Foucault en toute liberté

le Monde des livres du 11 février 2011. La Une.

Résumé

Michel Foucault (1926-1984) est le philosophe de la deuxième moitié du XXe siècle dont l’œuvre est la plus commentée dans le monde. Paraît aujourd’hui la transcription de son premier cours au Collège de France (1970), Leçons sur la volonté de savoir – centré sur l’étude de la tragédie de Sophocle Œdipe-roi, dont il fait la matrice de toute forme de révolution – : un souverain, atteint de démesure, est, sans le savoir, une souillure : époux de sa mère, assassin de son père, père de ses frères. Il perd le pouvoir à mesure qu’il prend conscience de la vérité de son état. Il est destitué au profit d’une nouvelle souveraineté : celle du peuple et du sage.


Michel Foucault, Leçons sur la volonté de savoir. Cours au Collège de France. 1970-1971, suivi de Le savoir d’Œdipe. Édition établie sous la direction de François Ewald, Alexandro Fontana et Daniel Defert. Hautes études, Gallimard/Seuil. 318p. 23 €.


Bientôt ici même notre commentaire. PHG


le philosophe plus lu dans le monde

Considéré comme un extrêmiste pour sa défense des minorités et des exclus, attaqué par les historiens qui le jugeaient trop philosophe et par les philosophes qui le trouvaient trop historien, accusé à tort d’avoir soutenu la révolution islamique en Iran en 1979, voué aux gémonies par des puritains fous qui virent en lui un assassin transmettant le sida, Michel Foucault est aujourd’hui, vingt-cinq ans après sa mort, le penseur de la deuxième moitié du XXe siècle le plus lu et le plus commenté dans le monde, autant par les spécialistes des études culturelles et les tenants du libéralisme que par les post-marxistes et les théoriciens de la littérature, de l’art et de l’histoire des sciences. Aucune lecture univoque ne saurait épuiser la richesse d’une telle œuvre.

perpétuelle effervescence

Proche de son vivant de la Deuxième gauche, Foucault a donc laissé un immense héritage conceptuel, permettant une nouvelle approche universelle de la sexualité, de la folie, de la médecine, de la psychopathologie, de la philosophie et des grands savoirs institués : science, économie, politique, droit. Il est mort trop tôt pour avoir eu le temps d’aborder tous les thèmes qui le hantaient. Mais du coup, le rassemblement des textes et entretiens (Dits et écrits, Gallimard, 4 volumes, 1994) et l’établissement des cours qu’il donna au Collège de France, de 1970 à 1984, et qui s’ajoutent à des ouvrages classiques somptueusement écrits, n’en sont que plus fascinants : on y trouve pêle-mêle toutes les formes d’une pensée en perpétuelle effervescence.

désordres, rituels, césures, failles

En 1970-71, pour la première année de son cours au Collège de France – Leçons sur la volonté de savoir – qui paraît aujourd’hui et qui annonce l’ensemble à venir, Foucault décide de montrer, à travers un commentaire des grands textes de la Grèce ancienne (Hésiode, Aristote, Homère, Sophocle, les Sophistes), éclairés par Kant, Spinoza et Nietzsche, comment chaque époque produit des discours visant à départager le vrai et le faux, le juste et l’injuste, le pur et l’impur. En un mot, il s’agit pour lui de mettre en évidence comment, derrière l’ordre apparent des mots et des choses, se constituent des énoncés transgressifs : désordres, rituels, césures, failles. Ainsi s’affrontent sans cesse plusieurs types de savoir, entre volonté de souveraineté et désir de vérité : haute autorité monarchique de l’Un, d’un côté, disparité engendrée par la négation de toute unité, de l’autre.

Au cœur de ces Leçons, il consacre un chapitre entier à la pièce de Sophocle, Œdipe-roi, qui témoigne, selon lui, et de façon emblématique, d’un moment originel d’affrontement, pour la pensée occidentale, de tous les types de savoir. Il donnera six variantes de ce commentaire, après la conférence du 12 mars 1971, Le savoir d’Œdipe, ajoutée par l’éditeur dans ce volume programmatique.

démesure

Pour éviter que ne se réalise l’oracle d’Apollon, qui lui avait prédit qu’il serait tué par son fils, Laios, époux de Jocaste et descendant de la famille des Labdacides, remet son nouveau-né à un serviteur après lui avoir percé le pied. Au lieu de le conduire au mont Cithéron, celui-ci le confie à un berger qui le donne à Polybe, roi de Corinthe sans descendance. Parvenu à l’âge adulte, Œdipe, croyant fuir l’oracle se rend à Thèbes. Sur le chemin, il croise Laïos et le tue au cours d’un rixe. Il résout l’énigme de la Sphinge puis épouse Jocaste qu’il n’aime ni ne désire et dont il aura quatre enfants. Quand la peste s’abat sur la cité, il enquête pour savoir la vérité que Tirésias, le devin aveugle, connaît. Un messager, l’ancien serviteur, lui annonce la mort de Polybe mais lui raconte aussi comment il l’a recueilli autrefois des mains du berger. Jocaste se pend et Œdipe se crève les yeux.

Pour les Grecs, Œdipe est un héros tragique atteint de démesure. Il se croit puissant par son savoir et sa sagesse mais il est contraint de se découvrir autre que lui-même, une souillure qui trouble l’ordre des générations, un boiteux, fils et époux de sa mère, père et frère de ses enfants, assassin de son géniteur.

réinvention freudienne

Lorsque Freud s’empare de cette affaire en 1896, il détourne la signification grecque de la tragédie pour faire d’Œdipe un héros coupable de désirer inconsciemment sa mère au point de vouloir tuer son père, liant ainsi la psychanalyse au destin de la famille bourgeoise moderne : destitution du père par les fils, volonté d’une fusion avec la mère, comme figure première de tous les attachements affectifs.

Critiquant cette réinvention freudienne, Foucault affirme que la tragédie œdipienne met en scène l’affrontement entre différents types de savoirs : procédure judiciaire de l’enquête, loi divinatoire, souveraineté transgressive, savoir des hommes d’en-bas (le messager, le berger), connaissance vraie du devin. Et il en tire la conclusion qu’il s’agit là d’un schème fondateur : tout savoir unificateur peut être battu en brèche par le savoir d’un peuple et par celui du sage (Tirésias). En devenant impur, Œdipe perd le savoir sur la vérité, il ne peut plus gouverner : “Œdipe ne raconte pas la vérité de nos instincts et de notre désir, affirme Foucault, mais un système de contrainte auquel obéit, depuis la Grèce, le discours de vérité dans les société occidentales“.

un nouveau savoir sur l’homme

On voit donc ici de quelle manière Foucault se confronte au discours psychanalytique, dont il fait un moment de la constitution d’un nouveau savoir sur l’homme. Et c’est pourquoi, en 1976, dans La volonté de savoir, premier volume d’une histoire de la sexualité, dont le titre est emprunté à ce premier cours, il transformera Freud en une sorte d’Œdipe réinstituant le pouvoir symbolique d’une souveraineté perdue (la loi du père) mais affrontant la montée en puissance des trois figures rebelles de la femme hystérique, de l’enfant masturbateur et de l’homosexuel. Manière de penser les fondements d’une histoire de la psychanalyse.

Mais, au-delà de cette confrontation, ce superbe commentaire d’Œdipe traduit la conception politique de Foucault. Loin de tout anti-humanisme – terme dont il avait horreur –, il fait de la liaison du savoir du sage et de celui de la société civile la condition de l’émergence d’un véritable discours démocratique capable de renverser les souverainetés archaïques.

L’établissement du cours par Daniel Defert, à partir de notes manuscrites, sa présentation, la bibliographie et les index – dont un des termes grecs – sont parfaites. Voilà donc une belle restitution de la parole foucaldienne à travers laquelle on a l’impression d’entendre la voix métallique du philosophe, s’adressant à la foule de ses auditeurs, sans le moindre effet oratoire, avec parfois ses deux mains posées le long de son visage.


fidèle à sa pensée, infidèle à sa décision

À l’exception de l’année 1977, Michel Foucault a enseigné au Collège de France de décembre 1970 à juin 1984, dans le cadre d’une chaire créée pour lui sous le titre Histoire des systèmes de pensée. Bien qu’il eût affirmé avant sa mort qu’il refusait toute publication posthume, ses héritiers, face à la demande du public et pour éviter tout piratage, ont décidé d’établir une transcription avec bibliographie, présentation et documents annexes, à partir des notes manuscrites et des enregistrements disponibles et de confier la responsabilité de chaque livraison à des auteurs différents. Parmi eux, outre Daniel Defert et Alessandro Fontana : Mauro Bertani, Frédéric Gros, Jacques Lagrange, Michel Senellart. Depuis 1997, neuf volumes ont été publiés sur un total de treize. Quatre volumes sont en préparation.

L’édition de cette œuvre posthume est particulièrement réussie. Cela tient à la personnalité de Daniel Defert, compagnon de Foucault et légataire de ses manuscrits. Avec le soutien de la famille du philosophe, il a eu le souci de favoriser un travail d’équipe, de laisser se créer un Centre d’études à la bibliothèque du Saulchoir – lequel est financé par les droits d’auteur reversés par la famille –, et enfin de valoriser les archives en collaboration avec l’IMEC, afin de les rendre accessibles aux chercheurs du monde entier. Foucault récusait la notion d’auteur : son légataire l’a suivi en étant fidèle à sa pensée et infidèle à sa décision de refus d’une œuvre posthume.

Psychiatrie : soutien au Mouvement des magistrats de France

Collectif des 39 contre La Nuit Sécuritaire

Communiqué de presse mardi 8 février 2011

Soutien au Mouvement des magistrats de France

Le Collectif des 39 contre La Nuit Sécuritaire apporte son soutien total au mouvement de protestation des magistrats, à la suite des propos indignes du Président de la République.

Comme à son habitude dans des circonstances analogues, nous l’avons constaté après le drame de Grenoble en novembre 2008, après chaque fait divers qui peut faire fructifier son populisme émotionnel et simpliste, ce Président se précipite et jette à la vindicte populaire des « responsables » immédiats sans aucune précaution, au mépris d’un travail d’enquête sur les faits.

Il a instauré comme ligne politique l’attaque du lien social, la désignation de boucs émissaires sous prétexte de se placer du côté des victimes : les schizophrènes dangereux, les roms voleurs et fauteurs de troubles, les monstres, et maintenant les professionnels.

“tous coupables”

devient l’axe essentiel de cette politique ! Diviser pour régner ?

Cette orientation politique a pour effet d‘attiser les haines, d’accroître le sentiment de peur, de favoriser les affrontements des citoyens les uns contre les autres, mais aussi de détourner l’opinion sur sa responsabilité dans la détérioration de la vie quotidienne, la précarité, la destruction des services publics, les conditions inacceptables des moyens affectés à la Justice, l’introduction d’un management dévastateur et une gestion stérilisante dans les hôpitaux, le grand renfermement des malades mentaux, l’amplification des inégalités, le règne de l’argent.

Comme lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, il désignait immédiatement au mépris de tout élément de véracité, comme délinquants et cambrioleurs, les deux jeunes Zyed et Bouna qui venaient de mourir électrocutés dans le transformateur EDF victimes de leur peur de la police.

mensonge d’État

Le mensonge servirait-il de politique ?

Dans le drame de Pornic, au mépris de toute vérité des faits, il a été tenté d’abord de présenter le suspect de délinquant sexuel récidiviste !

Oui, un meurtre est toujours horrible !

Oui, un meurtre est toujours révoltant !
Oui, un meurtre est le signe d’une impuissance !
Oui, un meurtre est le témoin de la cruauté et du « désir » de destruction qui se niche au fond de chaque être humain. Les actes horribles, abjects de « bons pères de famille » qui se transforment en barbares en situation de guerre, nous l’ont bien montré.
La barbarie fait partie de l’humain, son côté obscur.

La raison, le respect de l’altérité, la solidarité, l’hospitalité, l’accueil des diversités, peuvent être les outils pour limiter, réduire, empêcher autant que faire se peut l’expression de la barbarie humaine.

Alors laisser entendre que si un meurtre a été commis, il aurait pu être évité “ si les responsables avaient fait leur travail “, est un mensonge d’État.

Les parents ont été désignés comme responsables de l’absentéisme scolaire, ou pire des actes de délinquance de leurs enfants.

Les enseignants sont désignés comme responsables de l’échec scolaire.

Les psychiatres ont été désignés comme responsables des actes de patients.

C’est maintenant au tour des magistrats.

A quand le tour du Président et du Gouvernement ?

Le Collectif des 39 contre La Nuit Sécuritaire soutient sans réserve le mouvement des magistrats par solidarité mais aussi pour être confrontés nous-mêmes, aux mêmes attaques, aux mêmes suspicions. À travers ce soutien il exprime ainsi la nécessité de rejeter avec force les propos indignes et récidivants de la plus haute autorité de l’État.

Lorsque celui dont la fonction fondamentale est d’être le garant du respect de la Constitution, se met pour la troisième fois au dessus de ces principes fondamentaux, ce fait pose une question gravissime sur le fonctionnement de nos institutions.

Si le Président est un multi-récidiviste en la matière, quelle valeur, quel sens, les citoyens peuvent-ils alors donner à leurs conduites en société ?

psychothérapie & révolution arabe

Chronique hebdomadaire de Bernard Ginisty du 06/02/2011


Toujours la même problématique, quand c’est complexe on réduit à quelques facteurs, la vie passe à la trappe. Ici la vie des peuples, dans notre métier la vie psychique irréductible à telle super discipline explication finale de tout à l’exclusion des autres, dans notre métier le dogmatisme et l’arrogance scientististique.

Philippe Grauer


Ce qui se passe aujourd’hui dans le monde arabe dépasse singulièrement le cadre des révolutions de palais ou des complots de sérail dans lesquels l’Occident a trop souvent voulu réduire la vie politique du Moyen Orient. On se souvient de la phrase fameuse des Mémoires de Guerre du Général de Gaulle évoquant son voyage vers le Liban : “vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples“.

Or nous sommes obligés de constater que les évènements actuels font voler en éclats les « idées simples ». Un exemple, dans son édition du 3 février, le journal Le Monde publie un dossier sur la révolte égyptienne (1). Le correspondant du journal en Israël publie un article intitulé “Israéliens et Palestiniens souhaitent le maintien du régime Moubarak. Israël comme l’Autorité palestinienne craignent une percée politique des Frères musulmans .” Dans le même dossier, on peut lire ce propos d’un ingénieur égyptien de 27 ans à l’intention d’Israël : “Arrêtez de soutenir Moubarak. Arrêtez d’imaginer qu’il vous faut un homme tampon entre vous et le peuple arabe. Cette guerre est entre nous et Moubarak, pas entre nous et vous.“.

Un des meilleures analyses de la situation me semble être la chronique publiée par Peter Harling, Directeur des activités de l’International Crisis Group en Irak, en Syrie et au Liban (2). Il constate que la diplomatie occidentale au Moyen Orient s’est limitée à trois buts : préserver l’accès aux ressources énergétiques, préserver la sécurité d’Israël et endiguer les islamistes. Les appels occidentaux aux réformes et au respect des droits de l’homme ont toujours cédé le pas à ces trois exigences très pragmatiques. Aussi, le scénario d’une société civile arabe qui refuse d’être passée par profits et pertes dans les rapports de forces entre gouvernements prend de court les responsables des politiques étrangères des pays occidentaux. Les épisodes piteux des vacances tunisiennes et égyptiennes de notre ministre des affaires étrangères et de notre premier ministre illustrent cette absence de considération pour les sociétés civiles de ces pays.

Comme l’écrit Peter Harling, “un des aspects les plus stimulants des changements en cours vient du fait qu’aucun des concepts à travers lesquels la région est généralement appréhendée (islamisme, terrorisme, sectarisme, antisémitisme, ou à l’inverse « modération) n’est pertinent dans la situation actuelle“. C’est donc d’abord nos outils de lecture des réalités sociopolitiques du Moyen Orient qu’il convient de changer.

Lorsqu’on rappelle la phrase gaullienne sur l’Orient compliqué, on oublie de citer la suite du propos : “Je savais qu’au milieu de facteurs enchevêtrés une partie essentielle s’y jouait. Il fallait donc en être” ». Si, dans cette région du monde, l’Occident veut continuer à en être, il doit commencer à remettre en cause ce que Peter Harding appelle “une diplomatie on ne peut plus traditionnelle.” Il faut souhaiter avec lui “que l’Occident, passé les homélies, ne devienne pas une source de régression nouvelle dans une région qui a tant besoin de regarder en avant.”

Psychothérapie : METRO psycho tout faux

“Comment s’y retrouver parmi les psys ?”

Article reproduit depuis snppsy.org avec son aimable autorisation.

Mots clés : psy, psychothérapie, psychanalyse, psychopraticien, psychopraticien relationnel, Miviludes, sectes, pseudo thérapeutes, Carré psy. Snppsy.org

Faire peur à mal escient

Métro prévient son public (1“), dans son numéro en date du 1er février : il faut faire le tri psy. On y lira un article malveillant et tendancieux en note ici-même. Attention y est-il dit, aux faux praticiens dans le domaine. Metro a bien raison. Seulement sa mise en garde comporte des inexactitudes et lacunes orientées, de nature à désorienter le public. Voici ce que le SNPPsy estime devoir préciser pour mieux éclairer le public dans une matière trop sensible pour qu’il soit permis de faire peur à mal escient et d’omettre des informations indispensables à l’intelligence de l’ensemble du champ psy.

Comment s’y retrouver parmi les psys

S’agissant de prémunir le public des imposteurs et autres pseudos œuvrant aux confins du complexe univers du soin pris de soi et du traitement psycho médical, de quelles garanties doit-on s’entourer ? Comment organiser sa sécurité au moment de s’adresser à ceux que le grand public, un peu perdu dans le maquis des appellations et désignations professionnelles, nomme du terme générique et global les psys ?

Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son.

Si on ne demande qu’à la Miviludes (sorte d’observatoire anti sectes) et au SNP (psychologues) comment procéder pour comme on dit choisir son psy, on n’obtiendra qu’un conseil partiel voire partial. Ces deux honorables institutions à elles seules ne représentent qu’une partie de l’éventail des pratiques et organismes concernés dans le champ desquelles elles font valoir leurs recommandations. Le respect de la psychodiversité, précieuse au public qui a besoin de bénéficier de tous ses aspects, requiert qu’en ce sensible domaine le propos se répartisse de façon équanime. Déployons donc l’ensemble de l’éventail.

Carré psy

Il convient de savoir que quatre grands corps professionnels se partagent les rives du Carré psy.

1) D’un côté, titulaires d’un diplôme universitaire, psychiatres, psychologues, bientôt les psychothérapeutes NN (2“)}}

a) les psychiatres, médecins de la maladie mentale et des affections psychiques graves.

b) les psychologues cliniciens – en voie de devenir les nouveaux psychothérapeutes –. Profession multiforme, ses représentants s’occupent d’aide à la vie quotidienne : suivi de vie, guidance, soutien, aide aux enfants en difficultés scolaire, diagnostic (tests). Œuvrant souvent en équipe dans les CMP on les retrouve aux côtés des psychiatres en fonction psycho hospitalière, plus ou moins para médicalisés (ils ont horreur de l’idée).

c) les futurs psychothérapeutes NN si l’on peut dire, seront des sortes de super psychologues psychopathologues, paramédicalisés, suppléant aux psychiatres en voie de disparition, absorbés par la neurologie.

2) de l’autre côté, psys issus d’écoles et sociétés privées, psychanalystes et psychopraticiens relationnels présentent la caractéristique unique de joindre à leur savoir d’École (2000 heures pour une bonne école agréée Affop) d’avoir eux-mêmes parcouru personnellement un itinéraire du type de celui qu’ils proposent. Ce sont

a) les psychanalystes, la plupart du temps psychologues cliniciens (le cumul est fréquent dans nos professions), voir la rubrique ci-dessus, mais dépositaires d’une discipline extra universitaire, la psychanalyse, à laquelle on ne se forme que dans des écoles et sociétés savantes rigoureusement extra universitaires. Pas de diplôme (sinon à titre de psychologue), mais une inscription dans une société psychanalytique (ça n’est pas obligatoire ce qui complique la figure).

b) ceux que nous dénommerons ici les psychopraticiens cinq critères (ex psychothérapeutes dont le titre vient de passer aux (1c)), issus d’écoles privées elles-mêmes garanties par les cinq critères des quatre institutions historiques, regroupées actuellement dans le cadre du GLPR (Groupe de liaison de la psychothérapie relationnelle) : AFFOP, FF2P, PSY’G, SNPPsy.

Cinq critères pour un titre qui vaut quelque chose

1) avoir soi-même suivi une psychothérapie ou psychanalyse suffisamment approfondie pour un professionnel

2) bien connaître son métier : méthodes, théories, pratique, psychopathologie (formation dans une école agréée)

3) être en supervision (et formation continue) constante

4) se référer à un code de déontologie spécifique solide

5) se voir agréer en relation par une commission de pairs expérimentés

Autoréglementation / autoproclamation.

Tout le monde peut constater que les organismes regroupés dans le cadre du GLPR actifs depuis les années 60 pour les plus anciens travaillent à garantir la qualité et l’éthique des praticiens qu’ils regroupent et encadrent. Chacun entendra qu’entre autoproclamation d’un professionnel dont personne ne répond et garantie solidaire d’un corps de praticiens répondant aux cinq critères existe une différence significative. Confondre autoproclamation et autorégulation relève d’un aveuglement volontaire qu’il convient d’interroger. Certains y décèleront de la querelle d’école, à base de malveillance d’inspiration positiviste, corporatiste et populiste – que d’ismes ! Inconvénient d’une telle posture, sa faible crédibilité. Et quand on ne sait plus à qui se fier on devient plus aisément la proie … des autoproclamés.

Géographie du territoire psy

On peut cumuler les formations, c’est autre chose, fréquente nous l’avons vu dans nos professions, cela complexifie la figure, sans autoriser ni réduction abusive ni embrouillamini. Et l’on est prié de ne pas tout confondre à la légère.

Noter que le plus souvent les bons psys se recommandent par le bouche à oreille. Cela ne suffit pas, on peut recommander un praticien douteux. Mieux vaut s’enquérir en effet de la valeur de son titre. Sachant quels sont les titres légitimes. Dont le nôtre, psychopraticien relationnel du SNPPsy.

Bien entendu, en dehors de l’ensemble que nous venons de décrire, c’est l’auto proclamation, par petite annonce ou autre biais, la porte ouverte à l’inconnu et l’irresponsable : là, et là seulement, zéro garantie, on consulterait à ses risques et périls.

Certes comme le dit l’article ici incriminé de Metro les déviances restent marginales, contrairement au ton d’affolement du reportage initial, assorti d’un cliché destiné à effrayer. Il importe toutefois en effet de disposer d’une bonne carte pour s’orienter convenablement sur ce territoire pas forcément lisible à qui n’est pas géopsychographe. Nous nous sommes souciés dans cet article de bien reporter sur la carte l’ensemble des acteurs crédibles. La moindre des choses pour une information honnête, s’agissant précisément d’éthique professionnelle.

Philippe Grauer

  • 1 Voici le texte édité par Metro :

    Faire le tri dans les psychothérapies
    Plus d’un million de Français consultent. L’univers des “psys” est devenu un business lucratif

    Photo : AFP
    “Tout était fait pour me maintenir mal : il fallait qu’il y ait des séances, il fallait que je reste dépendante”, raconte Cerise, âgée de 30 ans et une victime d’une fausse psychothérapeute. En quelques mois, elle lui a versé plus de 5 000 euros pour sortir de sa dépression, sans le moindre résultat. “Pourtant, elle m’avait dit qu’elle avait fait des études de psychologie”, explique-t-elle.

    Ces déviances restent marginales, mais “des charlatans se sont engouffrés dans ce nouveau marché de la souffrance psychique parce qu’ils y ont un intérêt financier”, confirme Georges Fenec, président de la Miviludes (Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires). Il reçoit près de 2 000 plaintes par an de personnes qui s’estiment avoir été victimes de thérapeutes déviants.

    Il faut dire qu’entre les psychiatres, les psychologues, les psycho-thérapeutes, les hypno-thérapeutes, les sophrologues, le patient a du mal à faire le tri. Pourtant, depuis juillet dernier, pour tenter de réglementer la profession, l’utilisation du titre de “psychothérapeute” est contrôlée par la loi : seuls les médecins psychiatres, les psychologues diplômés d’un master 2 et les psychanalystes reconnus peuvent l’utiliser. Mais ce n’est qu’un premier pas.

    Pour Jacques Borgy, le président du Syndicat national des psychologues (SNP), qui dénonce les lacunes de la loi, “rien n’empêche les psychothérapeutes auto proclamés de changer leur plaque en psychopraticiens ou autres ‘psy-praticiens’”. Il resterait donc encore beaucoup de chemin à parcourir pour sécuriser la pratique des psychothérapies.


    Comment repérer le bon praticien ?

    Surtout s’adresser à quelqu’un qui a un titre qui vaut quelque chose. Moi, je déconseille fortement les petites annonces des journaux. Il faut se renseigner auprès de son généraliste.


    À quoi sait-on qu’il faut aller consulter un psy ?

    C’est vraiment quand on a le sentiment très intime, très profond qu’on ne va pas s’en sortir tout seul et que la souffrance qu’on ressent est intolérable. S’engager dans une démarche de psychothérapie, c’est au nom d’une souffrance, ce n’est pas au nom d’un mieux-être.


  • 2 Nouvelles normes puisque le terme existait déjà, comme nom de profession, et est devenu depuis à la fois un nom réservé – en fait un {nom de métier mais les pouvoirs publics ne veulent pas entendre parler de profession, cela donnerait un coup de pied dans la fourmillère psychologue-psychiatres – et un titre universitaire, de ce fait dorénavant réservé … à ses nouveaux {titulaires. Remue-ménage au sein du Carré psy, pas tout à fait car si certains changent de nom et de poste, les quatre côtés demeurent affectés de la même façon.

“Bonnes” Mères — l’État le traumatisme et les femmes

La fabrique des “bonnes” mères

Le MONDE du Vendredi 28 janvier 2011


Sandrine Garcia, Mères sous influence, de la cause des femmes à la cause des enfants, Paris, La Découverte, “Textes à l’appui/ genre & sexualité”, 380 p., 25 €.-

Chronique par Marcela Iacub


Le problème tient à cette fureur du tout ou rien, du sans nuances, de l’espèce de manichéisme ignorant splendidement la complexité qui semble s’être emparé de la mentalité intellectuelle collective depuis, depuis quand au juste, depuis le discours 68 ? Non puisqu’il a Edgar Morin précisément, l’apôtre inlassable du concept de complexité. C’est sans doute que les deux discours le simplicissime et celui qui tient compte de la complexité, existent ensemble, mon Dieu comme c’est compliqué la vie ! non, c’est précisément complexe on vient de vous le dire.

Alors le fruste et le rustique vous matraquent, on en a connu en psychothérapie des méthodes radicales qui faisaient d’un nouveau petit tout surdimensionné transformé en cause universelle et unique de tout, le principe sans partage de la compréhension du psychisme. Il en est à présent ainsi du règne du tout traumatique. C’est malheureusement simple, quand c’est tout c’est tout con, la bêtise transforme n’importe quoi en dogmatisme. L’inculture de masse peut alors arriver. Les médias (sus aux médias ! on peut toujours tout schématiser sans nuances) verniront le tout d’une couche de vu à la télé et la muscade aura passé. Sauf que l’esprit critique logiquement ne saurait s’exterminer si aisément. Il ne suffit pas par exemple de brandir le “c’est pour ton bien”, d’Alice Miller et de conduire ce qu’un collègue et ami m’a un jour si joliment dénommé une parano-thérapie, pour prendre en compte le message des Rubans blancs, autrement complexe.

L’ouvrage de Sandrine Garcia liste une intéressantes série de figures de la responsabilité féminine depuis une quarantaine d’années, passées plus ou moins en lieux communs d’autorité intellectuelle.

Il suffirait de presque rien comme le chantait Reggiani pour que recule cette pensée unique par le monolithisme désolant du système explicatif proposé. Il suffirait de faire fonctionner le principe universitaire de la considération comparatiste rigoureuse de principes multiples, la méthode critique quoi, à laquelle nous demeurons vigoureusement attachés au Cifp.

Philippe Grauer


Pour la sociologue Sandrine Garcia, les professionnels du psychisme ont transformé le maternage en esclavage

Pourquoi l’égalité de droit entre les hommes et les femmes, vieille désormais de plusieurs décennies, n’a-t-elle pas suffi pour en finir avec les inégalités de fait ? Si les femmes peuvent avoir le même pouvoir social que les hommes, si tout désormais leur est ouvert, pourquoi occupent-elles massivement des positions inférieures ? Bref, pour paraphraser Rousseau, si la femme naît libre, pourquoi se retrouve-t-elle dans les fers?

Règles du maternage

Deux théories cherchent à répondre à cette question grinçante. La première attribue à la haine masculine la responsabilité de ces inégalités, haine qui se manifeste sous forme de violences physique, sexuelle, verbale et symbolique. De nombreuses lois votées depuis le début des années 1980 jusqu’à nos jours s’inspirent de cette théorie comme celles qui portent sur les violences sexuelles et conjugales, la parité, ainsi que le port des foulards et des burqas. D’après la seconde théorie, en revanche, la source des inégalités provient des conditions dans lesquelles les femmes se conçoivent comme sujets et accomplissent leur métier de mère : en adhérant aux règles du maternage, elles s’assujettissent et elles consentent, sans qu’aucun mâle les bouscule, à leur propre esclavage.

Entrepreneurs de morale


Mères sous influence
, de la sociologue Sandrine Garcia, spécialiste du rôle des experts dans les luttes sociales, s’inscrit dans le sillage de ce second courant de pensée. Dans ce livre, elle cherche à démontrer le rôle joué par les maîtres à penser, qu’elle dénomme des entrepreneurs de morale, dans l’élaboration des normes maternelles. Pour éclairer le processus de fabrication de ces normes, l’auteur oppose deux figures emblématiques. D’une part, le médecin Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, fondatrice en 1956 de l’association Maternité heureuse, puis du Mouvement français pour le planning familial. D’autre part, la célèbre psychanalyste Françoise Dolto, auteure de La Cause des enfants(1985).

Tandis que la première avait réussi à produire une équation parfaite entre le bonheur des mères et celui des enfants – un fils ou une fille épanoui(e) est celui ou celle qui est désiré par sa mère épanouie –, la deuxième aurait opposé les intérêts des unes à ceux des autres, dès la grossesse. En effet, selon Dolto, le foetus aurait un désir de naître, théorie quelque peu incompatible avec le droit à l’avortement; et, une fois né, il nécessiterait une disponibilité absolue de sa mère. D’après Sandrine Garcia, Dolto et le mouvement psychanalytique seraient à l’origine de la division sexuelle des fonctions parentales – et notamment du rôle majeur qui reviendrait aux mères dans la production des enfants épanouis.

Si Dolto apparaît souvent, dans l’imaginaire collectif, comme la libératrice des enfants français, comme celle qui a réussi à faire comprendre à quel point ils sont des personnes, qu’ils ont besoin de liberté et non pas de casernes pour grandir, elle aurait, dans le même mouvement, créé des normes qui se sont révélées asservissantes pour les mères.

Résister aux experts

Entre la figure de Lagroua Weill-Hallé et celle de Dolto, il y aurait donc eu, selon Sandrine Garcia, une “bataille de normes” pour délimiter le métier de mère. L’une et l’autre auraient cherché à exercer un magistère moral sur les femmes, invoquant dans les deux cas l’intérêt de l’enfant. Au final, Dolto aurait gagné cette bataille. En tout cas, ses thèses pèsent aujourd’hui plus fortement dans les représentations que nous nous faisons de la bonne mère, ainsi que dans celles qui guident l’action des professionnels de la petite enfance.

Cependant, on pourrait se demander pourquoi Sandrine Garcia ne dit rien des résistances à ce modèle de maternage esclavagiste ni de l’absence éventuelle de toute résistance. Car on peut résister aux experts. La défaite de ceux qui, à la fin des années 1990, brandissant un savoir prétendument scientifique, cherchaient à s’opposer aux droits des homosexuels, constitue à ce titre un exemple éloquent.

Police des foyers

À la différence des mouvements homosexuels, ceux des femmes seraient-ils incapables de résister lorsqu’on leur parle avec autorité de ce que doit être une bonne mère? Faut-il prendre le titre du livre au sérieux et penser que les mères sont véritablement sous influence ? Cette question est d’autant plus importante que, par la suite, Garcia montre la mise en place progressive d’une tout autre manière de produire des normes de la bonne mère, même si elle ne lui consacre qu’un petit chapitre. En effet, elle décrit l’apparition, au cours des dernières années, de politiques européennes et étatiques qui, au nom de la lutte contre la maltraitante éducative, envahissent l’espace privé afin d’imposer des normes de bonne parentalité. Il s’agit d’inculquer aux parents une conception de la parentalité positive conforme à l’expertise européenne. Et donc de légitimer l’intrusion, au sein même des familles, du corps de fonctionnaires chargés de faire la police des foyers.

Théorie du traumatisme

L’égérie de cette nouvelle tendance serait la psychanalyste Alice Miller. Pour celle-ci, la violence éducative serait à l’origine de tous les maux du monde et presque tous les enfants en seraient victimes. Sa tactique consiste à rendre équivalents une gifle et un viol, un mot méchant et une mutilation physique, par le biais de la théorie de l’escalade -– si l’on commence à dire à un enfant : “Tais-toi !”, on finit par lui trouer le cerveau avec une fourchette – et du traumatisme psychique. Les “victimes de cette dynamique de violence, écrit Alice Miller, transformées en bourreaux, se vengent sur des nations entières, comme le montrent les génocides de plus en plus fréquents sous des dictatures atroces comme celle de Hitler.“

Juridiciarisation de la maternitalité

Ce que montre Sandrine Garcia, sans toutefois le faire d’une manière ni exhaustive ni vraiment organisée, c’est le passage actuel entre une forme de domination morale et symbolique, produite par les normes de maternage élaborées par les entrepreneurs de morale – normes dont on peut s’écarter si l’on cherche à mener des formes de vie plus minoritaires – vers une autre contrainte, de type juridique. Si cette hypothèse s’avère juste, alors, à l’avenir, une femme se sentira coupable non pas parce qu’elle n’est pas disponible pour son enfant, mais parce qu’un juge l’aura étiquetée comme telle. Si ce processus se poursuit, lorsqu’on se demandera comment il est possible que la femme naisse libre et se retrouve dans les fers, on saura que c’est parce qu’elle n’est pas une bonne mère.


Protéger notre psychisme, souci gouvernemental intrusif

Pouvoir pastoral de l’État ?

SANDRINE GARCIA met bien en lumière l’apparition des théories de la “maltraitance éducative” depuis une dizaine d’années. Ces théories sont cohérentes avec un ensemble de dispositions analogues qui ont fait de la protection de notre psychisme un souci gouvernemental aussi légitime que celle de nos corps et de nos propriétés. Ce sont les lois sur les agressions sexuelles votées à partir de 1980 qui ont introduit la notion de traumatisme psychique. Or, dans celles qui ont été votées par la suite, le traumatisme n’est plus lié à une atteinte au corps, mais à des agissements exempts de toute violence physique. Il en a été ainsi du harcèlement moral et sexuel, de la lutte contre les emprises sectaires, ainsi que de la violence psychologique au sein du couple. Certains auteurs ont qualifié ces dispositions d’arbitraires et d’intrusives, comme si désormais l’État, exerçant une sorte de pouvoir pastoral, n’était plus capable d’instituer des espaces protégés de son emprise. Ainsi, pour paraphraser un mot fameux de Proudhon sur ce que signifie être gouverné, on pourrait dire que désormais, vivre avec sa famille, ses collègues, ses proches, “c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré( …), admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé (…),puis à la moindre révolte, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné (…)“.

Marcela Iacub


Sandrine Garcia, Mères sous influence, de la cause des femmes à la cause des enfants, Paris, La Découverte, “Textes à l’appui/ genre & sexualité”, 380 p., 25 €.-

Soudain l’immolation !

Paru dans Libération du 01 février 2011
Fethi Benslama

La situation tunisienne produit de la grandeur. Voici un psychanalyste qui sait parler de la civilisation arabe et nous donner à penser à propos de cette belle révolution en cours, cela fait plaisir. Cela concerne à la fois la libération d’un peuple et ce que la psychanalyse peut dire quand elle est sensible et intelligente. Oui, l’inconscient ne peut pas ne pas être politique. Il est bon à ce double titre de prendre connaissance de ce beau texte de Benslama et d’en prendre de la graine.

Les intertitres sont de notre crû.

Philippe Grauer


angle mort

La révolution tunisienne a surgi d’un angle mort. Vouloir aujourd’hui expliquer ses causes à travers les catégories objectives de la rationalité socio-économique est insuffisant. De telles explications finissent par nous faire adhérer à cette illusion déterministe qui fait tant de mal à notre époque où tout semble programmé. Elles privent l’existence humaine d’avenir en la rendant prévisible, dans le confort rétrospectif refroidi.

Non, la révolution tunisienne est une surprise y compris pour ceux qui l’ont déclenchée et menée avec résolution. De plus, elle survient dans une situation où la notion de révolution s’est retirée de notre espace de pensée, au moins depuis la chute du mur de Berlin. La levée du soulèvement des Tunisiens, autant que sa puissance, a échappé à tout le monde. À commencer par le système de Ben Ali.

insoumission généralisée

Son déclenchement est venu d’une zone inaccessible au champ de vision contrôlé qu’il a constitué. Comment approcher cet angle mort ? Il faut accorder à la notion de déclenchement une valeur propre, qui va au-delà de la conception mécaniste de l’accumulation et de la rupture. Il nous faut penser ce soudain, qui désigne dans la langue ce qui vient sans être vu et qui, en un court laps de temps, renverse massivement la soumission, du moins apparente, en insoumission flagrante et généralisée.

Bouazizi

Ce déclenchement porte un nom désormais, celui de l’auto-immolation de Bouazizi. Contrairement à ce qui a été dit, Bouazizi n’est pas un diplômé sans emploi, mais un marchand de fruits à la sauvette, auquel la police municipale a confisqué son étalage ambulant, et qui a été giflé lors de l’empoignade, par l’un des agents. Ce n’est pas seulement parce que son moyen de subsistance lui fut enlevé qu’il s’est immolé, mais suite à sa plainte qui a trouvé porte close ou qui fut jugée irrecevable. C’est la coïncidence entre la privation matérielle et la non reconnaissance d’un tort qui a conduit à l’acte désespéré.

qahr

Or, lorsqu’on écoute l’homme de la rue en Tunisie et que l’on se rend attentif aux mots qui servent à expliquer son soulèvement, en référence à l’acte de Bouazizi, un signifiant revient sans cesse comme une litanie : celui de qahr. C’est un vocable effrayant qui appartient au registre le plus élevé de la puissance, celle qui asservit quelqu’un et le réduit à l’impuissance totale. De sa racine dérive le mot qui désigne le vainqueur impérieux, celui d’Irrésistible (l’un des noms divins), celui du Caire (la cité victorieuse) et étrangement dans la langue arabe ancienne, celui de l’état de la chair brûlée et vidée de sa substance. Trop belle coïncidence sémantique dira-t-on, toujours est-il que les Tunisiens puisent dans le langage de la détresse afférente à l’homme réduit à l’impuissance absolue, pour désigner l’acte de Bouazizi comme source d’identification à sa situation et aussi à sa révolte.

avec les compliments des démocraties européennes

Il n’est pas exagéré de qualifier le régime de Ben Ali comme un système de pouvoir qui réduit à l’impuissance totale : neutralisation politique des tunisiens et transformation des acteurs publics en marionnettes, organisation policière brutale et techniquement sophistiquée, pillage des biens communs par son clan vorace au su de tous, humiliation physique et morale des opposants, arrogance et menterie quotidiennes, avec les compliments des démocraties européennes qui prétendent, comme d’habitude, ne pas savoir.

L’acte de Bouazizi a eu pour effet de pourvoir la révolte de la possibilité d’un renversement, en montrant comment l’homme peut trouver une puissance dans son impuissance même, peut exister en disparaissant, faire prévaloir son droit en perdant tout. C’est l’antinomie même d’un Ben Ali qui n’existe qu’en faisant disparaître les autres, à l’instar de son image flanquée sur tous les murs du pays.

renversement du narcissisme

C’est le renversement du narcissisme du qahr par un pauvre paysan d’une région laissée pour compte qui a fournit à tous les Tunisiens le symbole (le langage en acte) qui a déclenché un processus de subjectivation collective faisant fond, certes, sur des conditions socio-économiques qui préexistaient ; conditions qui seraient restées en l’état et non devenues un procès irrépressible par lequel des femmes et des hommes retournent subitement leur impuissance en puissance de refus. Il y a un versant imaginaire à ce scénario du déclenchement, autour de l’acte inédit de l’auto-immolation dans la culture tunisienne et musulmane, si ce n’est peut-être l’écho de ce que nous avons appris par cœur, enfants, du geste de la femme d’Hasdrubal se jetant dans la brasier en criant : « le feu plutôt que le déshonneur » pour échapper au « qahr » de Carthage par les Romains.

l’inconscient ne peut pas ne pas être politique

Parmi les trésors iconographiques de la révolution sur Facebook, il existe un collage ou l’on voit la tête coupée de Ben Ali en tenue de président de la république, remplacée par celle de Bouazizi. La thèse freudienne de la constitution libidinale d’une foule est d’actualité : une somme d’individus mettent le même objet à la place de leur idéal du moi pour s’identifier les uns aux autres. Sauf, qu’ici Bouazizi n’était pas un meneur, mais l’homme calciné qui, en disparaissant, a permis à la multitude de s’enflammer. En quoi l’inconscient ne peut pas ne pas être politique.

Hélène Chaigneau psychiatre exemplaire

Auteur : Hélène Chaigneau

Date de saisie : 12/01/2011

Genre : Psychiatrie

Editeur : Campagne première, Paris, France

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 9782915789652

GENCOD : 9782915789652

Sorti le : 19/01/2011


Acheter Soigner la folie : une vie au service de la clinique chez ces libraires indépendants en ligne :
L’Alinéa (Martigues) Dialogues (Brest) Durance (Nantes) Maison du livre (Rodez) Mollat (Bordeaux) Ombres Blanches (Toulouse) Sauramps (Montpellier) Thuard (Le Mans).

«Si loin que j’évoque les sources manifestes de ma vocation médicale, je me souviens d’avoir été témoin de l’angoisse de ma mère, et d’avoir formé le voeu d’être médecin pour l’en guérir.»

Cet impossible projet augure la vie que le Dr Hélène Chaigneau (1919-2010) a consacrée à la clinique. Elle n’aura cessé de manifester sa considération et son souci de l’autre, le plus proche et le plus lointain, le sujet schizophrène, en tentant de remédier à sa souffrance psychique.

Figure majeure de la psychothérapie institutionnelle, Hélène Chaigneau demande à l’hôpital psychiatrique public d’assumer son rôle décisif d’asile et de soins, à une époque où le mouvement de l’antipsychiatrie le voue aux gémonies. Sa culture des théories psychiatriques affûte son enseignement, tandis que sa formation psychanalytique lui permet une écoute des patients sans a priori dogmatiques. Son enseignement, essentiellement oral, passe par un dialogue fécond avec ses élèves, ses collègues, ses patients. Elle a ainsi formé plusieurs générations de psychiatres et de soignants.

Hélène Chaigneau a pu suivre l’élaboration du présent livre sans en voir la publication. Il se compose de plusieurs textes qui rendent compte de la clinique institutionnelle des psychoses, suivis d’un long entretien où elle témoigne de sa pensée, du traitement spécifique des sujets schizophrènes, des dits et non-dits à l’hôpital, dans un constant rapport à l’éthique.

Cet ouvrage, coordonné par Joséphine Nohra-Puel et le Dr Jean-François Solal, comprend une bibliographie complète d’Hélène Chaigneau, ainsi que sa biographie établie par le Dr Jean Garrabé.


Un bref extrait :

Prise en charge institutionnelle des sujets réputés schizophrènes

«Les fous sont des gens raisonnables, c’est-à-dire pas viciés.»

Il n’y a pas de différence entre la question que pose la folie dans un collectif dit psychiatrique et celle que pose la folie dans la société en général. C’est exactement la même question, chargée de la même angoisse. En réponse à cette question, la tendance naturelle du collectif psychiatrique est de s’équiper techniquement contre cette angoisse. La schizophrénie-maladie s’insère dans cet appareil de technicité. Elle a sa place dans nos manuels de psychiatrie. Elle y est nantie de ses symptômes cardinaux, de son historique, de ses formes cliniques, évolution, traitement, en un mot de tout ce que doit avoir une «maladie» digne de ce nom. Il lui resterait, si nous en acceptions le pari, à trouver sa place dans une nosographie nouvelle, dite «institutionnelle», et ce serait finalement la même, puisque nosographique : celle d’une «maladie».

La découverte freudienne a dramatiquement bouleversé la description catégorielle à laquelle nous soumettions, selon une tradition séculaire, le problème de l’homme souffrant, qui, dans cette tradition, trouvait sa place de «malade». Non que Freud ait renoncé à «classer» ou à essayer de le faire. Rompu à la discipline médicale, mieux encore à l’anatomie-physiologie et à la neurologie, comment l’aurait-il pu ? Mais il a refusé d’être dupe de cette rassurante attitude. Ainsi, toute sa vie, rédigeant jour après jour ses découvertes d’homme clinicien, il n’a pas cru, chaque fois qu’apparaissait une contradiction dans le déroulement historique de sa pensée, devoir la sacrifier à une illusoire clarté. L’erreur des psychiatres lui avait d’ailleurs si peu échappé qu’il écrivait : «Dans le cadre même de la médecine, la psychiatrie, il est vrai, s’occupe à décrire les troubles psychiques qu’elle observe et à les réunir en tableaux cliniques, mais dans leurs bons moments les psychiatres se demandent eux-mêmes si leurs arrangements purement descriptifs méritent le nom de science.» En foi de quoi je me contenterais volontiers, pour ma part, de tenir pour «psychiatre institutionnel» – ou psychiatre tout court ! – celui qui posséderait l’aptitude d’avoir et de multiplier de tels bons moments.

On peut mener toute une vie psychotique sans être hospitalisé, soigné, ou diagnostiqué. Mais il est bien rare, sauf peut-être encore dans des milieux sociologiques très fermés qui légifèrent en vase clos, qu’un sujet aperçu en tant que schizophrène passe dès lors toute sa vie sans être reçu dans un établissement de cure. La plupart du temps, il s’avère impossible de soigner de tels sujets sans faire appel, au moins pendant un certain temps, à un milieu protégé.

«Schizophrène», le sujet franchit donc un seuil important. Il entre dans le monde armé contre la folie, il y est «admis» comme «malade». Il «présente» ses symptômes. On a bien vite dit que la société rejette les malades mentaux. À ne pas voir qu’elle les «consacre», on risque de ne jamais rien comprendre aux problèmes que nous pose la psychose.

Le comportementalisme prend les traits de la Joconde

Le livre du jour

Comportementalisme à visage humain

Les psys aussi sont construits sur des failles. Descendant de leur piédestal, une vingtaine de thérapeutes confient les difficultés qu’ils ont eues à affronter et comment ils les ont surmontées. Ils livrent leurs techniques pour dépasser les épreuves qu’ils ont subies, s’apaiser, s’affirmer et vivre en accord avec leurs valeurs.

Rassemblées à l’initiative de Christophe André, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, et fervent promoteur des thérapies cognitives et comportementales, ces confessions ont valeur d’exemples. « Les thérapeutes de ce livre ne se présentent pas comme des modèles à admirer ; plutôt comme des modèles dont s’inspirer : faillibles, fragiles, mais qui ont mis en pratique les efforts qu’ils recommandent. Plus émouvants et plus motivants, donc », explique-t-il.

Certains témoignages évoquent des difficultés assez répandues comme l’anxiété ou la déprime. D’autres des épreuves bouleversantes comme la maltraitance, la toxicomanie, le harcèlement au travail.

« L’héroïne, c’était tout simplement la manière la plus efficace que j’avais trouvée de mener ma lutte intérieure », confie Benjamin Schoendorff, l’un des pionniers de l’introduction de la thérapie d’acceptation et d’engagement en France. « Fils d’un père maltraitant, je suis devenu un père affectueux ; très attiré par le terrorisme politique lorsque j’étais adolescent, je suis devenu partisan de la non-violence à partir de 18 ans, à la suite de ma conversion au christianisme », raconte Jacques Lecomte, psychologue. « La meilleure stratégie que j’ai choisie pour ne pas ressentir l’angoisse de la mort est d’augmenter l’estime de soi », confie le professeur Gilbert Lagrue.

Cette révélation de soi n’a rien d’évident. Elle est aux antipodes de la psychanalyse où l’engagement du thérapeute repose sur le principe de la neutralité bienveillante. Une démarche cohérente avec la manière dont fonctionne la cure psychanalytique. Mais pas les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) fondées sur des techniques reproductibles. Ces thérapies cherchent à débarrasser le patient d’un symptôme, alors que, pour les psychanalystes, le symptôme n’est que le point d’appel de conflits inconscients.

Apparue dans les années 1960, la première vague des TCC était centrée sur le renforcement positif des comportements ; la deuxième sur la modification des interprétations des pensées négatives ; la troisième est un outil supplémentaire fondé sur le lâcher-prise des émotions au travers d’un ancrage corporel et sensoriel. « J’avais le souci de changer l’image très mécaniste et technicienne de ces thérapies, poursuit Christophe André. Les techniques ne marchent que si l’alliance thérapeutique entre le patient et le thérapeute est bonne. »

Cette révélation de soi a-t-elle un intérêt dans le traitement ou sert-elle juste à humaniser l’image des thérapies cognitivo-comportementales ? « On se confie pour soulager le patient et non soi-même, poursuit le psychiatre de Sainte-Anne, pour accrocher son intérêt. Ce peut être un ingrédient, un catalyseur à certains moments pour débloquer la situation, mais ça n’est pas au centre du traitement. »

Martine Laronche

Article paru dans Le Monde du 19.01.11

psychothérapie et sociologie : j’ai compris que c’était pas tout dans ma tête

Psychothérapie, psychosociologie, sociologie clinique

Contribution de Vincent de Gaulejac à la Journée de l’Affop sur le thème :

Sauvons la pratique


Vincent de Gaulejac parla à une vitesse telle que ces notes représentent probablement le tiers de ce qu’il a pu dire. Son style n’est pas restitué, mais une partie de sa pensée.

Un détail. On remarquera la distance qui sépare la pensée de Vincent de Gaulejac de celle de la psychothérapie institutionnelle et de l’analyse du même nom. Dire que on c’est le sujet de l’institution c’est formuler une hypothèse lourde de théorisation, directement opposée au principe selon lequel par définition une institution n’étant pas une personne réelle (bien entendu, mais même pas “morale” ?) ne pense pas ne sent rien, ne saurait être considérée comme sujet que par tragique méprise. Examiner conjointement les deux systèmes de pensée relève de l’orientation multiréférentielle. Sont-ils contraires ou contradictoires ? dans le second cas comment faire si l’on ne veut rejeter aucun des termes ? Il n’est pas interdit de réfléchir à et de débattre de toutes ces choses.

Second détail. L’isomorphie du discours gaulejaccien avec celui de l’Appel des appels et des trois derniers ouvrages de Roland Gori. La clinique qu’affectionne Vincent de Gaulejac et que nous pratiquons sont œuvres d’art, dont la valeur n’a rien à voir avec le prix ni la quantification. Nous sommes gens de valeur, la psychothérapie relationnelle est affaire de spiritualité, d’art, de citoyenneté. Autant de grandeurs incommensurables, non sarkozyables. Le bling bling et le cling du tiroir-caisse n’ont pas prise sur le symbolique. Notre culture n’est pas de leur monde.

PHG


pychosociologie

Max Pagès était un conversant. Il voulait que conversent entre eux les disciplines, en particulier la sociologie et la psychologie. La psychosociologie qui lui est si chère il faut le dire n’a pas été reconnue par l’université et le monde de la recherche. Les sociologues de leur côté considèrent que la bonne sociologie ne peut que se démarquer de la psychologie. Il faut selon ses puristes s’en tenir au principe de l’explication du social par le social. Pourtant comment ne pas voir qu’en même temps que le social se déploient les difficultés existentielles ou névroses, les souffrances des patients limites, de tous ceux dont les difficultés psychologiques sont liées à la modification radicale en cours du champ du travail, et qu’elles relèvent de l’articulation entre les deux disciplines ?

C’est vrai qu’on ne se suicide pas sans motif personnel, mais ceux qui continuent de faire la sourde oreille à l’autre dimension du malaise exprimé préfèrent ignorer les liens étroits qui peuvent exister entre les difficultés psychiques et l’émergence de nouvelles formes de l’organisation du travail qui produisent l’épuisement professionnel dont vous recueillez sûrement les effets dans votre pratique de psychothérapeutes(1“). Il en va exemplairement de même pour la pratique de coach, le lien est évident entre psychologie individuelle, vécu existentiel et conditions concrètes d’existence et de travail.

une bataille idéologique majeure

La façon dont les politiques ont conduit le débat de la loi Accoyer constitue une bataille idéologique majeure. On en a vu beaucoup d’isolés à l’extrémité du petit bout de leur lorgnette professionnelle. Or il s’agit d’un phénomène massif, concernant l’ensemble des professions du social du relationnel, du service public (France télécom, la Poste, etc.). Toutes ces professions sont en proie actuellement exactement aux mêmes difficultés de principe, les mêmes soubassements idéologiques les ébranlent. Ici-même il y a peu avec Roland Gori nous avons évoqué ces questions. Je vais publier d’ici quelques jours un ouvrage, Travail, les raisons de la colère(2“), qui développe ces idées, reprenant entre autre le thème de la psycho dynamique du travail de Dejours, la pensée d’Yves Clot sur la violence puis la souffrance au travail. Thèmes aujourd’hui traités comme malaise psychosocial, concept neutre, affadi. On déplace le problème en se demandant comment le mesurer, cela illustre parfaitement la façon dont les politiques et les gestionnaires abordent la question sociale selon le même paradigme scientiste [évitant d’appréhender la vérité d’une réalité que masquera sa réduction chiffrée].

crise des grands récits

C’est que nous assistons à un phénomène mondial, à la crise des grands récits (Lyotard), qui donnaient du sens à la société, du sens et de l’orientation, tous les grands récits, politiques, religieux, scientifiques, sont mis en en crise, présentés comme contradictoires et contestés. Que font alors les gens pour restaurer du sens par rapport à leur vie ? Ils vont voir un psychothérapeute. Chaque individu se trouve dans ce système renvoyé à lui-même pour produire le sens de son existence. Aucun n’est plus cantonné dans un système de sens dominant qui tient au collectif. Tout le monde ne peut pas avoir des parents communistes. Comment cette peuhl fait-elle pour tenir entre son master de sociologie clinique et le famille qui continue de vivre au Burkina à l’ancienne ? Avec la crise des grands systèmes de sens chacun se bricole un système. Avec pour viatique non plus une grande idéologie mais la seule doctrine de la gestion. Chaque individu gère sa carrière, sa famille, son régime alimentaire, la carrière scolaire pour rendre ses enfants employables, pour qu’ils soient armés par rapport à la lutte des places. C’est invivable ? apprenez donc à gérer votre stress !

ressources humaines : retournées comme un gant

Le terme même de ressources humaines, perçu par tous comme un progrès, plaçant l’humain au centre de l’économie s’est vu détourné en son contraire, aboutissant à une gestion dynamique des embauches.

En quoi tout cela est-il idéologique ? il faut réaliser qu’on a transformé l’humain en ressource, qu’on s’est proposé de faire de l’humain un facteur de développement de l’entreprise. Par un renversement spectaculaire, l’entreprise passée de moyen au service du lien social, du bien-être au travail, du bon vivre ensemble, du produire un monde commun, à fin, propose désormais de mettre la société au service du développement économique. Il s’agit d’un événement d’ampleur considérable, dont les composantes idéologiques massives et pourtant peu visibles à première vue ne doivent échapper ni au chercheur ni au psychopraticien.

une institution ça n’éprouve rien

Aucun projet aucun sentiment institutionnel dans tout cela, une institution n’éprouve rien, ne veut rien, c’est une pure mécanique. Il convient de pas la subjectiviser mais de l’analyser et d’en comprendre les ressorts.

Tout cela provient des théories du capital humain. Comme Milton Friedman (théoricien du libéralisme), Gary Becker propose d’appliquer des modèles afin d’optimiser la gestion des ressources humaines, passant du modèle cognitif au modèle normatif. On va former des gestionnaires pour diriger les entreprises selon les décisions de ceux auxquels elles appartiennent. Cette idéologie on ne la discerne même plus comme idéologie. Souvenez-vous des théories du développement personnel, de l’idéologie présidant à la création du CDPH. Il était question de développer des pratiques et techniques pour aider les gens à mieux vivre. On en est loin. On en est à leur contraire, les voici retournées comme un gant sans qu’on s’en soit aperçu.

Le message humaniste s’est vu détourné, retourné, pour rendre le potentiel humain performant. Dans cette idéologie car c’en est bien une, chaque individu représente un capital qu’il peut valoriser, un centre potentiel d’accumulation de richesse monétaire, un moi-capital à faire fructifier. La famille, petite entreprise, sera destinée à produire des enfants performants sur le plan scolaire pour occuper les meilleures places dans le champ économique. Les pas bons deviennent des inutiles au monde. On trouve le paradigme utilitariste au cœur même du mouvement. On créera de petits utilitaristes productifs capables de se vendre. On est loin du contrat social de Mauss.

la honte, un concept psychosociologique

Une des conséquences c’est ce qui vous arrive, et vous-mêmes comme professionnels. C’est votre marché. Si vous participez à la psychologisation des problèmes sociaux (Ehrenberg) c’est que le marché à besoin de personnes qui reçoivent ce besoin d’aide. Là où se situe la complicité c’est quand on n’établit pas le rapport entre causes objectives et conséquences subjectives et psychologiques. Le chômeur déprimé par vos soins remis en position tonique devrait pouvoir retrouver du travail mais il n’y a pas de travail. L’aide dont il a besoin n’est pas seulement d’accompagnement psychologique. Que devient un patient-limite référé à l’individu hypermoderne ? que faire si son état est la conséquence d’une série de normes qui exige des individus qu’ils se défoncent (cf. le coût de l’excellence) ? Comment procède-on quand on est psy pour comprendre la complexité de ces processus ? prenons un exemple. La honte c’est 100% social et 100% psychique. C’est ne pouvoir se tenir sous le regard d’autrui (le tiers, pas le psychothérapeute). Renvoyer la honte du côté de la psychothérapie c’est risquer de s’aveugler au fait que les sources de la honte ont a voir avec celles de violences symboliques bien réelles. Une telle misère ramenée sur un divan de cuir surmontée de tableaux de maîtres conduit à cette réflexion d’un patient : “– que peut-il entendre à ça ?”
Annie Ernaux (3“) a besoin de dire des choses publiquement, psychiques non articulées aux organisations sociales qui les ont engendrées.

managinaire

Cette idéologie gestionnaire inspire les politiques de l’entreprise. Cette révolution managériale est progressiste par rapport au taylorisme. Elle définit une nouvelle forme de pouvoir. Qui mobilise la psyché pour canaliser l’énergie libidinale, ça n’est plus le corps foucaldien qu’il s’agit de se subordonner mais la psyché, nous voici rendus au système managinaire. On trouve ce concept dans le Coût de l’excellence, contre-point de In Search of Excellence.

Le résultat vous les voyez comme clients, SNCF RATP Poste Pôle-Emploi etc. Le principe s’en inscrit dans la RGPP, la Révision générale des politiques publiques, mise en chantier de la grande transformation. Une révolution. Sarkozy propose une révolution dans le style Reagan-Thatcher. L’action publique devient un coût à réduire. La culture client s’y voit remplacée par celle de l’usager. Celle du résultat remplace celle des moyens. Performative elle s’oppose au principe du contrôle de légitimité. La culture entreprenariale doit remplacer celle du service. Allez visiter le site RGPP.gouv.fr pour vous en faire une idée.

La réduction à marche forcée de la dette publique est au principe de tout cela. Il n’est pas mauvais en soi de s’occuper de réduire la dette publique mais dans le cas qui nous occupe elle est prétexte au démantèlement de tout le système de valeurs sur lequel se centre votre profession. Les économies réalisées sont considérables, les ravages tout autant, et c’est dans le monde entier qu’on l’a fait. Cette politique est portée par les grands cabinets mondiaux de consultants. Avec le soutien des grandes institutions internationales, FMI, banque mondiale OCDE etc. C’est partout et partout pareil. On a affaire au-delà du statut de psychothérapeute à un vaste mouvement qui met les psychothérapeutes en difficulté, en contradiction avec les raisons pour lesquelles ils sont devenus psychothérapeutes (4“).

Catherine Kokovska

Catherine Kokovska, directrice de la PJJ d’Île de France, se défenestre pour “pouvoir recommencer à penser”. Elle parle de maltraitance institutionnelle. La maltraitance des personnels qui ne savent plus où nous allons. Quand va-t-on arrêter la casse ?

Que se passe-t-il aujourd’hui avec la psychiatrie ? Heureusement qu’ils ont le DSM pour faire face à leur incapacité de remplir véritablement leur mission ! Les professionnels du souci de l’autre, c’est ainsi que vous vous définissez, que leur arrive-t-il quand ils sont pris dans le jeu des contradictions entre finalités institutionnelles et valeurs personnelles ? Une institution c’est un système de finalités, de valeurs, c’est pourquoi on le fait. Une organisation c’est un ensemble de moyens opératoires, comment on le fait, cela concerne l’action. Quand la seconde prend le pas sur la première que se passe-t-il ?

Le nouveau décret met en place une forme de modalité opératoire en contradiction avec la mission qui est la vôtre de mettre en œuvre ce qu’il faut faire pour accompagner les gens, en contradiction avec le sens profond de la clinique, de votre pratique. Nous voici au moment où le scientisme utilitariste l’emporte sur les sciences compréhensives. Nous voici bientôt rendus, peut-être pas vous encore occupés ici-même à vous organiser pour résister, au moment aporétique du paradoxe, à l’acmé de la crise. Que se passe-t-il quand le jeu des contradictions fait exploser ceux qui en sont acteurs et objets ?

j’ai compris que c’était pas tout dans ma tête

(…) blocs qui s’affrontent, où les personnes pourraient être des points d’articulations. Aider à ce qu’ils n’implosent pas en vol mais qu’ils gèrent les tensions auxquels ils sont soumis. Attention à ne pas aider les gens à supporter le mieux possible leurs difficultés au travail. Leur permettre de faire le lien entre conflits vécus et conflits de l’organisation. “J’ai compris que ce n’était pas tout dans ma tête”. Donner à l’individu aussi des moyens d’agir sur ce lien-là. Monter la réflexion au niveau socio politique et organisationnel.

quatre modalités de la subjectivité

Je distinguerais quatre niveaux, à la Max Pagès, quatre façons d’être sujet. Sujet réflexif, sujet du désir pulsions etc. On parle de work addicts ou d’amoureux passionnés – c’est vrai que les gens sont volontiers amoureux de leur travail – qui n’ont pas vu que l’objet de leur amour s’en foutrait d’eux quand il n’en aurait plus besoin. “L’entreprise ne les aime plus” : mais ça n’a pas de sentiments une entreprise ! sujet de l’éprouvé (dénégation par rapport à la souffrance au travail), sujet de l’action homo faber (Arendt), qui se réalise dans l’œuvre, sujet de l’efficience et de la performance (5“).

Encore une fois, souvenez-vous qu’il ne s’agit du côté de l’institutionnel que de mécanismes. De grâce ne les mettons pas eux en position de sujets ! Pour faire face à l’individualisation pathologique et au délitement du tissu social et de solidarité, prenons en considération les différents niveaux qui s’articulent lorsque la souffrance sociale se conjoint à la psychologique.

  • 1 Bien entendu l’orateur s’adressait à quelques futurs psychothérapeutes NN et de nombreux psychopraticiens relationnels. En employant le terme de métier de cinquante ans d’âge sans compter les mois de nourrice car il arrive tout droit du XIXème siècle, de psychothérapeutes, il utilisait la langue courante et se référait au savoir et histoire communs. Nous avons respecté le propos de l’orateur, faute de quoi sa mise en langue de bois aurait déformé sa pensée. Pendant longtemps encore, et qui sait, cela peut durer un siècle, la langue dira psychothérapeute sans tenir compte du fait qu’il s’agit d’un titre désormais chasse gardée de l’académisme paramédical. Comment contrôler les faits de langue ? les totalitarismes s’y sont essayé et cassé les dents. Le néolibéralement correct réussira-t-il là où le paranoïaque a échoué ? Prudents et respectueux d’une loi dont nous continuons de critiquer l’iniquité, nous prendrons garde de tourner sept fois notre langue dans notre bouche avant de nous trouver en contravention lourde. Nous ne pourrons rien contre l’usage courant. La novlangue en marche n’a pas fini de révéler la souffrance qu’en parlant de bois elle fomente et désigne.
  • 2 La ” valeur travail ” est ébranlée.

    Jadis et tout à la fois source d’accomplissement personnel, d’estime de soi, de liens sociaux et de reconnaissance sociale, le travail est de plus en plus souvent vécu comme une peine quotidienne exposant l’individu à l’isolement, à l’angoisse de n’être plus ” à la hauteur “, au stress de la compétition, à l’humiliation publique, à la souffrance psychique qui pousse certains jusqu’au suicide. Bien des rapports ont exploré ces phénomènes en privilégiant tantôt leur dimension sociale, tantôt ses causes économiques et politiques, ou encore sa dimension individuelle et psychologique.

    L’auteur mêle ici le psychique, le social, l’économique ; il décrypte l’interaction complexe de toutes ces causes et propose une grille de lecture qui fonde une résistance à la déshumanisation du travail. C’est bien un système managérial pensé au service exclusif de la performance financière, et non la fragilité singulière des individus, qui est en train de transformer le travail en torture et d’étendre au secteur public les méfaits d’une gestion inhumaine d’abord rodée dans le secteur privé.

    Identifier l’origine du mal donne ici les ” raisons ” de la colère des travailleurs en un double sens, comme explication de ses sources, mais aussi comme première protection de ses victimes : résister, exprimer et manifester la légitime colère contre un système inhumain est désormais la plus raisonnable des réactions, pour éviter que les individus retournent contre eux-mêmes une violence nourrie par ce système.

  • 3 Une autrice anciennne professeur de lettres qui raconte en particulier dans son roman La Place (prix Renaudot 84) de façon très réaliste et touchante son enfance dans un milieu modeste qu’elle a dû plus ou moins renier pour se hausser dans la classe supérieure des intellectuels. Elle illustre parfaitement les analyses de Gaulejac sur la honte et les problématiques de classe sociale dans toute son œuvre littéraire.
  • 4 Évidemment dans la bouche de Vincent de Gaulejac l’utilisation du terme générique “psychothérapeute”, avec le sens de “celui qui pratique la psychothérapie” ne renvoie pas au titre, désormais réservé. Nous rencontrons à chaque instant l’utilisation du terme de la langue courante dans le discours commun pour désigner une fonction, qui ne s’embarrasse pas de la restriction due à la réservation d’un titre.
  • 5 Cf. à ce sujet le film Jean Robert Viallet, La mise à mort du travail.

Psychothérapeutes : droit de contester le Conseil des professions de santé

Grande-Bretagne –10 décembre 2010

La bataille pour la psychothérapie fait rage en Grande Bretagne, où les réglementaristes d’inspiration comportementaliste récemment lancés à l’assaut d’un mouvement de plus de 25 ans d’âge, ayant fédéré autour de la UKCP quasiment l’ensemble des praticiens du royaume, psychanalystes compris à l’exception d’un petit groupe de purs et durs, après un regain de virulence comportementaliste et scientiste se voient mis en échec par psychothérapeutes et psychanalystes unis, rien à voir avec notre pays où nos psychanalystes distingués ne sont pas près de donner le baiser au lépreux (ex !) psychothérapeute relationnel. Autre pays autres mœurs.

Philippe Grauer


Communiqué de presse

Version française

Les psychothérapeutes obtiennent le droit de contester les plans établis par le Conseil des professions de santé au sujet de la réglementation légale

Le Juge Burton a donné à six groupes de praticiens de psychothérapie et psychanalyse la permission de procéder à ce qu’il a qualifie comme un « important » défi de révision judiciaire aux propositions de leur réglementation par le Conseil des professions de santé– CPS.

L’avocate des groupes, Dinah Rose, bâtonnier de l’Ordre, a soutenu que le HPC avait illégalement mis de côté les questions cruciales sur la question de savoir si la psychothérapie et la psychanalyse devraient être réglementées par la loi et, plus important encore, de savoir si le CPS est apte à cet effet dans ce contexte, compte tenu de sa concentration sur les résultats mesurables des interventions de type médical. Leur révision judiciaire a été statuée sans délai et a été estimée « clairement discutable » selon le juge. En donnant un bref jugement oral, le juge Burton a critiqué la nature trompeuse des déclarations de le CPS. Les groupes de praticiens avaient été amenés à croire que le CPS envisageait et ferait un rapport au Ministère de la Santé dans des circonstances où cela n’avait apparemment jamais été prévu ou fait.

Au cours du litige, le Ministère de la Santé a maintenu une position neutre et a mis les plans pour l’adoption d’une loi en attente en vue de la décision du tribunal. Le CPS a maintenant cinq semaines pour produire des preuves ultérieures avant que l’affaire ne soit répertoriée pour une audience complète au printemps.

Le professeur Darian Leader, directeur du Centre d’analyse et recherche freudienne, l’un des groupes de praticiens, a déclaré aujourd’hui :
“Il est très regrettable que le CPS ait choisi d’utiliser les honoraires de ses adhérents actuels pour engager cette affaire à ce jour. Ses avocats nous disent que les frais juridiques s’élèvent déjà à £ 47.000. Cet argent pourrait servir à produire un rapport significatif sur la meilleure manière de réglementer les thérapies de la parole. Au lieu de cela il est utilisé pour défendre une décision visant à la construction d’un empire que le jugement actuel considère légalement contestable et, qui de notre point de vue, est pervers et inadmissible. Le CPS avait été chargé d’enquêter sur les besoins réglementaires des groupes de praticiens comme le nôtre et de décider si une réglementation légale était vraiment opportune, et le cas échéant, s’il était le régulateur approprié. Il a tout simplement éludé ces questions. Nous espérons que le CPS va maintenant se montrer sensible à l’indication donnée par la Cour, retirer ses propositions de réglementation et se retirer afin qu’un organisme actuellement capable d’améliorer les normes et de protéger le public dans ce domaine difficile puisse être créé.”


Original anglais

Psychotherapists win the right to challenge Health Professions Council plans for statutory regulation

Mr Justice Burton has given six psychotherapy and psychoanalysis practitioner groups permission to proceed with what he described as an “important” judicial review challenge to proposals for their regulation by the Health Professions Council (HPC).

The groups’ barrister, Dinah Rose QC argued that the HPC had unlawfully ducked critical questions about whether psychotherapy and psychoanalysis should be regulated by statute and, more importantly, whether the HPC is fit for purpose in this context given its focus on the measurable outcomes of medical-style interventions. Their judicial review was ruled to have been brought without delay and was “clearly arguable” in the judge’s view. Giving a short oral judgement, Mr Justice Burton went on to criticise the misleading nature of HPC statements. Practitioner groups had been led to believe the HPC were considering and would be reporting to the Department of Health on whether it should be the regulator in circumstances where this was apparently never planned or done.

During the course of the litigation the Department of Health has maintained a neutral stance and put plans to introduce legislation on hold to await the Court’s decision. The HPC will now have five weeks to file further evidence before the case is listed for a full hearing in the Spring.

Professor Darian Leader of the Centre for Freudian Analysis and Research, one of the six practitioner groups, said today: “It is very unfortunate that the HPC has chosen to use its existing registrants’ fees to fight this case to date. We are told by its solicitors that its legal costs already run to £47,000. This money could be used to produce a meaningful report on how best to regulate the talking therapies. Instead it is being used to defend an empire-building decision that today’s ruling exposes as being legally questionable and, in our view, is perverse and unsustainable. The HPC was charged with investigating the regulatory needs of practitioner groups such as ours and deciding whether statutory regulation was appropriate at all and, if it was, whether it was the right regulator. It simply evaded those questions. We hope the HPC will now show itself to be appropriately sensitive to the indication given by the Court, withdraw its current proposals for regulation and step aside so a body that is actually capable of improving standards and protect the public in this difficult field can be created.”

Notes for editors:

1. Professor Leader can be contacted for further comment on 07952 520 540. The groups’ solicitor, John Halford of Bindmans LLP can be contacted on 0207 833 7827 or at j.halford@bindmans.com.

2. The claim was brought by the Association for Group And Individual Psychotherapy, the Association of Independent Psychotherapists, the Centre for Freudian Analysis and Research, the College of Psychoanalysts-Uk, the Guild of Psychotherapists and the Philadelphia Association.

3. The campaign has been supported by many well-known artists, writers and philosophers, including Rosie Boycott, Tracey Emin, Brian Eno, Sophie Fiennes, Bella Freud, Esther Freud, Antony Gormley, John Gray, Oliver James, Anish Kapoor, Hanif Kureishi, Lee Hall, Susie Orbach, Cornelia Parker, Adam Phillips, Will Self, Gavin Turk and Slavoj Zizek.