Psychiatrie: le rapport qui accuse

Le contrôleur général des lieux de privation de liberté dénonce, dans un avis que s’est procuré «Libération», l’hospitalisation sous contrainte.


De la psychiatrie à la flichiatrie

La loi passe à l’Assemblée nationale le 22 mars, mardi prochain. On se plaît à espérer quelque sagesse à l’égard de la folie, dont le statut anthropologique, philosophique et tout simplement politique ne saurait permettre un traitement de type flichiatrique. Le monde va mal et les fous on s’en fout. S’il faut être Khadafi pour qu’on s’intéresse à vous, il y a de la marge. Jean-Marie Delarue ne parle pas à la légère quand il dit de façon pondérée : «Au regard des droits de l’homme, la situation est inquiétante et elle s’aggrave.» Dans le système proposé au Parlement c’est le préfet qui déciderait de la mainlevée de l’hospitalisation d’office !

Nouvelle Lettre de cachet

Autant dire qu’on propose une sorte de rétablissement des Lettres de cachet. D’où l’état d’alerte des psychiatres aux premières loges de ce dispositif confondant soins et dangerosité, écrasant les premiers sous le plus que sommaire rouleau compresseur de la seconde.

Voici que nos psychiatres si occupés à liquider les psychopraticiens relationnels et à rouler les psychologues (puis les psychanalystes qui attendent leur tour) dans la farine histoire de récupérer et étendre le pouvoir d’une médecine scientiste, tirent maintenant la sonnette d’alarme. Tout le monde en arroseur arrosé, la citoyenneté recevant de plein fouet la douche glacée.

Nous restons solidaires du juste combat des psychiatres contre le grand retour de l’enfermement, dommageable à l’ensemble de la population ça c’est sûr, aux malades eux-mêmes et à l’ensemble des professionnels du psychisme locataires du Carré psy tous indispensables dans le cadre de la nécessaire psychodiversité.

Philippe Grauer


Par É​ric Favereau

Nous disons que tout cela est insupportable

Les mots sont durs. Le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, est pourtant un homme posé, conseiller d’État de formation. Il va faire paraître au Journal officiel un avis sur l’hospitalisation d’office en psychiatrie, et une recommandation sur l’Infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris (lire ci-contre), deux textes que Libération a pu se procurer.

Constat terrible

Leur parution intervient au moment même où le Parlement débat d’un projet de loi qui vise à étendre encore les mesures de contrainte pour les malades mentaux. «Nous ne parlons pas dans le vide, argumente Jean-Marie Delarue. Depuis deux ans, nous avons visité plus d’une vingtaine de lieux d’hospitalisation psychiatrique. Ce ne sont pas de simples visites. Nous arrivons à l’improviste, nous restons, nous regardons tout.» Le contrôleur général des lieux de privation de liberté lâche : «Au regard des droits de l’homme, la situation est inquiétante et elle s’aggrave.» Avec, en arrière-fond, un mal typiquement français : le législateur fait des lois, mais les droits qu’elles sont censées garantir ne sont pas accessibles.

C’est sur la question centrale de l’hospitalisation d’office qu’a planché le contrôleur

En vertu de la loi de 1990, les préfets peuvent, sur le fondement d’un certificat médical, faire admettre à l’hôpital des personnes, contre leur gré, «atteintes de troubles mentaux et qui compromettent la sûreté des personnes ou portent atteinte, de façon grave, à l’ordre public». Cette mesure, supposée exceptionnelle, est appelée «hospitalisation d’office» (HO). Elle peut être renouvelée, sans limite de temps. «Le malade en sort lorsque le médecin psychiatre, qui estime la sortie possible, la propose au préfet, lequel décide ou non la mainlevée de l’hospitalisation d’office», note Jean-Marie Delarue.

Droits formels

Le législateur avait donc recherché un équilibre, entre le médical et l’administratif. Mais «aujourd’hui, quatre éléments mettent en cause gravement cet équilibre». D’abord, note l’avis, dans de très nombreux cas, les droits formels du patient ne sont pas respectés. Exemple : «On interdit la plupart du temps au malade d’avoir recours à un avocat. On lui dit, certes, qu’il peut saisir un juge, mais sans lui donner l’adresse, ni le lieu. Les formulaires qui lui sont fournis sont illisibles. L’accès à ses possibilités de recours n’est pas possible», s’étonne le contrôleur.

Deuxième point qui noircit le paysage de la psychiatrie

«C’est le grand retour de l’enfermement qui caractérise désormais ces lieux de soins.» Cela n’est pas sans aberration : dans un même service de psychiatrie, les patients en hospitalisation libre sont contraints de vivre comme les autres, c’est-à-dire reclus, «en totale contradiction avec leur situation», note Jean-Marie Delarue. «Les portes d’un nombre croissant d’unités hospitalières psychiatriques sont en effet fermées à clef. Les patients, qui sont là librement, ne peuvent sortir, même pour se promener dans un parc, ni pour se rendre dans une cafétéria, ou participer à un office religieux.» Et de préciser : «Ces restrictions ne sont pas sans incidence sur la vie des malades et sur les relations avec leurs proches.» En d’autres termes, la logique de l’enfermement tire tout le monde vers le bas.

Troisième point : les sorties d’essai

Depuis des années, c’était une pratique essentielle pour permettre à un patient en HO de commencer à se réhabituer à la vie hors les murs. Le médecin responsable signait alors un certificat, qui était ensuite, la plupart du temps, validé par le préfet autorisant la sortie. Depuis le meurtre à Grenoble en novembre 2008 d’un étudiant par un patient en fugue, les préfets ont peur. Une crainte renforcée par une circulaire de 2010, signée par les ministres de la Santé et de l’Intérieur, rappelant leur responsabilité directe. «Aujourd’hui, devant ces demandes de sortie d’essai, le préfet hésite, diligente une enquête de police. Les sorties d’essai se sont réduites comme peau de chagrin. Des malades, habitués à sortir régulièrement, en sont interdits.»

Attaché

Dans le même ordre d’idée, les levées de HO, décidées par le préfet, sur demande du médecin, sont de plus en plus difficiles. «Aujourd’hui, le préfet hésite, demande une expertise, mais il n’a pas d’argent pour la faire. Au final, cela traîne des mois, voire des années»,lâche Jean-Marie Delarue. Des patients sont ainsi retenus, sans aucune justification médicale. «Le préfet fait ce qu’il veut au nom d’arguties juridiques qui ne sont pas opératoires.»

Quatrième point

La situation des détenus qui bénéficient de l’article D 398, permettant à l’autorité préfectorale de placer un détenu en hôpital psychiatrique. Voilà des personnes incarcérées qui sont en crise. Le médecin de la prison demande qu’ils soient hospitalisés, et le préfet peut transformer leur incarcération en hospitalisation d’office. Mais là encore, c’est d’abord le parapluie que l’on ouvre. «Le préfet craint, par-dessus tout, l’évasion. Il traîne. Alors qu’il y a urgence, cela peut prendre jusqu’à deux semaines, alors que la personne est en crise aiguë.» Pendant cette crise, le détenu reste en cellule. Quand il arrive enfin à l’hôpital, il est mis systématiquement en chambre d’isolement, durant tout son séjour. Parfois, il est même attaché, sans discontinuer, pendant deux semaines. Résultat ? «On ne leur donne pas les soins appropriés à leur état, cela est absolument inadmissible. Nombreux sont ceux qui préfèrent retourner en prison, car en prison au moins ils peuvent avoir des visites, ou bénéficier de promenades.»

un monde où les droits élémentaires des personnes ne sont pas respectés

De fait, c’est tout un monde caché que fait entrevoir le contrôleur général, un monde où les droits élémentaires des personnes ne sont pas respectés. Et dans ce monde-là, «ce n’est pas tant la loi, quelle qu’elle soit qui est en cause, mais la réalité des pratiques», conclut Jean-Marie Delarue.

Le rapport du contrôleur de privation des libertés relatif à certaines modalités de l’hospitalisation d’office (15 mars 2011) : avis-du-controleur-general-des-lieux-de-privation-de-liberte


Réactions

– domdom le 19 mars 2011 à 12 h 42 min

Les constats du contrôleur général sont parfaitement justes mais la suite ?


– frdp le 19 mars 2011 à 14 h 27 min

On ne peut pas mieux dire, et alors ce rapport va rejoindre l’immense cimetière des rapports qui ont fait pleurer dans les chaumières, puis qu’on a vite fait d’oublier :

Chacun pour soi est reparti

Dans le tourbillon de la vie !


– Chantal le 19 mars 2011 à 19 h 01 min

En effet, lorsque mon petit frère était à l’hôpital psychiatrique, en janvier et février 2011, il était libre dedans, mais la porte était fermée, malgré le petit parc sur le devant de l’hôpital. Chaque fois que j’y allais, je devais sonner, me présenter, dire qui j’allais voir ; la personne était gentille et correcte, mais la tenue était celle du policier……Libre enfermé, de nouveaux mots comme ils aiment nous en inventer.

Psychothérapie et centrales nucléaires

Japon: la catastrophe nucléaire avait été prévue

15 Mars 2011 Par Michel de Pracontal sur Mediapart


De toute évidence la catastrophe atomique nipponne n’a rien à voir avec la psychothérapie, sinon qu’il va falloir augmenter sérieusement là-bas le budget de notre discipline pour aider les personnes concernées à faire face à l’événement dans les années à venir. Sinon surtout que penser la catastrophe nécessite de mobiliser par-delà l’impact traumatique qui précisément bloque la capacité de penser, nécessite de pousser la réflexion au-delà de ses limites antérieures.

Ce qui motive pour commencer l’insertion de ce texte dans nos colonnes c’est le désir de ne pas alimenter le catastrophisme médiatique comme c’est malheureux ce qui arrive à ces pauvres gens – et Dieu sait si ça l’est ! tout en tenant un discours technique sur les cuves, les enceintes, la céramique, ce qui arrive quand le corium fait fureur, bref en s’en tenant de façon aveugle à l’événement sans tenir compte de ce en quoi consiste l’événement : à savoir qu’il a des responsables. À savoir également que les Centrales atomiques ne sont pas en elles-mêmes problématiques, mais l’arrogance scientiste d’experts qui régissent le monde, au service d’autres qui le gèrent, pathologiquement comme on peut s’en convaincre à lire par exemple La société malade de la gestion(1“). Ce qui procède de notre discipline là-dedans c’est l’absence de démocratie (2“).

Qui, correctement informé, aurait pu à la légère décider d’installer au Japon, connu tout de même pour sa fragilité sismologique, des cuves dont le système de refroidissement ne résisterait pas à la disjonction provoquée par un séisme dont on avait prévu qu’il provoquerait une disjonction automatique … du système de refroidissement ? On a l’impression d’un gag écrit par un humoriste. Et quand on pense que nos experts français on calculé que Fessenheim devait pouvoir résister à un séisme intervenu il y a des siècles, mais pas à un plus grave – on cherche en vain là-dedans la logique sécuritaire (3“)–, ça fait chaud dans le dos, chaud car le corium monte tout de même à plus de 3000°.

Nous vivons la même configuration par dysinformation (on sait que la psychiatrie contemporaine ne jure plus que par les dys-quelque chose) avec les professions du psychisme. Nos psychiatres à la vue courte entreprennent de coloniser le Carré psy, et d’y faire le ménage (exit les psychopraticiens relationnels puis à moyen terme les psychanalystes). Ils viennent ensuite pleurer sur le manque d’humanisme du gouvernement, qui les traite exactement comme ils entendent traiter leurs collègues. Lesquels quand ils sont psychologues crient au scandale, non de nous avoir tout à fait incorrectement maltraités nous – en toute connaissance de cause –, mais d’avoir été roulés dans la farine par ceux dont ils étaient hier encore volontiers les complices (contre nous, qu’ils appellent de leur côté à la solidarité, la boucle est bouclée).

Tant et si bien que l’affaire s’avérant compliquée (4“) le nuage psychoactif irradiera l’opinion et que le corporatisme et le scientisme pourront continuer d’aller leur mauvais train. Bien entendu tout cela n’empêche pas la vérité d’être vraie, fort heureusement, et tant en matière psy que nucléaire il nous reste assez de démocratie pour l’emporter sur les corporatistes et les experts aux ordres.

Voici en quel honneur nous installons dans nos colonnes cet intéressant article de Mediapart sur une catastrophe annoncée.

Philippe Grauer}


« À moins que des mesures radicales ne soient prises pour réduire la vulnérabilité des centrales aux tremblements de terre, le Japon pourrait vivre une vraie catastrophe nucléaire dans un futur proche. » Cet avertissement est tiré d’un article paru le 11 août 2007 dans le quotidien International Herald Tribune/Asahi Shimbun (l’article est à lire ici). Son auteur est le sismologue Ishibashi Katsuhiko, professeur à l’université de Kobe (sa biographie est à lire ici).

Ishibashi Katsuhiko.

vulnérabilité fondamentale

Ishibashi Katsuhiko faisait partie du comité d’experts chargé d’établir les normes sismiques des centrales nucléaires japonaises. Il en avait démissionné pour protester contre la position du comité. Il estimait que les recommandations fixées par le comité étaient beaucoup trop laxistes.
En d’autres termes, le professeur Katsuhiko avait prévu ce qui est en train de se produire à la centrale de Fukushima. Il avait prévenu les autorités de son pays que les centrales japonaises souffraient d’une «vulnérabilité fondamentale» aux séismes. Mais ses avertissements ont été ignorés tant par le gouvernement que par Tepco (Tokyo Electric Power Company), premier producteur privé mondial d’électricité, qui exploite un tiers des centrales nucléaires japonaises, dont celle de Fukushima.

Katsuhiko a lancé son alerte en 2006, année où les normes de sécurité anti-sismiques japonaises ont été renforcées. Selon le sismologue, ce renforcement était encore très insuffisant. Les faits lui ont donné raison dès l’année suivante. Le 16 juillet 2007, un séisme de magnitude 6,8 a provoqué des incidents sérieux à la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, la plus importante unité de production d’électricité nucléaire au monde. Cette centrale se trouve sur l’île de Honshu, la principale île du Japon, comme presque toutes les centrales nucléaires japonaises, qui encerclent les trois plus grandes villes du pays, Tokyo, Nagoya et Osaka.

Avant le séisme de juillet 2007, un autre s’était produit en août 2005, affectant la centrale d’Onagawa, au nord de Fukushima ; encore un autre en mars 2007, dont l’épicentre était à 16 kilomètres de la centrale de Shika. Et cela s’est répété l’année suivante, avec une secousse de magnitude 6,8 à l’est de Honshu, près d’Onagawa et de Fukushima. Même s’il n’y a pas eu de dégâts importants, Tepco a signalé alors trois fuites de liquide radioactif à Fukushima Daini.

ne devrait pas être qualifié d’inattendu

Ainsi, l’accident qui vient de se produire à Fukushima ne peut être considéré comme une véritable surprise, même s’il a pris de court les opérateurs de la centrale comme les autorités. Cet accident est la reproduction, en beaucoup plus grave, d’événements qui se sont répétés au moins depuis 2005.
Ishibashi Katsuhiko avait analysé le risque, expliquant que, dans les différents cas, «le mouvement sismique à la surface du sol causé par le tremblement de terre était plus important que le maximum prévu dans la conception de la centrale». Lors du séisme qui a affecté la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, le pic d’accélération sismique était plus du double de la valeur que la centrale était censée supporter. «Ce qui s’est passé à Kashiwara-Kariwa ne devrait pas être qualifié d’inattendu», écrivait le sismologue.

les manquements de la société Tepco

C’est malheureusement encore plus vrai du drame actuel, dont Katsuhiko avait anticipé la possibilité: «Si l’épicentre du séisme avait été un peu plus proche du site de la centrale et si la magnitude avait atteint 7,5 […] , il aurait pu se produire un “genpatsu-shinsai”, un événement catastrophique associant tremblement de terre et fusion partielle ou complète du cœur d’un ou plusieurs réacteurs.»

C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui, et le séisme est encore plus puissant que ce qu’avait imaginé Katsuhiko. En 2007, il estimait que les centrales devaient être conçues pour résister à un mouvement de surface du sol d’une vitesse de l’ordre de 1000 gal, alors que les normes de 2006 ne prévoyaient que 450 gal (le gal est une unité utilisée pour mesurer l’accélération du sol et correspond à 1 centimètre par seconde carrée).

L’une des raisons pour lesquelles les centrales japonaises sont vulnérables aux séismes est qu’elles ont été construites pendant une période où il s’est trouvé que l’activité sismique était relativement faible – du moins pour le Japon. On s’est basé sur cette activité pour définir la résistance anti-sismique des installations nucléaires, et on en a construit 55, ce qui fait du Japon le troisième producteur mondial d’électricité nucléaire.

systématiquement sous-estimé

Or, à partir de 1995 et du grand tremblement de terre qui a dévasté la ville de Kobe, il y a eu un regain d’activité sismique sur l’archipel. Il aurait été donc nécessaire de revoir à la hausse la protection anti-sismique des centrales. Pour Katsuhiko, les centrales qui ne pouvaient pas être suffisamment sécurisées devaient être fermées. Cela n’a pas été fait. Et Tepco n’a pas pris en compte les failles sismiques sous-marines, notamment dans la zone de Kashiwazaki-Kariwa. Le risque lié aux tremblements de terre a été systématiquement sous-estimé, aussi bien par les experts nationaux de la sûreté nucléaire que par l’industriel.

Au demeurant, Tepco n’en est pas à son premier manquement en matière de sécurité. En 2002, l’entreprise a été au centre d’un scandale après avoir falsifié des documents d’inspection pour dissimuler des problèmes survenus sur certains de ses réacteurs. Le PDG, le vice-président et le président du conseil d’administration durent démissionner en chœur. La falsification concernait au moins trois incidents qui affectaient déjà les centrales de Fukushima et de Kashiwazaki-Kariwa…

  • 1 Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social, par Vincent de Gaulejac, Seuil, 2005, 280 p.-
  • 2 Socle vital de la psychothérapie relationnelle et de la psychanalyse.
  • 3 Pourtant le sécuritaire Dieu sait si nos politiques savent nous en gaver les oreilles.
  • 4 {Complexe c’est quand on y comprend quelque chose, compliqué c’est quand la dysinformation plus du brouillage décourage de parvenir à se faire véritablement une opinion, puisque les experts eux-mêmes – experts & démocratie, vaste question ! – soit se contredisent soit qu’on ne nous dit pas tout.

Réforme de la psychiatrie à l’Assemblée nationale

Appel du Collectif des 39 contre La Nuit Sécuritaire

– Réforme de la Psychiatrie : Une déraison d’État – Pétition du 21 février 2011

– Accès direct à la pétition Réforme de la Psychiatrie : Une déraison d’État

– Voir en éditorial l’article d’Yves Guigou dans Mediapart


En négligeant de soutenir les psychopraticiens relationnels au moment où il le fallait les psychiatres trop contents d’applaudir à l’élimination de soi-disant charlatans afin de tenter de confisquer à leur profit tout le champ de la psychologie plus si possible le nôtre même, ce qui d’ailleurs ne va pas sans la disparition programmée de la psychanalyse du champ du Carré psy, ont largement contribué à la situation actuelle, où c’est le lien relationnel, eh oui, relationnel ! qui se trouve sauvagement mis à mal par le sécuritarisme qu’ils ont eux-mêmes en définitive mis en place.

Et maintenant ils en sont réduits à pétitionner pour tenter de limiter leurs propres dégâts, avec au passage la solidarité des psychopraticiens … relationnels. Depuis Hegel on parle pour qualifier ce type de situation d’ironie de l’Histoire. Si vous croyez que la plupart des mêmes psychiatres ont compris ce qui se passait vous êtes adepte de l’illusiono-thérapie. D’après ce qu’on entend murmurer du comportement prévu des membres – tous psychiatres – des Commissions régionales d’inscription auprès des ARS au regard des psychologues désireux de briguer le tout nouveau titre de psychothérapeute, il n’est pas trop recommandé chers collègues de faire état dans votre dossier de compétences qui déborderaient en quoi que ce soit le cadre du psychologiquement correct recevable par un psychiatre psychanalyste de la SPP.

Alors soutenons, soutenons vraiment nos psychiatres vertueusement aveugles, ils ont parfaitement raison quand ils parlent du traitement de la folie et du statut anthropologique de cette dernière. Cela ne les rend pas forcément plus raisonnables quand il s’agit de la folie corporatiste – il est vrai non encore cataloguée au DSM.

Prenons part à leur juste combat pour éviter de confondre délinquance et maladie mentale, quand il s’agit de soutenir l’idée qu’un soin dans nos professions devrait toujours être relationnel, et toujours se distinguer de la garde à vue et de la visite domiciliaire sans consentement par un infirmier piqueur – alors que ce qu’il faudrait serait un hébergement de qualité avec des équipes compétentes dans le domaine de la relation –. Soutenons leur juste combat pour une psychiatrie plus citoyenne – plus psychiatrique déjà, car cette profession actuellement sombre dans la neurologie –, car lorsque la citoyenneté gagne en l’un des points du Carré psy ce sont tous ses éléments qui en profitent, sans compter l’essentiel, la population qui recourt aux services des professionnels du psychisme que nous sommes tous.

Philippe Grauer


Trente mille personnes

ont signé avec nous l’Appel contre La Nuit Sécuritaire, lancé en réaction au discours du président de la République le 2 décembre 2008 qui assimilait la maladie mentale à une supposée dangerosité. À nouveau, le Collectif des 39 (1“) en appelle à l’ensemble des citoyens.

Ce discours promettait un traitement sécuritaire des malades mentaux.
Il a depuis largement pris corps dans la pratique quotidienne : les lieux de soins psychiatriques sont désormais truffés de caméras de surveillance et de chambres d’isolement, des grillages ont été disposés, des protocoles de neutralisation physique des patients ont vu le jour, les préfets empêchent les levées d’internements caducs.

Un projet de loi propose aujourd’hui un cadre juridique à cette dérive sécuritaire. Adopté le 26 janvier 2011 en Conseil des Ministres, il sera discuté au Parlement le 15 mars après un simulacre de concertation.

Dans un vocabulaire relevant du code pénal, il cautionne la défiance à l’égard de citoyens souffrants. Dans ce dispositif, seul le trouble à l’ordre public est pris en compte. Il instaure un changement paradigmatique sans précédent : l’institution des “soins” sans consentement en ambulatoire. En effet, le projet de loi n’identifie plus seulement l’hospitalisation comme contraignante, mais les soins eux-mêmes, à l’hôpital comme à l’extérieur, avec le risque majeur de la mise en place d’une surveillance sociale planifiée.
Ainsi, pour répondre à l’inquiétude légitime des patients et de leurs familles, ce projet de loi, sous couvert de déstigmatisation, va instituer une logique de dérive sécuritaire induisant un contrôle inédit de la population. Il s’appuie sur un principe de précaution inapproprié.

la mystification est totale

– Il ne s’agit pas d’un projet de soins, mais d’un engrenage portant atteinte aux libertés fondamentales dans un état démocratique.
Prétendant améliorer “l’accès aux soins” et leur continuité, ce projet propose uniquement un accès à la contrainte sans limite de durée.

– Il détourne la fonction des soignants vers une orientation de dénonciation, de rétention, de “soins” sous contraintes et de surveillance.

– Il impose aux patients d’accepter des “soins” stéréotypés, protocolisés, identiques pour tous. Ils seront sous surveillance, associée à un contrôle de leur dignité : ainsi se met en place une police de l’intime. Il instaure un fichier national, “un casier psychiatrique,” de toute personne ayant été soumise ne serait-ce qu’une seule fois aux soins sans consentement.
Il institue un mensonge en laissant penser que seuls les médicaments psychotropes administrés sous contrainte suffisent à soigner les patients gravement atteints : enfermés chez eux, malgré eux.

Une partie des citoyens a été désignée à la vindicte médiatique. Le mot schizophrène, jeté à tort et à travers, en bafouant le secret médical, n’est plus un diagnostic mais une menace, qui accable les malades et leurs familles, effraie jusqu’à leur voisinage. Penser que ce projet de loi va améliorer cette situation est une déraison d’État.

Bien plus, il risque de s’opposer frontalement à toute réforme sanitaire digne de ce nom, qui aurait pour principes élémentaires de reposer sur une fonction d’accueil, une logique ouverte et déségrégative, des thérapeutiques diversifiées centrées sur le lien relationnel et la confiance, dans la durée.

Ce projet va à l’encontre d’une politique de soins psychiatriques respectueux des libertés, offrant une hospitalité pour la folie au cœur du lien social, qui allierait sécurité publique et soins à la personne.

Il institue la défiance envers les professionnels dans une démarche politique analogue à celle appliquée récemment aux magistrats et à la Justice, comme à d’autres professions.

accroître et entretenir la peur de l’autre

Nous voulons que les budgets subventionnent des soins et non des aménagements carcéraux, la formation des personnels, des effectifs conséquents, pour une conception humaine de l’accueil de la souffrance.
Nous rejetons les réponses démagogiques qui amplifient délibérément l’émotion suscitée par des faits-divers dramatiques. Ces réponses ne font qu’accroître et entretenir la peur de l’autre.

la psychiatrie est l’affaire de tous

Nous voulons résister, nous opposer, avec une élaboration citoyenne de propositions pour une politique de soins psychiatriques au plus proche des réalités de terrain. La psychiatrie est l’affaire de tous.

Nous soignants, patients, familles, citoyens appelons
au retrait immédiat de ce projet de loi.

  • 1 Le Collectif des 39 s’est constitué le 12 décembre 2008, autour de l’Appel contre La Nuit Sécuritaire signé depuis par près de 30.000 citoyens. Il réunit des professionnels de la psychiatrie tous statuts confondus (en grande majorité), et des personnes du monde de la Culture et des citoyens qui nous ont rejoint.

Retour sur la question juive

Salon de lecture d’Espace Analytique

Samedi 12 mars 2011 à 15h

Présentation du livre d’Élisabeth Roudinesco Retour sur la question juive en présence de l’auteur avec Claude Boukobza, Paul-laurent Assoun, Jean-jacques Blévis et Patrick Landman

Lieu: 12 rue de Bourgogne, 75007 Paris

“DANS SES YEUX” : comment rouvrir la vie lorsqu’elle devient une “affaire classée”.

Courez au cinéma ce dimanche après-midi !


Il y a des histoires trop grandes ou trop puissantes qui dépassent de loin ses personnages. Un fait de violence qui détruit une vie ; cela paraît banal. Mais, comme par un rayonnement maudit, il fausse celle de plusieurs autres et les place devant une énigme qui érode ses âmes. Cette énigme pose la question du sens et de la vérité de nos vies… Qu’en avons-nous fait ? Et elle confronte les trajets des ces existences écartés de leur destin et les ravages de cet écart, cette blessure ontologique que le temps n’apaise pas.

Des vies perdues (à jamais ?)… Y a-t-il une seconde chance ? Le roman peut-il avoir une autre fin ? La question brûlante de l’impunité et de la justice inaccomplie, dans un contexte historique ou la vérité a aussi peu de place que l’honneur, penchent pour une réponse négative.

Mais la justice peut-elle rattraper le destin ?

La vengeance alors ? Mais, servirait-elle à quelque chose ? L’oubli ? La mauvaise foi ? La fuite ?

L’auteur fait avec ce contexte si peu allégeant, quelque chose de prodigieux : tel un photographe argentique qui développerait ses négatifs, il plonge une série des portraits extrêmement humains dans une lumière liquide d’une nostalgie indéfinissable. Cela les révèle, en quelque sorte, cependant que s’ouvre un mystère reliant l’immensité du temps perdu à un improbable accomplissement de quelque chose… d’inimaginable.

On ne peut presque rien dire de cette histoire sans gâcher sa fabuleuse et presque hypnotique tension narrative. Ainsi, limitons-nous à évoquer la finesse, la précision des caractères ciselés dans la profondeur de leur inachèvement, l’humour, malgré la gravité du propos, le souffle et la puissance du conatus, cet effort pour rester dans l’être, pour ne pas lâcher le fil si tenu d’une rédemption même rendue impossible par les années d’existence inauthentique. La vie elle-même semble une « affaire classée » qu’il s’agit à tour prix de rouvrir.

On peut aussi dire, cela a été moins remarqué et pourtant c’est dans le titre : c’est un film sur le regard. Chaque personnage existe aussi dans cette autre dimension qui laisse deviner tant de choses que la réalité immédiate cache (“el secreto de tus ojos”). Elle questionne en permanence la vérité de ce que nous sommes. Les yeux de chacun révèlent, par leur persistance interrogative, une dimension du vrai, du possible. Et cela malgré l’énorme, malgré la radioactivité grisâtre du mal, qui dissout l’humanité en une longue suite d’intervalles du néant, ce regard nous fait visage et liberté, nous rend, même fragiles, le mystère et la passion.

Un moment rare de cinéma métaphysique.

Daniel Ramirez


Séance de ciné-philo

à l’Entrepôt, le dimanche 13 mars 2011, à 14h20,

animée par Daniel Ramirez.

Débat philosophique sur le thème La justice peut-elle rattraper le destin ?

L’ENTREPOT, 7 rue Francis de Pressensé, 75014 Paris (M° Pernety)

Entrée 8 €

Roland Gori : de quoi la psychanalyse est-elle le nom ?

NICE, Samedi 12 mars 2011

Faculté des lettres Campus Carlone, 98, Bd E. Herriot 06204 NICE. AMPHI 68, Entrée libre


Communiqué par la SIHPP


Il convient d’élargir le champ de la psychanalyse à celui des disciplines opérant à partir du procès de subjectivation, englobant dans un même espace épistémo politique psychanalyse et psychothérapie relationnelle. Tant que ce lien ne sera pas identifié clairement la psychanalyse seule ne pourra porter le poids de la mission qui revient aux deux disciplines – voisines au sein du Carré psy –, dont l’union ne sera pas de trop pour peser sur l’Histoire et le processus de maintien de la civilisation.

Roland Gori, dont le remarquable ouvrage éponyme du titre de la présente annonce doit être lu sans attendre, milite bien pour sa discipline de référence, outil de culture humaniste ayant fait ses preuves, en butte à la déferlante comportementaliste médicalo scientiste ayant au passage inféodé la psychologie clinique chère à notre éminent professeur de psychopathologie clinique. Le courant progressiste en psychanalyse doit convenir que la méconnaissance de l’existence à ses côtés de la psychothérapie relationnelle et de sa dynamique humaniste mine sa capacité de faire face avec suffisamment d’efficacité à la barbarie techno scientiste.

La psychothérapie relationnelle doit de son côté faire son devoir d’union avec ce que la psychanalyse comporte de sagesse humaine, de promesse et garantie dans le nécessaire combat qui se livre dans le domaine des sciences humaines cliniques – psychiatrie comprise – pour que la mondialisation ne conduise pas aux catastrophes qu’évoque lucidement Roland Gori.

Philippe Grauer


Journée de travail

autour du livre de Roland GORI

De quoi la psychanalyse est-elle le nom ?

Doit-on dépister les schizophrènes dangereux comme on dépiste le diabète? Doit-on soigner sans consentement les malades mentaux soupçonnés de présenter un danger pour eux-mêmes ou autrui? L’imagerie médicale du cerveau dit-elle la vérité? Devrait-on y soumettre les prévenus, les conjoints adultères et les employés soupçonnés d’indélicatesse? Autant de questions que nos sociétés abordent par le fait divers et les émotions collectives pour ne pas avoir à y réfléchir. Face à une logique de l’audimat qui ne cesse de gagner du terrain, face à une régression sécuritaire qui atteint la vie politique, mais aussi la justice, l’école et la santé, la psychanalyse apparaît comme un antidote. Elle résiste aux nouvelles idéologies de la résignation en reconnaissant à l’humain sa dimension tragique, conflictuelle, singulière autant qu’imprévisible. Confrontés aux nouveaux cyniques qui veulent en finir avec elle et avec la culture qui en est issue, il nous importe plus que jamais de savoir de quoi la psychanalyse est le nom.


Programme

Matinée

Président de séance : P. AMOYEL, discutant : M. HAM

9h30 : Ouverture de la journée par le professeur J.Y.BOURSIER

9h45 : 1ère Conférence du professeur Roland GORI : Démocratie et subjectivité

10h30 : Débat avec la salle

10h45 : Pause

11h : Conférence du professeur P. DE NEUTER : Normes, normativité, homosexualités et homoparentalités.

11h30 : Conférence de Mr E. DE MONTGOLFIER

12h : Débat avec la salle

12h30 : Pause déjeuner

Après midi

Président de séance : M. HAM, discutant : P. AMOYEL

14h : Conférence du professeur S. LESOURD : Le Nom du Non

14h30 : Conférence du professeur J. CABASSUT : De l’holocauste du sujet …

15h : Débat avec la salle

15h45 : Pause

16h : 2nde Conférence du professeur R. GORI : L’évaluation : la nouvelle manière de donner des ordres?

16h30 : Débat avec la salle

17h : Clôture des travaux : M. HAM


Vendredi 11 mars 2011


DE QUOI LA PSYCHANALYSE EST-ELLE LE NOM ?

Editions Denoël, 2010

Rencontre avec le Professeur Roland GORI à la librairie Masséna

18h : Séance de signature. 19h : Rencontre – Débat avec l’auteur

Animés par les Professeurs J. CABASSUT et M. HAM

Librairie Masséna 55, rue Gioffredo – 06000 NICE Tel : 04 93 80 90 16

psychiatrie : troubles mentaux amalgamés à la délinquance

COMMUNIQUE DE PRESSE PARIS, le 8 MARS 2011

Pour une action coordonnée en faveur des personnes présentant une souffrance ou un handicap psychiques dans les champs sanitaire, social et médico-social.


Dormez bien braves gens. À l’ombre des murs de l’asile, grillages, caméras et chambres de confinement partout déjà mises en place, les fous relevant du futur Secrétariat d’État à la Santé mentale, qu’on pourra confier à un proche de Marine Le Pen après les élections, ne hanteront plus les cauchemars du Ministre de l’intérieur. Il y aura un fichier national des dingues, que l’inventeur du Ministère de l’Amour n’aurait pas désavoué. Pas grave, vous n’êtes pas fou, vous. Ni Tzigane, ni lépreux, arrêtons là l’énumération. Vous ne relevez d’aucune catégorie désignée à la méfiance publique. Pourquoi bouger ?

Attention tout de même. Le ministère de la Santé organise périodiquement par exemple des campagnes de dépistage de la dépression : plusieurs millions de cas dans le pays paraît-il, de malades potentiellement dangereux qui s’ignorent. Mal dénoncé mal psychotropé, qui sait s’il ne vous prendrait pas un beau jour, il ne faut jurer de rien, fantaisie d’une petite bouffée délirante justifiant d’une minime garde à vue psychiatrique. Là, tare ta gueule à la récré, vous voici engrillagé, goûtant aux charmes d’une hospitalisation flicarde dont vous n’auriez jamais pensé qu’elle pût concerner vous ou un proche. Il vous sera bientôt temps de repenser à cet article.

Une fois enfin relâché (le préfet n’est pas forcément pressé de le faire) eux ne vous lâcheront plus. Que ferez-vous alors pris dans la nasse d’une santé mentale discrètement soviétisée ? que feront les autres, ignorants de la nature du soin psychiatrique ? que fera la société, embarquée dans l’injustice mentale en plus de la sociale ? que seront devenues la citoyenneté et l’humanisme ? partis en grillages, psycho, non, flico médicalisées.

Ça dérape vite ces choses-là. À coups d’électrochocs médiatiques on vous chauffe une opinion à blanc, on bâcle une loi sans moyens d’application par ailleurs – pas grave on dénoncera médiatiquement des coupables présumés en cas de bavure – et on entre dans un système de soins policiers populistes. Adieu démocratie bonjour la société contrôlitaire. La médicalisation de l’existence peut conduire à l’engrillagement puis à l’administration du “soin” préfectoral de tout ce qui bouge (de travers bien entendu).

Le texte de Joseph Mornet et Bernard Durand est particulièrement mesuré. Prenons-en la mesure, au moment où il n’est pas encore trop tard. Les psychopraticiens relationnels sont totalement solidaires de cette prise de position.

Philippe Grauer


troubles psychiques et dangerosité sociale

Malgré une mobilisation sans précédent le gouvernement a décidé de délibérer en procédure accélérée à partir du 15 mars sur un projet de loi “relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques”.

La FASM Croix Marine rappelle qu’il y a exactement quatre ans, elle s’était vivement prononcée, à côté des représentants des familles et des usagers qui avaient été le fer de lance de la mobilisation d’alors, contre la confusion introduite par le projet de loi sur la prévention de la délinquance qui faisait un amalgame entre délinquance et troubles mentaux se manifestant dans l’espace public, avec la mise en place d’un fichier des personnes internées comparable aux fichiers des personnes délinquantes. Il faut rappeler qu’à l’époque, même le Conseil national de l’Ordre des médecins avait déclaré que ce projet de loi constituait “une violation grave des droits à une vie privée et à l’intimité des patients”.

Force est de constater que le pouvoir actuel réitère cette volonté d’assimiler troubles psychiques et dangerosité sociale, au mépris de toutes les avancées de ces dernières années en termes de lutte contre la stigmatisation et de droits des patients, avec la loi de mars 2002 et celle du 11 février 2005 qui a reconnu que les personnes présentant des troubles psychiques avaient également le droit de bénéficier des compensations que notre société reconnaît aux personnes en situation de handicap.

D’ores et déjà grillages et caméras partout

Lorsque l’on lit attentivement ce texte, on constate qu’il relève beaucoup plus du vocabulaire du ministère de l’Intérieur que de la Santé : il y est question de manière récurrente de la sûreté des personnes et de l’atteinte à l’ordre public comme si la maladie mentale induisait inéluctablement ce type de problématique alors qu’à aucun moment il n’y est question de la souffrance psychique des personnes concernées et de leur famille.

Il faut que les citoyens sachent que les mesures de sureté imposées déjà aux établissements de soins, en application de la circulaire de janvier 2009, publiée en urgence après les injonctions du président de la République à Antony, le 2 décembre 2008, ont contribué à réduire la qualité de l’accueil de ces établissements. C’est l’ensemble des patients, dont la grande majorité est hospitalisée de son propre chef qui doit subir la présence de grillages et de caméras vidéo qui induisent une ambiance de surveillance aux dépens d’une attention soignante ; par ailleurs, de nombreuses familles attendent aujourd’hui de retrouver leur proche, qui bien que médicalement en état de sortir, est retenu “enfermé” par la seule volonté de certains préfets.

Soins sous contrainte

Mais ce projet de loi ne se cantonne pas aux procédures de privation de liberté à laquelle la société a parfois besoin de recourir dans l’intérêt des personnes concernées ou de leur entourage social. En effet, il propose un changement de paradigme dont le législateur n’a pas pris la mesure en substituant la contrainte liée au fait d’être hospitalisé contre son gré au fait que ce sont dorénavant les soins eux-mêmes qui se feront sous contrainte, en prévoyant que cette contrainte puisse s’exercer jusqu’au domicile personnel du patient. Ce projet de loi précise, dans le cas où l’hospitalisation complète n’apparaît pas nécessaire et que le choix d’un traitement ambulatoire sous contrainte est décidé, que ce soit le directeur de l’établissement qui aura reçu initialement ce patient qui ait la charge d’établir le document fixant la date des visites médicales obligatoires ; si ce calendrier n’est pas respecté et qu’il s’avère impossible d’examiner le patient, il appartiendra au psychiatre d’alerter la direction de l’établissement qui saisira elle-même les autorités.

casier judiciaire psychiatrique

On voit ainsi que ces modalités sont en contradiction avec l’éthique du soin qui impose la recherche d’une confiance, le respect de l’intimité du patient et des garanties de liberté de prescription des actes thérapeutiques choisies par le psychiatre et son équipe en accord avec le patient lui-même et le cas échéant sa famille, mais qu’elles relèvent plus d’une logique de contrôle social et de sureté publique. De même, on ne peut se satisfaire de la création d’un nouveau fichier de patients considérés a priori comme dangereux, parce qu’à un moment de leur parcours de soins il aura fallu recou-rir à une unité pour malades difficiles, fichier qui constituera un véritable casier judiciaire psychiatrique.

garde à vue psychiatrique

Il faut noter que la décision du Conseil constitutionnel du 26 novembre dernier, à la suite d’une question prioritaire de constitutionnalité, a déjà nécessité de modifier ce projet de loi. Il ne s’est agi, en fait, que d’un ajustement de détail sans qu’une véritable réflexion n’ait été engagée sur la manière d’assurer le recours aux soins, y compris lorsque celui-ci demande une limitation temporaire de liberté.
Une réflexion nous semble nécessaire sur la place du juge judiciaire, éventuellement susceptible de se substituer au représentant de l’Etat ou au préfet de police, comme cela est le cas dans la majorité des pays européens.

Quoi qu’il en soit, en l’absence d’un véritable travail de concertation qui n’a pas eu lieu (ou de pure forme), nous allons être confrontés, si cette loi est votée, à de nombreux recours tant au niveau du conseil constitutionnel que devant les instances européennes. Pourquoi le juge n’interviendrait-il pas d’emblée et seulement au bout de 15 jours ? Quelle garantie sera donnée sur les 72 heures d’hospitalisation initiale, que d’aucuns appellent déjà, et en particulier le syndicat de la Magistrature, garde à vue psychiatrique ? Comment peut-on imaginer que la nécessité d’un recours au juge, au quinzième jour d’une hospitalisation sous contrainte, puisse ne pas s’appliquer également aux soins sous contrainte en ambulatoire ? Sans compter que cela va demander des moyens en termes de juges, de greffiers, d’experts alors même que toutes ces catégories de professionnels sont déjà saturés. Bref, on va vers une catastrophe en termes de droit, de procédures de recours et de soins.

en contradiction avec l’éthique du soin

Pourtant, ce projet de loi parle à juste titre de la nécessité de lever les obstacles à l’accès aux soins. Nombre de familles déplorent en effet de manière récurrente le fait d’être confrontée à des patients en rupture de soins pour lesquels malgré leur sollicitation insistante, aucune réponse n’est apportée. Ce constat méritait une véritable analyse afin de déterminer la nature des obstacles, incluant les différents acteurs médicaux et sociaux (médecins généralistes, travailleurs sociaux, police, pompiers) et les équipes de psychiatrie elles-mêmes, afin d’y remédier et de limiter le recours aux hospitalisations sous contrainte. Est-ce vraiment en décidant que les soins pourront être obligatoires en ambulatoire que les équipes de secteur, qui ont tendance à voir leurs moyens se déliter ou “rapatriés” sur l’hôpital, pourront se mobiliser pour remédier à cet état de fait, alors que ce que propose ce projet de loi est en contradiction avec l’éthique du soin évoquée par le conseil de l’Ordre en 2007.

contrainte à tout va

Nous comprenons le désarroi des familles confrontées au fait de voir un de ses proches abandonné à domicile dans un déni total de sa pathologie du fait qu’un certain nombre d’équipes de secteur se soient insuffisamment mobilisées pour aller vers le patient. Mais est-ce que l’UNAFAM peut vraiment croire qu’une telle loi qui privilégie la contrainte à tout va en renforçant la stigmatisation des personnes atteintes de troubles psychiques, davantage victimes qu’auteurs de troubles à l’ordre public comme cela a été maintes fois rappelé, va apporter une solution à cette préoccupation légitime ? Au lieu de ce subterfuge de soins ambulatoires sous contrainte ne convient-il pas plutôt de donner davantage de moyens aux équipes en développant et en élargissant, par exemple, les visites à domicile : elles représentent les premières véritables garanties du suivi du soin et de l’accompagnement de la personne et de son entourage.

Complexité du soin psychique

Nous nous associons en revanche à la volonté de ce mouvement de réclamer un nouveau plan santé mentale. La loi HPST a modifié les conditions de travail sur les territoires et voudrait favoriser le décloisonnement entre les équipes de secteur psychiatriques et les structures médico-sociales et sociales d’accompagnement au quotidien qu’il est effectivement nécessaire de développer. Mais faut-il encore prendre la mesure de ces besoins et reconnaitre les exigences propres à la psychiatrie. Celles-ci ne sauraient se calquer sur celles d’un simple modèle médical où ne serait pris en compte que le traitement psychotrope au détriment de la complexité du soin psychique et encore moins d’un modèle de surveillance policière. La maladie mentale, en effet, qu’on l’appelle folie, troubles psychiques ou handicap psychique met en question la conception même de l’humain et du lien social et il est indispensable que cette dimension anthropologique soit prise en compte.

Nous appelons donc les pouvoirs publics à engager rapidement une réelle concertation impliquant élus nationaux et territoriaux, professionnels de la psychiatrie et du social, représentants des familles et des usagers eux-mêmes, juristes, sur la manière d’organiser et de rénover la politique de santé mentale à l’heure de la loi HPST et du développement des aidants de proximité non professionnels.

Pour un véritable accueil professionnel

Ce n’est que dans le cadre d’une telle réflexion partagée que pourront s’inscrire alors les modalités de privation de liberté qu’exigent certaines situations toujours douloureuses. Ces situations dramatiques ne représentent, rappelons-le, qu’un pourcentage limité sur les centaines de milliers de patients suivis en psychiatrie. Elles constituent, néanmoins à chaque fois, des situations éprouvantes aussi bien pour les personnes elles-mêmes, que pour leur famille et le corps social. Elles demandent une attention partagée afin qu’elles fassent l’objet le plus rapidement possible d’un véritable accueil professionnel, au lieu qu’elles soient politiquement exploitées pour alimenter des peurs ancestrales et exclure encore un peu plus une catégorie de citoyens dont la maladie a déjà suscité un retrait social.

Dans l’immédiat, la FASM Croix Marine ne peut que s’associer à tous ceux qui demandent le retrait de ce projet de loi qui est inapplicable dans sa forme et inacceptable quant au fond. Elle est prête en revanche à participer à cette réflexion sociétale qu’elle appelle de ses vœux.


Contacts presse :

Dr Bernard DURAND Président – Tel : 06 85 21 38 79

Mr Joseph MORNET Secrétaire général – Tel : 06 83 54 40 58
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psychothérapie & révolution arabe : liberté & responsabilité

Où en suis-je de ma révolution arabe interne ? Vlatslav Havel, Hervé Kempf ne sont ni psychothérapeutes ni psychopraticiens relationnels ni psychanalystes. Ils peuvent pourtant aider à la manœuvre, à notre manœuvre, d’humanisation de l’humanité au jour le jour du duel avec la souffrance et du laborieux et lent passage de chacun à sa justesse en quoi consiste notre pratique.

Si nous avons besoin pour faire face à l’évolution du village monde d’un bond démocratique, tout mouvement collectif qui lui ressemble mobilise l’enthousiasme du sentiment de citoyenneté. Ce sentiment est le même que celui surgissant dans nos psychothérapies ou psychanalyses, au décours du processus de subjectivation, quand la personne se trouve face aux bouleversements de sa propre histoire. Cela nous le savons ne va pas sans mal, mais le travail accoucheur en vaut la peine. Liberté et responsabilité : une même exigence dans les deux champs.

PHG


Un calife démocratiquement qualifié

Les mutations qui traversent le monde arabe dépassent de loin des révolutions de palais dont le résultat serait qu’un “calife” succède à une autre “calife” ou qu’un “colonel” remplace un autre “colonel” ! Les professionnels de la politique et de la diplomatie, dans leur très grande majorité, n’avaient jamais envisagé que des sociétés civiles puissent émerger dans le monde arabe. De même d’ailleurs qu’ils n’avaient pas prévu les grands mouvements populaires qui ont précédé la chute du mur de Berlin. Aussi, une des meilleures lectures pour comprendre la situation de ces pays, est celle des Essais politiques de Vaclav Havel. Je ne connais pas d’homme d’État qui ait autant intégré à sa pratique politique l‘existence d’une société civile qu’il ne cherche pas à réduire à une clientèle électorale ou partisane.

Lorsqu’avec une poignée d’amis, Havel luttait contre le totalitarisme communiste, il se faisait traiter d’idéaliste inefficace ou de naïf. Face à la pensée unique des partis, des chancelleries et des ambassades, il opposait ce qu’il appelait “le pouvoir politique explosif et incalculable de la vie dans la vérité” qu’il définissait ainsi : “ce pouvoir ne réside pas dans la force d’un quelconque groupe social ou politique limitable, mais avant tout dans une force potentielle enfouie dans toute la société, y compris dans toutes les structures du pouvoir. (…) Ce pouvoir constitue une espèce d’arme bactériologique grâce à laquelle – si les conditions évoluent dans ce sens – un simple civil peut tenir en échec une division entière. (…) Et dans la mesure où tous les problèmes véritables et tous les phénomènes de crise sont enfouis sous la couverture épaisse du mensonge, on ne peut jamais savoir de manière tout à fait sûre quand tombera la fameuse goutte qui fera déborder le vase et quelle nature sera cette goutte” (1“).

Il écrivait ainsi, quelques années avant, le scénario de la révolution de velours par laquelle la Tchécoslovaquie se libéra du joug totalitaire. Comment ne pas voir que beaucoup de caractéristiques des révolutions des pays arabes se retrouvent dans ces propos. Ainsi les sociétés civiles arabes se sont levées contre le mensonge qui a permis aux potentats de justifier leur dictature, leur népotisme et leurs détournements au nom du combat contre “l’ennemi sioniste” ou “l’impérialisme américain”. Elles ont compris que les luttes légitimes contre les aspects les plus insupportables des politiques israéliennes et américaines supposaient que d’abord soit renversé un pouvoir qui, dans leur pays, méprisait les citoyens. Face au sentiment d’impuissance que distillait le pouvoir totalitaire, Havel affirmait : “Un citoyen peut dire la vérité même sous le règne du mensonge institutionnalisé. Chacun peut assumer sa co-responsabilité pour le destin de la collectivité, sans attendre une directive d’en haut. Bref, que chacun qui aspire à un changement peut commencer par lui-même, dès maintenant” (2). Analysant les révoltes arabes, Alain Touraine note ceci : C’est un fait que les mouvements actuels sont partis de la rue et d’abord des réseaux de blogueurs et non pas des partis organisés. C’est un fait que la revendication la plus fortement lancée a été l’élimination d’un dictateur et aussi que les jeunes diplômés, écrasés par le chômage, ont joué un rôle essentiel dans les manifestations, qui se multiplient” (2“).

L’histoire montre, hélas, que trop souvent les révolutions généreuses sont récupérées par des apparatchiks dont la seule finalité est le pouvoir pour le pouvoir. Ceci dit, le pire n’est pas toujours sûr et il n’est pas interdit d’espérer que les convulsions actuelles permettent la réalisation du « principe civique » dans les sociétés arabes que V. Havel explicite ainsi :”Je suis partisan du principe civique parce que c’est lui qui permet le mieux aux hommes de se réaliser et de s’identifier avec ce qu’ils sont dans toutes les composantes de leur chez-soi, de jouir de tout ce qui fait partie de leur monde naturel. (…) Fonder un État sur d’autres principes que civiques, par exemple sur des principes idéologiques, nationaux ou religieux, signifie mettre en exergue une composante de notre chez-soi en dépit des autres, nous limiter en tant qu’hommes et limiter notre monde naturel. Et cela ne mène habituellement à rien de bon“(3“).


20/02/2011


Le long travail démocratique

Les révolutions des peuples du monde arabe qui rejettent des dirigeants installés à vie et préoccupés de créer une dynastie familiale et d’entasser, par la corruption, des sommes extravagantes, se font au nom de la démocratie. Retrouvant leur dignité bafouée pendant des lustres, des citoyens ont fait tomber le mur de la peur pour intervenir directement dans l’histoire. Il reste la tâche la plus difficile, celle de construire une société nouvelle qui fasse appel à la responsabilité de chaque citoyen et non à l’abandon à des nouveaux chefs ou de nouvelles idéologies.

Aux Occidentaux qui seraient un peu trop pressés de saluer par un “on a gagné !” ces luttes des peuples pour leur dignité et leur liberté, je ne saurais trop conseiller de lire l’essai du journaliste et essayiste Hervé Kempf (L’oligarchie çà suffit, vive la démocratie qui s’ouvre par cette affirmation : “Il est de l’intérêt des puissant de faire croire au peuple qu’il est en démocratie. Mais on ne peut pas comprendre le moment présent si l’on explore pas la réalité soigneusement occultée : nous sommes en oligarchie, ou sur la voie de l’oligarchie“. Il ne s’agit ni de dictature, pouvoir d’un seul pour ses intérêts propres, ni de démocratie, pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple, mais “du pouvoir de quelques uns, qui délibèrent entre eux des solutions qu’ils vont imposer à tous“. Comme le note l’auteur, l’oligarchie risque de se conforter par l’alliance objective de certains militants écologistes qui pensent que “la démocratie ne permet pas de prendre en compte les intérêts du long terme. (…) Il faut confier à une élite vertueuse le soin de mener la société sur le bon chemin” et des maîtres de la finance internationale qui pensent que “les électeurs européens sont le plus grand obstacle aux ambitions de l’Europe de devenir plus dynamique et performante“(4“).

De bons esprits voient dans la gouvernance chinoise un nouveau modèle de despotisme éclairé qui serait le chemin inéluctable vers l’efficacité. Ainsi, Thomas Friedmann, éditorialiste du New York Times écrit : “Une autocratie gouvernée par un parti unique présente certainement des défauts. Mais quand elle est dirigée par un groupe de gens raisonnablement éclairés, comme c’est le cas en Chine aujourd’hui, elle peut avoir de grands avantages“. Georges Steiner, quant à lui, affirme : “il est concevable que la solution dans les grandes crises économiques soit une solution à la chinoise, technocratique. Que nous évoluions vers un despotisme libéral“(5“).

Tout au long de son ouvrage Hervé Kempf montre que l’oligarchie qui règne de plus en plus en Occident est celle de l’argent. Quelques exemples : “En France, 98 personnes détiennent 43% des droits de vote dans les 40 premières entreprises du pays” (6“). Aux États-Unis d’Amérique, “dans 93% des cas, les représentants et sénateurs élus aux élections de novembre 2008 étaient ceux qui avaient dépensées le plus d’argent dans leur campagne“(7“). Cette situation devient intenable dans une période où vont s’imposer de plus en plus des régulations mondiales pour lutter contre la criante injustice dans la répartition des richesses de la planète. Pour Hervé Kempf, la question climatique est emblématique de l’incapacité d’une oligarchie autoproclamée lucide d’y faire face car “elle n’est soluble que par un bond démocratique. Elle est la première question politique totale de l’histoire humaine. Elle exige, non pas la soumission, non pas l’obéissance, mais l’adhésion de chacun d’entre nous pour faire évoluer ses comportements. Les changements sont d’une telle ampleur qu’ils ne peuvent pas être réalisés sans une nouvelle culture“(8“).

Commentant le propos de l’économiste indien Amartya Sen, prix Nobel dans sa discipline, pour qui “la politique de la démocratie donne aux citoyens la chance d’apprendre les uns des autres“, Hervé Kempf souligne que “le cœur de la démocratie n’est pas l’élection, mais la délibération, par laquelle nous apprenons les uns des autres“(9“). C’est dire que la démocratie est un processus permanent et non l’abandon au hasard des élections de toute responsabilité au profit d’oligarchies qui prétendent s’égaler au bien commun.

Les sociétés occidentales devront faire face, dans les années qui viennent, à ce que Hervé Kempf ne craint pas d’appeler “un appauvrissement matériel“. Ce sera le prix à payer pour une meilleure justice au niveau planétaire. Aussi, écrit-il, “je conclus qu’au lieu de prendre la démocratie comme acquise, il faut la revivifier, en résistant à l’oligarchie et en développant la culture et les pratiques démocratiques. C’est la seule voie par laquelle les sociétés occidentales pourront organiser l’appauvrissement matériel dans des conditions qui lui permettront de bien vivre” (10“) .

Le long travail de la démocratie ne concerne pas seulement des peuples qui se libèrent de dictatures intolérables, c’est une exigence qui concerne tous les habitants de notre planète, et d’abord ceux qui sont les plus prédateurs.

Chronique hebdomadaire de Bernard Ginisty 27/02/2011

  • 1 Vaclav HAVEL : “Le pouvoir des sans-pouvoirs” in Essais politiques, Calmann-Lévy, 1989, pages 89-90.
  • 2 Alain TOURAINE : “Sortons de la guerre froide ! Le social remplace le national” in Le Monde, 19 février 2011, page 20.
  • 3 Vaclav HAVEL : Méditations d’été, éditons de l’Aube 1991, page 26.
  • 4 Hervé KEMPF : L’oligarchie çà suffit, vive la démocratie, Seuil 2011, 186 p., page 9.
  • 5 idem p.16.
  • 6 idem p. 40.
  • 7 idem p. 78
  • 8 idem p. 133
  • 9 idem p. 148-149
  • 10 Idem page 156. Cf. également :”La politique de la biosphère indique une direction à contre-courant de tout le discours dominant : les Occidentaux doivent réduire leur consommation matérielle et leur consommation d’énergie, afin de laisser une marge d’augmentation à leurs autres compagnons de planète. L’appauvrissement matériel est le nouvel horizon de la politique occidentale. L’appauvrissement matériel des Occidentaux est le nouvel horizon de la politique mondiale” (page 129).

psychopraticiens relationnels s’intéressant au titre de psychothérapeute

I – Titre de psychothérapeute

Marche à suivre


avec l’aimable autorisation du SNPPsy.

Le point sur la situation aujourd’hui.

Savoir que de nombreux psychopraticiens relationnels et psychanalystes s’interrogent sur l’opportunité pour eux de nourrir le nouveau cadre de psychothérapeute d’État. Leurs valeurs les pousseraient à ne le point briguer. Nous ne saurions là-dessus intervenir, rappelant que d’une part ils militent pour des valeurs que nous partageons, de non inféodation à une médecine organiciste aveugle au psychisme tel que depuis Freud puis la psychologie humaniste nous le considérons comme affaire de processus de subjectivation, et que peut-être se dire psychothérapeute { {relationnel pourrait ne pas déshonorer.

Philippe Grauer}}


1– remaniement

Ce nouveau titre universitaire de psychothérapeute débouche sur une réorganisation au sein des professions du psychisme réparties dans le Carré psy (1“).

Il ne s’agit pas d’une profession mais uniquement d’un titre, réparti exclusivement (corporatisme oblige) entre deux professions :

– psychologues (cliniciens et autres) et médecins (psychiatres et autres)

– et une discipline non profession (2“) : la psychanalyse.

Ce titre à terme remplacera celui de psychologue (monopole de l’usage du titre : 1985) la profession sous ce nouveau nom devenant paramédicale (ce que n’était pas le cas de celle de psychologue).

2 – Intérêt de la chose

a) Si vous exercez en institution vous avez intérêt à détenir ce titre. Sachant que vous serez pris dans la tendance lourde à la paramédicalisation.

b) si vous exercez en cabinet libéral, vous pouvez avoir intérêt à détenir ce titre – échappant a priori à la paramédicalisation. Cela peut vous mettre à l’abri de l’angoisse de déconsidération ou de fantasmatiques persécutions. Vous pourrez y gagner en respectabilité, – ou y perdre, en vous trouvant confondu/e avec des praticiens n’ayant que peu à voir avec vos compétences cliniques relationnelles (les nouveaux psychothérapeutes n’étant nullement tenus d’avoir traversé personnellement l’aventure de la psychanalyse ou de la psychothérapie relationnelle), et relevant de plus en plus de la médicalisation de l’existence. Là c’est vraiment à vous de voir et savoir pour vous. Il y en a qui n’en veulent pas de ce nouveau titre, et qui donnent à leur refus le sens d’une protestation.

3 – Marche à suivre

3.1 – Vous appartenez aux catégories suivantes : Psychologue, psychanalyste ou ex psychothérapeute diplômé en médecine ou psychologie, et vous exercez depuis au moins cinq ans. Vous bénéficiez des mesures transitoires.

Une Commission régionale d’inscription – CRI, dépendant de l’ARS Agence régionale de santé, vous appliquera les mesures de faveur prévues selon les catégories et mérites de chacun.

Vous serez totalement ou partiellement dispensé/e du complément de formation de psychopathologie clinique et du temps de stage afférent prévus dans votre cas.

– Les médecins, psychologues et psychanalystes (généralement psychologues mais les rares psychanalystes non psychologues peuvent y prétendre) enregistrés dans les annuaires des associations psychanalytiques bénéficieront de dispenses (partielles) concernant la nouvelle formation en psychopathologie clinique.

3.2 – Pour cela faites état de votre formation, de votre expérience professionnelle, de votre formation continue et si c’est le cas de votre inscription dans une société de psychanalyse (même si à présent vous n’y appartenez plus). Preuves à l’appui.

3.3 – Vous n’appartenez pas aux catégories protégées, listées en (1) et que vous ayez pratiqué depuis cinq ans ou moins que cela importe peu : vous devenez psychopraticiens à titre exclusif. Si vous désirez bénéficier du titre de psychothérapeute il vous faudra commencer par

– devenir médecin

– détenir un Master en psychologie ou psychanalyse

– avoir bénéficié de la nouvelle formation en psychopathologie clinique.

3.4 – dépôt du dossier (pour les (3.1) et (3.2) uniquement :

– modèle de notice (nous sommes en train de nous le procurer)

– date limite de dépôt des dossiers reporté du 23 mai au 30 juin

– conseil auprès de vos Antennes locales ou du secrétariat national (du SNPPsy)

3.5 – ah ! n’oubliez pas de demander à être reçu/e personnellement.


II – Pages jaunes

1 – jusqu’à fin avril cf. notre Pages jaunes, du nouveau

2 – Ouverture fin avril de la rubrique Psychothérapie (pratiques (3“) hors du cadre réglementé)

Elle est destinée à ceux qui relèvent de (3.3), qui ne désirent ou ne peuvent pas prétendre au titre de psychothérapeute.

2.1 – vous avez intérêt à vous y inscrire (nom de métier) en qualité de psychopraticien.

– À quoi vous pouvez ajouter vos spécialités et méthodes de référence

Si vous êtes membre non titulaire du SNPPsy vous inscrivez seulement comme psychopraticien car nous sommes pris dans l’obligation solidaire du GLPR de titulariser d’abord ceux qui veulent bénéficier du titre. Et vous vous préparez à devenir titulaires.

2.2 – Si vous êtes titulaire du SNPPsy (titre autoréglementé garanti dans le cadre du GLPR), vous mentionnez au choix

– psychopraticien relationnel® titulaire du SNPPsy

– psychopraticien relationnel® (SNPPsy)

3 – Nous sommes en train d’affiner notre système de réglementation interne afin de nous tenir au plus près des besoins et exigences institutionnelles nouveaux venus (question de la deuxième liste, des membres en voie de titularisation). Pour l’instant nous devons nous en tenir au cadre ci-dessus défini, et nous resterons tenus par l’institution solidaire du GLPR, qui nous distingue, protège et garantit ensemble.

  • 1 Il débouche par contre-coup sur le reclassement des ex psychothérapeutes relationnels titulaires du SNPPsy sous le nouveau titre professionnel garanti de psychopraticiens relationnels®. Voir la suite de l’article.
  • 2 Le titre de psychanalyste, comme celui de psychopraticien relationnel (diplôme d’une école agréée (Affop) plus titularisation (SNPPsy)) est dispensé par une société de psychanalyse s’exerçant sous couvert des deux professions princeps : psychologie et médecine.
  • 3 Ça vient encore de changer : aux Pages jaunes le cadre est élastique.

Psychiatrie : signatures contre la déraison d’État

Départ en force de la pétition du

Collectif des 39 contre la Nuit sécuritaire

Une déraison d’État (suite)

Déjà près de 7000 signataires en moins de 5 jours !

Votre participation massive nous permet de réunir parmi les premiers signataires des hommes politiques, des députés et sénateurs, des sociologues et chercheurs spécialisés dans ces questions de société, de nombreux psychiatres, psychanalystes, infirmiers, et soignants en psychiatrie, des patients bien sûr et leurs familles qui nous envoient leur soutien. Vous en trouverez une sélection sur la page de la pétition en ligne.

MAIS IL NOUS FAUDRA ÊTRE ENCORE PLUS NOMBREUX à signer, d’autant plus que nous pouvons annoncer la prochaine étape :

nous réunir le 15 mars pour une grande manifestation

le jour de la présentation du projet de loi à l’Assemblée Nationale. Plus d’infos très prochainement.

Pour l’instant, vous pouvez diffuser largement la pétition, les médias commencent à s’y intéresser (regardez demain vos journaux…)

Le collectif des 39


Signer la pétition – Voir les signataires