Psychiatrie – Non à l’instauration de juges d’application des soins !

Emprisonner les fous ? c’est déjà fait. Sans doute un tiers ou un quart des prisonniers sont dans un état mental passablement disons difficile, et n’ont pas atterri là où ils sont sans raison, si l’on peut dire. Il est de notoriété publique par ailleurs comme le souligne l’article ci-infra que 90% des schizophrènes sont dans la rue.

Que les pouvoirs publics judiciarisent la maladie mentale en dit long sur la conception de la santé mentale qui prévaut, conception protocolaire évidemment, le protocole étant la bonne forme de nos nouveaux psychothérapeutes à venir – TCC de préférence si l’on donne dans le penchant post-moderne de normer une population à la façon scientiste.

Une population ou un peuple ? une conception contrôlitaire du soin (1“) présente des implications idéologiques puis politiques. Nous autres psychopraticiens relationnels nous trouvons indirectement concernés par l’ensemble de l’édifice de la santé mentale à la marge de laquelle nous exerçons, dans le cadre du Carré psy. Son évolution vers des formes dangereuses autant pour la démocratie que pour pour l’ensemble des professionnels du psychisme et de tous ceux que cela concerne nous préoccupe, et nous avons à cœur d’informer le public de ce qui se passe et d’afficher notre solidarité avec le Comité des 39 contre la nuit sécuritaire qui milite pour prévenir une dégradation dommageable de nos institutions et représentations de l’ordre de l’imaginaire social, relatives à l’univers anthropologiquement vital pour chaque civilisation, de la folie.

Philippe Grauer}}


La décision du Conseil Constitutionnel a eu un effet de sidération et de confusion sur les soignants en psychiatrie pour la raison qu’elle soulève un paradoxe qui n’est certes pas nouveau, mais qui était tant bien que mal traité au cas par cas jusqu’à présent dans la confiance relative aussi bien envers la justice qu’envers les psychiatres.

Cette décision a immédiatement comme corollaire que les placements sont avant tout des privations de liberté.

Là il nous faut réfléchir ensemble à la différence qu’il y a entre protection sociale discutable et qui doit être discutée et privation de liberté qui serait de fait reconnue par le contrôle judiciaire.

Cette décision veut dire que l’acte de protection sociale par HO et l’acte de protection d’une personne par HDT ne seraient plus assumés par la civilisation, mais par un “état objectivable dans son écart par rapport à une norme” puisque ce serait le trouble en lui-même, expertise à l’appui, qui orienterait la vérité judiciaire chargée de relier nature du trouble et privation de liberté.

Les personnes atteintes de troubles mentaux seraient ainsi, au nom du contradictoire, condamnées ou relaxées, en ce qui concerne leur placement. L’hôpital psychiatrique fonctionnerait alors comme un lieu de privation de liberté c’est-à-dire une prison et la folie comme une faute punissable!

Avec les mesures d’HO ou d’HDT, nous ne privons pas les patients de liberté, nous les écartons de la société pour nous protéger de leurs actes ou pour les protéger d’eux-mêmes et cela doit rester l’absolue exception.

Qu’une personne ainsi placée considère qu’on la prive de liberté c’est son droit le plus strict, et elle doit pouvoir obtenir un droit de recours juridictionnel qui doit lui être offert quel que soit son état, et cela, sans délai, c’est un principe de séparation du soin et du droit qui ne doit souffrir aucune exception.

Nous ne pouvons qu’être inquiets par la prise en compte dans nos démocraties de la question posée par l’accueil et les soins à dispenser auprès des personnes présentant des troubles mentaux quand nous constatons que ces derniers sont essentiellement proposés à la discussion sous l’angle sécuritaire ou judiciaire.

L’idée de perfectionner la loi de 1990 focalise la réflexion sur le temps de la contrainte, alors qu’elle devrait principalement porter sur les traitements, les prises en charge, l’accueil de la folie. Cela risque d’amplifier ce qui s’est produit dans la suite de la loi de 1990 qui n’a en rien amélioré les pratiques psychiatriques. Bien au contraire elle n’a fait qu’augmenter pour une part sensible le nombre de recours au placement en même temps qu’elle a, par effet d’aspiration, diminué les investissements de prévention, de club thérapeutique, de suivi, avec l’accroissement scandaleux du nombre de patients mis en errance, SDF, ou se retrouvant en prison.

Toute la psychiatrie moderne depuis la symbolique de l’acte Pinelien libérant le fou de ses chaînes, très précisément la symbolique qui initie la soustraction de la conception de l’acte soignant d’une contrainte des corps, n’a cessé de s’en départir contre le retour cyclique d’une psychiatrie hygiéniste, dégénérescence incluse, visant à établir une Raison comme norme avec les procédures de rejet et de traitement obligatoire qui en découlent, contre une fiction politique de la Raison, politique partageable parce que discutable et qui doit en permanence s’enrichir par la confrontation à ses limites, en particulier, avec ce que la folie interroge en nous.

C’est en ce sens que nous refusons de faire des moments exceptionnels de la contrainte le noyau organisateur de la psychiatrie. Le recours judiciaire doit être du côté des patients et non du côté d’un perfectionnisme procédural qui ne ferait que déplacer la question de la folie vers une vérité judiciaire de son traitement.

C’est en ce sens que nous refusons de voir les pratiques soignantes organisées sous le modèle de l’enquête judiciaire et de la peine. La folie n’est pas en soi un délit ou un crime.

Nous refusons les centres de rétention de 72 heures construits sur le modèle de la garde à vue.

Nous refusons la mise en place d’un juge d’application des soins sur le modèle du juge d’application des peines.

Nous refusons les traitements ambulatoires obligatoires construits sur le modèle de la liberté conditionnelle.

Bref nous refusons de participer à l’organisation « contrôlitaire du soin ».

25 décembre 2010
Le Collectif des 39 Contre la Nuit Sécuritaire

  • 1 On se souvient que { {soin veut dire soit traitement, au sens médical ou paramédical du terme, ou encore le soin que l’on prend de soi, le souci de soi, qui prend place au cours des séances, de psychanalyse ou de psychothérapie relationnelle, les deux disciplines axant leur effort vers la dynamisation du processus de subjectivation de la personne.

Hackers vengeurs et espions en diligence

LIBERATION 1 décembre 2010

Hackers vengeurs et espions en diligence

Par UMBERTO ECO

L’affaire WikiLeaks a une double valeur. D’un côté, elle se révèle un scandale apparent, un scandale qui n’apparaît comme scandale que devant l’hypocrisie qui régit les rapports entre les États, les citoyens et la presse. De l’autre, elle annonce de profonds changements au niveau international, et préfigure un futur dominé par la régression.

Mais procédons par ordre. Le premier aspect de WikiLeaks, c’est la confirmation du fait que chaque dossier constitué par un service secret (de quelque nation que ce soit) est composé exclusivement de coupures de presse. Les «extraordinaires» révélations américaines sur les habitudes sexuelles de Berlusconi ne font que rapporter ce qui depuis des mois pouvait se lire dans n’importe quel journal (sauf ceux dont Berlusconi est propriétaire), et le profil sinistrement caricatural de Khadafi était depuis longtemps pour les artistes de cabaret matière à sketch.

La règle selon laquelle les dossiers secrets ne doivent être composés que de nouvelles déjà connues est essentielle à la dynamique des services secrets, et pas seulement en ce siècle. Si vous allez dans une librairie consacrée à des publications ésotériques, vous verrez que chaque ouvrage répète (sur le Graal, le mystère de Rennes-le-Château, les Templiers ou les Rose-Croix) exactement ce qui était déjà écrit dans les ouvrages antérieurs. Et ce non seulement parce que l’auteur de textes occultes n’aime pas faire des recherches inédites (ni ne sait où chercher des nouvelles sur l’inexistant), mais parce que ceux qui se vouent à l’occultisme ne croient qu’à ce qu’ils savent déjà, et qui reconfirme ce qu’ils avaient déjà appris. C’est le mécanisme du succès de Dan Brown. Idem pour les dossiers secrets. L’informateur est paresseux, et paresseux (ou d’esprit limité) le chef des services secrets (sinon il pourrait être, que sais-je, rédacteur à Libération), qui ne retient comme vrai que ce qu’il reconnaît. Les informations top secret sur Berlusconi que l’ambassade américaine de Rome envoyait au Département d’Etat étaient les mêmes que celles que Newsweek publiait la semaine d’avant.

Alors pourquoi les révélations sur ces dossiers ont-elles fait tant de bruit ? D’un côté, elles disent ce que toute personne cultivée sait déjà, à savoir que les ambassades, au moins depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et depuis que les chefs d’États peuvent se téléphoner ou prendre un avion pour se rencontrer à dîner, ont perdu leur fonction diplomatique et, exception faite de quelques petits exercices de représentation, se sont transformées en centres d’espionnage. N’importe quel spectateur de films d’enquête sait très bien cela, et ce n’est que par hypocrisie que l’on fait semblant de l’ignorer. Toutefois, le fait de le répéter publiquement viole le devoir d’hypocrisie, et sert à placer sous une mauvaise lumière la diplomatie américaine. En second lieu, l’idée qu’un hacker quelconque puisse capter les secrets les plus secrets du pays le plus puissant du monde porte un coup non négligeable au prestige du département d’État. Aussi le scandale ne met-il pas tant en crise les victimes que les «bourreaux».

Mais venons-en à la nature profonde de ce qui est arrivé. Jadis, au temps d’Orwell, on pouvait concevoir tout pouvoir comme un Big Brother qui contrôlait chaque geste de ses sujets. La prophétie orwellienne s’était complètement avérée depuis que, pouvant contrôler chaque mouvement grâce au téléphone, chaque transaction effectuée, l’hôtel visité, l’autoroute empruntée et ainsi de suite, le citoyen devenait la victime totale de l’œil du pouvoir. Mais lorsque l’on démontre, comme ça arrive maintenant, que même les cryptes des secrets du pouvoir ne peuvent échapper au contrôle d’un hacker, le rapport de contrôle cesse d’être unidirectionnel et devient circulaire. Le pouvoir contrôle chaque citoyen, mais chaque citoyen, ou du moins le hacker – élu comme vengeur du citoyen -, peut connaître tous les secrets du pouvoir.

Comment un pouvoir qui n’a plus la possibilité de conserver ses propres secrets peut-il tenir ? Il est vrai, Georg Simmel le disait déjà, qu’un vrai secret est un secret vide (et secret vide ne pourra jamais être dévoilé) ; il est vrai, aussi, que tout savoir sur le caractère de Berlusconi ou de Merkel est effectivement un secret vide de secret, parce que relevant du domaine public ; mais révéler, comme l’a fait WikiLeaks, que les secrets de Hillary Clinton étaient des secrets vides signifie lui enlever tout pouvoir. WikiLeaks n’a fait aucun tort à Sarkozy ou à Merkel, mais en a fait un trop grand à Clinton et à Obama. Quelles seront les conséquences de cette blessure infligée à un pouvoir très puissant ? Il est évident que dans le futur, les États ne pourront plus mettre en ligne aucune information réservée – cela reviendrait à la publier sur une affiche collée au coin de la rue. Mais il est tout aussi évident qu’avec les technologies actuelles, il est vain d’espérer pouvoir entretenir des rapports confidentiels par téléphone. Rien de plus facile que de découvrir si et quand un chef d’État s’est déplacé en avion et a contacté l’un de ses collègues. Comment pourront être entretenus dans le futur les rapports privés et réservés ? Je sais bien que, pour l’instant, ma prévision relève de la science-fiction et est donc romanesque, mais je suis obligé d’imaginer des agents du gouvernement qui se déplacent de façon discrète dans des diligences aux itinéraires incontrôlables, en n’étant porteurs que de messages appris par cœur ou, tout au plus, en cachant les rares informations écrites dans le talon d’une chaussure. Les informations seront conservées en copie unique dans des tiroirs fermés à clef : au fond, la tentative d’espionnage du Watergate a eu moins de succès que WikiLeaks.

J’ai eu l’occasion d’écrire que la technologie avance maintenant en crabe, c’est-à-dire à reculons. Un siècle après que le télégraphe sans fil a révolutionné les communications, Internet a rétabli un télégraphe sur fils (téléphoniques). Les vidéocassettes (analogiques) avaient permis aux chercheurs en cinéma d’explorer un film pas à pas, en allant en avant et en arrière et en en découvrant tous les secrets du montage, alors que maintenant les CD (numériques) ne permettent que de sauter de chapitre en chapitre, c’est-à-dire par macroportions. Avec les trains à grande vitesse, on va de Rome à Milan en trois heures, alors qu’en avion, et les déplacements qu’il inclut, il faut trois heures et demie. Il n’est donc pas extraordinaire que la politique et les techniques de communications en reviennent aux voitures à cheval.

Une dernière observation. Autrefois, la presse essayait de comprendre ce qui se tramait dans le secret des ambassades. A présent, ce sont les ambassades qui demandent les informations confidentielles à la presse.

Traduit de l’italien par Robert Maggiori

Du droit à la psychanalyse

Retour sur un article de René Major paru dans Libération le 25 d’octobre 2010, préalablement à la réunion autour de l’ouvrage Manifeste pour la psychanalyse du 4 décembre à laquelle il n’a pas participé.

L’auto discipline des ex psychothérapeutes relationnels, devenus depuis psychopraticiens relationnels, elle n’a pas l’honneur de se voir reconnue par le pouvoir (peut-on employer l’expression “qui de droit” en cette circonstance ?). C’est bien tout le problème. & celui de la psychanalyse de se mettre dans le tort de se retrouver de droit à l’exception notable de nous-mêmes, dont elle sait parfaitement qui nous sommes, et qu’elle se fait fort (faible plutôt) de vouer aux gémonies au motif d’une confusion qu’il n’est nul besoin d’avoir lacanisé durant des années pour la comprendre tout de suite, entre thérapie TCC et psychothérapie humaniste, la seconde amalgamée perfidement à la première.

Il se trouve tout de même que si la psychanalyse peut revendiquer le droit de n’être assujettie à aucun savoir constitué – fût-ce celui de la médecine, pour reprendre les justes termes de René Major, la psychothérapie relationnelle revendique exactement et pour les mêmes raisons l’exercice du même droit.

Le jeu des mots sur profession ne doit duper personne. Nous avons déjà dans ces mêmes colonnes soutenu que plus que profession l’exercice de la psychothérapie relationnelle relevait davantage du ministère (pas celui de la Santé, bien entendu), mais que cela étant dit, à l’instar de la prêtrise ledit ministère nécessitait une formation théorique et clinique exigeante, ainsi qu’un examen sérieux des motivations et réelles capacités d’exercice, sans compter le passage par l’expérience personnelle approfondie du type de cheminement ensuite proposé à autrui (sans compter un contrôle continu). Cela en effet déborde la profession proprement dite, ou définit une profession très particulière.

Cela n’empêche que l’hypocrisie de dire je n’exerce pas la profession de psychanalyste mais de psychologue ou de médecin sous le couvert de laquelle j’exerce comme psychanalyste, à propos de religion fait penser furieusement à l’art argumentaire du jésuite. En effet notre savoir n’est pas de ce monde, du monde de la science académique, du monde de la santé mentale positive, nous en tombons précisément d’accord, ni le nôtre ni le vôtre Messieurs et dames, et c’est pour cela que nous sommes bien pareils.

Nous nous dressons exactement comme vous contre le biopouvoir et la psychopolitique, ces instances idéologico politiques qui s’en prennent à nous avant de vous liquider vous. J’ignore ce qu’il en est d’une association psychanalytique de pêcheurs à la ligne mais pour ce qui est de la pêche en eau trouble je pense que le René Major qui fièrement remit à leur place quand il le fallait les ânes à listes du Groupe de contact, serait bien inspiré de ne pas alimenter de quelque façon le courant peu clair dit “anti psychothérapie” sans plus de précision, susceptible d’alimenter de la demande de reconnaissance étatisant de fait à bas bruit la psychanalyse en France.

Protester d’une main contre le programme Accoyer, parfaitement explicite :”Eh bien, il faudra faire pour les psychanalystes – mais j’espère en moins de onze ans ! – ce que j’ai fait pour sécuriser les usagers“, et de l’autre ne concevoir même pas comment un psychanalyste puisse souhaiter avoir le titre de psychothérapeute, tellement ces deux modes de pratique leur paraissent incompatibles, reste cohérent.

Que par contre le “recours au moindre mal” du véritable bouclier psycal de l’agrément des Associations psychanalytiques soit présenté comme une formule révolutionnaire qui sauve la psychanalyse en la mithridatisant du poison juridique qu’elle requiert à condition que sa requête soit couverte du manteau de Noé théorique des auteurs du Manifeste (le livre) peut laisser rêveur. Ces acrobaties ne nous sauverons, ni eux du ridicule, ni nous de la difficulté de ne pas opposer un front uni aux tentatives “crypto-totalitaires” que vous dénoncez.

Nous appartenons ensemble, René Major, à la SIHPP qui répercute ce texte que nous éditons aujourd’hui. Vous savez bien depuis ce lieu qui nous est commun que les psychanalystes ont mieux à faire qu’à se distinguer de nous comme si étions porteurs d’une sorte de nouvelle peste. Nous procédons du même combat, reconnaissons-nous mutuellement à ce titre, ensemble retournons-nous contre nos véritables adversaires scientifiques et politico idéologiques. Ensemble nous serons plus justes et efficaces qu’artificiellement dressés, les auteurs du Manifeste (le livre, dont vous n’êtes pas) contre nous.

Voir également notre Manifeste pour la psychanalyse, première partie, ici même.

Philippe Grauer


Deux événements récents appellent une réflexion sur le chemin parcouru par l’État français pour instaurer une législation où apparaît “la psychanalyse” sans qu’il soit correctement tenu compte du droit de la psychanalyse à ne pas se voir inscrite comme l’une parmi d’autres dans le champ des psychothérapies et sans qu’on retienne que tout citoyen doit disposer d’un droit à la psychanalyse s’il souhaite y avoir recours même pour des motifs qui ne concernent pas la santé au sens où l’entend l’administration.

Ces deux événements sont d’une part la Requête enregistrée en juillet dernier devant le Conseil d’État par l’association Analyser[1] pour annulation partielle du Décret du 20 mai 2010 pris par le Premier ministre et constituant un excès de pouvoir, et d’autre part la parution du Manifeste pour la psychanalyse[2] dans lequel se trouve fortement argumentée, à partir de Freud et de Lacan, l’opposition à une quelconque réglementation, directe ou indirecte, de la psychanalyse par les pouvoirs publics.

État de la question

On se souvient des débats soulevés dans le public et des protestations nombreuses qui ont accompagné la proposition du député Bernard Accoyer visant à réglementer l’exercice de la psychothérapie par un article de loi où il était fait mention de la psychanalyse qui, quant à elle, paraissait être exemptée de la nécessité d’une réglementation. Dans la suite des travaux parlementaires, la mention des psychanalystes et de leurs associations fut ajoutée. En dépit de vives oppositions au Sénat, la loi fut adoptée puis promulguée en date du 9 août 2004. Une modification ultérieure ajouta la mention de master en psychanalyse. Six ans plus tard, cette loi vient d’accoucher péniblement d’un décret dans lequel certains problèmes liés à l’articulation de la pratique de l’analyse freudienne avec le titre de psychothérapeute sont loin d’être résolus.

Le problème essentiel posé par l’article 52 de la loi 2004 peut s’énoncer comme suit : les psychanalystes régulièrement inscrits dans une « association de psychanalystes » qui souhaitent obtenir le titre de « psychothérapeute » et l’inscription au registre des psychothérapeutes sont dispensés partiellement ou globalement de la formation théorique et pratique en psychopathologie clinique requise de ceux qui, n’ayant pas cette qualification, demandent à accéder au titre de psychothérapeute. La question qui reste en suspens tient à la nature de cette qualification de “psychanalyste”.

On sait que d’une manière générale les associations de psychanalyse qui existaient en 2004, quelles que soient leurs divergences quant à la formation de leurs membres, répondaient aux critères les plus exigeants quant aux règles et à l’éthique qui régissent sa pratique. M. Bernard Accoyer le reconnaissait lui-même lors des débats à l’Assemblée nationale : « L’autodiscipline des écoles de psychanalyse apporte des garanties suffisantes. »

Trois moments de l’histoire

Rappelons qu’il y a déjà eu deux moments dans l’histoire de la psychanalyse (remis opportunément en mémoire par le Manifeste) où la question de qui peut exercer la psychanalyse, et à quelles exigences sa pratique doit répondre, s’est posée de manière aiguë. D’abord à Vienne, en 1926, où le Conseil supérieur de la santé de la ville posa la question de l’exercice de la psychanalyse par des non-médecins, et en 1956 à Paris où, face à certaines pratiques axées sur une idéologie de l’efficacité – de thérapies plus brèves mais illusoires – Lacan prôna un retour à Freud, à un Freud qui aura toujours été clair sur la question. En tant que science du psychique inconscient, la psychanalyse peut revendiquer le droit de n’être assujettie à aucun savoir constitué (fût-ce celui de la médecine qui, au sens le plus courant, n’a pas du tout la même manière de penser : là où la médecine vise à la restitution d’un état antérieur à celui de la maladie, la psychanalyse s’attache à l’inconscient de l’histoire passée pour modifier le présent et l’avenir ), pas plus qu’à la religion, à une idéologie ou à un pouvoir d’Etat qui ne peuvent qu’être gênés par l’instance pour le moins critique qu’elle représente.

Ce qui différencie la pratique analytique de celle de tout autre “profession”, c’est l’analyse que l’analyste aura suivi personnellement, en la menant le plus loin possible, et qu’il maintiendra en éveil tout au long de sa pratique, à la fois pour rester attentif chez l’autre à ce qu’il aura déjà reconnu comme semblable en lui-même et vigilant à ce qui pourrait interférer avec le travail psychique que l’analysant est en voie d’effectuer. Cette étape essentielle de la formation du psychanalyste ne peut être dispensée par aucune école ni université, ni même par une association de psychanalyse. Elle ne saurait être validée par un diplôme comme ceux de docteur en médecine, de docteur en droit ou même de docteur en psychanalyse. Elle ne dispense pas pour autant le psychanalyste de l’acquisition des savoirs. Freud voulait d’ailleurs que les psychanalystes acquièrent de vastes connaissances, en médecine, en psychiatrie, en biologie, mais aussi dans l’histoire des civilisations, la mythologie, la psychologie des religions, la littérature. Si la psychanalyse ne saurait être pour Freud une spécialité de la médecine ou de la psychologie (d’une psychologie qui se prête à l’offre de gestion des “ressources humaines”), comme certains de ses contemporains et de ses successeurs furent prêts et le sont toujours à y consentir, ce ne fut pas pour la maintenir dans un splendide isolement mais pour qu’elle puisse entretenir avec les sciences affines (la philosophie, la linguistique, la logique – par exemple) des rapports d’enrichissement réciproque.

Aujourd’hui, en 2010, la psychanalyse, dans son rapport aux pouvoirs publics, est confrontée à un troisième moment d’une histoire qui se manifeste par une adversité de l’État. En effet, l’idéologie technoscientiste tend à devenir la raison de la logique économique et politique du néolibéralisme au sein de laquelle une mise au pas de la psychanalyse n’aurait d’autre visée, en assimilant celle-ci à une forme de psychothérapie directive parmi d’autres, que d’annihiler sa portée subversive. A une biopolitique de l’État visant à uniformiser ce qui tient pour chacun à un savoir faire avec son corps et à un savoir vivre, est venue s’ajouter une psychopolitique s’arrogeant de vouloir régir une “santé mentale positive” (à l’aide de la psychopharmacologie notamment ou de psychothérapie corrective) à des fins sécuritaires qui s’articulent à un souci hygiéniste en extension.

Les lacunes du Décret

L’un des effets pervers de la loi de 2004 aura été de voir se multiplier des associations de psychothérapie qui auront ajouté “et de psychanalyse” à leur appellation afin, croyaient-elles sans doute, que leurs membres soient dispensés des nouvelles conditions requises pour l’obtention du titre de “psychothérapeute”. Mais, par ailleurs, rien n’empêche quiconque ne disposant d’aucune formation psychanalytique de fonder une association dont l’objet déclaré correspond à celui des associations reconnues. Il pourrait même se produire la création d’une association de psychanalystes ayant pour objet “la promotion de la pêche à la ligne”, car le décret ne prévoit pas la nature de l’objet associatif mais sa seule insertion au Journal officiel.

Le Décret du 20 mai 2010 prévoit en effet que, pour bénéficier de la dispense dont il a été question, les psychanalystes soient régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations, l’attestation devant être établie par le président de l’association et accompagnée de l’insertion la plus récente de l’association au Journal officiel de la République française, comportant l’objet associatif. Aucune autre condition n’est exprimée quant à l’objet de l’association déclarée. Comme le souligne François-Régis Dupond Muzart, rédacteur de la Requête en annulation du Décret devant le Conseil d’État, il va de soi qu’étant donné que ne figure au décret nulle mesure d’appréciation sérieuse qu’appellent et qu’ordonnent, à propos des “psychanalystes” et de “leurs associations”, les dispositions de l’article 52, les carences que ledit décret comporte constituent « un appel à la fraude portant atteinte à la réputation des psychanalystes et de leurs associations et permettant des mentions d’associations fantaisistes dans les registres des psychothérapeutes pour le plus grand trouble du public et au préjudice de celui-ci. En l‘absence d’un régime d’agrément des associations concernées, le décret conduit à ridiculiser la mention des psychanalystes et de leurs associations ainsi que l’État par la même occasion. » Étant donné que l’administration du Ministère de la santé n’a jamais voulu de ces mentions, on peut raisonnablement supposer qu’elle cherche à les ridiculiser dans l’application pour en obtenir ultérieurement la suppression. Si ces mentions étaient supprimées, on se retrouverait dans la situation italienne où, dans le silence de la loi, les juges ont été contraints de décider que la psychanalyse relevait juridiquement de la catégorie des psychothérapies. Et pour que ces dernières aient quelque crédibilité il fallait bien qu’elles soient organisées en ordre professionnel. C’est alors en confiant à un ordre des psychothérapeutes la responsabilité des « règles de bonne pratique » que l’État se dégagerait de sa propre responsabilité. A moins que ne prévale la position de M. Bernard Accoyer qui déclarait expressément le 29 mai 2010, alors invité de M. Laurent Ruquier : « Je n’ai jamais visé les psychanalystes. Non, le problème qu’ils redoutent et qui peut d’ailleurs se produire maintenant, c’est que les auto-proclamés [psychothérapeutes] qui représentent probablement plus de 10.000 professionnels en France, les autoproclamés maintenant qu’ils ne vont plus pouvoir s’appeler “psychothérapeutes”, ils vont peut-être chercher un autre nom, et je pense que certains psychanalystes redoutent cela. C’est un problème. Eh bien, il faudra faire pour les psychanalystes – mais j’espère en moins de onze ans ! – ce que j’ai fait pour sécuriser les usagers, ceux qui sont en souffrance et qui ont besoin de leurs soins. »

Solutions prévisibles

Face à l’imbroglio ou à la perversité du décret du 20 mars 2010 d’application de la loi de 2004 modifiée en 2009, deux solutions peuvent être juridiquement prévisibles.

L’une, envisagée par M. Accoyer, président de l’Assemblée nationale, consiste à réglementer l’activité psychanalytique et l’usage du titre de psychanalyste, selon un modèle comparable à celui du titre de psychothérapeute. On se souviendra que le sénateur Jack Ralite avait prévenu les psychanalystes de cette éventualité qui obéit à une stratégie en deux temps bien connue d’une certaine politique. Il importe de préciser ici que du point de vue du droit la non-réglementation de l’activité de psychanalyste ne doit pas être qualifiée de vide juridique, comme il a pu être dit, mais d’état de droit, comme le rappelle Mathias Couturier – dans sa réflexion sur le statut juridique de l’analyse freudienne – car la réglementation d’une profession ou d’une activité est une exception qui ne se justifie que par des considérations prééminentes de protection de l’intérêt général, comme l’a rappelé la Commission européenne dans son rapport du 9 février 2004. Étant donné que la loi qu’a fait adopter le député Accoyer ne visait nullement les psychanalystes et que « l’autodiscipline des écoles de psychanalyse apporte des garanties suffisantes », s’agit-il vraiment de « considérations prééminentes de protection de l’intérêt général » ? Il est permis d’en douter. Mais même si l’on voulait accorder quelque crédit à de telles considérations venues en un second temps, on voit aisément à quelles difficultés se heurterait l’administration. Si l’on considère que l’exigence d’une analyse personnelle approfondie est la condition fondamentale à l’exercice de la psychanalyse – plus importante que les titres académiques et que le cursus parcouru au sein d’une association de psychanalystes – il faudrait que l’État, comme instance tierce, s’immisce dans les filiations analytiques pour savoir si chacun des psychanalystes en exercice a bien suivi une analyse “didactique” avec un psychanalyste qui lui-même…, et cela en remontant jusqu’à Freud ! Faut-il rappeler qu’une jurisprudence de Cour d’appel, déjà en 1954 non démentie sur ce point, précise que l’analyse ne doit souffrir la perturbation d’aucune personne ou instance tierce.

L’autre solution, que tentent de retenir des juristes, reposerait sur l’agrément des associations de psychanalystes qui souhaitent que leurs membres puissent avoir le titre de “psychothérapeute”. Il faudrait alors que ces associations de psychanalystes soient agréées par l’État et que les conditions d’agrément soient précisées. Ces conditions ne peuvent tenir qu’à la précision de l’objet de l’association, à la régularité de son fonctionnement, aux activités qui sont les siennes (journées d’études, colloques, publications), au nombre de ses membres. On sait que certaines associations de psychanalystes, ainsi que des psychanalystes réputés ayant choisi de ne pas appartenir à une association, sont opposés à toute idée d’adoubement, même indirect, de la psychanalyse par l’autorité publique et ne conçoivent même pas comment un psychanalyste puisse souhaiter avoir le titre de psychothérapeute, tellement ces deux modes de pratique leur paraissent incompatibles ( le Manifeste fait longuement état de cette question). Mais au regard de la psychopolitique de santé mentale que nous avons évoquée et de sa rationalité évaluatrice envahissante et persistante, en dépit de toutes les critiques dont elle fait l’objet, nombre de juristes ne peuvent que voir, dans cette évolution de l’État démocratique crypto-totalitaire – aussi regrettable qu’elle soit – une réglementation à venir de la psychanalyse que préfigurait la réglementation du titre de psychothérapeute.

La question à laquelle la psychanalyse, en tant que pratique, se trouve confrontée désormais n’est plus de savoir si elle veut ou pas, si elle peut ou pas, rester hors du champ du droit. Comme le souligne M. Couturier, elle s’y trouve déjà. C’est à quoi s’opposait en 2004 un groupe d’analystes qui aura depuis poursuivi son travail de réflexion pour présenter aujourd’hui, avec le Manifeste pour la psychanalyse, le texte le plus rigoureux du point de vue analytique et politique sur cette question décisive pour l’avenir de la psychanalyse. Entre temps, le nom de la psychanalyse s’est vu inscrire dans l’article 52. Et puisqu’il s’y trouve déjà, on aura vu que, si sa mention se trouvait effacée dans la loi de 2004, elle tomberait sous le coup de la réglementation des psychothérapies. Il faut bien dire qu’une partie des psychanalystes, ceux qui auront vu dans la loi Accoyer la préservation de leur indépendance, auront contribué à ce que nous en soyons réduits à accepter le moindre mal : requérir de l’autorité publique, par la voie du Conseil d’État, une solution a minima, l’agrément des associations de psychanalystes souhaitant faire accéder leurs membres au titre de psychothérapeute – aussi déplorable que cela puisse paraître – pour éviter de s’exposer au risque d’une réglementation de la pratique et du titre de psychanalyste. Ce qui sonnerait sans doute le glas de la pratique psychanalytique.


[1] On trouvera sur le site http://analyser.fr les considérations juridiques (requête devant le
Conseil d’Etat) de François-R. Dupond Muzart et le commentaire de Mathias Couturier,
Maître de conférences en Droit privé à l’université de Caen
[2] Sophie Aouillé, Pierre Bruno, Franck Chaumon, Guy Lérès, Michel Plon, Erik Porge,
Manifeste pour la psychanalyse, La fabrique éditions, 2010

Psychiatrie : juges et préfets se substitueront-ils aux soignants ?

À verser à notre dossier Carré psy.

Cet intelligent article éclaire la situation folle de la santé mentale, un machin politique à écraser les patients. Certes nous autres psychopraticiens relationnels ne travaillons jamais qu’en réseau avec la psychiatrie, lorsqu’elle nous adresse des patients par ailleurs par elle traités en déambulatoire. Mais que faire lorsque le dispositif psychiatrique prend des couleurs répressives ? la maladie mentale ne se soigne pas à coups de pseudo garde à vue (au moment où le principe même de celle-ci est mis à mal au niveau européen) ni de prescriptions judiciaires. Que faire d’utile et d’humain, coincé entre ce marteau et cette enclume ?

C’est l’ensemble du Carré psy, qui comporte tous les métiers du soin psychique, dont le nôtre, qui se voit détérioré au motif de réformes qui cassent plutôt que modernisent, ignorant qu’en psychiatrie comme ailleurs, davantage qu’ailleurs peut-être, tout autant allez, soyons équanimes, la dimension relationnelle est capitale si l’on veut prendre en compte la souffrance psychique et porter aide à ceux qu’elle frappe.

Psychopraticiens relationnels, nous sommes solidaires de tous les cliniciens qui militent pour que le psychopathologisme scientiste de la santé mentale n’entrave ni nos concitoyens en souffrance ni par extension et contamination l’ensemble de la société aux prises avec le malaise de sa civilisation. À ce sujet nous rappelons que l’Affop et le Snppsy organisent samedi 22 janvier une journée d’étude intitulée Sauvons la pratique qui rejoint le sauvons la clinique bien connu. Ensemble prenons garde que par inadvertance civilisé ne devienne si avilisé(1“).

Philippe Grauer


L’article L. 337 du code de la santé publique prévoit qu’au-delà des quinze premiers jours, une hospitalisation sans consentement peut être maintenue pour une durée maximale d’un mois, renouvelable, au vu d’un certificat médical circonstancié indiquant que les conditions de l’hospitalisation sont toujours réunies. Le conseil constitutionnel vient de déclarer cet article contraire à la constitution (Décision n° 2010-71 QPC du 26 novembre 2010).

Le conseil constitutionnel a en effet estimé qu’il y avait là une méconnaissance de l’article 66 de la constitution, selon lequel la liberté individuelle ne peut être tenue pour sauvegardée que si le juge intervient dans le plus court délai possible.

Tout en reconnaissant dans le communiqué de presse – et encore, du bout des lèvres – que « certes, les motifs médicaux et les finalités thérapeutiques qui conditionnent la privation de liberté des personnes atteintes de troubles mentaux hospitalisées sans leur consentement peuvent être pris en compte pour la fixation de ce délai », le conseil insiste surtout sur le fait que le prolongement de l’hospitalisation sans consentement ne se conforme pas à la la règle de l’ordre judiciaire.

Sous prétexte de garantir la liberté individuelle, on ne peut qu’être frappé de ce qui relève en réalité d’une adéquation purement formelle à une règle, et que si méconnaissance il y a ici, elle concerne bien davantage la réalité de la maladie mentale et du travail des soignants qui s’en occupent.

L’un d’entre nous dénonçait récemment un projet de réforme se préoccupant plus de sécurité que de soin, tout en voyant d’un mauvais œil la perspective d’une judiciarisation du soin, ne faisant qu’assimiler un peu plus l’hospitalisation à une sanction, et le maintien en hospitalisation à un « maintien en détention ».

Ce qui se dessine, à travers cette décision du conseil constitutionnel mais aussi avec le projet de réforme de la psychiatrie, c’est véritablement l’empêchement, voire la destruction de tout projet thérapeutique, soit par le préfet pour maintenir l’hospitalisation contre l’avis des soignants, soit par le juge pour empêcher le maintien de cette même hospitalisation, toujours contre l’avis des soignants.

Au nom de la sécurité dans un cas, au nom de la liberté dans l’autre, il y aurait désormais subordination du soin au pouvoir répressif d’un côté, au pouvoir judiciaire de l’autre. Tout cela conduit à dresser un peu plus les malades contre la société et réciproquement, en identifiant le soin à une sanction et l’hospitalisation à une garde à vue (la comparaison entre les deux étant d’ailleurs faite lors des débats filmés du conseil constitutionnel, sur le mode de la “garde à vue abusive”).

Nous assistons à une véritable disqualification des métiers du soin psychique, laissant les malades en proie à une guerre idéologique entre ceux qui veulent les enfermer au nom de la sécurité et ceux qui veulent les faire sortir au nom de la liberté individuelle, entre idéologie sécuritaire d’un côté et idéologie libérale-libertaire de l’autre.

Or le soin psychique constitue un temps et un lieu en position tierce, permettant de penser et panser ce qui écartèle le sujet entre sa liberté et son inscription sociale et culturelle. Ce temps et ce lieu permettent donc de faire en sorte – malade, famille, et soignants réunis – que le malaise dans la culture ne se résorbe pas dans une pensée binaire conduisant à des affrontements idéologiques dont les malades sont les premières victimes. Cela nécessite que les conditions dans lesquelles le soin psychique peut s’exercer soient dignes de ce nom, et permettent aux soignants de mettre en acte les valeurs pour lesquelles ils ont choisis de se soucier de l’autre, au lieu de contribuer – comme c’est le cas avec le projet de réforme et ici avec la décision du conseil constitutionnel – à dresser les uns contre les autres .

Il est temps d’arrêter d’instrumentaliser le soin et les patients dans une confrontation idéologique qui masque les valeurs politiques, sociétales et anthropologiques que ces idéologies contiennent. Plus que jamais aujourd’hui la psychiatrie rebaptisée “santé mentale” révèle sa porosité avec les pouvoirs politiques qui lui confient la tâche de construite et de légitimer des normes de conduite et de définir des déviances sociales. Plus que jamais la casse des métiers du soin psychique au profit de l’objectivité d’eunuque de la biopsychiatrie sécuritaire révèle que la psychiatrie est un “fait de civilisation”. Nonobstant la validité des savoirs et des pratiques qui se disputent le champ de la psychopathologie, il convient de s’interroger sur ce qui à un moment donné conduit le pouvoir politique et/ou l’opinion à lui préférer telle ou telle orientation en fonction de la vision qu’ils se font de l’humain. Aujourd’hui au moins, les choses sont claires le débat récurrent sur les critères qui permettent de différencier le normal du pathologique se réduisent purement et simplement aux questions politiques et juridiques de savoir comment défendre la société tout en protégeant le sujet de droit. La psychiatrie n’est plus que la copule qui conjoint les dispositifs juridiques et la petite biologie des industries de santé.

Que sont les souffrances psychiques devenues ?


Paru dans le journal l’Humanité du 10 décembre 2010

  • 1 Terme corrompu car seul avili est admis. Précisément à force d’à peu près on en arrive rapidement à admettre n’importe quoi.

Manifeste pour la psychanalyse – à propos d’un ouvrage récent

Le lacanisme traditionnaliste continue de se garder de la psychothérapie et ne propose rien de nouveau

par Philippe Grauer


Barbarie psychothérapique

Ce samedi 4 décembre se tenait boulevard du Montparnasse une réunion autour de l’ouvrage intitulé Manifeste pour la psychanalyse.(1“)} Une centaine de participants y dialoguèrent quatre heures durant avec les auteurs. Rien d’éclatant n’en sortit. Les auteurs dont les noms ne figurent pas sur la couverture se qualifièrent de nouveaux sans papiers alors que de façon criante s’il y a des sans papiers c’est bien nous, et conclurent qu’il fallait pour débloquer la situation étudier sans délai la signification demeurée obscure d’une dissolution vieille de 30 ans. Tout de même ils se sont mis en quatre, à six, quatre années durant, pour en arriver à rien de mieux que marteler sur 151 pages indéfiniment en quoi consistait la spécificité de la psychanalyse lacanienne, et que le tournant de l’époque consistait pour elle à se purifier plus que jamais de la barbarie psychothérapique qui vient.

Guérir de la psychothérapie

Quelqu’un résuma la situation, il s’agissait de “la dissolution… de la psychanalyse dans le marécage de la psychothérapie.” Il importait de s’occuper d’urgence de “guérir de la psychothérapie.” Il n’a pas été proposé de guérir du dogmatisme ni de s’extraire des sables mouvants d’une pensée en auto dissolution. Il n’a pas été proposé de discerner sous le vocable flou de psychothérapie, la psychothérapie comportementaliste qui détruit toute conception de la subjectivité, de la psychothérapie relationnelle, aidant tout comme la psychanalyse à laquelle elle n’est pas étrangère, le sujet à surgir de lui-même – et de quelque autre en relation. C’est compréhensible, en quatre ans de travail acharné les auteurs – Sophie Aouillé, Pierre Bruno, Franck Chaumon, Guy Lérès, Michel Plon, Erik Porge – n’ont pas eu le temps de s’enquérir de ce qui se passait autour d’eux depuis près d’une quarantaine d’années, ni d’envisager de considérer que le monde change et que de nouveaux autres y apparaissent. Il ne suffit pas de bien parler de ce que l’on fait. Si cela a pour corrolaire de médire, mal dire, maudire, ce qui a trait à l’autre, à l’autre proche, quelque chose cloche. Notre psychothérapie relationnelle n’est ni une pratique de la séduction ni une promesse de guérir par liquidation du symptôme. Qu’est-ce qu’une pensée de soi qui aurait à charge de conspuer l’ensemble des psychanalystes et des psychothérapeutes (NN) (nous ne répondons plus à ce nom, c’est pourquoi nous lui accolons le NN de Nouvelles Normes) qui oseraient ne pas s’en réclamer ?

Lacan a étonné le monde entier par d’éblouissantes innovations. Nous voici à présent étonnés de la répétition à l’infini du souvenir de son discours, bande de Möbius enregistrée qui tourne en boucle. À chaque époque son étonnement.

Rencontrer la réalité des gens

Certes, le discours repris indéfiniment – à un moment la salle a prié Franck Chaumon de lâcher la question de cours – n’est pas faux. Faux fuyant plutôt, en ce qu’il n’a pas l’audace d’aller à la rencontre de la réalité actuelle des patients d’aujourd’hui qui réclament qu’on leur parle autrement qu’à partir de formules mathématiques vidées de leur contenu. Notre club des Six se rassure en récitant le credo de la génération précédente — parfaitement bien décliné, merci pour le travail – comme ça on est sûr de ne pas dire de bêtises mais on en commet une majeure, celle de tourner le dos à la créativité, à la vie. Au fait, comment dit-on la vie en lacanien littéral ? la vie qui vit et qui va, la vie de tous les jours, des hommes et des femmes de notre temps. En les écoutant s’interroger, se congratuler, aiguiser leur “tranchant” de la psychanalyse je me réminisçais l’époque où Françoise Dolto allant devenant vivante donnait la réplique à Lacan qui la trouvait tout de même, montée sur la table, bien culottée ! Tout ça avait une autre allure. Comme l’écrivait Stendhal dans les Chroniques italiennes : “On savait vivre alors”.

Le transfert noté sur 10

Un auditeur évoqua René Major et sa définition juridique de la psychanalyse : “a) accepter pour le patient de dire tout ce qui lui passe par la tête, b) en second, pas d’intervention d’un tiers dans la relation entre l’analyste et l’analysant. Il importe, a-t-il dit, d’exclure toute intervention de l’État au sein du dialogue analytique qui se noue. En substance, il décèle dans le livre des six “une lacune : tout ce qui concerne ce que nous pouvons apprendre des expériences mises en place en Allemagne, Grande Bretagne, Italie, Espagne, etc., relativement au désir de contrôler la psychanalyse à partir d’un statut de psychothérapeute, a réussi. Dans ces pays-là, dont la Grande-Bretagne, on assiste à un étouffement progressif de la possibilité pour un psychanalyste ou un psychanalysant de se rencontrer sans avoir affaire à un tiers : l’État. On assiste même à la mise en place d’évaluations, on note le transfert sur 10 ! pourquoi pas sur 20.” Presque parfaitement exact. En Allemagne, une fiche d’évaluation permet au consommateur – peut-on encore l’appeler patient ? – de noter son indice de satisfaction de la séance. En effet il y a urgence !

Nous puis nous tous

L’ennui c’est que ces méthodes, cette politique et ce processus s’en prennent précisément à nous. À travers la confusion entretenue par l’usage jamais défini du signifiant – c’est bien comme ça qu’on dit un mot en lacanien ? – du terme, donc, psychothérapie, nos Six s’en prennent à nous, contre qui se dresse précisément la machine à nous casser ensemble. À nous qui avons dû nous donner le mal de nous rebaptiser, à nos frais, comme psychopraticiens relationnels. À nous pour commencer avant d’en passer à nous tous et donc à vous chers collègues psychanalystes. Car c’est l’ensemble des disciplines axées sur le processus de subjectivation qui est visé, c’est du même coup, nous et la psychanalyse.

Ce n’est pas en se dissociant de ceux auxquels nos adversaires s’en prennent pour commencer, ce n’est pas en confondant les premières victimes avec leurs ennemis qu’on résistera le mieux à la déferlante scientistique.

Psycho diversité

J’ai bien compris, dit un autre auditeur, durant cet intéressant et instructionnant après-midi, j’ai bien compris en vous lisant que la psychanalyse n’est pas une psychothérapie ni ne procède à l’éradication du symptôme et que les psychothérapies ont comme but de permettre aux personnes traitées de mener une vie plus normale, symptômes éradiqués.” L’ennui c’est que nous n’avons jamais rien énoncé de tel concernant la réduction de symptôme, et que nous ne prétendons à aucune normalisation. Rappelons tout de même qu’en argot américain psychanalyste se dit shrink, réducteur de tête, psychanalyste, pas psychothérapeute. Superbe renversement du tout au tout ! Comme vous chers collègues, nous recevons les patients comme ils arrivent, dans leur disposition, avec leurs souffrances et leurs défaillances, avec leurs illusions, et nous entamons, exactement comme vous, un dialogue avec eux. Pas toujours exactement comme vous car nous disposons d’une palette d’intervention plus large, que nous savons à propos plus souvent que vous leur répondre quand ils nous parlent, et qu’il n’est pas déplaisant de pouvoir intervenir de façon diversifiée. De la compétence en plus ne nuit jamais. Il n’importe pas tant de déterminer qui a la plus grosse, de compétence, que de reconnaître non seulement la spécificité de chacun mais l’intérêt de notre psycho diversité.

Commisération

Le même auditeur poursuit, en substance : “– Cela correspond au traitement symptomatique de la douleur. Il poursuit : “j’ai distingué une certaine commisération envers la psychothérapie. Qu’est-ce qu’on fait des gens qui disent “je ne vais pas bien”, qui ont besoin de parler à quelqu’un qui les écoute, les conseille ou leur délivre des médicaments ? Dans un système convenable que faudrait-il mettre en place pour leur permettre de faire autre chose que d’aller voir un généraliste surchargé de demandes et ne parvenant pas à répondre à la souffrance autrement que par une prescription d’antidépresseurs ?”

Une loi mal faite qui pour l’heure vous protège

Réponse : il faudrait faire comme vous et nous faisons. Au mieux de notre générosité, comme vous de votre côté du Carré psy, notre travail. Qui sommes-nous à vos yeux en vérité ? Croyez-vous que vous êtes plus purs que nous ? plus purement quoi ? psychanalystes ? tant mieux. Pourquoi devrait-ce être à l’exclusion de tout autre ? si petit a soit-il si en plus c’est un petit cousin, pourquoi lui vouer tant de détestation par voie de description comparative ? Par malaise identitaire, manque de discernement ? il faudrait examiner tout cela. Votre avantage, le bénéfice de la position psychanalytique nous le connaissons. Nous en connaissons d’autres par dessus le marché. Tous frères ou demi frères et sœurs embarqués dans le même navire, celui d’une loi mal faite qui pour l’heure vous protège, où allez-vous comme ça vous figurant seuls, et pour combien de temps ?

Encore un moment. Michel Plon invite la salle à débattre. Il aborde “la question du danger. Le danger, dit-il, vient explicitement de deux horizons : la politique, après 70, le néolibéralisme, la gouvernance des sujets. La question de l’intime devient prioritaire aux yeux de l’État, il faut que les sujets se sentent sécurisés, dérangent le moins possible l’ordre capitaliste qui se développe. Cela se fera intelligemment n’en doutons pas. L’intime et l’État. Beau thème de réflexion qui nous appartient tout autant.

Qu’avons-nous fait des avancées lacaniennes ?

Il poursuit : Le deuxième danger tient à l’évolution simultanée du mouvement psychanalytique lui-même. Dans quelle mesure les psychanalystes ont-ils été perméables à la demande du néolibéralisme. Qu’avons-nous fait des avancées lacaniennes ? de la dissolution ? l’avons-nous mise au travail ? qu’en est-il de cette glissade vers un psychologisme larvé, avec lequel on s’arrange, on négocie. Qu’avons nous pu faire des avancées proposées par Lacan ? Si nous sommes restés sur place, nous voici dans la position de qui n’avance pas on recule.“

Patte blanche pattes noires

Dans le premier cas, ça n’est pas en refusant de se rendre compte que la psychothérapie relationnelle pas davantage que la psychanalyse bien conçue ne cadre avec le schéma de soumission et de conformisation proposé par le néolibéralisme qu’on avancera. Quant au second point, l’évolution subreptice de la psychanalyse vers un psychologisme larvé, on peut se demander si cette évocation n’est pas faite pour rejeter en enfer tout ce qui n’est pas nouage, dissolution, rhétorique lacano-lacanienne : attention, psychanalystes ! vous êtes surveillés par vos semblables, le diable est partout, l’hérésie guette, soyons vigilants, restons purs voire puritains. Travaillons à nous dissoudre puisque Lacan a dissous son école – identification oblige ! Devenons des nœuds dénoués, en partance vers le paradis, nimbés de mathèmes, des logiciens de la cure, sans parole ni émotion. Dissolvons nous ! Restons surtout coupés de tout contexte, confortons-nous dans notre dogme, étudions méditons Lacan davantage encore, cartellisons-nous et n’en démordons jamais, mais, patte blanche montrée, ne rencontrons, ne reconnaissons surtout pas nos collègues à pattes noires.

Stagnation durable

La question de l’institution psychanalytique n’est ni nouvelle ni simple. Le lacanisme s’est constitué contre la rigidification institutionnelle de l’IPA, la dissolution contre celle de l’École freudienne. Quelqu’un ayant soulevé la question de déterminer qui était l’auteur de la dissolution, notons que Lacan n’a pas dissous son école mais accepté que son gendre la dissolve à sa place. Qu’importe. Nos auteurs du Manifeste ne pêchent pas par manque de ce côté-là. Ils se dissolvent. Soit. Pathétique de voir ainsi des psychanalystes durablement aux prises avec les mêmes démons. C’est la stagnation durable.

On entendit cet après-midi là dans les hauts parleurs cogner la langue de bois de leur discours. Nos psychiatres et psychologues suffisamment calés depuis des décennies dans les beaux quartiers, parfaitement intégrés socialement – grand bien leur fasse, ne pouvaient pas si aisément prétendre aux douloureux honneur d’être les exclus du système, quoique visiblement ils y aspirassent(2“).

Absence de réflexion sur la nature de leur environnement.

Je me souviens encore d’Érik Porge : “– Les psychanalystes sont responsables de la carence quasi totale de réflexion sur leur présence dans les institutions.” Je suggérerais pour ma part qu’ils souffrent d’une absence de réflexion sur la nature de leur environnement. Il se trouve que la psychothérapie relationnelle existe et qu’il serait temps de s’en rendre compte. Il se trouve qu’on peut tirer quelque chose d’un dialogue à venir, mais qu’il faut pour dialoguer reconnaître l’autre. Pour l’instant cela n’a pas l’air à la portée de nos auteurs du Manifeste qui ne pensent toujours pas interroger la question du dogme et de la pureté comme symptômes. Il ne s’agit pas de refuser de “dégrader la psychanalyse au titre de psychothérapie“. Il convient de savoir distinguer un groupe ennemi d’un groupe proche de son propre camp, œuvrant avec des méthodes différentes, il peut s’agir de prendre la mesure d’une réalité complexe.

La génération de ceux qui ont connu autre chose

La question de la nouvelle génération fut abordée. En effet, on arrive à la génération de ceux qui n’ont pas connu Lacan. Mais on arrive aussi à la génération de ceux qui, ayant été introduits à la psychanalyse, ont aussi connu autre chose, ont connu la psychothérapie relationnelle et prétendent savoir faire quelque chose de leur riche héritage. Ça, ça échappe totalement à nos lacaniens au tranchant préservé, préservé du monde, enfants perdus d’actes institutionnels du temps de leurs parents. Ils ne s’en sortiront que par l’ouverture. À voir ce qu’ils disent quand ils se rencontrent on n’est pas parti pour. Allez camarades, encore un effort pour un second Manifeste dans cinq ans. Le mystère de la dissolution éclairci, éclairés à l’issue de l’amaigrissement de votre hypermoi institutionnel, peut-être aurez-vous alors acquis l’âge de la raison, de la sagesse et d’une suffisamment bonne confraternité avec vos collègues d’ici là devenus psychopraticiens relationnels. Le ciel jusqu’à ce terme vous tienne en jouissance, et nous préserve vous et nous de quelque méchante péripétie commune !

Philippe Grauer

Voir également

– Philippe Grauer, Adresse à René Major. Voir égalemnt le volet deux de cet article, qui analyse l’ouvrage lui-même ayant donné lieu à la rencontre.
– ROUSSEAU-DUJARDIN Jacqueline, Réflexions à propos du Manifeste pour la psychanalyse et de deux réunions qui ont suivi sa parution, 2010 [mis en ligne 6 juin 2011].

  • 1 Sophie Aouillé, Pierre Bruno, Franck Chaumon, Guy Lérès, Michel Plon, Erik Porge , Collectif, {Manifeste pour la psychanalyse, Paris, La Fabrique, 2010, ISBN : 978-2-358-72017-5, 151 p.- La quatrième de couverture masque la distance impressionnante entre l’ambition déclarée et la performance du texte, qui dans son désir de purification s’en prend à “la psychothérapie” comme au bon vieux temps des anathèmes lacaniens (dont Jacques-Alain Miller ayant rectifié le tir déclare à présent qu’ils visent en réalité la thérapie comportementale) :

    “De toujours la psychanalyse a suscité méfiance et rejet, et les tentatives d’arraisonner cette pratique singulière et dérangeante n’ont pas manqué au fil de l’histoire.

    L’article 52 de la loi du 9 août 2004, qui réglemente l’usage du titre de psychothérapeute, a franchi un pas : en incluant les psychanalystes, cette loi sert de cheval de Troie à la logique des évaluations, des garanties d’État et à l’idéologie du risque zéro, pour envahir le champ psychanalytique. Loin des insipides controverses “pour ou contre la psychanalyse “, ce livre propose un état des lieux du mouvement psychanalytique et une réflexion sur ce qui fait la singularité et la richesse de l’expérience analytique.

    L’ambition des auteurs – qui en 2004 ont été, avec quelques autres, à l’origine du Manifeste pour la psychanalyse est de créer un espace politique pour que l’impact insurrectionnel de la découverte freudienne et de sa refonte lacanienne ne soit pas perdu, mais au contraire revivifié à l’aune des impasses de nos civilisations, qu’elles soient déclinantes ou émergentes.”

  • 2 J’ai toujours aimé les subjonctifs. À ce sujet le livre de référence à savourer pour se mouvoir dans leur univers est de Paul Imbs, Le subjonctif en français moderne. Pour les amateurs.

Psychothérapeute : titre, alter titre, sans titre

Réplique au Figaro

les psychopraticiens relationnels sans préjugés

Le Figaro du 13 décembre consacre un dossier à la question du titre de psychothérapeute. L’article de Anne Juan en particulier comporte des inexactitudes et des prises à partie qui nous conduisent à produire le présent article rectificatif. La psychothérapie relationnelle, servie par ses psychopraticiens éponymes mérite le respect. À l’instar de la psychanalyse elle procède des Lumières et pas davantage que cette dernière ne mérite de souffrir d’incivilités médiatiques. Reprenons ici une description équanime du complexe disciplinaire et professionnel psy, à l’intention de l’opinion non prévenue.

identités multiples et combinables

Dans le domaine des professionnels du psychisme la figure est complexe et les spécialités emmêlées. Il en résulte des confusions même chez les spécialistes, qui se perdent parfois eux aussi dans la complexité de leurs identités multiples. Voici pourquoi le grand public parle de psys pour éviter d’avoir à distinguer surtout en cas de cumul, entre tous ces professionnels. Au Snppsy et à l’Affop (1“) nous nous référons pour nous y retrouver dans le labyrinthe des professions psys à la figure d’un carré, le Carré psy, donc chaque côté représente une profession cardinale. En haut trône la psychiatrie. En bas – quoiqu’il y ait un trône aucun des quatre côtés, strictement égaux comme il se doit dans un carré, ne régit l’espace commun, contentez-vous de cet à peu près ambivalent de quatre égaux dont l’un (ou l’autre, cela peut fonctionner à la française en cascade de mépris) se le dirait plus que les autres – au nadir donc la psychanalyse, ça convient à ses “profondeurs”. À l’ouest, pardon, à babord, à gauche si vous préférez, la psychologie. Face à elle à droite la psychothérapie relationnelle.

une seule psychothérapie : la nôtre

Or tout ce voisinage donne lieu à d’incroyables combinaisons et imbroglios. De plus n’oublions pas qu’il existe plusieurs psychothérapies relevant de champs méthodologiques et pratiques différents, chaque praticien cependant considérant qu’il n’existe qu’une seule psychothérapie, la sienne. Quant à la psychanalyse c’est pire, pour elle la psychothérapie c’est caca, mais voici – en qualité de psychologues notamment – que nombre de psychanalystes s’apprêtent à devenir …psychothérapeutes. On vous l’avait dit que c’était compliqué. Notre Carré commence à ressembler à un billard avec des boules de couleur. On joue comment et à quoi sur cette surface entre ces bandes ?

titre tout nouveau

Remettons la bille rouge au centre. Il s’agit du tout nouveau titre de psychothérapeute (2“). C’est que ex psychothérapeute et nouveau psychothérapeute c’est plus du tout la même chose ! On vous le disait, c’est un peu complexe, pour tout clarifier on en a simplement rajouté une couche. Ne vous découragez pas on vous explique.

psychiatre

À tout seigneur tout honneur, le psychiatre est néo psychothérapeute de plein droit. Ne demandez pas pourquoi, nous avons décidé de faire bref, rappelons que les psychiatres s’occupent de la maladie mentale mais que par contre très souvent ils n’ont jamais appris la psychothérapie telle que la définirait un psychanalyste (3“) ou un psychopraticien relationnel pour l’appeler par son nouveau nom.

psychologue clinicien

Le psychologue clinicien (il y en a de plusieurs espèces, les cliniciens sont ceux qui pensaient être déjà psychothérapeutes (4“)) s’estime lésé de devoir repasser sur les bancs de l’université, cette fois côté médecine (plus stage), pour pouvoir exercer ce à quoi il était formé jusqu’à présent (guerre des corporations, tendance à la paramédicalisation). Notons par exemple que les psychologues qui ont effectué entre 400 et 500 heures de psychopathologie sont priés de compléter leurs études auprès de la psychiatrie qui compte … 250 heures de psychopathologie. Comprenne qui pourra.

psychanalyste

Le psychanalyste, régulièrement inscrit dans sa société qui l’a fait psychanalyste, est, généralement mais pas toujours, psychologue clinicien, médecin ou psychiatre. Son cas se rabat donc sur celui de sa corporation de couverture. Voir § ci-infra. De plus, elle s’estime résider scientifiquement ailleurs, du côté de l’inconscient, hors de portée de la psychologie et de la médecine. Mais à l’occasion tout de même on se considère comme psychanalyste in partibus en terre médico-sociale (CMPP) ou hospitalière. Eh oui, rien n’est simple au sein de la galaxie psy.

psychothérapeute relationnel –> psychopraticien relationnel

Le psychothérapeute relationnel s’appelait jusqu’en juillet de cette année psychothérapeute à titre exclusif s’il n’était pas déjà aussi psychologue, psychanalyste, psychiatre. Selon ses états de services antérieurs et sa formation en particulier en psychologie, il bénéficiera ou non de la clause du grand-père qui lui donnera accès au titre après avoir lui aussi repassé par la fac de médecine (plus stage). On disait simplement psychothérapeute (relationnel). On va dire autrement à partir de maintenant.

quatre professions, un titre réservé, un alter titre

Résumons-nous. Le nouveau titre de psychothérapeute est praticable à l’avenir selon des modalités diverses d’homologation, aux quatre professions suivantes : psychiatre (automatique), psychologue, psychanalyste, certains ci-devant psychothérapeutes d’Ancien Régime. Les praticiens formés à la psychothérapie relationnelle dans les Écoles privées s’appelleront dorénavant, s’intituleront (i.e. prendront le titre de), s’altertitreront psychopraticiens relationnels (5“) s’ils n’appartiennent pas aux trois catégories pré-citées ou préfèrent ne point revendiquer le nouveau titre (anciennement le leur, on l’a compris).

écoles,titularisation, autoréglementation

Les Écoles de formation à la psychothérapie relationnelle forment régulièrement des psychothérap/ pardon, dorénavant des psychopraticiens relationnels. Ils les forment à la mi temps de l’âge, par reconversion, à l’issue d’une démarche personnelle déjà entreprise. Ce sont gens d’expérience et de maturité. Les institutions historiques qui ont présidé à l’installation en bon ordre et bonne et due forme depuis près de quarante ans de ceux qu’on appelait “les psychothérapeutes” sans même préciser relationnels car les appellations ont évolué avec le temps et la montée en spécificité et qualité, ont mis en place :

– D’une part des institutions de formation par elles agréées. 2000 heures, cinq ans de formation, comme à l’université, mais en établissement privé, avec à la clé psychanalyse ou psychothérapie personnelle obligatoire, cela ne correspond pas véritablement à la phrasette qui tue :” psychothérapeutes autoproclamés qui n’ont strictement aucun diplôme”. Il y a de bonnes écoles qui délivrent des diplômes honorables. Non universitaires pour des raisons historiques tenant à la France, mais éminemment respectables. Le Cifp prétend en être une.

– D’autre part des systèmes de titularisation fiables et honorables, comme les Cinq critères et le code de déontologie du SNPPsy, souvent reconnus par un maillage d’associations professionnelles européennes, qui constituent un dispositif d’autoréglementation qui a bien fonctionné jusqu’ici et continue de le faire.

GLPR

Les quatre organisations historiques responsables (Affop, FF2P, Psy’G, SNPPsy), fédérations et syndicats en place de longue date qui ont pris soin de la profession et discipline se sont récemment regroupées dans un groupe de liaison, le GLPR – Groupe de liaison de la psychothérapie relationnelle. Elles entendent garantir et elles seules la qualité des praticiens qu’elles encadrent.

corporatisme

Tout ce petit monde d’un bord à l’autre du Carré (je vous épargne les conflits internes) se chamaille de façon perfide que vous n’imaginez pas et se traite de nul d’incompétent de charlatan (ça c’est l’insulte médicale classique), voir d’inexistant, comme encore hier dans l’article de Anne Juan un psychanalyste dont par charité nous tairons le nom proférant : “on peut s’autoproclamer membre d’une profession qui n’existe pas !” Les humains sont ainsi faits, et le corporatisme aussi borné et hargneux que le nationalisme quand il s’y met.

guerre des clans psys – psycho diversité

On relève encore des informations inexactes ou tendancieuses dans l’article d’Anne Jouan. Le Temple solaire, c’est une affaire de médecins, pas de “psychothérapeutes”. Un décret a bien créé un Registre mais ne le cherchez pas celui-ci est loin d’être en place. Chaque corporation a son taux de dérives, pas élevé, aucune plus que l’autre en réalité, et ses institutions de surveillance éthique. Mais c’est tellement tentant de dénoncer la paille dans l’œil du voisin. Les “victimes sont malheureusement extrêmement nombreuses” de Bernard Accoyer constitue une accusation gratuite, à effet. On évoque de façon populiste les innombrables méfaits supposés de l’autre, celui qu’il s’agit de stigmatiser dans la guerre des clans psys. Comme le disait notre bon La Fontaine Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage.

L’ennui c’est qu’il n’y a de chien noyer nulle part, mais une simple psycho diversité bien utile au public, chaque profession lui servant à quelque chose de différent (sans compter les multi casquettes). La vérité c’est que la médecine scientiste aimerait se subordonner l’ensemble du champ psy. À tout il faut sagement concevoir une limite.

les vrais “autoproclamés” mis à la marge ?

À propos de limite la nouvelle loi, qui ne fait pas que des heureux, pourrait avoir eu à la limite cela de bon que tout se recale plus précisément. Et que les autoproclamés, les vrais, ceux qui ne relèvent d’aucune des quatre catégories dûment instituées que nous venons de décrire, se retrouveront sans couverture, le public pouvant s’enquérir de la référence de son psy. Le risque zéro n’existe pas. N’allez a priori pas pour autant consulter quelqu’un que vous ne pourriez situer précisément dans une organisation repérable affichant un système de garantie crédible.

réglementés, non réglementés mais auto réglementés, “autoproclamés”

Du point de vue de la nouvelle réglementation on trouve trois catégories. Profession réglementée (par la loi), “non réglementée” mais autoréglementée (par la profession responsable), et le reste, hors garantie, les autoproclamés. Dans la polémique incessante mettant aux prises les uns et les autres la rhétorique consistera à assimiler ceux à qui on veut s’en prendre à la catégorie la plus déconsidérée (principe de la cascade). La polémique dans laquelle entre imprudemment Anne Jouan illustre ce syndrome collectif. Nous le frôlons nous-mêmes en chargeant ici même les professionnels sans garantie sérieuse : ceux que nous ne garantissons pas, les véritables “autoproclamés”, ceux qui ne sont pas authentifiés solidairement par une institution elle-même solide, ceux dont aucune personne morale scientifique valable ne répond.

caution solidaire : la garantie

Des enjeux scientifiques et idéologiques puissants tendent les ressorts de l’évolution des professions psys, passionnent les professionnels et concernent le public. Il importe dans ce domaine sensible de ne pas affoler les cadrans avec des formules qui tuent mais n’éclairent pas, tant il est vrai que le diplôme n’est pas garant de la compétence, mais bien davantage la caution solidaire d’une société ou association professionnelle sérieuse et responsable.


L’article de Anne Juan au Figaro ayant donné lieu à cette reprise se trouve ici.

  • 1 Dont fait partie le Cifp.
  • 2 Dérobé aux psychothérapeutes (relationnels), c’était leur nom jusqu’ici. Les voici débaptisés par la création d’un nouveau titre universitaire.
  • 3 Qui a par ailleurs cette variété en horreur parce qu’elle lui rappelle la psychologie, qui révulse ses convictions concernant l’inconscient.
  • 4 À leur manière, car un psychologue clinicien n’a aucune obligation d’avoir effectué un travail sur soi pour exercer tout à fait légalement. C’est pour établir une distinction claire entre des pratiques psychothérapiques hétérogènes qu’à partir de 1997 nous avons entrepris de distinguer nos psychothérapeutes relationnels des psychothérapeutes tout courts sortis de l’université, ou des dits “autoproclamés”, sans lien avec une organisation historique responsable.
  • 5 Titre relevant d’agrément SNPPsy, dans le cadre GLPR. C’est un peu plus complexe. La terminologie d’ensemble sera affinée au cours de l’an qui vient. L’unification venant du nouveau nom de métier : psychopraticien, et de l’autorité morale et professionnelle historique GLPR.

Gestation pour autrui : un cadre contre les dérives

LEMONDE.FR | 13.12.10 | 09h19 • Mis à jour le 14.12.10 | 14h51

Chaque victoire emportée par la France contre ses propres conservatismes est le résultat d’une confrontation. Lorsqu’il s’agit de prendre acte de l’évolution de notre société, les libertés à conquérir sont toujours précédées d’incompréhensions, d’inquiétudes et de prophéties menaçantes. C’est en répétant les choses avec obstination que les Français, et plus encore les Françaises, ont dissipé les doutes et obtenu le droit au divorce, puis le droit de disposer librement de leur corps, malgré tous les messagers de l’apocalypse qui s’y sont opposés.

Il y a un demi-siècle, on imposait aux futurs parents la naissance d’enfants non désirés. Aujourd’hui, à travers les interdictions inscrites dans la loi de bioéthique, on interdit à des parents la naissance d’enfants désirés. La distance qui sépare notre droit ancestral des réalités de nos familles n’a cessé de s’étendre.

La multiplicité et la plasticité des modèles familiaux ne peuvent être ignorées plus longtemps. En sociologie, en psychanalyse et en droit, voilà bien longtemps que les liens sociaux priment sur les liens biologiques. Parenté et filiation n’ont rien de naturel, ce sont des liens institués. Ce ne sont pas les liens génétiques mais la manifestation de la volonté d’être parent, l’engagement irrévocable, et la réalité d’une vie de famille qui font d’une personne un parent. Ce n’est pas le fait de porter un enfant qui fait d’une femme la mère de cet enfant, mais le fait de le vouloir, de s’engager à l’élever et de s’y préparer.
Voilà trente ans que les techniques médicales permettent aux femmes de porter l’enfant d’une autre. Il y a vingt ans, alertés par les dérives qui pouvaient affecter cette pratique en l’absence de toute loi, le juge puis le législateur français ont préféré mettre un terme à la pratique elle-même, plutôt qu’à l’absence d’encadrement. C’est ainsi que toute gestation pour autrui est prohibée dans le droit français depuis 1991.

Depuis, des enfants naissent grâce à des gestations pour autrui dans plusieurs démocraties avancées. Les droits des femmes et l’intérêt des enfants y sont protégés. Leurs témoignages invalident les justifications que les avocats de la prohibition vont chercher là où aucun cadre n’est proposé par la loi. Refuser un encadrement de la gestation pour autrui en prenant exemple sur les dérives connues dans les pays qui n’encadrent pas les gestations pour autrui : voilà l’artifice auquel se prêtent les partisans du statu quo.

Oui, sans encadrement, la société peut dériver vers une instrumentalisation des femmes, une réification de leurs corps, une marchandisation de l’enfant. Sans encadrement, les droits de tous ceux dont le corps peut être source de profit sont en danger. C’est la raison pour laquelle nous proposons de fixer le cadre qui permettra aux femmes de porter un enfant pour d’autres parents sans voir leurs droits menacés.

FIXER DES CRITÈRES

L’élaboration d’un tel cadre nécessite, comme toute élaboration de nouvelles règles, l’ouverture d’un débat, l’emploi d’un vocabulaire commun et l’écoute des arguments contradictoires. Les états généraux de la bioéthique, organisés par le gouvernement en 2009, n’ont pas permis ce débat.

La gestation pour autrui ne sera une authentique pratique altruiste que si elle est encadrée. Cela signifie qu’il faudra fixer des critères psychologiques, physiques et sociaux objectifs et non discriminatoires pour autoriser une femme à porter un enfant pour d’autres parents. Pour éviter toute forme de dérive, nous proposons de ne pas autoriser les femmes sans enfant à porter un enfant pour autrui, de limiter le nombre de gestations pour autrui par femme, et de fixer une limite d’âge. Nous ne proposons pas de permettre à une mère de porter un enfant pour un de ses descendants. Nous excluons toutes relations financières entre les parents et la femme qui porte leur enfant. C’est au juge d’établir l’état civil de l’enfant et de fixer les conditions de la grossesse, en respectant la liberté de la femme de prendre à tout moment toutes les décisions relatives à son corps. C’est à la société de prendre en charge le coût de la grossesse, comme dans le cas d’un congé maternité.

Au XXIe siècle, la fondation d’une famille est l’expression d’une volonté, c’est à dire de la conjonction d’une liberté individuelle et d’un projet partagé. La venue au monde d’un enfant résulte de cette liberté et de ce projet. Encadrer la gestation pour autrui, c’est reconnaître que cette liberté et ce projet ne s’arrêtent pas aux frontières biologiques. Des parents, des géniteurs, une gestatrice peuvent permettre, ensemble, la venue au monde d’un enfant. Il revient à la société de fixer le cadre nécessaire à la protection de cette liberté.

Michèle André, sénatrice du Puy-de-Dôme, Elisabeth Badinter, philosophe, Gérard Bapt, député-maire de Saint-Jean, Joëlle Belaisch-Allart, gynécologue obstétricienne, Serge Blisko, député de Paris, Patrick Bloche, député-maire du XIe arrondissement de Paris, Gilles Bon-Maury, président d’HES, Jean-Michel Boucheron, député d’Ille-et-Vilaine, Nathalie Boudjerada, avocate, Christophe Bouillon, député-maire de Canteleu, Laurence Brunet, juriste, Anne Cadoret, anthropologue, Laure Camborieux, présidente de Maia, Olivia Cattan, présidente de Paroles de femmes, Monique Cerisier Ben Guiga, sénatrice des Français établis hors de France, Nadia Cherkasky, psychologue, psychanalyste, François Dagnaud, adjoint au maire de Paris, Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste, Valérie Depadt-Sebag, juriste, Olivier Dussopt, député-maire d’Annonay, Rémi Féraud, maire du Xe arrondissement de Paris, Olivier Ferrand, président de Terra Nova, Aurélie Filippetti, députée de Moselle, Antoinette Fouque, psychanalyste, Caroline Fourest, rédactrice en chef de la revue ProChoix, Véronique Fournier, médecin, Geneviève Fraisse, philosophe, Maurice Godelier, anthropologue, Jean-Pierre Godefroy, sénateur de la Manche, Martine Gross, sociologue, Juliette Guibert, gynécologue obstétricienne, Bruno Julliard, secrétaire national du PS, Serge Hefez, psychiatre, psychanalyste, Géraud de La Pradelle, juriste, Jean-Marie Le Guen, député de Paris, Catherine Lemorton, députée de Haute-Garonne, Claudine Lepage, sénatrice des Français établis hors de France, Annick Lepetit, députée de Paris, Roger Madec, sénateur-maire du XIXe arrondissement de Paris, François Marc, sénateur du Finistère, Sylvie et Dominique Mennesson, co-présidents de l’association Clara, Jennifer Merchant, politologue, Jean-Pierre Michel, sénateur de la Haute-Saône, Jacques Milliez, gynécologue obstétricien, Frank Natali, avocat, Israël Nisand, gynécologue obstétricien, Ruwen Ogien, philosophe, François Olivennes, gynécologue obstétricien, Corine Pelluchon, philosophe, Mao Peninou, adjoint au maire de Paris, François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon, Marie-Line Reynaud, députée de Charente, Elisabeth Roudinesco, historienne, psychanalyste, Joy Sorman, écrivain, Irène Thery, sociologue, Serge Tisseron, psychiatre, psychanalyste, Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale du PS, André Vallini, député, président du conseil général de l’Isère, Alain Vidalies, député des Landes, Richard Yung, sénateur des Français établis hors de France.
Michèle André, Elisabeth Badinter, Gérard Bapt, Joëlle Belaisch-Allart, Serge Blisko, Patrick Bloche, Gilles Bon-Maury, Jean-Michel Boucheron…

Gestation pour autrui : un cadre contre les dérives

LEMONDE.FR | 13.12.10 | 09h19 • Mis à jour le 14.12.10 | 14h51

Chaque victoire emportée par la France contre ses propres conservatismes est le résultat d’une confrontation. Lorsqu’il s’agit de prendre acte de l’évolution de notre société, les libertés à conquérir sont toujours précédées d’incompréhensions, d’inquiétudes et de prophéties menaçantes. C’est en répétant les choses avec obstination que les Français, et plus encore les Françaises, ont dissipé les doutes et obtenu le droit au divorce, puis le droit de disposer librement de leur corps, malgré tous les messagers de l’apocalypse qui s’y sont opposés.

Il y a un demi-siècle, on imposait aux futurs parents la naissance d’enfants non désirés. Aujourd’hui, à travers les interdictions inscrites dans la loi de bioéthique, on interdit à des parents la naissance d’enfants désirés. La distance qui sépare notre droit ancestral des réalités de nos familles n’a cessé de s’étendre.

La multiplicité et la plasticité des modèles familiaux ne peuvent être ignorées plus longtemps. En sociologie, en psychanalyse et en droit, voilà bien longtemps que les liens sociaux priment sur les liens biologiques. Parenté et filiation n’ont rien de naturel, ce sont des liens institués. Ce ne sont pas les liens génétiques mais la manifestation de la volonté d’être parent, l’engagement irrévocable, et la réalité d’une vie de famille qui font d’une personne un parent. Ce n’est pas le fait de porter un enfant qui fait d’une femme la mère de cet enfant, mais le fait de le vouloir, de s’engager à l’élever et de s’y préparer.
Voilà trente ans que les techniques médicales permettent aux femmes de porter l’enfant d’une autre. Il y a vingt ans, alertés par les dérives qui pouvaient affecter cette pratique en l’absence de toute loi, le juge puis le législateur français ont préféré mettre un terme à la pratique elle-même, plutôt qu’à l’absence d’encadrement. C’est ainsi que toute gestation pour autrui est prohibée dans le droit français depuis 1991.

Depuis, des enfants naissent grâce à des gestations pour autrui dans plusieurs démocraties avancées. Les droits des femmes et l’intérêt des enfants y sont protégés. Leurs témoignages invalident les justifications que les avocats de la prohibition vont chercher là où aucun cadre n’est proposé par la loi. Refuser un encadrement de la gestation pour autrui en prenant exemple sur les dérives connues dans les pays qui n’encadrent pas les gestations pour autrui : voilà l’artifice auquel se prêtent les partisans du statu quo.

Oui, sans encadrement, la société peut dériver vers une instrumentalisation des femmes, une réification de leurs corps, une marchandisation de l’enfant. Sans encadrement, les droits de tous ceux dont le corps peut être source de profit sont en danger. C’est la raison pour laquelle nous proposons de fixer le cadre qui permettra aux femmes de porter un enfant pour d’autres parents sans voir leurs droits menacés.

FIXER DES CRITÈRES

L’élaboration d’un tel cadre nécessite, comme toute élaboration de nouvelles règles, l’ouverture d’un débat, l’emploi d’un vocabulaire commun et l’écoute des arguments contradictoires. Les états généraux de la bioéthique, organisés par le gouvernement en 2009, n’ont pas permis ce débat.

La gestation pour autrui ne sera une authentique pratique altruiste que si elle est encadrée. Cela signifie qu’il faudra fixer des critères psychologiques, physiques et sociaux objectifs et non discriminatoires pour autoriser une femme à porter un enfant pour d’autres parents. Pour éviter toute forme de dérive, nous proposons de ne pas autoriser les femmes sans enfant à porter un enfant pour autrui, de limiter le nombre de gestations pour autrui par femme, et de fixer une limite d’âge. Nous ne proposons pas de permettre à une mère de porter un enfant pour un de ses descendants. Nous excluons toutes relations financières entre les parents et la femme qui porte leur enfant. C’est au juge d’établir l’état civil de l’enfant et de fixer les conditions de la grossesse, en respectant la liberté de la femme de prendre à tout moment toutes les décisions relatives à son corps. C’est à la société de prendre en charge le coût de la grossesse, comme dans le cas d’un congé maternité.

Au XXIe siècle, la fondation d’une famille est l’expression d’une volonté, c’est à dire de la conjonction d’une liberté individuelle et d’un projet partagé. La venue au monde d’un enfant résulte de cette liberté et de ce projet. Encadrer la gestation pour autrui, c’est reconnaître que cette liberté et ce projet ne s’arrêtent pas aux frontières biologiques. Des parents, des géniteurs, une gestatrice peuvent permettre, ensemble, la venue au monde d’un enfant. Il revient à la société de fixer le cadre nécessaire à la protection de cette liberté.

Michèle André, sénatrice du Puy-de-Dôme, Elisabeth Badinter, philosophe, Gérard Bapt, député-maire de Saint-Jean, Joëlle Belaisch-Allart, gynécologue obstétricienne, Serge Blisko, député de Paris, Patrick Bloche, député-maire du XIe arrondissement de Paris, Gilles Bon-Maury, président d’HES, Jean-Michel Boucheron, député d’Ille-et-Vilaine, Nathalie Boudjerada, avocate, Christophe Bouillon, député-maire de Canteleu, Laurence Brunet, juriste, Anne Cadoret, anthropologue, Laure Camborieux, présidente de Maia, Olivia Cattan, présidente de Paroles de femmes, Monique Cerisier Ben Guiga, sénatrice des Français établis hors de France, Nadia Cherkasky, psychologue, psychanalyste, François Dagnaud, adjoint au maire de Paris, Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste, Valérie Depadt-Sebag, juriste, Olivier Dussopt, député-maire d’Annonay, Rémi Féraud, maire du Xe arrondissement de Paris, Olivier Ferrand, président de Terra Nova, Aurélie Filippetti, députée de Moselle, Antoinette Fouque, psychanalyste, Caroline Fourest, rédactrice en chef de la revue ProChoix, Véronique Fournier, médecin, Geneviève Fraisse, philosophe, Maurice Godelier, anthropologue, Jean-Pierre Godefroy, sénateur de la Manche, Martine Gross, sociologue, Juliette Guibert, gynécologue obstétricienne, Bruno Julliard, secrétaire national du PS, Serge Hefez, psychiatre, psychanalyste, Géraud de La Pradelle, juriste, Jean-Marie Le Guen, député de Paris, Catherine Lemorton, députée de Haute-Garonne, Claudine Lepage, sénatrice des Français établis hors de France, Annick Lepetit, députée de Paris, Roger Madec, sénateur-maire du XIXe arrondissement de Paris, François Marc, sénateur du Finistère, Sylvie et Dominique Mennesson, co-présidents de l’association Clara, Jennifer Merchant, politologue, Jean-Pierre Michel, sénateur de la Haute-Saône, Jacques Milliez, gynécologue obstétricien, Frank Natali, avocat, Israël Nisand, gynécologue obstétricien, Ruwen Ogien, philosophe, François Olivennes, gynécologue obstétricien, Corine Pelluchon, philosophe, Mao Peninou, adjoint au maire de Paris, François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon, Marie-Line Reynaud, députée de Charente, Elisabeth Roudinesco, historienne, psychanalyste, Joy Sorman, écrivain, Irène Thery, sociologue, Serge Tisseron, psychiatre, psychanalyste, Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale du PS, André Vallini, député, président du conseil général de l’Isère, Alain Vidalies, député des Landes, Richard Yung, sénateur des Français établis hors de France.
Michèle André, Elisabeth Badinter, Gérard Bapt, Joëlle Belaisch-Allart, Serge Blisko, Patrick Bloche, Gilles Bon-Maury, Jean-Michel Boucheron…

Jacques Sédat et “la jungle des psys en France”

Un décret a créé un registre de praticiens que tout patient peut consulter.

Comment le patient qui souhaite faire une psychothérapie peut-il s’y retrouver dans la jungle des psys en France? La prise en charge de la maladie mentale est en général dévolue aux psychiatres. Ceux-ci proposent parfois, en complément d’un éventuel traitement médicamenteux, une psychothérapie. Certaines personnes en souffrance ne veulent pas médicaliser leur prise en charge et optent directement pour la psychanalyse ou la psychothérapie. Cette dernière est définie comme «la thérapie par la parole, selon le psychanalyste Serge Tisseron. Elle est faite pour repérer ses défaillances, dissocier le passé du présent, faire la part de son éducation dans les difficultés que l’on rencontre». Par ailleurs, il existe toute une gamme de thérapies à visée psychologique, avec une approche et des objectifs variés.

Jusqu’à présent, n’importe qui pouvait prétendre au titre de psychothérapeute. Ce qui explique pourquoi cette discipline n’avait pas très bonne presse auprès des pouvoirs publics et une certaine partie de l’opinion, notamment depuis le suicide collectif du groupe sectaire de l’Ordre du temple solaire dans le Vercors en 1995. «Tout est parti de cette histoire et du fait que le leader de cette secte était un psychothérapeute», explique le psychanalyste Jacques Sédat. C’est la raison pour laquelle le député maire d’Annecy, le Dr Bernard Accoyer, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale, avait proposé de réglementer la profession de psychothérapeute à la fin des années 1990.

Formation et stage

En mai 2010, soit onze ans plus tard, paraissait au Journal officiel un décret réglementant la profession. «C’est une avancée considérable pour le droit des malades, le droit à l’information pour ceux qui ont recours à des psychothérapeutes. Il y a un nombre très important de psychothérapeutes autoproclamés qui n’ont strictement aucun diplôme, aucune garantie de la moindre compétence. Leurs victimes sont malheureusement extrêmement nombreuses», avait alors déclaré Bernard Accoyer. Désormais, tous ceux qui désirent utiliser le titre doivent être inscrits sur un registre départemental. Ce dernier est à la disposition des patients. Pour y figurer, il faut avoir un diplôme de niveau master en psychologie ou en psychanalyse et il sera obligatoire d’avoir suivi une formation en psychopathologie clinique d’au minimum 400 heures, délivrée dans un établissement public (ou privé agréé) et d’avoir effectué un stage pratique d’une durée minimale de cinq mois.

Seuls les psychiatres sont dispensés de cette formation, cette dernière étant normalement incluse dans leur cursus initial. Ils pourront s’inscrire automatiquement sur le registre. Pour les psychologues et les psychanalystes déjà installés et qui souhaitent s’inscrire, la donne est différente. Les psychologues devront suivre deux mois de stage et 150 heures de formation théorique pour les cliniciens et 300 heures pour les non-cliniciens. Quand aux psychanalystes, ils devront valider 200 heures de formation et deux mois de stage pour utiliser le titre de psychothérapeute. «Il est important que les psychothérapeutes soient formés sur l’aspect clinique», plaide le Pr Jean-Pierre Olié, chef de service à l’hôpital Sainte-Anne (Paris), qui juge cette réglementation «insuffisante».

«Membre d’une profession qui n’existe pas»

Mais certains psychothérapeutes ont trouvé le moyen de contourner la loi. «Il suffit de dire que l’on est “psy-praticien” ou “psycho-praticien relationnel” pour échapper à la règle, déplore Jacques Sédat. En résumé, on peut s’autoproclamer membre d’une profession qui n’existe pas!» Un détournement sémantique intéressant pour une discipline qui se présente comme la thérapie par la parole… Jean-Pierre Olié estime que des infirmiers, des éducateurs, des travailleurs sociaux ainsi que des historiens et des sociologues ne manqueront pas de devenir psychothérapeutes.

Le psychanalyste Serge Tisseron voit surtout derrière cet encadrement législatif une «préparation à l’évolution de la santé en règle générale et de la santé mentale en particulier qui va devenir de plus en plus épidémiologique et statistique». Pour lui, les psychothérapeutes viendront combler les rangs des psychiatres de moins en moins nombreux. Sans compter que cette raréfaction des médecins psychiatres aboutira à leur hyperspécialisation. Mais croire que seul le diplôme est le garant de la compétence serait illusoire. «On peut être chirurgien et charlatan», résume Jacques Sédat.

Une chose est sûre, il est difficile de s’y retrouver. D’autant qu’il existe quasiment autant de sortes de psychothérapies (d’inspiration psychanalytique, comportementales, corporelles, etc.) que de psychothérapeutes. Pour ceux qui cherchent une approche impliquant essentiellement la parole, le meilleur conseil est d’aller voir un professionnel pouvant faire un diagnostic et capable de discuter les indications (et contre-indications) thérapeutiques. Et bien sûr, de vérifier qu’il est bien inscrit sur les registres des agences régionales de santé.

L’Affop : dernières nouvelles

Décembre 2010. Où en sommes-nous de notre profession ?


Ce texte fait le tour de la situation actuelle et nous vous engageons à en prendre soigneusement connaissance. Il complète notre éditorial, qui lui même se conjugue avec d’autres textes édités sur ce site, notamment la rubrique Devenir psychothérapeute NN ou psychopraticien relationnel.

Attention. La terminologie toute récente distingue encore confusément parfois entre le nom de métier psychopraticien, ouvert à tout praticien qui y prétendra, et le titre auto réglementé de psychopraticien relationnel (Affop.) (1“) Tout cela mériterait un prochain article : notre profession, son nom, ses titres.

Le samedi 22 janvier au cours du colloque Sauvons la pratique se préciseront à ce sujet au cours d’un débat ouvert désignations, analyses et résolutions communes.

Alors, bonne lecture et à bientôt !

Philippe Grauer


Face à une loi et une réglementation que nous persistons à considérer comme iniques, nous avons poursuivi le combat législatif, comme nous nous y étions engagés auprès de vous.

Recours devant le Conseil d’État

En effet, nous n’avons pas baissé les bras ! L’Affop et le SNPPsy ont déposé un nouveau recours devant le Conseil d’État contre le décret n° 2010-534, paru au Journal Officiel du 22 mai 2010 et les arrêtés des 8 et 9 juin 2010 qui l’accompagnent.

Nous ne sommes pas les seuls, car plusieurs associations de psychologues se sont réunies pour exercer le même type de recours. Les psychologues à propos des psychiatres, les psychothérapeutes à propos des psychanalystes. Tous faisant valoir l’inégalité devant la loi qui encadre notre titre.

Quant aux psychanalystes, l’action de certains d’entre eux, issus pour la plupart du Groupe de Contact et réunis dans l’Association Analyser sous l’égide de F.R. Dupond-Muzart, dans leur souci d’éviter de nouvelles créations d’associations de psychanalystes que pourtant la loi autorise, pourraient même aller jusqu’à demander un encadrement par l’État de la psychanalyse, soit de leur pratique ou plus probablement de leurs associations.

Hélas dans cette bataille, chacun ne peut que chercher à défendre ses intérêts corporatifs et à combattre, ensemble ou séparément les inégalités devant la loi qui encadre désormais notre titre.

GLPR : groupe de liaison des 4

En ce qui nous concerne, nous avons participé à la création d’une instance de collaboration : le GLPR – Groupe de liaison de la psychothérapie relationnelle, réunissant les deux fédérations responsables (Affop, FF2P) et les deux syndicats historiques (PSY’G & SNPPsy).

Pages jaunes

Le GLPR est déjà parvenu à une avancée notable concernant nos inscriptions sur les Pages Jaunes :

En effet, les responsables des Pages Jaunes nous proposent désormais la création d’une nouvelle rubrique intitulée : Psychothérapie (soins hors d’un cadre réglementé). Après avoir envisagé d’en demander, de diverses manières, une modification concernant le terme de soins dont nous n’apprécions guère la connotation médicale, nous sommes, maintenant et après concertation, nombreux (Affop & SNPPsy) à penser qu’il serait préférable d’accepter leur proposition toutefois en vérifiant que la rubrique sera bien accessible sur les Pages jaunes via le terme de Psychothérapie, ce qui constitue un grand avantage concernant notre lisibilité. Le processus de concertation au sein du GLPR et de négociations avec les Pages jaunes se poursuit. Nous vous tiendrons au courant.

En attendant, sachez que si vous êtes déjà inscrit sur les PJ et ne pouvez pas prétendre à déposer un dossier de grand-parentage (5 ans d’exercice déclaré) vous devez légalement vous en retirer temporairement. Si vous exercez officiellement depuis plus de 5 ans vous pouvez y demeurer puisque vous disposez des délais légaux pour présenter votre dossier de demande d’homologation auprès de l’Agence régionale de santé de votre région.

Dans les deux cas, nous vous recommandons de refuser fermement toute proposition d’inscription dans leur rubrique fourre-tout : Soins en dehors d’un cadre réglementé, ce qui vous a peut-être déjà été proposé. L’action du GLPR vous permettra bientôt de figurer dans une rubrique spécifique et mieux appropriée pour faire valoir auprès des usagers nos spécificités ainsi que notre auto réglementation. Nous œuvrons en ce sens.

CRI, CRA, ARS !

Du côté des pouvoirs publics, qui, jusqu’à ces derniers temps restaient silencieux, il persiste toujours un vide effectif concernant la nouvelle formation à la psychopathologie clinique qui est absente des cursus de cette année universitaire.

Néanmoins, plusieurs régions, via leurs ARS – Agences régionales de Santé, viennent de mettre en place le processus d’organisation des CRI – Commissions régionales d’inscription des professionnels justifiant de 5 années d’exercice, et des CRA – Commissions régionales d’agrément des instituts dispensant une formation à la psychopathologie clinique.

Ayant été sollicités, à titre institutionnel, par l’ARS (Agence régionale de santé) Rhône-Alpes, nous devons nous concerter sur la pertinence d’y participer ce qui nécessite de solliciter la contribution de collègues certes psychothérapeutes selon nos 5 critères, mais aussi obligatoirement et prioritairement médecins, psychologues, ou psychanalystes. Notons à ce propos que le futur Registre national des psychothérapeutes sera établi en fonction des professions d’origine des inscrits. Cela signifie clairement que la profession de psychothérapeute n’existe pas aux yeux des pouvoirs publics mais que le titre de psychothérapeute pourra être accordé à des diplômés en psychiatrie, médecine, psychologie ou bien à des psychanalystes inscrits dans leurs associations, tous ayant suivi, sauf dispenses totales (pour les psychiatres) ou partielles pour d’autres diplômés, une formation complémentaire selon les dispositions figurant à l’annexe du décret.

Avant le 23 mai

En ce qui concerne votre envoi d’un dossier d’homologation, selon les
dispositions transitoires. Vous pouvez légalement et dès à présent, l’adresser au directeur de l’ARS (Agence régionale de santé) de la région dont vous vous dépendez (par LR avec AR).

Les délais : impérativement avant le 23 mai 2011, même si ceux-ci pourraient peut-être être différés jusqu’au 30 juin selon une préconisation du ministère dont nous avons eu connaissance, mais qui n’est encore pas avérée pour toutes les régions.

Certes, rien ne presse et personne n’a envie d’essuyer pas les plâtres et peut-être est-il plus prudent d’attendre les premières décisions des Commissions créées par les ARS qui devront d’ailleurs et auparavant se concerter au niveau national ? Pourtant si vous tardez trop, vous risquez de vous retrouver pris(es) dans un engorgement de réception de dossiers qui pourrait se solder par le délai fatal de 6 mois de non réponse valant refus de votre demande.

Questions-clés

Si vous hésitez à constituer et présenter ce dossier, nous vous invitons à vous poser ces quelques questions-clés concernant :

– votre décision de demander à appartenir à ce nouveau corps de Psychopathologues d’État (bientôt titulaires du titre de Psychothérapeutes) qui ne répondra pas aux 5 critères que nous défendons ni consécutivement à notre éthique professionnelle.

– votre attachement au titre de psychothérapeute que nous avions créé et auto-réglementé via nos instances professionnelles titularisantes, titre que vous souhaiteriez continuer à porter légitimement et aussi légalement.

– votre capacité à présenter un dossier suffisamment complet pour être acceptable par les commissions des ARS (Agences régionales de santé) dont les critères sont encore à harmoniser au niveau national. Sans oublier l’extrait de casier judiciaire qui est a priori refusé à tout particulier mais peut, peut-être, être obtenu en fonction d’une démarche particulière dont nous vous tiendrons informés.

– l’incidence sur votre vie personnelle et professionnelle d’avoir à prendre le risque de devoir suivre un complément de formation universitaire ou de stages institutionnels exigés par les pouvoirs publics.

– votre attachement à la liberté de notre pratique que nous pourrions continuer à exercer et affirmer sous un nouveau titre tel que psychopraticien relationnel en référence à notre éthique professionnelle représentée par les 5 critères que nous défendons.

Sauvons la pratique !

Pour faire le point, nous vous espérons très nombreux à nous rejoindre pour participer à notre Journée d’étude du samedi 22 janvier 2011 sur le thème SAUVONS LA PRATIQUE.

Cet événement sera une journée d’information autant que de concertation grâce à votre présence et votre participation.

Nous pourrons vous y faire part des dernières informations dont nous disposerons en ce début d’année, répondre à vos questions concernant le processus d’homologation (selon les dispositions transitoires) et vous conseiller quant à la composition de votre dossier, si vous avez décidé de tenter l’aventure.

Nouveau nom de métier

Nous nous proposons aussi à cette occasion de dialoguer avec vous à propos de la création du nouveau nom de métier de psychopraticien dont nous avions eu l’initiative et qui devient majoritairement consensuel au sein du GLPR. C’est celui sous lequel nous souhaitons nous réunir afin de préserver la liberté de notre pratique et permettre à tous ceux (surtout ceux issus nos écoles agréées) qui ne peuvent prétendre à bénéficier des dispositions transitoires, d’exercer légalement la profession à laquelle ils se sont formés ou sont en cours de formation.

Malgré la crise économique et les difficultés créées par la nouvelle législation, nos étudiants demeurent mobilisés et bien résolus, contre vents et marées, à s’établir en tant que psychopraticiens relationnels(2“). Saluons leur détermination sans faille, leur travail assidu, leur confiance dans nos actions ainsi que leur fidélité aux principes que nous leur avons transmis et qu’ils s’attachent à respecter.

Soyons tous réunis le samedi 22/01/11, enseignants, formateurs et superviseurs, praticiens établis ainsi que les nouveaux porteurs d’espoir que sont nos étudiants, afin de mettre en commun nos forces vives pour “sauver la pratique.”

Les responsables de l’Affop vous souhaitent une très bonne fin d’année 2010 et, dès maintenant, forment des vœux afin que l’année 2011 conforte, grâce à notre mobilisation commune, l’affirmation de notre nouvelle identité de psychopraticiens relationnels.

Bien à vous tous, à bientôt.

Arlette GASTINE, vice-présidente, pour le bureau de l’Affop

  • 1 Ou SNPPsy, l’essentiel étant d’accoler au titre son poinçon institutionnel le cautionnant.
  • 2 Il s’agit alors d’un titre.