Claude Lefort philosophe anti-totalitaire — un de nos grands intellectuels

Il a marqué l’époque. L’opiniâtreté de sa pensée anti-totalitaire proposant une critique lucide du soviétisme, dans une période où tenir une telle position était difficile, constitue une référence en matière de recherche dans le domaine de l’éthique en politique et sociologie. La psychosociologie s’est inspirée de sa pensée, et la psychothérapie relationnelle par voie de filiation se reconnaît comme héritière de sa vigueur et rigueur dans le domaine de l’humanisme contemporain.

Philippe Grauer


Philosophe de la politique, penseur du totalitarisme, intellectuel discret dont l’œuvre ardue aura pourtant marqué la seconde moitié du XXe siècle, Claude Lefort est mort ce dimanche 3 octobre à l’âge de 86 ans, des suites d’un cancer du pancréas.

Très jeune, repéré par son professeur de lycée, Maurice Merleau-Ponty, il publie des articles dans Les Temps modernes, y défiant même assez vite le directeur de la revue, Jean-Paul Sartre. Dès 1946, avec son ami Cornelius Castoriadis, il crée au sein du Parti communiste internationaliste la tendance «Montal-Chaulieu» (leurs pseudonymes respectifs) qui rapidement s’autonomise, rompt avec le trotskisme et s’incarne dans une revue, Socialisme ou barbarie. Elle jouera un rôle essentiel dans l’avènement d’une critique de gauche de l’Union soviétique (1“).

Il fut, par exemple, le premier intellectuel de gauche à défendre le livre de Viktor Kravtchenko J’ai choisi la liberté en 1947, et il consacra beaucoup plus tard un beau livre à L’Archipel du Goulag de Soljenitsyne, Un homme en trop.

À partir du début des années 1960, Claude Lefort prend ses distances avec le militantisme pour se consacrer davantage à l’écriture, notamment d’un maître livre sur Machiavel, Le Travail de l’œuvre, qu’il publiera en 1972. Il prend pourtant part au mouvement de Mai 68 à Caen où il enseigne la sociologie – il publiera à chaud La Brèche, avec son vieux complice Castoriadis et Edgar Morin qu’il a rencontré lors des luttes contre la guerre d’Algérie.

Les années 1970 seront consacrées au travail philosophique sur le totalitarisme des régimes bureaucratiques soviétiques. Son œuvre, qui ouvrira les yeux encore semi-clos de nombre de marxistes de diverses obédiences, est aujourd’hui considérée par son ami Pierre Rosanvallon comme aussi décisive que celle de Hannah Arendt.

Mais c’est aussi la démocratie et, plus largement, le politique qui seront les objets de cette philosophie politique difficile, parfois sinueuse et du même coup rarement articulée avec les travaux de sciences sociales à la différence des œuvres anglo-saxonnes qui lui sont contemporaines.

Participant à la vie de très nombreuses revues dans les années 1950, 60 et 70, Claude Lefort aura également contribué à former quelques intellectuels de la génération suivante (Marcel Gauchet, Miguel Abensour, Pierre Manent, Pierre Rosanvallon) sans pour autant jamais tenter de construire une école ou un mouvement – prenant même, dans La Complication notamment, ses distances avec les positions de certains de ses anciens élèves.

Pour Mediapart — dont nous reproduisons ici l’article consacré à l’événement, trois chercheurs se souviennent de l’œuvre et de l’homme (documents audio sur Mediapart).

– Le sociologue Edgar Morin, qui l’a connu lors des mobilisations anti-colonialistes et du soutien à l’insurrection hongroise, est resté très proche jusqu’à la fin. Il rend ici hommage au stoïcisme de son ami face à la maladie.

– L’historien Pierre Rosanvallon, avec lequel il s’était entretenu en public l’an dernier à Grenoble lors du Forum de la République des idées, insiste sur l’importance politique et philosophique de l’œuvre.

– L’économiste et sociologue Alain Caillé, directeur de la revue du MAUSS, qui fut son assistant à l’université de Caen, se souvient de son Mai 68 aux côtés de Lefort.

  • 1 Elle inspirera la pensée du Groupe d’analyse institutionnelle, animé par Lapassade, Lobrot, Lourau, Grauer (alors tout jeune)

Comte-Sponville — le rôle du médecin dans la cité

À l’heure de la médicalisation de l’existence une telle causerie par un philosophe qui parle si bien du bonheur ne devrait pas faire de mal.

Nous verrons ensemble ce que Comte-Sponville veut dire du rapport de la médecine à la souffrance psychique et au sens de l’existence, ainsi que du tour de passe-passe par lequel un médecin généraliste devient au terme de la loi psychothérapeute en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Il est vrai qu’il faudrait aussi déterminer ce que psychothérapeute NN peut bien vouloir dire. Le goût de vivre disiez-vous ?

Commençons par retenir la date.

Philippe Grauer

Jeudi 14 octobre

Nos étudiants ont apprécié l’événement, quoique Comte-Sponville ignorât tout de la problématique de la psychothérapie, côté loi Accoyer et médicalisation de l’existence. Bientôt ici même leur écho.


Madame, Monsieur, Cher (e) Ami (e),

Je vous invite à venir assister à la conférence du philosophe André Comte-Sponville qui aura lieu le mardi 12 octobre 2010, de 19h à 21 heures, à l’amphithéâtre Toga de la Faculté de médecine de Marseille.

La conférence aura pour thème :

Le rôle du médecin dans la cité

André Comte-Sponville évoquera l’évolution du regard collectif sur la médecine et les hommes de l’art : quelles sont les représentations culturelles qui gravitent autour de l’image du médecin ? Comment le médecin est-il perçu par ses contemporains ? Les attentes dont la médecine est aujourd’hui l’objet sont-elles démesurées ? La médecine est-elle devenue un métier comme un autre ? Doit-elle prendre en compte outre le corps, les maux de « l’esprit » ou les frustrations du désir ?

Organisée en partenariat avec l’Espace Éthique Méditerranéen, cette conférence sera suivie d’un débat avec le public.

Inaugurée par Monsieur le Doyen Georges Léonetti, animée par Pierre Le Coz, elle est

gratuite et ouverte à toutes et à tous.

Je vous remercie de bien vouloir diffuser cette information autour de vous à toutes les personnes susceptibles d’être intéressées.

Amicalement à tous

Didier Pachoud

Note : Membre du Comité national d’éthique, André Comte-Sponville est auteur de nombreux ouvrages philosophiques à succès dont :

– Traité du désespoir et de la béatitude, PUF, 2 vol.(le mythe d’Icare/Vivre, 1988)

– Valeur et vérité (Etudes cyniques), PUF Collection : Perspectives critiques, 1994

– Petit Traité des grandes vertus, PUF 1995

– Le capitalisme est-il moral ? Albin Michel, 2004

– La Philosophie, PUF. coll « Que sais-je ? » 2004

– L’Esprit de l’athéisme, Albin-Michel, rééd. Le Livre de Poche 2005

– Le Miel et l’Absinthe (Poésie et philosophie chez Lucrèce), Éditions Hermann, 2008

– Le goût de vivre, Albin Michel, 2010

La psychiatrie à la télé : ceci n’est pas une fiction mais une anticipation !

Communiqué du collectif des 39 contre la nuit sécuritaire

En avant pour une psychiatrie rentabiliste véritablement moderne et même post-moderne, électrochocs — non : sismothérapie — pour les gentils, chambre de contention pour les indociles, médocs et silence pour tout le monde, le grand silence.

Ils sont peut-être fous mais pas cons, il finiront par comprendre qui exerce l’autorité et la sécurité à l’hôpital.

Et qui là-bas a parlé de régression de la psychiatrie ?

Le Carré psy bien mis au carré, que les autres psys se le disent.

Philippe Grauer


Deux documentaires diffusés récemment montrent une certaine image des services de psychiatrie : patients traités de manière autoritaire ou négligente quand ils ne sont pas abandonnés et livrés à eux-mêmes, “soins” se résumant aux médicaments et aux électrochocs quand les patients sont calmes, aux injections, à la chambre d’isolement et à la contention quand ils sont agités ou seulement “désobéissants”.

L’absence de réflexion semble généralisée. Un séjour en psychiatrie s’apparente à une maltraitance insupportable.

Ces documentaires ne sont pas une fiction, puisque les scènes filmées ont réellement eu lieu. Nous ne pouvons nier que ces situations surviennent parfois dans les services.

En revanche, ce concentré de scènes violentes est vraisemblablement une anticipation : quand la psychiatrie se voit régie par des principes essentiellement gestionnaires et sécuritaires – ce qui est le cas depuis plusieurs années et s’accentue avec les lois récentes et projets de loi en cours – le soin lui-même a toutes les raisons de se transformer en maltraitance.

En effet, ces documentaires fournissent une projection de ce qui pourrait constituer le quotidien de tous les services de psychiatrie dans un futur proche, lorsque seront définitivement appliqués les principes rentabilistes de la nouvelle organisation hospitalière, ainsi que les principes répressifs et sécuritaires du projet de loi réformant les hospitalisations sans consentement.

Ce travail journalistique, qui peut paraître orienté et extrême, semble toutefois avoir saisi l’essence de ce que devient un service de psychiatrie sans moyens, sans formation des soignants et dénué de réflexion sur le sens du métier. Or, le métier de professionnel dans le champ de la psychiatrie nécessite, plus qu’un autre, du sérieux et de la rigueur.

Ce sérieux et cette rigueur, qui consistent en une analyse approfondie et une mise en question permanente, à partir d’éléments cliniques, de nos pratiques psychiatriques, sont les grands absents de la politique actuelle de soin. Prônant une approche gestionnaire et sécuritaire, cette politique propose des réponses-recettes superficielles et démagogiques à coup d’enfermement, de sédation chimique ou physique, d’évaluation des pratiques sur la base de critères économiques.

Ces documentaires montrent très exactement ce que nous dénonçons : une psychiatrie honteuse et toxique dénuée d’analyse institutionnelle et d’humanité. Celle que les réformes actuelles favorisent, à leur insu, ou non. Plus que nos discours et nos argumentaires, ces images suscitent un malaise profond et une indignation salutaire.

Ce n’est pas la psychiatrie que nous voulons mais, si nous n’y prenons garde collectivement, c’est la psychiatrie que nous aurons.

Nous souhaitons attirer l’attention des patients, des familles et de l’opinion publique sur le fait que les solutions simplistes proposées pour les soins psychiatriques (tri des patients par pathologies, multiplication des unités pour malades difficiles.) génèrent par elles-mêmes ce que ces documentaires nous ont montré.

Aussi, parce que nous savons qu’une autre psychiatrie est possible, a existé, existe encore actuellement, humaine et engagée, c’est d’une voix indignée et émue que nous nous écrions, face aux pratiques montrées dans ces documentaires : « ça suffit ! »

7 juin 2010


Enfin, nous rappelons l’existence d’autres documentaires, tel celui de Philippe Borrel, Un Monde sans fous ?, diffusé sur FR5 en avril, et toujours disponible sur Mediapart :
http://www.mediapart.fr/content/un-monde-sans-fous-ou-les-de…

Psychiatrie : l’appel des 1000

Nuit sécuritaire des psychiatres alarmés (oui c’est parfois les mêmes qui se sont réjouis de contrôler notre titre, puis les psychologues, la vie politique est complexe, et ils ont raison cette fois de défendre l’hôpital contre sa perversion policière), Appel des appels contre la casse des métiers — donc tentative de casse du nôtre (auquel ont participé joyeusement les organismes de psychologues), plus facile à souhaiter qu’à mettre en œuvre —, nous soutenons tout ce qui lutte contre la déshumanisation dans le cadre du Carré psy, nous soutenons tout ce qui vise à promouvoir dans notre champ particulièrement sensible à ce type de réalité, l’humanisme.

Philippe Grauer


États généraux de la Nuit sécuritaire — suite.

Ce fut un beau samedi à l’Espace congés de Villejuif où se sont tenus les États généraux de la Nuit sécuritaire. Près de 1000 personnes, des débats, des échanges toniques. Et un petit événement. Tous les partis politiques de gauche, mais aussi tous les syndicats de psychiatres, se prononçant pour le retrait pur et simple du projet de lol sur l’hospitalisation en psychiatrie, qui vise à instaurer, entre autres, les soins ambulatoires, sous contrainte. “C’est un monde policier qui se dessine. Il faut savoir dire non“, a dit, avec force Serge Portelli, magistrat.

À l’issue de cette journée, un appel a été lancé. Le voici.

Appel des 1000

Le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire, fort de 30 000 signatures de soutien a organisé un grand meeting à Villejuif le 25 septembre 2010.

Mille citoyens, soignants en psychiatrie, parents, patients, artistes, sociologues, psychanalystes avec la participation de nombreux représentants syndicaux politiques et associatifs ont largement débattu du projet de loi sur la psychiatrie adopté en conseil des ministres.

Ces 1000 déclarent ce projet liberticide et exigent son retrait immédiat et définitif.

le souci sécuritaire s’opposerait au soin et désignerait des populations à la vindicte

Il s’agit en effet d’un enjeu de civilisation : le souci sécuritaire s’opposerait au soin et désignerait des populations à la vindicte. La continuité de la contrainte remplaçant la continuité des soins serait non seulement une insulte à la souffrance des patients et de leurs familles mais également une insulte à la culture. Le choix serait la piqûre ou l’enfermement qui plus est sous la menace ; le sécuritaire s’opposant ainsi au sanitaire. La confiance dans la relation étant pour nous la condition absolue du soin, enfermer les patients dehors sous contrainte légale et chimique serait une caricature de la psychiatrie et témoignerait du démembrement des conditions d’hospitalité pour la folie.

Il s’agit là d’un enjeu majeur de société.

Il est donc indispensable qu’un grand mouvement unitaire s’organise pour faire céder le gouvernement.

Déjà des initiatives nombreuses ont été prises allant dans ce sens :

– Grève des psychiatres des hôpitaux le mardi 28 septembre

– Création du collectif : mais c’est un homme

– Nombreuses initiatives locales prévues

Par ailleurs un colloque à l’Assemblée Nationale organisé par les 39 le 4 octobre sera l’occasion de poser ces questions vitales pour l’avenir du soin en psychiatrie à la représentation nationale largement invitée à en débattre

Organisons nous pour préparer tous ensemble une manifestation devant l’assemblée nationale le jour ou ce projet sera soumis au parlement.

La pensée politique de Freud & son héritage

Élisabeth Roudinesco

Centre international d’étude de la philosophie française contemporaine (CIEPFC)

dirigé par Alain Badiou

Attention changement d’horaire : 20:00 et non plus 18:00

Mardis de 20:00 à 22:00 : 23 novembre (séance inaugurale), 4 et 18 janvier, 1er février (salle de conférence), 8 mars, 5 avril, 3 et 17 mai (amphithéâtre Rataud)

– inclus dans :
ECOLE DOCTORALE 382-EESS Economie, espaces, sociétés, civilisations
UFR DE GEOGRAPHIE, HISTOIRE, SCIENCES DE LA SOCIÉTÉ (GHSS) UNIVERSITÉ DE PARIS VII-DENIS DIDEROT.

Psychiatrie — naissance d’un appel

chers amis
la naissance d’un appel
amitiés
guy Baillon

la référence sur médiapart
http://www.mediapart.fr/club/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/220910/allons-nous-enfin-prendre-soin-de-la-psychi

Paris le 22 septembre 2010

Allons-nous enfin prendre soin de la Psychiatrie ?

Merci à Sophie Dufau de son appel sur Médiapart.

Souhaitons que l’initiative des 39 (nous appelant ce samedi 25 septembre à Villejuif), ces 39 mobilisés depuis le 2 décembre 2008 (discours du Président), donne naissance cette fois à une volonté collective, solidaire, nationale pour refuser la nouvelle loi sécuritaire contre la folie, du Président Sarkozy.

Souhaitons que cette initiative provoque un débat général et serein autour de la folie, donc sur l’homme, et qu’ainsi chacun cesse de regarder ‘l’autre’ comme un danger potentiel (ce que promet la loi). Sinon qui oserons nous regarder demain ? Qui, parmi même nos proches et nos élus ?

La folie est clairement l’expression d’une souffrance. Vouloir l’écarter, l’étouffer, la contraindre est un CRIME contre l’humanité, car la folie toujours interroge l’homme. Cette souffrance personnelle a besoin d’être écoutée, comprise, une fois écoutée elle trouve un apaisement. Contraindre l’homme qui souffre, l’empêcher de s’exprimer, c’est l’écraser, alors qu’il a besoin de fraternité et de soins.

La société dans son ensemble manque d’un éclairage moderne sur la folie et ses réponses actuelles. Certains hélas s’efforcent de favoriser des réactions de haine contre elle, car cela sert leurs intérêts personnels.
Il est temps de démasquer cette mythologie passée.
Avouons aussi que dans cette mobilisation qui augmente depuis deux ans nous vivons une douleur profonde supplémentaire : nous sommes obligés de constater que ‘l’Establishment’ de la psychiatrie : université, syndicats, sociétés savantes, mais aussi des tiers qui auraient dû être sensibles à l’humain comme la présidence de l’UNAFAM, semblent avoir perdu tout courage et n’osent pas affronter le Président Sarkozy. Celui-ci fait peur ! Ainsi ils se soumettent à un pouvoir politique ‘partisan’ qui ne jure que par la menace et la contrainte. Alors que la majorité des personnels de la psychiatrie, la majorité des familles et des usagers, tous ceux ‘de la base’ désirent profondément une psychiatrie humaine, qu’il est possible de réaliser.
La folie et la psychiatrie posent en effet des questions ‘politiques’, mais ces questions doivent se situer au-dessus des partis, même au-dessus du parti du Président. Elles préoccupent tous les citoyens. Il est temps que la base s’exprime, usagers, familles et professionnels des soins et de l’aide sociale.
La France depuis 50 ans a acquis de grandes compétences dans les divers champs de la Santé Mentale (dans les soins et dans les compensations sociales des handicaps). Il est temps aujourd’hui que les élus de la Nation nous aident à les rendre cohérentes et complémentaires.

La solidarité nationale doit réaliser cette psychiatrie dont nos enfants et nos parents ont grand besoin, une psychiatrie dont nous puissions être fiers.
Docteur Guy Baillon

PS : je me permets d’ajouter des références où cette question a été travaillée avec beaucoup, outre un blog dans Médiapart centré sur l’Accueil.

ESPOIRS AUTOUR D’UNE PSYCHIATRIE EN GRAND PERIL

Textes parus dans la Revue Médiapart de février à juin 2010

N°1, 5 février, Une psychiatrie sans démocratie, ni liberté nous est promise
N°2, 10 février, Les ‘bons malades’ !
N°3, 19 février, La nouvelle loi est inhumaine (72 h de ‘garde à vue’)
N°4, 26 février, La loi met fin à l’égalité des chances
N°5, 4 mars, Un pays se juge à la place qu’il donne à la folie
N°6, 10 mars, Mise à mort des GEM
N°7, 14 mars, 50ème anniversaire de la Psychiatrie de Secteur !
N°8, 29 mars, Usagers et FNAPSY sont harcelés
N°9, 6 avril, La loi saccage les libertés
N°10, 20 avril, L’Etat s’acharne contre les usagers
N°11, 9 mai, Ils ont perdu la tête
N°12, 12 mai, Les infiltrés
N°13, 5 juin, Mort du secteur ? VIVE LE SECTEUR !

Biblio :
Les urgences de la folie, l’accueil en santé mentale, Gaëtan Morin 1998
Les usagers au secours de la psychiatrie, la parole retrouvée, Erès 2009

Les psychothérapeutes en guerre contre le nouveau décret

Nouvel écho du couac du décret d’application du bon docteur Accoyer

Dans 60 millions de consommateurs

L’honorable parlementaire a réussi à réaliser l’unanimité. Mais pas vraiment, comme en témoigne l’article que nous vous soumettons, publié récemment dans 60 millions de consommateurs, pas vraiment pour. La mise en œuvre de la loi réglementant l’usage du titre de psychothérapeute NN crée la confusion, et l’unité de l’ensemble des personnels concernés. Les psychologues et les psychanalystes protestent, les psychiatres récupèrent, les ex psychothérapeutes s’apprêtent à troquer leur nom indument confisqué pour un autre (1“) et à se présenter en bon ordre au sein du Carré psy à l’issue des grandes manœuvres en cours.

Psychopraticien relationnel : école agréée + validation par les pairs

Le Cifp, au sein de l’Affop dont il est un des membres fondateurs, et aux côtés du SNPPsy, milite pour un renforcement de notre profession sous son nom propre de psychopraticien relationnel, assorti de l’agrément par les pairs, au titre du fameux cinquième critère auquel nous tenons plus que tout. En l’actuelle circonstance nous ne saurions trop recommander à chaque praticien en psychothérapie relationnelle, chaque psychothérapeute NN, chaque psychanalyste se reconnaissant dans nos critères, de peser sur la situation en rejoignant un organisme titularisant adhérant aux Cinq critères, dont le cinquième est à nos yeux déterminant. Ainsi nous serons plus forts pour affirmer ensemble notre exigence d’une profession éthique et humaniste, notre précieuse identité autorégulée. Ainsi nous continuerons de répondre comme il convient aux besoins d’une partie importante de ceux qui continuent de venir en cas de crise personnelle auprès de nous voir, rencontrer quelqu’un au plein sens à la fois humain et professionnel du terme.

Relation de souci

Prendre soin de soi auprès d’un professionnel intelligemment impliqué, rigoureux et solidairement garant de la qualité humaine de la relation de souci, reste vital pour ceux qui y recourent et ceux qui y offrent un juste concours. Ce besoin de base doit continuer de recevoir une réponse digne et qualifiée, collectivement garantie et légitimée. Notre École est fière de compter parmi les lieux institutionnels qui y contribuent.

Philippe Grauer


L’usage du titre de psychothérapeute est désormais réglementé par décret. Mais les professionnels s’opposent à ce texte qui ne garantit pas, selon eux, une formation suffisante des praticiens.

Liste des professionnels pouvant prétendre

Un décret est paru en mai. Il restreint la liste des professionnels pouvant prétendre au titre de psychothérapeute aux psychiatres, médecins, psychologues, psychanalystes et psychothérapeutes justifiant de cinq ans de pratique. À l’exception des psychiatres, tous doivent suivre une formation complémentaire dans un établissement agréé par l’État. Une inscription préalable sur un registre national mis à disposition du public est exigée.

Vers quel professionnel se tourner ?

Quand on a besoin de consulter un psy vers quel professionnel se tourner ? Cela dépend. Le psychiatre est un médecin spécialisé dans la prise en charge de ce que l’on appelle désormais les maladies psychiques (schizophrénie, troubles bipolaires, et psychanalyse (FF2P). dépression, etc.). Il est le seul psy habilité à prescrire des traitements médicamenteux. Titulaires d’un master, les psychologues, eux, sont notamment formés au diagnostic des différents troubles psychologiques. En pratique leur activité varie selon leur lieu d’exercice (scolaire, professionnel, milieu hospitalier…). Quant aux psychothérapeutes, le contours de leur métier, plus récent, sont plus flous.
“On consulte un psychothérapeute pour des problèmes existentiels: une déprime persistante, des phobies, des conflits sexuels, affectifs … “, déclare Serge Ginger, secrétaire général de la Fédération française de psychothérapie et psychanalyse — FF2P).

Des formations privées non reconnues

Des psychiatres, des psychologues, des infirmières, mais aussi des professionnels non médicaux exercent ce métier, après avoir suivi un enseignement spécifique. Mais ces formations privées ne sont pas reconnues par l’État. Pour clarifier la situation, mais aussi exclure les charlatans et tenants de doctrines sectaires, un décret est paru en mai. Il restreint la liste des professionnels pouvant prétendre au titre de psychothérapeute aux psychiatres, médecins, psychologues, psychanalystes et psychothérapeutes justifiant de cinq ans de pratique. À l’exception des psychiatres, tous doivent suivre une formation complémentaire dans un établissement agréé par l’État. Une inscription préalable sur un registre national mis à disposition du public est exigée.

Un recours déposé auprès du Conseil d’État

Très attendu, ce décret fait l’unanimité … contre lui. “Ce décret ne préconise aucune formation à la psychothérapie proprement dite“, s’insurge Philippe Grosbois, de la Fédération française des psychologues et de psychologie (FFPP) qui, avec d’autres organisations de psychologues, a déposé un recours auprès du Conseil d’État contre le décret. La FF2P envisage, elle (2“), de renoncer au titre de psychothérapeute pour une autre dénomination (…) (3“). Ce qui risque de perturber encore davantage les usagers(4“). Pour que les personnes en souffrance ne pâtissent pas de ces dissensions, le ministère de la Santé devrait peut-être revoir sa copie.

  • 1 Psychopraticien pour l’Affop et les deux syndicats historiques, la FF2P préfèrant psypraticien,il y en aurait pour tous les goûts.
  • 2 Et pas seulement elle ! L’Affop et le SNPPsy ont déjà défini à l’issue de plus d’une année de travaux l’option psychopraticiens relationnels pour renommer leurs praticiens en psychothérapie. Le Psy’G se positionne également. Le GLPR, dont la FF2P représente un quart, ayant pour mission d’harmoniser le nouveau système d’appellation. Affaire en cours. Note du 27 septembre 2010.
  • 3 La question de déterminer laquelle, lesquelles, en bon ordre, reste du domaine d’un débat interne en cours. Le GLPR s’en occupe. Affaire à suivre. Note en date du 27 septembre 2010.
  • 4 C’est le journaliste qui le dit. D’un côté oui, il n’était pas utile de nous déposséder du titre que nous avions créé, d’un autre côté, nous nous étions déjà distingués en créant l’appellation de psychothérapie relationnelle, bien à part de celle, de psychothérapie, que pratiquent psychologues et psychiatres. Il est vrai que nos professions sont cumulables et que la figure peut se compliquer rapidement, mais ceci est encore une autre affaire.

Clinique, sociologie et politique : des rapports complémentaires, antagonistes et contradictoires.

Journée d’étude de l’Institut international de sociologie clinique

6 rue Beauregard — Vendredi 15 octobre 2010

Il existe une sociologie clinique, héritière de la psychosociologie impulsée notamment par Max Pagès, dans le cadre d’une théorie de la complexité généralisée, elle s’occupe de la dimension psychosociologique de la vie humaine, corrélative de son aspect plus psychologique. Les travaux tout particulièrement de Vincent de Gaulejac sur les ravages du managérisme ouvrent l’interrogation sur la dimension politique de l’existence, au moment où tente de se substituer à celle-ci sa médicalisation, tendant à neutraliser la citoyenneté.

Le combat pour l’humanisme, plus que jamais d’actualité dans notre profession et sur l’ensemble du territoire du Carré psy, a tout intérêt à se conjoindre aux efforts d’une socio-clinique anti-évaluative. À propos de territoire, Roland Gori vient colloquer ici sur les domaines des nouveaux Gens sans Terre que sont devenus les ex psychothérapeutes relationnels, bientôt psychopraticiens de la même qualité. Il est le premier à avoir eu le courage de dénoncer publiquement la spoliation de notre titre et nom par les autres composantes du peuple psy, souvenons-nous en.

Philippe Grauer


La sociologie a toujours eu des rapports conflictuels, ou ambigus avec le pouvoir. La clinique est aujourd’hui combattue par les tenants d’une approche positiviste et utilitariste. Dans ce contexte, comment re-penser le politique dans une perspective “socio-clinique” ?

Nous évoquerons les points de convergences entre différents champs (culturel, social, santé, psychothérapie, enseignement, recherche) qui “résistent” à des “réformes” que la grande majorité des agents perçoivent comme contradictoires avec les valeurs qui fondent leur activité.
Nous analyserons les raisons pour lesquelles la majorité des “politiques”, toutes tendances confondues semblent fascinés par la “gouvernance” managériale, la culture des résultats, l’obsession évaluatrice, les paradigmes positivistes et utilitaristes et l’idéologie gestionnaire.

Animateurs : Jean Michel Fourcade et Vincent de Gaulejac.

Intervenants :

– Aude Harlé, chercheuse au Laboratoire du changement social, autrice d’un ouvrage sur Le goût et le coût de l’exercice du pouvoir. Dalloz, 2010.

– Roland Gori, psychanalyste, professeur de psychologie et de psychopathologie cliniques à l’université d’Aix-Marseille 1, initiateur de l’Appel des appels.

État des lieux et débat autour du Décret relatif au titre de Psychothérapeute en France

Oui, où en sommes-nous ? mais qui nous ? l’ensemble des organismes de psychologues voleurs de notre titre qui se le voient à leur tour confisqué ? l’ensemble des psychopraticiens relationnels relevant de centrales historiques rigoureuses (1“) populistiquement confondues avec des “autoproclamés” et des membres de “sectes” dont ils n’ont jamais vu la couleur puisqu’ils s’en sont démarqués depuis un bon tiers de siècle ?

À la casse des métiers on ne fait pas de détail, et même des psychiatres, grands vainqueurs de l’opération puisqu’ils ont à ce jour confisqué le magot, dans le cadre de la Nuit sécuritaire s’élèvent contre le massacre à la tronçonneuse de l’institution hospitalière psychiatrique.

La dérive est réelle, mais elle a commencé par un acte de piratage que les “dérivés” ont massivement applaudi. Leur forfait oublié, on les entend protester dans la nuit qu’ils ont fait tomber sur le Carré psy. Il ne faudrait tout de même pas oublier non plus que la psychologie clinique se compose de praticiens nullement soumis à l’obligation d’un travail sur soi, et que s’interroger sur nos incompétences continue d’autoriser celle consistant pour beaucoup à pratiquer une clinique de la relation sans relation au vrai sens de ce terme, en tout cas sans formation véritable au sens où nous nous l’entendons(2“).

Cela dit, les lieux dévastés avec leur complicité, dans quel état sont-ils ? et quels rôles et positions allons-nous, nous ex psychothérapeutes relationnels, tenir à l’issue de l’actuel Grand dérangement, comme le dirent naguère nos compatriotes déportés en Louisiane par les anglais.

Philippe GROSBOIS parlera de la mauvaise foi institutionnelle des psychologues français. N’oublions pas que le discours complémentaire du sien se trouve dans nos colonnes. Sur place, qui le tiendra ?

Qui à Lyon portera notre parole ce jour de protestation contre le gouvernement qui a accompli les vœux corporatistes de nos psychologues arroseurs arrosés ?

Philippe Grauer


www.sauvons-la-clinique.org

SLC Lyon

(slclyon@sauvons-la-clinique.org)

organise une soirée débat le

Jeudi 30 Septembre 2010 à 20 heures (Accueil des participants à 19h30)

État des lieux et débat autour du Décret relatif

au titre de Psychothérapeute en France

Entre mobilisation et désobéissance civile, réactions face à une dérive

Espace Jean Couty 56 Rue Sergent Berthet 69009 Lyon

Accessibilité : Arrêt Métro Gorge de Loup ligne D

Ce temps d’échange sera suivi d’un apéritif

Participation aux frais 7€ Renvoi du bulletin d’inscription (ci-joint)

avant le 26 Septembre 2010 (places limitées) à renvoyer à l’adresse suivante :

SLC Lyon

11 place croix paquet

69001 Lyon

contact mail : slclyon@sauvons-la-clinique.org

tel : 06.13.63.70.17 ou 06.25.31.12.37


Comité d’organisation

SLC LYON – Noémie Bonnefoy, Sarah Damon, Aurélie Frenay,

Yannick Milleur, Morgane Girard, Anne-Gaëlle Goujon, Alice Recollin-Bellon

SIUEERPP – Rémy Potier


Suite à l’urgence d’un premier état des lieux en Juin 2009 concernant les difficultés croissantes d’exercice de la psychologie clinique, suite à la journée-conférence tenue en Mars 2010 autour des bouleversements et des compromis subis par le soin psychique dans la clinique contemporaine, et devant l’engouement qu’ont suscité ces rencontres, Sauvons la Clinique à Lyon vous propose une troisième conférence-débat le 30 septembre 2010 autour du décret d’application de la loi règlementant l’usage du titre de psychothérapeute.

Le projet d’origine de cette loi votée et adoptée le 8 août 2004 et modifiée en juillet 2009, visait à soustraire au risque sectaire les patients consultants auprès de praticiens peu scrupuleux, s’autoproclamant psychothérapeutes. Force est de constater que la dérive a atteint le texte et ses applications dans leur essence même. In fine, ce sont les praticiens psys et plus spécifiquement les psychologues qui se voient dans l’obligation de fournir les preuves supplémentaires de leurs compétences, s’ils souhaitent faire usage du titre.

Le décret d’application a été adopté au 20 mai 2010 et a pris effet le 1er juillet 2010. Face à ces mesures, le milieu psy s’est érigé en levées de boucliers, une motion de protestation et de refus a été soutenue par plus de 12 000 signataires (enseignants-chercheurs en psychologie, psychologues, maîtres de stages et/ou chargés de cours, étudiants en psychologie), ainsi que plus de 120 associations, collèges et collectifs de psychologues, centres hospitaliers, centres de recherches et départements universitaires, syndicats… Un recours en conseil d’état est en cours…

Où en sommes-nous à ce jour ?

Quels sont les enjeux autour du décret ? Quels sont les futurs envisageables et les moyens dont tout un chacun dispose pour s’impliquer aujourd’hui ? Au-delà du décret, quelles ouvertures à la réflexion d’autres modèles pourraient-ils nous apporter ?


Programme

19:30 Accueil des participants

20:00 Ouverture de la soirée

Table ronde sous la Direction de Jacques BORGY, Secrétaire général du Syndicat national des psychologues

Albert CICCONE, Psychologue, Psychanalyste, Professeur de psychopathologie et psychologie clinique : « Protestation contre le décret relatif à l’usage du titre de psychothérapeute »

Caroline DUBOIS, Psychologue, Psychothérapeute FSP, Psychothérapeute EFPP : « Réglementation de l’exercice de la psychothérapie en Suisse : étapes d’un processus »

Philippe GROSBOIS, Psychologue, Maître de conférences en psychopathologie à Angers, ancien responsable de la commission psychothérapie du SNP, chargé de mission psychothérapie à la FFPP, membre du conseil de la Fédération internationale de la psychothérapie : « Psychothérapie, l’imposture législative française »


  • 1 Psy’G, SNPPsy, AFFOP, s’en tenant à nos Cinq critères.
  • 2 Puisqu’il leur faudrait passer encore plusieurs années à l’issue de leurs études dans nos Écoles pour apprendre le métier.

Roms unique objet de mon ressentiment

Un collègue nous fait parvenir une lettre que nous ne résistons pas au plaisir de publier ici. Nous y joignons une autre lettre, ouverte celle-ci, au Président de la République, par une autorité en matière d’autisme.

Nous y joignons a posteriori

– l’adresse de la pétition touche pas à ma nation lancée le 13 septembre par SOS Racisme.

– Un article de Médiapart insistant qu’il y a bien {discrimination qualifiée.

– Un billet de Cécile Canut, toujours dans {Médiapart : “À bas les MOR’S !”

Paraphrasons Flaubert : ” Du jour où je ne serai plus indigné ” par ce genre de violation du droit humain, je deviendrai indigne de mon humanité, a fortiori de ma belle profession.

Philippe Grauer}}


1 — du jour où je ne serai plus indigné

“Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule, en leur donnant quelques sols. Et j’ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre.

C’est la haine qu’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au Solitaire, au Poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton.”

Gustave Flaubert, lettre à George Sand, 12 juin 1867 (Correspondance, éd. de la Pléiade tome 5, pp. 653-654)

cliquez ici pour voir une illustration post-moderne du propos de Flaubert.


2 — Lettre ouverte au président de la République

Monsieur le Président,

Comme vous je suis un fils d’immigré (polonais, en ce qui me concerne). Mon père est venu étudier en France, en 1925, il est retourné se marier au pays, en 1932. Je suis né en France, en 1934 et nous avons, mes parents et moi, été naturalisés français, en 1936, sous le Front Populaire.

Bien que mon père, ingénieur dans une usine métallurgique, ait participé à l’effort d’armement de la France et ait toujours été respectueux de la loi, nous avons, en 1942, en tant que juifs, été déclarés déchus de la nationalité française par le Gouvernement de Vichy, et, de ce fait, mis en danger immédiat d’être arrêtés et déportés. Nous n’avons dû la vie, comme beaucoup d’autres juifs résidant en France, qu’au dévouement et parfois à l’héroïsme de ceux qui, alors, nous ont cachés et aidés, en nous procurant de faux papiers et en nous hébergeant.

Vous êtes né après cette sombre époque. Vous n’avez pas connu, dans la presse et à la radio, le déchaînement de la haine xénophobe. C’est la seule excuse que je peux trouver à ce que j’oserais appeler votre irresponsabilité, si je n’étais tenu au respect par la haute fonction que vous incarnez.
Vous n’êtes pas seulement, en effet, le chef d’une majorité qui conduit une politique choisie par les électeurs. Vous occupez une place symbolique, que reconnait la loi, en vous déclarant au dessus d’elle pendant la durée de votre mandat. En se dotant d’un Président de la République, en décidant, il y a presque un demi-siècle, de l’élire au suffrage universel, pour renforcer son image et son pouvoir, le Peuple souverain s’est cherché à la fois un guide à moyen terme et un arbitre transcendant les passions populaires.

Celles-ci sont promptes à s’échauffer, en particulier dans les périodes de crise économique, comme celle que nous traversons. La passion conduit à l’abolition de la réflexion, au passage à l’acte, à la décharge immédiate des désirs les plus primitifs. Quoi de plus passionnel, de plus irréfléchi et de plus primitif que la haine ou la peur de l’étranger. Surtout, s’il vit parmi nous, s’il s’infiltre à travers des frontières, érigées pour nous protéger, s’il viole ainsi continuellement le sentiment du chez-soi, l’étranger, quoi qu’il fasse ou ne fasse pas, est, en lui-même, une source potentielle d’insécurité. Il engendre inévitablement, dans les sociétés humaines archaïques comme dans les sociétés animales, la violence.

Dans les moments difficiles, il devient le bouc émissaire. Le Juif, le Romanichel et aujourd’hui le Noir ou le Beur, quelle que soit sa nationalité formelle, incarne ainsi, en lui-même, le danger voire le mal, indépendamment de son comportement objectif.

Il suffit de lire actuellement les commentaires des internautes et de suivre les sondages d’opinion pour s’assurer du large écho positif rencontré par vos propositions de Grenoble et par leurs applications immédiates. Vous surfez sur une vague porteuse. Mais c’est justement ce qui m’inquiète. L’histoire n’est pas avare d’exemples qui montrent jusqu’où peut conduire le débordement passionnel et avec quelle facilité peut craquer l’enveloppe de civilisation qui tente de les contenir, en s’appuyant sur les valeurs de solidarité, de tolérance et d’hospitalité qui font partie aussi de l’héritage humain.

Par delà votre personne, vous êtes le représentant de ces valeurs, vous avez pour mission, et vous l’avez rappelé dans un de vos anciens discours, en citant Edgar Morin, de faire œuvre de civilisation. Un Président de la République doit renforcer le sentiment de sécurité en faisant un travail de pédagogue (ce qu’avait fait votre prédécesseur François Mitterand, en demandant au Parlement d’abolir la peine de mort, contre le sentiment prévalent dans la majorité de la population).

Les réponses au jour le jour que vous donnez, avec la fougue qui vous caractérise, aux problèmes actuels d’insécurité sociale, économique et d’ordre public, n’ont rien de rassurant. Vous avez déclenché, justifié par avance, des réflexes sociaux que vous risquez de ne plus maîtriser. Le Front national se réjouit de voir valider, au plus haut niveau de l’État, certaines de ses propositions.

Comble d’ironie, c’est d’un pays sans grande tradition démocratique, la Roumanie, où, comme d’ailleurs en Hongrie et en Bulgarie les Roms n’ont jamais joui d’un statut enviable, que vous viennent aujourd’hui les accusations de populisme et l’appel à une réflexion plus calme et plus inscrite dans la durée.

Veuillez agréer, monsieur, le Président, l’expression de la haute considération dans laquelle je tiens votre fonction.

Chronique d’abonnés journal LE MONDE

par Jacques Hochmann, professeur émérite de psychiatrie à l’Université Claude Bernard ( Lyon). 18 août 2010


3 — Une politique ouvertement xenophobe

Pour faire bonne mesure voici un article de Michel Tubiana provenant de Médiapart, en date du 11 septembre (1“).

Que n’avons-nous entendu, quand nous avons dit et écrit que les pouvoirs publics, et le chef de l’État le premier, menaient une politique ouvertement xénophobe. Nous souvenons-nous de ce cœur des vierges, la main sur le cœur, nous affirmant que jamais le président de la République n’avait voulu stigmatiser une communauté, lors de la réunion qu’il avait convoquée en son palais le 28 juillet 2010? Propos excessifs et scandaleux, «gauche milliardaire», etc.

Pourtant, les documents sont là, écrits sous la responsabilité du Ministre de l’Intérieur, faisant explicitement référence aux «objectifs précis (fixés), le 28 juillet dernier» par le président de la République.

La circulaire du 5 août 2010, signée de Brice Hortefeux, enjoint aux préfets de procéder à l’évacuation d’au moins trois cents campements illicites sous trois mois, « en priorité ceux des Roms », formulation réitérée à plusieurs reprises ensuite.

Et de poursuivre: «En particulier, les opérations menées depuis le 28 juillet contre les campements illicites de roms n’ont donné lieu qu’à un nombre trop limité de reconduites à la frontière».

Est-ce par connivence ou par ignorance, le gouvernement lui ayant caché cette circulaire, que la Commission européenne s’est déclarée satisfaite des explications données par les autorités françaises ?

Et voulant, enfin, se prémunir de l’inévitable, la circulaire s’attarde ensuite sur les moyens pour empêcher « l’installation de nouveaux campements illicites de Roms ».

L’article 225-1 du Code pénal définit la discrimination comme « toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur appartenance ou de leur non appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie.

Si les mots ont encore un sens, mais en ont-ils un pour Brice Hortefeux, comme qualifier autrement sa circulaire du 5 août 2010 que d’ouvertement discriminatoire ?

Si les faits ne subissent pas les distorsions de ces faiseurs de vérité manière «1984», comment qualifier autrement la réunion du 28 juillet 2010 convoquée part le président de la République que comme la stigmatisation d’une communauté à raison de son origine et de sa situation sociale ?

Il y a quelque chose qui va bien au-delà du scandale dans ce verbe administratif. Il y a l’angoisse de constater que d’auvergnats en maghrébins, de musulmans français forcément « accueillis » dans le pays où ils sont nés en Roms pique-assiettes de notre système social et gens du voyage forcément délinquants, se dessine le portrait d’une politique qui n’hésite pas à s’en prendre à des communautés entières sur la base de leur origine ou de leur religion.

Sans éthique, sans principes, l’actuel pouvoir politique se dispense de plus en plus de faux semblants au point de mettre par écrit ce qui hante ses pensées.

Michel Tubiana, Président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme. 14 septembre 2010


4 — “Nouvelle politique” : préoccupante

Roms : après le tollé, Hortefeux retire la circulaire et maintient sa politique

Le ministre de l’intérieur a signé hier une nouvelle circulaire aux préfets sur les évacuations de campements illicites, sans mention de l’ethnie des occupants, après deux jours de tollé sur une précédente circulaire visant explicitement les Roms. Ce nouveau texte administratif demande aux préfets de “poursuivre” les évacuations de camps “quels qu’en soient les occupants”. Cette circulaire, que M. Hortefeux a “tenu à signer personnellement”, est destinée à “lever tout malentendu sur une éventuelle stigmatisation” des Roms, a déclaré l’entourage du ministre. Ce texte visant les Roms avait valu à Paris de nouvelles critiques à l’étranger et des menaces d’ONG de recours en justice. La Commission européenne a répété qu’aucune catégorie de population ne pouvait être visée en Europe du fait de son origine ethnique. À Genève, la haute commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Navi Pillay, a qualifié de “préoccupante” la “nouvelle politique”, “qui ne peut qu’exacerber la “stigmatisation” de Paris envers les Roms et leur “extrême pauvreté”.

Le Monde, 14 septembre 2010


5 – L’intolérable a changé de nature : à qui la suite ? exit les MOR’S !

Dans un papier de Cécile Canut repris par Médiapart et intitulé “L’intolérable a changé de nature“, cette professeure analyse la perversité croissante des gouvernants français actuels. Elle explique comment des personnes dont la caractéristique commune est la pauvreté ont été affublés de noms divers : roms, romanichels, gens du voyages, etc…dans le seul but de leur coller une identité qui permettrait de les stigmatiser et de les désigner à la vindicte populacière.

Imaginons que la recette soit généralisée en France pour se débarrasser de tous ceux qui, non seulement rapportent peu d’argent, mais en coûtent.

Ainsi les SDF, les chômeurs, les gagnent-petit, les sans-papiers, les clandestins… tout ce monde de misère, seraient regroupés sous une appellation dite d’origine, disons par exemple en langage verlan les MOR’S.

À bas les Mor’s ! donc et d’ordonner aux préfets de les expulser, loin, très loin, sur le champ.

  • 1 Eh oui, vous vous souvenez, l’anniversaire de l’assassinat d’Allende