Titre de psychothérapeute – dispense pour les psychologues ?

Paris le 11 décembre 2011


Dispense totale de formation à la psychopathologie pour tous les psychologues

La modification des annexes du décret portant sur le titre de psychothérapeute est en cours de signature dans les deux cabinets des ministères concernés (santé et enseignement supérieur).

La dispense est totale pour les titulaires du titre de psychologue qui ont accompli le stage professionnel prévu à l’article 1er du décret n°90-255 du 22 mars 1990 dans les conditions de l’article 4 du présent décret Pour les titulaires du titre de psychologue ne pouvant justifier de l’accomplissement du stage professionnel prévu à l’article 1er du décret n°90-255 du 22 mars 1990 dans les conditions de l’article 4 du présent décret : ils devront réaliser un stage de 2 mois dans les conditions de l’article 4 du présent décret.

Nous reviendrons plus longuement sur les conséquences de cette « dispense totale » pour la profession de psychologue mais également pour la discipline et son enseignement.

Pour la FFPP, Brigitte Guinot et Benoît Schneider co-présidents de la FFPP


Mise à jour le Dimanche, 11 Décembre 2011 17:16

Circulaire Guéant : la honte

Le Monde, 20 décembre 2011

Par Nathalie Brafman et Isabelle Rey-Lefebvre

La mobilisation contre la circulaire Guéant qui restreint les possibilités, pour les étudiants étrangers ayant fini leurs études en France, d’y rester pour travailler, ne faiblit pas, au contraire. Estimant ” moralement inadmissible, politiquement dangereuse et économiquement absurde “, la circulaire, une soixantaine d’intellectuels, universitaires, réalisateurs, avocats et médecins ont lancé, le 10 décembre, une pétition réclamant son abrogation et intitulée ” Notre matière grise est de toutes les couleurs ” (matieregrisetoutescouleurs.wordpress.com)

Sur les 2,3 millions d’étudiants en France, 278 000, soit 12 %, sont étrangers, ce qui fait de l’Hexagone le troisième pays d’accueil, derrière les États-Unis et le Royaume-Uni. La circulaire du 31 mai signée des ministères de l’intérieur et du travail vient préciser une loi du 24 juillet 2006. Celle-ci offre notamment à un étudiant étranger, la possibilité de rester en France à l’issue de son cursus, pour effectuer sa première expérience professionnelle. Ce sont les conditions pour passer de ce statut d’étudiant à celui de salarié qui sont aujourd’hui restreintes par la circulaire, menaçant potentiellement plusieurs milliers d’étudiants étrangers de reconduite à la frontière.

Les signataires de la pétition, dont Patrice Brun, président de l’université de Bordeaux 3, Anne Lauvergeon, ex-patronne d’Areva, Albert Fert, prix Nobel de physique ou Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, s’engagent à ” parrainer ” les diplômés étrangers dans leurs démarches et à les ” protéger “. Pour le cinéaste Romain Goupil, signataire de la pétition, la circulaire Guéant est ” le pas de plus, le pas de trop pour désigner l’étranger comme l’ennemi “.

De nombreux signataires constatent les effets dévastateurs de la nouvelle orientation du gouvernement. L’économiste Thomas Piketty, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, confie qu’il a déjà ” le plus grand mal à faire venir des professeurs de l’étranger, même à titre temporaire “. Il raconte ainsi les énormes difficultés rencontrées pour accueillir la spécialiste américaine de l’économie de l’éducation, Caroline Hoxby, qui a dû se contenter d’un visa de tourisme.

Le président de l’université Paris-V-René-Descartes, Axel Kahn, renchérit : ” La circulaire Guéant bafoue les traditions de la France et va tout simplement contre les intérêts de notre pays, car ces diplômés parmi les mieux formés au monde contribuent à notre compétitivité intellectuelle et économique. ” Depuis la publication de cette circulaire, le 31 mai, Axel Kahn a dû intercéder pour une quinzaine de cas, comme celui d’une étudiante marocaine, une des mieux classées de la faculté de pharmacie, qui avait obtenu un CDI dans un laboratoire français et a dû y renoncer.

Dès novembre, la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs, la Conférence des grandes écoles et celle des présidents d’universités avaient saisi le premier ministre. François Fillon leur promettait, dans une lettre du 22 novembre, de réexaminer la situation des étudiants étrangers ayant essuyé un refus. Car au sein de la majorité et du gouvernement, la circulaire Guéant ne fait pas l’unanimité. Laurent Hénart, député UMP de Meurthe-et-Moselle, demande ” l’adaptation d’une circulaire susceptible de porter atteinte à l’attractivité de nos universités et au rayonnement des entreprises françaises à l’international “. Laurent Wauquiez, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, a tenté de rectifier le tir, le 23 novembre, en s’engageant à réexaminer 500 cas litigieux présentés par le collectif du 31 mai, promettant et de les régler d’ici la fin de l’année.

Le collectif du 31 mai, qui défend les étudiants étrangers dont les demandes de permis de séjour ont été rejetées, constate pourtant qu’arrivent chaque jour de nouveaux cas : ” Ils sont aujourd’hui 940, dont 300 ont obtenu un accord, les autres sont en attente ou refusés, indique Meriem Kadari, porte-parole de ce collectif. Le traitement au cas par cas ne suffit pas. “

Le président de la Conférence des grandes écoles, Pierre Tapie, ne constate des changements trop lents dans la politique du gouvernement. ” Si la mise en oeuvre des consignes de François Fillon n’est pas assez rapide, cela risque d’anéantir huit ans d’efforts pour reconquérir l’élite des étudiants étrangers “, plaide-t-il.

Même si on les entend peu, les chefs d’entreprises s’inquiètent eux aussi. Au Medef, Laurence Parisot affirme suivre ” de très près ” ce dossier ” le message envoyé à l’international n’étant pas valorisant pour nos entreprises “. Lors d’une réunion du syndicat professionnel Syntec Informatique, les entreprises du secteur se sont alarmées du problème de pénurie d’ingénieurs : ” Nous recrutons 4 000 personnes chaque année, dont 60 % de jeunes diplômés “, indique Jacques Adoue, directeur des ressources humaines de Capgemini France. ” Les dossiers de plus d’une centaine de jeunes ingénieurs que nous souhaitons recruter sont bloqués et ils ont été obligés de repartir chez eux “, déplorait-il.

Pour l’économiste Olivier Pastré, l’un des signataires de la pétition ” Notre matière grise est de toutes les couleurs “, ” la France a besoin d’immigration et dissuader une immigration qualifiée est totalement suicidaire “. Le 18 janvier, le Sénat examinera une proposition de résolution de la socialiste Bariza Khiari qui appelle le gouvernement à mieux ” prendre en compte dans sa politique migratoire, les nécessités du rayonnement international de la France “.


En Suède, le bilan favorable de l’ouverture

La Suède, elle, ouvre largement ses portes aux travailleurs. Le pays, qui fait face à des pénuries de main-d’oeuvre et au vieillissement de sa population, a modifié fin 2008 sa politique de migration de travail et autorisé tout employeur à recruter directement et sans contrôle des personnes qui ne sont pas déjà installées dans le pays. L’OCDE, dans une étude publiée le 19 décembre, dresse un bilan plutôt favorable. 11 000 personnes par an (le pays compte 9 millions d’habitants) ont ainsi été embauchées, dont 50 % dans des professions non touchées au niveau national par des pénuries de main-d’oeuvre. ” C’est un point à surveiller, mais on n’a pas constaté d’afflux massif de travailleurs “, résume Georges Lemaître, l’un des auteurs de l’étude. Quant aux étudiants, ils peuvent obtenir un permis de travail à condition de trouver un emploi avant la fin de leur cursus.


24 décembre 2011

Premier recul devant la protestation

Claude Guéant se résout à assouplir la circulaire sur les étudiants étrangers
Face à la mobilisation contre le texte du 31 mai, le ministre de l’intérieur lâche du lest. Il annonce parallèlement vouloir durcir les conditions de privation de séjour des délinquants étrangers

Après plusieurs mois de polémique, le gouvernement a finalement décidé de retirer la circulaire du 31 mai qui restreignait les possibilités pour les étudiants étrangers ayant fait leurs études en France de rester sur le territoire pour une première expérience professionnelle. ” Je suis résolu ” à faire une ” circulaire spécifique “, a déclaré, jeudi 22 décembre, sur Europe 1, Claude Guéant. Le ministre de l’intérieur s’était jusque-là montré totalement hostile à l’idée de rédiger un nouveau texte.

Cette circulaire avait été présentée comme l’un des leviers clés de la ” baisse de l’immigration légale “, mais l’entourage de M. Guéant refuse de parler de ” recul “. La Place Beauvau préfère expliquer que la circulaire était ” trop générale ” et qu’il fallait ” clarifier les choses “. Pénaliser les étudiants qualifiés, comme tous ceux qui ont manifesté ces dernières semaines, ” n’était pas l’objectif “, indique-t-on. ” Il y a eu des malentendus, des interrogations “, a déclaré M. Guéant sur Europe 1.

La nouvelle circulaire devrait être prête pour ” le début de l’année 2012 “, précise l’entourage du ministre. Sa rédaction devrait se faire en parallèle d’une ” concertation approfondie avec les parties prenantes “, a précisé M. Guéant. Soit les universités, les grandes écoles ou le Medef, qui s’étaient tous publiquement inquiétés des dommages de la circulaire sur leur développement économique et l’image de la France à l’étranger.

Ces derniers jours, une soixantaine d’intellectuels, universitaires, réalisateurs, avocats et médecins avaient lancé une pétition, rendue publique par Le Monde le 21 décembre, réclamant l’abrogation de cette circulaire. Parmi les signataires de ce texte intitulé ” Notre matière grise est de toutes les couleurs ” se trouvaient Anne Lauvergeon, ex-patronne d’Areva, Albert Fert, Prix Nobel de physique, ou encore Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France.

Marche arrière

Ces dernières semaines, le gouvernement a aussi vu plusieurs de ses ministres se désolidariser de sa démarche. ” On s’est planté, il faut le dire clairement “, avait ainsi lâché le ministre de l’enseignement supérieur, Laurent Wauquiez, le 17 décembre sur France 2. Le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, a indiqué, jeudi sur RMC, avoir un ” problème ” avec cette circulaire.

Malgré cette marche arrière sur les étudiants étrangers, le ministre de l’intérieur a profité de son intervention sur Europe 1 pour afficher une nouvelle offensive sur le thème de l’immigration. Jeudi soir, il a ainsi annoncé son intention de ” s’attaquer à la délinquance étrangère “, expliquant qu’elle était, selon lui ” supérieure à la moyenne “, et qu’une étude de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) sur le sujet était attendue en janvier.

Parmi les ” mesures spécifiques ” qu’il espère voir prises avant l’élection présidentielle, M. Guéant a indiqué qu’il réfléchissait à un texte de loi qui permettrait de priver de titre de séjour un étranger qui se rendrait coupable de délit grave, dès lors qu’il vit en France ” depuis peu de temps ” et qu’il n’y a ” pas d’attache familiale “. ” En commettant un acte de délinquance, ils ne s’inscrivent pas dans un processus d’intégration “, a-t-il commenté.

En réalité, des dispositions en ce sens existent déjà dans le Code pénal. Une interdiction du territoire français (ITF) peut en effet être prononcée à l’encontre d’étrangers dans toute une série de crimes et délits : proxénétisme, atteintes volontaires à la vie, atteintes aux biens commises avec violence, trafic de stupéfiants, viols et agressions sexuelles, ou encore ” participation à un groupement illicite “.

L’interdiction du territoire n’est toutefois qu’une peine dite ” complémentaire “, qui s’ajoute à la peine si le juge le décide. Un certain nombre de catégories d’étrangers en sont par ailleurs protégées, comme les parents d’enfants français, les conjoints de Français depuis au moins trois ans ou encore les étrangers titulaires d’une rente d’accident du travail. Tout en se défendant de vouloir rétablir la ” double peine “, l’entourage de M. Guéant indique cependant qu’il souhaiterait rendre ” automatique ” l’ITF pour certains ” délits graves “. Il cite notamment comme cible certains réseaux criminels venus d’Europe centrale ou de l’Est. La Place Beauvau s’appuie sur l’exemple d’un réseau mis au jour par les gendarmes à Strasbourg, en septembre, et capable de réaliser de 30 à 40 cambriolages en une journée dans des zones pavillonnaires.

La possibilité que ce texte de loi puisse être adopté est toutefois mince. La session parlementaire se termine fin février. Le Sénat est par ailleurs désormais majoritairement à gauche. Enfin, la constitutionnalité d’un tel texte devrait être débattue.

Elise Vincent


Titre de psychothérapeute – marche à suivre impérativement

L’AFFOP COMMUNIQUE

-*

demande de validation du titre de psychothérapeute


DÉLAIS DE RECOURS ET MARCHE À SUIVRE.

Le présent communiqué a pour objet de faire le point sur les délais et les démarches à effectuer par les professionnels qui ont déposé un dossier de validation de leur pratique d’au moins 5 ans de la psychothérapie et demandé à pouvoir continuer à faire usage du titre de psychothérapeute en application des mesures transitoires de l’article 16.I du décret du 20 mai 2010 relatif à l’usage du titre de psychothérapeute.

La complexité de la réglementation et le retard dans la mise en place des commissions d’évaluation chargées de donner leur avis sur les dossiers soumis ont engendré des confusions alimentées par les informations verbales des services administratifs débordés, en ce qui concerne le point de départ du délai de six mois au terme duquel, selon l’alinéa 4 de l’article 17 du décret, « le silence gardé …sur une demande présentée au titre du I de l’article 16 vaut « décision de rejet ».

Une interprétation littérale peut conduire à considérer que le délai court à compter de la présentation de la demande, c’est-à-dire en fait de l’AR postal, alors qu’une interprétation plus extensive voudrait décompter le délai de 6 mois à compter de l’AR de complétude prévu par l’article 17 al.3.

Une de nos collègues, qui a déposé au mois de mai 2011 son dossier de validation, a reçu de l’ARS (Agence régionale de santé) dont elle dépend, une lettre d’une importance capitale datée 1er septembre et correspondant à l’Accusé de Réception de complétude prévu par l’article 17 alinéa 3 du décret.

Cet AR de complétude respecte les prescriptions de forme du décret du 6 juin 2011 ainsi que l’exige l’article 17 : il indique dans quel délai l’éventuelle décision implicite de rejet sera acquise, les voies de recours contre cette décision et le droit d’utiliser provisoirement le titre jusqu’à la décision préfectorale.

Et il confirme, conformément à notre interprétation que la décision implicite sera acquise au bout de 6 mois à compter de l’AR postal de la demande, et non de l’AR de complétude, ce qui est l’interprétation la plus stricte compte tenu de la rédaction floue sur ce point de l’article 17 du décret.

L’analyse juridique faite par l’AFFOP et le SNPPsy – confirmée par la lettre de l’ARS – les conduit à adopter une interprétation restrictive du décret en ce qui concerne notamment la gestion des délais, différente de celle publiée par la FF2P(NewsLetter n°80 et suivantes) et par le PSY’G(lettre du 17/10/2010)

Cette confirmation a des conséquences extrêmement importantes sur la procédure à suivre : il s’agit en effet de ne pas prendre le risque de laisser les décisions implicites de rejet devenir définitives faute de recours effectué dans les délais légaux : ces derniers ne peuvent faire l’objet d’accommodements au motif que l’Administration a pris du retard dans l’instruction des dossiers.

L’AFFOP préconise donc, selon votre situation, les démarches suivantes avec une attention particulière à porter au respect des délais indiqués.

I. VOUS AVEZ REÇU UNE DÉCISION EXPRESSE DE REJET DE VOTRE DEMANDE

Vous devez cesser d’utiliser le titre et faire une double démarche :

1) Saisir le Préfet par lettre recommandée avec AR, en application de la loi du 17 juillet 1978 (à citer) d’une demande de communication des documents administratifs suivants :

– la décision administrative créant la commission régionale d’inscription qui a examiné votre demande

– l’avis de la commission avec indication de sa composition précise lors de la séance.
(voir en annexe 1 le modèle de demande )

En cas de refus explicite ou de silence gardé par le Préfet pendant plus d’un mois sur votre demande de communication vous pourrez saisir la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) dans un délai de 2 mois à compter du refus explicite de communication ou de l’expiration du délai d’un mois.
(voir en annexe 2 le modèle de lettre de saisine de la CADA qui est issu de son site : http://www.cada.fr )

2) Saisir le tribunal administratif dans un délai de 2 mois à compter de la notification de la décision de rejet. Ce recours peut être fait directement par lettre RAR ou déposé au greffe. Il est en principe dispensé du ministère d’avocat.
(voir en annexe 3 un modèle de recours à adapter et individualiser )

Le recours au tribunal peut être précédé d’un recours hiérarchique à adresser au Ministre chargé de la Santé ou d’un recours gracieux à adresser au Préfet mais ces recours sont rarement suivis d’effet. Cela reste une possibilité dans les mêmes conditions de délai et selon la même trame que le recours au tribunal. Sans réponse au bout de 2 mois votre recours sera implicitement rejeté et vous devrez alors saisir le tribunal.

La lettre de recours hiérarchique ou de recours gracieux a un contenu identique au Recours devant le tribunal administratif. Il suffit de l’adapter en modifiant l’objet (recours hiérarchique ou recours administratif) et le destinataire (le Ministre ou le Préfet).

II. VOUS N’AVEZ REÇU NI DÉCISION NI AR DE COMPLÉTUDE

1) A l’expiration d’un délai de 6 mois qui doit être décompté à partir de l’AR postal de votre dossier, le silence gardé par l’ARS équivaut à une décision implicite de rejet et vous devez cesser d’utiliser le titre.

2) Le délai de recours contentieux contre cette décision implicite est de 2 mois à compter de l’expiration des 6 mois (il expire donc 8 mois après l’AR postal.).

Nous conseillons, à ce stade, non pas de saisir le tribunal administratif, mais d’adresser au Préfet qui est l’autorité décisionnaire (et non à l’ARS), par lettre recommandée AR, impérativement dans le délai de recours contentieux, une demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet, ce qui conservera les délais de recours contentieux jusqu’à communication des motifs par le Préfet. (voir en annexe 4 un modèle de demande de motifs)

Cela permettra soit de déclencher une information sur l’état d’instruction du dossier, soit d’obtenir des motifs qui nourriront la discussion devant le tribunal si vous choisissez de faire un recours contentieux.

3) Lorsque vous aurez obtenu la communication des motifs ou si une décision expresse intervient entretemps, il faudra alors suivre la procédure définie ci-dessus en I (demande de communication de l’avis de la commission + recours devant le Tribunal dans un délai de 2 mois ).

III. VOUS AVEZ REÇU OU RECEVEZ ENTRETEMPS UN AR DE COMPLÉTUDE

Ce dernier doit en principe vous préciser la date d’acquisition de la décision implicite de rejet ainsi que les délais et voies de recours.

Ce sont ces délais qu’il faudra prendre en compte. Vous êtes ramené au cas I ou au cas II selon que vous recevrez une décision expresse ou une décision implicite de rejet.

IV. VOUS AVEZ ÉTÉ CONVOQUÉ PAR LA COMMISSION

sans avoir reçu au préalable d’AR de complétude vous indiquant la date d’acquisition de la décision implicite de rejet, il est également préférable de faire application du délai de 6 mois à compter de l’AR postal, de considérer que votre demande est implicitement rejetée, et de demander les motifs de la décision implicite de rejet comme indiqué ci-dessus au § II.


ANNEXE : MODÈLES DE COURRIER À UTILISER

Cliquez sur les liens au bas de l’article sur le site AFFOP:

MODELE DE DEMANDE DE COMMUNICATION DE DOCUMENTS

MODELE DE LETTRE DE SAISINE DE LA CADA.docx

MODELE DE RECOURS DEVANT LE TRIBUNAL ADMINISTRATIF.docx

MODELE DE DEMANDE DE MOTIFS.docx

Autisme : dogmatismes en duel au tribunal de Lille

Par Stéphanie Maurice

correspondante de Libération

Un procès pour tentative de «ridiculiser la psychanalyse» : c’est ce qui arrive à la documentariste Sophie Robert, assignée aujourd’hui au tribunal de grande instance de Lille pour son film, visible sur le Net, le Mur, la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme. Trois psychiatres, Estela Solano-Suarez, Eric Laurent et Alexandre Stevens, lui reprochent d’avoir «dénaturé» leurs propos. Ils demandent l’interdiction du documentaire, arguant qu’ils sont les auteurs des interviews et ont un droit de regard sur leur utilisation. «J’aurais escamoté des propos qui font que ce qu’ils disent n’est pas ridicule», ironise Sophie Robert.

Le film dénonce le même message, répété de psychanalyste en pédopsychiatre : les enfants autistes sont victimes d’une mère soit trop froide soit trop chaude et s’enferment dans une bulle. «Le grand public ignore que, pour les psychanalystes, les mères sont pathogènes par essence, s’enflamme Sophie Robert. J’ai fait un film qui ne les condamne pas. Ils se condamnent tout seuls avec leurs propos.»

«Financeur». Sauf que les intéressés ne s’y reconnaissent pas. «Ces théories sont totalement dépassées», affirme le professeur Pierre Delion, pédopsychiatre au CHRU de Lille. Et ce serait «calomnieux» de faire croire l’inverse. Interviewé par Sophie Robert, il n’a pas porté plainte mais s’est senti «victime d’un abus de confiance», avec l’utilisation de «cinq secondes d’entretien totalement détachées du contexte». Il dénonce le face-à-face du docu entre la psychanalyse «inefficace» et les méthodes comportementalistes, Aba ou Teach, que la réalisatrice plébiscite.

La thèse de la prédominance des méthodes comportementalistes sur la psychanalyse est portée par l’association de parents d’autistes, Autismes sans frontières, «financeur principal du film», reconnaît Sophie Robert, qui assume son parti pris. Dans les hôpitaux, ces méthodes comportementalistes, basées sur la répétition des mêmes gestes, tiennent leur place à côté du thérapeutique, présent «si nécessaire», selon le professeur Delion, qui souligne : «La psychanalyse sert à comprendre ce qui se passe entre l’enfant et ses accompagnants. Elle n’est pas dans l’explication des causes de l’autisme.»

Génétique. Il est désormais acté que l’autisme a une cause génétique. Les psychanalystes qui attaquent, proches de l’Ecole de la cause freudienne (gardiens des œuvres de Lacan), refusent de s’exprimer. Un connaisseur du dossier, psy, soupire : «Ils adorent les procès. Cette affaire, c’est la rencontre entre deux dogmatismes», l’Ecole de la cause freudienne contre les comportementalistes. Il conclut : «Les modérés sont pris entre les deux comme dans un casse-noisettes.»

Lacan, la topologie et Madame Aflalo

Lacan, la topologie et Madame Aflalo

Par Henri Roudier

On le sait, Lacan s’est intéressé à la topologie. On trouve un très bel exemple de cet intérêt dans le séminaire Encore (Le Seuil, pp 14 15): “Dans cet espace de la jouissance, prendre quelque chose de borné, fermé, c’est un lieu, et en parler, c’est une topologie“. De là il se saisit du concept de compacité et en s’appuyant sur la définition de Borel-Lebesgue il arrive à cette idée que l’espace de la jouissance sexuelle serait compact.

Cela exige quelque éclaircissement. Car si l’on s’en tient au texte de Lacan, il semble donner comme équivalent ensemble compact et ensemble borné fermé. Pour faire ainsi, il faut admettre que Lacan s’est placé dans un espace métrique où tout ensemble compact est borné et fermé. Or la réciproque est fausse dans le cas général ; cependant, elle est vraie dans les espaces vectoriels normés de dimension finie. Mais cela n’enlève rien au propos de Lacan : pour dire les choses plus simplement, les caractères de l’espace en question sont assez proches de ceux de notre espace ’’ordinaire’’. Il suffit donc de se placer dans cette perspective.

Or ce concept de compacité semble avoir troublé un des membres éminents de l’ECF, Madame Agnès Aflalo, qui en fait le drapeau de son désir dans un texte récent dont la lecture exige que l’on retienne son souffle. Car elle convoque le réel à l’audience du 16 novembre où se plaidait l’assignation de Judith Miller contre Élisabeth Roudinesco. Ce faisant elle assigne au réel le rôle de deus ex machina des exclusions qui ont hanté l’histoire de la psychanalyse. Et elle avertit ainsi ses ennemis imaginaires quant à la nature du désir qui est le sien : “Mais on peut aussi saisir que la compacité de ce désir est ce qui nous rend plus fort.”

Certes lire Lacan n’est pas toujours facile. De là à confondre jouissance et désir, on reste perplexe. Car dans ce texte qui ouvre le séminaire Encore, c’est bien à la jouissance que Lacan songe et non au désir quand il se tourne vers ce concept de compacité. Et l’on voit bien ce qui l’intéresse dans la définition en question : arriver à penser une forme de passage de l’infinitude à la finitude. D’où cette formidable conclusion : “là où est l’être, c’est l’exigence de l’infinitude.“

Si l’on ajoute que tout espace compact est normal, on comprendra les difficultés qui attendent des personnages en quête de compacité au lieu de vérité. Difficultés redoublées dans le cadre des espaces vectoriels normés (où nous l’avons dit Lacan se place) par le fait qu’il y existe un système fondamental de voisinages de l’origine qui sont équilibrés. Bref il y a là pour qui veut secouer les chaînes de l’indicible de quoi perdre la … boule.

Lacan était génial ; son abord de la topologie en a dérouté plus d’un. Métaphore ou tentative de penser ce fameux réel à l’intérieur comme à l’extérieur de la psychanalyse ? Laissons ici la question ouverte. Mais on ne confondra pas ce qu’il essayait d’en dire, parfois difficilement, avec cette jactance qui rappelle celle des médecins de Molière. Le désir de Madame Aflalo, on l’a compris, est fermé et borné. Évidemment, il lui reste une éventualité : penser la topologie de son désir dans un espace non métrique (çà ex-siste), c’est-à-dire sans maître. Cela exigerait alors qu’elle laisse tomber celui-ci dans la compactification de sa jouissance. Mais en est-elle capable ? On a la topologie que l’on peut.

Empêcher les crimes et renoncer à la démocratie ?

26 novembre 2011

Par ymenkevick

C’est avec un certain effroi que l’on peut accueillir le déferlement de réactions politiques suite au crime perpétré par un adolescent de Haute-Loire à l’encontre d’une autre adolescente du même lycée. Effroi à l’égard des réactions politiques, une fois passé l’effroi causé par le crime lui-même, mis en lumière par les médias et ainsi exposé à la curiosité malsaine du public.

Le crime évitable

Comme pour tout drame causé par le déchaînement de violence d’un individu envers un autre, quelle qu’en soit la cause ou la raison, les membres de la société seront choqués, effrayés, dégoûtés. Mais après ? Rien. Comme pour n’importe quel crime, les émotions sont là, mais rien ne peut faire revenir la victime. Pour autant, la question qui désormais se pose après chacun de ces drames est l’aspect rétroactif de l’événement et la mise en cause de tiers par le politique afin de trouver une chaîne de responsabilités qui expliqueraient pourquoi le criminel a pu perpétrer son crime. La démonstration qui suit invariablement depuis quelques années est toujours, que sans cette chaîne défaillante, le crime ne serait pas survenu. Enfin, ce crime-ci. La famille touchée dans sa chair se débrouillera avec le sentiment obligatoirement odieux pour elle, d’un drame exprimé comme tout à fait “explicable”, “évitable”, presque “logique” : une forme de complot formé d’incompétences en cascades qui permet au criminel d’accomplir son crime. Ce criminel était un monstre que la société n’a pas osé, voulu mettre de côté, des incompétents et le système pas assez répressif ayant accompagné la défaillance, tel est le message qui circule alors.

Le politique retrouve le contrôle perdu

Il est donc désormais indispensable, pour les responsables politiques, de venir expliquer que chacun de ces drames impliquant une personne ayant déjà eu affaire à la justice, aurait pu être “empêché”. Chaque fait divers sanglant de ce type est l’objet du même discours politique, celui de la prédiction, et plus exactement de la défaillance de la prédiction du crime. Le politique, plus déterminé que jamais, promet alors d’empêcher que d’autres défaillances prédictives surviennent et, ce par de nouveaux appareils législatifs qui permettront de restreindre le champ des crimes possibles. Cette approche se généralise à un moment précis, un moment où le politique est totalement démuni dans ses capacités à prédire l’évolution de la société, alors qu’une crise financière et économique majeure s’est abattue sur la planète. Crise que le politique ne contrôle pas, et dont il ne peut prédire la suite…

Une société sans crimes ?

Cet aspect de reprise en main du politique par le biais du sécuritaire est basée sur la prédiction du crime, c’est-à-dire la volonté de démontrer qu’un individu ayant commis un acte grave réitèrera. Mais ce choix politique mène à des modèles de société qu’il est nécessaire de bien envisager. Parce que si des faits divers viennent démontrer que la prédiction du risque n’est le plus souvent pas “juste”, ou bien que les dispositions de remise en liberté sont dues à des défaillances puisqu’elles laissent des crimes “évitables” se perpétrer, alors les solutions pour éviter ces crimes semblent toutes tracées et déjà imaginées. La société de la “prédiction totale du crime“, celle du roman de Phillip K. Dick, Minority Report, en est une. La société de Minority Report est une société où les criminels sont arrêtés avant d’avoir commis leur crime grâce à des ordinateurs établissant pour toute la population des statistiques permettant de déterminer leurs actions criminelles potentielles futures. Société policière, totalitaire, de surveillance et de prédiction complète. Une société sans crimes perpétrés (mais pas sans criminels) puisque le criminel est arrêté avant même d’avoir agi, voire d’avoir pensé le crime. Une autre société, mais qui, elle, a réussi à abolir le crime, est celle du film Equilibrium. Ainsi, en 2075, les citoyens doivent prendre une drogue quotidienne (sous peine d’exécution) qui abolit tous les sentiments, déclarés source de tous les maux de l’humanité, donc source des crimes et de la violence. Les citoyens d’Equilibrium ne ressentent ni haine, ni amour, ni dépit ou emballement. Le film établit bien le rapport entre risque et liberté : une société sans risques est une société qui abandonne toutes les libertés individuelles. Une société sans risques est une société sans sentiments, donc inhumaine.

Prévoir, écarter, protéger, empêcher, mais à quel prix ?

Le consensus créé par les politiques autour des crimes de récidivistes est dangereux. Parce que mettre en avant un meurtre, appeler à l’assentiment général, au bon sens commun pour établir que le meurtre peut être évité, et ce, afin de modifier une énième fois le droit, est risqué. Risqué parce qu’impliquant petit à petit une “impossibilité à faillir” de l’individu, un refus d’accepter la capacité humaine à la violence. De décider que l’enfermement, la privation de liberté est l’unique alternative pour celui qui commet un crime ou simplement devient violent. Comme si le crime n’était pas vraiment envisageable, au fond, comme si le crime était devenu une “hérésie” insupportable que la société ne pouvait plus accepter. Mais qui a dit que le crime était une action humaine qui ne devrait pas survenir ? Après des décennies de violences télévisuelles quotidiennes, de guerres à répétitions mises en scène sur les écrans, d’œuvres mettant en scènes des criminels de tous poils qui ravissent le public ? Combien de jeunes gens ayant commis des viols, comme celui de la Haute-Loire, ont été suivis par des éducateurs, des psychiatres, se sont réinsérés et n’ont plus commis d’actes violents ? Combien pour un qui réitère et tue une innocente ?


Quelques chiffres sur la criminalité en France, de façon générale :

Sur la part des mineurs dans la criminalité :

[Image : Sans titre]

Population incarcérée depuis 1991 (Source: INSEE) :

Part des 16-18 ans dans la population carcérale (Source INSEE) :


Il n’y a pas de progression constante des incarcérations de mineurs entre 16 et 18 ans (comme pour les moins de 16 ans), ainsi que pour la part des délits commis par des mineurs. Quant aux homicides, de façon globale ils diminuent depuis 30 ans. Alors, la complexité d’un individu qui commet un acte aussi horrible soit-il que celui du lycée de Chambon-sur-Lignon est-elle soluble dans une loi sur les centres fermés et la mise en cause de mauvaises prédictions d’experts ? Qu’est-ce que cette violence criminelle signifie, et plus particulièrement celle des jeunes ? Alexis de Toqueville, en plein milieu du XIXème siècle disait la chose suivante, qui devrait nous interpeller aujourd’hui après avoir entendu les réactions et proposition politiques qui ont surgi instantanément après le drame de Chambon-sur-Lignon : “Quand toutes les opinions sont égales et que c’est celle du plus grand nombre qui prévaut, c’est la liberté de l’esprit qui est menacée avec toutes les conséquences qu’on peut imaginer pour ce qui est de l’exercice effectif des droits politiques. La puissance de la majorité et l’absence de recul critique des individus ouvrent la voie au danger majeur qui guette les sociétés démocratiques : le despotisme.”

Article originellement publié sur : http://reflets.info

Lacan, funérailles pas très catholiques.

Blog de Michel Rotfus, Médiapart

26 Novembre 2011

Par Michel Rotfus

Voilà maintenant que la secte de Jacques-Alain Miller et de sa famille (concubine comprise) prétend s’en prendre aux écrivains après avoir vomi les historiens.
Ainsi la pauvre Delphine de Vigan, auteure d’un magnifique roman sur la folie de sa mère (Rien ne s’oppose à la nuit, Lattès), est-elle prise à parti par une certaine Aurélie Pfauwadel, sortie tout droit d’un divan sectaire, pour avoir osé (p. 275) raconter l’épisode tragique au cours duquel sa mère a tenté, en 1980, d’agresser Lacan, quelques temps avant la mort de celui-ci. La scène se passait au 5 rue de Lille et Lacan avait alors réagi avec violence, comme cela était fréquent à cette époque, puisqu’il était aphasique comme l’a d’ailleurs rappelé maître Kiejman lors du procès intenté à Élisabeth Roudinesco. Aphasique et atteint de troubles cérébraux : voir mon blog du 17 novembre

De nombreux autres témoignages existent et ont été publiés. Le vieux maître a frappé à son tour la mère de Delphine (Lucile). Et Delphine commente cette scène en écrivant ce que tout le monde sait “À la fin de sa vie, Lacan recevait des patients toutes les dix minutes pour des sommes astronomiques et, atteint d’un cancer qu’il refusait de soigner, n’en faisait plus grand cas. Pas plus que d’une femme en pleine crise de délire surgie dans son cabinet. Voilà ce que Lucile m’a dit. Je n’ai jamais cherché à vérifier cette version. Je l’ai crue.”

Et cela ne plait pas à la secte Miller qui entend maintenant censurer les écrivains. Et pourquoi pas leur faire un procès? Dans le monde manichéiste de Monsieur et Madame Miller (et de leurs concubins), Lacan n’a pas le droit d’avoir été vieux et malade à la fin de sa vie. Lui dont on sait qu’il était capable, lors de ses visites à sainte Anne, de calmer des fous dangereux, de savoir leur parler, sans aucune crainte, il était à la fin de ses jours terrorisé, non seulement par la conscience qu’il avait de sa mort proche mais aussi par ce qui surgissait devant lui : les patients fous ou névrosés auxquels il ne savait plus parler. De ça la famille ne veut rien entendre. Sus aux écrivains, comme aux historiens! Voilà encore une manière pas très catholique d’enterrer Lacan : non pas des funérailles dans le genre Habemus papam mais le déni de son état.

Allons les millériens, famille et tribu confondues, vous êtes décidément bien plus féroces envers Lacan que tous ceux qui, humblement et avec émotion, savent parler des angoisses du vieux maître. Vous nous flanquez la trouille : je ne suis pas prêt à venir en analyse sur vos divans ni à conseiller d’y aller…

Libération de RAFAH NACHED

Après la libération de RAFAH NACHED

Information SIHPP

Si celle-ci semble aller assez bien, sa situation ainsi que celle de ses collègues reste difficile. On lui a retiré son passeport et elle reste sous surveillance.
Nous avons également appris (via Amnesty International Allemagne) que Amnesty avait soutenu Rafah Nached pendant son emprisonnement. Cet engagement a été tenu secret afin de ne pas nuire à Rafah Nached.

Signalons d’autre part une RENCONTRE-DEBAT à Paris

Les femmes dans la révolution syrienne ?

Mardi 29 novembre à 19 h 30
Mairie du 3e arrondissement, 2, rue Eugène Spuller, 75003 Paris. Métro Arts et Métiers, Temple

Plus de renseignements

– sur le site de Ziad Majed

– vendredis-arabes.

Entrouverture du tombeau de Lacan au tribunal : violents courants d’air de famille

http://passouline.blog.lemonde.fr/

Mort et résurrection de Jacques Lacan au tribunal

On s’est battus pour quatre mots cet après-midi à Paris. Verbalement, s’entend, mais cela suffit à susciter métaphoriquement des coups et des blessures. Cela s’est passé tout à l’heure devant la 17ème chambre du Tribunal de grande instance. Deux ténors face à face : un ancien bâtonnier face à un ancien Garde des sceaux. Une salle bondée qui semble divisée en deux groupes antagonistes bien distincts : à gauche les milleristes canal historique, à droite les roudinesciens, chacun derrière son champion. Une travée les sépare, à défaut d’un cordon de gendarmerie protégé par des gilets pare-balles. À moins que cette distinction ne soit illusoire tant sont venus en nombre les premiers, psychanalystes de la Cause freudienne et du Diable probablement, que la seconde appelle sans affection manifeste “la garde rouge” de Jacques-Alain Miller, actuellement en conflit avec son éditeur pour la publication des Séminaires de son beau-père dont il est l’exécuteur testamentaire, avec le Seuil par conséquent dont le Pdg Olivier Bétourné se trouve être également l’éditeur d’Élisabeth Roudinesco dont il partage la vie (vous suivez ?).

Certains psys consacrent tellement de temps à se déchirer, s’affronter et s’exclure qu’on en vient à se demander où ils trouvent encore le temps de s’occuper de leurs patients. Judith Miller, fille du docteur Lacan et épouse de Jacques-Alain Miller, présent dans la salle mais parmi le public (il n’a pas été associé à l’action), assigne donc en diffamation Elisabeth Roudinesco pour avoir écrit à la page 175 de Lacan, envers et contre tout (Seuil, 2011), ceci :

“Lacan mourut sous un faux nom, le 9 septembre 1981, à la clinique Hartmann des suites d’un cancer du colon qu’il n’avait jamais voulu soigner. Bien qu’il eût émis le vœu de finir ses jours en Italie, à Rome ou à Venise, et qu’il eût souhaité des funérailles catholiques, il fut enterré sans cérémonie et dans l’intimité au cimetière de Guitrancourt.”

Des lignes jugées d’emblée «”anodines” selon Me Kiejman, défenseur d’Elisabeth Roudinesco. Une poignée de mots qui ont tout d’un prétexte réglant un vieux conflit de personnes entre une historienne et une héritière et, sous-jacent, entre psychanalystes et historiens, et entre les familles et les biographes. “Sans cérémonie et dans l’intimité” : y a-t-il diffamation ? Accuser quelqu’un, fût-ce indirectement mais publiquement, d’avoir trahi la volonté de son père, voire même l’insinuer, sans le citer nommément, ce n’est certes pas rien. Mais est-ce vraiment le cas ? Si trahison il y a, c’est un délit, et c’est donc bien diffamatoire, rappelle Me Charrière-Bournazel qui s’emploie tout au long de l’audience à démontrer la mauvaise foi d’Élisabeth Roudinesco. Non seulement chaque mot compte mais chaque signe. “Qu’il eût souhaité” : quel est le temps ? Tout est là. Enfin, presque tout. Il y a aussi le problème posé par la conjonction de coordination (ou de subordination, on ne sait plus) “bien que” : faut-il entendre “malgré tout” ? Dans ses conclusions, Me Kiejman, qui a bossé son Grevisse pour l’occasion, écrit, semble-t-il, à l’attention spéciale des lecteurs de la République des livres :

“Le plus-que-parfait du subjonctif marque généralement une proposition à valeur conditionnelle. Son emploi est dicté par la conjonction bien que (“bien qu’il eût souhaité”), qui introduit une proposition dite concessive qui peut être lue comme ayant valeur indicative ou conventionnelle. Mais, ce qui doit être souligné ici, c’est la concordance des temps et le fait que le plus-que-parfait vient marquer une action révolue et antérieure à celle de la proposition principale.”

Lacan, maître paradoxal et paradoxe fait homme, si soucieux des rites et traditions, était attaché à la portée symbolique des pompes de la religion sans pour autant confondre les grandes orgues et la sépulture ; cela fut l’occasion, pour Me Kiejman, de se lancer dans un rapprochement avec la figure mythique d’Antigone, qui se sacrifia pour que son frère obtienne une sépulture, et perdit la vie sans obtenir gain de cause. En l’absence de disposition testamentaire relative à ce point particulier, ni l’une ni l’autre ne peut prouver ce qu’elle avance. Catholique, Lacan ? Il disait “Dieu est dire” mais fort heureusement, les magistrats n’ont pas eu à se prononcer là-dessus (on y serait encore et dans quel état !). Tout incroyant qu’il fut, il n’en tenait pas moins le catholicisme roman pour “la vraie religion”. Imprégné de culture chrétienne, éduqué par les frères maristes, ayant perdu jeune la foi, il rêvait de funérailles en grandes pompes mais n’en était pas moins athée. Il s’était marié une première fois à l’église et avait fait baptiser tous ses enfants.

Me Kiejman plaida donc “l’hypothèse raisonnable”. Une messe est possible : c’est François Mitterrand qui l’a dit mais Jacques Lacan a pu l’envisager par bravade. Et puis quoi, Marc-François, le frère de Lacan, n’avait-il pas fait célébrer une messe en l’église Saint-François-de-Sales à Paris avant que son corps ne fût enseveli ? Il est vrai que c’est un moine bénédictin.

Judith Miller demeure stoïque, le regard droit devant, durant toute l’audience. Pas un mot, pas un regard. Tout juste des haussements de sourcils. Lorsque le président lui donne la parole, elle en use à peine :” La liberté d’expression n’autorise pas à dire n’importe quoi”. Intervenant à son tour, Élisabeth Roudinesco calme le jeu, contextualise, recadre les quatre mots incriminés dans la perspective d’ensemble de son travail intellectuel de longue haleine sur un homme qu’elle admire, mais en toute indépendance d’esprit et sans jamais abdiquer de son sens critique tant vis à vis de lui, du milieu que de ses proches. Sybille Lacan, demi-sœur de Judith Miller, lève le doigt : “Je peux dire un mot !” Le président lui demande d’attendre la fin de la plaidoirie. Mais même là, elle n’aura pas la parole, la procédure ne l’autorise pas puisqu’elle n’est pas dans le dossier.

Ce qu’elle voulait dire au tribunal, elle le dira tout de même, assez perturbée, en se tournant vers le banc de la presse : “Mon père a été enterré dans l’intimité sans que mon frère Thibault et moi soyons consultés. J’habite Montparnasse, je connais donc beaucoup de psychanalystes, dont des anciens lieutenants de mon père, qui auraient tant voulu y assister.” Dans son livre Un Père, (1997, repris en Folio), elle évoque l’enterrement comme « les débuts de l’appropriation post mortem de Lacan ». Le passage est cité par le plaideur tandis que, discrètement, tendue sur son banc, elle laisse échapper des larmes. Me Kiejman a beau jeu d’opposer la rigueur de sa cliente, historienne de la psychanalyse à l’imposante bibliographie, à Judith Miller « philosophe sans œuvre » suggérant au passage que le succès éditorial de l’une contrarie la « volonté d’appropriation » de l’héritage intellectuel de Jacques Lacan de celle qui n’a d’autre statut que celui de « fille préférée », aménités que Me Charrière-Bournazel balaie comme relevant de « la fable ». Judith Miller réclame un euro de dommages et intérêts pour la diffamation, ainsi que la publication du jugement dans des journaux et les dépens ; Élisabeth Roudinesco, qui s’estime dénigrée par une violente campagne de diffamation à son endroit menée dans les universités où elle enseigne et dirige des recherches (Normale sup, EHESS, Paris-7), réclame que la fille de Lacan soit déboutée, condamnée à publier un communiqué dans trois organes de presse et sur le site Lacan Quotidien et à lui verser 15 000 euros (article 700 du code procédure civile). In fine, Me Kiejman confie au tribunal l’intuition qui lui est venue la veille à la relecture de l’assignation, intuition inspirée par La Lettre volée d’Edgar Poe ; il est vrai que la manière dont Judith Miller y exprime son amour pour son père, a une tonalité sentimentale assez œdipienne dont les psychanalystes font leur miel ordinaire, mais dont les greffiers n’ont guère l’habitude. L’avocat s’essaie alors à une psychanalyse sauvage et judiciaire de la plaignante interrompue par un rire. Il se retourne vers son confrère :

“– J’ai l’air plus intelligent que vous ?

– Cela me divertit…”

Lorsque Me Kiejman donne par erreur du « Mme Lacan » à Élisabeth Roudinesco, avant même qu’il ait temps de se reprendre, son confrère saute immédiatement dessus dans un rire : “Lapsus !”. On s’attend à ce que Jacques-Alain Miller au deuxième rang se précipite d’urgence pour faire allonger le plaideur sur un divan de fortune. Il n’en est rien. L’audience est levée. On en aura appris davantage sur la guerre en terrain psychanalytique, la distinction entre funérailles et sépulture, l’imprégnation de l’éducation catholique sur un esprit ayant élevé le goût du paradoxe au rang d’un des beaux-arts et l’extension du domaine du plus-que-parfait du subjonctif.

Délibéré au 11 janvier.


Pascale Robert-Diard, Le Monde.fr

17 novembre 2011

Lacan, l’Église et l’imparfait du subjonctif

À les observer, l’une vêtue de noir, visage cadenassé, lame échappée d’un atelier de Giacometti, l’autre virevoltante et passionnée, dardant des regards inquiets sur le public, on se disait qu’il y avait là, entre ces deux femmes, une tension – rage, mépris et répulsion mêlés – qui valait celle dont s’enveloppe, d’ordinaire, l’évocation d’un crime en cour d’assises.

Le « crime » se niche dans une phrase à l’imparfait du subjonctif reprochée par Judith Miller, fille de Jacques Lacan, à l’universitaire et historienne de la psychanalyse, Elisabeth Roudinesco. Dans son dernier essai publié au Seuil, Lacan envers et contre tout, celle-ci écrit : « Bien qu’il [Lacan] eût émis le vœu de finir ses jours en Italie, à Rome ou à Venise et qu’il eût souhaité des funérailles catholiques, il fut enterré sans cérémonie et dans l’intimité au cimetière de Guitrancourt ».

Passe encore pour Rome ou Venise. Mais l’évocation, ainsi prêtée à son célèbre père, d’un vague souhait de « funérailles catholiques » a été perçue comme gravement diffamatoire par Judith Miller, qui a décidé de poursuivre Elisabeth Roudinesco devant les tribunaux.
Circonstance aggravante, l’opus a été édité au Seuil, également poursuivi, dont le président Olivier Bétourné n’est autre que le compagnon de l’historienne.

Le tout a donné lieu, mercredi 16 novembre dans la salle comble de la 17ème chambre du tribunal de grande instance de Paris, à trois heures de cabotinage acide entre avocats, Me Christian Charrière-Bournazel pour Judith Miller, Me Georges Kiejman en défense d’Elisabeth Roudinesco.

« Mme Roudinesco fait partie de ces auteurs qui s’attachent à des personnages qui ne sont pas attachés à elle», persifle Me Charrière-Bournazel avant d’évoquer « l’insulte insupportable » faite à la fille préférée de Jacques Lacan. Une moitié du public approuve bruyamment.

L’autre moitié manifeste son soutien à Me Kiejman, citant Jacques Lacan – « je suis un enfant de curé » -, évoquant le premier mariage du psychanalyste à l’église et le baptême de ses trois enfants, « y compris Judith Miller qui a fait sa communion », dans lesquels il voit la preuve que « l’on peut ne plus avoir la foi mais rester obsédé par le rituel catholique ».

Me Kiejman convoque Sophocle, Freud et Hegel – la partie gauche du public, qui les connaît manifestement mieux que lui, s’indigne – il s’emmêle dans un superbe lapsus – « Élisabeth Lacan », dit-il de sa cliente – pour finalement ramener l’affaire à son nœud: « Mon papa m’aimait beaucoup et j’aimais beaucoup mon papa. Mais cela ne justifie pas que l’on porte atteinte à la liberté d’expression».

À l’adresse du tribunal dont il pressent qu’il hésitera à s’aventurer dans l’interprétation des dernières volontés lacaniennes, Me Kiejman propose une caution plus familière. Celle de Grevisse, selon lequel, assure-t-il, le plus que parfait du subjonctif – « bien qu’il eût souhaité” – peut avoir « une valeur indicative ou conditionnelle sans que rien ne permette de distinguer ces deux modes ». Et vient la péroraison : « Le doute, fût-il grammatical, doit bénéficier à l’accusé ! ».

Jugement le 11 janvier.


La tribu Lacan au tribunal

17-11-11 à 12:50 par BibliObs 2 réactions

Judith Miller, fille du psychanalyste, poursuit Élisabeth Roudinesco pour diffamation, pendant que sa demi-sœur l’accuse de s’être approprié la mémoire de son père. Ce petit monde était hier au Palais de justice. Eric Aeschimann a assisté à ces retrouvailles

Élisabeth Roudinesco, Jacques Lacan et Jacques-Alain Miller: la biographe, le Maître et l’héritier

Une dispute intellectuelle, qui vire à la rivalité personnelle et qui finit par faire ressurgir un terrible arrière-fond familial: tel fut le spectacle étrange, parfois poignant et au total un peu pathétique donné hier au tribunal correctionnel de Paris, à la 17ème chambre, celle dite «Chambre de la Presse». Judith Miller, fille de Jacques Lacan et épouse de Jacques-Alain Miller, exécuteur testamentaire du psychanalyste et responsable de la publication de ses séminaires, y assignait pour «diffamation» l’historienne de la psychanalyse Élisabeth Roudinesco.

En jeu: une phrase tirée du livre d’Élisabeth Roudinesco sorti à la rentrée à l’occasion des trente ans de la mort de Lacan: «Bien qu’il eût émis le vœu de finir ses jours en Italie, à Rome ou à Venise, et qu’il eût souhaité des funérailles catholiques, il fut enterré sans cérémonie et dans l’intimité au cimetière de Guitrancourt», peut-on lire à la dernière page de Lacan, envers et contre tout, publié aux éditions du Seuil.

Ayant organisé les obsèques de son père, Judith Miller estime que la formule revient à l’accuser d’avoir trahi ses dernières volontés. Son avocat, maître Christian Charrière-Bournazel, écrit dans ses conclusions:

«Trahir la volonté d’un mort constitue une faute grave et, le cas échéant, un délit. Imputer à quelqu’un un comportement de cette nature, c’est porter atteinte à son honneur et à sa considération au sens de l’article 29 alinéa 1 de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse.»

Une plainte picrocholine : le contexte

Le contexte de cette plainte pichrocoline, c’est la récente rupture entre Jacques-Alain Miller et les éditions du Seuil. Tout en publiant au Seuil deux textes de son beau-père (le livre XIX du séminaire, … Ou pire, et un petit ouvrage intitulé Je parle aux murs) et bien qu’il n’ait manifesté que très tardivement son intérêt pour ce trentième anniversaire, Jacques-Alain Miller a eu le sentiment d’en avoir été écarté. Un sentiment de dépossession qui faisait écho à celui qu’il avait éprouvé, tout comme sa femme Judith, lorsqu’en 1993, Elisabeth Roudinesco avait publié sa passionnante biographie de Jacques Lacan, restée unique en son genre jusqu’à aujourd’hui.

Début septembre, Jacques-Miller annonce qu’il quitte le Seuil et que les prochains séminaires de son beau-père seront publiés par… les éditions de la Martinière, holding de tête du Seuil. Un revers pour Olivier Bétourné, PDG du Seuil depuis deux ans et par ailleurs pacsé avec Elisabeth Roudinesco depuis dix ans. Mais, à l’évidence, ce n’était pas assez: depuis deux mois, les mises en cause de l’historienne se multiplient, par le biais du Lacan Quotidien, bulletin publié sur Internet par Jacques-Alain Miller, où elle se voit à l’occasion traitée de «démone» (et l’attachée de presse du Seuil de «soubrette»), mais aussi de mails envoyés aux universités où Roudinesco enseigne, pour mettre en cause ses diplômes universitaires, ou encore d’un véritable déchaînement sur sa page Wikipedia, devenue absolument illisible. En engageant cette procédure judiciaire, Judith Miller et son époux ont signifié qu’entre deux couples qui se connaissent bien, qui ont combattu ensemble l’amendement Accoyer sur la psychanalyse, la guerre était désormais totale.

Au tribunal, devant un public visiblement acquis à la cause de Jacques-Alain Miller, maître Charrière-Bournazel a estimé qu’Elisabeth Roudinesco s’est rendu coupable d’une «imposture», elle «ne fait pas partie de la famille», elle s’est «attachée à un auteur qui ne s’était pas attachée à elle» de son vivant. Il a aussi fait valoir que Lacan ayant perdu la foi à 17 ans, lui supposer le désir de funérailles catholiques ne saurait se défendre, ni s’écrire.

Placée au premier rang, les traits tirés, Judith Miller a ajouté que «la liberté d’expression n’autorise pas à dire n’importe quoi.» Deux rangs derrière était assise sa demi-sœur, Sibylle Lacan. Les deux femmes n’ont pas échangé un regard et la plaidoirie de maître Georges Kiejman, avocat de la défense, permettra peu à peu de comprendre pourquoi.

Maître Kiejman a parlé deux fois plus longtemps que son confrère et a développé deux thèmes. D’une part, il a vu dans la plainte la tentative d’une «descendante sectaire» et il a lu un extrait du livre de Sybille Lacan, «Un père», racontant comment elle avait été conduite par son père dix-huit mois avant sa mort et comment elle avait été prévenu au tout dernier moment de sa mort et des choix pour l’organisation de ses funérailles. «L’appropriation post-mortem de mon père commença», écrit-elle.

Lacan catho ?

Maître Kiejman a également retracé l’histoire compliquée de Lacan avec le catholicisme. Athée certes, mais éduqué par les maristes, le psychanalyste s’est marié à l’église, a fait baptiser ses enfants et passer sa première communion à sa fille Judith. En 1953, il écrit à son frère, moine bénédictin, pour lui demander d’intercéder auprès du pape: il veut alors non seulement faire annuler son premier mariage par l’Eglise, mais surtout convaincre le pontife que la psychanalyse n’est nullement contradictoire avec la foi catholique. «Il y avait un tel goût de la parade chez lui que l’on ne peut s’étonner qu’il ait pu rêver de la pompe du rite catholique pour ses funérailles», estime maître Kiejman.

Dans son dossier, la défense a produit le témoignage de Catherine Clément, auteur de «Vies et légendes de Jacques Lacan», paru en 1980. Amie de Judith Miller, elle affirme que rien dans le texte d’Elisabeth Roudinesco, dont elle avait lu les épreuves, n’est diffamatoire. Maître Kiejman a également cité l’attestation d’un petit-fils de la psychanalyste Jenny Aubry, la mère d’Elisabeth Roudinesco, relatant un dîner chez Lacan où celui-ci aurait exprimé le vœu d’être enterré selon le rite catholique. «En tout cas, moi, je n’y serai pas», aurait répliqué Sylvia Bataille.

Imbroglio familial

Qui est Sylvia Bataille? La femme de Georges Bataille avant de devenir la seconde femme de Jacques Lacan, en 1954. C’est aussi la mère de Judith Miller, née en 1941; à l’époque, ni elle ni Lacan n’avaient divorcé de leurs premiers conjoints. Sibylle Lacan, elle, est une enfant du premier mariage. Un imbroglio familial qui, soixante ans plus tard, continue de nourrir la souffrance.

Au détour de sa démonstration, maître Kiejman note que Sibylle a vu le jour «trois mois avant Judith». Sibylle Lacan jaillit de son banc: «Huit mois !» Le président du tribunal l’arrête: n’étant pas partie prenante au procès, elle n’a pas droit à la parole. Elle tentera à nouveau de s’exprimer à l’issue des plaidoiries, en vain. Jugement le 11 janvier.

Eric Aeschimann


http://blogs.mediapart.fr/blog/michelrotfus/171111/judith-miller-et-sa-soeur-oubliee-sibylle-lacan-un-proces-contre-elisa

17 Novembre 2011

Par Michel Rotfus

Blog de Michel Rotfus, Médiapart

Judith Miller et sa sœur oubliée : Sibylle Lacan.

Un procès contre Élisabeth Roudinesco

Je sais bien que les procès intellectuels n’ont pas bonne presse mais hier, 16 novembre 2011, à la 17e chambre, j’ai assisté à une scénographie étrange. Judith Miller, 70 ans, visage en lame de sabre sans le moindre affect apparent mais ravagée de l’intérieur, convaincue de sa bonne foi et certaine de détenir toute la vérité sur l’œuvre de son père était dans le prétoire entouré de son fils et de son mari, Jacques Alain Miller, sourire méprisant aux lèvres, au milieu d’une cohorte d’épigones.

Tout ce petit monde poursuivait en justice l’historienne et universitaire Élisabeth Roudinesco, visiblement émue. Elle avait commis le péché dans son dernier essai, Lacan envers et contre tout, de souligner qu’un jour Lacan “eût souhaité” des funérailles catholiques, lui le matérialiste athée, proche de sa mère Jenny Aubry, attaché comme on sait au rituel de l’Église romaine depuis toujours. Il s’était marié à l’Église avait voulu faire annuler par le pape son premier mariage et il avait baptisé tous ses enfants, dont Judith qui fit sa communion. Il avait un frère bénédictin qu’il aimait beaucoup, se disait «fils de curé» et pensait que la religion catholique romaine triompherait de tout.

Un procès sur une phrase ? Un procès pour diffamation? Tout cela serait loufoque si le droit ne permettait pas à chaque citoyen d’un état démocratique de saisir la justice pour tout et n’importe quoi. Donc Judith Miller et les siens se sont sentis diffamés, humiliés, indignés qu’une telle phrase ait été écrite. Et les avocats furent contraints de se livrer à une véritable joute sur des mots, des accents circonflexes et un imparfait du subjonctif. Georges Kiejman démontra, Grevisse à l’appui, qu’il ne s’agissait pas dans cette phrase objet de la plainte d’une référence à des volontés exprimées mais d’une supposition qui renvoie antérieurement à ses derniers moments à l’imaginaire lacanien, à l’importance qu’il accordait à la pompe de la religion catholique. Homme paradoxal.

Christian Charrière-Bournazel, avocat des Miller, n’avait guère travaillé son dossier. Il est arrivé les mains dans les poches, mondain et rieur, grossier parfois, pressé d’en finir, persuadé comme ses clients d’avoir raison contre la méchante historienne. Et de la brocarder en lui donnant des leçons de style : pourquoi pas une fessée? Et de rire lorsque son confrère, Georges Kiejman – ton grave et parole ferme – fit un lapsus en confondant le nom de Roudinesco avec celui de Lacan. Et la meute était là derrière, prête à bondir sur l’avocat.

Pourtant, force est de constater que Kiejman, soutenu d’ailleurs par sa consœur, Bénédicte Amblard (qui plaidait pour le Seuil et son PDG, Olivier Bétourné), livra une plaidoirie longue et érudite, rappelant que Judith Miller, philosophe sans œuvre et se regardant elle-même comme une “bâtarde” – parce qu’elle était née sous un autre nom que celui de son père -, n’avait jamais rien produit qu’une Album de photographies de famille et que son époux, excellent transcripteur des séminaires de Lacan, n’avait pas, lui non plus, produit d’œuvre importante : sa Vie de Lacan, feuilleton en 24 pages écrites à la va vite au mois d’août dernier sur un ton rageur ne saurait en effet rivaliser avec l’œuvre d’Élisabeth Roudinesco, ni avec les 800 pages de sa biographie de Lacan rédigée en 1993 (Fayard et pochothèque) et traduite dans le monde entier. Ouvrage de référence donc qui fait pâlir de haine et d’envie cette famille qui entend faire main basse aujourd’hui en France sur la liberté d’expression dans la plus pure tradition des pays totalitaires.

J’ai eu froid dans le dos quand Judith Miller – apportant une confirmation supplémentaire à la plaidoirie de Kiejman, prétendant détenir le vrai et le juste concernant son père –, a expliqué que la liberté d’expression n’autorisait pas un auteur à “dire n’importe quoi”. Mais bien sûr que si qu’on a le droit en démocratie de dire n’importe quoi. Heureusement. A ceci près que Kiejman démontra qu’Elisabeth Roudinesco ne disait pas n’importe quoi sinon dans l’imaginaire de l’accusatrice en proie à la persécution. On a même le droit de blasphémer et d’envoyer Dieu aux enfers. Mais on n’a pas le droit de calomnier, d’insulter, de tirer à vue sur une personne comme le fait la famille Miller en permanente éructation.

Donc vive le droit de dire n’importe quoi !

Le moment le plus émouvant fut celui où l’autre fille de Lacan, Sibylle Lacan, 70 ans, sœur oubliée, bannie même de la mémoire des Miller, née du premier mariage de Lacan, presqu’en même temps que Judith et auteure d’un beau livre sur son père (Un père, Gallimard, 1994), tenta de s’exprimer. Assise dans le prétoire, telle une intruse, elle se mit à sangloter à l’évocation de l’enterrement de son père. Elle se souvenait, comme elle raconte dans son livre, que la question centrale de ce procès était refoulée : “L’enterrement de mon père fut doublement sinistre. Profitant de mon hébétude (…) Judith prit seule la décision de cet enterrement “dans l’intimité”, de cet enterrement-rapt annoncé après coup dans la presse et où je dus subir la pression de l’Ecole de la cause (école fondée par Jacques-Alain Miller). L’appropriation post-mortem de Lacan, de notre père débutait.”

(Le rapt de la mémoire et de l’histoire de Lacan par Judith a d’ailleurs été une des points forts de l’argumentaire de Kiejman) N’ayant pas été cité comme témoin, Sibylle Lacan ne put prendre la parole mais ses larmes montraient bien, comme le rappela calmement Elisabeth Roudinesco, que le biographe et l’historien sont toujours confrontés à des tragédies familiales et à la haine qu’un clan voue à un autre clan.

Je ne connaissais pas cette histoire mais Sibylle m’a ému comme elle a ému l’assemblée qui était là à l’exception de la meute qui ricanait.

Procès ridicule, oui, mais belle plaidoirie, beau moment de prétoire et l’on s’efforcera de pardonner à maître Charrière-Bournazel son incapacité à entendre la souffrance d’une femme, demie soeur de celle qu’il défendait. Il n’eut pas la moindre émotion devant ses larmes, alors que l’intruse laissa un moment sans voix maître Kiejman, visiblement touché par cette douleur de fille…

Je ne peux m’empêcher de citer le témoignage de Catherine Clément qui fut lu au tribunal, très émouvant lui aussi : “Je connais et j’aime mon amie Judith Miller depuis plus de cinquante ans ; je connais aussi l’immense respect qu’elle porte à son père, respect que je partage. Pour autant, je n’ai pas senti la moindre offense faite à Judith Miller en lisant le dernier livre d’Élisabeth Roudinesco ; si tel avait été le cas, ayant eu les épreuves de ce livre avant publication, je l’aurai certainement fait remarquer à l’auteur de « Lacan, envers et contre tout ».

J’ai été stupéfaite de la très forte réaction émotionnelle de mon amie Judith, réaction provoquée sur le moment, m’a-t-elle dit, par la lecture qu’on lui a faite au téléphone d’un seul paragraphe de ce livre-le paragraphe incriminé. Il ne m’avait pas semblé, à aucun moment, qu’É. Roudinesco y visait la fille de Jacques Lacan, non plus que sa famille, ni qu’à aucun moment il ait été question dans ces lignes d’une trahison des vœux paternels.»

Judith a affirmé n’avoir pas lu la moindre ligne des écrits de Roudinesco (qu’elle connaît pourtant depuis l’âge de neuf ans) tellement ils lui font horreur. Mais pourquoi poursuivre en diffamation une ligne d’un texte sans avoir daigné lire même cette ligne qui lui fut lue au téléphone ? Ni de surcroît le texte en son entier.

Quelle folie, tout de même!


Procès Lacan, querelle de chapelles

Par Jérôme Dupuis (LEXPRESS.fr), publié le 17/11/2011 à 10:30, mis à jour à 15:01

Élisabeth Roudinesco, auteur de Lacan, envers et contre tout (Seuil), est attaquée pour diffamation par la fille de Jacques Lacan, Judith Miller.


AFP/MIGUEL MEDINA


La fille du célèbre psychanalyste attaquait pour diffamation la biographe de son père, Élisabeth Roudinesco. Une audience hautement névrotique.

Avertissement au lecteur : cet article est garanti 100% sans jeu de mots lacanien.

Sigmund, reviens, ils sont devenus fous! Voilà, très succinctement résumée, l’impression que l’on a ressentie, hier, en assistant à la joute “lacanienne” qui s’est tenue devant la XVIIe chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris. On y aura vu un ancien ministre et ténor du barreau s’improviser “psychanalyste du dimanche”, deux filles de Jacques Lacan se haïr polairement et un auditoire, qui devait totaliser quelques millions d’heures d’analyse à lui seul, pousser des petits “Oohhh!” d’indignation sur les bancs réservés au public. Tout cela pour huit petits mots…

Reprenons. A l’occasion du trentième anniversaire de la mort de Lacan, disparu en septembre 1981, l’historienne de la psychanalyse, Élisabeth Roudinesco, a publié un petit ouvrage intitulé Lacan, envers et contre tout (Seuil), dans lequel on pouvait lire cette phrase: “Bien qu’il eût émis le vœu de finir ses jours en Italie, à Rome ou à Venise, et qu’il eût souhaité des funérailles catholiques, il fut enterré sans cérémonie et dans l’intimité au cimetière de Guitrancourt.” À sa lecture, la fille chérie de Jacques Lacan, Judith Miller, s’étrangle: jamais, ô grand jamais, selon elle, son père n’a émis le désir d’être enterré selon le rite catholique! Blasphème! Diffamation! Procès! Judith Miller réclame l’euro symbolique.

Et voilà le pauvre président Cathelin et ses deux assesseurs de la XVIIe sommés de sonder l’âme passablement torturée du psychanalyste aux célèbres cigares mâchonnés ! Heureusement, il est au moins quelques points sur lequel tout ce petit monde s’accorde: Jacques Lacan était athée depuis ses 17 ans ; la religion l’intéressait comme objet d’études, comme en témoigne la correspondance avec son frère Marc-François, moine de son état; mais ni dans son testament, ni dans une lettre, il n’a donné la moindre instruction pour ses funérailles.

Mais, on le sait, les délices de la psychanalyse résident dans l’interprétation. Et là, il faut bien le dire, le tribunal a été servi. Me Georges Kiejman, avocat d’Élisabeth Roudinesco, a audacieusement tenté de démontrer que fumer le Davidoff menait tout droit au rite catholique : “Cet homme qui portait des costumes extravagants, roulait en voiture de sport et fumait des cigares entortillés, qui peut dire qu’il n’aurait-il pas souhaité des funérailles spectaculaires? “Réponse de Me Charrière-Bournazel, défenseur de Judith Miller: “Très bien, mais, alors, pourquoi n’a-t-il laissé aucune instruction écrite? On accuse ma cliente d’avoir trahi les dernières volontés de ce père dont elle fut le “bâton de vieillesse”! D’avoir joué avec sa dépouille! C’est grave, tout de même!”

Alors, Me Kiejman se lance dans une psychanalyse sauvage – féroce même – de Judith Miller: “Née hors-mariage, vous avez été considérée comme un bâtarde et n’avez porté le nom de votre père qu’à l’âge de 13 ans! Toute votre vie, vous avez vécu avec cette blessure. Et lorsque votre père est mort, vous avez organisé des obsèques à la sauvette, sans prévenir personne ! Et, depuis, vous pensez que ce père vous appartient exclusivement !” Pour un peu, on s’attendrait à ce que Me Kiejman demande à Judith Miller de s’allonger sur le banc des parties civiles et de se confesser. Mais celle-ci, petite femme menue ceinte d’une écharpe sombre, se contente, les yeux au ciel, de faire “non” de la tête.

On eut même droit au lapsus freudien de rigueur, toujours signé Me Kiejman: “Ma cliente, madame Lacan, euh, madame Roudinesco…” Rires entendus sur les bancs du publics, où les tenants de la Fondation du Champ freudien côtoyaient les “milleristes”, prenant bien garde de ne pas se mélanger aux “roudinescistes”, tandis que quelques dissidents (jungiens?) comptaient les points…

C’est le moment que choisit une petite voix pour s’élever du troisième rang: “Je suis Sybille Lacan, fille de Jacques Lacan et demi-sœur de Judith. Puis-je m’exprimer? “Non!”, répond sèchement le président, respectant en cela strictement la procédure. La petite femme se renfrogne sur son banc. Mais l’on apprend bientôt, par la voix des avocats, que, fâchée à mort avec sa sœur, elle a évoqué, dans un livre, l'”enterrement-rapt” de son père. Et nous voilà plongés dans les Atrides du VIIe arrondissement. Résumons: Judith hait Elisabeth et Sybille, mais Sybille aime Elisabeth et Elisabeth aime Sybille… Le taux de névrose au mètre carré monte dangereusement sur les bancs de la XVIIe.

Bien vite, on a donc compris que le véritable enjeu de ce procès était ailleurs. À qui appartient Lacan? A sa fille adorée, Judith, et à son époux, Jacques-Alain Miller, exécuteur testamentaire du grand homme ? Ou aux chercheurs et biographes dont Élisabeth Roudinesco, comme l’a plaidé l’avocate des éditions du Seuil, Me Bénédicte Amblard ? On eût beau évoquer Hegel, “l’inconscient-structuré-comme-un-langage”, les déviationnistes freudiens, le signifiant et le signifié, le Congrès de Stockholm de l’Association internationale de psychanalyse de 1963, les micros cachés dans les chambres d’hôtels dont se croyait victime le paranoïaque Lacan, les débats se résumaient à cette seule question : a-t-on le droit d’écrire sur Lacan, si l’on est ni sa fille ni son gendre ? “J’ai consacré trente de ma vie à l’histoire de la psychanalyse et je viens d’être victime d’une invraisemblable campagne de calomnie, a calmement déploré Élisabeth Roudinesco. Il y a toujours une querelle entre les biographes et les familles. Mais quand en plus les familles sont divisées…”

Bref, il faut bien l’avouer, après deux heures de débats, lorsque le président a annoncé le jugement pour le 11 janvier 2012, on n’était guère plus avancé. Et l’on ne pouvait que sourire en observant notre pauvre consœur du Monde s’escrimer à résumer cette ténébreuse affaire en 140 signes pour Twitter…


Corriere della Sera

http://archiviostorico.corriere.it/2011/novembre/20/Dura_polemica_tra_figlie_sulle_co_9_111120015.shtml> di Corriere.it

Candide Lundi 21 novembre 2011

Le Temps, 21 novembre

Paris sera toujours Paris

Par Anna Lietti

Le procès de la biographe de Lacan vire au pugilat autour d’un plus-que-parfait du subjonctif. Quel déchet ne ment, comme dit l’autre.

Vous y étiez ? Moi non plus. Mince, ce que c’est que la province.

Mercredi dernier, le Tribunal de grande instance de la Ville-Lumière a vécu un grand moment de vie parisienne. Judith Lacan, fille de Jacques, y faisait face à Élisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse et auteure d’une biographie du maître. Elle y laisse entendre que la famille du psychanalyste mort il y a trente ans n’a pas respecté son souhait d’avoir des funérailles catholiques.

Judith accuse Élisabeth de diffamation. Après des années d’escarmouches exégétiques et de tirs de roquettes éditoriaux, c’est la guerre ouverte. Dans chaque camp, la mobilisation est totale.

Parce qu’il s’agit d’une vraie guerre des clans, à la versaillaise. D’un côté, rangés derrière la fille du maître, dite la «préférée», il y a les héritiers légitimes, ceux que Pierre Assouline appelle les «milleristes canal historique». Judith est en effet la femme de Jacques-Alain Miller, psychanalyste lui-même et héritier moral de Lacan. Miller est en conflit avec l’éditeur des Séminaires, Le Seuil. Dont le patron n’est autre qu’Olivier Bétourné, compagnon d’Élisabeth Roudinesco, égérie du clan des séditieux.

Roudinesco et les siens revendiquent, au nom de la vérité historique, l’irrespect face à la statue de «Sa Majesté». Les milleristes n’ont que mépris pour celle qu’ils regardent comme une pilleuse d’aura. Pire, une rancunière qui n’a jamais digéré la disgrâce de sa mère, Jenny Aubry, auprès de Lacan.

Par ailleurs, le camp familial n’est pas si uni que ça : Sybille, demi-sœur de Judith, raconte à qui veut l’entendre qu’elle et son frère n’ont même pas été consultés pour les funérailles. L’autre, la préférée, a tout décidé.

Tout ce monde se retrouve donc au procès. Où, dans le plus pur esprit lacanien, l’avocat d’Élisabeth Roudinesco virevolte verbalement autour d’un plus-que-parfait du subjonctif et plaide l’acquittement au bénéfice du doute grammatical.

La biographe a écrit que «le maître «eût souhaité des funérailles catholiques» ? Eh bien, cet «eût souhaité»-là peut avoir «une valeur indicative ou conditionnelle sans que rien ne permette de distinguer ces deux modes», explique-t-il. En d’autres termes, Roudinesco a peut-être écrit que Lacan, selon certains, souhaitait des funérailles catholiques. Ou alors qu’il les souhaitait bel et bien mais ne les a pas eues. Who knows, that’s french.

L’article du Monde relatant le procès a suscité, sur le Web, un virulent débat. Sur la question de savoir comment enterrer un incroyant imprégné de culture catholique et manifestement ambivalent? Ou s’il est diffamatoire de dire qu’un enfant n’a pas respecté la volonté de son père?

Point du tout. On s’est passionnés pour le plus-que-parfait du subjonctif, on s’est écharpés sur sa valeur indicative, conditionnelle ou concessive. Certains ont douté que le spécimen fût authentique. D’autres qu’il indiquât une virtualité. On s’est donné du «Ce que vous dites est imprécis» et du «Pardonnez pour la pédanterie, mais…». On a surtout attendu que l’adversaire, dans le feu du débat, commît une faute d’orthographe pour la terrasser en vol d’une flèche empoisonnée. Jusqu’à ce que toute cette effervescence accouche de l’inévitable bon mot : «Quel déchet ne ment !»

Les détracteurs de la psychanalyse l’accusent d’être élitaire, sectaire et verbeuse. Où diable vont-ils chercher ça ? Où donc, je vous le demande.


Rédigé par : Hydrogène | le 17 novembre 2011 à 16:08 |

L’usage d’un subjonctif dans la phrase incriminée me paraît contestable pour ce qui est du sens. Le français a la tendance fâcheuse, parce que beaucoup de ses subjonctifs ne sont pas phonétiquement distincts de ses indicatifs, de considérer qu’un « que » précédant le verbe suppose un subjonctif. Madame Roudinesco aurait pu écrire : » Bien qu’il souhaitait ». Ou peut-être a-t-elle pensé « Bien qu’il a eu souhaité », mais dans ce cas la crainte des surcomposés l’a entraîné à « Bien qu’il eut souhaité », puis « Bien qu’il eût souhaité », formellement correct, mais dépourvu de valeur subjonctive.

Il reste que le sens est affirmatif. Dès lors, il y avait quatre possibilités :
– Lacan souhaitait des funérailles religieuses et les a eues;
– Lacan souhaitait des funérailles religieuses et ne les a pas eues (c’est l’opinion de Madame Roudinesco);
– Lacan ne souhaitait pas de funérailles religieuses et en a pourtant eu;
– Lacan ne souhaitait pas de funérailles religieuses et n’en pas eu.

On le voit, Madame Roudinesco avait 3 chances de se tromper sur 4. Dès lors, on doit condamner son imprudence et, dans le même mouvement, lui accorder des circonstances atténuantes s’il est prouvé qu’elle a fait erreur. Ces circonstances atténuantes sont d’autant plus nécessaires que, selon le baveux même de l’adversaire, qui a perdu là une belle occasion de se taire, elle s’est attaché, en tant qu’historienne, à un personnage qui ne lui était pas attaché, ce qui est a priori une raison de ne pas suspecter un manque d’objectivité.

J’ai personnellement une opinion et j’ose l’énoncer ici-même : bien que Loup, duc d’Aquitaine, portait la barbe, il se la fit raser en 657. Il reste à ceux qui veulent me faire un procès le soin de prouver qu’ils descendent de l’illustre gouvernant, ou de son barbier.

Rafah Nached et les prisons de la peur

Cet article de Josyane Savigneau est paru dans Le Monde du 05.11.11

Cette pionnière de la psychanalyse en Syrie offrait un lieu de parole à ceux qui ont peur. Son arrestation vise l’activité psychanalytique elle-même, s’indignent ses confrères

On entend déjà des reproches sur la mobilisation autour de Rafah Nached, psychanalyste syrienne emprisonnée depuis le 10 septembre. Il y a des arrestations journalières en Syrie, peut-être déjà 70 000 prisonniers, alors pourquoi elle ? Parce qu’elle est psychanalyste ? On saisit tout de suite l’accusation : Rafah Nached appartient à une communauté de gens éduqués et, en Europe, on s’occuperait d’elle au détriment de tous les autres.

Mais qu’elle soit psychanalyste, qu’elle ait été la première psychanalyste en Syrie, dans les années 1980, après ses études en France, et qu’on ne lui connaisse aucune activité politique, militante, ne peut pas « laisser indifférent », comme le précise le psychanalyste libanais Chawki Azouri, en marge d’un colloque qu’il organisait à Beyrouth du 28 au 30 octobre sur le thème « Guerre finie, guerre infinie ». « Dans le monde arabe, il a été difficile de faire exister la psychanalyse, explique-t-il. Et Rafah Nached a été une pionnière. Elle a fondé l’école syrienne de psychanalyse. Elle ne faisait pas de politique, elle faisait son métier. Elle n’était vouée qu’à une cause, celle de la psychanalyse et de ses patients. » C’est aussi le sentiment de la psychanalyste et historienne de la psychanalyse française Élisabeth Roudinesco, qui l’a rencontrée dans des colloques, notamment à Beyrouth, et pour qui « elle est avant tout une excellente clinicienne ».

De quoi est donc vraiment coupable Rafah Nached, 66 ans, arrêtée le 10 septembre à l’aéroport de Damas ? Elle allait s’embarquer pour rejoindre à Paris sa fille, sur le point d’accoucher, et aussi pour voir ses médecins – elle a eu un cancer et a des problèmes d’insuffisance cardiaque. Elle a été inculpée le 14 septembre d’« activités susceptibles d’entraîner une déstabilisation de l’État », comme le rapportait Benjamin Barthe dans Le Monde du 16 septembre. Sa libération sous caution a été refusée.

Mais son seul « délit » est d’avoir donné la parole à ceux qui, dans la situation actuelle de la Syrie, cherchaient un moyen d’exorciser leur peur. Comme l’a écrit son mari Fayssal Abdallah, professeur d’histoire à l’université de Damas, dans une lettre ouverte à plusieurs journaux, dont Le Monde, Rafah Nached, « au début des événements dramatiques qui se déroulent actuellement en Syrie, a entrepris un projet de travail de thérapie de groupe avec un collègue, père jésuite, psychanalyste aussi. Ce travail était fondé sur le psychodrame et se tenait dans les lieux de prière des jésuites, à Damas ».

Il se trouve que l’Agence France-Presse (AFP) a publié une dépêche sur ce travail et a cité des propos de Rafah Nached – déjà tenus dans un article de la revue de psychanalyse Topique, en 2010 – sur la nécessité d’offrir un lieu de parole à ceux qui ont peur, « un lieu où l’on peut prendre de la distance par rapport à la famille, au travail ou à la société, où règne la fusion ». Il est peu probable que les membres des services de renseignements, les moukhabarat, soient de grands lecteurs de la revue Topique. En revanche, l’article de l’AFP aurait pu attirer leur attention sur Rafah Nached, comme le pensent certains de ses proches.

Si la communauté psychanalytique s’est mobilisée pour demander sa libération, c’est parce que l’activité psychanalytique elle-même est visée par son arrestation. « Je dirige aujourd’hui l’UFR dans lequel Rafah a été formée, à Paris-VII, dit Fethi Benslama. Elle a soutenu sa thèse sous la direction de Sophie de Mijolla. Le conseil d’administration a voté une résolution pour demander sa libération. Le pouvoir syrien ne sanctionne pas une opposante en la maintenant en prison, il sanctionne une clinicienne, et une femme qui a un esprit de fondatrice. Elle est le seul cas d’une femme psychanalyste ayant fondé une école dans un pays où la psychanalyse n’existait pas. C’est une personne qui est passionnée par la transmission. Elle n’est jamais dans l’abus de pouvoir. Elle est aujourd’hui détenue dans une cellule collective, dans des conditions sanitaires qui, évidemment, laissent à désirer. Son mari dit que son état de santé est stable. Et il est dans son caractère de résister à l’adversité. Mais elle est tout de même fragile physiquement. »

Toutes les sociétés de psychanalyse françaises ont aussi transmis un texte au Parlement européen pour qu’il se saisisse du cas de Rafah Nached, « accusée à tort, ses activités ne dépassant pas le cadre d’une pratique analytique et psychothérapeutique ».

Julia Kristeva, psychanalyste, écrivaine, n’a pas rencontré Rafah Nached. Mais depuis son arrestation, elle s’est intéressée de près à son parcours, à son travail et à ses publications. « Dans ses articles publiés en français, en particulier dans Topique [n° 110], Rafah Nached précise qu’après avoir fait ses études de psychologie clinique à Paris, elle a travaillé à Alep, et, je la cite, «dans un hospice de vieillards», «un milieu où vivaient des personnes présentant un mélange incroyable de psychoses, d’épilepsies, d’hystéries, de retards mentaux, de handicaps physiques couvrant toutes les tranches d’âge, de 2 ans à la vieillesse». »
Elle a continué ce lourd travail à Damas, dans des centres pour handicapés mentaux. « Je sais que son cabinet personnel est devenu aussi, peu à peu, un lieu de parole et d’écoute pour ceux qui souffraient du climat social de leur pays, avant même les récents événements, poursuit Julia Kristeva. «À l’extérieur», écrivait-elle, «la parole libre est interdite, obligeant à mille et un détours pour exprimer quelque chose d’un peu personnel.» Son cabinet devait donc être ce lieu où le moi peut exister, alors qu’à l’extérieur il est barré. »

Pour Julia Kristeva, qui a pris la parole dans une des manifestations de soutien organisées à Paris par le psychanalyste Jacques-Alain Miller, cette affaire vient à « un moment qu’il faut bien dire historique, pour la psychanalyse, pour la politique, pour les femmes ». La psychanalyse est l’expérience intime par excellence, souligne-t-elle. Freud et Lacan ne cessent de le faire entendre, chacun à sa façon unique. « En revanche, l’écoute du «parlêtre» est cette révolution copernicienne des valeurs et des normes qui ouvre de nouvelles possibilités de lien à autrui, lesquelles constituent l’essence même de la politique. Puisque l’écoute de l’inconscient dévoile la singularité de l’être parlant, il est inévitable que la psychanalyse rencontre la préoccupation centrale du IIIe millénaire : quel sens donner à la singularité qui est devenue synonyme de bonheur par la liberté ? » Si la psychanalyse est appelée à répondre à cette question, son exercice est certainement périlleux dans certains pays. « Oui, elle est appelée à répondre à cette question », insiste Julia Kristeva. Pourquoi ? « Parce que la découverte freudienne de l’inconscient a transféré les ambitions religieuses et philosophiques d’un Occident soucieux des droits de l’homme au cœur même de la rationalité scientifique. Et cette approche s’oppose aussi bien au pseudo-humanisme qu’à la terreur que répandent les intégrismes politiques ou religieux, ainsi qu’aux divers acharnements scientistes. Rafah Nached est le témoin de cette résistance, lorsqu’elle essaie de donner la parole à la peur, face au régime syrien. »

En Syrie, la peur est partout. Le régime essaie d’écraser la révolte, par peur de perdre son pouvoir. Les manifestants ont peur aussi, mais ils descendent quand même dans la rue, sans armes. Et on compte beaucoup de morts – officiellement 3 000, sans doute beaucoup plus. Rafah Nached et le Père Rami Elias, le psychanalyste qui dirige la résidence jésuite dans laquelle se tenaient les groupes de parole qu’ils organisaient ensemble, voulaient créer un espace où chacun – même ceux qui ne peuvent pas consulter de psychanalyste – pouvait dire sa peur. « Il n’est pas question ici de faire de la politique, déclarait le Père Rami Elias à l’AFP, mais que chacun puisse partager la peur qu’il ressent et la canaliser afin qu’elle ne se transforme pas en violence. »

« Je crois que ce travail, mené en commun par ce père jésuite et Rafah Nached, était absolument nécessaire, ajoute Julia Kristeva. Les peurs que cette femme analyste essaie d’entendre vont bien plus loin que la peur d’un régime politique, elles sont verrouillées dans l’attitude religieuse. Rafah Nached n’attaque pas frontalement ces peurs, elle ne cible personne. Je lis ces travaux comme le début d’une voie que nos collègues syriens tentent d’ouvrir, non pour stigmatiser l’expérience religieuse, mais pour la mettre en question. L’analyser, la déconstruire, infiniment. Et je crois que ces avancées ne peuvent que se renforcer, malgré ce qui vient de frapper Rafah Nached. »

Comme dans le cas des prises d’otages, un débat demeure ouvert. Faut-il faire silence, laisser la diplomatie tenter de faire libérer Rafah Nached ? « Mais que peut faire aujourd’hui le Quai d’Orsay en Syrie ? » s’interroge Fehti Benslama. Ou bien faut-il parler, faire entendre la voix de Rafah Nached, dire et redire ce que son arrestation a de singulier et de symbolique, faire qu’elle ne soit pas oubliée ? Ces deux positions n’ont certainement pas fini de s’affronter. Mais pour les psychanalystes, la parole étant au cœur même de leur pratique, il ne semble pas possible de se taire.

Josyane Savigneau