CINÉ PHILO – Les nouveaux chiens de garde

En 1932, l’écrivain Paul Nizan publiait Les chiens de garde pour dénoncer les philosophes et les écrivains de son époque qui, sous couvert de neutralité intellectuelle, s’imposaient en véritables gardiens de l’ordre établi. Aujourd’hui, les chiens de garde sont journalistes, éditorialistes, experts médiatiques, ouvertement devenus évangélistes du marché et gardiens de l’ordre social.

Sur le mode sardonique, LES NOUVEAUX CHIENS DE GARDE dénoncent cette presse qui, se revendiquant indépendante, objective et pluraliste, se prétend contre-pouvoir démocratique. Avec force et précision, le film pointe la menace croissante d’une information produite par des grands groupes industriels du Cac40 et pervertie en marchandise – la grande majorité des journaux, des radios et des chaînes de télévision appartiennent à des groupes industriels ou financiers intimement liés au pouvoir.

Au sein d’un périmètre idéologique minuscule se multiplient les informations pré-mâchées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontements factices et les renvois d’ascenseur. Une vision inquiétante de l’état de notre démocratie. Peut-elle fonctionner sans un véritable contre-pouvoir ? A l’approche des élections, il vaut mieux se pencher sur ces questions et en discuter calmement. Ce documentaire militant mais sérieux nous en donne l’occasion.

Textes sur des séances ciné-philo ici : http://philo-music.eu/category/philo/cinephilo

L’ENTREPÔT, lieu de cultures

7, rue Francis de Pressensé, Paris 14e (M°Pernety).

Entrée générale 8€

Eric Laurent : Le Mur n’est pas un documentaire mais un pamphlet

Éric Laurent : Le Mur n’est pas un documentaire mais un pamphlet

Propos recueillis par Jean-François Marmion

Article publié le 14/03/2012


Depuis six mois, le documentaire Le Mur, de Sophie Robert, a mis le feu aux poudres dans la sphère psy : diffusé sur le site d’Autistes sans frontières, on y voyait des psychanalystes tenir des propos jugés d’un autre temps à propos des origines et de la prise en charge de l’autisme, accusant les parents d’avoir provoqué la « psychose » de leur enfant. Trois des analystes interviewés, Esther Solano-Suarez, Eric laurent et Alexandre Stevens, ont porté plainte en accusant Sophie Robert d’avoir manipulé leurs propos. La justice leur a donné raison sur ce point, interdisant à la documentariste (qui a fait appel) de continuer à présenter son film en l’état. Le Mur est désormais invisible. En exclusivité pour le Cercle Psy, les trois plaignants reviennent à leur tour sur cette polémique. Voici les réponses d’Éric Laurent.


Pouvez-vous rappeler quel a été votre parcours et quelles sont vos fonctions ?

Je suis psychanalyste. Dans mon parcours analytique, je m’inscris dans l’orientation lacanienne, puisque j’ai fait mon analyse avec Jacques Lacan. Ensuite, j’ai suivi un cursus honorum dans les associations françaises et européennes. Je suis membre de l’École de la Cause Freudienne, de la Fédération européenne de psychanalyse, ainsi que de l’Association mondiale de psychanalyse, dont j’ai été président jusqu’en 2010. Par ailleurs, je pratique la psychanalyse à Paris depuis fort longtemps.

Connaissiez-vous Sophie Robert avant son documentaire ?

Pas du tout. Elle m’a été recommandée par mon ami Alexandre Stevens, qui lui avait accordé un entretien et m’a dit qu’elle paraissait intéressée de recueillir le point de vue de psychanalystes sur le traitement de l’autisme.

L’entretien avec elle devait-il porter sur l’autisme uniquement, ou sur des questions psychologiques et psychanalytiques plus générales ?

Disons que Mme Robert m’a présenté cela comme un très vaste projet sur le statut de la psychanalyse aujourd’hui, à la fois sur des questions théoriques et pratiques, et sur l’application de la psychanalyse à des pathologies ou des troubles comme l’autisme. Celui-ci ne devait être qu’un sujet parmi d’autres. Le papier qu’elle m’a fait signer pour donner mon accord mentionnait un documentaire en trois parties, dont l’autisme ne devait être qu’un petit appendice. La surprise a été de constater que l’entretien était vraiment centré sur lui. Mme Robert m’a dit : « Oui, mais ce n’est que pour une première partie, après nous reviendrons sur d’autres choses. » Bien entendu, la suite n’est jamais venue.

Comment s’est déroulé l’entretien ?

Je lui ai parlé longtemps. Elle voulait en particulier me faire évoquer la cause que j’attribuais à l’autisme. Les mères étaient-elles coupables ? J’ai répondu que ce point de vue, s’il a jamais existé, n’était pas celui des psychanalystes mais de Leo Kanner, qui en 1943 avait établi la corrélation entre un défaut inné chez l’enfant et des difficultés de communication avec les parents. Parmi les parents qu’il avait vus, certains en effet étaient d’un niveau intellectuel très élevé, et manquaient un peu de chaleur. C’est lui qui a lancé ce thème, et donc le débat récurrent, qui ne cesse de rebondir, entre environnement et facteurs innés. Le dernier numéro de Nature sur cette question marque plutôt l’incertitude scientifique, pour l’instant. Sophie Robert m’a beaucoup interrogé sur cette histoire de mères, ce que je trouvais vraiment déplacé. J’ai répondu que ce qui nous intéressait, nous psychanalystes, ce n’était pas la cause de l’autisme mais le type de traitement qu’on propose. J’ai beaucoup parlé là-dessus, mais de cela il n’y en a pas une trace dans le documentaire, même dans les rushes. Tout ce qui en est resté, c’est ma réponse à une question sur les découvertes scientifiques à venir. Je rappelais plutôt que la psychanalyse contemporaine a affaire avec les développements de la science, spécialement de la biologie, cruciale au XXIe siècle. Nous commentons les découvertes à mesure qu’elles se font.

l’utilité des antidépresseurs un peu supérieure au placebo dans la plupart des cas

Néanmoins, nous essayons de ne pas adopter l’enthousiasme scientiste qui nous promet toujours la solution de tout, et qui ensuite déçoit les espoirs. Il y a vingt ou trente ans, les antidépresseurs étaient présentés comme la solution au mal de vivre. On parlait alors de psychiatrie cosmétique, de la pilule du bonheur, du livre Listening to Prozac, etc. Mais une méta-analyse du National Institute of Mental Health américain a trouvé que l’utilité des antidépresseurs est un peu supérieure au placebo dans la plupart des cas. Il vaut mieux se préparer à tempérer ces enthousiasmes scientistes, et à la méfiance vis-à-vis des trop bonnes nouvelles de la science. C’est ce que j’ai dit à Sophie Robert qui a en fin de compte retiré, bricolé, ajouté une question qu’elle ne m’avait pas posée, pour me faire présenter la psychanalyse comme un message de désespérance. Cet entretien s’est donc déroulé tout autrement que ce que j’ai retrouvé dans le film, lorsque je l’ai vu sur le site d’Autistes sans frontières.

Sophie Robert vous avait-elle indiqué que vous pourriez voir le documentaire avant sa diffusion ?

Oui, mais le problème, c’est qu’elle ne l’a pas écrit. Donc, c’est parole contre parole. Bien entendu, elle m’a assuré verbalement qu’elle me le montrerait, qu’elle me tiendrait au courant du développement, qu’elle reviendrait m’interroger sur d’autres sujets, que nous en reparlerions… Elle m’a appliqué une méthode comportementale !

Pourquoi avoir porté plainte au lieu d’engager un débat, ou de demander un droit de réponse ?

J’ai demandé d’abord à voir les rushes. Elle m’a répondu qu’elle n’était pas obligée de me les donner, qu’elle allait réfléchir. Ça voulait dire non, en bon français. Étant donné son sans foi ni loi, je n’avais aucune garantie qu’elle n’allait pas refabriquer un documentaire de la même mouture, utilisant mes propos de façon aussi détournée et inversée. Quand on a affaire à quelqu’un d’une parfaite mauvaise foi, qui vous trompe d’emblée, qui vous parle de documentaire et qui fabrique un pamphlet, il faut quand même pouvoir un minimum se protéger. J’ai alors saisi la justice pour pouvoir disposer des rushes et obtenir la garantie que mes propos, et ceux de mes amis avec lesquels nous sommes embarqués dans cette galère, ne soient pas utilisables et détournables. Malheureusement, je ne voyais pas d’autre solution que le dépôt de plainte. Ce qui ne m’a pas empêché, tout de suite et par ailleurs, d’ouvrir un débat.

la façon dont ils se sont fait piéger

Si vous avez porté plainte avec Esthela Solano-Suarez et Alexandre Stevens, c’est que vous appartenez tous trois à l’Ecole de la Cause freudienne. Avez-vous sollicité les autres psychanalystes interviewés par Sophie Robert ?

Oui, bien sûr. Nous avons appelé ceux que nous connaissions, membres de la Société Psychanalytique de Paris ou de l’Association Psychanalytique de France, les sociétés qui comptent à Paris. Eux ne souhaitaient pas le faire. Bon. Mes collègues David Cohen et Pierre Delion étant psychiatres tous deux, préfèrent passer par les instances ordinales pour faire taire les accusations portées par les associations. Avec Laurent Danon-Boileau par exemple, ils ont néanmoins témoigné, via la CIPPA (Coordination internationale entre psychothérapeutes psychanalystes s’occupant de personnes avec autisme), de la façon dont ils se sont fait piéger.

Certains ont-ils refusé de porter plainte parce que le documentaire leur semblait correct, et qu’ils y retrouvaient bien ce qu’ils avaient dit ?

Non, personne.

Vous avez demandé 290 000 euros de dommages et intérêts. Pourquoi une telle somme ? N’était-ce pas de nature à arrêter purement et simplement la carrière de Sophie Robert ?

Certainement pas. Ce film de Sophie Robert est financé par des associations de parents d’autistes qui mènent une campagne de presse extrêmement efficace, avec par exemple un site, celui de Vaincre l’autisme, qui est magnifique, qui coûte une fortune, comme celui d’Autistes sans frontières. Certains de ses membres très éminents ne lésinent vraiment pas sur les moyens. Nous avions également porté plainte contre Autistes sans frontières, mais le jugement a estimé qu’il n’y avait pas de preuve qu’elle avait été le productrice du film mais simple « bénéficiaire d’une autorisation de diffusion ». Nous demandions des dommages et intérêts à la mesure de l’agressivité et des moyens de la campagne de Vaincre l’autisme et d’Autistes sans frontières.

N’avez-vous pas pensé que cette initiative pourrait être mal interprétée par l’opinion, qui verrait là une tentative de censure ?

Nous sommes tout prêts à la bataille pour l’interprétation ! Ce n’était pas une demande de censure : nous ne demandions pas que le film soit interdit, mais que nos contributions, extorquées par des moyens frauduleux avec une mine angélique, soient extraites. Ensuite, le documentaire peut poursuivre sa route avec les témoignages de ceux qui n’ont pas porté plainte, dans une nouvelle version. Simplement, que nos propos ne soient pas utilisés de cette façon. Où y a-t-il une censure ? Il n’y en a aucune ! D’ailleurs, nous nous battons pour qu’il y ait un débat, par exemple dans la revue en ligne Lacan Quotidien.

Êtes-vous solidaire des déclarations des autres psychanalystes interviewés dans le film, et qui parfois insistent lourdement sur l’hypothèse de la culpabilité maternelle dans l’autisme ?

Je ne crois pas que beaucoup insistent lourdement. Une personne, peut-être, c’est tout. Les autres n’insistent pas là-dessus. C’est par le montage que cela apparaît ! Il n’y avait pas de solidarité corporatiste, nos opinions varient. Tous ceux que j’ai entendus dans le film et dont je connais les écrits reconnaissent la pluralité, y compris organique, des causes possibles de l’autisme, et ils y sont bien entendu attentifs. Mme Robert a non seulement pris à contrepied ou au dépourvu des psychanalystes capables de se défendre, mais aussi certaines personnes qui ont visiblement été utilisées de façon terrible.

témoignages formatés

La polémique a servi de déclencheur à des témoignages de parents qui, notamment sur Internet, disent pis que pendre de la prise en charge psychanalytique de leur enfant autiste. Etes-vous surpris, choqué ?

Pas du tout ! D’abord, la polémique n’a pas servi de déclencheur. L’association Vaincre l’autisme avait déjà commencé sa campagne antipsychanalytique en 2011 pour faire inscrire l’autisme comme grande cause nationale. Pour cela, elle avait milité auprès de la sénatrice Valérie Létard et de la Haute autorité de Santé pour faire entendre la voix des parents indignés par ce qu’ils appellent, de façon inédite d’ailleurs, la « psychiatrie-psychanalyse ». Amalgame très étrange, les psychiatres étant surpris de se voir à ce point contaminés par la psychanalyse, ce qui n’est vraiment pas le cas pour beaucoup d’entre eux… La méthode choisie par Vaincre l’autisme est celle du témoignage de parents, formaté d’ailleurs par l’association.

ne pas réduire le parent au militant

Mais beaucoup de témoignages sont spontanés, et ne passent pas par une association.

Certainement. Mais il existe aussi des témoignages spontanés de parents contents des soins reçus par leur enfant dans des associations inspirées par la psychanalyse.
C’est une minorité.

C’est une minorité, mais ce n’est pas le style de la psychanalyse. Le style de la psychanalyse n’est pas de se ranger sous une bannière militante. Mais s’il le faut, puisque la satisfaction des usagers est maintenant une dimension des soins dans un monde consumériste, nous aiderons à se manifester les parents d’enfants traités dans des institutions psychanalytiques. Par exemple, une association de Barcelone regroupe déjà des parents contents de la prise en charge psychanalytique. Il y aura de plus en plus de témoignages en ce sens durant les prochains mois. En France, des parents réagissent à la campagne actuelle de dénigrement. C’est tout de même une histoire très douloureuse dans laquelle il ne faut pas réduire le parent au militant. Il est précieux de respecter ce qu’il peut y avoir d’ambivalence envers les psychanalystes, mais aussi de demander de témoigner à des parents satisfaits. Et ça va se faire. Je suis très content que ces débats soient ouverts et ne restent pas entre spécialistes.

des procédés aussi malhonnêtes

Ne craignez-vous pas d’avoir endossé le mauvais rôle en portant l’affaire devant la justice, ce qui a pu choquer une partie de l’opinion et la retourner contre vous ?

Certains sont choqués, certes. Mais certains sont pour nous ! Là encore, je reçois des témoignages de gens, au-delà de mon cercle d’amis bien sûr, qui sont contents de voir que tout de même, on peut dire stop et sanctionner des procédés aussi malhonnêtes. On choisit de se battre dans un forum, très bien, mais on n’utilise pas des procédés comme ça. On ne vous fait pas des enfants dans le dos. Tout n’est pas permis dans les débats intellectuels.

Certains de vos collègues ou patients trouvent-ils néanmoins que vous avez eu tort ?

Les gens autour de moi me soutiennent plutôt, bien entendu.
Mais des patients vous font-ils part d’un malaise suscité par cette affaire ?
Aucun. Par contre, je lis dans la presse combien les journalistes ont eu spontanément tendance à s’identifier à Mme Robert, dont la vocation journalistique est d’ailleurs tardive, que je sache. C’est son premier documentaire.
Elle a fait appel de la décision du tribunal. Etes-vous confiant dans la suite des événements ?
Puisqu’elle a fait appel, nous suivons l’appel…

des comportements standards


Etes-vous favorable à une approche intégrative de la prise en charge de l’autisme, c’est-à-dire que la psychanalyse soit le cas échéant associée à d’autres soins ?

Mais ça dépend de ce qu’on met dedans. Si intégratif veut dire pluriel, alors c’est déjà le cas ! Dans les institutions que je connais, où Alexandre Stevens travaille, par exemple, il y a cette approche plurielle. La séance de psychanalyse privée est extrêmement rare, c’est l’exception. La plupart du temps, il n’y a pas de cure individuelle. Dans une institution fondée en Belgique par un de mes amis italiens, Antonio di Ciaccia, qui est maintenant à Rome. La règle était : pas de séances de psychanalyse à l’intérieur de l’institution, mais des ateliers éducatifs, au contraire. Le point important, c’est que ces ateliers se fondent sur les particularités de l’enfant, et non pas sur une méthode générale, universelle, comme le comportementalisme qui veut apprendre des comportements standards. Partir de l’intérêt de l’enfant, tout est là.

On peut appeler ça intégratif : c’est multiple, pluriel

Bien entendu, il ne s’agit pas d’une sorte de fanatisme psychanalytique et d’exclusivité, bien au contraire. Avec des enfants souffrants, il faut une approche éducative, multiple, mais basée sur la singularité du sujet. Dans une brochure remise aux autorités pour expliquer sa démarche, l’Antenne 110 prenait l’exemple d’un enfant qui emportait partout avec lui un objet autistique, en l’occurrence un bâton. Un bâton, c’est encombrant, ça peut faire mal. Dans les institutions précédentes, on mettait beaucoup de soin à essayer de le lui enlever. Ce qui le faisait hurler. Les parents, sensibles à cela, l’ont donc inscrit dans cette nouvelle institution, qui pouvait accepter son bâton. Là-bas, il est passé de la fascination pour le bâton à la fascination pour le battant de la cloche de l’église. De là, il s’est intéressé aux heures que sonnait la cloche, et aux aiguilles. Puis à l’apprentissage des chiffres, des heures : 12 heures, 24 heures, ensuite 60 minutes… Et ainsi de suite, jusqu’à l’apprentissage du calcul arithmétique. On peut appeler ça intégratif : c’est multiple, pluriel. C’est une des façons dont nous procédons.

pas pour lui imposer des comportements standards

Peut-on envisager sur certains points une complémentarité de la psychanalyse et des méthodes comportementales, ou sont-elles vraiment incompatibles ?

Il y a toutes sortes de méthodes comportementales. Les méthodes de type ABA me semblent incompatibles, parce qu’elles veulent installer des comportements standards. La méthode TEACCH, elle, recommande que l’apprentissage passe par la particularité de l’enfant : là, ça nous intéresse. Cette dimension est encore plus présente avec la méthode des 3i. Les échanges avec pictogrammes du type PECS, très bien ! Ou encore la méthode Floortime, qui renforce les premiers signes d’intérêt de l’enfant pour le monde. Ces approches peuvent dialoguer avec des méthodes inspirées de la psychanalyse. La psychanalyse inspire l’idée que bien entendu, il faut aller vers l’apprentissage. Bien entendu, la figure du psychanalyste attendant que le désir qui se manifeste n’est pas pertinente pour le spectre de l’autisme si divers, si varié. Il faut solliciter l’enfant. Mais pas pour lui imposer des comportements standards.

multiministérielles

Aux États-Unis, on respecte beaucoup plus la multiplicité des centres de décision. Ils ont des instances très scientistes ne jurant que par méta-analyses et chiffrage, mais d’un autre côté, pour les choix classificatoires de type DSM, on fait voter la profession. Ils ont un souci démocratique plus grand. Les Français n’aiment pas beaucoup cela, mais préfèrent les grandes agences soi-disant indépendantes et en réalité multiministérielles, avec des velléités d’absolument régir et légiférer, changer le peuple psychiatrique, apprendre aux gens comment se comporter. C’est un peu excessif.

Toulouse : ce qu’on peut dire aux enfants

Élisabeth Roudinesco

Historienne de la psychanalyse

On ne peut pas éviter aux enfants le traumatisme que crée un tel drame. Et il ne faut pas: le traumatisme est normal.

Je considère que les meilleurs mots possibles, c’est de leur dire la vérité et surtout de répondre à leurs questions sans jargon: la folie meurtrière existe, elle a toujours existé, elle est humaine. Oui, elle est humaine car elle n’existe pas chez les animaux, qui ne tuent jamais par plaisir ou par décision.

Nous pouvons dire aux enfants qu’il ne faut pas avoir peur en permanence. En effet, ce profil de criminel pervers, donc calculateur et organisé, n’est pas fréquent, même s’il est abominable. La thématique de ce type de criminel est toujours la même: le désir d’épurer l’humanité de ses prétendues “impuretés”. C’est celle, bien sûr, du racisme et de l’antisémitisme, de l’homophobie, de la xénophobie, de la haine de l’autre et de toutes les théories qui infériorisent des êtres humains en prétendant que d’autres humains leur seraient supérieurs.
Mais le plus terrible, n’est-il pas quand des Etats deviennent pervers au point de prôner ce genre de crime? Cela existe et a existé. Mais pas chez nous aujourd’hui, pas dans les pays démocratiques où seuls des individus fous passent à l’acte et que la justice, c’est-à-dire l’Etat de droit, doit punir par des moyens qui ne sont pas ceux de la vengeance et de la loi du talion, puisque nous avons aboli la peine de mort.

Il faut dire aux enfants que dans ces conditions très douloureuses, il est normal de pleurer, d’exprimer sa souffrance et de ne pas la refouler. Les témoignages de compassion, comme leurs dessins d’enfant, sont très importants pour eux.

A Dangerous Method présentée & débattue

A Dangerous Method

L’avant-propos au débat

Par Jean-Jacques Moscovitz

« …A Dangerous Method est un des noms du scandale freudien : la sexualité infantile existe en nous, elle est source de forces gigantesques et donc de conflits et d’inventions innombrables. Mais des adversaires sans merci usent de forces tout aussi puissantes pour s’opposer à la psychanalyse au point de vouloir la voir disparaître. David Cronenberg filme le jaillissement de la découverte de l’inconscient où sexualité, amour, désir, vie, rapport à la mort sont là mis en scène et en tissages qui nous disent que la psychanalyse fait ici « progrès quant à l’esprit » : Geistigkeit.

[Image : Sans titre]

Une telle conquête dans la compréhension du champ de l’hystérie et des psycho-névroses, le discours médical officiel ne peut l’admettre. Il lui faut maintenir son empire par de multiples attaques dès sa naissance à la fin du 19ème siècle. Et depuis : au Burghölzli à Zurich est internée en 1904 notre hystérique surdouée Sabina Spielrein, qui, aveu décisif, profère de par sa franche parole des données sur sa sexualité auto-érotique. Le Pr Eugen Bleuler, immense auteur d’ouvrages sur la schizophrénie, la confie à Jung, mais il enlève – rien d’un hasard sans doute ! – éros du mot autoérotisme avancé par Freud et invente le mot autisme, terme prometteur de reconquête par le médical du territoire des psycho-névroses. Que Freud et ses élèves dont Jung viennent d’arpenter allégrement pour en saisir le vif de ce qui habite l’être parlant : la libido, les pulsions, le narcissisme, les transferts –« fausses liaisons »– propres aux désirs inconscients reportés vers telle personne alors qu’il s’agit d’amour et/ou de haine envers quelqu’un d’autre présent dans l’histoire intime du sujet. Transfert qui, voilà le point vif dans le lien analytique entre Sabina S. et Jung, son analyste, vire trop à l’amour. Au point qu’elle soutiendra dans « Sabina Spielrein entre Freud et Jung »[1], « qu’il faut aimer pour guérir ». Bleuler-l’espérait-il réellement ? – par cet acte de rompre le mot autoérotisme, lance une bombe à retardement qui explose de plus en plus aujourd’hui. L’autisme au départ est un symptôme du repliement intense du monde de la réalité du malade atteint par sa psychose.

autisme

Avec les avancées (1920 : Mélanie Klein, Anna Freud) de la psychanalyse auprès d’enfants, l’autisme devient depuis Kanner et Asperger en 1943, une atteinte dés la naissance chez le tout petit bébé dont la cause va s’avérer neurobiologique et susceptible d’une prise en charge complémentaire par des méthodes pédagogiques et relationnelles – dont la psychanalyse.

Or cela est jugé une fois encore comme une conquête inadmissible de la psychanalyse. Dans une sorte de passe-passe genre jeu du bonneteau, aujourd’hui l’autisme devient un enjeu de plus en plus assourdissant d’un nouveau refus de la psychanalyse par l’impérialisme médical de plus en plus à travers le monde. Le domaine des névroses qu’il n’a pu reprendre à la psychanalyse, le voilà armé et surarmé pour garder celui de la psychose et des autismes chez l’enfant, pour espérer – en vain – une élimination de toute la psychanalyse. Alors que, concernant l’autisme cet handicap/maladie, des perspectives nouvelles prometteuses nous proviennent des données des neurosciences et de la génétique. Celles ci ne sont pas incompatibles aux forces contenues dans la sexualité infantile. Rien de plus complémentaire, bien que des mises au point précises soient en cours, puisque par exemple, l’environnement du génome humain en son sein même, l’épigenôme, est accessible aux influences venues de l’entourage biologique et socio-psychologique. Surtout si le diagnostic est fait le plus précocement possible comme l’indique les travaux du “PréAut” fondé par Marie-Christine Laznik [2] .

guerre contre Freud

Cette guerre contre Freud est celle contre l’existence de l’inconscient et de la sexualité infantile chez l’autiste et dont ce dernier n’a pas à être exclu. Bombe de Bleuler ou pas, l’attentat au mot autoérotisme continue : le mot autisme est d’autant mis en surbrillance que le mot inconscient ne devrait plus même exister [3]. Une véritable manœuvre de boycott de la psychanalyse est planifié !

Alors qu’il y a lieu d’élaborer l’impact du mot psychanalyse, de la psychiatrie moderne, de la pédagogie, tout comme l’impact du mot inconscient comme du mot autisme qui originairement lui est lié depuis un siècle.

Comme si, en le plaçant comme le plus récent il devrait effacer celui dénoncé comme le plus ancien : dans une sur-acceptation du mot autisme face à un refus de plus en plus avéré du mot inconscient, ce qui a pour effet de rendre les forces libidinales encore plus actives mais débridées, exclues dés lors de leur cadre symbolique et historique.

La psychanalyse n’a pas à être bannie par certains opposants quasi professionnels aux avancées freudo-lacaniennes. Ce sont ses avancées que nous montrent les images de David Cronenberg. Il nous enseigne, Marie-Laure Susini le dit fort justement [4] combien vie quotidienne, vie amoureuse et vie sexuelle sont mises au diapason de la psychanalyse, de sa pratique, de ses enjeux théoriques, Ça se noue à elle pour l’inventer sans cesse.

« La petite avait raison » dira Freud, parlant de Sabina S. qui dès 1912 dans sa thèse de médecine « Destruction comme cause du devenir »[5] donne la base pour le tournant de 1920 de l’avancée majeure de Freud sur l’imbrication des pulsions de vie et de mort dans l’inconscient. Dans le film de D. Cronenberg cela peut échapper aux spectateurs non avertis de l’immensité de ce tournant-là qu’il nous montre : S. Spielrein [6] comme dans sa thèse soutient que sexualité et mort sont liées de telle sorte qu’il y a le plus souvent un léger décalage en faveur de la vie sur la mort.

l’année où en Europe on a le plus tué

On sait qu’elle fut la première analyste femme. Et on sait aussi qu’elle a été assassinée avec ses enfants par les nazis, en 1943, l’année de la 1ère description de l’autisme par Kanner. C’est l’année où en Europe on a le plus tué. Coïncidence ? Un essor incessant de la psychanalyse avec les enfants a surgi pendant et après la guerre 1939-45.

Une question arrive dès lors : pourquoi tant de forces mises en marche pour les autistes ? Est ce parce qu’ils auraient dus être gazés, ou tués par injection intracardiaque de phénol et de morphine? Certains l’ont sans doute été parmi les 72000 malades mentaux allemands assassinés en tant qu’« handicapés » à la « vie sans valeur de vie ». Et depuis lors dans le monde entier l’enfance et les enfants font l’objet d’une infinie réparation pour qu’ils ne naissent plus tel un « enfant aux cheveux gris », comme le dit le poète [7]. Cela nous convoque, nous incombe au un par un de qui nous sommes, chacun. »

Jean-Jacques Moscovitz


[1] texte établi en français par Jacques Nobécourt et Michel Guibal à partir du « dossier découvert par Aldo Carotenuto et Carlo Trombetta » (Aubier, 2004).

[2]in site Œdipe.org http://www.oedipe.org/fr/interview/autisme .

[3] cf le journal Le Monde du 8 3 12 « la Haute autorité de Santé (HAS) et l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (Anesm) estiment impossible de conclure à “la pertinence” des interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle, qu’elles considèrent comme “non consensuelles”. »

[4] cf son texte dans notre annonce du Regard qui bat qui projette à La Pagode A dangerous Method, il sera publié dans le prochain n° de le revue Clinique Lacanienne.

[5] thèse publiée in extenso dans l’ouvrage en référence note 1.

[6] Le film Mon Nom était Sabina Spielrein d’Élisabeth Märton (DVD sorti en 2002) le montre également.

[7] Titre de l’ouvrage de Georges-Arthur Goldschmidt avec François Dufay, éd CNRS 2008.


À propos du film de David Cronenberg

Par Marie-Laure Susini

A Dangerous Method. il est difficile de ne pas déplorer le titre du dernier film de David Cronenberg, qui traite de la psychanalyse. Je m’étais résignée à l’avance : encore une charge contre nous ! Et comment ne pas s’attendre au pire, quand certains critiques se satisfaisaient d’avoir vu l’invention de Freud mise à mal et… un film bavard ! Et puis, l’histoire était malheureusement connue, et redoutable : la scabreuse relation de Jung avec sa patiente Sabina Spielrein, le trio Jung, Freud, Sabina.

Pourtant, comment refuser de découvrir ce que le grand David Cronenberg (rien de moins que The Fly, A History of Violence, les Promesses de l’Ombre, eXistenZ, etc…) avait fabriqué ? Bref, par devoir de curiosité intellectuelle, je suis allée voir A Dangerous Method.

Dès les premières images … Une jeune fille, hurlant, se débattant entre des gardiens, est déposée de force dans une maison de santé. Le visage déformé, le corps dévié, secoué, possédé par les tics et les contractures, elle est reçue par un jeune médecin, qui lui propose un traitement : elle lui parlera, tous les jours. Elle s’assied, il prend une chaise derrière elle. De quoi souffre-t-elle ? Elle commence à parler. Sa voix est entrecoupée par des spasmes, son élocution entravée par les grimaces. Mais elle parle. La nuit, elle a ressenti quelque chose de dur, et gluant, qui se pressait contre son dos. – Etait-elle nue ? – Oui. – Etait-elle en train de se masturber ? – Oui.

Dés ce début… bouleversée, admirative, je me cramponnai à mon siège. Oui, les premières images de A Dangerous Method sont un choc. Car on a oublié ce que fut la clinique de l’hystérie au début du XXème siècle, la violence effrayante des crises, les hallucinations, les convulsions, et la relégation dans les asiles de ces jeunes femmes qui donnaient l’apparence de la grande folie. On a oublié l’audace des pionniers qui ont osé interroger, avec une telle franchise abrupte, l’étiologie sexuelle inconsciente des symptômes.

C’est donc la jeune Sabina Spielrein, qu’on vient d’enfermer à Zurich dans l’hôpital psychiatrique du Burghölzli dont le directeur est le professeur Bleuler, et c’est le jeune docteur Jung qui la traite. On est en 1904. Jung ne connaît pas Freud, mais il a lu ses premiers écrits (La Traumdeutung est sortie en 1900, les Essais sur l’Hystérie en 1895, la Psychopathologie de la vie quotidienne en 1901). Sans en savoir plus, il entame sa première expérience de « cure par la parole ». Sabina, de bonne famille, jolie et intelligente, est la patiente idéale. La cure progresse vite, Sabina se libère du refoulement, et parallèlement elle commence des études de médecine. Jung rend visite à Freud, dont il devient rapidement le disciple préféré, et le successeur potentiel, l’héritier espéré, à la tête du mouvement psychanalytique. On connaît la suite. Jung succombe à l’amour passionné que lui voue Sabina. Jung rompt avec Freud, dont il ne veut plus se reconnaître l’élève. Voilà le drame planté, et voilà l’histoire, vraie, qui constitue le scénario.

C’est l’invention de la psychanalyse, dans la Mitelleuropa, avant la première guerre mondiale, qui a passionné Cronenberg, comme il l’affirme dans une interview. « J’ai voulu, dit-il encore, redonner vie aux protagonistes de cette révolution, j’ai voulu leur résurrection, la plus précise possible. J’ai voulu faire un film sur Freud et la psychanalyse. » On oubliera sans doute que le scénario a été remanié plusieurs fois par Christopher Hampton, qui utilisa d’abord un essai universitaire sur Sabina Spielrein, pour un film, Sabina, qui ne fut jamais produit, puis pour sa pièce, The Talking Cure. Nous ne voyons que le résultat final, A Dangerous Method, le fruit de la rédaction en commun de Christopher Hampton et de Cronenberg. Car David Cronenberg s’est totalement impliqué dans l’écriture du scénario et des dialogues, comme dans le choix et la direction des acteurs.

Le résultat ? Etonnant de vérité et d’authenticité. J’ignore comment le grand public réagit au premier choc, et ce qu’il voit ensuite, mais le psychanalyste retrouve les débuts historiques de la psychanalyse : la virulence des premiers débats, l’enjeu des affrontements, et l’extraordinaire et périlleuse aventure de la grande découverte. A la conquête de la connaissance, il faut payer de sa personne ! La trame narrative se fonde, avec une notable précision, sur la correspondance de Freud avec Jung, l’autobiographie de Jung, et le journal de Sabina Spielrein.

Les dialogues ont une grande importance. « Il n’était pas question, dit David Cronenberg, de simplifier. It is a talking cure, so they must talk. Ici l’action passe par la parole » Les acteurs, qui se sont documentés sur leur personnage en puisant à la source des textes, sont tous remarquables. Ils donnent la vie et l’émotion de l’instant, à ce qui nous restait familièrement embaumé dans les références livresques. Viggo Mortensen, que naturellement on associerait plutôt à un rôle de vigoureux jeune premier aux yeux bleus, s’est transformé en un Freud de la cinquantaine, à la présence charismatique. « On imagine toujours Freud en vieillard, mais ici il est dans la force de l’âge, il est beau, il a du charme, il s’exprime avec élégance, et il est drôle. Dans mon travail d’acteur, je suis habitué à chercher a physical gesture, à m’exprimer avec mon corps, mais là, j’ai dû trouver a verbal gesture : la voix, le silence, le rythme. Au final, c’était un bonheur de dire les propres paroles de Freud, avec son sharp wit, son humour, son esprit tranchant. » Pour rendre hommage à Sabina Spielrein, et pour réincarner toutes les belles et intelligentes hystériques, on n’aurait pu souhaiter mieux que la belle et sensible Keira Knightley, qui fait aussi bien la folle, puis l’amoureuse passionnée, que l’étudiante sérieuse et douée, et le médecin qu’elle devient. Michael Fassbender accomplit, lui aussi, le tour de force de ressembler à Jung trentenaire, à un Jung dont l’avenir n’est pas encore précisé, mais qui déjà n’a pas le beau rôle. Il donne à son caractère de la complexité, et de l’humanité, en révélant sous l’impeccable et raide costume sa fragilité, ses doutes et ses passions.

Car il s’agit bien de passions et de drames. Car le film n’est pas une succession de dialogues. Que met en scène Cronenberg ? Le transfert. La passion dans le transfert. C’est ce qui justifie le titre : une méthode dangereuse. A manier la flamme, on se roussit, on se durcit le cuir, si on est de la trempe de Freud, mais on se brûle, si on cède, comme le fait Jung, en brisant toutes les règles de déontologie. Sabina, dans l’impasse où l’a mise son analyste en devenant son amant, se tourne vers Freud (soit dit en passant, il fallait au moins Freud, en secouriste, pour mener à bien le dénouement d’une telle cure).

Que met surtout en scène Cronenberg ? La rupture entre Jung et Freud. Un drame. À cause de Sabina ? Sur ce point, le personnage de Freud rassure Sabina : « J’ai rompu avec Jung parce qu’il ne s’est pas bien conduit avec vous. » Ouf ! Le fondateur parle avec l’autorité du père, et réaffirme sans ambiguïté l’interdit qui s’impose au psychanalyste. Merci, cher David Cronenberg, de cette fidélité à Freud, et à son invention. La tirade est ici trop belle pour être vraie, mais… merci encore. Les causes réelles du divorce entre le maître et son jeune et brillant disciple sont par ailleurs parfaitement explicitées.

Autour de la psychanalyse en construction, des hommes s’affrontent. Ils ont chacun une forte personnalité, et une intelligence exceptionnelle. Ils sont, par leur milieu d’origine, leur mode de vie, leur tempérament, antagonistes. Otto Gross, nomade extravagant et charmeur, psychanalyste génial et toxicomane, dont Freud confie la cure à Jung. Jung, aliéniste, grand bourgeois protestant, jouissant, par son mariage avec une femme riche, d’une magnifique aisance et d’une somptueuse demeure sur le lac de Zurich. Freud enfin, dans son petit appartement viennois, besognant pour élever sa nombreuse famille, s’identifiant à son invention, et juif. Les personnages luttent l’un contre l’autre, dans l’espace fermé d’un bureau, et la joute intellectuelle est lourde d’une autre relation : qui pèse plus lourd en force de conviction, en autorité et en savoir ?

Chaque fois, se joue le devenir de la psychanalyse. Doit-on, comme Otto Gross (Vincent Cassel, grandiose, ravagé, et sub-délirant) concevoir la levée du refoulement comme une libération de la répression sur la sexualité, et prôner la liberté sexuelle, sans limites, pour le patient comme pour l’analyste ? L’expérience de la cure aboutit dans une pratique transférentielle du rapport sexuel. Jung, fasciné par son patient, se laisse influencer par cette thèse libertaire, et se laisse ensuite séduire par Sabina. Déplorable, mais innocente erreur, à imputer à son manque d’expérience ? à sa méconnaissance de la force du désir qui surgit, avec toute l’énergie sauvage de la pulsion, d’une jeune personne hystérique ? Hélas ! Quelques années plus tard, à la fin du film, Jung assume sans vergogne une nouvelle liaison avec une de ses patientes.

Au fond, Jung, objet du transfert, face à Otto, face à Sabina, ne pèse pas lourd. Et, se lançant avec un grand courage dans l’aventure psychanalytique, face à son désir, il se révèle lâche. Lâcheté ordinairement humaine, certainement. Ne lui jetons pas la pierre. Pourtant, surgit pour nous, soudain, une question : le refus de Jung de conceptualiser l’étiologie sexuelle des névroses, de reconnaître la libido freudienne, n’est-il pas en cause dans sa défaillance, dans son incapacité à diriger l’analyse du transfert ?

En désaccord sur la théorie de la libido, en effet, Jung se sépare de Freud. Le conflit, en fait, couvait depuis le début. Dès leur première rencontre, le film – et c’est une de ses grandes réussites – suggère et révèle, avec tact, par petites touches, les tensions. Et le déséquilibre de la relation. Freud, par son écrasante présence, la profondeur de ses propos, l’acuité de ses brèves répliques, focalise toute l’attention du spectateur. C’est aussi un des mérites du film, que de reconstituer les petits différents, qui augurent du grand schisme. Jung croit à la communication des esprits, et il les entend, quand dans la bibliothèque de Freud, en résonance à leur discussion, retentit un impressionnant craquement. Freud ne croit qu’en la compréhension des phénomènes, et il raille, non sans véhémence, la superstition (la scène est authentique.) Surtout, avec la gravité nécessaire, l’enjeu de la dissension est clairement énoncé. Il y va, tout simplement, de la psychanalyse. Freud, très vite, met Jung en garde : « Vous voulez transformer les hommes. Vous avez l’ambition d’influer sur leur destin. Vous prétendez savoir pour eux ce qu’ils doivent devenir. La psychanalyse, au contraire, se veut scientifique : elle se contente de montrer aux hommes ce qu’ils sont. »

Sous l’opposition conceptuelle, entre le fondateur, et le disciple, de vingt ans plus jeune, se trame une autre tragédie. Le « cher fils », l’héritier, se révèle un fils rebelle, et le « maître vénéré », un père à abattre. Dans la meilleure tradition, le duel final a lieu, face à face. Freud s’écroule, touché à mort. Et, revenant – le duel était verbal – de son évanouissement : « Je sais désormais qu’il est facile de mourir. » Le parricide, Jung, sombre dans une longue dépression.

Le public de David Cronenberg saisit-il la cause du combat ? de la guerre de Freud, enrôlé sous la bannière de la science ? de ses efforts obstinés pour contrer l’irrépressible élan mystique de Jung et sa pente à la parapsychologie, l’astrologie et l’occultisme ? Je l’ignore. En tout cas, le spectateur sera certainement bouleversé et conquis par ce qu’il apprend de Sabina Spielrein. Par l’épisode de sa passion avec son analyste, bien sûr, mais pas seulement. Sabina est une véritable héroïne : la psychanalyse, et le féminisme, s’honoreraient de la revendiquer. Aux aléas de sa cure, elle donne, avec dignité, sérieux, générosité, et avec beaucoup de travail, une heureuse issue. L’analyse, en la libérant des crises hystériques, libère sa personnalité et ses capacités. Elle termine brillamment ses études, et elle est, en son temps, une des rares femmes à obtenir un diplôme de médecin. Elle devient, auprès de Freud, membre de l’association viennoise de psychanalyse, publie des articles, et compte, selon lui, parmi les chercheurs les plus fiables et les plus exigeants. Dans ses contributions à l’élaboration théorique, elle apporte rien de moins que la notion d’instinct de mort. À la fin du film, mariée, enceinte, elle est déjà une des pionnières de la psychanalyse d’enfants.

Le film terminé, le noir revenu, deux lignes sur l’écran écrivent le destin de Sabina : assassinée par les nazis en 1943, avec ses deux enfants, dans une synagogue en Russie.

Et c’est à elle, à Sabina, lors d’un entretien dans le clair-obscur de son bureau chargé d’objets, que le personnage de Freud a confié sa vision lucide : « Dans cent ans la psychanalyse sera toujours décriée et vilipendée, parce qu’elle se fonde sur la réalité sexuelle, et parce que nous sommes juifs. »

Alors, A Dangerous Method ? David Cronenberg, finalement, a réalisé son ambitieux propos : « J’ai voulu faire un film sur Freud et la psychanalyse. Je vois en Jung plutôt un mystique, un leader religieux. Celui qui m’intéresse, c’est Freud, parce qu’il est athée, et que sa démarche est scientifique. » Pour mettre en images, pour donner un contenu manifeste à son désir, il a élaboré un scénario plus subtil qu’il n’y paraît. Il aura certainement parié que la vérité se reconstitue à partir de ce qui se cache sous la représentation des images. Freud en effet n’est pas le personnage principal du film, mais le pilier central, vers qui en réalité tout converge, et qui soutient secrètement la narration. Ainsi voit-on, manifestement, Jung aux prises avec son patient Otto Gross. Qui (sinon une poignée de psychanalystes) se souvient que Freud n’avait confié à Jung que la cure de désintoxication, à l’hôpital, du collègue Otto, et certainement pas son analyse ? Jung triompha de l’analyse d’Otto Gross menée à marches forcées, jour et nuit, en deux semaines (il s’en vanta auprès de Freud, abasourdi) suivies d’une totale déroute : Gross, plus fou que jamais, sauta par dessus le mur de l’hôpital, et ne reparut plus. Jung pesta contre la schizophrénie d’Otto. Freud, très réservé sur ce diagnostic fâcheux, lui exprima sa contrariété : il s’était réservé l’analyse de ce collègue exceptionnel qu’il appréciait beaucoup, de ce patient unique et irremplaçable, et désormais tout était gâché. Cela, le film ne nous le montre pas, Freud n’apparaît pas. Sa présence se révèle alors qu’il demeure dans l’obscurité, alors que Jung se substitue à lui. Elle se déduit d’une représentation de la faiblesse de Jung face à Otto, à laquelle elle s’oppose, comme elle s’impose finalement dans la cure de Sabina. C’est bien pourquoi l’affiche du film, le trio de Sabina, Jung et Freud, annonce clairement une étrange relation à trois : la présence de Freud, qui est à la fois la psychanalyse et le psychanalyste, demeure, à jamais préalable, à la relation des deux autres.

Mais alors, cher David Cronenberg, tout de même, pourquoi ce titre malencontreux, pourquoi une dangereuse méthode ? « Parce que la psychanalyse est le lieu où la clinique est intriquée à l’intime, à l’intimité des sentiments et des réactions des deux acteurs de l’expérience. En cela, ce peut être dangereux. »

Nous sommes bien obligés d’en convenir. Et comme David Cronenberg n’est pas seulement un puissant intellectuel, mais un des plus grands réalisateurs contemporains, gardons en mémoire la technique que le metteur en scène, pour filmer l’invention de la psychanalyse, a inventée : « Cela m’est venu naturellement, dit-il, dès le début du tournage. Il se trouve que nous avons tourné en premier le début du film, à l’hôpital, la première séance de Sabina avec Jung. Il s’assied derrière elle. Plutôt que d’utiliser le traditionnel champ, contre-champ, j’ai pensé montrer les deux plans dans la même prise de vue. J’avais un focus qui permettait la mise au point sur le premier plan et le deuxième plan, l’un en arrière de l’autre, en même temps. J’ai pensé que c’était intéressant, que cela créait une tension pour le spectateur. » Le résultat ? Des images d’une grande force, troublantes. Pour la première fois, on voit, en même temps, les sentiments, la surprise, l’émotion, de celui dont surgit la parole, et de celui qui l’entend.

Marie-Laure Susini
_ janvier 2012

Je suis autiste et cela n’est pas « exactement » ce que vous croyez…

Je suis autiste et cela n’est pas « exactement » ce que vous croyez…
par Miss Titi, du réseau DÉesCAa
Article du 16 mars 2012

Suite à un échange avec Martin Winckler – Médecin et écrivain (Montréal). sur 2 occurences d’utilisation inappropriée du mot « autiste », je lui ai promis d’écrire un article sur l’autisme vu de l’intérieur…

Je ne suis pas qu’autiste : je suis aussi une très jolie femme à l’aspect extérieur anormalement juvénile [1], avec un gros cerveau, tout plein de diplômes, en plus d’être une terrible pipelette…

Mais je suis autiste [2] et, donc, je n’ai pas écrit un article mais… Beaucoup !

Le gros cerveau est un cliché des autistes, il faut dire qu’en raison de l’indigence de l’éducation adaptée, seuls les plus pourvus de ce côté-là ont une chance non nulle de s’en sortir autrement que par l’internement à vie ou un placement dans un environnement protégé et sous tutelle ad vitam aeternam…

Donc, étant française, si je ne l’avais pas, il est probable que je n’aurais jamais été capable d’écrire ce texte.
Qu’est ce que l’autisme ?

Bonne question…

Vous ne vous la posez jamais en fait. Pour l’écrasante majorité des français, l’autisme est une maladie ou un handicap mental…

Malheureusement, pour beaucoup de médecins français aussi…

Ailleurs, partout dans le monde sauf en France [3], c’est un trouble neurologique qui se situe au niveau du sillon temporal supérieur (c’est nous qui soulignons)(1“).

Malheureusement, partout sur Terre, le problème est abordé de l’extérieur. Par les conséquences de ce trouble neurologique mais jamais (ou presque) par sa nature.

Parce que nous ne sommes pas crédibles en tant que « fous », vous n’écoutez que les témoignages qui vont dans votre sens : comme « type de personnalité », ou « manière d’être » ou encore, pour les plus en retard d’entre vous « TOC », « dépression », « psychose infantile »…

Moi, il se trouve que je ne présente rien de tout cela [4]…

Pourtant, je suis autiste. Mais mes chances ont été :

– mon gros cerveau

– un papa à gros cerveau (et merveilleux, comme tous les papas de petites filles)

– la culture de mon merveilleux papa où les cotés différents d’un autiste peuvent passer pour de l’originalité…

Parce qu’en fait, de l’intérieur (et ceci est donc mon opinion personnelle issue de mon vécu personnel de la situation), l’autisme c’est de la malperception des signaux issus des êtres humains…

Un bébé autiste, car on est uniquement autiste de naissance, ne distingue pas le bruit d’une chaise de la voix de ses parents… Du moins pas sans le concevoir de façon consciente (ou quasi).

Du coup, seuls les plus intelligents y arrivent tout seuls [5]…

C’est comme si les être humains avaient 2 canaux de traitement des signaux…

Un canal pour le tout venant, un autre spécifique à l’humanité.

Un enfant autiste est donc obligé de traiter les signaux humains au milieu des bruits de chaises, les cris des autres enfants, le bruit de l’eau, du vent… Et je comprend que, souvent, les enfants autistes n’y arrivent pas….

Pour faire une analogie, c’est comme un ordinateur qui aurait 2 cartes d’acquisitions de données… Une spécialisée pour les traitements les plus complexes et une pour tout le reste.

Si la carte spécialisée est en panne, alors c’est l’autre qui prend le relais mais alors il faut faire le tri derrière.

Mais bien sur c’est très lent !

Dans l’autre sens, vous avez presque tous acheté un ordinateur et glosé à n’en plus finir sur la carte graphique… Sans cette carte impossible de visionner un DVD ou de jouer confortablement.

Et bien pour nous, c’est pareil : nous ne vous percevons pas bien… Vous êtes totalement « noyés » au milieu des bruits de tuyaux d’eau, celui du réfrigérateur, du congélateur, du four, de la musique, même lointaine, et aussi des couleurs qui vous environnent, des autres odeurs…

Être un bébé autiste, c’est être né et essayer de grandir dans un monde sans aucun être humain autours. Du moins, sans possibilité de les distinguer naturellement du reste du monde.

Je suis mal-voyante, mal-entendante, mal-percevante de naissance et c’est le cas de tous les autistes [6].

Conséquences de l’autisme et non symptômes

Avez vous vu des reportages sur des enfants sauvages ou séquestrés dans un placard ?

Ces enfants « normaux » élevés sans contacts humains suffisants en qualité et en quantité ?

Combien d’entre eux parlent ils ? Et s’ils parlent, ont ils une expression appropriée ?

N’ont ils pas des TOC ? Des balancements, destinés à compenser le stress de leur solitude ? Est qu’ils ne pratiquent pas l’auto-agression pour certains ?

Ne sont ils pas « agités » ? Voire égoïstes et anxieux ? N’ont ils pas des troubles relationnels ?

J’aimerais savoir pourquoi un bébé autiste qui n’a pas les moyens de percevoir son entourage humain ferait mieux qu’un bébé normal abandonné ou reclus hors de toutes interactions humaines ?

Pourquoi exigez vous cela alors que la situation est similaire du point de vue de l’enfant concerné ?

Est ce que vous vous rendez compte que de, mon point de vue, j’ai été un bébé solitaire pleurant jusqu’à l’évanouissement [7] sans qu’aucun être humain perceptible ne vienne s’occuper de moi ?

N’est ce pas que vous être encore en train de nous traiter comme les aveugles ou les sourds qui furent longtemps soupçonnés de déficience intellectuelle et de maladie mentale ?
Conséquences mal connues des non autistes

Compenser notre handicap sensoriel nous demande d’énormes efforts. Ceux qui ont de la chance ont bénéficié des méthodes comportementalistes suffisamment jeunes. Ces méthodes permettent de mettre en place des automatismes.

Ils sont appris, pas innés, mais ils ont l’immense intérêt de l’automatique et donc du « sans y penser » ce qui est similaire à la fonction naturelle… Même si loin d’être parfait c’est déjà ça.

Méthode de compensation lourde et effet sur la mesure de l’intelligence

Les autres et qui sont parvenus à apprendre à parler seuls se sont souvent débrouillés seuls.

C’est seuls qu’ils ont inventé leur méthode de compensation… C’est à dire avec trop peu de feed-back de personnes ayant leur sillon temporal supérieur parfaitement fonctionnel.

Du coup, le seuls automatisme c’est celui du « chantier » permanent : test, erreur objective, recherche d’explication, construction d’une nouvelle approche, test…

Et le résultat est à chaque fois une « usine à gaz ». Je trouve toujours étonnant l’émerveillement des personnes « normales » devant la complexité du mécanisme créé. À les entendre ce serait une marque de supériorité [8]…

Pourtant, les autistes ne peuvent bien souvent pas obtenir de cotation de leur QI valide [9].

Pourquoi ? Parce que les test de QI caractérisent différents item composants la mesure de l’intelligence et que si une personne normale a en général des notes proches sur ces différentes composantes, une personne autiste a des notes très différentes les unes des autres ce qui invalide le modèle de mesure.

Mon idée, là dessus, est que la création et le fonctionnement des méthodes « maison » et non automatiques de compensation « pompe » des ressources. Un peu comme un ordinateur doté d’une carte graphique faiblarde se reporte sur la mémoire vive de l’ordinateur et rame lamentablement même vis à vis d’un engin peut être moins puissant mais à la carte graphique « top ».

Donc, non ce n’est pas de la supériorité, c’est juste épuisant de ramer toute la journée et malheureusement c’est un automatisme : nous sommes 100% du temps préoccupés par comment percevoir vos signaux et c’est notre activité mentale principale quelle que soit notre contexte par ailleurs.

Du coup, même lorsque nous participons aux tests de QI, qui sont supposés être sans enjeux relationnels, nos ressources mentales sont dévorées par notre programme « maison », perpétuellement en redéveloppement…

Écoutez cette description d’une méthode de compensation « maison » parmi tant d’autres : http://www.inrees.com/podcasts/Auti….

Vous ne trouvez pas ÉPUISANT de faire cela TOUT LE TEMPS ?

J’utilise ma propre méthode. Elle est différente, mais je peux vous assurer qu’elle n’est pas moins prenante…
Se promener sans canne blanche au milieu d’un échangeur d’autoroute…

Ceci est l’image que j’ai employée pour faire comprendre à un ami aveugle le ressenti d’une réunion avec des inconnus pour un autiste.

Les autres envoient des signaux que nous ne percevons pas bien. Ils pensent que nous les interprétons aussi bien qu’eux même les perçoivent. Et ils attendent de notre part des signaux en retour.

Sauf que nous ne les voyons pas très clairement…

Donc nous n’y réagissons pas (ou de façon imparfaite).

Donc nous sommes des enfoiré(e)s / égoïstes / indifférent(e)s / salopard(e)s / je m’en foutistes / pas intéressé(e)s…

Donc nous faisons l’objet de réponses, voire de « mesures de rétorsion », totalement soudaines et incompréhensibles, vu que nous aurions dû savoir / voir / comprendre… Sauf que nous sommes autistes et que donc nous n’avons rien vu au propre comme au figuré.

Donc, nous appréhendons les personnes inconnues, parce qu’il y a toutes les chances que nous leur « marchions sur les pieds », relationnellement parlant, avant de les connaître assez pour moins mal interpréter leurs signaux…

Donc nous faisons tous, plus où moins, de la phobie sociale à force de se faire bouler sans arrêt et sans savoir pourquoi [10].

Le pire c’est qu’à force d’inhabileté sociale, les effets étant cumulatifs, nous avons souvent même des problèmes avec la lecture entre les lignes par écrit ! Lecture dont tous les autres sont de tels experts qu’ils ne se rendent même pas compte qu’ils la pratiquent.

On nous reproche souvent d’apprécier les environnements stables. Je ne pense pas que vous vous rendiez compte à quel point l’environnement est instable et imprévisible rien que parce que vous attendez de nous que nous devinions vos pensées et en particulier vos émotions sans vous percevoir clairement.
Hyper-sensibilité sensorielle

Nous traitons les informations par le même canal que tout le reste. Donc inconsciemment nous « tendons l’oreille » en permanence pour vous percevoir… Sauf que cela augmente le volume de tout ce que nous percevons. Donc nous sommes sensoriellement hyper-sensibles et c’est très pénible tout ce bruit, ces images, etc.

Merci de ne pas essayer de nous inviter dans un restaurant bondé sur une table en plein courant d’air… Nous risquons d’avoir du mal à cerner ce qui se passe et de ne pas trop apprécier même si c’est le meilleur du coin…
Burn-out

J’espère que vous avez compris qu’être autiste et se débrouiller tout(e) seul(e) c’est un énorme effort. Jeune parfois nous faisons illusion et puis nos erreurs peuvent passer pour de « l’adolescence ».

Plus âgé(e)s, les exigences sociales deviennent plus fortes et la tolérance moindre.

Cependant que nous vieillissons. Nous n’avons souvent plus la force d’accomplir les même prouesses.

Nous sommes donc épuisés avec la spirale de dé-socialisation que cela implique pour ceux et celles qui étaient parvenu(e)s jusque là.

Tous les autistes de ma classe d’âge que je connais sont fatigués.
Peur des « soignants »

Donc, je vis dans un pays qui considère largement mon handicap sensoriel comme, au mieux, un handicap mental [11] au pire une maladie mentale à guérir à tout prix et qui encore massivement applique :

la torture mentale, aka la psychanalyse pour tenter de me faire découvrir pourquoi j’aurais décidé de me fermer au monde alors que, si j’avais eu le choix, mon sillon temporal supérieur serait parfaitement irrigué…
la torture physique officiellement pour nous « soigner », en vrai pour maintenir un semblant d’ordre face à l’échec de la technique massivement employée…

Du coup, je me méfie des « soignants » et je ne suis pas la seule autiste dans le cas.

Un peu comme une aveugle qu’on tenterait constamment de psychanalyser pour lui faire découvrir comme elle a « décidé » d’être mal-voyante sous menace, en cas d’échec [12], de se retrouver fouettée à la cane à pêche [13], de subir des douches froides, d’avoir la tête plongée sous l’eau ou d’être enveloppée dans des draps mouillés passés au congélateur [14].

Il faut dire que je ne suis pas du tout masochiste. Mais alors PAS DU TOUT !

Bien sûr, ce genre de perspective « thérapeutique » me file les jetons [15]… Et, comme je suis bilingue anglais, et ai une culture scientifique et que j’ai égoïstement lu l’état de la recherche sur l’autisme, j’ai aussi peur pour mes enfants, si j’en ai un jour, car l’autisme est d’origine génétique.

Dès que j’entends les mots « suivi psychologique [16] », je m’enfuie donc en courant… Et je suis étonnée que vous ne compreniez pas pourquoi [17].

Je dois aussi dire que je ne suis pas la seule.

Je connais des parents autistes qui s’appercevant qu’un ou plusieurs de leurs enfants le sont évitent soigneusement de les faire diagnostiquer ou de passer dans le système public de soin et de compensation du handicap, par peur de les voir placés, voire d’être eux-même internés en tant que mauvais parents transmettant leur pathologie par contact… Comme si les parents aveugles d’enfants aveugles étant particulièrement dangereux pour l’avenir de leurs enfants…

De même, je connais des autistes qui ont compris qu’ils l’étaient parce qu’un ou plusieurs de leurs enfants ont été diagnostiqués et qui ont expressément refusé de demander une ALD et-ou la reconnaissance de leur handicap afin de rendre impossible des actions de soins à la fois inadéquats et forcés et surtout aux conséquences tragiques pour eux-même et toute leur famille…

Parce qu’il n’y a AUCUN signal explicite comme quoi un tel enchaînement serait totalement impossible.

Par Miss Titi du réseau DÉesCAa

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L’inscription au forum est nécessaire pour intervenir. Tous les membres le peuvent y compris les non autistes.

La suite de mon témoignage sur mon autisme vu de l’intérieur : Dans 1 semaine !

Quelles techniques de compensation sont adaptées à mon autisme ?

[1] comme une majorité d’autistes, on m’attribue fréquemment entre 10 et 20 ans de moins que mon âge réel

[2] si si !

[3] j’exagère mais beaucoup de professionnels de l’autismes n’y croient pas… et les chercheurs sur cette pistes ont des financements ridicules

[4] du moins pas à un niveau « gênant »

[5] sauf si leur merveilleux Papa passe un temps fou à tout leur expliquer

[6] du moins, je le pense !

[7] c’est le spasme du nourrisson, un « symptôme » fréquent de l’autisme

[8] Parce que c’est bien souvent un exploit intellectuel… Juste pour savoir si on nous sourit ou nous « fait la gueule »

[9] au delà des querelles sur les méthodes de calcul, leur cohérence entre elles et leurs hypothèses d’applications

[10] parce que si « on » voulait bien nous dire pourquoi, nous on progresserait, mais non, nous devons nous « remettre en question » et deviner ce qui se passe sans qu’on ai à nous le dire

[11] cognitif pour ne fâcher personne en utilisant un mot rare qui au fond revient au même

[12] et je crois pas à la moindre réussite dans ce domaine

[13] ça ne se fait plus, mais j’ai plus de 40 ans et ce fut le cas, lorsque j’étais enfant

[14] en France, cela se pratique encore ! Et les équipes soignantes d’obédiences psychanalytiques se battent pour pouvoir continuer alors que l’influence d’Internet permet aux victimes ou à leurs parents de comprendre que nous sommes face à une exception culturelle française de justification perverse de la torture

[15] même si je sais que, du point de vue des gens normaux, ce « cheminement » n’est pas mis en œuvre consciemment de leur part

[16] souvent sous-entendu : psychanalyse

[17] pourtant, mon ouverture d’esprit typiquement autiste fait que je connais des gens qui m’ont dit être sadiques et qui, eux, savent parfaitement que tous le monde n’aime pas être torturé

  • 1 La note 3 qui accompagne ce propos annule quasiment sa validité. On voit combien la question demeure obscure, ce qui ne l’empêche pas, loin de là, d’être passionnée.

Autisme et psychanalyse : les véritables enjeux

Autisme et psychanalyse : les véritables enjeux

Par Eric Laurent Psychanalyste

Nouvel Observateur, 14 mars 2012

LE PLUS. Le débat fait rage ces derniers temps autour de la prise en charge thérapeutique de l’autisme, après la publication d’une recommandation par la Haute Autorité de Santé qui met les psys en défaut. Retour sur les éléments et les questions que pose ce débat avec Éric Laurent, psychanalyste, ancien président de l’Association mondiale de psychanalyse.

Edité par Henri Rouillier

L’autisme a reçu du gouvernement le label “Grande cause nationale 2012”. Depuis lors, des associations de parents d’enfant autistes soutiennent une campagne de presse sur le thème “la guerre est déclarée à la psychanalyse”. Cette campagne, préparée par des professionnels, caricature la psychanalyse pour proposer les seules thérapies comportementales comme solution adaptée à l’autisme dans son ensemble, et sur toute l’étendue de son spectre.

rien n’est pour l’instant confirmé

Elle réduit la position des psychanalystes à une thèse ridicule : la cause de l’autisme est une faute parentale, spécialement de la mère. L’opération est couverte par le recours à la science qui aurait démontré la cause biologique. Pourtant, le dernier numéro de “Nature” consacré à cette question, en novembre 2011, concluait que rien n’est pour l’instant confirmé, dans les nombreuses hypothèses émises sur la cause de l’autisme.

Deux approches différentes : psychanalyse et techniques comportementales

En France, les traitements des sujets autistes, inspirés par la psychanalyse, tiennent compte des avancées de la science, utilisent les médicaments adéquats, recommandent l’inscription des enfants dans des institutions qui leur conviennent le mieux, et dans une école où l’on puisse adapter les apprentissages. Ils mettent l’accent sur une approche relationnelle, à partir des signes d’intérêt manifestés par l’enfant. Non pas une stimulation-répétition pour tous, mais une sollicitation sur mesure. Un exemple : un enfant avait comme objet exclusif de son intérêt un bâton, qu’il traînait et agitait autour de lui. Une première approche, comportementale, voulait à tout prix le lui faire lâcher, provoquant angoisse et cris.

Dans une approche d’inspiration psychanalytique, on est parti de l’existence de cet objet élu et les intérêts de l’enfant ont pu ainsi se développer à partir de son objet, considéré non pas comme un obstacle mais comme un appui pour ses inventions. Dans ce cas, une rencontre s’est produite entre le bâton et le battant de la cloche de l’église voisine qui fascinait par sa grosse voix. Puis intérêt pour les heures où sonnait la cloche. Puis pour les aiguilles de l’horloge. De là, s’est ouvert un passage vers les chiffres, d’abord abordés concrètement : 12 heures, puis 24 heures, puis 60 minutes dans une heure. Enfin, l’enfant a pu passer aux apprentissages arithmétiques à l’école. L’orientation psychanalytique accompagne les enfants autistes sur les chemins de traverse qu’ils peuvent emprunter pour accéder aux apprentissages.

[Image : Sans titre]

Le centre pour jeunes autistes Albert Camus, à Villeneuve-d’Ascq, le 14 novembre 2008 (B.CHIBANE/SIPA).

traitements comportementaux : objections et limites

Aux USA, les traitements comportementaux rencontrent des objections et des limites : éthiques, économiques et épistémologiques. L’objection éthique porte sur le nombre et l’éventail des punitions à exercer pour forcer la concentration du sujet. Au Canada, pays spécialement sensible à la protection des communautés, l’objection est allée jusqu’à considérer l’imposition de comportements comme une atteinte aux droits du sujet autistique.

traitement standard est évalué à 60 000 $ par an

Entre les deux positions radicales, on trouve toute une série d’approches mixtes, comme 3i et Floortime qui souhaitent s’éloigner de techniques rigides, pour solliciter les particularités de l’enfant. Les résultats de l’apprentissage rigide intensif se maintiennent mal au-delà du cadre strict dans lequel ils sont administrés. L’objection économique est qu’un traitement standard est évalué à 60 000 $ par an. Les associations de parents conquis par ces méthodes ont essayé de les faire rembourser. La Californie a refusé ce remboursement, ainsi que la Colombie britannique au Canada. Enfin, l’approche ABA est sujette à discussions du point de vue des études randomisées. L’équipe canadienne du neuroscientifique Laurent Mottron le souligne. Il suffit de ne pas se laisser fasciner par les résultats des méta-analyses, de s’intéresser à l’histoire des méthodes comportementales, à l’inclusion ou non des études admettant les punitions, et aux types de punitions admises, pour que l’évidence chiffrée recule.

Une proposition de loi minoritaire

Partisan résolu de ces méthodes, le président d’Autistes sans Frontières, Vincent Gerhards, grand professionnel des medias et des relations publiques, a ouvert le 12 janvier les premières rencontres parlementaires sur l’autisme organisées par Daniel Fasquelle, député du Pas de Calais. Ces rencontres parlementaires, dans leur organisation, étaient agencées pour conclure sur le dépôt d’une proposition de loi, le 20 janvier. Elle stipulait que “les pratiques psychanalytiques, sous toutes leurs formes, doivent être abandonnées dans l’accompagnement des personnes autistes“. C’était vouloir “dicter leurs choix thérapeutiques à des médecins psychiatres et pédopsychiatres“, comme le dit sa collègue Edwige Antier, pédopsychiatre et députée UMP de Paris.

La plus grande association de parents d’enfants, l’UNAPEI première fédération d’associations française de représentation et de défense des intérêts des personnes handicapées mentales et de leurs familles, créée en 1960, qui rassemble 600 associations, s’est opposée à cette proposition.

Le débat n’est pas réductible à une querelle de chiffres

Le rapport de la Haute autorité de Santé (HAS), publié le 8 mars 2012 répète ses avis de 2010 et 2011, en faveur de l’approche comportementaliste, et développe le biais connu de cette institution envers la standardisation sous toutes ses formes. Quand il n’y a pas de données chiffrées selon les protocoles, on ne peut plus conclure. Cela donne dans le style HAS : “l’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques, ni sur la psychothérapie institutionnelle.“

dans une grande misère de moyens

La HAS est traversée d’opinions très opposées entre le petit groupe des chercheurs peu cliniciens, ou cliniciens de laboratoires, et les représentants de la grande majorité des praticiens psychiatres qui traitent effectivement les enfants/adolescents autistes, dans une grande misère de moyens. Les débats entre le petit nombre et le grand nombre auraient dû être réduits au silence par la magie du chiffre. Ce silence est impossible à atteindre. Les divergences d’interprétations des données fournies par les séries statistiques de l’Evidence Based Medecine (EBM) demeurent irréductibles.

Pallier le déficit démocratique inhérent aux bureaucraties

Dans la navette entre “comité de lecture” et “groupe de pilotage”, toutes les tensions se sont accumulées. Le député Fasquelle parle de “pressions” qui s’exercent sur la HAS sans doute parce qu’il considère que tout est groupe de pression en dehors de lui-même et ses amis. Le résultat de ces compromis est que les thérapies inspirées par la psychanalyse sont des “interventions globales non consensuelles“. Ce truisme montre bien que ce vaste système a accouché d’une souris.

En situation d’incertitude, il est crucial de préserver l’espace du débat démocratique. On sait le goût, en Europe, des bureaucraties de tous ordres se pensant comme les guides sûrs de l’administration des choses, guidant les peuples, s’il le faut à leur insu, vers des solutions parfaitement calculées. Nous souffrons clairement d’un déficit démocratique qui ne cesse de se manifester dans les différents scandales qui traversent le milieu psy depuis la régulation abusive des psychothérapies en passant par le plan de la prévention précoce de la délinquance, objet de la pétition Pas de zéro de conduite à 3 ans.

Commençons par réformer ces Hautes Autorités

Nous nous sommes souvent gaussés, de ce côté-ci de l’Atlantique, du choix américain de soumettre le remaniement du champ psy à des votes au sein de l’American Psychiatric Association. Le système européen des agences “indépendantes”, est sans doute, sous nos yeux, en train de trouver ses limites. Nous ne pouvons plus continuer à coup de “méthode de consensus formalisé” et d’assertions du type “Il convient de rappeler quelques faits qui ne sont pas contestables“. Nous sommes dans un champ qui ne nous permet pas ces facilités. Commençons par réformer ces Hautes Autorités faites pour réduire au silence le débat démocratique.

La psychanalyse est devenue dogmatique, c’est son erreur

La psychanalyse est devenue dogmatique, c’est son erreur

Par Boris Cyrulnik Psychanalyste

in Le Nouvel observateur – 15 mars 2012

LE PLUS. Un rapport de la Haute autorité de santé a mis les psychanalystes en défaut et désavoué leurs pratiques thérapeutiques dans le traitement de l’autisme. La colère des parents d’enfants autistes a fini par faire éclater une guerre jusqu’alors larvée. Pour le psychanalyste Boris Cyrulnik, ce conflit vient aussi du manque de remise en question de la discipline.

Par Boris Cyrulnik Psychanalyste

Edité par Daphnée Leportois Auteur parrainé par Claude Weill

Quand la psychanalyse est née, à la fin du XIXe siècle, jamais on aurait pensé qu’elle deviendrait un jour une arme idéologique.

[Image : Sans titre]

Sigmund Freud à côté de son fameux divan (Sigmund Freud Museum/SIPA)

Avant les années 1960, on nous apprenait qu’il ne fallait surtout pas que la psychanalyse entre à l’université, où le pouvoir risquerait de lui faire perdre son aspect subversif. À partir des années 1970, il était difficile de devenir enseignant à l’université, ou même d’obtenir un poste d’attaché dans un service hospitalier, sans appartenir à l’association psychanalytique qui se partageait les emplois.

De l’exploration du continent intime à l’arme idéologique

La découverte de Freud ne servait plus à explorer le continent intime, ce n’était plus seulement un outil de découverte et de soin, la psychanalyse était devenue une arme pour prendre le pouvoir dans les formations, accéder aux revues qui facilitaient les carrières et donnaient la notoriété qui remplissait les cabinets.

Comment une telle dérive a-t-elle été possible ? Il y a quelques mois, j’ai été invité à Genève, à participer à une réflexion sur “Psychanalyse et linguistique”. Les communications les plus authentiques se font le soir au restaurant, bien plus qu’au micro des tables rondes officielles. Un jeune universitaire confie :

“On devrait interdire la psychanalyse. Pendant les six mois où j’ai tenté de faire une cure, je pensais à la mort sans cesse. C’est miracle que je ne me sois pas suicidé.”

Stupeur autour de la table, car la femme de l’enseignant qui organisait la rencontre dit à voix haute :

“Moi, je pensais sans cesse à me suicider. C’est un miracle que je ne sois pas passée à l’acte. Le désir de me détruire a disparu, dès la première séance, et n’est jamais revenu.”

On aurait pu faire de ces témoignages une réflexion ou une hypothèse de recherche, ce n’est pas ce qui s’est passé. Il a fallu choisir son camp : escroquerie ou sauvetage ?

Quelques semaines plus tard, une de mes amies, mère d’un autiste, me confie sa difficulté d’avoir à vivre avec un tel enfant et me raconte les insupportables humiliations infligées par les psychanalystes à qui elle demandait conseil. Stupeur dans le petit groupe d’amis, où une autre mère raconte l’apaisement apporté par les psychanalystes.

Ce genre de conflit a été exacerbé quand, à la fin d’un rapport Inserm qui évaluait les psychothérapies, les chercheurs s’apprêtaient à publier que c’était la psychanalyse qui obtenait les résultats les plus fragiles. Fureur de certains grands noms, qui firent intervenir le ministre de la Santé pour interrompre le travail avant sa publication (1“).

Résilience et psychanalyse ne s’opposent pas

À force d’être agressés et rendus coupables d’avoir provoqué l’autisme de leur enfant, une association de parents a réalisé une enquête dans les pays étrangers et a découvert que les méthodes de psycho-éducation parvenaient à améliorer beaucoup de petits malades. Les parents demandent aujourd’hui que ces méthodes soient évaluées en France. On leur répond que ces méthodes sont le fait des dresseurs comportementaux et que seule la psychanalyse respecte ces enfants.

Les témoignages de parents accusés s’accumulent, en même temps que les publications d’autistes améliorés parviennent au public et aux parents désespérés. La Haute autorité de Santé (HAS) est alors requise pour remettre un rapport : c’est défavorable à la psychanalyse !

Comment cette belle aventure intellectuelle qui nous offre un outil de compréhension et de soins a-t-elle pu en arriver à une telle catastrophe ?

prise de pouvoir dogmatique

Au lieu d’en faire une démarche scientifique, donc évolutive et réfutable, certains élèves de Freud en ont fait une arme de prise de pouvoir dogmatique. Ceux qui ne récitaient pas les mêmes “versets” psychanalytiques que les chefs ont été privés d’enseignement, de publications et de rencontres, comme c’est arrivé à John Bowlby, alors qu’il était pourtant président de la Société britannique de psychanalyse.

Quand une théorie excommunie ceux qui posent de nouvelles questions, elle se renforce, puisqu’elle exclut les hérétiques. Mais en devenant dogmatique, elle se désadapte, ne répond plus aux demandes de ceux qui souffrent et s’écroule à la moindre bousculade. C’est ce qui s’est passé avec les évaluations récentes de l’Inserm et de la HAS.

psychanalystes non-sectaires

C’est ainsi que la théorie de l’attachement a été longtemps repoussée avant de finir par s’imposer dans toutes les revues et les universités. C’est ainsi que la réalité du traumatisme a été reconnue, pas seulement son fantasme. C’est ainsi que la résilience conquiert les universités et les groupes de recherche… grâce aux psychanalystes non-sectaires, ceux qui aiment évoluer et se frotter aux idées nouvelles.

L’attitude idéologique a mené au pouvoir, grâce aux certitudes que donnent les dogmes. On a donc accusé les mères d’être responsables de l’autisme de leur enfant et certains psychanalystes en poste ont empêché l’acquisition de nouvelles idées psychanalytiques. Il a fallu passer par d’autres institutions pour dire que les mères n’étaient pas responsables, que d’autres psychothérapies pouvaient apporter un bénéfice et que la résilience n’était pas opposée à la psychanalyse [la mise en gras de cette phrase est de la Rédaction].

simplement dessiner les limites

Cette posture idéologique était même devenue quotidienne : chaque fois que je cherchais à tracer les limites et les échecs de la résilience, certains me demandaient “Pourquoi agressez-vous votre propre théorie ?”. Je ne l’agressais pas, je souhaitais simplement dessiner les limites, comme on doit le faire pour tout nouveau concept. Car le succès de la résilience, son entrée dans toutes les universités et les contresens que l’on entend parfois nécessitent une mise au point scientifique[1].


[1] C’est ce que nous avons projeté de faire, en réunissant à Paris, plusieurs centaines de chercheurs, de quinze pays différents, pour le premier Congrès mondial de la résilience, les 7-8-9-10 juin 2012 à Paris, espace Reuilly.

  • 1 Plus précisément Jacques-Alain Miller obtint, collatéralement lors d’un entretien à l’initiative du ministre Philippe Douste-Blazy – celui qui reconnut officiellement la psychothérapie relationnelle, que les résultats de l’enquête Inserm soient retirés du site du ministère de la Santé, où ils faisaient fallacieusement autorité.

Philosophie – Daniel Ramirez soutient sa thèse

Daniel Ramirez vous invite à assister à la soutenance de sa thèse :

Identité culturelle et dimension éthique. Une réflexion à partir de la pensée de Charles Taylor

qui aura lieu à 14:30 le mercredi 28 mars 2012

LIEU : En Sorbonne, salle J636, 3ème étage,
escalier G, 54 rue saint Jacques
75005 Paris

Venez nombreux le soutenir et apprécier.

La Haute Autorité est tombée bien bas !


La Haute Autorité est tombée bien bas !

Une nouvelle tartufferie

mener une recherche sur une pratique désavouée

Le collectif des 39 prend acte des dernières décisions de la Haute Autorité de Santé (HAS) concernant l’autisme, et qui interdit de fait le packing « sans exception », sauf dans le service du Pr Delion où une recherche est en cours depuis deux ans à la demande du ministère de la Santé… Ainsi une décision est prise sans attendre les résultats de ce travail important qui sous la pression de lobbies dictant leur conception de la maladie, imposent de se détourner du soin. Nous soutenons avec force notre collègue Pierre Delion, pris au milieu de cette tourmente, et de cette double contrainte : mener une recherche sur une pratique désavouée par la HAS !

loin de se limiter à l’autisme

Mais comme nous le pressentions, cette affaire est loin de se limiter à l’autisme, bien loin de s’appuyer seulement sur le lobby de certaines associations de parents, se plaignant d’un manque d’accueil de certains praticiens, de certains dogmatismes.

en finir avec une psychiatrie adossée à la psychanalyse

Le scandale de l’insuffisance de moyens, de lieux d’accueil et de prises en charge intensive n’est absolument pas pris en compte.

Dès l’annonce de la décision, le président de la HAS a affirmé qu’il s’agissait d’en finir avec une psychiatrie adossée à la psychanalyse et qui serait incapable de faire ses preuves.

contre la psychiatrie relationnelle

Le propos, s’il a le mérite de la clarté, se présente comme une véritable déclaration de guerre contre la psychiatrie relationnelle. Il bascule même dans un négationnisme, occultant les plus de soixante années de travaux, de recherche, de résultats thérapeutiques que nous devons à Françoise Dolto, Maud Mannoni, Tony Lainé et Roger Misés pour ne citer que les plus illustres praticiens français reconnus dans le monde entier.

Le président de la H.A.S. qui avait aussi masqué ses conflits d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique, vient rejeter la psychiatrie que nous pratiquons, ouverte sur l’altérité, ouverte sur tous les autres champs du savoir, dans sa prise en compte du transfert, de l’inconscient et le du désir humain.

Si nous avons à rappeler après la mise en place de la loi indigne du 5 juillet 2011 que les patients ne sont pas des criminels potentiels, bons à enfermer ou à traiter de force à domicile, nous sommes aujourd’hui confrontés à l’extrême violence d’une volonté d’éradication de la psychanalyse et de la psychothérapie institutionnelle, d’une psychiatrie où la dimension relationnelle est au cœur de tout processus de soins, où la dimension psychopathologique n’est pas déniée ou rejetée.

Aujourd’hui le packing, et demain l’interdiction de tout ce qui tisse la vie quotidienne et relationnelle dans les institutions : les médiations qui s’appuient sur les activités thérapeutiques, les repas pris en commun, les ateliers d’expression et de création etc.

évaluation, “preuve” vs. désir

Tout ce qui ne peut être « évalué » dans l’immédiateté, dans la « preuve » par des chiffres, des statistiques, et qui se trouve en rapport avec l’inestimable du désir humain, se trouve ainsi invalidé explicitement par la HAS !

Nous nous trouvons sous le coup d’un « interdit professionnel » et d’une « police de la pensée » où il s’agirait de bannir tout un pan du savoir humain. Cet interdit s’applique de facto aux familles et aux patients qui seraient demandeurs d’une thérapie autre que celles recommandées par cette instance.

Ne nous y trompons pas, ce diktat tente de discréditer une conception de l’humain qui considère que tout homme ne peut en aucun cas se réduire à être un tas de molécules ou un objet à adapter ou à rééduquer.

envahissement d’une bureaucratie abêtissante

Les recommandations, les accréditations, les protocoles et certifications nous imposent un carcan étouffant toute initiative soignante, l’envahissement d’une bureaucratie abêtissante, la mise en place d’un système à même de nous empêcher de soigner.

Ainsi après les ridicules recommandations de bonnes pratiques sur les TOC et la dépression, où tout référence psychopathologique est soigneusement évitée, L’HAS démontre à nouveau sa partialité, son incompétence, son pouvoir de nuisance.

idéologie implacable

Un pas supplémentaire vient d’être franchi :

La HAS et son président se discréditent complètement

En posant ces actes la HAS se révèle au grand jour comme l’instrument d’une idéologie implacablement réductionniste, dégradante et régressive.

C’est pour ces raisons que nous demandons aux candidats à l’élection présidentielle de se prononcer (entre autres) sur :

mise en normes des pratiques, protocolisées et homogènes

L’arrêt immédiat de tous les processus d’accréditation et de certification, des recommandations de “bonne pratique “ et “des conférences de consensus”, validés dirigés et imposés par l’HAS, dont l’objectif d’une mise en normes des pratiques, protocolisées et homogènes, est anti thérapeutique, destructeur des soins et constitue un obstacle majeur à des soins psychiques de qualité.

Aussi le meeting du samedi 17 Mars revêt-il une importance cruciale au cœur de cette campagne électorale. Les soignants, les familles et patients qui sont au programme, avec des scientifiques et des philosophes, vont expliquer les raisons de leur refus d’une instrumentalisation de la science. Nous réaffirmerons notre mot d’ordre d’arrêt de toute cette folie évaluatrice et normative.

Le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire

Les 39 à Montreuil pour penser et agir

[Image : Sans titre]

– Tu viens au meeting ?

– Non. Je ne veux même pas savoir où c’est.

– C’est le samedi 17 mars 2012 à Montreuil, à la Parole Errante, de 9 heures à 18 heures

– Je ne viens pas

– Mais tu fais quoi ce samedi 17 ?

– Je dors, j’en ai ma claque! Imagine mes journées: je les passe derrière un écran, et je ne parle plus aux patients. Vois-tu, j’ai mis environ une demie-vie pour apprendre à leur parler. Ou plus exactement ce sont eux, ceux qu’on dit fous, qui m’ont appris à parler. Ça prend du temps ! Et maintenant, à toute allure, on t’oblige à effacer ce que tu as mis ta vie à apprendre.

– Mais justement ! Viens au meeting. C’est pour penser et c’est pour agir !

– Trop tard. C’est foutu. Faut être conscient, quoi ! C’est fini, la psychiatrie ! Maintenant, c’est protocole et compagnie. Alors le programme pour moi, samedi 17 mars, ce sera sieste.

– Tu rêves de quoi, dans tes siestes ?

– Ouh là là, ça fait un moment que je n’ai plus de rêves…. mais des cauchemars…. un monde sans mots… c’est à dire où les mots ne sont plus des mots mais des comprimés… à prendre à heures fixes sous peine d’être catapulté hors du système…. définitivement seul….

– Ah mais ce n’est pas un cauchemar, c’est la réalité ! Ici et maintenant !! Et c’est le sujet du meeting: démonter ces discours qui veulent se faire passer pour de la science. C’est la guerre des mots ! Et il vaut mieux se battre à plusieurs si on veut faire autre chose que de s’empoisonner avec.

– Tu crois qu’il reste une chance ?

– Bien sûr, il reste une chance

– surtout si on s’en saisit !

Patricia Janody


ET A CE MEETING NOUS POURRONS ENTENDRE:

– SERGE PORTELLI, VICE PRÉSIDENT DU TRIBUNAL DE PARIS

– RAZZY HAMMADI, SECRETAIRE NATIONAL DU PS AUX SERVICES PUBLICS

– SYLVIANE GIAMPINO, PRÉSIDENTE DE ZERO DE CONDUITE

– PIERRE DARDOT, PHILOSOPHE, CO AUTEUR DE “LA NOUVELLE RAISON DU MONDE

– JACQUELINE BERGER, AUTEUR DE “SORTIR DE L’AUTISME”

– FRANÇOIS GONON, NEUROBIOLOGISTE

– ANDRE CORET, PHYSICIEN

– LE PROFESSEUR PIERRE DELION

– DES REPRÉSENTANTS DE MESSIEURS HOLLANDE, MELENCHON, POUTOU ET DE MADAME JOLY, CANDIDATS A L’ELECTION PRESIDENTIELLE

– PIERRE JOXE , ANCIEN MINISTRE DE LA DÉFENSE ET DE L’INTÉRIEUR, ET BIEN SUR DES SOIGNANTS, DES PATIENTS, DES PARENTS…


ALORS TOUS AU MEETING DU 17 MARS !