Joyce McDougall – psychanalyste

Joyce McDougall, née Carrington (1920-2011), psychanalyste

Par Élisabeth Roudinesco

[Image : Sans titre]

La psychanalyste Joyce McDougall, née Hilary Joyce Carrington, est morte à Londres, le mercredi 24 août, des suites d’une pneumonie, dans une maison de retraite où sa famille l’avait placée.

Née en Nouvelle-Zélande, le 26 avril 1920, dans une famille de commerçants aisés issus de l’immigration anglaise, elle fut très tôt sensible aux inégalités au sein d’une culture encore très coloniale. Durant l’entre-deux-guerres, elle suivit avec attention le combat des républicains espagnols et s’intéressa au féminisme et à tous les mouvements d’émancipation.

Comme le souligne Philippe Porret, son biographe, dans Joyce McDougall, une écoute lumineuse, Campagne-Première, 2005, c’est à travers la lecture du Livre du ça, de Georg Groddeck (traduit chez Gallimard), qu’elle découvrit la psychanalyse, ce qui la conduisit à poursuivre des études de psychologie. Après avoir épousé Jimmy McDougall, dont elle conservera le patronyme, elle se rendit à Londres, où elle reçut sa formation clinique auprès de John Pratt, tout en bénéficiant de l’enseignement de Donald Woods Winnicott.

Trois ans plus tard, recommandée par Anna Freud, elle s’installa en France et intégra la Société psychanalytique de Paris (SPP) sans changer de nationalité. Elle fit alors une deuxième tranche d’analyse avec Marc Schlumberger. En 1954, à la demande de Margaret Mahler et sous la supervision de Serge Lebovici, elle accepta de recevoir à Paris, pour une cure en anglais, un garçon américain de 9 ans, étiqueté schizophrène, avec lequel elle engagea un dialogue étourdissant qui sera publié en plusieurs épisodes et deviendra un classique : Dialogue avec Sammy. Contribution à l’étude de la psychose infantile, rééd. Payot, 2001. Avec cet enfant fascinant et fou, elle parvint à instaurer une parole au long cours qui se prolongera ensuite par une amitié, au point qu’elle le consultera pour la publication de son cas, n’hésitant pas, à une certaine étape, à prendre la mère de celui-ci en analyse.

Au fil des années, Joyce deviendra une clinicienne reconnue dans le monde anglophone, francophone et latino-américain, pour son talent et sa manière de mener des cures avec une finesse inouïe puis de publier des cas, toujours en accord avec ses patients, ce qui, hélas, ne se fait plus aujourd’hui.

Invitée aux quatre coins de la planète, elle ne cessera de donner des conférences, toujours prête à changer de lieu et à s’ouvrir à de nouveaux récits. Elle aimait le théâtre, la peinture, la littérature, la danse, les objets baroques et les pratiques corporelles en tous genres, et elle avait un certain goût pour l’analyse des expériences sexuelles ” différentes “, telles que le transsexualisme et le transvestisme, ce qui ne contredisait pas son attachement à la plus grande rigueur clinique.

L’interprétation juste

En 1950, elle fit la connaissance de Sidney Stewart, qui deviendra son deuxième époux et occupera une place centrale dans sa vie. Originaire de l’Oklahoma, il avait été GI dans le Pacifique et fait prisonnier. Par la suite, il rédigea un récit des conditions de sa survie, décrivant la manière dont il était passé de la mort à la vie selon un processus de réminiscence qui lui avait permis de sortir du trauma corporel et psychique lié à la captivité. Il deviendra psychanalyste.

C’est au contact de cet homme exceptionnel, qui accepta de vivre auprès d’une femme beaucoup plus célèbre que lui, que Joyce prit une orientation clinique nouvelle.

Comme le grand psychanalyste américain Robert Stoller, qui était son ami, elle se tourna vers une compréhension novatrice des sexualités dites ” déviantes “, à une époque où la communauté psychanalytique méprisait les homosexuels au point de leur interdire de devenir des praticiens. Dans un livre admirable, publié en 1978 (Plaidoyer pour une certaine anormalité, Gallimard), elle eut le courage de dénoncer ce qu’elle appelait la normopathie (pathologie de la norme) en vigueur chez ses collègues et de montrer que ceux que l’on qualifiait de pervers ou d’anormaux pouvaient aussi être à l’origine d’une véritable créativité pour la psychanalyse et pour la société.

Joyce McDougall, dont l’œuvre est publiée chez Gallimard, était une clinicienne d’une sensibilité rare, tout en demi-teinte, capable d’écouter avec humour, humanisme et naïveté les tourments d’une existence, sans jamais se départir de l’essentiel de ce qu’est l’éthique de la cure : laisser parler les mille facettes du moi sans oublier que seul compte le moment où le clinicien a le devoir d’user de son autorité pour ramener le sujet à la vérité de son désir. Encore faut-il, pour cela, avoir le don de l’interprétation juste : et elle l’avait !


26 avril 1920, Naissance en Nouvelle-Zélande. 1960, publication de Dialogue avec Sammy, 24 août 2011, mort à Londres.

© Le Monde

Le Séminaire de Jacques Lacan – état des lieux

L’œuvre de Lacan est publiée aux éditions du Seuil

Entre 1953 et 1979, Lacan a délivré son Séminaire – soit 25 livres en tout –
du livre I, Les écrits techniques de Freud (1953-1954) au livre XXV, Le moment de conclure (1977-1978). Sur le rabat des couvertures, Jacques-Alain Miller a bien noté qu’il y a 25 livres. Le Séminaire s’est tenu d’abord à l’hôpital Sainte-Anne, puis à partir de janvier 1963 jusqu’en juin 1969, à l’ENS. Ensuite au Panthéon (faculté de droit)

15 Séminaires établis à ce jour

J-A Miller a établi à ce jour (de 1973 à septembre 2011) 15 séminaires, parmi lesquels des séminaires majeurs (I à V) et VII, VIII, X, XI, XVI, XVII, XVIII, XX, XXIII,

Et : XIX, le dernier en date : ...ou pire (1971-1972) et Le savoir du psychanalyste. il s’agit de deux exposés alternés dont certains ont été prononcés à Sainte-Anne et d’autres à la faculté de droit du Panthéon. Quatre conférences prononcées à Sainte-Anne ont été intégrées au livre XIX, les trois autres ont été publiées dans un volume de la série «paradoxes de Lacan» sous le titre : Je parle aux murs.

Les dates de publications des séminaires se trouvent sur internet ou dans le catalogue du Seuil

Il reste encore à établir 10 séminaires

– 6 séminaires majeurs :

1 – Livre VI (1958-1959) : Le désir et son interprétation.

2 – Livre IX (1961-1962) : L’identification.

3 – Livre XII (1964-1965) : Problèmes cruciaux pour la psychanalyse.

4 – Livre XIII (1965-1966) : L’objet de la psychanalyse.

5 – Livre XIV (1966-1967) : La logique du fantasme.

6 – Livre XV (1967-1968) : L’acte psychanalytique

– 4 séminaires mineurs :

1 – Livre XXI (1973-1974) : Les non-dupes-errent (parodie de Nom du Père).

2 – Livre XXII (1974-1975) : RSI.

3- Livre XXIV (1976-1977) : L’insu que sait de l’une bévue s’aile a mourre. Jeu de mot sur l’Insuccès de l’Unbewusste (l’inconscient en allemand).

4 – Livre XXV (1977-1978) : Le moment de conclure.

2 pré-séminaires

Par ailleurs, avant de tenir son Séminaire à Sainte-Anne, Lacan a enseigné chez lui, à son premier cercle, entre 1951 et 1953 : il a commenté les deux cas de Freud : l’homme aux loups et l’homme aux rats. Pour ces deux «pré-séminaires», on dispose de notes manuscrites de Lacan (que détient J-A Miller) et de nombreuses notes d’auditeurs, parmi lesquels celles de Jenny Aubry, de Jean Laplanche, de Jean-Bertrand Pontalis et bien d’autres encore.

Quelques remarques sur la réglementation de la pratique des psychothérapies

octobre 2010

titre & profession

L’usage du titre de psychothérapeute est maintenant régi par le décret paru au J.O. du 22 mai 2010. Il ne s’agit pas seulement d’un titre qu’on exhibera à côté d’une qualification professionnelle actuellement en usage, mais d’une nouvelle profession qui coexistera dans le champ de l’offre d’écoute et (ou) de soins(1“) avec celles des psychiatres, des psychologues et des psychanalystes. Cette nouvelle profession a été voulue et imposée par le pouvoir politique. Il importe que nous prenions la mesure de cet acte, de ses incidences sur la pratique et la transmission de la psychanalyse. Il se peut, par ailleurs, que des psychanalystes ne puissent travailler en institutions médico-sociales que sous ce titre. Cette situation devrait amener les associations de psychanalystes à penser leur place et leur fonction à l’égard du pouvoir politique et de la Cité en produisant un discours susceptible de faire entendre la singularité de l’acte analytique.

HISTORIQUE

essentiellement mû par des préoccupations concurrentielles

Il convient à titre préliminaire de rappeler la généalogie de ce décret. Elle remonte au début du siècle et a deux origines discernables. L’une émanait d’associations de psychothérapeutes qui invoquaient des précédents européens et l’harmonisation des diplômes entre les pays de la communauté européenne pour demander aux pouvoirs publics de valider leurs formations et faire cesser l’inflation des psychothérapeutes auto-proclamés. L’autre trouve sa source dans les divers rapports qui se sont succédés sur l’organisation de la Santé mentale. La médicalisation outrancière de la psychiatrie et la pénurie organisée du nombre de psychiatres destinaient ceux-ci, selon ces rapports, à ne plus exercer qu’un rôle de consultant. Les soins étant délégués ( le fameux transfert de compétences) au personnel infirmier et à une profession qui n’existait pas encore officiellement, mais dont le nombre de praticiens ne cessait pas de croître dans les annuaires téléphoniques : les psychothérapeutes. Un syndicat de psychiatres qui disposait de relais politiques, et essentiellement mû par des préoccupations concurrentielles, entreprit de faire réglementer l’usage du titre de psychothérapeute. Ce fut le premier amendement Accoyer qui, prenant prétexte de la défense de l’usager devant des dérives sectaires de certaines pratiques dites psychothérapiques, proposait leur réglementation. Comme si la réglementation d’une pratique soignante devrait immuniser contre une telle dérive.

une clinique désimpliquée

Après diverses péripéties, cette nouvelle profession fut établie par l’article 52 de la loi du 9 avril 2004 dont les décrets d’application viennent de paraître. Ils mettent en évidence l’inspiration médicale de cette nouvelle législation dans la mesure où les psychiatres seront de droit psychothérapeutes s’ils le demandent, alors qu’il est notoire, du fait de la médicalisation de leur formation qu’ils n’ont pas d’enseignement et de pratique les formant aux psychothérapies. Les médecins généralistes pourront se dire psychothérapeutes moyennant 200 heures de psychopathologie et d’information sur “les principales approches utilisées en psychothérapie.” Cet enseignement théorique s’accompagnant d’un stage clinique de 2 mois. Ceci en dit long sur la consistance des connaissances et de l’expérience requise par les pouvoirs publics pour pratiquer la psychothérapie et surtout sur le peu d’importance qu’ils semblent attribuer à cet acte. Les psychologues cliniciens voient leur formation dévaluée puisqu’on leur impose complément d’enseignement et de stage. Par contre tout titulaire d’un master de psychologie non-clinique ( travail, criminologie….) pourra prétendre à inscription sur les listes départementales des psychothérapeutes moyennant une formation théorique et un stage à peine plus importants. Les psychanalystes, dans la mesure où ils sont »régulièrement enregistrés dans les annuaires d’associations psychanalytiques », devront satisfaire à un enseignement et à un stage de 2 mois. Pour les professionnels qui ne relèveraient pas de ces catégories, l’enseignement est porté à 400 heures et le stage à 5 mois.

enseignement vs. formation

Il n’aura échappé à personne que le législateur se contente d’un enseignement de type universitaire et qu’il ne dit mot sur la formation pourtant indispensable à telle ou telle méthode psychothérapique qui, pour des motifs éthiques, devrait s’appliquer d’abord à tout futur professionnel. Cette omission en dit long sur l’usage envisagé de ce décret. Il est fait pour produire et employer des thérapeutes cognitivo-comportementalistes dont la formation ne comporte précisément rien où leur propre subjectivité serait questionnée par leur méthode.

évaluation, toujours elle

Cette inspiration est lisible aussi dans le chapitre 3, article 11 de ce décret où il est question de l’évaluation des établissements de formation (certaines associations psychanalytiques se proposent d’en être) puisqu’on sait que ces procédures d’évaluation font partie des critères de vérité des TCC. (cf. l’évaluation INSERM des Psychothérapies que le ministre de la santé d’alors avait finalement retirée du site de son ministère après qu’ait été dénoncé son caractère pseudo-scientifique et tendancieux).

FRÉNÉSIE LÉGISLATIVE

un credo, le marché, un clergé, les experts

La tendance exacerbée à légiférer sur tout est une caractéristique envahissante de notre temps. Elle se justifie par diverses allégations comme la défense de l’usager, la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace européen. Elle repose surtout sur une mutation des valeurs dans la culture occidentale où depuis les dépérissements du théologico-politique et du communisme, le politique semble n’avoir plus d’autres fonctions que de favoriser le nouveau credo de notre temps : le marché. Celui-ci étant paré jusqu’à sa récente crise d’une vertu immanente d’auto-régulation. Ainsi, faute d’une notion de Loi nommant une limite à la jouissance et par là même instituant le désir, assiste-t-on à une prolifération de lois et règlements toujours insuffisants à contenir l’immixtion de l’objet. Le fonctionnement de cette dérive du lien social requiert le développement d’une nouvelle aristocratie: les gestionnaires ( depuis peu plus nombreux dans les structures de soins que les médecins) et un clergé : les experts dont la nomination repose avant tout sur la validation prévisible de choix déjà faits.

PSYCHANALYSE, PSYCHOTHÉRAPIE ET RÉGLEMENTATION

dégradation de la psychanalyse

Concernant notre champ d’activité, certains pays européens nous ont précédés dans la voie de la réglementation et dans le sens, comme en Italie, d’un ravalement de la psychanalyse à une méthode psychothérapique parmi d’autres. Rappelons que dans ce pays la psychanalyse ne peut légalement s’exercer qu’après avoir été qualifié comme psychothérapeute.

En France, le premier projet Accoyer envisageait une disposition semblable. C’est l’implantation de la psychanalyse dans notre pays et les vives réactions des associations psychanalytiques qui ont conduit le législateur à reconnaître une autonomie à la pratique de la psychanalyse et aussi une valeur formatrice qui devait dispenser ses praticiens de certains des pré-requis pour l’inscription sur les futures listes de psychothérapeutes.

un texte qui faisait le ménage

La position des associations psychanalytiques à l’égard de la réglementation des psychothérapies fut diverse et souvent ambigüe. Certaines ont entendu ce projet comme une intervention abusive de l’État dans une activité qui relevait de l’intime du sujet et à ce titre l’ont combattu. D’autres, arguant que l’essentiel était acquis puisque la psychanalyse n’était pas assimilée aux psychothérapies, ont estimé que ce texte non seulement “faisait le ménage” dans la nébuleuse des psychothérapies mais qu’il permettrait à des analystes ni médecins, ni psychologues de travailler dans les institutions médico-sociales. D’autres encore se sont portées candidates auprès de pouvoirs publics pour former les futurs psychothérapeutes. Certaines associations ont pratiqué une fréquentation assidue des anti-chambres ministérielles, pensant ainsi tirer profit de leur collaboration à l’institution de cette nouvelle profession.

UN MARCHÉ DE DUPES

l’aval de structures universitaires cognitivistes

Ceux qui pensaient pouvoir orienter ce projet de décret dans un sens favorable à la psychanalyse doivent constater aujourd’hui leur échec. Puisque ce décret, in fine, va surtout favoriser la mise sur le marché de thérapeutes cognitivo-comportementalistes dont la formation psycho-pathologique est bâclée. Certains responsables du ministère de la santé ont obtenu une certaine connivence du groupe dit de contact en laissant croire que les associations psychanalytiques auraient une place de choix dans le nouveau dispositif. Non seulement ça n’est pas le cas, mais qui plus est, si elles voudront participer à la formation psycho-pathologique des futurs psychothérapeutes, elles devront soumettre leurs projets à une évaluation par des organismes tiers. Ainsi, une certaine manière de transmettre la psychanalyse risque fort de nécessiter l’aval de structures universitaires qui pour la plus part seront d’inspiration cognitiviste. Car on sait que ce courant fait des procédures d’évaluation et “d’expertise” le critère de vérité de sa conception du fonctionnement psychique et qu’il se propose constamment d’évaluer les autres psychothérapies (cf. Rapport INSERM).

subordonnée à l’université ou à un ordre professionnel

Ainsi apparait pour la première fois dans un décret une récusation des positions freudiennes sur la Laïenanalyse selon lesquelles la transmission de la psychanalyse ne pouvait être subordonnée à l’université ou à un ordre professionnel. Tout aussi problématique est la référence à “un enregistrement régulier dans un annuaire d’association de psychanalystes.”

réglementation de l’usage du titre de psychanalyste

On aurait tort de ne voir dans ces formulations qu’un langage propre aux nécessités administratives. Si certains pensaient éviter la confusion entre transmission de la psychanalyse et enseignement universitaire, elle apparaît dans les procédures d’agrément des enseignements qui évalueront les projets de formation proposés par les associations psychanalytiques. D’autre part l’État reconnaît l’enregistrement dans un annuaire d’association de psychanalystes comme une nomination au titre de psychanalyste, premier pas avant qu’en soit exigé les justifications.

une logique de pouvoir vers une psychanalyse d’État

Ceci préfigure ce qui ne manquera pas d’arriver : une prochaine réglementation à l’usage du titre de psychanalyste. La défense de l’usager sera à nouveau invoquée, le fait aussi que de nombreuses associations de psychothérapeutes ont ajouté à leur intitulé: “et psychanalyse”. Quand un journaliste faisait remarquer à M. Accoyer que son initiative serait contournée du fait de ce rajout, il y répondit qu’il souhaitait que les associations de psychanalystes ne mettent pas autant de temps que lui (7 ans entre le 1er amendement et le décret d’application) pour proposer une réglementation de l’usage du titre de psychanalyste. C’est bien ainsi que la suite peut s’envisager. L’engouement à se précipiter dans les anti-chambres ministérielles ne peut être réduite à de la naïveté politique quand bien même fut-on berné. Le ressort essentiel relève d’une logique du pouvoir, de ses prébendes et d’une politique d’association de psychanalystes qui se réduirait à cet horizon en entérinant de fait une psychanalyse d’État.

DES ASSOCIATIONS POUR LA PSYCHANALYSE

des associations qui ne se réduisent pas à des corporations

Il appartient aux associations qui ne se réduisent pas à des corporations se partageant le marché de la souffrance psychique de faire valoir l’orientation soutenue par Freud en 1926 dans son texte sur la Laïenanalyse. Il nous rappelle dans ce texte que toute intervention d’un tiers surplombant l’expérience psychanalytique en dénaturerait l’objet car elle interférerait et rendrait impossible l’analyse de la névrose de transfert. Celle-ci est le propre de l’acte psychanalytique en tant qu’il est dépassement de la suggestion sur quoi repose l’efficience des psychothérapies.

extraterritorialité

Doit-on pour autant soutenir la notion d’une extraterritorialité radicale de la psychanalyse par rapport à la Cité et à d’autres savoirs ?

Concernant les savoirs, Freud comme Lacan n’ont eu de cesse de penser la psychanalyse en s’appuyant sur des savoirs autres (mythologie, physique, littérature, linguistique, topologie…). Mais chaque fois en en faisant un usage spécifique à l’objet de la psychanalyse. Comme s’ils devenaient alors des éléments de figurations analogues à ceux opérant dans la constitution du rêve qui serait le paradigme d’une pensée théorigène. À ce titre, il n’y a pas d’extraterritorialité de la psychanalyse par rapport aux savoirs ambiants, mais elle peut en faire un usage singulier qui n’est pas une inféodation. C’est ainsi que Lacan a pu parler de linguisterie pour évoquer l’importation de concepts de la linguistique en psychanalyse.

réveil plutôt tragique

En ce qui concerne l’extraterritorialité de la psychanalyse par rapport à la Cité et aux passions qui l’agitent, l’histoire du XXme siècle aussi bien en Europe qu’en Amérique latine et là pour nous rappeler que si les psychanalystes avaient pu y croire, le réveil a été chaque fois tragique. Sur un mode plus bénin, l’intervention du politique dans le champ de la psychanalyse vient de nous être rappelé par ce décret, qui comme nous l’avons évoqué aura tôt ou tard des incidences sur la pratique des psychanalystes.

les batailles se perdent d’abord sur le plan des idées

Comme l’avait remarqué Hannah Arendt dans des circonstances beaucoup plus tragiques, les batailles se perdent d’abord sur le plan des idées. En d’autres termes, c’est par le discours sur les conditions propres à la transmission de la psychanalyse que nous pourrons faire entendre dans la Cité que la formation du psychanalyste ne peut se réduire à un enseignement universitaire. L’aptitude à entendre ce qui des formations de l’inconscient noue un symptôme passe par la confrontation pour chaque analyste à ses propres formations de l’inconscient. Celles-ci ne peuvent s’entendre que par l’expérience de la cure de l’analyste potentiel. C’est en cela que la psychanalyse est foncièrement haït par le cognitivisme, car elle met en question la subjectivité et le désir du praticien dans son acte, alors que le thérapeute cognitiviste prétend à une maitrise possible du symptôme par un savoir prescrit. La psychanalyse ne cesse pas de rappeler que le savoir qui prend part au symptôme est un savoir qui nous échappe et se révèle quand nous parlons à un Autre, comme nos lapsus et actes manqués nous le rappellent.

passe encore

La cure psychanalytique, si elle est nécessaire à la pratique de l’analyse, est-elle suffisante pour la formation du psychanalyste? La plupart des associations psychanalytiques y ont associé un travail théorique sur les concepts de la psychanalyse et une pratique de cures supervisées. Mais ce consensus sur la transmission de la psychanalyse relève encore d’une formation. Il ne dit rien du désir singulier d’un analysant à occuper la place où opère la fonction analyste. C’est pour entendre ce moment crucial pour le devenir de cette fonction pour chaque analyste que Lacan avait conçu le dispositif de la Passe. Celui-ci est repris par un certain nombre d’associations avec des variantes que nous ne détaillerons pas ici, mais qui dénotent une recherche en cours. Car c’est peut-être cela le plus important, c’est que la notion de passe demeure pour chaque analyste une dimension insistante à l’œuvre dans sa pratique et dans un transfert de travail à ses collègues. C’est la vocation des associations pour la psychanalyse d’en être le lieu par des dispositifs appropriés. Elles pourront peut-être faire entendre à la Cité qu’on ne peut revendiquer un titre de psychanalyste ni l’attribuer mais que leurs membres sont engagés pour occuper cette place par une éthique relevant des lois de la parole et du langage.

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Bibliographie

Les textes des lois et décrets sont disponibles

– sur le site du J.O.

On peut lire avec intérêt deux publications récentes :

– Marie-Noël GODET, Des psychothérapeutes d’État à l’État thérapeute, l’Harmattan.

– Manifeste pour la psychanalyse. Collectif – Éditions La fabrique.

Nous ajoutons pour notre part, allant dans le même sens :

– l’article déjà engrangé ici de Marie Noëlle Godet

– et son récent De la réglementation du titre de psychothérapeute, La santé mentale, une affaire d’État, L’Harmattan, 2011, 247 p.-

  • 1 Légère erreur qui peut rapporter gros, mais pas à nous : notre soin, notre soin-souci, à nous psychopraticiens relationnels comme aux psychanalystes, n’a rien à voir avec les soins que délivrent les médecins, et que les psychiatres dégradés aimeraient déléguer aux psychothérapeutes Accoyer paramédicalisés, soins-traitements. Il est vrai qu’un psychanalyste également psychologue ou psychiatre, ce qui est pratiquement toujours le cas, éprouve quelque difficulté à distinguer toujours ses deux spécialités, l’un relevant du métier l’autre, comme dirait l’auteur, du désir ayant transité par la Passe, d’être psychanalyste, i.e. d’exercer en superposition cette profession. Ce sont principalement les psychopraticiens relationnels qui exercent leur métier à titre exclusif.

Mais c’est un homme !

ouvert à la signature

La loi relative aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et aux modalités de leur prise en charge est entrée en vigueur le 1er août 2011.

Cette loi complexe impose la contrainte à tous, aux acteurs de santé comme aux patients. Le manque de moyen humain ou matériel, ajoute encore un peu plus d’incohérence à ce texte.

Face à l’ampleur de cette déconstruction du soin et de l’éthique, et afin de dénoncer cette loi et ses insoutenables déclinaisons, la Ligue des droits de l’Homme vous invite à signer la « Déclaration du 1er août – Citoyenneté, liberté, psychiatrie » lancée par le Collectif Mais c’est un Homme. Ce, afin que l’ensemble des professionnels sanitaires, sociaux ou judiciaires puissent promouvoir la dignité humaine au travers de chacune de leur action.

Vous trouverez ci-dessous la « Déclaration du 1er août 2011 – Citoyenneté, liberté, psychiatrie » avec la liste des premiers signataires. Cette déclaration est ouvert à la signature sur le site Mais c’est un Homme

Bien cordialement

Ghislaine Rivet – Membre du Bureau national de la LDH et responsable du groupe de travail LDH Santé, bioéthique


Déclaration du 1er août 2011

Citoyenneté, liberté, psychiatrie – déclaration d’entrée en résistance

La loi du 5 juillet 2011 relative aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et à leurs modalités de prise en charge et ses décrets d’application entrent en vigueur. Le mouvement fort de lutte contre cette loi peut et doit se poursuivre après sa promulgation.

Cette loi, dans la même veine que celles sur les étrangers, l’immigration, la récidive, la rétention de sûreté, la justice des mineurs, la sécurité intérieure, etc., participe des atteintes considérables portées aux libertés et aux droits sociaux. Elle organise la surveillance sociale des vulnérables et précaires stigmatisés en « classes dangereuses ». À l’exemple du fichage généralisé de tout fauteur de trouble et mauvais élève potentiel, elle ouvre même un casier psychiatrique des malades mentaux, sans véritable droit à l’oubli.

Cette loi est fondamentalement inacceptable car elle impose la contrainte et le contrôle social comme organisation du soin en psychiatrie, de l’hôpital au domicile, sous la nouvelle appellation aberrante de soins sans consentement. La position soignante dans sa qualité relationnelle y est dégradée en expertise de dangerosité, ce qui aggrave la situation actuelle faite de souffrance psychique et de désillusions dans de nombreuses équipes, avec pour résultat d’amplifier les errements de sens du soin à domicile.

L’« entrée » en observation et soin se fera désormais par une garde à vue psychiatrique de 72 heures, sans même les garanties arrachées récemment dans le cas de la garde à vue policière.

La psychiatrie contemporaine a remis en cause significativement le grand renfermement. Les luttes organisées par les professionnels, les usagers, les militants des droits de l’homme ont obtenu le développement des droits et mis en cause la légitimité de l’enfermement et du statut d’exception du « fou ».

Nous n’acceptons pas que la psychiatrie et la santé mentale soient embrigadées comme faisant partie des polices de la société. Nous récusons la politique de la peur.

un véritable soin psychique ne peut se concevoir sans le consentement

Faisant fi de tout débat sur l’obligation de soin et le droit au refus de traitement, le pouvoir impose des dits soins sans consentement jusqu’au domicile : assignation à résidence, programme de soins imposé et appelé à fonctionner sur le mode du chantage ou du marchandage, traitements médicamenteux contraints y compris à domicile, géo localisation, etc. Nous dénonçons l’hypocrisie du législateur et la duperie de la loi : un véritable soin psychique ne peut se concevoir sans le consentement.

orientation répulsive

À cette orientation répulsive donnée au soin psychiatrique s’adjoignent les effets et conséquences de la logique entrepreneuriale à l’œuvre à l’hôpital et dans le système de santé en général ; plus généralement de la casse du service public. Nous refusons le type de moyens supplémentaires attribués après le discours d’Antony de décembre 2008 pour « sécuriser ». Nous – usagers, familles, soignants, travailleurs sociaux, magistrats, élus, citoyens – exigeons une orientation et des moyens qui relancent la psychiatrie de secteur, assurent et pérennisent les pratiques fondées sur l’éthique de la complexité, du prendre soin, de l’accueil, de l’hospitalité, du rôle des tiers sociaux et familiaux, de l’accompagnement, d’une réelle réhabilitation, et du droit.

pour un débat national

Pour en former contours et contenus, nous sommes favorables à un débat national dont l’objet soit :

– l’abrogation de la loi du 27 juin 1990 et celle du 5 juillet 2011. l’abrogation de la loi du 27 juin 1990 et celle du 5 juillet 2011. La nécessité d’une loi qui en finisse avec l’exception psychiatrique et qui relève du soin psychique bien conçu articulé au droit commun : c’est-à-dire de l’autorisation et du contrôle du juge civil.

– la mise en chantier d’une loi programmatique pour une psychiatrie démocratique dont l’objet et l’éthique sont proposés dans notre manifeste initial, qui soit à l’opposé des gouvernances de mise au pas gestionnaire dont sont représentatifs les plans de santé mentale actuels et annoncés.

refus d’une application servile de la loi

Il nous faut débattre, mais il nous faut également agir. Nous ne devons respecter les lois que si elles mêmes respectent le droit, en l’occurrence les libertés individuelles et l’intimité de la vie privée. La loi, qui dans la tradition est libératrice, est désormais un instrument du contrôle social. Elle formate, arrêtés et certificats à l’appui. La tradition de désobéissance civile, c’est depuis 1789 de s’opposer aux lois, mais c’est aussi désormais de combattre la loi par le droit. L’application servile de la loi ne créerait pas seulement l’injustice ou l’aberration psychiatrique ; elle créerait l’illégalité. La loi est celle d’une majorité conjoncturelle, mais le droit, construit dans le temps, est l’œuvre de tous. Où allons nous ? Vers ce qui n’est pas écrit, et seule la radicalité de l’analyse permet de s’extirper des modèles bien-pensants, déjà prêts à nous ensevelir.

plan d’action et de résistance éthique

Dans l’immédiat et à cette date du Premier août qui marque l’entrée en vigueur de la loi, nous proposons un plan d’action et de résistance éthique :

– le refus des psychiatres et des soignants, dans la mesure du possible, de mettre en place des mesures de contrainte. Et notamment, le refus des collectifs soignants de tout programme de « soin contraints » à domicile contraires à la déontologie et aux droits fondamentaux. De même, il faut opposer un refus de tout avis médical sans avoir pu examiner le patient.

– la saisie systématique du juge des libertés et de la détention, le patient devant être entendu hors visioconférence.

– Développer l’information, notamment lors des 72 heures, afin que les personnes ne tombent pas dans la trappe psychiatrique que cette loi organise, mais accèdent aux soins psychiques auxquelles elles ont droit.

– Le soutien des recours et défenses des patients soumis à ces « soins sans consentement », y compris les QPC qui ne manqueront de survenir. La création d’un collectif d’avocats et juristes sera essentielle en ce sens.

– La construction d’un observatoire national de suivi de l’application de cette loi qui assure le recueil de données, l’alerte aux droits des personnes soumises aux « soins sans consentement », qui rapporte au législateur, au contrôleur des libertés et des lieux de détention, à la commission nationale consultative des droits de l’homme et au public les atteintes aux droits de l’homme et à l’éthique du soin psychique.

Nous sommes et demeurerons mobilisés pour concrétiser une œuvre de démocratie et de professionnalité.


organisations signataires membres du collectif Mais c’est un Homme

Advocacy France, Les Alternatifs, Alternative Libertaire, Association des Médecins Urgentistes de France (AMUF), ATTAC, Cercle de Réflexion et de proposition d’actions sur la Psychiatrie (CRPA), La coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, Convergence nationale des collectifs de défense et de développement des services publics, Europe Écologie Les Verts, Fédération Alternative Sociale et Écologique (FASE), Handi-Social, Ligue des droits de l’Homme, Nouveau Parti Anticapitaliste, Parti Communiste Français, Parti de Gauche, République et Socialisme, Solidaires, SUD santé sociaux, SNPES PJJ/FSU, Syndicat de la Magistrature, Union Syndicale de la Psychiatrie

Pour une médecine écologique

6/13 PORTRAIT DE BLOGUEUR Christian Portal, ” Pour une médecine écologique “
Soigner par les plantes

Trouver une alternative à la médecine conventionnelle, tel est le but de Christian Portal, professeur d’éducation physique et sportive depuis 1978. Il se dit convaincu de l’intérêt des médecines dites naturelles ou alternatives. Selon lui, ” l’ostéopathie, l’acupuncture, l’homéopathie, la médecine chinoise, qu’il a découverte en 1984, sont infiniment plus efficaces que les médicaments “.

C’est au travers de deux blogs, Sunsimiao.org, dédié à la médecine chinoise, et Ecomedecine.ouvaton.org, qu’il s’exprime. Il y raconte par exemple les vertus remarquables de la plante sud-africaine, l’Harpagophytum, utilisée pour apaiser les douleurs rhumatismales. La volonté de réunir les thérapeutes et les patients dans un mouvement solidaire s’est soldée par la création en 2006 du collectif Agir pour une médecine écologique (Acecomed).

Réorienter nos pratiques médicales

” Nous avons une croyance commune qui suggère que la médecine progresse, au travers de plusieurs indicateurs : l’allongement de la durée de la vie, la disparition de certaines maladies infectieuses comme la polio, la variole ou la tuberculose, les performances spectaculaires de la chirurgie et de l’imagerie médicale “, indique-t-il. Mais selon lui, ” la médecine est plus en panne que le consensus médiatique ne l’affirme “. Il dénonce notamment une démarche de soin ” tournée essentiellement sur l’augmentation des profits “. Et prône une médecine écologique. Il a écrit un livre sur ce sujet en 2009 (Pour une médecine écologique, éditions Alphée – Jean-Paul Bertrand). Il y défend l’idée que ” la médecine a suivi les mêmes dérives que l’agriculture industrielle “. ” La médecine est le Cheval de Troie de l’industrie chimique “, assène-t-il. Ce qui doit selon lui nous inciter à réorienter nos pratiques médicales vers des démarches moins toxiques, moins coûteuses et plus humanistes. Son prochain livre, Se soigner écolo, défend le droit de se soigner où l’on veut. Il a flirté avec les Verts en participant à la commission santé du parti, mais l’a quittée en 2006.

Il se sent un peu seul. Même si certains trouvent Christian Portal un peu extrême, un mouvement semble s’enclencher. Des réfle-xions sont en cours à la direction générale de la santé. Dans un rapport intitulé ” Développement de la prescription de thérapeutiques non médicamenteuses “, remis début juin, la Haute Autorité de santé (HAS) a fait le point sur les freins au développement de ces prescriptions et les pistes à apporter. Ces pratiques sont souvent recommandées pour les maladies chroniques, les maladies cardio-vasculaires, l’insomnie ou le cancer.

Les établissements de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) se penchent également sur les médecines complémentaires (ostéopathie, acupuncture, homéopathie, hypnose…). Le constat est simple : il y a une vraie demande des patients. Autant de démarches qui sonnent comme une incitation à pratiquer ce que certains appellent ” une médecine sobre “. Ce qui n’est pas pour déplaire à Christian Portal.

Pascale Santi

www.medecine-ecologique.info

” Pour une médecine écologique “

© Le Monde

Nom de métier, altertitre

NOM DE MÉTIER, ALTERTITRE

Par Philippe Grauer

VADE MECUM

À l’usage des dépossédés de leur ancien nom de métier mais pas de leur place au sein du Carré psy.

J’ai perdu mon nom de métier

Je ne suis plus psychothérapeute

Maintenant la loi s’applique et j’ai perdu non le titre car ce n’en était pas un (auparavant j’étais psychothérapeute titulaire, c’était ça mon titre, du SNPPsy, et je confondais profession et titre), ni ma profession car je continue de l’exercer, mais sous un nouveau nom. J’ai seulement changé de nom de métier, je ne peux plus me dire psychothérapeute (appellation précisément passée de nom de profession à titre universitaire).

Comment me présenter désormais ?

Que vais-je devenir et faire ? quelle sera ma vie professionnelle et comment je me présenterai ?

Mon champ d’exercice disciplinaire demeure

la psychothérapie relationnelle

Mon métier n’a pas changé (il n’a changé que de nom) et je poursuis ma pratique de la psychothérapie (la discipline n’a pas changé de nom, elle, et n’est interdite à personne). Pas n’importe laquelle (la psychothérapie est diverse) : je distingue ma pratique de celle des psychologues et psychiatres notamment, qui s’exercent à d’autres variétés de psychothérapie (ne requérant pas obligatoirement de travail sur soi, ni de formation clinique approfondie comparable à la mienne) et parfois cumulent avec plus ou moins de psychanalyse. Moi, mon champ disciplinaire de référence et d’exercice s’appelle la psychothérapie relationnelle.

Profession inchangée, nouveau nom de métier

psychopraticien/ne

N’étant plus “psychothérapeute” en “métier-titre”, j’exerce dorénavant la psychothérapie sous mon nouveau nom de métier de psychopraticien/ne. Je n’ai rien à faire d’autre que de le porter, ce nom – sachant que chacun peut y prétendre, il n’est cautionné par rien.

Professionnel/le qualifié/e, validée


Reconnue par ses pairs

Dès je suis qualifié/e, certifiée, validée – validé/e d’une école ou d’un organisme agréé Affop, ou déjà membre ou titulaire du Snppsy – j’ai tout intérêt à le faire savoir. Comment ?

Mon titre désormais :

psychopraticien/ne relationnel/le SNPPsy – associé/membre/titulaire

Il me faudra préciser, spécifier mon identité par mon nouveau titre : le titre syndical de psychopraticien/ne relationnel/le me situe dans la zone éthique et de compétence validée Snppsy-Affop (elle-même incluse dans le groupe de liaison GLPR), sécurisée par un réseau professionnel historique responsable.

Spécialités

Si je désire afficher mes spécialités, je le ferai en plus, je les ajoute et décline, rien n’a changé de ce côté-là.

Carte de visite

J’inscrirai mon titre et mes spécialités si je veux, sur ma plaque et/ou sur ma carte de visite, et cela figurera pour les membres et titulaires sur les annuaires du SNPPsy, en ligne un peu après la Rentrée.

Pages jaunes

À la rubrique psychothérapie hors du cadre réglementé (et nulle part ailleurs), j’ajouterai mon titre

Au Pages jaunes, j’acquitterai un supplément pour indiquer Psychopraticien/ne relationnel/le (associé, membre, ou) titulaire SNPPsy. J’en mettrai davantage si je veux. J’ai malgré le prix tout intérêt à le faire pour soutenir mon groupe professionnel d’appartenance et réciproquement recevoir son appui. En période de lancement de ma nouvelle désignation identitaire j’ai intérêt à manifester ma/notre nouvelle appellation.

Cinq critères

Le public averti de ma couverture institutionnelle saura par la communication que le SNPPsy, l’AFFOP et moi-même entreprendrons avant la fin de l’année – en lien avec leurs partenaires du GLPR –, quelle sécurité et spécificité je lui apporte, avec la valeur de mon titre garanti par les 5 critères.

Nom de métier, altertitre

Vade mecum

Par Philippe Grauer

À l’usage des dépossédés de leur ancien nom de métier mais pas de leur place au sein du Carré psy.

J’ai perdu le nom de métier de psychothérapeute

& maintenant que la loi s’applique et que j’ai perdu non le titre car ce n’en était pas un (auparavant j’étais psychothérapeute titulaire, c’était ça mon titre, du SNPPsy, et je confondais profession et titre), mais le nom de métier de psychothérapeute (précisément passé de nom de profession à titre universitaire), que vais-je devenir et faire ? quelle sera ma vie professionnelle et comment je me présenterai ?

Mon champ d’exercice disciplinaire : la psychothérapie relationnelle.

Mon métier n’a pas changé (il n’a changé que de nom) et je poursuis ma pratique de la psychothérapie (la discipline n’a pas changé de nom, elle, et n’est interdite à personne), pas n’importe laquelle (la psychothérapie est diverse), je distingue ma pratique de celle des psychologues et psychiatres notamment, qui s’exercent à d’autres variétés de psychothérapie (ne requérant pas obligatoirement de travail sur soi, ni de formation clinique approfondie comparable à la mienne) et parfois cumulent avec plus ou moins de psychanalyse. Moi, mon champ disciplinaire de référence et d’exercice s’appelle la psychothérapie relationnelle.

Profession : psychopraticien/ne

N’étant plus “psychothérapeute” en “métier-titre”, j’exerce dorénavant la psychothérapie sous mon nouveau nom de métier de psychopraticien/ne. Je n’ai rien à faire d’autre que de le porter, ce nom, sachant que je ne serai pas le ou la seul/e, mais que puisque je suis qualifié/e (sortant d’une école agréée Affop, ou déjà membre ou titulaire du Snppsy) j’ai tout intérêt à le faire savoir.

Titre : psychopraticien/ne relationnel/le – associé/membre/titulaire SNPPsy

Comment cela ? en précisant mon identité par mon titre : le titre syndical de psychopraticien/ne relationnel/le me situe dans la zone éthique et professionnelle Snppsy-Affop (elle-même incluse dans le groupe de liaison GLPR), sécurisée par un réseau professionnel historique responsable.

Je déclinerai ainsi mon titre complet : psychopraticien/ne relationnel/le – associé/membre/titulaire SNPPsy.

Spécialités

Si je désire afficher mes spécialités, je le ferai en plus, rien n’a changé de ce côté-là.

Carte de visite

J’inscrirai mon titre et mes spécialités si je veux, sur ma plaque et/ou sur ma carte de visite, et cela figurera pour les membres et titulaires sur les annuaires du SNPPsy, en ligne un peu après la Rentrée.

Pages jaunes : à la rubrique Psychothérapie hors du cadre réglementé, j’ajouterai mon titre

Je n’irai nulle part ailleurs aux Pages jaunes. J’acquitterai un supplément pour indiquer Psychopraticien/ne relationnel/le (associé, membre, ou) titulaire SNPPsy. J’ai malgré le prix tout intérêt à le faire pour soutenir mon groupe professionnel d’appartenance et réciproquement recevoir son appui. En période de lancement de ma nouvelle désignation identitaire j’ai intérêt à manifester ma/notre nouvelle appellation.

Cinq critères

Le public averti de la couverture institutionnelle que je lui apporte saura par la communication que le SNPPsy, l’AFFOP et moi-même entreprendront avant la fin de l’année – en lien avec leurs partenaires du GLPR –, quelle sécurité et spécificité je lui apporte, avec les 5 critères.

Psychiatrie : une loi pour enfermer davantage

Par Sophie Dufau

In {Mediapart – 1 août 2011. }

Un jour à marquer d’une pierre noire ! C’est aujourd’hui, 1er août 2011, qu’entre en application la loi relative «aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques». Sous ce titre si bienveillant se décline en fait un texte fort peu soucieux de la prise en charge des personnes atteintes de troubles mentaux, fort peu soucieux de la prise en charge de leur souffrance.

Potentiellement, la loi concerne 70.000 personnes chaque année, l’équivalent d’une ville comme Cannes. 70.000 personnes ne pouvant pas, du fait de leur trouble mental, accepter un protocole de soins et devant dès lors être hospitalisées pour être soignées. Elles peuvent être aux prises avec des délires, avoir fait une tentative de suicide, vivre totalement recluses et prostrées sans que l’on puisse leur faire entendre raison…

obligation de soins hors de l’hôpital

La loi adoptée le 5 juillet dernier modifie la loi de 1990 : elle organise les soins sous contrainte en introduisant la notion de soins sans consentement en ambulatoire (c’est-à-dire une obligation de soins hors de l’hôpital) et obligeant à mettre en œuvre une procédure judiciaire dès lors qu’une hospitalisation sous contrainte excède quinze jours. Ces décrets parus mi-juillet entrent en application aujourd’hui.

limiter la sortie

24 heures + 72 heures + 120 heures + un autre psychiatre + le préfet + un juge : sortie à chicanes

L’hospitalisation à la demande d’un tiers (ex HDT) et l’hospitalisation d’office (ex HO) se nomment dorénavant «soins psychiatriques à la demande d’un tiers» (SPDT) et «soins psychiatriques sur décision d’un représentant de l’État» (SPDRE). Si les conditions d’entrée dans ce dispositif ne changent pas beaucoup, les conditions de sortie sont plus compliquées: auparavant, pour acter une hospitalisation sous contrainte, il fallait un certificat médical sous 24 heures, puis un autre à l’issue de 15 jours, puis un par mois. Désormais, il est nécessaire d’obtenir un certificat médical au bout de 24 h, puis un autre à 72 h, et un troisième entre le 5e et le 8e jour. Le spécialiste qui suit le patient est sollicité, mais aussi un autre psychiatre, et, dans certains cas, un collègue soignant. Le préfet peut aussi demander des expertises et, à l’issue de quinze jours d’hospitalisation, le juge de la détention et des libertés doit être saisi. (Pour les détails, lire ici le décret du ministère de la santé et là celui du ministère de la justice).

Une multitude de certificats et d’intervenants fonctionnant comme autant de barrières. «Tout a été pensé pour susciter une prévoyance sécuritaire, c’est-à-dire pour limiter la sortie», analyse Pierre-François Godet, chef de service, responsable d’un secteur de psychiatrie générale au centre hospitalier Le Vinatier à Lyon-Bron dans un entretien à la revue juridique LexTimes.fr.

Et dans les faits aujourd’hui, la mise en pratique de la loi est proprement chaotique.

Juger au tribunal ou à l’hôpital ?

un très grand stress pour les malades

L’intervention du juge de la détention et des libertés suscite d’abord nombre d’interrogations. Non pas sur le fond : nombre de praticiens conviennent qu’à partir du moment où un patient se voit notifier une mesure de privation de liberté, il a droit, comme tout citoyen, à l’intervention d’un juge indépendant pour contrôler cette mesure.

Mais sur la forme, les inquiétudes sont nombreuses. Où et comment doit se dérouler l’audience: au tribunal ? au centre de soins ?

La première solution «serait génératrice d’un très grand stress pour les malades, écrit Jean-Paul Le Bronnec, représentant de l’Unafam 93, l’antenne en Seine-Saint-Denis de l’association des amis et familles des malades psychiques, et pourrait engendrer une aggravation de leurs pathologies. Les conditions de déplacement et d’attente : des heures dans un couloir, avec des délinquants, dont certains sont menottés et accompagnés de policiers (qui sont parfois eux-mêmes employés pour faire hospitaliser les malades psychiques), ne constituent pas des conditions humaines pour ces personnes malades, qui ne comprendraient pas la raison des conditions les assimilant à des délinquants, ce qui est le contraire même du but recherché.» Et comment accompagner des personnes délirantes, souffrantes, voire assommées par leurs médicaments ? Comment garantir la confidentialité de l’audience et le secret professionnel ?

un ballet d’ambulances

La solution de l’hôpital n’est pas plus simple : d’abord, certaines juridictions font savoir qu’elles n’ont pas le personnel pour assurer au pied levé le déplacement d’un juge (à titre d’exemple, le tribunal de Caen devrait statuer sur quelque 400 cas par an). Alors, «le jour où le juge des libertés sera là, on assistera à un ballet d’ambulances dans l’hôpital…, poursuit Pierre-François Godet. Les directeurs devront dédier deux équipes complètes (deux équipages d’un ambulancier et deux infirmiers) à cette tâche, pour ne pas faire poireauter le juge entre deux patients, alors que les budgets de la psychiatrie publique sont déjà insuffisants».

faire délirer les patients

Vu les effectifs de la magistrature et ceux de la psychiatrie, le législateur a trouvé une solution pour faire perdre le moins de temps possible à chacun: la visio-conférence organisée dans une salle du centre de soins ! Une audience à l’issue de laquelle un procès-verbal est dressé «par un agent de l’établissement d’accueil désigné par le directeur de cet établissement, parmi les agents ayant préalablement prêté serment devant le tribunal de grande instance», précise le décret. «Nous savons que la visio-conférence va faire délirer les patients qui auront ainsi l’occasion de renforcer leur conviction (d’être suivis, épiés, pistés, persécutés…). À ces hommes et femmes qui ont décroché de la réalité et de la capacité à rentrer en relation avec l’autre, on veut imposer une rencontre virtuelle avec le Juge...», prévient le texte d’une pétition mise en ligne. «Pour le patient qui présente en général un trouble sérieux du rapport à la réalité ou un trouble grave de l’estime de lui-même, proposer une audience filmée, c’est du grand n’importe quoi», renchérit Pierre-François Godet.

médecins effarés par la bureaucratie

Ensuite, le nombre de certificats commence à effrayer les administrations hospitalières: Patrick Chemla, psychiatre et membre du Collectif des 39 qui, depuis deux ans et demi, lutte contre ce texte de loi, chef de service à la clinique Henri Ey à Reims, rapporte qu’«ici, l’administration crève de trouille. D’un côté, ils craignent que les patients fassent des procès et, de l’autre, ils ont face à eux des médecins effarés par la bureaucratie».

d’ores et déjà la résistance

Alors certains organisent d’ores et déjà la résistance. «L’option d’une hospitalisation partielle de 23h/24h avec une heure de permission, seul, dans le programme de soins», pourrait être une alternative à la loi, suggère un psychiatre.

La fin de l’alliance thérapeutique

objet de soins sous contrainte, on n’est plus libre chez soi

Dans cette effervescence, l’autre aspect du texte de loi passe presque actuellement sous silence. Pourtant, l’obligation de soins hors de l’hôpital (en ambulatoire) n’est pas le moindre des changements. Le patient faisant l’objet de soins sous contrainte n’est plus libre chez lui, sans pourtant que le législateur ait cru bon de faire intervenir ici le juge des libertés. Il devra se conformer à un programme de soins et, s’il y déroge, il sera sous la menace d’une ré-hospitalisation sous contrainte immédiate.

programme de soins notifié au préfet

Dans bien des cas, ce sont les proches qui veilleront sur le patient, ravivant au moindre écart les angoisses et conflits. Car la loi a effacé d’un trait la fonction thérapeutique du lien qu’une équipe soignante entretient avec ses malades, oubliant que si le patient doit suivre son traitement, l’hôpital devrait aussi avoir l’obligation de suivre son patient. Et bien entendu, ce programme de soins devra être notifié au préfet, lequel doit être «informé, précise le décret, de (toute) modification lorsque celle-ci a pour effet de changer substantiellement la modalité de prise en charge du patient». Modification que le représentant de l’État a tout pouvoir de récuser. Comme si les médecins étaient laxistes…

disparition des sorties d’essai

Ils n’ont pas attendu ces décrets pour intimer des soins à un patient hors de l’hôpital et pour mettre à l’épreuve son comportement : les sorties d’essai d’une journée, d’un week-end, étaient une façon d’éprouver la stabilisation des troubles et la capacité d’un patient à sortir d’une hospitalisation sous contrainte. Une sorte de contrat moral aussi. Mais aujourd’hui, les sorties d’essai ont disparu, seules sont autorisées des sorties de 12 heures accompagnées par deux soignants ou une personne de l’entourage du patient.

Commission nationale consultative des droits de l’homme : une réflexion inaboutie

Aujourd’hui, il n’y a plus d’entre-deux, plus de passerelles entre le dedans et le dehors. Et seule la surveillance dicte ce que cette loi appelle les «soins».

“Il semble que la réflexion ne soit pas aboutie, tant sur la question du contrôle par l’autorité judiciaire de la mesure de contrainte que sur celle de la gestion de la contrainte à l’extérieur de l’hôpital psychiatrique”, écrivait en avril dernier la Commission nationale consultative des droits de l’homme, instance chargée de conseiller le gouvernement. Quatre mois plus tard, les textes ne sont pas plus explicites.

seuls 2,7 % des actes violents

“protéger la société” des malades mentaux

Et ce n’est guère étonnant compte tenu de la genèse de cette loi. Elle fut décidée et annoncée fin 2008, lorsque, après un drame terrible (un patient sortant d’un hôpital psychiatrique avait poignardé un étudiant à Grenoble), Nicolas Sarkozy annonça une réforme des soins sous contrainte afin de «protéger la société» des malades mentaux. Faisant fi du fait que «seuls 2,7 % des actes violents sont commis par des personnes souffrant de troubles psychiatriques», comme le précise le rapport Violence et santé mentale remis en 2005 au gouvernement ; faisant fi du fait que « le risque absolu d’être tué par un schizophrène inconnu est le même que le risque d’être tué par la foudre : ce risque existe donc, mais il est de un sur dix millions », comme le souligne Pierre-François Godet; faisant fi des 650.000 schizophrènes vivant en France qui, soudainement, se sont vues portant l’étiquette de «dangereux».

nourrir la peur

peur et méfiance, mamelles du sécuritarisme

Cette loi fut faite pour nourrir la peur et la méfiance des individus les uns envers les autres et justifier encore plus de dispositions sécuritaires.

Ironie du sort, elle risque de ne pas atteindre totalement son but. Par un effet boomerang, certains psychiatres constatent d’ores et déjà une levée plus rapide des actuelles HO. Des médecins voulant éviter les complications, et notamment l’intervention du juge des libertés à l’issue de quinze jours d’hospitalisation, signeraient plus vite le certificat mettant fin aux soins sous contrainte. On pourrait s’en réjouir. Encore faudrait-il que cela soit véritablement par souci thérapeutique et dans l’intérêt du malade.


Lire aussi, in Mediapart

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Il faut absolument refuser la loi sur le titre de psychothérapeute

Par Joseph Mornet

psychologue, secrétaire national de la Fédération Croix Marine

absolument refuser la loi sur le titre de psychothérapeute

Il faut absolument refuser la loi sur le titre de psychothérapeute. Cette disposition législative est un des aspects organiques indissociable du reste : l’accepter, c’est faire entrer un cheval de Troie dans la nouvelle réglementation du soin psychique.

C’est la création d’une nouvelle corporation de “psychothérapeutes” au service du reste ‘loi HPST, soins sans consentement, accréditation car qu’est-ce qu’elle introduit ?

Des psychiatres “sauvés” du dispositif car reconnus “psychothérapeutes” de droit, ce qui fait froid dans le dos quand on voit l’absence totale de cette formation dans leur études. Plus fort: : on leur reconnait ce titre alors que dans le même temps, on est en train de leur enlever l’exercice concret, condamnés qu’ils deviennent à n’être que des experts destinés au tri et aux prescriptions des pathologies les plus lourdes.

Les psychologues cliniciens, les seuls réellement formés à l’université, sont condamnés à des formations et à des stages supplémentaires les plaçant au même titre que n’importe quel médecin. C’est un scandale, car non seulement cela est un affront aux universitaires en psychologie, mais c’est aussi une manière à inciter leurs programmes à faire l’impasse sur ces formations (psychopathologie et psychothérapies) puisque ceux qui voudront l’exercer devront se soumettre à des formations extra-universitaires spécifiques.

Les médecins, quelques soient leurs spécialités, pourront avoir accès au titre avec autant de facilité qu’un psychologue clinicien. C’est la reconnaissance de la prégnance d’un modèle médical organique pour aborder la psychopathologie.

Les psychologues non cliniciens seront soumis aux mêmes contraintes de formation que le béotien lambda qui veut devenir psychothérapeute alors que pendant ses trois premières années universitaires (licence) il est, de fait, initié à la psychopathologie et aux approches psychothérapiques.

Les psychanalystes se trouvent réduits aux mêmes exigences.

Enfin, alors que la loi se motivait d’être une barrière contre les dérives sectaires, elle est la porte ouverte au titre de “psychothérapeute” à n’importe qui car elle ne garantit rien et ne protège en rien. Cette loi était inutile : elle est devenue nocive.

Qu’ont fait l’ordre des médecins et les universitaires ? A quelle complicité, au moins passive, se sont-ils soumis ?

Quant on voit le contenu de ces formations donnant accès au titre, on comprend tout : les approches humanistes classiques (psychanalytiques ou autres, basées sur une idée de la personne et du lien thérapeutique) sont réduites au quart du programme. Les trois autres quarts sont consacrées aux approches cognitive, comportementalistes ou neurobiologiques. Celles-ci ne peuvent constituer autres chose que des techniques. N’étant fondées sur aucun substrat ontologique ou philosophique ; elles peuvent être au service de n’importe quelle idéologie (rappelons-nous l’utilisation de la psychiatrie dans l’ex-URSS).

Il s’agit bien de cela : former des “techniciens psychistes” au service des nouvelles politiques du soin basées sur l’objectivable, le quantifiable et l’évaluable d’un individu réduit à son “adaptabilité” sociale. Ils seront utilisables aussi bien dans le champ psychiatrique classique que dans ceux du monde de l’entreprise ou de l’Éducation Nationale.

Il n’y a qu’une position : refuser toute collaboration à la mise en place de cette loi.

Refuser d’y candidater.
Refuser d’y être jury.
Refuser d’accepter des stagiaires.

Psychiatrie : appliquer une loi antithérapeutique ?

APPLIQUER UNE LOI ANTITHÉRAPEUTIQUE ?

La loi du 5 juillet 2011 réformant les soins psychiatriques entrera en vigueur le 1er août 2011. Dans les hôpitaux, son application va engendrer des pratiques toujours plus inquiétantes : mise en place de vidéo-audiences dans de nombreux départements, transports collectifs de patients en crise etc.

Le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire appelle à refuser de cautionner et de mettre en pratique de telles mesures anti-thérapeutiques qui seront délétères pour des soins psychiques de qualité.

Libertés à distance… plutôt caméras ou plutôt fourgon collectif ?

La loi introduit le juge des libertés et de la détention dans les deux premières semaines de l’hospitalisation sans consentement. Pour respecter cette obligation légale, deux possibilités sont envisagées pour cette audience : le transport des patients dans les Tribunal de grande instance (TGI) ou la mise en place de la vidéo-audience.

Devant la pénurie de juges et de greffes, de nombreux TGI ont fait savoir qu’il n’y aurait pas d’audience systématique dans les hôpitaux psychiatriques (les audiences « foraines »), reportant la gestion du manque de moyens sur les équipes psychiatriques déjà fort démunies pour assurer leur mission de base, soigner.

Comment les équipes pourront-elles faire face à cette nouvelle pénurie des personnels vacants des services qui impliquerait une aggravation de la dégradation des soins ?

Comment les patients insuffisamment stabilisés par douze jours d’hospitalisation réagiront-ils à un transport parfois de plusieurs dizaines de kilomètres ainsi qu’à l’attente au tribunal ? Faudra-t-il camisoler chimiquement et physiquement les patients pour les emmener devant le juge ?!

Si les directions d’hôpitaux ont obligation d’assurer l’audience devant le juge, nous devons rappeler à nos administrations et aux juridictions que les soignants ne peuvent éthiquement cautionner des mesures allant à l’encontre de la clinique, des soins, de leur éthique et de leur indépendance professionnelle.

Et de s’organiser en conséquence (audiences foraines etc.). L’impératif premier pour tout soignant est, d’abord et avant tout, de ne pas nuire à la santé du patient.

Secret médical : un secret de polichinelle

Le juge des libertés et de la détention rendra sa décision lors d’audiences publiques.

Alors que les certificats médicaux étayeront sa décision du juge, qu’adviendra-t-il du secret professionnel lors de telles audiences? Nous appelons les rédacteurs de certificats à mettre le strict minimum pour ne pas violer intégralement ce secret qui est l’un des garants de la relation thérapeutique.

Par ailleurs, les « soins » sans consentement en ambulatoire voient le jour. Alors que la contrainte se généralise et n’a pas de limite spatiale ou temporelle, le législateur a choisi de ne pas faire intervenir le juge pour garantir les libertés. Pourtant, les psychiatres devront rédiger un programme de soins qui, s’il n’est pas appliqué à la lettre par le patient, pourra conduire à sa ré-hospitalisation. Ce programme devra être visé et accepté par le préfet qui pourra le récuser ainsi que ses modifications ultérieures ; ce qui ouvre la porte à des imbroglios juridiques où les enjeux soignants sont mis sous tutelle sécuritaire !

Par principe, nous appelons autant que faire se peut, à ne pas prescrire de tels « soins » contraints et nous appelons les prescripteurs de ces programmes à rédiger leur certificat en sachant qu’il servira d’instrument de contrôle social.

abrogation de cette loi

Le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire rappelle son combat depuis deux ans pour refuser cette loi de défiance qui, centrée sur la seule contrainte, dévoile ses incohérences, ses lourdeurs paralysantes et l’aggravation qu’elle va provoquer pour les soignants, les patients et leurs familles.

Nous appelons l’ensemble des professionnels à ne pas faire de zèle pour l’application de cette loi, à contrer le climat de défiance qu’elle instaure entre les patients et les équipes de soins et à mettre en place les conditions de sa marginalisation puis de son échec.

La campagne pour l’abrogation de cette loi ne fait que commencer !