Comment choisir son psy ?

Surplace depuis deux ans

Elodie : Bonjour, je suis suivie par une psychiatre depuis deux ans pour cause de dépression. Mais je ne m’en sors pas. Je fais du surplace depuis deux ans. Lors de mes séances avec ma psychiatre, elle ne me pose aucune question sur mon passé, et je n’ai entamé aucune psychothérapie. Elle me prescrit des antidépresseurs de l’efficacité desquels je doute, car j’ai toujours des angoisses et des insomnies malgré les somnifères. Je souhaiterais savoir si le rôle d’un psychiatre est de prescrire seulement des médicaments et de ne pas faire de thérapie (par manque de temps, je suppose). Merci de me répondre.

La question d’Élodie est pertinente, mais malheureusement trop fréquente, car nombreuses et nombreux sont ceux qui errent dans un “parcours psy” avec des médecins ou des thérapeutes trop “variables”.

Pour répondre à cette question, il faut tout d’abord préciser quelques notions, que l’on connaît bien aujourd’hui, que j’ai récemment rappelées dans un livre intitulé Psy, mode d’emploi, sous-titré non sans une pointe d’acidité : “Pour les hommes et les femmes en difficulté de vie… et même les thérapeutes !” En effet de nombreux thérapeutes méconnaissent, ou ne connaissent pas, les règles essentielles des psychothérapies et les connaissances actuelles en matière de psychologie et de psychiatrie. Je ne me place en aucune manière en donneur de leçons, mais les errances des patients dans des parcours psy difficiles sont trop fréquentes.

PSY ET PSY

Il faut déjà distinguer “psy” et “psy”, ce terme recouvrant aujourd’hui plusieurs réalités : d’une part, le psychologue, qui est un professionnel spécialisé dans la connaissance du psychisme, son fonctionnement, son évaluation et ses approches thérapeutiques. Il a suivi une longue formation universitaire, il est qualifié dans sa discipline, et, la plupart des psychologues cliniciens sont formés à une méthode psychothérapique, psychanalytique, comportementale ou cognitive. Le psychologue n’est pas médecin, il ne prescrit pas de médicaments.

D’autre part, le psychiatre est un médecin, qui a suivi la formation de médecine générale puis s’est spécialisé dans la connaissance du psychisme et des maladies mentales. C’est une formation universitaire longue qui lui donne une expérience clinique auprès de ses patients. La plupart des médecins psychiatres ont été formés à un mode psychothérapique ou à la psychanalyse. Le psychiatre fait un diagnostic psychiatrique, prescrit des médicaments si nécessaire et accompagne son patient par une psychothérapie appropriée. Il oriente donc le patient vers des traitements, des thérapies ou le plus souvent l’association des deux.

Le psychanalyste, enfin, pratique la psychanalyse. Il a été formé au sein d’une école de psychanalyse par une cure personnelle puis une analyse didactique. C’est une formation longue et exigeante, que suivent beaucoup de psychologues et de psychiatres.
Psychothérapeute n’est pas un titre, c’est plutôt le qualificatif d’un professionnel qui exerce la psychothérapie. En France, pour l’instant, il n’existe pas de réel contrôle de la formation des psychothérapeutes (cela commence à être mis en place), ce qui fait que tout un chacun peut se dire psychothérapeute.

QU’EST CE QUE J’AI ?

L’une des grandes difficultés dans le domaine psy est qu’un diagnostic est rarement fait en raison de la demande précise des patients: “je désire faire une psychothérapie” ; “je veux un traitement” ; “je suis dépressif (ve)” ; “j’ai des crises d’angoisse”… Or, le diagnostic est toujours important, car une part des difficultés personnelles, bien qu’elles aient en général toujours une origine psychologique, peuvent être le signe d’une phase biologique secondaire. C’est le cas de l’épisode dépressif, qui est une réalité biologique méconnue, car l’état de mal-être premier s’est progressivement dégradé et le fonctionnement cérébral n’est plus le même. Cette phase doit être soignée par des médicament appropriés, suffisamment longtemps et donc par un psychiatre. Mais ce diagnostic n’est pas toujours facile à faire. Ce n’est pas parce qu’une personne se dit en dépression qu’elle est dépressive. Le diagnostic de l’épisode dépressif reste donc à faire par un médecin psychiatre. En fonction de cela, il peut instaurer un traitement qui résout la plupart du temps l’épisode. Un travail psychothérapique est en général nécessaire pour permettre de dépasser la crise et de ne pas se retrouver dans les mêmes conditions qui ont amené la décompensation dépressive. Ces deux approches sont complémentaires et peuvent être réalisées par le même psychiatre psychothérapeute. Le travail d’analyse est un peu différent, il ne se fait pas dans une période de crise aiguë, c’est plutôt un travail de réflexion et de connaissance personnelle. Ce n’est pas une démarche réellement médicale.

L’ALLIANCE THÉRAPEUTIQUE

Toutes ces précisions répondent en partie à la question d’Elodie, à qui il faut rappeler encore deux points particulier :

1 – Le silence “total” d’un thérapeute a peu de justifications. Sans que la thérapie soit un échange “de café du Commerce”, la réserve du thérapeute permettant au patient d’exprimer son ressenti, il sera tout de même guidé par les réflexions en retour qui lui permettront d’élaborer progressivement sa pensée.

2 – Il est enfin important pour le patient d’oser dire ce qu’il ressent à son thérapeute, notamment s’il ne se trouve pas bien dans les séances, s’il ne comprend pas la démarche psychothérapique. Un remarquable travail comparatif des différents modes de psychothérapies a été fait il y a une dizaine d’années aux États-Unis afin de comprendre quel mode psychothérapique était plus efficace et menait à une issue favorable. En réalité, aucun type particulier de psychothérapie ne s’est révélé être meilleur qu’un autre. Le seul critère de réussite que l’on ait trouvé est que, quelle que soit la méthode, le patient ait senti qu'”il se passait quelque chose” dans les deux ou trois premières séances. C’est ce que l’on appelle l’alliance thérapeutique, qui s’instaure très vite entre le patient et le thérapeute. Si vous n’êtes pas à l’aise avec votre thérapeute, que cela dure, et que vous n’arrivez pas à en parler, il faut réfléchir à la poursuite ou non de ce travail.


BRENOT Philippe. Psy, mode d’emploi. Éditions l’Eprit du temps, PUF, 2007.-
Le Monde.fr

Psychothérapie et entreprise : sortir de la souffrance au travail

L’exaltation de la performance individuelle et l’évaluation incessante s’accompagnent d’une baisse de la productivité. Une meilleure coopération dans l’entreprise permet d’échapper à un stress qui mène parfois au suicide.


Prendre connaissance de La Voie


Le chapeau même de l’article proposé mériterait analyse. Comme MAM proposant à Ben Ali l’assistance et le coaching de ses services de police “intelligents” et plus “humains” pour l’aider à passer de la dictature à la démocrature, la question est-elle de maintenir un système détestable, intrinsèquement pervers comme Pie XII le disait du communisme, par une meilleure coopération avec la perversion, ou de porter le fer au cœur même d’un empire du mal en pire qui nous conduit à l’abîme ? lire à ce sujet notre présentation du dernier ouvrage d’Edgar Morin. Nous avons la responsabilité professionnelle et politique, citoyenne pour tout dire, de continuer de réfléchir à tout cela. Ce qui signifie que la psychothérapie relationnelle ne saurait être ni partisane, ça n’est pas notre office, ni politiquement déconnectée. Toute une posture, on appellerait ça éthique.

le modèle social néolibéral en question

Ils arrivent dans nos cabinets et ne s’en prennent qu’à eux. La question n’est d’ailleurs pas de retourner l’accusation à la Reich ou Rousseau – paranothérapie ! le mal ne vient pas non plus uniquement de l’extérieur. Nous n’avons rien à faire de spécifique pour permettre aux gens de finir par se repérer dans ce monde complexe qui les fait souffrir, d’y comprendre quelque chose et de s’y comprendre. Nous avons à les recevoir comme ils nous arrivent et à les aider dans leur entreprise de clarification d’eux-mêmes et de le devenir, eux-mêmes.

Cela ne nous empêche pas d’avoir réfléchi nous à la dureté de ce monde que nous partageons avec eux, et de disposer d’une intelligence critique et sensible de la nature de la souffrance qui les oppresse. Voir à de sujet l’intervention de Vincent de Gaulejac au colloque de l’Affop sur le thème Sauvons la pratique, intitulé psychothérapie et sociologie : j’ai compris que c’était pas tout dans ma tête.

Philippe Grauer


Échapper au métro, boulot, tombeau

Article paru dans le Monde du 22.02.11

Sortir de la souffrance au travail

L’ÉMERGENCE du néolibéralisme s’est accompagnée d’un processus d’invisibilisation du travail. Au cours des années 1980 et 1990, le travail a perdu son rôle de symbole de la question sociale, le chômage et l’exclusion l’ont remplacé. La question des conditions de travail a été délaissée par les partis politiques et les syndicats au profit de celle de l’emploi. La manière dont le passage aux 35 heures a été négocié par la gauche plurielle aussi bien que le discours sur la valeur du travail à droite s’inscrivent de façon caricaturale dans ce mouvement.

Depuis quelques années, une dynamique inverse semble être enclenchée. Le mouvement contre le contrat première embauche (2006) a constitué une première étape. La précarité n’y était plus contestée du point de vue de ses effets sur l’emploi mais sur le travail lui-même. Dans un contexte de précarité accrue, il apparaissait crucial de contenir doublement les rapports de domination inscrits dans la relation de subordination salariale : en amont par le code du travail, et en aval par des collectifs de travail.

Reconquête politique

La seconde étape de cette nouvelle critique du travail a été le débat sur la souffrance au travail à la suite des séries de suicides chez Renault et France Télécom-Orange. On aurait pu craindre que la médiatisation de ces événements tragiques produisît des effets d’aveuglement plus qu’une véritable sortie du travail de l’invisibilité. Comment rendre compatibles les effets de sidération induits par de tels événements avec une discussion approfondie de la nouvelle question sociale du travail ? Comment passer de la mise en scène spectaculaire d’une série d’actes individuels à une mise en cause générale de la condition contemporaine du travail ?

Si la souffrance au travail affecte profondément un grand nombre de salariés, seuls certains d’entre eux voient leur santé sérieusement affectée, et parmi ces derniers, seule une minorité commet l’irréparable… Mais la préoccupation publique envers ces séries de suicides s’inscrivait bien dans la dynamique d’une prise de conscience progressive des effets structurels du néolibéralisme sur le travail. Ainsi, au-delà de la précarité et de ses conséquences délétères, c’était la manière dont la flexibilité et l’évaluation individualisée des salariés participaient d’un nouveau dispositif d’organisation du travail qui était mise en lumière.

colonisant l’ensemble de l’existence

Le mouvement social de septembre-octobre 2010 contre la “réforme” des retraites marque la troisième étape de cette prise de conscience. Des slogans comme métro, boulot, tombeau, ou l’affirmation paradoxale selon laquelle un allongement de la durée de cotisation “nous priverait de la plus belle partie de la vie,” indiquent que le travail est conçu aujourd’hui comme une expérience difficilement supportable et colonisant l’ensemble de l’existence, y compris après la journée de travail. Ils indiquent que les salariés s’attendent à toujours devoir en faire plus à l’avenir alors que bon nombre d’entre eux sont convaincus d’avoir déjà atteint leurs limites. Malgré cette apparente résignation face aux évolutions lourdes inscrites dans le modèle social néolibéral, les salariés expriment encore un fort attachement au travail (davantage que les salariés des autres pays européens selon les études statistiques) et par l’intermédiaire du mouvement contre les retraites, ils trouvent également l’occasion de protester contre leurs conditions de travail, et d’exiger ainsi une reconquête politique du travail.

Emmanuel Renault

Réforme de la psychiatrie : où se tient la dangerosité ?

Nous venons de diffuser une première analyse du Collectif des 39(1“), qui se et nous mobilisent un peu tard après avoir laissé faire l’opération charlatans conduite contre les organisations qui précisément luttaient pour autoréglementer le champ pratique de la psychothérapie relationnelle, qui se mobilisent à présent donc, contre un nouveau mauvais coup en préparation attentant à la fois aux libertés fondamentales et au concept même de soins pour des personnes atteintes de maladies mentales qui les rendent fragiles et requièrent qu’on les protège plutôt que les embastiller.

Bien entendu il faut se joindre à leur protestation. Tout en les rappelant au devoir corrélatif de solidarité envers nous, toujours d’actualité.

Les enjeux sont considérables. Comment une civilisation traite ses citoyens les plus fragiles, quel statut d’altérité de la folie construit-elle ? quelle mise aux normes chutant dans l’hénaurme propose-t-elle ? qu’est-ce qu’une néo démocratie aux couleurs du gestionnarisme, du tout contrôle en route vers un risque zéro qui conduit tout droit au pire des risques ? qu’avons-nous à dire de tout cela, nous psychopraticiens relationnels partenaires du Carré psy, co-responsables des éthiques qui s’y affichent et développent ? Tout discours sur la folie nous affecte directement et se situe à l’horizon de notre pratique et recherche. Il importe de ne pas le laisser déraper par des politiques aveuglés par le spectre d’une évidence fondée sur la médecine (quelle évidence, quel type de preuves, quelle médecine ?) parfaitement inquiétante.

Voir également l’article de Yves Guigou.


Un ami psychanalyste m’adresse le commentaire suivant, que je n’hésite pas à partager ici avec vous.

Une circonstance récente m’a amené à vérifier, non sans consternation,
que les milieux intellectuels les plus brillants ne sont pas exempts
d’une ignorance proprement ahurissante des conditions dans lesquelles se
déroule un internement psychiatrique.

Un père aimant, convaincu qu’un hôpital psychiatrique est un lieu où
l’on entre – et d’où l’on sort – facilement, n’a pas hésité à faire
interner son enfant majeur, bien entendu pour le mettre à l’abri de sa
propre dangerosité. Avec cette nouvelle loi, la suite aurait été
autrement plus dramatique, et l’excellence du service de Psychiatrie
concerné a permis une fin heureuse.

Le projet de Loi ici concerné vise en effet à dépouiller la psychiatrie
de son pouvoir de décision fondé sur son savoir thérapeutique, pour lui
substituer un pouvoir de coercition: lisez ci-dessous:
“les préfets
discréditent les avis des psychiatres, décident contre leur avis” et
pourraient désormais contremander une fin d’internement.

Si les citoyens de ce pays laissaient passer cette loi scélérate.

Philippe Grauer


Signer la pétition – Voir les signataires

Appel du Collectif des 39 contre la Nuit sécuritaire

Trente mille personnes ont signé avec nous l’Appel contre La Nuit sécuritaire, lancé en réaction au discours du Président de la République le 2 décembre 2008 qui assimilait la maladie mentale à une supposée dangerosité. À nouveau, le Collectif des 39(2“) en appelle à l’ensemble des citoyens.

Ce discours promettait un traitement sécuritaire des malades mentaux.

Il a depuis largement pris corps dans la pratique quotidienne : les lieux de soins psychiatriques sont désormais truffés de caméras de surveillance et de chambres d’isolement, des grillages ont été disposés, des protocoles de neutralisation physique des patients ont vu le jour, les préfets empêchent les levées d’internements caducs.

Un projet de loi propose aujourd’hui un cadre juridique à cette dérive sécuritaire. Adopté le 26 janvier 2011 en Conseil des Ministres, il sera discuté au Parlement le 15 mars après un simulacre de concertation.

– Dans un vocabulaire relevant du code pénal, il cautionne la défiance à l’égard de citoyens souffrants.

– Dans ce dispositif, seul le trouble à l’ordre public est pris en compte.

– Il instaure un changement paradigmatique sans précédent : l’institution des « soins » sans consentement en ambulatoire. En effet, le projet de loi n’identifie plus seulement l’hospitalisation comme contraignante, mais les soins eux-mêmes, à l’hôpital comme à l’extérieur, avec le risque majeur de la mise en place d’une surveillance sociale planifiée.

Ainsi, pour répondre à l’inquiétude légitime des patients et de leurs familles, ce projet de loi, sous couvert de déstigmatisation, va instituer une logique de dérive sécuritaire induisant un contrôle inédit de la population. Il s’appuie sur un principe de précaution inapproprié.

La mystification est totale :

Il ne s’agit pas d’un projet de soins, mais d’un engrenage portant atteinte aux libertés fondamentales dans un état démocratique.
Prétendant améliorer « l’accès aux soins » et leur « continuité », ce projet propose uniquement un accès à la contrainte sans limite de durée.
Il détourne la fonction des soignants vers une orientation de dénonciation, de rétention, de « soins » sous contraintes et de surveillance.
Il impose aux patients d’accepter des « soins » stéréotypés, protocolisés, identiques pour tous. Ils seront sous surveillance, associée à un contrôle de leur dignité : ainsi se met en place une police de l’intime. Il instaure un fichier national, « un casier psychiatrique ? », de toute personne ayant été soumise ne serait-ce qu’une seule fois aux soins sans consentement.
Il institue un mensonge en laissant penser que seuls les médicaments psychotropes administrés sous contrainte suffisent à soigner les patients gravement atteints : enfermés chez eux, malgré eux.

Une partie des citoyens a été désignée à la vindicte médiatique. Le mot schizophrène, jeté à tort et à travers, en bafouant le secret médical, n’est plus un diagnostic mais une menace, qui accable les malades et leurs familles, effraie jusqu’à leur voisinage.

Penser que ce projet de loi va améliorer cette situation est une déraison d’État. Bien plus, il risque de s’opposer frontalement à toute réforme sanitaire digne de ce nom, qui aurait pour principes élémentaires de reposer sur une fonction d’accueil, une logique ouverte et déségrégative, des thérapeutiques diversifiées centrées sur le lien relationnel et la confiance, dans la durée.

Ce projet va à l’encontre d’une politique de soins psychiatriques respectueux des libertés, offrant une hospitalité pour la folie au cœur du lien social, qui allierait sécurité publique et soins à la personne.

Il institue la défiance envers les professionnels dans une démarche politique analogue à celle appliquée récemment aux magistrats et à la Justice, comme à d’autres professions.

– Nous voulons que les budgets subventionnent des soins et non des aménagements carcéraux, la formation des personnels, des effectifs conséquents, pour une conception humaine de l’accueil de la souffrance.

– Nous rejetons les réponses démagogiques qui amplifient délibérément l’émotion suscitée par des faits-divers dramatiques. Ces réponses ne font qu’accroître et entretenir la peur de l’autre.

– Nous voulons résister, nous opposer, avec une élaboration citoyenne de propositions pour une politique de soins psychiatriques au plus proche des réalités de terrain. La psychiatrie est l’affaire de tous.

Nous soignants, patients, familles, citoyens appelons
au retrait immédiat de ce projet de loi.

* Mathieu BELLAHSEN,
* Selma BENCHELAH,
* Philippe BICHON,
* Hervé BOKOBZA,
* Loriane BRUNESSAUX,
* Marie CATHELINEAU,
* Patrice CHARBIT,
* Franck CHAUMON,
* Patrick CHEMLA,
* Guy DANA,
* Alexandra DE SEGUIN,
* Roger FERRERI,
* Sarah GATIGNOL,
* Yves GIGOU,
* Michaël GUYADER,
* Serge KLOPP,
* Émile LUMBROSO,
* Antoine MACHTO,
* Paul MACHTO,
* Bénédicte MAURIN,
* Simone MOLINA,
* Françoise NIELSEN,
* Sylvie PRIEUR,
* Pierre SADOUL,
* Olivier SCHMITT,
* Pedro SERRA,
* Bruno TOURNAIRE-BACCHINI,
* Anne TUFFELLI,
* Monique VINCENT,
* Élie WINTER

Signer la pétition – Voir les signataires

  • 1 39 comme le nombre de marches de la descente aux enfers dans le film éponyme d’Hitchcock. Comme dans le film, il convient de se mobiliser contre la progression d’une dangereuse idéologie menaçant de gangréner la République.
  • 2 Le Collectif des 39 s’est constitué le 12 décembre 2008, autour de l’Appel contre La Nuit sécuritaire signé depuis par près de 30.000 citoyens. Il réunit des professionnels de la psychiatrie tous statuts confondus (en grande majorité), et des personnes du monde de la Culture et des citoyens qui nous ont rejoint.

Edgar Morin la voie de la complexité

Article repris de Médiapart


EDGAR MORIN NOUS MONTRE LA VOIE : DÉBAT MARDI

À l’occasion de la sortie du livre d’Edgar Morin

La Voie pour l’avenir de l’humanité ed. Fayard,

nous vous invitons à un débat mardi 1er mars 2011 à 20h00

à la Maison de l’Amérique latine}} avec

Edgar Morin Claude Alphandéry & Edwy Plenel

Edgar Morin : “La conscience de la nécessité vitale de changer voie est désormais inséparable de la conscience que le grand problème de l’humanité est celui de l’état souvent monstrueux et misérable des relations entre individus, groupes, peuples. La question très ancienne de l’amélioration des relations entre humains, qui a suscité tant d’aspirations révolutionnaires et tant de projets politiques, économiques, sociaux, éthiques, est désormais indissolublement liée à la question vital du 21ème, qui est celui de la Voie nouvelle et de la Métamorphose.”

Réservation indispensable par mail à l’adresse : débats@mediapart.fr (merci d’indiquer un nom, un prénom et le nombre de places, deux places maximum par réservation)

En partenariat avec le Centre Edgar Morin, l‘Institut International de recherche politique et civilisation et l’Institut du Tout-Monde

Maison de l’Amérique latine – 217 bd St-Germain – 75007 Paris


Les sans papiers de la psychothérapie, praticiens de la complexité

par Philippe Grauer

La voie pour l’avenir de l’humanité} mérite de ne se voir point amputée de son sous-titre, au risque de passer pour quelque texte gouroutique n’ayant aucun rapport avec celle du penseur de la complexité, co-créateur de la revue Communications qui marqua la montée en puissance du structuralisme en même temps que de la pensée 68. La parution de ce maître ouvrage, venu peu après celle de l’opuscule de Stéphane Hessel dont le succès pourrait constituer l’avertissement que les braises de l’esprit révolutionnaire continuent de couver sous une cendre que les eaux glacées du calcul gestionnariste n’ont apparemment pas éteinte, cette parution qui eut l’à propos de coïncider de peu avec la flambée de la révolution arabe, nous semble tomber bien à propos dans une sorte de changement de direction du vent de l’histoire autrement appelé air du temps.

Le beau texte d’Élisabeth Roudinesco sur les révolutions que nous vous proposons par ailleurs souffle dans le même sens. Un parfum frais semble à nouveau tout prêt à sortir des touffes d’asphodèles du printemps en préparation, surprenant l’ambiance sécuritariste des projets de grand renfermement des fous devenus ennemis publics et de la désignation à la vindicte des Roms voleurs de poules et agresseurs de gendarmeries.

Nos psychopraticiens relationnels apprécieront de se ressourcer à la fraîcheur revigorante de la pensée d’Edgar Morin. Nous les sans papiers de la psychothérapie sur le nom de qui des conservateurs corporatistes très terroir bavent régulièrement de dénonciation, nous réjouissons de fréquenter la pensée tonifiante et libératrice de l’auteur du Journal de Californie. L’humanisme dont nous sommes par la psychologie du même nom héritiers relève avec lui la tête et le défi, un humanisme qui se réclame également de la psychanalyse – courant de pensée tout aussi mal traité par les mêmes si l’on considère le fond des choses. À nous d’assumer notre part de responsabilité et d’occuper notre place en professionnels dûment autoréglementés dans le processus que l’auteur de La voie s’efforce de penser avec rigueur jusque dans le détail, de l’humanisation de l’humanité.


Edgar Morin, la voie de la complexité

par Edwy Plenel, Hugo Vitrani in Mediapart


Vieux sages et principes d’espérance

Rares sont les livres au rendez-vous de leur époque, éclairant les ténèbres alentour et indiquant un chemin d’espoir. Tel est le cas de La Voie, le dernier livre d’Edgar Morin, directeur de recherche émérite au CNRS, mais surtout penseur aussi transdisciplinaire qu’indiscipliné. Sous-titré Pour l’avenir de l’humanité , La Voie fait écho à tout ce qui s’impatiente et s’invente dans le monde, de Tunis au Caire, et jusqu’à Paris. Edgar Morin sera l’un des orateurs de la soirée organisée par Mediapart, lundi 7 février, autour de Stéphane Hessel, où l’on entendra aussi les voix de la révolution démocratique arabe.

Frère en incertitude d’Édouard Glissant, qui vient de nous quitter (lire ici notre hommage), Edgar Morin avait tôt pressenti les lucidités des poètes. C’est ainsi que deux vers lui servent habituellement de repères, comme des balises sur la voie qu’il a su tracer. Le premier, de Friedrich Hölderlin (1770-1843), sauve le principe espérance des inquiétudes qui le minent : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve ». Ce que Morin commente ainsi : « Là où croît la désespérance, croît aussi l’espérance. La chance suprême gît dans le risque suprême. » Le second, de Antonio Machado (1875-1939), sauve le principe d’incertitude d’une histoire jamais écrite par avance : « Toi qui chemines, il n’y a pas de chemin. Le chemin se fait en marchant ». Autrement dit, pour Morin, « l’espérance n’est pas synonyme d’illusion », pavée d’idéologies et de certitudes, c’est au contraire une invention qui se crée en s’engageant, en résistant et en avançant.

Nul livre, dans les livraisons récentes, n’est plus en écho avec l’ébranlement commencé en Tunisie et poursuivi dans tout le monde arabe, avec l’Egypte comme épicentre. Le premier des « principes d’espérance » qu’énonce Morin est, justement, celui qu’illustrent les événements récents : « Le surgissement de l’inattendu et l’apparition de l’improbable ». Du surgissement de la démocratie dans la petite Athènes qui, par deux fois, avait victorieusement résisté à la formidable puissance perse jusqu’à l’improbable retournement de la seconde guerre mondiale avec la contre-offensive soviétique, Edgar Morin rappelle ces moments où ce qui semblait impensable est néanmoins advenu – et ce fut le cas aussi bien de l’effondrement de l’URSS comme c’est sans doute le cas du « 89 » arabe qui commence.

Lire La Voie pour l’avenir de l’humanité (Fayard, 19 euros), c’est donc retrouver toute cette sagesse, au sens ancien, que porte l’œuvre morinienne, depuis L’Homme et la Mort (1951) jusqu’à La Méthode (six tomes, de 1977 à 2004, rassemblés en un seul volume en 2008, au Seuil), en passant par des dizaines de travaux qui illustrent aussi bien cette « pensée complexe » que cette « sociologie du présent » qui sont sa marque intellectuelle. « Sparsa colligo » (« Je réunis le dispersé »), souligne-t-il en introduction de La Voie dont il inscrit la genèse comme l’aboutissement de son cheminement. En écho à ces premières pages et en vue la soirée du 7 février au Théâtre de la Colline, nous avons d’abord demandé à Edgar Morin son regard sur cette redécouverte par notre époque inquiète des « vieux sages », à travers des personnalités comme la sienne (89 ans), celle de Stéphane Hessel (93 ans), l’auteur célébré d’Indignez-vous ! (Indigène Editions, 3 euros), ou celle de Claude Alphandéry (88 ans), dont il a préfacé le récent témoignage Une si vive résistance (Rue de l’échiquier, 9,90 euros) :

(vidéo)

La Voie réunit ce qui est dispersé et séparé

Réunissant ce qui est épars et divers, La Voie rassemble la démarche morinienne dans sa globalité, abordant en quatre parties les politiques de l’humanité, les réformes de la pensée et de l’éducation, les réformes de société et les réformes de vie. En ce sens, ce livre est une formidable introduction à toute l’œuvre et à l’originalité d’une pensée qui ne se laisse pas étiqueter ni classer. Mais, surtout, La Voie rassemble ce qui, pour chacun d’entre nous, semble si séparé, cloisonné et dispersé qu’aucune intelligibilité d’ensemble ne paraît atteignable. Tel est le défi incommensurable que s’est lancé Edgar Morin : échapper à ces spécialisations, savoirs morcelés et certitudes aveuglées qui sont autant d’obstacles à une pensée globale et, partant, à une politique d’émancipation. Librement, Edgar Morin improvise ici une introduction à La Voie :

(vidéo)

Edgar Morin raconte La Voie

Dans le moment de transition qui est le nôtre, La Voie est donc un livre essentiel. Et essentiellement politique. Appelant depuis longtemps à une « régénération de la pensée politique » qui allie « politique de civilisation » et « politique de l’humanité », Edgar Morin ébranle sa famille politique, la gauche, dans ce qui la paralyse et l’immobilise, la plongeant dans une longue impuissance et un lent chagrin. Il s’en prend à cet économisme qui, au pouvoir, l’a conduite à pactiser avec ce capitalisme financier qui « s’est mis au-dessus de l’humanité et (que) nous devrions mettre au ban de l’humanité ».

Prolongeant et approfondissant ses deux livres précédents (Pour et contre Marx, Temps Présent, 2010 ; Ma gauche, François Bourin, 2010), il l’invite à prendre l’homme dans toutes ses dimensions, non seulement sapiens, mais aussi demens, non seulement faber mais aussi mythologicus, non seulement economicus mais aussi ludens. Ne renonçant pas à ce qui fut au cœur de l’invention marxienne, ce souci d’embrasser l’expérience et la connaissance du monde, de ne pas séparer mais de relier, Edgar Morin appelle la politique à « penser en permanence et simultanément le planétaire, le continental, le national et le local ». Liant anciennes espérances et nouvelles lucidités, il met en garde la gauche socialiste sur les facilités qui la tentent, notamment avec l’éventuelle candidature de Dominique Strauss-Kahn :

(vidéo)

Une curiosité généreuse pour l’événement

« Nous ne savons pas ce qui se passe, et c’est cela qui se passe » : citant Ortega y Gasset (1883-1955), Edgar Morin souligne la difficulté de penser l’événement dans la mesure où « la connaissance est en retard sur l’immédiat ». Rejoignant ce qui fut son credo de chercheur avec la sociologie de l’événement (appliquée notamment lors des événements de Mai 1968 avec Cornelius Castoriadis et Claude Lefort dans leur livre commun Mai 1968 : la brèche), il développe et illustre, avec La Voie, une démarche qui pourrait utilement inspirer tous ceux qui, face au risque d’un événement inattendu, sont tentés de le rabattre sur leurs anciennes certitudes.

« Le présent, écrit-il dans un passage que tout journaliste devrait méditer, n’est perceptible qu’en surface. Il est travaillé en profondeur par des sapes souterraines, d’invisibles courants sous un sol apparemment ferme et solide. De surcroît, la connaissance est désarçonnée à la fois par la rapidité des évolutions et changements contemporains, et par la complexité propre à la globalisation […]. Enfin, nous, habitants du monde occidental ou occidentalisé, subissons sans en avoir conscience deux types de carences cognitives : les cécités d’un mode de connaissance qui, compartimentant les savoirs, désintègre les problèmes fondamentaux et globaux, lesquels nécessitent une connaissance transdisciplinaire ; l’occidentalo-centrisme qui nous juche sur le trône de la rationalité et nous donne l’illusion de posséder l’universel. Ainsi ce n’est pas seulement notre ignorance, c’est aussi notre connaissance qui nous aveuglent. »

(vidéo)

Cette curiosité généreuse d’Edgar Morin pour le présent, ses détours et ses bifurcations, se retrouve dans sa vision de la révolution numérique, à mille lieues des crispations conservatrices de certains milieux intellectuels. Le lecteur trouvera ainsi, au chapitre plaidant pour une « démocratie cognitive et communicationnelle », un plaidoyer lucide pour Internet, d’un Internet tiré vers son meilleur, c’est-à-dire « dans le sens de la connaissance et de la compréhension ». Illustration par son analyse de l’effet WikiLeaks, cette mèche d’informations planétaires qui, une fois allumée, a sans doute ébranlé l’hyperpuissance américaine et ses relais dictatoriaux :

(vidéo)

La compréhension, clé d’une réforme de vie

On louperait une partie essentielle de la pensée morinienne si l’on ne s’arrêtait pas sur lui-même comme spécimen de cette « réforme de vie » qu’il appelle de ses vœux et dont l’auto-éthique, cette capacité à s’auto-réformer, serait la clé. L’un des passages de La Voie nous importe, ici, plus que d’autres car il concerne très directement les pratiques d’un média participatif, communauté de lecteurs et de journalistes tissant des liens interactifs. « La réforme de vie, écrit Morin, nous conduirait à restaurer la convivialité, cette aptitude à la sympathie et au dialogue avec les partenaires de nos vies quotidiennes, à commencer par nos voisins, comme avec les inconnus de rencontre. »

Pour Morin, la compréhension de l’autre est le moteur de cette convivialité réinventée : « Réduire autrui à son ethnie, à sa race, à sa religion, à ses erreurs, à ses fautes, à son pire comportement, aveugle aussi bien sur lui que sur soi-même. La compréhension est une composante capitale de la réforme de vie. Comment espérer le moindre progrès de société s’il n’est pas lié à un progrès dans la compréhension d’autrui ? » On ne saurait trop inviter tous les contributeurs de Mediapart à méditer cette exhortation à se comprendre les uns les autres.

Aussi, en guise d’exercice pratique, avons-nous demandé pour finir à Edgar Morin comment il vivait cette statue de sage indiquant le chemin que forge son œuvre et qu’il se forge donc, fût-ce à son corps défendant. Réponse toute de finesse sur le nécessaire exercice de « dégouroutisation », ou comment se déstatufier :

(vidéo)

La Voie est un livre qui redonne espoir et courage, et c’est pourquoi il faut le lire d’urgence. C’est aussi un livre qui fait lien entre passé et futur, préservant le fil fragile des révoltes, de ces indignations qui mènent aux résistances où se créent de nouveaux possibles. De nouvelles métamorphoses, de nouvelles libérations.

Titre de psychothérapeute : nouvel arrêté

Arrêté du 13 décembre

“copie de l’extrait n° 3 de mon casier judiciaire”

Le nouvel Arrêté a tenu compte des observations que nous avons représentées au ministère, à savoir qu’il ne pouvait s’agir d’un extrait N°2 du casier judiciaire mais d’un extrait N°3. Le texte de l’Arrêté du 13 décembre remplace tout simplement celui de l’Arrêté du 9 juin 2010


JORF n°0292 du 17 décembre 2010 page 22244

texte n° 31

ARRÊTÉ

Arrêté du 13 décembre 2010 modifiant l’arrêté du 9 juin 2010 (1“) relatif aux demandes d’inscription au registre national des psychothérapeutes

NOR: ETSH1032096A

Le ministre du travail, de l’emploi et de la santé et la secrétaire d’État auprès du ministre du travail, de l’emploi et de la santé, chargée de la santé,

Vu le code de la santé publique ;

Vu l’arrêté du 9 juin 2010 relatif aux demandes d’inscription au registre national des psychothérapeutes,

Arrêtent :

Article 1

L’annexe II de l’arrêté du 9 juin 2010 susvisé est remplacée par l’annexe jointe au présent arrêté.

Article 2

La directrice générale de l’offre de soins est chargée de l’exécution du présent arrêté, qui sera publié au Journal officiel de la République française.

Annexe

A N N E X E I I

FORMULAIRE DE DEMANDE DE RECONNAISSANCE D’AU MOINS CINQ ANS DE PRATIQUE DE LA PSYCHOTHÉRAPIE

Le dossier complet, en double exemplaire, doit être envoyé dans le délai d’un an à compter de la publication du décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 relatif à l’usage du titre de psychothérapeute en courrier recommandé avec accusé de réception au directeur général de l’agence régionale de santé compétente)

Je soussigné (e) (nom, prénom),

né (e) le (date de naissance) à (lieu de naissance),

demande à ce que soient reconnus au moins cinq ans de ma pratique de la psychothérapie en application de l’article 16 du décret n° 2010-534 du 20 mai 2010.

À cette fin, je joins au présent :

1. Une lettre manuscrite exposant le motif de ma demande et tous les éléments que je souhaite porter à la connaissance de la commission régionale prévue à l’article 16 du décret du 20 mai 2010 susmentionné concernant mes formations, mon expérience professionnelle et ma pratique de la psychothérapie.

2. Une copie d’une pièce d’identité en cours de validité.

3. Une copie de l’extrait n° 3 de mon casier judiciaire. (2“)

4. Une copie des diplômes, certificats ou titres obtenus.

5. Un document de l’autorité ayant délivré les diplômes, certificats ou titres attestant du niveau de la formation et indiquant année par année le détail et le volume horaire des enseignements suivis.

6. Une attestation de la structure de formation spécifiant le contenu, la durée et le secteur dans lequel les stages ont été effectués pendant la formation.

7. Toutes pièces utiles permettant d’attester de mon expérience professionnelle ou de ma pratique de la psychothérapie, en termes, notamment, de durée et de modalités d’exercice.

Nota bene. ― Toutes les pièces justificatives sont rédigées en français ou traduites par un traducteur agréé auprès des tribunaux français.

Je souhaite être entendu (e) par la commission régionale d’inscription en application de l’article 16 du décret n° 2010-534 du 20 mai 2010.

Oui / Non

Fait à

Le

Signature du demandeur


Fait à Paris, le 13 décembre 2010.

Le ministre du travail, de l’emploi et de la santé,

Pour le ministre et par délégation :

Par empêchement simultané de la direction générale de l’offre de soins et du chef de service :

La sous-directrice des ressources humaines du système de santé,

E. Quillet

La secrétaire d’État auprès du ministre du travail, de l’emploi et de la santé, chargée de la santé,

Pour la secrétaire d’État et par délégation :

Par empêchement simultané de la direction générale de l’offre de soins et du chef de service :

La sous-directrice des ressources humaines du système de santé,

E. Quillet



NOTES :

– L’ancien arrêté, fautif.

– Une note de la rédaction. Ces deux notes étant numérotées en rouge, ci-dessous.

  • 1
    (pour comparaison voici le texte du précédent arrêté, aujourd’hui donc périmé et remplacé par celui que nous éditons ci-dessus. NdlR) (ancien) Arrêté du 9 juin 2010 relatif aux demandes d’inscription au registre national des psychothérapeutes

    NOR: SASH1015346A

    La ministre de la santé et des sports,

    Vu l’article 433-17 du code pénal ;

    Vu la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés ;

    Vu la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 modifiée portant diverses dispositions d’ordre social, notamment son article 44 ;

    Vu la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique, notamment son article 52, modifié par l’article 91 de la loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009 ;

    Vu le décret n° 90-255 du 22 mars 1990 modifié fixant la liste des diplômes permettant de faire usage professionnel du titre de psychologue ;

    Vu le décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 relatif à l’usage du titre de psychothérapeute ;

    Vu l’arrêté du 27 mai 1998 relatif à la mise en place d’un nouveau traitement automatisé de gestion des listes départementales des personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue et des professions réglementées par le code de la santé publique et le code de l’action sociale et des familles, ensemble les textes qui l’ont modifié ;

    Vu l’arrêté du 8 juin 2010 relatif à la formation en psychopathologie clinique conduisant au titre de psychothérapeute,

    Arrête :

    Article 1

    L’autorisation de faire usage du titre de psychothérapeute est réservée au professionnel inscrit au registre national des psychothérapeutes, conformément aux dispositions de l’article 7 du décret du 20 mai 2010 susvisé.
    Cette autorisation est subordonnée au dépôt auprès du directeur général de l’agence régionale de santé d’un dossier de demande, constitué selon les modalités prévues aux articles 7 et 8 de ce décret et comportant le formulaire prévu à l’annexe I du présent arrêté, dûment rempli par le demandeur.

    Article 2

    Les personnes souhaitant être inscrites sur la liste départementale des psychothérapeutes en application des dispositions des articles 16 et 17 du décret du 20 mai 2010 susvisé adressent, par voie postale, en recommandé avec accusé de réception, au directeur général de l’agence régionale de santé de la région où le demandeur souhaite exercer à titre principal un dossier en double exemplaire comportant le formulaire prévu à l’annexe II du présent arrêté, dûment rempli et accompagné des pièces justificatives.

    Article 3

    Les pièces justificatives présentées au titre des articles 1er et 2 du présent arrêté sont rédigées en langue française ou traduites par un traducteur agréé auprès des tribunaux français.

    Article 4

    Les dispositions du présent arrêté entrent en vigueur à compter du 1er juillet 2010.
    Pour l’application du présent arrêté à Saint-Pierre-et-Miquelon, les compétences dévolues au directeur général de l’agence régionale de santé par le présent arrêté sont exercées par les services déconcentrés chargés de l’administration territoriale de santé.

    Article 5

    La directrice générale de l’offre de soins est chargée de l’exécution du présent arrêté, qui sera publié au Journal officiel de la République française.


    Annexe

    A N N E X E S

    A N N E X E I

    FORMULAIRE DE DEMANDE D’INSCRIPTION
    SUR LA LISTE DÉPARTEMENTALE DES PSYCHOTHÉRAPEUTES

    (Le dossier complet, en double exemplaire, doit être envoyé en courrier recommandé avec accusé de réception au directeur général de l’agence régionale de santé compétente)

    Je, soussigné (nom, prénom) ,
    né le (date de naissance) à (lieu de naissance) ,
    demande à être inscrit sur la liste départementale des psychothérapeutes en application de l’article 7 du décret n° 2010-534 du 20 mai 2010.

    À cette fin, je joins au présent :

    1° La copie d’une pièce d’identité ;

    2° L’attestation de l’obtention du titre de formation mentionné à l’article L. 4131-1 du code de la santé publique ou du diplôme de niveau master mentionné au quatrième alinéa de l’article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 modifiée ;

    3° L’attestation de la formation en psychopathologie clinique mentionnée à l’article 1 er du décret du 20 mai 2010 susmentionné (sauf professionnels bénéficiant d’une dispense totale), précisant les modules d’enseignement suivis et validés ;

    4° L’attestation d’enregistrement pour les professions et titres réglementés par le code de la santé publique et le code de l’action sociale et des familles (le cas échéant).

    Si j’appartiens à l’une des trois catégories mentionnées au cinquième alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susmentionnée, je fournis en outre :

    – 1° Soit l’attestation de l’obtention du titre de formation de spécialiste en psychiatrie ;

    – 2° Soit l’attestation de l’obtention de l’un des diplômes mentionnés au décret n° 90-255 du 22 mars 1990 permettant de faire usage professionnel du titre de psychologue ou l’autorisation obtenue en application des alinéas II et III de l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 ;

    – 3° Soit l’attestation de l’enregistrement régulier dans un annuaire d’association de psychanalystes, établie dans les conditions fixées au dixième alinéa de l’article 8 du décret n° 2010-534 du 20 mai 2010, accompagnée d’une copie de l’insertion la plus récente au Journal officiel de la République française concernant l’association et mentionnant son objet.

    Fait à

    Le

    Signature du demandeur

    A N N E X E I I

    FORMULAIRE DE DEMANDE DE RECONNAISSANCE
    D’AU MOINS CINQ ANS DE PRATIQUE DE LA PSYCHOTHÉRAPIE

    (Le dossier complet, en double exemplaire, doit être envoyé dans le délai d’un an à compter de la publication du décret n° …. du…….relatif à l’usage du titre de psychothérapeute en courrier recommandé avec accusé de réception au directeur général de l’agence régionale de santé compétente)

    Je,

    soussigné (nom, prénom) ,

    né le (date de naissance) à (lieu de naissance) ,

    demande à ce que soient reconnus au moins cinq ans de ma pratique de la psychothérapie en application de l’article 16 du décret n° 2010-534 du 20 mai 2010.

    À cette fin, je joins au présent :

    1. Une lettre manuscrite exposant le motif de ma demande et tous les éléments que je souhaite porter à la connaissance de la commission régionale prévue à l’article 16 du décret du 20 mai 2010 susmentionné concernant mes formations, mon expérience professionnelle et ma pratique de la psychothérapie ;

    2. Une copie d’une pièce d’identité en cours de validité ;

    3. Une copie de l’extrait n° 2 de mon casier judiciaire (c’est là que résidait l’erreur du ministère) ;

    4. Une copie des diplômes, certificats ou titres obtenus ;

    5. Un document de l’autorité ayant délivré les diplômes, certificats ou titres attestant du niveau de la formation et indiquant année par année le détail et le volume horaire des enseignements suivis ;

    6. Une attestation de la structure de formation spécifiant le contenu, la durée et le secteur dans lequel les stages ont été effectués pendant la formation ;

    7. Toutes pièces utiles permettant d’attester de mon expérience professionnelle ou de ma pratique de la psychothérapie en termes notamment de durée et de modalités d’exercice.

    Nota bene. ― Toutes les pièces justificatives sont rédigées en français ou traduites par un traducteur agréé auprès des tribunaux français.

    Je souhaite être entendu par la commission régionale d’inscription en application :
    Oui / Non

    Fait à

    Le

    Signature du demandeur


    Fait à Paris, le 9 juin 2010.

    Pour la ministre et par délégation :

    La directrice générale de l’offre de soins,

    A. Podeur.

  • 2 Mis en gras par nous (NdlR).

Psychiatrie : patients matraités, familles trompées, professionnels disqualifiés

Si nos psychiatres justement indignés s’étaient indignés un peu auparavant du sort que s’apprêtait à nous réserver l’Académie de médecine soucieuse de faire main basse sur notre titre de psychothérapeute en traitant de charlatans (“disqualifie les professionnels” dit le texte, eh oui, on commence par vouer l’autre aux gémonies pour passer un beau jour à son tour à la trappe) nos praticiens dûment autoréglementés, ils n’en seraient peut-être pas là, et nous avec eux.

Il convient en Histoire de ne pas céder à l’oubli.

Cela dit nous demeurons solidaires du combat qu’à présent ils mènent et continuons de les rappeler à leur devoir de solidarité envers nous. Qui s’attaque à quelque point du Carré psy l’attaque tout entier.

Voir également à ce sujet la brève par nous éditée ce 23 février.

Philippe Grauer


Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie c’est l’homme qui disparaît (François Tosquelles).

En 2003, nous étions tous réunis pour organiser les États Généraux de la Psychiatrie. Unitairement et démocratiquement, nous avions élaboré les 22 mesures d’urgence ainsi que les 4 motions fondant les axes généraux de notre exercice.

Il n’était pas question dans ces décisions de la révision de la loi de 1990. C’était sans doute une façon d’exprimer que cette loi ne semblait pas être un obstacle fondamental à nos pratiques et que d’autres urgences nous animaient.

Sept années plus tard, seule la révision de cette loi est la réponse du ministère à nos revendications. Et ceci dans un climat particulièrement difficile puisque depuis le discours d’Antony du Président de la République, la dérive sécuritaire envahit le champ de la psychiatrie : comme si tous les patients étaient identifiés à des criminels dangereux, actuels ou potentiels.

Nous étions ensemble à Montreuil le 7 Février 2009 pour dire notre indignation devant cette idéologie inacceptable ; à l’appel du collectif des 39, 2000 personnes ont clairement manifesté leur refus d’une telle politique.

30000 citoyens ont signé un appel condamnant le discours du président de la république.

Et pourtant 70 millions d’euros furent débloqués pour des murs, des caméras, des clés, des portes. Le pacte républicain s’est rompu : les préfets discréditent les avis des psychiatres, décident contre leur avis. Si l’hospitalisation protège le patient pour des soins, celle- ci devient un enfermement arbitraire quand le préfet refuse la sortie demandée par le psychiatre.

C’est dans ce climat délétère et morbide que nous a été proposée une modification de la loi de 1990 avec un projet de loi instaurant les soins sans consentement en ambulatoire.

En Septembre nous étions de nouveau tous ensemble à Villejuif : mille participants avec toutes les forces politiques d’opposition, tous les syndicats de psychiatres, plusieurs syndicats professionnels, quelques associations d’usagers, et des familles, ont affirmé leur opposition au projet de loi.

Après la décision du Conseil Constitutionnel le 26 novembre 2010, ce projet nous revient, modifié, avec « l’introduction » du juge pour les hospitalisations sous contrainte.

choix contrôlitaires

Vous savez que si depuis la loi de 1838, l’hospitalisation seule pouvait faire l’objet d’une contrainte identifiant les soins à un lieu, le changement prévu par le législateur est une modification sans précédent ! Il s’agit d’un changement paradigmatique dans ses conséquences car ce projet de loi n’ identifie plus l’hospitalisation, mais les soins eux-mêmes à la contrainte, les réduisant à une pure surveillance. L’obligation n’a t- elle pas pris le pas sur le contenu du soin ? Ce hors lieu de la surveillance, donc son omni-présence, penche dangereusement vers des choix totalitaires, des choix « contrôlitaires » ! C’est un lourd tribut : le monde de la psychiatrie est-il prêt à s’y soumettre ? à le payer ? Un constat est à faire : même si c’est pour des raisons différentes, parfois contradictoires, divergentes voire opposées, la quasi totalité des professionnels rejette ce projet.

Ce projet ne répond pas aux attentes des professionnels, des familles, des patients.

C’est un projet qui s’oppose frontalement aux nécessaires évolutions que des soins de qualité nécessitent : il maltraite les patients, il trompe les familles, il disqualifie les professionnels.

Dans la précipitation, dans un simulacre de concertation, sans prendre le temps de penser le soin en psychiatrie, cette « réforme » de la loi de 1990, si elle était adoptée, aggraverait d’autant plus les conditions de notre exercice, dont la dégradation nous avait amenés à élaborer 22 mesures d’urgences en 2003.

Pour une loi sanitaire qui prendrait en compte les moyens, la formation, la conception de la maladie (qui s’oppose à celle de la Fondation « FondaMental » qui vient d’être richement dotée), n’est-il pas possible d’organiser dans l’urgence qui nous est imposée, un front du refus unitaire, actif, mobilisateur ?

Pour un front de refus unitaire

Le collectif des 39 ne restera pas inactif devant la gravité de la situation.

Il appelle toutes les forces vives de ce pays à se rassembler pour demander le retrait de ce projet.

Le temps presse : nous avons l’immense responsabilité d’organiser cette riposte ensemble.

Nous restons à l’écoute des propositions. Nous en ferons également. Bien cordialement à vous,

pour le Collectif des 39 :

Dr Mathieu Bellahsen, Selma Benchelah, dr Philippe Bichon, dr Hervé Bokobza, dr Loriane Brunessaux, Marie Cathelineau, dr Patrice Charbit, dr Franck Chaumon, dr Patrick Chemla, dr Guy Dana, dr Alexandra De Seguin, dr Roger Ferreri, dr Sarah Gatignol, Yves Gigou, dr Michaël Guyader, Serge Klopp, Émile Lumbroso, dr Paul Machto, Antoine Machto, Bénédicte Maurin, Simone Molina, Françoise Nielsen, Sylvie Prieur, dr Pierre Sadoul, dr Pedro Serra, dr Olivier Schmitt, dr Bruno Tournaire-Bacchini, dr Anne Tuffelli , Monique Vincent, dr Élie Winter.


Contacts

Collectif des 39 : yglns39@orange.fr

Dr Hervé Bokobza : 06 85 31 71 61

Yves Gigou : 06 60 48 98 84

Dr Paul Machto : 06 80 65 47 79

Il n’y a pas de révolution sans risque

Page débat – Le Monde du 19 février 2011

Bientôt notre commentaire. Déjà l’article intégral original. PHG

En finir avec le chantage à la terreur

«Lorsqu’une nation a été forcée de recourir au droit de l’insurrection, disait Robespierre dans son Discours du 3 décembre 1792, elle rentre dans l’état de nature à l’égard du tyran. Comment celui-ci pourrait-il invoquer le pacte social ? Il l’a anéanti. (…) Les peuples ne jugent pas comme les cours judiciaires; ils ne rendent point de sentences, ils lancent la foudre.»

Rien n’est plus exact que cette manière de décrire la naissance d’un processus révolutionnaire. Et d’ailleurs, depuis la conférence inaugurale d’Ernest Labrousse (Comment naissent les révolutions), prononcée au moment de la célébration du centenaire de la Révolution de 1789, on sait que la révolution est une séance courte, un événement foudroyant, parfois sanglant, dont on s’aperçoit après-coup qu’il ne pouvait pas ne pas se produire. Les fameuses «causes», qui relèvent du temps long, et non pas de l’irruption d’un réel toujours imprévisible, sont multiples : constitution d’une classe éclairée, crise économique et sociale, rupture entre le peuple et son prince – monarque, tyran, dictateur – sur fond d’impossibilité pour celui-ci d’effectuer la moindre réforme sans être dépossédé de son pouvoir : trop tard. On connaît la suite : le peuple, allié aux élites, tente, par l’avènement d’un régime démocratique et d’un État de droit, de concilier la liberté (individuelle) et l’égalité (sociale et économique). Tel est l’idéal de toute Révolution passée et à venir, toujours désiré, parfois réalisé.

En France, depuis qu‘en 1989 on a célébré le Bicentenaire de la Révolution en sens contraire de l’énoncé de Labrousse, et en prétendant abolir sa puissance événementielle, puisque par essence elle ne serait qu’un prélude à la Terreur et aux bains de sang, on a contribué à bannir des consciences l’idée qu’elle pût être désirable. Et on lui a opposé le principe dit «réaliste» d’une possible fin de l’Histoire sans voir que ce terme, inventé par Alexandre Kojève, renvoyait à un fantasme et non à une réalité comme voulut le faire croire Francis Fukuyama, penseur américain néo-conservateur.

L’historien François Furet (1“), au même titre que les adeptes du «goulag est déjà dans Hegel et dans Marx», se firent les hérauts de cet étrange moment festif qui permit aux partisans de la Restauration et autres artisans de la désespérance programmée de haïr la Révolution plutôt que d’en critiquer la marche. A la même date, ils se félicitèrent de la chute du communisme dans les pays de l’Est mais ils méconnurent sa signification en pensant qu’elles mettaient un point final à tout espoir révolutionnaire. Comme si l’échec radical d’un idéal devait conduire le peuple à renoncer à tout idéal.

C’était refuser de voir que ces révolutions obéissaient au même modèle que celles du XIXe siècle : un printemps des peuples. Depuis 1789, aucun régime issu de la Déclaration des droits de l’homme n’a encore réussi à concilier la liberté et l’égalité. A cet égard, mieux valait, cent ans plus tard, la démocratie libérale que le hideux visage du stalinisme. Et c’est la raison pour laquelle – de l’URSS à la Chine – les peuples de l’Est prirent acte de l’impasse du socialisme réel et du renversement de l’idéal révolutionnaire en son contraire. Rien ne permet de dire qu’il y avait là un déni de toute forme de désir révolutionnaire.

Ce qui se passe aujourd’hui dans le monde arabe et dont il faut se réjouir, c’est le retour de cet idéal, le désir d’en finir avec la peste et le choléra : autant avec les dictatures qu’avec l’islamisme politique. N’en déplaise à certains de nos intellectuels craintifs et déjà enclins à penser que charia, burqa, lapidations et autres coutumes barbares, étrangères d’ailleurs à l’islam des Lumières, sont déjà contenues dans les aspirations des opposants. Ce désir a été porté par la jeunesse, par les nouveaux moyens de communication, par les femmes, par le peuple et contre tous ceux qui, d’un bout à l’autre de la planète, n’ont pas cessé de redouter le retour des lendemains qui chantent.

Certes, les barbares sont bien là, mais leur dangerosité a aussi pour cause le fait qu’ils ont été persécutés – et non pas combattus – par des dictatures corrompues, elles-mêmes soutenues par certains représentants des démocraties occidentales et, pire encore, par des dirigeants israéliens engagés dans une politique suicidaire pour Israël, pour son peuple et pour les Juifs du monde entier, une politique contraire aux idéaux de liberté d’un certain sionisme révolutionnaire aujourd’hui incarné par une minorité d’intellectuels progressistes désireux de vivre en paix avec des Palestiniens en proie aux mêmes rêves et aux mêmes déceptions. Aucune révolution ne se fait sans risque, et nul ne peut prévoir de quoi demain sera fait. Le pire serait de condamner par avance l’espoir au nom d’une possible dérive à laquelle on finirait par aspirer à force de jouir d’en avoir peur.

L’esprit de la Révolution est en marche. Un jour viendra où il se propagera de l’Iran à la Chine en passant par l’ensemble du monde arabe. Et de même il reviendra en France, sous d’autres formes, au moment même où l’on pensera l’avoir définitivement extirpé des consciences. En témoigne, comme signe avant-coureur, le succès impressionnant d’un petit opuscule – Indignez-vous ! – dont l’auteur, Stephane Hessel, gaulliste et social – démocrate, ancien résistant, ancien déporté, pacifiste et peu enclin aux violences de rues, n’avait pas un instant imaginé qu’il aurait une telle portée. Ainsi, un signifiant aura-t-il suffit à revaloriser en un instant un idéal de rébellion dans une société mise à mal par un mauvais gouvernement.

Ce qui arrive aujourd’hui, et qui arrivera dans le monde mondialisé de demain, c’est le rêve d’un ailleurs à venir non encore circonscrit et qui serait le nouveau nom de la révolution : autrefois Mandela, aujourd’hui Bouazizi, jasmin, Nil. «La Révolution est un bloc», disait Clemenceau. Il faut s’en souvenir pour faire exister un projet de changement social qui n’éliminerait pas les libertés fondamentales et permettrait de combattre l’obscurantisme et le communautarisme.

  • 1 Penser la révolution française, Gallimard, 1978

Refoulement de la psychanalyse ?

CAEN

Amphithéâtre Tocqueville Université de Caen-Basse-Normandie

Esplanade de la Paix.

Vendredi 18 février de 20 à 22:00 – Entrée libre.


Conférence-Débat

Christian Godin

Maitre de conférences en philosophie (Université de Clermont-Ferrand)
auteur de La Totalité et La philosophie pour les nuls

avec la participation de

-* Nadine Proïa-Lelouey

Professeur de psychologie clinique et pathologique (Université de Caen)
Membre du CERReV

-* Gilles-Olivier Silvagni

Psychanalyste, membre de la SIHPP

Le pain & les miettes

Après une période de domination intellectuelle, jusque dans les années 1970, la psychanalyse a été en France, l’objet d’un véritable refoulement dont il nous faut comprendre les raisons profondes.

À l’écart de toute école et plus encore de toute chapelle, Christian Godin, philosophe et maître de conférences à l’université de Clermont-Ferrand entend montrer comment, en plus de sa dimension thérapeutique qui résiste encore héroïquement à l’impérialisme de la pharmacie, la psychanalyse représente un indispensable moyen de compréhension critique. Faute de quoi, c’est la fiction du sujet néolibéral responsable de tout et ivre de bonheur qui risque de s’imposer, contre les évidences mêmes.

A partir de son livre, Le Pain et les miettes, paru l’an passé chez Klincksieck, Christian Godin analysera quelques symptômes de notre hypermodernité (consumérisme, vide-grenier, euthanasie) et de l’inconscient d’un homme, de plus en plus répandu dans le monde mondialisé, partagé entre le fantasme de la totalité (le pain) et le désastre du rien (les miettes).

La conférence sera suivie d’un débat avec la salle et avec les deux discutants.

Entrée libre.

Élisabeth Roudinesco au quai Branly

PARIS – Université populaire du quai Branly

Samedi 5 mars 2011 – 14:30

Cycle Grand Témoin avec Élisabeth Roudinesco

Accès libre dans la limite des places disponibles

Cette conférence a lieu dans le cadre du cycle Grands Témoins.
Un samedi par mois, l’Université populaire du quai Branly propose la rencontre avec de « grands témoins », porteurs d’une expérience universelle ou, au contraire, de singularités extraordinaires. Nés ici ou ailleurs, ces grands témoins sont à la fois le proche et l’étranger, comme le musée du quai Branly.

Découverte

Le principe du grand témoignage repose sur l’improvisation : on est interviewé à chaud par un journaliste qu’on n’a pas rencontré avant.

Cette saison, vous pourrez ainsi découvrir le parcours d’intellectuels comme Béchir Ben Yahmed, ancien ministre d’Habib Bourguiba, fondateur et président du groupe de presse Jeune Afrique (2 octobre), Mamadou Diouf, historien sénégalais, directeur du département des études africaines à l’Université Columbia aux États-Unis (4 décembre), mais aussi de Françoise Héritier, africaniste, professeur honoraire au Collège de France (6 novembre), de Patrice Leconte, le célèbre réalisateur français (8 janvier), de Malik Peiris, médecin d’origine sri-lankaise au Centre Pasteur de Hong Kong qui a découvert le virus de la grippe aviaire (7 mai), ou encore de Jean-Claude Milner, linguiste et écrivain (5 février), Élisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse et écrivain (5 mars), et de deux personnalités indiennes de premier plan, Dileep Padgaonkar, ancien rédacteur en chef du Times of India et collaborateur d’Henri Langlois à la Cinémathèque française (2 avril), et Harbans Mukhia, historien, écrivain, spécialiste de l’histoire moghole, et plus largement des musulmans de l’Inde (4 juin).

Musée du quai Branly, théâtre Claude Lévi-Strauss – www.quaibranly.fr

– entrée Debilly : 37 quai Branly

– entrée Université : 218 rue de l’université

Tout contre Freud

Samuel Lézé : Tout contre Freud

Samuel Lézé est spécialisé dans l’anthropologie politique de la santé mentale (voir son blog) et il est l’auteur d’un livre qui vient de paraître : “L’autorité des psychanalystes” que j’espère chroniquer prochainement.
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Présentation de l’éditeur:
Comment expliquer la place ambiguë de la psychanalyse dans notre société ? Avec un regard qui rappelle celui des persans de Montesquieu, un anthropologue a exploré pendant une dizaine d’années l’univers parisien de la psychanalyse. Il relate non seulement le parcours des patients et des psychanalystes dans un monde qui possède ses propres règles, mais aussi un épisode clé de l’histoire du mouvement freudien en France (États généraux de la psychanalyse, réglementation du titre de psychothérapeute, parution d’un Livre noir de la psychanalyse), dont l’autorité est aujourd’hui contestée au nom de la scientificité et de l’efficacité de psychothérapies modernes. À travers l’anthropologie d’un lieu commun faussement familier et qui suscite le plus souvent une critique radicale ou un engouement total, l’auteur interroge la rationalité d’une pratique finalement méconnue.

Tout contre Freud

Le crépuscule d’une idole
Michel Onfray
Éditeur : Grasset

Résumé : Le crépuscule d’une idole est une contribution à un genre ancien qui accompagne le mouvement freudien depuis un siècle : l’essai antifreudien. La nouveauté : servir d’arme symbolique de divulgation dans l’arène médiatique avant même la sortie du texte.

Samuel LÉZÉ

Le crépuscule d’une idole est une contribution à un genre ancien qui accompagne le mouvement freudien depuis un siècle : l’essai antifreudien. Invariablement, la formule centrale se résume ainsi :

(i.) Freud est le père de la psychanalyse
(ii.) Or, Freud a un certain nombre de vices
(iii.) Donc la psychanalyse est sujette à caution

Chacun reconnaîtra immédiatement un sophisme bien connu, mais d’une redoutable efficacité dans l’arène médiatique où les réputations sont en jeu : l’argument ad hominem. L’objectif est de discréditer un discours ou une proposition en l’associant à la conduite et à la personnalité de son auteur 1. Evidemment, chaque essayiste a une originalité dans sa mise en oeuvre : l’intensité du répertoire polémique, le procédé de la critique morale et surtout, l’ingrédient essentiel, la nouveauté des vices reprochés (prémisse ii.).

Freud contre Freud

Dans son ouvrage en cinq grandes parties couronnées par une bibliographie commentée de vingt pages, Michel Onfray propose une version méthodologique de cet argument : “la psychobiographie nietzschéenne” (p. 94). En pensant le corpus de Freud comme symptôme théorique de son propre corps, l’objectif est de briser une dizaine de clichés concernant la psychanalyse (p. 28). A cet égard, l’ouvrage commence sur une contradiction : l’un des premiers clichés, diffusé par les “élites intellectuelles”, “l’historiographie dominante” et la “machinerie idéologique” (p.30), est le Freud philosophe du programme officiel de philosophie. Or, c’est justement le postulat majeur de son ouvrage : Freud n’est qu’un philosophe et sa philosophie le panse plutôt qu’il ne l’a pensé. Voilà Freud réduit à son autobiographie et la psychanalyse à la singularité de son géniteur. 2 Bref, la tautologie se veut meurtrière : la psychanalyse n’est pas une science portant sur l’universel et la vérité. C’est d’ailleurs ce qui fonde la redoutable thèse de l’auteur : “la psychanalyse (…) est une discipline vraie et juste tant qu’elle concerne Freud et personne d’autre” (p. 39). C’est la version radicale, à la lettre, de la première prémisse : mieux vaut tuer la poule dans l’oeuf.

Toute l’ambiguité de la démarche repose dans l’appel aux “armes rationnelles de l’histoire” (p.34) et le recours aux “historiens critiques” (i.e. des antifreudiens !) tout en se prétendant généalogiste. Comment le nominaliste – qui s’intéresse aux valeurs des faits – peut-il prétendre en même temps au bienfait du positivisme – qui s’intéresse aux faits supposés neutres ? Comment se dire au-delà du bien et du mal (la morale moralisatrice) et ne cesser de juger de la valeur morale des faits en moraliste ? Comment peut-on d’une main brûler un cliché, puis de l’autre en proposer un nouveau ? 3 En plus du lien entre vices 4 et concepts pro domo (e.g. la sublimation, p. 160), Michel Onfray propose en effet une lecture personnelle des incohérences morales que l’on peut exhiber à la lumière d’une comparaison entre les textes de Freud et de sa correspondance. 5 Logiquement, les arguments historiques ne peuvent rien objecter à cette façon de reconstruire un portrait moral. Le problème général que pose la démarche, et qui est bien dans l’air du temps, est le retour de la question morale dans le débat public. Il est donc piquant de constater combien c’est le nihiliste lui-même qui suppose l’existence d’une morale aujourd’hui bafouée : pour Michel Onfray, le philosophe se doit d’être vertueux et cohérent. Et Freud n’est pas un innocent… Les antifreudiens ne sont donc pas des historiens, mais bien des iconoclastes.

Freudocentrisme

Or, l’iconoclaste est le pendant de l’idolâtre. L’idolâtre freudien a existé, il a même constitué un obstacle épistémologique au développement de l’histoire de la médecine mentale 6, mais il a disparu depuis bien longtemps. C’est à cette période aujourd’hui révolue que l’iconoclaste continue à se référer en parlant de “légende” freudienne et des odieuses nourrices qui l’ont colportée. Très sérieusement, il veut faire rire. Au nom du rationalisme, il dénonce. Mais le rationalisme prosélyte des entrepreneurs de morale qui apportent la bonne parole et traquent les nouvelles religions (conclusion iii.) n’est pas le rationalisme critique des philosophes des sciences qui s’attachent à penser la spécificité et les difficultés d’une région épistémique comme celle de la psychanalyse. Car dès lors, il conviendrait de prendre un véritable risque intellectuel en provoquant une controverse scientifique dans l’arène académique. Au lieu de quoi, à l’instar des chasseurs de superstitions, on trouve sous la plume de l’auteur des jugements sans équivoque sur la “supercherie” (p. 142), la “fantaisie personnelle” (p. 145), la “magie” (p. 265 et p. 376) du Freud “Shaman” (p. 437) exploitant un “vieux fonds irrationnel” (p. 441). Marcel Mauss, qui lisait Freud, aurait certainement été étonné de se voir ainsi embarqué (p.444) dans cette drôle d’histoire qui tombe à pic dans un contexte politique qui vante les mérites de la modernisation !

Paradoxalement, l’iconoclaste n’est pas seulement contre Freud, il est tout contre Freud. Il produit du freudocentrisme, car il a besoin de Freud en personne et uniquement de lui (prémisse i.). L’histoire de la psychanalyse sans Freud devient en effet problématique et incompréhensible ; la psychanalyse d’aujourd’hui est réduite à une religion archaïque, “survivance” de croyances absurdes auxquelles les analysants adhèrent sans distance et protégée par une armée de prêtres malveillants. Il suffit pourtant de sortir des textes et d’un passé aujourd’hui révolu pour constater le renouvellement de la psychanalyse, ses multiples rectifications et la transformation de sa pratique. Mais l’iconoclaste ne s’intéresse pas à l’aujourd’hui car il demeure un peu idolâtre pour achever sa tâche. Comment ses extrapolations abusives à l’égard de La psychanalyse pourait-elle d’ailleurs fonctionner ? Pour autant, l’iconoclaste au gant blanc n’est pas un meurtrier ni même un véritable freudicide, car il ne s’occupe que des clichés. La malédiction condamne même l’iconoclaste à dégrader indéfiniment la psychanalyse sans jamais y parvenir complètement… Pourtant, une seule balle suffirait pour liquider Freud : l’indifférence. Avec un silencieux, évidemment. Le brouhaha ne facilite pas la tâche. Et déjà, les lecteurs se hâtent sur les étalages pour redécouvrir l’oeuvre de Freud… Il faudra, un jour prochain, tout recommencer.

Une arme symbolique non conventionelle : Freud = Fraude

A défaut d’indifférence et de silencieux, il convient de noter la violence du procédé et sa nouveauté. L’essai se veut un instrument de divulgation bien avant la parution du texte. Avant d’être le contenu d’un texte, la divulgation est un message médiatique dans un contexte qui s’enflamme comme une traînée de poudre selon les règles de l’art des grands médias. De ce fait, le discours de l’auteur est une arme symbolique de destruction massive de la critique bien au-delà des freudiens : l’arène médiatique dissuade aisément la plupart des spécialistes de la question d’intervenir sereinement. Et il faut bien se demander dans quelle mesure ce type d’arme non conventionnel risque à l’avenir de proliférer… Ainsi, un message plein d’emphase circule sur les ondes, prépare soignement la sortie de l’ouvrage et provoque évidemment la polémique. Il réactive un vieux stéréotype : la psychanalyse est une idéologie bourgeoise fausse qui coûte cher. La souffrance psychique qu’elle prend en charge ne vaut pas autant que la véritable souffrance sociale. Là encore, le généalogiste se fait moraliste en invoquant une hiérarchie des valeurs. Il est même piquant de constater qu’il s’agit encore de défoncer bruyamment une porte ouverte : les freudiens sont politisés de longue date et ils sont justement les principaux promoteurs de la clinique de la souffrance au travail ou même de la clinique de la précarité en allant à la rencontre des déssafiliés… la misère (comme d’ailleurs les grands débats de société) s’invite sur le divan et les psychanalystes sortent depuis longtemps de leurs cabinets freutrés. 7 Mais dans ce brouhaha, qui peut encore l’entendre ?

La posture de la divulgation (”on ne nous dit pas tout !”) est liée à la position objective de l’essayiste dans le champ intellectuel. Il a un impact sur la forme de l’argumentation, la portée médiatique, la durée et l’issue de la polémique. Dans ce cas, l’iconoclaste est aussi une icône du champ intellectuel dont le système d’opposition et la radicalité structure de longue date son audience. En dénonçant la psychanalyse dans les médias, il participe tout autant à “l’appareil de domination idéologique” (p. 453). En captant les rieurs, il est toujours du bon côté : le corps, le plaisir, l’existence, le populaire, le régional, la satire, la liberté, l’anti-institutionnel, etc. Or, jouer des facilités de l’existence contre les obligations de la logique, c’est pourtant amputer la philosophie de sa tension essentielle. 8 Tenter de doubler les freudiens sur leur gauche peut également s’avérer une conduite bien imprudente dans une conjoncture où précisément une partie de la critique sociale repose sur eux. 9 Mais dans l’esprit de l’auteur du Crépuscule d’une idole, le freudien tombe immanquablement du mauvais côté : n’est-il pas un parfait représentant de l’arrogance intellectuelle de cette petite élite parisienne de bourgeois peine-à-jouir se complaisant dans l’ascétisme et les discours creux ?

Le piège était presque parfait.

rédacteur : Samuel LÉZÉ, critique à Nonfiction
Illustration : Yves Le Bail/flickr.com

Notes :
1 – En souvenir d’un célèbre précédent, appelons l’usage de ce procédé rhétorique, “l’effet Voltaire”
2 – Ou encore, la psychanalyse ne serait qu’un simple plaidoyer pro domo de Freud.
3 – Ce que l’auteur nomme une “contre-carte postale”, p. 37
4 – Une copieuse liste se trouve page 102, puis page 140-141
5 – Par exemple page 85. L’étude morale du “conquistador” se trouve à la page 84 puis aux pages 300-302.
6 – Mark S Micale, ‘Paradigm and Ideology in Psychiatric History Writing: The Case of Psychoanalysis’, Journal of Nervous and Mental Disease, 184, 1996, pp. 146-52
7 – Emmanuel Renault, Souffrances sociales. Philosophie, Psychologie et Politique, Paris, La Découverte, 2008
8 – Chacun peut méditer la chute d’un discours inédit de Georges Canguilhem, 1990, “Qu’est-ce qu’un philosophe en France aujourd’hui ?”
9 – “La nuit sécuritaire. Le manifeste des 39″, Revue Sud/Nord, Erès, n°23, 2009 ; Roland Gori, Barbara Cassin, Christian Laval (dir.) L’Appel des appels. Pour une insurection des consciences, Paris, Mille et une nuits, 2009
Titre du livre : Le crépuscule d’une idole
Auteur : Michel Onfray
Éditeur : Grasset
Date de publication : 21/04/10
N° ISBN : 2246769310