyialgies, etc. On pourrait continuer ce joyeux inventaire à la Prévert jusqu’au raton laveur.

D’un côté ça fait quand même du bien tous ces nouveaux mots et ces acronymes impressionnants, ça soulage de pouvoir enfin mettre un terme précis et bien technique sur des ressentis tellement indéfinis et fugaces ! Ça donne l’impression d’avoir enfin quelque chose qui mérite vraiment l’attention, la compassion, qui appelle de bons soins, si possible remboursables par la Sécu même !

TADH : “c’est un garçon !”

Ça fait encore plus de bien quand ça nomme ce qui nous exaspère tant chez les autres : votre fils de 8 ans fait beaucoup de bruit ? c’est du fait de son TDAH, son trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité. Autrefois on disait « c’est un garçon ! » Votre jeune ado s’acharne à vous tenir tête ? Cette fois-ci c’est à cause de son TOP : son trouble oppositionnel avec provocation ! le top des tocs en quelque sorte.

Pas de souci, il est facile d’en finir avec tous ces petits dérangements, ces troubles qui perturbent notre sérénité et surtout celle des autres. On notera que le mot trouble remplace désormais le mot symptôme, lequel renvoie davantage au signe… susceptible de prendre sens. C’est tout un changement de paradigme et de perspective quant aux critères de partage du normal et du pathologique.

Ne soyez pas inquiets, il existe pour chacun d’entre eux un traitement médical adéquat qui fera de vous une personne adaptée, performante et souriante. Elle est pas belle la vie ? Et si vous malgré cette promesse vous répugnez encore à prendre les médicaments en question, c’est justement la sorte d’affection pour laquelle ils sont le plus indiqués. On peut en rire mais ce n’est pas drôle : voilà une bonne moitié de l’humanité désignée comme défectueuse, pathologique, bonne à soigner.

enfin “scientifique” et universelle

Que s’est-il donc passé pour qu’on se retrouve tous si mal en point ? Il s’est passé qu’une équipe de psychiatres américains mandatés par l’APA, l’Association américaine de psychiatrie, a décidé en 1974 de se doter d’un outil professionnel susceptible de mettre définitivement d’accord les psychiatres de toutes orientations, européens comme américains, lesquels n’étaient à l’évidence pas fichus de s’entendre ni sur les termes médicaux, ni sur les diagnostics concernant les maladies mentales dont leurs patients semblaient souffrir.

Il suffisait pour cela, ont-ils pensé, de méticuleusement repérer les symptômes caractéristiques des différentes affections mentales, d’en spécifier les critères objectifs sur un mode purement descriptif, de les codifier et de constituer ainsi une base statistiquement solide, enfin scientifique et universelle. Dans cette optique le mieux était, dans leur logique, de s’en tenir à une approche purement descriptive des faits observés, plutôt que d’en référer à l’intuition du clinicien, empreinte d’aprioris théoriques plus ou moins fumeux.

La mission se voulait généreuse : éliminer toute subjectivité dans les diagnostics. En identifiant des pathologies plus ciblées et plus nombreuses, beaucoup de souffrances seraient enfin prises au sérieux, soignées avec précision et éventuellement remboursées par les assurances santé. Ça, c’était la mission officielle.

se débarrasser de l’antipsychiatrie et de la psychanalyse

L’agenda caché comme on dit, c’était l’envie de se débarrasser du courant antipsychiatrique qui sévissait dans les années 70, mais aussi du vocabulaire et des concepts psychanalytiques en vigueur à l’époque, jugés trop imprécis (ainsi que des professionnels qui les utilisaient : les freudiens pour ne pas les nommer) en leur substituant de nouvelles formulations plus maniables par des neuropsychiatres. Le docteur Robert Leo Spitzer fut donc chargé de constituer un groupe de recherche composé d’une quinzaine de collègues et se mit à l’ouvrage pendant 6 ans afin de mettre au point ce nouveau Manuel diagnostique indispensable au bien-être futur de l’humanité.

On notera au passage que la découverte dans les années cinquante des premiers médicaments agissant sur le cerveau, promettait déjà un bel avenir à l’industrie pharmaceutique. Pour vendre un médicament il faut aussi “vendre” un désordre imputable à un déséquilibre chimique. Curieusement on a pu constater que chaque nouveau terme, chaque nouvel acronyme, précédait et parfois même suivait l’apparition d’une nouvelle molécule. Pour n’en citer que quelques unes on a vu apparaître à grand renfort de publicité les Prozac, Zoloft, Paxil/Deroxat, Ritaline ou Viagra, et autres pilules du bonheur dont les fabricants omettaient soigneusement de mentionner les effets secondaires. Inutile de préciser que les laboratoires subventionnèrent très généreusement les travaux du groupe de recherche. Le montant de leurs recettes s’est rapidement chiffré en milliards de dollars.

– Les DSM-1 et 2 utilisés en 1952 et 1968 recensaient environ 180 catégories de maladies mentales.

– Le DSM-3R révisé publié en 1987, grâce à l’équipe Spitzer en a identifiées 292, dont un tiers de « nouveaux » troubles ou affections.

– Le DSM-4 en 1994 en identifie 350, et aujourd’hui 392.

– La prochaine révision, le DSM-5 doit paraître en 2013.

On sent tout de suite que la tâche fut stimulante puisque les chercheurs ont rapidement découverts une quantité de troubles inconnus auparavant, quantité visiblement exponentielle.

Tout cela ne fut pas sans conséquences. Dans ce délire d’étiquetage, ce sont la plupart de nos émotions qui se sont trouvées renommées. Associés à plusieurs, les troubles additionnés permettaient d’affirmer la présence d’un désordre mental actuel ou imminent. Il suffisait de cocher des cases dignes des auto-questionnaires de magazines pour que notre « âme » soit mise à nu et pour qu’on puisse anticiper son devenir.

deux fois plus de psychoses qu’en Europe

Conséquence prévisible, cet affinement des critères a entraîné, par exemple, les utilisateurs du Manuel à diagnostiquer 1000 fois plus de cas de dépression qu’auparavant. Les prescriptions d’antidépresseurs et d’antipsychotiques ont naturellement accompagné cette hausse. Entre 1994 et 2003 on a diagnostiqué 40 fois plus de bipolaires, l’ancienne psychose Maniaco-dépressive, qu’auparavant. La prévalence des diverses pathologies est devenue telle qu’aux USA on diagnostique deux fois plus de psychoses qu’en Europe. À ce train-là on peut déjà prédire qu’une bonne moitié d’entre nous est susceptible de tomber dans les mailles du filet tendu par le futur DSM-V.

les premiers signes

Pris séparément, chaque critère, se trouve donc susceptible de préparer l’apparition d’une maladie chronique dans un futur plus ou moins proche, est donc en lui-même inquiétant, et ce d’autant que la durée d’installation du symptôme est vite allée en diminuant. Exemple : la durée « normale » du chagrin pour un deuil est passée de un an, à six mois puis réduite à deux mois.On parle maintenant de deux semaines pour le prochain DSM-5. Dans un esprit logique de prévention, la suspicion s’est donc étendue progressivement à tout individu présentant les « premiers signes » d’une future morbidité. C’est ainsi qu’on s’est attaché à repérer les syndromes à risque de délinquance ou de schizophrénie dès la petite enfance. C’est dans cette perspective que la prescription d’antipsychotique par les pédiatres a augmenté de 22% au cours des cinq dernières années.

Sans parler du succès des échelles d’évaluation mises à la disposition des enseignants et des parents leur permettant de diagnostiquer eux-mêmes leurs élèves ou leur progéniture.

Quoiqu’il en soit force est de constater que le DSM-4, si attirant par sa séduisante rationalité et ses habillages mathématiques est rapidement devenu la Bible de référence de nos jours pour les psychiatres du monde entier. Il s’est vendu à un million d’exemplaires supplantant bientôt sa principale concurrente européenne la CIM 10 – Classification internationale des maladies diffusée par l’OMS – désormais largement influencée par lui. Il est rapidement devenu la principale référence actuelle pour les médecins généralistes, la Justice, l’Université, les services sociaux, pour la formation, pour les compagnies d’assurances. On peut dire à ce titre que le docteur Spitzer est « sans aucun doute l’un des psychiatres ayant le plus compté au XXème siècle »

qui sommes nous pour le DSM ?

Mais le plus inquiétant c’est la représentation du psychisme humain, du soin et de la vie en général que ce Manuel véhicule. Qui sommes nous pour le DSM ? Qu’est devenu le Sujet humain conçu et né dans des liens humains, produit et acteur d’une histoire, dont le comportement a un sens, fût-il inconscient ? Un Sujet qui pense et interprète, qui exerce sa liberté, évoluant dans un contexte sociopolitique donné qui le façonne et qu’il façonne ? Un Sujet qui compose comme il peut mais nécessairement avec la relation à l’autre, comme avec sa biologie, les évènements et les nécessités de l’adaptation à son environnement ? À quelle vision hypothétique de la normalité essaie-t-on de nous faire adhérer ?

À force de passer à la moulinette, le Sujet a disparu. Ou plutôt il est réduit à la somme codifiée de ses déterminismes biologiques, de ses troubles, de ses souffrances traduites uniquement en termes de comportements, de handicap social, sans fluidité possible, un être prédestiné: une simple composition de caractéristiques prêtes à rentrer dans des petites cases préétablies. Un être dont la nature est soumise au fonctionnement de ses neuromédiateurs, mais dont la nature troublée demeure éventuellement corrigible grâce à des traitements biochimiques adéquats, un individu re-conditionable et surtout réadaptable …dans la société telle que donnée.

Que sont devenus en face de lui les soignants ? Des apprentis experts, des observateurs neutres de dérèglements bio-cognitivo-comportementaux qui ne les concernent en rien, qu’ils ne sauraient partager, distanciés, insensibles, désengagés. Des médecins qui prennent de moins en moins de risques, de simples agents de la régulation sociale. Que devient le lien entre soignants et soignés et son effet sur la souffrance des patients quand il n’y a plus de possibilité de rencontre véritable, quand on ils ne se sentent plus fabriqués de la même glaise, quand ils ne partagent plus la même expérience ?

une tout autre profession

Maurice Corcos résume ainsi le DSM : un simple «dictionnaire pour psychiatres commis voyageurs avides de normalité, impuissants à imaginer l’autre.» C’est cette sorte de psychopathologie générale qu’on veut nous faire avaler et adopter dans l’avenir, tout particulièrement à nous les ex psychothérapeutes. Une psychopathologie qui vise à supprimer les symptômes sans prendre le temps d’en chercher la signification profonde. Parfaitement compatible avec les besoins de la société néolibérale. Une psychopathologie qui nous épargnerait certes un cheminement aussi long qu’exigeant, mais qui ôterait du même coup à notre profession tout l’enrichissement que nous apporte une clinique intuitive et engagée, celle qui nous maintient au contraire en affect et en travail permanent avec nos patients. Une tout autre profession en quelque sorte.


Bibliographie

– Maurice Corcos, L’homme selon le DSM, Albin Michel, 2011.-

– Christopher Lane, Comment la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions, Flammarion, 2009.-

Mort du psychanalyste Jean Laplanche

par Élisabeth Roudinesco

Le Monde du 9 mai 2012

Né à Paris le

21 juin 1924,

le psychanalyste Jean (Louis) Laplanche est mort à l’hôpital de Beaune, le 6 mai 2012, jour anniversaire de la naissance de Freud. Malade, il n’a pu suivre le déroulement des élections présidentielles, alors qu’il était engagé à gauche. Auteur d’une œuvre considérable (vingt volumes), publiée aux Presses universitaires de France (PUF), où il fut aussi un directeur de collection, il a occupé dans le champ psychanalytique français et international une place centrale, aussi bien comme universitaire, invité dans le monde entier, que comme commentateur original de la pensée freudienne sans concession à l’égard du scientisme et du comportementalisme. Il fut en outre un clinicien animé d’une belle volonté de transformer les conditions de la formation des psychanalystes.

hostile à toute forme de réglementation des psychothérapies

Laplanche était un homme chaleureux, ouvert au débat et hostile à toute forme de réglementation des psychothérapies. Quand il recevait un visiteur dans son appartement de la rue de Varenne, donnant sur les jardins de l’Hôtel Matignon, il disait volontiers : «Moi je reste et eux s’en vont.»

viticulteur exceptionnel

Il fut aussi, entre 1966 et 2003, avec sa femme Nadine, un viticulteur exceptionnel, propriétaire du magnifique château de Pommard, capable, comme son père et ses ancêtres vignerons, de dormir sous les rameaux en cas de gelée précoce, afin de surveiller dès l’aube, la couleur changeante du précieux cépage.

Après un passage dans la Résistance, entre 1943 et 1944, il se tourne à la Libération vers le trotskisme. Admis à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, il se destine à la philosophie, passe l’agrégation en 1950 sous la houlette de son maître Jean Hyppolite puis participe au groupe Socialisme et Barbarie, fondé par Claude Lefort et Cornelius Castoriadis en 1948. Grâce à une bourse, il se rend à l’Université de Harvard puis croise à New York l’histoire du mouvement psychanalytique en rencontrant Rudolph Lœwenstein, fondateur en 1926} de la Société psychanalytique de Paris (SPP), qui, avant son immigration, avait été l’analyste de Jacques Lacan et de Daniel Lagache.

brillant disciple

C’est sur le conseil du philosophe Ferdinand Alquié, qu’il entre en analyse avec Lacan, devenant ainsi, en quelques années, avec Serge Leclaire, l’un de ses plus brillants disciples. Lacan s’attache à lui et le pousse à faire des études de médecine, tandis que Lagache lui ouvre une carrière universitaire à la Sorbonne dans le cadre de sa politique d’implantation du discours freudien et de la clinique psychanalytique au cœur des départements de psychologie.

renverser la formule de Lacan

En 1960, lors d’un fameux colloque organisé à Bonneval par Henri Ey, ami de Lacan et grand patron de la psychiatrie dynamique de cette période, Laplanche, après avoir soutenu une thèse remarquée sur Hölderlin et la question du père, PUF,1961, présente avec Leclaire un exposé, «L’inconscient. Une étude psychanalytique», qui a pour particularité d’être divisé en chapitres signés séparément par chaque auteur. Les deux amis ne sont pas d’accord sur les hypothèses lacaniennes dont Laplanche se démarque de façon paradoxale. Il propose en effet de renverser la formule de Lacan – «le langage est la condition de l’inconscient» – en son contraire, «l’inconscient est la condition du langage», jugée plus conforme à l’idée freudienne du refoulement originaire, c’est-à-dire du primat de l’inconscient dans la formation du sujet.

De fait, cet exposé marque la première étape de la rupture de Laplanche avec Lacan, lequel ne supporte d’ailleurs pas d’être contesté. Mais elle indique aussi, comme le souligne fort bien Marcelo Marques, ami de Laplanche, «combien toute l’œuvre ultérieure de celui-ci se développera comme un dialogue sans réponse avec Lacan», ou, plus exactement, serait-on tenté de dire, comme une tentative permanente faite par Laplanche de réfuter la conceptualité lacanienne sur le terrain même où Lacan avait effectué sa refonte de l’œuvre freudienne. Position classique de tout élève qui se veut à la fois fidèle et infidèle à un maître.

pulsion de mort, moi et la sexualité

Et c’est à partir de cette contradiction que Laplanche parviendra à élaborer sa propre lecture de l’ensemble de l’œuvre de Freud : d’abord dans Vie et mort en psychanalyse, Flammarion, 1970, organisé autour des trois thèmes de la pulsion de mort, du moi et de la sexualité, puis dans les six volumes des Problématiques, PUF, 1970-1992, et enfin dans le recueil de ses interventions : La révolution copernicienne inachevée. Travaux 1967-1992, PUF.

La vraie rupture entre les deux hommes se produit en 1964, lorsque Lacan, contraint de demeurer en dehors de l’International Psychoanalytical Association (IPA), fonde l’École freudienne de Paris (EFP), tandis que Laplanche fonde, avec notamment Jean-Bertrand Pontalis, Didier Anzieu et Wladimir Granoff, l’Association psychanalytique de France (APF) intégrée à l’IPA. Malgré cela, Leclaire et Laplanche resteront d’excellents amis.

le Vocabulaire

C’est avec Pontalis, lui-même analysé par Lacan, qu’il rédige le Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1967, véritable chef d’œuvre d’intelligence freudienne, qui sera traduit en vingt-cinq langues et dont la valeur ne s’est jamais démentie même si, hélas, l’ouvrage n’a jamais été réactualisé.

En 1969, en rupture avec la politique menée par Lagache, Laplanche crée à l’Université de Paris VII un Laboratoire de psychanalyse et de psychopathologie, introduisant pour la première fois officiellement le mot psychanalyse dans un département dominé par la psychologie. Au même moment, à l’Université de Paris VIII, située à Vincennes, Leclaire crée le premier département de psychanalyse de l’Université française. Leurs héritiers prendront ensuite un chemin différent.

parlez-vous freudien ?

Enfin, en 1980, entouré d’une vaste équipe, Laplanche lance aux PUF la première entreprise de traduction des œuvres complètes de Freud, à partir d’une conception dite «freudologique» de l’art de traduire, selon laquelle la langue de Freud serait moins «allemande» que «freudienne». D’où la nécessité pour les adeptes de cette vision de la traduction d’inventer des néologismes susceptibles de faire exister, en français, cette langue «freudologique». Laplanche eut le courage de répondre à toutes les critiques mais il n’accepta jamais de corriger cette traduction contestée.

la question de la séduction

Et si Laplanche voulait ainsi traduire en freudien l’œuvre freudienne, c’est parce qu’il considérait que Freud était un penseur génial qui s’était «fourvoyé». Dans Les nouveaux fondements de la psychanalyse, PUF, 1987, il donne la clé de sa démarche en révisant la théorie de la séduction à laquelle Freud avait renoncé en 1897 pour relativiser la causalité traumatique : l’abus sexuel réel de l’adulte sur le corps de l’enfant existe certes, disait Freud, mais elle n’est pas généralisable à tous les cas où apparaissent des pathologies. Aussi bien la vraie cause de la névrose vient-elle, selon Freud, du fantasme de séduction intériorisé dans l’enfance par le sujet lui-même.

reprendre à son compte les problèmes et non prolonger la pensée d’un maître

Laplanche oppose à cela une théorie de «la séduction généralisée», selon laquelle, du point de vue psychique, nul ne peut être le séducteur de l’autre, l’enfant étant le messager ou le traducteur de l’inconscient de l’adulte. Manière de transformer la position et la langue de Freud comme il avait traduit et inversé celle de Lacan : «Le propre d’une pensée vivante est de reprendre à son compte les problèmes et non de prolonger la pensée d’un «maître», disait-il.

Réflexions et constats pour aborder l’autisme autrement

29 avril 2012

Réflexions et constats pour aborder l’autisme autrement

Par Régine Castaing

Catégories : bibliographie, controverses, s’informer

Article de Régine CASTAING, Psychologue clinicienne, formatrice agréée, le 10 avril 2012 dans Médiapart


En ma qualité de psychologue clinicienne partageant les théorisations du professeur Bernard Golse et de la CIPPA, pour avoir été formée au packing par Pierre Delion et actuellement en ma position de formatrice en hôpitaux de jour et autres structures médico-sociales, je me sens dans l’obligation de faire part de quelques réflexions de terrain et de dénoncer un certain nombre de contre-vérités que je n’ai encore jamais lues ou entendues dans aucun des médias. Nous avons été ces temps-ci, abreuvés d’information, de “bonnes et mauvaises pratiques”, d’intoxication médiatique, écœurés par la mise à l’index, par les adeptes du comportementalisme, de personnes pourtant reconnues comme praticiens de grande humanité.

Certes, nous n’avons que trop peu communiqué sur notre travail et sur les évolutions positives obtenues avec ces enfants, que nos adversaires dénient.

un travail de grande qualité

Nous sommes pourtant nombreux parmi les gens de terrain (psychiatres, psychologues, psychomotriciens, infirmiers, éducateurs, orthophonistes, formateurs), travaillant dans les hôpitaux de jour et autres structures soignantes médico-sociales (IME et IMP) à être confrontés à des jeunes de tous âges, présentant des troubles autistiques et/ou envahissants du développement appelés TED et à utiliser les outils psychanalytiques. Ces professionnels font, pour la plupart, un travail de grande qualité où le souci, l’écoute, l’inventivité thérapeutique dominent et ce, en silence, parfois dans le découragement car ils sont, depuis quelque temps aussi, plutôt malmenés par les nouvelles directions. Ils se sentent humiliés par les propos véhiculés par le courant comportementaliste, particulièrement actif, bruyant et attirant plus les médias que les “tâcherons” de terrain.

une forme de dictature

Cependant, je ne cautionne pas davantage certaines pratiques de certaines écoles freudiennes, minoritaires dans ma région, dans lesquelles je ne me reconnais pas et qui ont, à leur manière, exercé une forme de dictature du langage et de la pensée, complètement déconnectées de la réalité des jeunes patients autistes et qui ne se sont pas ouverts à de nouvelles pratiques ni même à des outils cognitifs très précieux qui sont employés maintenant dans les structures de soin.

J’aimerais donc mettre en évidence un certain nombre de contre-vérités qui se veulent généralistes et qui heurtent même les esprits épris de logique et de science.

1/ SLOGANS D’ARRIÈRE-GARDE ET AMALGAME PSYCHANALYTIQUE

Depuis longtemps, les détracteurs ont dénoncé les pratiques utilisées par Bruno Betthelheim (années 70) et ses adeptes. Certes, il en existe encore en France. Nous sommes nombreux à penser qu’elles ne sont plus adaptées à l’heure actuelle car elles ne prennent pas en compte de nombreux autres facteurs dont l’ancrage corporel, indispensables à la relance des investissements psychiques et relationnels des enfants autistes.

approche psychodynamique du développement

En revanche, rien n’est dit sur d’autres courants de pensée qui travaillent depuis longtemps (1985) en collaboration avec le monde de la science, dans le cadre de l’INSERM. Psychiatres, psychologues, psychanalystes réfléchissent avec des collègues scientifiques neurophysiologistes, biologistes chercheurs, généticiens, etc. et croisent leurs approches. Ce courant de pensée continue à affirmer, avec de nombreux autres scientifiques, que notre psychisme se construit et que notre base neurologique sera modelée, complexifiée par toutes les rencontres heureuses ou désastreuses de l’existence. Cette approche psychodynamique du développement et de la construction psychique est portée par le Professeur Bernard Golse – complètement ridiculisé dans le trop fameux documentaire Le Mur, interdit depuis le 26 janvier – et de nombreux autres éminents confrères.

l’enveloppement humide

Nous sommes nombreux à avoir été formés à la technique du packing auprès du Professeur Pierre Delion (approche corporelle spécifique d’enveloppements humides et froids). Nous avons toujours pratiqué cette technique avec quelques enfants en très grande difficulté, notamment automutilateurs, dans les conditions qui nous avaient été enseignées, en accord avec le médecin responsable de l’établissement et seulement après entretien avec la famille et avec son accord, comme cela s’est pratiqué dans les structures que nous connaissons et qui avaient opté pour ce soin.

cocon protecteur et bienfaisant

Je peux vous assurer qu’au lieu de la “barbarie” affirmée par ses détracteurs, ce sont les seuls moments où nous avons pu recueillir l’éveil et l’apaisement de la plupart d’entre eux, ce qui nous semblait impossible auparavant, notamment chez des enfants qui ne s’adressaient que des coups, de jour comme de nuit. Ce sont les seuls moments où ils nous ont exprimé des émotions positives, retrouvé le calme du corps et communiqué sans mots avec leurs gestes, leurs mouvements, réclamant le massage de telle partie du corps négligée auparavant ou inexistante ou se refaisant eux-mêmes un pack après les séances, cocon protecteur et bienfaisant. Et puis, cela nous fut interdit (dès 2003, dans ma structure) et ce soin ne put être poursuivi, le travail de sape de ses détracteurs ignorants avait déjà fait son oeuvre. Actuellement, peu de structures osent encore le pratiquer du fait de la pression, du terrorisme qu’ils exercent et de l’écoute qu’ils obtiennent dans les sphères autorisées malgré les préconisations officielles de la Haute autorité de Santé en 2010. Le voilà maintenant interdit depuis le 6 mars dernier.

Alors je suis triste pour ces enfants qu’on a été obligé de laisser sur la route.

2/ LE CONFUSIONNISME ISSU DE L’AMALGAME COGNITIVO-COMPORTEMENTAL

l’incongruité de l’assemblage cognitivisme et comportementalisme

Le Professeur Gérald M. Edelman – (Prix Nobel de physiologie et de médecine, Directeur du Neurosciences Institute, La Jolla, en Californie –, nous éclaire, dans Biologie de la conscience (1), sur l’incongruité de l’assemblage cognitivisme et comportementalisme, le second, par essence, niant totalement le premier. Nombreux sont les scientifiques de haut niveau, y compris en France, qui envisagent, heureusement encore, l’individu dans sa globalité (ressentis, pensées, comportement). Or il semble que ces détracteurs ne veulent (ou ne peuvent) rien entendre de la souffrance intérieure de ces enfants pourtant bien connue, décrite par des autistes eux-mêmes, et théorisée depuis un demi-siècle par l’école psychanalytique post-kleinienne anglaise et française.

3/ LA MÉTHODE PAR CONDITIONNEMENT

aucune place dans ce protocole pour la prise de conscience

Beaucoup d’entre nous refusent certaines méthodes préconisées, notamment la méthode ABA (Applied Behavior Analysis), car cette méthode choque notre éthique. Nous ne pouvons qu’être circonspects sur ces techniques très “valorisées”, censées “formater” l’enfant autiste à de bonnes pratiques, qui agissent par conditionnement purement pavlovien à un stimulus, entraînant une adaptation progressive du sujet aux réponses qui doivent être conformes à celles attendues. Elles orientent le comportement du sujet dans le sens que l’on souhaite obtenir par gratification positive ou négative sanctionnant le bon ou le mauvais comportement. Ce qui est gênant, c’est qu’il n’y a aucune place dans ce protocole pour la prise de conscience, l’écoute des angoisses et encore moins le désir de l’enfant.

Or, il est bon de savoir que deux associations d’adultes autistes se sont constituées en Amérique pour dénoncer la maltraitance physique et psychique subie quand ils étaient enfants, soumis à la méthode ABA. Michèle Dawson en fait part dans un livre fort instructif.

Il faut savoir aussi que les résultats montrés par l’étude sur ABA (LOVAAS) sont très en deçà de ceux prônés par leurs adeptes.

4/ PASSONS DONC AUX ABUS ET DÉRIVES DIVERS

4.1 – Le premier abus

porte sur les déclarations mensongères des comportementalistes qui se targuent de la scientificité de leurs techniques. Ces approches sont “prouvées scientifiquement contrairement aux techniques psychanalytiques”, clament-ils en tous lieux. Quelques exemples vont vous montrer ce qu’il en est vraiment.

“prouvées scientifiquement”

• la méthode ABA (EIBI en anglais) a bien sûr fait l’objet d’études par son auteur (LOVAAS et son équipe). Il a été démontré que déjà leurs résultats sont contestables à plus d’un titre sur le plan de la rigueur tant intellectuelle que scientifique (cf étude détaillée de V. SHEA (2). Elle ne s’est révélée intéressante que pour un très petit nombre d’enfants, à savoir: 47% de réussite, sur un échantillon de 19 enfants (9/19). LOVAAS entend par réussite le retour au développement normal (scolarisation sans aide spécifique).

Il est très important de savoir qu’ont été exclus de l’étude préalable les enfants présentant, parce que non performants ou s’étant détériorés :

– des troubles envahissants du développement mais avec retard mental,

– ceux avec des TED non spécifiés et

– ceux atteints du syndrome de Rett.

En fait, ces résultats (relatifs) font le constat d’une application restrictive de la méthode aux seuls autistes de haut niveau. Or, dans nos structures de soin, heureusement nous ne faisons pas le tri entre les “bons” sujets et les autres et les syndromes d’Asperger sont rares ! LOVAAS lui-même écrit en 2002: « Nous estimons que les résultats de retour au développement normal obtenu par l’application de la méthode dans ces conditions, si le traitement est complet (intensif) et véritablement administré, seraient inférieurs à 10% ».

double-lien

D’ailleurs, nous en voyons de plus en plus les réactions négatives lorsque les enfants sont confrontés, malgré eux, aux méthodes psychanalytique et comportementale : désinvestissement des lieux et des soignants qu’ils affectionnaient, reprise des conduites de retrait abandonnées par l’enfant, arrêt de l’éveil psychique, réactions somatiques de grande ampleur sans cause réelle diagnostiquée, décompensation psychique, etc… Nous les comprenons comme une impossibilité de l’enfant d’assimiler deux demandes antinomiques et paradoxales (mécanisme de double-lien ou choix impossible). La méthode ABA est mise en place par les parents hors institution et souvent sans aucune concertation avec les responsables médicaux. Or, son fondateur LOVAAS lui-même a très clairement défini sa méthode comme inopérante et même dangereuse pour certains types de pathologie, et les a exclus de ses résultats pour ces raisons.

– Une étude anglaise (BIBBY 2002), portant, au départ, sur 66 enfants de 45 mois en moyenne (64 autistes ou à spectre autistique et 2 diagnotiqués avec TED) suivis par la méthode ABA “gérée par les parents” et non par des professionnels comme la précédente étude, montre qu’« aucun des enfants âgés de plus de 72 mois n’était intégré à l’école publique sans être accompagné individuellement par un adulte ». Autrement dit, aucun enfant n’avait atteint le “stade du développement normal scolaire” sans aide d’un adulte. Le pourcentage d’enfants ayant le mieux évolué à l’issue du traitement ABA, 12 mois plus tard, s’avère être de 3/48 soit 6% (V. SHEA).

la méthode Denver chère au député Fasquelle

– Passons maintenant à cette fameuse “méthode de DENVER” dont se réclame le député FASQUELLE et qui voudrait la faire appliquer entre autres, à tous les petits Français présentant des TED, pour remplacer les traitements psychanalytiques “non évalués”.

Il suffit de se reporter à l’étude faite pour le gouvernement du Québec par des scientifiques de renom (Éric Fombonne ) et, semble-t-il, honnêtes. Il s’agit d’une méthode qui améliorerait les habiletés sensori-motrices des jeunes autistes, favorisant ainsi l’indépendance dans les activités de la vie quotidienne des enfants avec trouble envahissant du développement, mais qui devrait aussi améliorer le processus de traitement de l’information chez ces enfants que l’on sait très particulier et très entravé. Traitement sur 24 mois et concernant 36 enfants. Aucune des hypothèses ne se trouve confirmée à la fin de l’étude. Je vous cite une
partie du rapport: “Si l’on tient compte de toutes les évaluations faites, on observe plutôt une diminution des scores moyens de groupe indiquant une aggravation des symptômes sensoriels. De plus, les réactions sensorielles atypiques ne semblent pas s’améliorer dans le temps… Seules la sensibilité orale et la recherche de sensation semblent plus stables dans le temps… En somme, une grande variation existe entre les enfants sur le plan sensoriel, certains s’améliorent, d’autres présentent plus de difficultés…. Ainsi, les réactions sensorielles atypiques demeurent préoccupantes pour l’ensemble du groupe à 6 ans et ne sont pas améliorées dans l’intervalle de 2 ans.” (p.12). Puis plus loin (p.15), “en somme, l’autonomie personnelle des enfants ayant un trouble du spectre autistique demeure très limitée avec un quotient de 2 écarts-types sous la moyenne.

Sur la base des mesures des comportements adaptatifs rapportés par les parents avec le VABS-2, les enfants ont progressé dans leurs soins personnels, leurs habiletés domestiques et communautaires et en motricité fine et globale. Lorsque comparés avec les normes du test, les enfants ont des performances stables pour lesquelles peu de différences significatives sont notées. Seule la communication s’est améliorée significativement alors que la motricité globale s’est détériorée de manière significative.”

nos psychomotriciens sont bien plus efficaces

Ce Monsieur a-t-il vraiment lu le rapport ou est–il si mal conseillé ? Doit-on accorder du crédit à cette méthode évaluée avec de tels résultats? Combien de couleuvres nous fera-t-on avaler ? Que l’on ne se laisse pas abuser ! Si certains y croient malgré tout, laissons leur cette liberté mais n’engageons pas l’État dans des dépenses en pure perte car nos psychomotriciens sont bien plus efficaces quoi qu’en pensent nos détracteurs !

approches qu’on fait passer pouruniverselles

• Quant aux autres études scientifiques, elles sont nombreuses mais disparates, totalement parcellaires et ne peuvent en aucun cas être généralisées, contrairement à ce qui est dit. Leurs partisans qui brandissent les résultats de ces recherches scientifiques (petite guerre, d’ailleurs, entre généticiens, biologistes, biochimistes, neurophysiologistes et autres) font croire au public, via les médias, que la source de l’autisme est trouvée. Un exemple, parmi tant d’autres : la recherche de Monica Zilbovicus (2004), très intéressante par ailleurs, a été titrée, dans le communiqué officiel de l’INSERM, Le cerveau des autistes hermétique à la voix humaine.. Or l’étude ne porte que sur 5 adultes avec autisme dont 3 n’avaient pas identifié la voix humaine. Sa généralisation est donc pour le moins prématurée. Et il en est ainsi de nombreuses approches scientifiques sur l’autisme qu’on fait passer pour universelles (dans les congrès, cet élément chiffré, pourtant capital pour rendre crédible la recherche, n’est jamais donné, c’est assez ahurissant !).

4.2 – Deuxième abus

découlant de ce qui précède : tous ces esprits jetant l’anathème ont, semble-t-il, en commun une dose plus ou moins grande de malhonnêteté intellectuelle que l’on retrouve dans leurs discours, leurs écrits.
Pour être clair, il n’y a pour l’instant en France aucune étude achevée en randomisation (c’est-à-dire de grande envergure) pouvant faire état de la supériorité d’une pratique sur l’autre, qu’elle soit d’ordre cognitiviste, comportementaliste, médicamenteuse ou psychanalytique.

parents leurrés en permanence

Ce travail est en cours mais pas encore abouti, car c’est un travail considérable qui s’étend sur plusieurs années pour pouvoir faire état de l’évolution des sujets. Donc, les parents sont leurrés en permanence et s’accrochent bien entendu à la parole du bonimenteur.

Deux évaluations, à ma connaissance, sont en cours : la première est organisée par les Centres de recherche sur l’autisme (CRA), organisme officiel, pour évaluer différents facteurs (traitements médicamenteux, approche cognitive, approche comportementaliste, thérapies cognitivo-comportementalistes, approche éducative, etc…). La deuxième, organisée par la CIPPA (Coordination internationale entre psychothérapeutes psychanalystes s’occupant de personnes avec autisme) mixe les échelles d’évaluation communes aux deux recherches (Barthelemy/Ecartt/Vineland/Conners) et la grille d’évaluation psychodynamique mise en place par le réseau INSERM Autisme dont le docteur G. Haag est à l’origine.

Toutes les deux s’effectuent sur 3 à 5 ans d’évolution ou plus en suivi et ne sont pas encore achevées. On pourrait y ajouter l’étude, plus spécifique, concernant les effets du packing mise en place dans de nombreux établissements hospitaliers.

abusent les parents, l’opinion publique et les payeurs éventuels

Quant à toutes les autres études ou recherches scientifiques portant sur un nombre infime de sujets autistes, le plus souvent inférieur à 10, elles restent des pistes à valider. Donc, ceux qui se réclament de ces travaux scientifiques abusent les parents, l’opinion publique et les payeurs éventuels.

4.2 – Troisième abus

désinformation scientifique, politique et sectaire

et peut-être le plus grave : les méthodes utilisées par les détracteurs de la psychanalyse et leurs manœuvres. Ceux-ci se dévoilent, se constituent en groupe de pression militant et vont de plus en plus loin dans leurs actions. En voici quelques exemples :

– Manifestation au Congrès national des psychomotriciens de Biarritz Nov. 2011 : ils avancent en groupe, masqués et refusent le dialogue qui leur est proposé par le président de l’Association ;

– Intimidations sournoises des personnes qui travaillent ou réfléchissent sur l’autisme (“cartes de vœux” menaçantes envoyées en début d’année à un certain nombre de collègues);

– Plaintes déposées contre des professionnels. Le Professeur Pierre Delion et le Professeur Cohen ont comparu devant le Conseil de l’Ordre des médecins, à LILLE, le 16 février dernier, pour pratique de packing. Un groupe d’individus “packés” les attendait devant l’immeuble ;

– Manipulation outrancière des discours à des fins de disqualification des pratiques et des personnes reconnue par le tribunal et sanctionnée par l’interdiction du film Le Mur depuis le 26 janvier, mais le commanditaire Autistes sans frontières a fait appel et sa réalisatrice se répand sur le net et veut poursuivre son projet d’éradication de la psychanalyse.

falsification

– Dernièrement, un anonyme fait passer sur Youtube une partie du documentaire tourné par “France 5” dans un hôpital de jour de ma région qui montre l’équipe en réflexion et l’approche du packing par une enfant. Les paroles d’accompagnement de l’enfant par les soignants sont occultées et l’on entend en off une voix féminine interprétant à sa manière ce qui se dit, ce qui se passe, puis l’image est coupée, et la voix laisse le spectateur, conditionné au préalable négativement, imaginer la suite.

Dérives perverses proprement scandaleuses car diffamatoires.

Ces procédés ne servent ni la liberté de pensée, ni la démocratie et rappellent des pratiques idéologiques d’un autre âge. Cela s’apparente à de la désinformation scientifique, politique et sectaire que l’on se doit de dénoncer haut et fort.

– Et ils montent jusqu’aux hautes sphères de l’État. La Haute autorité de Santé avait inclus dans ses préconisations l’arrêt de tout traitement psychanalytique pour les enfants autistes. Je pense que l’intervention et la publication de certains éléments par le quotidien Libération a un peu freiné leurs ardeurs. Si les techniques psychanalytiques ne sont pas encore interdites et deviennent “non consensuelles”, le packing, lui, est interdit dans le texte publié le 6 mars(1“).

déterminer par des lois la façon de penser et de travailler

– Toujours plus loin, ils souhaitent faire une loi, portée par le député FASQUELLE, (UMP) pour interdire la psychanalyse dans les hôpitaux de jour, loi “humanicide” au sens d’esprit humaniste, cher encore à beaucoup d’entre nous. Dans quelle démocratie vivons-nous ? Il n’y a que dans les états fascistes ou fascisants qu’on détermine par des lois la façon de penser, de travailler des gens. Il nous semble que la dérive qui est à l’œuvre est suffisamment grave pour être portée à la connaissance de tous, et notamment des élus, sans oublier les prises d’intérêt financier que l’on passe facilement sous silence. Le député en question ferait partie de la liste des députés compromis dans le lobby pharmaceutique. Il en est peut-être de même de quelques scientifiques, membres de l’AFIS dénoncés dans le Canard enchaîné du 28 mars, et qui auraient pour tâche de s’attaquer à certains bastions ou idées reçues dont ferait partie la psychanalyse.

5/ Position et pratiques réelles dans les hôpitaux de jour et structures médico-sociales

L’autisme, les TED nous renvoient, parents et soignants, souvent à l’impuissance et au désespoir, mais ce n’est pas en détruisant l’autre que nous règlerons le problème.

ce n’est pas en détruisant l’autre que nous règlerons le problème

Notre objectif est simple et nous sommes nombreux à le défendre, il est pluriel et multifactoriel. Nous réclamons que le sujet autiste (TED) reste au centre de la préoccupation des soignants dans toutes ses facettes inhérentes à l’humain et dans une conscientisation permanente. Cela implique que les approches concernant les autistes soient adaptées à chacun et multiples, que tous les registres soient investigués et traités, du neurocognitif au génétique, du médicamenteux au psychanalytique sans oublier surtout l’approche corporelle dans laquelle devrait s’inscrire le packing (entre autres soins) si le sujet le nécessite. Les professionnels n’ont aucun compte à régler avec les parents de ces enfants mais en revanche, ils ont de l’empathie et de la compréhension et cherchent comme eux et avec eux à comprendre, expliciter encore et toujours.

techniques beaucoup moins coûteuses qui soignent humblement

Nos techniques sont beaucoup moins coûteuses et elles soignent humblement, jour après jour et sans ostentation. Nous pourrions vous citer des dizaines et des dizaines d’enfants qui ont quitté leur établissement, pas guéris parce que cela ne veut rien dire à l’heure actuelle, mais pouvant suivre une scolarité, ayant des investissements relationnels spontanés, exprimant leurs propres désirs, faisant leurs propres choix, tout simplement découvrant le monde et s’y inscrivant mieux. Ces évolutions nous en sommes heureux mais nous ne les clamons pas et personne ne semble les prendre en compte.

Et nous pouvons aussi vous parler de cas dramatiques, rares certes, mais dont on se remet difficilement en tant que soignant quand tous nos efforts sont restés vains ou encore de ces parents qui ne se remettront jamais du traumatisme subi.

fanatisés par leur souffrance

Seuls s’expriment et ont un écho dans les médias, ceux qui sont fanatisés par leur souffrance, qui s’accrochent à un espoir de guérison totale utopique et univoque.

Ne croyez pas pour autant que nous soyons allergiques à toutes méthodes préconisées car certaines sont appliquées conjointement aux soins analytiques dans de nombreux établissements et ce de plus en plus. C’est le cas pour le PECS (Communication par échange d’images) ou le MAKATON dont nous constatons les bénéfices sur place et nous encourageons toutes les équipes à s’y former. Dans la mesure où cette technique (PECS) se cale sur le désir premier de l’enfant, il y a toujours possibilité de le dénicher si on prend la peine d’observer finement ces enfants, ce que les personnels savent très bien faire. C’est un outil cognitif de grande qualité, qui a été pensé pour structurer le temps et les représentations, pour établir des correspondances diverses entre objet réel et représentation imagée (photo, pictogrammes) et bien d’autres notions essentielles à la communication. Cet outil est donc tout à fait complémentaire de nos approches comme préalable à la communication.

large éventail des prises en charge

Dans les structures hospitalières et médico-sociales, l’éventail des prises en charge est vraiment large, réel et donc multiforme (sans hiérarchie). Je vous les rappelle brièvement :

– les approches psychanalytiques sont diversifiées (groupe thérapeutique, approche individuelle, ateliers divers à médiateur), pensées en fonction de l’état et de l’intérêt de l’enfant : terre, musique, peinture ou traces, comptines, conte, psychodrame, construction, collages, danse. On y partage des émotions, on sollicite leur réflexion, on les aide à gérer leur violence, à réduire les angoisses qui leur sont propres, notamment les angoisses du regard, à sortir de leur enfermement et surtout ils apprennent à créer du lien de sens et des liens relationnels ;

– des lieux spécifiques servent à la structuration de l’image du corps, pour les amener à passer de la sensation dans laquelle ils sont enfermés, à la représentation figurée, en passant par le travail d’équivalences corporelles du dedans/dehors, de l’enveloppement, de la tenue, de l’inscription de souvenirs partagés, etc… ;

– la scolarisation, quand elle est devenue possible, les techniques éducatives (apprentissages, autonomie) et cognitives ne sont pas oubliées. Nombreux sont ceux qui utilisent le PECS qui apaise beaucoup les enfants qui en comprennent vite le sens et qui permet de mettre en place une vraie communication ;

– l’accompagnement des parents dans ces épreuves qu’ils traversent reste un objectif indispensable et pensé comme intrinsèque au soin propre à l’enfant et n’a rien à voir avec le dessein de culpabilisation des parents qu’on veut lui coller et qui revient en boucle dans la bouche de nos détracteurs.

agitation frénétique et malveillante

probable que cette agitation frénétique et malveillante, ce remue-ménage médiatique tapageur, est en lien avec l’échéance du plan autisme 2012, année bénie où l’État distribuera des subsides.

Que vont devenir les structures accueillant ces enfants déjà étranglées par le manque de moyens en temps et en personnel et qui restent efficaces malgré tout ?

Il faut surtout veiller à ce que les pratiques restent toujours au centre de l’humain et de son devenir et ne viennent pas satisfaire on ne sait quels intérêts peut-être moins louables. Les “chevaliers noirs” instrumentalisent la souffrance d’autrui pour attaquer un ennemi potentiel représenté par une entité, la psychanalyse, puis ses théoriciens et ses cliniciens, mais ils font fausse route et surtout se trompent de cible.

pour une approche plurielle et multifactorielle

Je reste convaincue qu’une approche plurielle, multifactorielle, comme le requiert l’autisme, autour de la psychodynamique du développement basée sur la clinique psychanalytique, associée aux autres approches cognitivo-éducatives donne des résultats suffisamment étonnants pour être mentionnés et soutenus.

Ce travail est loin d’être exhaustif mais il se veut rigoureux. Cette cause me tient à cœur parce qu’il y a des visages d’enfants dans ma tête qui défilent et qu’on ne peut oublier même après des années. Il nous ont beaucoup appris et en particulier à être humbles et à revisiter sans cesse nos “certitudes” et nos pratiques.

Merci enfin pour l’attention que vous aurez portée à cet écrit et aux autistes à travers lui.


[1] Gérald M. EDELMAN, Biologie de la Conscience, 2008, Éditions Odile Jacob.-

[2] Victoria SHEA : article publié dans La Psychiatrie de l’enfant LII, 2009, pp.273-299.-

Pour plus d’information

se reporter à notre dossier autisme


5 Commentaires

Bouvarel Alain pedopsychiatre 29 avril 2012 (#):

je vous remercie pour cette synthèse que beaucoup d’entre nous apprecierons . J’ai fait publié dans le Républicain Lorrain du 16 avril un modeste article defendant notre vision de la prise en charge des enfants autistes que mon ami Roger Mises a apprecie et je vous remercie également d’avoir défendu avec honnêteté mes amis Golse et Delion.En souhaitant que je l’espère nos futures autorites de sante retrouvent à notre egard le respect de nos travaux et l’honnêteté scientifique qui guide notre travail.
Cordialement


Navon Annemarie pédopsychiatre, formatrice 30 avril 2012 (#):

Merci pour la qualité de cette synthèse à la fois documentée, juste et sincére, qui reflète un vrai souci de clinicien impliqué dans une pratique au long cours.

Ce type de témoignage et d’engagement est indispensable pour soutenir ceux qui s’engagent dans ce travail au plus prés de nos semblables les plus démunis


Françoise Coret, pédopsychiatre 30 avril 2012 (#):

Merci beaucoup pour ce très appréciable travail. Il de fait que la médiatisation des questions posées par « l’autisme » ne se fait que depuis des personnes en souffrance grave et avec une finalité commerciale qui n’a rien à voir avec la science.
Souhaitons que les « autorités » qui sont en fait au pouvoir en prennent enfin conscience.
Cordialement


Regine Prat 1 mai 2012 (#):

cet article fait remarquablement le point sur cette question si tristement médiatisée et mérite d’être largement diffusé


DELORY DOMINIQUE 2 mai 2012 (#):

je vous remercie pour cet article qui rétablit la vérité sur le travail pertinent, courageux et surtout thérapeutique des équipes de pédopsychatrie en matière de prise en charge des enfants autistes et atteints de ted.La profession doit se défendre contre les attaques ehontées dont elle fait l objet par des groupes de pression influents et souvent peu scrupuleux sur un plan ethique!il est scandaleux par exemple que le pr delion et d autres éminents collègues connus pour leur humanisme et pour leur valeur scientifique aient été la cible de critiques mensongères!

Cet article doit être diffusé, mais il ne suffit pas de se défendre, il s’agirait de manière urgente de contre-attaquer !


  • 1 Sauf dans les services du professeur Delion. Note de la Rédaction.

La psychanalyse est-elle en danger ?


LA PSYCHANALYSE EST-ELLE EN DANGER

Le journal l’Humanité a publié le 23 mars un article qui revient sur la situation de la psychanalyse en France et sur sa place dans les institutions : entretiens croisés recueillis par Laurent Être avec Fethi Benslama, psychanalyste, directeur de l’UFR de sciences humaines cliniques de Paris-VII. Marie-Noëlle Clément, psychiatre, médecin directeur de l’hôpital pour enfants du Cerep, à Paris. Roland Gori, psychanalyste, professeur de psychopathologie clinique, initiateur de l’Appel des appels.

Rappel des faits

Le 8 mars, la Haute autorité de Santé (HAS) a rendu public un rapport sur le traitement de l’autisme, préconisant le recours aux méthodes comportementales, au détriment des approches psychanalytiques, qualifiées de non consensuelles.

une autre bataille

Le sujet délicat de l’autisme a-t-il été insidieusement investi d’une autre bataille, celle que mènent les tenants des thérapies cognitives et comportementales (TCC) contre la démarche psychanalytique ? En 2004, un rapport de l’Inserm concluant
à la meilleure efficacité des TCC dans le traitement des troubles mentaux avait déjà fait polémique. En effet, comment imposer les mêmes critères d’évaluation à des pratiques aux finalités si différentes ?

De manière générale, alors que les TCC visent la réduction d’un symptôme, la psychanalyse propose d’en rechercher le sens. Elle ouvre donc sur une véritable quête intellectuelle, dont la préservation, au-delà des questionnements légitimes sur son apport face à telle ou telle problématique, est un enjeu de civilisation.

Comment analysez-vous l’intensité des réactions, le caractère très passionnel du débat autour du rapport de la Haute Autorité de santé (HAS) jugeant la psychanalyse « non pertinente » dans le traitement de l’autisme ?

un moyen de comprendre, d’explorer et de traiter

Marie-Noëlle Clément. La plupart de ceux qui prennent la parole dans les médias sur ce sujet ne sont pas eux-mêmes des thérapeutes d’enfants autistes, et ils ont une vision plus idéologique que clinique des enjeux du débat. Des psychanalystes partent en croisade pour sauver la psychanalyse qu’ils sentent attaquée, et la discussion sur la pertinence de l’approche psychanalytique dans l’autisme devient un débat sur la liberté de penser et la place de la psychanalyse. Pourtant la HAS ne s’est pas positionnée sur ce point ! La psychanalyse est totalement intégrée à notre culture et reconnue comme moyen de comprendre, d’explorer et de traiter. Le débat actuel a quitté la sphère de l’intérêt des patients pour devenir un affrontement où tous les coups sont permis, de part et d’autre, avec beaucoup de caricature et de méconnaissance du travail respectif de chacun. Mais dans les institutions où nous soignons au quotidien des enfants autistes, l’abord idéologique du problème nous détourne de la réflexion sur nos pratiques cliniques.

HAS : fonctionnement à l’exclusion

Fethi Benslama (1). Les psychanalystes ne sont certes pas sans responsabilités dans les attaques dont leur discipline fait l’objet en ce moment. Mais quelle est la discipline où il n’y a pas eu des erreurs ? Ce à quoi nous assistons, c’est à l’instrumentalisation de la Haute autorité de Santé (HAS) par une fraction très radicale de la psychologie cognitive et de la rééducation qui veut l’extermination de la psychanalyse d’une manière générale. Dans ce débat sur le traitement de l’autisme où n’existe aucune certitude, la HAS aurait dû jouer un rôle d’instigateur de véritables recherches d’évaluation. Or, nous constatons un fonctionnement à l’exclusion.

rationalité médicale et sanitaire / approches humanistes

Roland Gori (2). La proximité des échéances électorales contribue à l’instauration d’un climat un peu passionnel, avec des réactions disproportionnées sur un certain nombre de sujets sensibles. Cela étant, il y a plusieurs raisons directes à la teneur passionnelle du débat autour de l’autisme. En premier lieu, c’est que le problème de l’autisme est présenté depuis quelque temps comme un enjeu de santé publique. En procédant ainsi, les réponses sont déjà dans les questions. La psychanalyse a historiquement émergé en opposition à la médecine positiviste et hygiéniste du XIXe siècle. La rationalité médicale et sanitaire fait aujourd’hui un retour en force au sein de la psychiatrie et en psychologie. La composition et les évaluations sanitaires de la commission de la HAS n’allaient pas favoriser les approches humanistes et sociales des souffrances, qu’elles soient psychiques ou organiques. Certains chercheurs avancent des causes génétiques aux syndromes autistiques. C’est possible. Mais ce n’est pas parce qu’une souffrance donnée serait d’origine organique qu’elle devrait exclure des pratiques de soins psychiques.

la main des laboratoires

En deuxième lieu, la décision a été prise sous la pression de lobbys fortement mobilisés, en particulier de certaines associations de familles d’enfants autistes, exploitant habilement la médiatisation de conflits épistémologiques et idéologiques. Pour les diagnostics et les traitements de certaines pathologies, le soupçon que l’industrie pharmaceutique influence le choix des experts est récurrent. C’est le cas dans une psychiatrie très médicalisée sous la tutelle des industries de santé. Inutile de vous dire que lorsque l’Express et Libération ont révélé que le président de la HAS avait oublié, dans un premier temps, de faire état d’une déclaration de conflits d’intérêts de plus de 205 482 euros perçus entre  2008 et  2010 de 28  labos différents, certains psys n’ont pas manqué de voir dans le jugement contre la psychanalyse la main des laboratoires… Sans me prononcer sur ce cas particulier, il est évident qu’existent des « alliances objectives » entre certaines théories biologiques déterministes et un pouvoir politique sécuritaire, entre une conception médicale des souffrances et les intérêts des laboratoires.

Les attaques récurrentes contre la psychanalyse, ces dernières années, n’ont-elles pas à voir avec une tendance plus générale à imposer une conception très restrictive de la rationalité scientifique ? Tout, dans nos activités, devrait être quantifiable, mesurable, vérifiable immédiatement par l’expérience…

chiffrage

Marie-Noëlle Clément. Il est vrai que sévit dans notre société une tendance très excessive au chiffrage et à la quantification, particulièrement mal venue dans le secteur sanitaire. Cependant, il y a un champ de la santé où cette démarche est justifiée, c’est celui de l’évaluation de la pertinence des pratiques de soin. Si l’on est malade, on est en droit de connaître l’efficacité de tel ou tel traitement afin de choisir en connaissance de cause. Aujourd’hui, si les recommandations de la HAS pénalisent les approches psychanalytiques et les psychothérapies institutionnelles dans l’autisme, ce n’est pas parce que nous travaillons mal, c’est parce que nous n’évaluons pas le travail que nous faisons avec des outils standardisés reconnus, alors que les cognitivo-comportementalistes l’ont fait dès le début.

Et si des études ont commencé depuis quelques années (notamment par le réseau de recherches visant à évaluer les psychothérapies, sous la coordination de Jean-Michel Thurin et Bruno Falissard), l’évaluation des pratiques soignantes n’est culturellement pas intégrée dans nos institutions et suscite encore beaucoup de résistances. Il est désolant de voir des psychanalystes se réjouir des critiques portées à la validité des évaluations des approches cognitives et comportementales – parfois par les cognitivistes eux-mêmes d’ailleurs –, comme si cela les dédouanait de la nécessité d’évaluer les leurs. L’évaluation des pratiques de soin est à considérer dans une perspective dynamique, comme un support nécessaire de questionnements et d’évolutions.

dévaluation de tout ce qui interroge l’histoire

Fethi Benslama. Il y a, depuis plusieurs années, une guerre à l’intérieur du domaine psy. La psychanalyse va à l’encontre d’une conception dominante aujourd’hui de l’humain qui repose sur « trois moins » : moins de temps, moins de coût et le moins d’interrogation du sens possible. Interroger le sens nécessite du temps d’investigation, d’interprétation, de construction. La conception dominante s’en prend donc à cette tâche. Nous sommes face à ce que j’appellerais une « logicialisation » de tout, c’est la volonté d’inscrire des automatismes et des programmes dans l’existence humaine traitée comme une chose parmi d’autres. La psychanalyse contredit cette visée car c’est une discipline qui traite de la question du sens et de son histoire et pas seulement du signe.

recommander des recherches sur la réalité avant de délivrer des jugements

Quand Sarkozy dit qu’il ne sert à rien d’enseigner La Princesse de Clèves à des guichetiers, il exprime cette volonté facho-techniciste de priver certaines existences de penser en termes d’histoire et d’historicisation. Mais bien sûr, Sarkozy n’est que le résultat de cet excès de la culture occidentale contemporaine. Prenons garde de ne pas abandonner à ce courant l’idée de l’évaluation, qu’il transforme en fait en dévaluation de tout ce qui interroge l’histoire et la remet au travail. On entend dire que les effets de la psychanalyse ne peuvent être évalués. C’est faux. Il y a quelques années, le New York Times rendait compte d’une étude démontrant que les thérapies psychanalytiques sont celles qui obtiennent les résultats les plus durables. Cette étude n’était pas réalisée par des psychanalystes. Il est tout à fait possible d’évaluer les résultats de la psychanalyse, à condition de prendre le temps d’un suivi des sujets au long cours. La question est, bien sûr, celle des critères de l’évaluation. La HAS aurait dû recommander des recherches sur la réalité avant de délivrer des jugements.

Roland Gori. Je crois que la psychanalyse n’a jamais été socialement évaluée pour la pertinence de ses connaissances et l’efficacité de ses méthodes, mais toujours du point de vue de ses affinités idéologiques avec les valeurs d’une société. Dans la culture d’un capitalisme paternaliste, la psychanalyse a pu être adulée. Elle était considérée comme un savoir légitimant l’ordre social, avec notamment une vision du sujet responsable pour une bonne part de ce qui lui arrivait. Les théories sur un conflit entre la sexualité et la morale bourgeoise, le désir et la culpabilité, le rapport à l’autorité, entraient en résonance avec les rapports sociaux de production et leurs modes d’aliénation.

du temps, du sens et de l’histoire

Aujourd’hui, à l’heure du capitalisme financier, ce savoir « tragique » de la psychanalyse ne séduit plus les promoteurs de la religion intégriste du marché. Comme Pasolini l’avait montré, l’hédonisme de masse fait bon ménage avec une marchandisation généralisée de l’existence humaine. L’individu est un entrepreneur de lui-même , poussé à la réactivité immédiate, aux relations liquides et jouissives sans égard pour le travail de la culture psychanalytique qui exige du temps, du sens et de l’histoire. De mon point de vue, c’est ce niveau idéologique qui explique aujourd’hui principalement ce désamour entre la psychanalyse et la nouvelle civilisation des mœurs. Les formes de savoir sont inséparables des pratiques sociales en vigueur à un moment donné, dans une société donnée.

Au-delà même de la question du traitement de l’autisme, le principe d’une articulation entre méthodes comportementales et psychanalyse est-il à exclure a priori ? Si oui, pourquoi ?

nous ne pouvons pas ignorer les apports des cognitivistes

Marie-Noëlle Clément. À mon avis, le problème ne doit pas être posé en ces termes. La question est celle de la nécessité, pour toute science, de se construire régulièrement de nouveaux outils intégrant les apports des autres disciplines. Rappelons qu’il y a cinquante ans, les psychanalystes étaient uniquement occupés à explorer le monde des fantasmes, et prendre en compte les facteurs environnementaux était alors considéré comme une manière de fuir le terrain de la réalité psychique. Aujourd’hui, heureusement, nous n’en sommes plus là. Mais une dichotomie s’est installée entre l’attention portée à la construction du sujet et celle portée aux apprentissages, comme si la seconde ne pouvait découler que de la première. Or, les sciences cognitives nous montrent précisément que le fait de développer leurs compétences est très structurant pour les enfants autistes. Il est fondamental d’intégrer cette dimension à nos approches psychodynamiques. Cela ne signifie pas forcément reprendre à l’identique les modèles mis au point par les
cognitivistes, mais à l’évidence nous ne pouvons pas ignorer leurs apports.

multiréférencialité

Fethi Benslama. Dans le cas de l’autisme, aucune approche ne peut prétendre détenir seule la réponse. Les généticiens parlent de maladie multifactorielle, de facteurs épigénétiques et du hasard, c’est complexe et pas très clair… Donc, il faut faire preuve de modestie, de prudence, admettre que nous n’en savons pas assez sur l’autisme. Plutôt, chercher des complémentarités et des collaborations, au cas par cas, en respectant la cohérence des approches.

pluridisciplinaire

Roland Gori. On peut confronter les approches, mais je ne suis pas sûr qu’un même thérapeute puisse les amalgamer. Chaque cas est un cas particulier et rien n’empêche que sa prise en charge par une équipe pluridisciplinaire nécessite des soins différents. Mais si cela doit se faire, il faut que ce soit pour des raisons de soin et non pour répondre aux pressions idéologiques des lobbys. Faute de quoi, « la société du spectacle » n’aura pas seulement corrompu la démocratie, elle aura aussi corrompu la connaissance et le soin.


(1) Fethi Benslama est notamment l’auteur de La psychanalyse à l’épreuve
de l’islam
, Flammarion 2004 ; dernier ouvrage paru : Soudain la révolution ! De la Tunisie au monde arabe : la signification d’un soulèvement, Paris, éditions Denoël, 2011.

(2) Roland Gori a publié, en 2011, La dignité de penser, aux éditions Les Liens qui libèrent, et en 2010, De quoi la psychanalyse est-elle le nom ? aux Éditions Denoël.

ah ces présentations de cas !

Unreliable case studies

By Michael Randolph

There is a case to be made out for reliably unreliable case studies, i.e. ones that are based on far too little information coupled to a somewhat feverish imagination. The case is that all case studies are anyway basically unreliable in that they present a twice or thrice filtered view of a patient/client in psychotherapy: They filter the present, past and future massively in or out by the choice of verbatim reporting, edited reporting or charged description; the patient’s view of things is sometimes, though very rarely, heard, as in Irving Yalom’s Every Day Gets a Little Closer but, although a courageous and welcome innovation, it doesn’t mean we grasp what we might really want to grasp; the therapist’s conceptual references may and do clarify some things whilst systematically obscuring others; the whole idea of conveying the reality of a psychotherapy in a study is a resoundingly dubious one, though there is no better learning material, no more inspirational humus to allow our growth as practitioners.

Below there is an upbeat text about modern psychotherapy I found while ordering a book from Amazon. I agree with almost all of it in the sense that I hope and assume that these things are basically true, basically realisable. From time to time, however, I run across something that, taking these hopes and assumptions as my baseline, gives me pause for thought, sometimes a long pause. I think it could enrich our clinical awareness to exchange these, not so radically uncommon, exceptions or, possibly, surprising therapeutic meanders which end up reconnecting in some way with mainstream expectations. Attached and further below find my pump-priming two-page starter. Lots of my colleagues never write anything because they worry about conveying something as comprehensive as it is comprehensible or they worry about their five-book bibliography.

There’s a lot of thought, feeling and synthesis-provoking experience out there which practitioners occasionally mutter about wanting to share with someone, preferably in the privacy of their own home, and which never gets to illuminate the trade. Pity. Short and sweet, with as few disclaimers as possible and no obligation to conclude with any plausible foresight, it could even form the basis of a one-off review.

AMAZON BLURB:

After over a century of the ‘talking cure’ helping people with their mental suffering, we finally are able to shine a light on the physical, neurological basis for the changes that happen in the brain after a prolonged therapeutic interaction between patient and therapist. Louis Cozolino is an excellent teacher and with great ease and clarity shows how the brain changes as a result of experiences, both traumatic and healing. He explains how it can become a strong and integrated organ that regulates our emotional states and focusses us towards our goals, if the person it inhabits has a successful experience of attaching securely to the caretaker.

He also illustrates the damage that the brain suffers when deprived of the needed opportunity for a secure relationship. Fortunately our brains are able to change given new experiences. This ‘plasticity’ is what allows us to learn new things at any age, by growing new neurons and new pathways between them and prior structures. The author illustrates in great detail the regulatory architecture of the brain, and how psychotherapy when based on a trusting, safe and emotionally significant relationship helps the rational left brain sooth and modulate the affective right hemisphere, and the cortex in general to exert top down inhibition of the emotion generating limbic system. Excellent and highly recommended.

Z’s profile

By Michael Randolph

In a 5 day group psychotherapy workshop in the spring, both L. and especially Z. seemed to be in shock at the prospect of self-induced disaster, seemingly mediated, encouraged or accelerated by their experience in psychotherapy. They were apparently mesmerised by the perspective of an unavoidable smash-up. The equally appalling prospect of accepting a posteriori radical impotence in the face of the destructive cunning of wilful neglect, in Z’s case, or the grim fate of the worn-out plaything in L’s did not appear even remotely envisaged as an option by these two relatively young adults (27 and 32 respectively).

Here is a plausible outline of her situation reconstructed from the hints put out by Z: Z.’s mother was an intellectual, a university literature teacher whose husband, Z’s father, humiliated her by rapidly directing all of his emotional intensity back on to his family of origin after their marriage and disgraced her by fulfilling her overbearing parent’s prophecy that hers was a lousy choice of a husband. She revenged herself by being, whenever she didn’t forget herself, ostentatiously uncaring for and uninterested by his offspring, her children. She also strove to label him, an occasional festive over-imbiber, an alcoholic to their children and to the world, thereby consigning him to the slag-heap of the weaving Slovakian working-class drunk.

Z. rapidly, in primary school already, totally appalled by the girls’ baroque world of friendship-negotiation and betrayal, found a durable boy-friend. After four years, presumably aided by the fact that the boy couldn’t really understand what his purpose was, she dumped him and felt intense euphoria at this decision which “resolved everything”. Not long after she started another relationship which also lasted four years and whose demise was the occasion for another ride into euphoria. This happened two more times, the always impending “solution” being a guilty secret she half-hid from herself.

She is now contentedly married with two children and the four year horizon draws near. The compulsive imperative to “go walkabout” is felt in her gut like doom. The mechanism feels unstoppable . What she decided to stop instead is staring at it, i.e. basically to stop therapy.

It is not necessarily a bad solution or the wrong solution for the rabbit looking at the snake or the deer caught in the headlights to turn their back on any overweening fascination with outcome. Many things on their own may be expected to roughly heal through the gentle tidal action of everyday life. The devil can perhaps only collect his due when he is actively and permanently dreaded.

Whilst looking at it intensely, she may find it impossible to forever give up the lure of what she half knows to be the spurious euphoria of a so-called resolutive separation. Amongst other things, these serial monogamies allowed her to cock a snook at her mother who paraded a manifest unwillingness to gratify her husband by smiling at or responding warmly to her children. To be left facing just that unsmiling unresponse, whilst deeply gratifying her therapist of course through her abandonment of the repetition compulsion, may well seem intolerable and who are we adamantly to insist?

Faced with the terrifying boundlessness of her hate-filled rage at the mocking mask of empty motherhood as well as her terror at the prospect of unavoidably destroying what she most holds dear, she has essentially said: Time out! I think it’s time to forego thinking. I want to put my life on automatic pilot, please.
Perhaps she is right that self-generated trauma is too vertiginous for a run-of-the-mill-heart and a run-of-the-mill mind, especially when being run-of-the-mill – one of the undistinguishable herd of contented-enough adults whose lives imply the prior existence of a contented-enough child – is possibly a buoyant-enough fiction to allow life to continue without the urge towards definitive decisions weighing intolerably in the universal balance.

Can the therapist’s tolerant, supportive eyes replace the battlefield glare of a maternal general sending her infantile cannon-fodder in for the slaughter? Maybe. We should not count on it however, and even if we do entertain such a hope, we must expect many situations of recoil and scrambling retreat which effectively test the therapist’s genuine Mit-Gefühl, his capacity to feel-with, a quality which would quite probably require in this case a full sharing of real war-wounds. It’s possible that what doctors used to know and seem recently to have forgotten – most things get better on their own – justifiably appears to be a safer bet.

Psycho repérages au Nouvel Obs

REPÈRES

Par Lise Tiano


Psychiatre

médecin spécialiste (bac +10) qui peut prescrire des médicaments et délivre des feuilles de soins. Il y a aujourd’hui 12 000 à 13 000 praticiens, dont 4000 en hôpital, qui suivent un demi-million de patients.

Psychologue

titulaire d’un diplôme universitaire (bac +5) qui exerce dans tous les secteurs (santé, éducation, entreprises, prisons…). Ils sont environ 40 000.

Psychanalyste

il doit avoir suivi une analyse et avoir été contrôlé par un pair avant de pratiquer. Affiliés à une école (Société psychanalytique de Paris, Association psychanalytique de France…), il pratique des honoraires libres et non remboursés. On évalue leur nombre à 6000.

Psychothérapeute

depuis 2010, il doit avoir un diplôme universitaire, avoir suivi une formation, notamment en psychopathologie clinique, et être inscrit sur un registre départemental (12 000 sont recensés).

Patients

9,5% des Français (5 millions de personnes) ont déjà consulté. 87% d’entre eux en sont satisfaits. 12% ont emmené leur enfant chez un psy. 25% ignorent quelle technique utilise leur psy.

Médicaments

les Français sont les deuxièmes consommateurs au monde d’anxiolytiques (derrière les Portugais) et de somnifères (derrière les Suédois).

Manquent à l’appel

psychopraticien

(nom de métier)

psychopraticien relationnel

(titre SNPPsy) ainsi que les deux titres FF2P et PSY’G

Le pouvoir nous occupe

Le POUVOIR et ses petites perversions

LE POUVOIR NOUS OCCUPE

Devenu substantif, le verbe pouvoir semble perdre les possibilités qui l’animent et qu’il désigne, pour aussitôt, désiré et redouté, devenir objet de passion. Protéiforme, sans limites, ou semblant toujours sur le point d’excéder le champ auquel il paraît innocemment se cantonner, il inquiète plus qu’il n’invite à dépasser ce seuil en deçà duquel nos peurs nous retiennent. Si l’on sait que le pouvoir traverse nos existences au plus tendre de leur intimité, opérant à notre insu des partages qui nous déterminent, il semble demeurer étrangement le fait de l’Autre, entité indéfinie, insaisissable, pernicieuse, dont nous serions les victimes. Pouvoir pourtant n’est pas puissance, sinon, lorsque se convulsant, il ne s’occupe que de lui-même.

[Document : programme du Colloque de Saint Alban]

Mais ce n’est pas tant sur ce mode que nous vous invitons, cette année, à traiter du pouvoir car il nous est apparu que s’intéresser au Pouvoir, était souvent prétexte à ne point interroger ces infimes glissements qui, au quotidien, infléchissent et surprennent nos meilleures intentions. De ces infimes glissements à l’abus de pouvoir jusqu’à la violence, qu’elle qu’en soit son adresse, cette dérive semble s’autoriser, entre autres, de la façon dont nous profitons de notre statut, de
ses emblèmes et de ses attributs, pour quelquefois instaurer des rapports que le soin ne comprend pas. Si, au quotidien, mille petits fils tissent une toile institutionnelle, quelques abus, quelques petites perversions suffisent parfois à la déchirer, voire à la défaire, et justifier ainsi le retour de pratiques asilaires que l’on croyait pour toujours révolues.