Le pouvoir soignant dans tous ses états

Le patient souffre toujours d’une difficulté de la relation : à l’autre, au monde, à soi. C’est pour cette raison que la mise en place d’un dispositif soignant nécessite que la dimension relationnelle prenne la place de pivot central.

Cette relation soignant-soigné procède d’une asymétrie fondamentale, quelque soit le modèle relationnel, le contexte, le statut des soignants. Mais n’est ce pas au sein de cette asymétrie nommer un certain pouvoir? Et de quel pouvoir s’agit-il ? Celui de refuser ou d’accepter, d’accueillir ou de rejeter, de dire non, de dire oui, de permettre ou d’interdire ? Dans tous les actes de la vie quotidienne vient se nicher cette abyssale question : le pouvoir de l’un et l’apparente absence de pouvoir de l’autre.

Reconnaître que dans tout acte de soins vient se poser cette question ouvre la voie à une réflexion indispensable : comment identifions nous ce pouvoir, qu’elle est sa fonction, comment intervient il dans l’échange avec le patient, avec les collègues, avec la hiérarchie, avec les structures administratives ?

Et puis il y a le pouvoir qui nous est attribué, dénié, confié, confisqué. Avec ce risque de l’assimilation réductionniste qui, avec les diplômes, les connaissances, la science nous assureraient d’un savoir-pouvoir qui injecterait dans la sphère sociale une bien dangereuse confusion entre savoir et vérité.

Mais, pour interroger les effets de ce pouvoir, nous avons besoin d’indépendance professionnelle, de sécurité psychique, de temps, de confiance. Les conditions actuelles d’exercice de la psychiatrie le permettent-elles ? Quels sont les effets sur le soin des processus de certification, de protocolarisation, de standardisation?

Ne sommes nous pas tentés, avec ces rituels de soumission sociale, de vouloir assurer et délimiter « notre pouvoir », ne serait il qu’illusoire ou pris dans un infini petit territoire ? Le délitement du travail en équipe, l’abrasion de la notion même de “collectif”, “l’oubli” de la dimension relationnelle de tout acte de soins ne sont ils pas le reflet d’une tentative de prise de pouvoir autoritariste et écrasante, où s’infiltrent alors mépris et rejet pour les patients ?

Or ceux ci ont sans doute besoin, à travers cette asymétrie de la relation, que le pouvoir exercé par le soignant lui permette aussi d’interroger le sien. L’autorité soignante, nécessitant l’existence d’un tiers structurant, se différencie fondamentalement de l’autoritarisme : l’une peut permettre l’ouverture d’un espace de création, l’autre l’interdit. Alors dans quel état se trouve le pouvoir soignant ? Dépressif, mélancolique, délirant, maniaque, narcissique, désemparé, fier de lui ?


[Document : Programme du colloque]

Programme du colloque : http://www.cifpr.fr/IMG/pdf/Argument_Colloque_2011_St_Martin.pdf

Voyage au coeur de la dépression

Malgré un viol et de “nombreux séjours en clinique” Anne Heberlein a paraît-il tout pour être heureuse mais non elle est bipolaire. On ne saurait mieux dans un mouchoir de poche contenir un ensemble de lieux communs sur la souffrance humaine qui la rende soudain incompréhensible, inaccesssible à notre nouvelle science du psychisme qui se passe des services de la psychologie dynamique pour parler simplement.

aaaaaaa

Philippe Grauer


Malgré le traumatisme qui l’a marquée (elle a été violée à l’âge de 21 ans), Ann Heberlein a tout pour être heureuse : mariée, trois enfants, brillante universitaire, écrivain reconnu et journaliste publiant dans les plus grands journaux suédois. La vie rêvée. “Alors, qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? Pourquoi une guerre mondiale fait-elle constamment rage dans mon cerveau ? Pourquoi ai-je l’impression que ma tête va exploser en mille morceaux ?” Ce mal qui ronge Ann Heberlein se nomme le trouble bipolaire, maladie psychique qui alterne phases d’enthousiasme et crises dépressives aiguës.

“Mon mari m’aime, j’ai trois beaux enfants, j’ai donc tout ce que l’on peut désirer, voire plus. » Mais il lui manque ce sentiment essentiel : la joie de vivre. D’où ce titre paradoxal : Je ne veux pas mourir, mais en finir avec la vie. Voilà son dilemme quotidien.

Loin, très loin d’offrir un énième témoignage larmoyant sur une souffrance personnelle, Ann Heberlein livre un récit brut, sans concessions et particulièrement poignant. La solitude, l’incompréhension de son entourage, ses nombreux séjours en clinique, la difficulté de faire comprendre aux autres que rien ne va quand tout semble aller, Ann Heberlein met des mots sur ce mal qui la coupe du monde, mal rarement compris par la société, voire même par le corps médical. Comment guérir une plaie invisible ?

Dans un récit qui alterne phrases courtes et nerveuses (ses périodes de dépression) et longues descriptions (ses phases dites calmes), le tout entrecoupé de citations (parfois trop, ce qui casse un peu le rythme) de Camus, Lacan ou Sylvia Plath, Ann Heberlein aborde sa souffrance de l’intérieur, au plus profond de son esprit torturé. Et démontre à quel point l’image de soi que l’on peut renvoyer est parfois loin de la réalité. “Ma réussite ? Un bonheur objectif qui n’existe qu’aux yeux des autres. Alors qu’aux miens, je suis une ratée.” Un témoignage bouleversant, qui permet de comprendre le calvaire vécu par ces femmes et ces hommes qui trop souvent vivent isolés, contraints au silence.

(LEXPRESS.fr), publié le 06/04/2011

Psychiatrie, familles : obliger en 2011 à se soigner quelqu’un qui méconnait ses troubles psychiques est un acte barbare

Par le docteur Guy Baillon, Psychiatre des Hôpitaux


Le sécuritarisme fait perdre la tête mais il convient de raison humaniste garder face à ceux qui la perdent déjà, eux, la tête, les malades mentaux qui trouvent qu’ils ne sont pas fous du tout. C’est une plaisanterie de psychiatre, les gens se répartissent en deux catégories, ceux qui disent je suis fou et ceux qui disent je ne suis pas fou, les seconds devant être au plus vite démasqués.

Voici qu’on se retrouve face à une loi qui permet d’assigner à folie ceux à qui si on le leur dit comme ça tout de go afin de les contraindre à l’évidence et qu’ils en conviennent, allons avouez le enfin que vous êtes quelqu’un qui présente des troubles psychiques graves ! vont aller beaucoup plus mal. C’est qu’il faut se protéger des fous – dangereux cela va sans dire. Ce qui va encore mieux en le disant c’est que le danger existe, mais essentiellement pour les fous eux-mêmes, face à quelques cas d’exception inverses.


La santé mentale en France se présente comme un dispositif en voie de sécuritarisation qui permet aux politiques de s’afficher comme le bouclier de la sécurité des français, et à la psychiatrie de régresser à la neurologie et à une certaine il faut le dire barbarie. Les principes fondamentaux d’une psychothérapie à visage humain sont en train de fondre comme glace aux pôles, risquant d’emporter avec eux des éléments de base de notre civilisation, l’immense travail du demi siècle précédent croyant en avoir eu fini avec l’asile et la contention, ayant développé la psychiatrie de secteur, nettement il faut le dire sous influence psychanalytique mais pas seulement, sous influence d’existentialisme psychothérapique, celui qui prévaut dans la psychothérapie relationnelle, héritière de la psychologie humaniste, également.

Et voici que la tendance s’inverse, nourrie d’idéologie néo positiviste et DSM (coupeur du psychisme en rondelles), tout neurone et tout médicament, chambres de contention et renforcement des serrures à l’appui, avec à la clé (!) disparition des infirmiers psychiatriques (souvent devenus de véritables psychothérapeutes). Enthousiasmée d’imagerie médicale – on va bientôt voir vos pensées à l’œil nu (cauchemar idéal pour la paranoïa) – notre nouvelle neuropsychiatrie armée de chimie peut vous shooter mais peut-elle encore vous écouter ? Et le préfet, celui qui signera désormais l’autorisation de sortie, qu’a-t-il a faire dans cette galère ? L’humanisme, l’humanisme sans quoi l’ensemble éthiquement solidaire de nos professions au sein du Carré psy se détériore, où est-il passé dans tout cela ?

Philippe Grauer}}


Explication, protestation et alerte d’un psychiatre “relationnel”

C’est en plus totalement déloyal ! Chacun de nous sait que ces personnes présentant des troubles psychiques graves sont vulnérables, elles sont 15 fois plus souvent victimes de délits que le reste de la population, elles sont fragiles et ne “demandent rien“. Ce sont elles que le pouvoir choisit pour montrer à la France entière qu’il protège la société ! N’est-ce pas une tromperie de grande envergure qui doit nous faire honte à tous, alors que ces personnes fragiles, les seuls malades à méconnaitre leurs troubles, ont besoin d’une grande attention.

vouloir faire “avouer” : une erreur grossière

N’est-ce pas totalement inepte que de vouloir faire “avouer” à une personne une maladie qu’elle ne pense pas avoir ? En réalité une telle attitude est une véritable torture qui ne peut entrainer que révolte et résistance !

Nous croyons avoir compris le quiproquo qui s’est engagé entre le Président de la République et le Président de l’UNAFAM (au nom des familles choisissant de se rassembler en association) et les a réunis autour de cette loi. Le président de l’UNAFAM avait dénoncé, à juste titre, l’attitude de mise à distance que la majorité des psychiatres ont toujours eue à l’égard des familles, refusant de voir les familles seules afin, disent-ils, de protéger la fragilité des patients. Cette attitude est d’un autre temps, disent les familles, avec raison. Il faut en convaincre les psychiatres. Découragé le Président de l’UNAFAM a préféré expliquer au Président de la République qu’il suffisait qu’une famille rencontre le psychiatre du service public en l’absence de la personne malade pour que le traitement commence et que s’ouvre la voie de la guérison. Il a laissé entendre aussi qu’il suffit d’informer le psychiatrie pour que celui-ci oblige la personne à se soigner. Mais c’est une erreur grossière, et les familles le savent, elles qui ont tout tenté pour que leur enfant se soigne, y compris toute sorte d’obligations, rien n’a marché.

attitude humaine et expérience du soin

Pour qu’une personne présentant de tels troubles, mais en ayant la méconnaissance, envisage de se soigner il faut déployer envers elle une attitude humaine et une expérience du soin permettant d’obtenir sa confiance et l’aider à s’intéresser à son fonctionnement psychique.
Il faut engager autour d’elle, avec le concours de tous les acteurs, y compris la famille, un travail minutieux que nous allons décrire ici.

Ce travail n’est pas nouveau, il a été mis en place depuis les années 80 dans diverses équipes de secteur, mais son développement a été stoppé comme d’autres initiatives par le coup d’arrêt donné à l’évolution de la psychiatrie de secteur par le gouvernement en place en 1990 avec une série de mesures simultanées (fermeture du Bureau de la psychiatrie au Ministère et de la Commission des maladies mentales, loi de 1990 visant à renforcer l’hôpital au détriment du secteur, début des évaluations comptables qui sont un contresens en psychiatrie pour laquelle seule est pertinente l’évaluation qualitative).

déroulement de l’accès au soins…

L’accessibilité aux soins pour une personne présentant des troubles psychiques graves, et qui par définition n’en est pas consciente se déroule ainsi :

– à la demande d’un membre de l’entourage (cela est facilité si celui-ci a de bonnes relations avec elle), l’équipe du secteur est contactée

– ce contact peut se faire de différentes façons, à chaque fois l’équipe trouve une réponse adaptée et va établir une première rencontre avec la personne ; d’emblée deux membres de l’équipe vont commencer à établir la confiance ; ils vont le faire en prenant appui sur les diverses difficultés que rencontre la personne dans sa vie quotidienne actuelle

– les mieux placés dans l’équipe sont les infirmiers psychiatriques, car ils échappent à la symbolique décisionnelle qui pèse sur les psychiatres

– ces infirmiers vont faire le point avec la personne et proposer de nouvelles rencontres dans la même semaine ; ils montrent qu’un soulagement peut être apporté par des entretiens répétés qui commencent à mobiliser de façon différente la personne, au besoin en associant un médicament pour retrouver le sommeil ou diminuer l’angoisse, jamais un traitement intensif qui interromprait l’échange et noierait la confiance.

– en quelques jours un lien se tisse ; en quelques semaines ce lien se consolide, s’enrichit de différentes découvertes sur la vie de la personne qui commence à s’intéresser à son fonctionnement psychique (elle en était à cent lieues la période précédente). Un temps plus tard si c’est nécessaire (entretemps des difficultés mineures se sont dénouées, et la personne a repris seule contact avec son médecin habituel, ou a retrouvé l’initiative d’un lien social qui la réassure suffisamment) elle commence à se dire qu’un traitement plus approfondi comme le lui évoquent les infirmiers et le psychiatre qui les a rejoint, peut lui être utile.
Dès ce moment, la partie est gagnée (après la fragilité du début) : le lien psychothérapique s’est installé.

…à certaines conditions

Mais nous avons compris que cela ne se construit qu’à plusieurs conditions :

– un temps suffisant est nécessaire (certes c’est plus simple lorsque les troubles ne sont pas encore aigus, mais toutes les situations sont prises en compte)

– la confiance est le terreau incontournable de ce travail progressif

– cette confiance n’est possible que si ce sont les mêmes acteurs (les mêmes soignants et psychiatre) qui tout au long de cette étape préalable aux soins revoient régulièrement la personne (ainsi les salles d’urgence où se succèdent 5 à 15 personnes en 24h sont très nocives)

– ce travail préalable doit se continuer avec les soignants de la même équipe de secteur pour commencer les soins.

le moment du passage

En effet pour que ce travail préalable aboutisse à son terme, c’est-à-dire à l’engagement dans un soin, il est nécessaire aussi que les membres de ce petit groupe initial appartiennent à la même équipe de secteur qui va réaliser le soin (sinon la défiance remplace la confiance et détruit les liens, la personne ne peut faire le deuil des premiers soignants qui se sont si bien occupés d’elle, et refuse de prendre contact avec les nouveaux soignants).

Ce moment charnière nous l’appelons passage entre deux étapes du soin. Il est essentiel de veiller à sa qualité. Tout au long de ces étapes le lien avec la famille et l’entourage est constant, c’est d’autant plus important que la personne les retrouve entre chaque entretien ; nous sommes à chaque fois étonnés de leurs ressources affectives et relationnelles qui facilitent de différentes façons cet accès aux soins.

respecter le délire et construire les liens de confiance

Pourquoi ce cheminement est-il nécessaire et pourquoi le Président de l’UNAFAM qui le connait ne le souhaite pas ? C’est nécessaire parce que tout en étant très fragile la personne tient avec la plus grande force à la réalité sur laquelle elle se soutient : son délire. La difficulté réside dans le fait qu’elle n’a pas conscience qu’elle délire. Ce délire se manifeste de diverses façons : angoisse, agitation, agressivité, retrait massif, discours incohérent, … qui poussent à employer le mauvais terme d’urgence (pourquoi est-il mauvais ? Parce qu’il dramatise, et que ce climat de drame nous éloigne à chaque pas de la naissance de la confiance et donc du soin). Il est donc indispensable, si on veut éviter d’aggraver les troubles, de respecter ce délire, de l’écouter (au lieu de se fixer sur les symptômes que nous venons d’évoquer et qui le cachent). Surtout on ne va pas se contenter de l’écouter (cette écoute sera le fil de la psychothérapie), on va se montrer attentif à tout le reste de la vie de la personne, souvent bien malmené, oublié : l’état physique, les troubles médicaux toujours présents (et auxquels la personne est indifférente), et les diverses difficultés sociales ; il est indispensable de s’en préoccuper en même temps, ce qui participe à la construction des liens et de la confiance. L’essentiel est donc de respecter le délire et de construire les liens de confiance de qualité en s’appuyant non seulement sur l’attention à son fonctionnement psychique mais aussi sur les autres difficultés de la personne.

quelle confusion !

Cette modalité d’accès aux soins psychiques s’est construite depuis les années 80 dans un certain nombre d’équipes, mais ne s’est pas prolongée dans les autres pour les raisons politiques évoquées plus haut (dues à l’ignorance du Ministère de la Santé à l’égard de la psychiatrie dans les années 90). La mise à mal du Service public de psychiatrie a été dramatiquement aggravée par le discours du Président de la République du 2 décembre 2008, par le rapport Couty, enfin par le projet de loi actuel qui est sous-tendu par une défiance de la psychiatrie et nous venons de le préciser par une volonté d’ignorer la réalité des troubles psychiques (ce que nous appelons la psychopathologie.) Au lieu de reconnaitre que ces personnes sont malades cette loi présuppose qu’il s’agit de “délinquants qui refusent d’avouer la vérité de leur maladie ! “ quelle confusion ! alors que du fait de leur déni cela leur est strictement impossible. On laisse croire à la société qu’il suffit de les maltraiter, de les menacer, pour qu’ils “avouent” et qu’ils acceptent de prendre des médicaments ; certes à force de doses augmentées ils vont se montrer “gentils comme des agneaux”, et accepter n’importe quoi, sans pour autant que leur délire soit modifié.

psychothérapie

À ce propos il est indispensable de démystifier en quelques mots la polémique autour des médicaments. Ils sont indispensables tout au long des traitements psychiques, mais seuls ils réduisent la psychiatrie à une pratique vétérinaire ; pour être efficaces (au lieu d’être absurdes) il est indispensable qu’ils soient encadrés par la psychothérapie, qui seule maintient l’humain au dessus de la biologie (dont elle est inséparable). Et le pire est dans la loi : elle réduit les traitements à la seule chimie !

UNAFAM…

Pourquoi le Président de l’UNAFAM ne souhaite pas prendre tout ceci en compte ? Parce qu’en tant que Président il doit prendre des décisions politiques. Nous savons qu’il a longtemps cru que les psychiatres, qui selon lui font un travail complexe, qu’il estime, changeraient d’attitude et se mettraient à l’écoute des familles, ses appels ayant commencé dès 2001. Il a dû constater que les psychiatres ne changeaient pas. Il a vu que le Président de la République avait une vision autoritaire de la réalité. Il lui adonné son accord. C’est bien regrettable pour tout le monde, et le plus étonnant c’est que les psychiatres lui en veulent mais ne sont pas prêts à se remettre tous en question et convenir que la demande des familles, d’être régulièrement reçues par eux, est tout à fait pertinente.

…& FNAPSY !

L’UNAFAM poursuit son chemin en publiant seule en janvier un plan de prévention. Ce plan voudrait mettre les familles en sentinelle dans toute la société, ce qui n’a pas de sens, n’étant pas thérapeutes ; de plus il ne prend pas en compte le fait que la moitié des patients n’ont pas de famille active, et ne s’interroge sur le devenir de ceux-ci. De ce fait elle brise son union avec les usagers, la FNAPSY. Sans cette union les familles perdent leur légitimité de revendication nationale, elles deviennent les rivales des usagers ! Absurde ! Depuis, la FNAPSY est en grande difficulté car elle rassemble des personnes vulnérables, et seule !

1838 était moins répressive

Au total alors qu’un projet sur la psychiatrie ne peut se construire que sur la convergence de tous les acteurs, la loi actuelle provoque les divisions entre eux, détruit 50 années de psychiatrie moderne remarquable, fait régresser sa pratique à une dimension répressive qu’elle n’avait pas, même avec la loi de 1838 !

écoute de l’humain pour une véritable solidarité nationale

Ces Présidents sont-ils conscients du résultat qui les attend ? Ont-ils compris comme on ne cesse de leur dire que cette loi est inapplicable ? Que vont devenir les patients dans cette époque troublée qui s’annonce ?
Alors que la France a construit le meilleur édifice qui soit pour l’avenir de la psychiatrie : “l’alliance des soins modernes et humains grâce à la politique de secteur, avec les appuis sociaux rendus possibles par la loi de 2005 sur le handicap psychique, et la prévention sur ces deux champs.”
Pourquoi le politique, des Présidents aux élus, ne sont-ils pas avec la folie à l’écoute de l’humain dans son double aspect personnel et collectif, invitant à une solidarité nationale ?

De psychothérapeute à psychopraticien

NOUVELLES INFORMATIONS CONCERNANT L’APPLICATION ADMINISTRATIVE DE LA LOI CONCERNANT LE TITRE DE PSYCHOTHÉRAPEUTE

Pour vous aider à y voir plus clair, il nous a paru opportun de vous présenter une analyse commentée du cadre réglementaire qui résulte des textes législatifs suivants (pour mémoire).

Textes législatifs (rappel)

1) La Loi (1“)

2) le Décret n° 2010-534 du 20 mai 2010

3) Les Arrêtés de mise en œuvre du décret relatif au titre de psychothérapeute parus au Journal Officiel et sur le site Légifrance :

– JORF n°0134 du 12 juin 2010 page 10836 texte n° 19 Arrêté du 8 juin 2010 relatif à la formation en psychopathologie clinique conduisant au titre de psychothérapeute NOR: SASH1015326A

– JORF n°0134 du 12 juin 2010 page 10837 texte n° 20 Arrêté du 9 juin 2010 relatif aux demandes d’inscription au registre national des psychothérapeutes NOR: SASH1015346A ––> ATTENTION ! rectifié par l’Arrêté du 13 décembre 2010 (corrigeant la rédaction fautive concernant l’extrait de casier judiciaire).

Usage du titre de psychothérapeute

En son principe, l’objet de cette réglementation est

– de définir les conditions d’usage du titre de psychothérapeute, et non pas de réglementer la pratique professionnelle de la psychothérapie qui demeure libre.
C’était le thème de notre Journée d’Étude du 22/01/11, intitulée Sauvons la pratique qui mettait l’accent sur notre liberté d’exercice(2“)

– de constituer un registre national des psychothérapeutes regroupant les registres départementaux publiés par les Préfets des différents départements, sur l’avis des directeurs des agences régionales de santé (ARS) ou de leurs représentants qui détiennent le pouvoir de statuer sur les dossiers adressés par les postulants.

À cet effet, les ARS (agences régionales de santé) ont la charge de constituer des commissions, intitulées Commissions régionales d’inscription (CRI) sur la liste départementale des psychothérapeutes.

Celles-ci doivent être composées de 6 membres titulaires et de 6 membres suppléants à parité de médecins, psychologues et psychanalystes, nommés pour 3 ans, et présidées par le directeur de l’ARS ou un représentant nommé par celui-ci.

Elles n’ont pas vocation à être pérennes mais limitées au temps nécessaire à l’examen des dossiers dits de grand-parentage.

Ces Commissions régionales ont pour mission de statuer sur les dossiers des professionnels exerçant la psychothérapie depuis au moins 5 ans, selon les dispositions transitoires mentionnées au chapitre IV du décret. Elles statueront sur les équivalences accordées aux praticiens en exercice et pourront exiger des postulants des compléments de formation en termes de nature et/ou de durée.

Les professionnels concernés devront avoir adressé leur dossier (en RAR et double exemplaire)dans les délais légaux, au plus tard le 30 juin 2011, c’est à dire avant le 1er juillet 2011, date anniversaire de la mise en application du décret, le délai antérieurement prévu au 22 mai ayant été officiellement repoussé.

Commentaire

Sachez que nous avons été en relation avec certains des responsables des ARS qui semblaient parfois être en difficulté pour constituer les CRI. Nos échanges avec eux ont été très cordiaux et il nous a paru qu’ils semblaient très soucieux de préserver les droits des praticiens en exercice.

Nous avions déjà lancé un appel aux praticiens figurant sur notre annuaire pour connaître ceux qui accepteraient de participer à ces CRI. Nous avons reçu quelques réponses de praticiens répondant aux critères requis (être médecin, psychologue ou psychanalyste), celles-ci n’ont pu aboutir car il n’y avait pas coïncidence entre les propositions reçues, les régions concernées et les besoins des ARS concernant, semblait-il, majoritairement en un déficit de réponse de la part des psychanalystes locaux.

À vous de décider, maintenant et si ce n’est déjà fait, si vous souhaitez présenter votre dossier auprès de l’ARS de votre région.
Cela relève d’un choix personnel, sur lequel, à titre institutionnel, nous avons décidé de ne pas nous prononcer.

Sachez seulement que probablement et dans un avenir proche, seuls les détenteurs du titre de psychothérapeute pourront exercer en institution. Ce peut être un critère de décision pour certains d’entre vous.

Sinon, si vous exercez en libéral, et voulez demeurer fidèle aux 5 critères dont nous nous réclamons et qui ne sont pas pris en compte dans la nouvelle législation, vous pouvez adopter le nom de métier sous lequel nous nous rassemblons désormais, celui de PSYCHOPRATICIEN. (Voir plus loin)

Dispositions pratiques – Mode d’emploi

Si vous avez exercé officiellement la psychothérapie depuis au moins 5 ans, vous pouvez, sans conditions de diplômes, déposer auprès de l’ARS de votre région un dossier de demande de reconnaissance afin de figurer au registre national des psychothérapeutes.
Ce dossier devra être présenté, d’après les publications des ARS, selon les modalités suivantes :

Demande de reconnaissance d’au moins cinq ans de pratique de la psychothérapie

PIÈCES DU DOSSIER

o Une lettre manuscrite exposant le motif de votre demande et tous les éléments que vous souhaitez porter à la connaissance de la commission régionale prévue à l’article 16 du décret du 20 mai 2010 concernant votre formation, votre expérience professionnelle et votre pratique de la psychothérapie ;

o Une copie d’une pièce d’identité en cours de validité, et l’indication de votre adresse professionnelle complète

o Une copie de l’extrait n° 3 de votre casier judiciaire.

o Une copie des diplômes, certificats ou titres obtenus.

o Un document de l’autorité ayant délivré les diplômes, certificats ou titres attestant du niveau de la formation et indiquant année par année le détail et le volume horaire des enseignements suivis.

o Une attestation de la structure de formation spécifiant le contenu, la durée et le secteur dans lequel les stages ont été effectués pendant la formation.

o Toutes pièces utiles permettant d’attester de votre expérience professionnelle ou de votre pratique de la psychothérapie en termes notamment de durée et de modalités d’exercice.

o Les éléments du dossier doivent être envoyés en double exemplaire.

o Si vous souhaitez être entendu par la commission, veuillez cocher cette case et nous retourner le présent formulaire.

Nota bene : toutes les pièces justificatives sont rédigées en français ou traduites par un traducteur agréé auprès des tribunaux français.

Les documents composant votre dossier doivent être envoyés par lettre recommandée avec accusé de réception, (RAR), à l’Agence régionale de Santé dont vous dépendez et où est rattaché votre lieu principal d’exercice.

Les adresses des ARS régionales sont disponibles sur internet.
Les informations publiées sur leurs sites, à propos du titre de psychothérapeute sont disparates. Certaines ARS ne publient toujours rien concernant ce sujet alors que d’autres sont très explicites.
N’hésitez pas à les contacter par téléphone si vous vous trouvez en manque d’informations.

Pour l’Ile de France , par exemple, le dossier est à adresser à l’adresse suivante :

Mission psychothérapie – A l’attention de Mr ROUSSEAU- « Le Millénaire 2 » 35, rue de la Gare -75935 PARIS Cedex 19

Documents utiles, à télécharger :

Formulaire dossier.docx

Recommandations de l’Affop

– Demandez impérativement à être entendu(e) par la commission, afin de ne pas tomber sous le couperet des 6 mois d’absence de réponse valant rejet de votre demande. De plus cela vous permettra, si nécessaire, de faire appel par la suite.

– Si vous exercez en libéral, et afin d’attester de votre expérience professionnelle, pensez à joindre, entre autres justificatifs (de type N° Siret, Urssaf, Cipav, taxe professionnelle, etc …) votre attestation d’assurance professionnelle. Certaines ARS y seront sensibles.

– Dans tous les cas et surtout si vous ne disposez pas des diplômes universitaires requis, pensez à joindre les attestations de votre formation spécifique à l’exercice de la psychothérapie, vos attestations de psychothérapie personnelle, de contrôle ou de supervision. (voir l’arrêté du 8/06/10, chapitre II, art.2, § IV), stipulant que “cette formation académique ne saurait se substituer aux dispositifs spécifiques d’apprentissage et de transmission des méthodes psychothérapiques”. N’omettez pas de faire référence à cet alinéa.

Conséquences de ces dispositions légales : votre inscription sur les PAGES JAUNES.

Le GLPR – Groupe de liaison pour la psychothérapie relationnelle, réunissant les deux fédérations (Affop et FF2P) et les deux Syndicats historiques (PSY’G et SNPPsy) a œuvré avec succès auprès des responsables des Pages Jaunes afin d’obtenir l’ouverture d’une nouvelle rubrique nous concernant.

Cette nouvelle rubrique, après décision du ministère, a été obtenue et sera désormais intitulée ainsi :

PSYCHOTHÉRAPIE – Pratiques hors du cadre réglementé.

– Dans la mesure où légalement personne, hors les psychiatres, ne peut actuellement se réclamer du titre de psychothérapeute, la rubrique Psychothérapeutes devrait logiquement être quasiment vidée de son contenu avant la fin du mois d’avril.

– Néanmoins vous pouvez demander à vous y maintenir si vous avez adressé un dossier d’homologation à l’ARS de votre région ou si vous signez un engagement à le faire dans les délais légaux. Dans ces deux cas, les PJ vous demanderont soit l’accusé de réception de l’envoi de votre dossier, soit un engagement d’adresser ce dossier au plus tard le 30/06/11. Vous pourrez donc y figurer jusqu’à la réponse concernant votre dossier, minimum 6 mois.

– Si vous exercez depuis moins de 5 ans ou si vous ne souhaitez pas présenter un dossier auprès de l’ARS de votre région, vous pouvez dès maintenant, demander le transfert de votre enregistrement vers cette nouvelle rubrique qui devrait dès maintenant figurer sur les annuaires en ligne et paraître sur la prochaine édition de l’annuaire papier.

– Attention ! refusez absolument de figurer à la rubrique : Soins en dehors d’un cadre réglementé qui vous a peut-être déjà été proposée. Les commerciaux des PJ avec lesquels vous serez en communication ne sont pas toujours informés de l’ouverture officielle de cette nouvelle rubrique intitulée : Psychothérapie – Pratiques hors du cadre réglementé, c’est celle qui vous est destinée désormais.

– Restez fermes et, dans la mesure où vous ne pouvez plus disposer du titre de Psychothérapeute, exigez votre inscription dans la nouvelle rubrique en tant que Psychopraticien(ne), nouveau nom de métier que notre profession a adopté et sous lequel nous nous regroupons.
Bien sûr, vous pouvez, à vos frais, préciser et compléter cette nouvelle appellation en fonction des titularisations professionnelles dont vous disposez et de vos spécialités.

PSYCHOPRATICIEN

C’est notre nouveau nom de métier, d’usage libre et qui a fait l’objet d’un consensus au sein du GLPR.
Il devrait faire progressivement l’objet d’appellations complémentaires demandées et/ou réservées par divers organismes, auprès de l’INPI.
C’est ainsi que l’Affop, suite à ses démarches auprès de l’INPI, est désormais détentrice du titre réservé de

Psychopraticien relationnel®

dont vous pouvez déjà disposer à condition d’avoir été titularisé(e) par l’un de ses organismes accréditeurs.

Tous les praticiens déjà inscrits à l’annuaire de l’Affop, et donc titularisés, y ont droit et peuvent ainsi s’identifier.

Si vous n’avez pas décidé de le faire, ou ne disposez pas des conditions nécessaires pour envoyer un dossier d’homologation, nous vous recommandons désormais de vous faire connaître sous le simple nom de métier de Psychopraticien(ne), non seulement sur les PJ, mais aussi sur vos documents tels que papier en-tête, cartes, plaques, et diverses inscriptions professionnelles.

À la suite de ce que nous avions eu à cœur de défendre lors de notre Journée d’étude de janvier, à savoir la liberté de notre pratique, nous restons fermement décidés à nous démarquer, via les 5 critères que nous défendons, des dangereuses orientations entraînées par cette nouvelle loi qui ne saura, sous couvert de préserver les usagers des dérives sectaires, que médicaliser l’exercice de la psychothérapie et instituer de nouveaux titulaires du titre de psychothérapeute, certes psychopathologues diplômés, mais sans aucune exigence de formation personnelle et expérientielle à l’exercice de la psychothérapie.

– Si vous souhaitez affirmer votre indépendance en vous démarquant de ces dispositions désormais légales, nous vous conseillons dès maintenant de vous faire connaître sous la mention de Psychopraticien(ne).

– Afin d’être mieux défendus et mieux reconnus, nous vous recommandons, si ce n’est déjà fait, de vous faire titulariser par l’un de nos organismes accréditeurs agréés, devenant ainsi psychopraticien/ne relationnel/le®.

Nous vous souhaitons, en toute laïcité, de bonnes fêtes de Pâques ! en tant que symbole de renaissance et de renouveau.
Faites confiance à l’Affop et à ses partenaires du GLPR pour soutenir le renouveau de notre profession.
Mieux vaut perdre un titre que perdre son âme !

L’Affop demeure à votre à votre disposition pour répondre rapidement à vos questions adressées, de préférence, par couriel à l’adresse suivante sous le clic contact@affop.org

ou bien par tél. au : 01 42 36 91 44

Arlette Gastine.
Vice-présidente de l’Affop.

  • 1 Article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 modifié par l’article 91 de la loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009

    L’usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes.

    […] Un décret en Conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théorique et pratique en psychopathologie clinique que doivent remplir l’ensemble des professionnels souhaitant s’inscrire au registre national des psychothérapeutes. Il définit les conditions dans lesquelles les ministres chargés de la santé et de l’enseignement supérieur agréent les établissements autorisés à délivrer cette formation.

    L’accès à cette formation est réservé aux titulaires d’un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse.

    Le décret en Conseil d’État définit les conditions dans lesquelles les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations peuvent bénéficier d’une dispense totale ou partielle pour la formation en psychopathologie clinique.

    […]

  • 2 Nous avons rapporté ici-même deux échos de cette Journée. Le second présentait un compte-rendu de la communication de Vincent de Gaulejac, qui se disposait à publier son dernier ouvrage : Travail, les raisons de la colère, qui approfondit son analyse de la crise managériste et lui oppose un “travailler mieux pour vivre mieux” que nous recommandons vivement à votre réflexion. Le premier consistait en un compte-rendu détaillé de la Journée et des interventions de Geneviève Mattei, que notre mémoire informatique a avalé.

Psychothérapie et psychothérapies

Par Yves Lefebvre


Yves Lefebvre reprend ici le titre de l’ouvrage de référence de Nicolas Durruz, hélas épuisé, s’attachant à préciser avec sa tranquille limpidité en quoi consiste la psychothérapie relationnelle. On s’appuiera sur notre Carré psy pour mieux situer les protagonistes et champs épistémologiques concernés.

{La question de la différenciation entre pluralisme, pluralité (voire éclectisme), intégrativisme et multiréférentialité méritera une reprise du débat terminologique. Nous y reviendrons.

Philippe Grauer}


La psychothérapie : prendre soin de l’âme

La psychothérapie au sens général du terme veut dire soin de la psyché. Le mot thérapie s’origine dans le soin que des serviteurs donnaient aux statues des dieux grecs en les lavant ou les revêtant pour les cérémonies. Plus tard on appela thérapeutes, d’après Philon d’Alexandrie, des ascètes qui prenaient soin de leur âme et de celle d‘autrui par la méditation. Plus tard encore, en particulier vers le IV° siècle, on continua d’appeler thérapeutes les premiers Pères du désert du christianisme. Ils traitaient les passions de l’âme par l’ascèse, d’abord celle qu’ils s’appliquaient à eux-mêmes, puis celle qu’ils conseillaient à leurs patients. On retrouvera dans la psychanalyse et les psychopratiques relationnelles contemporaines qui s’en inspirent quelque chose de cette ascèse par l’exigence d’un long travail accompli sur soi-même pour acquérir la compétence de psychopraticien et par l’engagement des personnes en psychothérapie, ce qui présente en effet des aspects ascétiques.

Cependant l’idée de thérapie avait aussi de tout temps une connotation médicale, en particulier avec le chamanisme et la sorcellerie qui prenaient soin du corps et de l’esprit pour les guérir, leurs soins s’inscrivant dans les croyances d’une culture et d’une époque. Mais c’est surtout à partir du XIX° siècle que la médecine scientifique s’empara de la chose. Celle-ci veut toujours aujourd’hui s’approprier le terme de thérapie et l’idée de soigner pour s’en assurer le monopole et le limiter aux seuls soins médicaux rationnels c’est-à-dire fondés sur les connaissances scientifiques actuelles concernant la physique, la chimie et la biologie. Elle oublie que ce mot s’applique depuis toujours à toutes sortes d’autres soins qui lui échappent, comme celui que la mère prend de son enfant, l’artiste de son œuvre ou le moine de son âme, et que ces soins-là ont toujours de surcroît des effets sur la santé du corps et de la psyché indépendamment de la médecine.

C’est donc à partir de ses lointaines racines et du sens élargi de son nom que la psychothérapie d’aujourd’hui se décline en toutes sortes de psychothérapies c’est-à-dire de méthodes, techniques et théories – la plus prestigieuse et souvent contestée d’entre elles restant encore de nos jours la psychanalyse.

Dans le vaste champ de la psychothérapie contemporaine on peut fondamentalement distinguer deux grands courants principaux : les psychothérapies objectives et les psychothérapies subjectives.

Les psychothérapies objectives : soigner des troubles mentaux

Les psychothérapies objectives, qu’on pourrait aussi qualifier de médicales, cherchent essentiellement à réduire les symptômes psychiques répertoriés dans la nosographie psychiatrique, considérés en tant que troubles mentaux à traiter, selon le mode de pensée de la médecine qui cherche à éradiquer rationnellement des maladies. Elle utilise pour ce faire des méthodes qui suivent des protocoles reproductibles, avec des effets statistiquement évaluables. Ce sont en particulier les psychothérapies cognitivistes et comportementalistes qui se déroulent selon des protocoles précis, les entretiens et techniques d’expression, de soutien, de recadrage ou de déconditionnement, l’hypnose et tous les soins psychiques visant à contenir ou réduire les symptômes psychopathologiques, ou encore les techniques de rééducation psychologique visant à former ou conditionner les personnes dans le sens de comportements perçus comme non pathologiques selon les critères de la culture dominante et de la science. Ces psychothérapies répondent à des besoins spécifiques dans un esprit scientiste et contribuent à réadapter des personnes perturbées pour qu’elles se réinsèrent dans le fonctionnement de notre société et guérissent de leurs troubles mentaux.

Du point de vue des professions psys, ceux qui pratiquent les psychothérapies médicales sont surtout les médecins psychiatres et les psychologues cliniciens ou leurs nouveaux concurrents les “psychothérapeutes” universitaires récemment créés par décret (et qui sont en réalité des psychopathologues ayant acquis une bonne connaissance de la nosographie psychiatrique, tout comme les psychologues cliniciens), ainsi que quelques personnes ni médecins ni psychologues universitaires, souvent issues de l’entreprise ou du coaching, qui ont appris à pratiquer certaines de ces techniques (PNL, sophrologie, EMDR, etc.) – sauf ceux d’entre eux qui ont suivi une psychanalyse ou une psychothérapie relationnelle et peuvent alors se reconvertir dans l’exercice d’une psychothérapie subjective, qui est un accompagnement d’une tout autre nature.

Les psychothérapies subjectives : prendre soin du sujet

Le second grand courant psychothérapique, les psychothérapies subjectives, ne s’occupent pas directement des symptômes décrits par la psychopathologie médicale. Elles considèrent que l’homme n’est pas seulement neuronal, mais qu’il est aussi fait de mythes, de culture, de fantasmes et de créativité. Elles s’occupent du processus de subjectivation. Elles intègrent la notion d’inconscient. Elles diffèrent fondamentalement de la technicité scientifique parce qu’elles sont d’abord l’exercice d’un art, au sens artisanal du terme, et parfois aussi au sens artistique du terme.

Il s’agit donc essentiellement, dans les psychothérapies subjectives, d’accompagner une personne unique qui souhaite devenir pleinement sujet de sa propre vie par le soin pris sur elle-même par elle-même. Cela devient possible du fait d’une relation spécifique au thérapeute. Le symptôme se reçoit alors comme un langage à entendre, exprimer puis dépasser plutôt qu’un trouble à guérir. Il s’agit bien de permettre à la personne d’advenir à elle-même dans la rencontre de ses propres aspects inconscients qu’un Je commence à penser, en particulier dans la psychanalyse et dans les psychopratiques relationnelles qui s’en inspirent, ou bien qu’il commence à éprouver dans une nouvelle créativité, en particulier dans l’art-thérapie. La guérison des troubles mentaux advient éventuellement de surcroît parce que la personne se remet dans le courant de la vie. Elle perd son identité de victime ou de malade psychique qu’il faudrait rendre socialement normale – ce que certains ont qualifié de normose, maladie dont le symptôme serait le conformisme par perte de créativité personnelle. Au contraire en retrouvant sa créativité, la personne devient alors sujet vivant responsable d’elle-même, au risque de n’être pas obligatoirement “politiquement correcte”.

Les psychothérapies subjectives n’entrent donc pas dans la catégorie des soins médicaux parce qu’elles sont un soin de l’être pris par le sujet lui-même. Cela revient au fameux précepte attribué à Pindare : “Connais-toi toi-même et deviens ce que tu es.(1“)”

Psychothérapie relationnelle et psychanalyse

Les psychothérapies de la subjectivation sont essentiellement pratiquées par les psychanalystes et par les psychopraticiens relationnels qui se sont d’abord formés par un long travail de rencontre de soi effectué sur eux-mêmes et par eux-mêmes, suivi d’une formation pratique expérientielle, les aspects théoriques et universitaires s’avérant un complément utile mais pas du tout premier. Certains peuvent venir de la médecine ou de la psychologie, mais d’autres se sont reconvertis après diverses expériences professionnelles, philosophiques, artistiques ou sociales. Tous acquièrent leur légitimité d’abord par le travail de transformation effectué sur eux-mêmes et par une formation pratique impliquante. Ils sont validés par des pairs plutôt que par un diplôme. “L’analyste s’autorise de lui-même… et de quelques autres” dira Lacan, non pas qu’il puisse s’autoriser d’une inflation égotiste ou de sa névrose mais de sa nature profonde, de sa propre forme d’être qu’il a pu rencontrer lors du long travail de subjectivation, qui seul permet d’intégrer l’insu de soi puis d’accompagner d’autres personnes sur ce chemin particulier où l’on devient sujet.

Dans le courant des psychothérapies subjectives, les psychothérapies relationnelles se distinguent de la psychanalyse par la créativité de leurs méthodes et la variété de leurs outils, même si elles se réfèrent très souvent aux fondamentaux théoriques de la psychanalyse et poursuivent le même but, à savoir le processus de subjectivation. On y trouve donc une très grande diversité de pratiques, toutes fondées sur la relation comme principal axe thérapeutique : relation au psychopraticien, relation à l’œuvre accomplie dans les séances, relation à soi-même, débouchant sur une modification de la relation à autrui dans la vie concrète.

La tendance actuelle des psychopraticiens relationnels est le plus souvent plurielle (et non pluraliste – parenthèse de PHG) dans les méthodes et intégrative(2“) dans les théories qui les sous-tendent, pouvant intégrer des approches corporelles, émotionnelles, analytiques, groupales, artistiques, avec différents médias créatifs utilisés comme outils d’accès à l’inconscient.

S’enrichir de la rencontre des diverses approches

Les différentes approches des psychothérapies sont toutes intéressantes, mais on ne peut pas tout mélanger ni tout confondre. On ne peut pas non plus hiérarchiser les approches, même si certains nous disent que la seule pensée scientifique donc sérieuse et efficace est l’approche médicale, toutes les autres relevant soit du charlatanisme soit d’une technique annexe qui permet d’occuper les malades ou, au mieux, de faciliter leur expression ; ou à l’inverse même si d’autres disent que seule compte la rencontre de l’inconscient et que les approches scientifiques et médicales se fourvoient. Dans les deux cas il s’agit d’une pensée réductrice qui appauvrit la recherche et rétrécit le vaste champ de la psychothérapie où chacun peut développer sa juste spécificité et où des rencontres fructueuses peuvent enrichir la pensée et les pratiques. C’est le cas par exemple de certains pédopsychiatres cognitivistes qui travaillent avec des psychanalystes à la suite de Winnicott, pour étudier la constitution précoce du sujet à travers le geste spontané, comme quand l’enfant prend et jette un objet, constatant que ceux qui n’ont pas cette opportunité construisent plus difficilement leur propre subjectivité. La recherche peut en effet s’enrichir de la rencontre d’approches qui paraissaient antinomiques.

Cette tentative de classement des psychothérapies est donc utile pour positionner chaque méthode dans un ensemble plus vaste et clarifier un domaine souvent confus dans l’esprit des personnes concernées, mais elle doit aussi tenir compte des pratiques mixtes, de l’approche multiréférentielle et des ponts qui se construisent de plus en plus entre le courant objectiviste et le courant subjectiviste, et à l’intérieur de chaque courant entre les différentes méthodes de psychothérapie.

  • 1 Est vrai ce qui ne consiste qu’en soi-même et demeure soi-même tel qu’il est – N’est vrai que ce qui reste identique à soi même (Hermés Trimégiste – Liv. XVII, Pymandre, Ver. 14/19)
  • 2 Philippe Grauer réserve le concept de multiréférentialité à l’impossible de l’intégrativité, quand le professionnel se trouve confronté à des savoirs irréductibles les uns aux autres par le principe de théories non combinables. Comment coordonner le non directement accordable ? Plusieurs solutions, dont par exemple la succession dans le temps et l’espace, ou la considérations de niveaux, à ne pas mélanger lors de leur traitement. Il la distingue du pluralisme, par lequel comme au SNPPsy cohabitent pacifiquement des représentants de disciplines et méthodes différentes, et de l’intégrativisme, par lequel un praticien conjoint dans son travail plusieurs méthodes voire disciplines, complémentarisées moyennant ajustements non ravageurs des identités constitutives.

L’appel de Fukushima

Fukushima : mettre la catastrophe sous contrôle citoyen


Avec ce texte nous sommes loin de la psychothérapie – quoique à la réflexion une telle catastrophe fournira hélas beaucoup de travail à beaucoup de psys, eux-mêmes tout aussi rayonnants que leurs patients –, mais non de l’humanité.

PHG


Nous, citoyens du monde

Sommes extrêmement préoccupés par la gestion lamentable de la catastrophe de Fukushima par la firme TEPCO.

La firme a-t-elle voulu privilégier ses intérêts en visant une hypothétique remise en route de la centrale ? En tout cas, elle a agi dans le secret et n’a réuni qu’une partie des moyens pour préserver les riverains, le peuple japonais, l’ensemble des peuples et les écosystèmes de notre planète. Elle n’a pas appliqué le principe de précaution pour la prévention maximale du feu nucléaire et de la contamination de l’environnement.

En dépit de quelques protestations l’État japonais n’a fait que relayer les informations données par la firme, qui conduit ses actions de manière opaque. Des experts de divers pays ont été associés, sans prise sur les décisions. Les demandes des ONG présentes sur place, notamment Greenpeace et la CRIIRAD, pour une meilleure protection des populations et transparence dans les données, n’ont pas été plus entendues que celles des citoyens japonais.

Nous pensons qu’il y a urgence à ce que l’action de TEPCO soit placée sous contrôle international citoyen pour faire prévaloir les droits des humains et de l’environnement, de l’océan notamment.

Nous appelons les organisations citoyennes, les scientifiques, les États, les organismes inter-gouvernementaux, à un sursaut général pour exiger une prise en main internationale et civique de la réponse à la catastrophe de Fukushima et au delà, des établissements à risque majeur partout dans le monde.

Les États ont trop partie liée avec l’industrie nucléaire pour en être des freins efficaces. Les techniciens locaux ne peuvent plus être laissés seuls face aux difficultés, et sans instance de référence externe face aux incidents qui se multiplient et restent occultés.

La terre dans son ensemble est notre souci commun, elle constitue le socle de l’intérêt général qui doit prévaloir sur des logiques d’entreprise et les logiques étatiques de puissance. Il est temps que les citoyens puissent s’ingérer au niveau international dans les procédures d’expertises techniques qui président à la mise en place d’équipements qui compromettent son caractère habitable.

Les Nations Unies doivent aujourd’hui réorganiser la gouvernance de la catastrophe de Fukushima et prendre en compte toutes les coopérations techniques et politiques nécessaires, y compris non-gouvernementales. Ainsi pourra être préfigurée la mise en place de nouveaux dispositifs unissant scientifiques, techniciens et citoyens dans la prévention des risques majeurs et dans les choix industriels et énergétiques.

Voir les premiers signataires

L’appel de Fukushima

Ben Laden ou Aristote à New York

Libération 11/05/2011

Par Avital Ronell philosophe

Recueilli par éric Aeschimann


Avital Ronell est philosophe. Inspirés par Martin Heidegger et Jacques Derrida, ses travaux portent sur des objets contemporains : le téléphone, le test, l’addiction. Professeure à l’université de New York, elle était à Paris lorsque l’élimination d’Oussama ben Laden a été annoncée.

Comment avez-vous réagi aux manifestations de joie à New York à l’annonce de la mort de Ben Laden ?

Etant à Paris pour plusieurs semaines, je n’ai pas vu par moi-même ce qu’il en était. Mais, à la lecture des dizaines de mails que je reçois quotidiennement de tous types d’organisations américaines progressistes, je conteste l’idée d’une jubilation new-yorkaise. Tout le monde est sobre, inquiet, vigilant, hésitant sur ce qui se passe. Seuls quelques centaines jeunes gens sont sortis dans les rues, comme on fête un événement sportif, comme on soupire à la fin d’un film hollywoodien. La façon dont l’Amérique écrit l’histoire de Ben Laden depuis dix ans conduisait logiquement à cette fin en miroir, qui répète les images du 11 Septembre où l’on voyait quelques groupes d’Arabes danser dans les rues. Le scénario était préparé depuis longtemps et sa structure est celle d’une répétition pathologique : à dix ans d’intervalles, on a fêté une mort.
L’Amérique entière a exhibé sa satisfaction.

Justement. New York a toujours été en marge des Etats-Unis, objet de haine de la part des «vrais» Américains. Le 11 Septembre, on s’est demandé pendant quelques heures si le reste du pays serait solidaire. Plus tard, quand l’administration Bush est devenue très agressive, on a vu fleurir dans les rues de la ville des affichettes disant : «USA out of New York». On pourrait même dire qu’après le 11 Septembre, New York a été envahi par les Etats-Unis, par la droite et ses faucons. Elle qui était périphérique s’est soudain retrouvée au cœur de l’Amérique, elle s’est «mid-westernisée». Mais en surface seulement : par exemple, au plus fort de la vague de patriotisme, ceux qui se sentaient obligés d’afficher le drapeau étoilé, c’étaient les musulmans qui tiennent des petites boutiques ou conduisent des taxis, ou alors les habitants de certaines banlieues dominées par la droite, comme Staten Island. De nombreux habitants du centre n’ont pas affiché le drapeau.

Tout de même, l’exécution de Ben Laden sert les intérêts de Barack Obama plus que de la droite ?

Tout ce que je sais, c’est la jubilation perverse du présentateur de Fox News [la chaîne d’informations de Ruppert Murdoch, très anti-Obama, ndlr] lorsqu’il a annoncé «la mort d’Obama ben Laden», avant de corriger, «oh, excusez-nous, d’Oussama ben Laden». Il a refait la confusion à plusieurs reprises, de façon délibérée, car il s’agissait de montrer que ce qui est en cause, c’est le nom du Président. Par le passé, la droite a mené campagne sur le deuxième prénom d’Obama – Barack Hussein Obama – et il y a quelques jours encore, on demandait au Président de publier son acte de naissance.
Comment va vivre New York, maintenant ?

Les New-Yorkais sont conscients du vide laissé par Ben Laden. Pour reprendre les catégories du philosophe nazi Carl Schmitt, l’Amérique a toujours eu besoin d’ennemis pour se «booster». Peut-elle vivre sans ? Faut-il craindre une sorte d’état d’hostilités sans fin, encore plus monstrueuse ? Ou au contraire qu’elle se retire des lieux de bataille, sans humiliation, sans honte, comme une armée triomphale ? Quoi qu’il en soit, depuis le 11 Septembre, New York a perdu de sa vitalité, quelque chose s’est cassé. Comme dans les jeux vidéo, on a voulu attribuer la cause de tous nos malheurs à un seul homme, qu’il suffirait d’éliminer pour aller mieux. A Hollywood comme chez Aristote, le dénouement de la tragédie permet de «purger» l’âme et Aristote avait déjà compris que ce qui se joue dans la tragédie, c’est la question de la terreur. Mais croire que l’élimination d’un homme fera disparaître toute trace de blessure est une illusion.


Comprenez-vous la décision de jeter la dépouille de Ben Laden à la mer ?

Freud pointait le risque qu’il y a à ne pas enterrer l’ennemi avec les honneurs qui lui sont dus, car il finit toujours par revenir, comme un fantôme, par des circuits immatériels, «atmosphériques», imprévisibles, immaîtrisables et donc destructeurs. Cette façon de disposer à sa guise du corps de l’ennemi porte en elle des conséquences graves. C’était déjà la protestation d’Antigone et, comme dans la tragédie de Sophocle, ce sont surtout les voix de femmes qui protestent aujourd’hui et crient que l’Amérique doit cesser d’assassiner. Barack Obama n’a pas su se montrer humble devant le désir de tuer quelqu’un – même si ce quelqu’un est un effroyable meurtrier. Et même le fait de jeter sa dépouille à la mer est une façon de rester dans la logique de l’ennemi, de répondre en miroir : le terrorisme de Ben Laden se voulait mondial et sans territoire, son cadavre est à son tour «déterritorialisé». En mer, il n’y a nul lieu à honorer, ni monument à édifier : on supprime les traces. Mais, depuis Antigone, nous savons que le refus d’enterrer relève d’une logique suicidaire.

Roudinesco : la haine de la pensée transpire partout

“Il y a aujourd’hui dans le monde entier un fantastique marché des psychothérapies qui va se développer encore davantage,” peut-on lire dans le bel article que nous vous proposons ici sous pdf. Rançon de l’essor de l’individualisme dit-elle encore, mais pas seulement. Le formidable élan de recherche dans la sphère du psychisme et de la dynamique de subjectivation, héritière de cinquante ans de psychologie humaniste fondée sur l’existentialisme et la phénoménologie, dont la psychothérapie relationnelle est de nos jours l’héritière, poursuit sa marche en avant aux côtés de la psychanalyse. Une psychanalyse française souvent aveugle à son contexte, enfermée dans un dogmatisme corporatiste arrogant – le corporatisme constituant une des plaies du Carré psy.

La psychothérapie relationnelle tout autant que cette dernière, se doit de sortir de tout enfermement dans la clinique, se doit de s’armer de bonne pensée et elle y procède. Face à la rigidité hostile de l’actuelle université elle poursuit inlassablement sa tâche de préservation et transmission du trésor clinique théorique et méthodologique de l’héritage de la psychologie humaniste américaine, comportant le domaine du psychocorporel, du travail émotionnel, de l’exploration systématique de la régression, de la poursuite des avancées du dialogal et du groupal, toutes dimensions propices au traitement des organisations limites dont Jean-Michel Fourcade nous rappelle qu’ils représentent la forme de pathologie majoritaire dans notre patientèle aujourd’hui. Elle prolonge le dialogue avec l’École anglaise de psychanalyse, avec Anzieu et Kaès, avec l’héritage post-reichien. Elle évolue dans le champ de la psychodiversité : ouverture et dialogue, pluralisme, intégrativité, multiréférentialité.

Elle le fait à partir du cadre de ses courageuses (petites pour la plupart) Écoles, dont celles notamment validées par l’Affop sont triées sur le volet. Face à la désolante incapacité de l’université d’accueillir, comprendre et diffuser ce précieux savoir, elle a su maintenir et préserver des lieux de transmission qui garantissent avec dévouement et passion le développement de ce quartier du Carré psy qu’elle continue d’habiter, dont les locataires s’affichent à présent à l’enseigne de la nouvelle appellation professionnelle qui accole relationnel au nom de métier de psychopraticien pour en faire un titre.

André Malraux achevait un ouvrage sur le cinéma par une dernière phrase restée célèbre : “Par ailleurs le cinéma est une industrie”. La psychothérapie comme marché ne saurait l’être que par ailleurs. Nous ne saurions nous considérer comme acteurs d’un marché de l’âme, à l’instar du supermarché du bonheur que dénonçait Max Pagès. Les étudiants en reconversion qui consacrent de longues et fructueuses années de leur vie d’adultes ayant souvent atteint la quarantaine à accéder au titre de psychopraticiens relationnels, représentent un secteur de recherche humaniste important et bien vivant dans l’univers du travail du psychisme centré sur la dynamique de la subjectivation. Ils répondent ainsi à un immense besoin dans le public – un public assez éclairé pour tenir à la ressource que constitue la psychodiversité – besoin de soin par la relation et le dialogue prenant en compte la dimension émotionnelle, psychocorporelle et existentielle du travail psychique, à côté de la psychanalytique, si bien défendue et illustrée par Élisabeth Roudinesco dont on va lire ici la belle interview.

Dernier point. Il n’est pas assuré comme le mentionne Anne-Laure Gagnac que les personnes qui s’adressent par la suite à la psychanalyse aient généralement entamé leur carrière de patients par du comportementalisme, ce qui place la psychanalyse en position de recours au comportementalisme, ignorance faite au passage de notre propre existence. Max Pagès émet l’hypothèse que les patients d’aujourd’hui, modernes abeilles (urbaines le plus souvent, les autres, Monsanto est en train d’en venir à bout), parcourent des itinéraires souvent complexes faisant leur miel de toutes fleurs, dont principalement celles de nos bouquets relationalistes. Il serait intéressant à ce sujet d’étudier les types de parcours et les parcours types. Seule une vaste enquête pourra à ce sujet nous apporter des éléments de réponse (1“). Aux universitaires d’y aller voir.

Bref aux couleurs arc en ciel de l’humanisme les deux champs disciplinaires extra universitaires centrés sur le processus de subjectivation résistent ensemble dans le domaine des sciences humaines cliniques à l’idéologie scientiste du tout neurone tout comportemental tout managérial, à l’occasion sécuritariste à la barbare, s’affairant à l’impossible suppression de la pensée vivante.

Philippe Grauer


Cliquer sur l’icone ci-dessous pour obtenir l’interview d’Élisabeth Roudinesco par Anne-Laure Gagnac [Document : Interview d’Élisabeth Roudinesco]

  • 1 Sans compter que des témoignages nous arrivent de praticiens s’affichant TCC ou apparentés, qui pratiquent sous ce manteau de la psychothérapie relationnelle de contrebande. De contrebande car si l’on n’a pas pris véritablement soin de se former à cette discipline, on est dans la contrefaçon : hommage du vice à la vertu, non sans danger à l’usage.

L’instrumentalisation de la transparence conduit au pire

Libération 7 avril 2011


Par Élisabeth Roudinesco

au lieu d’une réforme, il avait initié une révolution

En 1985, Mikhaïl Gorbatchev mit en œuvre en Union soviétique une politique dite de transparence – ou Glasnost – qui avait pour objectif de poursuivre le processus de déstalinisation initié par Khrouchtchev en 1956, lors du XXe congrès du PCUS. Mais au lieu de s’en tenir à un rapport secret, il entendait dénoncer publiquement toutes les formes de refoulement d’un passé qui avait conduit le communisme à son plus grand désastre. Aussi bien la Glasnost – qui accompagnait la Perestroïka (ou restructuration économique) – eut-elle pour conséquence, non point de révéler ce que l’on savait déjà depuis des décennies, mais de donner au peuple tout entier le droit de s’exprimer librement. Il souhaitait réformer des institutions vermoulues mais sans le savoir il participait à l’écroulement final d’un système totalitaire. Au lieu d’une réforme, il avait initié une révolution.

condamné à être transparent

La Glasnost contribuait à la chute d’un régime fondé sur des délires, des persécutions, des arrestations arbitraires. Et en tant que telle, elle mit fin à un forme de transparence que l’on appellera perverse ou dictatoriale, celle qui permet à un État de surveiller tous les citoyens. En témoigne le film de Florian Henckel von Donnersmarck, La vie des autres, tourné en 2006, et qui montre comment fonctionnait un tel système dans l’ancienne République démocratique allemande. Chaque sujet était regardé comme un suspect et jamais comme un humain. Aussi était-il condamné à être transparent, c’est-à-dire traversé dans son corps et ses actes par l’œil invisible du grand ordonnateur des surveillances policières (la Stasi).

impossible épuration

Dans les régimes démocratiques qui reposent sur le principe des libertés – opinion, association, mœurs, religion –, la question de la transparence se pose différemment. Le respect de la vie privée suppose, d’une part, que chaque individu ait droit à son intimité, et, de l’autre, que la gestion des affaires sociales et politiques soit au contraire parfaitement visible. A cet égard, la liberté de la presse et des médias audiovisuels est telle que les crimes, mensonges et délits commis par des États ou des personnes publiques, d’un bout à l’autre de la planète, peuvent être révélés en temps réel à l’opinion : bavures militaires, viols, abus de confiance, fausses informations. Mais si l’on n’y prend pas garde, un tel pouvoir, aujourd’hui mondialisé, peut aussi contribuer à un excès de la transparence, notamment s’il se laisse séduire par des hackers convaincus que le déballage de milliers de documents à caractère confidentiel, puisse être de nature à épurer les États de leurs mauvais penchants.

névrose de la transparence

A contrario, ce même pouvoir médiatique peut favoriser une éthique de la responsabilité. On se souvient par exemple que lors de la destruction des tours jumelles du World Trade Center, le 11 septembre 2001, les directeurs des chaînes de télévision décidèrent de ne pas montrer les images des hommes qui se précipitaient dans le vide et de les archiver : pas d’exhibition de la mort en direct mais pas de négation de l’événement. Et de même, à chaque catastrophe, à chaque massacre, on choisit d’héroïser une situation en privilégiant le courage ou la détresse : un Chinois dissident face à un char, une rescapée japonaise aux allures de madone au milieu des décombres. On évite alors la névrose de la transparence, c’est-à-dire l’illusion que la réalité brute – archive, image, texte – puisse devenir la mesure de toute vérité. On ne peut pas tout dire, tout voir, tout montrer.

Telles sont les métamorphoses de la transparence. Il faut la valoriser tout en critiquant ses dérives et sans oublier que son instrumentalisation conduit au pire.

Guerre et spiritualité

Initialement mis en ligne le 5 mai 2011

Débats, séminaires, conférences, café-philo et autres
activités philosophiques, organisés ou conseillés par le
FORUM PHILOSOPHIQUE DE PARIS


Sur la question de la guerre que soulève superbement Ken Loach nous ne nous étendrons pas, nous contentant de signaler l’évidence de son actualité. Sur la question de la spiritualité on peut déjà dire que le Forum 14 est sensible à cette thématique, et se réjouir qu’un philosophe, après récemment Gilles Ferry vienne y dire la spiritualité depuis et d’après la philosophie. Cela n’exonère pas de la nécessité d’une distance critique et d’éviter de franchir le hiatus entre histoire des religions et orientation spiritualiste à proprement parler.

Trop de praticiens du Développement personnel, mélangeant de façon pas nécessairement claire une purée dite d’inspiration jungienne à des orientations spiritualo religieuses, en l’absence de bases philosophiques suffisantes, affectionnent de patauger dans un potage spiritualiste qui ne fait pas toujours honneur à la dignité d’une réflexion critique suffisamment éclairée, comme on dit depuis les Lumières(1“).

D’où l’importance d’acquérir une véritable culture philosophique dans la profession de psychopraticien relationnel. Notre École jouit de ce privilège unique dans le paysage de la formation à notre profession et même au sein du Carré psy dans son entier, d’avoir installé un axe entier de sa formation qui s’appelle philosohie. Et elle s’honore entre autre… de s’appuyer sur Daniel Ramirez comme sur l’une de ses “pierres philosophales” (l’autre en titre étant Claude Lanher)(2“).

Philippe Grauer


Deux événements

1) Dimanche 8 mai 2011, à 14:20

Ciné-philo à l’Entrepôt

Route Irish

de Ken Loach – 100 mn, 2010

Séance présentée et débat philosophique animé par Daniel Ramirez, sur le thème :

Guerres actuelles et actualité de la guerre. Peut-on encore justifier ?

Après les révolutions arabes, l’intervention qui s’enlise en Lybie, la disparition de Ben Laden suite à une intervention spéciale, nous proposons un moment de réflexion sur cette façon de faire la guerre (privatisation et business). Peut-on encore justifier la guerre elle-même comme façon de continuer “la politique par d’autres moyens.“

textes ciné-philo

Lieu : L’ENTREPÔT, lieu de cultures

7, rue Francis de Pressensé, Paris 14e (M°Pernety). Entrée générale 8€


2) Mardi 10 mai de 20:00 à 22:00

Conférence et échange avec le public

Philosophie et spiritualité, un dialogue est-il possible?

par Daniel Ramirez

Une question étrangement absente de la littérature philosophique : qu’est-ce que la spiritualité ? Un étonnement pour commencer : le manque quasi total de dialogue (et de langage commun) entre, d’une part la philosophie et, d’autre part, les multiples manifestations de spiritualité. Tirant ressource d’une longue expérience dans les deux mondes et continuant une recherche personnelle, Daniel Ramirez se donne à la tâche d’ouvrir ce questionnement. Peut-on définir philosophiquement la spiritualité ? Que veut dire vraiment une quête spirituelle ? Quel rapport avec les traditions ? Et avec la religion ? Y a-t-il lieu de parler d’une spiritualité laïque ou faut-il plutôt d’une spiritualité dans un monde sécularisé ?

Quelle spiritualité ? comment serait-elle possible? La philosophie peut-elle être considérée comme une voie spirituelle ?


Participation aux frais : 10€, adhérents : 8€

Forum-104

01 45 44 01 87

104, rue de Vaugirard, 75006 PARIS (M°Saint-Placide)

  • 1 Distinguer entre Lumières et illumnination.
  • 2 Il y a des mots à ne pas prononcer à la légère, quand on connaît l’intérêt que certains portent à l’alchimie, après Jung, et toutes sortes de forme d’ésotérisme qui tirent le Développement personnel vers ce que nos adversaires à juste titre dénoncent comme une régression à la magie, se plaisant à nous confondre injustement avec le Développement personnel (qui lui aime assez à se confondre avec nous si possible) puis le Nouvel âge. Comme ça l’accusation de charlatanisme peut suivre son cours. Nous reviendrons sur cette question frontalière.